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PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA
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: TRAVAUX ET MEMOIRES
« MUSEE DE L’HOMME, PARIS
INSTITUT D’ETHNOLOGIE
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in 2022 with funding from
Kahle/Austin Foundation
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SURVIVANCES
PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA
UNIVERSITE DE PARIS
TRAVAUX ET MEMOIRES DE L’INSTITUT D’ETHNOLOGIE - LXVII
652
a & MARIE-JOSE TUBIANA
SURVIVANCES
PREISLAMIQUES
EN PAYS ZAGHAWA
PARIS
INSTITUT D’ETHNOLOGIE
MUSEE DE L’HOMME, PALAIS DE CHAILLOT, PLACE DU TROCADERO (16°)
1964
© Institut d’Ethnologie, 1964.
PREFACE
t. Le sultan A bdervaman.
2. Le kamini Diki.
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2. L’orifice du « gouffre » au sommet de la montagne.
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Pi. VIII. — 1 et 2. La danse « tmo-kurun » a nogo-ba.
PL. [X. — Une femme zmogu.
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2. Abakar Barga.
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Informateurs
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1. Le tambour (gay-gay)
de l’agid A bdullay.
2. Lagid Abdullay.
2. Abakar Barga
assis dans l’atti-
tude d’un chet a
er bet-gilt.
Pr. XVI. — «La roche au lion », sud de Kornoy (Soudan).
Des gravures rupestres ont été aspergées d’un mélange de farine
et d'eau. (D apres Baliour-Paul, J.h-Adl 19056-86.21, p, 67.)
NOTE SUR LE SYSTEME DE TRANSCRIPTION
a) Mots zaghawa
Le beRi-a ou « langue des beRi » (Zaghawa et Bideyat) est une langue a tons.
Toutefois dans cette étude, je m’en suis tenue 4 une notation sommaire sans
indication de tons.
Voyelles :
Les timbres vocaliques sont au nombre de cinq :
a, 1, o équivalant aux voyelles moyennes correspondantes du frangais.
e moyen, entre é et é du frangais.
u toujours comme ow du frangais.
Il n’y a pas de voyelles nasales. Les voyelles nasalisées par le voisinage d’une
consonne nasale peuvent étre surmontées d’un ~.
Consonnes :
Les signes ont la méme valeur qu’en frangais. Mais g se prononce toujours
comme dans le frangais gave, méme devant un 7 ou un e (kige se prononcera
donc « kigué » et non pas « kijé »).
h est toujours « aspiré ».
correspond au groupe g de l’anglais « meeting ».
R est unr rétroflexe. Il se prononce comme un ¢ « roulé », Aa un seul battement.
Il ressemble plus 4 un / qu’a un « parisien ».
D est un d rétroflexe. C’est l’occlusive correspondant a R.
§ correspond au frangais c/: dans « chien ».
& note une consonne « mouillée » située entre di et dj du frangais (comme dans
« diamant » et « Djibouti »).
Ss correspond a gu du frangais « agneau ».
Enfin, w comme un w anglais et y comme l’y du francais « yeux ».
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INTRODUCTION
1. Le pays.
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1. Sur leur mythe d’origine cf. M.-J. et J. Tusrana, Contes zaghawa, pp. 163-
165 et 199. Sur leurs activités voir LE RouvrREurR, op. cit., p. 350.
2. Indiqué sur les cartes sous le nom arabe de manderfok.
3. Id. : djebel es-sana.
4. Id. : kerkuy-nuren.
INTRODUCTION 15
refléte dans les sacrifices, ou plut6t dans le choix des bétes sacrifiées :
le sultan se doit d’immoler un animal plus important que les chefs
de clans subordonnés.
*
* Ok
L’existence des noirs Zaghdwa semble avoir été connue des Arabes
au plus tard au vitie siécle de l’ére chrétienne. Ibn Qutaiba, l’auteur
du Kitab al-Ma‘arif, rapportant une tradition qu’il attribue a Wahb
ibn Munabbih (avant 728), cite parmi les Sadan : les Nuba, les Zandj,
les Qaran [goranes], les Zughdwa, les Habasha [{abyssins]*.
Al Ya‘qibi se fait l’écho de cette tradition dans son Histoire’.
En outre dans son Kitab al-Bulddn (889) composé, comme on sait,
en Egypte ow il a pu se renseigner directement auprés des commer-
cants ou des voyageurs, il signale que les musulmans du Fezzan font
le commerce d’esclaves noirs « appartenant aux tribus de Mira,
Zaghawa, Maruwa et a d’autres races négres de leur voisinage »*.
Le rapprochement des Mira et des Zaghawa est d’autant plus intéres-
sant que l’enquéte a révélé l’existence au Kobé d’un ancien clan
portant ce nom (v. p. 26). T. Lewicki propose d’identifier les Maruwa
1. IBN QutTerBA, Handbuch dev Geschichte, pp. 12-13.
2. Publiée par Th. Hoursma, Ibn Wadhih qui dicitur al Ya‘qibi Histortae,
[Ds PANG,
3. Av Ya‘gisi, Kitab al-Buldan, éd. de Goeje, p. 345; trad. par G. WIET,
Le livre des pays, p. 205.
18 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
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INTRODUCTION 23
LES KOBE
I. — GENERALITES
A. L’ENQUETE
bien que nourri de culture islamique, reste trés attaché aux traditions
de son pays. II présentait aussi l’énorme avantage de ne s’étre jamais
éloigné de la « cour », C’est ainsi qu'il avait accompagné, a quatre
reprises, son pére le sultan Haggar, lorsque celui-ci s’était rendu sur
la montagne Kobé pour le sacrifice. Sa qualité de membre du clan
royal ne lui permettait d’assister qu’é une partie de la cérémonie.
Il put néanmoins décrire le déroulement entier du rituel, car il connais-
sait par oui-dire la partie a laquelle il lui était interdit d’étre présent.
Par la suite, le sultan Abderaman nous confirma la plupart de ses
informations.
Le sultan Abderaman accueillit toujours nos questions avec beau-
coup de bienveillance, mais ses fonctions et ses déplacements lui lais-
saient peu de temps a consacrer aux ethnologues. I] nous fournit
souvent des informations par l’intermédiaire d’un autre de ses demi-
fréres, l’abbo Mahamat gui qu'il mit a notre disposition en qualité
d’interpréte pendant plus de la moitié de notre séjour. Abbo Mahamat
voyait familiérement le sultan et en profitait pour le questionner de
notre part.
Le kamini Drki et le chef du village de feri-ba sont des hommes
agés, peu instruits, vivant le plus souvent dans leur village et par
conséquent moins touchés par l’Islam.
Quant au mogdum Fodul c’est un homme jeune, dynamique, qui
nous a semblé trouver un intérét 4 notre travail. [1 fut un collaborateur
efficace.
En ce qui concerne le sacrifice de Ha-kobé, une enquéte complé-
mentaire fut menée sur les lieux mémes de son déroulement, avec l'aide
des villageois du village de koba et du kamini Suleyman, deuxiéme
chef de ce village. I] restait que je ne pouvais espérer y assister, la
derniéere cérémonie ayant eu lieu quinze ans plus tét, l’année de
l'intronisation du sultan Abderaman (1939).
B. LE CADRE HISTORIQUE
Depuis quelque trois cents ans la chefferie kobe, qui passera par
la suite au rang de sultanat est aux mains du clan anu. Boru, Vancétre
de ce clan, arriva un jour de l’est et s’empara de la part de pouvoir
détenue par les mira. L’appui de ces mémes mira et son prestige de
musulman lui permirent de s’imposer en tant que chef et d’agrandir
rapidement son territoire. Un de ses descendants régne aujourd'hui
sur les Zaghawa du Ouaddai.
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28 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
1. Dans un texte arabe, écrit 4 notre intention, le faki zaghawa Hasan ibn
Ahmad, de Hili-ba, se fait l’écho de cette tradition trés répandue. Ahmad
ad-dag est mentionné comme un qorayshite qui aurait quitté le Hedjaz vers le
ville-1xe siécle (?). Il s’établit au Sila et son fils Abdullahi partit pour le pays
kobé. Les descendants de ce dernier se disent ayu. Ce texte, avec traduction et
commentaires, doit faire l’objet d’une publication, en collaboration avec D. Cohen
et J. Tubiana. Nous avons également retrouvé le personnage d’Afmad ad-dag
chez les dago. Ahmad dag, de qui ils tiendraient leur nom, les aurait conduits
des environs de Shendi jusqu’au Dar-Fur (cf. E. H. Macintosu, « A note on the
Dago tribe », p. 171). D’aprés le méme auteur, les beigo, voisins méridionaux
des dago, prétendent descendre également d’Ahmad dag, mais refusent toute
parenté avec les Dago (op. cit., p. 178). Enfin, dans un document d’archives
datant de 1946, il est dit qu’Ahmad dag, au début du xvie siécle, aurait rassem-
blé sous ses ordres les Dago, venus du Yemen, dont il fut le premier sultan
(cf. BERRE, « Essai sur les Dadjo »). I] serait intéressant de voir si on ne trouve
pas sa trace au Tama. Actuellement Zaghawa, Tama et Dago déclarent étre
apparentés par les clans royaux. Si l’on en croit Ibn Sa‘id (xure siécle) cité par
Abi |-Fida’, la parenté entre Zaghawa et Dago serait fort ancienne : « Ces deux
peuples appartiennent a une seule et méme race ; mais les Tadjoua l’emportent
sur les autres pour la figure et les maniéres » (Géographie, t. II, p. 224).
2. La question de l’arrivée de ce personnage au Wadday est examinée
dans mon article : « Un document inédit sur les sultans du Wadday », 1960,
pp. 58 a 67.
3. Il y a effectivement au Tama, un village nommé boru (indiqué par
GROSSARD, Mission de délimitation..., carte géologique et p. 218).
4. mtr, village abandonné, ne présente plus aujourd’hui que quelques fonds
de cabanes sur les flancs de la montagne du méme nom.
LES KOBE 29
comme chef (ima)1. Abdullay resta en pays kobé et les gens l’appe-
lérent boru, du nom du village du Tama d’ou il venait. Abdullay Boru
est l’ancétre du clan ayu. Le sultan Abderaman, qui régne actuellement
sur tous les Zaghawa du Tchad, est un de ses descendants (voir
tableau I).
Le troisieme frére, Tamarga, retourna en pays tama ov il s’imposa
a son tour comme chef?.
Ce schéma nous fut donné par tous nos informateurs sans variantes,
sans contradiction, sans fioriture aucune, un peu comme la récitation
d’un texte établi, figé dans une forme définitive.
Cette tradition avait été recueillie en 1936 par le lieutenant Gio-
vancily® avec quelques différences que voici : Les trois fréres qui portent
les mémes noms (Boru, Diroso et Tamarga) arrivérent d’abord en
pays kobé. Par la suite Tamarga et Diroso se dirigérent vers le Tama
et le Sila. Leur péere Ahmat ed-dag n’est pas mentionné. Les maitres
du pays kobé étaient les mira. Boru obtint d’eux le commandement
moyennant la cuisse droite de tout éléphant tué. Mais, aux mira,
Giovancily associe les nauRa et les weRa qui, d’apreés les différentes
informations que j’ai recueillies, seraient arrivés en pays kobé aprés
les ayu (v. p. 55).
1. Ceci n’est pas sans nous rappeler une tradition du Kawar qui rapporte
comment l’ancétre des Tomagra, a son arrivée au Tibesti, s’empara du pouvoir
alors aux mains des Arna. Cette fois l’échange eut lieu entre un pot de beurre
et le turban du chef, insigne du commandement chez les Téda (cf. J. CHAPELLE,
Nomades noirs..., pp. 84-85). De méme il est intéressant de noter la maniére dont
une partie des Dago s’établit dans le Dar el-kebira, collines au sud-ouest du
Kordofan. Voici la tradition rapportée par Hillelson : Il y avait environ quatre
générations en 1925 qu’une partie des Dago avait quitté le Sila, a la suite d’une
querelle de succession. Ils arrivérent au Kordofan. Leur chef Mom partit chasser
et tua une girafe. Ilrencontra Tia ou Tiamulu, chef des habitants des montagnes.
Mom établit avec lui des liens d’amitié en partageant la viande de la girafe avec
ce chef dont la chasse avait été infructueuse. Une alliance s’ensuivit (« Note
on the Dago », p. 61).
2. D’aprés le sultan Abderaman on lui donna le surnom de « tamarga » a
cause de son arrivée en pays Tama. Son nom était Abdullay. Il fallait aussi
différencier les deux fréres. Nous avons déja rencontré le trait légendaire des
trois freres devenus rois, chacun dans un pays différent, cf. Et-Tounsy, Voyage
- . ne
au Ouaddy, p. 73.
3. « Eléments de monographie du District de Biltine », ms., Archives Biltine,
ROSO MPD Liz LES.
30 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
au-dela. Voici le tableau que nous traca l’abbo Bahr ; il fut confirmé
par le sultan Abderaman.
1. Les miva. — Ils étaient groupés sur la montagne mir. Les ture
étaient propriétaires du seul puits de cette région, dans le ouadi koba.
Plusieurs clans voisins étaient soumis aux Mira. I] nous cita les
garokuruk, les garbo, les nyoRio, les mest, les gurga, les kiregu et les
tubugi. Presque tous ces clans sont actuellement éteints, sauf celui
des kivegu, dont de nombreux membres vivent aux villages de koba
et de tuRiya, et celui des tubugi, dont on trouve des représentants
dans la région de ¢evzo.
Les miva eux-mémes, aujourd’hui trés peu nombreux, vivent
dispersés dans le pays kobé. [1 ne resterait plus que deux ou trois
ture au village de koba, mais au kapka nous avons retrouvé les
turiyda ou turoyda, rameau détaché du clan ture (v. p. 100). Mira,
Tubugi, Kiregu et Ture jouent un réle de premier plan lors du rituel
de Ha-kobé.
2. Les abuguna. — Ils étaient groupés sur la montagne abugun.
Sous leurs ordres étaient les gordogiRa, les sauneRa, les gubaRa et
les tagyaRa, qui semblent avoir completement disparu aujourd’hui.
On retrouve quelques abuguna au Kapka et un autre au Kobé, en la
personne du chef de village d’arbok (Arbadjak des cartes). Quelques-
uns se seraient enfuis au divoy ot ils fondérent le clan anguRa (v. p. IIT,
tes),
3. Les bidi. — Sur la montagne geti vivaient les b7d71. A Varrivée
d’Abdullay Boru, ils seraient partis vers le sud sous la conduite de
leur chef l’agzd Koylo. A trois kilométres au sud-est de hiRi-ba, nous
avons retrouvé sur la montagne getz, les ruines du village autrefois
occupé par les brdt.
4. Les «mogu. — Sur la montagne darbara étaient rassemblés les
zmogu. De nos jours ils habitent les villages situés au pied ou non loin
de la montagne : saren, debbi, nogo-ba (v. p. 67).
5. Les kivagwiRa. — Sur la montagne kiragwi il y avait peut-étre
les kiragwika. L’informateur incline 4 penser qu’ils sont arrivés en
méme temps que les ayu, mais les kivagwiRa, eux, se prétendent
autochtones (v. p. 51). Aujourd’hui ils sont encore groupés dans la
région s’étendant autour de kivagwi.
1. Une population du méme nom est citée par Ani L-Fipa’, Géographie,
(e INL, jos BES.
LES KOBE ay
6. Les birgineRa. — Ils habitaient sur la montagne birgini, prés
de taRya. Leur clan semble éteint aujourd’hui.
7. Les gude. — Ils étaient rassemblés dans la région de nanu
(v. p. 55). Ils s’installérent par la suite dans la région d’argagoni et
en pays diroy (v. p. 108).
8. Le we. — Enfin dans les montagnes du pays de we, les inatoyRa
commandaient aux maydiRa, aux nogorguneRa, aux tolyaRa et aux
dimir, clans dont nous n’avons pas retrouvé de trace en dehors de celle
fugitive des nogorguneRa.
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Chaque clan avait son village aux maisons de pierres, édifiées sur
le flanc ou au sommet des montagnes, et son chef, qui était en méme
temps chef du village. Certains, tels les mira (dont il est dit qu’ils
possédaient une timbale : diver), les abuguna, les inatoyRa, se
subordonnaient les clans voisins. Un clan comprenait peu de mem-
bres, et l’on peut facilement imaginer que les luttes incessantes, entre
eux et contre les envahisseurs, ainsi que les famines, aient pu en faire
disparaitre un grand nombre ou les réduire a quelques individus.
En dehors des montagnes refuges et de leurs abords le pays était
vide d’habitants. Aujourd’hui les villages zaghawa sont dispersés dans
tout le pays, les clans éparpillés, et il ne reste plus sur les sommets
que les ruines des anciens villages abandonnés.
D’autres informateurs, en particulier plusieurs vieillards rencon-
trés au village de tevi-ba, voyaient dans les mira et les autres clans
qui leur sont associés une premiére vague d’envahisseurs. Pour eux,
les autochtones étaient les myoRio et les bidi, déja cités par l’abbo
Bahr et le sultan Abderaman, auxquels ils ajoutaient les tudukurge
et les habayge}.
Il ne reste aucune trace de ces clans. On dit qu’ « ils ressemblaient
aux tungur ». Les tumuli de pierres édifiés sur les sommets des mon-
tagnes seraient encore plus anciens. Ils sont parfois attribués aux
tungur. Is se nomment belinyolut?.
Le premier acte politique d’A bdullay Boru fut de s’allier aux mira.
Possesseur de la timbale, Boru était désormais le chef des quelques
clans groupés autour de mir. Loin d’éliminer les mura, il les associa
étroitement & son commandement en donnant 4 leur chef la fonction
de takanyon (ou taganyaw). C’est la plus haute dignité apres celle de
chef (ina), aujourd’hui apres celle de sultan.
