Introductio 1
Introductio 1
ERRAZI Ayman
ESSABRI Nasr Allah
BENSETTI Youness
ELHADDIOUI Ayoub
2024/2025
Résumé :
Cet article analyse la gestion des conflits dans les canaux de distribution, en examinant leurs
typologies (verticaux, horizontaux, inter-canaux), leurs causes principales et leurs impacts. Il
propose des approches de gestion proactive et réactive pour atténuer leurs effets et en tirer des
opportunités. Une étude qualitative est suggérée pour compléter les analyses documentaires et
explorer le rôle des technologies dans la résolution de ces conflits.
Abstract :
This article examines conflict management within distribution channels by analyzing their
typologies (vertical, horizontal, inter-channel), main causes, and impacts. It proposes
proactive and reactive approaches to mitigate their effects and leverage opportunities. A
qualitative study is recommended to complement documentary analysis and explore the role
of technology in resolving these conflicts.
BtoB : Business-to-Business
BtoC : Business-to-Consumer
CRM : Customer Relationship Management (Gestion de la Relation Client)
ERP : Enterprise Resource Planning (Progiciel de Gestion Intégrée)
IA : Intelligence Artificielle
KPI : Key Performance Indicator (Indicateur Clé de Performance)
PME : Petites et Moyennes Entreprises
SI : Systèmes d’Information
CD : Canal de Distribution
SOMMAIRE
INTRODUCTION :....................................................................................................................1
Partie 1 : Cadre conceptuel et théorique.....................................................................................3
Chapitre 1.1 : Définitions des concepts clés...........................................................................3
1. Gestion des conflits :....................................................................................................3
2. Canaux de distribution :...............................................................................................4
3. Performances commerciales :.......................................................................................5
Chapitre 1.2 : Approches théoriques.....................................................................................10
Partie 2 : Analyse des conflits dans les canaux de distribution.................................................11
Chapitre 2.1 : Comprendre les causes des conflits dans les canaux de distribution..............11
Chapitre 2.2 : Évaluer les impacts des conflits sur les performances commerciales............15
Chapitre 2.3 : Gestion des conflits dans la distribution.........................................................18
Partie 3 : Perspectives et recommandations..............................................................................20
Chapitre 3.1 : Nouvelles tendances dans la gestion des conflits...........................................20
Chapitre 3.2 : Recommandations pour les entreprises..........................................................23
CONCLUSION :.......................................................................................................................25
INTRODUCTION :
Depuis les premières routes commerciales de la soie et des épices reliant l’Orient à
l’Occident, jusqu’aux plateformes numériques contemporaines connectant entreprises et
consommateurs du monde entier, la distribution a toujours été un pilier central de
l’économie. Elle a évolué d’un simple moyen de transport des marchandises vers un réseau
complexe de relations inter-organisationnelles, intégrant des technologies avancées et des
stratégies omnicanales. Cette transformation souligne l’importance stratégique des canaux de
distribution dans le développement économique et commercial.
Dans un marché de plus en plus globalisé et compétitif, ces réseaux de distribution jouent
un rôle crucial dans la création de valeur pour les entreprises. Cependant, ils sont également
le théâtre de divergences d’intérêts, d’asymétries de pouvoir et de problèmes de
communication, autant de facteurs qui peuvent engendrer des conflits. Selon une étude
récente, 60 % des entreprises estiment que la mauvaise gestion des conflits dans leurs chaînes
de distribution a un impact direct sur leur rentabilité et leur réputation, soulignant ainsi la
nécessité de mieux comprendre et maîtriser ces dynamiques pour garantir des performances
durables.
Près de 70 % des entreprises ayant investi dans des stratégies de gestion des conflits au sein
de leurs réseaux de distribution ont constaté une amélioration significative de leurs
performances globales (Harvard Business Review, 2023). Ces données illustrent l'importance
d'une compréhension approfondie des conflits dans les relations commerciales.
En 2021, un conflit majeur entre un fabricant de produits technologiques et l’un de ses
principaux distributeurs a entraîné une rupture d'approvisionnement pendant six mois,
impactant négativement les deux parties. Ce type d’incident soulève des questions cruciales
sur la gestion des conflits dans les réseaux de distribution.
Ces conflits, bien que souvent perçus comme des freins à la performance, peuvent également
offrir des opportunités de réajustement stratégique lorsqu'ils sont gérés efficacement. Ils
soulèvent alors une problématique clé : Comment gérer les conflits dans les canaux de
distribution pour améliorer les performances commerciales ?
L'objectif principal de ce travail est d'analyser la gestion des conflits dans les canaux de
distribution et d'explorer les différentes stratégies que les entreprises peuvent mettre en place
pour gérer efficacement ces tensions afin d'optimiser leurs performances commerciales et
maintenir des relations harmonieuses avec leurs partenaires. Ce travail cherche à identifier les
causes sous-jacentes des conflits, à comprendre leurs impacts sur les performances des
entreprises et à proposer des approches adaptées pour prévenir ou résoudre ces conflits.
Ce travail s’articule autour de trois principaux objectifs :
Analyser les impacts des conflits au sein des canaux de distribution sur les
performances commerciales des entreprises, en mettant en lumière leurs effets
négatifs et positifs.
Identifier les principales causes des conflits et leurs implications sur les relations
entre les différents acteurs de la chaîne de distribution.
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Proposer des solutions concrètes pour prévenir, gérer et résoudre ces conflits, en
s’appuyant sur des exemples pratiques et des recommandations adaptées aux réalités
du marché.
Pour répondre à cette problématique, cette recherche est organisée en trois grandes parties :
Partie 1 : Cadre conceptuel et théorique, où seront définis les concepts clés liés aux
conflits, aux canaux de distribution et aux performances commerciales, ainsi que les
approches théoriques pertinentes.
Partie 2 : Analyse des conflits dans les canaux de distribution, qui explorera les
typologies des conflits, leurs causes, et leurs impacts, tout en illustrant les analyses par
des cas concrets.
Partie 3 : Perspectives et recommandations, dédiée aux tendances émergentes et
aux stratégies concrètes pour une gestion efficace des conflits, permettant aux
entreprises d’optimiser leurs performances commerciales.
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Partie 1 : Cadre conceptuel et théorique
Chapitre 1.1 : Définitions des concepts clés
1. Gestion des conflits :
1.1 Conflit :
Selon Larousse : Oppositions d’intérêts entre deux ou plusieurs parties dont la solution peut
être recherchée soit par des mesures de violence, soit par des négociations, soit par l’appel à
une tierce personne.
