Martini Ue: Sainte-Lucie - Saint-Vincent Et Les Grenadines
Martini Ue: Sainte-Lucie - Saint-Vincent Et Les Grenadines
Martinique
Sainte-Lucie - Saint-Vincent
et les Grenadines
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TAPEZ [Link]
DANS LE NAVIGATEUR
DE VOTRE SMARTPHONE.
PRENEZ UNE PHOTO DE LA PAGE
DÈS QU’ELLE A CE PICTO !
PENDANT
VOTRE VOYAGE,
PRENEZ EN PHOTO
CETTE PAGE ET
VOUS AUREZ
LES BONNES
ADRESSES AUTOUR
DE VOUS !
CLAVERIN
D
es plages de carte postale, une extraordi-
naire biodiversité préservée, des jardins
fantastiques, quelques volcans assagis,
et partout, des témoignages de son passé
tumultueux...
Petit bijou de terre baignant dans les eaux cari-
béennes, la Martinique est une île aux multiples facettes. Sa
faune et sa flore débordent de couleurs et regorgent de tré-
PA SS EP
OR T sors. Entre randonnées le long des côtes caribéennes, trails
au cœur de la forêt tropicale, cascades, mangroves, bassins
naturels, sommet de la montagne Pelée et anses paradi-
siaques, celle que l’on surnomme l’île aux fleurs surprend
par son extraordinaire diversité. Elle a plus d’un tour dans
son sac pour vous étonner : activités nautiques, sensations
fortes, événements hauts en couleur…
Empreinte d’une identité historique et culturelle forte,
elle abrite une nature sauvage et exubérante qui
se laisse apprivoiser par ceux qui tentent de percer
ses secrets. Comme ses habitants d’ailleurs, métissés
et chaleureux, qui font régner ici une ambiance joyeuse
et une douceur de vivre communicatives. Terre de tradi-
tions, à la tête d’un patrimoine et de coutumes qu’il faut
absolument sauvegarder pour les générations à venir,
c’est aussi une île courage qui se relève de tous ses
déboires : colonialisme, ouragans, séismes…
Cette île attachante à l’histoire bouleversante vous
accueille les bras ouverts, fière de son terroir et de ses
richesses, et saura vous surprendre, loin, très loin de
nos quotidiens assommants. Dépaysement garanti !
SOMMAIRE Fl amb
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263 CÔTE
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ed
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ATLANTIQUE
Une nature authentique et préservée,
à travers des plages sauvages
mais aussi des fonds blancs,
parmi les plus beaux du monde
et des bananeraies à perte de vue.
266 : Côte Atlantique
289 NORD
Chapeautée par la montagne Pelée,
du haut de ses 1 397 mètres d’altitude,
c’est la région de prédilection des
385 SAINT-VINCENT-
amoureux de nature et de tourisme vert. ET-LES-GRENADINES
293 : Nord caraïbe
Situées entre Sainte-Lucie, au nord,
330 : Nord intérieur
et Grenade, au sud, les 32 îles qui com-
339 : Nord atlantique
posent cet archipel offre l’une des
plus belles facettes de la Caraïbe.
388 : Saint-Vincent
396 : Les Grenadines
361 SAINTE-LUCIE
403 ORGANISER
Ce petit État membre du Commonwealth
situé au sud de la Martinique, abrite
des paysages de toute beauté
d’une grande variété couronnés
par les deux Pitons, extraordinaires
SON SÉJOUR
Les conseils pour réussir son séjour en
pains de sucre volcaniques, Martinique, destination familiale par
symboles de Sainte-Lucie. excellence, pour des vacances sereines
364 : Nord de l’île avec des enfants ou entre amis.
377 : Sud de l’île 404 : Pratique
410 : S'y rendre
412 : Séjours et circuits
tr ac e s d e Bas s e Poi nt e. © I S A
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418 : Se loger
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420 : Se déplacer
427 : S'informer
428 : Index © IS A
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3
ÉTATS-UNIS
MACOUBA
GRAND-RIVIERE
BASSE-POINTE
CUBA
Réserve Biologique
Intégrale du Prêcheur Réserve Biologique MARTINIQUE
Grand'rivière Intégrale de la
Montagne Pelée LE LORRAIN
N1 Océan
LA MONTAGNE
Piton Marcel PELÉE Atlantique COLOMBIE
(1026) (1397) AJOUPA-BOUILLON LE MARIGOT BRÉSIL
Cône de 1902 Sommet Ouest
(1364) (1388)
LE PRÊCHEUR N3
Petit
Bonhomme L'aileron D15
(1140) (1107)
SAINTE-MARIE
4
Havre de
MORNE-ROUGE La Trinité Réserve Naturelle de
ANSE-AZEROT la Presqu'île de la
Morne-Jacob Caravelle
N2 (884) N1 TARTANE
Rade de Saint-Pierre
SAINT-PIERRE LA TRINITÉ
MORNE-DES-ESSES Baie du Galion
FONDS-SAINT-DENIS
D15
GROS-MORNE
LE CARBET LE-MORNE-VERT Piton Boucher D3
(1070) N4
Piton Lacroix N3
(1197) SAINT-
BELLEFONTAINE JOSEPH LE ROBERT Havre du Robert
D3
N2
N4
CASE-PILOTE
LE LAMENTIN
N2006
D41
LE FRANÇOIS
SCHŒLCHER FORT-DE-FRANCE N6
Montagne du
Vauclin (504)
Bois la
LES TROIS-ÎLETS Charles LE VAUCLIN
RIVIÈRE-SALÉE N8
Morne Bigot
(467)
Morne la Morne Gardier
Plaine (393) (399)
5
N6
N5
N8 Domaine du
RIVIÈRE-PILOTE Grand Macabou
LES ANSES-D’ARLET
Mer LE DIAMANT
Morne Aca LE MARIN
des Caraïbes Morne Larcher SAINTE-LUCE (268)
(477)
Cul-de-sac
du Marin
SAINTE-ANNE
Réserve Naturelle
des Îlets de Sainte-
Anne
Étang des
Salines
2 KM
QUAND
Y ALLER
© GWENYTHLLOYD -
[Link]
amateurs de crustacés qui En mai, Saint-Pierre s’éveille
réunit vendeurs de crabes, pour célébrer en grande pompe
cuisiniers, exposants, et l’éruption de la montagne Pelée
consommateurs ! et l’abolition de l’esclavage.