Le takanyon vit auprés du chef, le seconde et commande en son
absence. C’est en quelque sorte son lieutenant. D’apres l’abbo Mahamat,
le takanyon habite avec le sultan, mange avec lui et le précéde lorsqu’il
se déplace. C’est lui qui recoit les plaintes et les requétes et qui juge
toute infraction commise par un ayw. Seul le clan mira fournit les
takanyon.
Aujourd’hui, il n’y a plus de takanyon en pays zaghawa. Le dernier,
nommé Gire, vit toujours, mais 4 cause de son grand age il a renoncé
4 ses fonctions. Le sultan Abderaman pour le remplacer a pris comme
représentant un membre du clan sanaila. Il porte le titre de « kalifa »
et non celui de takanyon réservé aux seuls mira’. .
L’alliance politique fut renforcée par une alliance matrimoniale.
D’aprés l’abbo Bahr, Abdullay Boru donna sa sceur Wa en mariage a
un Mira du nom d’Asmainz?.
Abdullay, enfin, ne s’installa pas au village de mir, mais sur la
montagne Kobé, voisine de Mir. Les deux hauteurs forment un méme
A. LES FAITS
danses s’organisent ; les femmes du village sont encore la, elles bran-
dissent des vanneries, des éventails en plumes d’autruche, des chasse-
mouches en queue de girafe; les hommes agitent des batons, des
sabres ou des couteaux de jet. La danse finie, les timbales sont recou-
vertes d’un drap et le cortége se met en route vers Koba.
On ne s’arréte nulle part ; de loin en loin, on fait galoper les chevaux
et les chameaux.
Pendant ce temps, la chamelle destinée au sacrifice est conduite
4 l’abri des regards, a travers la brousse, hors des pistes et des sentiers.
Le chef du clan twbugi la méne, accompagné de son fils, de son frére
ou a défaut d’un homme de n’importe quel clan excepté de celui des
ayu. C’est une chamelle pleine de six a sept mois.
_ Vers midi, le cortége royal arrive dans le ouadi Koba, ou un cam-
pement a été installé 4 l’est du puits. Les gens des villages voisins
apportent de la viande et de la polenta de mil. Tout le monde se repose,
mange et s’amuse ; les femmes viennent danser.
Au début de l’aprés-midi du deuxiéme jour, la troupe quitte le
ouadi Koba pour se diriger vers le ouadi eve-ba (non loin de la montagne
gelt), afin d’y passer la nuit.
Au matin du troisiéme jour, le sultan part a cheval avec une
dizaine de personnes (n’appartenant pas au clan ayu) vers un endroit
dénommé gubba (cf. ar. cl. : gubba). C’est un espace délimité par des
pierres avec, au centre, deux pierres plus grosses.
Pour le kamini Diki et les gens de Koba, ce serait le tombeau de
Boru. Pour labbo Bahr, ce serait le tombeau de lima Kwore, un des
descendants de Boru, le cinquiéme chef ayu a la téte du Kobé; il
donna naissance a4 la branche ainée des neuf sous-clans ayu : celui
des ayu geyRa. A cet endroit le sultan tue de sa main une brebis ; le
sang coule sur le sable ; un neveu utérin fait rétir la viande que l’on
consomme sur place. Aucun morceau de viande n’est déposé sur la
tombe, mais seulement quelques boules crues de farine de mil et
quelques dattes sont placées tout autour de l’enceinte!.
a) L’immolation de la chamelle.
Le sultan prend une lance a large fer’, apportée par un de ses
serviteurs ; il la saisit le plus prés possible du fer ; derriére lui trois
de ses neveux utérins : un kivegu, un tubugi et un mira‘ tiennent
également la hampe de la lance. Ils l’enfoncent dans le cou de la cha-
melle dont la téte est tournée vers l’est. Le sang coule sur la dalle.
On récite la formule rituelle :
us avabbana barka neki
iRu bi kisine teki
baga hile tekt
dav kuro amvrigine tekt
1. gabak est un terme d’usage local pour désigner une étroite bande de coton-
nade blanche tissée par les indigénes ; cf. CARBOU, op. cit., p. 197, 1. 11-12. Le
tubugi conserve le morceau de gabak ; il s’en fera un turban.
2. D’aprés l’abbo Bahr, nous l’avons vu, l’unique puits du pays kobé, celui
du ouadi Koba, était la propriété des tuve. Or nous savons qu’en pays zaghawa
le travail de puisatier est réservé aux forgerons ou a des clans assimilés et confon-
dus dans le méme mépris. Le clan ture serait l'un d’eux. Son nom, qui signifie
« singe » en langue zaghawa, le désigne comme occupant le bas de la hiérarchie
clanique. D’apres le kamini Suleyman, s’il ne se trouvait aucun fuve pour tenir
la queue de la chamelle, un tubugi pourrait prendre sa place.
3. Les chameaux sont toujours égorgés avec une lance a large fer que l’on
nous désigna sous le nom arabe (?) de kayar.
4. Les gens de Koba et le kamini Suleyman ajoutérent un sanala. D’aprés
le kamini Diki, la participation des sanala au rituel serait une innovation du
sultan Haggar voulant honorer le clan de sa mére Noro, C’est également aux
sanala que fit appel le sultan Abderaman pour lui fournir un kalifa (voir p. 32).
5. us nous a été donné comme équivalent ala formule inaugurale musulmane
bismillah (un de nos informateurs traduit «courage! ») ; dans avabbana, on recon-
nait sans peine la forme arabe empruntée et donnée comme telle par les informa-
teurs ; le nom proprement zaghawa de Dieu est iRu.
LES KOBE 41
b) L’extraction du fetus.
Aussit6t aprés, le miva prend son couteau et, en se cachant sous
une étoffe, ouvre le ventre de la chamelle pour en extraire le foetus.
Il lenveloppe immédiatement dans le tissu, car personne ne doit le
, ° , . . .
voir.
c) Le nte du sang.
Le sultan s’approche alors du sang répandu. Il y trempe les pieds
puis les mains, en mettant chaque fois du sang sur ses ongles. Les
neveux utérins qui ont participé a limmolation s’avancent a leur tour
et font de méme!. Le sang est ensuite brilé sous un feu de bois.
d) Le partage de la viande.
La béte est partagée sans avoir été dépouillée. La description du
partage me fut faite de plusieurs facons sensiblement différentes.
Voici le récitdu kamini Suleyman et des gens du village de Koba,
noté au cours de l’ascension de la montagne. Une des deux cuisses
revient aux mira, l'autre aux kivegu. Les tubugi recoivent |’échine
avec les filets jusqu’aux reins compris, ainsi que la téte et le cou; la
queue revient aux ture. Les sanala recoivent une des deux épaules?,
Vautre est donnée pour tous les gens participant a la féte, sans attribu-
tion précise. Les neveux utérins ont le coeur, le foie, une céte et une
partie de la bosse. Un peu de la bosse a été auparavant prélevé par un
des neveux utérins et sera plus tard porté en offrande sur un autel
situé au sommet de la dalle ainsi que quatre cétes. Le reste de la bosse
est destiné aux femmes et aux sceurs du sultan restées dans le village
de Ha-Kobé.
Les versions données par l’abbo Bahr, le kamini Diki et le chef
du village de Téri-ba présentent quelques divergences.
Tous sont d’accord sur trois points importants : place prépondé-
rante des mira (anciens maitres du sol) qui, les premiers servis, regoivent
une cuisse?; attribution significative aux twbugi et aux ture de la
partie de la chamelle avec laquelle ils ont été en contact.
Seuls Suleyman et Diki, qui sont des kivegu, mentionnent l’attri-
1. Cette onction de sang par les auteurs du sacrifice seulement n’a rien
d’inattendu ; cf. HuBERT et Mauss, « Essai sur le sacrifice », p. 47.
2. Le kamini Suleyman et les villageois de Koba qui nous accompagnaient
sur la montagne étaient tous des hommes assez jeunes, d’une quarantaine
d’années tout au plus. Leur mémoire n’a conservé sans doute que le souvenir
des derniers sacrifices. Aussi font-ils intervenir les sanala (v. p. 40, n. 4).
3. Ce serait pour commémorer l’acquisition du diyer du chef mira par Boru,
en échange de la cuisse d’éléphant.
4
42 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
Quant aux sanala il semble que le privilege qui leur est attribué
de recevoir une épaule, constitue une innovation. D’aprés Diki, aupa-
ravant les deux épaules de la béte faisaient l’objet d’un partage général.
L’abbo Bahr ajoute une précision qui souligne l’opposition déja signalée
entre célibataires et mariés :
« Une épaule est partagée par le takanyon entre les célibataires, l’autre est
attribuée aux autres participants. »
6. Le retour.
des morceaux de choix : foie, coeur, une céte, un peu de la bosse. Sur
eux repose la charge d’accomplir le moment supréme du rituel. Seuls
4 avoir vu le foetus, ils le transportent au sommet de la montagne, et
le précipitent dans le « gouffre » sacré avec le cérémonial requis.
*
*
*
*
Seuls les sultans (celui du kobé et celui du kapka, cf. p. 83) peuvent
se permettre les frais d’un tel sacrifice. Dans le cas du sultan kobé,
Vhypothése, que nous avons formulée plus haut, des ayu obtenant
des miva quwils leur abandonnent l’hégémonie, et affirmant leur mai-
trise sur le pays par un sacrifice inspiré de celui du chef des mira (en
tant que chef des Kobé) permet une explication : du moment que le
chef des mira sacrifiait une vache, il convenait que le chef supréme
fasse le sacrifice d’un animal plus rare et plus estimé.
Peut-on voir dans le sacrifice de la chamelle pleine des Zaghawa,
le substitut d’un sacrifice humain ? Aucune information recueillie
jusqu’a ce jour en pays zaghawa ne nous permet de dire que de tels
sacrifices aient existé. Toutefois des sacrifices humains avaient lieu
sur la montagne sacrée, proche de Wara, capitale des sultans wad-
dayens (cf. p. 178).
*
* OK
it. D apres un vieil informateur kige, les faki auraient été disposés a assister
au sacrifice, mais les vieux Zaghawa, conservateurs de la tradition, n’auraient
pas voulu de leur présence.
LES KOBE 49
pas pu en apprendre davantage. Je ne sais rien sur un sacrifice pos-
sible des ture, maitres de l’eau. L’enquéte n’a pas porté sur les clans
complétement éteints aujourd’hui.
A. LES KIREGU
1. J’ai déja mentionné le kamini Diki comme informateur (v. pp. 25 et 26).
2. Auparavant, il y avait peut-étre les tungur, «des hommes qui ont édifié
des tombes de pierre pour enterrer leurs morts avec leurs bagages ».
50 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
mier fut destitué par le sultan Haggar et remplacé par Suleyman. Par
la suite Diki fut réintégré dans ses fonctions par le sultan Abderaman.
Chaque année, avant les pluies, le chef du clan hiregu se rendait
sur la montagne twRuya ou tuRiya, au nord de koba, pour y égorger
une chévre grise et une brebis grise, pleines de trois ou quatre mois.
Le sacrifice avait lieu au pied de la montagne. Le kamini, au nom des
seuls kivegu, égorgeait les bétes avec son propre couteau. Les victimes
étaient aussit6t dépouillées et découpées, et des morceaux de viande
prélevés sur les quatre membres, lintestin, l’estomac, le foie et le
Coens
Pendant que des hommes faisaient rétir la viande au pied de la
montagne!, un neveu utérin du kamini gravissait la pente en empor-
tant dans une corbeille les petits morceaux de viande, du mil en cours
de maltage dans une poterie? et, 4 la main, les foetus non enveloppés.
Le contenu de la corbeille et celui de la poterie étaient versés
dans un trou qui se trouve au sommet de la montagne ; les foetus
étaient jetés dans un trou voisin.
Le kamini Diki a exécuté plus de huit fois ce sacrifice, puis l’a
abandonné a l’exemple du sultan Abderaman « puisque le sultan y
renonc¢ait, il fallait nous aussi y renoncer ». Cela faisait plus de dix ans
en 1957. Cependant, depuis lors, les gens de Koba tuent chaque année
une brebis auprés du puits de koba, dans le but d’obtenir la pluie.
Le schéma de ce sacrifice est tout a fait semblable a celui de
Ha-Kobé.
B. LES TUBUGI
1. Ils apportaient avec eux du sel et du piment. Mais pas de biére de mil,
car ce n’est pas bien de boire durant un sacrifice. Les participants boivent de
VYeau avant de quitter le village et lorsqu’ils rentrent chez eux.
2. La préparation a été faite au village par la femme du kamint. Elle consiste
en une polenta de mil séchée au soleil, émiettée et mélangée a de la farine de
mil germé. Le tout arrosé d’eau est mis 4 fermenter dans une poterie. Offrande
d’une béte pleine, offrande du mil avec son germe : ne peut-on y voir le méme
symbolisme ?
LES KOBE 51
femme kiregu ou mira et réciproquement. Maintenant ils s’allient a
n’importe quel autre clan.
Le sacrifice des tubwgi pour demander la pluie a lieu sur une mon-
tagne au sud-est de l’ouadi terio. La, devant l’entrée d’une grotte
(guRz), le chef immole une béte prélevée sur son troupeau. Les infor-
mateurs ne sont pas d’accord : pour les uns l’animal sacrifié est une
brebis, pour les autres c’est un mouton noir. Ils ne connaissaient pas
la nature des offrandes.
A. LES KIRAGWIRA
ae
Les femmes font des onctions de beurre sur les pierres alentour.
Puis, en un endroit nommé boyir, le chef des kivagwiRa sacrifie le
boeuf prélevé sur son propre troupeau.
ev-guru bo tebine
gwe tegey
se
*
B. LES NAURA
Un court séjour parmi les nawRa dans la région des ouadi nanu et
MtRi-ba ainsi qu’au village d’ebirguli m’a permis de prendre contact
avec de nombreux membres de ce clan. Par la suite les informations
furent revues, complétées, augmentées ou contredites par d’autres
informateurs dont les plus marquants furent Bagari abu Gelabie,
Abakar Itinen et le mogdum Fodul, déja cité (v. p. 26).
Bagari abu Gelabie était un nauRa martibeRa, trés Agé (80 ans ?).
Sa réputation d’homme connaissant le mieux l’histoire et les coutumes
de son pays était prometteuse. En réalité son grand age et son état
de faiblesse faisaient de lui un informateur assez irrégulier. Toutefois
nous lui sommes trés reconnaissants d’étre venu vivre quelques jours
avec nous et d’avoir toujours accueilli nos questions avec beaucoup
de patience.
Abakar Itinen était également un nauka. I] rejoignit notre groupe
durant nos conversations avec Bagari et intervint trés fréquemment.
C’était un homme d’une quarantaine d’années.
Les informateurs de la région de manu nous décrivirent surtout
les sacrifices accomplis dans le ouadi manu. Bagari, Abakar et le
mogdum Fodul essayérent en outre de retracer l'histoire des nauka.
I. Origines.
Idris
| .
: i / | |
11. KiRap 12. Hinawi 14. Sawa Nioi
| |
16. Margi I5. Sitti
17. Abderaman**
*
* OK
Tous les ans, un peu avant la saison des pluies, c’est-a-dire vers
juin-juillet, le chef du clan nauwRa se rend dans le ouadi manu pour
demander la pluie a la divinité. I] se dirige vers un endroit nommé ina-
tagult ou teguli!, a proximité du puits de tara (ba-tara). La, se trouve
un énorme acacia que les Zaghawa nomment fel”.
D’aprés Bagari abu Gelabie, il y aurait deux vieilles pierres 4 moudre
le mil (soguru) de chaque coté de l’arbre. Une a l’ouest, destinée a
recevoir les offrandes des nauRa, l’autre a lest, destinée a recevoir
celle des borsu. Les nauRa interrogés a ebirguli parlerent d’une seule
pierre que l’on place devant l’arbre sur un petit tas de sable, au
moment du sacrifice, pour y déposer les offrandes. Abakar Itinen
enfin mentionna également une seule pierre mais signala que le tronc
de l’acacia offrait deux ramifications partant du sol. L’une destinée
aux offrandes des nauRa, l'autre a celles des borsu.
Quoi qu'il en soit, la participation des borsw au sacrifice des nauRa
n’est pas contestée.
pourrait les faire. Lorsque la viande est rétie, les membres du clan
borsu font, de leur cété, des onctions de beurre sur la partie de l’arbre
qui leur est réservée.
Des offrandes de dattes, de gye et de boules de farine de mil pétrie
avec de l’eau sont déposées sur la pierre. Puis les brochettes de viande
sont a leur tour transportées sur la pierre.
Les participants viennent en groupe prendre ce qu’ils désirent,
pour le manger sur place, en ayant soin de laisser sur chacun des bois
un petit morceau de viande. L’estomac, la téte et les quatre pattes
des victimes sont ramenés au village. Les deux peaux reviennent aux
neveux utérins.
L’informateur éluda toutes les questions portant sur le sort et la
destination des foetus, bien qu’il ait précisé que les victimes étaient
des bétes pleines de deux ou trois mois.
Le rituel décrit par Abakar Itinen n’était abandonné que depuis
deux ou trois ans en 1957.
Quelques renseignements fragmentaires fournis par le vieux Bagari,
notre troisiéme source, semblent révéler une étape encore plus ancienne
du sacrifice nauRa. Lors de l’énumération des bétes sacrifiées, il ajouta
a la vache, a la brebis et a la chévre, un taureau gris et spécifia : «il y
a bien longtemps ».
Il insista également sur les deux vieilles pierres a moudre le mil,
placées de chaque cété de l’acacia : une a l’ouest pour les nauka, une
a l’est pour les borsu. Mais si les borsu participaient au sacrifice par
Vintermédiaire des mauRa, seuls ces derniers et leurs neveux utérins
étaient les sacrificateurs.
Un seul chef borsu fit une fois le sacrifice de la vache. Cela se passait
au temps d’Abderaman Firti, sultan des Kobé (1887-1912). L’ina Ali
était alors chef des borsu et Vina Heriga chef des nauka. Lorsque
Vina Ali voulut se rendre a ina taguli pour sacrifier la vache, les nauka
s’y opposérent. Il chercha appui et renfort auprés d’Abderaman Firti.