Petit Robert : Rencontre d’éléments, de sentiments contraires qui s’opposent (psy). Action
simultanée de motivations incompatibles. Contestations, conflits d’intérêts, … Pour Jean-
Jacques Legrand : Un conflit est une rencontre d’éléments (opinions, objectifs, enjeux,
méthodes, référentiels, sentiments, …) qui sont contraires, qui s’opposent et où chaque partie
ou l’une d’entre elles lutte pour faire prévaloir ses objectifs, son point de vue, ses intérêts pour
obtenir satisfaction (y compris la satisfaction psychologique d’avoir réussi). On distingue
classiquement les conflits latents, les conflits ouverts et les conflits bloqués.
La notion de conflit est essentielle pour comprendre les mécanismes du développement
cognitif. Des recherches récentes ont abordé cette notion de différentes façons, sans pour
autant se contredire. Trois types de conflits ont principalement été étudiés :
1. Conflit entre hypothèses et réalité : Il se produit quand les hypothèses d'un individu
sont infirmées par les observations, entraînant une insatisfaction intellectuelle
(Lefebvre et Pinard, 1972 ; Inhelder, Sinclair, Bovet, 1974).
2. Conflit opératoire : Des schèmes de différentes natures sont sollicités en même temps
et se contredisent. Ce type de conflit a été particulièrement étudié à Genève (Inhelder,
Sinclair, Bovet, 1974).
3. Conflit socio-cognitif : Commencé à être étudié dans les années 70, ce conflit survient
quand la stratégie d'un individu est contredite par celle d'un autre. Cette forme de
conflit recouvre souvent d'autres formes de conflits internes, car les contradictions
provenant de l'environnement et des schèmes cognitifs spécifiques sont souvent issues
d'interactions sociales.
(Raven et Kruglanski, 1970) Définissent le conflit comme une tension qui émerge entre deux
ou plusieurs entités sociales —. Qu’il s'agisse d'individus, de groupes ou d'organisations.
Cette tension découle d'une incompatibilité entre les réponses, qu'elles soient effectives ou
simplement souhaitées, exprimées par ces différentes entités.
Dans le contexte des canaux de distribution, le conflit est souvent associé à une notion de
perception, comme l’ont souligné Gaski (1984) et Perry (1991).
Un conflit peut émerger lorsqu’un changement intervient dans l’environnement de travail ou
dans l’organisation du canal, et que ce changement est perçu par certains membres comme
une entrave potentielle à leurs objectifs. Ces membres cherchent alors à en éliminer la cause,
ce qui génère une situation conflictuelle. Stern et Gorman définissent ainsi le conflit comme
une situation dans laquelle un membre du canal perçoit le comportement d’un autre membre
comme un obstacle à l’atteinte de ses propres objectifs ou comme portant préjudice à
l’efficacité de ses actions (Stern, L. W., & Gorman, R. H. 1969). Cette définition a été reprise
et enrichie ultérieurement par Etgar, M. (1979). Sources and types of intrachannel conflict.
Journal of Retailing.
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2.1 Gestion des conflits :
Les définitions et les approches philosophiques sont présentées avant d'examiner les causes
psychologiques du conflit. Ensuite, on discute des différents niveaux de compréhension, de
l'analyse transactionnelle, des étapes du conflit, de ses phases et des différentes attitudes face
à un conflit. On traite aussi des compétences à développer pour mieux gérer les conflits, telles
que la méta-communication, l'assertivité, la fenêtre de Johari et la communication non
violente. Enfin, différentes méthodes de résolution des conflits sont examinées.
Lewicki, Barry, & Saunders (2010) :
« La gestion des conflits fait référence aux processus et aux techniques utilisés pour gérer,
réduire ou résoudre les différends qui surviennent entre les différents acteurs d’un canal de
distribution, souvent causés par des divergences d’intérêts, des incompréhensions ou des
désaccords sur les objectifs stratégiques. »
Rosenbloom (2013) :
« La gestion des conflits dans la distribution consiste à identifier, analyser et résoudre les
désaccords entre les membres du canal de distribution (producteurs, grossistes, détaillants)
tout en minimisant les impacts négatifs sur la performance globale du canal. »
Anderson & Narus (1990) :
« Les conflits dans les canaux de distribution surviennent lorsque les objectifs ou les
comportements des membres du canal ne sont pas alignés, et leur gestion nécessite des
stratégies collaboratives visant à renforcer la coopération et à maintenir des relations durables.
»
Kotler & Keller (2016) :
« Dans un contexte de distribution, la gestion des conflits implique l’utilisation de techniques
de négociation et de médiation pour résoudre les différends qui émergent entre les différents
intervenants, afin de préserver l’efficacité du réseau et éviter des pertes financières ou de
réputation. »
Bowersox, Closs & Cooper (2007) :
« La gestion des conflits dans la chaîne de distribution nécessite une compréhension
approfondie des dynamiques relationnelles et des interdépendances pour élaborer des
solutions qui favorisent la collaboration et évitent l’érosion de la valeur ajoutée
créée par le canal. »
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2. Canaux de distribution :
1.2 La distribution :
"La distribution est la fonction de l'entreprise qui permet de mettre à la disposition des
consommateurs les biens ou les services dont ils ont besoin, à l'endroit, dans les quantités et
au moment où ils le désirent." Angelmar, R., & Waldman, C. (1988). Les conflits dans les
canaux de distribution.
La distribution est l'ensemble des activités et des décisions nécessaires pour amener un
produit ou un service du fabricant au consommateur final. Elle inclut plusieurs étapes et
processus essentiels pour garantir que les produits sont disponibles aux bons endroits, en
quantités adéquates et au bon moment1. Voici les principales composantes de la distribution:
1. Logistique : Gestion des flux de matières et des informations pour coordonner et
optimiser les activités de distribution.
2. Transport : Mouvement des produits des points de production aux points de vente ou
aux consommateurs finaux.
3. Stockage : Conservation des produits dans des entrepôts jusqu'à leur livraison.
4. Gestion des stocks : Contrôle des niveaux de stock pour éviter les ruptures de stock ou
les excédents.
5. Choix des canaux de distribution : Sélection des intermédiaires (grossistes,
détaillants, etc.) ou des méthodes de vente directe (vente en ligne, magasins propres).