FOIRE AGRICOLE COMMÉMORATION Pendant 3 jours, tous les
ET ARTISANALE DE L’ABOLITION jardins de l’île s’animent
DE RIVIÈRE-PILOTE DE L’ESCLAVAGE pour faire découvrir leurs
(RIVIÈRE-PILOTE) Rencontres culturelles, richesses au grand public.
Produits péyi, artisanat mar- expositions et spectacles cé- Un incontournable !
tiniquais et cuisine créole lèbrent aux quatre coins de
sont au programme de cette l’île l’abolition de l’esclavage
grande foire 100 % locale. en Martinique.
OCTOBRE NOVEMBRE DÉCEMBRE
ى23° / 31° ى22° / 30° ى22° / 30°
TOURNOI SEMI MARATHON LA TRANSMARTINIQUE
INTERNATIONAL INTERNATIONAL Une randonnée sportive de
DE PÊCHE SPORTIVE DE FORT-DE-FRANCE près de 134 km qui rallie
AU MARIN (FORT-DE-FRANCE) Sainte-Anne à Grand-Rivière
(FORT-DE-FRANCE) L’un des événements spor- à travers les mornes, pitons
Qui rapportera le plus gros tifs de l’année qui accueille et ravines de l’île.
poisson ? C’est le défi des des centaines d’athlètes
pêcheurs chevronnés lors de venus de toute la Caraïbe et
ce tournoi international de de la métropole !
pêche sportive.
LA TOUSSAINT
ET LE JOUR
DES DÉFUNTS
Illuminations, musique et réu-
nions familiales. En Martinique,
la commémoration des défunts
est une tradition bien vivace.
7
LES BONNES
RAISONS
D'Y ALLER
© STEFANO ZACCARIA - [Link]
UNE DESTINATION
PARADISIAQUE
Cocotiers, sable blanc et eau
turquoise : embarquez pour des
paysages de carte postale !
© MICHAEL - [Link]
© STEVEGEER - [Link]
8
© JCH DUSANTER
© CATHERINELPROD - [Link]
UNE NATURE
EXTRAORDINAIRE
Sa nature généreuse et sa bio-
diversité unique lui ont valu
son surnom d’île aux fleurs.
LA DOUCEUR
© MARIDAV - [Link]
DE VIVRE À LA CRÉOLE
En terre créole, on prend le
temps : de vivre, de profiter
de la vie et de se poser !
© PETR KOVALENKOV - [Link]
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LES BONNES
RAISONS
D'Y ALLER
UNE TERRE
DE TRADITIONS
Belè, lasotè, jardin créole…,
l’île cultive des traditions
qui ont traversé les siècles.
© GILLES MOREL
© BLUEORANGE STUDIO - [Link]
© EQROY - [Link]
UNE LOCALISATION
A VIVRE EN FAMILLE PRIVILÉGIÉE
Châteaux de sable, activités La Dominique, Sainte-Lucie
nautiques et balades en forêt : et les îles alentour ne sont
le rêve pour les enfants ! qu’à quelques encablures !
10
LES 12
MOTS-CLÉS
#CARNAVAL #FONDS BLANCS
C’est sans conteste la plus grande fête de l’an- Honnis par les navigateurs, plébiscités par les
née, liesse qui emporte l’île entière dans son touristes, ils participent au mythe paradisiaque
sillon. Au cœur du carnaval, chaque journée est de l’île. Ces fonds sablonneux immaculés, of-
unique : lundi et ses mariages burlesques, Mardi frant très peu de profondeur, prospèrent le long
gras marqué d’un rouge et noir diabolique, mer- de la côte atlantique, entre le Robert, le François
credi des Cendres en noir et blanc en signe de et Sainte-Anne, en passant par la légendaire
deuil (c’est le jour où l’on brûle Vaval, le roi du baignoire dans laquelle Joséphine aimait tant
carnaval). se rafraîchir...
#HABITATION
Le terme désigne par extension le domaine du
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
#CRÉOLE
Né à l’origine du besoin de communication entre
maîtres blancs et esclaves noirs déracinés, le
© HLPHOTO - [Link]
11
LES 12
MOTS-CLÉS
#MORNE #YOLE
Nombreux en Martinique, les mornes sont des L’histoire de cette embarcation unique au
petites collines aux altitudes très diverses selon monde, typique de l’île, commence avec les
les endroits, de quarante à plusieurs centaines premiers navigateurs amérindiens. Fruit d’un
de mètres. Ils offrent généralement des panora- savoir-faire hérité des anciens pour réaliser une
mas somptueux sur les côtes, caraïbes ou atlan- coque aux lignes pures dotée d’une large voilure
tiques, et se transforment parfois en pitons au carrée, sans lest ni quille plombée, la yole, avec
nord, voire même en mini-montagnes un peu ses voiles colorées, symbolise l’osmose entre
partout sur l’île ! l’Homme et la mer.