Ce dernier l’aida, envoya ses hommes et l’ima Ali sacrifia la vache
grise.
Cet essai d’élimination des nawRa en tant que sacrificateurs, donc
en tant que chefs, était déja une premiére atteinte a l’intégrité du
rituel.
as
1. Souvent la poignée de dattes est volée par des petits bergers. Cela n’est
pas répréhensible, mais considéré au contraire comme un bon présage.
LES KOBE 63
C. Les weRA
Dans le nord du pays zaghawa, les weRa formaient eux aussi une
chefferie indépendante, a l’ouest de celle de nanu. C’était le pays de
we appelé kerkur nuren par les « Arabes ». C’est au puits de iga que les
weRa s’approvisionnaient en eau.
En 1914, le we passa en méme temps que les chefferies de kivagwt
et de nanu, sous l’autorité de Haggar, sultan des kobé.
Les renseignements obtenus sur les weRa le furent au cours de
Yenquéte menée sur les nauRa, comme une sorte de contrepoint.
L’éloignement et les difficultés d’accés du we ne nous ont pas permis
de nous y rendre. Mais J. Tubiana, au cours d’un séjour au guruf, y a
retrouvé une partie des weRa, réfugiés dans ce Canton il y a fort
longtemps (v. p. 12g) et a pu enrichir nos informations.
1. Onigines.
D’apreés le mogdum Fodul, Varrivée des weRa est liée a celle des
nauka (v. p. 53). Cest Stboro, fils de Sun-ter', qui, arrivant dans le we,
le trouva inhabité?. I] s’y installa, fondant ainsi le clan weRa.
Le nom méme de weRa peut donner lieu 4 un jeu de mots : we
désigne le pou en zaghawa ; weRa veut donc a la fois dire « les habi-
tants du pays de we » et «les gens du pou » ou mieux « les pouilleux »,
Or les weRa ne tuent pas les poux ; pour les uns, c’est parce que leur
« grand-mére » était couverte de poux ; pour d’autres, parce que leur
« grand-pére » (peut-étre Siboro 7) décida, lorsqu’il arriva dans le we,
seul homme en compagnie de femmes, que désormais il n’écraserait
plus de poux entre ses ongles mais donnerait ses vétements a épouiller
a ses sceurs. Depuis ce jour un weRka marié se fait épouiller par sa
femme, un célibataire par sa mére ou sa sceur ; cette derniére, étant
elle-méme weRa, se contente d’enlever les poux sans les tuer.
La légende a conservé le souvenir de Szboro. Il parlait, dit-on, le
langage des oiseaux et, durant la saison séche, allait boire aux mémes
points d’eau que les animaux sauvages. Est-ce le méme personnage
que met en scéne un conte zaghawa ? Siboro y comprend les conver-
sations des chameaux et des vaches?*.
Le village du chef était kardaRa-bye, « la maison des kardaRa ».
1. Voir p. 56 la tradition ot: Sun-ter est donné comme l’ancétre des nauRa.
2. Le pays aurait peut-étre été, auparavant, habité par les tungur.
3. M.-J. et J. Tupiana, Contes zaghawa, p. 103. Le theme de l’enfant compre-
nant le langage des animaux se retrouve dans le folklore arabe (‘Abd al qadir
al-#ilani, Kalila wa-Dimna, etc.) et indo-européen (Stith THompson, B. 216).
64 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
TaCtsp: 55.
2. « Le puits gris », er : « gris », ba : « puits ».
3. La position des borsu semble quelque peu différente de celle des arna et
des toduva, comme le montre leur place dans le sacrifice du ouadi nanu (v. p. 58).
4. Sur le fait d’avoir des boutons lorsqu’on enfreint un interdit ou lorsqu’on
n’accomplit pas un veeu, cf. W. Marcais, Les textes avabes de Takvotna, Pp. 293.
LES KOBE 65
contré un ava en cours de route. L’Ane a eu peur de cet ava, il a fait un bond et
le vieux est tombé ; en tombant, il a retrouvé la vue (il a ouvert les yeux), alors
qu’auparavant il était aveugle. Depuis ce temps-la, ils ne mangent pas le ara et
ils ne montent pas sur les anes parce qu’ils leur ont fait du bien »!.
Pour Abdullay Idris les gens qui avaient cet interdit étaient les
nauRa, les weRa et les kardaRa. Il ne mentionna pas les arna, les borsu
et les todura ; mais il cita les nogorguneRa et les bauRa?.
A Sziboro succéda son fils Hamdalla (Abdallah) dont le souvenir
est aussi conservé dans la légende. Personnage cruel, dont la mort
seule mit fin aux extravagances. Un récit recueilli au Guruf auprés des
chefs de village de ce Canton, confirmé et augmenté par Abdullay
Idris, a déja été publié*. Nous nous contenterons ici d’en donner les
principaux épisodes.
« Au lieu de fermer sa maison avec de grosses biiches posées en travers de la
porte, comme c’est l’usage, il empilait des hommes les uns sur les autres... A ses
serviteurs kavdaRa chargés de chasser les oiseaux qui venaient picorer les fruits
sur les arbres, il faisait prendre de l’eau dans la bouche et la garder toute la
journée. Les nogorguneRa devaient jour et nuit écarter des ordures du village
les chiens et les bétes sauvages.
Le forgeron devait en une journée tuer sept moutons, manger leur viande,
tanner leur peau, les coudre et en confectionner une couverture pour Hamdalla.
Tl ordonna de tuer sa mere, et fit mettre 4 mort les serviteurs qui n’avaient pas
exécuté son ordre.
Ses fils devaient aller 4 pied aux salines de demi chercher du sel et le rapporter
sur leur dos.
Un jour sa femme lui fit boire de la biére en grande quantité et mit le feu
a la maison. Aprés avoir tué d’un seul coup de sabre six esclaves et un chien
qui étaient sur son passage, il mourut. Quand un weRa passe prés de sa tombe
un vent se léve. L’homme s’enfuit ».
Hamdalla
Geheman
|
Saleh
|
A |
Siro Digo
|
Ahmat
|
Ibrahim
|
Isa
|
Ahmat
Sur les sacrifices faits au pays de we, nos informations sont trés
ténues. D’aprés le mogdum Fodul une vache grise était immolée a un
endroit nommé ebili. L’est-elle toujours ? ou ce sacrifice fut-il lui
aussi abandonné, et dans ce cas a quelle époque ? Nous ne pouvons
le préciser.
Par contre les informateurs wea interrogés au Guruf nous ont
décrit les rites exécutés dans ce Canton par les weRa. Nous y revien-
drons plus loin (v. p. 132).
A. LES IMOGU
I. Origines.
leur chameau d’un méme feu : le mamur (arc en cuivre), sur la joue
de l’animal.
De Hadir et de sa femme weRa serait né le premier chef zmogu :
Hasir, Vancétre de notre informateur.
Hasir
Nosur ee
mae
ina Sogar
narama
Hatim
* « Nosuy aux grandes oreilles ».
** « Petit chef ».
2. Interdits.
3. La danse imo-kurun.
* %*
Chez les Bideyat bilia, les wvaRa aussi ont des liens avec l’autruche,
semblables 4 ceux des imogu et des korfu-kediRa.
« Les Ouralas ne mangent pas la viande d’autruche (11mé), la légende disant
qu’un de leurs ancétres fut capturé par des Arabes qui le conduisirent 4 Arada,
d’ou il réussit a s’échapper. Arrivé au Mortcha, assoiffé, exténué, il se coucha
ne pouvant poursuivre sa route. Tout a coup il vit une autruche accroupie, s’en
approcha et la monta jusqu’a Archei ow il fut sauvé, ayant trouvé de l’eau en
abondance »?,
Tie, JAN nogo-ba, le mariage ne dura qu’un jour parce qu’il n’y avait
pas assez
de nourriture pour entretenir les invités pendant deux jours (cf.
le film : Danses
zaghawa, signalé p. 37, n. 3).
2. Dias, « Apergu sur les Bilia », ms. Archives F ada, p.
21.
LES KOBE PE
Les kodura, qui sont également des bilia, ont le méme interdit de
l’autruche. Ils racontent une histoire semblable ; elle serait arrivée
a un de leurs ancétres, nommé Gert.
Chez les Téda du Tibesti les tevintera ne tuent pas, ne mangent et
ne touchent pas l’autruche, leur ancétre Kodor Mahmaini ayant été
sauvé par une autruche.
De méme chez les Mourdia, habitants de la dépression du Mourdi,
dont l’ancétre Mahmai pourrait étre apparenté a celui du clan Terin-
tera. La aussi, l’autruche conduit l’homme assoiffé vers un endroit
habité!.
*
*
1. Chaque fois qu’un chef était investi, le sultan lui donnait un « boubou ».
Au chef des imogu il donnait en plus le pantalon, le turban et le vétement noir
dont nous venons de parler.
2. Sans doute le ‘Id as-saghiy ou ‘Id al-Fitr considéré au Soudan comme la
plus grande féte; cf. TRrImincuHaM, Islam in the Sudan, p. 124.
LES KOBE 73
La béte sacrifiée est rétie et mangée sur place. Les restes sont rame-
nés au village ainsi qu’une part de viande destinée aux femmes et au
faki. Fait remarquable : si le faki s’abstenait d’assister au sacrifice
1. saven fait partie du territoire de nogo-ba. C’est dans ce village que vit
Hatim yavama, |e chef du clan imogu.
2. L’informateur fait ici allusion au sacrifice de la chévre pleine.
3. Peut-étre des meules dormantes provenant des ruines de darba ?
74 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
B. LES DENIRA
Les deniRa sont « les gens du serpent »1. Ils vivent au nord-ouest
du pays kobé, au sud du we. Leur habitat est la montagne dent.
1. Origines.
D’aprés Gavim Haggar, un dentRa rencontré au village d’adya-be
(Kapka), ils sont établis 1a depuis fort longtemps mais seraient origi-
naires de la région d’El-Fasher. Leur alliance avec le serpent et aussi
avec le lion est trés ancienne, et aucun deniRa n’en ignore la raison.
Un jour leur « grand-mére » a mis quatre enfants au monde. L’un
était un lion (sura), l'autre un serpent (denz), le troisieme une petite
pierre a écraser le mil (agemz), le quatrieme leur ancétre. La femme a
conservé la pierre dans sa maison pour écraser son grain, le serpent
est allé vivre sur la montagne denz et le lion est parti dans la brousse.
Depuis ce jour, les denitRa ne tuent pas les serpents et ne sont pas
mordus par eux. Lorsqu’un serpent pénetre dans l’habitation d’un
dentRa, ce dernier lui fait une libation de sel et de farine de mil?.
Depuis ce temps également, les deniRa ne tuent pas les lions. Ces
derniers épargnérent les troupeaux et leurs gardiens, jusqu’au jour
ou les deniRa essayérent de berner le lion.
1. De dent : « serpent », et -Ra : suffixe de formation des ethniques.
2. Des faits analogues ont été signalés en pays Nuer, chez des clans d’origine
Dinka, par Evans-Pritchard : « Those I have asked about their totemic affiliation
have told me that a python was born as twin to their ancestor... All Nuer
say that if any snake enters the homestead of a man who respects that species
he will offer it milk and rub its scale with butter » (Nuer Religion, p. 68).
LES KOBE 75
Chaque fois que les deniRa faisaient un sacrifice sur la montagne
dent, ils abandonnaient un gigot au lion!. Un jour, aprés avoir fait le
sacrifice ils ne laissérent qu’une épaule au lion. Lorsqu’il vint pour
prendre sa part et qu'il s’apercut de cela, le lion pleura, urina sur la
viande et regagna la brousse furieux. Dés lors, pour se venger, le lion
s'attaque aux troupeaux des deniRa, mais il épargne toujours les
hommes. Les deniRa de leur cété ne tuent jamais un lion.
Tous les ans, peu de temps avant les pluies, les deniRa et eux seuls,
a l’exclusion de tout membre d’autre clan, se rendent sur la montagne
dent. A Vemplacement de l’ancien village de deni, aujourd’hui en
ruines, ils immolent une chévre blanche. Deux anneaux de peau sont
découpés sur le cou de la chévre ; le chef de clan en passe un au poignet
droit, autre a la cheville gauche.
Il est remarquable qu’un rite semblable prenne place lors de la
naissance de jumeaux. Le pére, apres avoir immolé une chévre, découpe
une laniére dans la peau de la victime et l’attache au poignet du pre-
mier-né ; puis il en découpe une autre qu'il attache a la cheville du
deuxieme. Les deux enfants conservent les bracelets jusqu’a l’age de
deux ans, puis les jettent. Parfois ce sont des bracelets de fer : au
poignet gauche du premier-né, a la cheville gauche du deuxiéme.
Ici les deux anneaux en peau sont portés par le chef de clan. Sa
position par rapport au serpent est effectivement celle d’un frére
jumeau.
Les offrandes sont de petits morceaux de viande prélevés sur chaque
partie de la victime. On en confectionne quatre brochettes que l’on
pose sur un gros bloc de pierre qui porte le nom de ha-manda « pierre
manda ». Pendant le sacrifice le lion vient, on lui donne un gigot.
D’aprés le méme informateur ce sacrifice aurait encore lieu de nos
jours. Notre enquéte datant de la fin du mois d’aott, il était trop tard
pour chercher a y assister.
ts
LES KAPKA
I. — GENERALITES
A. L’ENQUETE
B. LE CADRE HISTORIQUE
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(2904-1105
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80 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
1. Dans une « Notice historique » inédite « sur les Zaghawa kabga », écrite
en 1926, A. J. ARKELL avait déja signalé une tradition équivalente : « Ahmet
el-kabjoui [kabgawi ?] est venu avec la tribu de El kaaba [?] a la Mecque
puis s’installa avec la tribu au Djebel kabga (a l’ouest du Dar kobbé). Les Kabga
prétendent étre des Arabes issus de la méme race que les Arabes khazam (ou
khozzam)... » (cité par L. BERR», « Essai sur les Dadjo », pp. 6 et 7). Sur les Arabes
khozzam, voir notamment : MacMicHaEt, A history of the Arabs, 2, I, p. 277;
CaRBOU, La Région du Tchad, I, p. 51 ; LE Rouvreur, Sahariens et Sahéliens,
p. 314. Ils nomadisent actuellement entre Ati, Bokoro et Massakori.
2. M. GAUDEFROY-DEMOMBYNES, Mahomet, p. 532.
3. Au cours d’une communication au ret Congrés International des Africa-
nistes, a Accra, M. Amadou Hampaté Ba a fait état de la découverte d’un Coran
enterré dans un village paien.
4. Ne peut-on voir dans cette remise d’une timbale royale la trace de la
reconnaissance du sultan du Kapka par le sultan du Wadday ?
5. Ancienne capitale des sultans du Wadday, fondée par Abd al-Karim;
cf. M.-J. Tuprana, « Un document inédit... », pp. 65-66.
LES KAPKA 81
**
* OK
Des six fils de Mahamat el-kap Vainé Erus lui succéda comme sultan
et fonda le lignage des bigi kornosiRa. Nos deux informateurs l’abbo
Suleyman et Vabbo Nosur étaient des bigi kornosiRa.
Un autre fils fonda le lignage des bigi anaiRa ; un troisiéme celui
des Sezt-kabi : « les descendants de Seit ». Ces deux lignages fournirent
également des sultans (voir tableau VI).
Les trois autres fils s’éloignérent vers le nord, au-dela du pays kige,
et s’établirent chacun sur une montagne : l’un, sur eve, donna naissance
aux ereRa (v. p. 140) ; l'autre, sur eni-me, aux enimeRa (v. p. 123) ;
le troisiéme, sur darba, aux darbaRa (v. p. 140).
Au sultan Erus, succéda son fils Salami. Puis vinrent Bei, Nua,
Tardiy. Le sultan Tardiy nous est connu par une curieuse légende :
parti vers l’ouest monté sur une antilope, il serait l’ancétre des « Arabes
zaghawa » et peut-étre aussi des Zaghawa diroy}.
2. La période historique.
A. LES FAITS
2. L’immolation de la chamelle.
est passée autour du cou de la chamelle, une autre est enroulée autour
de la taille de la jeune femme.
Une deuxiéme relation permet de mieux situer le destinataire des
sacrifices. La priere dite sur la montagne Kobé était adressée 4 :Ru
(Dieu), que l’on m’a toujours donné comme synonyme d’Allah. Ici,
bien que je ne posséde pas le texte de la priére, l’informateur est
formel : elle s’adresse au manda qui habite la montagne ya. Le mot
manda, en langue bei (zaghawa et bideyat), désigne un génie généra-
lement protecteur, la montagne ow il habite et aussi une petite pierre
prise a cette montagne, et qui la représente, sous la protection de qui
on place ses biens et sa maison.
Ici le manda est un serpent qui réside sur la montagne. Le sacrifice
lui est visiblement destiné : sang et offrandes, y compris sans doute
aussi (et surtout) le foetus, qui est précipité dans un trou que l’on peut
concevoir comme la demeure de ce serpent.
A ce moment-la on peut légitimement se demander si le trou situé
au sommet de Ha-kobé n’est pas (ou n’a pas été) également cru étre
la demeure d’un serpent. Peut-étre le sacrifice de Ha-ya révéle-t-il
un état de choses plus ancien ?
Ce serpent manda est aussi un ancétre. En d’autres occasions on
l’invoque sous le nom de ev-guru « notre grand-pére », « notre ancétre ».
Ainsi lorsque les kapkaRa redoutaient une incursion ennemie, ils
envoyaient sur la montagne les neveux utérins de leur sultan. Les
neveux offraient du mil et du beurre et demandaient assistance? :
« ey-guru, chasse les bandits, nous t’apporterons un mouton »
(ou « une brebis », ou « un taureau »).
t. Les offrandes pouvaient étre faites sur une pierre prise a la montagne,
devant habitation des neveux utérins.