3. Performances commerciales :
Performance :
"La performance organisationnelle est un concept intégrateur qui vise à mesurer l'efficacité
globale d'une organisation en prenant en compte ses résultats financiers, opérationnels,
commerciaux, sociaux et environnementaux." (Leclerc, 2003).
"La performance n’est pas seulement l'atteinte des objectifs, mais aussi la manière dont ces
objectifs sont atteints, en utilisant les ressources de manière efficiente et en respectant les
contraintes environnementales et sociales." (Drucker, 1974).
La performance est un concept multidimensionnel qui englobe les résultats obtenus par une
organisation, une équipe ou un individu par rapport aux objectifs fixés. Elle mesure non seulement
5
l'efficacité (atteinte des objectifs) mais aussi l'efficience (utilisation optimale des ressources) des
actions menées. La performance peut être examinée sous plusieurs angles, tels que la performance
financière, opérationnelle, commerciale, sociale et environnementale.
Historiquement, la performance a été appréhendée comme un concept unidimensionnel,
centré principalement sur des indicateurs financiers tels que le profit, avec pour principal
objectif la création de valeur pour les actionnaires. Cependant, cette approche strictement
financière a fait l’objet de nombreuses critiques dans la littérature académique (Lebas, 1995 ;
Bouquin, 2004 ; Dohou-Renaud, 2009), en raison de son incapacité à prendre en compte
l’ensemble des parties prenantes au-delà des seuls actionnaires. Bourguignon (1995) élargit
cette perspective en identifiant trois dimensions de la performance en gestion : l’action, le
résultat et le succès. Il propose ainsi une définition plus globale, selon laquelle « la
performance est la réalisation des objectifs organisationnels
Selon Bouquin (2004), une organisation performante est définie comme celle qui parvient à «
satisfaire les attentes des parties prenantes en agissant sur le niveau de ces attentes et/ou en
s’organisant pour produire le surplus rétributif attendu par ces dernières ».
Pour appréhender la complexité et la richesse de la notion de performance organisationnelle,
plusieurs chercheurs (Kalika, 1988 ; Kaplan & Norton, 1992, 2009, 2010 ; Morin et al., 1994)
proposent une approche élargie. Ces auteurs mettent en avant l'importance d'intégrer une
diversité d'indicateurs, tels que la qualité des produits et services, l'engagement des employés,
le climat organisationnel, la productivité, ainsi que la satisfaction des clients. Dans cette
perspective, la performance organisationnelle se traduit par la capacité à satisfaire les attentes
des parties prenantes tout en assurant un alignement stratégique optimal.
La performance est donc une notion globale qui repose sur quatre principes fondamentaux
(Marion et al., 2012) :
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La performance commerciale peut être définie comme la capacité d'une entreprise à répondre
aux attentes de ses consommateurs en fournissant des produits et services de qualité. Elle peut
être évaluée à travers trois dimensions principales : l’ampleur et la durabilité de l’avantage
concurrentiel, le niveau de satisfaction et de fidélisation de la clientèle, ainsi que l’efficacité
des équipes commerciales.
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Les conflits dans les canaux de distribution peuvent avoir un impact significatif sur ces trois
dimensions de la performance commerciale, de manière positive ou négative, selon leur
gestion :
1. Avantage concurrentiel :
Un conflit bien géré peut inciter les entreprises à repenser leurs stratégies de
différenciation, améliorer leur positionnement concurrentiel, et identifier de
nouvelles opportunités pour mieux cibler leur clientèle.
Cependant, des conflits mal gérés peuvent engendrer une perte de part de
marché et affecter la maîtrise des coûts en raison de désaccords sur les
politiques de prix ou de distribution.
Indicateurs de Performance pour Évaluer l’Impact des Conflits sur les Performances
Commerciales dans les Canaux de Distribution
1. Avantage concurrentiel :
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Taux d’erreurs dans la distribution (%) : Identifier si les désaccords affectent la
précision des livraisons ou la qualité du service.
Taux de satisfaction client (%) : Évaluer dans quelle mesure les résolutions de
conflits assurent une expérience positive pour le client final.
Taux de fidélisation client (%) : Analyser si les actions entreprises pour régler les
différends augmentent la rétention des clients.
Net Promoter Score (NPS) : Mesurer la probabilité que les clients recommandent
l’entreprise malgré les perturbations éventuelles dues aux conflits.
Taux de réclamations clients (%) : Identifier si la gestion des conflits réduit les
plaintes liées à des problèmes de stock, de prix ou de qualité.
Fréquence d’achat des clients (en unités ou €) : Suivre si les clients reviennent plus
souvent après une amélioration de la coordination entre les partenaires.
Exemple :
Les marges bénéficiaires des embouteilleurs : Ceux-ci estimaient que les prix fixés
par Coca-Cola réduisaient leur profitabilité.
Les responsabilités logistiques : Certains embouteilleurs étaient responsables de
zones géographiques vastes, entraînant des coûts élevés de distribution.
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Les déséquilibres dans la gestion des stocks : Les embouteilleurs accusaient Coca-
Cola de ne pas suffisamment soutenir la gestion de leurs inventaires, ce qui provoquait
des ruptures de stock fréquentes.
Une gestion proactive des conflits dans les canaux de distribution peut directement contribuer
à améliorer les performances commerciales, comme le démontre l'exemple de Coca-Cola. En
transformant des tensions initiales en opportunités stratégiques, l’entreprise a renforcé sa
collaboration avec ses partenaires de distribution, notamment les embouteilleurs. Cette
démarche a permis d’optimiser les processus logistiques et d’introduire des ajustements
technologiques, réduisant ainsi les coûts et améliorant l'efficacité globale de la chaîne de
valeur. De plus, en répondant aux attentes et préoccupations des partenaires, Coca-Cola a
renforcé leur satisfaction, créant un effet positif sur la fidélité et la satisfaction des
consommateurs finaux. Cet exemple illustre que des conflits bien gérés ne se limitent pas à
résoudre des problèmes immédiats, mais peuvent également offrir des leviers stratégiques
pour accroître la compétitivité et renforcer les relations dans l'ensemble de l'écosystème
commercial.
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Chapitre 1.2 : Approches théoriques
1. La théorie des conflits organisationnels :
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Ralph Kilmann et Kenneth Thomas (1976) ont développé un modèle de styles de gestion
des conflits, classant les approches en fonction de l’affirmation de soi et de la coopération
(compétition, collaboration, compromis, évitement, adaptation).
Ces typologies ont permis une analyse systématique des conflits, intégrant des aspects
cognitifs (perception du conflit) et comportementaux (actions des parties).
