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Zak Hawa

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MARIE-JOSE TUBIANA

UNIV. OF ARIZONA

er crs
PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA

‘ UNIVERSITE DE PARIS
DE L/INSTITUT D’ETHNOLOGIE ¢ LXVII
: TRAVAUX ET MEMOIRES
« MUSEE DE L’HOMME, PARIS
INSTITUT D’ETHNOLOGIE
Digitized by the Internet Archive
in 2022 with funding from
Kahle/Austin Foundation

https ://archive.org/details/survivancespreisO0O00mari
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SURVIVANCES
PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA
UNIVERSITE DE PARIS
TRAVAUX ET MEMOIRES DE L’INSTITUT D’ETHNOLOGIE - LXVII

652
a & MARIE-JOSE TUBIANA

SURVIVANCES
PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA

OUVRAGE PUBLIE AVEC LE CONCOURS DE LA DIRECTION


DE LA COOPERATION AVEC LA COMMUNAUTE ET L’ETRANGER
ET DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

PARIS
INSTITUT D’ETHNOLOGIE
MUSEE DE L’HOMME, PALAIS DE CHAILLOT, PLACE DU TROCADERO (16°)

1964
© Institut d’Ethnologie, 1964.
PREFACE

Au cours de cette étude seront examinés des croyances et des rituels


paiens qui ont survécu chez une population dont l’islamisation semble
trés anciennement attestée, et dont les membres se disent et se veulent
musulmans.
Les faits rapportés ont été recueillis au cours d’une mission d’un
an (1956-1957) chez les Zaghawa du Tchad}.
La disparition progressive de ces coutumes, souvent sous la pres-
sion des faki musulmans, rendait urgente leur étude. Quelques rituels,
conservés seulement dans la mémoire des vielix, risquaient de périr
avec eux. C’est pour cette raison qu’une attention particuliére a été
portée a l’enquéte sur les phénoménes religieux, dés que fut projetée
la mission a laquelle j’appartenais. Cette enquéte s’est rapidement
trouvée au centre de mes diverses recherches ethnologiques.
Faire le tableau des survivances préislamiques chez les Zaghawa
conduit a passer en revue. tous les domaines de la vie sociale. Les
anciennes croyances s’y trouvent apparentes, fragmentairement,
parfois méme intégralement, conservées.--Les éléments auxquels se
limite volontairement cette étude sont des rituels complets tous en
rapport avec la fertilité : rites d’intronisation oti le chef de tribu est
instauré « faiseur de pluies », rites annuels de pluie, sacrifices agraires
proprement dits.
Mes informations émanent en principe de témoins oculaires
simples villageois ou personnalités telles que sultan, membres des
familles royales, chefs de clan et chefs de village, ayant tous pris une
part active aux cérémonies. Elles ont été recueillies, chaque fois que
cela était possible, sur les heux mémes du déroulement des sacrifices.
Malheureusement aucun rituel n’a pu étre observé sur le vif. La plu-
part sont abandonnés, certains depuis une dizaine d’années, d’autres
depuis trente ans et plus.
1. Mission des Confins du Tchad (C.N.R.S., Musée de l’Homme), cf. Cahiers
d’ Etudes Africaines, 1, 1960, pp. 115-120.
8 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Les renseignements obtenus sont d’inégale valeur. L’enquéte fut


plus poussée dans le Canton du kobe que dans les trois autres Cantons
qui groupent les Zaghawa du Tchad!. En effet, c’est au Kobé que se
trouve la capitale du sultan des Zaghawa qui fut, avec plusieurs des
princes de sa famille, parmi mes meilleurs informateurs. C’est la que
j'ai séjourné le plus longtemps.
*
*

Pour bien comprendre la plupart de ces rituels et les situer correc-


tement il faut leur restituer une certaine dimension historique. En
cette matiére aussi la documentation est d’importance inégale : l’his-
toire des sultanats du Kobé et du Kapka est moins malaisée a retracer
que celle de nombreuses petites chefferies.
Enfin si j’ai pu recenser la presque totalité des clans zaghawa, je
n’ai pas toujours obtenu l’origine et la localisation ancienne de chacun
d’eux ni la description des sacrifices qui leur étaient propres. Ceci
pour diverses raisons, liées aux difficultés habituelles de l’enquéte
sur le terrain, a ses aléas, et surtout a l’absence, dans certains cas,
d’informateurs capables de me renseigner de premiére main. Bien des
clans, autrefois strictement localisés, le plus souvent autour d’une
montagne, sont aujourd’hui émiettés a travers tout le pays. Quelques-
uns se sont éteints, d’autres ne survivent plus qu’a travers une ou
deux personnes.
*
* OK

Cette étude ne peut donc prétendre étre exhaustive. Je me suis


efforcée d’ordonner les informations que je possédais, de signaler les
manques, de poser les points d’interrogation. Ce travail n’est rien
d’autre qu’une esquisse dont on pourra partir pour approcher un
tableau plus complet. Dans un souci de précision, et aussi en vue des
enquétes a venir, j’ai tenu a indiquer mes informateurs et a décrire
sommairement les conditions dans lesquelles les enquétes ont été
menées?.
Je remercie Mme Denise Paulme, MM. Georges Balandier et Maxime
Rodinson qui se sont donné la peine de lire mon manuscrit et m’ont
fait bénéficier de leurs conseils et de leurs critiques.
Ma reconnaissance va 4 mon mari, Joseph Tubiana, pour son aide
constante et éclairée.

1. A savoir le kapha, le diroy, et le guruf.


2. Les travaux cités dans le cours du texte seront indiqués de fagon abrégée.
On trouvera les références bibliographiques complétes en fin de volume.
o

Pr. I. — L’abbo Mahamat « gui ».

Au verso: Pur. Il.


t. L’abbo Bahr.
2, Abdullay Tdris,
Pe Lil

Au verso: PL. LV.


1. Le plateau Kobé.
2. Ruines d’un village
autrefois habité par
: le clan bzdi, sur la
montagne Jel.

t. Le sultan A bdervaman.

2. Le kamini Diki.
LR
. . >

sates
ees Os at : Saw =e.
Sa,OR cit WPag ee pe : : : K ahs
SIOEA,
‘i?
2. L’orifice du « gouffre » au sommet de la montagne.
$
é
i
|
a

culvre rouge.
Pi. VIII. — 1 et 2. La danse « tmo-kurun » a nogo-ba.
PL. [X. — Une femme zmogu.
etwcusahee
ba antigh ‘
« =:

Pr. XI. — 1 et 2. Le sol craquelé de la mare de key-hay (Matadjéné)


est parsemé de puits.
1. Les montagnes
du Kapka vues
de ha-hige.

2. Abakar Barga.

Pr. Xi
rT et 2.
Informateurs
kige.

3. Halte au cours de l’ascension de ha-kige.

Pi. SOOO
hes
RG)
Piee Ve

1. Le tambour (gay-gay)
de l’agid A bdullay.

2. Lagid Abdullay.

Ci-contre : PL. XIV.


fabri de la.tim-
bale (diyer) du
chef, au lieu-dit
suidira.

2. Abakar Barga
assis dans l’atti-
tude d’un chet a
er bet-gilt.
Pr. XVI. — «La roche au lion », sud de Kornoy (Soudan).
Des gravures rupestres ont été aspergées d’un mélange de farine
et d'eau. (D apres Baliour-Paul, J.h-Adl 19056-86.21, p, 67.)
NOTE SUR LE SYSTEME DE TRANSCRIPTION

a) Mots zaghawa

Le beRi-a ou « langue des beRi » (Zaghawa et Bideyat) est une langue a tons.
Toutefois dans cette étude, je m’en suis tenue 4 une notation sommaire sans
indication de tons.

Voyelles :
Les timbres vocaliques sont au nombre de cinq :
a, 1, o équivalant aux voyelles moyennes correspondantes du frangais.
e moyen, entre é et é du frangais.
u toujours comme ow du frangais.
Il n’y a pas de voyelles nasales. Les voyelles nasalisées par le voisinage d’une
consonne nasale peuvent étre surmontées d’un ~.

Consonnes :
Les signes ont la méme valeur qu’en frangais. Mais g se prononce toujours
comme dans le frangais gave, méme devant un 7 ou un e (kige se prononcera
donc « kigué » et non pas « kijé »).
h est toujours « aspiré ».
correspond au groupe g de l’anglais « meeting ».
R est unr rétroflexe. Il se prononce comme un ¢ « roulé », Aa un seul battement.
Il ressemble plus 4 un / qu’a un « parisien ».
D est un d rétroflexe. C’est l’occlusive correspondant a R.
§ correspond au frangais c/: dans « chien ».
& note une consonne « mouillée » située entre di et dj du frangais (comme dans
« diamant » et « Djibouti »).
Ss correspond a gu du frangais « agneau ».
Enfin, w comme un w anglais et y comme l’y du francais « yeux ».

6b) Mots arabes

La transcription employée pour les mots arabes de la langue classique est


celle de l’Encyclopédie de l’Islam. Ces mots sont précédés de l’abréviation ar. cl.
(= arabe classique).
Les mots arabes notés dans la prononciation locale sont transcrits selon les
mémes principes que les mots zaghawa. Ils sont précédés de l’abréviation ar.
(= arabe local).
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Io SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

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INTRODUCTION

1. Le pays.

Au nombre d’environ 60 000, les Zaghawa se répartissent entre la


République du Tchad (nord du Ouaddai) et la République du Soudan
(nord du Dar-Fur). Ils sont artificiellement divisés par la frontiére
internationale!.
Ces pasteurs semi-nomades a court rayon de déplacement tirent
leurs ressources de l’élevage, de la cueillette, de l’agriculture, de la
chasse et aussi du commerce.
Le pays offre a ses habitants de rudes conditions de vie. Vaste
plaine sablonneuse barrée de quelques arétes gréseuses, chaine de
montagnes aux sommets aigus se découpant sur le ciel en formes fan-
tastiques, hauts plateaux parsemés d’amas de rochers chaotiques
balayés par le vent, tels sont les paysages familiers. Les cours d’eau
eux-mémes, a sec onze mois sur douze, ne sont alors que des ravine-
ments tapissés de sable clair. Seuls quelques arbres, énormes, soulignent
le tracé de leur lit et apportent un peu de fraicheur. Les maisons des
hommes s’accrochent dans les cailloux, prés des rochers qui pourront
éventuellement servir de refuge en cas d’attaque.
La grande ressource de ce pays, ou le sable s’allie a la pierre comme
pour le rendre plus inhospitalier, c’est lherbe. Une herbe qui surgit
verte et épaisse dés les premieres pluies, mais qui devient vite séche,
jaune et coupante dés que les pluies ont cessé. Lorsque les précipitations
sont insuffisantes, c’est la famine. Or, a part quelques averses irrégu-
liéres en juin-juillet, il ne pleut véritablement qu’un mois par an,
en aout.

1. Le tracé de la frontiére a été fixé par la Convention franco-britannique


du 14 juin 1898, complétée par la Déclaration du 21 mars 1899 et par la Conven-
tion du 8 septembre 1919. La mission de délimitation de frontiére eut lieu
en 1922-1923; cf. Lieutenant-Colonel GRossarD, Mission de délimitation de
V Afrique Equatoriale Frangaise et du Soudan Anglo-Egyptien, Paris, 1925.
I2 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Le troupeau est la principale richesse du Zaghawa. II] en tire une


partie de sa nourriture, de ses vétements et quelques-uns de ses usten-
siles de ménage. En échangeant ou en vendant des bétes il se procure
le complément de mil nécessaire a son alimentation, du thé, du sucre,
des tissus. La richesse d’un homme, la puissance d’un chef sont éva-
luées en tétes de bétail. On donne des vaches pour obtenir une fille
en mariage (autrefois on exigeait jusqu’a cinquante bétes), on sacrifie
des animaux pour célébrer une féte, se concilier la divinité et bien
entendu demander la pluie sans laquelle aucune vie n’est possible.
Enfin un titre de gloire pour tous, jeunes gens et hommes mirs, était
et demeure encore, malgré les difficultés de ce genre d’entreprises,
d’aller voler des animaux chez les populations voisines.
Vaches et taureaux occupent la premiere place. Les hommes et
les jeunes gens ont la charge de les conduire au paturage et de les
abreuver ; les femmes s’occupent seulement de traire le lait. De juillet
a octobre, lorsque l’herbe est encore verte et les mares abondantes,
les troupeaux s’égaillent dans la brousse vers les paturages les plus
éloignés ; les mares taries, ils se rapprochent progressivement des
puits permanents et des villages. Les Zaghawa élévent également des
chameaux comme bétes de somme, des moutons et des chévres. Les
chevaux sont les montures des chefs et des notables; les Anes sont
laissés aux femmes et aux forgerons.
Les Zaghawa se procurent des céréales par la cueillette de gra-
minées sauvages, a laquelle se livrent les femmes, et par la culture du
mil, dont l’introduction semble récente. Elle est pratiquée surtout
dans le sud-ouest du pays (Guruf, ot les habitants sont beaucoup plus
sédentaires) et sporadiquement ailleurs, sur les bords des ouadi. La
chasse complete l’élevage, comme l’agriculture la cueillette.
Un important commerce caravanier assure la plus grande partie des
approvisionnements en mil et fournit le sel et les produits industriels?.

*
* *

Les Zaghawa du Ouaddai, chez lesquels j’ai séjourné, comptent


environ 24 000 individus?. Ils sont placés sous l’autorité d’un sultan

t. Pour une description plus compléte du paysage humain voir M.-J. et


J. Tuprana, Contes zaghawa, Introduction, pp. 13-25 ; sur la vie économique :
M.-J. Tusrana, « Le marché de Hili-ba », pp. 199-223. On utilisera avec pré-
caution les notations qui figurent dans LE Rouvreur, Sahariens et Sahéliens
du Tchad, pp. 205-217.
2. Pour des raisons administratives, il ne nous a pas été possible de prendre
contact avec les Zaghawa du Soudan, si ce n’est par l’intermédiaire de quelques
INTRODUCTION I3

unique, résidant dans le village de AiRi-ba! (Kobé). Cette unification


politique date des années 1930-1936. Elle se réalisa au profit du sulta-
nat des Kobé qui absorba successivement diverses chefferies indépen-
dantes et le sultanat du Kapka. Le sultan était alors Haggar, pére et
prédécesseur du sultan actuel, ‘Abd ar-rahman®. Les ambitions de
Haggar n’eurent pas de meilleur soutien que |’Administration fran-
caise, qui désirait « simplifier » l’organisation politique et n’avoir plus
en face d’elle qu’un seul interlocuteur. Elle confia donc le pouvoir
au sultan Haggar, qu’elle voyait d’un bon ceil et qui était a la téte
de la tribu la plus importante des Zaghawa : celle des Kobé.
Une décision administrative partagea le sultanat en quatre Can-
tons : kobe, kapka (ancien sultanat du kapka, plus chefferie kzge),
diroy et guruf, correspondant trés largement a des divisions tribales.
Depuis 1959, ’ensemble forme une Sous-Préfecture dépendant de la
Préfecture de Biltine.
Le sultan Abderaman est personnellement a la téte du Canton
du kobe (au recensement de 1953, 12 990 individus), dont la capitale
est AiRi-ba. Son demi-frére le mogdum (ar. cl. magduim) Idris, admi-
nistre le Canton du kapka (4505 habitants) et réside a ba-kawke’.
Les Cantons du diroy (4 160 individus) et du guruf (1 978) sont respec-
tivement administrés par le melik (ar. cl. malik) Koti et l’agid (ar. cl.
‘agid) Abdullay?.
Il faut également signaler l’existence de deux petits sultanats
zaghawa situés sur la frontiére, du cété soudanais. L’un, sous le
commandement du sultan Dawsa, fils d’Abderaman Firti, groupe
depuis 1912, autour du puits de tine, quelques Kobé. Ce sont des ayu
geyRa, réfugiés la depuis la défaite d’Abderaman Firti par Haggar
(v. p. 34). L’autre sultanat, plus ancien, réunit autour de tundubay,
quelques bigi sous le commandement du sultan Hasan, fils de Borgu
(Vp #77):

individus rencontrés sur le marché de Hili-ba. Nous savons simplement qu’ils


sont sensiblement égaux en nombre a ceux du Tchad et que les twer groupent
divers clans dont les aya, les ulagi, les kaytiya, les agaba, les kaliba. D’aprés
trois Zaghawa twer, originaires de kornoy, leurs voisins sont : a lest, les Arabes
Kababish au-dela de tarma et d’e&me ; au nord, les Arabes Bartay au-dela de
gurbo et du ouadi angala ; au sud, les Arabes ben Isen au-dela du ouadi sunut.
Deux sultans seraient a la téte des twer, l’un Tidjani Ateip résiderait 4 kornoy,
lVautre Ali Mamaden a amburu.
it, «@ ditetoyal, 3) les ebawesy
2. Prononciation locale : A bdevaman.
3. « Bakaoré » des cartes.
4. Les Cantons divoy et guruf sont improprement appelés « Douréne » et
« Gourf ».
I4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Enfin on trouve des gens qui se disent « Arabes zaghawa » dans le


District d’Abbéché, au village de khabat wala dans le Canton gert.
Ils nomadisent entre Haraz et Oum-Hadjer?.

*
* OK

La situation antérieure était beaucoup plus complexe. Deux sultans,


celui des Kobé et celui des Kapka, coexistaient avec de nombreuses
chefferies indépendantes ayant chacune un ima (chef) a leur téte.
Telles étaient les chefferies de marugwi?, d’abugun, de kiragwi*, de
nanu, de we*, peut-étre celles des zmogu et des deniRa, toutes actuel-
lement englobées dans le Canton du Kobé, et les chefferies kige et
kaza, faisant maintenant partie du Canton du Kapka. Seules les
chefferies divoy et guruf se sont perpétuées dans les Cantons du méme
nom, le Canton du divoy ayant en outre absorbé la petite chefferie
kubu vers 1914.
Cette complexité était encore accrue par le fait d’une allégeance
intermittente aux sultans du Wadday ou du Dar-Fur. Le sultan des
Kobé était théoriquement nommé par le sultan du Wadday ou par
celui du Dar-Fur, selon que les hasards des guerres donnaient la supré-
matie a l’un ou a l’autre. Les chefs de we, marugwi, abugun, devaient
obédience au sultan du Wadday, tandis que ceux de nanu et kiragwi
dépendaient du sultan du Dar-Fur. Les chefs kige, diroy, et sans doute
guruf se rendaient a Abbéché pour recevoir l’investiture. Au Kapka
la situation était encore plus confuse : la plupart du temps il s’y trou-
vait deux sultans rivaux : l’un nommé par le sultan du Dar-Fur,
autre par celui du Wadday. Il y en eut méme trois lors de l’occupation
francaise (v. p. 82).
Le futur sultanat des Kobé groupait, autour des montagnes de
mir et de kobe, les mira, les tubugi, les kiregu, les ture, et d’autres
clans actuellement éteints (v. p. 30), que dominait le clan royal des
ayu. Le clan ture (clan des puisatiers ?) était propriétaire du seul
puits du pays, situé dans le ouadi koba. Les clans mira, tubugi et kiregu
étaient ceux des maitres de la terre. La préséance appartenait aux
Mira. Selon la tradition les ayu étaient arrivés de l’est, il y a environ
trois cents ans. Aprés avoir éliminé les Mira et s’étre assuré la supré-
matie sur les anciens maitres du sol, ils se constituérent en clan royal.

1. Sur leur mythe d’origine cf. M.-J. et J. Tusrana, Contes zaghawa, pp. 163-
165 et 199. Sur leurs activités voir LE RouvrREurR, op. cit., p. 350.
2. Indiqué sur les cartes sous le nom arabe de manderfok.
3. Id. : djebel es-sana.
4. Id. : kerkuy-nuren.
INTRODUCTION 15

Toujours d’aprés la tradition, le pays kobé se serait agrandi rapi-


dement sous le régne de Boru, fondateur du clan ayu (Vempase3)a: es
chefferies de marugwi, d’abugun, des imogu et de kiragwi, qui ceintu-
raient le territoire kobé au sud, s’y trouverent alors enclavées, tout
en conservant leur indépendance. Au nord, les Kobé étaient limitrophes
des chefferies des deniRa, de nanu et de we.
Le sultanat du Kapka, dominé par la chaine montagneuse du
méme nom, était le domaine du clan digi. Il comptait pour voisins :
au nord, les kigeRa ou gens de la montagne kige, a l’est les marugwiRa
ou gens de marugwt, a l’ouest les diroyda ou gens du diroy. Des étran-
gers aux Zaghawa, les paysans sédentaires tama, occupaient sa
frontiére méridionale.
Au nord du sultanat du Kapka s’étendait la chefferie kige. Le ouadi
kogugun ou bien simplement la confluence de ce ouadi avec le ouadi
ba-asi formait la frontiére entre Kapka et Kige. Les autres limites
étaient marquées par les hauteurs de follo ou tolno au nord, de mardu
a lest, et d’ogu-ba a l’ouest. Les kige allaient chercher leur eau au
puits de ba-asi, disent certains, a celui de merge, selon d’autres. « Nés
de la montagne », ils en étaient les maitres. Leur clan fournissait les
chefs. I] dominait les weyageRa, les gauRa, les turoyda ou turiyda,
les bigiaRa et les kelimeiRa, qui se partageaient la terre.
Au sud-ouest des domaines kapka et kige s’étendait la chefferie
diroy, aux limites difficiles a préciser. Les villages de gainga, banadula
et amkure en formaient le centre. Elle faisait partie du Dar Turtalu,
surveillé par un kamkolak du sultan du Wadday!, tout en jouissant
d’une grande autonomie de fait. Le chef était choisi au sein de l’un des
clans mige ou gude.
A l’ouest de la chefferie divoy se trouvait la chefferie guruf. Les
villages de borku, 6ndur, geli-bini, geli-minna, asi-biri, s’accrochent
aux collines, les ouadi se perdent dans la plaine sableuse. Les voisins
des gurujfta sont, au sud, les sédentaires Mimi, a l’ouest et au nord,
les nomades « Arabes » mahamid. La chefferie guruf faisait partie du
territoire contrélé par l’agid des Mahamid? et ses chefs étaient nommés

1. Les kamakil (sing. khamkolak), au nombre de huit, étaient de hauts digni-


taires du royaume waddayen. Les quatre premiers gouvernaient les quatre
grandes provinces du Wadday : confins occidentaux Louloul Endi, confins méri-
dionaux Motay Endi, confins orientaux Talount Endi, confins septentrionaux
Tourtalou. Les quatre autres étaient des gouverneurs secondaires kamkolak
endikvek pouvant remplacer les Kamakil eux-mémes (cf. Barru, Reisen..., III,
pp. 510-511 ; voir également ELt-Tounsy, Voyage au Ouaddy, p. 363 et TRENGA,
» BO)).
Z ) « L’Aguid des Mahamid commandait aux Arabes Mahamid et levait
Vimpét des Bédéat, des Goran-Téda et des Zeghaoua », TRENGA, Pp. 21.
16 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

par le sultan du Wadday. Néanmoins leur autonomie de fait était


grande aussi.
Au nord du domaine zaghawa, s’étend le pays des Bideyat, dont
le centre est le massif de l’Ennedi. Eux-mémes se nomment beRz,
comme les Zaghawa; ils parlent la méme langue, le beRi-a. Leurs
deux grandes tribus : les borogat et les bilia, sont segmentées en de
nombreux clans. Les rapports entre Zaghawa et Bideyat sont inces-
sants et beaucoup de Bilia sont installés en pays zaghawa. L’étude de
quelques rituels du pays bilia révélera des activités religieuses iden-
tiques a celles des Zaghawa.

Essayons de définir briévement la société zaghawa, depuis l’arrivée


légendaire d’A bdullay boru (début du xvire siécle) jusqu’a l’occupation
francaise. Cette date marque l’établissement d’une sécurité relative
qui a permis l’émiettement des clans. D’autre part l’intervention
incessante de |’Administration a en partie détruit et remodelé les
structures politiques du pays.
Avant roIT, la société zaghawa apparait comme une confédération
lache de quelques tribus groupant de nombreux clans tres fortement
individualisés.
Chaque clan est concentré autour de la montagne dont il tire son
nom, ot jl accroche son village, ot: il se réfugie lorsqu’il se sent menacé.
On dit « les gens de la montagne X ». Quelquefois le nom vient d’un
ouadi, ou d’un animal qui a rendu un service au fondateur du clan.
Les gens d’un méme clan ne se marient pas entre eux, respectent des
interdits d’allure totémique et ont des marques particuliéres pour
leurs animaux.
C’est sur le territoire du clan, sur la montagne ou au pied d’un
arbre situé dans le ouadi, que sont offerts des sacrifices animaux, qui
doivent apporter la pluie et la prospérité. Priéres et offrandes sont
adressées a l’ancétre (er) fondateur du clan. Identifié 4 la montagne
ou a l’arbre, il est parfois présent sous la forme d’un serpent, sous celle
d’un génie (manda) qui réside dans la montagne ou dans I’arbre. On
peut s’adresser également a Dieu que l’on invoque sous le nom d’iRu,
devenu Allah dans les priéres récentes.
Chaque tribu est dominée par un clan un peu plus important que
les autres dont le chef portait autrefois le titre d’ina. Les ina étaient
sur un pied d’égalité. Par la suite, ces chefs ont pris des titres arabes :
sundan, mogdum, meltk, agid et une hiérarchie s’est instaurée, qui se
INTRODUCTION 17

refléte dans les sacrifices, ou plut6t dans le choix des bétes sacrifiées :
le sultan se doit d’immoler un animal plus important que les chefs
de clans subordonnés.
*
* Ok

Tl convient enfin de prendre en considération des éléments pure-


ment géographiques pour saisir certains aspects du peuplement actuel.
A lest du pays, sur le territoire des Cantons du kobe et du kapka,
hauts plateaux et montagnes constituent de merveilleux refuges.
L’ouest au contraire (pays diroy et guruf) est une plaine sableuse
parsemée de rares hauteurs, largement ouverte aux envahisseurs.
L’ancienneté du peuplement dans l’est est certaine : au XVII® siécle
les nouveaux venus trouvérent un pays déja peuplé. A l’ouest, les
informateurs sont unanimes : les premiers arrivants s’installérent
dans un pays vide. C’étaient des membres de tribus voisines : Zaghawa
twer, kobé ou kapka, « Waddayens » ou Bideyat venus occuper en
colons des terres vacantes, tandis que les envahisseurs qui s’établirent
dans l’est du pays étaient des étrangers, venant de loin, qui imposeérent
leur domination aux occupants du pays.

2. Les Zaghawa et les géographes arabes.

L’existence des noirs Zaghdwa semble avoir été connue des Arabes
au plus tard au vitie siécle de l’ére chrétienne. Ibn Qutaiba, l’auteur
du Kitab al-Ma‘arif, rapportant une tradition qu’il attribue a Wahb
ibn Munabbih (avant 728), cite parmi les Sadan : les Nuba, les Zandj,
les Qaran [goranes], les Zughdwa, les Habasha [{abyssins]*.
Al Ya‘qibi se fait l’écho de cette tradition dans son Histoire’.
En outre dans son Kitab al-Bulddn (889) composé, comme on sait,
en Egypte ow il a pu se renseigner directement auprés des commer-
cants ou des voyageurs, il signale que les musulmans du Fezzan font
le commerce d’esclaves noirs « appartenant aux tribus de Mira,
Zaghawa, Maruwa et a d’autres races négres de leur voisinage »*.
Le rapprochement des Mira et des Zaghawa est d’autant plus intéres-
sant que l’enquéte a révélé l’existence au Kobé d’un ancien clan
portant ce nom (v. p. 26). T. Lewicki propose d’identifier les Maruwa
1. IBN QutTerBA, Handbuch dev Geschichte, pp. 12-13.
2. Publiée par Th. Hoursma, Ibn Wadhih qui dicitur al Ya‘qibi Histortae,
[Ds PANG,
3. Av Ya‘gisi, Kitab al-Buldan, éd. de Goeje, p. 345; trad. par G. WIET,
Le livre des pays, p. 205.
18 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

(la vraie prononciation de la forme arabe serait a son avis Marrawa)


avec les Murro, une tribu musulmane habitant dans le sud du Ouaddai?.
Les nombreux auteurs qui reprendront les indications attribuées
a Wahb ibn Munabbih, en les enrichissant parfois de précisions nou-
velles, classent toujours les Zaghawa parmi les Si#ddn, c’est-a-dire
les noirs. Mais les renseignements qu’ils fournissent ne permettent
pas de se faire une idée claire du pays qu’ils occupaient : c’est qu’aucun
de ces géographes n’est allé dans le pays des noirs, outre qu’il est
rarement possible d’identifier avec précision les noms de lieux et de
populations qu’ils mentionnent.
Suivant les auteurs on trouve les Zaghawa établis au Kanem? ou
bien sur le Nil? ; parfois leur royaume couvre tout le territoire compris
entre le Nil et Kanem*. Chez Idrisi, il s’étend vers le nord jusqu’au
Fezzan®. On pourrait poursuivre cette revue, limprécision serait la
méme. Cependant il est frappant de voir que la situation et la descrip-
tion du pays Zaghawa chez Idrisi correspondent en gros a ce que nous
appelons le pays « toubou » (teda, daza, bideyat, zaghawa)®. On peut
alors légitimement se demander s’il n’y a pas eu, par manque d’infor-
mations, une extension abusive du nom de Zaghawa a tout ce groupe.
Idrisi parle d’une tribu nomade « zaghawienne » appelée saghwa ou
saghawa’. Ne peut-on y voir la source de la confusion ? De méme
1. Cf. ses commentaires 4 propos de : L. E. Kupper et V. V. MATVEEV,
Drevnie 1 svednevekovye istoéniki po etnografii 1 istorii navodov Afriki yuzhnee
Saxary. Avrabskie istoéniki VII-X vekov (Sources antiques et médiévales a l’ Ethno-
eraphie et al Histoive des peuples de l’Afrique au sud du Sahara. Sources arabes
du VII? au X® siécle), vol. I, Moscou-Leningrad, 1960 ; et de mon article, « Un
rite de vie... », dans Folia Orientalia, t. III, fasc. 1-2, 1961 (respectivement,
PP. 324, 327-328 et p. 331).
2. AL Ya‘gusi, Historiae, p. 219.
3. IsHAQ IBN AL-Husain, Kitab Gkam al-mardjan et Mas‘avi, Akhbar ai-
Zaman, cités par Yusuf Kamar, Monumenta Cartographica, III, 2, 1932.
4. Al-Hasan ibn Ahmad al Muhallabi, cité dans Yagut, Mu‘gam al-Buldan,
vol. II, pp. 932-933.
5. Au-Iprisi, Description de l'Afrique et de l’Espagne, pp. 15 et 39-41.
6. Les enquétes linguistiques et ethnologiques de J. Tubiana et de moi-
méme nous ont conduits a rassembler Bideyat et Zaghawa avec les Téda et les
Daza dans un groupe que nous proposons de désigner conventionnellement du
nom de « toubou ». Ce terme groupait déja les Téda et les Daza, cf. Ch. Le Coeur:
« Toubou est un mot kanouri désignant l’habitant du Tou, nom local du Tibesti...
Téda et Daza sont d’accord pour l’employer quand ils veulent marquer l’unité
de leur peuple qui n’est ignorée ni contestée de personne. C’est pourquoi nous
l'avons adopté suivant l’exemple des indigénes eux-mémes et des anciens
auteurs » (« L’honneur et le bon sens chez les Toubou du Sahara central », Pp. 49).
7. «Elle vit prés de la montagne lunia située dans la partie méridionale du
Zaghawa. Cette montagne est trés haute et d’un accés difficile bien qu’elle soit
formée d’une terre blanche et molle. A son sommet il y a une caverne, résidence
INTRODUCTION Ig

Maqrizi au xvé siécle désignera sous le nom de berdoa, clan téda de la


région de Bardai, tous les Téda du Tibesti. Autre remarque : il ne faut
pas oublier que la région comprise entre le Nil et le Kanem était pour
les géographes arabes extrémement resserrée. Ils n’avaient aucune idée
des distances réelles.
Le terme méme de Zaghawa ne contribue pas a nous éclairer.
Est-ce un « ethnique » dérivant d’un nom de pays ou de ville : Zagha
ou Zaghdy' ? Mais nous ne savons rien d’un endroit pareil. N’est-ce
pas un terme générique désignant les noirs (équivalent de Zendj a
lest, de Tekrur a l’ouest) ? Maqrizi dit que tous les peuples entre
l’Abyssinie au sud, la Nubie a l’est, Barka [Tripolitaine] au nord et
Takrir a l’ouest sont appelés Zaghai®. Ibn Khaldiin de son cété rap-
porte une information du cheikh Othman, mufti des habitants de
Ghana, qu’il rencontra en Egypte en 1393-1394 et qui lui apprit alors
« qu’on donnait aux Tekrur le nom de Zeghai »°.
A Tanger le nom de ¢gawa est appliqué aux porteurs d’eau négres?.

*
* Oe

Pourtant lorsque des voyageurs comme Browne (1793-1795),


El-Tounsy (1801-1811), Nachtigal (1873) pénétrent au Dar-Fur et
au Wadday, ils situent les Zaghawa dans les régions ot nous les
trouvons actuellement (nord du Dar-Fur, nord-est du Wadday).
Le terme a-t-il pris avec le temps une valeur restrictive ? Avait-il
été abusivement étendu ? I] est remarquable que les Zaghawa n’uti-
lisent guére ce nom, si ce n’est dans leurs relations avec les étrangers.
Ils le prononcent alors zagawa ou parfois sakawa. Mais ils savent que
les Arabes et les Européens les appellent ainsi. Le nom qu’ils se donnent
a eux-mémes est beRi. Leurs voisins septentrionaux, les Bideyat,
x

nous l’avons dit, se donnent le méme nom.

d’un dragon. Au pied se trouve des sources » (Description de l’Afrique, p. 41).


[Il existe une montagne du nom de June, au nord du Tama.] T. Lewicki se
demande si saghawa n’est pas la transcription arabe d’une forme sakawa que
V’on entend souvent prononcer par les Zaghawa eux-mémes. Remarque faite
dans le compte rendu de mon article : « Un document inédit sur les sultans du
Wadday », Folia Ovientalia, t. III, fasc. 1-2, 1961, p. 318.
1. Cf. MacMicHarEt, « Notes on the Zaghawa and the People of Gebel
Midob », Pp. 288.
2. Cf. HAMAKER, Specimen catalogi, p. 209.
3. Ipn Kuarpin, Histoire des Berbéves, t. II, p. 110.
4. «En fait §gawi est aujourd’hui a Tanger, sans acception nette d’origine,
le nom par lequel on désigne les négroides grossiers et incultes », W. Margals,
Textes avabes de Tanger, p. 201, nN. I.
20 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

3. La pénétration de l’Islam en pays zaghawa.

Il est sans doute hasardeux d’essayer de trouver un lien entre les


Zaghawa d’aujourd’hui et ceux dont parlent les auteurs arabes. La
question ainsi posée est pratiquement insoluble. Cependant il ne peut
s’agir d’une pure coincidence. Les uns et les autres ont stirement
quelque chose de commun.
Mémes difficultés lorsque nous cherchons a savoir de quand peut
dater Vislamisation des Zaghawa d’aujourd’hui. Nous ne pouvons
que recourir 4 nouveau aux géographes arabes tout en renouvelant
les réserves exprimées ci-dessus.
Selon Ibn Sa‘id (cité par Abu 1-Fida’), les Zaghawa, soumis au
prince du Kanem, avaient embrassé l’Islam deés le x111¢ siécle. Cette
information sera reprise par la suite.
Cependant sur l’islamisation du Kanem, nos renseignements sont
plus précis. La conversion officielle de la dynastie régnante a l’Islam
doit dater de 1085, elle serait le fait d’un certain Umme ou Houmé
qui régna de 1085 a 1097”. Mais si la conversion des princes du Kanem
a l’Islam est attestée*, nous ne pouvons en conclure a l’islamisation
totale et concomitante du peuple. Il convient d’étre encore plus pru-
dent s’il s’agit d’englober les Zaghawa actuels parmi les nouveaux
convertis.
*
Ok

Au Dar-Fur, on attribue au premier sultan fur, Suleyman Solong,


Vintroduction, vers les années 1600, de faki venant de I’est?.
Au Wadday, c’est l’ancétre de la lignée des sultans actuels, Abd
al-karim, qui est considéré comme le promoteur de I’Islam. I] arriva
vers I61I ou 1635 et fonda les premiéres mosquées dans ce pays
« didolatres »®.
En pays zaghawa, la tradition fait d’Abdullay Boru, fondateur
de la dynastie régnant au Kobé, le premier zélateur de l’Islam. Il

1. Abi L-Fipa’, Géographie, t. II, I, p. 224.


2. Cf. PALMER, Sudanese Memoirs, vol. III, pp. 3-5 et Urvoy, Histoive de
Empire du Bornou, pp. 28 et 30.
_3- Magrizi in QUATREMERE, Mémoives géogvaphiques et histoviques sur
Vitgypte, t. II, p. 27.
4. Cf. entre autres MacMicwakgL, A history of the Avabs, I, p. 198; TRIMING-
HAM, Islam in the Sudan, p. 9o.
5. M.-J. Tuprana, « Un document inédit sur les sultans du Wadday »,
pp. 62-65.
INTRODUCTION 21

serait arrivé en méme temps qu’Abd al-karim déja nommé, c’est-a-dire


au début du xvue siécle (v. p. 28). Les Zaghawa d’alors n’étaient pas
musulmans, « ils adoraient les montagnes et leur sacrifiaient des
animaux ».
Si la tradition concernant Boru est exacte, il faut donc attendre
le commencement du xvii¢ siécle avant de pouvoir parler d’une péné-
tration de l’Islam en pays zaghawa. Est-ce d’ailleurs une véritable
pénétration ? A l’inverse d’Abd al-karim, Boru n’est jamais présenté
comme un convertisseur et un batisseur de mosquées. On le voit au
contraire composer avec les autochtones et peut-étre méme abandonner
partiellement sa religion pour suivre la leur. Dans quelle mesure la
tradition zaghawa a-t-elle été influencée par la tradition waddayenne ?

A la fin du x1x¢ et au début du xxé siécle, les mouvements mahdiste


et senoussiste contournent le pays zaghawa, ils ne l’entament pas
réellement. L’énumération des zdwiya senoussistes est révélatrice.
C’est Bardai au Tibesti, Gouro, Ounianga kebir, Ounianga seghir,
Yarda, N’galakka, Faya au Borkou. En Ennedi, des essais d’implan-
tation a Beskéré (ba-sigeli) puis 4 Baki durent peu de temps (19gI0-
Ig11). Des zdwiya sont installées au Soudan, 4 El-Fasher et au Djebel
Marra, au Wadday, a Abbéché, ot les sultans sont ralliés 4 la Sand-
styya depuis Muhammad Sharif (1834 ou 1838-1858), enfin vers le
nord-ouest a Bir Alali. Les senoussistes luttent contre l’occupation
frangaise. Leurs positions sont détruites en I914!.
Néanmoins I’Islam s’est infiltré en pays zaghawa. /iRi-ba, capitale
depuis 1943, compte une mosquée, deux /akz?, quelques lettrés appar-
tenant a la famille du sultan Abderaman. La priére du vendredi, jour
de marché, y est suivie par une nombreuse assistance. On y observe
le ramadan ; quelques villageois, surtout des princes, ont le titre de
hag. Deux fils du sultan sont élevés au Caire. Ces quelques indications
montrent une volonté d’islamisation de la part de la famille royale,

1. Sur l’aspect commercial de la Sanisiyya, cf. DuvEYRIER, La confrérie


musulmane de Sidi Mohammed Ben ‘Ali es-Senoussi, pp. 18-19 : sur son domaine
géographique, id., p. 70 et EVANS-PRITCHARD, The Sanusi of Cyrenaica, pp. 24-
25; sur les expéditions menées contre les Senoussistes, EVANS-PRITCHARD,
Pp. 27-28 et CorNET, Tvois ans chez les Senoussistes, pp. 199-249.
2. Lettré musulman. II est censé connaitre assez de Coran pour l’enseigner.
Prononciation locale faki ; arabe classique fagih ; au Soudan : feki (TRIMINGHAM) ;
au Wadday :fagih (CarBov). Le mot est devenu en beRi-a: fegi (dial. diroy et
guruf), hogi (dial. kobe et kapha), heki (dial. bideyat bilia). Depuis une trentaine
d’années, le nombre des faki semble avoir doublé en pays zaghawa. En 1927,
Paoli en signalait deux ou trois au Kobé, trois ou quatre au Dirong et au Guruf,
aucun au Kapka.
22 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

ll. — LES POSITIONS SENOUSSISTES AU DEBUT DU XX S.


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INTRODUCTION 23

plus qu’une réelle implantation de l’Islam. Il ne faut pas non plus


négliger le rdle de l’Administration francaise, qui a donné la primauté
a la langue arabe en utilisant des interprétes parlant cette langue
(pour s’adresser a des gens qui ne la comprenaient souvent pas),
installé des écoles coraniques, expédié a ses frais les notables au
péelerinage de la Mekke.
Dans le reste du pays, le degré d’islamisation est moindre, les fak1
peu nombreux : huit ou dix. Ce sont d’ailleurs des étrangers qui savent
tout juste un peu de Coran. Leur occupation la plus substantielle
consiste a fabriquer des amulettes en écrivant quelques versets sur des
feuillets de papier, ou a vendre comme reméde |’eau ayant servi a laver
les tablettes coraniques. On compte également quelques /fak: itinérants,
parfois soudanais, le plus souvent waddayens.
Si Islam n’a pas réussi, jusqu’a ce jour, a oblitérer les anciennes
coutumes et croyances des Zaghawa, il reste que, sous la pression des
faki, le sultan et aprés lui les chefs de clans abandonnent de plus en
plus les rituels ancestraux. Lorsque les derniers acteurs et témoins
de ceux-ci auront disparu, |’Islam sera totalement victorieux, dans un
pays qui pendant des siécles l’a rejeté.
CHAPITRE PREMIER

LES KOBE

I. — GENERALITES

A. L’ENQUETE

Les recherches sur l’histoire du sultanat kobe (auxquelles se rat-


tache l’étude du sacrifice offert sur la montagne Kobé par le sultan
ayu en tant que chef traditionnel des Kobé) se sont poursuivies essen-
tiellement dans le village de /iR1-ba, ot j’ai séjourné pendant plusieurs
mois. ik1-ba est, depuis 1943, la capitale du Kobé. Le sultan et la
famille royale y résident!. Auparavant la capitale était mardu, qui
n’offre plus maintenant au regard que des ruines.
Mes principaux informateurs furent le sultan Abderaman en per-
sonne et deux de ses demi-fréeres : l’abbo Bahr et l’abbo Mahamat?.
J'ai pu interroger également le mogdwm Fodul, qui est un ayu, chef
du village d’oro-ba, le kamini Diki, chef du clan kivegu® et également
chef du village de koba, proche de la montagne Kobé, ainsi que le vieux
chef du village de teri-ba, un kivagwika.
Le témoignage le plus substantiel et le plus cohérent fut celui de
l’abbo Bahr qui, pendant des journées entieres, me fit part de ses
connaissances sur l’histoire de ses ancétres et le sacrifice de Ha-kobé.
A la fois chef d’une partie du village de Hili-ba et assesseur au tribunal,
c’est un homme instruit, d’une cinquantaine d’années (en 1956) qui,

1. Pour une description sociologique du village de Hili-ba, voir : M.-J. Tu-


BIANA, « Le marché de Hili-ba », pp. 199-200,
2. abbo : « prince », Titre honorifique que l’on donne aux membres males
de la famille du sultan.
3. kamini : « celui qui a tiré vengeance », titre porté par le chef du clan
kivegu (voir Pp. 49).
3
26 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

bien que nourri de culture islamique, reste trés attaché aux traditions
de son pays. II présentait aussi l’énorme avantage de ne s’étre jamais
éloigné de la « cour », C’est ainsi qu'il avait accompagné, a quatre
reprises, son pére le sultan Haggar, lorsque celui-ci s’était rendu sur
la montagne Kobé pour le sacrifice. Sa qualité de membre du clan
royal ne lui permettait d’assister qu’é une partie de la cérémonie.
Il put néanmoins décrire le déroulement entier du rituel, car il connais-
sait par oui-dire la partie a laquelle il lui était interdit d’étre présent.
Par la suite, le sultan Abderaman nous confirma la plupart de ses
informations.
Le sultan Abderaman accueillit toujours nos questions avec beau-
coup de bienveillance, mais ses fonctions et ses déplacements lui lais-
saient peu de temps a consacrer aux ethnologues. I] nous fournit
souvent des informations par l’intermédiaire d’un autre de ses demi-
fréres, l’abbo Mahamat gui qu'il mit a notre disposition en qualité
d’interpréte pendant plus de la moitié de notre séjour. Abbo Mahamat
voyait familiérement le sultan et en profitait pour le questionner de
notre part.
Le kamini Drki et le chef du village de feri-ba sont des hommes
agés, peu instruits, vivant le plus souvent dans leur village et par
conséquent moins touchés par l’Islam.
Quant au mogdum Fodul c’est un homme jeune, dynamique, qui
nous a semblé trouver un intérét 4 notre travail. [1 fut un collaborateur
efficace.
En ce qui concerne le sacrifice de Ha-kobé, une enquéte complé-
mentaire fut menée sur les lieux mémes de son déroulement, avec l'aide
des villageois du village de koba et du kamini Suleyman, deuxiéme
chef de ce village. I] restait que je ne pouvais espérer y assister, la
derniéere cérémonie ayant eu lieu quinze ans plus tét, l’année de
l'intronisation du sultan Abderaman (1939).

B. LE CADRE HISTORIQUE

Depuis quelque trois cents ans la chefferie kobe, qui passera par
la suite au rang de sultanat est aux mains du clan anu. Boru, Vancétre
de ce clan, arriva un jour de l’est et s’empara de la part de pouvoir
détenue par les mira. L’appui de ces mémes mira et son prestige de
musulman lui permirent de s’imposer en tant que chef et d’agrandir
rapidement son territoire. Un de ses descendants régne aujourd'hui
sur les Zaghawa du Ouaddai.
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28 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

1. Arrivée de Boru en pays kobé.

Selon la tradition, trois fréres, accompagnés de leur vieux pére,


arrivérent un jour dans le pays des dago (Sila, au sud-est du Wadday).
Ils venaient de l’est. Ils s’appelaient Abdullay, Diroso et Tamarga.
Leur pére Ahmat daikt ou Ahmat ed-dag était fakz. I] mourut en cours
de route. Sa lance aurait été conservée au pays des dagol.
Ceci se passait a l’époque ot ‘Abd al-karim pénétra au Wadday
(début du xvire siécle)?.
Diroso s’établit chez les dago, ses deux fréres se dirigérent vers le
nord et s’installérent en pays tama au village de boru?.
Un jour qu’ils étaient a la poursuite d’un éléphant, l’animal les
entraina vers le nord jusqu’en pays kobé. Ils arrivérent dans la région
de koba. La, Abdullay aurait obtenu des mira le village de mir* en
échange de viande d’éléphant ; dans une autre version des faits, il
aurait acheté la timbale (diver) du chef des mira avec la cuisse droite
de léléphant. La timbale en sa possession, il aurait été reconnu

1. Dans un texte arabe, écrit 4 notre intention, le faki zaghawa Hasan ibn
Ahmad, de Hili-ba, se fait l’écho de cette tradition trés répandue. Ahmad
ad-dag est mentionné comme un qorayshite qui aurait quitté le Hedjaz vers le
ville-1xe siécle (?). Il s’établit au Sila et son fils Abdullahi partit pour le pays
kobé. Les descendants de ce dernier se disent ayu. Ce texte, avec traduction et
commentaires, doit faire l’objet d’une publication, en collaboration avec D. Cohen
et J. Tubiana. Nous avons également retrouvé le personnage d’Afmad ad-dag
chez les dago. Ahmad dag, de qui ils tiendraient leur nom, les aurait conduits
des environs de Shendi jusqu’au Dar-Fur (cf. E. H. Macintosu, « A note on the
Dago tribe », p. 171). D’aprés le méme auteur, les beigo, voisins méridionaux
des dago, prétendent descendre également d’Ahmad dag, mais refusent toute
parenté avec les Dago (op. cit., p. 178). Enfin, dans un document d’archives
datant de 1946, il est dit qu’Ahmad dag, au début du xvie siécle, aurait rassem-
blé sous ses ordres les Dago, venus du Yemen, dont il fut le premier sultan
(cf. BERRE, « Essai sur les Dadjo »). I] serait intéressant de voir si on ne trouve
pas sa trace au Tama. Actuellement Zaghawa, Tama et Dago déclarent étre
apparentés par les clans royaux. Si l’on en croit Ibn Sa‘id (xure siécle) cité par
Abi |-Fida’, la parenté entre Zaghawa et Dago serait fort ancienne : « Ces deux
peuples appartiennent a une seule et méme race ; mais les Tadjoua l’emportent
sur les autres pour la figure et les maniéres » (Géographie, t. II, p. 224).
2. La question de l’arrivée de ce personnage au Wadday est examinée
dans mon article : « Un document inédit sur les sultans du Wadday », 1960,
pp. 58 a 67.
3. Il y a effectivement au Tama, un village nommé boru (indiqué par
GROSSARD, Mission de délimitation..., carte géologique et p. 218).
4. mtr, village abandonné, ne présente plus aujourd’hui que quelques fonds
de cabanes sur les flancs de la montagne du méme nom.
LES KOBE 29
comme chef (ima)1. Abdullay resta en pays kobé et les gens l’appe-
lérent boru, du nom du village du Tama d’ou il venait. Abdullay Boru
est l’ancétre du clan ayu. Le sultan Abderaman, qui régne actuellement
sur tous les Zaghawa du Tchad, est un de ses descendants (voir
tableau I).
Le troisieme frére, Tamarga, retourna en pays tama ov il s’imposa
a son tour comme chef?.
Ce schéma nous fut donné par tous nos informateurs sans variantes,
sans contradiction, sans fioriture aucune, un peu comme la récitation
d’un texte établi, figé dans une forme définitive.
Cette tradition avait été recueillie en 1936 par le lieutenant Gio-
vancily® avec quelques différences que voici : Les trois fréres qui portent
les mémes noms (Boru, Diroso et Tamarga) arrivérent d’abord en
pays kobé. Par la suite Tamarga et Diroso se dirigérent vers le Tama
et le Sila. Leur péere Ahmat ed-dag n’est pas mentionné. Les maitres
du pays kobé étaient les mira. Boru obtint d’eux le commandement
moyennant la cuisse droite de tout éléphant tué. Mais, aux mira,
Giovancily associe les nauRa et les weRa qui, d’apreés les différentes
informations que j’ai recueillies, seraient arrivés en pays kobé aprés
les ayu (v. p. 55).

2. Situation des divers clans kobé.

Si la région de koba et les montagnes proches étaient sous la dépen-


dance des mira, il ne semble pas que leur domination se soit étendue

1. Ceci n’est pas sans nous rappeler une tradition du Kawar qui rapporte
comment l’ancétre des Tomagra, a son arrivée au Tibesti, s’empara du pouvoir
alors aux mains des Arna. Cette fois l’échange eut lieu entre un pot de beurre
et le turban du chef, insigne du commandement chez les Téda (cf. J. CHAPELLE,
Nomades noirs..., pp. 84-85). De méme il est intéressant de noter la maniére dont
une partie des Dago s’établit dans le Dar el-kebira, collines au sud-ouest du
Kordofan. Voici la tradition rapportée par Hillelson : Il y avait environ quatre
générations en 1925 qu’une partie des Dago avait quitté le Sila, a la suite d’une
querelle de succession. Ils arrivérent au Kordofan. Leur chef Mom partit chasser
et tua une girafe. Ilrencontra Tia ou Tiamulu, chef des habitants des montagnes.
Mom établit avec lui des liens d’amitié en partageant la viande de la girafe avec
ce chef dont la chasse avait été infructueuse. Une alliance s’ensuivit (« Note
on the Dago », p. 61).
2. D’aprés le sultan Abderaman on lui donna le surnom de « tamarga » a
cause de son arrivée en pays Tama. Son nom était Abdullay. Il fallait aussi
différencier les deux fréres. Nous avons déja rencontré le trait légendaire des
trois freres devenus rois, chacun dans un pays différent, cf. Et-Tounsy, Voyage
- . ne
au Ouaddy, p. 73.
3. « Eléments de monographie du District de Biltine », ms., Archives Biltine,
ROSO MPD Liz LES.
30 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

au-dela. Voici le tableau que nous traca l’abbo Bahr ; il fut confirmé
par le sultan Abderaman.
1. Les miva. — Ils étaient groupés sur la montagne mir. Les ture
étaient propriétaires du seul puits de cette région, dans le ouadi koba.
Plusieurs clans voisins étaient soumis aux Mira. I] nous cita les
garokuruk, les garbo, les nyoRio, les mest, les gurga, les kiregu et les
tubugi. Presque tous ces clans sont actuellement éteints, sauf celui
des kivegu, dont de nombreux membres vivent aux villages de koba
et de tuRiya, et celui des tubugi, dont on trouve des représentants
dans la région de ¢evzo.
Les miva eux-mémes, aujourd’hui trés peu nombreux, vivent
dispersés dans le pays kobé. [1 ne resterait plus que deux ou trois
ture au village de koba, mais au kapka nous avons retrouvé les
turiyda ou turoyda, rameau détaché du clan ture (v. p. 100). Mira,
Tubugi, Kiregu et Ture jouent un réle de premier plan lors du rituel
de Ha-kobé.
2. Les abuguna. — Ils étaient groupés sur la montagne abugun.
Sous leurs ordres étaient les gordogiRa, les sauneRa, les gubaRa et
les tagyaRa, qui semblent avoir completement disparu aujourd’hui.
On retrouve quelques abuguna au Kapka et un autre au Kobé, en la
personne du chef de village d’arbok (Arbadjak des cartes). Quelques-
uns se seraient enfuis au divoy ot ils fondérent le clan anguRa (v. p. IIT,
tes),
3. Les bidi. — Sur la montagne geti vivaient les b7d71. A Varrivée
d’Abdullay Boru, ils seraient partis vers le sud sous la conduite de
leur chef l’agzd Koylo. A trois kilométres au sud-est de hiRi-ba, nous
avons retrouvé sur la montagne getz, les ruines du village autrefois
occupé par les brdt.
4. Les «mogu. — Sur la montagne darbara étaient rassemblés les
zmogu. De nos jours ils habitent les villages situés au pied ou non loin
de la montagne : saren, debbi, nogo-ba (v. p. 67).
5. Les kivagwiRa. — Sur la montagne kiragwi il y avait peut-étre
les kiragwika. L’informateur incline 4 penser qu’ils sont arrivés en
méme temps que les ayu, mais les kivagwiRa, eux, se prétendent
autochtones (v. p. 51). Aujourd’hui ils sont encore groupés dans la
région s’étendant autour de kivagwi.

1. Une population du méme nom est citée par Ani L-Fipa’, Géographie,
(e INL, jos BES.
LES KOBE ay
6. Les birgineRa. — Ils habitaient sur la montagne birgini, prés
de taRya. Leur clan semble éteint aujourd’hui.
7. Les gude. — Ils étaient rassemblés dans la région de nanu
(v. p. 55). Ils s’installérent par la suite dans la région d’argagoni et
en pays diroy (v. p. 108).
8. Le we. — Enfin dans les montagnes du pays de we, les inatoyRa
commandaient aux maydiRa, aux nogorguneRa, aux tolyaRa et aux
dimir, clans dont nous n’avons pas retrouvé de trace en dehors de celle
fugitive des nogorguneRa.
*
ok

Chaque clan avait son village aux maisons de pierres, édifiées sur
le flanc ou au sommet des montagnes, et son chef, qui était en méme
temps chef du village. Certains, tels les mira (dont il est dit qu’ils
possédaient une timbale : diver), les abuguna, les inatoyRa, se
subordonnaient les clans voisins. Un clan comprenait peu de mem-
bres, et l’on peut facilement imaginer que les luttes incessantes, entre
eux et contre les envahisseurs, ainsi que les famines, aient pu en faire
disparaitre un grand nombre ou les réduire a quelques individus.
En dehors des montagnes refuges et de leurs abords le pays était
vide d’habitants. Aujourd’hui les villages zaghawa sont dispersés dans
tout le pays, les clans éparpillés, et il ne reste plus sur les sommets
que les ruines des anciens villages abandonnés.
D’autres informateurs, en particulier plusieurs vieillards rencon-
trés au village de tevi-ba, voyaient dans les mira et les autres clans
qui leur sont associés une premiére vague d’envahisseurs. Pour eux,
les autochtones étaient les myoRio et les bidi, déja cités par l’abbo
Bahr et le sultan Abderaman, auxquels ils ajoutaient les tudukurge
et les habayge}.
Il ne reste aucune trace de ces clans. On dit qu’ « ils ressemblaient
aux tungur ». Les tumuli de pierres édifiés sur les sommets des mon-
tagnes seraient encore plus anciens. Ils sont parfois attribués aux
tungur. Is se nomment belinyolut?.

1. nyoRio : « celui qui a faim »; bédi : « une bonne esclave » ; tudukurge :


« panier en peau », habayge : « j’ai donné a Ja montagne ».
2. Ces tumuli n’ont pu étre fouillés, lors de cette premiére mission. G. Bail-
loud, qui devait en avoir la charge, se trouvait beaucoup plus au nord. Un
calendrier de travail trés chargé ne lui a pas permis de se libérer. Toutefois
certains avaient été ouverts par des non-spécialistes. Is contenaient, nous
a-t-on dit, des ossements humains et quelques bijoux en fer (bracelets).
32 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

3. Alliance entre les envahisseurs et les anciens maitres.

Le premier acte politique d’A bdullay Boru fut de s’allier aux mira.
Possesseur de la timbale, Boru était désormais le chef des quelques
clans groupés autour de mir. Loin d’éliminer les mura, il les associa
étroitement & son commandement en donnant 4 leur chef la fonction
de takanyon (ou taganyaw). C’est la plus haute dignité apres celle de
chef (ina), aujourd’hui apres celle de sultan.
Le takanyon vit auprés du chef, le seconde et commande en son
absence. C’est en quelque sorte son lieutenant. D’apres l’abbo Mahamat,
le takanyon habite avec le sultan, mange avec lui et le précéde lorsqu’il
se déplace. C’est lui qui recoit les plaintes et les requétes et qui juge
toute infraction commise par un ayw. Seul le clan mira fournit les
takanyon.
Aujourd’hui, il n’y a plus de takanyon en pays zaghawa. Le dernier,
nommé Gire, vit toujours, mais 4 cause de son grand age il a renoncé
4 ses fonctions. Le sultan Abderaman pour le remplacer a pris comme
représentant un membre du clan sanaila. Il porte le titre de « kalifa »
et non celui de takanyon réservé aux seuls mira’. .
L’alliance politique fut renforcée par une alliance matrimoniale.
D’aprés l’abbo Bahr, Abdullay Boru donna sa sceur Wa en mariage a
un Mira du nom d’Asmainz?.
Abdullay, enfin, ne s’installa pas au village de mir, mais sur la
montagne Kobé, voisine de Mir. Les deux hauteurs forment un méme

1. Au x1xe siécle, El-Tounsy, voyageant au Dar-Fur, parle d’un grand


dignitaire du royaume qui se nomme #ékénydouy « bras gauche » ou « aile gauche »
du sultan. Il a pour apanage le Dar-el-Tékénydouy qui comprend le Zaghaouah,
le Berty et ses environs. I] a sous ses ordres douze meliks des provinces nord
(Voyage au Darfour, pp. 132-133, 137 et 173). Le sultan du Zaghaouah a le gou-
vernement du Dar de ce nom, qui est l’apanage du Tékénydouy (op. cit., p. 138),
2. Ce trait légendaire est constant, mais d’habitude c’est le nouvel arrivant
qui épouse une fille du pays. Ainsi, lorsqu’au Dar-Fur, les Fur supplanteérent
les Tungur, leur chef Ahmed el Ma‘aqur aurait épousé la fille du sultan tungur.
De leur union serait né Suleyman Solong, le premier sultan fur (cf. E. H. Mac-
INTOSH, Op. cit., p. 178). Au Wadday, Abd al-karim essaya de s’allier par mariage
a Dawud le roi des Tungur, en épousant sa fille ; il essuya un échec (NACHTIGAL,
Sahara et Soudan, trad. francaise, p. 93). Au Tibesti, Kodor Fouri, l’ancétre des
Tomagra, rencontra les Tozoba qui le firent asseoir sous un favi (acacia), lui
offrirent un turban, insigne du commandement et lui donnérent une fille en
mariage (cf. CHAPELLE, Nomades noirs, p. 85). Dans le royaume de ftegali, au
Kordofan, c’est un pauvre fakz qui fonda la dynastie qui régne actuellement
en épousant la fille du chef paien. L’enfant qui naquit devint chef (R. J. ELizs,
« The Kingdom of Tegali », p. 1). On pourrait multiplier les exemples. Autre
trait constant : le nouveau venu introduit l’Islam.
LES KOBE 33

bloc, d’ou émergent deux éminences, amas de rochers chaotiques. Il


fonda le premier village de ha-kobe, 4 mi-hauteur de la montagne.
Un nouveau clan était né, le clan royal des ayu.
ayu est le nom d’un oiseau « petit comme une hirondelle et plus
joli que n’importe lequel d’entre les oiseaux. La femelle est grise,
avec quelques plumes bleues dans les ailes, sa queue et son bec sont
rouges. Le male a une longue queue noire »!. Ainsi nous le décrivit
le mogdum Fodul (lui-méme ayw). Lorsque les descendants d’Abdullay
Boru ont vu que cet oiseau était plus beau que tous les autres, ils ont
pris son nom pour affirmer qu’ils étaient au-dessus de tous. D’aprés
Yabbo Mahamat, qui se retranchait derriére le savoir d’un vieux
zaghawa, cet oiseau a aussi la réputation d’étre trés malin. A cause
de l’astuce de leur ancétre les descendants de Boru auraient été appelés
anu.
Tous les ayu ont pour interdit l’oiseau ayu. Ils ne le tuent pas et
ne l’éloignent pas de leurs demeures.

4. Boru agrandit son territotre.

Rapidement Abdullay Boru rassembla des gens sous ses ordres et


agrandit son territoire. Il put s’imposer grace a l’appui des Mira et
aussi par son instruction (son pere était fakz, lui-méme était musulman).
D’aprés le mogdum Fodul, Abdullay Boru se serait un jour dirigé
vers l’est, dans le but de reconnaitre le pays. Il alla jusqu’a siniomu,
ou il rencontra les weka et les nauRa qui venaient du sud, et les genz-
gergeRa qui venaient du nord (v. p. 55). Tous se mirent d’accord pour
se partager le territoire. Voici, d’aprés le méme informateur de quelle
maniére les terres prises par les ayu furent délimitées.
Abdullay Boru quitta stniomu pour se diriger vers le sud. La mon-
tagne nawa birsi indiqua la frontiére entre ayu et nauka, la colline
de bege-be celle entre les ayu et les bege du pays twer. Le ouadi otas
sépara les ayu des esclaves abiz (?). La limite avec le Guimir passa
par le village de ide-arat, la mare d’umdur et la petite colline de
gergera.
La limite sud avec le pays tama passa par la colline de toba-be,
le village de mayara et la montagne turga.
A Vouest, les ayu allaient jusqu’au domaine des dzgi et des kige;
origo-tao et le ouadi delime séparaient ayu et bigt, la montagne ha-yer
ou ha-yera, ayu et kige.
Au nord enfin, efigir, nagala-mdadi et ger-ba séparaient les ayu des

1. Arabe : alladaba (?)


34 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

weRa,; les montagnes ogu, ha-bugudi et ha-ter, les ouadi salumkey et


narokba, les séparaient des nauka.
Les petites chefferies de marugwi, abugun et kivagwi étaient encla-
vées A l’intérieur du territoire ayu. Celles de nanu et de we lui étaient
contigués.
Tous les informateurs sont unanimes pour dire que Boru eut aussi
a repousser les attaques de ses voisins : Fur, Tama, Goranes et
« Arabes ».

5. Quelques points de repére dans l'histoire des chefs kobé.


A la mort de Boru, son fils Umar lui succéda. La dynastie des chefs
kobé, qui domine aujourd’hui le pays zaghawa tout entier, était
fondée.
Le premier chef ayu a porter le titre de sultan (sundan) fut Ta
(n° 6 du tableau I). Ce titre lui fut conféré par le sultan du Dar-Fur,
qui lui donna des timbales de cuivre rouge (maas), insignes de la
royauté. Désormais les maas remplacérent la timbale de bois (diyer)
en tant que regalia.
On ne peut préciser les circonstances qui permirent cette inter-
vention du sultan du Dar-Fur. Mais il semble qu’a partir de ce moment-
la s’établit une certaine dépendance du Kobé a l’égard du Dar-Fur,
dont le sultan nommait le sultan ayu.
Chaque année, aprés les pluies, une caravane partait pour le Dar-
Fur afin d’y amener un tribut de chevaux, de bceufs et de moutons.
En contrepartie le sultan du Dar-Fur faisait don de quelques chevaux
et d’habits d’une valeur moindre. Tous les sultans aywu furent-ils par
la suite nommés par le sultan du Dar-Fur ? Il] semble que ce fut le cas
jusqu’au sultan Abderaman Firti, dont il est dit qu’il fut nommé par
le sultan Yusuf du Wadday.
L’arrivée des Frangais bouleversa les rapports de force. En 1912,
ils placent Haggar a la téte du sultanat kobé. Haggar vient, avec
Vaide d’un détachement frangais, d’éliminer le sultan Abderaman
Firti, vaincu et tué a la bataille de tine. I] recoit, vers 1914, le comman-
dement des cantons de nanu, we, marugwi. En 1936, il est a la téte de
tous les Zaghawa du Ouaddai. Son fils Abderaman lui succéde en 1939
dans cette fonction.
*
xe

Telles sont, rapidement esquissées, les grandes lignes de l/histoire


du sultanat kobé. I] n’était pas question ici de restituer cette histoire
dans sa totalité, mais seulement de tenter d’en indiquer les éléments
LES KOBE 35
majeurs susceptibles d’éclairer les rites d’intronisation du chef anu.
Sans ces références historiques, lieux, acteurs, gestes perdent une
partie de la signification dont ils sont chargés.

II. — LE RITUEL DE HA-KOBF?

A. LES FAITS

L’année de leur intronisation les chefs ayw se rendaient sur la


montagne kobé (ha-kobe) pour se faire reconnaitre en tant que chefs
et demander la pluie a la divinité. Une chamelle pleine était immolée.
Ce sacrifice était ensuite renouvelé tous les trois ou six ans : les infor-
mateurs varient sur ce point. La périodicité de trois ans semble la
plus probable puisque, durant son régne de vingt-huit ans, le sultan
Haggar fit sept fois le sacrifice.
L’époque de l’année ot celui-ci doit avoir lieu est bien déterminée :
c’est en juin-juillet, a la fin de la saison séche. Il y a bien quelques
averses en juin, mais la véritable saison des pluies, qui dure a peine
un mois, débute rarement avant la fin juillet. Quelquefois on attendait
méme que la premiere averse soit tombée?.
Le chef des Kobé quittait alors sa résidence pour se rendre a la
montagne Kobé. La capitale du sultan Haggar (1912-1938) était
mardu. Abderaman la transporta, en raison du manque d’eau, a une
vingtaine de kilométres au sud-est, prés du puits de Hili-ba, et créa
ainsi le village du méme nom. Avant Haggar, il ne semble pas qu’on
puisse parler pour les chefs kobé de résidence fixe. L’agglomération
se déplacait en fonction des hasards des combats entre tribus ou
populations voisines.
1. Ce sacrifice a fait l’objet d’une publication : « Un rite de vie : le sacrifice
d’une béte pleine chez les Zaghawa kobé du Ouaddai », Journal de Psychologie,
juil.-sept. 1960. Je reprends ici sa description. Pour une comparaison avec des
faits indo-européens, voir op. cit., pp. 307-310.
2. D’aprés l’abbo Bahr, le sacrifice de Ha-Kobé aurait lieu quatre ou cing
jours avant la féte de ‘id al-kabir, que les Zaghawa appellent dey. Nous n’avons
pu lui faire préciser si cela était une obligation ou pure coincidence lors du der-
nier sacrifice. La date de la féte musulmane variant (en fonction de l’année
lunaire), la deuxiéme hypothése parait la plus vraisemblable. On imagine mal
comment un rituel de pluie pourrait avoir lieu en pleine saison séche si le ‘td
tombe a ce moment-la. La logique veut qu’il ait lieu juste avant l’époque ou
obligatoirement il doit pleuvoir. Pour dey, cf. arabe dahiya dans ‘id al-dahiya ;
arabe du Ouaddai ’aid ed-dahiyé (CarBou, L’Avabe parlé au Ouaday et a Vest
du Tchad, p. 226).
36 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

De Mardu ou de Hili-ba 4 la montagne Kobé, il y a une vingtaine


de kilométres 4 parcourir sur un plateau caillouteux, parsemé d’épi-
neux. Les reliefs sont en creux, dessinés par le cours incertain et sableux
des ouadi. Plus remarquables sont les hauteurs granitiques, amas de
rochers aux formes arrondies qui semblent posés sur le plateau. Ha-
Kobé est une de ces hauteurs. Elle domine de 2 ou 300 metres le pla-
teau situé déja a une altitude moyenne de 1000 métres. Avec la
montagne de Mir, sa voisine, elle forme une ligne de crétes rompant
la monotonie du paysage.
Le principal acteur du sacrifice, ou plutét de la série de sacrifices
et de rites qui s’échelonnent sur trois jours, est le chef des Kobé. I
appartient au clan royal des ayu. Les représentants des clans ancienne-
ment maitres du sol : mira, tubugi, kiregu et ture, l’assistent.