2. Le vent est une manifestation de colére de l’ancétre ; cf. également p. 65
le vent qui se léve lorsqu’un weRa passe prés du tombeau d’Hamdalla. Chez
les Berbéres les tourbillons de poussiére sont réputés causés par les jnoun (Basset,
Culte des grottes, p. 99).
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CHAPITRE III
LES KIGE
I. — GENERALITES
A. L’ENQUETE
1. L’eau de ce puits aurait rendu leurs dents noires. « Si un enfant boit conti-
nuellement de l’eau de ba-asi, lorsque ses deuxiémes dents poussent, elles sont
noires. Si c’est un homme qui se met a boire de cette eau, ses dents restent
blanches. » Cf. le surnom d’aba seniin (« les hommes aux dents ») donné par les
« Arabes » aux Kodoi a cause de leurs dents rougies par l’eau qu’ils boivent
(CarBou, Méthode..., p. 142).
LES KIGE 89
A. LES FAITS
1. La nomination a Abbéché.
t. Cf. diwan « impét (en général) » d’aprés BarTH, Reisen..., ITI, Pa5Sises
également diwdn « gift », LETHEM, p. 331.
2. A Vorigine le plat devait sans doute étre un bassin a laver les mains, en
Cuivre, associé a l’aiguiére. Lors d’une collecte de tessons de poterie et de perles
de verre dans les ruines du village de hala, nous avons ramassé un morceau de
faience qui provenait d’un (ou du dernier) de ces plats.
LES KIGE gI
Durant cette période l’ina se préoccupe de trouver les trois bétes
nécessaires au sacrifice : une chévre blanche et une brebis grise, pleines
d’un mois ou deux, et une vache « rouge ». Celle-ci ne doit pas étre
pleine ;peu importe qu’elle soit jeune ou vieille, pourvu qu'elle soit
grasse. Les deux autres victimes doivent étre également grasses. Si
l’ina ne posséde pas ces bétes dans son troupeau, il les achéte.
Le quinziéme jour, tous les gens du pays kige, a l’exception des
weyageRa, gardiens de la montagne kige!, viennent au-devant du chef
pour lui faire escorte. Pendant ce temps les weyageRa se rendent sur
les flancs de la montagne, au village de hala. Chacun porte un gros
baton sur son épaule. A hala, ils construisent un enclos ceinturé d’épi-
neux (ar. zeriba) et deux habitations en paille : une a l’intérieur de
la zériba pour l’ina, l'autre a l’extérieur pour sa garde.
L’ina arrive a cheval, escorté par une foule nombreuse. Les forge-
rons battent leur tambour de bois (egidi). Les femmes poussent des
you-yous et chantent. On ne bat pas la timbale du chef (diver).
a) Rites préliminaires.
Lorsque l’ina cherche a pénétrer a l’intérieur de la zériba, il trouve
lentrée fermée par les weyageRa qui, de leurs batons, lui barrent la
route. Ils ne le laisseront passer qu’aprés avoir obtenu la promesse de
recevoir la patte arriére de la vache du sacrifice et deux grandes
poteries pleines de biére de mil (guru, ar. merise).
Immeédiatement aprés, un des neveux utérins de l’7ma appartenant
au clan bigiaka égorge la chévre, a lintérieur de la zériba. L’ina
franchit le sang avec son cheval.
Puis ce méme neveu égorge la brebis? ; l’7ma franchit le sang de la
1. Un récit étiologique nous éclaire sur les relations existant entre kigela et
weyagela : les weyageRa auraient une origine tama. Partis de wugikiy au Tama,
ils se seraient installés 4 mardaniga un peu a l’est de seli-bow. La tradition rap-
porte qu’un jour ow le chef des Kigé était en train de faire battre sa timbale
(diyer), un weyageRa nommé Egime Donogi fit mettre du lait dans la cavité
d’une pierre plate, la recouvrit d’une demi-calebasse et se mit a taper dessus.
Cela faisait le méme bruit que la timbale du chef. Celui-ci l’entendit et envoya
sa garde arréter le weyagela. Il] refusa de se rendre auprés du chef. Les gardes
s’emparérent de lui et le trainérent par une jambe. Arrivé a seli-bow, il était
mort, Il fut enterré a cet endroit. Pour racheter le prix de son sang, ]’ina des
Kigé donna aux weyagela toute la terre qui se trouvait a l’est de la montagne
kigé et la charge d’étre les gardiens de cette montagne.
2. Lors du dernier sacrifice de Ha-kigé ce fut Giar Deregit qui sacrifia la
chévre et la brebis.
Q2 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
b) Le sacrifice de la vache.
Toujours a l’intérieur de la zériba, les weyageRa couchent la vache
sur le sol et lui attachent les pattes ; puis l’un d’eux va avertir l’sna
que tout est prét pour le sacrifice.
L’ina sort de son abri en paille et s'approche de la vache en imitant
un lion. Il avance 4 quatre pattes en rugissant, en faisant des bonds
et en remuant les bras. Lorsqu’il est a proximité de la vache, il la frappe
sur le dos. La vache crie. Les assistants crient pour effrayer le « lion ».
L’ina prend son couteau et égorge la vache tandis qu’un weyageRa
la tient par les cornes. Le chef franchit, a pied, le sang de l’animal
sacrifié. Cette fois-ci, il marche comme un homme.
Les femmes, qui n’ont pas le droit de pénétrer a l’intérieur de la
zériba, poussent des you-yous. L’ina se retire une fois de plus dans son
abri de paille et s’assoit avec majesté.
Le weyageRa qui a tenu les cornes de la vache la dépouille et pré-
léve pour lui et les siens la cuisse qui lui revient ; les cousins paternels
s’attribuent l’autre cuisse. Puis chacun viendra prendre un morceau
de l’animal et l’emportera avec lui.
Auparavant deux ou trois petits morceaux de viande ont été pré-
levés sur chaque partie de la victime et enfilés sur des brochettes.
Celles-ci sont, d’aprés quelques informateurs, au nombre de six pour
la vache, quatre pour la chévre et quatre pour la brebis — de trois en
tout (une pour chaque béte) d’aprés d’autres. Les chairs des différentes
bétes ne doivent pas étre mélées sur une méme brochette.
1. Le cheval peut, sans que cela ait d’importance, mettre ses sabots dans le
sang de la béte sacrifiée.
2. erbet = sura: «lion », giRi : « abri » ou « grotte ».
LES KIGE 93
Il porte au bras droit les deux bracelets ; la bague est passée a l’annu-
laire de la main droite. Il a mis son sabre a l’épaule gauche. Devant lui
se trouvent l’aiguiére et le plat de faience.
A sa gauche, contre la paroi rocheuse, sont appuyées les brochettes
de viande que les neveux utérins sont venus déposer dans l’abri, avant
Varrivée du chef.
Au bout d’une demi-heure environ, de petites bétes du nom de
akko1, « ressemblant a des écureuils », sont censées pénétrer dans l’abri
et manger les brochettes. Puis arrive le chef des serpents. I] est noir.
Sa téte blanche porte deux plumes d’autruche blanches. S’il approuve
le choix du nouveau chef, il tourne autour de lui, puis se couche a ses
cdotés. Si au contraire, il est mécontent, il gonfle ses joues et le chef
s’enfuit?.
Un chef qui n’est pas reconnu par le serpent (ou la montagne)
n’est pas mis a mort, mais doit étre remplacé. Par contre, un chef
agréé par le serpent ne pourra jamais étre destitué. On attendra sa
mort pour que son fils ou son frére lui succéde...
L’zna reste assis sur la pierre et mange dans l’abri une part de la
viande des sacrifices. Un garde lui apporte un morceau de la béte,
n’importe lequel. Devant lui se trouve une petite pierre ot il aiguise
son couteau. Des gens viennent s’asseoir dans une attitude respectueuse
et mangent aussi. Les os sont rassemblés devant l’entrée de l’abri.
On boit du merise préparé par les femmes de la famille du chef*. Tous
les gens qui viennent peuvent alors voir les akko et le serpent.
d) Les réjoutssances.
Le repas achevé, les danses commencent devant la porte de la
zériba. Elles durent trois jours.
La timbale en bois du chef (diver), placée habituellement dans
un abri sous roche nommé swidira, a l’entrée du village de hala, est
I. oggo en dialecte kobé, keykey (?) en arabe. « Les Zaghawa disent qu'il est
pourri parce qu’il pétarade sans cesse » (information de Zakaria Fodul). Ce serait
un lérot.
2. Ces renseignements nous furent fournis, a l’entrée méme de l’abri, par
Abakar Barga et par Giar Deregit. Quelques jours auparavant, lors d’une enquéte
faite au village sur le méme rituel, avec sensiblement les mémes informateurs
nous avions recueilli la version suivante : si la montagne agrée le choix de l’ina,
il ne se passe rien ; si elle n’est pas satisfaite, elle envoie un gros serpent qui fait
fuir Vina. ate
3. Lors de la premiére enquéte menée au village, on nous avait dit que Vina
quittait l’abri pour aller manger dans |’habitation située a l’intérieur de la zériba.
Le premier, il devait manger un peu de chaque animal, le premier boire du
meyvise.
Q4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
amenée auprés de la zériba. Posée sur une selle de chameau}, elle est
battue avec deux baguettes, par deux hommes de la garde de lina.
Elle est encore recouverte de sa vieille peau.
La premiére danse qui se forme est une sorte de danse guerriére,
nommée burbui?. Seuls les tambours des forgerons (egidi) peuvent
la battre. L’2va vétu de ses habits de chef danse le premier. II dirige
la danse. I] tient dans sa main le sabre donné par le sultan d’Abbéché.
Derriére lui tout le monde, hommes et femmes, danse : gens de tous
clans et méme forgerons. Chacun prend indifféremment un sabre, une
lance, une « chicote », un couteau de jet, un baton, des couvercles en
vannerie, des paniers.
Une fois que l’on a dansé burbw, on peut danser n’importe quelle
danse : ayalay, origo, ergeyga, debet, et méme les danses propres aux
forgerons comme gor. Le tambour de forgeron et la timbale de chef
les accompagnent.
Le rituel qui a lieu sur la montagne Kigé semble avoir une signifi-
cation différente de celle des rituels de Ha-kobé et de Ha-ya examinés
précédemment.
Dans le cas des sultans kobé et kapka le chef, choisi par les notables
1. De méme que les timbales royales des sultans kobé et kapka. Nous
n’avons pas vu de diver ; celui des Kigé serait maintenant entre les mains du
sultan Abderaman. El-Tounsy décrit cet instrument comme « une grosse caisse
en bois, faite en maniére de céne renversé, et couverte d’une peau » (cf. Voyage
au Darfour, p. 162 et pl. IV, fig. 5). A la cour du sultan forien, on ne le frappait
que lors des grandes assemblées. Mais c’était en outre un des insignes du pouvoir
pour les grands dignitaires du royaume (id., p. 173). A. Schaeffner voit dans le
dingay une grosse timbale en bois (« Timbales et longues trompettes », Pp. 1475).
MacMichael donne le terme dingay comme synonyme de wakil ou melik, chef
qui posséde ce tambour (A history of the Arabs, I, p. 88).
2. Actuellement danse de mariage. Pour burbui et les autres danses citées
plus bas, cf. notre film : Danses zaghawa (Service du film scientifique, 1963).
LES KIGE 95
de sa tribu, se doit d’aller sur la montagne propre a son clan, l’année
de son intronisation, pour obtenir de la divinité qu’elle envoie la pluie.
Pour cela il lui sacrifie une chamelle pleine ou plut6t un foetus. Lorsque
le chef se rend sur la montagne, c’est uniquement pour y remplir sa
fonction de faiseur de pluie.
Ici, "homme qui gravit les pentes de la montagne n’est pas encore
un chef. Choisi par un sultan étranger, tout le rituel semble destiné
a le faire reconnattre par les siens : par les weyageRa, gardiens de la
montagne, et par la montagne elle-méme par le truchement du serpent-
ancétre qui y réside.
Si notre hypothése est juste, une série de faits s’éclairent. On
comprend pourquoi le futur chef, revenant d’Abbéché, ne va pas
directement dans le village qui sera sa résidence ot il ne peut encore
entrer comme un chef, mais se retire pendant quelques jours dans un
ouadi en attendant que les préparatifs du sacrifice soient faits ; pour-
quoi les weyageRa lui barrent la route jusqu’a ce qu'il ait conclu une
alliance avec eux en leur promettant une cuisse de la vache du sacri-
fice ; pourquoi il est « élevé sur le pavois » par ces mémes weyageRa ;
pourquoi enfin le tambour du chef n’est recouvert d’une nouvelle
peau qu’aprés la reconnaissance de celui-ci par le serpent : si le serpent
ne reconnait pas le chef, un autre chef doit étre nommé, une autre
vache sacrifiée, une nouvelle peau préparée pour recouvrir la timbale.
Le nouveau chef est-il dans ce cas nommé sur place par les notables
kigé, ou les prétendants doivent-ils se rendre une nouvelle fois a Abbé-
ché ? Nous n’avons pas pensé a poser la question, mais il nous semble
que cette affaire doive se régler entre Kigé.
Nous sommes bien en présence d’un rituel d’intronisation. Nous
n’avons pas eu connaissance de l’existence de priéres pour demander
la pluie. Les sacrifices qui sont faits ne semblent pas non plus destinés
& Vobtenir, du moins directement. Peut-étre les sacrifices de pluie
proprement dits avaient-ils lieu sur une autre montagne, comme le
suggére le sacrifice de la montagne tw ? (v. p. 98).
Lors des sacrifices de la chévre et de la brebis faits par les neveux
utérins, il semble que le franchissement du sang des victimes soit un
rite de purification. Le sang se chargerait des impuretés de celui qui
le franchit, comme cela nous a été nettement indiqué lors des sacrifices
diroy (pp. I10, 112). Bien que ces deux animaux doivent étre des meres
pleines d’un mois ou deux, personne n’a pu préciser ce qu'il advenait
des foetus, et s’ils avaient un traitement spécial.
Le sacrifice de la vache accompli de la main du chef se présente
comme la deuxiéme étape du rituel. Purifié, reconnu par les hommes,
le chef doit maintenant étre reconnu par la divinité. De méme que sur
96 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
Tous les kigeRa savent que les abeilles protectrices habitent dans
la montagne ; ils les voient, mais ne doivent pas les toucher, encore
moins les tuer. De leur cété les abeilles ne piquent jamais un kigeRa.
Tous les ans, le chef des weyageRa se rend dans le ouadi may-mara-
tubunu+ entre seli-bow et le puits de nerge. La, accompagné des weya-
geRa et de tous les gens du village qui désirent participer au sacrifice,
il immole sur une pierre plate située prés du ouadi une brebis et une
chévre grises. Il demande la pluie. Les bétes peuvent étre pleines de
deux mois ou ne pas l’étre, mais il faut qu’elles n’aient jamais porté
auparavant. Pleines de plusieurs mois, elles ne sont pas aptes au
sacrifice?.
Le méme informateur déclara a cinq minutes d’intervalle que ce
sacrifice avait lieu dés le huitiéme mois de l’année, méme s'il n’avait
pas plu auparavant — puis qu'il était fait aprés la premiere pluie,
dont on recueille l’eau pour faire bouillir une partie de la viande.
Les bétes sont égorgées, le sang coule. On enléve immédiatement
les peaux que l’on pose a plat dans le ouadi. Le contenu de la panse,
les poumons et le fcetus s’il y en a un, sont jetés comme on jette des
saletés. Une partie de la viande (les quatre pattes, les cdtes, la poitrine
et le foie) est consommée rotie, tandis que l’on fait bouillir avec du sel,
des piments, et des oignons la téte et le cou, l’échine et les filets, les
reins et la queue, le coeur et la rate.
Ce sacrifice est abandonné depuis 1952, date ot! notre informateur
Timan Dyugula, chef des weyageRa, fut destitué par le mogdum Idris,
chef du Canton du Kapka, et remplacé par un dersiRa® qui, bien
entendu, n’était pas habilité a faire le sacrifice des weyageRa.
Les gauRa ou gouRa sont maitres de la terre située entre celle des
weyageRa a l’ouest et celle des turoyda a lest.
1. Actuellement un kelimeiRa.
2. Ar. absabe (z. bow) et ar. kreb (z. ege) sont des céréales de cueillette. Le
coton pousse également a l'état sauvage.
ey. Comme on l’a vu, au Kobé, le titre de kamini est réservé au chef du seul
clan kivegu (p. 49) et celui de takanyon au chef des mira (p. 32). Il y a donc
dans les deux cas introduction d’un titre kobé. Notons que le fils prend un
titre supérieur a celui du pére.
LES KIGE IOI
Ahmat 7 © (dersiRa)
Besir = 0 (weyageRa)
( O (berdeRa)
ear! <2 | O (entbowRa)
+ *
Tavern D5 OQ; a2
2. Sila construction de l’année précédente est encore solide, on peut l’utiliser.
3. Autre clan kige. Il faut noter, de la part des ayu actuellement a la téte
du Canton du Kapka, la volonté de détruire les structures politiques existantes
(v. également p. 99, n. 3). Cette attitude favorise l’islamisation car elle entraine
en méme temps la destruction des structures religieuses.
LES KIGE 103
LES DIRONG
I. — GENERALITES
A. L’ENQUETE
B. LE CADRE HISTORIQUE
I. Son successeur était un de ses goumiers nommé A bda. Il fut choisi par
l’Administration frangaise sans qu’il soit tenu compte de sa non-appartenance
aux clans des chefs. Il était membre du clan taoday. De ce fait il n’était pas
habilité a exécuter les rituels de pluie.
2. Le melik Koti ne va sans doute pas au-dela du premier ude a avoir été
meltk du divoy.
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108 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
A. LES FAITS
i. La nomination a A bbéché.