Elles ont enrichi le cadre théorique pour mieux comprendre les conditions dans lesquelles les
conflits peuvent être transformés en opportunités.
Une perspective stratégique : le conflit comme levier de performance (années 1980-
1990)
Durant cette période, les chercheurs ont commencé à explorer le rôle stratégique des conflits
dans l’amélioration des processus organisationnels.
Rahim M. Afzalur (1983) a introduit des mesures pour analyser les styles de gestion des
conflits et leurs impacts sur la performance organisationnelle.
L’attention s’est portée sur la distinction entre conflits fonctionnels (qui stimulent la
créativité et l’innovation) et conflits dysfonctionnels (qui nuisent à la cohésion et à la
productivité).
Cette étape a souligné l’importance de la gestion proactive des conflits, en les percevant non
pas uniquement comme des menaces, mais aussi comme des catalyseurs d’amélioration
organisationnelle.
Les conflits organisationnels sont désormais étudiés comme des phénomènes complexes
influencés par des facteurs culturels, structurels, et humains.
Vers une approche contemporaine : le conflit dans un environnement globalisé et
technologique (années 2000 à aujourd’hui)
Avec l’intégration croissante de la technologie dans les organisations et la montée en
puissance des entreprises globalisées, la théorie a évolué pour inclure des dimensions plus
complexes.
Gestion interculturelle des conflits : Les chercheurs ont exploré comment les différences
culturelles influencent la perception et la résolution des conflits.
Technologies collaboratives : Les outils numériques, comme les systèmes ERP (Enterprise
Resource Planning) ou les plateformes CRM (Customer Relationship Management), sont
devenus des solutions clés pour réduire les tensions organisationnelles.
Cette phase a élargi la théorie pour inclure des approches interdisciplinaires, intégrant les
apports de la sociologie, de la technologie, et de la gestion du changement.
En suivant cette évolution, il apparaît que la théorie des conflits organisationnels offre des
cadres analytiques et stratégiques permettant de mieux comprendre les tensions dans les
canaux de distribution. Par exemple, les typologies de Pondy et les styles de Kilmann
permettent d’identifier les points de friction spécifiques à ces environnements inter-
organisationnels et de proposer des solutions adaptées.
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La théorie des coûts de transaction, élaborée par Oliver E. Williamson dans les années 1970
et basée sur les travaux initiaux de Ronald Coase (1937), explore pourquoi certaines activités
économiques sont réalisées au sein d'organisations (internes) plutôt que via des marchés
(externes). Cette théorie met en avant les coûts associés aux échanges entre les parties, et
comment ces coûts influencent les structures organisationnelles et les mécanismes de
coordination.
Dans son article fondateur, "The Nature of the Firm", Coase propose une explication au choix
entre marché et hiérarchie pour organiser les activités économiques.
Concept central : Les entreprises existent pour éviter les coûts liés à l'utilisation des marchés.
Ces coûts, appelés coûts de transaction, incluent :
Les coûts de recherche d’information.
Les coûts de négociation et de rédaction de contrats.
Les coûts de contrôle et d’exécution des accords.
Williamson approfondit les idées de Coase dans "Markets and Hierarchies" (1975) et "The
Economic Institutions of Capitalism" (1985). Il formalise la théorie des coûts de transaction
en introduisant plusieurs concepts clés :
Spécificité des actifs : Plus un actif est spécifique à une relation (ex. : équipement dédié
à un client unique), plus le risque d’opportunisme augmente.
Incertitude : Les transactions incertaines, comme des variations de demande ou de
qualité, augmentent les coûts de surveillance.
Fréquence des transactions : Les transactions fréquentes nécessitent des mécanismes de
coordination plus élaborés.
L’opportunisme :
Williamson introduit l’idée que les parties agissent dans leur intérêt personnel avec une
"rationalité limitée". Cela peut mener à des comportements opportunistes, tels que la
manipulation d’information ou le non-respect des engagements.
Marché vs hiérarchie :
Les marchés (transactions externes) et les hiérarchies (transactions internes) sont des
mécanismes alternatifs pour organiser les activités.
Les entreprises choisissent celui qui minimise les coûts totaux, incluant les coûts de
production et les coûts de transaction.
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Hybrides organisationnels :
Williamson identifie des formes intermédiaires entre marché et hiérarchie, comme les
alliances stratégiques, les franchises ou les partenariats, qui combinent les avantages des deux
modèles.
Les concepts de la théorie des coûts de transaction s’intègrent parfaitement aux défis des
canaux de distribution, où les interactions entre fabricants, distributeurs, et détaillants
génèrent des coûts de coordination, des opportunités d’opportunisme, et des incertitudes.
Dans les canaux de distribution, des actifs spécifiques (par exemple, des entrepôts ou des
technologies logistiques) peuvent lier les acteurs, augmentant leur dépendance mutuelle et les
risques de conflit.
Opportunisme :
Les conflits surgissent souvent lorsque l’une des parties cherche à maximiser ses profits au
détriment de l’autre, par exemple en imposant des quotas ou des prix déséquilibrés.
Hybrides organisationnels :
La théorie des coûts de transaction est particulièrement pertinente pour analyser les conflits
dans les canaux de distribution, où des relations de dépendance et des incertitudes peuvent
émerger :
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Intégration verticale : En internalisant certaines activités critiques (par exemple, le
transport ou l’entreposage), une entreprise réduit sa dépendance à des tiers et le risque
de conflits.
La typologie des conflits se base sur les niveaux et les relations entre les acteurs au sein des
canaux. Trois catégories principales sont souvent identifiées :
Conflits verticaux :
Défi : Les conflits verticaux émergent entre les acteurs opérant à des niveaux différents dans
le canal de distribution, tels que les fabricants, les grossistes et les détaillants. Ces conflits
reflètent des tensions inhérentes à des objectifs divergents ou des déséquilibres dans le
pouvoir et la dépendance entre les parties. Ils peuvent être particulièrement fréquents dans les
systèmes de distribution intégrés ou semi-intégrés, où la coordination et la coopération sont
essentielles pour atteindre une efficacité optimale (Anderson, J. C., & Narus, J. A. (1990). A
Model of Distributor and Manufacturer Working Partnerships. Journal of Marketing.).
Pour clarifier ce concept, il est utile de le définir de manière simplifiée comme suit :
Ce sont des tensions entre des entreprises situées à différents niveaux de la chaîne de
distribution. Par exemple, un fabricant et un détaillant peuvent être en désaccord sur les
prix, les quantités de commandes ou les délais de livraison.