1. Les préliminaires du sacrifice.

Quatre ou cing jours avant de se rendre a Ha-Kobé, le sultan fait


don d’une génisse a robe grise. La béte est tuée au milieu du village
par un neveu utérin du sultan. Elle ne doit en aucun cas étre égorgée
par un homme du clan ayu ; en fait, ’exogamie clanique étant respectée,
aucun neveu utérin ne pouvait appartenir a ce clant. La viande de la
génisse est mangée par les gens du village; deux ou trois neveux uté-
rins recouvrent de sa peau fraiche les timbales royales en cuivre (neuf,
d’aprés les abbo Bahr et Mahamat; douze, selon le sultan). Les
Zaghawa les appellent naas (cf. ar. cl. nahas « cuivre ») désignant ainsi
ces instruments et le métal dont ils sont faits?. Les peaux séchent
pendant deux jours, puis on les gratte pour faire tomber les poils.
Les femmes arrangent leurs vétements et leurs parures, refont
les magnifiques coiffures en perles rouges et boules d’ambre (mamur)
qu’elles posent sur les tresses qui encadrent leur visage. Les servi-
teurs du sultan préparent le harnachement de son cheval. Autrefois, les
hommes peignaient en rouge et en bleu les pattes et le front de leurs
chevaux, qu’ils choisissaient de robe blanche de préférence. Tout

1. Depuis une trentaine d’années l’exogamie clanique n’est plus respectée.


C’est le sultan Haggar qui, le premier, autorisa les mariages a l’intérieur d’un
méme clan, alléguant que cela n’était pas contraire a la loi coranique.
2. Lors de sa nomination, le sultan recevait les timbales insignes de la
royauté, et dés lors il les faisait jalousement garder, car s’en laisser déposséder
équivalait a perdre son titre. Les gardiens des timbales étaient des neveux
utérins du sultan (tenow). Nous n’avons jamais vu plus de cing timbales a la
fois, dont quatre, en cuivre, étaient d’une belle facture. Sur Vorigine et la diffu-
sion des timbales, cf. A. SCHAEFFNER, « Timbales et longues trompettes »,
Bull. I. HAN.; t. XLV, n°“, oct: 1952.
LES KOBE . 37
le monde s’affaire, pour prendre place dans le cortege qui conduira
le sultan jusqu’a la montagne Kobé, par un itinéraire déterminé,
A partir du moment ou il se mettra en route et jusqu’a ce que le
sacrifice soit accompli, le sultan devra respecter un interdit de tout
rapport sexuel.

2. L’itinéraire de la capitale a la montagne Kobé


et les sacrifices préparatotres.
Le cortége s’ébranle de bonne heure. Tous les hommes du village
sont la, ainsi que ceux des villages voisins; seuls les garcons non
circoncis ne sont pas admis. Il y a peu de femmes, seulement les deux
premieres épouses du sultan et deux ou trois de ses sceurs, qui viennent
pour préparer la polenta de mil et faire cuire la viande ; encore faut-il
qu’elles ne soient ni enceintes ni en période d’allaitementt.
En téte vient le chef des mira : le takanyon. Il est a cheval et précéde
le sultan. Celui-ci est monté sur un cheval magnifiquement harnaché
d’argent ; un de ses serviteurs tient un parasol (ar. ddlldl) au-dessus
de sa téte®. Suivent, sur des chameaux, les timbaliers avec leurs instru-
ments. Une foule dense leur fait cortége : parents, chefs de clans ou
simples villageois. Tous portent leurs plus riches vétements ; ils ont
mis des tapis ou des couvertures aux couleurs éclatantes sous les selles
de leurs bétes.
En sortant du village, les timbaliers commencent a battre les tim-
bales avec des baguettes de jujubier ou des éventails en plumes
d’autruche. Seuls les neveux utérins du sultan peuvent frapper les
timbales ; les ayu ne peuvent méme pas s’approcher d’elles*. Des

1. On ne nous a pas dit ce qu’il en était si elles se trouvaient en période de


régles.
2. Cf. dulala « parasol », LETHEM, p. 388 et HILLELSON, p. 210. Le parasol
du sultan Abderaman est un beau parasol de plage, a tranches, vert et orange.
Le sultan Haggar utilisait, nous a-t-on dit, un grand parapluie noir.
3. Certains nous ont affirmé que les timbaliers étaient de simples serviteurs
du sultan ; c’est ce que nous avons pu constater lors de danses, qui, sans étre
rituelles, avaient cependant donné lieu a la sortie des timbales. Pour d’autres
informateurs, seuls les neveux utérins du sultan pouvaient battre les timbales.
Les deux affirmations ne sont pas contradictoires. Autrefois, lorsqu’il suffisait
de posséder les timbales pour porter le titre de sultan, il fallait éviter a tout
prix qu’un homme de la famille royale des ayu s’en approchat, et le soin de les
frapper était réservé aux seuls neveux utérins. Au moment de l’enquéte le sultan,
investi et protégé par l’Administration frangaise, ne craignait plus qu’on lui
ravit ses insignes ; aussi les confiait-il 4 n’importe lequel de ses serviteurs. Lors
des danses que nous avons pu observer, les timbales étaient accrochées de part
et d’autre de la selle du chameau, le timbalier assis sur cette selle. Nous avons
38 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

danses s’organisent ; les femmes du village sont encore la, elles bran-
dissent des vanneries, des éventails en plumes d’autruche, des chasse-
mouches en queue de girafe; les hommes agitent des batons, des
sabres ou des couteaux de jet. La danse finie, les timbales sont recou-
vertes d’un drap et le cortége se met en route vers Koba.
On ne s’arréte nulle part ; de loin en loin, on fait galoper les chevaux
et les chameaux.
Pendant ce temps, la chamelle destinée au sacrifice est conduite
4 l’abri des regards, a travers la brousse, hors des pistes et des sentiers.
Le chef du clan twbugi la méne, accompagné de son fils, de son frére
ou a défaut d’un homme de n’importe quel clan excepté de celui des
ayu. C’est une chamelle pleine de six a sept mois.
_ Vers midi, le cortége royal arrive dans le ouadi Koba, ou un cam-
pement a été installé 4 l’est du puits. Les gens des villages voisins
apportent de la viande et de la polenta de mil. Tout le monde se repose,
mange et s’amuse ; les femmes viennent danser.
Au début de l’aprés-midi du deuxiéme jour, la troupe quitte le
ouadi Koba pour se diriger vers le ouadi eve-ba (non loin de la montagne
gelt), afin d’y passer la nuit.
Au matin du troisiéme jour, le sultan part a cheval avec une
dizaine de personnes (n’appartenant pas au clan ayu) vers un endroit
dénommé gubba (cf. ar. cl. : gubba). C’est un espace délimité par des
pierres avec, au centre, deux pierres plus grosses.
Pour le kamini Diki et les gens de Koba, ce serait le tombeau de
Boru. Pour labbo Bahr, ce serait le tombeau de lima Kwore, un des
descendants de Boru, le cinquiéme chef ayu a la téte du Kobé; il
donna naissance a4 la branche ainée des neuf sous-clans ayu : celui
des ayu geyRa. A cet endroit le sultan tue de sa main une brebis ; le
sang coule sur le sable ; un neveu utérin fait rétir la viande que l’on
consomme sur place. Aucun morceau de viande n’est déposé sur la
tombe, mais seulement quelques boules crues de farine de mil et
quelques dattes sont placées tout autour de l’enceinte!.

également vu trois timbales portées par le méme chameau ; la troisiéme, plus


petite que les deux autres, était attachée au-dessus de la queue de la béte ; un
deuxiéme timbalier montait en croupe derriére son compagnon, en lui tournant
le dos. Un hautbois (ar. ghaita) mélait ses notes aigués aux sourdes sonorités
des timbales. Pour accroitre son prestige, le sultan avait fait venir le musicien
du Soudan voisin. [Sur les danses royales, cf. notre film : Danses zaghawa (Ser-
vice du Film scientifique, 1963).] Lors des sacrifices de Ha-Kobé on devait utiliser
comme baguettes des batons de jujubier ; pour les autres fétes, on pouvait
prendre n’importe quel bois.
1. Des offrandes déposées sur une tombe ont déja été signalées chez les
Téda-Daza : cf. Le Caur, Dictionnaire ethnographique, article ovo, p. 159 et
LES KOBE 39
Ce premier rite accompli, le sultan et les hommes qui l’accom-
pagnent se rendent a un endroit nommé digiri-ere ; la, sans méme que
l’on desselle les chevaux, le sultan dépose quelques boulettes de farine
pétries avec un peu d’eau!, puis il se dirige vers mayra-dugura (ou
mayra-dura)*, au pied de la montagne Kobé. Il y retrouve les membres
du cortége qu’il a laissés le matin dans le ouadi ere-ba pour se rendre
a gubba et qui, pendant ce temps, sont allés au puits de Koba abreuver
leurs bétes. A mayra-dugura, les timbaliers battent & nouveau les
timbales ; les femmes dansent.
A la fin de la matinée, le cortége gravit lentement les pentes de
Ha-Kobé. Il atteint l’ancien village de Ha-Kobé, sur le flanc oriental
de la montagne. Aujourd’hui abandonné et 4 moitié en ruines, c’était
autrefois la résidence du sultan Abderaman Firti, prédécesseur de
Haggar. Le sultan descend de cheval ; il poursuivra l’ascension a pied.
Les femmes accourues des villages voisins pour danser ne vont pas
au-dela du village de Ha-Kobé, de méme que les hommes apparte-
nant au clan ayu. Ces derniers n’ont pas le droit de gravir la montagne,
et encore moins de se rendre a l’endroit ot la chamelle va étre sacrifiée,
car il suffirait que l’un d’eux trempat son pied dans le sang de l’animal
pour qu'il ait le droit de se faire reconnaitre comme sultan.

3. Le sacrifice de la chamelle sur la dalle du bas.

Au début de l’aprés-midi du troisiéme jour, le sultan quitte a pied


le village de Ha-Kobé. Il est accompagné de ses neveux utérins et des
chefs de clan. Il se dirige vers un endroit situé 4\ mi-hauteur de la

CHAPELLE, Nomades noirs, pp. 354-355 et 389-390. En Ennedi, sur le Basso,


les Bideyat taola déposent des dattes, de la viande et de l’eau prés des tombes
de leurs ancétres ; aux fétes musulmanes ils immolent un mouton aux pattes
blanches. A Bagada, ot se trouve la tombe d’Ababo, ancétre gaeda ayant épousé
une Ounia, «on a aménagé au centre de l’enceinte de pierres, une case de nattes.
Au seuil de la case, calebasses, pierres 4 mil, canaris sont disposés. Tout indigéne
de passage ne manque pas d’y mettre eau, viande et dattes. Les pierres bornant
la tombe sont ensuite arrosées. Aux fétes musulmanes, les Ounia des environs
viennent y sacrifier un mouton. Des danses cléturent la cérémonie ». I] en est
de méme sur la tombe de Youro, reine des Mourdia (ou sur celle de son fils),
située pres des rochers de Menou. Ces informations ont été extraites du rapport
manuscrit du Lieutenant BARBOTEU, « Les Erdis, apercu de l’Ennedi », pp. 48,
52 et 56.
1. Je n’ai malheureusement pas davantage d’informations sur ce point.
Sans doute faut-il voir la une offrande a des génies (génies locaux, ancétres ?)
2. « L’endroit ot les femmes des forgerons prennent de l’argile (pour. faire
les poteries) », De mayra, « femme du forgeron » (= potiére) et de dugu (duu ?)
« argile ».
40 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

montagne ; c’est le point le plus haut susceptible d’étre atteint par la


chamelle par ses propres moyens. Celle-ci est toujours guidée par le
chef du clan tubugi qui la méne a l’aide d’une bande de gabak* passée
autour du cou. Tenant la queue, un fouet a la main, marche le chef
du clan ture?. Le sultan vient ensuite. La chamelle est conduite jusqu’a
une vaste dalle naturelle en granit, légérement inclinée.

a) L’immolation de la chamelle.
Le sultan prend une lance a large fer’, apportée par un de ses
serviteurs ; il la saisit le plus prés possible du fer ; derriére lui trois
de ses neveux utérins : un kivegu, un tubugi et un mira‘ tiennent
également la hampe de la lance. Ils l’enfoncent dans le cou de la cha-
melle dont la téte est tournée vers l’est. Le sang coule sur la dalle.
On récite la formule rituelle :
us avabbana barka neki
iRu bi kisine teki
baga hile tekt
dav kuro amvrigine tekt

« O Seigneur, donne-nous la richesse.


Dieu, donne-nous la pluie,
donne-nous du mil en abondance
rends notre pays prospére ».

1. gabak est un terme d’usage local pour désigner une étroite bande de coton-
nade blanche tissée par les indigénes ; cf. CARBOU, op. cit., p. 197, 1. 11-12. Le
tubugi conserve le morceau de gabak ; il s’en fera un turban.
2. D’aprés l’abbo Bahr, nous l’avons vu, l’unique puits du pays kobé, celui
du ouadi Koba, était la propriété des tuve. Or nous savons qu’en pays zaghawa
le travail de puisatier est réservé aux forgerons ou a des clans assimilés et confon-
dus dans le méme mépris. Le clan ture serait l'un d’eux. Son nom, qui signifie
« singe » en langue zaghawa, le désigne comme occupant le bas de la hiérarchie
clanique. D’apres le kamini Suleyman, s’il ne se trouvait aucun fuve pour tenir
la queue de la chamelle, un tubugi pourrait prendre sa place.
3. Les chameaux sont toujours égorgés avec une lance a large fer que l’on
nous désigna sous le nom arabe (?) de kayar.
4. Les gens de Koba et le kamini Suleyman ajoutérent un sanala. D’aprés
le kamini Diki, la participation des sanala au rituel serait une innovation du
sultan Haggar voulant honorer le clan de sa mére Noro, C’est également aux
sanala que fit appel le sultan Abderaman pour lui fournir un kalifa (voir p. 32).
5. us nous a été donné comme équivalent ala formule inaugurale musulmane
bismillah (un de nos informateurs traduit «courage! ») ; dans avabbana, on recon-
nait sans peine la forme arabe empruntée et donnée comme telle par les informa-
teurs ; le nom proprement zaghawa de Dieu est iRu.
LES KOBE 41

b) L’extraction du fetus.
Aussit6t aprés, le miva prend son couteau et, en se cachant sous
une étoffe, ouvre le ventre de la chamelle pour en extraire le foetus.
Il lenveloppe immédiatement dans le tissu, car personne ne doit le
, ° , . . .

voir.

c) Le nte du sang.
Le sultan s’approche alors du sang répandu. Il y trempe les pieds
puis les mains, en mettant chaque fois du sang sur ses ongles. Les
neveux utérins qui ont participé a limmolation s’avancent a leur tour
et font de méme!. Le sang est ensuite brilé sous un feu de bois.

d) Le partage de la viande.
La béte est partagée sans avoir été dépouillée. La description du
partage me fut faite de plusieurs facons sensiblement différentes.
Voici le récitdu kamini Suleyman et des gens du village de Koba,
noté au cours de l’ascension de la montagne. Une des deux cuisses
revient aux mira, l'autre aux kivegu. Les tubugi recoivent |’échine
avec les filets jusqu’aux reins compris, ainsi que la téte et le cou; la
queue revient aux ture. Les sanala recoivent une des deux épaules?,
Vautre est donnée pour tous les gens participant a la féte, sans attribu-
tion précise. Les neveux utérins ont le coeur, le foie, une céte et une
partie de la bosse. Un peu de la bosse a été auparavant prélevé par un
des neveux utérins et sera plus tard porté en offrande sur un autel
situé au sommet de la dalle ainsi que quatre cétes. Le reste de la bosse
est destiné aux femmes et aux sceurs du sultan restées dans le village
de Ha-Kobé.
Les versions données par l’abbo Bahr, le kamini Diki et le chef
du village de Téri-ba présentent quelques divergences.
Tous sont d’accord sur trois points importants : place prépondé-
rante des mira (anciens maitres du sol) qui, les premiers servis, regoivent
une cuisse?; attribution significative aux twbugi et aux ture de la
partie de la chamelle avec laquelle ils ont été en contact.
Seuls Suleyman et Diki, qui sont des kivegu, mentionnent l’attri-

1. Cette onction de sang par les auteurs du sacrifice seulement n’a rien
d’inattendu ; cf. HuBERT et Mauss, « Essai sur le sacrifice », p. 47.
2. Le kamini Suleyman et les villageois de Koba qui nous accompagnaient
sur la montagne étaient tous des hommes assez jeunes, d’une quarantaine
d’années tout au plus. Leur mémoire n’a conservé sans doute que le souvenir
des derniers sacrifices. Aussi font-ils intervenir les sanala (v. p. 40, n. 4).
3. Ce serait pour commémorer l’acquisition du diyer du chef mira par Boru,
en échange de la cuisse d’éléphant.
4
42 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

bution de la deuxiéme cuisse a leur clan. On inclinera a leur faire crédit


sur ce point. Les hivegu, anciens vassaux des mira, semblent venir
immédiatement aprés eux dans la hiérarchie clanique. L’allégation
du chef du village de Téri-ba que la deuxiéme cuisse est donnée aux
ayu est moins vraisemblable. Il est plus probable en effet que les ayu,
nouveaux maitres du sol et en quelque sorte héritiers du sacrifice, y
participaient indirectement par l’intermédiaire des clans autochtones,
mira et kiregu, comme l’indique nettement Diki :
« Les mira partagent la cuisse qui leur est attribuée avec les ayu mariés, et
les kivegu partagent la leur avec les ayw célibataires. »

Quant aux sanala il semble que le privilege qui leur est attribué
de recevoir une épaule, constitue une innovation. D’aprés Diki, aupa-
ravant les deux épaules de la béte faisaient l’objet d’un partage général.
L’abbo Bahr ajoute une précision qui souligne l’opposition déja signalée
entre célibataires et mariés :
« Une épaule est partagée par le takanyon entre les célibataires, l’autre est
attribuée aux autres participants. »

Le chef de Téri-ba, enfin, mentionne le partage d’une épaule entre


trois clans apparentés : les nauka, les weRa et les borsu. Is descen-
draient d’un méme ancétre et seraient arrivés en pays kobé peu de
temps apres les ayu, sous le régne de Boru (v. p. 55). La deuxiéme
épaule serait partagée entre les femmes qui dansent.
Malgré quelques difficultés que souléve l’interprétation du partage,
il est clair qu'il correspond a une matérialisation de l’organisation
sociale. Nous avons pu constater ce méme trait dans l’ordonnance du
cortége.
D’aprés l’abbo Bahr et le vieux chef de Téri-ba, la viande découpée
sur la dalle est ensuite descendue au campement ow se trouve une
bonne partie des accompagnants, pour étre consommeée rétie. D’aprés
le kamim Suleyman et les gens de Koba, elle est mangée sur place}.
Sans doute les deux versions contiennent-elles une part de vérité. Il
est vraisemblable qu’une partie de la viande est mangée sur place et
le reste descendu au campement. Le sultan mange, le premier, trois
petits morceaux de chair et un morceau de chacun des abats.

1. L’information du kamini Suleyman contredit sa version du partage.


Comment la majorité des participants, dont les femmes, restée au village de
Ha-Kobé, pourrait-elle prendre part au repas, si celui-ci avait lieu sur la dalle
méme du sacrifice ?
LES KOBE 43

e) Les offrandes sur l’autel de la dalle.


Au sommet de la dalle se trouve un emplacement délimité par des
pierres. C’est un autel ot l’on vient déposer les offrandes : quelques
grains de mil, un peu de farine, un peu de beurre, les quatre cétes et
une petite partie de la bosse. Devant l’autel, un baton est fiché en
terre ; on y attache un morceau de tissu blanc!.

4. Les sacrifices du haut de la montagne.


Pendant que le sang brille et qu’on partage la viande de la chamelle,
les neveux utérins du sultan gravissent la pente qui les sépare du
sommet de Ha-Kobé en emportant le foetus, dans son placenta, enve-
loppé dans le morceau de drap sous lequel s’est caché le miva pour
lextraire du ventre de la chamelle. L’offrande est tantét portée par
lun des neveux, tantdt par un autre?.
Ils emménent également avec eux, pour les sacrifier, une brebis
et une chévre. Le sultan ne les accompagne pas. En arrivant au sommet
de Ha-Kobé, les neveux immolent la brebis et la chévre sur une pierre.
Puis la sceur (ainée ?) et la premiere femme du sultan font des onctions
de farine pétrie avec de l’eau, et de beurre, sur les rochers d’alentour.
Elles déposent en offrande quelques grains de mil. Un des neveux
invoque la divinité et lui demande la pluie et la prospérité pour le pays.
Un peu au-dessus de l’emplacement des sacrifices une ouverture
de forme triangulaire s’ouvre dans le rocher. Le foetus est hissé jusque-la
et précipité dans ce trou, poussé au besoin a l’aide d’une longue perche
réservée a cet usage et qui reste a l’abri en permanence a cet endroit.
En rampant tant soit peu a l’intérieur de la cavité, on constate qu’a
une surface quasi horizontale sur une longueur d’un métre ou deux,
succéde un trou d’une profondeur inférieure 4 un métre ; mais les
x

I. J. Chapelle note que les Téda-Daza accrochent a certains arbres un


lambeau d’étoffe (Nomades noivs du Sahara, p. 390). Chez les Zaghawa, nous
avons vu accrochés aux épineux secs qui ceinturent les tombes et les protégent
contre les déprédations des animaux sauvages, de petits bouts de tissu blanc
(observations faites au cimetiére de Hili-ba). Ch. Le Coeur avait déja signaleé,
chez les Téda, des morceaux d’étoffe blanche, d’une coudée généralement,
accrochés @ un épineux aupres d’une tombe ; cf. Dictionnaire ethnographique,
article ovo, p. 159. On songe aux « chiffons votifs » d’Afrique du Nord : « Au
maghreb, on reconnait a leur présence la place sainte : tombe, édifice, arbre,
rocher méme... Chaque chiffon correspond a un voeu » (E. DERMENGHEM, Le
Culte des saints dans Islam maghvébin, p. 121). Voir également WESTERMARK,
Pagan survivals in Mohammedan civilisation, trad. frangaise, pp. 101-102 et
ses références bibliographiques, dont Arnobe pour la Libye.
2. Tantdt par le mira et le kivegu, tantét par le twbugi et le sanala, d’aprés
Suleyman.
44 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Zaghawa sont convaincus qu'il est trés profond. La base de l’ouverture


triangulaire est longue d’un peu plus d’un métre. La hauteur du triangle
dépasse 0,60 metre.
On ne jette pas avec le foetus le tissu qui a servi a l’envelopper ;
il est redescendu de la montagne et remis par la suite au sultan.
Les deux bétes sacrifiées sont dépouillées, rdties et mangées sur
place ; les peaux reviennent aux neveux utérins ; les os sont jetés
dans l’anfractuosité ot se trouve déja le foetus. Si l’une des deux bétes
tuées se trouvait étre pleine, son foetus est également jeté la.
Ces sacrifices accomplis, tout le monde redescend au village de
Ha-Kobé ; les danses reprennent autour des timbales et durent toute
la nuit.
5. Autres sacrifices associés a ceux de Ha-Kobé.
Pendant que le sultan égorge la chamelle sur Ha-Kobé, le takanyon
(qui a dtii vraisemblablement conduire le cortége jusqu’au village de
Ha-Kobé et peut-étre assister au partage de la viande, si l’on fait
crédit a l’abbo Bahr) se rend sur la montagne de mir pour y sacrifier
une vache (pleine ?) donnée par le sultan.
En méme temps, les alliés des mesz, clan actuellement éteint, mais
autrefois sous la dépendance des mira, vont sur les ruines du village
de mesi-bye, sur la montagne Kobé, entre le sommet et le village de
Ha-Kobé, et y sacrifient une brebis blanche.

6. Le retour.

Au matin du quatrieme jour, le cortége prend le chemin du retour.


A proximité de la capitale, les femmes viennent a sa rencontre. Les
timbaliers battent leurs instruments et les danses recommencent. Elles
dureront deux jours, jours de liesse et d’attente.
Le rituel a été exécuté avec minutie, le rdle des humains est ter-
miné. Tout est prét maintenant pour que la divinité puisse agir et se
montrer généreuse en envoyant la pluie qui fera pousser le mil et verdir
les paturages.

B, SIGNIFICATION ET VALEUR DU RITE

Tout au long de ces quelques jours, chacun s’est vu assigner un


role précis, une place a tenir. Rien n’a été laissé au hasard. Le sultan
et ses neveux utérins, et, collectivement, les clans : ayu, mira, kiregu,
tubugi, ture, sont les acteurs d’un drame réglé d’avance.
Le sultan, en tant que chef traditionnel des Kobé, est l’intermé-
LES KOBE 45
diaire naturel entre ses sujets et la divinité. En méme temps qu il
recoit le pouvoir, il est tacitement investi de la charge non seulement
de demander, mais encore d’obtenir la pluie. En fait, il est aussi le
faiseur de pluies. Maintenant encore, alors que la plupart des sacrifices
de fertilité ont été abandonnés, un chef sous le régne duquel il ne
pleuvrait pas se verrait remplacé (v. p. 106).
Le clan ayu est celui qui fournit les sultans. Chacun de ses membres
est un rival, un usurpateur possible. Aussi les ayu ont-ils un réle pure-
ment négatif. Il convient de les tenir éloignés de tout ce qui pourrait
leur conférer le pouvoir : les timbales, la victime et son sang répandu
sur la dalle du sacrifice, le foetus enfin.
Maitres de la terre dans le cas des trois premiers, maitres de l’eau
dans le cas des derniers, mira, kiregu, tubugi et ture sont les plus
anciens occupants du pays, ou les plus anciens survivants. Lorsque
les ayu eurent supplanté les autochtones, au lieu de les éliminer, ils
ont eu la sagesse de se les attacher en les associant étroitement a leur
pouvoir et en leur donnant la premiére place aprés eux, tant dans
Vordre temporel que dans l’ordre religieux. Le sacrifice renouvelle
solennellement les liens entre les différents groupes. Peut-étre méme
peut-on penser que le sacrifice actuel des ayu a emprunté son schéma
au sacrifice plus ancien des mira ?
Quoi quwil en soit, mira, kiregu, tubugi et ture ont un réle de premier
plan. Le chef des miva marche en téte du cortége, et le neveu utérin
appartenant a ce clan extrait le foetus du ventre de la chamelle; le
chef des ¢wbugi a mission de conduire la chamelle au lieu du sacrifice ;
enfin, le chef des ture marche derriére elle : signe de sa position infé-
rieure, c’est pour en tenir la queue. Les neveux utérins qui accom-
pagnent le sultan a la dalle du sacrifice sont respectivement un mura,
un kivegu, et un tubugi.
Remarquable est la position de prédilection de ces neveux utérins,
les plus prés du cceur du sultan, plus proches méme que ses fils. Par
leur mére, ils sont du méme sang que lui et, n’étant pas ayu, ils ne sont
pas des rivaux a craindre. Ainsi la confiance entiere du sultan leur
est-elle acquise. Gardiens des timbales royales, ils participent a l’immo-
lation de la chamelle en tenant derriére le sultan la hampe de la lance ;
ils se sacralisent immédiatement apres lui en trempant leurs pieds et
leurs mains dans le sang de la victime?. Lors du partage, ils regoivent

1. Ce rite n’équivaut-il pas 4 un renouvellement de l’alliance et de l’allé-


geance des mira et autres aux ayu ? Dans |’Arabie préislamique, « c’était dans
le sang du sacrifice que des hommes mettaient leurs mains pour contracter une
fraternisation sanctionnée par le dieu » (GAUDEFROY-DEMOMBYNES, Mahomet,
Pp. 37).
46 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

des morceaux de choix : foie, coeur, une céte, un peu de la bosse. Sur
eux repose la charge d’accomplir le moment supréme du rituel. Seuls
4 avoir vu le foetus, ils le transportent au sommet de la montagne, et
le précipitent dans le « gouffre » sacré avec le cérémonial requis.
*
*

Le sacrifice d’une béte pleine dans un milieu de pasteurs, et musul-


mans de surcroit, a de quoi surprendre. Si le Coran n’interdit pas les
sacrifices de femelles, du moins ne sont-ils pas recommandeés, a plus
forte raison de bétes pleines! ; mais le sacrifice zaghawa est certaine-
ment antéislamique.
On sait aussi a quel point les pasteurs veillent jalousement a conser-
ver l’intégrité de leur troupeau et répugnent a abattre une béte jeune
et surtout une femelle. I] faut donc que cela soit en vue d’un bien
supérieur. On peut facilement imaginer ce que représente la pluie dans
un pays ow il ne pleut qu’un mois par an et ot toute vie est suspendue
4 la venue de l’eau régénératrice. I] y va de la survie générale : l’herbe
est séche et coupante, les mares et les puits sont a sec, la terre n’offre
qu’une surface craquelée. A la premiére averse, aussité6t l’herbe rever-
dit, les graines sortent de terre, la vie renait. Aussi le chef, le faiseur
de pluies, sacrifie-t-il 4 la divinité la plus grande richesse et ]’animal
le plus noble de son troupeau : une chamelle, et qui plus est, une
chamelle pleine.
Il donne le maximum, capital et espérances, pour obtenir de la
divinité qu’en retour elle envoie la pluie. Ce symbole du croit du
troupeau, ce sacrifice du lendemain n’est-il pas destiné a montrer a
quel prix inestimable les humains placent la pluie ? peut-étre méme
avec quelle anxiété ils lattendent ? Des offrandes sont faites sur les
autels ; le foetus, qui représente par excellence la fécondité, est donné
a la terre. Le trou ot il est jeté, anfractuosité peu profonde comme
nous l’avons constaté, est cru par les indigénes un gouffre qui s’enfonce
profondément dans la terre : le foetus qui y est précipité est donné
intégralement. Ce dernier acte est le moment dramatique du rituel.
Tout ce qui a précédé n’a servi, semble-t-il, qu’a préparer ce don
supréme.
N’y a-t-il pas lieu, dés lors, de voir dans le sacrifice de Ha-Kobé,

1. Gaudefroy-Demombynes note le sacrifice de chamelles pour le hadjdj


(Le pélerinage ala Mekke, pp. 288-289) et signale que, pour la ‘wmyra, le prophéte
sacrifia des chamelles (cf. Mahomet, p. 555). Malgré tout, les males semblent
étre préférés aux femelles et il n’est jamais question du sacrifice intentionnel
dune béte pleine.
LES KOBE 47
plutét que le sacrifice d’une béte pleine, celui d’un fcetus ? La chose
ne peut apparaitre clairement, en raison de l’impossibilité matérielle
ou l’on se trouve de sacrifier un foetus sans sacrifier la mére. Dans ce
cas, sacrifier la mére d’une maniére profane parait impensable : la mére
et le foetus sont trop intimement liés pour que le foetus ne soit pas alors
désacralisé et rendu impropre au rituel. I] faut donc que la mére,
contenant de l’offrande sacrée, participe elle aussi au Sacré et soit
sacrifiée rituellement. C’est cela qui préte 4 confusion et qui peut faire
penser a deux sacrifices de méme importance : celui de la mére et celui
de l’embryon ; alors que le sacrifice de la mére n’est, semble-t-il, qu'un
sacrifice préparatoire, prélude nécessaire au sacrifice du fcetus!.

*
*

Seuls les sultans (celui du kobé et celui du kapka, cf. p. 83) peuvent
se permettre les frais d’un tel sacrifice. Dans le cas du sultan kobé,
Vhypothése, que nous avons formulée plus haut, des ayu obtenant
des miva quwils leur abandonnent l’hégémonie, et affirmant leur mai-
trise sur le pays par un sacrifice inspiré de celui du chef des mira (en
tant que chef des Kobé) permet une explication : du moment que le
chef des mira sacrifiait une vache, il convenait que le chef supréme
fasse le sacrifice d’un animal plus rare et plus estimé.
Peut-on voir dans le sacrifice de la chamelle pleine des Zaghawa,
le substitut d’un sacrifice humain ? Aucune information recueillie
jusqu’a ce jour en pays zaghawa ne nous permet de dire que de tels
sacrifices aient existé. Toutefois des sacrifices humains avaient lieu
sur la montagne sacrée, proche de Wara, capitale des sultans wad-
dayens (cf. p. 178).
*
* OK

Le sacrifice de Ha-Kobé est aujourd’hui abandonné, et, si son sou-


venir demeure vivace parmi les vieux qui, lors d’une sécheresse surtout,
déplorent l’omission du rituel, les jeunes ignorent parfois jusqu’a son
existence.
Pourquoi cet abandon? Peut-étre faut-il en chercher la cause
dans la personnalité méme du sultan Abderaman qui, le premier,

1. Cf. a un autre point de vue la réponse du casuiste musulman : « Le petit


dans le ventre de sa mére est considéré comme égorgé avec elle et de la méme
maniére s’il a atteint son plein développement foetal et a déja du poil » (IBN
Api ZAYD AL-QAYRAWANi, La Risdla [malikite], éd. et trad. Bercher, Alger,
1948, pp. 156-157).
48 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

renonca a se rendre sur Ha-Kobé pour y faire le sacrifice. D’aprés


nos informateurs, c’est sous l’influence des faki musulmans qu’Abdera-
man a abandonné son sacrifice.
La réalité est plus complexe. Le sultan Abderaman nous est apparu
comme voulant étre a la fois le chef religieux traditionnel et homme
qui tend a imposer |’Islam dans son pays (par conviction profonde et
aussi par désir de promotion sociale). Les contradictions de cette
attitude expliqueraient qu'il ait préféré renoncer a son sacrifice plutdét
que de l’intégrer a 1’Islam local en invitant, comme le fait le sultan
du Wadday, les faki a venir y réciter leurs priéres (Vv. p. 177)
D’autre part, il convient de souligner encore une fois le caractére
exceptionnel du sacrifice d’une béte pleine, auquel les faki n’auraient
sans doute pas accepté de s’associer*.
Cependant le sultan a accompli tout de méme une fois le sacrifice
sur la montagne Kobé, et cela au moment le plus important pour lui,
c’est-a-dire l’année de son intronisation. On peut se demander si, sans
cela, les Zaghawa l’auraient reconnu pour leur chef.

Il RITUELS RIREGULE LeLUBUGL

En pays kobé, en dehors du sacrifice du sultan sur Ha-Kobé, on


rencontre :
1° Les rituels de pluie accomplis par les anciens maitres du sol
(kivegu, tubugt) ;
2° Les sacrifices des anciennes chefferies indépendantes (kivagwz,
nanu, we) ;
3° Les rituels un peu a part de clans d’allure totémique (imogu,
denitRa).
*
*%

Les anciens maitres du sol au pays kobé étaient, on s’en souvient,


les mira, les kivegu, les tubugi. On trouvera ci-aprés des informations
fragmentaires sur les sacrifices accomplis par les kivegu et les tubugt.
Sur le sacrifice du clan mira, j’ai indiqué succinctement qu'il consistait
en l’immolation d’une vache (pleine ?) sur la montagne mur et je n’ai

it. D apres un vieil informateur kige, les faki auraient été disposés a assister
au sacrifice, mais les vieux Zaghawa, conservateurs de la tradition, n’auraient
pas voulu de leur présence.
LES KOBE 49
pas pu en apprendre davantage. Je ne sais rien sur un sacrifice pos-
sible des ture, maitres de l’eau. L’enquéte n’a pas porté sur les clans
complétement éteints aujourd’hui.

A. LES KIREGU

La plupart de mes informations sur les kivegu émanent du kamini


Dikt, chef de ce clan!.
D’apreés lui, les kivegu ont toujours habité koba ou, s’ils sont venus
dailleurs, cela s’est passé il y a bien longtemps?. Ce qui est certain,
c’est que les kivegu étaient 14 au moment de I’arrivée des ayu. Leurs
voisins occidentaux étaient les miva, sur l’autre rive du ouadi mur.
Mira, Tubugi et Kiregu se partageaient le pouvoir. Les clans ture,
nyoRio et mest (ces deux derniers actuellement éteints) étaient vassaux
des Tubugi.
Seuls les chefs du clan kivegu portent le titre de kamint. Les kivegu
en donnent |’explication suivante :
« Autrefois, il y avait un homme dont le pére était ayu tivka-harut et la mére
kivegu. Cet homme fut nommé sultan des Zaghawa kobé par le sultan du Dar-
Fur. (Si nous nous référons au tableau généalogique donné par l’abbo Bahr, ce
ne peut étre que Harut ou son fils Haggar, n°* 9 et 10 du tableau I.) Ce sultan
fut en butte aux attaques des tribus « arabes » en particulier a celle des Mahamid.
Chaque fois il était vaincu et ses hommes décimés. Un jour, il partit repousser
les assaillants, accompagné des seuls kivegu. Il gagna la bataille, s’empara des
troupeaux des Arabes et tua beaucoup de gens. Au chef des Kiregu qui lui avait
permis de venger ses morts, il donna le titre de kaminz : ‘ Celui qui a tiré ven-
geance ’. »

Dans la bataille, les Kiregu se placent toujours auprés du sultan.


L’étymologie de leur nom est d’ailleurs significative « les gens du roi »
de kive : « roi » et -gu : suffixe marquant la relation.
Il semble que l’on puisse rapprocher la dignité de kamint du
kaémneh du Dar-Fur (cf. Et-Tounsy, Voyage au Darfour, p. 172) et
du kaémnah du Wadday (Ib., Voyage au Ouaddy, p. 363). Ces deux
personnages ont une grande responsabilité dans les combats. Ainsi
au Dar-Fur, le kémneh ne peut survivre au sultan tué a la guerre. I]
est étranglé en secret. Si le sultan meurt dans son lit, on laisse survivre
le kamneh.
Les Kiregu ont aujourd’hui deux kamini: Diki et Suleyman. Le pre-

1. J’ai déja mentionné le kamini Diki comme informateur (v. pp. 25 et 26).
2. Auparavant, il y avait peut-étre les tungur, «des hommes qui ont édifié
des tombes de pierre pour enterrer leurs morts avec leurs bagages ».
50 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

mier fut destitué par le sultan Haggar et remplacé par Suleyman. Par
la suite Diki fut réintégré dans ses fonctions par le sultan Abderaman.
Chaque année, avant les pluies, le chef du clan hiregu se rendait
sur la montagne twRuya ou tuRiya, au nord de koba, pour y égorger
une chévre grise et une brebis grise, pleines de trois ou quatre mois.
Le sacrifice avait lieu au pied de la montagne. Le kamini, au nom des
seuls kivegu, égorgeait les bétes avec son propre couteau. Les victimes
étaient aussit6t dépouillées et découpées, et des morceaux de viande
prélevés sur les quatre membres, lintestin, l’estomac, le foie et le
Coens
Pendant que des hommes faisaient rétir la viande au pied de la
montagne!, un neveu utérin du kamini gravissait la pente en empor-
tant dans une corbeille les petits morceaux de viande, du mil en cours
de maltage dans une poterie? et, 4 la main, les foetus non enveloppés.
Le contenu de la corbeille et celui de la poterie étaient versés
dans un trou qui se trouve au sommet de la montagne ; les foetus
étaient jetés dans un trou voisin.
Le kamini Diki a exécuté plus de huit fois ce sacrifice, puis l’a
abandonné a l’exemple du sultan Abderaman « puisque le sultan y
renonc¢ait, il fallait nous aussi y renoncer ». Cela faisait plus de dix ans
en 1957. Cependant, depuis lors, les gens de Koba tuent chaque année
une brebis auprés du puits de koba, dans le but d’obtenir la pluie.
Le schéma de ce sacrifice est tout a fait semblable a celui de
Ha-Kobé.

B. LES TUBUGI

Mes informations sont trés minces. Je les tiens du kamini Diki


et des gens de Koba.
Les tubugi, comme les kivegu et les mira, occupaient le pays kobé
avant l’arrivée des ayu. Ils habitaient le village de ¢evio et auraient
eu certains clans sous leurs ordres, sans que les informateurs puissent
préciser lesquels.
D’apreés le kamini Diki, les tubugi ne pouvaient épouser qu’une

1. Ils apportaient avec eux du sel et du piment. Mais pas de biére de mil,
car ce n’est pas bien de boire durant un sacrifice. Les participants boivent de
VYeau avant de quitter le village et lorsqu’ils rentrent chez eux.
2. La préparation a été faite au village par la femme du kamint. Elle consiste
en une polenta de mil séchée au soleil, émiettée et mélangée a de la farine de
mil germé. Le tout arrosé d’eau est mis 4 fermenter dans une poterie. Offrande
d’une béte pleine, offrande du mil avec son germe : ne peut-on y voir le méme
symbolisme ?
LES KOBE 51
femme kiregu ou mira et réciproquement. Maintenant ils s’allient a
n’importe quel autre clan.
Le sacrifice des tubwgi pour demander la pluie a lieu sur une mon-
tagne au sud-est de l’ouadi terio. La, devant l’entrée d’une grotte
(guRz), le chef immole une béte prélevée sur son troupeau. Les infor-
mateurs ne sont pas d’accord : pour les uns l’animal sacrifié est une
brebis, pour les autres c’est un mouton noir. Ils ne connaissaient pas
la nature des offrandes.

IV. — LES CHEFFERIES DE KIRAGWI, NANU ET WE

Certaines chefferies frontaliéres du pays kobé ont été annexées


par les chefs kobé. Je n’ai pas de renseignements sur les sacrifices
propres aux chefferies de marugwi et d’abugun. On trouvera ci-aprés
les notes que j’ai recueillies 4 propos des chefferies de kiragwi, de nanu
et de we.

A. LES KIRAGWIRA

Les kivagwiRa formaient une petite chefferie indépendante enclavée


a lintérieur du pays kobé, au sud-est, a la suite des annexions de
Boru. Elle fut rattachée au sultanat kobé en 1914.
Ses limites étaient bien précises : au nord, la montagne de doro-ba,
pres de nursi ; au sud, le puits de madi-ba ; a Vest, la colline de tagana
et a l’ouest, la colline de meneliry. Ses deux principaux villages étaient
boru-ba et teri-ba ; le centre du pays s’identifiait a la montagne kivagwt.
J'ai pu longuement enquéter avec le vieux chef de tevi-ba, lors
d’un séjour dans son village.
D’apres lui, les kivagwiRa étaient la bien avant l’arrivée des ayu.
Ils descendent de la montagne kivagwi et Vinvoquent en l’appelant
« notre grand-peére », « notre ancétre » (er guru).
C’est sur cette montagne que se rend le chef nouvellement investi
pour y sacrifier un beuf gris. Cela a lieu au début ou pendant la saison
des pluies et est renouvelé ensuite tous les trois ans.
Il semble que ce rituel ait subsisté de nos jours. Lors des enquétes
de 1956-1957 les informateurs ont affirmé qu'il s’était déroulé au mois
d’aotit 1955. C’est un des rares cas, en pays zaghawa, ow la pression
de l’Islam n’a pas réussi 4 causer l’abandon de la coutume antérieure.
Peut-étre parce qu’ici la victime n’est pas une béte pleine ? Toutefois
aucun faki ne participe au sacrifice.
52 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

ae

Vers g heures du matin, le chef des kivagwiRa, accompagné d’une


assistance nombreuse : hommes et femmes du village de tevi-ba appar-
tenant ou non au clan kivagwiRa', se rend sur la montagne kivagwt.
Le chef est A cheval ; les participants sont aussi a cheval, parfois a
chameau ou a pied. Un forgeron est présent avec son tambour.
Le premier rite consiste en la confection de boules de farine de
mil pétrie avec de l’eau. Un homme les prépare. Chacun en mange.
De petits morceaux de boule sont jetés dans un tunnel (girgemulu,
d’aprés le chef des kivagwiRa, gyelikulu, d’aprés un autre kiragwiRa)
qui traverse la montagne de part en part.
On prie :
togu gino tebine
torfu keyne tegey
« prends ta farine
chasse les oiseaux »

Les femmes font des onctions de beurre sur les pierres alentour.
Puis, en un endroit nommé boyir, le chef des kivagwiRa sacrifie le
boeuf prélevé sur son propre troupeau.
ev-guru bo tebine
gwe tegey

« notre grand-pere prends ce boeuf


donne-nous des bonnes choses. »

La béte est dépouillée et découpée. Le chef se réserve une cuisse.


Sept brochettes de viande sont immédiatement confectionnées.
Le chef et trois de ses parents, tous quatre kivagwiRa, se dirigent
vers le tunnel et offrent les brochettes en demandant la pluie.
Un repas communiel suit ces offrandes. Toute la viande est mangée,
méme l’intérieur de la béte. S’il en restait, on pourrait la ramener au
village.
Les femmes poussent des you-you (anni). Hommes et femmes
dansent au son du tambour de forgeron (egidz).
La peau de la victime servira 4 recouvrir la timbale du chef
(diyer). La peau de la timbale est renouvelée tous les trois ans.

1. Au temps ot a un clan correspondait un territoire, ne devaient participer


au sacrifice que des kivagwiRa. Aujourd’hui des membres de clans différents
vivent dans un méme village et se rendent sur le lieu de culte du territoire ot ils
se trouvent.
LES KOBE 53

se
*

Corrélativement a ce sacrifice de chef, on observe certaines pra-


tiques mineures. C’est ainsi que lorsque les kivagwiRa sément un champ
de mil, la semence est mélangée a de la terre prise sur kivagwi. De méme,
pour protéger les récoltes contre les oiseaux, on répand sur le champ
de la terre de la montagne.
N’importe quel kivagwiRa peut se rendre sur la montagne pour
y prendre de la terre. Mais auparavant il a soin de faire sur le sol une
offrande de farine.
Souvent, enfin, une femme se rend sur kivagwi pour y offrir des
boulettes de farine de mil. En échange, elle demande du mil, des
enfants ou de l’aide pour retrouver un animal égaré.

B. LES NAURA

Un court séjour parmi les nawRa dans la région des ouadi nanu et
MtRi-ba ainsi qu’au village d’ebirguli m’a permis de prendre contact
avec de nombreux membres de ce clan. Par la suite les informations
furent revues, complétées, augmentées ou contredites par d’autres
informateurs dont les plus marquants furent Bagari abu Gelabie,
Abakar Itinen et le mogdum Fodul, déja cité (v. p. 26).
Bagari abu Gelabie était un nauRa martibeRa, trés Agé (80 ans ?).
Sa réputation d’homme connaissant le mieux l’histoire et les coutumes
de son pays était prometteuse. En réalité son grand age et son état
de faiblesse faisaient de lui un informateur assez irrégulier. Toutefois
nous lui sommes trés reconnaissants d’étre venu vivre quelques jours
avec nous et d’avoir toujours accueilli nos questions avec beaucoup
de patience.
Abakar Itinen était également un nauka. I] rejoignit notre groupe
durant nos conversations avec Bagari et intervint trés fréquemment.
C’était un homme d’une quarantaine d’années.
Les informateurs de la région de manu nous décrivirent surtout
les sacrifices accomplis dans le ouadi manu. Bagari, Abakar et le
mogdum Fodul essayérent en outre de retracer l'histoire des nauka.

I. Origines.

D’aprés le mogdum Fodul, les clans nauRa, weRa, arna, borsu et


todura ont une origine commune. Mais ils n’occupent pas la méme
place dans la hiérarchie clanique : nauRa et weRa sont des clans
54 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

TABLEAU II. — SUCCESSION DES CHEFS NAURA DE SUN-TER A BoITs


(d’aprés Bagari abu Gelabie et Abakar Itinen).

. Sun-ter (« le commergant blanc »)


. Deli-ter (« la plume blanche »)*
. Sunu-beRi («le commercant bez »)
. Deli-tebige (« j’ai pris la plume »)*
. Kube-li (« le kobé »)
. Ina-me (« le chef noir »)
. Kwoi-tur _(« tout prés d’un peureux »)
DN
W . Boits
CON
ANB

* Nos informateurs considérent deli « plume » comme un équivalent de ina


« chef ». Chez les Bideyat bilia, « les chefs portent le titre de deli. Comme
insigne de commandement ils avaient une plume d’autruche a la coiffure »
(BARBOTEU, pp. 50 et 73).

TABLEAU III. — FILIATION DES DERNIERS CHEFS NAURA


(d’aprés Bagari abu Gelabie et Abakar Itinen).

Idris

8. Boits ina Dawa

| .

9. Kwoi- Eset ina Hader


tabari

to. Uru ? Buye


|
|
Basim 13. Heriga* Hebip Madaga

: i / | |
11. KiRap 12. Hinawi 14. Sawa Nioi
| |
16. Margi I5. Sitti

17. Abderaman**

* Au méme moment Abderaman Firti régne au Kobé.


** Le seul chef & avoir un nom arabe.
LES KOBE 55

« nobles » ; arna, borsu et todura ne sont que des sujets (« meskines »)


des nauRa. Is ne possédent pas de terres et ont avec les nauRa certains
liens de vassalité qui restent a préciser.
Deux fréres, un nommé Sun-ter! et autre Sunu-beRi? arrivérent
un jour 4 Genene (Geneina des cartes) au Dar-Fur. Ils venaient de l’est.
C’étaient des Korobat?. Ils moururent 4 Genene en laissant des enfants:
Stboro, fils de Sun-ter ; ina Guni‘ et ses trois jeunes fréres, fils de Sunu-
bekt. Les cing jeunes gens partirent vers le pays des Zaghawa twer’.
Ils arrivérent au village et au puits de bow-ba’. Puis ils se dirigérent
vers l’ouadi ba-hay.
La, en un endroit nommé simzomu, ils rencontrérent un ayw et un
genigergeRa. L’aynu était Abdullay (ou Abdallah) Boru, il arrivait de
koba ot il venait de s’installer. Le genigergeRa venait de barda-ba
en pays bideyat. Chacun était la dans le but de reconnaitre du pays
et de s’approprier les régions inhabitées. Hs se mirent d’accord pour
un partage (cf. p. 33).
Siboro, ina Guni et ses trois fréres se dirigérent vers l’ouest. IIs
arriverent dans l’ouadi nanu. Les gude’ en étaient les chefs. Malgré
tout ina Guni résolut de rester la avec ses fréres.
Siboro alla plus loin et arriva dans le pays de we. I] était vide
@habitants, il s’y installa. Il fonda ainsi le clan weRa.
ina Gun résolut de s’emparer du pouvoir aux dépens des gude.
Pour cela il inventa un stratagéme. I] conseilla aux gude de construire
leurs habitations dans le lit du ouadi. Les gude, aidés par tna Guni,
édifierent un grand barrage en travers du ouadi et construisirent leurs
maisons a l’abri du barrage. Pendant ce temps ima Gunz s’installait
sur la montagne. Lorsque la saison des pluies approcha, une vieille
gude essaya de donner l’alarme : « quittez le ouadi, allez dans la mon-
tagne ». Personne ne voulut l’écouter. Alors, elle prit avec elle le fils
de sa fille et partit dans la montagne. Les pluies arrivérent, le ouadi

1. « Le commergant blanc », sun ou sunu : « commergant », fey : « blanc »,


2. « Le commercant beRi » (?), beRi est la dénomination que se donnent
Zaghawa et Bideyat.
3. Certains sont établis au nord-ouest du Dar-Fur, prés de la frontiére du
Guimir, d’autres au Kordofan oriental. Les gens de Kaga, dans le nord du
Kordofan, prétendent qu’il y a une centaine d’années il y avait parmi eux des
Korobat (cf. MAcMicHaEL, A history of the Arabs, I, pp. 336-337, également
Carsou, La région du Tchad, II, p. 94).
4. « Le chef Guni », ina, « chef ». Sans doute ce nom lui fut donné apres son
arrivée en pays zaghawa ?
Bi, (Chis TOS 22, 0 2p
6. « Le puits du baton », bow : « baton », ba : « puits ». A Vest de ba-hay.
aie (Ohi, 1D Sie
56 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

se gonfla d’eau, le barrage craqua et tous les gude furent emportés


a l'exception du jeune Eni-agap, «le survivant du ouadi », petit-fils
de la vieille gude. Le jeune garcon se mit en colére et ne voulut pas
rester avec des hommes qui avaient fait périr les siens. I] partit vers
le sud et alla s’installer 4 argagont ou vivent encore aujourd’hui de
nombreux gude.
ina Guni resta dans le ouadi nanwu et devint chef. I] fonda le clan
nawRa. Ses trois fréres cadets s’établirent auprés de lui et donnérent
naissance aux ayna, aux borsu et aux todura.
Notre informateur nous donna avec une grande précision les limites
du territoire occupé par les nauRa. Mais une cartographie insuffisante
ne nous a pas permis de localiser chaque endroit cité.
Au nord, les nauwRa étaient en contact avec des clans bideyat bila :
de l’est a l’ouest, les genigergeRa, les kolyaRa et les sigeyla.
La limite entre nawRa et genigergeRa longeait le ouadi korfugut,
jusqu’a sunu-key1. La frontiére avec les kolyaRa passait par le ouadi
megri-gui et une grande montagne du nom de dabli-uleti?. Celle avec
les sigeyla passait par le ouadi tara-ba, la mare de ta-dyusi, le ouadi
hawas et la montagne manda (« Pic de Tarboul » des cartes).
Au sud, la limite avec les ayu passait par la montagne ogu, ha-
bugudi®, ha-ter*, le ouadi salum-key et le ouadi narok-ba jusqu’a
siniomu, ou peut-étre jusqu’a nawa birsi.
A louest se trouvaient les weRa et a lest les twer,
Les informations fournies par Bagari abu Gelabie et Abakar
Itinen, corroborent sur de nombreux points celles du mogdum Fodul
(arrivée a bow-ba et dans le ouadi nanu, stratageme des nauRa
pour s’emparer du pouvoir alors aux mains des gude). Par contre
il n’est pas question des weRa ni de Siboro et, si des personnages
comme Sun-ter et SunubeRit sont mentionnés, ils jouent un réle
différent. Swn-ter, donné par le mogdum Fodul comme ancétre des
weka, devient l’ancétre des nauRa et Sunu-beRi, son frére, devient
le n®° 3 des chefs nauRa.
De plus ces deux informateurs nous donnérent la succession des
dix-sept chefs nauRa, de Sun-ter a Abderaman ainsi que la filiation
des dix premiers (v. tableaux II et ITI).

1. « La mare du commergant », sunu : « commergant », key : « mare ».


2. « Un ane noir est tombé » dabli : « Ane noir », uleti : « il est tombé ».
Un jour un mouflon en sautant sur les rochers serait tombé de la montagne.
Les gens qui ¢taient la (c’étaient des tungur) voyaient cet animal pour la
premiere fois. Ils le prirent pour un Ane.
3. « La grande montagne », ha : « montagne », bugudi : « grand ».
4. « La montagne blanche », ter : « blanc ».
LES KOBE 57

Voici la relation qu’ils nous firent :


« Un jour deux enfants [peut-étre des jumeaux] arrivérent dans le ouadi
nanu. Ils venaient de bow-ba, en pays twer, et étaient a la recherche de gibier
et d’une place vacante et fertile ot ils pourraient s’installer [les informateurs
ne dirent pas s’ils étaient twey ou s’ils venaient d’ailleurs]. Ils trouvérent 1a les
gude. Ces derniers avaient bati leurs maisons au milieu du ouadi nanu [ici ce
n’est pas sur l’instigation des nawRa] et pour empécher celui-ci de couler ils
avaient édifié un grand barrage avec des branches d’arbres et des arbres entiers.
Les enfants se rendirent compte que le ouadi était fertile et allérent se cacher
dans la montagne nanu. Durant la nuit, ils descendirent dans le ouadi et com-
menceérent a creuser un trou dans le barrage. Ils vinrent ainsi chaque nuit miner
le barrage. Une vieille femme gude s’apercut du dommage et essaya d’avertir
les siens. Personne ne voulut la croire. Alors, elle prit avec elle un jeune gar¢on,
fils de sa fille, et s’installa sur les berges du ouadi. Une nuit il plut, le ouadi se
mit a couler, le barrage craqua et tous les gude furent emportés. La vieille resta
seule avec son petit-fils et les deux enfants venus du pays twey. Puis elle mourut.
C’est de son petit-fils Eni-agap «le survivant du ouadi» que descendent aujour-
d’hui tous les gude du pays zaghawa. Quant aux deux enfants, dont l’un est
connu sous le nom de Sumn-ter, ils restérent sur place, grandirent, se mari¢rent
et eurent des enfants. C’est ainsi que se forma le clan nauka. »

Une variante de ce récit a été recueillie en Ennedi par le lieutenant


Barboteu}!.
« L’Ennedi était occupé par une tribu dont le chef se nommait Erdio. Erdio
fut expulsé par les Bideyat. Erdio avait des parents dans l’ouadi nanou, au sud
de Haouache. II s’y rendit. Ses fréres de race étaient des gens ingénieux : ils
avaient construit un grand barrage dans le lit de l’oued et ainsi ils avaient de
V’eau pour leurs cultures toute l’année. Ils vivaient insouciants en aval. Arri-
verent du Dar-Fur (apparentés aux Bideyat) ceux que par la suite on nomma les
nanoulas. Pour se débarrasser des autochtones, ils userent du procédé suivant :
ils percérent peu a peu et pendant de longues nuits le barrage qui finit par se
rompre. L’eau engloutit tous les indigénes, sauf une femme et un enfant qui se
trouvaient dans la montagne, a la recherche de moutons égarés. »

*
* OK

Aux dires de Bagari et d’Abakar les nawRa se fractionnérent rapi-


dement en trois lignages : les nawRa me (« noirs ») qui s’installerent
au village de nanu-heli, les nauRa mara (« rouges ») au village d’ogi-be,
aujourd’hui en ruines, puis les nawRa martibeRa au village de marti-be.
C’est le lignage des nawRa me qui fournit les chefs.

1. « Les Erdis, apercu de |’Ennedi », ms., Archives Fada, pp. 45-46.


58 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

D’autre part deux clans se détachérent des nauRa : les borsu, du


nom d’un nauRa nommé boru-su (« celui qui conduit les hommes »)
et les arna du nom d’un petit ouadi prés de nanu. Is ne mentionnent
pas les todura.
*
* OK

Depuis les années 1951-1952, le commandement des nauka,


jusqu’alors entre les mains d’un chef unique appartenant au lignage
des nauRa me, est partagé entre plusieurs chefs : trois pour les nauka
groupés autour du ouadi manu, un pour les nauRa de marti-be (selon
la terminologie administrative, « nanu I » est commandé par A bdera-
man, fils de Vina Margi; « nanu II » par Adum Tong, fils du kalifa
Esset ; « nanu III » par Makin, fils de Vina Sitti et « nanu marti-be »
par Adam, fils de Hasim). Il semble que ce fractionnement du pou-
voir soit dai a V’initiative du sultan Abderaman voulant ainsi briser
une force qui pouvait mettre son autorité en danger.

2. Les sacrifices dans le ouadi nanu.

Tous les ans, un peu avant la saison des pluies, c’est-a-dire vers
juin-juillet, le chef du clan nauwRa se rend dans le ouadi manu pour
demander la pluie a la divinité. I] se dirige vers un endroit nommé ina-
tagult ou teguli!, a proximité du puits de tara (ba-tara). La, se trouve
un énorme acacia que les Zaghawa nomment fel”.
D’aprés Bagari abu Gelabie, il y aurait deux vieilles pierres 4 moudre
le mil (soguru) de chaque coté de l’arbre. Une a l’ouest, destinée a
recevoir les offrandes des nauRa, l’autre a lest, destinée a recevoir
celle des borsu. Les nauRa interrogés a ebirguli parlerent d’une seule
pierre que l’on place devant l’arbre sur un petit tas de sable, au
moment du sacrifice, pour y déposer les offrandes. Abakar Itinen
enfin mentionna également une seule pierre mais signala que le tronc
de l’acacia offrait deux ramifications partant du sol. L’une destinée
aux offrandes des nauRa, l'autre a celles des borsu.
Quoi qu'il en soit, la participation des borsw au sacrifice des nauRa
n’est pas contestée.

1. « Les chefs se réunissent », ina : « chef », taguli ou teguli : « ils se réunis-


sent ». C’est la que les ancétres des nauRa, weRa, arna, borsu, todura (auquel
Vinformateur joint les kavdaRa, dont nous verrons plus loin le réle) se seraient
reposés a leur arrivée dans la région de manu. Ils auraient tué une brebis pour
la manger.
2. Acacia Faidherbia albida, ar. haraz.
LES KOBE 59
La relation des sacrifices du ouadi manu fournie par les nauRa du
village d’ebiyguli présente d’importantes divergences avec celle donnée
par Abakar Itinen. Quitte a faire quelques répétitions, je rapporterai
successivement les deux informations. Il sera question plus tard du
témoignage de Bagari.

Voici les renseignements fournis par les nauRa d’ebirgult.


Au jour convenu, le chef du clan nauRa, accompagné de ses neveux
utérins appartenant au clan darbaRa, se rend dans le ouadi nanu.
Ils aménent avec eux, pour les sacrifier, des animaux prélevés sur le
troupeau du chef : une vache grise, une brebis grise et une chévre
blanche.
Ils gagnent d’abord za taguli. La, au pied de l’acacia, deux darbaRa
égorgent la brebis et la chévre. Des onctions de sang sont faites sur le
tronc de l’arbre. Les victimes sont dépouillées et découpées. Les gigots,
les épaules et les cdtes sont destinés a étre rétis. Le reste de la viande
est bouill.
On a prélevé comme offrandes des petits morceaux de viande
avec lesquels on confectionne quatre brochettes.
Un autel est préparé au pied de l’acacia. I] consiste en un tas de
sable blanc sur lequel on place une vieille meule dormante. Une poi-
gnée de dattes, un peu de beurre et de farine sont déposés au centre
de la pierre, tandis que les quatre brochettes piquées dans le sable
sont appuyées sur le bord de la pierre.
Ces sacrifices accomplis et ces offrandes faites, le chef tue de sa
propre main la vache grise!. Le sang coule par terre. La béte est
dépouillée. Sa peau servira a recouvrir la timbale (diver) du chef.
La aussi on sépare gigots, épaules et cdtes pour les faire rétir, le reste
est bouilli. Aucune offrande n’est prélevée sur la viande de la vache.
Un repas a lieu, ot le chef et ses neveux utérins participant au
sacrifice doivent les premiers manger de la viande rétie. Des danses
s’organisent autour des tambours.
Pendant ce temps quatre des neveux utérins s’éloignent pour
accomplir d’autres rites complémentaires. Deux gagnent gye-koli?,
non loin du ouadi nanw, et y déposent des dattes et des gye. Deux autres
gagnent ina-bie-tel1® ow ils sacrifient une brebis.

1. Lors du dernier sacrifice d’ina-taguli, la vache fut sacrifiée un jour aprés


la brebis et la chévre. Arrivée prés de l’arbre, elle s’était enfuie et ce n’est
qu’aprés une journée de recherches que |’on put la retrouver.
2. « Il mange les gye », gye : fruit sucré du geyRa (ar. heglig, quiau Tchad est
le Balanites aegyptiaca), koli : « il mange ».
3. «L’acacia de la maison du chef», ina: «chef», bie: «maison », felt : « acacia ».
60 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

La plupart des participants restent a ¢va-taguli jusqu’au lendemain.


Ils dorment autour de l’arbre, pour écarter les bétes sauvages.
L’ina Sitti (n° 15 du tableau III) fut le dernier a accomplir régulie-
rement ce rituel pour tout le pays manu. Son successeur l’ina Marg
abandonna les sacrifices pendant sept années consécutives. La pluie
cessa de tomber. Les nawRa partirent et se dirigérent vers le sud ; ils
restérent une année dans les environs de fobwi. Cela s’est passé il y a
vingt ans. Lorsqu’ils revinrent dans le pays nanu, Vina Margi se rendit
dans le ouadi nanu et fit les sacrifices qui devaient étre faits. Le ouadi
se mit a couler. Les nawRa se réinstallérent dans leur pays. Puis de
nouveau le rituel fut négligé.

Abakar Itinen ne mentionne pas le sacrifice de Ja vache mais uni-


quement les sacrifices de la brebis grise et de la chévre blanche. Tous
les deux sont faits par le chef des nawRa assisté de membres du clan
nauka. Les neveux utérins peuvent ne pas étre présents. De plus les
deux victimes sont des bétes pleines de deux ou trois mois.
Voici le déroulement des diverses phases du rituel.
La brebis grise est conduite a l’ombre de l’acacia. Le chef des
nauRa l’attrape par l’oreille droite avec la main gauche ; dans la main
droite il tient son couteau. D’autres nauRa s’emparent d’une patte
ou de la queue de la victime. Ils prient :
« Dieu, donne-nous des richesses,
donne-nous la pluie,
donne-nous la santé,
Fais que les bétes sauvages ne mangent pas nos troupeaux. »

Le chef égorge la brebis. Ils trainent la béte dans le ouadi. Le sang


coule sur le sable. La brebis est laissée sur le sol.
La chévre est immolée de la méme maniere.
Des hommes appartenant au clan nauRa, parfois des neveux
utérins du chef, dépouillent les victimes. Un petit morceau de peau
est mis sur une branche de l’acacia. Puis ils découpent les bétes pour
les faire rotir. Les morceaux de viande sont enfilés sur des bois selon
un nombre fixe. Quatre bois pour les deux gigots et les deux épaules.
Un pour chaque cété des cétes. Un pour le cou, deux pour l’échine, un
pour les lombes, un pour la poitrine, un pour les intestins, le foie et
la rate réunis, un enfin pour les poumons, le cceur et les reins. Pour
chaque béte treize morceaux de bois constituant d’énormes brochettes.
C’est un neveu utérin du chef qui doit confectionner les brochettes.
Mais, s'il ne se trouvait pas de neveu utérin présent, n’importe qui
LES KOBE 61

pourrait les faire. Lorsque la viande est rétie, les membres du clan
borsu font, de leur cété, des onctions de beurre sur la partie de l’arbre
qui leur est réservée.
Des offrandes de dattes, de gye et de boules de farine de mil pétrie
avec de l’eau sont déposées sur la pierre. Puis les brochettes de viande
sont a leur tour transportées sur la pierre.
Les participants viennent en groupe prendre ce qu’ils désirent,
pour le manger sur place, en ayant soin de laisser sur chacun des bois
un petit morceau de viande. L’estomac, la téte et les quatre pattes
des victimes sont ramenés au village. Les deux peaux reviennent aux
neveux utérins.
L’informateur éluda toutes les questions portant sur le sort et la
destination des foetus, bien qu’il ait précisé que les victimes étaient
des bétes pleines de deux ou trois mois.
Le rituel décrit par Abakar Itinen n’était abandonné que depuis
deux ou trois ans en 1957.
Quelques renseignements fragmentaires fournis par le vieux Bagari,
notre troisiéme source, semblent révéler une étape encore plus ancienne
du sacrifice nauRa. Lors de l’énumération des bétes sacrifiées, il ajouta
a la vache, a la brebis et a la chévre, un taureau gris et spécifia : «il y
a bien longtemps ».
Il insista également sur les deux vieilles pierres a moudre le mil,
placées de chaque cété de l’acacia : une a l’ouest pour les nauka, une
a l’est pour les borsu. Mais si les borsu participaient au sacrifice par
Vintermédiaire des mauRa, seuls ces derniers et leurs neveux utérins
étaient les sacrificateurs.
Un seul chef borsu fit une fois le sacrifice de la vache. Cela se passait
au temps d’Abderaman Firti, sultan des Kobé (1887-1912). L’ina Ali
était alors chef des borsu et Vina Heriga chef des nauka. Lorsque
Vina Ali voulut se rendre a ina taguli pour sacrifier la vache, les nauka
s’y opposérent. Il chercha appui et renfort auprés d’Abderaman Firti.
Ce dernier l’aida, envoya ses hommes et l’ima Ali sacrifia la vache
grise.
Cet essai d’élimination des nawRa en tant que sacrificateurs, donc
en tant que chefs, était déja une premiére atteinte a l’intégrité du
rituel.
as

Les indications chronologiques différentes obtenues aupres des


nauRa @ebirguli et d’Abakar Itinen font penser 4 un abandon pro-
gressif du rituel nauRa, selon le schéma hypothétique suivant :
1) Abandon par le chef du sacrifice de la vache grise il y a une
62 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

vingtaine d’années, sous le régne de l’ima Margi, précédé sans doute


de l’abandon du sacrifice du taureau.
2) Consécutivement transfert de contenu des sacrifices de la brebis
et de la chévre qui, de sacrifices « préparatoires », deviennent centre
du rituel et passent des neveux utérins au chef. I est significatif que
les fonctions réservées aux neveux puissent désormais étre accomplies
par eux ou non sans que cela entraine aucune conséquence.
3) Abandon enfin ces derniers temps des sacrifices de la brebis et
de la chevre.