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
© PACK-SHOT - [Link]
#TI-PUNCH #ZOUK
Certains l’aiment « sec-sec » (sans rien !), Ce genre musical créé au début des années
d’autres le préfèrent avec un trait de citron et un 1980 a été popularisé par le groupe Kassav’.
soupçon de sucre. Quoi qu’il en soit, le ti-punch Si l’oreille avertie distingue facilement les dif-
est une institution en Martinique. L’expression férents types de zouk (zouk béton, zouk love
s’inspirerait du « punchon », petit fût servant et même zouk métal), aujourd’hui « zouk »
au conditionnement du tafia, lui-même dérivé désigne la musique, la danse ou le lieu de fête.
du vieux français « ponçon », « ponchon », Bien mieux qu’un médicament, c’est un véritable
« poinçon »... remède contre la morosité.
12
MA MARTINIQUE
par Laure Lambert, auteur du guide
© LAURE LAMBERT
Interview
Journaliste et auteur
depuis plus de dix ans,
Laure adore écrire
et, par-dessus tout,
voyager, partager,
s’évader et nourrir
sa soif insatiable de
découvertes ! Sa valise
est toujours prête pour
partir aux quatre coins
du monde et découvrir
de nouvelles cultures.
La Martinique ? C’est
bien plus qu’un simple
voyage puisqu’elle en
est tombée amoureuse
grâce au Petit Futé et y
a habité un moment.
13
DISTANCES
TEMPS DE TRAJET
FORT-
FORT-
LE
LE CARBET
CARBET DE-FRANCE
DE-FRANCE LE
LE FRANÇOIS
FRANÇOIS LE
LE LAMENTIN
LAMENTIN LE
LE MARIN
MARIN
31
31 KM
KM 54
54 KM
KM 40
40 KM
KM 55
55 KM
KM
LE
LE CARBET
CARBET
45mn
45mn 1h
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45mn 1h15
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24 KM
KM
FORT-DE-FRANCE
FORT-DE-FRANCE
45mn
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30mn
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54 KM
KM 22
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KM 15
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KM 17
17 KM
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LE
LE FRANÇOIS
FRANÇOIS
1h
1h 30mn
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30mn 30mn
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40 KM
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KM 15
15 KM
KM 21
21 KM
KM
LE
LE LAMENTIN
LAMENTIN
45mn
45mn 15mn
15mn 30mn
30mn 30mn
30mn
55
55 KM
KM 24
24 KM
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17 KM
KM 21
21 KM
KM
LE
LE MARIN
MARIN
1h15
1h15 30mn
30mn 30mn
30mn 30mn
30mn
48
48 KM
KM 17
17 KM
KM 13
13 KM
KM 99 KM
KM 28
28 KM
KM
LE
LE ROBERT
ROBERT
1h
1h 30mn
30mn 30mn
30mn 15mn
15mn 45mn
45mn
77 KM
KM 34
34 KM
KM 56
56 KM
KM 42
42 KM
KM 75
75 KM
KM
SAINT-PIERRE
SAINT-PIERRE
15mn
15mn 45mn
45mn 1h10
1h10 55mn
55mn 1h35
1h35
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78 KM
KM 47
47 KM
KM 28
28 KM
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45 KM
KM 26
26 KM
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SAINTE-ANNE
SAINTE-ANNE
1h30
1h30 1h
1h 45mn
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1h 45mn
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58 KM
KM 26
26 KM
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30 KM
KM 24
24 KM
KM 77 KM
KM
SAINTE-LUCE
SAINTE-LUCE
1h15
1h15 30mn
30mn 45mn
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47 KM
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35 KM
KM 31
31 KM
KM 27
27 KM
KM 45
45 KM
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SAINTE-MARIE
SAINTE-MARIE
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1h15 45mn
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45mn 30mn
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1h
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26 KM
KM 12
12 KM
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34 KM
KM 20
20 KM
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35 KM
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SCHOELCHER
SCHOELCHER
45mn
45mn 15mn
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57
57 KM
KM 26
26 KM
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30 KM
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24 KM
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14 KM
KM
LES
LES TROIS-ILETS
TROIS-ILETS
1h15
1h15 30mn
30mn 45mn
45mn 45mn
45mn 45mn
45mn
14
L
es transports en commun étant peu nombreux en Martinique, louer un véhicule est
fortement recommandé pour sillonner l’île. Sachez que les environs de Fort-de-France
sont très encombrés, et ce, dès 6h du matin (et dans le sens retour, dès 15h). Dans
l’ensemble, le réseau routier martiniquais est plutôt bien entretenu. Mais gare aux dos d’âne
et, sur les départementales, aux nids de poule et aux chiens qui traversent. En cas de pluie,
levez le pied et redoublez de prudence.