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Divergences sur les prix de vente ou les marges bénéficiaires
Les fabricants cherchent souvent à maximiser leur part des bénéfices en imposant des prix de
vente au détail ou en limitant les marges bénéficiaires des détaillants. Ces derniers, en
revanche, veulent des prix compétitifs pour attirer les clients ou préserver leur rentabilité.
Les conflits peuvent surgir lorsque les fabricants ne livrent pas les produits à temps ou ne
respectent pas les conditions de stockage convenues. Cela peut entraîner des ruptures de stock
ou des coûts supplémentaires pour les distributeurs.
Exemple concret : Dans l’industrie alimentaire, les délais de livraison non respectés
entraînent des pertes pour les détaillants, particulièrement pour les produits périssables.
Les fabricants, cherchant à maximiser leur production, peuvent exiger des volumes d'achat
importants, ce qui ne correspond pas toujours à la capacité ou aux besoins réels des
distributeurs. Cela peut engendrer des conflits lorsque les stocks excédentaires deviennent une
charge pour le distributeur.
Exemple concret : Une marque de vêtements impose un quota mensuel élevé à ses
détaillants. Si ces quotas ne sont pas atteints, les détaillants subissent des pressions financières
ou doivent gérer des surplus de stock invendus, ce qui provoque des tensions croissantes.
Exemple concret :
Dans l’industrie automobile, des conflits verticaux ont été documentés entre les constructeurs
et leurs concessionnaires. Par exemple, certains constructeurs imposent des quotas de ventes
irréalistes ou forcent l’acquisition de nouveaux modèles, même lorsque ceux-ci ne répondent
pas à la demande locale (Frazier, 1999). Ces pratiques mettent en péril la relation fabricant-
concessionnaire, notamment lorsque les concessionnaires subissent des pertes pour atteindre
les objectifs imposés par le fabricant.
En 2012, Nike a imposé à ses détaillants, comme Foot Locker, des quotas stricts pour
améliorer l’expérience client. Foot Locker devait exposer plus de modèles premium et réduire
la mise en avant des produits d'entrée de gamme.
Conflit : Foot Locker a refusé ces conditions, estimant qu'elles limitaient sa capacité à
répondre à la demande des consommateurs sensibles aux prix bas. Cela a mené à des tensions
et des ruptures temporaires dans leurs relations commerciales.
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Conflits horizontaux :
Les conflits horizontaux désignent les tensions qui émergent entre des acteurs situés au même
niveau d’un canal de distribution. Plusieurs auteurs en offrent des interprétations
complémentaires :
Les conflits horizontaux se produisent lorsque des entreprises opérant au même niveau d’un
canal de distribution sont en concurrence pour des ressources limitées, des territoires ou des
clients, menant à des rivalités sur les stratégies de prix et la clientèle. Selon Kotler et Keller,
"ces conflits surgissent souvent en raison de la compétition intense pour des marchés
similaires ou de pratiques concurrentielles agressives" (Kotler & Keller, 2016, p. 511).
"Les conflits horizontaux peuvent également être exacerbés par des asymétries d’information
entre les acteurs d’un même niveau, conduisant à une perception d’injustice dans les
pratiques commerciales" (Anderson & Narus, 1990).
Conflits horizontaux : les causes typiques
Concurrence de territoire :
Lorsque plusieurs distributeurs opèrent dans la même zone géographique, cela peut créer une
concurrence directe pour attirer les mêmes clients.
Exemple concret : deux grossistes distribuent le même produit dans une ville donnée, ils
peuvent se faire concurrence sur les prix et les promotions, ce qui peut entraîner une guerre
des prix.
Les conflits horizontaux peuvent souvent être exacerbés par une guerre des prix entre
distributeurs, surtout lorsque les acteurs ne sont pas d'accord sur la politique tarifaire à
adopter.
Exemple concret : un détaillant commence à vendre un produit à un prix inférieur à celui de
ses concurrents, cela peut inciter d'autres détaillants à réduire leurs prix pour rester
compétitifs, entraînant ainsi une pression sur les marges bénéficiaires de tous les acteurs
concernés.
L'attribution exclusive de certains produits à un distributeur peut entraîner des conflits avec
d'autres qui se sentent exclus.
Exemple concret : Un fabricant de produits électroniques accorde une exclusivité de vente
pour un nouveau smartphone à un détaillant majeur, tandis que d'autres revendeurs se
retrouvent sans accès au produit, ce qui crée des tensions.
Les distributeurs peuvent être frustrés si certains bénéficient de plus de soutien marketing de
la part du fournisseur, ce qui leur donne un avantage concurrentiel injuste.
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Exemple concret : Un fabricant de vêtements propose une campagne publicitaire et des
remises spéciales pour un détaillant, mais n'offre pas le même niveau de soutien aux autres, ce
qui peut entraîner un ressentiment et un conflit.
Conflit inter-canaux :
Kotler et Keller soulignent que les conflits inter-canaux sont souvent le résultat du manque
de coordination stratégique entre les différents canaux d’une entreprise. Cela inclut des
désalignements au niveau des prix, des promotions et des niveaux de service, ce qui nuit à
l'expérience client.
"La rivalité entre les canaux résulte souvent de l'incapacité des entreprises à adopter une
stratégie omnicanale cohérente" (Kotler & Keller, 2016, p. 515).
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Adidas a intensifié ses ventes via son propre site e-commerce, offrant des promotions
exclusives et des livraisons gratuites.
Conflit : Les détaillants physiques partenaires, comme certains magasins de sport, ont
exprimé leur mécontentement. Ils se sont sentis désavantagés, car les clients préféraient
acheter directement en ligne à des prix réduits. Adidas a dû repenser sa stratégie pour
maintenir de bonnes relations avec ses distributeurs.
Chapitre 2.2 : Évaluer les impacts des conflits sur les performances commerciales
1. Impacts négatifs des conflits dans les canaux de distribution
Les conflits dans les canaux de distribution, définis comme des tensions ou désaccords entre
les acteurs impliqués dans la chaîne de distribution (fabricants, distributeurs, détaillants, etc.),
sont souvent inévitables dans un environnement concurrentiel. Ces tensions peuvent résulter
de divergences d’objectifs, d’asymétries d’information ou de chevauchements territoriaux
(Stern & El-Ansary, 1992). Selon Kotler et Keller (2016), les conflits mal gérés nuisent à
l’efficacité des opérations et entraînent des conséquences importantes pour les partenaires et
les clients.