Dans une autre hypothése on peut supposer l’existence de deux


rituels différents :
1) Le sacrifice de la vache, lié a l’intronisation du chef. Il a lieu
l'année de la nomination, il serait renouvelé ensuite périodiquement
tous les trois ans, comme nous l’avons observé pour d’autres chefferies.
La peau de la béte sert a recouvrir le tambour du chef.
2) Les sacrifices de la chévre et de la brebis : rituel de pluie pro-
prement dit, qui a lieu annuellement.
Dans ce cas une année sur trois les deux rituels auraient leu en
méme temps. Une information succincte recueillie auprés d’un nauRa,
chef de village a may-ba, corrobore cette seconde hypothése. Parti
trés jeune de nanu, cet homme était ignorant des coutumes des nzauRa,
mais il savait que « lors de sa nomination et trois ans aprés le chef des
nauka se rendait dans le ouadi manu pour sacrifier une vache au pied
de l’acacia telz ».
La relation des nauRa d’ebirguli: aurait conservé le souvenir de
cet état de choses, tandis que celle d’Abakar Itinen ne mentionnerait
que le rituel annuel, plus présent a son esprit, parce que d’un abandon
plus récent.

L’acacia d’ina taguli, s'il ne recoit plus de sacrifices sanglants,


reste toujours un arbre sacré. On ne saurait couper une de ses branches,
que l’on soit nawRa, ou que l’on appartienne a un autre clan. Il semble
que cet interdit s’étende a tous les acacias teli du ouadi nanu.
Aujourd’hui, lorsqu’une fille passe dans le ouadi prés de I’arbre,
elle fait une libation de lait sur le tronc et une offrande de sel sur la
pierre. Si c’est un homme, il dépose quelques dattes sur la pierre!.

1. Souvent la poignée de dattes est volée par des petits bergers. Cela n’est
pas répréhensible, mais considéré au contraire comme un bon présage.
LES KOBE 63

C. Les weRA

Dans le nord du pays zaghawa, les weRa formaient eux aussi une
chefferie indépendante, a l’ouest de celle de nanu. C’était le pays de
we appelé kerkur nuren par les « Arabes ». C’est au puits de iga que les
weRa s’approvisionnaient en eau.
En 1914, le we passa en méme temps que les chefferies de kivagwt
et de nanu, sous l’autorité de Haggar, sultan des kobé.
Les renseignements obtenus sur les weRa le furent au cours de
Yenquéte menée sur les nauRa, comme une sorte de contrepoint.
L’éloignement et les difficultés d’accés du we ne nous ont pas permis
de nous y rendre. Mais J. Tubiana, au cours d’un séjour au guruf, y a
retrouvé une partie des weRa, réfugiés dans ce Canton il y a fort
longtemps (v. p. 12g) et a pu enrichir nos informations.

1. Onigines.
D’apreés le mogdum Fodul, Varrivée des weRa est liée a celle des
nauka (v. p. 53). Cest Stboro, fils de Sun-ter', qui, arrivant dans le we,
le trouva inhabité?. I] s’y installa, fondant ainsi le clan weRa.
Le nom méme de weRa peut donner lieu 4 un jeu de mots : we
désigne le pou en zaghawa ; weRa veut donc a la fois dire « les habi-
tants du pays de we » et «les gens du pou » ou mieux « les pouilleux »,
Or les weRa ne tuent pas les poux ; pour les uns, c’est parce que leur
« grand-mére » était couverte de poux ; pour d’autres, parce que leur
« grand-pére » (peut-étre Siboro 7) décida, lorsqu’il arriva dans le we,
seul homme en compagnie de femmes, que désormais il n’écraserait
plus de poux entre ses ongles mais donnerait ses vétements a épouiller
a ses sceurs. Depuis ce jour un weRka marié se fait épouiller par sa
femme, un célibataire par sa mére ou sa sceur ; cette derniére, étant
elle-méme weRa, se contente d’enlever les poux sans les tuer.
La légende a conservé le souvenir de Szboro. Il parlait, dit-on, le
langage des oiseaux et, durant la saison séche, allait boire aux mémes
points d’eau que les animaux sauvages. Est-ce le méme personnage
que met en scéne un conte zaghawa ? Siboro y comprend les conver-
sations des chameaux et des vaches?*.
Le village du chef était kardaRa-bye, « la maison des kardaRa ».

1. Voir p. 56 la tradition ot: Sun-ter est donné comme l’ancétre des nauRa.
2. Le pays aurait peut-étre été, auparavant, habité par les tungur.
3. M.-J. et J. Tupiana, Contes zaghawa, p. 103. Le theme de l’enfant compre-
nant le langage des animaux se retrouve dans le folklore arabe (‘Abd al qadir
al-#ilani, Kalila wa-Dimna, etc.) et indo-européen (Stith THompson, B. 216).
64 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Sur les kardaRa, un informateur nous dit qu’ils arrivérent du twer


avec les weRa, les nauRa, les arna, les borsu et les todura.
Le nom de Sun-ter réapparait comme l’ancétre des six clans énu-
mérés. Il serait mort a korobe, prés d’El-Fasher. Tous ces gens étaient
des Korobat!. Chassés du twer par des bandits, les kardaRa et leurs
compagnons arrivérent a ger-ba®, dans le we, a la fronti¢re du pays
nanu.
Cette derniére information nous fut confirmée par Abdullay Idris.
Par la suite, lors de l’enquéte menée au Guruf, nous retrouvames les
kardaRa, cités comme les serviteurs des weRa.
Il semble que l’on puisse envisager sans trop s’aventurer une
arrivée de gens venus du Dar-Fur, peut-étre méme du Kordofan, a la
suite d’attaques et de pillages de la part des populations voisines. La
seule précision de date que nous possédions est que cette arrivée eut
lieu peu de temps apres celle des ayu, du vivant de Boru, donc au début
du xvité siécle. Les envahisseurs avaient entre eux des liens de parenté :
on nous dit que les chefs étaient freres. Les ainés, nawRa et weRa,
prirent le commandement. Les cadets furent sous leurs ordres : arna,
borsu® et todura, vassaux des nauRa, kardaRa, vassaux des weRa.
Tous ces clans ont les mémes interdits (tuguri). Ils ne tuent pas
et ne mangent pas le grand koudou (ara, ar. nyelet) ; ils ne montent
pas sur des anes.
Enfreindre le premier interdit donne des boutons! ou provoque
des vomissements, si on l’a fait sans le savoir.
Au sujet du second interdit nous avons recueilli deux traditions
étiologiques. D’aprés le mogdwm Fodul, les envahisseurs venaient
d’un pays ow il n’y avait ni chevaux ni chameaux ; ils arrivérent donc
montés sur des anes. Lorsqu’ils virent que la région ov ils s’installaient
nourrissait beaucoup de chevaux et de chameaux, ils se réunirent pour
jurer de ne plus jamais monter sur un Ane. Le serment (miani ou
mani) se fit sur une branche d’arbre cassée et maintenue entre deux
autres branches : «Que je me casse comme cette branche si je monte
sur un ane. »
Abdullay Idris écrivit pour nous la deuxiéme tradition :
« Ils ne mangent pas le ava et ne montent pas sur les Anes parce qu’un de
leurs ancétres, qui était aveugle, est parti en voyage monté sur un Ane et a ren-

TaCtsp: 55.
2. « Le puits gris », er : « gris », ba : « puits ».
3. La position des borsu semble quelque peu différente de celle des arna et
des toduva, comme le montre leur place dans le sacrifice du ouadi nanu (v. p. 58).
4. Sur le fait d’avoir des boutons lorsqu’on enfreint un interdit ou lorsqu’on
n’accomplit pas un veeu, cf. W. Marcais, Les textes avabes de Takvotna, Pp. 293.
LES KOBE 65

contré un ava en cours de route. L’Ane a eu peur de cet ava, il a fait un bond et
le vieux est tombé ; en tombant, il a retrouvé la vue (il a ouvert les yeux), alors
qu’auparavant il était aveugle. Depuis ce temps-la, ils ne mangent pas le ara et
ils ne montent pas sur les anes parce qu’ils leur ont fait du bien »!.

Pour Abdullay Idris les gens qui avaient cet interdit étaient les
nauRa, les weRa et les kardaRa. Il ne mentionna pas les arna, les borsu
et les todura ; mais il cita les nogorguneRa et les bauRa?.
A Sziboro succéda son fils Hamdalla (Abdallah) dont le souvenir
est aussi conservé dans la légende. Personnage cruel, dont la mort
seule mit fin aux extravagances. Un récit recueilli au Guruf auprés des
chefs de village de ce Canton, confirmé et augmenté par Abdullay
Idris, a déja été publié*. Nous nous contenterons ici d’en donner les
principaux épisodes.
« Au lieu de fermer sa maison avec de grosses biiches posées en travers de la
porte, comme c’est l’usage, il empilait des hommes les uns sur les autres... A ses
serviteurs kavdaRa chargés de chasser les oiseaux qui venaient picorer les fruits
sur les arbres, il faisait prendre de l’eau dans la bouche et la garder toute la
journée. Les nogorguneRa devaient jour et nuit écarter des ordures du village
les chiens et les bétes sauvages.
Le forgeron devait en une journée tuer sept moutons, manger leur viande,
tanner leur peau, les coudre et en confectionner une couverture pour Hamdalla.
Tl ordonna de tuer sa mere, et fit mettre 4 mort les serviteurs qui n’avaient pas
exécuté son ordre.
Ses fils devaient aller 4 pied aux salines de demi chercher du sel et le rapporter
sur leur dos.
Un jour sa femme lui fit boire de la biére en grande quantité et mit le feu
a la maison. Aprés avoir tué d’un seul coup de sabre six esclaves et un chien
qui étaient sur son passage, il mourut. Quand un weRa passe prés de sa tombe
un vent se léve. L’homme s’enfuit ».

Nous avons également signalé chez les Dadjo un mythe semblable


concernant le sultan Omar kissi furoge*.
Hamdalla avait six fils. Il refusa de leur donner des animaux
pour se marier. Les garcons s’enfuirent, abandonnant le pays de we.
L’ainé, Geheman, s’installa au Guruf. Il s’établit a arfala-fa® dans le
territoire de borto-boro. Les weRa du Guruf sont ses descendants.

1. Cet interdit ne concerne pas les enfants non circoncis.


2. D’aprés l’abbo Bahr, les nogorguneRa étaient installés dans les montagnes
du pays de we avant l’arrivée des weRa (v. p. 31). D’aprés d’autres informateurs
ce sont des weRa. Je ne posséde pas de renseignements sur les baula.
3. M.-J. et J. TuBrana, Contes zaghawa, pp. 156-162.
Ai, (Ci, Uh. (oe, MOTE
5. «La montagne arfala », fa en guruf est l’équivalent de ha en.kobé.
66 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Le pays était désert. Il y arriva en méme temps que les fatatara,


qui seraient un rameau détaché du clan kivegu du Kobé. Les informa-
teurs ne purent dire ot allérent s’installer les cinq freres de Geheman!
mais ils nous donnérent la descendance de ce personnage.

TABLEAU IV. — LES WERA DU GURUF

Hamdalla

Geheman
|
Saleh
|
A |
Siro Digo
|
Ahmat
|
Ibrahim
|
Isa
|
Ahmat

Ahmat Isa était en 1957 chef du village de tulges, au Guruf.


L’arrivée de son ancétre Geheman en pays Guruf remonte a sept
générations.

2. Les sacrifices des weRa.

Sur les sacrifices faits au pays de we, nos informations sont trés
ténues. D’aprés le mogdum Fodul une vache grise était immolée a un
endroit nommé ebili. L’est-elle toujours ? ou ce sacrifice fut-il lui
aussi abandonné, et dans ce cas a quelle époque ? Nous ne pouvons
le préciser.
Par contre les informateurs wea interrogés au Guruf nous ont
décrit les rites exécutés dans ce Canton par les weRa. Nous y revien-
drons plus loin (v. p. 132).

1. Ce départ des fils d’-Hamdalla ne priva-t-il pas le we de ses chefs weRa ?


Peut-étre méme alors la chefferie passa-t-elle entre d’autres mains, celles des
kardaRa par exemple ? Ce qui expliquerait l’assertion du mogdum Fodul
« kavdaRa bve est le village du chef » (p. 63).
LES KOBE 67

Vo LES GENS DE LAULRUCHE ET DU SERPENT

A. LES IMOGU

Aujourd’hui encore les imogu ou « gens de l’autruche » vivent


groupés dans le territoire de nogo-ba et les villages (saren, nogo-ba,
debbi) et hameaux qui en dépendent (ina-gent, abdullay-geni, beger-
gent, ttuman-gent, mogo-gemi, ali-geni, etc.). Chaque hameau corres-
pond a une famille.

I. Origines.

D’aprés Hatim yarama, chef actuel des imogu, ce clan serait un


rameau détaché du clan genigergeRa. Autrefois tous les genigergeRa
vivaient ensemble au village de davma' en pays twer. Un jour, une
bande de Waddayens est venue piller le village. Ils ont massacré tous
les habitants et se sont emparés des troupeaux. Seule une femme fut
épargnée et emmenée captive au Wadday. Or, cette femme était
enceinte. En cours de route, elle réussit a s’échapper et retourna dans
son pays. Elle était presque parvenue a son village lorsqu’elle accoucha
d’un garcon dans le ouadi darma bata. N’en pouvant plus de soif et
de fatigue, elle laissa son enfant dans le ouadi et essaya d’atteindre
le village. Apres s’étre désaltérée, elle repartit avec quelques hommes
pour aller chercher son fils. Comme elle approchait du ouadi, elle vit
qu’une autruche avait déployé ses ailes au-dessus du nouveau-né pour
lui faire de l’ombre. A leur arrivée l’autruche s’éloigna, laissant l’enfant
sain et sauf. Dés lors enfant sauvé par l’oiseau fut considéré comme
le fils de l’autruche. Il s’appelait Hadiy. Devenu grand, il alla s’établir
en pays kobé, au village de darba. Il] épousa une femme weka. De leur
union descendent les imogu ou « gens de l’autruche »?.
Le méme informateur étoffa par la suite cette derniére information.
Hadir aurait eu trois femmes. Une était Zaghawa twer ; de leur union
descendent les genigergeRa woggi* de darma, en pays twer. La deuxiéme
était bideyat bilia : d’eux descendent les genigergeRa toba‘ de barda-ba,
en pays bideyat bilia. La troisiéme enfin était weRa : d’eux descendent
les genigergeRa imogu de darba, en pays kobé. Ces trois clans marquent

. darma est au nord-est de kornoy. Les kobe disent darba.


. De imo : « autruche », et -gu : suffixe marquant la relation.
. woggi est le nom que les Zaghawa du Ouaddai donnent aux twer.
H
WN. toba ou tuba est le nom que les Zaghawa donnent aux Bideyat.
68 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

leur chameau d’un méme feu : le mamur (arc en cuivre), sur la joue
de l’animal.
De Hadir et de sa femme weRa serait né le premier chef zmogu :
Hasir, Vancétre de notre informateur.

TABLEAU V. — LES CHEFS IMOGU


lelexchio == 6)

Hasir

Nosur ee

mae

ina Sogar

ina ss (Css Ahmat | bboidi

narama

Hatim
* « Nosuy aux grandes oreilles ».
** « Petit chef ».

Une version de ce mythe, quelque peu différente dans la forme


mais non dans le fond, nous fut donnée par le chef du village de nogo-ba,
également imogu.
Autrefois, le pays (?) était infesté de bandits. Un jour une femme
enceinte fut capturée par des Waddayens. Ls la conduisirent dans la
brousse. Bientét elle mit un fils au monde. Alors les brigands l’aban-
donnérent. Au bout de deux jours, elle souffrit de la soif. Comme elle
était trop fatiguée pour marcher avec son enfant, elle partit seule a la
recherche d’un village. Lorsqu’elle l’eut trouvé, elle prit de l’eau et,
avec quelques hommes, retourna a l’endroit oti elle avait laissé son
fils. De trés loin, elle apercut une autruche male qui de ses ailes recou-
vrait le nouveau-né. Elle eut peur et crut que l’autruche était en train
de manger son enfant. Mais lorsqu’elle arriva tout prés, elle s’apercut
que l’autruche avait simplement déployé ses ailes pour lui faire de
Vombre.
Depuis ce jour, les descendants de cet enfant se nomment zmogu
ou « gens de l’autruche ».

2. Interdits.

Les smogu ne tuent pas les autruches et ne mangent ni leur viande


ni leurs ceufs. Un itmogu ne peut toucher une autruche, ni méme un
LES KOBE 69
éventail fait de plumes prélevées sur cet animal. Lorsqu’un imogu
rencontre un de ces grands oiseaux dans la brousse, il reste immobile
afin de ne pas l’effrayer.
Enfreindre les interdits entraine de graves conséquences. Un
wmogu qui mangerait de la viande ou des ceufs d’autruche verrait son
corps se couvrir immédiatement de boutons ; ou ses dents tomberaient
s'il avait consommé de la viande d’autruche sans s’en douter.
Par contre si un imogu voit un homme d’un autre clan poursuivre
et chasser une autruche, il ne fait rien pour l’en empécher.

3. La danse imo-kurun.

Depuis ce jour aussi, chaque fois qu’un membre du clan imogu


se marie, les imogu, leurs alliés et leurs utérins dansent imo-kurun, dle
jeu de Vautruche ».
Le 5 aotit 1957, notre jeune informateur Abdullay Idris arrive de
bonne heure a notre campement accompagné de deux de ses amis,
habitant le village de mogo-ba. Ils viennent nous chercher pour assister
au mariage du fils du chef de village qui prend une deuxiéme femme.
Nous partons immédiatement pour nogo-ba en emportant quelques
cadeaux. On entend de loin le son du tambour, tout le village est en
féte. Les mariés viennent d’étre conduits, chacun a son tour, a la
maison nuptiale.
Accompagnés par la jeune amie, tene seyla, qui prend soin de la
mariée, nous allons remettre nos cadeaux. La maison nuptiale a été
décorée par la tene seyla, a droite de la porte, cété de la femme, elle a
dessiné avec du kaolin et du charbon des couvercles en vannerie, 4
gauche, coté de Vhomme, des chevaux et une autruche.
Le forgeron bat le tambour ; hommes et femmes, parents des mariés,
dansent burbo1, la danse de mariage commune a tous les Zaghawa
kobé. Immédiatement aprés, sans interruption, le rythme du tambour
s’accélére et nous voyons surgir de derriére une palissade deux hommes
vétus d’une maniere étrange. Par-dessus leur longue chemise blanche,
ils ont enfilé une sorte de redingote noire. Ils ont retenu sous un turban
un pagne de femme aux couleurs vives, qui flotte dans leur dos et
descend jusqu’a terre. De chaque main, ils relevent un des pans du
pagne qu’ils agitent lentement comme pour figurer un battement
d’ailes. L’un de ces hommes est un imogu, l'autre est un neveu utérin
d’un imogu. Ce sont les autruches males.

t. Autrefois les danseurs s’attachaient aux chevilles des bandes de tissu


rouge.
70 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Ils avancent majestueusement en amplifiant le mouvement de


leurs ailes. Le rythme du tambour s’accélére encore. Ils courent, ils
s’accroupissent dans le sable aux pieds du musicien en agitant leurs
ailes au ras du sol.
Une dizaine de femmes vétues de pagnes indigo surgissent alors,
avec les mémes mouvements d’ailes. Ce sont les autruches femelles.
Elles courent avec les males, s’accroupissent avec eux aux pieds du
forgeron battant le tambour. Parfois les ailes bariolées des males les
recouvrent completement dans un large mouvement de pagne.
C’est ainsi que les autruches jouent dans la brousse, disent les
wmogu. Faut-il voir la plus qu’un jeu ? On ne peut s’empécher de penser
a une scéne d’accouplement. La danse imo-kurun est exécutée quatre
fois durant deux les jours de féte que dure un mariage, le matin et le
soir?. On peut s’abstenir de danser burboi, mais ne pas danser imo-
kurun, lorsqu’un imogu se marie, est cause de maux de téte.
Les korfu-kediRa, qui sont des ogubaRa, clan du Kapka, ont aussi
Pautruche pour interdit. Isman Isa, un korfu-kediRa, nous en donna
la raison suivante :

« Un jour, les Arabes capturérent mon arriére-grand-pére. Ils l’emmenérent


a Arada. Il réussit 4 s’enfuir. Arrivé au nord d’ogu-ba, il vit une autruche qui
s’accroupit devant lui. Il poursuivit sa route. L’autruche recommenga. A la
troisieme fois, mon grand-pére comprit qu’il devait monter sur le dos de l’autru-
che. Elle le conduisit en courant au puits de ba-asi et le laissa 14. Mon arriére-
grand-pére s’installa a ogu-ba. Depuis ce jour, nous, ses enfants, nous avons
Vautruche comme interdit. »

* %*

Chez les Bideyat bilia, les wvaRa aussi ont des liens avec l’autruche,
semblables 4 ceux des imogu et des korfu-kediRa.
« Les Ouralas ne mangent pas la viande d’autruche (11mé), la légende disant
qu’un de leurs ancétres fut capturé par des Arabes qui le conduisirent 4 Arada,
d’ou il réussit a s’échapper. Arrivé au Mortcha, assoiffé, exténué, il se coucha
ne pouvant poursuivre sa route. Tout a coup il vit une autruche accroupie, s’en
approcha et la monta jusqu’a Archei ow il fut sauvé, ayant trouvé de l’eau en
abondance »?,

Tie, JAN nogo-ba, le mariage ne dura qu’un jour parce qu’il n’y avait
pas assez
de nourriture pour entretenir les invités pendant deux jours (cf.
le film : Danses
zaghawa, signalé p. 37, n. 3).
2. Dias, « Apergu sur les Bilia », ms. Archives F ada, p.
21.
LES KOBE PE

Les kodura, qui sont également des bilia, ont le méme interdit de
l’autruche. Ils racontent une histoire semblable ; elle serait arrivée
a un de leurs ancétres, nommé Gert.
Chez les Téda du Tibesti les tevintera ne tuent pas, ne mangent et
ne touchent pas l’autruche, leur ancétre Kodor Mahmaini ayant été
sauvé par une autruche.
De méme chez les Mourdia, habitants de la dépression du Mourdi,
dont l’ancétre Mahmai pourrait étre apparenté a celui du clan Terin-
tera. La aussi, l’autruche conduit l’homme assoiffé vers un endroit
habité!.
*
*

La « danse » des autruches semble avoir déja retenu ]’attention


des anciens Egyptiens. Bornons-nous a cette bréve citation de
J. Yoyotte sur « le géant des oiseaux qui ne sait pas voler mais qui,
au lever de Ré, court et danse dans les oueds, tournant comme une
toupie frénétique et raidissant ses moignons d’ailes »?.
Les Peul également semblent attacher une importance aux évolu-
tions de l’autruche autour de ses ceufs?.
Enfin au sud de l'Afrique, chez les Bushmen, les Griquas ont une
danse de l’autruche dont la chorégraphie est proche de celle d’zmo-
kurun :
« Ils attaquérent le jeu dansant de « l’autruche » ou prenaient part deux gar-
cons face a face. Tandis que l’un d’eux s’accroupit ou se courbe en deux, l’autre
qui est proprement l’autruche, balance les jambes en cadence au-dessus du dos
du premier en respectant le rythme. Peu aprés, celui qui est penché se redresse
et un autre prend sa place. Et le jeu se répete, ponctué de Hi Hi Ha! Hihi Hi Ha!
proférés en mesure. Le jeu est rapide et réclame de la vigueur ; comme il exige
un gros entrainement et une parfaite coordination, d’autant plus que les mouve-
ments du corps, qui comprennent souvent le claquement des coudes contre les
cétes, se font a contretemps des exclamations. C’est un ballet ot figurent des
autruches, peut-étre des autruches qui combattent et s’accouplent »*.

Signalons cette convergence dans l’observation et la reproduction


réaliste de phénomeénes naturels, en nous défendant de formuler aucun
autre rapprochement, au moins jusqu’a plus ample informé.

I. KRONENBERG, Die Teda von Tibesti, pp. 67-68.


2. Article « Oiseaux » du Dictionnaive de la Civilisation égyptienne, Paris,
1959.
4a G. DIETERLEN et A. HAMpATE Ba, « Koumen », dans Cahiers de l’Homme,
nouvelle série, I, Paris, 1961, pp. 40-42.
4. Elisabeth MarsHatt Tuomas, Des gens sans méchanceté, traduction
francaise, « L’Espéce humaine », Paris, Gallimard, 1961, p. 80.
72 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Lors des danses imo-kurun, le chef du clan assistait aux danses


en simple spectateur, vétu comme a I’ordinaire, et prétait le costume
que nous allons décrire au chef de la danse.

4. Les sacrifices sur la montagne darbara.

C’est costumé « en autruche » que le chef des zmogu se rendait sur


la montagne darbara pour y faire des sacrifices. I] revétait un pantalon
rouge en laine (alagi), une longue chemise blanche dite « boubou »,
sur laquelle il portait un deuxiéme vétement en tissu noir (belt mie)
brodé au cou et aux manches. I] se coiffait d’un turban rouge.
Les tissus venaient de Tunisie ; chaque vétement avait la valeur
d’un chameau. Hatim recut ce costume des mains du sultan Haggar?.
Le chef s’habillait ainsi pour « le ‘id al-kabiy, le ramadan, la grande
féte? et le sacrifice sur darbara ».
La montagne darbara se trouve a quatre ou cinq kilometres au sud
du village de nogo-ba. C’est 1a que le chef des smogu se rendait pério-
diquement pour sacrifier un animal : un taureau tous les sept ans, un
mouton tous les trois ans et une chévre lorsque la pluie tardait a venir.
Le sacrifice de la chévre n’avait lieu, semble-t-il, que les années
ou il était nécessaire d’accélérer la venue d’une pluie tardive. Par
contre la périodicité des sacrifices du mouton et du taureau était
réguliere. En pratique aprés deux sacrifices de mouton et deux inter-
valles de trois ans, le taureau était immolé a la place du troisiéme
mouton.
La couleur du taureau importait peu. Le mouton pouvait étre
indifféremment male ou femelle, mais devait avoir les quatre pattes
et le front noirs. Quant a la chévre, elle devait étre blanche et pleine
d’un mois. Les trois bétes étaient prélevées sur le troupeau du chef.
Les trois sacrifices avaient lieu au milieu des ruines de l’ancien
village de darba (v. p. 67) mais dans trois endroits différents.
Le taureau était immolé au pied d’un arbre (nur, ar. kurmut), le
mouton sur une pierre plate et la chévre 4 un endroit délimité par des
cailloux. Tous les trois étaient égorgés de la main du chef. Les neveux
utérins ne jouaient aucun role.
La date de ces sacrifices reste imprécise. Etant donné que le mois
d’aott est le mois des pluies on peut simplement déduire que le sacri-

1. Chaque fois qu’un chef était investi, le sultan lui donnait un « boubou ».
Au chef des imogu il donnait en plus le pantalon, le turban et le vétement noir
dont nous venons de parler.
2. Sans doute le ‘Id as-saghiy ou ‘Id al-Fitr considéré au Soudan comme la
plus grande féte; cf. TRrImincuHaM, Islam in the Sudan, p. 124.
LES KOBE 73

fice de la chévre avait lieu 4 ce moment-la. Ces trois sacrifices, ou seu-


lement celui de la chévre, nous ne pouvons le préciser, sont négligés
depuis une douzaine d’années, le chef imogu lui aussi n’ayant pu faire
autrement que de suivre l’exemple du sultan Abderaman.
Le déroulement du rituel est assez différent de ceux observés en
d’autres lieux du pays zaghawa.
Le chef se rend sur la montagne accompagné de tous les hommes
qui le désirent, sans qu'il soit tenu compte de leur clan. Généralement,
pour le sacrifice du mouton et de la chévre, ce sont seulement les habi-
tants du village de saren4 qui se déplacent ; pour celui du taureau ce
sont tous ceux du territoire de nogo-ba.
Le chef immole l’animal en prononcant la formule musulmane :
bismullah, « aa nom d’Allah ». Aucun faki n’est présent. N’importe
qui dépouille et découpe la béte. La peau sera rapportée au village.
Le sang, le contenu de la panse et le foetus « s'il y en a un »? sont laissés
sur le sol.
Pendant que l’on dépouille la victime, le chef prépare des boules
de farine de mil en pétrissant avec de l’eau la farine que sa femme lui a
remise. I] jette des boules dans la direction des quatre points cardinaux.
Il commence par l’est. Puis, il en jette vers l’ouest, le nord et le sud
sans toutefois cesser de regarder vers l’est. A chaque fois il dit Allahu
akbar, sadaga, « Allah est plus grand (que tout), offrande ».
Il se rend ensuite sur quatre tombes (gubba, ar. cl. qubba) dont
trois sont situées en haut de la montagne, la derniére au pied. Sur
chacune il dépose six boules de farine qu’il place dans des cailloux
creux? : deux boules a la téte, deux au pied, deux au milieu. Les assis-
tants mangent quelques boules ; le reste sera rapporté au village et
donné aux enfants.
Des offrandes prélevées sur chaque partie du corps de la victime
sont ensuite jetées sur la montagne par le chef qui, en méme temps,
invoque la divinité et lui demande d’envoyer la pluie :
iRo bi kogorni, iRo-gu bala arfaigini
« Dieu, envoie de l’eau, Dieu, enléve la maladie. »

La béte sacrifiée est rétie et mangée sur place. Les restes sont rame-
nés au village ainsi qu’une part de viande destinée aux femmes et au
faki. Fait remarquable : si le faki s’abstenait d’assister au sacrifice

1. saven fait partie du territoire de nogo-ba. C’est dans ce village que vit
Hatim yavama, |e chef du clan imogu.
2. L’informateur fait ici allusion au sacrifice de la chévre pleine.
3. Peut-étre des meules dormantes provenant des ruines de darba ?
74 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

sur la montagne, on lui rapportait au village un peu de la béte sacrifiée


et il procédait alors a une lecture du Coran.
Les tombes sur lesquelles sont déposées des offrandes sont, d’apres
Hatim yarama, celles des enfants du chef Nosur kebeRa (v. tableau V).
Voici comment ils trouvérent la mort.
Idris, un des fils de Nosur, avait une mére nauRa. Il partit vivre
a nanu auprés de ses oncles. En son absence, des Tama attaquérent
le village de darba, ott vivaient les imogu et parmi eux les fréres d’Idris.
Au bout de trois jours de lutte, ils furent tous tués. Idris apprenant cela
quitta le village de ses oncles et revint a davba. Comme sa descendance
fut nombreuse, la race des imogu ne s’éteignit pas. Son fils Sogar
demeura a darba mais le fils de Sogar, ina mina, alla s’installer avec
les siens 4 saren. Depuis le village de darba est abandonné.

B. LES DENIRA

Les deniRa sont « les gens du serpent »1. Ils vivent au nord-ouest
du pays kobé, au sud du we. Leur habitat est la montagne dent.

1. Origines.
D’aprés Gavim Haggar, un dentRa rencontré au village d’adya-be
(Kapka), ils sont établis 1a depuis fort longtemps mais seraient origi-
naires de la région d’El-Fasher. Leur alliance avec le serpent et aussi
avec le lion est trés ancienne, et aucun deniRa n’en ignore la raison.
Un jour leur « grand-mére » a mis quatre enfants au monde. L’un
était un lion (sura), l'autre un serpent (denz), le troisieme une petite
pierre a écraser le mil (agemz), le quatrieme leur ancétre. La femme a
conservé la pierre dans sa maison pour écraser son grain, le serpent
est allé vivre sur la montagne denz et le lion est parti dans la brousse.
Depuis ce jour, les denitRa ne tuent pas les serpents et ne sont pas
mordus par eux. Lorsqu’un serpent pénetre dans l’habitation d’un
dentRa, ce dernier lui fait une libation de sel et de farine de mil?.
Depuis ce temps également, les deniRa ne tuent pas les lions. Ces
derniers épargnérent les troupeaux et leurs gardiens, jusqu’au jour
ou les deniRa essayérent de berner le lion.
1. De dent : « serpent », et -Ra : suffixe de formation des ethniques.
2. Des faits analogues ont été signalés en pays Nuer, chez des clans d’origine
Dinka, par Evans-Pritchard : « Those I have asked about their totemic affiliation
have told me that a python was born as twin to their ancestor... All Nuer
say that if any snake enters the homestead of a man who respects that species
he will offer it milk and rub its scale with butter » (Nuer Religion, p. 68).
LES KOBE 75
Chaque fois que les deniRa faisaient un sacrifice sur la montagne
dent, ils abandonnaient un gigot au lion!. Un jour, aprés avoir fait le
sacrifice ils ne laissérent qu’une épaule au lion. Lorsqu’il vint pour
prendre sa part et qu'il s’apercut de cela, le lion pleura, urina sur la
viande et regagna la brousse furieux. Dés lors, pour se venger, le lion
s'attaque aux troupeaux des deniRa, mais il épargne toujours les
hommes. Les deniRa de leur cété ne tuent jamais un lion.

2. Le sacrifice de la montagne deni.

Tous les ans, peu de temps avant les pluies, les deniRa et eux seuls,
a l’exclusion de tout membre d’autre clan, se rendent sur la montagne
dent. A Vemplacement de l’ancien village de deni, aujourd’hui en
ruines, ils immolent une chévre blanche. Deux anneaux de peau sont
découpés sur le cou de la chévre ; le chef de clan en passe un au poignet
droit, autre a la cheville gauche.
Il est remarquable qu’un rite semblable prenne place lors de la
naissance de jumeaux. Le pére, apres avoir immolé une chévre, découpe
une laniére dans la peau de la victime et l’attache au poignet du pre-
mier-né ; puis il en découpe une autre qu'il attache a la cheville du
deuxieme. Les deux enfants conservent les bracelets jusqu’a l’age de
deux ans, puis les jettent. Parfois ce sont des bracelets de fer : au
poignet gauche du premier-né, a la cheville gauche du deuxiéme.
Ici les deux anneaux en peau sont portés par le chef de clan. Sa
position par rapport au serpent est effectivement celle d’un frére
jumeau.
Les offrandes sont de petits morceaux de viande prélevés sur chaque
partie de la victime. On en confectionne quatre brochettes que l’on
pose sur un gros bloc de pierre qui porte le nom de ha-manda « pierre
manda ». Pendant le sacrifice le lion vient, on lui donne un gigot.
D’aprés le méme informateur ce sacrifice aurait encore lieu de nos
jours. Notre enquéte datant de la fin du mois d’aott, il était trop tard
pour chercher a y assister.
ts

Ce rituel, bien que nécessitant une enquéte complémentaire,


appelle, dés maintenant, au moins deux remarques :
1) C’est, & notre connaissance, le seul cas en pays zaghawa ou un
clan présente des liens de parenté avec un animal : dans le cas des
Imogu, il s’agissait seulement d’une alliance avec un bienfaiteur.
1. D’ordinaire un gigot revient au maitre de la terre.
76 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Ces relations différentes se traduisent dans les rituels eux-mémes.


Chez les deniRa, c’est a la fois la montagne et le serpent (frere jumeau
du fondateur) qui recoivent le sacrifice. Chez les imogu, Vautruche
participe au sacrifice du chef (ou bien c’est elle-méme qui l’offre si le
chef costumé en autruche peut étre considéré comme une autruche).
Mais c’est la montagne ancétre qui le recoit.
2) Chaque terme du complexe : montagne, lion, serpent, pierre
a écraser le mil, nous apparait comme un aspect distinct d’une per-
sonnalité unique : ’ancétre ou fondateur du clan. On peut dire que la
montagne sacrée est l’ancétre comme premier occupant et maitre
du sol (une sorte de genius loct) et que le serpent qui hante la montagne
est la manifestation dans les grands moments de la vie du clan de
Vancétre comme étre immortel ; que la pierre a écraser le mil est sans
aucun doute une pierre manda, qui figure la montagne sacrée, de méme
que le bloc de pierre qui recoit les offrandes et qui porte effectivement
le nom de ha-manda. Nous reviendrons plus loin sur la notion de
manda (v. p. 85). Nous verrons également lors du rituel de ha-kige,
le chef s’identifier a un lion (cf. p. g2).
CHAPITRE II

LES KAPKA

I. — GENERALITES

A. L’ENQUETE

Mes informations sur histoire du sultanat kapka et corrélative-


ment sur le sacrifice fait sur ha-ya, montagne de la chaine du Kapka,
sont moins riches que celles concernant le sultanat kobé et le sacrifice
de Ha-kobé. En effet, le sultanat kapka n’existe plus depuis une
vingtaine d’années et beaucoup de kapkaRa ou « gens du Kapka »
ont abandonné leurs montagnes pour aller s’installer au Soudan, ott
vivaient déja bon nombre de leurs parents. En 1957, le sultanat kapka
de tundubay (Soudan) groupait environ I 500 personnes, pour la
plupart kapkaRa, sous l’autorité du sultan Hasan (n° 13, tableau VI).
I] ne m’a pas été possible de me rendre a tundubay.
Mon principal informateur fut l’abbo Suleyman, fils du sultan
Nuren (n° 11). Il appartient au lignage royal des bigi kornosika.
Depuis que sa famille ne régne plus au Kapka (1937), il vit a Biltine?
ou il représente avec le titre de kalifa le sultan Abderaman. En 1957
il avait une cinquantaine d’années.
J’ai également obtenu quelques informations de l’abbo Nosur,
fils d’A bdullay Sabr, dernier sultan du Kapka. Mais il faut dire que
Vabbo Nosur, alors conseiller 4 l’Assemblée Territoriale, résidait plus
souvent a Fort-Lamy qu’a Hili-ba ot vivait sa famille. Lors de ses
séjours en pays zaghawa, il disposait de peu de temps pour répondre
a mes questions.
En dehors de ces deux informateurs, les vieux kige interrogés a
ba-kawRe (cf. p. 87) me fournirent de précieux renseignements concer-
nant l’histoire du sultanat.
1. En 1957, chef-lieu du District dont faisait partie le sultanat des Zaghawa
de la Région du Ouaddai. Depuis 1959, Préfecture.
78 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Le sacrifice de ha-ya est abandonné depuis trés longtemps. Aucun


des informateurs n’y avait assisté. Le dernier sacrifice remontait au
sultan BeSir (n° 7), il y a cinq générations. Le successeur de BeSir, le
sultan Dugi ou Doki, était trop pauvre pour en supporter les frais.
Le sultan Hasan le négligea également ; il passait son temps a batailler
et A razzier pour s’enrichir. Le sultan Borgu refusa de le faire ; quant
au sultan Abdullay Sabr, il était lui-méme faki et il interdit tout
sacrifice de ce genre sur son territoire : « S’il surprenait des gens en
train d’en faire un, il s’emparait de leurs animaux et jetait les hommes
en prison. »
L’Administration francaise supprima en 1937 le sultanat du
Kapka, tandis que le sultan Abdullay Sabr était destitué au profit
du sultan Haggar du Kobé!. Haggar entra en possession des timbales
royales? du sultan du Kapka, et placa un de ses fils, Ali, avec le titre
de mogdum, a la téte du nouveau Canton du Kapka, réunissant le
sultanat du Kapka et la chefferie Avge.
En 1943, le mogdum Ali fut a son tour destitué. Il était accusé de
s’étre mélé a l’attaque du convoi se rendant au Fezzan. Il fut remplacé
comme mogdum du Canton par un autre fils de Haggar, Jdris, qui est
encore en fonctions de nos jours. Ce qui fut le sultanat kapka est donc
maintenant aux mains des ayu.

B. LE CADRE HISTORIQUE

1. Les origines légendatres des Zaghawa kapka.

Une tradition recueillie auprés de l’abbo Suleyman fait d’un certain


Mahamat el-kap ou el-kab, Vancétre de tous les Zaghawa kapka ou

1. Le prétexte fut un conflit entre les sultans Haggar et Abdullay Sabr


au sujet des gens du we. Ces derniers dépendaient du sultan Haggar. Mais
lorsqu’Abdullay Sabr, dont la mére était weRa, tut nommé sultan, un grand
nombre d’entre eux vint s’installer au Kapka. Haggar réclama ses gens a Abdul-
lay Sabr qui refusa de les renvoyer dans leur pays. Le sultan Haggar essaya alors
d’attirer au Kobé les gens du Kapka. L’Administration francaise intervint.
Les deux sultans furent convoqués et Abdullay Sabr sommé de donner satis-
faction a Haggar. Sur son refus, il était destitué et placé en résidence surveillée
a Biltine, ot il mourut en 1945.
2. Ces timbales, au nombre de trois d’apreés les vieux kige, n’auraient jamais
quitté le pays kapka. Quand un sultan partait vivre au Soudan, il laissait les
timbales sous bonne garde ou les faisait cacher dans la montagne de crainte
qu’on ne les lui ravisse. Lorsqu’Abdullay Sabr fut destitué, un de ses oncles,
Semin, alla cacher les naas en haut de ha-ya. On lui fit avouer ot elles se trou-
vaient, et les timbales furent remises au sultan Haggar.
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80 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

kabga (bigi en langue zaghawa). Ce personnage aurait été un des gar-


diens de la Ka‘ba, fonction a laquelle il devrait son nom (!)}.
On retrouve ici cette volonté quasi universelle chez les populations
africaines islamisées de s’attribuer une origine arabe. Mais alors qu’une
tradition arabe cherchait a4 trouver dans le nom de la Ka‘ba la trace
d’un certain Kab, ancétre des Qoraichites?, la tradition recueillie
chez les Zaghawa kapka fait dériver ce nom de celui de l’édifice
mecquois. Notre informateur est visiblement trop instruit.
Selon lui, un jour, les Qoraichites auraient demandé a Mahamat
el-kap d’écrire un Coran et quelques versets sur une tablette puis ils
lui dirent :
« Pars maintenant, dirige-toi vers l’endroit ot tu désires t’établir comme
sultan. Lorsque tu seras arrivé, tu creuseras un trou et tu enterreras la tablette.
Aussitét les gens du pays se rallieront a toi et tu deviendras leur sultan »°.

Mahamat el-kap partit seul, a pied, dans le but de répandre l’Islam.


Il gagna Umdurman, El-Fasher, Towile (au sud de Kuttum), puis
arriva dans le pays habité par les tungur. Lorsqu’il fut sur l’emplace-
ment de l’actuelle ville d’Abbéché, il enterra la tablette. Aussit6t les
Waddayens (?) se groupérent autour de lui pour lui obéir et recevoir
son enseignement. I] devint le plus grand marabout du Wadday.
Peu de temps apres Abd al-karim arriva au Wadday. Il entendit
parler de Mahamat el-kap et se rendit auprés de lui pour se procurer
la fameuse tablette coranique. Il parvint a l’obtenir en échange d’une
timbale en cuivre*. Lorsqu’il fut en possession de la tablette, Ab al-
karim alla l’enterrer a l’emplacement de wava®. Aussitdt tous les gens
abandonnérent Mahamat el-kap pour se rallier 4 Abd al-karim.

1. Dans une « Notice historique » inédite « sur les Zaghawa kabga », écrite
en 1926, A. J. ARKELL avait déja signalé une tradition équivalente : « Ahmet
el-kabjoui [kabgawi ?] est venu avec la tribu de El kaaba [?] a la Mecque
puis s’installa avec la tribu au Djebel kabga (a l’ouest du Dar kobbé). Les Kabga
prétendent étre des Arabes issus de la méme race que les Arabes khazam (ou
khozzam)... » (cité par L. BERR», « Essai sur les Dadjo », pp. 6 et 7). Sur les Arabes
khozzam, voir notamment : MacMicHaEt, A history of the Arabs, 2, I, p. 277;
CaRBOU, La Région du Tchad, I, p. 51 ; LE Rouvreur, Sahariens et Sahéliens,
p. 314. Ils nomadisent actuellement entre Ati, Bokoro et Massakori.
2. M. GAUDEFROY-DEMOMBYNES, Mahomet, p. 532.
3. Au cours d’une communication au ret Congrés International des Africa-
nistes, a Accra, M. Amadou Hampaté Ba a fait état de la découverte d’un Coran
enterré dans un village paien.
4. Ne peut-on voir dans cette remise d’une timbale royale la trace de la
reconnaissance du sultan du Kapka par le sultan du Wadday ?
5. Ancienne capitale des sultans du Wadday, fondée par Abd al-Karim;
cf. M.-J. Tuprana, « Un document inédit... », pp. 65-66.
LES KAPKA 81

Voyant cela, Mahamat el-kap mit sa timbale sur son dos et se


dirigea vers le nord-est. Il gagna les montagnes du Kapka oi il devint
sultan. Car, ajoute l’informateur, « il était malin et courageux ». Le
pays était-il habité ? On ne le dit pas.

**
* OK

Des six fils de Mahamat el-kap Vainé Erus lui succéda comme sultan
et fonda le lignage des bigi kornosiRa. Nos deux informateurs l’abbo
Suleyman et Vabbo Nosur étaient des bigi kornosiRa.
Un autre fils fonda le lignage des bigi anaiRa ; un troisiéme celui
des Sezt-kabi : « les descendants de Seit ». Ces deux lignages fournirent
également des sultans (voir tableau VI).
Les trois autres fils s’éloignérent vers le nord, au-dela du pays kige,
et s’établirent chacun sur une montagne : l’un, sur eve, donna naissance
aux ereRa (v. p. 140) ; l'autre, sur eni-me, aux enimeRa (v. p. 123) ;
le troisiéme, sur darba, aux darbaRa (v. p. 140).
Au sultan Erus, succéda son fils Salami. Puis vinrent Bei, Nua,
Tardiy. Le sultan Tardiy nous est connu par une curieuse légende :
parti vers l’ouest monté sur une antilope, il serait l’ancétre des « Arabes
zaghawa » et peut-étre aussi des Zaghawa diroy}.

2. La période historique.

Dugi, successeur de son peére le sultan Besirv, quitta le Kapka (avec


une partie de ses gens ?) pour aller s’installer a nana, prés de tundubay.
Nous ne connaissons pas les raisons qui le pousserent a s’éloigner.
Sans doute chercha-t-il vers le sud un endroit plus hospitalier que les
arides montagnes du Kapka ? L’informateur précisa qu’il était trés
pauvre, sans troupeaux et sans ressources pour nourrir ses gens. Tou-
jours est-il qu’a partir de ce moment-la, les Zaghawa kapka formérent
deux groupes : un au Kapka, l’autre autour de Tundubay.
Chaque groupe voulut avoir son sultan. C’est ainsi que, pendant
que Dugi était a Nana, les KapkaRa nommeérent sultan un Odzg7
anatRa, du nom d’lbrahim Tum. C’était un homme trés riche.
Dugi mort, Ibrahim Tum fut seul sultan. A son tour, il alla s’établir
a Tundubay. A sa mort le fils de Dugi, Hasan, devint sultan. Puis ce
fut le fils de ce dernier : Borgu.
Il s’‘installa au Kapka ot il resta quatre ans. Puis, lui aussi, a cause

I. Cf. nos Contes zaghawa, pp. 163-165 et 199.


82 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

de la pauvreté du pays, partit pour Tundubay avec ses gens; au


Kapka il laissa le kalifa Bari, un bigi Seit-kabi. Les Francais (au Wad-
day depuis 1909) nommérent Bari sultan, malgré les revendications
de Borgu. De son cété Borgu quitta tundubay pour s’établir a bir
nesuan afin de fuir le sultan Ali Dinar du Dar-Fur qui cherchait a se
débarrasser de lui.
Borgu mort fut remplacé par son demi-frére Nuren. Le successeur
de Bari fut son cadet Ibrahim Konu. A la mort de Nuren, les sultans
rivaux étaient trois : Ibrahim Konu, qui commandait toujours au
Kapka, Abdullay Sabr nommé par les Francais a Bir Nesuan, et
Mahamat Serfadin investi par Ali Dinar et les Anglais 4 Tundubay.
Deux ans plus tard les Francais destituent Ibrahim Konu, et le
pays kapka est rendu a Abdullay Sabr. A Tundubay, Ibeda, puis
Adam, fils d’Ibrahim Konu, succédent 4 Mahamat Serfadin.
En 1937, Abdullay Sabr est destitué par les Francais et le sultanat
du Kapka supprimé ; Hasan, frére d’Abdullay Sabr, s’enfuit a Tun-
dubay avec deux cents personnes. Les gens, mécontents de leur sultan
Adam, « qui n’était pas courageux », réclament Hasan pour sultan.
C’est encore lui qui commande a Tundubay.
Cette complexité, le fait qu'il y ait eu deux, parfois trois sultans
du Kapka (dont un seul possédait les timbales royales, insignes du
pouvoir), l’éloignement pour certains chefs de la montagne ya sont
certainement cause, pour une bonne part, de l’abandon du rituel de
Ha-ya qui consacrait les chefs « faiseurs de pluie ».

Il. — LE RITUEL DE HA-YA

A. LES FAITS

Le sultan du Kapka est désigné par les anciens. Il est choisi au


sein du clan royal des b7gi, en fonction de sa richesse et de son « astuce ».
Une fois élu, il se rend a Abbéché pour se présenter au sultan du Wad-
day. I] peut cependant se contenter de déléguer 4 sa place quelques
vieux notables, qui avertissent le sultan de la nomination. Le plus
souvent, il adresse au sultan un cadeau d’une dizaine de petits chevaux
zaghawa, trés appréciés. En retour le sultan du Wadday lui envoie
des vétements : boubou en lainage, pantalon, gilet, plus un sabre et
deux bracelets de cuivre ou d’argent.
A son retour d’Abbéché, ou en tout cas l’année de sa nomination,
LES KAPKA 83

le sultan se rend sur la montagne ya. Il y fait un sacrifice qui sera


renouvelé ensuite tous les trois ans. L’informateur ne put préciser
a quel moment de l’année le sacrifice avait lieu.

1. Les préliminaires du sacrifice.

Deux ou trois jours auparavant, on tue un taureau gris dans le


village. Tl semble que ce soit le sultan lui-méme qui égorge ]’animal.
La peau sert a recouvrir les timbales royales. Celui qui sait faire ce
travail le fait.
Durant cette période préparatoire, le sultan épouse une jeune fille
du pays kapka, n’importe laquelle, 4 condition qu’elle soit belle?.
La béte destinée au sacrifice est une chamelle pleine. Sur sa téte
on a mis des plumes d’autruches blanches et noires, autour de son cou
une bande de-gabak pour la guider?. Un des neveux utérins du sultan
a la charge de la conduire jusqu’au milieu de la montagne, a un endroit
ou se trouve une vaste dalle en pierre. Les membres du clan royal
des b1gz ne doivent pas gravir les pentes de la montagne. Un homme
d’un certain clan, dont l’informateur n’a pu préciser le nom, tient la
queue de l’animal.
Pendant ce temps, la jeune épouse du sultan, une plume d’autruche
blanche sur la téte et une bande de gabak enroulée autour de la taille,
se retire dans une habitation.

2. L’immolation de la chamelle.

La chamelle est sacrifiée par le sultan et quatre ou cinq de ses


neveux utérins qui tiennent la hampe de la lance derriére lui. La priére
que l’on récite s’adresse au manda (génie) qui habite cette montagne.
Immédiatement aprés le sacrifice le sultan trempe le bout de ses pieds
et de ses mains dans le sang répandu ; les neveux utérins qui ont par-
ticipé au sacrifice font de méme. Le sang est ensuite brilé. Le sultan
mange le premier de la chair de la béte sacrifiée.
Qui extrait le foetus du ventre de la chamelle, et comment se fait
le partage de la béte ? L’informateur ne donna sur ces points aucune

1. Cette information éclaire lattitude du sultan Tardiy légendaire : « Chaque


fois qu’il entendait dire d’une fille du Kapka qu’elle était belle, il l’épousait »
(Contes zaghawa, p. 164).
2. Aprés le sacrifice le sultan conservera les plumes d’autruche, et le neveu
utérin qui a conduit la chamelle a l’endroit du sacrifice, prendra la bande de
gabak pour s’en faire un turban.
84 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

précision. Par contre, il dit a plusieurs reprises que le foetus était


destiné 4 la montagne et jeté dans un trou.
ha-ya est la demeure d’un serpent. Si le serpent se montre durant
le sacrifice, ce sera une bonne année ; si au contraire le serpent reste
caché, c’est signe que l’année sera mauvaise ou que le sultan mourra.
Ce serpent est blanc, il porte sur sa téte deux plumes d’autruche
blanches. Lorsqu’il est favorable, il sort de la montagne et accompagne
les sacrifiants en glissant doucement 4 cété d’eux. Le sacrifice fait,
il vient lécher le sang. On dispose sur son passage de petits morceaux
de viande prélevés sur la victime.
L’informateur sait qu’une chévre pleine, de couleur grise, est égale-
ment sacrifiée, mais ne connait pas les modalités de ce sacrifice.
Au pied de la montagne, les timbaliers battent les timbales de
cuivre (naas), les femmes dansent.

B. SIGNIFICATION ET VALEUR DU RITE

Bien que les informations d’Abbo Suleyman soient assez succinctes


et que certaines étapes du sacrifice ne soient que partiellement décrites
on peut dire le rituel de Ha-ya trés proche de celui de Ha-kobé.
C’est l’année de leur nomination que les deux sultans se rendent
sur la montagne propre a leur clan. Us y sacrifient un animal afin
d’obtenir de la divinité qu’elle envoie la pluie. Le chef apparait alors
dans son role de faiseur de pluie. Les bétes sacrifiées sont dans les deux
cas des chamelles pleines. Nous avons émis pour le sacrifice de Ha-kobé
Vhypothése d’un sacrifice de foetus ; il semble que l’on puisse renouveler
ici cette hypothése. A Ha-ya comme a Ha-kobé le chef s’associe étroi-
tement ses neveux utérins (ils sacrifient la victime en méme temps
que lui et se sacralisent dans le sang immédiatement aprés lui), tandis
qu'il écarte les gens de son clan. Is n’ont méme pas le droit de gravir
les pentes de la montagne.
Apparemment une seule différence : il semble que le sultan du
Kapka ait eu l’obligation de s’unir a une jeune fille de sa tribu, quel-
ques jours avant le sacrifice, alors que le sultan du Kobé devait au
contraire respecter un interdit de tout rapport sexuel. Toutefois le
mariage récent du sultan du Kapka et un interdit sexuel précédant le
sacrifice ne sont pas incompatibles.
Un certain nombre de faits et de rapports nouveaux apparaissent.
Une relation encore difficile 4 préciser semble exister entre la chamelle
du sacrifice et la nouvelle épousée. Toutes deux ont sur la téte des
plumes d’autruche, parure royale, et de méme qu’une bande de gabak
LES KAPKA 85

est passée autour du cou de la chamelle, une autre est enroulée autour
de la taille de la jeune femme.
Une deuxiéme relation permet de mieux situer le destinataire des
sacrifices. La priere dite sur la montagne Kobé était adressée 4 :Ru
(Dieu), que l’on m’a toujours donné comme synonyme d’Allah. Ici,
bien que je ne posséde pas le texte de la priére, l’informateur est
formel : elle s’adresse au manda qui habite la montagne ya. Le mot
manda, en langue bei (zaghawa et bideyat), désigne un génie généra-
lement protecteur, la montagne ow il habite et aussi une petite pierre
prise a cette montagne, et qui la représente, sous la protection de qui
on place ses biens et sa maison.
Ici le manda est un serpent qui réside sur la montagne. Le sacrifice
lui est visiblement destiné : sang et offrandes, y compris sans doute
aussi (et surtout) le foetus, qui est précipité dans un trou que l’on peut
concevoir comme la demeure de ce serpent.
A ce moment-la on peut légitimement se demander si le trou situé
au sommet de Ha-kobé n’est pas (ou n’a pas été) également cru étre
la demeure d’un serpent. Peut-étre le sacrifice de Ha-ya révéle-t-il
un état de choses plus ancien ?
Ce serpent manda est aussi un ancétre. En d’autres occasions on
l’invoque sous le nom de ev-guru « notre grand-pére », « notre ancétre ».
Ainsi lorsque les kapkaRa redoutaient une incursion ennemie, ils
envoyaient sur la montagne les neveux utérins de leur sultan. Les
neveux offraient du mil et du beurre et demandaient assistance? :
« ey-guru, chasse les bandits, nous t’apporterons un mouton »
(ou « une brebis », ou « un taureau »).

Aussitét la montagne frémissait et un vent de sable se levait qui met-


tait les ennemis en fuite.
Parfois les ennemis surgissaient sans que l’on ait le temps de se
rendre sur la montagne pour demander de l’aide. Malgré tout, on enten-
dait un bruit de tonnerre et le vent se levait?.

t. Les offrandes pouvaient étre faites sur une pierre prise a la montagne,
devant habitation des neveux utérins.
2. Le vent est une manifestation de colére de l’ancétre ; cf. également p. 65
le vent qui se léve lorsqu’un weRa passe prés du tombeau d’Hamdalla. Chez
les Berbéres les tourbillons de poussiére sont réputés causés par les jnoun (Basset,
Culte des grottes, p. 99).
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CHAPITRE III

LES KIGE

I. — GENERALITES

A. L’ENQUETE

Nous étions au mois d’aotit et nous venions de nous installer au


campement de ba-kawke, le plus gros village (700 habitants en 1953)
du Canton du Kapka, avec l’espoir d’y rencontrer des gens qui pour-
raient nous introduire en pays kzge.
Nous avions fait coincider notre arrivée avec le jour du marché.
Le mogdum Idris, chef de ce Canton, a qui nous avions dit notre désir,
envoya aussitot un homme annoncer le but de notre venue et demander
a tous ceux qui voulaient bien nous raconter « l’histoire de leur pays »
de venir parler avec nous. Nous étions assez sceptiques sur le résultat
de cette démarche et le lendemain matin quelle ne fut pas notre sur-
prise de voir arriver deux vieux hommes, puis deux autres et finale-
ment une heure plus tard ils étaient une dizaine. Ils venaient tous du
village d’adya-be, distant de quelques kilometres, a l’ouest de ba-kawKe.
Nous étendimes des nattes sur le sol et nous parlames en buvant
du thé. Ils vinrent ainsi chaque jour, la plupart a pied, quelques-uns
a dos d’ane, n’hésitant pas, malgré leur age, a faire deux heures de
route dans chaque sens.
Tantoét l’un d’eux était absent, a la recherche d’un cheval échappé,
ou parti quérir une vache qui lui était échue lors du versement d’une
dot a l’intérieur de sa famille. Tantdt un autre amenait un ami qui
« savait » mieux que lui ou qui savait une chose que lui ne connaissait
pas. Nous leur donnions du thé, et de la viande de mouton. Is nous
apportaient un ceuf, une poignée d’oignons.
Puis nous allames dans leur village et, comme les gens de Koba
88 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

nous avaient guidés pour l’ascension de Ha-Kobé, ils nous guidérent


pour celle de Ha-Kigé, avec la méme minutie et le méme intérét.
Abakar Barga était un kigeRa, Giar Deregit un bigiaRa, Timan
Dyugula un weyageRa, Nonu Guma un abuguna, Direse Hamis un
kelimeyRa, Suleyman Ali un habayRa... tous témoins, parfois méme
acteurs, du dernier sacrifice. C’est d’eux surtout que nous tenons nos
informations, mais nous n’oublions pas non plus la participation de
tous ceux qui nous accompagneérent sur la montagne.
Nous piimes ainsi élaborer un document sur les rites liés a V’in-
tronisation du chef des Kigé depuis sa nomination par le sultan
d’Abbéché jusqu’a sa reconnaissance par le manda qui réside dans la
montagne Kigé.

B. LE pays — APERGU HISTORIQUE

Maitres des montagnes du pays kige, les higeRa se disent autoch-


tones, «nés de la montagne ». Leur clan fournissait les chefs. Leur ter-
ritoire s’étendait : au nord, jusqu’a la montagne follo ; a l’est, jusqu’a
la montagne mardu ; a l’ouest, jusqu’a la montagne ogu-ba ; et, au
sud, jusqu’au ouadi kogugun qui les séparait du sultanat du Kapka.
Us habitaient les villages de kige-be, torfu-seno, adya-be, seli-bow, non
loin ou sur les flancs des montagnes-refuges. Ils allaient chercher de
Veau aux puits de ba-asi! ou de nerge.
Les bigiaRa aussi prétendent étre « nés de la montagne kigé ». Ils
sont propriétaires de la terre qui l’entoure. Les kigeRa les considérent
comme leurs neveux utérins : « Tous les bigiaRa sont neveux utérins
des kigeRa, car le « grand-pére » des kigeRa et la « grand-mére » des
bigiaka sont enfants du méme « pére ». »
Les weyageRa, les gauRa, les turoyda et les kelimeiRa, autres clans
kige, semblent originaires de pays voisins : Tama, Kobé... et ne se
disent pas autochtones. Chacun est cependant maitre d’une partie
de la terre du pays kigé.
Les kige devaient sans cesse repousser les attaques des Waddayens,
des Tama, des Goranes, des « Arabes », des Bideyat et aussi des Zaghawa
du Kobé et du We. Ils avaient des relations, le plus souvent amicales,
avec les seuls kapkaRa. Lorsque les ennemis attaquaient et incendiaient

1. L’eau de ce puits aurait rendu leurs dents noires. « Si un enfant boit conti-
nuellement de l’eau de ba-asi, lorsque ses deuxiémes dents poussent, elles sont
noires. Si c’est un homme qui se met a boire de cette eau, ses dents restent
blanches. » Cf. le surnom d’aba seniin (« les hommes aux dents ») donné par les
« Arabes » aux Kodoi a cause de leurs dents rougies par l’eau qu’ils boivent
(CarBou, Méthode..., p. 142).
LES KIGE 89

leur village, ils le reconstruisaient un peu plus haut dans la montagne.


Cest ainsi qu’ils abandonnérent successivement le village de hili-
dugu, situé sur une petite éminence rocheuse au sud-est d’adya-be,
puis celui d’imina-nu, sur les contreforts de la montagne kige, pour
s‘installer finalement 4 mi-hauteur de la montagne, dans le village de
hala, sous la protection immédiate du manda du méme nom.
Mais un jour, il y avait une soixantaine d’années en 1957, les fils
du sultan Abderaman Firti du Kobé! arrivérent sur les pentes de la
montagne Kigé. En dépit du voisinage du manda, ils pillérent et incen-
dierent le village de Hala et tuérent presque tous les habitants. Les
quelques survivants se dispersérent ; le village de Hala, abandonné,
tomba en ruines. Au manda hala qui n’avait pas protégé les siens (en
envoyant une nuée d’abeilles, comme on le verra plus loin), on ne fit
plus de sacrifices.
ae
Dans le butin emporté par les fils d’Abderaman Firti, se trouvait
la timbale du chef kigela, qui, depuis, serait entre les mains du sultan
des Kobé.
sd Aujourd’hui la chefferie kigé fait partie du Canton du Kapka.

Il. — LE RITUEL DE HA-KIGE

A. LES FAITS

1. La nomination a Abbéché.

Aussitét que la nouvelle de la mort du chef (ima) est connue,


ceux gui briguent sa succession sellent leurs chevaux et partent au
galop vers Abbéché, accompagnés de deux ou trois de leurs parents.
Ils aménent des animaux de leur troupeau afin de les offrir au sultan
du Wadday qui doit investir l’un d’entre eux.
Nimporte quel kigeRa* peut participer 4 cette compétition et
ttre nommé ina, mais c’est toujours celui qui posséde le plus de tétes
de bétail et qui est « trés malin » qui triomphe.
Dés Varrivée des prétendants au palais du sultan, un kamkolak*
les installe dans des habitations prévues 4 cet usage, et avertit le
1. Abderaman Virti (1347-1912) était sultan des Zaghawa kobé au moment
de Varrivée des Francais au Wadday (1909).
2, Mais il ne faut pas perdre de vue que les Kigela sont tous fils, fréres ou
neveux d’un ina, en tant que membres du clan royal.
3. CL p. 15,2. 1
go SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

sultan. Tous ensemble, ils se rendent auprés de lui pour se présenter


et chacun annonce ce qu'il offre comme cadeau d’investiture (duan)}.
Le sultan choisit pour ima celui qui a amené le plus de bétes.
Les prétendants éliminés n’auront plus qu’a se rallier au vainqueur
et aller sur le marché vendre leurs animaux avant de repartir.
Le choix fait, le sultan appelle le kamkolak et lui confie le nouvel
ina. Le kamkolak conduit l’ima dans une habitation, le fait asseoir sur
une natte et l’aide a se vétir avec les habits donnés par le sultan. Le
nouveau chef passe une robe a larges manches, en lainage noir, ornée
de broderies faites avec un cordonnet également noir. Sur sa téte il
place une calotte blanche, puis un fez grenat orné d’un gland noir et
par-dessus un turban blanc ; a ses pieds une paire de chaussures de
cuir (ar. markub) rouges-orangées. Il recoit également une paire de
bracelets et une bague en argent (simples anneaux ouverts sans décor),
un sabre, une aiguiére en cuivre pour ses ablutions, ainsi qu’un plat
en faience de facture européenne”. Quelquefois, l’7va se voit offrir en
méme temps un cheval tout harnaché ainsi qu’un tapis de laine rouge
pour mettre sous la selle. D’autre fois, il ne recoit ce cadeau que
quelques jours plus tard. Le plus fréquemment, il repart dans son
pays sur le cheval avec lequel il est venu.
Le dernier ina des kige fut Abderaman Mongo. I fut investi par le
sultan Dud-Murra du Wadday (1902-1911). Abderaman avait amené
en cadeau d’investiture trois chameaux, un cheval, vingt moutons
et boucs. Il semble que ce soit un duan de petite valeur ; un duan
normal comprenant une dizaine de chameaux, autant de beeufs, de
moutons et de boucs, et quatre ou cinq chevaux. Tous des males, en
pleine vigueur.

2. La retraite dans le ouadi turda-dyura


et les préparatifs du sacrifice.
A son départ d’Abbéché, l’ina se dirige immédiatement vers le
pays kige. I] s’arréte dans le ouadi turda-dyura, pres du village d’adya-
be. Il y reste quatorze jours avec sa garde. Ses femmes apportent de
la nourriture et repartent. Il semble qu’il y ait un interdit de tout
rapport sexuel.

t. Cf. diwan « impét (en général) » d’aprés BarTH, Reisen..., ITI, Pa5Sises
également diwdn « gift », LETHEM, p. 331.
2. A Vorigine le plat devait sans doute étre un bassin a laver les mains, en
Cuivre, associé a l’aiguiére. Lors d’une collecte de tessons de poterie et de perles
de verre dans les ruines du village de hala, nous avons ramassé un morceau de
faience qui provenait d’un (ou du dernier) de ces plats.
LES KIGE gI
Durant cette période l’ina se préoccupe de trouver les trois bétes
nécessaires au sacrifice : une chévre blanche et une brebis grise, pleines
d’un mois ou deux, et une vache « rouge ». Celle-ci ne doit pas étre
pleine ;peu importe qu’elle soit jeune ou vieille, pourvu qu'elle soit
grasse. Les deux autres victimes doivent étre également grasses. Si
l’ina ne posséde pas ces bétes dans son troupeau, il les achéte.
Le quinziéme jour, tous les gens du pays kige, a l’exception des
weyageRa, gardiens de la montagne kige!, viennent au-devant du chef
pour lui faire escorte. Pendant ce temps les weyageRa se rendent sur
les flancs de la montagne, au village de hala. Chacun porte un gros
baton sur son épaule. A hala, ils construisent un enclos ceinturé d’épi-
neux (ar. zeriba) et deux habitations en paille : une a l’intérieur de
la zériba pour l’ina, l'autre a l’extérieur pour sa garde.