SAINT-
SAINT- SAINTE-
SAINTE- SAINTE-
SAINTE- SAINTE-
SAINTE- SCHOELCHER LES
LES TROIS-
TROIS-
LE
LE ROBERT
ROBERT SCHOELCHER
PIERRE
PIERRE ANNE
ANNE LUCE
LUCE MARIE
MARIE ILETS
ILETS
48
48 KM
KM 77 KM
KM 78
78 KM
KM 58
58 KM
KM 47
47 KM
KM 26
26 KM
KM 57
57 KM
KM
1h
1h 15mn
15mn 1h30
1h30 1h15
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45mn 1h15
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17
17 KM
KM 34
34 KM
KM 47
47 KM
KM 26
26 KM
KM 35
35 KM
KM 12
12 KM
KM 26
26 KM
KM
30mn
30mn 45mn
45mn 1h
1h 30mn
30mn 45mn
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15mn 30mn
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13
13 KM
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56 KM
KM 28
28 KM
KM 30
30 KM
KM 31
31 KM
KM 34
34 KM
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30 KM
KM
30mn
30mn 1h10
1h10 45mn
45mn 45mn
45mn 45mn
45mn 45mn
45mn 45mn
45mn
99 KM
KM 42
42 KM
KM 45
45 KM
KM 24
24 KM
KM 27
27 KM
KM 20
20 KM
KM 24
24 KM
KM
15mn
15mn 55mn
55mn 1h
1h 30mn
30mn 30mn
30mn 30mn
30mn 30mn
30mn
28
28 KM
KM 75
75 KM
KM 26
26 KM
KM 77 KM
KM 45
45 KM
KM 35
35 KM
KM 14
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KM
45mn
45mn 1h35
1h35 45mn
45mn 15mn
15mn 1h
1h 45mn
45mn 30mn
30mn
40
40 KM
KM 41
41 KM
KM 32
32 KM
KM 18
18 KM
KM 28
28 KM
KM 32
32 KM
KM
1h05
1h05 1h
1h 45mn
45mn 30mn
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45mn 45mn
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40
40 KM
KM 80
80 KM
KM 60
60 KM
KM 40
40 KM
KM 30
30 KM
KM 60
60 KM
KM
1h05
1h05 1h45
1h45 1h15
1h15 55mn
55mn 40mn
40mn 1h15
1h15
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41 KM
KM 80
80 KM
KM 25
25 KM
KM 59
59 KM
KM 58
58 KM
KM 35
35 KM
KM
1h
1h 1h45
1h45 45mn
45mn 1h30
1h30 1h15
1h15 45mn
45mn
32
32 KM
KM 60
60 KM
KM 25
25 KM
KM 48
48 KM
KM 38
38 KM
KM 15
15 KM
KM
45mn
45mn 1h15
1h15 45mn
45mn 1h
1h 45mn
45mn 30mn
30mn
18
18 KM
KM 40
40 KM
KM 59
59 KM
KM 48
48 KM
KM 46
46 KM
KM 49
49 KM
KM
30mn
30mn 55mn
55mn 1h30
1h30 1h
1h 1h
1h 1h
1h
28
28 KM
KM 30
30 KM
KM 58
58 KM
KM 38
38 KM
KM 46
46 KM
KM 37
37 KM
KM
45mn
45mn 40mn
40mn 1h15
1h15 45mn
45mn 1h
1h 45mn
45mn
32
32 KM
KM 60
60 KM
KM 35
35 KM
KM 15
15 KM
KM 49
49 KM
KM 37
37 KM
KM
45mn
45mn 1h15
1h15 45mn
45mn 30mn
30mn 1h
1h 45mn
45mn
15
TOP 10
SPÉCIAL PÉYI
L
a Martinique n’est pas seulement une « île aux fleurs », elle recèle une profusion de
fruits, de légumes et de plantes d’une richesse inégalée, à la faveur de conditions
météorologiques et d’un terroir uniques. Une telle nature généreuse a convaincu
certains pionniers de se lancer dans la production de produits 100 % locaux dits
« péyi », afin de remettre à l’honneur les saveurs martiniquaises : des pâtisseries
et burgers locaux, mais aussi des productions endémiques longtemps oubliées
(vanille, cacao…). Ici aussi, la tendance « lokalvore » a le vent en poupe.
B
234
BK
©
131
BKB
FORT-DE-FRANCE
Avec une dizaine d’établissements, CERISE PÉYI
cette enseigne met à l’honneur RIVIÈRE-PILOTE
le burger martiniquais élaboré Un jardin créole à portée de clic ?
avec des produits 100% locaux. Cerise Péyi, c’est la garantie de
produits sains et savoureux,
CARIBBEAN ELIXIR cultivés en circuits courts.
SAINTE-ANNE
Des Kosmetik péyi réalisés
à partir de fruits, graines et MO
RE
L
DOMAINE DE LA VALLÉE
MORNE-ROUGE
Cette ferme agrotouris-
tique s’est lancée dans la
production de vanille locale
259 et souhaite développer une
filière interrégionale.
16
LA FÉE SYLDA
S
DE
FORT-DE-FRANCE
AN
RM
Des douceurs (pâtisseries,
GOU
gato péyi) mêlant savoir-
LES
faire et typicité locale,
© LES I
héritées de la plus pure
tradition martiniquaise.
DA
YL
EE S
© LA F
HABITATION CÉRON
LE PRÊCHEUR
Ce site historique s’est lan-
cé dans l’aventure cacao :
il possède plus de 2 000
cacaoyers et fabrique
ses propres tablettes !
© SA
VO N
NE
RIE
AN
TI
LL
AI
SE
186
LA SAVONNERIE ANTILLAISE
LES TROIS-ÎLETS
Des savons et des produits de soin
issus d’une fabrication 100% locale
avec des huiles essentielles,
végétales et plantes locales.
17
TOP 10
SPIRITOURISME
L
a Martinique est célèbre pour son rhum, le seul au monde à bénéficier de
l’appellation d’origine contrôlée et dont la qualité ne cesse de progresser
ces dernières années, au point de devenir désormais un produit d’exception
qui s’exporte à travers le monde. Avec 7 distilleries en activité et 14 rhumeries, l’île
a également su développer le spiritourisme et convier les visiteurs à des circuits
dédiés, dans les coulisses de la production de ce divin nectar. Notre sélection des
10 sites qui conjuguent beauté des lieux, attrait culturel et dégustation de cuvées de haute
qualité.