La succession d’un chef mort ou destitué est ouverte chez les divoy
a tout mige et a tout gude qui le désire?. Les candidats se rendent
aupres du sultan du Wadday accompagnés des chefs de villages qui
les soutiennent. Le sultan, qui a fait étendre un tapis par terre, prend
par la main celui qu’il désire nommer et le conduit sur le tapis. I] lui
donne des habits, une chéchia fezzanaise, une toge (morfa), passe
une bague a sa main droite, et lui remet un cheval, un sabre, les deux
timbales (diyer) de son prédécesseur et une bouilloire (aiguiére ?)
en cuivre. Puis il fait apporter un bouclier en peau de forme carrée
(darga), qui est posé sur le tapis. Le futur chef s’assoit sur le bouclier,
1. C’est depuis cette Epoque que la région d’iga, qui s’appelait we, aurait
pris le nom de son chef kerkur nuren (sic), cf. ar. kerkur : tas de pierres votives
ou non, Nuven : nom propre.
2. Cependant il ressort du tableau dressé par le melik Koti que la chefferie
ouverte a tous les mige, semble étre réservée a l’intérieur du clan gude & une
famille privilégiée, celle du melik Koti, qui a fourni les six chefs du divoy que
nous connaissons.
IIo SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
les jambes repliées sous lui. Huit 4 dix personnes saisissent le bouclier
et le soulévent par trois fois jusqu’a hauteur de poitrine avant de
poser le chef sur son cheval.
Le sultan fait venir les musiciens. Les tambours sont battus, et
c’est au milieu des danses que le nouveau melik regagne son habita-
tion. I] y reste quelques jours avant de repartir avec les gens qui l’ont
accompagné.
ae
3. Rites de plume.
a) Cas d’un chef mige.
Voici la version donnée par les vieux Zaghawa diroy. Encore une
fois elle se référe au cas ot! un mige devient chef.
t. Un neveu utérin ?
2. Est-ce un magu ?
LES DIRONG a 8S}
Puis elle pose les boules de farine et le sel a cdté de la pierre enduite
de beurre. Ces offrandes, ainsi que ]’eau renversée, sont destinées aux
« fils de la montagne » : les deux serpents, le corbeau, et le chacal.
It4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
Environ vingt jours ou un mois plus tard, c’est aux anguRa d’aller
faire un sacrifice sur la montagne gainga. Ils immolent un taureau
que leur a donné le chef mzge. Le rituel se déroule exactement comme
dans le sacrifice de la vache, a cela prés que cette fois ce sont les anguRa
qui mangent les premiers de la béte sacrifiée. Le coeur est jeté cru sur
la montagne, la viande est bouillie dans la premiére eau de pluie de
l'année. Seule la peau de l’animal est traitée d’une manieére différente.
Elle est partagée en trois entre mige, magu et anguRa. Chacun prend
le morceau qui lui revient et va le trainer dans le lit de son ouadi, dans
le sens du courant.
Si, aprés ce dernier sacrifice, la pluie ne tombe toujours pas, on
essayera de savoir a l’aide de la géomancie quelle est la personne qui
doit fournir un mouton « vert » pour faire un ultime sacrifice.
Koti a appelé tous les chefs de Canton « buveurs » et il leur a donné des bouteilles
de whisky, du cognac, du vin rouge et de la biére. Pendant ce temps le chef de
District est arrivé avec l’interpréte Abbas. Aussitét nous sommes partis sous un
arbre pour y installer dix tapis ; alors le chef de District, le chef de P.C.A. et les
deux sultans : le sultan Abderaman et le sultan du Dar Tama sont venus sous
Varbre. Le conseiller Abbo Nosur!, l’interpréte Abbas et moi Abdullay Idris
nous nous sommes aussi installés 4 l’ombre de l’arbre. Alors on a fait appeler
le melik Koti. Le capitaine Fidaire [chef de P.C.A. a Hili-ba] a sorti une lettre
du gouverneur et nous a dit : « Je vais lire la lettre que le gouverneur m’a
envoyée. » Il a lu la lettre et le sultan Abderaman a fait apporter deux boubous,
un pantalon musulman, un turban et un bonnet. On a fait installer le melik
Koti sur les tapis et Abbo Nosur et Ahmat Tadjadin l’ont habillé avec les deux
boubous, le pantalon, le turban et le bonnet. Tandis que moi Abdullay Idris
et El] Hadj Salé nous avons pris des fusils et tiré quinze cartouches chacun.
Alors sont venus des filles, des femmes et des enfants. Les filles ont dansé autour
du tambour, les femmes ont poussé des you-yous et les garcons ont dansé gor.
Nous avons tiré d’autres coups de fusil et les femmes ont chanté :
suva kaRt
ououeu (sic) kaRiegi
ogiart kaki
L’aprés-midi le melik Koti a tué quatre boeufs et six moutons pour la sauce
et quatre moutons pour le méchoui et puis le cuisinier du capitaine Fidaire a
fait préparer le méchoui. Quand tout a été prét A cinq heures du soir, on a mis
des tapis devant la maison ou se trouvait le sultan et puis on a appelé le chef
du District, le chef de P.C.A., les chefs de Canton et les deux sultans : le sultan
du Zaghawa et le sultan du Dar Tama. On a mis devant eux des bouteilles de
whisky, de cognac, de biére, de limonade, du vin rouge, des sucreries, des bis-
cuits. Ils ont bien bu et aprés on a apporté quatre méchouis ; on en a posé un
devant les deux sultans, un devant le chef de District, le capitaine Fidaire et le
Docteur, et deux devant les chefs de Canton, et puis ils ont tous mangé et ils
ont lavé leurs mains avec du savon. Le lendemain matin le chef de District est
parti et le sultan du Dar Tama et les chefs de Canton aussi. Et puis le capitaine
est parti le soir 4 quatre heures. On est rentré a Iriba a cinq heures du matin »3.
Ine Or Pa 77s
2. L’ina des Kigé est également un lion (cf. p. 92).
3. Nous ne savons pas s’il s’est passé quelque chose sur la montagne
gainga.
LES DIRONG II7
L’analyse des sacrifices faits par les chefs divoy sur la montagne
gainga présente quelques difficultés supplémentaires du fait que ces
chefs peuvent appartenir 4 deux clans différents et que le rituel n’est
pas le méme dans les deux cas.
*
* Ok
%
%
1. C’est alors la troisiéme fois que le chef gude est élevé sur le pavois. La
premiére se situe 4 Abbéché, dans une capitale étrangére, l’élévation se fait sur
un bouclier en peau. La deuxiéme a lieu en pays divoy, devant la porte de la
maison du chef, ce dernier assis sur la selle de son cheval. La troisiéme enfin
prend place sur ou prés de la montagne gainga ; le chef est alors assis sur la peau
fraiche de la victime. Ne peut-on parler d’une reconnaissance successive par le
sultan étranger, puis par ses sujets, enfin par l’ancétre des maitres du sol ?
LES DIRONG I21I
pluie des mige, tels quels ou adaptés A une situation nouvelle, et les
éléments complétement étrangers : élévation sur le pavois et inter-
vention des faki. Cette derniére représente vraisemblablement une
addition récente.
Il semble que le sacrifice gude ne puisse avoir lieu sur la montagne
sacrée des mige, mais qu’il prenne place 4 l’est de celle-ci. Sans cela
aurait-il été permis aux faki d’y participer ?
Remarquons pour terminer que ce sacrifice est facultatif. Si la
premiére pluie de l’année a été abondante, le chef gude peut le négliger ;
Si au contraire elle a été faible, il l’accomplit.
*
*
1. Les magu.
Tous les trois ans, peu de temps semble-t-il aprés les sacrifices de
la montagne gainga, les magu se rendent dans le ouadi murakule, au
pied de la montagne gainga. Ils se rassemblent sous un gros acacia
ie, LDN effet rien ne prouve que le rite de circumambulation soit un emprunt
a l’Islam. Le rite du fawaf accompli 4 la Mekke autour de la Ka‘ba est d’ailleurs
lui-méme d’origine préislamique.
LES DIRONG 123
(teli) pour y sacrifier un taureau gris. Tandis que des fake lisent le
Coran, on prononce la priére rituelle :
teli manda nelt
tRu (iRo) bi kotdoy
ivt gavbeno
insan (ar.) sokko kiseli
2. Les anguRa.
3. Les enimeRa.
Les entmeRa ou elmiRa® sacrifient une vache jaune sur une mon-
tagne, ainsi qu’un mouton ou une chévre dans un ouadi, sous un
arbuste (weyRa)*. Montagne et arbre sont les demeures d’un serpent.
La montagne est tantét la montagne eni-me ou elme proprement dite,
tant6t une montagne proche de gainga. En réalité, il semble que l’on
1. Voir p. 58, n. 2.
z. Il semble que le poulet soit vivant. Dans ce cas a-t-il les pattes liées?
Est-il simplement abandonné dans le lit du ouadi a sec? Est-il jeté dans le
ouadi & un moment ot il coule ? pasa
3. Les enimeRa sont des bigi, originaires de la montagne eni-me (ou elme),
au nord-ouest de ba-kawRe (v. p. 81). Par la suite ils seraient arrivés au divoy
ow ils se seraient alliés par mariage aux mige et aux magu.
4. Salvadora persica, ar. siwak.
I24 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
se rende sur une montagne proche de gainga, mais que l’on s’adresse
& la montagne ent-me.
Le chef des en#meRa fournit la vache du sacrifice, auquel il convoque
tous les gens du village. Le sacrificateur est désigné par la géomancie.
Pour savoir si la montagne agrée le sacrifice, une femme place
trois boules de farine dans de l'eau contenue dans une calebasse. Elle
demande la pluie et la prospérité. Si la montagne est favorable l’eau
coule sur le sol A mesure que la femme formule ses demandes. Si au
contraire la montagne est hostile, l’eau de la calebasse est immobile.
La viande du sacrifice est mangée sur la montagne. On abandonne
le sang et les os destinés au serpent, « fils de la montagne ». Ce repas
est suivi de danses autour des tambours.
Quand un clan autre qu’entmeRa se rend sur cette montagne, le
serpent sort et se jette sur les gens.
Sous le weyRe, un enimeRa égorge un mouton (ou une chévre).
Il laisse le sang couler dans le ouadi. L’animal est désossé et ses os
placés sous l’arbre. La viande est ramenée au village ; elle sera mangée
bouillie. Aprés le sacrifice il jette sous l’arbre quelques plumes prises
& une poule blanche et abandonne la poule dans le ouadi. Au pied de
l’arbre, il fait une offrande de mil, sur le trone, des onctions de beurre.
Le sang de la victime, les boules de farine de mil et le beurre sont
destinés au serpent qui demeure dans l’arbre. Tuer ce serpent entraine
la mort de la terre et des hommes qui y vivent, de méme que casser
ou couper des branches de l'arbre pour faire du feu.
Serpent, arbre, et montagne font partie d’un méme complexe. On
les invoque ainsi :
dent woggi maligt senogo
ha baga marane, bodu sile
egese Rane, woggt Reseli
weyRa ali baria-neli (ou art barta-neli)
Rodi negeygi Rest
boru negevgt Rest
togu negeyst Rest
tri-igt baga marageni.
4. Les naskaRa-eriRa.
Les yaskaRa-eriRa se rendent sur la montagne gare, a l’est de
kubu, pour y offrir simplement des boules de farine de mil. Ils appor-
tent également avec eux une marmite, « au fond noir comme les nuages
de pluie ». Is l’accrochent 4 un baton au sommet de la montagne dans
le but d’attirer les nuages. Il est a signaler que la tradition les fait
venir du sud (Tama ou région d’Adré), c’est-a-dire d’un pays de séden-
taires, cultivateurs de mil!. Ceci explique peut-étre ]’absence de sacri-
fices animaux ? 4 moins que cela n’indique une position subalterne?
soit vierge ou mariée ; mais si elle a un enfant elle ne doit plus le porter
sur son dos!. Avant tout il est nécessaire qu’elle sache parler a la
montagne,
L’homme et la femme grimpent au sommet de la montagne en
amenant un mouton gris, une chévre blanche, un poulet blanc, du mil
et du beurre. Les victimes sont égorgées au-dessus d’un trou situé
entre deux pierres?. Les officiants allument du feu, mettent une mar-
mite au-dessus et font cuire la viande. Lorsqu’elle est cuite, ils la
désossent et déposent les os dans le trou qui a recueilli le sang. Ils
mangent de la viande.
Puis la femme jette un peu de mil dans le trou et fait des onctions
de beurre sur les pierres en demandant a la montagne d’envoyer la
pluie et d’écarter les maladies.
Le reste de la viande est descendu au village ot tout le monde,
méme les forgerons, prend part a un repas.
Ces informations me furent fournies par Adey Nur, chef du village
de kubu, et par Walda Ahmat, habitant de ce village. Tous deux
étaient baga.
1. Il faut donc qu'il soit sevré ; cf. p. 37 les femmes qui participent au sacri-
fice de Ha-Kobé ne doivent pas étre en période d’allaitement.
2. On pense au « trou » du sommet de la montagne Kobé. Est-ce l’habitation
d’un serpent ou un moyen de communiquer plus intimement avec la montagne ?
CHAPITRE V
TP AGENERALITES
A. L’ENQUETE
B. LE CADRE HISTORIQUE
2. Hasan
| |
O = Abbakar(elimeRa)
zi
4. Yaya ab-Zurga
|
Isaka (dersiRa)
| (1901-1923)
|
3 et 7. Abd el-krim 8. Bodur 5. Zurga 6. Isaka g. Abdullay
(1923-1924) (1924-1932) (1948- )
1. Cf. GIOVANCILY, op. cit., p. 102. Yaya y est cité sous le nom d’Abou
Zourgo. Paoti (« La subdivision de Biltine », p. 37) lui donne comme prédéces-
seurs Idris (1892-1896) et le faki Néeman (1896-1901). Nous ne savons rien de
ces personnages.
2. Cf. GIOVANCILY, op. cit., p. 103.
Sold PB LOZ
132 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
A. RITES DE PROSPERITE
une pierre a laquelle ils donnérent le méme nom. II n’y aurait 1A rien
d’étonnant!,
2. Le sacrifice des habitants de tulges.
A environ cing kilométres du hameau de twlges se trouve une petite
colline (gurfu) nommée bis. La, au pied d’un arbre nur2, a lieu chaque
année le sacrifice d’une chévre blanche qui n’a encore jamais mis bas.
Cela se passe avant la moisson.
La chévre a été fournie par tous les villageois de tulges, quel que
soit leur clan. Ils ont donné chacun cinq francs C.F.A. pour la payer.
La somme ainsi rassemblée se nomme rian djama-ki? ou « Vargent de
l’assemblée ».
Les deux acteurs du sacrifice sont un weRa et un darba, son neveu
utérin.
Les sacrifiants doivent respecter un interdit sexuel dix jours avant
le sacrifice.
C’est le weRa qui tue. Il dit trois fois bismallay (ar. cl. bismillah)
puis allahu akbar et il égorge la victime. Il accomplit ce rite en sa
qualité de maitre du sol.
Le darba recueille le sang dans une calebasse neuve, fournie par
lui, dont l’amertume n’a pas été enlevée. Puis il plonge une poignée
d’herbes nanduk‘ dans la calebasse et asperge de sang un périmétre
correspondant a un enclos sans culture®. A chaque fois il dit :
sadaga
fa-gudu-k1 lededi
1Do gwobol gel
« sadaga,
Nous faisons [ce sacrifice] pour notre montagne
Dieu, accorde [ce que nous demandons]. »
1. Dans le méme ordre d’idées, nous verrons les kanagaRa établis loin de
leur manda, qui est une montagne, piquer une petite pierre devant leur porte
et s’adresser a la pierre comme a la montagne elle-méme (v. p. 143). De méme
les sigeyla établis loin de baskeli font leurs offrandes et leurs priéres 4 une branche
d’un arbre eli plantée dans le sable et figurant l’arbre lointain (v. p. 161).
2. Maerua crassifolia, ar. kurmut (on entend aussi kurmutay). CARVALHO
et GiILLET dans leur Catalogue des plantes de 1Ennedi donnent arabe « Sourei
ou Zalafaye ». Quant a « Kourmoutaye » son identification est Cadaba glandulosa
(pp. 148-149). Mais l’année d’aprés (1961) GiLLET donne « Kourmoutt » comme
nom arabe de Maerua crassifolia (« Paturages sahéliens », p. 201).
3. Cf. ar. cl. rryal et djama‘a.
4. naguru en dialecte kobé, gow en arabe, Aristida funiculata (GILLET, « Patu-
rages sahéliens », p. 201). L’herbe est de l’année précédente.
5. Les mémes informateurs se contredirent : c’est le darba qui tue et le weka
qui répand le sang.
4 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
3. Le sacrifice d’eni-ba
1. Tout le monde en mange sauf les femmes. Mais si l’on rencontre une
femme sur la route qui conduit au village on lui donne un morceau de
viande.
ie Il] ne semble pas, non plus, qu’ils en exécutent en pays kigé, leur habitat
initial.
3. Crest une grande outre en peau de bceuf ou de chameau. Elle contient
environ soixante kilogrammes.
4. Giziphus spina christi, geyla (ou keyla) en dialecte kobé et kapka, nabak
en arabe.
LES GURUF 135
tains liens de parenté avec l’agid. C’est son cousin maternel : la
grand-mére paternelle de l’agid et le pére du sacrificateur sont frére
CUSCoure
|
) A @ >
(sacrificateur)
iA |l>— e@
i (agid)
C’est un homme plus 4gé que l’agid. A sa mort ses fréres ou ses
enfants le remplaceront dans ce rdle.
Cinq jours avant le sacrifice, il respecte un interdit sexuel. Le
matin méme il fait ses ablutions.
Lorsqu’il égorge la victime, il prie :
Un autre ritue] nous a été décrit par Adum, fils de l’agid Abdullay.
Aucun clan en particulier n’y joue un réle précis, mais tous les faki
du Guruf y participent.
Tous les ans, un vendredi de juillet, juste avant la saison des
pluies, les villageois se réunissent sur la place d’assemblée du village
du chef pour assister au sacrifice de trois ou quatre taureaux. L’un a
été donné par le chef, les autres par les villageois. Le chef choisit les
sacrificateurs parmi les hommes qu'il veut honorer. Ils sont cing ou
six. Les bétes sont immolées dés sept heures du matin. On leur coupe
d’abord les jarrets, puis on les égorge la téte tournée vers l’est. Vers
huit heures les gens arrivent, dont quelques femmes pour faire cuire
la viande.