3. Les cérvémonies sur la montagne kige.

L’ina arrive a cheval, escorté par une foule nombreuse. Les forge-
rons battent leur tambour de bois (egidi). Les femmes poussent des
you-yous et chantent. On ne bat pas la timbale du chef (diver).
a) Rites préliminaires.
Lorsque l’ina cherche a pénétrer a l’intérieur de la zériba, il trouve
lentrée fermée par les weyageRa qui, de leurs batons, lui barrent la
route. Ils ne le laisseront passer qu’aprés avoir obtenu la promesse de
recevoir la patte arriére de la vache du sacrifice et deux grandes
poteries pleines de biére de mil (guru, ar. merise).
Immeédiatement aprés, un des neveux utérins de l’7ma appartenant
au clan bigiaka égorge la chévre, a lintérieur de la zériba. L’ina
franchit le sang avec son cheval.
Puis ce méme neveu égorge la brebis? ; l’7ma franchit le sang de la
1. Un récit étiologique nous éclaire sur les relations existant entre kigela et
weyagela : les weyageRa auraient une origine tama. Partis de wugikiy au Tama,
ils se seraient installés 4 mardaniga un peu a l’est de seli-bow. La tradition rap-
porte qu’un jour ow le chef des Kigé était en train de faire battre sa timbale
(diyer), un weyageRa nommé Egime Donogi fit mettre du lait dans la cavité
d’une pierre plate, la recouvrit d’une demi-calebasse et se mit a taper dessus.
Cela faisait le méme bruit que la timbale du chef. Celui-ci l’entendit et envoya
sa garde arréter le weyagela. Il] refusa de se rendre auprés du chef. Les gardes
s’emparérent de lui et le trainérent par une jambe. Arrivé a seli-bow, il était
mort, Il fut enterré a cet endroit. Pour racheter le prix de son sang, ]’ina des
Kigé donna aux weyagela toute la terre qui se trouvait a l’est de la montagne
kigé et la charge d’étre les gardiens de cette montagne.
2. Lors du dernier sacrifice de Ha-kigé ce fut Giar Deregit qui sacrifia la
chévre et la brebis.
Q2 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

méme maniére!, et s’arréte devant la porte de l’habitation qui lui est


réservée.
Alors les weyageRa détachent la selle du cheval de l’2na et, par
trois fois, soulévent ce dernier sur sa selle. L’:ma pénétre a l’intérieur
de l’habitation et s’assoit dans l’attitude, empreinte de majesté, d’un
chef.

b) Le sacrifice de la vache.
Toujours a l’intérieur de la zériba, les weyageRa couchent la vache
sur le sol et lui attachent les pattes ; puis l’un d’eux va avertir l’sna
que tout est prét pour le sacrifice.
L’ina sort de son abri en paille et s'approche de la vache en imitant
un lion. Il avance 4 quatre pattes en rugissant, en faisant des bonds
et en remuant les bras. Lorsqu’il est a proximité de la vache, il la frappe
sur le dos. La vache crie. Les assistants crient pour effrayer le « lion ».
L’ina prend son couteau et égorge la vache tandis qu’un weyageRa
la tient par les cornes. Le chef franchit, a pied, le sang de l’animal
sacrifié. Cette fois-ci, il marche comme un homme.
Les femmes, qui n’ont pas le droit de pénétrer a l’intérieur de la
zériba, poussent des you-yous. L’ina se retire une fois de plus dans son
abri de paille et s’assoit avec majesté.
Le weyageRa qui a tenu les cornes de la vache la dépouille et pré-
léve pour lui et les siens la cuisse qui lui revient ; les cousins paternels
s’attribuent l’autre cuisse. Puis chacun viendra prendre un morceau
de l’animal et l’emportera avec lui.
Auparavant deux ou trois petits morceaux de viande ont été pré-
levés sur chaque partie de la victime et enfilés sur des brochettes.
Celles-ci sont, d’aprés quelques informateurs, au nombre de six pour
la vache, quatre pour la chévre et quatre pour la brebis — de trois en
tout (une pour chaque béte) d’aprés d’autres. Les chairs des différentes
bétes ne doivent pas étre mélées sur une méme brochette.

c) L’investiture par le manda.


L’ina se rend a pied dans un abri sous roche fermé de trois cétés,
situé a environ 200 métres de la zériba. Cet endroit se nomme erbet
giR1 ou ina giRi, « Vabri du lion » ou « l’abri du chef ». Il s’assoit sur
une pierre non loin de l’entrée, face a l’ouverture, dans l’attitude d’un
chef. Il est habillé avec les vétements donnés par le sultan d’Abbéché.

1. Le cheval peut, sans que cela ait d’importance, mettre ses sabots dans le
sang de la béte sacrifiée.
2. erbet = sura: «lion », giRi : « abri » ou « grotte ».
LES KIGE 93
Il porte au bras droit les deux bracelets ; la bague est passée a l’annu-
laire de la main droite. Il a mis son sabre a l’épaule gauche. Devant lui
se trouvent l’aiguiére et le plat de faience.
A sa gauche, contre la paroi rocheuse, sont appuyées les brochettes
de viande que les neveux utérins sont venus déposer dans l’abri, avant
Varrivée du chef.
Au bout d’une demi-heure environ, de petites bétes du nom de
akko1, « ressemblant a des écureuils », sont censées pénétrer dans l’abri
et manger les brochettes. Puis arrive le chef des serpents. I] est noir.
Sa téte blanche porte deux plumes d’autruche blanches. S’il approuve
le choix du nouveau chef, il tourne autour de lui, puis se couche a ses
cdotés. Si au contraire, il est mécontent, il gonfle ses joues et le chef
s’enfuit?.
Un chef qui n’est pas reconnu par le serpent (ou la montagne)
n’est pas mis a mort, mais doit étre remplacé. Par contre, un chef
agréé par le serpent ne pourra jamais étre destitué. On attendra sa
mort pour que son fils ou son frére lui succéde...
L’zna reste assis sur la pierre et mange dans l’abri une part de la
viande des sacrifices. Un garde lui apporte un morceau de la béte,
n’importe lequel. Devant lui se trouve une petite pierre ot il aiguise
son couteau. Des gens viennent s’asseoir dans une attitude respectueuse
et mangent aussi. Les os sont rassemblés devant l’entrée de l’abri.
On boit du merise préparé par les femmes de la famille du chef*. Tous
les gens qui viennent peuvent alors voir les akko et le serpent.

d) Les réjoutssances.
Le repas achevé, les danses commencent devant la porte de la
zériba. Elles durent trois jours.
La timbale en bois du chef (diver), placée habituellement dans
un abri sous roche nommé swidira, a l’entrée du village de hala, est

I. oggo en dialecte kobé, keykey (?) en arabe. « Les Zaghawa disent qu'il est
pourri parce qu’il pétarade sans cesse » (information de Zakaria Fodul). Ce serait
un lérot.
2. Ces renseignements nous furent fournis, a l’entrée méme de l’abri, par
Abakar Barga et par Giar Deregit. Quelques jours auparavant, lors d’une enquéte
faite au village sur le méme rituel, avec sensiblement les mémes informateurs
nous avions recueilli la version suivante : si la montagne agrée le choix de l’ina,
il ne se passe rien ; si elle n’est pas satisfaite, elle envoie un gros serpent qui fait
fuir Vina. ate
3. Lors de la premiére enquéte menée au village, on nous avait dit que Vina
quittait l’abri pour aller manger dans |’habitation située a l’intérieur de la zériba.
Le premier, il devait manger un peu de chaque animal, le premier boire du
meyvise.
Q4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

amenée auprés de la zériba. Posée sur une selle de chameau}, elle est
battue avec deux baguettes, par deux hommes de la garde de lina.
Elle est encore recouverte de sa vieille peau.
La premiére danse qui se forme est une sorte de danse guerriére,
nommée burbui?. Seuls les tambours des forgerons (egidi) peuvent
la battre. L’2va vétu de ses habits de chef danse le premier. II dirige
la danse. I] tient dans sa main le sabre donné par le sultan d’Abbéché.
Derriére lui tout le monde, hommes et femmes, danse : gens de tous
clans et méme forgerons. Chacun prend indifféremment un sabre, une
lance, une « chicote », un couteau de jet, un baton, des couvercles en
vannerie, des paniers.
Une fois que l’on a dansé burbw, on peut danser n’importe quelle
danse : ayalay, origo, ergeyga, debet, et méme les danses propres aux
forgerons comme gor. Le tambour de forgeron et la timbale de chef
les accompagnent.

e) La rénovation de la timbale du chef.


Le lendemain un jeune gar¢on circoncis, appartenant a n’importe
quel clan, marié ou non, recouvre le diyer avec la peau de la vache
sacrifiée que lon a fait sécher au soleil. Les poils mis a l’extérieur
sont grattés. Les attaches, taillées dans la peau de la vache, sont éga-
lement changées. La vieille peau de la timbale est jetée : la prendra
qui voudra pour s’en faire des chaussures.
Apres ce dernier acte, les danses durent encore deux jours.

B. SIGNIFICATION ET VALEUR DU RITE

Le rituel qui a lieu sur la montagne Kigé semble avoir une signifi-
cation différente de celle des rituels de Ha-kobé et de Ha-ya examinés
précédemment.
Dans le cas des sultans kobé et kapka le chef, choisi par les notables
1. De méme que les timbales royales des sultans kobé et kapka. Nous
n’avons pas vu de diver ; celui des Kigé serait maintenant entre les mains du
sultan Abderaman. El-Tounsy décrit cet instrument comme « une grosse caisse
en bois, faite en maniére de céne renversé, et couverte d’une peau » (cf. Voyage
au Darfour, p. 162 et pl. IV, fig. 5). A la cour du sultan forien, on ne le frappait
que lors des grandes assemblées. Mais c’était en outre un des insignes du pouvoir
pour les grands dignitaires du royaume (id., p. 173). A. Schaeffner voit dans le
dingay une grosse timbale en bois (« Timbales et longues trompettes », Pp. 1475).
MacMichael donne le terme dingay comme synonyme de wakil ou melik, chef
qui posséde ce tambour (A history of the Arabs, I, p. 88).
2. Actuellement danse de mariage. Pour burbui et les autres danses citées
plus bas, cf. notre film : Danses zaghawa (Service du film scientifique, 1963).
LES KIGE 95
de sa tribu, se doit d’aller sur la montagne propre a son clan, l’année
de son intronisation, pour obtenir de la divinité qu’elle envoie la pluie.
Pour cela il lui sacrifie une chamelle pleine ou plut6t un foetus. Lorsque
le chef se rend sur la montagne, c’est uniquement pour y remplir sa
fonction de faiseur de pluie.
Ici, "homme qui gravit les pentes de la montagne n’est pas encore
un chef. Choisi par un sultan étranger, tout le rituel semble destiné
a le faire reconnattre par les siens : par les weyageRa, gardiens de la
montagne, et par la montagne elle-méme par le truchement du serpent-
ancétre qui y réside.
Si notre hypothése est juste, une série de faits s’éclairent. On
comprend pourquoi le futur chef, revenant d’Abbéché, ne va pas
directement dans le village qui sera sa résidence ot il ne peut encore
entrer comme un chef, mais se retire pendant quelques jours dans un
ouadi en attendant que les préparatifs du sacrifice soient faits ; pour-
quoi les weyageRa lui barrent la route jusqu’a ce qu'il ait conclu une
alliance avec eux en leur promettant une cuisse de la vache du sacri-
fice ; pourquoi il est « élevé sur le pavois » par ces mémes weyageRa ;
pourquoi enfin le tambour du chef n’est recouvert d’une nouvelle
peau qu’aprés la reconnaissance de celui-ci par le serpent : si le serpent
ne reconnait pas le chef, un autre chef doit étre nommé, une autre
vache sacrifiée, une nouvelle peau préparée pour recouvrir la timbale.
Le nouveau chef est-il dans ce cas nommé sur place par les notables
kigé, ou les prétendants doivent-ils se rendre une nouvelle fois a Abbé-
ché ? Nous n’avons pas pensé a poser la question, mais il nous semble
que cette affaire doive se régler entre Kigé.
Nous sommes bien en présence d’un rituel d’intronisation. Nous
n’avons pas eu connaissance de l’existence de priéres pour demander
la pluie. Les sacrifices qui sont faits ne semblent pas non plus destinés
& Vobtenir, du moins directement. Peut-étre les sacrifices de pluie
proprement dits avaient-ils lieu sur une autre montagne, comme le
suggére le sacrifice de la montagne tw ? (v. p. 98).
Lors des sacrifices de la chévre et de la brebis faits par les neveux
utérins, il semble que le franchissement du sang des victimes soit un
rite de purification. Le sang se chargerait des impuretés de celui qui
le franchit, comme cela nous a été nettement indiqué lors des sacrifices
diroy (pp. I10, 112). Bien que ces deux animaux doivent étre des meres
pleines d’un mois ou deux, personne n’a pu préciser ce qu'il advenait
des foetus, et s’ils avaient un traitement spécial.
Le sacrifice de la vache accompli de la main du chef se présente
comme la deuxiéme étape du rituel. Purifié, reconnu par les hommes,
le chef doit maintenant étre reconnu par la divinité. De méme que sur
96 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Ha-ya, le manda se manifeste sous la forme d’un serpent. Ici aussi


il porte des plumes d’autruche sur la téte. Mais qui sont les akko et
quels sont leurs liens avec le serpent ?

C. LA FONCTION PROTECTRICE DU « MANDA »


ET L’ABANDON DES SACRIFICES DE HA-KIGE

Les rites que nous avons essayé de reconstituer sont abandonnés


depuis plus de soixante ans. Destinés au manda (génie) hala, qui habite
la montagne fige, ils n’eurent plus de raison d’étre, dans l’esprit méme
des indigénes, le jour ot le manda ne fut plus capable de protéger les
siens. Nous avons déja relaté ces événements, qui remontent a une
soixantaine d’années. La mémoire des vieux ne les a pas oubliés.
Les kigeRa et les bigiaRa habitaient alors le village de hala, ot ils
s’étaient réfugiés (dans les circonstances que nous avons décrites plus
haut), a mi-hauteur de la montagne kigé. Le manda hala protégeait
leur village et recevait les sacrifices.
Lorsque les fils du sultan Abderaman Firti envahirent le territoire
des kige, les habitants se défendirent seuls ; la protection du manda
leur fit défaut et ils furent massacrés.
Les survivants abandonnérent le village et tous les rites qui se
rattachaient au site qu’ils occupaient.
Auparavant lorsque des ennemis étaient signalés, les bigiaRa,
neveux utérins des kigeRa, étaient chargés de demander le secours
du manda hala. Us lui promettaient pour cela un sacrifice et l’implo-
raient ainsi :
nuu kasiligt togui tagaro
nuu odine tegei-nege
ugen oru dabaade negeidi
uu nuu kaRe odine
nusuy (ar.) tedeigini
boru negeidt
« Nous autres, nous ne sommes pas de force contre les bandits qui arrivent.
Chasse les bandits, fais-le pour nous.
Aprés nous égorgerons une béte et nous te la donnerons.
Quand tu auras chassé les bandits qui sont venus,
Quand nous aurons remporté la victoire,
Nous te donnerons du beurre. »

Le manda envoyait des abeilles pour chasser les ennemis. On voyait


un nuage sortir de la montagne, sans qu’on sache exactement de quel
endroit il sortait, et les hani moru, « les insectes ancétres » (litt. : « les
LES KIGE 97

insectes vieux »), se mettaient au milieu des combattants, poursuivant


et piquant les ennemis. Leurs excréments se changeaient en miel et ils
mouraient.
Lorsque le danger était écarté, les abeilles regagnaient les grottes
de la montagne ; les vautours s’abattaient sur les cadavres, et les
kigeRa s’emparaient des bétes abandonnées.
Aussit6t apres la victoire, les neveux utérins faisaient le sacrifice
promis. Un de nos informateurs, Giar Deregit, lui-méme bigiaRa,
nous décrivit de quelle maniére il fit une fois ce sacrifice.
Sa sceur lui apporta du mil, du beurre et de l’eau. II les mélangea
dans une calebasse, puis versa le tout dans un creux ménagé dans le
sable qu'il recouvrit avec la calebasse. Il oignit de beurre un mouton
vivant, depuis le nez jusqu’a la queue en passant le long de I’échine.
Il ’égorgea avec un couteau. Le sang fut laissé pour les abeilles, ainsi
que de petits dés de viande cuite prélevés sur chaque partie de la
béte. Disposées en brochettes, les offrandes étaient plantées tout autour
du tas de sable.
Il y avait en tout une dizaine de brochettes faites avec des mor-
ceaux provenant des quatre pattes, de la téte, du cou, de la queue, de
Véchine, des reins, des poumons et de la rate, du cceur, de l’estomac,
et des intestins mélés a de la bile.
Le mouton est mangé. Personne, homme ou béte ne touche aux
brochettes. On les laisse en place jusqu’au lendemain. Si un chien
s’en approche, il crie comme s’il venait de recevoir un coup de baton,
mais nul ne peut dire qui a donné le coup ni d’ot il est venu?.
La fonction des abeilles est claire. Ce sont les troupes du manda.
Elles doivent protéger les kige. De méme le vent de sable s’élevant
de Ha-ya devait protéger les kapkaRa?.

1. Abeilles, guépes et autres carnivores ont pu piquer le chien ?


2. Nous retrouvons chez les Nuer l’association abeilles-serpent : « A man
who respects pythons respects also bees, because Nuer consider their markings
to be like those of the python and will not kill them or eat their honey » (cf. EvANs-
PRITCHARD, Nuey Religion, p. 68). Chez les Bolgo de Djerad, dans la région de
Melfi, il existe une alliance semblable entre la margay et les sauterelles. « I] y
a environ quatre-vingts ans, la montagne de Djerad [cf. arabe djevad : saute-
relles] servait déja d’asile a d’innombrables bandes de sauterelles qui y logeaient
dans des trous trés profonds... Un beau jour, des cavaliers ouadaiens vinrent
et razziérent le village. Furieux le desservant de la margai, Mouni, qui avait
pu échapper aux agresseurs, adjura sa margai de le venger. La margai ]’entendit,
incita les sauterelles a sortir de leurs trous et a aller ravager les plantations du
Ouadai. Elles le firent et revinrent ensuite docilement a Djerad. L’alliance
était conclue. Par des sacrifices appropriés, Mouni se rendit sa margai favo-
rable et domina ainsi les sauterelles qui exécutaient strictement les ordres de
cette derniére » (P. O. Lapie, Mes tournées au Tchad, p. 124).
98 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Tous les kigeRa savent que les abeilles protectrices habitent dans
la montagne ; ils les voient, mais ne doivent pas les toucher, encore
moins les tuer. De leur cété les abeilles ne piquent jamais un kigeRa.

Ill. — AUTRES RITUELS EN PAYS KIGE

1. Sur la montagne tu.

Chaque année, l’zma se rendait sur la montagne ¢u, amas de blocs


granitiques situé sur le bord de la piste qui conduit de ba-kawke a
key-hay. La, un de ses neveux utérins, appartenant au clan digzaRa,
sacrifiait tant6t une chamelle, tant6t une vache, prélevée sur le trou-
peau de l’zma. Les deux bétes étaient vieilles, mais trés grasses. Le
sacrificateur demandait la pluie.
Aujourd’hui, bien que la chefferie kige n’existe plus en tant que
telle et que son territoire ait été absorbé par le Canton du Kapka, la
montagne tu reste un lieu de culte.
Lors de sa nomination, le chef du Canton du Kapka va y sacrifier
une vieille vache de son troupeau. Il renouvelle ce sacrifice tous les
trois ans en égorgeant une fois un chameau, une fois une trés vieille
jument. Au chef revient une cuisse et l’intérieur de la béte. Les assis-
tants se partagent le reste. Les informateurs précisérent : « ce sont
seulement des sadaga ; rien de plus »1.

Chacun des clans maitres de la terre, posséde aussi un lieu de culte


particulier. Chaque année, on s’y rend pour sacrifier un ou plusieurs
animaux et demander la pluie.
Seuls les bigiaRa ne semblent pas offrir un sacrifice propre a leur
clan, mais ils participent aux sacrifices de Ha-kigé en leur qualité de
neveux utérins des kigeRa et sont les sacrificateurs dans le rituel de tu.

1. Le chef actuel du Canton du Kapka étant un ayu (kobe) ne pouvait


évidemment pas se rendre sur ha-ya ou sur ha-kige, hauts lieux des bigi et des
kigeRa. Mais il est significatif qu’il ait cherché a perpétuer le rituel de tu. Toute-
fois ’emploi du terme sadaga indique l’islamisation du sacrifice, sans quoi les
anu ne l’auraient pas repris 4 leur compte. La désignation ancienne était kunus.
LES KIGE 99

2. Dans le ouadi may-mara-tubunu.

Tous les ans, le chef des weyageRa se rend dans le ouadi may-mara-
tubunu+ entre seli-bow et le puits de nerge. La, accompagné des weya-
geRa et de tous les gens du village qui désirent participer au sacrifice,
il immole sur une pierre plate située prés du ouadi une brebis et une
chévre grises. Il demande la pluie. Les bétes peuvent étre pleines de
deux mois ou ne pas l’étre, mais il faut qu’elles n’aient jamais porté
auparavant. Pleines de plusieurs mois, elles ne sont pas aptes au
sacrifice?.
Le méme informateur déclara a cinq minutes d’intervalle que ce
sacrifice avait lieu dés le huitiéme mois de l’année, méme s'il n’avait
pas plu auparavant — puis qu'il était fait aprés la premiere pluie,
dont on recueille l’eau pour faire bouillir une partie de la viande.
Les bétes sont égorgées, le sang coule. On enléve immédiatement
les peaux que l’on pose a plat dans le ouadi. Le contenu de la panse,
les poumons et le fcetus s’il y en a un, sont jetés comme on jette des
saletés. Une partie de la viande (les quatre pattes, les cdtes, la poitrine
et le foie) est consommée rotie, tandis que l’on fait bouillir avec du sel,
des piments, et des oignons la téte et le cou, l’échine et les filets, les
reins et la queue, le coeur et la rate.
Ce sacrifice est abandonné depuis 1952, date ot! notre informateur
Timan Dyugula, chef des weyageRa, fut destitué par le mogdum Idris,
chef du Canton du Kapka, et remplacé par un dersiRa® qui, bien
entendu, n’était pas habilité a faire le sacrifice des weyageRa.

3. Dans le ouadi agiro.

Les gauRa ou gouRa sont maitres de la terre située entre celle des
weyageRa a l’ouest et celle des turoyda a lest.

1. « La petite mare du forgeron rouge », may : « forgeron », mara : « rouge »,


tubunu : « petite mare ».
2. Ici la volonté de ne pas sacrifier une béte pleine est trés évidente. Seule la
béte pleine de deux mois dont on ne décéle pas l'état gravide peut étre sacrifiée.
3. Les dersiRa seraient aussi des kige, sil’on en croit Daud BeSir, un turoyda
qui nous dit que son grand-pére Ahmat Gaga s’allia aux hige en épousant une
dersiRa (cf. p. 100). La montagne dersi, qui donne son nom au clan, est effecti-
vement en pays kige, au nord de ba-kawRe. Les dersiRa ne possédaient pas de
terres jusqu’a ce que le mogdum Idris leur donne celles des weyageRa. De ce fait,
il ne semble pas qu’ils aient eu un lieu de culte particulier. Du moins l’informa-
teur n’en connait pas. Nous retrouverons une partie des dersiRa établie au
guruf (v. p. 132).

Univ. of Arizona Library


I0oO SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Aprés la premiére pluie, le chef du clan gawRa donne une brebis


a son neveu utérin!. Celui-ci se rend a l’endroit ott le ouadi agzvo ren-
contre l’ouadi kiskia (nord de la montagne kige) pour y sacrifier la
brebis. Les gens qui désirent l’accompagner peuvent le faire. Ils main-
tiendront la victime et participeront au repas. Seul le chef de clan
doit rester au village. Aprés avoir égorgé la brebis, le neveu utérin
la saisit par une patte arriére et la traine en travers des deux ouadi.
Il se dirige d’abord vers l’ouadi kiskva, le traverse puis revient a son
point de départ. Ensuite il se dirige vers l’ouadi agiro, le traverse, et
revient également 4 son point de départ. Des trainées de sang jalonnent
son parcours. Puis il dépouille la brebis dont il garde la peau pour
lui-méme ou pour sa femme, et découpe l’animal. Sur chaque partie
il préléve des petits dés de viande qu'il jette tout le long des trainées
de sang en priant pour demander a Dieu d’envoyer la pluie, de faire
pousser le mil, l’absabe, le kreb et le coton?, d’éloigner les maladies et
de répandre la richesse sur son pays. La viande du sacrifice est ensuite
rotie et mangée. Les restes sont emportés au village.
Ce sacrifice se fait encore chaque année.

4. Dans le ouadi geli.

Les turoyda ou turiyda, propriétaires de la terre comprise entre


celle des gauRa et celle des bigiaRa, sont originaires du Kobé. Ils
constituent un rameau détaché du clan ture (v. p. 30). D’aprés leur
chef actuel Daud BeSir, son grand-pére Ahmat Gaga serait arrivé a
hala avec sa famille il y a un peu plus de cinquante ans. Chez les ture,
Ahmat n’était pas un chef. En arrivant en pays hige il est devenu
chef avec le titre de kamini. Il s’est allié aux kige en épousant une
femme dervsiRa. Son fils Be&ir lui succéda, cette fois avec le titre de
takanyon*. 11 commanda les turoyda pendant trente-deux ans ; quand
il fut trop agé il se fit remplacer par son fils Daud qui a le titre arabe
d’imam.

1. Actuellement un kelimeiRa.
2. Ar. absabe (z. bow) et ar. kreb (z. ege) sont des céréales de cueillette. Le
coton pousse également a l'état sauvage.
ey. Comme on l’a vu, au Kobé, le titre de kamini est réservé au chef du seul
clan kivegu (p. 49) et celui de takanyon au chef des mira (p. 32). Il y a donc
dans les deux cas introduction d’un titre kobé. Notons que le fils prend un
titre supérieur a celui du pére.
LES KIGE IOI

Ahmat 7 © (dersiRa)

Besir = 0 (weyageRa)

( O (berdeRa)
ear! <2 | O (entbowRa)

Daud habite au village de gurfu-mara ; lui-méme n’a jamais fait de


sacrifice pour demander la pluie mais il a assisté, il y avait une dizaine
d’années en 1957, au dernier sacrifice fait par son pére.
Voici le récit qu’il nous fit : tous les trois ans, n’importe quel jour
apres la premiére pluie, le chef des turoyda se rendait dans l’ouadi
gela*, au nord de gurfu-mara, pour y sacrifier une brebis de n’importe
quelle robe. L’endroit du sacrifice est imprécis dans l’esprit de l’infor-
mateur. C’est « n’importe quel endroit 4 l’ombre d’un arbre », ou : «un
endroit nommé doro-bie-taguru »*. Le chef, accompagné de tous les
gens du village qui le désirent, égorge la brebis. II prie :

iRo bodu kogorni gerbegini


« O Dieu ! envoie la pluie qui fait la richesse du pays. »

Le sang coule dans le ouadi. La béte est dépouillée puis découpée.


De petits morceaux de viande sont prélevés sur chaque partie de la
victime et jetés dans le ouadi ainsi que des boules de farine de mil
pétries avec de |’eau. Celui qui en a besoin prend la peau.
Les vieux kige qui écoutaient ce récit dirent que le sacrifice de
Youadi gelc était fait sur une fourmiliére. Or une fourmiliére est une
réserve de grains ; certains clans zaghawa, dont les turoyda, les ouvrent
pour en extraire les céréales amassées par les fourmis et les consommer
en guise de nourriture, tandis que pour d’autres clans les « graines
des fourmis » font lobjet d’un interdit’. Ne peut-on voir dans ce
« grenier » des fourmis un symbole d’abondance qu'il n’est pas étonnant
de voir ici arroser du sang du sacrifice ?
Les vieux kige parlérent en outre d’une offrande de dattes qui

1. En pays kobé, la montagne qui se trouve au nord du puits de koba, dont


les tuve étaient les maitres, porte également le nom de geld. Est-ce une coinci-
dence ?
2. « Le quartz de la maison de la hyéne » ; doro : « hyéne », bie : « maison »,
taguru : « quartz ».
3. Chez les Teda-daza, les femmes Azza (caste des forgerons) s’emparent
des réserves faites par les fourmis. Les femmes non Azza se moquent d’elles
(LE Caur, Grammaire et textes, pp. 154-155).
102 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

n’était pas inconnue du chef twvoyda mais sur laquelle il ne savait


rien de précis. Voici ce qu’ils ajoutérent :
Le neveu utérin des twroyda va édifier un grenier, a l’endroit
nommé gye-kweli «il verse les gye » ou tau-manda-gye-kwelt « la brousse
manda ou l'on verse les gye ». Il dépose quatre pierres sur le sol et sur
ces pierres quatre morceaux de bois qu’il réunit au sommet comme
pour faire armature du toit d’une case et qu’il recouvre de paille.
Il ménage une porte ronde d’environ 60 centimétres de haut. La
construction achevée, le neveu pénétre a l’intérieur et dépose au milieu
cing ou six dattes, en prononcant la méme priére que pour le sacrifice
de la brebis :
iRo bodu kogorni gerbegini
« O Dieu ! envoie la pluie qui fait la richesse du pays. »

A la place des dattes, il peut mettre des gye. I] semble que ce


« grenier » soit aussi édifié sur une fourmiliére?.

5. Sur la montagne kibina-kibi.

Les kelimetRa étaient les maitres de la terre a l’est de la montagne


kige. Ils se rendaient chaque année sur la montagne kibina-kibi, au
sud de ba-kawRe, pour y sacrifier tant6t un taureau tantot une brebis.
Ces sacrifices n’ont plus lieu depuis 1955, date ot le chef du clan helz-
metRa fut remplacé, 4 sa mort, par un entbowRa*® nommeé par le mog-
dum Idris. La terre des kelimeiRa est désormais entre les mains des
entbowRa.

+ *

Les renseignements que nous possédons sur chacun de ces rituels


se révélent trés insuffisants. Cependant dés maintenant nous pouvons
noter certaines constantes.
Dans la plupart des cas le lieu de culte est un ouadi. Le centre de
la cérémonie semble étre la mise en contact de la peau, du sang ou
de la chair de l’animal sacrifié avec le sable du ouadi. Tantét les peaux
des victimes sont posées a plat dans le lit 4 sec de la riviére (may-mara-

Tavern D5 OQ; a2
2. Sila construction de l’année précédente est encore solide, on peut l’utiliser.
3. Autre clan kige. Il faut noter, de la part des ayu actuellement a la téte
du Canton du Kapka, la volonté de détruire les structures politiques existantes
(v. également p. 99, n. 3). Cette attitude favorise l’islamisation car elle entraine
en méme temps la destruction des structures religieuses.
LES KIGE 103

tubunu), tantot l’animal égorgé, non dépouillé, est trainé en travers


du ouadi et le sable s’imprégne de son sang (agivo). Dans ces deux cas
il n’y a pas d’autres offrandes.
Tantot le sang coule dans le ouadi et des morceaux de chair de la
victime y sont jetés ainsi que des boules de farine pétries avec de l’eau
(peut-étre provenant de la premiére pluie). Ces offrandes sont destinées
a étre emportées par le courant (geli). L’impression qui se dégage
est que les sacrifiants cherchent a inciter le ouadi a couler, par un
rituel de « magie sympathique ».
La peau étendue, l’animal trainé, le sang qui coule, les offrandes
destinées au courant évoquent, appellent l’eau qui, dés les premiéres
pluies, avancera dans le lit a sec du cours d’eau.
Il faut avoir vu en pays zaghawa un ouadi se mettre a couler apres
la premiére pluie, avoir encore dans les yeux la poussée lente et irré-
sistible d’une masse d’eau contenue qui avance comme en se trainant,
pour mieux comprendre la puissance d’allusion de ces rituels.
4 Wi *), ane | y
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CHAPITRE IV

LES DIRONG

I. — GENERALITES

A. L’ENQUETE

Durant le mois de juin 1957, j’eus l’occasion d’accompagner le


sultan Abderaman dans le Canton du diroy. Il s’y rendait en compa-
gnie du chef du Poste de Contréle Administratif de Hili-ba pour pro-
céder au recensement. Nous nous installames d’abord au village de
kubu (sud du divoy), ensuite au puits de kan (nord du diroy).
L’énorme rassemblement d’individus ainsi créé favorisait grande-
ment mes recherches. Venus quelquefois d’assez loin, chacun s’attardait
volontiers, restait deux ou trois jours, heureux de retrouver quelques-
uns des siens et d’échanger des nouvelles. Notre groupe, assis a l’ombre
d’un acacia, était toujours important et animé, caractérisé par un
va-et-vient de gens venant écouter, parler et quelquefois interroger.
Tous étaient des divoyda ou « gens du divoy »; les uns mige, magu ou
&ude, d’autres anguka, elmiRa, baga...
Le melik Koti, chef du Canton, participa a toutes mes enquétes.
Il était 14 chaque jour, s’efforcant d’amener avec lui des informateurs
et prenant une part active aux conversation. Agé d’environ cinquante-
cing ans, Koti appartient au clan gude. Il fut nommé une premiere
fois chef de Canton en 1920, apres l’assassinat de son peére le melik
Yagob. Il avait alors une vingtaine d’années. Puis il fut destitué en
1946 « a la suite d’un vol effectué sur des animaux récupérés », dit un
rapport administratif ; « a la demande de ses administrés lassés de ses
exactions », dit un autre. En réalité, il semble qu’il ait eu beaucoup
d’ennemis, dont un certain nombre de prétendants, membres du clan
mige, appartenant a la famille des assassins de son pere. En 1955, il
fut réintégré dans ses fonctions, a la demande de ses sujets. Ils invo-
8
106 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

quérent la raison majeure qu'il pleuvait sous son commandement


tandis que son successeur était incapable d’amener la pluiet. Avec
Koti la pluie recommenga a tomber.
Ce trait suffit sans doute 4 montrer la réalité de la fonction du chef
«faiseur de pluie », et ’importance de rituels qui s’acharnent a survivre.

B. LE CADRE HISTORIQUE

Le pays divoy était moins étendu que l’actuel Canton du diroy.


Il comprenait les terres situées autour des villages d’am-kure, gainga
et banadula. La montagne gainga en formait le centre; le puits de
kan fournissait l’eau.
Au sud, la petite chefferie kubu était indépendante. Elle est depuis
rg14 rattachée au diroy. Entre les deux s’intercalait le village de kaza,
indépendant lui aussi, avec son propre melik. Depuis 1914 également
il est rattaché au Kapka.
divoy proprement dit, kubu et kaza faisaient partie du Dar Turtalu,
surveillé par un kamkolak du sultan du Wadday. En fait, les chefs
nommés par le sultan jouissaient d’une entiére autonomie.
Les chefs des Zaghawa diroy sont choisis au sein des clans mige ou
gude. D’apres la succession donnée par le melik Koti, six furent des
mige, six des gude*. Seul le melik Abda était un tauday (v. tableau VII).
Les mige semblent étre, dés leur arrivée en pays divoy, maitres
des montagnes et donneurs de chefs. Ce seraient des maba originaires
de la région de Wara. Les informateurs sont unanimes pour dire que,
lorsquils arrivérent au diroy, le pays était vide. Ils y trouvérent beau-
coup d’animaux et les vestiges des villages de pierre des tungur.
Pour les uns ce sont deux fréres qui arrivérent au divoy. L’ainé
donna naissance aux mige et le cadet aux magu. Pour d’autres, ce
sont trois fréres et leur sceur, l’ainé fondant le clan mige, les cadets
et la sceur le clan magu. Pour d’autres encore, dont le melik Koti, ce
sont trois fréres accompagnés d’un homme d’une autre famille. Les
trois fréres donnant naissance cette fois aux magu, leur compagnon
aux mige. Ils venaient reconnaitre le pays sur l’ordre du sultan du
Wadday.

I. Son successeur était un de ses goumiers nommé A bda. Il fut choisi par
l’Administration frangaise sans qu’il soit tenu compte de sa non-appartenance
aux clans des chefs. Il était membre du clan taoday. De ce fait il n’était pas
habilité a exécuter les rituels de pluie.
2. Le melik Koti ne va sans doute pas au-dela du premier ude a avoir été
meltk du divoy.
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108 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Un informateur assura que cela se passait sous le régne du sultan


Dahwiya (vers 1830), mais les autres ne purent donner aucune précision
de date.
Lorsqu’ils virent que le pays était inhabité, ils s’y installerent
avec l’autorisation du sultan du Wadday. Les mige, maitres des
montagnes, fournirent les chefs. Les magu furent les maitres de la
TeLre:
Par la suite le melik Koti apporta de nouvelles précisions. Les trois
fréres et leur compagnon, partis de Wara, seraient arrivés prés d’une
montagne oit ils séjournérent pendant quelque temps. Ils l’appelérent
awali (en arabe « la premiére » [place]). Puis ils s’installérent dans un
ouadi auquel ils donnérent le nom de kan qui signifie « homme » en
mabat, parce qu'il leur fallut creuser un puits profond de la hauteur
d’un homme pour trouver de l’eau. (C’était justement l’endroit ot
nous nous trouvions.)
Le mige, maitre des montagnes, était le chef. I] fut reconnu comme
tel par le sultan du Wadday. Il s’établit sur la montagne gainga. Les
trois fréres magu se partagérent la terre autour de gainga :
— lun prit les terres du sud (région de uguma) et donna naissance
aux magu proprement dits.
— l’autre prit les terres du nord (région de tunugur [tungur ?})
et donna naissance aux magu namarsineRa.
— le troisiéme prit les terres de l’est (région de ¢erzba) et donna
naissance aux magu didirda.
_ Par la suite mige et magu épousérent des femmes zaghawa (?).
Eloignés de leur pays d'origine, sans contact avec les gens de leur race,
ils oublierent leur propre langue et, en dehors du mot kan, il n’y aurait
aucun autre mot maba dans la langue des Zaghawa diroy.
Quant aux gude, ils semblent s’étre affirmés en tant que chefs a une
époque plus récente. Il est attesté de divers cétés que ce sont des
Zaghawa kobé dont V’habitat initial fut le ouadi nanu puis la mon-
tagne argagont, au sud des montagnes muir et kobe (v. pp. 55-56). Deux

1. La forme kang, « homme » [kay ?] figure dans TRENGA, Le burva-mabang,


PP- 43, 72, 73, etc... Cf. kam, « homme » (en kanouri) d’aprés CarBou, La Région
du Tchad, 1, p. 1 ; également Lukas (kdm), A study of the kanouri language,
p- 207. Une croyance veut que l’on tienne les moutons éloignés de ce puits. Si
la puisette qui sert a tirer l’eau est faite d’une peau de mouton au lieu d’une
peau de chévre, le puits s’effondrera. On peut conjurer le sort en égorgeant
immédiatement une cheévre a cété du puits. Le méme risque est encouru si on
attache un mouton dans le ouadi kan. Comme je recueillais cette information
dans le ouadi méme, deux moutons que l’on venait de me donner, étaient 1a,
attachés 4 un arbre. On me répondit que cela n’avait aucune importance puisque
ces moutons étaient destinés a des étrangers.
LES DIRONG 109

traditions divergentes rapportent comment ils se sont implantés au


divoy et comment ils ont accédé a la chefferie.
La premiere les montre quittant argagoni et arrivant ala montagne
arfala (v. p. 65) puis & gainga. Le chef des divoy, un mige, s’allia au
chef gude en lui donnant une de ses filles en mariage. Petit a petit les
gude s’emparérent des terres et des montagnes et essayérent d’éliminer
les mige. Enfin mige et gude allérent 4 Wara demander I’arbitrage du
sultan du Wadday. Ce fut le gude qui fut reconnu pour chef (peut-étre
était-ce Isen ?). Depuis ce temps mige et gude se partagent la chefferie
des Zaghawa diroy.
Une deuxiéme tradition fait intervenir le melik d’iga nommé
Kerkur Nuren (sic)1. Comme il revenait d’Abbéché ow il avait été
nommeé chef du we par le sultan du Wadday, il passa par le diroy, et
nomma son beau-frére, un gude, chef du divoy. Les mige n’auraient
rien dit parce que la mére du gude était sceur d’un mige. Il ne semble
pas ici qu'il puisse s’agir d’Isen dont la mére était magu, peut-étre
serait-ce Suleyman, mais Suleyman n’eut pas le titre de melik.

II. — LE RITUEL DE LA MONTAGNE GAINGA

A. LES FAITS

i. La nomination a A bbéché.

La succession d’un chef mort ou destitué est ouverte chez les divoy
a tout mige et a tout gude qui le désire?. Les candidats se rendent
aupres du sultan du Wadday accompagnés des chefs de villages qui
les soutiennent. Le sultan, qui a fait étendre un tapis par terre, prend
par la main celui qu’il désire nommer et le conduit sur le tapis. I] lui
donne des habits, une chéchia fezzanaise, une toge (morfa), passe
une bague a sa main droite, et lui remet un cheval, un sabre, les deux
timbales (diyer) de son prédécesseur et une bouilloire (aiguiére ?)
en cuivre. Puis il fait apporter un bouclier en peau de forme carrée
(darga), qui est posé sur le tapis. Le futur chef s’assoit sur le bouclier,
1. C’est depuis cette Epoque que la région d’iga, qui s’appelait we, aurait
pris le nom de son chef kerkur nuren (sic), cf. ar. kerkur : tas de pierres votives
ou non, Nuven : nom propre.
2. Cependant il ressort du tableau dressé par le melik Koti que la chefferie
ouverte a tous les mige, semble étre réservée a l’intérieur du clan gude & une
famille privilégiée, celle du melik Koti, qui a fourni les six chefs du divoy que
nous connaissons.
IIo SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

les jambes repliées sous lui. Huit 4 dix personnes saisissent le bouclier
et le soulévent par trois fois jusqu’a hauteur de poitrine avant de
poser le chef sur son cheval.
Le sultan fait venir les musiciens. Les tambours sont battus, et
c’est au milieu des danses que le nouveau melik regagne son habita-
tion. I] y reste quelques jours avant de repartir avec les gens qui l’ont
accompagné.
ae

L’année de sa nomination le chef est tenu de faire certains sacri-


fices dans le but de faire tomber la pluie sur son pays. Ces sacrifices
sont ensuite renouvelés tous les trois ans. Il est a peu prés certain
quils ont encore lieu — en totalité ou en partie — de nos jours. Durant
lannée 1957, ot nous étions en pays zaghawa, les rites de pluie devaient
étre exécutés ; ils ont dt l’étre mais, sous un prétexte ou sous un autre
(il fallait attendre la chute de la premiére pluie, la premiére pluie
n’avait pas été assez violente...) nous en avons été écartés.
La succession. des rites et des sacrifices m’a été décrite par sept ou
huit vieux Zaghawa divoy rencontrés au puits de kan. J’ai obtenu un
autre récit du meltk Koti. Les premiers se référaient au cas ow le chef
des diroy est un mige ; le deuxiéme au cas ot c’est un gude. C’est pour
cette raison que les versions obtenues divergent.

2. Les rites intéressant la personne du Chef.


a) Cas d’un chef mige.
Aprés sa nomination, me dirent les vieux Zaghawa diroy, le chef
des diroy se rend sur la montagne gainga pour y égorger une chévre.
Dés qu'il a tranché la gorge de l’animal il saute par-dessus pour le
charger de ses impuretés, tout en priant Dieu d’amener la prospérité
sur son pays :
iRu dar-igi amrigine
« Dieu, rends mon pays prospére. »

La viande devenue impure n’est pas consommée. Elle est donnée


aux forgerons. Si aucun forgeron n’est présent, la viande est laissée
sur le sol « pour le diable ». Toute personne qui en mangerait risquerait
de sombrer dans la folie. Une partie de la peau est enroulée autour
d’une branche haute d’un arbre, tandis que l’autre morceau est trainé
le long du ouadi afin que l’eau y coule en abondance. Une fois purifié
par ce sacrifice préliminaire le chef mige pourra faire les autres sacri-
fices destinés a faire tomber la pluie.
LES DIRONG IIl
a.
b) Cas d’un chef gude.
La relation par le melik Koti de cette partie préliminaire est beau-
coup plus complexe : retraite du chef dans un ouadi, intervention des
clans magu, mige, mangay et anguRa, annonce par le tambour et
élévation du chef sur le « pavois »... L’épisode du sacrifice de la chévre
est présent ; il a lieu 4 proximité du village d’am-kure et non sur la
montagne gainga, avec la participation du clan anguka, dont l’un
des membres égorge la chévre.
Lorsque le chef nouvellement investi quitte Abbéché, il ne se rend
pas directement dans son village. Il gagne d’abord le ouadi sto-dyura’,
4 l’ouest de gainga, en compagnie des gens qui sont allés avec lui chez
le sultan. Les magu puis les mige se joignent au groupe qui escorte le
chef lorsque celui-ci traverse leur territoire?.
Tout le monde reste pendant sept jours dans le ouadi sio-dyurd.
AY
Le centre de cette retraite est un arbre que les Zaghawa nomment sio
(ar. sivie beda).
Au septiéme jour, le melik monte 4 cheval. Un homme appartenant
au clan mangay attrape le cheval par le milieu du corps, et lui fait
faire trois fois le tour d’une « pierre ».
Est-ce un bloc isolé signalant une tombe ? un amas de rochers,
demeure d’un génie ? Faire le tour d’une pierre équivaut-il a faire le
tour du pays? Autant de questions qu’il faudrait éclaircir. D’aprés
certains informateurs cette « pierre » serait dans l’ouadi sio-dyura ;
d’aprés d’autres elle se trouverait 4 quelque distance du ouadi.
Ces « tournées » accomplies, les mangay laissent la place aux
anguRa*, Ces derniers escortent le melik en marchant de chaque cété
de son cheval et le groupe se dirige vers l’endroit oi sera sacrifiée la
1. Sur le territoire habité par les mangay. Les mangay seraient, comme les
mige et les magu, originaires de la région de Wara. Ils seraient tous arrivés a la
méme époque (sous le régne de Dahwiya). Mais, tandis que les mige et les magu
devenaient les maitres, les mangay seraient restés des « meskines » (des pauvres).
2. Le melik Koti ne put préciser si c’était avant qu’il ait atteint l’ouadi
sto-dyuya, ou a partir de ce ouadi jusqu’a l’endroit ot la chévre est sacrifiée.
Un autre jour, se référant peut-tre aux sacrifices les plus récents, le melik Koti
attribua aux gens du village de banadula (qui rassemble de nombreux clans
diroy : mige, magu, mangay, bege, darba, yaskaRa eviRa, etc.) le réle qu’il avait
précédemment fait jouer aux mige.
3. Les anguRa, que l’on appelle aussi abuguna, seraient des Zaghawa kobé.
Autrefois groupés sur la montagne abugun (v. p. 30), ils auraient été en partie
anéantis par des attaques d’ennemis venus du Soudan. Trois fréres se seraient
enfuis et seraient arrivés au divoy (village de teri-ba). Les mige leur auraient
donné un territoire allant de la montagne manda-fa 4 la montagne angule de
qui ils tirérent leur nouveau nom. Devenus maitres d’une partie de la terre,
ils ont peut-étre supplanté les magu dans le rituel, ou partagé leur role.
II2 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

chévre. La, a proximité du village d’am-kure ou onkure, se trouve un


cercle délimité par des pierres ; 4 l’intérieur trois habitations en terre
ont été édifiées. Le melik s’y arréte. Un anguRa égorge une chévre
blanche ; le melik monte sur son cheval et, d’un saut, franchit le corps
de la béte sacrifiée « qu’il charge ainsi de ses impuretés ». La viande
de l’animal et sa peau sont données a un forgeron.
Le melik, toujours accompagné des anguRa, se dirige vers am-kure,
son village. Un homme de sa famille! frappe dix coups sur le dyer
afin d’annoncer la nouvelle. Lorsque le melik arrive devant la porte
de sa maison, les anguRa détachent la sous-ventriére de son cheval
et, par trois fois, soulévent le chef sur sa selle avant de le déposer a
terre. Le melik se léve ; il entre dans sa maison ou s’installe sur une
natte devant la porte.
Aussitdt les danses s’organisent. Deux ou trois hommes de la famille
du melik battent les diyer. Comme les timbales royales de cuivre, les
diyer de bois sont portés par un chameau. Les femmes de la famille
du chef dansent tout autour la méme danse que les femmes de la
famille du sultan dansent autour des naas. Un peu plus loin d’autres
danses s’ordonnent autour des tambours nommés gaygay. Ceux-ci,
n’importe qui peut les battre, 4 condition de savoir le faire.

3. Rites de plume.
a) Cas d’un chef mige.
Voici la version donnée par les vieux Zaghawa diroy. Encore une
fois elle se référe au cas ot! un mige devient chef.

Le rituel de pluie des mige (sacrifices et offrandes).


Aussit6t apres le sacrifice de la chévre, le chef fait don d’une vieille
vache, destinée a étre sacrifiée sur la montagne gainga. On attend
pour cela les premiéres pluies, car il faut que le ouadi ait coulé et que
l’on ait pu recueillir la premiére eau de pluie de l’année pour faire
bouillir la viande du sacrifice.
Au jour dit, dés six heures du matin tous les mige ; hommes,
femmes et enfants, gravissent les pentes caillouteuses de la montagne
gainga en trainant la vache. Arrivé au sommet un neveu utérin du
chef* creuse un trou dans la terre et y ménage trois rigoles. Une est
dirigée vers le village de gainga, pour les mige ; la deuxiéme vers
abugun, pour les anguRa ; la troisiéme vers banadula, pour les magu.

t. Un neveu utérin ?
2. Est-ce un magu ?
LES DIRONG a 8S}

Le neveu tranche la gorge de la vache au-dessus du trou ; le sang coule


dans les rigoles. Plus il y aura de sang dans une rigole, plus il y aura
de pluie sur la région ainsi désignée.
La béte est aussit6t découpée. Le coeur cru est jeté sur la montagne ;
de méme que le sang, il est destiné aux « fils de la montagne » : deux
serpents a corps rouge (l’un 4a téte noire, l’autre a téte jaune), un
corbeau et un chacal.
On fait du feu, on améne des marmites, et, sur place, on fait
bouillir la viande dans la premiére eau de pluie de l’année. Les mige
mangent les premiers suivis par tous les autres participants. La viande
qui ne sera pas consommée sera laissée 14, abandonnée aux bétes sau-
vages. La peau sert a recouvrir les diver. La vieille peau des timbales
est jetée. Lorsque, ce sacrifice accompli, la pluie ne tombe pas, on
essaye d’en savoir les raisons a l’aide de la géomancie, et le plus souvent
on sacrifie une autre vache ou un bouc.
*
* *

Un ou deux jours aprés, quatre femmes, appartenant toutes au


clan mige, y compris la fille du chef, grimpent a nouveau les pentes
de la montagne. Elles apportent avec elles du beurre, des boules de
farine de mil pétries avec de l’eau, du sel.
Le beurre est placé dans une petite calebasse qui flotte sur de l’eau
contenue dans une calebasse plus grande. La fille du chef le porte ainsi.
Arrivée au sommet de la montagne, elle renverse l’eau sur le sol et
fait des onctions de beurre sur une pierre tout en priant :
er-igi ha
boru guno korge negeygt
none tebine
vahama korne
bodu sine
0 keselu gerbeno

« Mon ancétre, la montagne,


je t’ai amené du beurre
Regarde, prends
Envoie-nous la richesse
Fais tomber la pluie,
Donne a manger aux gens. »

Puis elle pose les boules de farine et le sel a cdté de la pierre enduite
de beurre. Ces offrandes, ainsi que ]’eau renversée, sont destinées aux
« fils de la montagne » : les deux serpents, le corbeau, et le chacal.
It4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Sacrifice d'un taureau par les anguRa.

Environ vingt jours ou un mois plus tard, c’est aux anguRa d’aller
faire un sacrifice sur la montagne gainga. Ils immolent un taureau
que leur a donné le chef mzge. Le rituel se déroule exactement comme
dans le sacrifice de la vache, a cela prés que cette fois ce sont les anguRa
qui mangent les premiers de la béte sacrifiée. Le coeur est jeté cru sur
la montagne, la viande est bouillie dans la premiére eau de pluie de
l'année. Seule la peau de l’animal est traitée d’une manieére différente.
Elle est partagée en trois entre mige, magu et anguRa. Chacun prend
le morceau qui lui revient et va le trainer dans le lit de son ouadi, dans
le sens du courant.
Si, aprés ce dernier sacrifice, la pluie ne tombe toujours pas, on
essayera de savoir a l’aide de la géomancie quelle est la personne qui
doit fournir un mouton « vert » pour faire un ultime sacrifice.

b) Cas d’un chef gude.


Dans cette version, donnée par le melik Koti, il est question d’un
seul sacrifice : une vieille vache ou un taureau, sacrifice auquel les
anguRa sont associés.
Si la premiere pluie a été abondante, le chef ne fait pas de sacrifice.
Si, au contraire, les précipitations ont été faibles, il l’accomplit.
Le lendemain du jour ot le melik est entré dans sa maison d’am-
kure il part de trés bonne heure avec tous les gens du diroy. Il se rend
a l’est de la montagne gainga pour y égorger la vache ou le taureau.
Un anguRa empoigne un couteau, le melik tient la main de l’anguRa
et, ensemble, ils égorgent la béte. La aussi le sang coule dans un trou,
puis se déverse dans trois rigoles : une dirigée vers l’est, pour les
anguRa ; une autre vers le sud-ouest, pour les gens du village de
banadula (magu) ; la troisiéme vers le nord, pour les gens du village
de gainga (mige). Ce sont les trois directions déja indiquées lors de
la description du rituel de pluie mige.
La victime est aussitét dépecée, sa peau étendue sur le sol. Le
melik s’y assoit tandis que, derriére lui, s’installe le fils d’un forgeron!.
Des hommes se saisissent de la peau et par trois fois soulévent le chef.
La peau servira ensuite aux membres de la famille du chef 4 recouvrir
les diner.
A une reprise de l’enquéte, le melik Koti déclara que la peau était
partagée en trois entre les anguRa, les gens du village de banadula

t. Pour détourner le mauvais sort ?


LES DIRONG II5
et ceux de gainga et que chacun allait trainer sa part dans son ouadi :
teri-ba, kan et gainga. Est-ce parfaitement compatible avec le fait
que la peau sert a recouvrir les diyer ?
Le coeur de l’animal est attaché 4 un morceau de bois et laissé sur
la montagne. La viande est bouillie dans la premiére eau de pluie de
l'année ; on en mange sur place, chacun prenant le morceau qu il
désire, ou bien on la descend au village.
Par la suite (a la reprise indiquée ci-dessus) le melik Koti indiqua
que la viande était grillée et consommée sur place. En aucun cas, elle
ne pouvait étre ramenée au village; s’il y avait des restes il fallait
les abandonner sur le lieu du sacrifice. Il mentionna enfin la présence
de faki lisant le Coran.

B. LA NOMINATION DU MELIK KOTI EN JANVIER 1958

Bien que réintégré dans ses fonctions en 1955, le melik Koti ne


fut officiellement nommé une deuxiéme fois Chef de Canton qu’en
janvier 1958.
Voici le récit que nous envoya notre ancien collaborateur Abdullay
Idris, qui assista 4 cette nomination, comme nous le lui avions demandé.
Les cérémonies qu’il nous décrit correspondent a celles qui autrefois
se passaient a Abbéché.
Le réle du sultan du Wadday y est tenu et par le sultan des Zaghawa
et par le représentant de l’Administration francaise.
« Le 15 janvier 1958, nous sommes allés nommer le melik Koti, chef du
Canton Douréne. Nous avons quitté Iriba fen voiture] pour le Douréne a huit
heures du matin et nous sommes arrivés a Matayena [key-hay] 4 midi. Nous
nous sommes reposés pendant trois heures puis nous sommes repartis pour le
Douréne ou nous sommes arrivés a six heures du soir. Nous avons trouvé le
sultan Abderaman, le mogdum Idris [pére de notre informateur], l’agid Abdullay!
et le melik Koti avec des cavaliers, des filles, des jeunes gens, des vieux et des
vieilles, des tambours, et les chefs de village du Douréne, du Kapka et du Gourf.
Ils étaient en train de danser devant le campement. Puis sont arrivés : les chefs
de Canton de Biltine, le sultan Mahamat du Tama, le mogdum Mahamaden
Hamadi, chef de Canton 4 Guéréda [Tama]. Ils sont arrivés dans le grand camion
de Pascal, chauffeur du chef de District [de Biltine]. A chaque chef de Canton
le melik Koti a donné un mouton, un pain de sucre, une bouteille de limonade
et une bouteille de biére pour le repas de la nuit. Le lendemain matin, le melik

1. Le sultan Abderaman est présent en sa double qualité de sultan des


Zaghawa et de chef du Canton du Kobé ; Idris et Abdullay représentent respec-
tivement les Cantons du Kapka et du Guruf.
116 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Koti a appelé tous les chefs de Canton « buveurs » et il leur a donné des bouteilles
de whisky, du cognac, du vin rouge et de la biére. Pendant ce temps le chef de
District est arrivé avec l’interpréte Abbas. Aussitét nous sommes partis sous un
arbre pour y installer dix tapis ; alors le chef de District, le chef de P.C.A. et les
deux sultans : le sultan Abderaman et le sultan du Dar Tama sont venus sous
Varbre. Le conseiller Abbo Nosur!, l’interpréte Abbas et moi Abdullay Idris
nous nous sommes aussi installés 4 l’ombre de l’arbre. Alors on a fait appeler
le melik Koti. Le capitaine Fidaire [chef de P.C.A. a Hili-ba] a sorti une lettre
du gouverneur et nous a dit : « Je vais lire la lettre que le gouverneur m’a
envoyée. » Il a lu la lettre et le sultan Abderaman a fait apporter deux boubous,
un pantalon musulman, un turban et un bonnet. On a fait installer le melik
Koti sur les tapis et Abbo Nosur et Ahmat Tadjadin l’ont habillé avec les deux
boubous, le pantalon, le turban et le bonnet. Tandis que moi Abdullay Idris
et El] Hadj Salé nous avons pris des fusils et tiré quinze cartouches chacun.
Alors sont venus des filles, des femmes et des enfants. Les filles ont dansé autour
du tambour, les femmes ont poussé des you-yous et les garcons ont dansé gor.
Nous avons tiré d’autres coups de fusil et les femmes ont chanté :

suva kaRt
ououeu (sic) kaRiegi
ogiart kaki

« Le lion est venu


Quand est-il venu
C’est aujourd’hui qu’il est venu »?.

L’aprés-midi le melik Koti a tué quatre boeufs et six moutons pour la sauce
et quatre moutons pour le méchoui et puis le cuisinier du capitaine Fidaire a
fait préparer le méchoui. Quand tout a été prét A cinq heures du soir, on a mis
des tapis devant la maison ou se trouvait le sultan et puis on a appelé le chef
du District, le chef de P.C.A., les chefs de Canton et les deux sultans : le sultan
du Zaghawa et le sultan du Dar Tama. On a mis devant eux des bouteilles de
whisky, de cognac, de biére, de limonade, du vin rouge, des sucreries, des bis-
cuits. Ils ont bien bu et aprés on a apporté quatre méchouis ; on en a posé un
devant les deux sultans, un devant le chef de District, le capitaine Fidaire et le
Docteur, et deux devant les chefs de Canton, et puis ils ont tous mangé et ils
ont lavé leurs mains avec du savon. Le lendemain matin le chef de District est
parti et le sultan du Dar Tama et les chefs de Canton aussi. Et puis le capitaine
est parti le soir 4 quatre heures. On est rentré a Iriba a cinq heures du matin »3.

Ine Or Pa 77s
2. L’ina des Kigé est également un lion (cf. p. 92).
3. Nous ne savons pas s’il s’est passé quelque chose sur la montagne
gainga.
LES DIRONG II7

C. OBSERVATIONS SUR LA SIGNIFICATION DU RITUEL

L’analyse des sacrifices faits par les chefs divoy sur la montagne
gainga présente quelques difficultés supplémentaires du fait que ces
chefs peuvent appartenir 4 deux clans différents et que le rituel n’est
pas le méme dans les deux cas.
*
* Ok

Lorsque le chef appartient au clan mige, les cérémonies et les rites


apparaissent a l’observateur comme formant trois groupes nettement
espacés dans le temps.
Le premier groupe d’actes rituels se situe aprés l’investiture du
chef a Abbéché. Il se passe 4 gainga, sur la montagne-ancétre des
mige. Le chef nouvellement nommé y effectue un sacrifice destiné a
obtenir explicitement la prospérité, et implicitement la pluie. Le sacri-
ficateur est le chef lui-méme. L’animal sacrifié est une chévre, dont le
corps se charge des péchés du chef avant qu’il ne prononce la formule
rogatoire qui constitue sa priére.
Les rites concernant la peau fraiche de l’animal sont a I’évidence
des rites de magie sympathique pour appeler la pluie.
Cet ensemble d’actions et de paroles semble avoir un double but :
consacrer le chef, et le consacrer comme faiseur de pluie, responsable
de la prospérité du pays.
Le deuxiéme groupe de cérémonies se déroule en deux temps :
Dans un premier temps, un sacrifice a lieu, toujours sur la montagne
gainga. Cela se passe immédiatement apres les premieres pluies,
lorsque le ouadi a coulé. On a pris soin a ce moment-la de recueillir
de cette premiére eau, qui joue un roéle dans la cérémonie qui va suivre.
L’animal sacrifié est une vache vieille, donnée par le chef (qui est
un mige). Le sacrificateur est un neveu utérin (donc étranger aux
mige ; probablement un magu). Le sacrifice a lieu en présence de tous
les membres du clan mige.
Il est fait A ’intention des trois clans dominants, maitres du sol :
mige, magu et anguRa. Les destinataires en sont la montagne et ses
« fils » qui ont droit au coeur et au sang de la victime ; les hommes
mangent la viande cuite dans la « premiére eau ». Son but formel est
de faire tomber la pluie.
Dans un deuxiéme temps, un ou deux jours aprés ce sacrifice, un
rituel purement féminin prend place au sommet de la montagne, sans
118 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

doute au méme emplacement que le sacrifice. Quatre femmes, toutes


mige, dont l'une est la fille du chef!, font des offrandes de beurre, de
boules de farine de mil et de sel (les trois produits alimentaires essentiels
a la vie) et renversent de l’eau sur le sol?.
Les destinataires sont toujours la montagne et ses « fils ». Une
priére demande explicitement la prospérité et la pluie.
L’ensemble d’actes et de paroles que constituent le sacrifice
(masculin) et les offrandes (féminines) peut étre défini comme le rituel
de pluie proprement dit du clan mige. Il ne fait pas double emploi
avec le sacrifice d’intronisation du chef, il ne se situe pas non plus sur
un plan paralléle : les deux sont étroitement complémentaires. On
peut étre tenté de les considérer globalement comme représentant
l'état ancien du rituel scellant l'unité des mige et des magu, antérieur
a l’admission des anguRa.
Le troisitme groupe de cérémonies se place de vingt jours a un
mois aprés le rituel de pluie mzge.
C’est un sacrifice qui a lieu également sur la montagne gainga.
Ce sacrifice est tout a fait analogue dans son déroulement au sacrifice
de la vache fait par les mzge.
Notons en quoi ils se distinguent. La victime, toujours fournie
par le chef (qui est un mige) est un taureau, et non plus une vache. Le
sacrificateur n’est pas un mige, mais un anguRa (est-ce un neveu
utérin ? cela n’a pas été indiqué).
Le sacrifice a lieu en présence de tous les membres du clan anguRa.
Il est fait a l’intention des mémes clans, avec les mémes destinataires,
mais ce sont les anguRa qui les premiers mangent la viande bouillie
dans la « premiére eau ».
La peau n’est pas utilisée pour recouvrir les timbales (qui appar-
tiennent aux mige). Elle est partagée en trois et chaque morceau
revient a l’un des clans, pour étre trainée dans son ouadi (rite de magie
sympathique).
Le but explicite de ces actions est d’obtenir la pluie. Ce rituel,
qu’on peut définir comme le sacrifice de pluie des anguRa, est appelé
a intervenir soit aprés des précipitations normales (dans le mois qui
précéde) soit aprés des pluies insuffisantes. Il a pour but de compléter
le rituel mzge, de le renforcer, éventuellement d’accélérer la venue des
pluies.
1. Les plus proches parentes du chef appartenant au clan mige ne pouvaient
étre que ses sceurs ou ses filles. Sa mére et sa femme, étant donné l’exogamie
clanique, étaient d’un autre clan.
2. C’est sirement de l’eau « nouvelle ». Mais est-ce la méme « premiére eau »
que celle utilisée pour faire cuire la viande du sacrifice précédent ?
LES DIRONG 11g
Trois remarques peuvent étre faites 4 propos de ce rituel :
1° Il semble constituer une innovation, faite pour intégrer les
anguRa.
2° Il est imité du rituel ancien, tout en étant plus sommaire (la
partie féminine du rituel a disparu).
3° Par sa date, comme par le sexe de la victime (sacrifice de males
inférieur a celui de femelles), il situe les anguRa a un rang inférieur.

%
%

Lorsque le chef appartient au clan gude (qui est un clan étranger,


originaire du Kobé) les rites décrits par le melik Koti se déroulent
dans le temps et dans l’espace sans souffrir d’interruption, en une
succession continue dont la diversité ne doit pas cacher l’unité.
Apres avoir recu l’investiture du sultan d’Abbéché, le chef gude
doit rentrer dans son village d’am-kure. Mais ce voyage de retour
n’emprunte pas l’itinéraire direct de l’aller.
Dans une premiere phase, le chef et son escorte se rendent au ouadi
sto-dyura en traversant, semble-t-il, le territoire des clans magu et
mige, dont les membres l’accompagneront sur la portion de parcours
qui traverse leur territoire.
Cela ne peut-il étre interprété comme une procédure de « recon-
naissance » du chef par les maitres du sol ?
La deuxiéme phase est une halte de sept jours en pays mangay
dans le ouadi, auprés d’un arbre sans doute sacré. Les renseignements
obtenus sont trop sommaires pour qu’on puisse commenter davantage
cette sorte de retraite, prélude a l’accomplissement des rites.
La troisieme phase est constituée par le trajet de s1o-dyura a am-
kure. On y distingue quatre épisodes : le départ, le voyage, l’arrivée,
Ventrée au village.
Le départ du ouadi sio-dyura se situe le septiéme jour. I] est marqué
par V’intervention d’un mangay (clan ancien, mais de rang inférieur),
dans l’accomplissement d’un rite consistant en trois « tournées »
autour d’une « pierre ».
Plusieurs questions restent posées. L’escorte du melik, depuis le
ouadi jusqu’a la « pierre », est-elle fournie par les mangay ? Le rite
est-il un hommage rendu 4 un hypothétique ancétre ou manda des
mangay ? Est-ce une reconnaissance du melik par l’ancétre ? Est-ce
une prise de possession du pays mangay, symbolisé par cette « pierre » ?
Le voyage de la « pierre » 4 am-kure voit apparaitre les anguRa
I20 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

(clan originaire, lui aussi, du Kobé, peut-étre antérieurement intégré),


qui escortent le melik. Il se termine a proximité du village, a lendroit
ou va étre accompli un premier sacrifice marquant l’arrivée.
Un anguRa sacrifie une chévre blanche dont le cadavre, franchi
a cheval par le melik, se charge de ses péchés. Ainsi purifié, il pourra
faire son entrée au village.
Cet élément essentiel est repris du rituel des mige.
L’entrée au village se fait au milieu d’une profusion de symboles
royaux inconnus des mige mais dont les analogues se trouvent ailleurs,
en pays zaghawa : on bat la timbale royale, les anguRa élévent le melik
sur le pavois, les femmes de la famille du chef dansent les danses
royales au son des diyer portés par un chameau.
Ces trois premieres phases correspondent assez bien, fonctionnelle-
ment, au rituel d’investiture du chef mige. On remarquera d’une part
que les clans nobles anciens, mige et magu, y jouent un role trés effacé,
et d’autre part qu’elles sont d’autant plus riches de symboles et de
contenu que la légitimité du chef gude est moins assurée.
La quatriéme et derniére phase se situe le lendemain de l’entrée
au village.
Le melik, accompagné des membres de tous les clans, se rend a
lest de la montagne gainga. La, on sacrifie une vieille vache ou un
taureau. Les sacrificateurs sont un anguRa et le melik. Le sacrifice
est fait a l’intention des anguRa et des villages de banadula (magu)
et gainga (mige). Le cceur et le sang sont pour la montagne, la viande
est consommeée (bouillie dans la « premiére eau » ou rétie ?).
Des faki interviennent en lisant le Coran.
La peau fraiche de l’animal sert a élever 4 nouveau le melik sur
le pavois'. Elle est partagée entre anguRa et villageois de banadula
et de gainga pour étre trainée dans leur ouadi (rite de magie sympa-
thique).

Ce rituel fusionne en un seul sacrifice les sacrifices de pluie des


mige et des anguRa (il ne semble pas qu'il y ait d’offrandes faites par
les femmes gude).
On distinguera sans difficulté les éléments empruntés au rituel de

1. C’est alors la troisiéme fois que le chef gude est élevé sur le pavois. La
premiére se situe 4 Abbéché, dans une capitale étrangére, l’élévation se fait sur
un bouclier en peau. La deuxiéme a lieu en pays divoy, devant la porte de la
maison du chef, ce dernier assis sur la selle de son cheval. La troisiéme enfin
prend place sur ou prés de la montagne gainga ; le chef est alors assis sur la peau
fraiche de la victime. Ne peut-on parler d’une reconnaissance successive par le
sultan étranger, puis par ses sujets, enfin par l’ancétre des maitres du sol ?
LES DIRONG I21I

pluie des mige, tels quels ou adaptés A une situation nouvelle, et les
éléments complétement étrangers : élévation sur le pavois et inter-
vention des faki. Cette derniére représente vraisemblablement une
addition récente.
Il semble que le sacrifice gude ne puisse avoir lieu sur la montagne
sacrée des mige, mais qu’il prenne place 4 l’est de celle-ci. Sans cela
aurait-il été permis aux faki d’y participer ?
Remarquons pour terminer que ce sacrifice est facultatif. Si la
premiére pluie de l’année a été abondante, le chef gude peut le négliger ;
Si au contraire elle a été faible, il l’accomplit.

