Deuxième partie: l’action en contrefaçon
Les droits de la propriété intellectuelle sont protégés par une action spéciale, c’est
l’action en contrefaçon, dont l’étymologie latine contrefacere signifiant reproduire
par imitation, s’entend de l’atteint portée a un droit de propriété intellectuelle.
L’action en contrefaçon est une action spéciale tendant à l’interdiction de tout
formes de contrefaçon à savoir la reproduction, limitation, l’usage, l’apposition…
Mais pour la mise en œuvre d’une telle action il convient d’étudier tout d’abord les
règles concernât la poursuite et le déroulement pour envisager ensuite les sanctions
de la contrefaçon.
a) La poursuite de l’action :
la loi n° 2001-21 du 6 février 2001, relative à la protection des dessins
et modèles industriels aussi que la loi n° 2001-36 du 17 avril 2001,
relative à la protection des marques de fabrique, de commerce et de
services et la Loi n° 2000-84 du 24 août 2000, relative aux brevets d'invention
retiennent des dispositions identiques qui imposent une procédure similaire de
l’action en contrefaçon sans pour étant reprendre les termes adoptées en chaque
droit de propriété intellectuelle, en effet la poursuite de l’action en contrefaçon
nécessite le passage de certaines étapes.
Ainsi, le demandeur en contrefaçon réclame toujours, de façon alternative ou
cumulative, l’interdiction pour l’avenir de l’exploitation contrefaisante du signe ou
de la création protège et l’octroi de dommages –intérêt en réparation du préjudice
passe subit du fait de l’atteinte a son droit privatif. A cette fin le législateur tunisien
lui permet de choisir entre l’action civile et l’action pénale et suivant son choix on
va déterminer les règles de compétence car la contrefaçon englobe des faits qui
constituent à la foi une infraction pénale et un délit civil.
En effet, la voie civile est en pratique la plus emprunter car le plus souvent, elle
correspond mieux aux préoccupations de la victime qui privilégie l’indemnisation.
Cette voie permet de réparer les conséquences des actes dommageables dont la
qualification est un peu plus incertaine m’autorisant la victime à joindre une action
en concurrence déloyale a la procédure de contrefaçon, ce qui n’est pas possible
devant le juge répressif. Elle peut également permettre d’obtenir du juge le
prononce d’une interdiction, sous astreinte ai contrefacteur de poursuivre ses
agissements, ce que n’autorise pas non plus l’action devant le juge pénal. Par
contre, la voie pénale qui est pour sa part, axée sur l’atteinte a l’ordre public,
constituée par le pillage des créations intellectuelles elle permet de frapper plus
sévèrement le contrefacteur en lui infligeant les sanctions pénales, entre autres,
peines d’amende et d’emprisonnement qui constituent des peines privatives de
liberté, ce qui n’est pas le cas devant la juridiction civile.
On peut dire que les actions civile et pénale constituent des armes complémentaires
contre la contrefaçon, elles sont en mesure de satisfaire les victimes de
contrefaçon.
Quant à la compétence de la recevabilité de l’action de contrefaçon, on trouve une
compétence d’attribution et une compétence territoriale.
Pour la compétence d’attribution, la victime Dun délit de contrefaçon a la
possibilité de choisir de porter son action devant le tribunal correctionnel pour
obtenir une condamnation pénale ou bien d’envisager une action civile afin
d’obtenir réparation des dommages dont il souffre.
Pour la compétence territoriale, c’est déterminé par les règles ordinaires de
dispositions du code de procédure civile et commerciale. En effet les articles 30 et
36 de ce code prévoient que les tribunaux compétents sont les suivants :
-Soit le tribunal du lieu du domicile du défendeur, ou de l’un des défendeurs si
plusieurs sont poursuivis
-le tribunal du lieu où a été commis le fait incrimine
-enfin le tribunal du lieu où a été subit le préjudice
La jurisprudence française a même retenu la compétence possible du tribunal du
lieu d’enregistrement de la marque1.
Toutefois, l’immatérialité des biens intellectuels engendre des situations
complexes, l’émergence d’Internet nourrissant la question de la compétence
rationae loci : la question de la compétence de juge tunisien en cas de contrefaçon
sur un site web n’est pas encore pleinement tranchée, la cour de cassation française
hésite sur le nécessaire comportement actif ou passif du site internet a l’égard des
internautes français, le fait qu’il soit rédigé en français ou non, qu’il propose ou
non une livraison en France. La cour d’appel de Paris semble pour sa part refuser
la compétence du juge français fondée sur la seule accessibilité au site, elle exige
1
TGI paris 19-fevrier-1988 n`461
un <<lien suffisant, substantiel ou significatif>>2 entre les atteintes perpétrées
par le site situé a l’étranger et le dommage allégué en France.