EN
EZ
DR
E
LL
153
E
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OR
IS
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AV
AF
©L
272
DISTILLERIE A1710
LE FRANÇOIS DISTILLERIE LA FAVORITE
À l’habitation du Simon, LE LAMENTIN
cette jeune distillerie a fait Flibuste, Rivière Bel Air,
le pari de la qualité et se la Digue… voici quelques-
distingue par ses rhums unes des cuvées de cette
agricoles d’exception. authentiqueedistillerie qui
fête sa 180 production.
DISTILLERIE J.M
MACOUBA EIS
SON
De la récolte de la canne à la mise LE
RI
EN
DISTILLERIE NEISSON
LE CARBET
Immersion dans l’une des
357
dernières distilleries familiales
au terroir unique, connue pour
sa bouteille aux « zépol karé ».
18
DISTILLERIE
SAINT-JAMES
SAINTE-MARIE
Avec son musée du rhum,
ce site très fréquenté permet
© H SE
d’appréhender tous les
stades de la fabrication du
rhum AOC de Martinique.
T T E RS T O K .C O M
C
HABITATION SAINT-ÉTIENNE
SHU
350 GROS-MORNE
T-
HO
HABITATION CLÉMENT
LE FRANÇOIS
Ce haut lieu du spiritourisme
en Martinique est célèbre
pour sa fondation d’art
contemporain, son splendide
parc et ses rhums AOC.
© G IL L ES M O R EL
273 PLANTATION TROIS
311 RIVIÈRES
SAINTE-LUCE
HABITATION DEPAZ Se plonger dans la fabrication
SAINT-PIERRE du rhum comme si on y était :
Surveillé par la montagne c’est la nouveauté de la maison
Pelée, ce lieu chargé célèbre pour ses rhums vieux.
d’histoire raconte le destin
incroyable de ses rhums
à la saveur incomparable. 219
© LA
I VI È R E S
MA
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RO IS R
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233
DISTILLERIE LA MAUNY
RIVIÈRE PILOTE
C’est l’un des domaines les plus embléma-
tiques de la Martinique. Visiter le domaine
Maison La Mauny, c'est entrer au cœur de
la production du rhum AOC en Martinique.
19
TOP 10
SPOTS PHOTO
E
nvie d’en prendre plein la vue ? Aucun doute, en Martinique, vous ne serez pas
déçus ! Entre les plages de carte postale, son extraordinaire biodiversité tropicale
préservée, son histoire géologique qui a fait naître des curiosités désormais
incontournables comme le Diamant et la Montagne Pelée, la Martinique, l’île aux
multiples facettes, est un véritable joyau baignant dans les eaux caribéennes et
de l’Atlantique. Notre sélection des plus beaux spots de l’île pour en prendre plein
la vue et faire de magnifiques photos à poster sur les réseaux.
.C O M
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ÉGLISE SAINT-HENRI
LES ANSES D’ARLET
196 Un ponton immaculé
surmonté d’un clocher qui
mène tout droit dans la mer ANSE DES SALINES
des Caraïbes, c’est le cliché SAINTE-ANNE
phare de ce village star. Sable blanc, cocotiers, eau cris-
talline et chaude à souhait…
Sur ce petit bout de carte pos-
tale, vous ne serez pas seul !
RÉSERVE NATURELLE
DE LA CARAVELLE
TARTANE
Sur la somptueuse presqu’île de la Cara-
velle, ce charmant port de pêcheurs coule 358
EN
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RANDO GRAND-RIVIÈRE –
ANSE-COULEUVRE
GRAND-RIVIÈRE
Percé de falaises échancrées,
ce village authentique et isolé
343 qui fait face à une mer déchaînée
a le charme des bouts du monde…
20
ROCHER
DU DIAMANT 210
O
H OT
LE DIAMANT
EN P
Vestige de l’activité vol-
canique, ce célèbre rocher
offre, avec la femme
couchée, un spectacle
grandiose sur la mer
des Caraïbes.
ANSE
CARITAN 248
SAINTE-ANNE
L’un des spots les plus
plébiscités de l’île : une ba-
© T PHOTOGRAPHY / [Link]
ANSE 325
CÉRON
LE PRÊCHEUR
Sur cette jolie anse de
sable noir cachée dans un
écrin sauvage et luxuriant,
on ose se transformer
MARCHÉ 314 en Robinson
DE SAINT- Crusoé !
PIERRE
SAINT-PIERRE
Au pied de la montagne Pelée,
Saint-Pierre déroule son bourg
authentique encore marqué ANSE
par l’histoire vers une DUFOUR ET 195
baie majestueuse.
ANSE NOIRE
LES ANSES D’ARLET
ÎLETS Le yin et le yang : l’Anse Noire
DE SAINTE- et son étendue de sable
249 noir d’origine volcanique
ANNE contraste avec la
SAINTE-ANNE blancheur de l’Anse
Entre plages bordées de Dufour.
cocotiers et rivages abrupts,
à quelques centaines de
mètres de la côte, des
îlets perdus dans
l’océan.
21
IDÉES DE SÉJOUR
A
ccessible grâce à des billets d’avion souvent attractifs, la Martinique est une
destination qui cumule les atouts: plages de rêve, randonnées faciles, loisirs
nautiques, le tout en parfaite sécurité ! L’île se prête volontiers à des vacances
en famille, seul ou entre amis, d’une durée variable : une semaine pour les
plus pressés, quinze jours pour les plus chanceux ! Partez sillonner des lieux
paradisiaques ourlés d’eaux turquoise. Ce sera aussi l’occasion, au détour de
vos pérégrinations, de découvrir un patrimoine riche, aux traditions fortes, des habitants
accueillants fiers de leur incroyable terroir et d’authentiques villages de pêcheurs. D’escapade
entre terre et mer, entre farniente et sports, prenez le temps de savourer les richesses qu’offre
la forêt tropicale, les anciennes plantations à l’histoire mouvementée, de goûter aux saveurs
colorées de la gastronomie martiniquaise et de prendre le temps d’apprécier. Tout simplement.