Les impacts négatifs de ces conflits se manifestent principalement par une baisse des
performances commerciales, une détérioration des relations entre partenaires, et des
coûts opérationnels accrus. En outre, ils affectent directement la satisfaction client et
l’image de la marque, affaiblissant ainsi l’ensemble du réseau de distribution (Rosenbloom,
2013).
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rentabilité de l'entreprise. Par exemple, si un détaillant refuse de vendre un produit en raison
de désaccords avec le fabricant sur les conditions de prix, cela peut entraîner une baisse
immédiate des ventes pour le fabricant.
Coûts additionnels
La gestion des conflits de canaux peut également entraîner des coûts additionnels pour les
entreprises. Cela peut inclure des dépenses liées à la résolution des litiges, des efforts
supplémentaires pour maintenir la cohérence des politiques commerciales ou même des pertes
financières résultant de l'inefficacité opérationnelle. Par exemple, si un détaillant refuse de
vendre un produit en raison de désaccords avec le fabricant sur les conditions de prix, cela
peut entraîner une baisse immédiate des ventes pour le fabricant.
Insatisfaction client
Les désaccords entre distributeurs et fabricants peuvent également affecter la satisfaction
client. Par exemple, si un détaillant ne reçoit pas les produits à temps en raison d'un conflit
avec le fabricant, cela peut entraîner des plaintes des clients et une mauvaise expérience
d'achat.
Les conflits dans les canaux de distribution peuvent avoir des répercussions profondes sur la
performance globale d'une entreprise. Pour atténuer ces impacts négatifs, il est crucial
d'établir une communication ouverte et efficace entre tous les acteurs impliqués dans le
processus de distribution. Une gestion proactive des conflits peut contribuer à maintenir des
relations saines et productives, favorisant ainsi une meilleure performance commerciale.
Bien que les conflits dans les canaux de distribution soient généralement perçus comme des
facteurs perturbateurs, ils peuvent également produire des effets positifs lorsqu'ils sont gérés
de manière efficace. En effet, ces tensions peuvent constituer des catalyseurs d'innovation,
incitant les entreprises à repenser leurs stratégies commerciales et à identifier des solutions
20
créatives pour répondre aux défis rencontrés. Par ailleurs, la résolution proactive des conflits
peut contribuer à un meilleur alignement stratégique entre les partenaires, renforçant ainsi leur
compétitivité sur le long terme. Dès lors, une gestion maîtrisée des conflits peut transformer
ces derniers en opportunités de développement et d'amélioration des performances
commerciales.
Stimulation de l’innovation :
Réajustement des processus et produits : Les conflits peuvent forcer les entreprises à
repenser leurs produits, services ou processus pour mieux répondre aux besoins des
partenaires et des clients. Lorsque des tensions surgissent, elles incitent souvent à rechercher
des solutions créatives pour résoudre les désaccords, ce qui peut conduire à des améliorations
notables.
Exemple : Un conflit concernant la répartition des marges entre un fabricant et ses
distributeurs a conduit ces derniers à proposer une nouvelle approche de vente, ce qui a
permis d’améliorer la présentation des produits en magasin et de dynamiser les ventes.
Innovation relationnelle : Les conflits peuvent également encourager l’adoption de
nouveaux modèles de relations commerciales. Par exemple, un conflit sur les termes du
contrat peut amener une entreprise à adopter des pratiques plus collaboratives et transparentes,
favorisant ainsi un partenariat plus fort à long terme.
Anticipation des conflits futurs : L’expérience acquise dans la gestion des conflits permet à
l'entreprise de mieux anticiper et prévenir de futurs conflits. Cela contribue à une gestion
proactive des risques et à une plus grande résilience face aux tensions commerciales.
Exemple : Après plusieurs conflits liés à des malentendus contractuels, une entreprise a
amélioré ses processus internes pour mieux gérer les termes de ses accords de distribution,
réduisant ainsi les risques de litiges futurs.
21
Création de mécanismes de contrôle et de médiation : Les conflits peuvent inciter les
entreprises à mettre en place des mécanismes de gestion des conflits, comme des procédures
de médiation ou d’arbitrage. Ces mécanismes contribuent à une résolution plus rapide et
moins coûteuse des différends futurs.
Exemple : La mise en place d’un comité de médiation a permis de résoudre efficacement les
conflits récurrents avec un distributeur majeur, réduisant ainsi les impacts négatifs sur la
performance commerciale.
1. Méthodes de prévention, qui vise à anticiper les conflits grâce à des contrats
relationnels, une communication ouverte et des stratégies collaboratives.
2. Gestion réactive, qui intervient une fois le conflit survenu, à travers des méthodes
telles que la négociation, la médiation ou l’arbitrage (Rosenbloom, 2013).
Avec l’évolution technologique, de nouveaux outils numériques, tels que les plateformes
collaboratives et les systèmes de gestion intégrée (CRM, ERP), jouent un rôle clé dans la
facilitation de ces approches. Ces outils permettent un suivi en temps réel des interactions,
une communication transparente, et une résolution rapide des litiges.
Dans ce chapitre, nous explorerons les différentes méthodes de gestion des conflits, en
mettant en lumière leur importance stratégique pour maintenir un réseau de distribution
performant et résilient.
Les méthodes préventives dans les canaux de distribution ont pour objectif d’anticiper les
sources potentielles de conflit et de mettre en place des bases solides pour une collaboration
harmonieuse entre les acteurs. Ces approches proactives permettent de limiter les tensions et
d’assurer une coopération durable, essentielle à l’efficacité et à la performance des réseaux de
distribution.
Contrats relationnels :
Les contrats relationnels se distinguent des contrats classiques par leur flexibilité et leur
approche à long terme. Plutôt que de se limiter à des obligations strictement juridiques, ces
accords incluent des clauses visant à renforcer la coopération et à encourager une
collaboration mutuellement bénéfique entre les parties.
Avantages :
22
Ils permettent de réduire les opportunités de comportements opportunistes, en
clarifiant les responsabilités et les attentes dès le départ.
Ces contrats renforcent la confiance entre partenaires, ce qui favorise la résolution
rapide des désaccords et une meilleure coordination.