*
*

Comment expliquer le réle important attribué aux anguRa lorsque


le chef est un gude ? Les anguRa escortent le melik. Un anguRa égorge
la chévre pour le rite de purification ; le chef est élevé sur le pavois
par les anguRa ; lors de l’immolation de la vache c’est en tenant la
main, armée d’un couteau, de l’anguRa que le melik participe a l’égor-
gement de la victime.
Il en est tout autrement lorsque le chef est un mige. Les anguRa
n’apparaissent pas lors des rites d’intronisation ; ils ne participent
pas au sacrifice de pluie des mige, 4 moins que le neveu utérin sacri-
ficateur ne soit un anguRa, ce qui n’est pas dit. Cependant la rigole
qui est dirigée vers leurs terres les situe parmi les maitres avec les
mige et les magu.
Mais vingt jours apres le sacrifice du chef mige ils se rendent sur
la montagne gainga pour y immoler un taureau, pour le compte du
chef, semble-t-il, puisque la béte est fournie par lui.
Ii convient de souligner encore une fois, que le clan anguRa, tout
comme le clan gude, est originaire du Kobé. I] n’est donc pas étonnant
de trouver les anguRa étroitement associés a la bonne fortune des
gude, éclipsant totalement les premiers occupants. Cette solidarité
est naturelle. .
Lorsque le chef est un mige, le clan gude s’efface complétement,
et ce sont les anguRa qui représentent les clans originaires du Kobé
dans la communauté divoy. A-t-on innové pour eux, en créant une
institution « sur mesures », en appendice aux rituels déja existants ?
ou bien se sont-ils substitués aux magu dans une cérémonie qui était
propre a ces derniers ?
Dans l’alternance des chefs mige et gude, les anguRa assurent une
certaine continuité. En un rang subalterne, ou aux places d’honneur,
ils affirment la présence, l’affiliation des clans venus du Kobé.
122 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Des questions se posent : 4 quelles époques les anguRa et les gude


se sont-ils respectivement installés au diroy ? de quand peut dater
l’accession des gude a la chefferie ? Elle pourrait remonter a cing géné-
rations. Dans quelles conditions cela s’est-il produit ?
Une analyse sommaire du détail des rites nous fournit d’autres
remarques.
Dans le cas d’un chef gude :
1° Certains rites : retraite dans un ouadi, élévation sur le pavois,
ne semblent pas mige. Notons que nous les avons déja rencontrés lors
du rituel de ha-kige, pp. go et 92.
2° Les tournées autour d’une « pierre », signalées pour la premieére
fois, peuvent étre un rituel spécifiquement mangay}.
3° Tous les autres rites sont empruntés aux mzge.
Dans le cas d’un chef mzge, signalons :
1° Des rites non spécifiques : purification par le franchissement
de l’animal sacrifié ou de son sang que l’on charge de ses fautes (cf. rituel
de ha-kige, p. 91) ; peau de la victime trainée dans un ouadi ou mise
sur un arbre (cf. pays Kige et Guruf).
2° Des rites nouveaux : viande du sacrifice bouillie dans la pre-
miére eau de pluie, dispositif en rigoles pour recevoir et faire ruisseler
le sang du sacrifice, valeur divinatoire de la quantité de sang recueillie
dans chaque rigole, offrande a la montagne du cceur cru de la victime.
Terminons sur une constatation importante : les victimes et les
offrandes, de méme que sur ha-ya et ha-kige, sont destinées a la mon-
tagne et au serpent qui y réside. Ici us sont deux. Ls sont dits « fils
de la montagne », ainsi qu’un corbeau et un chacal dont on voit encore
mal le réle.

i> AUTRES RIPVELS DE PEULE CHEZ LES DIRONG

1. Les magu.

Tous les trois ans, peu de temps semble-t-il aprés les sacrifices de
la montagne gainga, les magu se rendent dans le ouadi murakule, au
pied de la montagne gainga. Ils se rassemblent sous un gros acacia

ie, LDN effet rien ne prouve que le rite de circumambulation soit un emprunt
a l’Islam. Le rite du fawaf accompli 4 la Mekke autour de la Ka‘ba est d’ailleurs
lui-méme d’origine préislamique.
LES DIRONG 123

(teli) pour y sacrifier un taureau gris. Tandis que des fake lisent le
Coran, on prononce la priére rituelle :
teli manda nelt
tRu (iRo) bi kotdoy
ivt gavbeno
insan (ar.) sokko kiseli

«O teli, toi qui es un manda,


Fais que Dieu nous envoie de l’eau,
Qu’il améne des richesses sur [notre] terre,
Quil donne a manger 4 tous. »

La viande du sacrifice est bouillie dans l’eau nouvelle et mangée


sur place. La peau est enroulée autour d’un arbre.
Les magu jettent également sous l’arbre un poulet blanc?. II est
destiné a étre emporté par l’eau de la prochaine pluie.

2. Les anguRa.

Les anguRa, dont nous avons vu le réle lors des sacrifices de la


montagne gainga, se rendent chaque année dans |’ouadi teri-ba. La,
sur une pierre plate, un vieil anguRa égorge un mouton ; trois jours
aprés, c’est une chévre blanche ; encore trois jours plus tard, il jette
dans le ouadi un poulet blanc, sans l’avoir tué auparavant. La viande
du mouton et de la chévre est mangée sur place. Les gens qui passent
sont invités a participer au repas ; on rameéne les restes au village.
Le poulet est, 1a aussi, destiné 4 étre emporté par l’eau du ouadi.

3. Les enimeRa.

Les entmeRa ou elmiRa® sacrifient une vache jaune sur une mon-
tagne, ainsi qu’un mouton ou une chévre dans un ouadi, sous un
arbuste (weyRa)*. Montagne et arbre sont les demeures d’un serpent.
La montagne est tantét la montagne eni-me ou elme proprement dite,
tant6t une montagne proche de gainga. En réalité, il semble que l’on

1. Voir p. 58, n. 2.
z. Il semble que le poulet soit vivant. Dans ce cas a-t-il les pattes liées?
Est-il simplement abandonné dans le lit du ouadi a sec? Est-il jeté dans le
ouadi & un moment ot il coule ? pasa
3. Les enimeRa sont des bigi, originaires de la montagne eni-me (ou elme),
au nord-ouest de ba-kawRe (v. p. 81). Par la suite ils seraient arrivés au divoy
ow ils se seraient alliés par mariage aux mige et aux magu.
4. Salvadora persica, ar. siwak.
I24 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

se rende sur une montagne proche de gainga, mais que l’on s’adresse
& la montagne ent-me.
Le chef des en#meRa fournit la vache du sacrifice, auquel il convoque
tous les gens du village. Le sacrificateur est désigné par la géomancie.
Pour savoir si la montagne agrée le sacrifice, une femme place
trois boules de farine dans de l'eau contenue dans une calebasse. Elle
demande la pluie et la prospérité. Si la montagne est favorable l’eau
coule sur le sol A mesure que la femme formule ses demandes. Si au
contraire la montagne est hostile, l’eau de la calebasse est immobile.
La viande du sacrifice est mangée sur la montagne. On abandonne
le sang et les os destinés au serpent, « fils de la montagne ». Ce repas
est suivi de danses autour des tambours.
Quand un clan autre qu’entmeRa se rend sur cette montagne, le
serpent sort et se jette sur les gens.
Sous le weyRe, un enimeRa égorge un mouton (ou une chévre).
Il laisse le sang couler dans le ouadi. L’animal est désossé et ses os
placés sous l’arbre. La viande est ramenée au village ; elle sera mangée
bouillie. Aprés le sacrifice il jette sous l’arbre quelques plumes prises
& une poule blanche et abandonne la poule dans le ouadi. Au pied de
l’arbre, il fait une offrande de mil, sur le trone, des onctions de beurre.
Le sang de la victime, les boules de farine de mil et le beurre sont
destinés au serpent qui demeure dans l’arbre. Tuer ce serpent entraine
la mort de la terre et des hommes qui y vivent, de méme que casser
ou couper des branches de l'arbre pour faire du feu.
Serpent, arbre, et montagne font partie d’un méme complexe. On
les invoque ainsi :
dent woggi maligt senogo
ha baga marane, bodu sile
egese Rane, woggt Reseli
weyRa ali baria-neli (ou art barta-neli)
Rodi negeygi Rest
boru negevgt Rest
togu negeyst Rest
tri-igt baga marageni.

« Serpent, ne mange pas hommes et animaux


Montagne, fais croitre le mil, fais tomber la pluie
Fais pousser les céréales (sauvages), donne 4 manger aux gens
weyRa, maitre de la coutume (?)
Je te donne une poule, accepte
Je te donne du beurre, accepte
Je te donne de la farine, accepte
Fais pousser le mil sur notre terre. »
LES DIRONG I25

4. Les naskaRa-eriRa.
Les yaskaRa-eriRa se rendent sur la montagne gare, a l’est de
kubu, pour y offrir simplement des boules de farine de mil. Ils appor-
tent également avec eux une marmite, « au fond noir comme les nuages
de pluie ». Is l’accrochent 4 un baton au sommet de la montagne dans
le but d’attirer les nuages. Il est a signaler que la tradition les fait
venir du sud (Tama ou région d’Adré), c’est-a-dire d’un pays de séden-
taires, cultivateurs de mil!. Ceci explique peut-étre ]’absence de sacri-
fices animaux ? 4 moins que cela n’indique une position subalterne?

5. Les baga et la chefferie kubu.


Il existe dans le sud du pays divoy une petite chefferie qui jusqu’en
IgI4 conserva son indépendance; par la suite elle fut rattachée au
Canton diroy. La, autour du village de kubu, vivaient quelques baga.
Aujourd’hui encore les baga constituent 70 % de la population de kubu.
Les baga seraient des Zaghawa twer (Soudan) arrivés 4 la méme
époque que les mige (vers 1830 ?). Ils s’installérent dans une région
inhabitée qui, de l’ouest a lest, s’étend du Kapka au pays mimi, et
du sud au nord, du Tama au « caillou » de kaza.
Leur chef Mahamat Sorof avait le titre de sultan et dépendait du
sultan du Wadday. Chaque année il devait lui fournir un tribut de
mil et de sésame. Un jour, Mahamat Sorof refusa de verser ce tribut.
Le sultan du Wadday le fit mettre 4 mort par ses gens et ne nomma
pas d’autre sultan pour lui succéder. Peut-étre est-ce a partir de ce
moment-la que la chefferie kubu fut englobée dans le Dar Turtalu ou
« province nord » du Wadday ?
Les baga font des sacrifices sur la montagne godwm. Tous les cing
ans, ils s’y rendent en nombre pour immoler une vieille vache grise.
Le repas a lieu sur place ; a la montagne on abandonne les os.
Un autre rituel a lieu deux fois par an : au début du mois de janvier
et avant les premiéres pluies. Deux personnes ont alors la charge de
se rendre sur la montagne : un homme désigné par la géomancie, et
une femme appartenant au clan baga*. Peu importe que cette femme

1. Les yaskaRa s’installérent d’abord chez les baga (chefferie kubu). A la


mort du sultan baga ils s’enfuirent et se mirent sous la protection des mige.
Leur lieu de culte demeure a l’est de kubu.
z. Actuellement c’est Sitte, la tante du chef. Auparavant c’était Awayie,
mére de Sitté. Si Sitté est absente, sa jeune sceur peut la remplacer. I] semble
que cette fonction soit dévolue 4 une famille, et aussi que le clan baga ne suive
pas la régle d’exogamie.
126
“= SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

soit vierge ou mariée ; mais si elle a un enfant elle ne doit plus le porter
sur son dos!. Avant tout il est nécessaire qu’elle sache parler a la
montagne,
L’homme et la femme grimpent au sommet de la montagne en
amenant un mouton gris, une chévre blanche, un poulet blanc, du mil
et du beurre. Les victimes sont égorgées au-dessus d’un trou situé
entre deux pierres?. Les officiants allument du feu, mettent une mar-
mite au-dessus et font cuire la viande. Lorsqu’elle est cuite, ils la
désossent et déposent les os dans le trou qui a recueilli le sang. Ils
mangent de la viande.
Puis la femme jette un peu de mil dans le trou et fait des onctions
de beurre sur les pierres en demandant a la montagne d’envoyer la
pluie et d’écarter les maladies.
Le reste de la viande est descendu au village ot tout le monde,
méme les forgerons, prend part a un repas.
Ces informations me furent fournies par Adey Nur, chef du village
de kubu, et par Walda Ahmat, habitant de ce village. Tous deux
étaient baga.

1. Il faut donc qu'il soit sevré ; cf. p. 37 les femmes qui participent au sacri-
fice de Ha-Kobé ne doivent pas étre en période d’allaitement.
2. On pense au « trou » du sommet de la montagne Kobé. Est-ce l’habitation
d’un serpent ou un moyen de communiquer plus intimement avec la montagne ?
CHAPITRE V

17E Se Gel R-ULE

TP AGENERALITES

A. L’ENQUETE

L’enquéte fut menée en pays guruf pendant le mois de septembre


1957, essentiellement au village de gavama. La aussi de nombreux
informateurs participérent aux conversations. Les plus marquants
par leurs connaissances et leur assiduité a venir chaque jour travailler
furent Idris, un dersiRa, frere de l’actuel agid Abdullay Isaka, ainsi
qu’Adum, fils de cet agid; Ahmat Isa, un weRa, chef (imam) du
hameau de tulges et Silik Kebir, un autre weRa, vivant au hameau
de borto-boro ; Abdullay Yakub, un sumuraRa, chef du hameau de
mingiy et Dugwoi Anu, un kanagaka, forgeron, et chef des forgerons
pour ce méme hameau ; Ismain Isa, un villageois du village de mingir,
appartenant au clan korfu-kedika ; Dahab Zurga, un darbala1, chef
du village d’éndur, dont la femme était darba ; Abd el-malik Nadim,
un yaskaRa vivant au hameau de guel et dont les deux femmes étaient
lune fatatara, lautre swmuraRa ; enfin le vieil Isaka, un baga, qui
avait déja vécu avec nous un certain temps au Kobé et qui contribua
largement a nous introduire au Guruf, ainsi qu’Adum, fils de l’agzd,
cité plus haut.

B. LE CADRE HISTORIQUE

La petite chefferie guruf s’étend a l’ouest de la chefferie diroy.


Les gurufta ou « habitants du Guruf » ont les Mimi pour voisins méri-
1. darbala est le nom que les Zaghawa du Guruf donnent aux amday plus
connus sous le nom arabe de Mimi. Les Waddayens les appellent mututu. I] ne
faut pas les confondre avec les darbaRa ou darba qui sont des Zaghawa bigi
originaires de la montagne darba, au nord-ouest de ba-kawRe (v. p. 81) dont
nous avons retrouvé des membres au Kobé (v. p. 59) et au Guruf (v. p. 140).
128 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

dionaux et occidentaux ; au nord et aussi a l’ouest, ils sont en contact


avec des nomades, principalement les « Arabes » mahamid. Us consti-
tuent une véritable « marche » du pays zaghawa qui a servi de cadre
4 un intense brassage de populations.
Implantés dans une plaine sableuse parsemée de quelques hauteurs,
les gurufta sont les plus sédentaires des Zaghawa. Ils cultivent davan-
tage de mil ; ils élévent moins de bceufs et de chameaux.
Cing villages : borku, geli-biri, 6ndur, geli-minna, asi-biri, peu
éloignés les uns des autres, occupent les collines. Chaque village
compte un grand nombre de hameaux ou matua. Ainsi, au recensement
de 1953 on dénombrait huit hameaux dépendant du seul village de
borku : deux hameaux du nom de minfgir (l’un occupé par les forgerons,
l’autre par les non-forgerons), puis usuru, et usuru tirra, guel, tulges,
borto-boro, e1ns-be.
Il est fréquent de lire dans les rapports d’archives que les gurujta
ont perdu en grande partie leur caractére zaghawa et quils parlent
mieux « le mimi » que « le zaghawa ». Ce n’est pas exact ; un Zaghawa
guruf est tres différent d’un Mimi et si presque tous les gurufta parlent
le mimi, ils ne négligent pas pour cela leur propre langue. De méme
presque tous les Mimi sont bilingues.
On doit plutét parler d’une alliance trés étroite entre les deux
populations ; gurufta et Mimi se comprennent, ils se marient entre
eux, on a pu méme voir plus haut un Mimi chef d’un village guruf.
Mais il y a plus ; alors que l’activité principale des Zaghawa consistait
et consiste encore a voler les animaux des populations voisines (des
Goranes surtout), les gurufta ne s’emparent jamais d’une béte appar-
tenant a un Mimi. Ceci nous fut confirmé en décembre 1962 par l’ex-
député Ahmed Senoussi, luicméme Mimi et frére cadet d’Abdullay
Senoussi, ancien chef de ce Canton. I] ajouta : le pays mimi est un
refuge pour les voleurs zaghawa et si, a l'occasion d’une bagarre entre
Zaghawa et gens volés, des Mimi sont tués ou blessés, les Zaghawa
donnent des compensations : prix du sang ou indemnités pour les morts
et les blessés.
*
*

Autrefois les chefs du guruf1, choisis dans un clan déterminé,


recevaient l’investiture du sultan du Wadday. II en était de méme des
chefs des cinq villages dont nous venons de parler. Chaque village
ihe On leur donne aujourd’hui le titre d’agid (ar. cl. ‘agid) emprunté a l’admi-
nistration du royaume du Wadday. Le terme zaghawa est ila (« chef ») dans le
dialecte du Guruf, correspondant a ina dans les autres dialectes zaghawa.
LES GURUF 129
correspondait a un clan, le chef de clan était en méme temps chef de
village. Les chefs de villages dépendaient de l’agid du guruf, et ce
dernier, en dehors du paiement du tribut annuel, jouissait d’une réelle
autonomie, vis-a-vis du Wadday.
Chaque année l’agid du guruf devait envoyer 4 Abbéché cent étoffes
de turban (achetées ou obtenues par échange 4 l’extérieur), des cha-
meaux, des taureaux, quatre a six étalons, des moutons, quarante
ou cinquante jarres pleines de beurre, cinquante tokiye! de gabak
(cotonnade indigéne), une dizaine de jeunes esclaves, hommes et
femmes, ainsi que tous les fusils pris lors des attaques de caravanes.
Ce tribut ne comprenait pas de mil. En retour le sultan donnait quelques
fusils a Vagid.
Il semble qu’un second tribut, en grains, était prélevé par l’agid
Mahamid, fonctionnaire waddayen dans le domaine duquel se trouvait
le guruf, pour nourrir ses troupes?.

L’occupation du guruf ne semble pas trés ancienne. Elle remonterait


tout au plus a sept générations. Les informateurs sont unanimes a
dire que les premiers arrivants furent les fatatara et les weRa. Ils
seraient arrivés a la méme époque dans un pays désert.
Les fatatara (ou fattara) seraient des kivegu du Kobé (v. p. 49).
Une tradition rapporte qu’un écolier fatatava serait arrivé au guruf
en lisant le Coran et s’y serait installé. Ses parents et d’autres membres
de son clan l’auraient rejoint. I] aurait épousé une femme appartenant
au méme clan que lui. Nous ne savons rien de plus.
D’aprés les recensements il existe toujours des /atatara au guruf ;
nous n’avons pas eu la possibilité d’en interroger.
Nous avons déja rencontré les weRa, installés au nord-ouest du
pays kobé (v. p. 63). C’est Geheman, fils de Hamdalla qui, lassé de
la tyrannie de son pére, se serait enfui du we et serait venu jusqu’au
guruf. Geheman s’établit 4 arfala-fa, dans le territoire de borto-boro.
L’un de nos informateurs, Ahmat Isa, descendant de Geheman, put
remonter jusqu’a lui dans sa généalogie ; elle s’étend sur sept généra-
tions (v. tableau IV).

1. C’est une mesure arabe équivalant a trente-six coudées.


2. C’est ce qui ressort de l’information fournie par GiovanciLy : « Le Gourf
était rattaché a titre d’apanage a l’aguid des Mahamid et fournissait 4 ce fonc-
tionnaire le mil nécessaire 4 son alimentation et a celle de sa suite et de ses
nombreux chevaux » (« Eléments de monographie du district de Biltine », p. 102).
130 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Les sumuRa ou sumuraRa seraient arrivés, semble-t-il, peu de


temps apres.
D’aprés Isaka, ils étaient maitres de la terre, depuis le ouadi geyzr,
4 la frontiére du pays mimi, jusqu’a la montagne garvra} au nord-est.
Etaient-ils les maitres de la terre de tout le pays guruf, ou bien d’une
partie seulement ? En effet les informateurs disent également des
weRa quils étaient maitres de la terre. Le role de ces derniers lors des
sacrifices de fertilité nous incline vers cette hypothése. On peut imagi-
ner gvosso modo un partage entre le nord et le sud du pays.
D’aprés le méme informateur les swmuraka fournissaient les chefs
(agid). Il précisa qu’ils n’étaient pas autochtones mais que leur instal-
lation en pays guruf était ancienne.
Un autre informateur, Abdullay Yakub, lui-méme sumuraRa,
confirma l’ancienneté de l’établissement des swmuraRa au guruf, sans
pouvoir préciser une date. Ils se seraient fixés au sud du pays guruf,
a la limite du pays mimi, dans un village qui porte le nom de sumura ;
c’est pour cela quils s’appellent sumuraRa ou « gens de sumura ».
Ils se mariaient avec les Mimi.
Leurs interdits sont d’une part le fourmilier et le lézard taoday,
interdits propres aux clans guruf, d’autre part Vantilope kurbali, les
bétes a raies noires, les calebasses a raies noires et les bétes aveugles,
interdits qui semblent plus particuliers aux clans kige ; enfin l’oiseau
ayu, interdit des ayu, clan royal du Kobé. D’aprés cet informateur
tous les swmurvaRa sont parents des ayu.
Comment ont-ils accédé a la chefferie et a quel moment ? Est-ce
aprés une alliance avec le clan royal des ayu, ce qui expliquerait que
l’oiseau ayu soit un de leurs interdits ? Nous ne pouvons le préciser.
Les premiers chefs du guruf que nous connaissions furent choisis
par le sultan du Wadday, au sein du clan swmuraRa. Ce furent succes-
sivement le pere de Hasan, Hasan lui-méme, puis son fils A bd el-krim
(v. tableau VIII).
La succession d’Abd el-krim échut a Yaya ab-Zurga. Ce n’était
pas un swmuraRa, mais un elimeRa (ou elmeRa). Les elimeRa (enimeRa
en dialecte kapka) sont des digi du Kapka dont une partie est établie
en pays divoy (v. p. 81). Il semble qu'il faille voir dans ce transfert
de pouvoir une premiére emprise du sultanat du Kapka sur le pays
guruf. Elle se concrétisera par la suite. C’était I’époque ou Bari
commandait au Kapka.
1. Est-ce la montagne que les Arabes nomment karra et les Zaghawa ogu-ba,
sur la frontiére ouest du pays kigé ? Dans ce cas les sumuraRa auraient été les
maitres d’un territoire beaucoup plus étendu que celui de l’actuel Canton guruf.
Ils auraient également occupé le nord de ce qui est aujourd’hui le Canton divoy.
LES GURUFE I31

1. X... (sumuraRa) Y... (elimeRa)


| |

2. Hasan
| |
O = Abbakar(elimeRa)
zi
4. Yaya ab-Zurga
|
Isaka (dersiRa)
| (1901-1923)
|
3 et 7. Abd el-krim 8. Bodur 5. Zurga 6. Isaka g. Abdullay
(1923-1924) (1924-1932) (1948- )

TABLEAW VIII == Les CHErs pU GURUF

Lorsque les Francais pénétrerent au Wadday, ils trouvérent


Yaya en place. Il commanda de Igor a 1923, date a laquelle il fut
destitué a cause de son grand 4ge!. La chefferie resta aux mains des
eimeRa avec Zurga (1923-1924) et Isaka (1924-1932), tous deux fils
de Yaya.
En 1928, le sultan du Kapka Abdullay Sabr arrive a ses fins. Le
guruf et le diroy sont rattachés au sultanat du Kapka, sur proposition
du capitaine Paoli commandant a Biltine?. [1 en sera ainsi jusqu’en
1937, année de la destitution d’Abdullay Sabr.
Dans Vintervalle Isaka était arrété, en 1932, sur plainte d’Abdullay
Sabr’. La chefferie revint aux sumuvaRa en la personne d’A bd el-krim,
fils de Hasan. I] avait été agid une premiere fois, avant Yaya.
A Abd el-krim succéde Bodur, son cousin. Avec lui, c’est a nou-
veau un elimeRa qui est a la téte du guruf. A une date indé-
terminée, il fut destitué, emprisonné a Hili-ba pendant deux ans et
demi. En 1963, agé d’une cinquantaine d’années, il vivait au village
de tulges.
En 1937, le sultan Haggar du Kobé recgoit le commandement de
tous les Zaghawa du Ouaddai. A la téte de chaque Canton, Haggar
puis Abderaman placérent des chefs qu’ils pensaient fidéles : membres
de leur clan ou de clans alliés. Souvent ils n’appartenaient pas au clan
qui traditionnellement détenait le pouvoir.

1. Cf. GIOVANCILY, op. cit., p. 102. Yaya y est cité sous le nom d’Abou
Zourgo. Paoti (« La subdivision de Biltine », p. 37) lui donne comme prédéces-
seurs Idris (1892-1896) et le faki Néeman (1896-1901). Nous ne savons rien de
ces personnages.
2. Cf. GIOVANCILY, op. cit., p. 103.
Sold PB LOZ
132 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Depuis 1948 environ, Abdullay Isaka est agid du guruf. Crest un


dersiRa'. Son prédécesseur était Bodur. D’aprés Idris Isaka, lui-méme
dersiRa et frére de l’agid, l’arrivée de leurs ancétres au Guruf remon-
terait A cing générations. Originaires de la montagne dersi au Kapka,
ils seraient venus s’établir au village de borkuw. De nombreux dersiRa
vivent encore au Kapka.

II. — RITUELS AGRAIRES EN PAYS GURUF

Nous n’avons aucun renseignement sur les sacrifices exécutés par


les fatatara.
Nous sommes mieux informés a propos des weRa, qui interviennent
dans plusieurs rituels. A turma, ils sacrifient un animal pour leur
propre clan. Ils participent en tant que sacrificateurs 4 deux autres
rituels, l’un concernant le hameau de tulges, l’autre concernant le
guruf tout entier.

A. RITES DE PROSPERITE

1. Le sacrifice des weRa @ turma.


A turma, un weRa égorge une brebis, vieille, de couleur grise, au
moment ot le mil commence a sortir et que sa croissance exige de la
pluie.
La béte a été fournie par le clan weRa, dont chaque membre a
contribué la somme de cinq francs C.F.A. Elle est immolée sur une
pierre plate qui se nomme ger-ba. Cette pierre est un manda. La peau
de la victime est trainée a terre en travers du ouadi. La viande est
bouillie et mangée sur place. Les restes sont ramenés au village pour
ceux qui ne sont pas venus assister au sacrifice.
Nous avons vu qu il existe au we un endroit nommé ger-ba
«le puits gris ». C’est la qu’arrivérent les kardaRa aprés avoir été
chassés du twer et sans doute aussi les weRa quils accompagnaient
(v. p. 64).
I] faudrait savoir si gey-ba ne fut pas ou n’est pas encore un lieu
du culte pour les weRka du we, de méme qu’ina-taguli Vest resté pour
les nauRa (v. p. 58). On peut aussi se demander si les weRa établis
au guruf n’y ont pas transporté le rituel de ger-ba en ]’exécutant sur

1. Voir p. 99 un autre exemple de la montée des dersiRa.


LES GURUF 133

une pierre a laquelle ils donnérent le méme nom. II n’y aurait 1A rien
d’étonnant!,
2. Le sacrifice des habitants de tulges.
A environ cing kilométres du hameau de twlges se trouve une petite
colline (gurfu) nommée bis. La, au pied d’un arbre nur2, a lieu chaque
année le sacrifice d’une chévre blanche qui n’a encore jamais mis bas.
Cela se passe avant la moisson.
La chévre a été fournie par tous les villageois de tulges, quel que
soit leur clan. Ils ont donné chacun cinq francs C.F.A. pour la payer.
La somme ainsi rassemblée se nomme rian djama-ki? ou « Vargent de
l’assemblée ».
Les deux acteurs du sacrifice sont un weRa et un darba, son neveu
utérin.
Les sacrifiants doivent respecter un interdit sexuel dix jours avant
le sacrifice.
C’est le weRa qui tue. Il dit trois fois bismallay (ar. cl. bismillah)
puis allahu akbar et il égorge la victime. Il accomplit ce rite en sa
qualité de maitre du sol.
Le darba recueille le sang dans une calebasse neuve, fournie par
lui, dont l’amertume n’a pas été enlevée. Puis il plonge une poignée
d’herbes nanduk‘ dans la calebasse et asperge de sang un périmétre
correspondant a un enclos sans culture®. A chaque fois il dit :
sadaga
fa-gudu-k1 lededi
1Do gwobol gel
« sadaga,
Nous faisons [ce sacrifice] pour notre montagne
Dieu, accorde [ce que nous demandons]. »

1. Dans le méme ordre d’idées, nous verrons les kanagaRa établis loin de
leur manda, qui est une montagne, piquer une petite pierre devant leur porte
et s’adresser a la pierre comme a la montagne elle-méme (v. p. 143). De méme
les sigeyla établis loin de baskeli font leurs offrandes et leurs priéres 4 une branche
d’un arbre eli plantée dans le sable et figurant l’arbre lointain (v. p. 161).
2. Maerua crassifolia, ar. kurmut (on entend aussi kurmutay). CARVALHO
et GiILLET dans leur Catalogue des plantes de 1Ennedi donnent arabe « Sourei
ou Zalafaye ». Quant a « Kourmoutaye » son identification est Cadaba glandulosa
(pp. 148-149). Mais l’année d’aprés (1961) GiLLET donne « Kourmoutt » comme
nom arabe de Maerua crassifolia (« Paturages sahéliens », p. 201).
3. Cf. ar. cl. rryal et djama‘a.
4. naguru en dialecte kobé, gow en arabe, Aristida funiculata (GILLET, « Patu-
rages sahéliens », p. 201). L’herbe est de l’année précédente.
5. Les mémes informateurs se contredirent : c’est le darba qui tue et le weka
qui répand le sang.
4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

La calebasse est ensuite jetée a l’endroit ot la béte a été tuée.


Pendant cette tournée, le weRa est resté sur place.
Le darba dépouille la victime et la découpe. Pendant ce temps le
weRa va chercher du bois et allume du feu.
Au weRa revient une épaule, au darba la peau, les pattes, la téte
et la graisse des intestins. Chaque morceau de la béte découpée est
grillé et ensuite emporté au village ow il sera mangé avec les parents’.
Seuls le foie, le coeur, les reins, la rate et les tripes sont mangés sur
place, apres avoir été grillés par les deux sacrifiants.

3. Le sacrifice d’eni-ba

Les dersiRa, qui détiennent actuellement la chefferie, ne font


aucun sacrifice qui leur soit propre?. Toutefois si les habitants du guruf
désirent faire une sadaga, Abdullay Isaka en tant qu’agid donne un
taureau ou bien collecte argent ou mil pour acheter un taureau.
Lorsque chacun participe a l’achat du taureau deux cas se pré-
sentent : si année a été mauvaise et que l’on ait récolté peu de mil,
chacun donne cing ou dix francs ; si l’année a été bonne, chacun ayant
récolté en moyenne six kara (ar. garfa)? de mil, on donne la moitié
d’un kara a Vagid, pour l’achat du taureau.
C’est pour le guruf tout entier que la béte est sacrifiée.
Ce sacrifice annuel n’a pas été abandonné ; il a eu lieu en 1956 et,
sil ne fut pas exécuté en 1957 c’est, nous dirent nos informateurs,
parce quils avaient laissé passer le moment. Cette raison n’était
peut-étre qu’une mauvaise excuse pour nous écarter du rituel.
Le sacrifice a lieu a eni-ba, sur le territoire d’asi-bivi, A environ
une heure de marche de garama, au pied d’un gros jujubier que les
gurufta nomment golda’.
On s’y rend n’importe quel jour de la semaine au moment ow le
mil commence a sortir.
Le taureau doit étre gris et 4gé de deux ans. N’importe qui le
conduit a l’endroit du sacrifice. Le weRa qui l’égorge doit avoir cer-

1. Tout le monde en mange sauf les femmes. Mais si l’on rencontre une
femme sur la route qui conduit au village on lui donne un morceau de
viande.
ie Il] ne semble pas, non plus, qu’ils en exécutent en pays kigé, leur habitat
initial.
3. Crest une grande outre en peau de bceuf ou de chameau. Elle contient
environ soixante kilogrammes.
4. Giziphus spina christi, geyla (ou keyla) en dialecte kobé et kapka, nabak
en arabe.
LES GURUF 135
tains liens de parenté avec l’agid. C’est son cousin maternel : la
grand-mére paternelle de l’agid et le pére du sacrificateur sont frére
CUSCoure
|
) A @ >
(sacrificateur)
iA |l>— e@

i (agid)

C’est un homme plus 4gé que l’agid. A sa mort ses fréres ou ses
enfants le remplaceront dans ce rdle.
Cinq jours avant le sacrifice, il respecte un interdit sexuel. Le
matin méme il fait ses ablutions.
Lorsqu’il égorge la victime, il prie :

iRu-gu bi koddeye kisine


baga mara gelek siedi
vebbina sher vafagalt
vebbina kher tet syer tegi (ou teki)

« Dieu fais pleuvoir !


[afin que] l’on mange du mil a la paille rouge (mir ?)
que Dieu nous enleve le mal!
que Dieu nous fasse descendre le bien ! »}.

Le sang coule dans le ouadi. La béte est dépouillée et découpée.


De sa peau, on fait cinq morceaux ; de sa viande coupée en petits
morceaux, on fait cing tas. Chaque part est destinée a l’un des cing
villages du guruf : borku, geli-biri, Ondur, geli-minna, asi-birt. La
viande est bouillie. Les habitants d’un méme village mangent ensemble
mais chaque village mange séparément.
On laisse sur le sol les saletés et les os. Il n’y a aucune offrande de
viande. Les restes, sil y en a, sont ramenés au village.
Chacun retourne chez soi ; pour chaque village un des participants
traine 4 terre derriére lui, pendant tout le trajet, la part de peau de
taureau qui lui revient. Arrivé au village, il coupe une laniére de peau
qu'il attache sous le toit d’un hangar commun (wodda) qui se trouve
sur la place d’assemblée (iga). Celui qui le désire prend le reste de
la peau.

t. Dans les deux derniéres phrases la forte proportion de mots empruntés


a l’arabe permet de penser qu’il y a eu addition.
136 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

B. RITUELS DE PLUIE PROPREMENT DITS

1. La chefferie. Sacrifices et actions magiques.

Un autre ritue] nous a été décrit par Adum, fils de l’agid Abdullay.
Aucun clan en particulier n’y joue un réle précis, mais tous les faki
du Guruf y participent.
Tous les ans, un vendredi de juillet, juste avant la saison des
pluies, les villageois se réunissent sur la place d’assemblée du village
du chef pour assister au sacrifice de trois ou quatre taureaux. L’un a
été donné par le chef, les autres par les villageois. Le chef choisit les
sacrificateurs parmi les hommes qu'il veut honorer. Ils sont cing ou
six. Les bétes sont immolées dés sept heures du matin. On leur coupe
d’abord les jarrets, puis on les égorge la téte tournée vers l’est. Vers
huit heures les gens arrivent, dont quelques femmes pour faire cuire
la viande.
Un des faki (le plus important) partage les feuilles d’un Coran
entre tous les faki présents. Chacun lit a son tour, parfois ils lisent en
méme temps. La « lecture » du livre doit étre « totale ». Lorsqu’elle
est achevée, ils font des invocations (ar. dwa, ar. cl. du‘d) et récitent
des chapelets.
_ La viande du sacrifice est mangée, une partie bouillie, l’autre
grillée, accompagnée de polenta de mil.
Le lendemain ou quelques jours aprés il pleut.
En 1957, ces sacrifices avaient eu lieu quelque temps avant notre
enquéte. Nous ne savons pas s’ils se sont substitués au sacrifice d’eni-ba
qui concerne aussi le guruf tout entier ou si les deux rituels coexistent.
Toutefois cette deuxiéme hypothése semble la plus probable.

*
*x

Par ailleurs, Adum Abdullay prétendit que son pére, l’agid, avait
en sa possession «des os de cheval de mer » (ar. fers al-bahr)1: « Personne
ne sait ou il les cache. Un peu avant la saison des pluies, il part seul
sur une montagne, n’importe laquelle, afin qu’on ne sache pas ot il
se rend ; il creuse un trou et les enterre. Au-dessus il pose un gros
caillou. I] pleut aussitét en abondance. Lorsque la saison des pluies
est finie, il va chercher les os du cheval de mer et les cache a V’intérieur

1. Hippopotame (mais cf. Hillelson : husan el bahr ou gamiis el bahr,


p. 140, Carbou et Lethem : grinti).
LES GURUF 137

de sa maison. I] les met dans un gobelet en fer et dans une cantine.


Les os du cheval de mer sont enterrés en secret et ensuite cachés pour
qu’ils ne soient pas volés. »
D’aprés Ahmed Senoussi ces « fétiches » auraient été vendus a
l’agid par des gens venant de Nigeria.

2. Rites spéciaux en cas de sécheresse.

a) Les weRa, maitres du sol.


Les informateurs qui nous décrivirent les sacrifices auxquels parti-
cipaient les weRa nous parlérent également d’un rituel qui intervient
lorsqu’apreés les semailles la pluie ne tombe pas.
Ce rituel d’exception a lieu dans le ouadi turma, ot les weRa font
leur propre sacrifice, sur une pierre (est-ce ger-ba ?). En voici les
étapes.
Lorsqu’apreés les semailles la pluie ne tombe pas, on pratique la
géomancie : guru (ar. khat) pour savoir qui doit étre nommé chef de
Veau : bi-ala.
Certaines gens (gwoila : géomanciens) connaissent cette sorte de
divination. Aprés avoir imprimé quelques creux dans le sable, ils font
marcher leurs doigts en unissant neuf trous par un trait et en inter-
prétant la figure obtenue. L’opération est faite pour chaque candidat
jusqu’a ce que l’on trouve homme désigné par le destin. A partir
de ce moment-la, huit jours s’écoulent pendant lesquels le chef de pluie
devra respecter un interdit sexuel, laver son corps et ses vétements.
Ce temps passé, de nombreuses personnes, jeunes et vieux, garcons
et filles, se dirigent vers le village de borku, en emportant une des
portes en paille (simi) qui ferment leurs habitations. L’homme choisi
est habillé comme un chef : pantalon bouffant, grand « boubou »,
chaussures, calotte, turban, « chicote » a la main. I] s’assoit sur la porte.
Les femmes le transportent ainsi jusqu’au ouadi turma. Elles poussent
des you-yous et chantent, accompagnées par un tambour de forgeron
(egidi) et par le tambour du chef (gaygay)'. Les vieilles femmes
prennent avec elles une grande calebasse pleine d’eau contenant
également un peu de semoule de mil, qu’elles transportent de borku
jusqu’au ouadi turma. Elles apportent aussi deux petites calebasses

1. Le chef du guruf ne posséde pas de diver. L’agid actuel, Abdullay, a deux


tambours de bois cylindriques 4 deux peaux nommés gaygay (onomatopée aN).
En 1957, l’agid venait de les faire confectionner par un forgeron. Son prédéces-
seur Bodur possédait un tambour arabe a une seule peau que lui avait donné
un cheikh arabe Maharié, nommé Nadif (peut-étre une timbale ?).
10
138 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

neuves dont l’amertume n’a pas encore été enlevée. Elles se rendent
auprés d’une grosse pierre située dans le ouadi. Elles commencent
par verser un peu d’eau sur la pierre en l’aspergeant avec la main.
Puis elles font deux tas de sable au pied de la pierre, du cété sud, et
creusent un cratére au sommet de chacun d’eux. Elles remplissent
les petites calebasses avec ]’eau qui reste dans la grande et les retour-
nent sur les deux cratéres. Pendant ce temps le chef de pluie reste a
cété, toujours assis sur le sinz.
iRu vama' kwoddoy?
iRu bi kwoddoy
« Dieu envoie la richesse !
Dieu envoie la pluie! »

Si la pluie tombe a ce moment-la, le chef de pluie reste impassible


sous l’averse jusqu’a la fin de la pluie’®.
S’il pleut en cours de route, l’eau de la calebasse est versée sur
place ; les vieilles femmes rentrent au village, le chef de pluie attend
la fin de la pluie sans s’abriter.

b) Les anciens chefs sumuraRa.


La relation qui suit nous a été faite par Abdullay Yakub, un
sumuraRa.
Il s’agit d’un sacrifice qui n’est accompli que si la pluie tarde a
venir ou n’est pas assez abondante. Lorsqu’il pleut beaucoup il n’y a
pas lieu de le faire.
La victime est un poulet blanc, male ou femelle. Il est important
qu il soit grand et fort. Il est fourni par le chef.
Les sacrifiants sont au nombre de deux ou trois. Tous appartiennent
au clan sumuraRa. Ce sont : le chef, un de ses neveux utérins et un
assistant. Le neveu utérin est aussi un sumuraRa, car ce clan ne pra-
tique pas l’exogamie.
La présence du chef n’est pas obligatoire. Le sacrificateur est le
neveu.
Cinq jours avant le sacrifice, les deux ou trois sacrifiants respectent
un interdit sexuel. Le matin méme, ils font leurs ablutions puis se
rendent dans le ouadi gzyir (v. p. 130), au pied d’un jujubier (guruf :
tiy-birt ; kobé : tur-buri).

1. Ar. cl. vahma.


2. kogorni, en dialecte kobé.
3. Cf. FRazER, The golden bough, I, pp. 231-232 ou le faiseur de pluie se
trempe.
LES GURUF 139
Le chef tient les pattes de la béte, qui ne sont pas attachées ;
Vassistant tient les ailes d’une seule main, le neveu le cou. Ce dernier
égorge la victime en disant bismillah et allahu akbar. Puis il arrache
les plumes, et les disperse en marchant dans le ouadi depuis l’arbre
jusqu’au champ de l’agid sumuraRa.
A Vendroit ow il a fini de plumer la victime, le neveu la fait rétir
avec du sel et la mange en compagnie des deux autres sacrifiants!.
Ce sacrifice concerne uniquement les sumuraRa.

3. Un rite de plume « négatif » :


la neutralisation du pére des jumeaux.

Au guruf, le pere de jumeaux peut avoir une action contraire a la


venue de la pluie®. Pour éviter cela il doit, quelque temps avant la
saison des pluies, mettre autour de sa téte un diadéme fait d’un ban-
deau de gabak. S’il ne porte pas ce bandeau, la pluie ne tombera pas
ou ne tombera que trés faiblement. A sa place, s’éléve un vent violent’,
Il ne peut enlever ce bandeau qu’a l’intérieur de son habitation,
pour dormir. Lorsque la premiere pluie est tombée, il doit rester deux
jours sans boire de l’eau nouvelle, de crainte d’arréter la pluie.
On rapprochera cela de divers interdits qui pésent sur le pére de
jumeaux. Il est le dernier a2 semer son champ, a le cultiver, a le mois-
sonner. Ces diverses opérations agricoles doivent avoir lieu deux jours
aprés celles des autres cultivateurs. De méme lorsqu’il assiste a un
repas, il est le dernier a manger.
Que craint-on de la part du pére de jumeaux ? Est-il considéré
comme un « porte-guigne » (la naissance de jumeaux étant souvent
en Afrique regardée comme néfaste) ? Le diadéme de gabak est-il
simplement une marque distinctive ? N’a-t-il pas une autre significa-
tion ? Remarquons qu'il est blanc; cette couleur est censée porter
bonheur.
Ce role du pére de jumeaux semble particulier au Guruf. Au Kobé,
c’est la mére de jumeaux qui doit semer, sarcler et moissonner son
champ de mil deux jours aprés les autres. Lorsqu’on fait appel a elle,
c’est dans un but destructeur (par exemple la mére de jumeaux détruit
les insectes qui s’attaquent au mil, p. 148). Au contraire la jeune fille
qui a de la chance cultive son champ avant les autres (cf. p. 147).
1. Eventuellement des arrivants pourraient participer au repas.
2. Cf. Frazer, The golden bough, pp. 225-231 ot les jumeaux contrdlent le
temps et en particulier la pluie.
- 3, Le vent indique la colére de l’ancétre ; cf. le vent du tombeau d’Ham-
dalla, p. 65 et le vent de sabie de ha-ya, p. 85.
I40 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

C. OBSERVATIONS SUCCINCTES SUR D'AUTRES RITUELS


EN PAYS GURUF

1. Les taudan.

D’apres Isaka, tauday serait le nom donné a des sumuraRa vivant


au village de borno-dugun. Selon d’autres vieux gurufta, les tauday
seraient des Mimi.
Le nom de tauday désigne le lézard, animal que d’autres clans ont
également pour interdit ; il en est ainsi, 4 notre connaissance, pour les
weRa, les sumuraRa, les darba et aussi pour les darbala (Mimi).
Pour obtenir la pluie, les tauday trainent sur les champs un iguane
vivant. Le nom de l’iguane est ant tauday.

2. Les darba et les edeRa.

Les darba (ou darbaRa) et les edeRa (ou ereRa) sont originaires
du Kapka (v. p. 81).
Ceux qui sont installés en pays guruf sacrifient chaque année
juste avant les pluies, une chévre blanche 4 manda-fa (« la montagne
du manda »).
Tous les darba et edeRa participent au sacrifice, en contribuant
cing francs C.F.A. chacun pour l’achat de la chévre ; mais seulement
deux personnes, un darba et un edeRa, se rendent pour y procéder
dans un petit ouadi, non loin du village de mingir, Ils emportent avec
eux des marmites, de l’eau, du sel et quelques braises pour allumer
du feu.
Au milieu du ouadi se trouve un arbre nur (v. p. 133, n. 2), Tandis
que l’edeRa tient les pattes de l’animal, le darba tranche la gorge de
la chévre. Le sang coule dans le lit du ouadi. Les deux sacrifiants
dépouillent la victime et traversent le ouadi en trainant derri¢re eux
la peau qu’ils tiennent a la main.
Sur place ils font bouillir la viande qui, une fois cuite et désossée,
sera ramenée au village. Les saletés et les os sont abandonnés, La peau
est rapportée au village. On l’attache sur un gros acacia (kedt, ar. seyal)
qui se trouve sur la place d’assemblée (zga).

3. Les baga.

Nous avons déja rencontré les baga au sud du pays divoy ot ils
formaient la petite chefferie kubu (v. p. 125).
LES GURUF 141
Ceux que nous avons interrogés en pays guruf disaient, comme
ceux de kubu, qu’une partie d’entre eux étaient originaires du twer.
Ils ajoutaient que d’autres avaient un ancétre venu de murga (on
entend parfois yurga) en pays mararit.
Isaka, qui était un baga 4gé de soixante-dix ans, en 1957, situait
cette arrivée « il y a cing grand-péres ».
Leur manda ne réside pas au guruf. Pourtant si aujourd’hui ils
ne font aucun sacrifice pour demander la pluie, autrefois ils immo-
laient une chévre blanche a tarbu-tus, affleurement sableux a l’ouest
de la montagne mingir, avant d’arriver au village de tulges.
Un mois environ aprés la premiére pluie, chaque habitant du village
de borku, quel que soit son clan, donnait une petite calebasse pleine de
mil au propriétaire de la chévre.
Deux neveux utérins des baga, l’un conduisant la chévre, l’autre
transportant une poterie pleine d’eau, se rendaient a tarbu-tus, a une
heure de marche du village. Is étaient seuls.
Aprés avoir égorgé la chévre avec un couteau, ils faisaient bouillir
la viande. Ils en consommaient une partie sur place et rapportaient
le reste aux villageois.
Un repas avait lieu au village dans le hangar commun (wodda)
qui se trouve sur la place d’assemblée (iga). La peau était accrochée
au toit du hangar, pour faire tomber la pluie’.

4. Les murkulo.

Les murkulo sont d’origine maba.


Deux de nos informateurs, Isaka et Abd el-malik Nadim, avaient
une mére murkulo. La mére d’Isaka était originaire du village d’akalku,
en pays mimi. C’est le grand-pére de cette femme qui avait quitté
warra® pour venir s’installer a akalku. La mére d’Abd el-malik était
du village de guruf-1Ri. C’était aussi son grand-pére qui s’était déplacé
de warra a guruf-iR1.
Les murkulo sacrifient une chévre blanche a guruf-1Ri au pied d’une
montagne (peut-étre fa-maRa). Le manda auquel ils s’adressent se
nomme magalgele.
Le village de guruf-iRi est aujourd’hui abandonné. Autrefois
c’était le plus important du guruf : celui qui a donné son nom au pays.
L’année de l’arrivée des Frangais, la plupart de ses habitants sont
1. Quand dans un village il n’y a pas de wodda on suspend Ja peau a un arbre
au milieu du village. '
z. Ancienne capitale du sultanat du Wadday. Wara est entendu ici avec
deux /.
142 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

partis vers le sud en quéte de nourriture, car la famine était grande.


Des Bideyat sont venus piller le village ; ils ont tué les habitants qui
étaient restés et ont brfilé les maisons. Le village ne fut jamais recons-
truit. Les gens de guruf-iRi sont allés s’installer a geli-birz, geli-minna
ou asi-biri.
Pourtant ce sont toujours les anciens habitants de guruf-cRi qui
donnent cing francs C.F.A. chacun pour acheter une chévret. La béte
doit étre jeune, n’avoir jamais mis bas, ne pas étre pleine.
Le sacrifice a lieu chaque année a la fin des pluies, avant la récolte
du mil : donc, au début du mois de septembre. Le dernier avait eu
lieu il y a deux ans.
Les sacrificateurs sont au nombre de deux : l’un est neveu utérin
du chef des murkulo (lors des derniers sacrifices ce fut notre informa-
teur Abd el-malik Nadim). L’autre est un forgeron fatatara. Il n’y a
pas d’autres assistants.
Pendant les trois jours qui précédent le sacrifice ces deux hommes
doivent respecter un interdit sexuel. Le matin méme, ils font leurs
ablutions. De trés bonne heure, ils se dirigent vers la montagne, le
neveu utérin conduisant la chévre. Ils se rendent au pied de la mon-
tagne, a un endroit ot se trouve une grosse pierre. Le forgeron tient
les pieds de la chévre, le neveu utérin l’égorge.
a

bismallay allahu akbar


iRu gwobol geli
baga mara gelek syedt

« Au nom de Dieu, Dieu est plus grand [que tout]


Dieu accorde-[nous ce que nous demandons]
Fais que nous mangions du mil mir. »

Le premier sang coule sur la pierre, le reste est recueilli dans un


morceau de calebasse. Immédiatement aprés on met sur la pierre la
graisse qui se trouve autour de l’intestin, c’est-a-dire le péritoine tout
entier, sans le couper.
Le sang contenu dans la calebasse est répandu par le neveu utérin
en suivant le périmétre des champs du village. C’est un grand tour
qui, d’aprés l’acteur lui-méme, dure de huit heures du matin a quatre
heures de l’aprés-midi.
Pendant ce temps le forgeron découpe la béte en tout petits mor-
ceaux, y compris la téte et les pattes et les fait bouillir avec du sel
dans une grande poterie.

1. Dans le cas ov les villageois ne donneraient rien, l’agid fournirait la victime.


2. Crest le takbir.
LES GURUF 143

Lorsque le neveu a terminé sa tournée il va rejoindre le forgeron


sur la montagne (?) et ils consomment les premiers de l’animal sacrifié.
Le reste de la viande est rapporté au village : autrefois A guruf-iRi,
aujourd’hui a aSi-bivi. Tout le monde participe au repas.

5. Les kanagaRa.

Les kanagaRa seraient des Bideyat.


Leur clan compte des forgerons et des non-forgerons!. Nous avons
rencontré l’un d’eux : Dugwoi Anu au guruf, ot il est chef du hameau
de mingir pour les forgerons.
C’est son grand-pére et son pére qui ont quitté le pays bideyat
pour venir s’installer a ¢ollo au Kapka. Lui-méme est né a follo, son
grand-pére y est mort. Avec son pére il est allé ensuite au divoy, au
village de gainga kebir. A la mort de son pére, il est allé au village de
borku, au guruf, ot il a épousé une femme gorane.
Le manda des kanagaRa résiderait 4 kubeli, une grande montagne
pres d’undui en pays bideyat. La, les kanagaRa sacrifient un mouton
qui doit avoir les pattes arriére blanches, le bout de la queue blanc
et sur la téte une raie blanche, partant entre les deux yeux et descen-
dant jusqu’aux naseaux.
Au guruf, Dugwoi sacrifie un mouton semblable devant son habi-
tation. I] pique une petite pierre noire sur le sol, prés de sa porte, dans
la direction du nord (vers le pays bideyat) et s’adresse au manda de
kubelt. 11 accomplit seul le sacrifice.
Apres avoir respecté un interdit sexuel durant deux jours et fait
ses ablutions le matin méme, Dugwoi dispose des offrandes sur la
pierre : du beurre, dont il l’enduit ; deux dattes ; un peu de semoule
de mil mélée a de l’eau (arga) ; deux boules de farine de mil pétries
avec de l’eau (togu)?.
Puis il enduit le mouton de beurre depuis le nez jusqu’au bout de
la queue, tout le long de l’épine dorsale. I] prie :
ev-i kubelt
evu guno sene keyno

« Mon grand-pere kubeli


mangez votre béte, partez ! »

1. D’aprés ce méme informateur, les forgerons kanagaRa ne travaillent pas


le fer, mais cultivent du mil.
2. La semoule et la farine sont préparées par sa femme.
144 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Lorsqu’il y a un malade dans le village on ajoute :


ou tesen
« donne-nous la santé ».

Il sacrifie le mouton ; il le dépouille et le découpe’.


Il confectionne quatre brochettes : sur une, il met la trachée
(debi) ; sur la deuxiéme, le muscle qui se trouve entre les cétes et les
pattes de devant (isa enti) ; sur la troisiéme, la rate (naynayRa) ;
sur la quatriéme, le muscle qui se trouve entre les pattes de derriére
et les reins (hisa ent).
Chacun de ces éléments est prélevé dans sa totalité.
Le reste de la béte est mis a bouillir par les femmes dans de l’eau
non salée. Une fois cuite, la viande est salée puis divisée en trois
parts contenant chacune un peu de tout. Une part est destinée aux
hommes, une aux femmes, la troisieme aux enfants ; tous membres
du clan kanagaRa. Tout le monde mange ensemble. Les os sont jetés,
la peau revient a Dugwot.
Ce sacrifice a lieu tous les trois ans, a la fin de la saison séche.
L’informateur ajouta : «On ne demande pas la pluie, mais s’il y a
des malades on demande leur guérison. » I] n’est peut-étre pas étonnant
que des forgerons, ni éleveurs, ni agriculteurs, ne demandent pas la
pluie. Encore cela aurait-il besoin d’étre nuancé, puisque les forgerons
kanagaRa ne travaillent pas le fer et cultivent du mil.
x
* OK

_ La description de ces divers rituels met en évidence un facteur


particulier au guruf. Les sacrifices y sont liés au calendrier agricole
de la culture du mil et non plus uniquement a la venue de la pluie.
Le calendrier du rituel s’en trouve modifié et échelonné dans le temps.

Ill. — RITUELS ET CALENDRIER AGRICOLE

Qu'il soit éleveur ou cultivateur le Zaghawa désire également la


pluie qui fera pousser l’herbe et le mil.
Il n'est d’ailleurs jamais exclusivement pasteur ou paysan. Il
combine les deux activités avec une prédominance pour Vélevage

1. Quelqu’un d’autre pourrait dépouiller la victime, mais lui seul peut la


découper et confectionner les brochettes.
LES GURUF 145
dans le nord, l’est et le centre du pays ; pour l’agriculture dans le sud-
ouest. C’est ainsi que la chefferie guruf est la région du pays zaghawa
ou l’on cultive le plus de mil.

A. LES PHASES DE LA CULTURE DU MIL

Les travaux agricoles débutent en avril. Les hommes choisissent


les terres sableuses, de préférence sur les bords des ouadi, pour défri-
cher un champ. C’est en effet 14 que se trouvent les terres les plus
légéres, favorables 4 la culture du mil, bien humectées par la crue,
qui bénéficient ensuite de la proximité de la nappe d’eau souterraine.
Les pluies terminées on met en culture le lit méme du ouadi lorsque
celui-ci a cessé de couler.
La terre appartient au village. Celui qui désire ensemencer un
champ s’adresse au « chef de terre » (sao barta) appelé aussi « chef
des ouadi » (ent barta) qui en assure la répartition.
Pour débarrasser le futur champ on coupe les arbres et les buissons
a la hache ; les petits au pied, les grands 4 un métre du sol. Les souches
ne sont pas enlevées. On arrache les herbes. Chaque homme défriche
son propre champ, parfois avec l’aide d’un parent ou d’un voisin.
Une partie du bois est prise par les femmes pour les besoins du ménage.
Le reste est laissé sur place. Une fois sec il sera brilé, en juin avant les
pluies, avec les herbes, sur le champ méme pour que les cendres le
fertilisent.
“Apres le défrichage les hommes cléturent le champ avec des
épineux pour le préserver des déprédations des animaux.
Des que la pluie a humecté la terre, on seme le mil. C’est parfois
en juin, parfois en juillet. L7yhomme marche dans le champ en ouvrant
avec sa houe (eget) un trou dans la terre tous les trente ou quarante
centimetres. Ou bien encore il creuse simplement le sol avec un baton
a.fouir (toko). Sa femme le suit et dépose cinq a six grains de mil dans
chaque trou, qu’elle recouvre ensuite de terre avec son pied.
Une semaine aprés les semailles, le jeune mil est sorti. Il faut
écarter la terre des pieds en ménageant une sorte de sillon qui recueil-
lera l’eau. Il faut aussi sarcler les mauvaises herbes. Les hommes
arrivent dans le champ vers six heures du matin, avec une houe ou
un baton crochu. Ils retournent et écartent la terre d’un seul cété des
pieds de mil. Ce faisant, ils éclaircissent les plants si cela est nécessaire.
Vers huit heures, ils cédent la place aux femmes qui ont préparé la
nourriture et trait les vaches. Elles écartent la terre de l’autre cété
des pieds. Puis elles sarclent.
146 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Ce sont les enfants qui auront, par la suite, la charge d’arracher


les mauvaises herbes et de chasser oiseaux et animaux. Is passeront
la journée dans le champ, le plus souvent perchés sur un tronc
d’arbre 4 demi calciné, criant et jetant des pierres pour effrayer les
bétes.
En septembre les épis sont mirs au bout des hautes tiges. Hommes,
femmes et enfants partent moissonner leur champ. Les épis sont
coupés trés court avec un poignard, ou une lame fixée dans un mor-
ceau de bois. On laisse les tiges sécher sur pied?. Lorsque la récolte
est terminée, les hommes coupent du bois pour confectionner un bati
sur lequel on met les épis a sécher pendant prés d’un mois.
‘En octobre, les épis sont battus au fléau (dugun) par les femmes,
sur une aire, des dalles de pierre le plus souvent. Puis elles vannent
le grain qui est transporté au village 4 dos de chameaux, pour étre
engrangé dans des greniers en poterie crue (nunu), placés tantot a
Vintérieur de l’habitation, tantét a l’extérieur, ot ils sont protégés
par un toit de paille.

B. LE CALENDRIER DU RITUEL AU GURUF

‘Il existe, on l’a vu, trois moments critiques dans la culture du mil :
les semailles, la croissance et la récolte. Chacune de ces opérations
est accompagnée de rites qui doivent la favoriser.
C’est au guruf, comme il fallait s’y attendre, puisque c’est le Canton
qui cultive le plus de mil, que nous trouvons les trois phases précédées
d’un rituel particulier.
Ce sont d’abord les rituels de pluie proprement dits, que nous avons
décrits : sacrifices et actions magiques concernent la chefferie tout
entiére (v. p. 136). Les rites se déroulent juste avant la saison des
pluies?.
-En outre, avant la premiére pluie, les femmes du Guruf mélangent
de la farine de mil et de l’eau. Elles en confectionnent des gateaux
qu’elles partagent entre les petits enfants, qui les mangent crus.
Plus tard, la veille des semailles, les femmes pilent du mil. Elles
mélangent la farine obtenue avec l’eau qui a servi a laver les tablettes
coraniques du faki®. Cette pate est mélée A la semence. La femme en

1. Lorsqu’elles seront séches on les arrachera pour faire des clétures et des
toits d’habitations,
_ 2, Egalement les sacrifices des tauday, des darba et des edeRa (v. p. 140).
3. Cette eau teintée d’encre est acquise auprés du faki moyennant quelque
argent. On s’en sert également comme reméde.
LES GURUF 147
mettra un peu dans chaque trou creusé dans le champ que l’homme
ouvre devant elle avec sa houe.
Ce sont les weRa, premiers arrivants et maitres de la terre, qui
commencent a semer le mil.
Si aprés les semailles, il ne pleut pas, on a alors recours a des rites
spéciaux. Les weRa et les anciens chefs swmuraRa interviennent
(v. p. 137 a 130).
Au moment ot la jeune pousse de mil a besoin de pluie ont lieu
le sacrifice des weRa a turma (p. 132) et celui de tous les habitants du
guruf a eni-ba (p. 134). De plus, le jour o& l’on doit se rendre sur le
champ pour passer la houe le long des rangs de mil et sarcler pour la
premiere fois les mauvaises herbes, le chef de terre tue un bouc (parfois
un mouton ou seulement un poulet) acquis avec l’argent donné par
chaque famille. Il recueille le sang de l’animal dans une écuelle en bois
et y ajoute de l’eau. Puis il va répandre un peu de ce mélange sur chaque
champ.
L’animal sacrifié est mangé en commun par tous les détenteurs
d’un champ, sur la place du village.
Ce sacrifice accompli, les femmes peuvent aller passer la houe dans
les champs.
A Borto-boro, le village d’Adum, fils de l’agid Abdullay, c’est une
jeune fille, sa cousine, nommée gedime1, qui la premiére va cultiver
son champ de mil :
« Lorsqu’elle touche Je mil avant les autres, il pousse bien, parce qu’elle a
une baraka. »

Ensuite toutes les femmes se rendent sur leur champ. Passer la


houe dans les rangs de mil et sarcler est donné comme un travail de
femmes. Mais en fait l’opération se passe de la maniére indiquée plus
haut.
Deux rituels précédent les moissons?. L’un, celui de zs (v. p. 133),
est accompli quelque temps auparavant, sans doute pour assurer la
maturité’, C’est un weRa qui sacrifie un animal, en qualité de maitre
du sol.
_Le deuxieme sacrifice a lieu la veille méme de la récolte. Le soir

1. Gedime « une chose vieille » (cf. ar. gadim, HILLELSON, p. 204) est un nom
prophylactique. Ici, il fut donné au premier-né d’une femme restée cinq ans
sans enfant.
2. Signalons en outre le rituel baga qui prend place un mois aprés la premiére
pluie (v. p. 141).
3. Le sacrifice des murkulo se situe au méme moment, la priére qui l’accom-
pagne le dit de facon certaine (v. p. 142).
148 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

le faki égorge un mouton sur la place du village. Tout le monde parti-


cipe au repas ; on donne aux enfants des boules de farine de mil. Le
lendemain, hommes et femmes partent moissonner leur champ.

C. LE CALENDRIER DU RITUEL DANS LES AUTRES CANTONS

Au diroy, en dehors des rituels de pluie proprement dits, qui se


situent aprés les premiéres précipitations, le seul rituel qui nous ait
été signalé (ce qui n’exclut pas l’existence d’autres) se place au moment
ou l’on va sarcler les jeunes pousses de mil, c’est-a-dire environ une
semaine aprés les semailles.
Une chévre blanche est sacrifiée dans le ouadi, puis mangée en
un repas collectif. L’homme qui a immolé la chévre part cultiver son
champ un jour avant les autres.
Il semble qu’il y ait dans chaque ouadi un sacrifice destiné a favo-
riser la croissance du mil dans les champs qui le bordent.
Les semailles et les moissons ne semblent précédées d’aucun rite
ni sacrifice. Chacun seme et récolte lorsqu’il le désire.
*
*

Au Kapka également aucun rituel ne prélude aux semailles en


dehors des rituels de pluie proprement dits, qui ont lieu juste avant la
saison normale des pluies ou aprés la premiere pluie.
Par contre la croissance du mil est favorisée et protégée étape par
étape par un certain nombre de rites. Dés que le mil est sorti, un faki
jette sur les champs de l’eau ayant servi a laver l’encre des tablettes
coraniques. Lorsque les pousses atteignent quelques centimétres, le
chef de terre part cultiver son champ, un jour avant tous les autres.
Quand les tiges commencent a étre hautes, une chévre offerte par
tous les cultivateurs est amenée chez le chef de terre. I] l’égorge et
préside un repas collectif. La peau de l’animal lui revient.
Lorsque le mil est presque mir, on fait appel 4 une femme qui a
eu des jumeaux : borfura-kva « la mére des jumeaux »!. Elle a la charge
de faire une certaine opération pour détruire les insectes (uguRi) qui
s’attaquent au mil. Elle prend quelques-uns de ces insectes, les met
dans un tesson de poterie et y ajoute du beurre. Elle fait cuire cela
sur le feu a l’intérieur de sa maison. Tous les insectes qui sont dans le
mil sont censés mourir.

I. Sur le rdle de la mére de jumeaux lors du vannage chez les Bedja, les
Bedeiria et les Fellata, cf. AGLEN, « Kordofan superstitions », pp. 343-345.
LES GURUF 149
Enfin, avant de couper les épis, les cultivateurs aménent 4 nou-
veau un animal au chef de terre : un mouton. II l’égorge. Un repas
collectif suit.
a
*

Au Kobé, en dehors des sacrifices de pluie presque tous accomplis


avant la venue des pluies ou peu de temps aprés, un sacrifice de mou-
ton est fait par le chef de terre avant les semailles. Il est suivi d’un
repas collectif. De plus chacun, avant de se rendre 4 son champ pour
l’ensemencer, met sur sa houe un peu de farine de mil.
La pratique qui consiste 4 nommer un homme « chef de l’eau »
(bi-ina), n’a lieu que dans le cas ot il ne pleuvrait pas durant la saison
habituelle des pluies.
Auparavant la géomancie révéle s'il faut sacrifier un mouton,
confectionner des boules de farine de mil a distribuer aux enfants ou
nommer un « chef de l’eau ». Dans ce dernier cas, c’est encore la géo-
mancie qui le désigne. L’>homme nommé doit porter un morceau de
chiffon autour de son poignet droit. A la premiére averse, il sort, afin
que l’eau ruisselle sur sa téte, et ne rentre que lorsque la pluie cesse.
Un rituel analogue mais plus complexe a déja été décrit au Guruf
(v. p. 137).
Une semaine apres les semailles, toujours un mercredi’, les culti-
vateurs se réunissent dans le village en apportant leurs houes. Le chef
de terre sacrifie un bouc dont il recueille le sang. Il en asperge les houes.
Un repas collectif a lieu. Puis un homme trés courageux (tres travail-
leur ?) désigné par tous, part le premier passer la houe dans son champ
de mil. Lors des moissons, cet homme recevra une calebasse pleine de
mil et huit épis non battus.
Aucun sacrifice n’est fait au moment de la récolte.

*
*

Signalons pour terminer une action magique trés répandue en pays


zaghawa : mesa bodu ki («la marmite de pluie »).
C’est une vieille poterie en forme d’écuelle, qui a servi a faire
cuire la polenta de mil, nourriture quotidienne des Zaghawa. Un
homme jeune, désigné par la géomancie, part quelques jours avant

1. Au Tibesti, c’est également un mercredi, qu’un vieillard « maitre de la


terre », appartenant le plus souvent au clan ederguia, considéré comme un
clan autochtone, commence a4 retourner son champ a la houe (J. CHAPELLE,
Nomades noirs, p. 380.)
150 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

les pluies l’accrocher 4 un baton qu'il plante au sommet d’une mon-


tagne. Le fond noirci par la fumée de la poterie est tourné vers le ciel.
Chaque village installe une marmite de pluie sur ]’éminence la
plus proche. Au Kobé, les villageois de iiRi-ba et de seli-mara envoient
un homme sur la montagne kurgu ; ceux de koba, sur la montagne
kobe ; ceux de teri-ba, sur la montagne soluy ; ceux de boru-ba, sur la
montagne oru-kidt, etc.
Cette pratique nous fut signalée au kobe, au kapka ou, de l’avis
de plusieurs vieillards, la marmite doit appartenir au chef de terre
et au divoy}, oti nous l’avons déja notée lors des offrandes des yaskaRa-
eviRa sur la montagne gare (v. p. 125). Tous les informateurs insis-
térent sur le fait que la marmite devait avoir le fond noir pour attirer
les nuages chargés de pluie.

1, Nous n’avons aucun renseignement pour le Guruf.