Un des faki (le plus important) partage les feuilles d’un Coran
entre tous les faki présents. Chacun lit a son tour, parfois ils lisent en
méme temps. La « lecture » du livre doit étre « totale ». Lorsqu’elle
est achevée, ils font des invocations (ar. dwa, ar. cl. du‘d) et récitent
des chapelets.
_ La viande du sacrifice est mangée, une partie bouillie, l’autre
grillée, accompagnée de polenta de mil.
Le lendemain ou quelques jours aprés il pleut.
En 1957, ces sacrifices avaient eu lieu quelque temps avant notre
enquéte. Nous ne savons pas s’ils se sont substitués au sacrifice d’eni-ba
qui concerne aussi le guruf tout entier ou si les deux rituels coexistent.
Toutefois cette deuxiéme hypothése semble la plus probable.
*
*x
Par ailleurs, Adum Abdullay prétendit que son pére, l’agid, avait
en sa possession «des os de cheval de mer » (ar. fers al-bahr)1: « Personne
ne sait ou il les cache. Un peu avant la saison des pluies, il part seul
sur une montagne, n’importe laquelle, afin qu’on ne sache pas ot il
se rend ; il creuse un trou et les enterre. Au-dessus il pose un gros
caillou. I] pleut aussitét en abondance. Lorsque la saison des pluies
est finie, il va chercher les os du cheval de mer et les cache a V’intérieur
neuves dont l’amertume n’a pas encore été enlevée. Elles se rendent
auprés d’une grosse pierre située dans le ouadi. Elles commencent
par verser un peu d’eau sur la pierre en l’aspergeant avec la main.
Puis elles font deux tas de sable au pied de la pierre, du cété sud, et
creusent un cratére au sommet de chacun d’eux. Elles remplissent
les petites calebasses avec ]’eau qui reste dans la grande et les retour-
nent sur les deux cratéres. Pendant ce temps le chef de pluie reste a
cété, toujours assis sur le sinz.
iRu vama' kwoddoy?
iRu bi kwoddoy
« Dieu envoie la richesse !
Dieu envoie la pluie! »
1. Les taudan.
Les darba (ou darbaRa) et les edeRa (ou ereRa) sont originaires
du Kapka (v. p. 81).
Ceux qui sont installés en pays guruf sacrifient chaque année
juste avant les pluies, une chévre blanche 4 manda-fa (« la montagne
du manda »).
Tous les darba et edeRa participent au sacrifice, en contribuant
cing francs C.F.A. chacun pour l’achat de la chévre ; mais seulement
deux personnes, un darba et un edeRa, se rendent pour y procéder
dans un petit ouadi, non loin du village de mingir, Ils emportent avec
eux des marmites, de l’eau, du sel et quelques braises pour allumer
du feu.
Au milieu du ouadi se trouve un arbre nur (v. p. 133, n. 2), Tandis
que l’edeRa tient les pattes de l’animal, le darba tranche la gorge de
la chévre. Le sang coule dans le lit du ouadi. Les deux sacrifiants
dépouillent la victime et traversent le ouadi en trainant derri¢re eux
la peau qu’ils tiennent a la main.
Sur place ils font bouillir la viande qui, une fois cuite et désossée,
sera ramenée au village. Les saletés et les os sont abandonnés, La peau
est rapportée au village. On l’attache sur un gros acacia (kedt, ar. seyal)
qui se trouve sur la place d’assemblée (zga).
3. Les baga.
Nous avons déja rencontré les baga au sud du pays divoy ot ils
formaient la petite chefferie kubu (v. p. 125).
LES GURUF 141
Ceux que nous avons interrogés en pays guruf disaient, comme
ceux de kubu, qu’une partie d’entre eux étaient originaires du twer.
Ils ajoutaient que d’autres avaient un ancétre venu de murga (on
entend parfois yurga) en pays mararit.
Isaka, qui était un baga 4gé de soixante-dix ans, en 1957, situait
cette arrivée « il y a cing grand-péres ».
Leur manda ne réside pas au guruf. Pourtant si aujourd’hui ils
ne font aucun sacrifice pour demander la pluie, autrefois ils immo-
laient une chévre blanche a tarbu-tus, affleurement sableux a l’ouest
de la montagne mingir, avant d’arriver au village de tulges.
Un mois environ aprés la premiére pluie, chaque habitant du village
de borku, quel que soit son clan, donnait une petite calebasse pleine de
mil au propriétaire de la chévre.
Deux neveux utérins des baga, l’un conduisant la chévre, l’autre
transportant une poterie pleine d’eau, se rendaient a tarbu-tus, a une
heure de marche du village. Is étaient seuls.
Aprés avoir égorgé la chévre avec un couteau, ils faisaient bouillir
la viande. Ils en consommaient une partie sur place et rapportaient
le reste aux villageois.
Un repas avait lieu au village dans le hangar commun (wodda)
qui se trouve sur la place d’assemblée (iga). La peau était accrochée
au toit du hangar, pour faire tomber la pluie’.
4. Les murkulo.
5. Les kanagaRa.
‘Il existe, on l’a vu, trois moments critiques dans la culture du mil :
les semailles, la croissance et la récolte. Chacune de ces opérations
est accompagnée de rites qui doivent la favoriser.
C’est au guruf, comme il fallait s’y attendre, puisque c’est le Canton
qui cultive le plus de mil, que nous trouvons les trois phases précédées
d’un rituel particulier.
Ce sont d’abord les rituels de pluie proprement dits, que nous avons
décrits : sacrifices et actions magiques concernent la chefferie tout
entiére (v. p. 136). Les rites se déroulent juste avant la saison des
pluies?.
-En outre, avant la premiére pluie, les femmes du Guruf mélangent
de la farine de mil et de l’eau. Elles en confectionnent des gateaux
qu’elles partagent entre les petits enfants, qui les mangent crus.
Plus tard, la veille des semailles, les femmes pilent du mil. Elles
mélangent la farine obtenue avec l’eau qui a servi a laver les tablettes
coraniques du faki®. Cette pate est mélée A la semence. La femme en
1. Lorsqu’elles seront séches on les arrachera pour faire des clétures et des
toits d’habitations,
_ 2, Egalement les sacrifices des tauday, des darba et des edeRa (v. p. 140).
3. Cette eau teintée d’encre est acquise auprés du faki moyennant quelque
argent. On s’en sert également comme reméde.
LES GURUF 147
mettra un peu dans chaque trou creusé dans le champ que l’homme
ouvre devant elle avec sa houe.
Ce sont les weRa, premiers arrivants et maitres de la terre, qui
commencent a semer le mil.
Si aprés les semailles, il ne pleut pas, on a alors recours a des rites
spéciaux. Les weRa et les anciens chefs swmuraRa interviennent
(v. p. 137 a 130).
Au moment ot la jeune pousse de mil a besoin de pluie ont lieu
le sacrifice des weRa a turma (p. 132) et celui de tous les habitants du
guruf a eni-ba (p. 134). De plus, le jour o& l’on doit se rendre sur le
champ pour passer la houe le long des rangs de mil et sarcler pour la
premiere fois les mauvaises herbes, le chef de terre tue un bouc (parfois
un mouton ou seulement un poulet) acquis avec l’argent donné par
chaque famille. Il recueille le sang de l’animal dans une écuelle en bois
et y ajoute de l’eau. Puis il va répandre un peu de ce mélange sur chaque
champ.
L’animal sacrifié est mangé en commun par tous les détenteurs
d’un champ, sur la place du village.
Ce sacrifice accompli, les femmes peuvent aller passer la houe dans
les champs.
A Borto-boro, le village d’Adum, fils de l’agid Abdullay, c’est une
jeune fille, sa cousine, nommée gedime1, qui la premiére va cultiver
son champ de mil :
« Lorsqu’elle touche Je mil avant les autres, il pousse bien, parce qu’elle a
une baraka. »
1. Gedime « une chose vieille » (cf. ar. gadim, HILLELSON, p. 204) est un nom
prophylactique. Ici, il fut donné au premier-né d’une femme restée cinq ans
sans enfant.
2. Signalons en outre le rituel baga qui prend place un mois aprés la premiére
pluie (v. p. 141).
3. Le sacrifice des murkulo se situe au méme moment, la priére qui l’accom-
pagne le dit de facon certaine (v. p. 142).
148 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
I. Sur le rdle de la mére de jumeaux lors du vannage chez les Bedja, les
Bedeiria et les Fellata, cf. AGLEN, « Kordofan superstitions », pp. 343-345.
LES GURUF 149
Enfin, avant de couper les épis, les cultivateurs aménent 4 nou-
veau un animal au chef de terre : un mouton. II l’égorge. Un repas
collectif suit.
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*
*
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ELEMENTS DE COMPARAISON
1. Le cadre historique.
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154 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
2. Le rituel de ey-ha.
De méme que les chefs des tribus kobe, kapka, kige et diroy, pour
ne parler que des principales, le chef des Bilia était tenu, l’année de sa
nomination, de se rendre sur une montagne (ey-ha) pour y sacrifier un
animal et demander a la divinité d’envoyer la pluie. I] devait par
la suite renouveler réguliérement ce sacrifice.
Le dernier fait par un kolyaRa, en tant que chef des Bilia,
remonte aux années 1930. Il a été accompli par lima Meym (n° 11,
tableau IX).
Destitué et emprisonné par le commandant du poste militaire de
Fada pour n’avoir pas payé l’impét, Meyri fut remplacé par un étran-
ger, Murra, un Bideyat borogat appartenant au clan habayRa qui,
de ce fait, n’était pas habilité a faire le sacrifice. Le chef actuel des
Bilia, Adum Gerbo successeur de Murra, est bien un kolyaRa, mais
il s’est volontairement abstenu de se rendre sur ey-ha. Je n’ai donc
pas été témoin de ce sacrifice ; je n’ai pas eu non plus la possibilité
de me rendre sur les lieux comme j’ai pu le faire en certains endroits
du pays zaghawa. Je dois toutefois souligner l’intérét avec lequel
mes informateurs se sont prétés a l’enquéte.
La montagne ey (ey-ha, dénommée « Am-djeres » par les tribus
parlant arabe) est une des hauteurs remarquables du sud du pays
bilia, aux confins du pays zaghawa. Au sommet se trouve une grotte.
Le chef s’y rendait?, avant la saison des pluies, pour y sacrifier, au
nom de tous les bideyat bilia, une vache grise pleine de quatre ou
cing mois.
La vache était immolée au pied de la montagne, de la main du
chef, qui lui tranchait la gorge avec son couteau. Etaient présents :
ses neveux utérins, les clans boroya, idiya et uraRa, apparentés aux
kolyaRa, ainsi que des membres du clan erdebaRa', qui depuis trés
longtemps, vit auprés des kolyaRa (peut-étre aussi d’autres clans bilia
non mentionnés par les informateurs ?).
La béte était dépouillée et partagée par les erdebaka qui prenaient
pour leur clan une cuisse. L’autre était attribuée aux boroya, idiya et
uraRa.
Une fois les quatre membres enlevés, quelqu’un (n’importe qui)
extrayait le foetus du ventre de la mére. Puis de petits dés de viande
étaient prélevés sur chaque partie de la victime.
AussitOt quatre neveux utérins du chef partaient vers le sommet
de la montagne?. Ils emportaient avec eux des offrandes comprenant
les petits morceaux de viande crue déposés dans une vannerie, du
beurre et de grossiéres boules de farine de mil mélangée a de l’armoise
(ar. Siz)8, pétries avec de l’eau par un des neveux utérins au pied de la
montagne.
Le foetus enveloppé dans le placenta était porté au sommet de la
montagne en méme temps que les offrandes. A l’approche de la grotte,
il était abandonné sur une pierre plate, dans un endroit découvert,
livré aux oiseaux et aux chacals.
Les dés de viande étaient pour partie jetés a l’intérieur de la grotte,
le reste étant déposé avec un peu de mil dans un vieux mortier (pro-
venant d’un site archéologique ?) ; des onctions de beurre étaient faites
sur les parois de la grotte ot sont peints a l’ocre rouge des chameaux,
des chevaux, des vaches et des hommes’. Les boules de farine étaient
med considéré comme une offrande. Il était bon de faire la part « des bétes qui
habitaient le himd, territoire sacré entourant le sanctuaire ; on abandonnait,
en ce cas, la chair sur le sol » (GAUDEFROY-DEMOMBYNES, Mahomet, p. 554).
Ailleurs, « les charognards s’en donnent a pleine gorge sur les carcasses et les
restes que les pélerins laissent derriére eux, et cela vaut encore comme une
offrande a Allah » (zd.). Dams certains cas, les victimes étaient abandonnées
entiéres sur le sol du sanctuaire autour de la pierre sacrée, ot elles servaient de
pature aux oiseaux de proie (NOELDEKE, art. « Arabs (ancient) », dans Hastings’s
Encyclopedia, I, p. 667).
ELEMENTS DE COMPARAISON 159
ae
Un vieil homme rencontré au village d’ebir-guli me raconta que
les sigeyla possédaient trois objets de culte. Le premier en bois : 7Ro
godu, « l’écuelle de Dieu », se présente comme un double plat. Le
deuxieme en paille : 7Ro horu-bur, « le petit panier de Dieu », est éga-
lement double, avec une seule anse. Le troisiéme est en cuir: 7Ro kofoy,
«la puisette de Dieu ».
Aprés le sacrifice au pied du ¢eli, le ou les sacrifiants mangent de
la viande et des boules de farine dans ces trois récipients. Ils laissent
au fond un peu de chaque nourriture et déposent les trois objets au
pied de l’arbre. Ils y restent toute la nuit, et ce n’est que le lendemain
que l’on vient les chercher. Le plus souvent ils ont été vidés de leur
contenu par les bétes sauvages. Si par hasard il reste quelque chose
a lintérieur, on le jette. Les objets eux-mémes sont conservés dans
la maison du chef du clan.
Itman Liman, forgeron szgeyla, nous parla également d’iRo-godu,
«l’écuelle de Dieu ». Il se semblait pas connaitre les deux autres objets.
Il la décrivit comme un morceau de bois léger et blanc (togoro)1 creusé
a chaque extrémité. Selon lui, cet objet est a usage féminin et serait
utilisé par toutes les femmes bideyat. Tous les trois ans, elles déposent
des offrandes dans chaque cavité. D’un coté, un peu de polenta de
mil et du beurre ; de l’autre, du mil, du sel et des dattes. Mais jamais
elles n’offrent de viande. L’sRo-godu est attaché sous le toit de l’habi-
tation. Les dons sont changés tous les trois ans. Ces objets méritent
d’étre signalés ; je n’ai pu en voir aucun spécimen’.
ae
Lorsqu’un sigeyla ou un neveu utérin des szgeyla a une requéte a
formuler, il s’adresse au ¢elz. Il s’agit généralement d’obtenir une gué-
rison, de retrouver des animaux égarés ou d’éloigner des animaux
sauvages®. Voici une priére ot le suppliant demande au manda de
celle du clan de son pére, est apportée dans la maison pour étre placée
sous un des greniers en poterie qui se trouvent a ]’intérieur de l’habita-
tion, ou dans un grand récipient en terre cuite.
Lorsqu’une femme part aux champs ou en voyage, elle dépose sa
pierre manda a l’entrée de son habitation, comme gardien. Elle la
mettra encore sur un tas de graminées sauvages qu “elle vient de mois-
sonner et qu’elle abandonne pour poursuivre sa récolte.
Généralement personne n’ose toucher a un bien qui est sous la
protection d’un manda. Cependant il arrive parfois qu’un vol ait lieu.
La propriétaire demande alors 4 son manda la mort du voleur. Au bout
de quelques jours il tombe malade et meurt. Dans le cas ot le voleur
restitue l’objet volé, la femme peut obtenir sa guérison. Elle se rend
chez le forgeron pour savoir ce que désire la montagne pour pardonner.
Le forgeron, a l’aide de la géomancie, désigne |’offrande. Ce sera une
poule, une chévre ou un mouton ; quelquefois du mil, ou du beurre
mélé a de l’armoise. Le voleur fournit la béte ou l’offrande désignée.
Sur la pierre manda il met un peu de sang, de mil ou de beurre. Le
forgeron prend pour lui la béte du sacrifice ou le reste de l’offrande
(sans doute rendue impure ?). I] recoit en plus, comme salaire, chévre,
mouton ou argent.
On demande également a la pierre manda de protéger les troupeaux,
d’aider a retrouver un animal perdu dans la brousse. Lorsqu’une femme
est malade ou lorsqu’elle désire un enfant, elle s’adresse a la pierre
aprés lui avoir offert de l’armoise ou fait des onctions de beurre.
A la mort de la propriétaire de la pierre manda, sa fille ne peut
en hériter que si elle appartient au méme clan que sa mére c’est-a-dire,
puisque nous sommes en filiation patrilinéaire, si son pére et sa mére
sont de méme clan, ce qui est extrémement rare. Dans le cas contraire
le manda «ne sert plus ». On le laisse a l’endroit ot il se trouve ou on
le jette dehors. Il redevient un caillou comme les autres. La sceur de
la femme peut éventuellement le prendre.
Ce manda « portatif » des femmes bilia, substitut du véritable
manda, reléve de la méme démarche intellectuelle que la petite pierre
ou la branche d’acacia (tel), piquée dans le sol, 4 laquelle s’adresse
le bilia éloigné de son pays d’origine. Seulement, dans le premier cas,
la « pierre manda » est prise au manda lui-méme, tandis que dans le
deuxiéme c’est un caillou quelconque ou une branche d’un eli, égale-
ment quelconque.
Ce genre de substitut semble étre plus particulier aux Bilia, peut-
étre parce qu’ils nomadisent davantage que les Zaghawa. Toutefois
au divoy, on nous a signalé que « pour se protéger des bandits, on place
dans sa maison une pierre provenant de la montagne gainga, ou de
ELEMENTS DE COMPARAISON 163
la montagne godwm. On lui fait des onctions de beurre ». Est-elle
uniquement a usage féminin ?