Communication proactive
La communication proactive joue un rôle central dans la prévention des conflits en favorisant
une interaction régulière et transparente entre les partenaires. En créant des canaux de
dialogue ouverts, les acteurs peuvent résoudre les désaccords potentiels avant qu'ils ne
s'intensifient, garantissant ainsi une meilleure cohésion au sein du réseau de distribution.
Une communication ouverte et transparente est cruciale pour identifier et résoudre les conflits.
Les entreprises doivent établir des canaux de communication clairs avec leurs partenaires,
incluant :
Mises à jour régulières : Informer les partenaires des lancements de produits, changements de
prix et campagnes marketing pour éviter les malentendus1.
Alignement des objectifs : S'assurer que tous les partenaires partagent des objectifs communs,
ce qui réduit le risque de conflits dus à des priorités contradictoires.
Pratiques clés :
1. Réunions fréquentes : Organiser des réunions régulières entre les différents acteurs
pour discuter des performances, partager des retours d'expérience, et anticiper les
problématiques à venir.
2. Partage transparent des données : Échanger des informations clés, telles que les
prévisions de vente, les niveaux de stock ou les données de marché, pour éviter les
malentendus et les prises de décision isolées.
Malgré les efforts de prévention, les conflits dans les canaux de distribution sont parfois inévitables.
Lorsqu’ils surviennent, il est crucial de les résoudre rapidement pour limiter leurs impacts négatifs sur
la performance commerciale et les relations entre partenaires. Plusieurs méthodes réactives sont
utilisées pour gérer ces tensions, selon la nature et la gravité des différends.
Négociation
La négociation est une méthode directe et informelle où les parties concernées cherchent à
trouver un compromis sans intervention extérieure. Ce processus repose sur un dialogue
constructif visant à aligner les intérêts et à apaiser les tensions.
23
Avantages:
C’est une solution rapide et économique, qui ne nécessite pas de procédures
formelles.
La négociation favorise la compréhension mutuelle, car les parties discutent
directement de leurs préoccupations et besoins.
Un fabricant et un distributeur peuvent entrer en négociation pour ajuster les quotas de vente
lorsque le distributeur estime que les objectifs fixés sont trop élevés ou irréalistes compte tenu
de la demande. Ce dialogue permet souvent de trouver un terrain d’entente satisfaisant pour
les deux parties.
Médiation
La médiation consiste à faire intervenir un tiers neutre, appelé médiateur, pour faciliter la
résolution du conflit. Le médiateur n’impose pas de solution, mais agit comme un facilitateur
pour aider les parties à identifier des compromis acceptables.
Avantages :
La médiation réduit les tensions en créant un cadre neutre et sécurisé pour les
discussions.
Elle favorise des solutions équilibrées et durables, car les parties restent impliquées
dans la prise de décision.
Nestlé utilise régulièrement la médiation pour résoudre les différends avec ses distributeurs.
Par exemple, lors de conflits liés aux délais de livraison ou à la disponibilité des produits, un
médiateur aide à clarifier les responsabilités et à rétablir une collaboration efficace.
Arbitrage
L’arbitrage est une méthode formelle où un arbitre indépendant est chargé de prendre une
décision contraignante pour régler le conflit. Cette approche est souvent utilisée en dernier
recours, lorsque les autres méthodes n’ont pas permis de résoudre le différend.
Quand l’utiliser :
Amazon a recours à l’arbitrage pour résoudre les litiges avec ses vendeurs tiers concernant
des questions contractuelles, telles que les politiques de prix ou l’accès aux plateformes.
L’arbitre examine les faits et prend une décision qui doit être respectée par les deux parties.
Partie 3 : Perspectives et recommandations
Chapitre 3.1 : Nouvelles tendances dans la gestion des conflits
Avec l’évolution rapide des technologies et des modèles économiques, la gestion des conflits
dans les canaux de distribution a connu des transformations majeures. La digitalisation,
l’émergence des stratégies omnicanales et l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle
24
(IA) et des outils prédictifs ont profondément modifié les pratiques de gestion. Ces nouvelles
approches permettent non seulement de prévenir les conflits, mais aussi de les résoudre de
manière plus rapide et efficace.
La digitalisation joue un rôle fondamental dans la gestion des conflits au sein des canaux de
distribution, en apportant une transparence accrue grâce au partage de données en temps
réel entre les différents acteurs. En permettant un accès instantané et synchronisé aux
informations essentielles, elle réduit considérablement les malentendus et les asymétries
d’information, souvent à l’origine des tensions.
Des outils comme les systèmes ERP (Enterprise Resource Planning) ou CRM (Customer
Relationship Management) centralisent et automatisent la gestion des stocks, des prévisions
de ventes et des données logistiques. Ces plateformes facilitent la coordination entre les
partenaires, tout en garantissant une meilleure réactivité face aux imprévus. Par exemple, un
ERP peut alerter un fabricant en temps réel lorsqu’un distributeur atteint un seuil critique de
stock, permettant un réapprovisionnement rapide et évitant ainsi un conflit potentiel.
Exemple concret :
25
Exemple concret :
Nike a réussi à harmoniser ses opérations omnicanales en mettant en place une plateforme
unique qui permet aux clients d'acheter des produits en ligne tout en ayant la possibilité de les
récupérer en magasin. Cette stratégie assure que les deux canaux bénéficient de l’activité
globale sans que l’un ne nuise à l’autre. En permettant cette flexibilité d’achat, Nike favorise
l’intégration des deux canaux tout en préservant l’équité entre eux.
Applications pratiques :
L’IA peut également analyser les commentaires des clients sur différentes plateformes pour
identifier des signaux de mécontentement pouvant traduire des conflits sous-jacents. Par
exemple, une analyse des retours de produits ou des avis négatifs concernant un détaillant
spécifique peut signaler des problèmes potentiels entre les distributeurs et les fabricants,
comme une mauvaise gestion des stocks ou des attentes non satisfaites.
Exemple concret :
Un exemple majeur d'utilisation de l'IA dans la gestion des conflits est Amazon, qui utilise
des algorithmes d'IA pour prévoir les ruptures de stock et ajuster les réapprovisionnements
en temps réel. Cette anticipation des besoins permet de mieux gérer les attentes des
partenaires logistiques et d’éviter les conflits potentiels liés à la disponibilité des produits.
En surveillant les stocks et en ajustant les commandes en fonction de la demande, Amazon
minimise les désaccords avec ses fournisseurs et optimise la coordination de la chaîne
d'approvisionnement.