CHAPITRE VI

ia

ELEMENTS DE COMPARAISON

I. — L’ENQUETE SUR DES RITUELS BILIA

Aprés quelques mois passés en pays zaghawa, je possédais un cer-


tain nombre de descriptions de sacrifices de pluie. Dés lors, il était
intéressant de savoir s’il n’existait pas de rituels semblables chez des
populations voisines et surtout culturellement proches. C’est ainsi
que j’ai poursuivi mes investigations chez les Bideyat bilia, population
du sud de l’Ennedi, apparentée aux Zaghawa (v. p. 16).
J’ai pu enquéter durant plusieurs jours avec un Bideyat bilia
appartenant au clan kolyaRa, clan des chefs bilia. Nosur Abdullay
habitait le village de t#-bat. Il était venu passer quelque temps a
iR1-ba, ala cour du sultan Abderaman dont il avait épousé une sceur.
Les renseignements qu’il me fournit furent par la suite contrdlés lors
d’un bref séjour en pays bilia, ot j’ai pu entre autres rencontrer Adum
Gerbo, actuel chef des bilia.
De plus, diverses enquétes menées parmi des forgerons bideyat
établis en pays zaghawa m’ont permis d’interroger des forgerons
sigeyla (c’est-a-dire rattachés au clan szgeyla), clan bilia dont beaucoup
de membres sont dispersés en pays zaghawa. Burma vivait au village
de nursi ; Itman Liman, au village de ba-kawRe ou il remplissait les
fonctions de gardien du Campement Administratif et de boucher
occasionnel,

1. Le cadre historique.

Les kolyaRa et les sigeyla seraient arrivés a la méme époque en


pays bilia, il y a environ trois cents ans.
Les kolyaRa venaient de l’est, leur ancétre Mahamat ture ter

1. « Le puits des jarres », Bir Douane des cartes.


152 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

(« Mahamat au bonnet blanc ») était un compagnon d’Abd al-karim,


fondateur de la dynastie qui régne encore de nos jours au Wadday
(v. p. 28, n. 2). Mahamat ture ier s‘installa sur la montagne Aolya,
au nord de ey-/a.
Les sigevla venaient du sud. Leur ancétre, Aohor teilé (« né aveu-
gle »), arriva dans le ouadi da-sigeli (« ils couchent au puits ») : dod
le nom de sigeyla attribué au clan auquel il donna naissance; da-sigelt
serait le ouadi connu maintenant sous le nom de daskel? (Beskéré des
cartes).
Mahamat ture ter partit reconnaitre le pays. Lorsqu’‘il arriva a
ba-sigeli, il rencontra Kohor test appelé parfois aussi Sigel#. Mahamat
était le plus fort, ce fut lui qui devint chef. Toutefois les deux clans
se partagérent les terres : les sigewla A louest, du ouadi bersene
(proche de so) jusqu’d dirt (ouest de mons) ; les AolyaRa, a lest, du
ouadi bersene jusqu’au Kobé. Cette localisation géographique corres-
pond a la position actuelle de ces clans.
Le pays ow arrivérent AolyaRa et stgevia est dit, selon les informa-
teurs, tantdt inhabité, tant6t aux mains d’autres clans. En fait, les
deux affirmations contiennent sans doute une part de vérité. Il semble
que les terres ot s'installérent AolyaRa et sigeyla étaient vacantes
mais que des clans autochtones ou descendants d’envahisseurs plus
anciens occupaient la région de dae, au nord—nord-est. Un de nos
informateurs nous cita les daga! et les wehula. Par la suite dbaga et
wekula auraient eu a affronter les AolyaRa et seraient tombés sous leur
domination. La tradition rapporte comment Mahamat ture ter, aux
prises avec le chef daga qui lui tenait téte, lui donna un coup de
« chicote » (stc) dans l'ceil et le lui creva. Par la suite le chef daga
aurait pris le nom d’Jkoru, «le borgne », et aurait reconnu, ainsi que
les wekula, la suprématie des RolyaRa.
A un certain moment les AolyaRa se scindérent en quatre clans.
Si l’on se rapporte a la succession des chefs bilia donnée par Nosur
Abdullay, cela se passa il y a dix générations (voir tableau IX).
Suleyman aurait eu quatre enfants : l’atné Teylo resta a la téte des
kolyaRa®, le deuxiéme Boro fonda le clan boroya, le troisiéme Jd, le
clan idiya, et le quatriéme Ura, le clan uraRa. Il ne put préciser la
filiation entre Suleyman et Mahamat ture ter. Sans doute faut-il voir
en Suleyman l’ancétre réel, en Mahamat, l’ancétre mythique. D’aprés
les mémes informateurs les kolyaRa étaient les chefs des seize clans
du pays bilia.
1. Hs sont appelés baga par les Kobé et maka par les Bilia,
2. Teylo se serait établi lui aussi sur la montagne Aolya, au nord de ey-ha,
d’ot le nom de son clan : holyaRa « les gens de Rolya ».
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154 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

La tradition recueillie, en 1935, par le lieutenant Barboteu recoupe


quelques-unes de nos informations’. Le fondateur du clan n’est pas
Mahamat ture ter, mais Suleyman. Ce serait un tungur, originaire d’un
groupement vivant au Dar-Fur prés du djebel Aress [Harayz ?] et
soumis au sultan sao Doli sit (?). Suleyman aurait traversé le Dar-Fur
et « serait arrivé en Ennedi par Kouttené. Puis il gagna Bersiné, Elimé,
Mikeye et se fixa 4 Oura ». Elle rapporte également l’existence des
quatre clans : kolyaRa, uraRa, idiya et boroya fondés par les fils de
Suleyman mais mentionne expressément que le pouvoir ne fut pas
dés le début aux mains des kolyaRa.
« A la mort de Souleyman ses fils prirent le commandement de fractions qui
se dénommérent ainsi : Kouliala, Ourala, Etinga et Boronga. L’ensemble fut
d’abord dévolu 4 un Etinga qui passa ensuite au Dar-Four. Le cadmoul [turban],
insigne du commandement, fut pris par les Boronga. Les Boronga périclitérent
et c’est un Ourala : Ina erdia qui dirigea le pays bilia. Au début tout alla bien
puis les années furent mauvaises : pendant sept ans, il ne plut pas. Les gens
obéissaient de moins en moins et a leur retour de rezzou refusaient de donner
la chamelle traditionnelle. Et il advint qu’une jeune patre perdit ses animaux :
il ne pouvait s’en consoler. Dans ses lamentations il s’écriait : c’est la faute du
chef, c’est la faute du chef. Dans ces pays la parole d’un enfant fait loi. Ina
erdia comprit. Il rassembla ses sujets et déclara qu’il abdiquait. Le cadmoul
fut donné a un Kouliala et ne fut pas repris... »
« Les Ourala se retirérent et firent une tribu [clan] indépendante. Ils s’instal-
lérent vers Kafra-Sokoya. Les Boronga furent englobés dans les Kouliala. Cette
derniére fraction quitta la région de Koulia pour se porter dans la vallée d’Am-
jeres [ey-ha] aux ressources nombreuses. Tochiné est le dernier grand chef de
cette fraction. »

Aprés « Tochiné » Barboteu trace « une généalogie des Kouliala »


dont la présentation n’est guere lisible. « Tochiné » y est vraisemblable-
ment le n° 3 de notre tableau IX : Tosine.
En ce qui concerne les sigeyla, les informations recueillies par
Barboteu recoupent partiellement les ndétres. Elles attestent l’arrivée
des sigeyla a Beskéré a l’époque ot les kolyaRa se fixaient a Oura.
Mais, tandis que notre tradition faisait venir les kolyaRa de l’est et les
sigeyla du sud, et se rencontrer leurs deux ancétres 4 ba-sigelt pour un
partage du pays, celle donnée par Barboteu montre les deux clans
arrivant d’un méme endroit puis se séparant pour aller s’installer
chacun de son cété :
« Les premiers Siguélas, les Siguélas Maiguilas vinrent du sud, en méme temps
que les Koulialas. Ils s’en séparérent au nord de Koutténé vers Baouey. IIs se

1. BaRBoTEu, « Les Erdis, apergu de l’Ennedi », pp. 68-69.


ELEMENTS DE COMPARAISON 155
rendirent 4 Beskéré et dans la source de Kaotéii virent des hommes dont scule
la téte émergeait de l’eau. Ils leur demandérent pourquoi ils restaient ainsi. Il
leur fut répondu que c’était par crainte des panthéres nombreuses dans la région.
Ces pusillanimes étaient les Bikki »1.

Le méme auteur donne « Kaotélé » comme ancétre des sigeyla.


C’est sans doute le méme personnage que notre Kohor teili. N’est-ce
pas lui qui donna son nom 4 la source de Kaotéii (Kaotéli ?) ci-dessus
mentionnée ?

2. Le rituel de ey-ha.

De méme que les chefs des tribus kobe, kapka, kige et diroy, pour
ne parler que des principales, le chef des Bilia était tenu, l’année de sa
nomination, de se rendre sur une montagne (ey-ha) pour y sacrifier un
animal et demander a la divinité d’envoyer la pluie. I] devait par
la suite renouveler réguliérement ce sacrifice.
Le dernier fait par un kolyaRa, en tant que chef des Bilia,
remonte aux années 1930. Il a été accompli par lima Meym (n° 11,
tableau IX).
Destitué et emprisonné par le commandant du poste militaire de
Fada pour n’avoir pas payé l’impét, Meyri fut remplacé par un étran-
ger, Murra, un Bideyat borogat appartenant au clan habayRa qui,
de ce fait, n’était pas habilité a faire le sacrifice. Le chef actuel des
Bilia, Adum Gerbo successeur de Murra, est bien un kolyaRa, mais
il s’est volontairement abstenu de se rendre sur ey-ha. Je n’ai donc
pas été témoin de ce sacrifice ; je n’ai pas eu non plus la possibilité
de me rendre sur les lieux comme j’ai pu le faire en certains endroits
du pays zaghawa. Je dois toutefois souligner l’intérét avec lequel
mes informateurs se sont prétés a l’enquéte.
La montagne ey (ey-ha, dénommée « Am-djeres » par les tribus
parlant arabe) est une des hauteurs remarquables du sud du pays
bilia, aux confins du pays zaghawa. Au sommet se trouve une grotte.
Le chef s’y rendait?, avant la saison des pluies, pour y sacrifier, au
nom de tous les bideyat bilia, une vache grise pleine de quatre ou
cing mois.
La vache était immolée au pied de la montagne, de la main du
chef, qui lui tranchait la gorge avec son couteau. Etaient présents :

I. BARBOTEU, op. cit., p. 70.


2. Tous les chefs bilia qui précédérent Murra habitaient le village de ey-ha
(Am-Djeres), au pied de la montagne. Murra s’installa & ito, Adum Gerbo habite
barvda-ba.
150 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

ses neveux utérins, les clans boroya, idiya et uraRa, apparentés aux
kolyaRa, ainsi que des membres du clan erdebaRa', qui depuis trés
longtemps, vit auprés des kolyaRa (peut-étre aussi d’autres clans bilia
non mentionnés par les informateurs ?).
La béte était dépouillée et partagée par les erdebaka qui prenaient
pour leur clan une cuisse. L’autre était attribuée aux boroya, idiya et
uraRa.
Une fois les quatre membres enlevés, quelqu’un (n’importe qui)
extrayait le foetus du ventre de la mére. Puis de petits dés de viande
étaient prélevés sur chaque partie de la victime.
AussitOt quatre neveux utérins du chef partaient vers le sommet
de la montagne?. Ils emportaient avec eux des offrandes comprenant
les petits morceaux de viande crue déposés dans une vannerie, du
beurre et de grossiéres boules de farine de mil mélangée a de l’armoise
(ar. Siz)8, pétries avec de l’eau par un des neveux utérins au pied de la
montagne.
Le foetus enveloppé dans le placenta était porté au sommet de la
montagne en méme temps que les offrandes. A l’approche de la grotte,
il était abandonné sur une pierre plate, dans un endroit découvert,
livré aux oiseaux et aux chacals.
Les dés de viande étaient pour partie jetés a l’intérieur de la grotte,
le reste étant déposé avec un peu de mil dans un vieux mortier (pro-
venant d’un site archéologique ?) ; des onctions de beurre étaient faites
sur les parois de la grotte ot sont peints a l’ocre rouge des chameaux,
des chevaux, des vaches et des hommes’. Les boules de farine étaient

1. Les evdebaRa, peu nombreux et trés pauvres, ne possédent pas de terres


et n’ont pas de chef propre. Ils dépendent des kolyaRa dont ils sont en quelque
sorte les « vassaux ». Leur grand-pére Tadi serait d’abord arrivé 4 merki puis a
bao, sur la terre des kolyaRa. Les erdebaRa n’ont pas de manda particulier mais
Seah au sacrifice des kolyaRa. Un clan sans terre pourrait-il avoir un
manda ?
2. Appartenaient-ils aux quatre clans mentionnés : boroya, idiya, uvaRa
et evdebaRa ?
3. L’armoise attire la chance et la richesse. Les femmes en portent sur elles
comme amulettes. On en met, mélée a du beurre, sur la téte et les mains des
mariées. Quant au manda, il est dit qu’il aime l’armoise. Son utilisation est trés
fréquente chez les Téda-daza (cf. LE Caur, Dictionnaire ethnographique, art. edi-
sevu, Pp. 97).
4. Ici les onctions de beurre ne sont pas faites par une femme comme dans
les rituels décrits précédemment, mais par un des neveux. Chez les Zaghawa
du Dar-Fur, a trois kilométres au sud de Kornoy, Balfour-Paul a également
signalé des libations de farine et d’eau faites cette fois sur des gravures rupestres
(v. p. 166). Dans la région qui nous intéresse c’est pour le moment les deux seuls
exemples que nous connaissions.
ELEMENTS DE COMPARAISON 157

jetées a l’intérieur de la grotte et a ]’entrée dans la direction des quatre


points cardinaux :
avabbina bodu kogorne teki
avabbina day-togi kidenni
avabbina merette arfay tegini

« Seigneur, envoie-nous la pluie


Seigneur, protége notre pays
Seigneur, préserve-nous de la maladie. »

Pendant ce temps au pied de la montagne on faisait rotir la viande.


Dés le retour des neveux, un repas avait lieu auquel chacun participait
sans qu'il soit tenu compte de son appartenance clanique.
*
*

Des caractéres constants relevés lors de l’analyse des cérémonies


décrites précédemment apparaissent dans le sacrifice de ey-ha. La
aussi le chef se montre comme un intermédiaire entre ses sujets et la
divinité. Il a la charge de se rendre sur la montagne propre a sa tribu
pour demander et obtenir la pluie. Ses neveux utérins sont étroitement
associés au sacrifice.
De méme que dans les sacrifices de Ha-kobé et de Ha-ya, la vic-
time est une béte pleine. Les différentes phases du rituel : immolation,
partage, extraction du foetus, offrandes du haut de la montagne,
reprennent le schéma déja signalé pour Ha-kobé et Ha-ya. On ne nous
a pas parlé d’une sacralisation du chef et de ses neveux dans le sang
du sacrifice.
Le traitement du foetus est différent. I] n’est pas ici précipité dans
un trou mais déposé sur une pierre plate, un peu en contrebas de la
grotte, livré aux vautours et aux chacals. Pourtant, c’est intention-
nellement que la victime a été choisie pleine. Extrait du ventre de sa
mére et transporté au sommet de la montagne, le foetus ne peut étre
considéré comme un élément négligeable, « une saleté dont on se
débarrasse » comme lors d’autres rituels ot la victime était dans un
état gravide non décelable (cf. p. 99). Il a une destination précise.
On peut émettre l’hypothése d’un abandon au manda de la montagne,
dont oiseaux et chacals seraient les émissaires. On ne peut s’empécher
de faire le rapprochement avec le corbeau et le chacal de la montagne
gainga (cf. p. 113)}.

1. L’abandon d’une partie de la viande du sacrifice aux bétes et aux oiseaux


du territoire sacré est chez les anciens Arabes comme chez les disciples de Moham-
158 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

A qui est destiné le sacrifice de ey-ha ? La priére nous donne seule-


ment un terme d’adresse emprunté a l’arabe (rabbina : «notre maitre »),
Nulle mention d’un ancétre (ev) ou du Dieu invoqué ailleurs sous le
nom d’sRu. La présence d’un serpent qui pourrait bien hanter la grotte
n’est pas nons plus signalée. Le seul destinataire semble étre la mon-
tagne manda.

3. Le manda des sigeyla.

Le manda du clan sigeyla se trouve dans le ouadi baskeli (Beskéré


des cartes), C’est un gros acacia, tels des Zaghawa et des Bideyat,
haraz des Arabes (v. p. 58, n. 2).
Tous les trois ans, les sigeyla rendent un culte au telz. Ils jettent
sous l’arbre de la farine de mil :
ey guru se
« notre grand-pére, mange ! »

Ils enduisent le tronc de beurre :


eY SUruU Sé

« notre grand-pére, mange ! »

Aprés avoir déterminé par la géomancie qui doit égorger l’animal,


ils sacrifient un mouton (ou un agneau) noir aux pattes arriére blan-
ches. Le tronc de l’arbre est enduit de sang, de petits morceaux de
viande sont jetés et quatre brochettes sont piquées autour de I’arbre :
er Suu Sé

« notre grand-pére, mange ! »

Les sigeyla qui sont éloignés de baskeli font ce sacrifice devant


leur habitation, sur une branche de ¢elz piquée dans un petit tas de
sable. Is s’adressent a « l’arbre » qui est la-bas.

med considéré comme une offrande. Il était bon de faire la part « des bétes qui
habitaient le himd, territoire sacré entourant le sanctuaire ; on abandonnait,
en ce cas, la chair sur le sol » (GAUDEFROY-DEMOMBYNES, Mahomet, p. 554).
Ailleurs, « les charognards s’en donnent a pleine gorge sur les carcasses et les
restes que les pélerins laissent derriére eux, et cela vaut encore comme une
offrande a Allah » (zd.). Dams certains cas, les victimes étaient abandonnées
entiéres sur le sol du sanctuaire autour de la pierre sacrée, ot elles servaient de
pature aux oiseaux de proie (NOELDEKE, art. « Arabs (ancient) », dans Hastings’s
Encyclopedia, I, p. 667).
ELEMENTS DE COMPARAISON 159

ae
Un vieil homme rencontré au village d’ebir-guli me raconta que
les sigeyla possédaient trois objets de culte. Le premier en bois : 7Ro
godu, « l’écuelle de Dieu », se présente comme un double plat. Le
deuxieme en paille : 7Ro horu-bur, « le petit panier de Dieu », est éga-
lement double, avec une seule anse. Le troisiéme est en cuir: 7Ro kofoy,
«la puisette de Dieu ».
Aprés le sacrifice au pied du ¢eli, le ou les sacrifiants mangent de
la viande et des boules de farine dans ces trois récipients. Ils laissent
au fond un peu de chaque nourriture et déposent les trois objets au
pied de l’arbre. Ils y restent toute la nuit, et ce n’est que le lendemain
que l’on vient les chercher. Le plus souvent ils ont été vidés de leur
contenu par les bétes sauvages. Si par hasard il reste quelque chose
a lintérieur, on le jette. Les objets eux-mémes sont conservés dans
la maison du chef du clan.
Itman Liman, forgeron szgeyla, nous parla également d’iRo-godu,
«l’écuelle de Dieu ». Il se semblait pas connaitre les deux autres objets.
Il la décrivit comme un morceau de bois léger et blanc (togoro)1 creusé
a chaque extrémité. Selon lui, cet objet est a usage féminin et serait
utilisé par toutes les femmes bideyat. Tous les trois ans, elles déposent
des offrandes dans chaque cavité. D’un coté, un peu de polenta de
mil et du beurre ; de l’autre, du mil, du sel et des dattes. Mais jamais
elles n’offrent de viande. L’sRo-godu est attaché sous le toit de l’habi-
tation. Les dons sont changés tous les trois ans. Ces objets méritent
d’étre signalés ; je n’ai pu en voir aucun spécimen’.

ae
Lorsqu’un sigeyla ou un neveu utérin des szgeyla a une requéte a
formuler, il s’adresse au ¢elz. Il s’agit généralement d’obtenir une gué-
rison, de retrouver des animaux égarés ou d’éloigner des animaux
sauvages®. Voici une priére ot le suppliant demande au manda de

1. ar. gaffal, Commiphora africana,


2. Notons l’existence chez les Téda d’un double plat de bois (sahari dolaa)
destiné aux jumeaux (LE Ca@ur, Dictionnaive ethnographique, p. 164). En
Afrique occidentale de nombreux auteurs dont M. GrIauLeE, « Cupules jumelées
du Soudan », Notes Africaines, n° 36, oct.1947, pp. 14-15), ont signalé des poteries
doubles, destinées 4 recevoir des libations de bouillie de mil, sur les autels de
jumeaux.
3. L’informateur précisa (sans doute a la suite d’une de mes questions) :
« au teli de baskeli, on ne demande jamais de l’eau parce qu’a baskeli, il y a tou-
jours de l’eau ». Il y a 1a en effet une magnifique « guelta ».
160 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

laider A retrouver ses animaux égarés; en retour il lui promet un


sacrifice animal :
ev-igi baskeli, oru-igt kult.
dovo keine, sagur keine, egilim keine.
ogi keine, sura keine.
oru-igi sokko aygi gint,
dyo! dei ter daba ege negeygi.

« Mon grand-pére baskeli, mes animaux sont perdus.


Protége-les des protéles, protége-les des chacals,
protége-les des hyénes.
Protége-les des panthéres, protége-les des lions.
Si je retrouve tous mes animaux,
Je t’égorgerai un animal adulte aux pattes blanches. »

Lorsque son voeu est exaucé, le suppliant améne un mouton noir


aux pattes arriére blanches. I] lui enduit l’échine de beurre depuis le
front jusqu’a la queue puis il l’égorge au pied de l’arbre?. La victime
dépouillée, le contenu de la panse jeté, il découpe certains morceaux
qu'il enfile sur des bois servant de brochettes pour les faire griller.
Ce sont : une épaule, une partie des cétes, la poitrine, le foie, le coeur
et la rate. Au préalable il a prélevé sur chacune des parties citées un
petit morceau de viande crue qu'il a jeté a terre comme offrande.
Lorsque la viande est grillée elle est déposée tout autour de l’arbre
puis elle est retirée des bois et placée sur un plateau en vannerie ; on
a soin de laisser sur chaque brochette un petit morceau de viande.
Les bois et leurs offrandes sont plantés autour de l’arbre. La viande
grillée est mangée sur place par l’auteur du voeu, en compagnie des
amis qui l’ont assisté et des gens qui viennent a passer. Le reste de la
viande (ce qui n’a pas été enfilé sur les bois) est rapporté au village®.
Lorsque la priére n’a pas été exaucée, on ne fait pas de sacrifice.
Il arrive que le suppliant soit une femme sigeyla ou une niéce
utérine d’un szgeyla. La demande la plus fréquente est celle de la femme
qui ne peut avoir d’enfant. La priére exaucée, la femme ne fera ni
sacrifice animal, ni offrandes de viande, mais des onctions de beurre
et de farine mélée avec de l’eau sur le tronc de l’arbre.

I. dyo, animal adulte qui a mis bas une seule fois.


2. Cf. p. 97 le sacrifice propitiatoire fait au manda de la montagne kigé
et p. 143 le sacrifice des kanagaRa ou la victime est enduite de beurre de la
méme maniére.
3. De nombreuses personnes peuvent prendre part au repas, mais le sacrifice
est le fait d’un seul individu qui l’accomplit a titre personnel, en remerciement
d’un bienfait.
ELEMENTS DE COMPARAISON 161

La non plus il n’est pas besoin de se rendre au pied du teli du ouadi


basket pour formuler sa requéte. Il suffit de le faire devant une branche
d'un quelconque tei plantée devant un caillou figurant la montagne.
Comme aucun sigeyla ne peut couper une branche de teli (ni briler
de son bois), on demande ce service 4 un homme d’un autre clan. Le
rituel qui se déroule devant Ja branche est le méme que celui qui se
déroulerait dans le ouadi haskeli.

4. Un rituel féminin chez les baga et les wekula.

Un rituel qui ne concerne aujourd’hui que les femmes m’a été


sommairement décrit, mais l’informateur inclinait a penser qu’autre-
fois les hommes y participaient. Actuellement il est pratiqué par les
fernmes baga et wekula (vy. p. 152) pour demander la pluie et la santé?.
Un petit tas de sable est édifié dans le village. I] porte le nom de
in wari (« ee versera l'eau »). Chaque femme vient avec, a la main,
une calebasse contenant un mélange de grains de mil, de beurre et de
sel. Elle dépose un peu de ce mélange sur le haut du tas de sable et
donne le reste 4 manger aux petits enfants qui sont présents.
On apporte de l’eau. Une petite calebasse est placée sur le haut du
tas de sable. On y verse de l’eau puis on Ja retourne sur place, arro-
sant ainsi les offrandes de mil, de beurre et de sel. Le reste de ]’eau
sext 4 asperger les femmes et les petits enfants. Ceci est accompagné
de priéres qui demandent la pluie et la santé.
Les rites accomplis, tout est laissé sur place, sans rien toucher.
Ce tas de sable au milieu du village ne figure-t-i] pas Ja montagne
lointaine ot réside l’ancétre des baga et des wekula ?
Notons l’usage d’un ritue]l d’aspersion?.

5. La « pierre manda » des femmes nha.

Cest une petite pierre (parfois une hache polie pr¢historique)


ramassée sur une montagne manda. Seules les femmes mariées peuvent
en posséder une*. Un homme ne peut pas toucher la pierre manda de
sa fernme ; d’aprés certains il ne peut méme pas la regarder.
La pierre prélevée par la femme sur « sa » montagne, c’est-a-dire

1. Des femmes appartenant 4 d’autres clans, mais habitant le village ou


ce rituel a lieu, peuvent y participer.
2. CL p. 13. Autres rituels d’aspersion dans la République du Soudan chez
Jes Turrti du djebel Midob (v. p. 183) et chez les Mun (v. p. 188).
3. Une jeune fille s’adressera directement au manda de son pére.
162 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

celle du clan de son pére, est apportée dans la maison pour étre placée
sous un des greniers en poterie qui se trouvent a ]’intérieur de l’habita-
tion, ou dans un grand récipient en terre cuite.
Lorsqu’une femme part aux champs ou en voyage, elle dépose sa
pierre manda a l’entrée de son habitation, comme gardien. Elle la
mettra encore sur un tas de graminées sauvages qu “elle vient de mois-
sonner et qu’elle abandonne pour poursuivre sa récolte.
Généralement personne n’ose toucher a un bien qui est sous la
protection d’un manda. Cependant il arrive parfois qu’un vol ait lieu.
La propriétaire demande alors 4 son manda la mort du voleur. Au bout
de quelques jours il tombe malade et meurt. Dans le cas ot le voleur
restitue l’objet volé, la femme peut obtenir sa guérison. Elle se rend
chez le forgeron pour savoir ce que désire la montagne pour pardonner.
Le forgeron, a l’aide de la géomancie, désigne |’offrande. Ce sera une
poule, une chévre ou un mouton ; quelquefois du mil, ou du beurre
mélé a de l’armoise. Le voleur fournit la béte ou l’offrande désignée.
Sur la pierre manda il met un peu de sang, de mil ou de beurre. Le
forgeron prend pour lui la béte du sacrifice ou le reste de l’offrande
(sans doute rendue impure ?). I] recoit en plus, comme salaire, chévre,
mouton ou argent.
On demande également a la pierre manda de protéger les troupeaux,
d’aider a retrouver un animal perdu dans la brousse. Lorsqu’une femme
est malade ou lorsqu’elle désire un enfant, elle s’adresse a la pierre
aprés lui avoir offert de l’armoise ou fait des onctions de beurre.
A la mort de la propriétaire de la pierre manda, sa fille ne peut
en hériter que si elle appartient au méme clan que sa mére c’est-a-dire,
puisque nous sommes en filiation patrilinéaire, si son pére et sa mére
sont de méme clan, ce qui est extrémement rare. Dans le cas contraire
le manda «ne sert plus ». On le laisse a l’endroit ot il se trouve ou on
le jette dehors. Il redevient un caillou comme les autres. La sceur de
la femme peut éventuellement le prendre.
Ce manda « portatif » des femmes bilia, substitut du véritable
manda, reléve de la méme démarche intellectuelle que la petite pierre
ou la branche d’acacia (tel), piquée dans le sol, 4 laquelle s’adresse
le bilia éloigné de son pays d’origine. Seulement, dans le premier cas,
la « pierre manda » est prise au manda lui-méme, tandis que dans le
deuxiéme c’est un caillou quelconque ou une branche d’un eli, égale-
ment quelconque.
Ce genre de substitut semble étre plus particulier aux Bilia, peut-
étre parce qu’ils nomadisent davantage que les Zaghawa. Toutefois
au divoy, on nous a signalé que « pour se protéger des bandits, on place
dans sa maison une pierre provenant de la montagne gainga, ou de
ELEMENTS DE COMPARAISON 163
la montagne godwm. On lui fait des onctions de beurre ». Est-elle
uniquement a usage féminin ?
Autre remarque : n’y a-t-il pas un lien entre la « pierre manda »
des femmes bilia prise au manda de leur pére, et le fait qu’en se mariant
et en allant vivre dans le village de leur mari, les femmes s’éloignent
de ce manda ?

Il. — RECHERCHES SUR DOCUMENTS

Les informations utilisées jusqu’é présent proviennent toutes de


mes enquétes sur le terrain. Certaines descriptions sont fragmentaires,
de nombreux points n’ont pu étre éclaircis, le tableau final est loin
d’étre complet.
Consciente dés le départ de ces difficultés ma seule ambition était
de mettre en place une trame qui pourrait s’enrichir par la suite
d’éléments nouveaux, provoquer de nouvelles recherches, et les guider.
On ne saurait toutefois en rester 1a.
L’esquisse que nous avons tracée peut étre complétée, précisée,
et recevoir un éclairage nouveau par la mise en ceuvre d’une documen-
tation portant sur des groupes plus ou moins proches de ceux que
nous avons étudiés personnellement.
Le présent chapitre sera donc a la fois d’extension et de comparai-
son. Les sources sont les documents d’archives qui nous ont été aima-
blement communiqués au cours de notre séjour au Tchad, et diverses
publications.
Nous commencerons par poser la question des Zaghawa du Dar-
Fur. Ensuite nous passerons aux Bideyat dans leur ensemble (nous
n’avons personnellement enquété qu’aupreés des Bilia). Ainsi aurons-
nous fait le tour du groupe bez, tel qu'il nous est apparu.
La question des rapports entre Zaghawa et Bideyat d’une part,
Teda et Daza de l’autre, est encore controversée. I] sera dés lors inté-
ressant de voir quelles réponses fournit l’étude comparative des phéno-
meénes religieux. Est-il possible dans ce domaine aussi de parler d’un
groupe « toubou » au sens ou nous l’avons défini (v. p. 18, n. 6) ?
Au-dela de ce groupe, nous avons regardé du coté du Wadday et
du Dar-Fur, les deux sultanats que nous avons continuellement
rencontrés au cours de notre étude.
Nous n’avons pas cru utile, pour le moment, de pousser nos inves-
tigations au-dela de ces limites. Celles-ci ont du moins l’avantage de
n’étre pas arbitraires ; elles englobent des populations dont les rapports
sont bien attestés.
164 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

1. Les Zaghawa du Dar-Fur.

Chez les Zaghawa du nord du Dar-Fur, a notre connaissance,


deux lieux de culte ont été signalés.
Les premiéres observations datent de 1917. Elles figurent dans le
journal de route de Basil Spence. Il a rendu visite aux rochers d’Idugilz,
«les dieux du village » (sic)* 4 environ dix kilométres au nord de
Musbat. La, au sommet d’un éminence, se trouve un tunnel donnant
au nord par une large ouverture et au sud par une petite ot il observa
sur le plafond :
«a greyish white patch, the remains of an offering of flour and water which
had been plastered to the roof ».

A coté du tunnel, dans une sorte d’abri sous roche ouvert sur quatre
cotés :
« Scattered over the roof were small patches of dried dung, apparently
donkeys’, which had been thrown up when wet. On the north-west part of
the roof and wall were numerous designs made with charcoal, one of which I
identified as the mark of the Dikein, a subdivision of the Woeki (southern)
division of the Boeli (Zaghawa). On one part of the roof was a large greyish
greasy patch obviously butter or some other form of fat. On the north side of
the west entrance there is a shelf in the rock between 4’ and 5’ high. This is
worn into a series of small cup shaped depressions varying from 4 to 20 ounces
capacity, numbering perhaps 40 in all; they lie in rough parallel rows. These
cups are perfectly smooth inside and each contains a number of small white
pebbles. Similar pebbles occur in the rock formation itself usually in layers.
Leaving the cave by the western opening, I entered a rock girdled space about
20 yards in diameter covered with gravel. In the centre of this is a well 6’ deep
but containing no water at that time. Turning to the south, as I emerged from
the western opening of the cave I encountered another tunnel through a large
mass of rock. On the left side as one enters this the rock has been worn per-
fectly smooth in a series of parallel vertical grooves 1’ to 2’ long, like fluting
on a pillar, but tapering above and below; in each of these grooves were two
parallel lines made with charcoal.
. about 100 yards to the south . . . another large cave . . . known as the
Maida-be or blacksmith house » (p. 197).

Vers la fin de la saison séche, aux environs du mois de mai, les


jeunes gens et les jeunes filles et un certain nombre de jeunes femmes
mariées se rendent a Idugili en apportant du beurre, de la farine et du

5. SPENCE, « Stone worship among the Zaghawa », pp. 197-199.


6. En réalité : « la grotte de Dieu ».
ELEMENTS DE COMPARAISON 165

lait. Les jeunes gens se rendent dans le tunnel et les jeunes filles a l’abri
sous roche. Elles envoient de la farine et du lait aux jeunes gens. IIs
en mangent une partie et font avec le reste des onctions « to a par-
ticular part of the roof called ha gweila (stone, holy) ».
« The maidens in their cave take, first, fat in an earthen-ware jar and smear
it on the holy stone in a particular place:
ha gweila bodiu keidi,
Stone holy fat give I,
idu suti vi tegele
god cave into descend

Secondly, milk in a plaited grass vessel which they splash on the roof, and
thirdly, flour and milk in a grass platter which they smear on the roof with
similar chants.
It is during this ceremony that the dung gets thrown onto the roof probably
by the very small children. When the offerings are over they game with the
pebbles . . . apparently the girls take a handful of pebbles from one cup saying
ki geri tibo, and put them in another cup saying ki geri tobo. Having all gone
through this luck ceremony, they say o ki boerr « milk, this, leave », and depart
with the words be geri tau « house other, into, we (go) ». The pebble game is
called shile}.
They now join the young men and all go the Maida-be, where they perform
the Hula® singing and dancing, the girls clapping their hands and the boys
jumping in the air » (p. 199).

Ce rituel de prospérité, accompli par des jeunes gens (garcons et


filles) est différent dans sa forme de tous ceux que nous avons observés
chez les Zaghawa du Wadday. Mais le choix du lieu (montagne et
grottes), l’époque de l’année ou I’on s’y rend (fin de la saison séche),
la nature des offrandes : farine, beurre, lait?, les onctions sur des
pierres sacrées, les invocations a2 un Dieu qui a nom zdu, ne sont pas
pour nous surprendre’. |

1. Les jeux de cailloux sont largement répandus en Afrique. Celui-ci semble


destiné a porter chance. On lui accorde peut-étre aussi une valeur de présage.
Cf. les cupules signalées au Tibesti par DaLtonr (Mission au Tibesti, II, pp. 348-
349 et fig. 145).
2. Cf. kobé : huna, « danse ».
3. Nous n’avons pas noté d’offrande de lait chez les Zaghawa. Par contre
elles sont trés fréquentes chez les Téda.
4. Le méme auteur signale briévement a la fin de son article d’autres lieux
de culte : « at other places in the Boeli country venerable trees and particular
stones were pointed out at which similar ceremonies took place, but in no case
were there such striking natural surroundings as at Idugili. Spear heads are
blessed in the same way before proceeding on a raid and others reasons given
166 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

*
ok OK

Le deuxiéme lieu de culte, signalé en 1956 par H. G. Balfour-Paul’,


est un bloc granitique, situé a environ trois kilométres au sud de
Kornoy, 4 un endroit nommé « la roche au lion ». Sur le rocher on voit
des gravures ruprestes : un groupe principal comprenant six bovidés
4 longues cornes recourbées en avant et un personnage armé d’un jave-
lot et d’un bouclier rond ; ailleurs des bovidés et une girafe.
Sur le groupe principal ont persisté les traces de libations de farine
mélée avec de l’eau, faites depuis les derniéres pluies. Au pied du rocher
se trouvent un ou deux récipients connus au Dar-Fur et au Wadday
sous le nom de sakhkhana?.
H. G. Balfour-Paul considére qu’asperger un endroit sacré de farine
et d’eau est un acte courant au sommet d’une colline, sur un rocher,
sur une tombe ou sur un arbre ; mais l’exemple de « la roche au lion »
était, pour lui, le seul ot les libations fussent faites sur une paroi
verticale et sur des peintures ou gravures.
Il convient d’en rapprocher les onctions faites dans la grotte de
ey-ha chez les Bilia (v. p. 156).
*
* kK

Les indications sommaires contenues dans les deux articles que


nous venons d’analyser (qui ne portent pas sur des sacrifices animaux,
et qui ne mettent pas en action les chefs de clan ou autres), ne peuvent
que nous confirmer dans notre opinion qu’une recherche paralléle a
celle que nous avons effectuée au Tchad mériterait d’étre tentée chez
les Zaghawa du Soudan’,

for the performance of the ceremony before rocks and trees are to procure
children, to have increase in flocks and herds, and to ensure a bountiful harvest »
(p. 199).
1. BaLrour-PauL, « A prehistoric cult still practised in muslim Darfur »,
pp. 77-86.
2. Cf. arabe sakhdn, « teapot » (LETHEM, p. 400).
3. Voici un dialogue entre MacMichael et un zaghawa du Soudan, le mogdum
Sherif (qui fut par la suite kalifa du sultan dans le nord du Dar-Fur) :
« Have the Zaghawa any holy places in their country ? If so of what kind?
— Yes, if anyone wants anything, or is undertaking any venture, he visits
some rock or tree and makes the usual offerings of meat and dihn (grease) and
voices his appeal.
— Would any rock or any stone be good enough ?
-—No. There are certains definite ones, three or four in Dar Zaghawa.
— To whom does he appeal ?
ELEMENTS DE COMPARAISON 167

ales bideyat:

Slatin Pacha, en 1881, ayant a régler un conflit entre Bideyat et


Arabes Maharié rencontre des Bideyat 4 Kamo, dans le nord du Dar-
Fur, et note qu’avec les « Koran ou Tibbu » qui les avoisinent et les
Midob de l’est, quoique entourés de musulmans, ils ont conservé leurs
coutumes paiennes.
« C’est sous les grands arbres touffus nommés hegli [sic] (Balanites egyp:
tiaca)... qu’ils adressent leurs priéres 4 une force inconnue, lui demandant de
les protéger et de les préserver du malheur. Ils ont leurs fétes religieuses ; pour
les célébrer ils se rendent sur le sommet des montagnes, et 1a ils immolent a leur
divinité des animaux de leurs troupeaux »!.

Notre enquéte sur les Bilia (v. p. 151 a 163) concernait les lieux
de culte et les rituels propres aux clans kolyaRa, sigeyla, baga et wekula.
Mais il existe bien d’autres arbres et montagnes sacrés, bien d’autres
manda, que nous n’avons méme pas pu inventorier.
Un des premiers rapports administratifs (1915) concernant les
Bideyat souligne :
« leur grande vénération a l’égard des montagnes ot les ancétres ont vécu, sont
morts et ot: leurs corps reposent encore... a l’égard des puits ou gueltas ot les
ancétres s’abreuvaient... Des pratiques anciennes du culte, il est impossible de
rien apprendre ; il semble pourtant qu’elles consistaient surtout dans le sacrifice
de moutons, boeufs et quelquefois chameaux. Cette pratique a subsisté, puis-

— To God, of course.
— Does he have no local demon also in view ?
— Well, there used to be, but nowadays they appeal to God only.
— Did they adopt this system of holy sites from the Fir ?
— It is general in Darfir, the Dagu and the Birked and the Fur and the
Zaghawa and Bedeyat all do the same, and the practise is practically universal
except among the Arabs.
— Is there a medium ?
— Yes, a woman generally. Her position is hereditary from mother to
daughter, irrespective of age. Among the Zaghawa she is called the bdda.
— Is there any particular season more favourable than another ?
— No, but of course at this present season (june) it would be for rain most
people would be praying and making their offerings. The Dagu of Dar Sula
make a regular festival of it. The sultan and his nobles attend and all the
horsemen, and they place the dihm in front of a hole in a certain rock and wait »
(A history of the Arabs, I, pp. 73-74).
1. R. Statin Pacua, Fer et Feu au Soudan, trad. francaise, t. I, pp. 161-162.
168 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

qu’aujourd’hui encore les Bideyat immolent des moutons dans les lieux consa-
crés, toutes les fois qu’ils veulent obtenir une faveur de Dieu : guérison d’un
parent malade, réussite d’un projet... Ils croient, semble-t-il, que l’esprit de
leurs ancétres résidant encore au lieu ot ils sont morts, est capable d’intercéder
pour eux auprés de la puissance divine. Ces lieux consacrés sont, dans la région
de Fada : le puits de Fada, la guelta d’Archei et la montagne Guettara (Déli)...
Seuls les Gara, originaires de Guettara, peuvent y monter, et certains y vont
encore parfois y faire des sacrifices »1.

Le capitaine Chalmel, en 1931, dans sa « Notice sur les Bideyat »,


consacre un chapitre a leur religion, ot il met l’accent sur les croyances
anciennes :
« Les génies connus par les Bidayat sont nombreux et chacun d’eux est per-
sonnifié par un caillou poli, de forme oblongue, enterré depuis longtemps et
peut-étre témoin de l’époque préhistorique. Chaque génie a son nom, son habitat
et son royaume ; chacun a un pouvoir trés grand mais qui ne s’exerce que pour
certaines choses et auprés de leurs protégés attitrés. »

Il cite :
« Guélémeé qui habite Archei?. Déli manda qui habite Guettara (Déli). Fada
manda qui habite Fada. Tietie bedé qui habite Ounianga. Beskéré qui habite
Beskéré?. Heya qui habite Am-Djéres*. Eli qui habite Berdoba®.
Certains de ces génies sont incapables de faire le mal comme Déli ; d’autres,
par contre, peuvent exercer des vengeances terribles, comme Fada manda, ou
Heya... mais seulement sur les fractions qui les reconnaissent comme génie.
On peut demander 4 certains génies leur protection, soit qu’il s’agisse de
guérir une mauvaise maladie, soit qu’il s’agisse d’accomplir heureusement un
voyage pénible ou dangereux... Le Bideyat malade qui reconnait Déli Manda
comme génie plante en terre une pierre qu’il entoure de petits cailloux. Le tout
est recouvert de farine de mil, sel et dattes écrasées ensemble, et il parle : « Déli,
c’est a toi que je m’adresse, guéris-moi. Si tu me guéris, dans quinze jours je te
tuerai un bouc... » Pour ce sacrifice, on choisit un gros arbre 4 cété duquel on
plante un caillou. Le mouton est égorgé et on en fait couler le sang sur le caillou
que l’on recouvre aussi de ce que contenait la panse. On brile alors une céte-
lette, la poitrine, le coeur, le foie et les rognons ; un morceau de chacune de ces
choses est coupé et placé aussi sur le caillou. Lorsque la peau a été sortie on a
eu soin de laisser les pattes arriére, elle est placée sur une branche dirigée vers
le lieu qu’habite le génie »8.

I. CHATEAUVIEUX, « Renseignements sociologiques et économiques sur les


Bideyat », pp. 6-7.
2. Sa résidence serait une grotte nommée arsi-dayba.
Cf. baskeli, p. 158.
Cf. ey-ha, p. 155.
eli m’a été donné comme manda du clan genigergeRa.
ANE
CHALMEL, « Notice sur les Bideyat », pp. 64-67.
ELEMENTS DE COMPARAISON 169
Ces indications nous sont précieuses. Bien que cela ne soit pas dit
de maniére explicite, on retrouve le manda lié A un clan (« protégés
attitrés », « fractions qui reconnaissent tel génie »...), et A un lieu, qui
nest pas non plus suffisamment précisé. Il semble que l’auteur ait eu
connaissance de la pierre substitut du manda, non du « manda »
lui-méme. Ceci explique sans doute qu’il ne soit pas question de rites
annuels mais simplement de rites de protection et de voeux.
Nous retrouvons les offrandes de mil, sel, dattes, de sang et de
morceaux de viande ; la peau de la victime accrochée 4 une branche
d’arbre. Par contre, c’est la premiére fois que nous voyons briler une
partie des offrandes. N’est-ce pas simplement grillé ?
Le lieutenant Barboteu, en 1935, signale les haches polies préhis-
toriques comme pierres sacrées des Bideyat : « Elles se nomment
manna ou manda. Elles servent surtout lors des serments »!.
Les autres rapports dont nous avons eu connaissance négligent
les activités religieuses ou bien soulignent l’impossibilité d’obtenir
des renseignements a ce sujet.
*
*

Les Unia, habitants des palmeraies et des lacs du nord-ouest de


l’Ennedi, sont certainement des Bideyat.
D’aprés le lieutenant Bourda, leur conversion a |’Islam daterait
de l’expansion senoussiste dans cette région? :
« De cette religion, ils n’ont pris pour leur usage personnel que la crainte
superstitieuse du Coran, la priére et le jefne du Ramadan... Ils croient en la
puissance de certains génies, sortes de totems, dont le pouvoir ne s’exerce que
pour les familles qui sont leur descendance présumée. Ils sont tres nombreux.
Les principaux et les plus puissants sont Kiesibéré, 4 Ounianga Kebir, qui peut
tuer quelqu’un si on le lui demande; Akamanda [aka manda] et Argaine, a
Ounianga Serir, mais dont le pouvoir est moindre. Quand on veut avoir recours
a leur puissance, on sacrifie un mouton sur le caillou qui les représente »’.

%
*

En 1961, Peter Fuchs fait paraitre un livre sur les populations du


sud-est du Sahara ot, a cOté des Téda et des Goranes, il étudie les
Bideyat. Quatre pages y sont consacrées a la religion et a la magie*.
I. BARBOTEU, « Les Erdis, apergu de l’Ennedi », p. 42.
2. Nous avons vu que des zawiya s’étaient installées 4 Ounianga kebir et
Ounianga seghir vers les années 1900 (cf. p. 21).
3. BourbaA, « Ounianga : pays, ressources, habitants », p. 178.
4. P. Fucus, Die Vélker der Siidost-Sahara, pp. 86 a 90.
I2
170 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Le terme manda n’apparait pas. Par contre P. Fuchs signale le


« Kussa » ou fondateur du clan, comme figure centrale de la vie reli-
gieuse. Le « Kussa » fut autrefois un homme. Aujourd’hui, les Bideyat
ignorent généralement ou se trouve son tombeau mais savent qu'il
réside dans un grand arbre « teli »1, dans une caverne ou sur un rocher.
La, on lui fait des offrandes (dans les petites occasions une brebis,
dans les grandes un boeuf ou un chameau) suivies d’un repas en
commun ; on lui adresse des prieres.
Au cours de nos enquétes nous n’avons pas rencontré le terme
« Kussa ». Il semble toutefois que l’on puisse rapprocher son contenu
de celui de ey « grand-pére », « ancétre », et de celui de manda.
- Au-dessus du « Kussa » se dresse « Edo », Dieu?. D’aprés P. Fuchs,
on ne le prie pas (p. 87). Cette affirmation nous surprend.
Deux autres réserves nous paraissent devoir étre faites. La premiere
concerne le fait que les arbres ¢elz seraient également sacrés pour tous
les Bideyat. Nous avons seulement observé que le ¢eli était sacré pour
le clan dont le manda y a fait sa résidence (cf. p. 161 ot! un sigeyla ne
pouvant couper une branche de tel demande a un homme appartenant
a un autre clan de le faire pour lui). La deuxiéme concerne le fait que
l’on puisse sacrifier sous un méme arbre a plusieurs « Kussa » différents
(p. 88). Cela nous étonne.
*
*

Peut-on, sur la base des informations zaghawa et bideyat, préciser


la notion de manda ?
_ Est dit manda, chaque montagne, chaque acacia ow l’on fait des
sacrifices ou des offrandes’. Le manda est-il la montagne ou I’arbre ?
Ou bien ces derniers servent-ils seulement d’habitat au manda qui
parait étre une sorte de genius loci qui se manifeste souvent sous la
forme d’un serpent ?
Dans la pratique est dénommé manda tout ce qui est sacré : le lieu,
le génie du lieu.
En outre montagne, arbre, génie ou serpent sont considérés comme
un ancétre (ev). La formule qui accompagne I’offrande des sigeyla a
leur telt manda est sans équivoque :
CY SUYU Se

« notre grand-pére, mange ! »

1. Acacia Faidherbia albida, v. p. 58, 123, 158.


z. 1Do en dialecte guruf, iRu (parfois iRo) dans les autres dialectes zaghawa
du Ouaddai.
3. Un coin de brousse peut aussi étre dit manda ; cf. tau manda eye kweilt,
«la brousse manda ov lon verse les gye » (p. 102).
ELEMENTS DE COMPARAISON 17I
Nos enquétes nous ont jusqu’a présent toujours présenté le manda
comme ayant un role bénéfique et protecteur. On lui demande
denvoyer la pluie, de faire pousser l’herbe et le mil, de protéger les
gens et les troupeaux, d’écarter les maladies. Quelquefois les priéres
s’adressent directement 4 Dieu (iRu), mais le plus souvent le manda
sert.d’intermédiaire. La priére des magu est suffisamment explicite :
telt, manda nelt, iRu bi kotdoy
« felt, toi qui es un manda, fais que Dieu nous envoie de l’eau. »

Il ne semble pouvoir causer la mort que pour punir quelqu’un qui


a fait du tort a un des siens (v. p. 162)}.

3. Les Téda et les Daza.

Les populations téda et daza ont été beaucoup plus et beaucoup


mieux étudiées, jusqu’a ce jour, que celles du groupe beRz?. Pourtant
leur religion reste peu connue, soit que les auteurs aient été moins
préoccupés par ce probléme que par d’autres, soit que I’Islam ait ici
davantage masqué les faits anciens.
Quoi qu’il en soit, quelques indices nous font penser qu’il existe
une certaine unité de religion entre teda, daza et beR1, c’est-a-dire a
*intérieur du groupe auquel nous donnons le nom de « toubou ».

rt. Il conviendrait de rechercher les ressemblances et les différences entre


la notion de manda et celle de « margay » des populations montagnardes du centre
tchadien. Cf. entre autres P. L. Hersr, « Etudes sur les margayes de Melfi
(Tchad) », Bull. Inst. d’ Etudes centrafr., 1945, vol. I, fasc. 1, pp. 33-46 et « Obser-
vations sur les margayes de Melfi », Bull. Inst. d@Etudes centrafr., 1947, vol. II,
fasc. 1, pp. 1-97; P. Fucus, « Der margai-Kult der Hadjerai », Mitteilungen der
Anthropologischen Gesellschaft, XC, Wien, 1960, pp. 85-97.
Tout derniérement Mme J.-F. Vincent décrit les «margay » comme des sortes
de « relais, d’intermédiaires entre un Dieu tout-puissant mais lointain et les
hommes... Il semble — dit-elle — que lon puisse identifier certaines Margai
comme des « esprits de la montagne » propriétaires du sol, que les nouveaux
arrivants en fondant leur village durent se concilier ». La présence de haches
néolithiques associées au culte de margay et qui représenteraient des ancétres
fournit un élément de plus a la comparaison (« Les Margai du pays Hadjerai
(Tchad) », Bulletin de l’ Institut de Recherches scientifiques au Congo, vol. 1, 1962,
pp. 64-86. V. notamment p. 84).
2. Parmi les travaux les plus importants citons ceux de Ch. et M. Le Coeur
(de 1935 4 1956), J. d Arbaumont, J. Chapelle, A. Kronenberg et P. Fuchs.
172 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

*
*

Chez les Téda aussi, il semble que le chef soit tenu pour respon-
sable de la pluie. Le rituel d’intronisation du derde! n’est pas trés
différent des rituels que nous avons décrits.
Dans le cas d’un derdé Tomagra, le choix est fait a l’intérieur de
ce clan par les notables Tozoba, un des plus anciens clans du Tibesti.
Ce sont eux qui accueillirent Kodor Fouri, l’ancétre des Tomagra, dans
la vallée de Zouar, et lui donnérent une fille en mariage (cf. p. 32, n. 2).
La remise par les Tozoba du turban, insigne du pouvoir chez les
Téda, a lieu sous un ¢avi®, sous lequel l’ancétre est censé s’étre reposé.
Puis le nouvel élu, porté sur une litiére par les Tozoba (a bout de bras,
d’aprés Chapelle), fait sept fois le tour du tar’.
Aprés un sacrifice et des échanges de cadeaux sur lesquels nous
savons peu de chose, le derdé fait une sorte de retraite pour demander
4 Dieu de bénir son régne et plus particuliérement de donner la pluie
4 ses sujets. D’aprés J. Chapelle, la retraite dure sept jours. Puis il
visite les clans autochtones (ou trés anciennement installés) du Bar-
dagué, leur remettant des chameaux en échange de palmiers.
Dans le cas d’un derdé arna, l’investiture a lieu sur un tertre rouge
situé dans l’enneri Maro. « L’élu transporté sur une litiére fait trois
fois le tour d’un arbre appelé arken (Maerua crasstfolia)* avant de
recevoir le turban »°.
Un épisode marquant le début du régne du derdé Chai (mort en
1939) souligne la relation nécessaire entre la nomination du chef et la
venue de la pluie. Voici l’événement rapporté par J. Chapelle :

1. J. d’ArBAumont, « Le Tibesti et le domaine téda-daza », p. 289 et J. CHa-


PELLE, Nomades noirs, p. 87.
2. teli des Zaghawa, v. p. 58, n. 2.
3. A. KRONENBERG donne une relation assez différente de cette partie du rituel.
Sous le tavi, arbre sacré des Tomagra, on éléve un tas de sable (kudi). Un membre
du clan tozoba lave, a l’écart, le futur derdé et le revét d’un pantalon. Le chef
rejoint sous le ¢avz les gens qui dansent et la, le tozoba lui entoure la téte d’un
turban. Les Tomagra courent alors vers l’est, les Arna vers le sud, les Gunda
vers l’ouest. Les gens qui restent étendent le derdé et sa femme sur le tas de
sable. Car le « derdé commande 4 la terre ». Puis le couple est allongé sur une
civiere. I] est considéré comme mort. On fait faire a la civiére trois fois le tour
de l’arbre. Les mariés renaissent. Le derdé tire un coup de fusil. Ceux qui étaient
partis reviennent et mettent la main sur la téte du derdé. La civiére est jetée
dans un buisson car le soleil ne doit pas la voir, sans quoi le derdé n’aurait pas
de chance (Die Teda von Tibesti, p. 76). Rappelons que chez les divoy le chef
fait trois fois le tour d’une pierre (cf. p. 111).
4. nuy des Zaghawa, v. p. 133.
5. J. d@ARBAUMONT, op. cit., p. 290.
ELEMENTS DE COMPARAISON 173

« On raconte que le prédécesseur du derdé Chai était vieux et infirme, et


qu'il n’avait pas plu depuis trés longtemps. Cette situation exigeait un change-
ment et le derdé en titre céda sa place a Chai... Chai alla consulter un marabout
d’Agadem et sur ses indications, aidé d’une dizaine de compagnons, il renversa
une grande pierre dressée. Un mois plus tard, il pleuvait abondamment »!.

I] est évident que cet épisode mériterait une enquéte approfondie.


Parler de syncrétisme ici n’est pas un vain mot. Le chef traditionnelle-
ment reconnu par les siens comme faiseur de pluie n’hésite pas, pour
remplir son réle, 4 aller consulter un marabout. Le conseil du marabout
de renverser une pierre (sacrée ?), qui se trouvait prés de Zouar, pour
provoquer la venue de la pluie est non moins révélateur. C’est le jour
de son couronnement aprés avoir sacrifié trois chameaux que Chai
aidé de dix de ses amis renversa la pierre.
Ailleurs le derdé est dit « maitre de l’eau » comme dans ce chant
accueillant le chef du Djado a son retour du centre administratif ot
il vient d’étre proclamé officiellement derdé :
Devde Kore Derei yidi
« Chef Koré, fils de chef, Maitre de l’eau ! »?.

Les collecteurs ajoutent : « On aimerait voir dans cette expression


une allusion au chef ‘ rain-maker ’. » Si l’on tient compte de |’étude
qui précéde, il nous semble qu’il n’y a plus de doute possible.

*
* OK

En dehors des sacrifices liés 4 l’intronisation des chefs, des sadaga


ont lieu « pour les semailles, pour les récoltes, pour la fécondation des
palmiers (Djado), pour la cueillette des dattes et pour celle des gra-
minées sauvages. On en fait également pour provoquer la pluie. Ces
sacrifices ont lieu soit dans les champs mémes, soit dans des enceintes
de pierres, appelées mochidi ou koe sadaga, ‘lieu de sagada’ »’.
On a méme signalé des sacrifices au pied d’un arbre, pour assurer
le succés d’un raid. En 1927, une expédition ayant pour mission
d’explorer le sud du désert libyen, en territoire soudanais, croise une
piste empruntée par les Goranes se dirigeant vers les paturages du
ouadi Gab, en Dongola, pour y voler des chameaux. La, a quelques
kilométres de l’oasis de Nukheila (Tura el Bedai, «l’oasis des Bideyat »,

1. Nomades noirs, pp. 384-385, également p. OI.


2. Recueilli par Ch. et M. LE Caeur, Grammaire et textes téda-dazu, p. 217
et note 4.
3. J. CHAPELLE, Nomades noirs, p. 380.
174 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

pour les gens du nord du Dar-Fur), au sud-ouest d’un bois de palmiers


et d’acacias, les Goranes font des sacrifices au pied d’un acacia :
« This is a large old seyal tree, now dead, half lying on the ground with two
thicks branches sticking up in the air. On one of these, about face high, is a
smooth patch smeared with camel fat, and on the other branch is a leather
thong, cut from the skin of a camel, bound tightly round. In the crack below,
where the two branches fork from the trunk are smeared the partly digested
grasses . . . from the intestines of the camel.
The Arabs told us that the Guraan always slaughter a camel here before
starting off on a raiding expedition and carry out these operations on the tree.
It seems to be more than an ordinary kavama, a slaughter for luck, and rather
in the nature of a sacrifice to a tree spirit »1.

Cest au mosidi que les gens se rassemblent lors de la grande sadaga


pour la pluie.
Des gateaux de mil sont déposés a lintérieur des murettes avec
des dattes, du beurre liquide, et, au Tibesti, de l’eau parfumée a
« Yediseru »?, en prononcant le mot « sadagalla ». A l’extérieur les
hommes égorgent une chévre?.
La béte peut étre rdtie ou bouillie. Viande et gateaux sont partagés.
Chacun emporte sa part chez soi. On récite la fatiha.
« Pas d’offrande sinon celle de la fumée de la chévre sacrifiée... et les libations
de beurre ou d’eau d’ediseru, pas de repas en commun »*.

Mais c’est que, d’apreés le derdé Chai « laisser sur le lieu du sacrifice
la béte abattue ou les plats de céréales est une pratique d’idolatrie
que Sidi Mahdi a condamnée, et dont les libations de beurre et d’eau
d’ediseru sont une survivance »,

*
OK

A. Kronenberg a signalé deux sites ot l’on effectuait des sacrifices


qui mériteraient des enquétes approfondies®. Le premier se trouve
dans l’oasis de Yebbi-Soma, 4 quelques kilométres de Yebbi-Bou.
C’est un immense champ de pierres, les unes dressées, les autres mises
a plat sur le sol. Ces endroits auraient été assignés en réve par un

I. NEWBOLD, « An exploration in the south libyan Desert », pp. 117-118.


2. Armoise, Sii des Arabes, v. Pe THO, Ms Se
3. ie Caur, Dictionnaire ethnographique téda, p. 163 (art. sadaga).
4. Ibid.
5. Lbid.
6. A. KRONENBERG, Die Teda von Tibesti, pp. 122-124 et pl. XIV et XV.
ELEMENTS DE COMPARAISON 175

ancétre a un de ses descendants, dans un endroit difficilement acces-


sible. On s’y rendait, il y a quelques années, pour y sacrifier des ani-
maux, apres la récolte de blé et de dattes. Pour chaque béte sacrifiée,
on érigeait verticalement cinq pierres « darra », hautes d’environ qua-
rante centimétres, et devant elles on mettait a plat cing autres pierres.
Le groupe de pierres était orienté vers l’ouest. On faisait rétir, sur les
pierres, la viande des sacrifices.
Le deuxiéme site se trouve dans l’enneri Maru, a proximité du
rocher de Tomadon. La, a cété des pierres « darra », témoins des sacri-
fices, se trouvent dressées de grandes pierres plates de deux métres
de haut nommées « 6di » qui indiqueraient une limite entre deux clans.
J. Chapelle signale de son cété la tombe de Lehillé Kyaide-do,
ancétre-femme des Téda du clan Foctoa. Elle se trouve aux environs
de Soborom, dans !l’enneri Besomma Gria, au milieu d’un « cirque dont
les parois de tuf sont couvertes de dessins rupestres : boeufs, chameaux,
autruches... Autour de la tombe on voit des pierres de sacrifice, les
autels, et plus loin les pierres plates ot l’on dépouille les bétes »
(Nomades notrs, p. 354). Est-ce des groupes de pierres de méme type
que ceux observés par Kronenberg?
Pour résumer l’essentiel, sacrifice d’une chévre ou d’un bouc par
un homme appartenant au clan des maitres de la terre, farine et
bouillie de mil jetée dans la direction des quatre points cardinaux
(ouest, puis nord, est et sud), offrandes de dattes et repas collectifs,
sont attestés par les différents auteurs. Mais notre curiosité des rituels
eux-mémes et de leur signification n’est pas toujours satisfaite?.

*
*

Revenons au terme de mosidi. Le dictionnaire Le Coeur traduit :


«lieu saint. Au Tibesti on applique ce mot a tous les rectangles circonscrits par
une ligne de pierres ou l’on fait les sadaga de tibi (bouillie de céréales) ou la
priére. Au Kawar on préfére le réserver aux vraies mosquées et on appelle les
rectangles 4 sadaga simplement koe sadaga »*.

Mais moSsidi ne désignerait-il pas, avant tout, le lieu saint pré-


islamique, celui ou on allait sacrifier au génie du lieu ? Que par la
suite, il se soit transformé en mosquée n’aurait rien d’étonnant.
Le terme mosidi a été rapproché de l’arabe masgid (ou masdjid),

1. Signalons toutefois un film de court métrage ot l’on peut voir une


« sadaga » pour la pluie. C’est un document appartenant 4 Mme M. Le Coeur.
La cérémonie a été tournée en 1932 a Bardai.
2. Dictionnaire ethnographique téda, p. 145.
176 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

« mosquée ». La dérivation n’est peut-étre pas phonétiquement impos-


sible, mais elle n’a pas été démontrée.
Or le dictionnaire de Ch. Le Coeur donne pour « diable ou génie »
le mot miS ou mui (méSi en kanouri, d’aprés le dictionnaire de
Lukas) ; quant a -di, il est noté comme un suffixe d’appartenance:
mosidi peut étre interprété comme « Vendroit du moi ». D’autre part,
d’aprés J. Chapelle, mii serait aussi le nom donné a une petite pierre
sacrée (parfois hache polie ou broyeur d’une meule dormante) sur
laquelle on fait des offrandes?. On ne peut s’empécher de penser a une
pierre manda. Le méme auteur signale enfin que certains clans ont
un mosidi dans la montagne?.
Cette revue des faits religieux « toubou », bien que sommaire et
incompléte, nous donne cependant l’impression d’une certaine unité
de croyances sur lesquelles il serait utile d’enquéter avant que leur
souvenir ne soit compléetement perdu.
te
*

Mais il est aussi d’autres sultanats, d’autres populations qui offrent


des analogies frappantes avec ce que nous avons pu noter. Il n’est
sans doute pas inutile de faire le rapprochement.

4. Au Wadday.

Aujourd’hui encore, le sultan du Wadday se rend chaque année,


peu de temps avant les pluies, a Wara, l’ancienne capitale, ot se trou-
vent les tombes de ses ancétres. La, il fait, suivant le rituel traditionnel,
des sacrifices de chameaux et de boeufs pour honorer ses ancétres et
demander la pluie.
Wara est a une trentaine de kilométres au nord-ouest d’Abbéché,
enserrée au milieu de chaos rocheux ne livrant que d’étroits passages.
De l’ancienne capitale subsistent les ruines de briques du palais et de
la mosquée et le cimetiére avec les tombes de onze des sultans wad-
dayens. Non loin de la, un petit village aux habitations rondes au toit
de paille abrite quelques familles, gardiennes des tombeaux?.
Le 12 juillet 1957 une reconnaissance archéologique nous conduisit
a Wara. C’était, par hasard, quelques jours apres le sacrifice, qui avait
eu lieu un vendredi.

1. Communication personnelle.
2. Nomades noitrs, p. 384.
3. Ces ruines importantes méritent d’étre classées « Monuments Historiques »
et préservées convenablement.
ELEMENTS DE COMPARAISON 177.
Le sultan fixe le jour du sacrifice, dans le courant du mois de juin!,
un vendredi ou parfois un lundi. Il convoque les faki qui doivent y
assister et délégue vers Wara quelques cavaliers conduisant les ani-
maux destinés au sacrifice. En 1957, neuf boeufs seulement furent
immolés ; le faki qui nous guidait dans notre visite nous assura qu’autre-
fois on égorgeait jusqu’a trois ou quatre cents beeufs et chameaux.
Tous males, jamais de femelles?.
Les sacrifices ont lieu le matin entre neuf et onze heures. Un pre-
mier animal est égorgé par les gardiens des tombeaux, a l’entrée de
la zertba qui cloture le cimetiére. Les gardiens restent de chaque cété
de l’ouverture. Le sultan pénétre le premier 4 l’intérieur en franchis-
sant le sang de l’animal sacrifié, puis il autorise les autres participants
a le suivre. Mais aucun membre du clan royal, en dehors du sultan,
n’est présent et n’a le droit de se rendre & Wara.
Sur chaque tombe, ils récitent la fatiha ; les faki lisent le Coran.
On prie d’abord pour soi, en tournant les paumes des mains vers le ciel,
puis pour le mort, les mains étendues au-dessus de la tombe. A Dieu
et aux morts on demande de Ilaide, de l’eau, de la viande et du mil,
la prospérité du pays, d’éloigner les calamités.
Les autres animaux sont égorgés tout autour du cimetiere, égale-
ment par les gardiens. Un repas suit, auquel les faki participent.
D’aprés quelques informateurs, aucune offrande ne serait laissée sur le
sol ; mais, selon d’autres, on laisserait de la viande, du mil et un peu
d’eau (les trois choses demandées).
Une poignée de terre est prélevée sur chaque tombeau. Elle sera
dissoute dans de l’eau pour donner a boire aux malades et aux femmes
qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Au centre du cimetiére se trouve
un heglig (Balanites egyptiaca) sacré, les hommes cueillent quelques
fruits et les mangent. Seules les vieilles femmes peuvent pénétrer dans
le cimetiére ; les jeunes, qui risquent d’étre impures, n’y ont pas accés.
Non loin du cimetiére, aujourd’hui seul lieu de culte, se trouve la
montagne ¢iveya*. Autrefois, l’année de son intronisation, le sultan

1. En 1956, le sacrifice avait eu lieu en avril. En réalité il semble que l’on


attende la chute de la premiére pluie, ce qui ne se produit généralement pas avant
le mois de mai.
2. Le sacrifice d’une chamelle pleine, accompli par les sultans zaghawa,
apparaissait tout a fait choquant aux informateurs, qu’ils soient faki ou non.
3. El-Tounsy : Thoraya, Nachtigal : Thorega, Julien : Torega, Trenga :
Toréia et Palmer : Thurayya. Pour Palmer, c’est l’arabe thurayya’, « Pléiades »
(cf. LztHEM, p. 397, at tareye ; HILLELsSON, et tivaiya). Notons les six coupoles
a la toiture éblouissante de Trémaux (cité p. 178) et les six étoiles principales
des Pléiades, le nombre sept et la retraite de sept jours ainsi que les sept sta-
tions sur la montagne (v. p. 180).
178 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

se retirait pendant sept jours sur cette hauteur sacrée, aprés avoir fait
les sacrifices dont nous venons de parler. La, dans une « tour » de
pierre (weya) située au sommet de la montagne, il restait sans manger
et sans boire! ; des serpents venaient s’entretenir avec lui. Au sommet.
de cette montagne une jeune fille et un jeune garcon étaient égorgés?.
Le dernier sultan qui se serait rendu sur tiveya serait le sultan Ibrahim
(z898-1900 ou 1901).
Que savons-nous d’autres sur ce haut lieu ?
El Tounsy, séjournant au Wadday en 1810-1811, signale qu’au
sommet du mont Thoraya se trouve une batisse ot sont déposés les
nacaires du sultan’. is
Trémaux, dans son Voyage en Ethiopie, au Soudan oriental et dans
la Nigritie, parle d’une butte, appelée mont Toreia. f
« Au sommet une agglomération de six coupoles, grossierement exécutées
mais dont la toiture est éblouissante, ces coupoles étant recouvertes extérieure-
ment d’ceufs d’autruches juxtaposés... C’est 14 que les sultans vont passer
quelques jours de retraite avant de prendre possession du pouvoir, et ot l’on
suppose que sont enfermés les trésors de l’Etat »4.