22
© GOYOCONDE - [Link]
Vue depuis le François.
ce genre d’excursion : départ le matin vers 9h, tamarans ». Départs proposés depuis Les Trois-
découverte des îlets, commentaires sur la végé- Îlets êêê (p.164), Le Marin êêê (p.234)
tation, arrêt baignade et baptême du rhum aux ou Sainte-Anne êêê (p.248). Le circuit le
fameux « fonds blancs », déjeuner et retour en plus classique est la côte sud caraïbe et pour les
fin d’après-midi. amoureux de la mer, la journée à Sainte-Lucie
IDÉES DE SÉJOUR
(île anglophone située au sud). Départ vers 9h
› Jour 8 - Excursion en 4x4 et retour au coucher du soleil. Déjeuner à bord,
Grâce à la topographie et au climat de l’île, de arrêts baignade avec possibilité de snorkeling.
nombreux prestataires organisent des balades
en 4x4. C’est une façon assez originale d’explo- › Jour 12 - Journée culturelle
rer l’île, et de manière générale, la formule plaît. Dédier une journée à la culture locale n’est pas
Deux circuits et deux concepts forts différents de trop. Vous pourrez pour ce faire entreprendre
sont proposés : le Nord êêê (p.289) ou le la visite d’une des célèbres distilleries martini-
Sud êêêê (p.159). Pour l’authenticité et la quaises dans la matinée. Tour au musée de la
forêt tropicale, préférez le Nord. Maison de la Canne (p.165) dans l’après-midi,
avant d’assister à un combat de coqs dans un
› Jour 9 - Journée sportive pitt, du côté de Rivière-Pilote êê(p.230).
Vous pouvez consacrer les deux journées sui-
vantes à des activités sportives : plongée sous- › Jour 13 - Départ
marine (1/2 journée), balade en scooter des C’est déjà le départ. La plupart des vols sont
mers (1/2 journée) ou en canoë-kayak du côté fixés en fin d’après-midi. Certaines structures
du Robert êêê (p.283), du François êêê d’hébergement vous permettent de vous chan-
(p.271), des Trois-Îlets êêê (p.164) ou ger avant le départ à l’aéroport en mettant à
de Cap-Chevalier, mais aussi planche à voile à votre disposition une bagagerie et des douches.
Cap-Chevalier, survol touristique en avion ou en C’est un avantage, car vous pouvez ainsi profiter
hélicoptère, canyoning... Les possibilités sont pleinement de vos derniers instants dans l’île,
multiples. en prévoyant une petite baignade par exemple.
› Jour 10 - Journée sportive LA MARTINIQUE POUR LES SPORTIFS
Seconde journée active. Adonnez-vous à l’acti- Pas de place à l’ennui sur les Îles sous le vent !
vité de votre choix. Les plus contemplatifs pré- Adeptes de la randonnée, du 4x4, du vélo ou
féreront une belle journée de farniente en bord de la plongée découvriront la grande diversité
de plage. de la Martinique, loin des cités balnéaires. Pour
› Jour 11 - Journée en mer : les férus de sport nautique, les Antilles sont
aussi célébrées pour leur climat et leurs vents.
côte Sud ou Sainte-Lucie Les amateurs de golf peuvent se renseigner
Journée day charter, ce qui signifie balade en auprès du golf des Trois-Îlets ou de tour-opéra-
mer à bord d’un bateau, souvent des « maxi-ca- teurs spécialisés.
23
IDÉES DE SÉJOUR
› Jour 1 - Arrivée en Martinique noë-kayak du côté du Robert êêê (p.283),
Vous arrivez à l’aéroport du Lamentin (p.144). du François êêê (p.271), des Trois-Îlets
Vous êtes peut-être épuisé par le voyage et vous êêê (p.164) ou de Cap-Chevalier, ou peut-
n’avez qu’une idée en tête : filer vers votre lieu être planche à voile à Cap-Chevalier.
de villégiature. Une bonne douche, un ti-punch
de bienvenue et au lit. › Jour 6 - Randonnée dans la Savane
des Pétrifications
› Jour 2 - Excursion en 4x4 Il s’agit peut-être de l’une des randonnées les
Histoire de faire connaissance avec le territoire plus originales de l’île : le chemin de randon-
martiniquais, commencez votre séjour par née qui traverse la Savane des Pétrifications
une excursion en 4x4. Deux circuits et deux (p.249) (5h aller-retour, niveau facile), dans
concepts forts différents sont proposés : le Nord la presqu’île de Sainte-Anne êêê (p.248).
êêê (p.289) ou le Sud êêêê (p.159). Dans cette étendue désertique qui doit son
Pour l’authenticité et la forêt tropicale, préférez nom aux arbres fossilisés, on pourra apercevoir
le Nord. quelques cactus et acacias. Le paysage est sai-
sissant.