On note que l’opposabilité du titre de propriété aux tiers est une condition de
recevabilité de l’action en contrefaçon, en droit d’auteur, le titre naît à compter de
la date de création mais il est nécessaire de détenir une date certaine de cette
création pour agir efficacement contre un contrefacteur. À défaut d’une date
certaine de création, on utilise une date certaine de divulgation de l`œuvre, la
divulgation étant par nature postérieur a la création. Dans les deux cas la date doit
être antérieur aux faits de contrefaçon reprochés. Cette condition est prévue par le
droit de la propriété intellectuelle, on prend comme exemple l’article 45 de la loi
n`2001-36 du 17 avril 2001 relative à la protection des marques de fabrique, de
commerce et de services qui énonce :<<ne peuvent être considérés comme ayant
porté atteinte aux droits attachés à une marque, les faits antérieurs à la
publication de la demande d’enregistrement de cette marque.>>.
Exceptionnellement, le titulaire d’un dépôt non encore enregistre peut agir après
avoir notifié au présumé contrefacteur une copie de son dépôt. Dans ce cas le
tribunal sursoit à statuer jusqu`à publication de l’enregistrement.
Quant aux titulaires de l’action en contrefaçon, l’identification de la personne
pouvant engager une action en contrefaçon est un élément primordial de la
procédure. En effet, c’est le propriétaire du bien intellectuel qui est le titulaire
naturel de l’action en contrefaçon, quel que soit le régime d’appropriation du bien
intellectuel mais aussi toute personne bénéficiaire de droit d’auteur a qualité et
intérêt pour poursuivre en contrefaçon un tiers qui porte atteinte à son droit.
En matière de la marque, le ministre public a la faculté d’engager des poursuites
pour la répression des actes incriminées puisque c’est l’intérêt général qui est
menacée.
Pour le délai de prescription, les actions en contrefaçon sont prescrites par trois ans
à compter des faits qui en sont la cause. Ce délai impose de répondre à la question
du point de départ de ce délai et la nature de l’infraction : instantanée ou continue.
En effet si l’infraction présente un caractère continue, le point de départ du délai de
prescription devrait courir à compter du jour ou cesse l’usage indu du bien
intellectuel, ce principe trouve des exceptions par exemple pour l’action en
2
[Link], 10 juillet 2007, JCP E 2007
contrefaçon attachée à l’enregistrement frauduleux a titre de marque du bien
intellectuel d’un tiers, le point de départ est alors la date de publication 3.
Concernant la preuve dans l’action en contrefaçon, le législateur tunisien a invoqué
le principe de la liberté de la preuve, on cite l’article 34 de la loi n° 2001-36 du
17 avril 2001, relative à la protection des marques de fabrique qui
énonce :<< La preuve de l'exploitation de la marque incombe au propriétaire de
la marque dont la déchéance est demandée. Elle peut être apportée par tout
moyen>>
En effet, le droit de la propriété intellectuelle laisse une place croissante aux modes
alternatifs de règlement des conflits ce qui l’énonce le législateur tunisien dans
plusieurs articles tel que l’article 30 de la loi n° 2001-21 du 6 février 2001,
relative à la protection des dessins et modèles industriels qui permit le
recours à l’arbitrage, mais le législateur français était plus permissible
et a accepté le recours à la transaction, la médiation et l’arbitrage.
Ainsi il est possible de soumettre un litige de droit d’auteur a
l’arbitrage qui englobe deux domaine, le domaine contractuel et celui
de la validité du titre de propriété. Pour le premier domaine, il n`y q
qu’une réserve, les contrats ayant pour objet un bien intellectuel
peuvent intégrer une clause compromissoire ou les parties peuvent
conclure un compromis d’arbitrage en cas de litige. A l’inverse,
l`arbitrabilité du contentieux portant sur le titre de propriété est
discutée. Le titre de propriété doit son existence a l’autorité publique
qui en fixe les conditions qu`il y ait ou non une procédure devant un
office. La discussion de la validité d’un titre de propriété intellectuelle
pourrait relever de discussion touchant de l’ordre public et de ce fait
s’écarter du domaine de l’arbitrage.
3
[Link]. 16 fevrier 2010, bulletin civil n`40