Autre remarque : n’y a-t-il pas un lien entre la « pierre manda »
des femmes bilia prise au manda de leur pére, et le fait qu’en se mariant
et en allant vivre dans le village de leur mari, les femmes s’éloignent
de ce manda ?
A coté du tunnel, dans une sorte d’abri sous roche ouvert sur quatre
cotés :
« Scattered over the roof were small patches of dried dung, apparently
donkeys’, which had been thrown up when wet. On the north-west part of
the roof and wall were numerous designs made with charcoal, one of which I
identified as the mark of the Dikein, a subdivision of the Woeki (southern)
division of the Boeli (Zaghawa). On one part of the roof was a large greyish
greasy patch obviously butter or some other form of fat. On the north side of
the west entrance there is a shelf in the rock between 4’ and 5’ high. This is
worn into a series of small cup shaped depressions varying from 4 to 20 ounces
capacity, numbering perhaps 40 in all; they lie in rough parallel rows. These
cups are perfectly smooth inside and each contains a number of small white
pebbles. Similar pebbles occur in the rock formation itself usually in layers.
Leaving the cave by the western opening, I entered a rock girdled space about
20 yards in diameter covered with gravel. In the centre of this is a well 6’ deep
but containing no water at that time. Turning to the south, as I emerged from
the western opening of the cave I encountered another tunnel through a large
mass of rock. On the left side as one enters this the rock has been worn per-
fectly smooth in a series of parallel vertical grooves 1’ to 2’ long, like fluting
on a pillar, but tapering above and below; in each of these grooves were two
parallel lines made with charcoal.
. about 100 yards to the south . . . another large cave . . . known as the
Maida-be or blacksmith house » (p. 197).
lait. Les jeunes gens se rendent dans le tunnel et les jeunes filles a l’abri
sous roche. Elles envoient de la farine et du lait aux jeunes gens. IIs
en mangent une partie et font avec le reste des onctions « to a par-
ticular part of the roof called ha gweila (stone, holy) ».
« The maidens in their cave take, first, fat in an earthen-ware jar and smear
it on the holy stone in a particular place:
ha gweila bodiu keidi,
Stone holy fat give I,
idu suti vi tegele
god cave into descend
Secondly, milk in a plaited grass vessel which they splash on the roof, and
thirdly, flour and milk in a grass platter which they smear on the roof with
similar chants.
It is during this ceremony that the dung gets thrown onto the roof probably
by the very small children. When the offerings are over they game with the
pebbles . . . apparently the girls take a handful of pebbles from one cup saying
ki geri tibo, and put them in another cup saying ki geri tobo. Having all gone
through this luck ceremony, they say o ki boerr « milk, this, leave », and depart
with the words be geri tau « house other, into, we (go) ». The pebble game is
called shile}.
They now join the young men and all go the Maida-be, where they perform
the Hula® singing and dancing, the girls clapping their hands and the boys
jumping in the air » (p. 199).
*
ok OK
for the performance of the ceremony before rocks and trees are to procure
children, to have increase in flocks and herds, and to ensure a bountiful harvest »
(p. 199).
1. BaLrour-PauL, « A prehistoric cult still practised in muslim Darfur »,
pp. 77-86.
2. Cf. arabe sakhdn, « teapot » (LETHEM, p. 400).
3. Voici un dialogue entre MacMichael et un zaghawa du Soudan, le mogdum
Sherif (qui fut par la suite kalifa du sultan dans le nord du Dar-Fur) :
« Have the Zaghawa any holy places in their country ? If so of what kind?
— Yes, if anyone wants anything, or is undertaking any venture, he visits
some rock or tree and makes the usual offerings of meat and dihn (grease) and
voices his appeal.
— Would any rock or any stone be good enough ?
-—No. There are certains definite ones, three or four in Dar Zaghawa.
— To whom does he appeal ?
ELEMENTS DE COMPARAISON 167
ales bideyat:
Notre enquéte sur les Bilia (v. p. 151 a 163) concernait les lieux
de culte et les rituels propres aux clans kolyaRa, sigeyla, baga et wekula.
Mais il existe bien d’autres arbres et montagnes sacrés, bien d’autres
manda, que nous n’avons méme pas pu inventorier.
Un des premiers rapports administratifs (1915) concernant les
Bideyat souligne :
« leur grande vénération a l’égard des montagnes ot les ancétres ont vécu, sont
morts et ot: leurs corps reposent encore... a l’égard des puits ou gueltas ot les
ancétres s’abreuvaient... Des pratiques anciennes du culte, il est impossible de
rien apprendre ; il semble pourtant qu’elles consistaient surtout dans le sacrifice
de moutons, boeufs et quelquefois chameaux. Cette pratique a subsisté, puis-
— To God, of course.
— Does he have no local demon also in view ?
— Well, there used to be, but nowadays they appeal to God only.
— Did they adopt this system of holy sites from the Fir ?
— It is general in Darfir, the Dagu and the Birked and the Fur and the
Zaghawa and Bedeyat all do the same, and the practise is practically universal
except among the Arabs.
— Is there a medium ?
— Yes, a woman generally. Her position is hereditary from mother to
daughter, irrespective of age. Among the Zaghawa she is called the bdda.
— Is there any particular season more favourable than another ?
— No, but of course at this present season (june) it would be for rain most
people would be praying and making their offerings. The Dagu of Dar Sula
make a regular festival of it. The sultan and his nobles attend and all the
horsemen, and they place the dihm in front of a hole in a certain rock and wait »
(A history of the Arabs, I, pp. 73-74).
1. R. Statin Pacua, Fer et Feu au Soudan, trad. francaise, t. I, pp. 161-162.
168 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
qu’aujourd’hui encore les Bideyat immolent des moutons dans les lieux consa-
crés, toutes les fois qu’ils veulent obtenir une faveur de Dieu : guérison d’un
parent malade, réussite d’un projet... Ils croient, semble-t-il, que l’esprit de
leurs ancétres résidant encore au lieu ot ils sont morts, est capable d’intercéder
pour eux auprés de la puissance divine. Ces lieux consacrés sont, dans la région
de Fada : le puits de Fada, la guelta d’Archei et la montagne Guettara (Déli)...
Seuls les Gara, originaires de Guettara, peuvent y monter, et certains y vont
encore parfois y faire des sacrifices »1.
Il cite :
« Guélémeé qui habite Archei?. Déli manda qui habite Guettara (Déli). Fada
manda qui habite Fada. Tietie bedé qui habite Ounianga. Beskéré qui habite
Beskéré?. Heya qui habite Am-Djéres*. Eli qui habite Berdoba®.
Certains de ces génies sont incapables de faire le mal comme Déli ; d’autres,
par contre, peuvent exercer des vengeances terribles, comme Fada manda, ou
Heya... mais seulement sur les fractions qui les reconnaissent comme génie.
On peut demander 4 certains génies leur protection, soit qu’il s’agisse de
guérir une mauvaise maladie, soit qu’il s’agisse d’accomplir heureusement un
voyage pénible ou dangereux... Le Bideyat malade qui reconnait Déli Manda
comme génie plante en terre une pierre qu’il entoure de petits cailloux. Le tout
est recouvert de farine de mil, sel et dattes écrasées ensemble, et il parle : « Déli,
c’est a toi que je m’adresse, guéris-moi. Si tu me guéris, dans quinze jours je te
tuerai un bouc... » Pour ce sacrifice, on choisit un gros arbre 4 cété duquel on
plante un caillou. Le mouton est égorgé et on en fait couler le sang sur le caillou
que l’on recouvre aussi de ce que contenait la panse. On brile alors une céte-
lette, la poitrine, le coeur, le foie et les rognons ; un morceau de chacune de ces
choses est coupé et placé aussi sur le caillou. Lorsque la peau a été sortie on a
eu soin de laisser les pattes arriére, elle est placée sur une branche dirigée vers
le lieu qu’habite le génie »8.
%
*
*
*
Chez les Téda aussi, il semble que le chef soit tenu pour respon-
sable de la pluie. Le rituel d’intronisation du derde! n’est pas trés
différent des rituels que nous avons décrits.
Dans le cas d’un derdé Tomagra, le choix est fait a l’intérieur de
ce clan par les notables Tozoba, un des plus anciens clans du Tibesti.
Ce sont eux qui accueillirent Kodor Fouri, l’ancétre des Tomagra, dans
la vallée de Zouar, et lui donnérent une fille en mariage (cf. p. 32, n. 2).
La remise par les Tozoba du turban, insigne du pouvoir chez les
Téda, a lieu sous un ¢avi®, sous lequel l’ancétre est censé s’étre reposé.
Puis le nouvel élu, porté sur une litiére par les Tozoba (a bout de bras,
d’aprés Chapelle), fait sept fois le tour du tar’.
Aprés un sacrifice et des échanges de cadeaux sur lesquels nous
savons peu de chose, le derdé fait une sorte de retraite pour demander
4 Dieu de bénir son régne et plus particuliérement de donner la pluie
4 ses sujets. D’aprés J. Chapelle, la retraite dure sept jours. Puis il
visite les clans autochtones (ou trés anciennement installés) du Bar-
dagué, leur remettant des chameaux en échange de palmiers.
Dans le cas d’un derdé arna, l’investiture a lieu sur un tertre rouge
situé dans l’enneri Maro. « L’élu transporté sur une litiére fait trois
fois le tour d’un arbre appelé arken (Maerua crasstfolia)* avant de
recevoir le turban »°.
Un épisode marquant le début du régne du derdé Chai (mort en
1939) souligne la relation nécessaire entre la nomination du chef et la
venue de la pluie. Voici l’événement rapporté par J. Chapelle :
*
* OK
Mais c’est que, d’apreés le derdé Chai « laisser sur le lieu du sacrifice
la béte abattue ou les plats de céréales est une pratique d’idolatrie
que Sidi Mahdi a condamnée, et dont les libations de beurre et d’eau
d’ediseru sont une survivance »,
*
OK
*
*
4. Au Wadday.
1. Communication personnelle.
2. Nomades noitrs, p. 384.
3. Ces ruines importantes méritent d’étre classées « Monuments Historiques »
et préservées convenablement.
ELEMENTS DE COMPARAISON 177.
Le sultan fixe le jour du sacrifice, dans le courant du mois de juin!,
un vendredi ou parfois un lundi. Il convoque les faki qui doivent y
assister et délégue vers Wara quelques cavaliers conduisant les ani-
maux destinés au sacrifice. En 1957, neuf boeufs seulement furent
immolés ; le faki qui nous guidait dans notre visite nous assura qu’autre-
fois on égorgeait jusqu’a trois ou quatre cents beeufs et chameaux.
Tous males, jamais de femelles?.
Les sacrifices ont lieu le matin entre neuf et onze heures. Un pre-
mier animal est égorgé par les gardiens des tombeaux, a l’entrée de
la zertba qui cloture le cimetiére. Les gardiens restent de chaque cété
de l’ouverture. Le sultan pénétre le premier 4 l’intérieur en franchis-
sant le sang de l’animal sacrifié, puis il autorise les autres participants
a le suivre. Mais aucun membre du clan royal, en dehors du sultan,
n’est présent et n’a le droit de se rendre & Wara.
Sur chaque tombe, ils récitent la fatiha ; les faki lisent le Coran.
On prie d’abord pour soi, en tournant les paumes des mains vers le ciel,
puis pour le mort, les mains étendues au-dessus de la tombe. A Dieu
et aux morts on demande de Ilaide, de l’eau, de la viande et du mil,
la prospérité du pays, d’éloigner les calamités.
Les autres animaux sont égorgés tout autour du cimetiere, égale-
ment par les gardiens. Un repas suit, auquel les faki participent.
D’aprés quelques informateurs, aucune offrande ne serait laissée sur le
sol ; mais, selon d’autres, on laisserait de la viande, du mil et un peu
d’eau (les trois choses demandées).
Une poignée de terre est prélevée sur chaque tombeau. Elle sera
dissoute dans de l’eau pour donner a boire aux malades et aux femmes
qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Au centre du cimetiére se trouve
un heglig (Balanites egyptiaca) sacré, les hommes cueillent quelques
fruits et les mangent. Seules les vieilles femmes peuvent pénétrer dans
le cimetiére ; les jeunes, qui risquent d’étre impures, n’y ont pas accés.
Non loin du cimetiére, aujourd’hui seul lieu de culte, se trouve la
montagne ¢iveya*. Autrefois, l’année de son intronisation, le sultan
se retirait pendant sept jours sur cette hauteur sacrée, aprés avoir fait
les sacrifices dont nous venons de parler. La, dans une « tour » de
pierre (weya) située au sommet de la montagne, il restait sans manger
et sans boire! ; des serpents venaient s’entretenir avec lui. Au sommet.
de cette montagne une jeune fille et un jeune garcon étaient égorgés?.
Le dernier sultan qui se serait rendu sur tiveya serait le sultan Ibrahim
(z898-1900 ou 1901).
Que savons-nous d’autres sur ce haut lieu ?
El Tounsy, séjournant au Wadday en 1810-1811, signale qu’au
sommet du mont Thoraya se trouve une batisse ot sont déposés les
nacaires du sultan’. is
Trémaux, dans son Voyage en Ethiopie, au Soudan oriental et dans
la Nigritie, parle d’une butte, appelée mont Toreia. f
« Au sommet une agglomération de six coupoles, grossierement exécutées
mais dont la toiture est éblouissante, ces coupoles étant recouvertes extérieure-
ment d’ceufs d’autruches juxtaposés... C’est 14 que les sultans vont passer
quelques jours de retraite avant de prendre possession du pouvoir, et ot l’on
suppose que sont enfermés les trésors de l’Etat »4.
Toutefois Trémaux n’a pas visité le Wadday, il n’en parle que par
oui-dire.
Nachtigal est au Wadday en 1873 (la capitale s’est alors déplacée
de Wara a Abbéché). Il parle du mont Thorega, mais ne tient plus,
pour actuels (a tort, semble-t-il) les rites qui y étaient accomplis.
« Quand la résidence royale était a Ouara, le nouveau sultan était tenu
d’aller passer sept jours sur le mont Thorega ot l’on gardait les tambourins.
royaux ; il se rendait ensuite au toumang (cimetiére) et y sacrifiait aux manes.
de ses ancétres, cent bceufs, cent chameaux et cent moutons. La chair en était,
distribuée aux habitants du voisinage qui remplissaient en quelque sorte la
fonction de garde de corps »®.
Les maitres des Coutumes lui dirent : « Ne lui fais pas (de mal) ; c’est votre
enfant. » I] resta, alors, tranquille.
Les maitres des Coutumes parlérent, parlérent longuement et l’ancétre s’en
retourna. Doud-Mourra envoya alors dire aux lettrés (faki) de faire des priéres? ;
ce qu’ils firent. Sept jours se passérent et l’ancétre ne revint pas ; ils mirent fin
aux cérémonies, descendirent de la montagne et distribuerent de nombreuses
aumones (sadaka).
Doud-Mourra partit pour Abbéché ot il tomba malade de la peur qu’il avait
eue a Ouara? ».
1. Il ne semble pas que les faki aient pu monter sur la montagne sacrée.
2. Le Bura-Mabang du Ouadai, récit XII : « Pélerinage de Doud-Mourra
a Toréia », pp. 187-190. ‘
3. Peut-étre les anciens maitres du sol ?
4. TRENGA, récit XIII : « Toréia, lieu de pélerinage », pp. I9I-I92.
5. M.-J. Tusrana, « Un document inédit sur les sultans du Wadday ».
ELEMENTS DE COMPARAISON 181
Then they seized the people of the villages at its foot, boys and girls, and
sacrificed as many as they thought fit, one each day. They also sacrificed a
dark coloured ox, and from the flesh of the ox and that of the children made
a paté from which the Sultan-elect ate, what he left being thrown on the rock.
Then a huge snake came out.
Thus they made food for the Sultan for seven days and they said that any
Sultan who did not go through this ceremony would have no real power »!.
*
* *
5. Au Dar-Fur.
Du céoté du Dar-Fur, en dehors des faits zaghawa déja signalés
(v. pp. 164-166), d’autres lieux de culte : montagnes, pierres ou arbres
attirent notre attention. On s’y rend entre autres pour demander la
pluie, annuellement ou lors de l’intronisation du chef, et lorsque la
récolte est mire. L’intervention d’un serpent-ancétre, la nature des
offrandes, certains liens entre autochtones et envahisseurs se mani-
festant dans l’un ou I’autre de ces rituels, nous font penser que ces
rapprochements ne sont pas inutiles.
I] n’est sans doute pas étonnant de trouver des éléments de compa-
raison chez les populations du djebel Midob, du djebel Tagabo, au
nord du Dar-Fur, et méme du djebel Mun. Peu connues, elles présentent
des affinités probables avec les populations du groupe beR?.
D’autre part l’analyse de faits analogues recueillis chez les Dago,
les Tungur et les Fur (les trois populations qui furent successivement
ala téte du royaume du Dar-Fur) nous conduit a souligner la péren-
nité des activités religieuses, en dépit des changements politiques.
Remarquons que ces différentes populations noires islamisées ont
en commun d’avoir conservé généralement Jeurs langues propres et
leurs coutumes anciennes.
a) Populations du nord du Dar-Fur,
1. Turrtt, — Chez les Turrti du djebel Midob deux cérémonies
ayant pour centre un tambour? sacré, d’origine mystérieuse?, appa-
raissent comme des rites de fécondité et de prospérité.
1. Sans doute une timbale ; l’instrument est en cuivre avec une seule peau.
2. Porté sur le dos d’un chameau sellé mais non accompagné, en méme temps
qu’une épée.