› Jour 3 - Plongée sous-marine
Pour cette journée à la découverte des foison- › Jour 7 - Départ
nants fonds marins du littoral martiniquais, le C’est déjà le départ. La plupart des vols sont
plus difficile sera de choisir le spot, tant ils sont fixés en fin d’après-midi. Certaines structures
nombreux ! Les Anses d’Arlet êêê (p.195) d’hébergement vous permettent de vous chan-
demeure néanmoins un point de départ assez ger avant le départ à l’aéroport en mettant à
sûr : d’ici on pourra explorer la pointe Burgos et votre disposition une bagagerie et des douches.
sa faune abondante, ainsi que l’épave du Nahoo, C’est un avantage car vous pouvez ainsi profi-
du côté du Cap Salomon. ter pleinement de vos derniers instants dans
l’île, en prévoyant une petite sortie en mer par
› Jour 4 - Sortie VTT exemple !
Une fois votre matériel récupéré dans l’une des
IDÉES DE SÉJOUR
› Jour 1 - Nord – Montagne Pelée Attention, certains traits sont en plein soleil :
Incontournable, l’ascension de la montagne prévoyez suffisamment d’eau.
Pelée (p.337) peut se réaliser par plusieurs
sentiers de niveaux différents. Au départ du › Jour 5 - Sud –
Morne-Rouge êê (p.332), le sentier de l’Aile- Le chemin des Anses d’Arlet
ron (6h aller-retour, niveau moyen) offre de Quittez les montagnes pour rejoindre les plages.
IDÉES DE SÉJOUR
magnifiques panoramas. Par Le Prêcheur (6h Le chemin des Anses d’Arlet êêê (p.195) (6h,
l’aller, niveau moyen/difficile), vous aurez le niveau facile) vous permettra de faire le tour de
moyen d’observer des traces encore tangibles la presqu’île de Sainte-Anne êêê (p.248)
de l’éruption de 1902. et de découvrir ainsi ses plages et ses paysages.
› Jour 2 - Nord – Le canal des Esclaves › Jour 6 - Sud – La Trace des Caps
En descendant vers la côte orientale, les alen- Toujours dans le sud de l’île mais cette fois-ci
tours de Fonds-Saint-Denis êê (p.330) côté Atlantique, la randonnée de la Trace des
regorgent de randonnées intéressantes. Plus Caps est l’une des plus pittoresques, à parcourir
facile mais à éviter si vous souffrez de vertiges, à pied ou à vélo, en une ou plusieurs étapes.
le canal des Esclaves (4h aller-retour, niveau
facile) suit le cours du canal de Beauregard › Jour 7 - Sud – Le Grand Macabou
avec de très beaux panoramas sur les pitons du ou la Savane des Pétrifications
Carbet. Du côté du Vauclin, vous parcourrez le domaine
› Jour 3 - Nord – Pitons du Carbet du Grand Macabou en longeant le littoral de la
Petite à la Grande Anse Macabou. Mais l’une des
Plus difficile, le long de la route de la Trace, l’as- randonnées les plus originales reste celle qui
cension des pitons du Carbet (8h aller-retour, traverse la Savane des Pétrifications (p.249)
niveau difficile) permet de découvrir la forêt (5h AR, niveau facile) dans la presqu’île de
tropicale. Attention ! La randonnée est difficile Sainte-Anne êêê (p.248). Dans cette éten-
et comporte beaucoup de dénivelés car les six due désertique qui doit son nom aux arbres fos-
pitons s’étendent sur 16 km et atteignent par- silisés, on pourra apercevoir quelques cactus et
fois les 1 000 m de hauteur. acacias pousser. Le paysage est saisissant.
› Jour 4 - La presqu’île de La Caravelle
Une journée vous suffira pour découvrir les ESCAPADES MARTINIQUAISES
beautés naturelles de la réserve de La Caravelle. Île des Petites Antilles aussi nommée l’île aux
Le grand ou le petit sentier sont ombragés en fleurs, la Martinique est une terre idéale pour
grande partie et de niveau facile. Le petit sentier passer des vacances réussies. La profusion de
(2h environ) serpente entre la mangrove et la plages paradisiaques et d’espaces naturels luxu-
forêt sèche en passant par le château Dubuc riants est la promesse d’après-midi relax et de
(p.343). Le grand sentier (4h environ) arrive sorties sportives de qualité. En famille, en couple
jusqu’au phare de La Caravelle et permet de ou entre amis, une semaine sous le soleil tropical
profiter de très belles vues sur la Baie du Trésor. martiniquais est toujours un agréable moment.
25
© ISABELLE DREZEN
IDÉES DE SÉJOUR
de bienvenue et au lit !
du soleil. Déjeuner à bord, arrêts baignade avec
› Jour 2 - Détente et préparatifs possibilité de snorkeling.
Réveil au lever du soleil vers 6h. Après une nuit › Jour 5 - Journée sportive
de sommeil, vous êtes en pleine forme : vous
goûtez déjà au plaisir du bien-être tropical. Le Si vous n’êtes pas trop épuisé, vous pouvez
ciel est bleu avec une forte luminosité. Nous consacrer cette journée à des activités spor-
vous suggérons de profiter de l’hôtel (farniente, tives : plongée sous-marine (1/2 journée),
piscine, plage) et de prendre vos repères afin balade en scooter des mers (1/2 journée)
d’organiser votre semaine. ou en canoë-kayak du côté du Robert êêê
(p.283), du François êêê (p.271), des
› Jour 3 - Côte sous le vent Trois-Îlets êêê (p.164) ou de Cap-Chevalier,
Vous commencez à vous accoutumer au déca- mais aussi planche à voile à Cap-Chevalier, sur-
lage horaire. Profitez-en pour partir de bon vol touristique en avion ou en îlets, canyoning...
matin à la découverte de la côte Ouest dite Les possibilités sont larges.