Toutefois Trémaux n’a pas visité le Wadday, il n’en parle que par
oui-dire.
Nachtigal est au Wadday en 1873 (la capitale s’est alors déplacée
de Wara a Abbéché). Il parle du mont Thorega, mais ne tient plus,
pour actuels (a tort, semble-t-il) les rites qui y étaient accomplis.
« Quand la résidence royale était a Ouara, le nouveau sultan était tenu
d’aller passer sept jours sur le mont Thorega ot l’on gardait les tambourins.
royaux ; il se rendait ensuite au toumang (cimetiére) et y sacrifiait aux manes.
de ses ancétres, cent bceufs, cent chameaux et cent moutons. La chair en était,
distribuée aux habitants du voisinage qui remplissaient en quelque sorte la
fonction de garde de corps »®.

Le capitaine Julien séjourne au Dar Kouti en rIgo1-1902; il a


parmi ses informateurs des Waddayens. Sa relation de la mort et de

1. Selon d’autres informateurs, seuls les jeunes enfants avaient le droit de


l’approcher. Ils lui portaient nourriture et boisson.
2. D’aprés P. O. Lapiz, le jeune homme était égorgé la nuit précédant le
pélerinage sur la montagne et la jeune fille la nuit précédant la descente de la
montagne, aprés sept jours de retraite. Les victimes provenaient d’un village
proche du lieu sacré. Les habitants de ce village étaient exempts de redevances
(Mes tournées au Tchad, p. 151). N’est-ce pas ce méme village qui aujourd’hui
fournit les gardiens des tombeaux et les sacrificateurs ?
3. Voyage au Ouaday, p. 369.
4. Voyage en Ethiopie, au Soudan oriental..., t. 11, Soudan, 12> RO
5. Le voyage de Nachtigal au Ouaddai, p. 77.
ELEMENTS DE COMPARAISON 179
la succession du sultan Yusuf (1898) nous fournit des renseignements
nouveaux :
« Aprés les funérailles de son prédécesseur, le sultan régnant (Ibrahim)
dépose les insignes de la souveraineté au bas du mont sacré Toréga, dont il
entreprend l’ascension tout seul pour y faire une retraite de sept jours. A cet
effet, au haut du rocher se trouve une maisonnette contenant le nécessaire. Le
septiéme jour, les dignitaires viennent chercher le sultan qui descend en faisant
sept stations pendant lesquelles, assis dans un fauteuil, on égorge a ses pieds,
en alternant a chaque station, un garcon ou une fille vierges, enfants uniques de
parents pauvres qui sont largement rémunérés a cet égard. Aprés chaque sacri-
fice le sultan franchit le cadavre pour se rasseoir et ainsi jusqu’aprés avoir
enjambé la septiéme victime...
A Abbéché, devant la porte du palais, on sacrifie deux filles et deux garcons
vierges, également enfants uniques et deux taureaux verts (akdar). Le sultan
franchit ces cadavres pour prendre possession du palais »1.

Nos informateurs attribuaient les derniers sacrifices humains 4 ce


méme sultan Ibrahim.
De 1905 a 1907 Trenga rassemble une série de textes maba dont
deux décrivent lintronisation du sultan du Wadday. La montagne
Toréia apparait comme la demeure d’un serpent-ancétre qui doit
reconnaitre le sultan. Le premier texte relate l’intronisation du sultan
Dudmurra (1901).
« On fit monter Doud-Mourra a Toréia et on l’installa dans une case. L’Imam
et le Muezzin, eux aussi, furent installés dans leurs cases, de méme que les vieil-
lards et les notables.
Ils restérent longtemps a attendre ; leur ancétre ne vint pas. Cela ne leur
plut pas : « Pourquoi ne vient-il pas ? refuse-t-il le sultan ? »
Trois jours se passérent ; il ne vint pas ; cela leur déplut beaucoup. II vint le
quatriéme jour ; le Sultan dormait a l’heure de la sieste. Les maitres des Cou-
tumes? se réjouirent grandement et les notables de dire : « Comment donc ?
S’il monte sur lui cet enfant aura peur, et s’il a peur il le tuera. Approchons-
nous. »
Ils s’approcherent ; le Sultan dormait; l’ancétre vint et monta sur ses
jambes ; le Sultan qui dormait ne l’entendit pas ; il descendit alors, se coucha
sur le tapis et placa sa queue sur le Sultan. Celui-ci l’entendit, leva la téte et
apercgut un serpent; il prit tout doucement son sabre et tout en le regardant
il dégaina son arme pour l’en frapper. Les gens qui se trouvaient dehors dirent :
« Ne frappe pas ! ne frappe pas! »
Le Sultan alors laissa son arme ; leur ancétre se mit violemment en colére ;
ses yeux sortirent démesurément ; il darda sa langue ; il devint énorme.

1. Le Dar-Ouadai : Renseignements coloniaux, mars 1904, p. 88.


2. Gwaid mélé : « maitres des Coutumes, des Cérémonies ». Est-ce l’équivalent
de ali barta neli en zaghawa ? (cf. p. 124).
180 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Les maitres des Coutumes lui dirent : « Ne lui fais pas (de mal) ; c’est votre
enfant. » I] resta, alors, tranquille.
Les maitres des Coutumes parlérent, parlérent longuement et l’ancétre s’en
retourna. Doud-Mourra envoya alors dire aux lettrés (faki) de faire des priéres? ;
ce qu’ils firent. Sept jours se passérent et l’ancétre ne revint pas ; ils mirent fin
aux cérémonies, descendirent de la montagne et distribuerent de nombreuses
aumones (sadaka).
Doud-Mourra partit pour Abbéché ot il tomba malade de la peur qu’il avait
eue a Ouara? ».

Le deuxiéme texte, plus général, mentionne l’ancien usage d’égorger


une jeune fille et un jeune garcon : « les deux enfants étaient jetés
dans un gouffre : garmanog ‘l ogre’ ».
Il semble que ce soit seulement apres ce sacrifice que le sultan
montait sur la montagne? Toréia accompagné par « le roi de la mon-
tagnet, le chef du village, les vieillards, les Maitres des Coutumes,
l’Imam, le Muezzin et ses deux pages ».
« Ils restaient sept jours sur la montagne ; leur ancétre venait a l’endroit ot
se trouvait le sultan... il tournait sur lui, montait, descendait et redescendait »4.

Palmer, en 1928, dans ses Sudanese Memoirs, publie « un passage


d’une chronique indigéne du Wadday » malheureusement sans don-
ner le texte et sans préciser sa source ou plutét ses sources, car,
a le lire, on retire l’impression qu’elles sont multiples. I] mentionne
le « tarrkh d’Othman ibn Fodie » sans toutefois dire si ce personnage
est l’auteur de la chronique qu'il nous livre. Le document sur l’histoire
du Wadday que j’ai publié en 1960 émanait du méme Usman ibn
Fodde*®. Le texte de Palmer nous apporte des éléments nouveaux
au sujet de la montagne tireya :
« Among the hills in the neighbourhood of WAra was a height called Jebel
Thurayya (Pleiades) on the summit of which was a threshing floor. Near this
was a rock where the heathen kings of the Tunjur of old used to build a grass
house, and made for it seven « Stations » as for instance the station of Thurayya
(Pleiades).
When they made a Sultan their chiefs took him up the hill to this place and
made him stay in the « Seven stations », and his followers encamped round him
on the hill.

1. Il ne semble pas que les faki aient pu monter sur la montagne sacrée.
2. Le Bura-Mabang du Ouadai, récit XII : « Pélerinage de Doud-Mourra
a Toréia », pp. 187-190. ‘
3. Peut-étre les anciens maitres du sol ?
4. TRENGA, récit XIII : « Toréia, lieu de pélerinage », pp. I9I-I92.
5. M.-J. Tusrana, « Un document inédit sur les sultans du Wadday ».
ELEMENTS DE COMPARAISON 181

Then they seized the people of the villages at its foot, boys and girls, and
sacrificed as many as they thought fit, one each day. They also sacrificed a
dark coloured ox, and from the flesh of the ox and that of the children made
a paté from which the Sultan-elect ate, what he left being thrown on the rock.
Then a huge snake came out.
Thus they made food for the Sultan for seven days and they said that any
Sultan who did not go through this ceremony would have no real power »!.

Si cette tradition est authentique, il faut voir dans la montagne


twveya un ancien lieu de culte indigéne repris aux vaincus par les
envahisseurs : Abd al-karim et ses successeurs. Ce schéma est d’ailleurs
fréquent.
Les rites accomplis aujourd’hui par le sultan du Wadday donnent
une idée de l’aspect que peut prendre un rituel du type zaghawa
lorsqu’il est entiérement assimilé par l’Islam local.

*
* *

Nous manquons de renseignements sur le sultanat voisin du Tama.


Il est a peu prés certain qu’une telle étude, si elle pouvait étre faite,
apporterait des éléments de comparaison intéressants.
Le sultan actuel du Tama, Mahamat, s’est rendu a la fin de l’année
1957 a Nyeri, sur les ruines de |’ancienne capitale, pour s’y faire intro-
niser. Cela se passait peu de temps aprés notre départ. Nous avions
demandé a nos informateurs et amis zaghawa d’observer et de noter
le déroulement des cérémonies. Deux mois plus tard l’un d’eux nous
écrivait qu'il n’avait pas eu l’autorisation de se rendre a Nyeri?.
Le Rouvreur mentionne l’existence d’une béte fabuleuse, le « bissi-
koro » qui défendait l’accés de la montagne de Nyeri. D’aprés le méme
auteur les cérémonies d’investiture donnaient lieu a des sacrifices
humains’. Un descendant des Tungur y jouait un réle important?.
Il] sera question de Nyeri un peu plus loin, a propos des rites des
Mun, au Soudan (v. p. 188).
Enfin, bien que cela déborde notre champ volontairement limité
de comparaison, signalons sans nous y attarder les rites liés a l’intro-
nisation du souverain Kotoko®. Nous y retrouvons entre autres la
retraite de sept jours, l’imposition de vétements et d’armes ainsi que

I. PALMER, Sudanese Memoirs, vol. II, pp. 24-28.


2. Abdullay Idris était un des « écrivains » du bureau administratif de Hili-ba.
3. Sahéliens et Sahariens du Tchad, p. 160.
45 ihe, Histey
5. M. GRIAvLE et J.-P. LeBEvF, « Fouilles... », 1951, pp. 6-30.
182 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

celle du turban, ]’élévation sur le pavois, les trois « tournées » (exé-


cutées ici autour du tréne), l’offrande d’une bouillie faite de mil, de
miel et de lait, la reconnaissance par les trois varans propriétaires du
sol. Les croyances populaires sont identiques : le varan satisfait « se
frotte contre les parois du trou » ow il réside, ou bien « pose sa téte
sur le tréne, regarde le souverain et rentre ». Dans tous les cas i] doit
se montrer.
_ La cérémonie se termine sur un monticule ot se trouve la pierre
(meule dormante ?) trouvée par les Sao, fondateurs de la ville de
Goulfeil. Le souverain est soulevé par les notables ; a la troisiéme fois,
il reste assis sur la pierre.
Il y a la des concordances qui donnent a penser.

5. Au Dar-Fur.
Du céoté du Dar-Fur, en dehors des faits zaghawa déja signalés
(v. pp. 164-166), d’autres lieux de culte : montagnes, pierres ou arbres
attirent notre attention. On s’y rend entre autres pour demander la
pluie, annuellement ou lors de l’intronisation du chef, et lorsque la
récolte est mire. L’intervention d’un serpent-ancétre, la nature des
offrandes, certains liens entre autochtones et envahisseurs se mani-
festant dans l’un ou I’autre de ces rituels, nous font penser que ces
rapprochements ne sont pas inutiles.
I] n’est sans doute pas étonnant de trouver des éléments de compa-
raison chez les populations du djebel Midob, du djebel Tagabo, au
nord du Dar-Fur, et méme du djebel Mun. Peu connues, elles présentent
des affinités probables avec les populations du groupe beR?.
D’autre part l’analyse de faits analogues recueillis chez les Dago,
les Tungur et les Fur (les trois populations qui furent successivement
ala téte du royaume du Dar-Fur) nous conduit a souligner la péren-
nité des activités religieuses, en dépit des changements politiques.
Remarquons que ces différentes populations noires islamisées ont
en commun d’avoir conservé généralement Jeurs langues propres et
leurs coutumes anciennes.
a) Populations du nord du Dar-Fur,
1. Turrtt, — Chez les Turrti du djebel Midob deux cérémonies
ayant pour centre un tambour? sacré, d’origine mystérieuse?, appa-
raissent comme des rites de fécondité et de prospérité.
1. Sans doute une timbale ; l’instrument est en cuivre avec une seule peau.
2. Porté sur le dos d’un chameau sellé mais non accompagné, en méme temps
qu’une épée.
ELEMENTS DE COMPARAISON 183

« Two months before the rains, a small female kid is butchered in the village |
of the malik of dar Turrti. Its skin is cured with the hair on, filled with water
from Anuyro spring (no other water will do) and carried by the malik and two
attendants to wadi Tehro. Here the malik fills a special bowl with the water,
and taking the bowl in his hand proceeds on foot to the hut of the « sacred »
drum sprinkling the track with water as he goes and chanting « God give us
good rains », On arrival at the hut water is sprinkled all around it. The hut
is then opened and the drum taken down, placed on a « ferwa » and sprinkled
with water. Its skin is smeared with a mixture of flour and water in the form
of a cross and it is put back in the hut. That night the malik and his two
attendants sleep beside the hut and next morning they are joined by a large
party of people.
The water remaining in the skin is mixed with flour, the people form up
facing east, and the malik sprinkles them with the mixture chanting « God give
us plenty ».
If any of the mixture remains over it is given to those people who have
sick relatives. The sick are marked with it on the forehead and both cheeks
and given whatever remains of it to drink.
A heifer is butchered, a drum produced and a dance held which is characterised
by bounding into the air. »

La deuxiéme cérémonie se tient apres les premieres pluies.


« The morning after the first light rains, sacred drum has been sprinkled it
is reskinned by the Malik and his two attendants and a sign of cross in « ann »
and flour is made on the new skin.
No dance or sacrifice. Only the Malik and his two attendants.
The old skin is kept for a year and then burnt without ceremony »!.

*
* OF

La premiere cérémonie qui a lieu deux mois avant les pluies


semble organise de la maniére suivante:
Le premier jour divers rites sont accomplis au village du chef,
puis sur le chemin allant du ouadi Tehro a la hutte du tambour « sacré »,
enfin a l’emplacement de la hutte elle-méme. |
Au village du chef une chevrette est tuée (ou sacrifiée). Sa peau
servira a transporter de l’eau prise a une source (sacrée ?), jusqu’au
lieu ow elle sera employée rituellement.
Du village du chef partent le chef et deux « acolytes » (des utérins °),
portant l’outre d’eau jusqu’au ouadi Tehro. A partir de la, et tout le:
long du chemin qui conduit a la hutte du tambour, le chef prononce
une priére pour demander la pluie, tout en aspergeant le chemin avec
Yeau quiils ont apportée (rite de magie sympathique ?).
1. S. H. (E. G.), « The sacred drum of Dar Turrti », pp. 226-227.

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ELEMENTS DE COMPARAISON 185
Sur emplacement de la hutte, le chef asperge d’abord tout autour
de celle-ci, puis on sort le tambour qui est posé a terre sur une peau
tannée. Le chef commence par asperger le tambour, puis il fait sur
la peau qui le recouvre une onction de pite (farine et eau « sacrée »)
en forme de croix.
Le tambour est alors rentré dans la hutte.
En attendant les cérémonies du lendemain, le chef et ses compa-
gnons passent la nuit prés de la hutte.
Le lendemain matin se déroule le deuxiéme acte. Le peuple, qui
s’est rendu a l’emplacement de la hutte, faisant face a Vest, est aspergé
de pate par le chef qui prononce en méme temps une priére demandant
l'abondance (des biens et des hommes ?).
Suivent des réjouissances populaires : on tue une génisse qui sera
mangée ; on danse (une danse « sacrée » ?).
La pate ayant servi a l’aspersion des gens a la vertu de guérir les
malades.
On peut donc bien interpréter cet ensemble d’actes comme tendant
a la prospérité générale.

La deuxiéme cérémonie se déroule aprés les premiéres pluies (a


l’emplacement de la hutte ?). Les acteurs sont les mémes que la pre-
miére fois.
Le tambour est aspergé d’eau (nouvelle ?). Le chef et ses deux
« acolytes » renouvellent la peau.
Le chef fait une croix de pate sur la nouvelle peau. La vieille peau
est gardée. Elle ne doit pas étre détruite avant un an.
Est-ce a l’occasion de cette cérémonie qu’on briile la peau retirée
Vannée précédente ?
Cet ensemble, ot l’on parait donner acte aux puissances spirituelles
de leur bonne volonté (puisque la pluie est tombée) présente aussi les
caractéristiques d’un rite de renouveau (nouvel an ?). La peau du
tambour est renouvelée chaque année et non pas lors de la nomination
d’un nouveau chef.
On aimerait savoir ot: est batie la hutte qui abrite le tambour.
Est-ce sur une montagne! ? Nous manquons aussi de renseignements
sur les sacrifices (?) de la jeune chévre et de la génisse exécutés lors
de la premiére cérémonie.

1. Peut-étre sur la colline appelée Jebel el Nahas que signale E. LAMPEN,


« A short account of Meidob », p. 61. Ce méme auteur attire en outre l’attention
sur un énorme acacia haraz qui se trouve prés du cratére de Malha, et sur des
pierres sacrées au nord-ouest de ce cratére et dans le lit encaissé du ouadi
Goldonut.
13
186 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Notons l’importance des rites d’aspersion dans ce rituel (cf. diffé-


rents rites d’aspersion déja signalés : avec de l’eau, pp. 138 et 161 ;
avec du sang, pp. 133, 142, 149 ; également avec de la biére de mil et
une pate de farine et eau, p. 188).
Sur les onctions en forme de croix voir également pp. Ig2 et 193.

2. Ordarti. — Les Turrti ont pour voisins les Ordarti. MacMichael


nous décrit une cérémonie qui a lieu juste avant les pluies au rocher
sacré du djebel Udru, colline qui se détache au sud du djebel Midob.
« The holy rock is called Telli (northern dialect) or Delli (southern dialect),
and the same word at Midob means ‘God’.
Over it is built a rough hut of boughs, which is repaired yearly before the
ceremony, but left in bad repair for the greater part of the year. The rock,
when I saw it in July 1917, was still covered with milk stains. Another smaller
boulder near by had similar stains upon it and some stones and cow-dung on
the top of it. This second boulder was referred to as the son or brother of the
larger one and the reasons of its having also been honoured was said to be that
the hut built over the big boulder had so consistently fallen to pieces that the
people thought the rock was perhaps annoyed at the neglect shown to the small
boulder ; so of late years they had taken to making offerings to both. The
stones and cow-dung had been deposited by children in play.
The ceremony at Udru is performed by certain old women of the Ordarti
section who inherit the privilege from mother to daughter. The offerings of
milk, fat, flour, meat, etc... , are handed by the votaries to these old women
and by them placed on the rock. The rest of the people stand some way off
and pass the time dancing and jumping and singing.
There is said to be another holy stone at which similar rainmaking ceremonies
are held a day’s journey away to the east at jebel Abu Nuqta (in Midob), but
this I did not visit. It is also called Telli (Delli) »1.

De ce récit on discerne que des offrandes sont faites 4 un rocher


sacré, une fois par an, avant les pluies. Seules des sortes de prétresses
héréditaires ont accés au rocher ; c’est donc 4 elles que les offrandes
individuelles sont remises (est-ce en contrepartie d’un voeu réalisé ?).
Le peuple se réjouit.
Le respect témoigné au second rocher n’est pas tel que les enfants
ne puissent, par jeu, y placer des pierres et des bouses de vaches (a
moins que les informateurs n’aient voulu minimiser de cette facon
un aspect du rituel ?).
On nous dit qu'il s’agit d’un rituel de pluie. Il est étrange que la
collectivité ne s’y manifeste pas, par son chef ou autrement.

1. H. A. MacMicuaet, « Nubian elements in Darfur », pp. 40-41 ; voir égale-


ment A history of the Arabs, I, pp. 63-64.
ELEMENTS DE COMPARAISON 187

3. Berti. — Chez les Berti du djebel Tagabo, des cérémonies ont


lieu avant les pluies et au temps de la moisson, auprés des pierres et
des arbres sacrés, en des endroits qui se nomment en arabe : mahailldt
‘awdid, « places of customs ». De vieilles femmes, dont la fonction
est héréditaire de mére a fille, servent 1a aussi d’intermédiaires.
« There are two or three holy stones and trees in or near the Tagdbo hills.
(One is at Sayah, one at the small hill which gives its name to the whole Tagabo
range. The latter of these is the most important site of all) ... The space
round the tree or stone is carefully swept and sheep are sacrificed and offerings
of meat, milk, fat and flour are made and « worship» isrendered. The families
of the old women officiating are allowed to sit close by and watch the rites, but
the rest of the populace remain afar.
One informant denied any idea of a spirit or animal living below the sacred
tree or rock, but others on the contrary held there were afarit (sing. afrit : an
evil spirit) there, though they had no notion of their shape or form or attributes.
The old women, they say, talk to these and stroke and soothe the stone »!.

Des notes aussi sommaires donnent surtout envie d’en savoir


davantage. On n’y trouve rien de vraiment nouveau par rapport aux
rituels déja examinés. Le chef n’apparait pas. Ce sont encore des femmes
qui officient, comme chez les Ordarti.
Peut-étre les choisit-on vieilles pour exercer leur fonction parce
qu’alors elles ne risquent plus d’étre en état d’impureté (menstruation,
grossesse) ?
Ces médiatrices féminines sont par ailleurs attestées chez les Fur
(pp. 189 et 191) et chez les Zaghawa du Dar-Fur. Chez ces derniers,
elles se nomment bdda. Il n’est pas nécessaire que ce soient de vieilles
femmes?.

4. Mun. — Chez les Mun du djebel du méme nom (au nord du


Dar Masalit), existe un rocher appelé Gdlid. Il est situé prés du djebel
Selka, un des pics du nord de ce massif. La, chaque année, immédiate-
ment aprés la premiére pluie, se tenait une cérémonie qui nous est
décrite par R. Davies’.
Les rites étaient accomplis par le membre — homme ou femme —
le plus 4gé d’une famille ou cet office était héréditaire. Les informations
furent fournies par Maridma Isagha, qui tint elle-méme ce réle, apres
avoir succédé a son frére.
Aprés la premiére pluie Mariéma se rendait, en silence, au rocher
1. MacMicuHaert, A history of the Arabs, I, p. 65.
2, Moy MOO, ims Se
3. Ces rites étaient abandonnés depuis une dizaine d’années, lorsque parut
Varticle les signalant de R. Davies, « Omens at jebel Mun (Darfur) », pp. 167-168.
188 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Galid. Seuls ses parents l’accompagnaient. Elle aspergeait le rocher


avec de la biére de mil (merisa), et un mélange de farine et d’eau. Puis
elle égorgeait un bélier ou une chévre. Elle ne pronongait aucune
priére. La viande du sacrifice et le reste de la biére étaient distribués
comme karadma (générosités). Autrefois un taureau, d’origine inconnue,
apparaissait pour étre tué.
Le lendemain Mariéma revenait au rocher et y trouvait un serpent
qui avait déposé dans les trous de la montagne les présages pour
Vannée a venir :
« A head or heads of grain means plenty; a few grains of dura, famine; red
soil, death; a frayed rag, nakedness; much water, plentiful rains; little water,
drought. »

La tradition veut que les présages soient portés par le serpent


depuis le djebel Nyeri, ancienne résidence des sultans du Tama, jus-
qu’au djebel Mun. Le djebel Nyeri serait male et le djebel Mun femelle
(v. plus haut, p. 181, pour les cérémonies tama a Nyeri).
« The snake ... is described as of a reddish-brown colour, about four feet
long, and thick as a man’s arm. It crawls all over Maridma and returns with
her to a specially swept and sanded house, where it remains for seven days,
living on merisa which is placed for it in a burma » [poterie].

Un rituel complexe de prospérité dominé par l’association d’un


rocher et d’un serpent : l’ensemble a une teinte familiére. Mais il
conviendrait de rechercher les liens existants entre Mun et Tama.
MacMichael incline a penser que ces deux populations parlent la méme
langue}.
Il serait aussi nécessaire de connaitre la position de la famille
privilégiée par rapport au reste de la société, et vis-A-vis du chef.
Les mémes questions se posaient pour les Berti (cf. p. 187).
Signalons enfin qu’il est tout a fait inhabituel de voir une femme
sacrifier un animal.

b) Les Fur.
Les Fur, nous dit MacMichael, sont tous maintenant nominalement
musulmans, mais :
« There is, so far as I have seen, always either a stone or a tree intimately
associated with the malignant local genii whom it is still considered advisable
to placate. Certain spots are « sacred » to these genii, and are known as « maha-
Idt ‘awdid » (« places of customs, or rites ») in Arabic, or « ddingallo » in Fur, »

1. A history of the Arabs, I, p. 88.


ELEMENTS DE COMPARAISON 189

Il nous décrit ensuite un aspect nouveau des rapports entre le


chef et le serpent-ancétre :
« When I was touring in Western Darfir (Kerné district) in 1916, accompanied
by the Niamatoén}, it twice happened that our road passed by one of these
spots and nothing would induce the Niamatén, in spite of his « Arab ancestry »
and his contempt for his Fur subjects, to remain with me. He insisted in each
case in making a detouy of some miles to avoid the « holy » spot...
The explanation he and his friends gave [is] as follows. At one site, called
Sergitti, is a stone under which lives a devil (shaitdn or gin). The headman
of Kerné district must never pass by this stone without offering a sacrifice to
the Devil, but the prohibition applies to no one else whether he be the Sultan
of Darfur or a village sheikh...
The local devil has the form of a short fat white snake about two feet long
with a large black woolly head the size of a man’s fist and enormous eyes.
An old woman living at Gulli, near by, used to be the familiar of this monster...
The Niamatén on reaching the stone would slaughter a sheep in such a
way that its blood would gush over the stone and would drag the carcase across
the path which he was to take. The old woman would remain behind after
he had passed to make up cakes of blood and flour and cut the meat into strips
and arrange these morsels on or by the stone for the snake. She would at the
same time hold converse with the snake and intercede with it for the Niamatén’s
immunity from all harm, and the snake would appear to her and talk to her
and grant her request. She would address it as « ya waladi » (« my child ») and
pet it and place it in the shade.
In the summer offerings are made to this same snake to ensure good rains
for the crops. The local sheikh and elders perform this ceremony in lack of
the woman familiar . .
In another case, in Kerné district, it was an old haraz tree by the edge of a
khor running through a gap in some low hills, and not a stone, under which the
local snake lay hid. I also heard of other similar sites in western Darfir and
at Dobo on the eastern side of Marra, but I did not visit them »?.

*
*

Quelques années plus tard (1939), un article d’A. C. Beaton décri-


vant des rituels de pluie chez les Fur signale que, malgré |’Islam,
chaque village pratique encore des sacrifices pour demander la pluie’®.
Des enquétes auprés des faiseurs de pluie, ont été faites a Durri (nord-
est de Zalingei), 4 Dugo sur la tombe d’Eisa Kul Barid, au djebel
Mada, 4 Tumbu et a Oda. En voici l’essentiel :
Le faiseur de pluies-sacrificateur se nomme fogony. I] est généra-
1. Fonctionnaire forien, chef du Dar Kerné. Le Dar Kerné s’étend au nord
du ouadi Azum.
2, MAcMIcHAEL, A history of the Arabs, vol. I, pp. 1oo-tor.
3. Cooker and Beaton, «Bari and Fur rain cults and ceremonies », pp. 186-203.
Igo SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

lement assisté d’une ou deux femmes, qui confectionnent les offrandes


de gateaux de mil et de boules de farine. La victime est un bélier ou
une chévre, désigné par le sort.
Le sacrifice a lieu au pied d’un arbre (ardeb, nabag, ou heghg)',
au sommet d’une colline ou sur la tombe d’un ancétre. Les offrandes
sont : le sang qui arrose le haut lieu, le coeur, le foie et les reins de la
victime, parfois les poumons, laissés sur le sol, des gateaux de mil ou
des boules de farine crue, fréquemment le contenu de la panse, quelques
grains et de la biére de mil.
Elles sont destinées 4 un serpent qui vit dans l’enchevétrement
des racines de l’arbre ou dans une anfractuosité de rocher. Le serpent-
ancétre peut aussi se manifester sous la forme d’un ou plusieurs jave-
lots. Des priéres sont dites pour demander la pluie; parfois on lit le
Coran, en méme temps, dans le village. La victime est rétie et mangée
au village en un repas collectif.
Le faiseur de pluie, dont la charge est héréditaire, n’est jamais
rémunéré.
*
*

Dans le Dar Dima (au sud-ouest du djebel Marra), l’intronisation


du nouvel Aba Dimang? n’est pas sans rappeler celle des sultans et
des chefs zaghawa.
Le cortége part de Gundulu, ancienne résidence de l’Aba Dimang.
I) comprend les maitres de la pluie, le nouvel Aba Dimang, des vieilles
femmes et des villageois. On va a cheval jusqu’au village d’Oda. La,
au pied d’un arbre appelé burodima (« le sycomore de Dima »), le chef
d’Oda sacrifie une chévre, un taureau et une vache donnés par l’Aba
Dimang. Celui-ci, suivi des maitres de la pluie, saute successivement
par-dessus les corps des trois victimes. Puis ils vont non loin de la,
Yun derriére autre, dans le méme ordre, jusqu’a une grotte située
sur la colline Oda. Quand ils sont a l’intérieur, le premier maitre de la
pluie se penche en avant, saisit la main droite de Aba Dimang dans
sa main droite® et étend de cété et d’autre la main du chef en disant :
« Ne rejetez pas votre descendant, nous avons accompli les rites qui vous
sont dus. »

1. Tamarindus indica, Ziziphus spina christi et Balanites aegyptiaca.


2. Cf. Er-Tounsy : « L’abadyma a sous ses ordres douze rois de la province
du Témourkeh. I] a les insignes et l’entourage du sultan ; seulement il n’a pas
les cuivres, il n’a que le dingar. Son titre signifie bras droit du sultan » (Voyage
au Darfour, p. 173).
3. Comparer p. 40 le sultan kobé et ses neveux utérins saisissent ensemble
la hampe de la lance, et p. 114 le melik diroy tient la main de l’anguRa.
ELEMENTS DE COMPARAISON IQl
Pendant ce temps un ou deux vieux éventrent la chévre. Ils en
retirent le cceur, les reins et le foie, tandis que les vieilles femmes font
sept gateaux de farine mélée a du miel et a de l’eau prise dans la riviére
Kalgo. Puis elles coupent le coeur, les reins et le foie ; elles mélangent
les morceaux avec le sang recueilli dans une calebasse neuve. Elles
jettent un peu de miel et de farine aux quatre points cardinaux et
sur le sanctuaire et déposent les gateaux et un peu de viande aux
mémes endroits. Le reste de la viande est mangé par les villageois
présents. La calebasse est jetée.
Durant ces offrandes, les officiants et l’Aba Dimang vont a cheval
jusqu’a une butte rocheuse, au nord de la montagne, ov ils trouvent
deux baguettes destinées 4 frapper le tambour du chef. Elles ont été
miraculeusement jetées la par les « démons » de la colline, en signe
dagrément. Ils battent avec elles le tambour de l’Aba Dimang (kiis6
ou diver).
Des courses de chevaux, des coups de fusil tirés en l’air, des réjouis-
sances, cléturent la cérémonie.
Aprés le départ des participants un serpent sort et mange les
offrandes.
*
*

Ces quelques indications sur des rituels de pluie et d’intronisation


de chefs chez les Fur offrent une profusion d’analogies avec ce que
nous avons pu noter chez les Zaghawa du Ouaddai. Nous retrouvons
les mémes motivations, les mémes lieux de culte, les mémes offrandes,
le méme serpent.
L’identité de certains rites est tout a fait remarquable, entre autres
le franchissement par le chef (ici suivi des maitres de pluie) du cadavre
des bétes sacrifiées (cf. pp. I-92, I10 et 112, également p. Ig2) ; c’est
aussi le sang de la victime recueilli dans une calebasse neuve et servant
a asperger le lieu sacré (cf. p. 133), ce sont les offrandes, dispersées
dans la direction des quatre points cardinaux (cf. p. 73).
Toutefois deux différences notables sont a signaler.
La premiere concerne le réle du serpent. L’ancétre qui doit étre
propitié peut se manifester sous deux aspects : celui du serpent, ou
celui de trois javelots sortis de terre, dont seules les pointes sont
visibles. Lorsque le serpent sort de son trou (ou lorsque les javelots
apparaissent a la surface du sol) la pluie cesse de tomber. Pour que la
pluie puisse tomber a nouveau il faut accomplir les rites prescrits :
le serpent mange les offrandes et rentre dans son trou (les javelots
disparaissent). La pluie peut tomber.
La deuxiéme différence concerne la personnalité du faiseur de pluie.
192 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Ici, ce n’est pas (ou ce n’est plus) le chef qui a cette charge. Nous
avons affaire 4 un spécialiste, & un expert, dont la fonction est hérédi-
taire et non rémunérée. On aimerait connaitre les rapports entre le
chef et les maitres de la pluie. L’attitude de ces derniers a J’intérieur
de la grotte, ot ils se portent garants du nouveau chef et le présentent
4 « l’ancétre », incline a penser qu ils pourraient bien étre les maitres
de la terre, les premiers occupants du pays.
Dernier point d’interrogation : a qui s’adressent les sacrifices?
Le serpent est-il simplement, comme on nous le dit, un « malignant
local genius », un « devil » qu’il est sage de se concilier (MacMichael) °
Cependant Beaton, tout en employant le terme « devil » laisse entendre
sans équivoque qu'il s’agit bien d’un ancétre. Les informations obte-
nues d’autre part chez les Zaghawa et les Bideyat le confirment. S’il
en était autrement on comprendrait mal des rituels comme celui de
Vintronisation de |’Aba Dimang.

c) Les Tungur-Fur du Dar Furnung.


Le Dar Furnung est au nord du Dar-Fur, a une journée de marche
au nord-ouest de Kuttum. Sa population serait un mélange de Tungur
et de Fur.
«In a deep rocky-sided gorge . . . lies a small boulder known as the sacred
stone of Furnung!... Whenever a new shartai succeeds to the headship of the
Tungur-Fur of Dar Furnung he repairs to the sacred stone accompanied by a
few of the elders of his tribe amongst whom is a Tungurawi, the hereditary
holder of the office of Warendulu?. The shartai smears the stone with « dihn »
in the form of a cross and the Warendulu butchers a goat and makes a cross
on the stone and marks the newly elected shartai on the forehead, stomach and
shoulder blades with the blood of the sacrifice. The newly elected shartai then
jumps over the carcase of the slaughtered animal, after which its heart, liver
and entrails are removed and placed upon the stone.
The Warendulu addresses the stone :
deeto Furnung daing saggal niggis
stone of Furnung our malik may be

1. Est-ce 4 proximité de Ferra, l’ancienne capitale des Tungur ?


2. D’aprés El-Tounsy, l’ovondolon ou « téte du sultan » est un haut et puis-
sant dignitaire. Sa fonction est de marcher avec ses soldats en téte des troupes
(Voyage au Darfour, pp. 172-173). MacMichael s’appuyant sur les informa-
tions des gens des Dar Abu-Dima, Kerné et Si traduit par « l’entrée de la porte ».
Il y voit un important personnage viziy ou cadi ayant en outre le plus souvent
des fonctions religieuses : «In the Fir country proper every shartai has his
urundulu, and the sultan at El-Fasher always used to have one also », A history
of the Arabs, I, pp. 104 a 106.
ELEMENTS DE COMPARAISON 193
daing amur kurreiyying
his life long
daing durva lula yeing
his rule cold (unoppressive) grant it so.

No newly elected shartai would dream of omitting to visit the sacred stone for
the performance of this ritual.
Malik Hasan Kanjok, the present shartai [1920], has indeed been through
the ceremony on two different occasions; once on his first succession and a second
time on reinstatement after his deposition by the late sultan.
No offerings are made to the sacred stone and no celebrations are held in
connection with it to ensure a successful rainfall for harvest ... If however
any of the people of Dar Furnung pass the stone they place for luck and not as
act of veneration, a twig, a piece of grass, a stone or a piece of dung beside it.
The only functions performed by the Warendulu are in connection with
the ceremony at the sacred stone of Furnung, but in a year where there seems
to be a lack of rain he is also called upon to sacrifice a sheep at another stone
near by »1.

Nous avons vu s’affirmer tres nettement, lors de l’analyse du


sacrifice fait par le chef kobé, l’alliance entre les autochtones (ou les
premiers envahisseurs), anciens maitres du sol, et les conquérants qui
les ont supplantés (cf. p. 45). Il nous semble qu’ici l’association entre
les anciens maitres Tungur et les envahisseurs Fur est de méme
nature.
De méme que le chef ayw donne la premiere place aux mira, le chef
fur s’associe étroitement un tungur. On peut méme pousser plus loin
la comparaison et identifier le warendulu (orondolon) du Dar Furnung
au takanyon du Dar Kobé. Leur participation au sacrifice se présente
certes sous des modalités différentes. Mais leur position est identique.
Il semble que les Tungur du Dar Furnung aient aussi un lieu de
culte qui leur soit propre, ot le warendulu se rend pour demander la
pluie « at another stone near by » ; on a vu que le takanyon se rendait
sur la montagne Mir, jumelle de Ha-Kobé, pour y sacrifier une vache.
Nous ne pouvons que déplorer de n’avoir pour le moment aucune
description de ces deux cérémonies.
Dans les onctions faites en forme de croix, l’auteur voit une sur-
vivance de la religion chrétienne qui aurait été autrefois professée
par les Tungur. En ces matiéres, il convient d’étre prudent?.
A

1. S.-H. (E.G.), « The sacred stone of Furnung in northern Darfur », pp. 223-
224; on pourra consulter également H. A. MacMicuaet, « The Tungur-Fur of
Dar Furnung », pp. 24-32 et A history of the Arabs, I, pp. 122-128.
2. Cf. chez les Téda « a la nouvelle lune le chef de famille ou sa femme édifie
prés de sa maison autant de petits trous de sable qu’il y a de morts dans sa
194 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

d) Les Dago.
Nachtigal visitant en 1872 les Dago du Sila établis sur la frontiére
entre Wadday et Dar-Fur, signale que, s’ils prétendent étre musulmans,
en réalité ils conservent de nombreuses croyances paiennes. I parle
d’une hutte spéciale, d’un arbre sacré qu’ils arrosent de merise, et
d’une pierre sacrée!.
Est-ce 4 cette pierre que fait allusion un informateur de Mac-
Michael :
« The Dagu of Dar Sula make a regular festival. The sultan and his nobles
attend and all the horsemen, and they place the dihn (grease) in front of a hole in
a certain rock and wait. If the ants—the big black battling ants—come out
it is a good sign and all rejoice. If not the prospect is bad. This particular
system I believe to be confined to Dar Sula »?.

Les Dago établis dans les collines du sud-ouest du Kordofan,


rameau détaché, selon la tradition, des Dago du Dar Sila, conservent
eux aussi des croyances paiennes.
« Though strongly permeated by Arab influence, and nominally and per-
functorily professing Islam, the Dago maintain rites of a purely pagan nature
with which the togonyé are particularly associated. In charge of the togonyé
there are shrines dedicated to the High God of the Dago : Kalgé, whom they
identify with Allah. These shrines, called peravi or pevari kalgé, consist of
miniature straw huts about a metre high, and decorated on the jointed top with
an ostrich egg ».

Lors des deux grandes cérémonies annuelles : lorsque le grain est


mir, et lorsqu’il a été engrangé, le togonyé est étroitement associé au
sultan. Ils s’assoient ensemble sous un arbre (sahbdya) et la versent
alternativement du merise et de l’eau sur le sol en adressant des
prieres a Kalgé*.

famille, sur chacun il trace une croix, y verse du sel... » (LE C@ur, Dictionnaire
ethnographique téda, p. 160). Cf. également le nombre fréquent de motifs cruci-
féres décorant les cercles. Ils montrent que pour une telle surface les possibilités
sont limitées, voir entre autres J. Des VILLETTES, « La collection de bijoux de la
région de Taza au Musée de l’Homme », Hespéris Tamuda, vol. I, fasc. 2, 1960,
PP. 295-314.
1. G. NACHTIGAL, « Sahara und Sudan », III, p. 200 ou bien Le Voyage de
Nachtigal au Ouaddai, trad. Joost Van Vollenhoven, publié par le Comité de
l'Afrique Francaise, Paris [s.d.], p. 68.
2. MacMicuart, A history of the Arabs, I, p. 74.
3. S. HILLELson, « Notes on the Dago... », pp. 63-64.
4. HILLELSON, op. cit., p. 65.
ELEMENTS DE COMPARASION 195

Le togony des Fur! est sans aucun doute le méme personnage que
le togonye des Dago. Les envahisseurs Fur ont emprunté aux Dago
cette institution?.
Peut-on en rapprocher le takanyon (ou taganyaw) des Zaghawa ?
Du point de vue linguistique, les deux termes présentent une ressem-
blance marquée. Mais que se passe-t-il au niveau des fonctions?
togonye (et togony) apparaissent comme des prétres, faiseurs de pluies.
Le réle du ¢akanyon est double, a la fois religieux et politique. Nous
avons vu qu'il avait une position comparable a celle du warendulu
du Dar Furnung (p. 193).
Ces quatre dignitaires ont encore en commun d’étre étroitement
associés au chef ; les deux fonctions sont complémentaires, lune ne va
pas sans l’autre. Le takanyon et le warendulu, cela est attesté, sont
choisis parmi les anciens maitres du sol : les Mira dans un cas, les
Tungur dans l’autre; est-ce que le togonye et le togony ne sont pas
aussi pris parmi les anciens maitres ? nous nous étions déja posé cette
question (p. 192).

Si nous poursuivons notre recherche chez les Nuba du Kordofan,


nous y retrouvons un serpent sacré qui demeure sur une montagne
et a qui on fait des offrandes pour demander la pluie.
« The lafofa people believe that the rain-maker of jebel Tekeim on the
Eliri massif is associated with a «red » snake, whose form he is said to assume
at will. According to the Lafofa, the Tekeim people, to obtain rain take milk
and put it in a special hole high on a hill, where it is taken by the snake or rain-
maker in his snake form ».

De méme:
. «on Tira el-Akhdar there are also people descended from a species of
snake called evunga, which is the family-name of the snake people »?.

I. kuguy en arabe.
2. On trouvait un haut dignitaire du nom de ¢takumé a la cour des sultans
du Mandara (cf. H. Asso, J.-P. LeBrur et M. Ropinson, « Coutumes du Man-
dara », Bull. I.F.A.N., XI, juil.-oct. 1949, pp. 471-490).
3. Article « Nuba », in Hastings’s Encyclopedia.
196 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Au djebel Kaja, dans le nord Kordofan, également :


. «among a people ..., who indeed has been Muhammadans for genera~
tions—although it was stated that rain was from Allah, a ceremony was held
in honour of and to propitiate Abu Ali, a great ancestor and rain-maker who
did not die but disappeared and whose spirit still possesses participants in the
ceremony. Abu Ali is also a great snake; indeed in some villages of the Kaja
massif he is known only in that form, and although he has not been seen since
the Mahdiia a yearly ceremony is performed in and before a special hut, built
beside the crevasse in the sacred hill, which was his place. A goat is killed, its
blood smeared upon the rocks, and its flesh cooked at a fire newly made with
fire-sticks and eaten by those concerned in the ceremony, who become possessed
by Abu Ali and who described him as « riding » them »!.

On pourrait poursuivre cette recherche, mais nous avons déja


dépassé, avec ces derniers éléments de comparaison pris aux Nuba,
les limites géographiques que nous nous étions assignées.
On voit que les Zaghawa ne sont pas isolés, quant aux institutions
religieuses qui font l’objet de ce travail. On s’attendait certes 4 cons-
tater des similitudes, peut-étre méme plus marquées, avec les autres
populations du groupe « toubou », mais voici que, pour limitée et rapide
qu'elle ait été, notre recherche comparative nous a conduits des
royaumes Kotoko, a l’ouest, au Kordofan, a l’est, aux populations
ayant un culte de margay, au sud. Elle indique quelles proportions
considérables risque de prendre une étude ethnologique comparative
entreprise sur ces diverses populations de 1’Afrique centre-orientale.

I. SELIGMAN, Pagan Tribes of the Nilotic Sudan, p. 448.


CONCLUSION

Le pays zaghawa offre aux gens qui y vivent de dures conditions


d’existence. Chaque année est attendu le renouveau de la fertilité.
Si la pluie tarde a tomber, ou si elle est insuffisante, hommes et trou-
peaux ne pourront survivre. On comprend alors que cette préoccupa-
tion soit au centre de tous les rituels : rituels d’intronisation du chef-
faiseur de pluie, renouvelés tous les trois ou sept ans, rites annuels
de pluie, a la fin de la saison séche ou aprés la premiére averse, rites
plus proprement agraires, au moment des semailles, du binage et des
moissons.
Les sanctuaires sont les points remarquables du pays : montagnes,
amas de rochers, mais aussi arbres ou ouadi. Ces lieux de culte sont
toujours en rapport avec un clan déterminé.
Les sacrifices y sont faits par le chef au nom du clan, ou de la tribu,
et par un ou plusieurs de ses neveux utérins qui lui sont étroitement
associés. I] arrive méme que ce soit le neveu qui accomplisse le sacrifice
hors de Ja présence du chef. Parfois les rapports ne sont pas entre
individus, mais entre clans : tous les membres mAdles d’un certain
clan sont considérés en bloc comme les neveux utérins du clan des
chefs. L’explication est a chercher dans Vhistoire de ces clans. C’est
Valliance ancienne entre les envahisseurs, devenus les chefs, et les
maitres de la terre qui se perpétue ainsi. Le clan des chefs actuels a été
fondé par le mariage de l’étranger, qui s’était emparé du pouvoir, avec
une fille du clan qui venait d’étre dépossédé. Ses compagnons, s’il en
avait, ont pris femme dans le méme clan des maitres déchus. Souvent
on ne peut que le soupconner, les indices d’une telle politique d’alliances
matrimoniales sont rares. Parfois, la tradition rapporte les faits dans
le détail. Mais l’explication s’impose. Sa vraisemblance ne fait pas de
doute. On peut méme dire que c’était une régle générale en Afrique
et hors d’Afrique, dans un certain type de société « monarchique » :
les vainqueurs prennent femme chez les vaincus, et ainsi les réhabilitent
tout en s’intégrant dans le pays.
Le choix des animaux sacrifiés tend a marquer la hiérarchie des
198 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

clans (peut-étre aussi celle des génies-ancétres ?). L’offrande d’une


béte gravide est supérieure a celle d’une femelle qui ne l’est pas, et
cette derniére l’emporte sur celle d’un male. Le chameau est supérieur
au boeuf, et le boeuf au mouton, etc. Une étude comparative de la
part qui revient au génie pourrait peut-étre aboutir a une différencia-
tion plus fine encore.
Quels sont les destinataires des sacrifices et des offrandes ? On
s’adresse 4 une montagne, une pierre, un arbre. Is sont sacrés mais ils
ne sont pas eux-mémes la divinité. Is lui servent simplement de rési-
dence et en cette qualité ils participent au sacré. Cependant il arrive
que la distinction soit malaisée a faire : la pierre ou l’arbre étant a la
fois le génie et le siége du génie.
La divinité, lorsqu’elle entend se manifester aux membres du clan,
prend la forme d’un serpent que les informateurs sont toujours préts
a décrire. Il a parfois des plumes d’autruche sur la téte, comme en
portaient autrefois les chefs. I] habite un trou, une anfractuosité de
rocher, une grotte dans la montagne, ou encore un trou ménagé dans
Venchevétrement des racines de l’arbre. Il est considéré a la fois comme
Vancétre du clan (er) et comme le génie protecteur (manda). On le
prie pour lui demander d’agir directement ou d’intercéder auprés d’un
Dieu qui a nom 7Ru (et qui avec l’Islam s’identifie a Allah). La formule
de politesse «Ru barka neki (traduisant l’arabe local barkallafi,
«merci »)? est sans équivoque.
Comment peut-on expliquer la présence des fakz lors de sacrifices
plus proprement agraires, en face de leur exclusion des rituels qui ont
lieu sur les montagnes ou au pied des arbres sacrés ? L’intervention
des faki dans le premier cas ne se comprend bien que si la culture du
mil est, chez les Zaghawa, d’introduction récente. Il faut d’ailleurs
rappeler que les sacrifices auxquels les faki participent sont toujours
accomplis dans le village, jamais sur une montagne ou au pied d’un
arbre.
Le terme kunus désigne en langue beR: les rituels préislamiques.
Nos informateurs kige le définirent ainsi: « On dit kunus chaque fois
que l’on sacrifie une béte pour les ancétres : montagnes ou arbres,
en leur laissant des offrandes et en leur demandant des choses. »
Les autres sacrifices sont des sadaga (ar. cl. sadaqa) : « On sacrifie
un animal dans le village en vue d’un repas en commun auquel parti-
cipent beaucoup d’invités. On lit le Coran, on ne fait pas d’offrandes.
Les sadaga ont lieu pour demander la pluie, pour écarter les maladies
et les calamités, pour un mort. »

1. Cf. bavak Allah fik, LETHEM, p. 262 et HILLELSON, [Da 2028


CONCLUSION 199

*
* *

L’adoption d’une religion nouvelle, écrite, universaliste, a la place


d'un culte villageois!, essentiellement oral, et lié de fagon absolue a
Vhabitat effectif, ne va pas généralement sans compromis, déviations,
amalgames, pour aboutir 4 un syncrétisme plus ou moins marqué.
Au Wadday tout proche, moyennant quelques concessions faites
a l’orthodoxie islamique, |’essentiel du rituel ancien a été préservé.
Chez les Zaghawa, jusqu’a présent, il n’en a pas été de méme.
L’attachement au culte traditionnel, non pas comme a un héritage
préservé d’une fagon mécanique, rigoureuse, mais comme a un ensemble
organique, vivant, qu’on ne saurait déformer sans le détruire, n’a pas
permis, malgré la facilité avec laquelle Islam sait absorber les reli-
gions des petites sociétés, en se les assimilant, en quelque sorte en les
fédérant, de résoudre l’antagonisme dans une synthése compréhensive.
Les Zaghawa ont préféré, la plupart du temps, renoncer a accomplir
les cérémonies du culte villageois. La conséquence de cette intransi-
geance risque d’étre la disparition totale, y compris dans le souvenir
des hommes, des coutumes abandonnées. Mais l’enracinement de ces
pratiques et des croyances qu’elles traduisent est tel qu’il est encore
trop tét pour prédire qu’aucun substrat religieux préislamique ne
donnera sa nuance particuliére a l’Islam des Zaghawa.

1. Le village zaghawa n’était, a l’origine, que la projection dans l’espace


de l’unité politique et religieuse qu’est le clan.
OUVRAGES CITES

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14
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Essai de synthése qui utilise abondamment les travaux des Le Ceur.
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nee mal de notations claivvoyantes.
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Un ouvrage de base.
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Lr Caur (Ch. et M.), Grammaire et Textes téda-daza, Mémoires I.F.A.N., Paris,
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Un savant ouvrage de référence.
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Berlin, Weismann, 1879 ; II. Borkou-Kanem-Bornou-Baguirmi, Berlin,
Weismann, 1881 ; III. Ouaddai et Dar-Four, éd. par E. Groddek, Leipzig,
Brockhaus, 1889.
Les deux premiers volumes condensés et mis dans un ordre nouveau
ont été traduits en francais pay J. GOURDAULT, Sahara et Soudan, 7 vol.,
Paris, Hachette, 1881. Le troistéme a été traduit en francais par Joost
Van Vollenhoven et condensé pour toutes les parties ne concernant pas
le Wadday : Le voyage de Nachtigal au Ouaddai, publié par le Comité
del’ Afrique Francaise, Paris, (sans date).
NEWBOLD (D.) and SuHaw (W. B. K.), « An exploration in the south Libyan
Desert », S.N.R., X, 1928, pp. 103-104.
PALMER (H. R.), Sudanese Memoirs, 3 vol., Lagos, Government Printer, 1928.
A utiliser avec précaution, se référe a des manuscrits arabes sans en
fournty le texte ni les variantes, souvent sans indiquer leur provenance ;
beaucoup adidentifications hdtives.
— The Bornu, Sahara and Sudan, London, John Murray, 1936.
Peu sévieux, procéde par affirmations.
QuaTREMERE (E.), Mémoires géographiques et historiques sur l’/Egypte, et sur
quelques contrées voisines, 2 vol., Paris, Schoell, 1811-1812.
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La meilleuve source pour Vhistoive du Dar-Fur et du Wadday.
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De tres précieux documents recueillis entve 1905 et 1907.
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TupBiana (M.-J.), « Un document inédit sur les sultans du Wadday », Cahiers
@ Etudes Africaines, 2, 1960, pp. 49-112.
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— « Le marché de Hili-ba : moutons, mil, sel et contrebande », Cahiers
@’ Etudes Africaines, 6, 1961, pp. 196-243.
— (en collaboration avec J. Tubiana), Contes zaghawa, Paris, « Quatre
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GIOVANCILY, « Eléments de monographie du District de Biltine », ms., Archives
Biltine, 1936, 143 p.
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a <>
sg Ce)
i ~i wa
> en Cy 6
o bias
INDEX

A Abdullay Idris (informateur) aL.


Itehin Sah, 22,
aba dimang : 190. Abdullay Isaka (agid du guruf) : 13,
Abakar Barga (informateur) : 88. Iu, SS), eyierieyy. ieXeys ‘ealoyl. WANT.
Abakar Itinen (informateur) : 53. Abdullay Sabr (sultan du kapka) : 77,
ABBECHE : 14, 21, 80, 82, 89. Gs) Git Te, 1h, CA, sieht Palos WAL.
abbo : 25 n. 2. Abdullay Yakub (informateur) : 27
abbo Bahr (informateur) : 25-26, 30, 138.
B27 soe lee. abeilles : 89, 96-98.
abbo Mahamat gui (informateur) : 25, absabe (ar.), v. Dactylotenium Aegyp-
26, 32, 33. tiacum.
abbo Nosur (informateur) : Fifa kok, abti (pop.) : 33.
tabl. IV. abugun (montagne) : 30, III n. 3, 112;
abbo Suleyman (informateur) : 77, 78, (chefferie d’) : 14, 15, 34, 51.
Sh § qWaloile JIN. abuguna (clan) : 30, 31, 88, III n. 3.
Abda (melik du divoy) : 106 et n. 1; Asu Nugta (djebel) : 186.
tabl. VII. ABYSSINIE : 19.
Abd al-karim (sultan du Wadday) : Acacia Faidherbia Albida (z. telt, ar.
ZOW2E 23,30: harvaz, teda : tari) : 58, 62, 123, 158-
Abd el-fakara (sultan du obe) LOIpen Om 0O5 ileal lOO:
tabl. I. Acacia seyal : 174.
Abd el-krim (agid du guruf) : 130, Adam HaSim (chef de nanu marti-be) :
ewe S evel, NUM, 58.
Abd el-malik Nadim (informateur) : Adam (sultan a tundubay) 82;
277A tabl. VI.
Abderaman (fils de Hilan) : tabl. I. Administration francaise : 16, 23,
Abderaman (fils de Margi) 58; 7S ICU ROOD. sL.
tabl. III. Adum (fils de Ta) : tabl. I.
Abderaman Firti (sultan du kobe) : 13, Adum Abdullay (informateur) : 127,
By, 2¥0). (Vit, (3G) (EP Tal, ie, Clas wail, Ih 136.
elle Adum Gerbo (chef des Bideyat bilia) :
Abderaman Haggar (sultan des Za- 151, 055 et my 2); tabl. 1X.
Shaw) eels a2h ue 5.) 20,20). 30,832, Adum Tongi (chef de nanu II) : 58.
34, 35, 47-48, 50, 58, 73, 77, 105, adya-be (village) : 87, 88.
5 C=)ob0 OsSS os oa 2) OYba I afrit, v. diable.
Abderaman Mongo : go. agemi, v. pierre a écraser le mil.
Abdullay Boru, v. Boru. ALVA 3 MLO 23 Dal, 120) 130.
208 INDEX

agid Koylo : 30. Crassifolia, Saluadora Persica, Bala-


agid Mahamid : 15 et n. 2, 129 et n. 2. nites Aegyptiaca.
agivo (ouadi) : 99-100. ARCHEi : 168.
Ahmat Daikt, v. Ahmat ed-dag. avfala-fa (montagne) : 65 et n. 5, 109.
Ahmat ed-dag : 28 et n. 1, 29. arga (semoule de mil mélée a de l’eau) :
Ahmat Isa (informateur) : OOwEL2 7a. 143.
tabl. IV. argagoni (village) : 31, 56, 109.
Ahmat Gaga (chef des turvoyda) : Ioo. ARGAINE (génie) : 169.
Ahmed Senoussi (informateur) : 128, Aria (sultan du kobe) : tabl. I.
137. Avistida Funiculata (naguru en kobé,
akko : 93 et n. I, 96. nanduk en guruf, ar. gow) : 133 et
Ali (fils de Hilan) : tabl. I. sas Ze
Ali Dinar (sultan du Dar-Fur) : 82. avken, v. Maerua Crasstfolia.
alt barvta-nelt : 124, £79 0. 2. armoise, v. Artemisia herba alba.
Allah : 16, 198. arna (clan) : 53, 56, 58 et n. I, 64, 65;
Allahu akbar : 73, 133, 139, 142. (clan teda) : 172.
alliance : matrimoniale et politique : avsi-dayba (grotte) : 168 n. 2.
BZaCtm0 2) LOOw L772 LO)7. Artemisia herba alba (ar. sii; teda :
entre un clan et un animal bienfai- edisevu) : 156 et n. 3, 162, 174.
teur : 64-65, 68, 70-71, 74, 124. Asmaini : 32.
amburu (village) : 12 n. 2. aspersions : d’eau : 138, 161, 183;
amday (pop. z. darbala, ar. mimi, de sang : 133, 142, 147, 149;
maba : mututu) : 127 nN. I. de lait : 165;
AM-DJERES, v. ey-ha. de farine et de lait : 165;
amkure (village) : 15, 106, 112. de farine et d’eau : 166, 183, 188;
amulettes : 23, 156 n. 3. de biére de mil : 188.
ancétre : 16, 26, 33, 74, 76, 85, 167, asi-bivt (village) : 15, 128, 135, 142,
192, 196, v. également ey ; 143.
insectes ancétres : 96. autel : 43, 59.
angule (montagne) : III n. 3. autruche : 67-72, 70;
anguka (clan) : 30, 105, rrr et n. 3, éventail en plumes d’ : 37, 38, 69.
UMD, TAIT), IT RA, T7aG¥. awalt (ar.) : 108.
aunt, Vv. you-you.
anu (Oiseau) : 33, 130.
anu (clan) : 4-15, 25-26, 28 n. I, 29, B
30, 32-45, 47, 49, 50, 51, 55, 56,
“ln Wey, Oe i, Wy ies im, 2, Teor: ba-ast (puits) : 15, GO}, (ks) le Te, at
(chef et sultan) : 25, 34, 35-48, 193; bada : 166 n. 3.
tabl. I. baga, v. mil.
anu geyRa, 13, 38; tabl. I. baga (clan) : 105, 125-126, 127, I40-
anu tivka-harut, 49 ; tabl. I. I4r; (clan bideyat bilia) : 152 et
‘agid, v. agid. IMs Ges TON
ava, v. (grand) koudou. Bagari abu gelabie (informateur) : 53.
ARABES : 17, 19; du Tchad : 34, 49, ba-hay (ouadi) : 55.
70, 88; khozzam : 80 n. 1 ; maha- BAKaore, v. ba-kawRe.
mid : 15, 49, 128 ; zaghawa: 14, 81; ba-kawke (village) : 13, 87, 151.
langue arabe : 23. BNE! 3 Pil,
ARBADJAK, v. arbok. Balanites Aegyptiaca (z. geyRa, ar.
arbok (village) : 30. heglig) : 167, 177, 190.
arbre sacré: 16, 194, v. également banadula (village) B AbGi, 1@ls), iirat Sah, D,
Acacia Faidherbia Albida, Maerua 212, 114,
INDEX 209
Bao: 152. birgineRa (clan) : 31.
baraka : 147. bis (colline) : 133.
barda-ba (village) : 55, 67, 155 n. 2, bismillah (ou bismallay) : 40 n. 5, 73,
168. 133, 139, 142.
Barpai : 10, 21. bi-wart : 161.
Bari (kalifa puis sultan du kapha) : Bodur (agid du guruf) : 131, 132;
S2 1308) table tabl. VIII.
BarKA : Ig. BoitS (chef nauRa) : tabl. II et IIL.
ba-sigelt (ouadi) : 21, 152, 158, 159 borfura-kva, v. jumeaux (meére de).
LeeLOOmLOTeTOS. Borgu (sultan du kapka) : 13, 78, 81 ;
baskeli, v. ba-sigelt. tabl. VI.
ba-tara (puits) : 58. BORKOU : 21.
baton a fouir : 145. borku (village) : TSE 2S moO eGSpal 7,
bauRa (clan) : 65 et n. 2. 141, 143.
bege (clan) : 33. borno-dugun (village) : 140.
bege-be (colline) : 33. Boro (fondateur du clan boroya) : 152 ;
Bei (sultan du kapka) : 81; tabl. VI. tabl. IX.
BEIGO (pop.) : 28 n. 1. boroya (clan bideyat bilia) : 152, 154,
belinyolut : 31 et n. 2. 156.
berdeRa (clan) : rot. borto-boro (village) : 65, 127, 128, 147.
berdoa (clan teda) : 19. boru (village) : 28 et n. 3.
bersene (ouadi) : 152. ISO! 2 1, WO, BO, Pi, Be, 20), GO, SA
BERTI (pop.) : 187. Syl, YS, A, Sit, (oS qeaWoll, Ale
(WAR (((O}D,)) 3 iS), WO), GS; Ge wh. G4, 1h} boru-ba (village) : 51.
beRi-a (langue des beR2) : 16. Boru-su (fondateur du clan borsu) : 58.
BESKERE, v. ba-sigeli.. borsu (clan) : 42, 53, 55, 50, 58 et n. I,
BESOMMA GRIa (enneri) : 175. Oe, Ot ew, Zy, (OF.
BeSir (sultan du kapka) af), tshib § bosse : 41.
tabl. VI. bouclier : r09.
BeSir Ahmat (chef des tuvoyda) : 100. boutons : 64 et n. 4, 69.
bétail : (marque de) : 16, 68. bow, v. Dactylotenium Aegyptiacum.
BIDEYVAT (pop.) : 16, 17, 18, 19, 55, 57, bow-ba (puits et village) : 55 et n. 6,
88, 142, 143, 167-171 ; 506, 57-
wikia & WO, HO, O77, Fer, T5I-163 ; boyir (lieu de sacrifice des kivagwiRa) :
weno. IME ik, § P
borogat : 16, 155. burboi, v. danses (de mariage).
bidt (clan) : 30, 31 et n. I. Burma (informateur) : 151.
biére de mil: 50 n. 1, 91, 93, 188.
brei(clam)iwis 1G5)33)160,, 6%) 62, (635
juve, Walls (
b. anaiRa : 81; tabl. VI;
b. hornosiRa : 77, 81 ; tabl. VI. cadeau d’investiture : 90 et n. I.
bigiaRa (clan) : 15, 88, 91, 96, 98. calendrier agricole : 144-140.
bi-ila, v. chef de l'eau. capitale du sultanat, v. ;ih1-ba.
bile : 97. chacal : I13, 157.
IBigeanEND, S 3), GP GE ime, Me chapelet : 130.
bi-ina, v. chef de eau. chef : politique et religieux : 16, 31,
BIRVADAL I 22 1 35, 44, 48, 88, 89, 92, 93, 106, 117,
Bir DoUANE, v. tit-ba. 128, 130, 189; v. également 7a,
Bir NESUAN : 82. sundan, mogdum, melik, agid;
birgint (montagne) : 31. succession d’un : 89-90, IOg-IIO ;
210 INDEX

imposition de vétements et d’armes : autour de la timbale (diyev) du


90, 109, 116, 181; chef : 93-94, 112 ;
élévation sur le « pavois » : 120 n. I, autour du tambour (gaygay) du
182; (assis sur une selle) : 92, chet eirr2:
112; (sur un bouclier) : 110 ; (sur autour du tambour (egidi) de for-
la peau fraiche d’une béte sacri- geron : 52, 69, 94;
Ii(ES) 2 ery, TAS) F de Vautruche (imo-kurun) : 69-72 ;
franchissement du sang de la vic- de mariage (burboi) : 69, 94 et n. 2;
time : 9I, 92, 177 ; du corps de la des forgerons (gor) : 94, 116.
VICLIMG Er TOw L125 i 7 Owl OOmL O2: darba (montagne) : 81; (village) : 67,
chef de terre (ou des ouadi) : 145, (OIA:
147, 148, 149, 150; darbala (pop.), v. amday.
chef de l’eau : 137-138, 149. darbaRa ou darba (clan) : 59, 81, 127
cheval de mer: (os de) : 136. et n. I, 233-134, 140.
chiffon votif : 43 n. 1. Dar-FurR : II, 19, 20, 34, 55, 57, 64,
clan : 16, 31, 52 n. 1, 128-129, 162, 154, 164-166, 167, 182-194;
IKOTO, 1070}, Pakofe) Tey, 16F sultan du: 14, 34, 49.
MONE 3 Th, AO, Be, 8, 97 » Dar FURNUNG : 192.
ayant des liens de parenté avec un darga, v. bouclier.
anoiooeNl 3 Gea ie a, A, F/Gy ° darma (village) : 67 et n. I.
allié 4 un animal bienfaiteur : 64- darma batia (ouadi) : 67.
65, 67-69, 70-71, 124. davra : pierre sacrée : 175.
CUI; 41,550,960, 797,99, 103, 114, Dar TURTALU : 15, 106, 125.
Mes egd, OO), LOS. LOOmMOr. Daud BeSir (chef des tuvonda) : 100.
Commiphora Africana (z. togoro, ar. Dawsa (sultan a tine) : 13 ; tabl. I.
gaffal) : 159. Daza (pop.) : 18, 171-176.
Coran : 23, 46, 74, 80, 115, 123, 129, debbi (village) : 30, 67.
177, 190. deli (montagne) : 168; deli manda :
corbeau : 113, 157. 168.
cote : 41, 59, 60, 99, 168. deli (plume) : tabl. II.
coton : I00. delime (ouadi) : 33.
cou : 41, 60, 75, 97, 99. Deli-tebige (fondateur du clan may-
croix (onctions en forme de) : 183, 192, kawsuRa) : tabl. I.
TOS eumee2 Deli-tebige (chef nauRa) : tabl. I.
cuisse : 41, 42, 50, 52, 59, 60, 61, 75, Deli-ter (chef nauRa) : tabl. II.
2, 97, 98, 99, 156. demi (salines) : 65.
dent (serpent) : 74, 124.
deni (montagne et village), 74, 75.
deniRa (clan) : 74-76; chefferie des :
D 14, 15.
dents (chute des) : 69.
dabli-uleti (montagne) : 56 et n. 2. devde : 172, 173.
Dactylotenium Aegyptiacum (z. bow, deyst (montagne) : 99 n. 3, 132.
ar. absabe) : 100 et n. 2. dervsiRa (clan) : 99 et n. 3, IoI, 127,
dago (pop.) : 28 et n. 1, 65, 166 n. 3, A, TeV
194-195. UO) SBS Aa. P.
Dahab Zurga (informateur) : 127. diable ; 187, 189, 191.
dallal, v. parasol. Dieu, v. iRu.
danses : 93-94, 165, 183, 186; digivi-eve : 39.
autour des timbales royales de dimiy (clan) : 31.
Cuivre (naas) : 37-38, 44, 84; diner ; 28, 31, 32, 34, 41 mi, 3) 32,550,
INDEX 2I1I

89, 91 et nN. I, 93, 94 et N. I, 109, 117, entbowRa (clan) : Io, 102.