ELEMENTS DE COMPARAISON 183
« Two months before the rains, a small female kid is butchered in the village |
of the malik of dar Turrti. Its skin is cured with the hair on, filled with water
from Anuyro spring (no other water will do) and carried by the malik and two
attendants to wadi Tehro. Here the malik fills a special bowl with the water,
and taking the bowl in his hand proceeds on foot to the hut of the « sacred »
drum sprinkling the track with water as he goes and chanting « God give us
good rains », On arrival at the hut water is sprinkled all around it. The hut
is then opened and the drum taken down, placed on a « ferwa » and sprinkled
with water. Its skin is smeared with a mixture of flour and water in the form
of a cross and it is put back in the hut. That night the malik and his two
attendants sleep beside the hut and next morning they are joined by a large
party of people.
The water remaining in the skin is mixed with flour, the people form up
facing east, and the malik sprinkles them with the mixture chanting « God give
us plenty ».
If any of the mixture remains over it is given to those people who have
sick relatives. The sick are marked with it on the forehead and both cheeks
and given whatever remains of it to drink.
A heifer is butchered, a drum produced and a dance held which is characterised
by bounding into the air. »
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ELEMENTS DE COMPARAISON 185
Sur emplacement de la hutte, le chef asperge d’abord tout autour
de celle-ci, puis on sort le tambour qui est posé a terre sur une peau
tannée. Le chef commence par asperger le tambour, puis il fait sur
la peau qui le recouvre une onction de pite (farine et eau « sacrée »)
en forme de croix.
Le tambour est alors rentré dans la hutte.
En attendant les cérémonies du lendemain, le chef et ses compa-
gnons passent la nuit prés de la hutte.
Le lendemain matin se déroule le deuxiéme acte. Le peuple, qui
s’est rendu a l’emplacement de la hutte, faisant face a Vest, est aspergé
de pate par le chef qui prononce en méme temps une priére demandant
l'abondance (des biens et des hommes ?).
Suivent des réjouissances populaires : on tue une génisse qui sera
mangée ; on danse (une danse « sacrée » ?).
La pate ayant servi a l’aspersion des gens a la vertu de guérir les
malades.
On peut donc bien interpréter cet ensemble d’actes comme tendant
a la prospérité générale.
b) Les Fur.
Les Fur, nous dit MacMichael, sont tous maintenant nominalement
musulmans, mais :
« There is, so far as I have seen, always either a stone or a tree intimately
associated with the malignant local genii whom it is still considered advisable
to placate. Certain spots are « sacred » to these genii, and are known as « maha-
Idt ‘awdid » (« places of customs, or rites ») in Arabic, or « ddingallo » in Fur, »
*
*
Ici, ce n’est pas (ou ce n’est plus) le chef qui a cette charge. Nous
avons affaire 4 un spécialiste, & un expert, dont la fonction est hérédi-
taire et non rémunérée. On aimerait connaitre les rapports entre le
chef et les maitres de la pluie. L’attitude de ces derniers a J’intérieur
de la grotte, ot ils se portent garants du nouveau chef et le présentent
4 « l’ancétre », incline a penser qu ils pourraient bien étre les maitres
de la terre, les premiers occupants du pays.
Dernier point d’interrogation : a qui s’adressent les sacrifices?
Le serpent est-il simplement, comme on nous le dit, un « malignant
local genius », un « devil » qu’il est sage de se concilier (MacMichael) °
Cependant Beaton, tout en employant le terme « devil » laisse entendre
sans équivoque qu'il s’agit bien d’un ancétre. Les informations obte-
nues d’autre part chez les Zaghawa et les Bideyat le confirment. S’il
en était autrement on comprendrait mal des rituels comme celui de
Vintronisation de |’Aba Dimang.
No newly elected shartai would dream of omitting to visit the sacred stone for
the performance of this ritual.
Malik Hasan Kanjok, the present shartai [1920], has indeed been through
the ceremony on two different occasions; once on his first succession and a second
time on reinstatement after his deposition by the late sultan.
No offerings are made to the sacred stone and no celebrations are held in
connection with it to ensure a successful rainfall for harvest ... If however
any of the people of Dar Furnung pass the stone they place for luck and not as
act of veneration, a twig, a piece of grass, a stone or a piece of dung beside it.
The only functions performed by the Warendulu are in connection with
the ceremony at the sacred stone of Furnung, but in a year where there seems
to be a lack of rain he is also called upon to sacrifice a sheep at another stone
near by »1.
1. S.-H. (E.G.), « The sacred stone of Furnung in northern Darfur », pp. 223-
224; on pourra consulter également H. A. MacMicuaet, « The Tungur-Fur of
Dar Furnung », pp. 24-32 et A history of the Arabs, I, pp. 122-128.
2. Cf. chez les Téda « a la nouvelle lune le chef de famille ou sa femme édifie
prés de sa maison autant de petits trous de sable qu’il y a de morts dans sa
194 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
d) Les Dago.
Nachtigal visitant en 1872 les Dago du Sila établis sur la frontiére
entre Wadday et Dar-Fur, signale que, s’ils prétendent étre musulmans,
en réalité ils conservent de nombreuses croyances paiennes. I parle
d’une hutte spéciale, d’un arbre sacré qu’ils arrosent de merise, et
d’une pierre sacrée!.
Est-ce 4 cette pierre que fait allusion un informateur de Mac-
Michael :
« The Dagu of Dar Sula make a regular festival. The sultan and his nobles
attend and all the horsemen, and they place the dihn (grease) in front of a hole in
a certain rock and wait. If the ants—the big black battling ants—come out
it is a good sign and all rejoice. If not the prospect is bad. This particular
system I believe to be confined to Dar Sula »?.
famille, sur chacun il trace une croix, y verse du sel... » (LE C@ur, Dictionnaire
ethnographique téda, p. 160). Cf. également le nombre fréquent de motifs cruci-
féres décorant les cercles. Ils montrent que pour une telle surface les possibilités
sont limitées, voir entre autres J. Des VILLETTES, « La collection de bijoux de la
région de Taza au Musée de l’Homme », Hespéris Tamuda, vol. I, fasc. 2, 1960,
PP. 295-314.
1. G. NACHTIGAL, « Sahara und Sudan », III, p. 200 ou bien Le Voyage de
Nachtigal au Ouaddai, trad. Joost Van Vollenhoven, publié par le Comité de
l'Afrique Francaise, Paris [s.d.], p. 68.
2. MacMicuart, A history of the Arabs, I, p. 74.
3. S. HILLELson, « Notes on the Dago... », pp. 63-64.
4. HILLELSON, op. cit., p. 65.
ELEMENTS DE COMPARASION 195
Le togony des Fur! est sans aucun doute le méme personnage que
le togonye des Dago. Les envahisseurs Fur ont emprunté aux Dago
cette institution?.
Peut-on en rapprocher le takanyon (ou taganyaw) des Zaghawa ?
Du point de vue linguistique, les deux termes présentent une ressem-
blance marquée. Mais que se passe-t-il au niveau des fonctions?
togonye (et togony) apparaissent comme des prétres, faiseurs de pluies.
Le réle du ¢akanyon est double, a la fois religieux et politique. Nous
avons vu qu'il avait une position comparable a celle du warendulu
du Dar Furnung (p. 193).
Ces quatre dignitaires ont encore en commun d’étre étroitement
associés au chef ; les deux fonctions sont complémentaires, lune ne va
pas sans l’autre. Le takanyon et le warendulu, cela est attesté, sont
choisis parmi les anciens maitres du sol : les Mira dans un cas, les
Tungur dans l’autre; est-ce que le togonye et le togony ne sont pas
aussi pris parmi les anciens maitres ? nous nous étions déja posé cette
question (p. 192).
De méme:
. «on Tira el-Akhdar there are also people descended from a species of
snake called evunga, which is the family-name of the snake people »?.
I. kuguy en arabe.
2. On trouvait un haut dignitaire du nom de ¢takumé a la cour des sultans
du Mandara (cf. H. Asso, J.-P. LeBrur et M. Ropinson, « Coutumes du Man-
dara », Bull. I.F.A.N., XI, juil.-oct. 1949, pp. 471-490).
3. Article « Nuba », in Hastings’s Encyclopedia.
196 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
*
* *
A bréviations
14
202 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
BARBOTEU, «Les Erdis, apercu de |’Ennedi», ms., Archives Fada, 1935, 116 p.
BERRE, « Essai sur les Dadjo », ms., Archives Fort-Lamy, 1946, 136 p.
CHATEAUVIEUX, « Renseignements sociologiques et économiques sur les Bideyat »,
ms., Archives Fort-Lamy, 1915, 25 p.
Dias, « Apercu sur les Bideyat Bilia », ms., Archives Fada, 1951, 24 p.
GIOVANCILY, « Eléments de monographie du District de Biltine », ms., Archives
Biltine, 1936, 143 p.
Pao tt, « La Subdivision de Biltine », ms., Archives Biltine, 1927, 94 Pp.
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INDEX
foie : 41, 50, 60, 99, 134, 160, 168, 190, gouffre : 46, 180.
noe Gourf, v. guruf.
folie : 110. GourRoO: 21.
forgeron : 52, 65, 69, QI, I10, 112, gow (ar.), v. Avistida Funiculata.
RUA u20; T27 ei 2onel42—-1 43,6 249= grenier (en poterie crue) : 146, 162.
144, 162. grotte: 51, 97, 155, 156, 170.
fourmiliére : 101, 102. gubba (ar. cl. qubba), v. tombe.
FRANCAIS : 34, 82. gubaka (clan) : 30.
Fur (pop.) : 34, 188-193, 195. GUELEME (génie) : 168.
GUETTARA, v. deli (montagne).
GUIMIR (pop.) : 33.
G gurfu : colline.
gurfu-mara (village) : Ior.
gabak : 40 et n. 1, 83, 129. guru, v. biére de mil.
diadéme de : 139; guru, v. géomancie.
iunbangenys 4OMMe 19) OS Nap2s Ruriuy s(Chetieneset Chet)e ml 4m b> mlze
gaffal, v. Commiphora Africana. 65, 127-132 ; (Canton du) : 13.
gainga (montagne) : 106, 108, 10g, 162; gurufta (ou zaghawa guruf), 15, 127-
village et ouadi : 15, 106, II2, 114, I44, 140-148.
DG gE: guruf-iRi (village) : 141-142, 143.
rituel de : 109-122. gwoila, v. géomanciens.
gayngay, v. tambour. eye (fruit du geyRa : Balanites Aegyp-
gava (clan bideyat) : 168. tiaca) : 59 et n. 2, O1, 102.
gavama (village) : 127. gye-kolt (lieu d’offrandes des nauRa) :
garbo (clan) : 30. 5Oee My 2s
gave (montagne) : 125 gye-kwelt (lieu d’offrandes des turoyda):
garfa (ar.), v. kara. To2)
Garim Haggar (informateur) : 74.
garmanog (ogre) : 180.
gavokuruk (clan) : 30. G
garva (montagne) : 130 et n. I.
gelt (dial. guruf), gent (dial. kobe) : ZauRa (clan) : 15, 88, 99-ro0.
village. Geheman : 65-66.
geli-birt (village) : 15, 128, 135, 142. geli (montagne) : 38.
geli-minna (village) : 15, 128, 135, 142. geli (ouadi) : ror et n. 1.
genigergeRa (clan) : 33, 55, 56, 67. GENENE : 55.
genie, v. manda. ger-ba : 33, 64 et n. 2, 132-133, 137.
genius loci : 76, 170. &ergera (colline) : 33.
géographes arabes : 17-20. Geri (ancétre des kodura : clan bideyat
géomancie : TUS yeDAE 2 meng mAGy bilia) + 71.
158, 162. geti (montagne) : 30.
géomanciens : 137. &gawa : 19 et n. 4.
geyRa, v. Balanites Aegyptiaca. Giar Deregit (informateur) TESORO E
ghatta (ar.), v. hautbois. Te, Ay OY7/-
gigot, v. cuisse. &iniv (ouadi) : 130, 138.
Gire (dernier des fakanyon) : 32. gor, v. danses (des forgerons).
giRi, v. grotte gordogiRa (clan) : 30.
godum (montagne) : 125, 163. &ude (clan) : 15, 31, 55-56, 57, 105,
golda, v. Ziziphus Spina Christi. I06-I10, I1I-I%2, II 4-I15, I1g-122.
GORANES (pop.) : 17, 34, 88, 143, 169, fuel (village) : 127, 128.
173-174. &urga (clan) : 30.
INDEX 213
hili-dugu (village) : 89.
H hiki-ba (résidence du sultan des
Agia a) alo feola 5s 5 asOr
ha : montagne. (ouadi) : 53.
habayge (clan) : 31 et n. 1. Hinawi (chef nawka) : tabl. III.
habayRa (clan) : 88, 155. houe : 145, 149.
ha-bugudi (montagne) : 34, 56 et huna : danses.
sah Sip
hache polie : 161, 168, 169, 176.
Hadir (ancétre des imogu) : 67, 68;
tabl. V.
Haggar (sultan des kobe) : 13, 26, 34,
By CHO sme wily (OGY, GASH (ie ol, BE Gin, wae Ibeda (sultan du kapha) : 82 ; tabl. VI.
tabl. I. Ibrahim (sultan du Wadday) : 178,
Haggar, fils de Harut (sultan des kobe) : 179.
49 ; tabl. I. Ibrahim Konu (sultan du kapha) : 82 ;
hag : 21. tabl. VI.
ha-kige (montagne) : 15, 88, 91 ; Ibrahim Tum (sultan du kapha) : 81 ;
rituel de : 89-98. tabl. VI.
ha-kobe (montagne) : 14, 25, 26, 30, ‘td al-kabiy :; 35 n. 2, 72.
32, 35, 36, 39, 150; ‘td as-saghiy : 72 N. 2.
village : 33, 393 ide-avat (village) : 33.
rituel de : 35-48. Idi (fondateur du clan idiya) : 152;
hala (village) : 89, 91, 96, 100; tabl. IX.
manda : 89, 96-97. idiya (clan bideyat bilia) : 152, 156.
Hamdalla (chef du we) : 65, 66; Idris (mogdum du kapka) : 13, 78, 87,
tabl. IV. OSPOOmlO2Z eis etm. ie
hani moru, v. (insectes) ancétres. Idris (fils de Nosur KebeRa) : 74;
havaz (ar.), v. Acacia Faidherbia tabl. V.
Albida. Idris Isaka (informateur) : 127.
haraz (village) : 14. iDo, v. 1Ru.
Harut (sultan des kobe) : 49; tabl. I. idugili (lieu de culte chez les Zaghawa
Hasan (chef du guruf) : 130; tabl. VIII. du Dar-Fur) : 164.
Hasan, fils de Borgu (sultan du kapha) : tiga, v. place d’assemblée;
We, Wap, (32 5 ieeyoyl, WEIL village : 63.
Hasan, fils de Dugi (sultan du kapha) : iguane : 140.
Gey, foi 2 aul, WWM Ikoru (chef baga, bideyat bilia) : 152.
‘Hasir (premier chef imogu) 68; tla, Vv. ina.
tabl. V. imam : 100, 127.
ha-tey (montagne) : 34, 56 et n. 4. imina-nu (village) : 89.
Hatim narama (informateur) : 67, 72 ; imo : autruche.
tabl. V. imogu (clan) : 30, 67-74, 75, 70;
hautbois : 37 n. 3. (chefferie des) : 14, 15.
hawas (ouadi) : 56. imo-kurun : le jeu de l’autruche, v.
‘ha-ya (montagne) : 77, 78, 83; danses (de l’autruche).
rituel de : 82-85. ama : chef: 14, 16, 29, 32, 89, 9I, 92,
ha-yer (montagne) : 33. OsiZore tabi Leer livery VE
heflig (ar.) v. Balanites Aegyptiaca. ima Ali (chef des borsu) : 61.
Heriga (chef naula) : 61 ; tabl. III. ina-bie-teli (lieu de sacrifice des
Hetim (sultan des kobe) : tabl. I. naukta) : 59 et n. 3.
Hilan (chef des kobe) : tabl. I. ina-giki, v. erbet-gihi.
214 INDEX
CARTES
Les cartes concernant le pays zaghawa ont été dressées d’aprés les fonds
topographiques au 1/1 000 000% et au 200 0008 (carte muette) de l’I.G.N. Les
toponymes ont été recueillis sur place par les membres de la mission. I] n’a pas
été toujours possible de situer chaque endroit cité.
PREFACE
INTRODUCTION
1, Le pays peas : :
2. Les Zaghawa et les Beogr phe arabes :
3. La pénétration de l’Islam en pays zaghawa .
A. Les Kiregu 49
B. Les Tubugi 50
226 SURVIVANCES PREISLAMIQUES EN PAYS ZAGHAWA
A. Les Imogu
1. Origines
2. Interdits
3. La danse imo-kurun 4 :
4. Les sacrifices sur la montagne darbara :
B. Les DeniRa
I. Origines ‘
2. Les sacrifices de la montagne deni.
ie LE RITUEL DE Ha-Ya.
A. Les faits
1. Les préliminaires a sacrifice .
2. L’immolation de la chamelle
B. Signification et valeur du rite .
I. GENERALITES.
A. L’enquéte 105
B. Le cadre historique To6
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TRAVAUX ET MEMOIRES
DE L°INSTITUT D’ETHNOLOGIE
Collection fondée par MM. Lucien LEVY-BRUHL,
Marcel MAUSS et Paul RIVET.
Conen (Marcel). Instructions d’enquéte linguistique. Paris. 1950, 143 pages, nouvelle
COLO MIN=Co OF BA
i, nee Zone franc 5,00 F — Pays hors de la zone franc $ 41.00
Conen (Marcel). Questionnaire linguistique. I et II. Nowvelle édition, Paris, 1951, in-8°. 3,00 F
Tous les paiements doivent étre faits au nom de l'Institut d’Ethnologie, Musée de V Homme,
Palais de Chaillot, Place du Trocadéro, Parts (16¢), soit par cheque, barré ou non, soit par chéque
postal. Agent spécial des Recettes de l'Institut d’Ethnologie, Parts 9062-99.
LES QUATRE CANTONS ZAGHAWA DU OUADDAI ET LEURS VOISINS
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