26
Chapitre 3.2 : Recommandations pour les entreprises
Dans le cadre de la gestion des conflits dans les canaux de distribution, il est essentiel pour les
entreprises d’adopter des approches stratégiques efficaces pour éviter les tensions, tout en
maximisant les bénéfices issus des relations inter-organisationnelles. Ce chapitre présente des
recommandations pratiques pour prévenir les conflits et optimiser la collaboration entre les
différents acteurs de la chaîne de distribution.
Les entreprises doivent adopter des stratégies intégrées pour prévenir les conflits et maximiser
les bénéfices des relations inter-organisationnelles. Cela inclut la mise en place de contrats
clairs et flexibles qui définissent des objectifs communs, l’instauration d’une
communication proactive pour maintenir une transparence continue entre les partenaires, et
l’utilisation de technologies de gestion telles que les systèmes ERP et CRM pour améliorer la
coordination des stocks et des prévisions. De plus, favoriser une culture de collaboration et
créer des partenariats stratégiques à long terme permettent de renforcer la synergie entre
les acteurs de la chaîne de distribution. Enfin, il est essentiel d’investir dans des mécanismes
de résolution rapide des conflits afin de garantir que les tensions, lorsqu'elles surviennent,
soient réglées de manière efficace et équitable. Ces approches combinées favorisent des
relations solides et durables, améliorent l'efficacité du réseau de distribution et permettent aux
entreprises de mieux répondre aux défis du marché.
1. Approches stratégiques pour éviter les conflits :
Établir des contrats clairs et équitables
Un des moyens les plus efficaces pour éviter les conflits est de définir dès le départ des
contrats clairs et bien structurés qui précisent les attentes, les obligations et les
responsabilités de chaque partie. Ces contrats doivent non seulement couvrir les aspects
juridiques, mais aussi promouvoir une relation de coopération à long terme, en intégrant des
clauses de flexibilité pour ajuster les termes en fonction des évolutions du marché.
Recommandation : Inclure des mécanismes de révision périodique des termes du contrat,
permettant de réajuster les objectifs communs sans avoir à renégocier l’ensemble de l’accord.
Renforcer la communication proactive
Une gestion efficace des stocks et des prévisions de demande est essentielle pour éviter les
conflits liés à la rupture de stock ou à l'overstock. Les entreprises doivent utiliser des outils
27
technologiques avancés pour garantir que la demande est correctement anticipée et que les
stocks sont bien répartis entre les différents canaux de distribution.
Les entreprises doivent encourager une culture de collaboration au sein de leurs réseaux de
distribution. Cela implique de passer d'une approche compétitive à une approche coopérative,
où les partenaires partagent des objectifs communs et bénéficient des succès collectifs. Pour
ce faire, les entreprises peuvent mettre en place des programmes incitatifs qui récompensent
la collaboration plutôt que la compétition.
Conseil : Créer des collaborations stratégiques avec des partenaires clés, fondées sur des
engagements durables, et encourager l'innovation collective pour satisfaire les besoins
changeants du marché.
Utiliser des technologies pour améliorer la coordination
Les outils de communication et de gestion des données sont essentiels pour gérer les relations
entre différentes organisations. L’intégration des systèmes ERP et CRM aide à rassembler les
informations, à améliorer la coordination et à accroître la transparence entre les partenaires.
En outre, l'utilisation de plateformes collaboratives pour la gestion de projets favorise une
bonne entente parmi les acteurs impliqués.
Recommandation : Intégrer des outils collaboratifs et des systèmes de gestion de projets
pour accroître la transparence et l'harmonie dans les relations entre organisations.
Mettre en place des mécanismes de résolution rapide des conflits
Malgré tous les efforts de prévention, des conflits peuvent survenir. Les entreprises doivent
donc disposer de mécanismes efficaces pour résoudre les conflits rapidement sans perturber
28
leurs relations à long terme. Cela peut inclure la mise en place de processus de médiation ou
de négociation formelle pour garantir que les différends sont réglés de manière équitable et
rapide.
CONCLUSION :
En somme, la gestion des conflits au sein des canaux de distribution constitue un enjeu
stratégique majeur pour les entreprises cherchant à optimiser leurs performances
commerciales et à préserver des relations harmonieuses avec leurs partenaires. Les conflits
verticaux, horizontaux et inter-canaux, bien que parfois inévitables, sont le reflet des
dynamiques complexes et interdépendantes caractérisant les réseaux de distribution modernes.
Ces tensions, souvent déclenchées par des divergences d'objectifs, des asymétries
d'information ou des rivalités concurrentielles, peuvent avoir des impacts aussi bien négatifs,
en compromettant la performance globale, que positifs, en favorisant des ajustements
stratégiques et des innovations organisationnelles.
Toutefois, leur gestion proactive et méthodique, reposant sur des approches préventives
(communication transparente, contrats équitables) et réactives (négociation, médiation,
arbitrage), apparaît comme essentielle pour réduire leurs effets néfastes et en tirer des
opportunités. En s'appuyant sur des outils collaboratifs et des pratiques adaptées à leurs
contextes, les entreprises peuvent transformer les conflits en leviers d'amélioration continue et
de compétitivité accrue.
Ainsi, une compréhension approfondie des typologies, des causes et des impacts des conflits
dans les canaux de distribution constitue non seulement une clé pour améliorer leur gestion,
mais aussi un domaine de recherche prometteur pour renforcer les modèles théoriques et les
pratiques managériales.
Cependant, une étude documentaire, bien qu'indispensable pour poser les bases théoriques,
reste insuffisante pour saisir pleinement les nuances et les spécificités des conflits dans les
29
canaux de distribution. Une approche qualitative, intégrant des entretiens ou des études de cas
auprès des acteurs du terrain, est nécessaire pour approfondir cette thématique, enrichir les
modèles existants et fournir des recommandations managériales concrètes adaptées aux
réalités opérationnelles.
Enfin, une question de recherche émergente pourrait être explorée : comment les avancées
technologiques, telles que les plateformes numériques collaboratives ou l’intelligence
artificielle, peuvent-elles contribuer à la prévention et à la résolution des conflits dans les
canaux de distribution ? Cette interrogation ouvre des perspectives intéressantes pour
adapter les solutions managériales aux évolutions constantes des environnements
commerciaux.
Liste bibliographique :
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Working Partnerships. Journal of Marketing, 54(1), 42–58.
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Stern, L. W., & El-Ansary, A. I. (1992). Marketing Channels. Prentice Hall.
Stern, L. W., & Gorman, R. H. (1969). Conflict in Distribution Channels: The Causes and
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