190 N. 2, IOI. eni-me (montagne) : 81, 123.
Direse Hamis (informateur) : 88. enimeRa (clan) : 81, 105, 123-124, 130,
dirt (village) : 152. 131.
diroy (chefferie et chef) : 14, 15, 17, 31, ENNEDI : 16, 21, 57.
106, 131 ; (Canton du) : 13, 14, 106, épaule : 41, 42, 50, 59, 60, 61, 75,
125. 134, 160.
divoyda (ou Zaghawa divon) PLS S Ls épouse du sultan : 37, 41, 43, 83.
105-125. ey (grand-pére, ancétre) : 16, 51, 52, 85,
Diroso : 28. RLS 14S Lo aLOOML 70.
divination : 124, v. également géo- Evagrostis (z. ege, ar. kveb) : too et n. 2.
mancie. erbet-giRi (grotte des chefs kige) : 92
DJEBEL ES-SANA, v. hivagwt. QE iM, Ay
doro-ba (montagne) : 51. evdebaRa (clan bideyat bilia) : 156 et
dorvo-bie-taguru : 1or et n. 2. iy, The
DOURENE, v. divoy. Erdio : 57.
duan (ar. diwan), v. cadeau d’inves- eve (montagne) : 81.
titure. eve-ba (ouadi) : 38.
Dud Murra (sultan du Wadday) : 90, eveRa (clan) : 81, r4o.
179-180. Erus (sultan du kapha) : 81 ; tabl. VI.
Dugi ou Doki (sultan du kapha) : 78, IEE 8 Biss, 7MG), Gy Tl, THRE, ele.
Sita | amvale estomac : 50, 61, 87.
Dugwoi Anu (informateur) : 127, 143. exogamie clanique : 16, 36 et n. I,
dwa (ar. cl. du‘d@), v. invocations. This) Wa, 1G, UAE A, seeYoh,
ey-ha (montagne) : 155, 168;
village de : 155 n. 2;
E rituel de : 155-158.

eau : nouvelle: 112, 114, 115, 118 n. 2,


123, 139; F
ayant servi a laver les tablettes cora-
niques : 23, 146 et n. 3, 148. Fava : 168; Fada manda : 168.
maitres de l’eau : 30, 45. faiseur de pluie : chef, 45, 82, 84,
ebili (lieu de sacrifice des weRa) : 66. OS LOOM L 7m a57am7305
ebirgult (village) : 53, 159. prétre, 189, I9I-192, 195.
échine : 41, 60, 97, 99. jakt 20, 29 et nu. 2,'23,; 28, 33, 48 et
école coranique : 23. Th 1h Rll GEEGZ) Gey Malay, MEY WGKey
edeRa, v. eveRa. TAS] 7 LOONCU Mn Iy LOO
ediseru, v. Artemisia herba alba. fatatara ou fattara (clan) : 66, 127, 129,
edo, v. tRu. 132, 142-143.
ege, v. Evagrostis. fatiha : 174, 177.
eget, v. houe. JEON, 8 Pads
egidi, v. tambour de forgeron. femme: rituel féminin, 62, 113, 125-
eini-be (village) : 128. 126, 137-138, 159, 160, 161-163.
EL-FASHER : 21, 74. fers al-bahr, v. cheval de mer.
eli (génie) : 168 et n. 5. FEZZAN : 17, 18.
elme, v. eni-me. filets : 41, 99.
elmiRta, v. enimeRa. fille du chef : 113.
Eni-agap : 56, 57. Foctoa (clan ¢eda) : 175.
eni-ba (ouadi) : 134. foetus : 41, 43-44, 46-47, 61, 73) 83-
eni barta, v. chef (des ouadi). 84, 95, 99, 156, 157.
212 INDEX

foie : 41, 50, 60, 99, 134, 160, 168, 190, gouffre : 46, 180.
noe Gourf, v. guruf.
folie : 110. GourRoO: 21.
forgeron : 52, 65, 69, QI, I10, 112, gow (ar.), v. Avistida Funiculata.
RUA u20; T27 ei 2onel42—-1 43,6 249= grenier (en poterie crue) : 146, 162.
144, 162. grotte: 51, 97, 155, 156, 170.
fourmiliére : 101, 102. gubba (ar. cl. qubba), v. tombe.
FRANCAIS : 34, 82. gubaka (clan) : 30.
Fur (pop.) : 34, 188-193, 195. GUELEME (génie) : 168.
GUETTARA, v. deli (montagne).
GUIMIR (pop.) : 33.
G gurfu : colline.
gurfu-mara (village) : Ior.
gabak : 40 et n. 1, 83, 129. guru, v. biére de mil.
diadéme de : 139; guru, v. géomancie.
iunbangenys 4OMMe 19) OS Nap2s Ruriuy s(Chetieneset Chet)e ml 4m b> mlze
gaffal, v. Commiphora Africana. 65, 127-132 ; (Canton du) : 13.
gainga (montagne) : 106, 108, 10g, 162; gurufta (ou zaghawa guruf), 15, 127-
village et ouadi : 15, 106, II2, 114, I44, 140-148.
DG gE: guruf-iRi (village) : 141-142, 143.
rituel de : 109-122. gwoila, v. géomanciens.
gayngay, v. tambour. eye (fruit du geyRa : Balanites Aegyp-
gava (clan bideyat) : 168. tiaca) : 59 et n. 2, O1, 102.
gavama (village) : 127. gye-kolt (lieu d’offrandes des nauRa) :
garbo (clan) : 30. 5Oee My 2s
gave (montagne) : 125 gye-kwelt (lieu d’offrandes des turoyda):
garfa (ar.), v. kara. To2)
Garim Haggar (informateur) : 74.
garmanog (ogre) : 180.
gavokuruk (clan) : 30. G
garva (montagne) : 130 et n. I.
gelt (dial. guruf), gent (dial. kobe) : ZauRa (clan) : 15, 88, 99-ro0.
village. Geheman : 65-66.
geli-birt (village) : 15, 128, 135, 142. geli (montagne) : 38.
geli-minna (village) : 15, 128, 135, 142. geli (ouadi) : ror et n. 1.
genigergeRa (clan) : 33, 55, 56, 67. GENENE : 55.
genie, v. manda. ger-ba : 33, 64 et n. 2, 132-133, 137.
genius loci : 76, 170. &ergera (colline) : 33.
géographes arabes : 17-20. Geri (ancétre des kodura : clan bideyat
géomancie : TUS yeDAE 2 meng mAGy bilia) + 71.
158, 162. geti (montagne) : 30.
géomanciens : 137. &gawa : 19 et n. 4.
geyRa, v. Balanites Aegyptiaca. Giar Deregit (informateur) TESORO E
ghatta (ar.), v. hautbois. Te, Ay OY7/-
gigot, v. cuisse. &iniv (ouadi) : 130, 138.
Gire (dernier des fakanyon) : 32. gor, v. danses (des forgerons).
giRi, v. grotte gordogiRa (clan) : 30.
godum (montagne) : 125, 163. &ude (clan) : 15, 31, 55-56, 57, 105,
golda, v. Ziziphus Spina Christi. I06-I10, I1I-I%2, II 4-I15, I1g-122.
GORANES (pop.) : 17, 34, 88, 143, 169, fuel (village) : 127, 128.
173-174. &urga (clan) : 30.
INDEX 213
hili-dugu (village) : 89.
H hiki-ba (résidence du sultan des
Agia a) alo feola 5s 5 asOr
ha : montagne. (ouadi) : 53.
habayge (clan) : 31 et n. 1. Hinawi (chef nawka) : tabl. III.
habayRa (clan) : 88, 155. houe : 145, 149.
ha-bugudi (montagne) : 34, 56 et huna : danses.
sah Sip
hache polie : 161, 168, 169, 176.
Hadir (ancétre des imogu) : 67, 68;
tabl. V.
Haggar (sultan des kobe) : 13, 26, 34,
By CHO sme wily (OGY, GASH (ie ol, BE Gin, wae Ibeda (sultan du kapha) : 82 ; tabl. VI.
tabl. I. Ibrahim (sultan du Wadday) : 178,
Haggar, fils de Harut (sultan des kobe) : 179.
49 ; tabl. I. Ibrahim Konu (sultan du kapha) : 82 ;
hag : 21. tabl. VI.
ha-kige (montagne) : 15, 88, 91 ; Ibrahim Tum (sultan du kapha) : 81 ;
rituel de : 89-98. tabl. VI.
ha-kobe (montagne) : 14, 25, 26, 30, ‘td al-kabiy :; 35 n. 2, 72.
32, 35, 36, 39, 150; ‘td as-saghiy : 72 N. 2.
village : 33, 393 ide-avat (village) : 33.
rituel de : 35-48. Idi (fondateur du clan idiya) : 152;
hala (village) : 89, 91, 96, 100; tabl. IX.
manda : 89, 96-97. idiya (clan bideyat bilia) : 152, 156.
Hamdalla (chef du we) : 65, 66; Idris (mogdum du kapka) : 13, 78, 87,
tabl. IV. OSPOOmlO2Z eis etm. ie
hani moru, v. (insectes) ancétres. Idris (fils de Nosur KebeRa) : 74;
havaz (ar.), v. Acacia Faidherbia tabl. V.
Albida. Idris Isaka (informateur) : 127.
haraz (village) : 14. iDo, v. 1Ru.
Harut (sultan des kobe) : 49; tabl. I. idugili (lieu de culte chez les Zaghawa
Hasan (chef du guruf) : 130; tabl. VIII. du Dar-Fur) : 164.
Hasan, fils de Borgu (sultan du kapha) : tiga, v. place d’assemblée;
We, Wap, (32 5 ieeyoyl, WEIL village : 63.
Hasan, fils de Dugi (sultan du kapha) : iguane : 140.
Gey, foi 2 aul, WWM Ikoru (chef baga, bideyat bilia) : 152.
‘Hasir (premier chef imogu) 68; tla, Vv. ina.
tabl. V. imam : 100, 127.
ha-tey (montagne) : 34, 56 et n. 4. imina-nu (village) : 89.
Hatim narama (informateur) : 67, 72 ; imo : autruche.
tabl. V. imogu (clan) : 30, 67-74, 75, 70;
hautbois : 37 n. 3. (chefferie des) : 14, 15.
hawas (ouadi) : 56. imo-kurun : le jeu de l’autruche, v.
‘ha-ya (montagne) : 77, 78, 83; danses (de l’autruche).
rituel de : 82-85. ama : chef: 14, 16, 29, 32, 89, 9I, 92,
ha-yer (montagne) : 33. OsiZore tabi Leer livery VE
heflig (ar.) v. Balanites Aegyptiaca. ima Ali (chef des borsu) : 61.
Heriga (chef naula) : 61 ; tabl. III. ina-bie-teli (lieu de sacrifice des
Hetim (sultan des kobe) : tabl. I. naukta) : 59 et n. 3.
Hilan (chef des kobe) : tabl. I. ina-giki, v. erbet-gihi.
214 INDEX

ina Guni (fondateur du clan nauwRa) : J


55-59.
ina-kayRa (sous-clan ayu) : tabl. I. jeu de cailloux : 165 et n. 1.
ina-me (chef nauRa) : tabl. I. jumeaux : 57, 75, 159 nN. 2;
ina-mina (fils de Sogar) : 74; tabl. V. pere de : 139;
ina-taguli (lieu de culte des nauRa) : mére de : 139, 148 et n. I.
58 et n. I, 59, 61, 62.
inatoyRa (clan) : 31.
incirconcis : 37, 65 n. I. K
»

interdits : 16, 62, 64;


sexuels : 37, 84, 90, 133, 135, 137,
Ka‘ba : 80.
TAS ld2, 1434
kalifa (ar. cl. khalifa) : 32, 77.
hamini ; 25 et n. 3, 49, Too et n. 3.
des femmes enceintes : 37 ;
des femmes en période d’allaite- kamini Diki (informateur) : 25, 26, 38,
ment : 37, 126; 41, 42, 49-50.
du pére de jumeaux : 139 ;
kamini Suleyman (informateur) : 26,
totemiques : abeilles, 98 ; ane, 64 ; 41, 42, 49-50.

antilope kurbali, 130; autruche : kamkolak : 15 et n. 1, 89-90, 106.


68-69, 70-71 ; béte & raies noires kan (puits et ouadi) : 105, 106, 108 et
et calebasse 4 raies noires, 130; Meets) ALG:
béte aveugle, 130; fourmilier, kanagaRa (clan) : 127, 143-144.
130; grand koudou, 64; lézard, KANEM : 18, 19, 20.
130, 140 ; lion, 74-75 ; Olseau ayu, kapka (chaine du) : 15, 81; (sultanat
Bon 230), pou, 03 ;sserpent, 74; et sultan du) : 13, 14, 15, 47, 77-78,
T2qnmear bre: Sacre, O2, "124, eLOLN, 81-84, 88, 94, 131; (Canton du) :
graines amassées par les four- 13, 14, 17, 30, 78, 89, 98, 106.
MUS LOD eua ties: kapkaRa (Zaghawa kapka ou kabga) :
enfreindre un interdit : 64, 69. 17, 77-85, 88.
kara : outre : 134 et n. 3.
intestins : 50, 60 ,97.
kavama (ar.) : 174, 188.
intronisation (chef, sultan) : 26, 35,
kardaRa (clan) : 58 n. 1, 63-65, 66 n. 1,
48, 82-83, 88, 95, 118, 155, 172-
132.
TAQ eu 7 Oy LolmeloU.
kardaRa-bye (village) : 63.
invocations : 136. Kare (fondateur du sous-clan ina-
Ir1IBA, v. AiRi-ba. kayRa) : tabl. I.
tRu (iRo) ou iDo : 16, 40 et n. 5, 73, kaza (chefferie et village) : 14, 106.
TOM PLO aLLO 4123 pL 3S .0Lo5 lac, kelimeiRa (clan) : 15, 88, ro2.
TAZ LOS wel 70K kerkur nuven : 14 n. 4, 63, 10g et n. I,
iRu barka neki : 198 ; v. également we.
1Ro godu : écuelle de Dieu : 159 ; khabat wala (village) : 14.
1Ro horu-bur : petit panier de Dieu : Rhat (ar.), v. géomancie.
159; kibina-hibi (montagne) : I02.
tRo kofoy : puisette de Dieu : 159. KIESIBERE (génie) : 169.
Isaka (informateur) : 127, 140, I4I. kige (montagne), v. ha-kige ; (chefferie
Isaka (agid du guruf) : 131 ; tabl. VIII. et chef) : 13, 14, 15, 78, 88-95, 98;
Isi (chef des kobe) : tabl. I. (tribu) : 33, 77, 87-103.
Islam: r4-17, 20-23, 26, 48, 51, 80, kige-be (village) : 88.
NOO PLPT, LOL TOO LOA OO, kigeRa (clan) : 15, 88, 89-94, 96-98.
Ismain Isa (informateur) : 127. kivagwi (montagne) : 30, 51, 52;
Itman Liman (informateur) : 151, 159. (chefferie de) : 14 et n. 3, 15, 34, 5I.
ito (village) : 155 n. 2. kivagwiRa (clan) : 25, 30, 51-53.
INDEX 215
Kirap (chef naula) : tabl, ILI. M
hivegu (clan) : 14, 25, 30, 36, 49, 44°42,
44°45, 49-59, 54, 66, 129, mabe (poy.) i 106, 144,
hishia (ouadi) : 100, madi-ba (puits) : 61.
hoba (ouadi, puits et village) : 14, 25, Maerua Crassifolia (4, way, ax. kuvmut,
26, 28, 29, 30, 34, 49, 50; (gens de) ; toda : avken) ; 72, 144 et n. 2, 140,
26, 38, 41, 42, 50. 72 ts di
hobe (montagne), v. ha-hobe ; MAGALGULM (genie) : 141.
(pays) : 14-15, 20, 28-29, 34, 51,88; magpie sympathique (rites de) : 103,
(chef et sultan) : 13, 14, 34, 35°48, 89; 117, 218
(sultanat du): 13, 14,25, 26,34, 51; magu (clan) : 105, 106, 708, 11% 112,
(canton du ); 13, 14, 17, 30; Il4, II7-I21, 122-123;
(tribu) : 13, 14-15, 17, 25-51, 108, m, didiwda : 108 ;
hodura (clan bideyat bilia) : 71. m. namarsineha : 108,
hoe sadaga : lieu saint : 173, Mahamat el-kap ou el-kab (ancétre des
Kohor teili (ancétre des sigeyla) : 152, Zaghawa hapha) : 76-61 ; tabl, VI.
155, Mahaimat Sorof (chef des baga) : 125.
hofugun (ouadi) : 15, 88, Mahamat Serfadin (sultan du kapha) :
holya (montagne) : 152. 82; tabl. VI.
holyaka (clan bideyat bilia) : 56, 151- Mahamat ture tery (ancétre des kolya-
156, Fa) : 151-152, 154; tabl, IX,
KORDOFAN + 64, 194, 195-196. mahallat ‘awdid (ar.) : 187, 188.
hovfugus (ouadi) : 56, maison nuptiale : 69.
hovfu-hedilta (clam) : 70, 127. Makin, fils de Sitti (chef de nanu IT1) :
KOuNOY : 12 Nn. 2, 1606, 55.
KORoBAT ; 55 et n, 3, 64. mamuy : are en cuivre et coiffure de
hovobe (village) : 64, femme ; 36, 68.
koudou (grand) : 64-65. manda : 16, 76, 83, 88, 89, 96-97, 123,
hych (ar.), v. evagrvostis, LS2, SAT 45, 2971 7T50,12350, e10i-
Kube-li (chef nauka) : tabl, SI. 163, 109, 170-171, 176 ; aka manda :
hubeln (montagne) : 143. 169 ; fada manda : 168 ; deli manda :
hub (village) : 105, 125; (chefferie) : 168 ; manda hala, v. hala.
14, 106, 125, manda (montagne) : 56, 111 nN. 3, 140.
hunus : 96 n, 1, 198. MANDERFOK, Vv. mavugwt.
hurgu (montagne) + 150. mangay (clan) : 111 et n. 1, 119.
hwmul (ar.), v. Maerua Crassifohia. mani, Vv. miant,
liussa } 170, manna, v. manda.
Kwoi-tabari (chef nauka) ; tabl, II. MARARIY (pop.) : 141.
Kwoi-tur (chef naulea) : tabl. If. marvdu (montagne) : 15, 88 ; (village) :
Kwore (chef des kobe) : 38; tabl. I. 25, 35, 36.
Mua gay /O7 Nn. 2, 171 nN. I.
Margi (chef nauRa) : 60 ; tabl. IIL.
mariage : 16, 32, 69, 83, 129, 163.
marli-be (village) : 57.
Maru (enneri) : 175.
lézard : 140. marvugw? (chefferie de) : TAVCT Zp 15;
lieu saint, v. mosidi, hoe sadaga, 34, 5I.
mahallar ‘awidid, mavugwika (clan) : 15.
lion : 74-75, 70, 92. MARUWA (pop.) : 17.
luguma (village) : 108. matua ; hameau : 128.
lune (montagne) : 18 n. 7. mayara (village) : 33.
216 INDEX

maydtRa (clan) : 31. Murro (pop.) : 18.


may-kawsuRa (sous-clan ayu) : tabl. 1. musulman : 26, 33, 188, 196.
may-marva-tubunu (ouadi) : 99 et n. I. mututu, v. amday.
mayra-dugura (lieu dit) : 39 et n. 2.
megri-gui (ouadi) : 56.
melik (ar. cl. malik) : 13, 16.
N
melik Koti (chef du diroy) : 13, I05-
106, 115-116 ; tabl. VII.
menehiy (colline) : 51. naas (ar. cl. nahds), v. timbale en
mercredi: 149 et 0.1. cuivre.
mervise, v. biere de mil. nagala-madi (village) : 33.
mesa bodu ki, v. pluie (marmite de). naguru, v. Aristida Funiculata.
mest (clan) : 30, 44, 49. nana (village) : 81.
mesi-bye (village) : 44. nanduk, v. Avistida Funiculata.
meule dormante : 58, 59, 61, 156. nanu (ouadi), 31, 53, 55-57, 58-62;
Meyri (chef des bideyat bilia) : 155; (Chettierierd ee ry 5 ps4 mote
tabl. IX. nanu-heli (village) : 57.
mianti, v. serment. navokba (ouadi) : 34, 56.
Mrpos (djebel) : 182, 186. nauRa (clan) : 29, 33, 34, 42, 53-62, 63,
mige (clan) : 15, 105, 106-115, I17-122. 64, 65, 74;
mil : 12, 40, 100, 128, 132, 134; 135, n. mava : 573
142, 144-149 ; rites de croissance du n. marti-beRa : 53, 57;
mil : 146-149. n. Me: 57.
Miniil(MOps)eei5. 02/72cb lel e125 8k30} nawa birsi (montagne) : 33, 56.
140. Nei (sultan du kobe) : tabl. I.
mingiyr (village) : 127, 128, 143. neveu utérin : 36 et n. 2, 37 et n. 3,
mir (montagne et village) : 14, 28 et 38, 39, 40, 41, 43, 44, 45-46, 50, 59,
N. 4, 30, 32, 36, 44 ; (ouadi) : 49. 60; 61; 60) 72) 83; 8485 O57 91,108,
mira (clan) : 14, 17, 26, 28, 29, 30, 31, QO97, OS lOO 1O2 wii? atts iss,
32, 30, 37, 40, 41, 42, 45, 47, 49, 50. HEYSy, senlak, stiles, AGKO) eo)7/.
mist ou must (teda) : 176. nerge (puits) : 15, 88.
mogdum (ar. cl. maqdum) : 13, 16. N’GALAKKA : 21.
mogdum Ali (chef duCanton kapha): 78. niamaton (fur) : 189 et n. I.
mogdum Fodul (informateur) : 25, 26, INTE Eee
332,03" nogo-ba (village) : 30, 67, 69, 73.
mogdum Idris, v. Idris. nogorguneRa (clan) : 31, 65 et n. 2.
moisson (rites de) : 147, 149. nom prophylactique : 147 n. I.
montagne (ancétre) : 16, 21, 76, 84,95, Nonu Guma (informateur) : 88.
I17, 118, 167, 182, 195 ; (maitres de Nosur Abdullay (informateur) : 151.
la) : 15, 88, 106; (fils dela) : 113, 124. Nosur KebeRa (chef des imogu) : 74;
mosidt (teda) : 173, 174, 175, 176. tabl. V.
mosquée : 21, 175-176. Nua (sultan du kapha) BOteatab lave
MourpIa (pop.) : 71. NuBIE : 18.
Mugu (sultan du kobe) : tabl. I. nunu, V. grenier en poterie crue.
Muhammad Sharif (sultan du Wad- nur, v. Maerua Crassifolia.
day) : 21. Nuren (sultan du kapha) : 82 ; tabl. VI.
Moun (pop.) : 187-188. nuyrst (village) : 51, 151.
murakule (ouadi) : 122. nursiRa (sous-clan ayu) : tabl. I.
murkulo (clan) : 141-143. nyelet (ar.), v. (grand) koudou.
Murra (chef des Bideyat bilia) ay) Nv&RI (ancienne résidence des sultans
CEM, 2 2 walk Ise. tama) : 181, 188.
INDEX 217
nyoRo (clan) : 30, 31 et n. 1, 40. ogubaRa (clan) : 70.
yaskaRa (clan) : 125 n. 1, 127; Oguru (sultan du kobe) : tabl. I.
i. CvURGa= V25. OMAR KISSI FUROGE (sultan des dago) :
65.
onctions : de sang : 41, 59, 83, 158,
196 ;
O de beurre : 43, 52, 61, 113, 124, 126,
143, 158, 160, 165; (sur des pein-
Odi (teda) : pierre sacrée : 175. tures rupestres) 156; (sur la
offrandes : sang, v. ce mot ; victime) : 97, 143, 160;
foetus : 43, 44, 50, 84, 156; de farine pétrie avec de l’eau : 43,
petits morceaux de viande crue: 50, 160, 164, 183; (sur des gravures
[SOAs OO MELOLAE 5 Omen Om TOO! rupestres) : 166;
168, 177, 186, 187, 189, I91 ; bro- de farine et de lait : 165.
chettes de viande : 52, 59, 61, 75, Ondur (village) : 15, 127, 128, 135.
92-93, 97, 144, 158, 160; cdte : onkure, v. amkure.
43, 168; bosse (chamelle) : 43 ; ORDARTI (pop.) : 186,
QTAISSes-e 142) LOOM LO 7k OAR OS): ovigo-tao (village ?) : 33.
AA L2Ari25 et 2 OFICOSMinCr um 10. oro-ba (village) : 25.
II4 ; coeur, foie, reins et pou- ovu-kidi (montagne) : 150.
mons : 190, 192; contenu de la OS : 44, 93, 124, 125, 126, 135, 140,
pamse : 168, 174, 190; peau ou 144.
morceau de peau : 60, 123 ; otas (ouadi) : 33.
farine de mil : 43, 53, 59, 74, 158, Ovappai (Région administrative du) :
I75, 186, 187; boules crues de Helis, Wy UKey, ZAG), BY,
farine pétrie avec de l’eau : 38, Oum-HaDJER : 14.
39), 525 Db Oly FEo HOW, Uy Leh OUNIANGA : 21, 168, 169.
125, 143, 190; farine et sang :
189 ; farine et miel : 191 ; farine
sel et dattes : 168; boules de 12
farine et armoise : 156; semoule
et eau : 143; grains de mil: 43, panse (contenu de la) : 73, 99, 160;
SiG), AR, XO), EXO), aiyt7y, antefoy} soolill v. offrandes.
beurre et eau : 97; mil, beurre et parasol : 37 et n. 2.
sel : 161; polenta de mil : 159, partage des victimes : 41-42, 156.
I75 ; gateau de mil: 174, 190; mil pattes : 134, 142.
en cours de maltage: 50; biere de peau : sert a recouvrir la timbale du
mil LOOM LOAN: ChefegsOi52 59). 63 ells lua.
beurre : 43, 59, 85, 156, 159, 174; posée a plat dans le ouadi : 99;
(CENol B TN, MEYS), wo, Wye, ieeyel 3 eeehel trainée le long (ou en travers) du
et armoise : 174 ; QuadieyLL0) ILA s0L5, 132, 140);
lait : 62, 186, 187, 195; trainée derriére soi : 135;
SeleO2 a74eatl3,al5OK mise en partie (ou en totalité) sur
dattes : 38, 59, 61, 62, 102, 143, 159, une branche de l’arbre sacré : 60,
174, 175; I10, 123, 140, 168, 174; sous le
Bye ° 59, 61, 102 ; toit du hangar commun : 135,
poulet : 123, 124; plumes de: 124, 141;
130. donnée aux neveux utérins : 44, 61,
ogi-be (village) : 57. TOOMIB45:
ogu (montagne) : 34, 56. a un forgeron : 112 ;
ogu-ba (montagne) : 15, 70, 88. celui qui en a besoin la prend : rot ;
15
218 INDEX

rapportée au village : 73; vian djama-ki : « Vargent de l’assem-


deux anneaux de peau prélevés sur lovkexes 5) 3 2igh3}.
IE Cowl 8 5h 5 RocHE Av LION (lieu-dit) : 166.
béte découpée sans avoir été dépouil- rognons : 60, 168, 190, Igor.
SES ute
pélerinasge de la Mekke : 23.
pierre sacrée : 75, 85 n. I, III, 132,
142, 143, I6I-163, 165, 168, 169, S
L750 7OpLO2, 107,180, 192,193, 104.
pierre 4 écraser le mil: 74, 76. sacrifice : 16, 21, 167, 172, 175;
place d’assemblée : 135, 140, 141. lelbunAENN § Aly), H7rs) (0M, A, Tye), Wel 6
pluie : 16, 35, 45, 46, 58, 60, 72, 73, foetus : 41, 43-44, 46-47, 73, 83-84,
156;
84, 95, 98, 99, 100, 106, IIo,
Wig, WitAl, 17), TNTRS),. RAIS). 108), chamelle pleine : 35-44, 46-48, 82-
140, 172, 176, 189, 190, 195, 197; 84 ;
marmite de : 125, 149-150. chamelle : 98 ;
plume (d’autruche) : 37, 69, 83, 84, chameau : 98, 170, 174, 176;
OZnatabplaw l: jument : 98 ;
points cardinaux : 73, 157, 175, I9I. vache pleine : 155-157;
poitrine : 60, 99, 160, 168. vache : 44, 59, 66, 92, 98, 112-113,
porte en paille ; 137-138. I14-115, 123, 125, 190;
poumons : 60, 97, 99, I90. génisse : 36, 183;
prétresse : 166 n. 3, 186, 187, 188, tauneau OL, 725. 83,.1O2 mii 42s.
189. 134-135, 136, 188, I90;
priére : 16, 40, 52, 60, 73, 83, 96, 101, Denk 252) 170, 177e:
TOA, GIG WH Yh, aie. Tee ries). brebis pleine : 50, 60, 9I ;
WAZ eLAS- AA eel 5 7,0 5S, eLOOMMEQO: DrEbise 335 43144015 0,65O ROO MEOO!
194. iG iE, MO, TE, 1e7K@)§
protection des récoltes : 53. béhCreei som kOOn
purification (rites de) : 95, 110, 112. TMOULON T5072, 002300204 suaAre
158, 160, 169, 187, 189, 193;
chévre pleine : 50, 60, 72, 84, 91;
Q chévre.: 43,59,.75, 99,110, b12, 1235
126, 133, 140, 141, 148, 174, 183,
QARAN, v. GORANES. 188, 190, 192, 196;
QorAicHITES : 80. bouc 2.147, 149, 268; 475 ;
queue : 40, 41, 45, 83, 97, 99. poulet : 123, 126, 138, 147;
v. viande du sacrifice.
Le tie
R sur une montagne : 40, 43, 50, 51
(devant l’entrée d’une grotte),
Rakib (sultan des kobe) : tabl. I. 74 et 75 (au milieu des ruines
vamadan ; 21, 72. d’un village), 83, 91, 98, 102,
rate : 60, 97, 99, 134, 144, I60. HEIKO), 12, AE, Tia. TwiE, TUS.
regalia : 34. 186, 190;
reins : 41, 60, 97, 99, 134. dans un ouadi : 59, 99, 100, 101,
repas : 42, 52, 59, 113, 124, 125, 132, D232 Ae Looe aines
LB Gy, I TE) EA, UG), Myf iNGlope au pied d’un arbre : 168, 187, 190;
(des petits enfants) : 146, 16r. acacia seyal : 174; golda (ar.
retraite : 90, III, 119, 172, 178, 179, nabag) : 134, 190; heglig (ar.) :
181. 167, 5190); HUY 728 133) 140 }
INDEX 219
tela : 58, 123, 158, 159, 170, sanala (clan) : 2, ANG) 3 Al, Glan ie val;
189; tiy-biri : 138; weyRa : 123; 42.
sur une tombe d’ancétre : 38, 177, sang : coule sur le sol (ou dans le lit
190 ; du ouadi) : 40, 59, 60, 73, 92, 99,
a proximité ou au milieu d’un 100, IOI, 135, 140, 190;
village : 36, 83, 112, 183; sur une pierre sacrée : 142, 168, 189;
périodicité : dans un trou : 113, 114, 126;
annuel : 50, 58, 75, 98, 99, 100, dans des rigoles : 113, 114;
LOZ L236 133,00 3455 130), L40; franchi (a pied) : 92, 177 ; (A cheval) :
PA, 142, 170;, 163, 186, 137; QI;
trois ans : 35, 51, 72, 83, 98, 101, onctions de : 41, 59, 83, 158, 196;
PLOW 122,00445.059.- aspersions de : 133, 142, 147, 149;
cing ans : 125; Drees Sse
Shc nak § S35 2 Sanusiyya ; 21 et n. 1, 169.
sept ans : 72; sao barta, v. chef de terre.
deux fois par an : 125, 187; sarclage (rites de) : 147, 148, 149.
sila pluie tarde a venir : 120, 137, saven (village) : 30, 67, 73 et n. 1, 74.
138 ; sauneRa (clan) : 30.
sauterelles : 97 n. 2.
date :
Sawa (chef nauRa) : tabl. III.
avant les pluies : 35, 50, 58, 75,
sett-kabi (lignage bigi) : 81; tabl. VI.
125, 136, 140, 144, 155, 176, seli-bow (village) : 88.
183, 186, 187; semailles (rites de) : 53, 146-147, 149,
apres la premiére averse : 35, 99, UG.
LOO WO Den elo
Semin (oncle d’Abdullay Sabr, sultan
au début ou pendant la saison des du kapha) : 78 n. 2.
pluies : 51, 141; SeQptisuLlel72. fou 170m nolo:
apres les semailles : 137 ; serment : 64, 169. ,
quand le mil commence a sortir : serpent (ancétre) : 16, 74-76, 84, 85,
134; 93, 95, 96, 97 N. 2, 113, 124, 170,
avant la moisson :} 133, 142, 187;
178, 179-180, 181, 188, 189, 190, 191,
sacrificateur : le chef de clan (ou 195-196.
de tribu) : 38, 44, 50, 51, 52, 59, shile, v. jeu de cailloux.
COW 7377511837 927 99,99, LOX, Siboro (ancétre des weRa) : 55, 56, 63,
OZ aT LO eS 5 65.
le (ou les) neveu utérin du chef : sigeyla (clan. bideyat bilia) : 56, 151-
36, 43, 59, 91, 97, 98, 100, 113; T55, 158-161.
le chef associé a ses neveux utérins : SIE ANZ 3,120, 194:
40, 83, 138 ; siniomu (lieu-dit) : 33, 55, 56.
un vieil homme du clan : 123 ; sto (ar. sivie beda) : 111.
un homme désigné par la géoman- sto-dyuva (ouadi) : IIT.
Cle mI2 4%, Silk Kebir (informateur) : 127.
les gardiens du cimetiere : 177. simi, v. porte en paille.
sadaga (ar. cl. sadaqa) : 98 et n. I, 133, Sitti (chef nawRa) : 60 ; tabl. III.
UA, Wass, Wek, GS iw ik, ti, aKeySy. siwak, v. Salvadora Persica.
saghwa.ou saghawa : 18. sceur du sultan : 37, 41, 43.
sakawa : 18 n. 7, 19. soguru, v. meule dormante.
Salami (sultan du kapha) : 81 ; tabl. VI. soluy (montagne) : 150.
salumkey (ouadi) : 34, 56. SOUDAN : 21, 77; (République du) :
Salvadova Persica (z. weyRa, ar. rt.
siwak) : 123, 124. SODAN : 17, 18.
15*
220 INDEX

Sugu (fondateur du clan nursiRa) : Tardin (sultan du kapka) : 81 ; tabl. VI


tablets tari, v. Acacia Faidherbia Albida.
suidiva (abri sous roche) : 93. taRya (village) : 31.
Suleyman (ancétre des kolyaRa) : 154 ; tauday (clan) : 106 et n. 1; v. lézard ;
tabl. IX. ant tauday, v. iguane.
Suleyman Ali (informateur) : 88. TcuHabD (République du) : 11.
Suleyman Solong (sultan du Dar-Fur) : ANSIDYN 18S), MO), Fah, EO.
20. téhénydouy ; 32 0. I.
sultan ; 16, 23, 25, 34, 38-39, 44-45, TEKRUR : IQ.
82-83, 84. telt, v. Acacia Faidherbia Albida.
sumura (village) : 130. telli ou dellt : 186.
sumuraka ou sumuRa (clan) L276 tene seyla : 69.
I30-131, 138-139, 140. tenow, v. neveu utérin.
sundan, v. sultan. tevi-ba (village kobe) : 25, 26, 51, 52;
Sunu-beRi (ancétre ou chef nauRa) : (chefide)a 255 4i425 m0
55 et n. 2, 5605 tabl. Il. (village divoy) : 108, III n. 3, 115,
Sun-ter (ancétre des weRa ou des Tey.
NAURG) 755 etn. 1,956, 57, 64); teribaRa (sous-clan ayu) : tabl. I.
tabl. IT. tevinteva (clan teda) : 71.
sunu-key (mare) : 56 et n. I. tevio (village) : 30, 50; (ouadi) : 51.
suva, v. lion. terre (maitres de la) : 14, 36, 41, 45,
OmSom LOS, Lk7ael LOW 20m To SanTAG
il, TWAS, HOB, 1iG)5}.
téteS°4n, Gr, 07) 90; 154nt425
maux de: 70.
Teylo (chef bideyat bilia) : 152 etn. 2;
saitan, v. diable.
tabl. IX.
Sit, v. Artemisia herba alba.
TiBEST Ms) iow? Te
Sogar (chef imogu) : 74; tabl. V. TIETIE BEDE (génie) : 168.
ti-ba (village) : 151 et n. I.
Timan Dyugula (informateur) : 88, 99.
timbale : en cuivre, 34, 36 et n. 2,
Ely
37 et n. 3, 38, 78 etn. 2, 80et n. 4,
81, 83, 84, 178;
Ta (sultan des kobe) : 34; tabl. I. en bois, v. diver ;
tablette coranique : 8o. rénovation de la peau de la timbale :
ta-dyust (mare) : 56. 30,0525 59, 93:.94,095 ei lamers
TaGaso (djebel) : 187. 183.
tagana (colline) : 51. tine (puits et village) : 13, 34;
taganyaw, v. takanyon. (sultanat de) : 13.
tagyaRa (clan) : 30. tiveya (montagne) : 177-181.
takanyon : 32, 37, 42, 44, 100 et n. 3, toba : 67 et n. 4.
193, 195. toba-be (colline) : 33.
TAKRGR : IQ. tobur (village) : 60.
TAMA : 15, 28 et n. 3, 29, 33, 34, 74, 88, tobuika (sous-clan ayu) : tabl. I.
125. todura (clan) : 53, 56, 58 et n. 1, 64, 65.
Tamarga (chef tama) : 28, 29 et n. 2. togony : 189, 195.
tambour : gaygay : 112, 137 et n.1; togonye : 194, 195.
egidt ; 52, 91, 94, 137. togoro (z.), v. Commiphora Africana,
tava-ba (ouadi) : 56. togu (z.) : 143.
tarbu-tus (colline) : 141. tokiye : 129 et n. I.
INDEX 221

toko, v. baton a fouir. unia : 169.


tollo ou tolno (montagne) : 15, 88, 143. Ura (fondateur du clan uvaRa) 21525
tolyaRa (clan) : 31. tabl. IX.
tomagra (clan teda) : 172. uvaRa (clan bideyat bilia) : 70, 152,
tombe : 38, 65, 73, 175, 176; (offran- 154, 156.
des sur une) : 38 et n. I, 73, 190. Uru (chef nauRa) : tabl. III.
tonnerre (bruit de) : 85. us: 40 N. 5.
torfuseno (village) : 88. usuru (village) : 128; u. terra (village) :
Tousou #18 et n. 6, 163; 171. 128.
tournées : III, 119, 122 n. I, 172 et
ily Si, URS
tozoba (clan teda) 72
tribu : 13, 16. Vv
tribut : 34, 125, 129.
TRIPOLITAINE : 19.
trou : 43-44, 50, 84, 112, 114, 126, vent : 65, 85 n. 2, 139; (de sable) :
136, 182, 194, 195, 196. 85.
tu (montagne) : 95, 98. viande (du sacrifice) : rétie : 38, 42,
tubugi (clan) : 14, 30, 36, 38, 40 et 44, 50, 59, 60, 73, 99, I00, I15,
Mee 241, 455 50-52: 134, 136, 139, 157, 160, 174;
tudukurge (clan) : 31 et n. I. bouillie : 59, 99, 126, 132, 135, 136,
tuguri, v. interdit. TAO; LAT, 142,244,074:
tulges (village) : 66, 127, 128, 131, 133. dans la premiere eau de pluie de
tundubay (village) : 13, 81, 82; (Veawemnyse.S TRS), Sey, mes), Huzag).
(sultanat kapka de) : 13, 77. vomissements : 64.
tungury : 31, 49 N. 2, 63 n. 2, 80, 106,
154, 180, 181, 192-193.
tunnel :; 52, 164.
tunuguy (village) : 108. W
turban : 172, 182.
turda-dyurva (ouadi) : go.
ture (clan) : 14, 30, 36, 40 et Nn. 2, 41, Wa (sceur de Boru) : 32.
WADDAY : IQ, 20, 21, 28, 176;
45, 49, 100.
tuyga (montagne) : 33. (sultan du) : 14, 15, 16, 21, 48, 82,
turinda, v. tuvoyda. 89, 106, 109, II5, 125, 128, 130,
tuyma (ouadi) : 132, 137. 176-181.
tuvoyda (clan) : 15, 30, 88, 100-102. WADDAYENS : 17, 23, 67, 80, 88.
TurRRTI (pop.) : 182-186. warva (ancienne capitale des sultans du
tuRiya ou tuRuya (montagne et vil- Wadday) : 80 et n. 5, 106, 108, 141
lage) : 30, 50. Chie 2nl 70,0177 175,190:
twey :I2 2. 2, 17, 33, 55, 59, 57, 64, 97,
warendulu : 192 et n. 2, 193, 195.
T2504 be we : pou, 63.
we (chefferie de) : 14, 15, 31, 34, 55, 63,
64, 65, 88, Tog.
wekula (clan bideyat bilia) : 152, 161.
U wefa (clan) : 29, 33, 34, 42, 53, 55, 59;
58 n. I, 63-66, 67-68, 127, 129, I32-
136, 137-138, 140, 147.
Upru (djebel) : 186. weyagela (clan) : 15, 88, 91 et n. I,
Umar (chef des kobe) : 34; tabl. I. 92, 95, 99.
umduy (mare) : 33. weyRa, v. Salvadora Persica.
222 INDEX

wodda : hangar commun : 135, 141 et


iM, Ge
woggl : 67 et n. 3. zagawa : 19.
ZAGHA : IQ.
ZAGHAI : 19.
ZAGHAY : 19.
Y Zawya : 21.
ZEGHAI : Ig.
Yaqob (melik du _ diroy) 105 ; ZENDJ : 19.
tabl. VII. zeviba (enclos ceinturé d’épineux) : 91,
YARDA : 21. 77s
Yaya ab-Zurga (agid du guruf) : 130, Liziphus Spina Christi (z. geyla ou
mAs. 3 loll, WALL. keyla dial. kobe et kapka, golda dial.
YEBBI-SOMA : 175. guruf, ar. nabak) : 134 et n. 4, 190.
you-you: 52, 91, 92, 137. Zurga (agid du guruf) Its
Yusuf (sultan du Wadday) : 34: tabl. VIII.
TABLEAUX

apemeis-er sultans du Kobé 34) lonet@) Qeow''. 2. .04 27


Ieeucecssiog des cheissNanRa.. .... 0> Ge '. tse Jie ks 54
Ait, Viliation des derniers chefs NauRas.0G » So ae. 1 wl 54
Pouce Wend.an Gant, | 2pm). gflimee tpt YE . 66
ONE OG CECe Oy ee a a 68
Wie eeosorane dnaisanks 5 os tie, Wavigeto!,t— Veo . 79
i dueaivem Cele aie irotyi. or vies WE a sled tpt, ry. 6 PEOF7
WoaemLee COC CUAGUTNE ee eR ee te eo et tg CERT
Tee Le RMEIS CR DIOGCVAL DIA 5) 6 es a ee ERG

CARTES

Les cartes concernant le pays zaghawa ont été dressées d’aprés les fonds
topographiques au 1/1 000 000% et au 200 0008 (carte muette) de l’I.G.N. Les
toponymes ont été recueillis sur place par les membres de la mission. I] n’a pas
été toujours possible de situer chaque endroit cité.

WLCSE ACMAW ARI AAUUC es ee ee ce ed pee Sl a 10


II. Les positions senoussistes au début du xx siecle. . . ... . . 22
LICR AV SRNL
CCIE t) eeemeeet, SPOes Me A UE. WEA en 86
IV. Quelqueslieuxdeculteau Dar-Fur. . .....°. ... . 484

Dépliants : a) Les quatre Cantons zaghawa du Ouaddai et leurs voisins.


b) Chefferies et clans zaghawa et bideyat bilia avant la péné-
Trapconerancaisess hae e I. a fine
TABLE DES ILLUSTRATIONS

PLANCHE I — L’abbo Mahamat « gui ».


— If — 1. L’abbo Bahr.
2. Abdullay Idris.
— III - 1. Le sultan A bderaman.
2. Le kamini Dik.
os IV - 1. Le plateau kobé.
2. Ruines d’un village autrefois habité par le clan bzdi, sur la
montagne gett.
= V — 1. Les montagnes Mir (a gauche) et Kobé (a droite).
2. La dalle du sacrifice sur la montagne Kobé.
— VI - 1. L’autel de la dalle.
2. L’orifice du « gouffre » au sommet de la montagne.
— VII — Les timbales royales de cuivre rouge.
— VIII - 1 et 2. La danse « imo-kurun » a nogo-ba.
— IX — Une femme imogu.
— X -— 1. Lachaine du Kapka vue du village de ba-kawRe.
2. Entretien avec deux vieux kapkaRa.
— XI - 1 et 2. Le sol craquelé dela mare de key-hay (Matadjéné) est
parsemé de puits.
= XII - 1. Les montagnes du Kapka vues de ha-kige.
nN . Abakar Barga.
a= XIII ~ 1 et 2. Informateurs kige.
3. Halte au cours de l’ascension de ha-kige.
— XIV — 1. L’abri de la timbale (diver) du chef, au lieu-dit suidira.
2. Abakar Barga assis dans l’attitude d’un chef, a erbet-gili.
— XV - 1. Le tambour (gaygay) de Vagid Abdullay.
2. L’agid Abdullay.
— XVI — «Laroche au lion », sud de Kornoy (Soudan). Des gravures
rupestres ont été aspergées d’un mélange de farine et d’eau.
(D’aprés BALFour-PauL, J.R.A.I., 1956, 86, 1, p. 87.)
TABLE DES MATIERES

PREFACE

Note sur le systéme de transcription .

INTRODUCTION
1, Le pays peas : :
2. Les Zaghawa et les Beogr phe arabes :
3. La pénétration de l’Islam en pays zaghawa .

Chapitre Premier : LES KOBE


I. GENERALITES.
A. L’enquéte :
B. Le cadve historique .
. Arrivée de Boru en pays kobé .
. Situation des divers clans kobé. .
. Alliance entre les envahisseurs et les anciens maitres .
. Boru agrandit son territoire. .
A . Quelques points de repére dans |’ histoire des chefs ‘kobé .
nb
WN

II. LE RITUEL DE HA-KoBE.


A. Les faits
. Les préliminaires ne sacrifice. .
. L’itinéraire de la capitale a laa montagne Kobé et les sacrifices
préparatoires
. Le sacrifice de la chamelie sur la Gaile du bas .
. Les sacrifices du haut de la montagne .
. Autres sacrifices associés 4 ceux de Ha-Kobé
W
& . Le retour .
Aun

B. Signification et valeur du rite .

Il. RITUELS KiIREGU ET TUBUGI.

A. Les Kiregu 49
B. Les Tubugi 50
226 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

TiVE LES CHEFFERIES DE KiraGwi, NANU ET WE.


A. Les KivagwiRa
B. Les NauRa
1. Origines :
2. Les sacrifices Gans 6 ameniitenanu .
C. Les WeRa .
it, Ormbetavesy :
2. Les sacrifices dee WeRa ;

. LES GENS DE L’AUTRUCHE ET DU SERPENT.

A. Les Imogu
1. Origines
2. Interdits
3. La danse imo-kurun 4 :
4. Les sacrifices sur la montagne darbara :
B. Les DeniRa
I. Origines ‘
2. Les sacrifices de la montagne deni.

Chapttve II : LES KAPKA


. GENERALITES.
A. L’enquéte
B. Le cadre historique .
. Les origines légendaires ae Taghana kapha
. La période historique .

ie LE RITUEL DE Ha-Ya.
A. Les faits
1. Les préliminaires a sacrifice .
2. L’immolation de la chamelle
B. Signification et valeur du rite .

Chapitre III : LES KIGE


. GENERALITES.
A. L’enquéte Hae 87
B. Le pays. Apercu Has 88
ik, LE RITUEL DE Ha-KIGE.
A. Les faits ies, gh a is 89
I. La nomination a Abbéché 89
TABLE DES MATIERES 227
2. La retraite dans le ouadi turda-dyura et les préparatifs du
sacrifice :
3: Les cérémonies sur la montagne Kigé.
a) Rites préliminaires . :
) Le sacrifice de la vache .
c) L’investiture par le « manda » .
) Les réjouissances
e) Larénovation de la timbale du chef
B. Signification et valeur du rite .
C. La fonction protectrice du manda et Vabandon des sacrifices de
Ha-Kigé

III. AUTRES RITUELS EN PAYS KIGE.


. Sur la montagne tu.
Dans le ouadi may-mara- tubunu
Dans le ouadi agiro.
Dans le ouadi geli F
ON Sur la montagne kibina- Ribs .
yh

Chapitve IV : LES DIRONG

I. GENERALITES.
A. L’enquéte 105
B. Le cadre historique To6

II. LE RITUEL DE LA MONTAGNE GAINGA.


A. Les faits Iog
. La nomination a bneche : 109g
Ze Les rites intéressant la personne du Chef . IIo
a) Cas d’un chef mige IIo
b) Cas d’un chef gude . Tiana
. Les rites de pluie II2
a) Cas d’un chef mige :
Le rituel de pluie des mige (sacrifices et offrandes) . i)
Le sacrifice d’un taureau par les anguRa . 114
b) Cas d’un chef gude . wes 114
B. La nomination du melik Koti en janvier 1958 . 115
C. Observations sur la signification du rituel . I17

III. AUTRES RITUELS DE PLUIE CHEZ LES DIRONG.


I. Les magu 122
2. Les anguRa 123
3- Les enimeRa . 12
4. Les yaskaRa-eriRa . . : 125
). Les baga et la chefferie hubu ; 125
228 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA

Chapitve V : LES GURUF


T. GENERALITES.
A. L’enquéte 1297
B. Le cadre historique 127

II. RITUELS AGRAIRES EN PAYS GURUF.


A. Rites de prospérité
Al Le sacrifice des weRa a turma 132
2. Le sacrifice des habitants de tulges 133
3. Le sacrifice d’eni-ba 134
B. Rituels de pluie proprement dits
I. La chefferie. Sacrifices et actions magiques .
2. Rites spéciaux en cas de sécheresse .
a) Les weRa, maitres du sol.
b) Les anciens chefs SON
. Un rite de pluie « négatif » : la neutralisation du pére de
jumeaux
C. Observations succinctes suv d'autres vituels en pays guruf .
. Les taudayn .
. Les darba et les aeRa.
. Les baga
. Les murkulo
NW
ABW. Les kanagaRa

III. RiITvELS ET CALENDRIER AGRICOLE.


A. Les phases de la culture du mil .
B. Le calendrier du vituel au Guruf .
C. Le calendrier du rituel dans les autres Cantons .

Chapitre VI : ELEMENTS DE COMPARAISON

I. L’ENQUETE SUR LES RITUELS BILIA. 151


. Le cadre historique . 151
. Le rituel de ey-ha 155
. Le manda des sigeyla 3 : 158
. Un rituel féminin chez les baga et les wekula : 161
A . La
WN
me « pierre manda » des femmes bilia. 161

If. RECHERCHES SUR DOCUMENTS . 163


. Les Zaghawa du Dar-Fur 164
. Les Bideyat 167
Les Téda et les Wars I7I
HA
AWN . Au Wadday 176
TABLE DES MATIERES 229

Stearate erate oe re ek et | TB
@eropulations dwmnordidu Dar-Pur. «{ . . « «= «'% « 182
pig ARUNwaAL 3. (aly ‘sa. ie SGues, Cae Sen ae a a emer oJ
ZmOCQAT Meare re 2 eh eA, or 86
Sy detaal oy fae 9. Os Re co s eee en I e 3
Aap VLD e Ge e ee e A RY Te Be Oe ad eT OF
D)Blceon tl ramen e tor, ee ee Tal ae 2£88
O) lees; Iupararrel dite Gli Deve Iirenibres 2 5 5 5 5 4 a 5 ixey
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CONCLUSIONS amar ret me mere. SC resr rise 4. Bs ue 6 Win Ge ce eg EOF

OUVRAGESICITE Saar ae Ue EM AS Wal. el te ec, ky ZOE


DOCUMENTS D’ARCHIVES CONSULTES . . . . . . . . . . 205
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0)2 a a e eo eo ie Sd ge ed, uty tee 207
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TRAVAUX ET MEMOIRES
DE L°INSTITUT D’ETHNOLOGIE
Collection fondée par MM. Lucien LEVY-BRUHL,
Marcel MAUSS et Paul RIVET.

Tome I. Warertor (Em.-G.), Chef de VImprimerie officielle de Madagascar. Les Bas-


Reliefs des Batiments royaux d’Abomey (Dahomey). Paris, 1926, v1-56 p, 2 fig.,
23 pl. dont 18 en couleurs, cart. toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome II. Luquert (G.-H.), Professeur de philosophie au Lycée Rollin. L’Art Néo-Calédonien,
documents recueillis par M. Marius ArcHamBaAuLt, Receveur des Postes & Houailou.
Paris, 1926, 1-160 p., 241 fig., 20 pl., cart. toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome III. Maunier (René), Ancien Directeur de V Institut de Sociologie de V Afrique du Nord.
La construction collective de la maison en Kabylie. Etude sur la coopération écono-
mique chez les Berbéres du Djurjura. Paris, 1926, 81 p., 9 fig., 3 pl., cart. toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome IV. TRAUTMANN (René), Médecin mayor de premiere classe des trowpes coloniales. La litté-
rature populaire 4 la Cote des Esclaves. Contes. Proverbes. Devinettes. Paris, 1927,
vu-105 p., cartonné toile.......... Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone france $ 5.00
Tome VY. Bauprn (Louis), Professeur a la Faculté de Droit de Paris. L’empire socialiste des _
iinkaeatisnl2estx-2041).44 Carcess caUhibOlle seks .1e)-/06 tiecerr ce elte cleeisie sie oie = Epuisé
Tome VI. Hompurcer (L.), Docteur és lettres. Les préfixes nominaux dans les parlers peul,
haoussa et bantous. Paris, 1929, x1-167 p., cart. toile.
Zone franc 15,00 F — Pays hors de la zone franc # 3.00
Tome VII. Lasourer (H.) et River (P.), Professeur au Muséum d’Histowre Naturelle. Le
royaume d’Arda et son évangélisation au xviie siécle. Paris, 1929, 63 p., 20 pl., car-
WOM UONGD nang om tnmocn doch Zone franc 15,00 F — Pays hors de la zone france $ 3.00
Tome VIII. Lezennarpr (Maurice). Notes d’ethnologie néo-calédonienne. Paris, 1930,
1x-265 p., 36 pl. dont 4 en coul., 2 cartes, cart. toile.
Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone france $ 9.00
Tome IX. Leennarpt (Maurice). Documents néo-calédoniens. Paris, 1932, 514 p., cart.
toile. Paris, 1935, v1-414 p., cartonné toile.
Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone frane $ 8.00
‘Tome X. Leennarpt (Maurice). Vocabulaire et Grammaire de la langue Houailou. Paris,
1935, vi-414 p., cart. toile........... Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome XI. Arsentno (Nicolao de). Verdadera relacién de lo sussedido en los Reynos e pro-
vincias del Pert (Sevilla, 1549). Reproduction fac-simile avec une préface de J. Toribio
Mepina. Paris, 1930, cartonné toile.
Zone franc 15,00 F — Pays hors de la zone frane $ 3.00
Tome XII. GrrauLE (Marcel). Le livre de recettes d’un dabtara abyssin. Paris, 1930, 100 p.,
(CITT TOO. ooccesnboe ooondeone Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XIII. Tisserant (Ch.), Missionnaire de la Congrégation des Peres du Saint-Esprit.
Essai sur la grammaire Banda. Paris, 1930, 185 p., cart. toile.
Zone frane 15,00 F — Pays hors de la zone franc $ 3.00
Tome XIV. Tisserant (Ch.). Dictionnaire Banda-Frangais. Paris, 1931, 611 p., ear-
CONNE FOU nae. cecle wee se es Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome XV. Lasourst (H.). Les Tribus du rameau Lobi, Volta Noire Moyenne, Afrique
Occidentale. Paris, 1931, vi-510 p., 31 pl., 35 fig., cartonné toile.
Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome XVI. GapEn (Henri), Ancien Gouverneur des Colonies. Proverbes et Maximes Peuls
et Toucouleurs traduits, expliqués et annotés. Paris, 1931, xxx111-368 p., cartonné toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XVII. Dorpitton (Mgr). Grammaire et Dictionnaire de la langue des Tes Mar-
quises : Marquisien-Frangais. Paris, 1931, vi1-446 p., cartonné toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome XVIII. Dorpitton (Mgr). Dictionnaire de la langue des Iles Marquises : Frangais-
Marquisien. Paris, 1932, 598 p., cartonné toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $§ 6.00
Tome XIX. Monon (Théodore), Docteur és science, Professeur au Muséum d Histoire
Naturelle. L’Adrar Ahnet. Contribution a l’étude archéologique d’un district saharien.
Paris, 1932, 202 p., 103 fig., 3 pl., 3 cartes, cartonné toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc § 5.60
Tome XX. RicarpD (Robert), Docteur és lettres. La conquéte spirituelle du Mexique. Paris,
1933, xx-400 p., 4 fig., 22 pl., 1 carte en couleurs, cartonné toile.
Zone iranc 40,00 F — Pays hors de la zone france $ 8.00
Tome XXI. Gapren (Henri), Ancien Gouverneur des Colonies. La vie d’El Hadj Omar.
Qacida en Poular. Paris, 1935, xx1v-288 p., cartonné toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XXII. Cuisrnter (Jeanne). Danses magiques de Kelantan. Paris, 1936, 109 p.,
3 fig., 4 pl., cartonné toile......... Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XXIII. Guaman Poma DE AyAtLa (Felipe). Nueva Corénica y Buen Gobierno
(Codex péruvien illustré). Reproduction fac-simile. Paris, 1936, xxvi1-1179 p., car-
tonne tollesqeee ered eee Zone franc 50,00 F — Pays hors de la zone franc $ 10.00
Tome XXIV. Conen (Marcel), Directeur d’ Etudes & V Ecole Pratique des Haures Etudes,
Professeur a VHcole des Langues Orientales vivantes. Traité de langue amharique (Abys-
sinie). Paris, 1936, xv-444 p., XX XIII tableaux, cartonné toile.
Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome XXV. Hazoumé (Paul), Ancien éléve de VEcole normale de Saint-Louis du Sénégal,
Instituteur au Dahomey. Le Pacte de Sang au Dahomey. Paris, 1937, vi1-170 p., 2 fig.,
CDs outers Sheree etre.4s Zone france 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome X XVI. SousTELLE (Jacques), Docteur és lettres. La Famille Otomi-Pame du Mexique
Central. Paris, 1937, xv1-571 p., 22 fig., 17 pl., 9 cartes, cartonné toile.
Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone france $ 8.00
Tome XXVII. Dumizi (Georges), Directeur d’Btudes 4 V Ecole des Hautes Etudes. Contes
Lazes. Paris, 1937, x1m-132 p., cartonné toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XXVIII. Sacus (Curt), Ancien Professeur & Université de Berlin, Ancien Chargé de
Mission au Musée d’Ethnographie de Paris, Professeur & V Université de New York. Les
Instruments de Musique de Madagascar. Paris, 1938,1x-96 p., 21 fig., 17 pl., cartonné toile.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XXIX. GréBaut (Sylvain), Professeur de Langue et de Littérature éthiopiennes al’ Ins-
titut Catholique de Paris. Catalogue des Manuscrits éthiopiens de la Collection Griaule.
Premiére Partie. Paris, 1938, rx-320 p., 8 pl., cartonné toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone frane $ 6.00
Tome XXX. Grésaut (Sylvain). Catalogue des Manuscrits éthiopiens de la Collection
Griaule. Premiére Partie (suite). Paris, 1944, vi-272 p., 8 pl., cartonné toile.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome XXXI. Fecuaui (Mgr Michel), Professeur & la Faculté des Lettres de Bordeaux. Pro-
verbes libanais. Paris, 1938, xvm1-848 p., cartonné toile.
Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc § 9.00
Tome XXXII. Griaute (Marcel), Docteur és lettres. Jeux Dogons. Paris, 1938, vi1-292 P:,
132 fig., 12 pl., cartonné toile. Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XXXIII. Grave (Marcel). Masques Dogons. Paris, x1-896 p., 261 fig., 32 pl.,
cartonné toile (seconde édition 1963).
Zone franc 70,00 F — Pays hors de la zone franc $ 14.00
Tome XXXIV. Duzors (Henri), 8. J. Monographie des Betsileo (Madagascar). Paris, 1938,
xvit-1510 p., 191 fig., 10 pl., cartonné toile.
Zone franc 50,00 F — Pays hors de la zone franc $ 10.00
Tome XXXYV. Mus (Paul), Docteur és lettres, Membre de VEcole frangaise d’Extréme-Orient.
La Lumiere sur les Six Voies. Paris, 1939, xxx-330 p., 6 pl., cartonné toile.
Zone franc 40,00 IF’ — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome XXXVI. Sacteux (Charles), C. S. Sp. Ancien Missionnaire apostolique 4 Zanzibar.
Dictionnaire Swahili-Francais, tome I. Paris, 1939, 479 p., cartonné toile.
Tome XXXVII. SacrEux (Charles). Dictionnaire Swahili-Francais, tome II. 1940, 480-
1114 p. (Réimpression 1960 en un seul volume).
Zone franc 65,00 F — Pays hors de la zone franc $ 13,00
Tome XXXVIII. Lircuirz (Déborah). Textes éthiopiens magico-religieux. Paris, 1940,
vul-254 p., cartonné toile......... Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XX XIX. River (P.) et ArsaAnpAux (H.). Métallurgie précolombienne. Paris, 1946,
BDA OLE oysters yattieryaiae.« 6+ Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XL. DrereRLen (Germaine). Les Ames des Dogons. Paris, 1941, vu1-268 p., 16 fig.,
TNS Be)BPA CC ane, chat pe ae ee Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XLI. Ganay (Solange de). Les Devises des Dogons. Paris, 1941, vi1-194 p., 3 fig.,
OO De pete Peteee AO ears rere aay ata se Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone france $ 5.00
Tome XLII. Mauporn (Bernard), Docteur és lettres. La Géomancie a |’Ancienne Céte des
Esclaves. Paris, 1943, xxvu-688 p., 33 fig., 8 pl. (réimpression 1961).
Zone franc 60,00 F — Pays hors de la zone france $ 12.00
Tome XLIII. Fretson (Henri), S. J. Professeur & V Uniwersité Saint-Joseph de Beyrouth,
Docteur és lettres. Les verbes & allongement vocalique interne dans le sémitique. Paris,
ON 25SAS ai ae Aero Ae ea, eee eRe eee MeARMS ae I aN 2 SAO Epuisé
Tome XLIV. Grraup (Marcel), Docteur és lettres. Le Métis canadien. Paris, 1945, tv1-
1296 p., 6 fig., 8 pl., 3 cartes...... Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc $ 9.00
Tome XLV. Cursinimr (Jeanne), Docteur és lettres. Monographie des Mu’o’ng. Paris, 1948,
xx-618 p., 86 fig., 32 pl., 7 cartes.
Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc $ 9.00
Tome XLVI. Leenuarpr (Maurice). Langues et dialectes de |’Austro-Mélanésie. Paris,
1946, xivu1-676 p., 1 carte........ Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc $ 9.00
Tome XLVII. Leror-Gournan (André), Docteur és lettres. Archéologie du Pacifique Nord.
Paris, 1946, xxi1-530 p., 1148 fig., 42 cartes.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome XLVIII. Fausiée (Jacques). Récits Bara. Paris, 1947, 537 p.
Zone franc 25,00 F — Pays hors de la zone franc $ 5.00
Tome XLIX. Trenca (Georges). Le Bura-Mabang du Oudai. Paris, 1947, xm1-300 p.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome L. Letris (Michel). La langue secréte des Dogons de Sanga. Paris, 1948, xxxu-
DEO GH ew ea foe Me LO. ee, Zone franc 30 ,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome LI. River (Paul) et Crfqui-Montrort (G. de). Bibliographie des langues aymara
et kicua.
Vol. I (1540-1875), xiu-502 p., Paris, 1951. Nombreuses figures.
Zone franc 40,00 F — Pays hors de Ja zone franc $ 8.00
Vol. II (1876-1915), 656 p., Paris, 1952. Nombreuses figures.
Zone franc 60,00 F — Pays hors de la zone franc $12.00
Vol. ILL (1916-1940), 784 p., Paris, 1953. Nombreuses figures.
Zone franc 60,00 F — Pays hors de la zone france $ 12.00
Vol. IV (1941-1955), 957 p., Paris, 1956.
Zone franc 80,00 F — Pays hors de la zone frane $ 16.00
Tome LIL. Journ (D. Bernard Y.), Médecin commandant des Troupes colonales. La Mort et
la Tombe. L’abandon de la Tombe. Les cérémonies, priéres et sacrifices se rapportent
ces trés importantes manifestations de la vie des autochtones du Darlac. Paris, 1949,
VEII-23O) Pept oul ors eteyeyers slciaiersrsitels Zone franc 20,00 f — Pays hors de la zone franc $ 4.00
Tome LIII. Massoutarp (Dt Emile). Préhistoire et Protohistoire d’figypte. Paris, 1949,
xxvi-567 p., CX pl., 3 cartes..... Zone franc 40,00 F — Pays hors de la zone franc $ 8.00
Tome LIV. Sactrux (Charles), C. S. Sp. Ancien Missionnaire aposiohque a Zanzibar.
Dictionnaire Francais-Swahili (2¢ édition revue et augmentée). Paris, 1949, 755 p.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome LY. Arscory (A. Z.). Recueil de textes falachas. Paris, 1951, 286 p.
Zone franc 20,00 F — Pays hors de la zone franc $ 4.00
Tome LVI. Curvaier (Francois), Docteur és lettres. La formation des grands domaines
au Mexique. Paris, 1952, xxvm-480 p., 6 fig., 15 pl., 3 cartes.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome LVII. Bernort (Lucien) et Brancarp (René). Nouville : un village frangais. Paris,
1953, vi1-447 p., 17 fig., 4pl....... Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome LVIII. Dueasr (Idelette). Monographie de la tribu des Ndiki (Banen du Cameroun).
(Vol. I. Vie matérielle). Paris, 1955, xx1v-824 p., 199 fig., 3 pl., 8 graphiques, 6 cartes.
Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc $ 9.00
Tome LIX. Mérais (Pierre). Mariage et équilibre social dans les sociétés primitives. Paris,
1956, x1-546 p., 46 fig. ........... Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc § 9.00
Tome LX. Dumézit (Georges). Contes et légendes des Oubykhs. Paris, 1957, x11-103 p.
Zone franc 15,00 Ff — Pays hors de la zone franc $ 3.00
Tome LXI. Lestau (Wolf). Coutumes et croyances des Falachas. Paris, 1957, 1x-98 p.
Zone franc 15,00 F — Pays hors de la zone franc $ 3.00
Tome LXII. Sousterie (Georgette). Tequila : un village nahuatl du Mexique oriental.
Paris, 1958, x-268 p., 16 fig., 14 pl. Zone franc 20,00 F — Pays hors de la zone franc $ 4.00
, Tome LXIII. Dueasr (Idelette), Monographie de la tribu des Ndiki (Banen du Cameroun).
(Vol. II. Vie sociale et familiale).... Zone franc 75,00 F — Pays hors de la zone franc § 15.00
Tome LXIV. Duprre (Marguerite). Peuls nomades. Paris. 1962, v1-338 p., 12 fig., 24 pl.,
ANCATLOS Reete crear
varus <Asien, Zone franc 45,00 F — Pays hors de la zone franc $ 9.00
Tome LXV. Dums&zit (Georges). Documents anatoliens sur les langues et traditions du
Caucase (II. Textes Oubykhs). Paris, 1962, xu-196 p., 2 fig.
Zone franc 30,00 F — Pays hors de la zone franc $ 6.00
Tome LXVI. Gutarr (Jean). Structure de la chefferie en Mélanésie du Sud. Paris, 1963
GBSi pO Cal bes secret rare ae Zone franc 100,00 F — Pays hors de ia zone franc $ 20.00
Tome LXVII. Tusrana (Marie-José). Survivances préislamiques en pays zaghawa. Paris,
1964, 229 p., 6 cartes, 16 pl..... Zone franc 50,00 F — Pays hors de la zone franc $ 10,00

INSTRUCTIONS POUR LES VOYAGEURS

Conen (Marcel). Instructions d’enquéte linguistique. Paris. 1950, 143 pages, nouvelle
COLO MIN=Co OF BA
i, nee Zone franc 5,00 F — Pays hors de la zone franc $ 41.00
Conen (Marcel). Questionnaire linguistique. I et II. Nowvelle édition, Paris, 1951, in-8°. 3,00 F

Tous les paiements doivent étre faits au nom de l'Institut d’Ethnologie, Musée de V Homme,
Palais de Chaillot, Place du Trocadéro, Parts (16¢), soit par cheque, barré ou non, soit par chéque
postal. Agent spécial des Recettes de l'Institut d’Ethnologie, Parts 9062-99.
LES QUATRE CANTONS ZAGHAWA DU OUADDAI ET LEURS VOISINS
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