« sous le vent ». Remontez la côte Sud caraïbe,
arrêtez-vous au bourg des Anses d’Arlet êêê › Jour 6 - Journée culturelle
(p.195) pour le petit déjeuner. Puis direc- Dédier une journée à la culture locale n’est pas
tion Fort-de-France êêê (p.117) pour le de trop. Vous pourrez pour ce faire entreprendre
shopping et le marché. Faites ensuite route la visite d’une des célèbres distilleries martini-
vers le nord pour remonter jusqu’au Prêcheur quaises dans la matinée. Tour au musée de la
êêê (p.324). Visite du jardin botanique de Maison de la Canne (p.165) dans l’après-midi,
Balata (p.123) et déjeunez sur la plage du avant d’assister à un combat de coqs dans un
Carbet. Dans l’après-midi, marquez un arrêt à pitt, du côté de Rivière-Pilote êê(p.230).
Saint-Pierre êêê (p.308), puis repartez en
bifurquant par la route de Morne-Rouge êê › Jour 7 - Départ
(p.332) via la forêt tropicale de la Trace, qui C’est déjà le départ. La plupart des vols sont
descend vers Fort-de-France êêê (p.117). fixés en fin d’après-midi. Certaines structures
Tout simplement grandiose. d’hébergement vous permettent de vous chan-
ger avant le départ à l’aéroport en mettant à
› Jour 4 - Journée en mer votre disposition une bagagerie et des douches.
Journée day charter, ce qui signifie balade en C’est un avantage car vous pouvez ainsi profiter
mer à bord d’un bateau, souvent des « maxi-ca- pleinement de vos derniers instants dans l’île,
tamarans ». Départs proposés depuis Les Trois- en prévoyant une petite baignade par exemple.
26
27
PRATIQUE
SE REPÉRER / SE DÉPLACER
TRANSPORTS EN COMMUN
La région de Fort-de-France dispose d’un réseau
de bus Mozaik bien organisé, qui dessert Fort-
de-France et ses alentours comme Schoelcher,
Saint-Joseph et le Lamentin. Les arrêts de bus
sont signalés par des abris en verre. Rensei-
gnez-vous auprès du chauffeur ou des kiosques
pour connaître la direction car la destination
n’est pas toujours indiquée sur le bus. Retrou-
vez le plan des lignes détaillé, les horaires et les
itinéraires sur [Link]. Dans les autres
© ALEXIS - [Link]
28
conventionné selon la destination. La fréquence Pour ceux qui rejoignent le centre-ville en voi-
des taxis co reste régulière et fiable, garantis- ture, voici quelques parkings publics :
sant une liaison pour chacune des communes ◗ Parking Lafcadio Hearn, rue du Gouverneur
de l’île. Les retours sont assurés par les mêmes Ponton, ouvert du lundi au vendredi de 6h à 20h,
taxis avec des descentes et montées possibles le samedi de 7h à 14h.
sur le trajet. A essayer si vous n’avez pas de
voiture car l’ambiance y est unique ! Le service ◗ Parking Gilbert Gratiant, entre les rues Ernest
peut néanmoins paraître difficile d’accès car il Déproge et Schoelcher, ouvert 7j/7 et 24h/24.
n’y a aucune indication présente sur la route. ◗ Parking Pointe-Simon, entre les rues Déproge
Et pour ceux qui auraient loupé leur taxi co et de la Pointe, ouvert du lundi au vendredi de
retour, il reste toujours le stop ! Vous croiserez 6h à 20h, le samedi de 7h à 14h.
un nombre incalculable de personnes le pouce ◗ Parking Savon, boulevard Alfassa, ouvert 7j/7
tendu en Martinique. et 24h/24.
Il y a également le TCSP, le transport collectif en
site propre : il se présente sous la forme d’un ◗ Parking de la Savane, rue de la Liberté, ouvert
grand bus ayant sa propre voie de circulation. 7j/7 et 24h/24.
Il assure les liaisons entre Fort-de-France et le ◗ Parking Renan, rue Schoelcher, ouvert 7j/7 et
Lamentin à l’instar d’un tramway, avec de mul- 24h/24.
tiples arrêts jusqu’à l’aéroport. ◗ Parking Perrinon, 79 rue Victor Sévère, ouvert
de 6h à 20h avec sorties possibles 24h/24.
VÉLO, TROTTINETTE & CO
Fort-de-France se parcourt facilement à pied ou ACCESSIBILITÉ
en trottinette car son centre-ville est relative-
ment concentré et piéton. Pour les vélos, si les Les aménagements pour les personnes han-
Martiniquais sont des fous de la petite reine, dicapées et les poussettes sont assez limités
les routes sont plutôt dangereuses compte tenu en Martinique. A part dans le centre de Fort-
du nombre de voitures. Éventuellement le week- de-France et dans les villes touristiques (Les
end quand les routes désemplissent un peu… Trois-Ilets, Saint-Pierre, Le Carbet, Sainte-Anne,
Ailleurs, on déconseille vraiment la trottinette. Sainte-Luce, le Diamant...), il y a assez peu de
trottoirs mais plutôt des bas-côtés peu pra-
ticables en fauteuil roulant ou en poussette.
AVEC UN CHAUFFEUR Quelques restaurants, hôtels et administrations
Le taxi est un moyen de transport onéreux. commencent à proposer des aménagements
Pour les longues distances, négociez le prix mais beaucoup de chemin reste encore à faire
à l’avance. Et vérifiez que le taxi dispose d’un dans ce sens.
compteur. L’aéroport Aimé Césaire propose, lui, un service
pour les personnes à mobilité réduite ; n’oubliez
pas d’en faire la demande lors de l’enregistre-
EN VOITURE ment de vos bagages au départ de votre voyage.
Louer une voiture est indispensable en Marti-
nique. L’île compte plus de 300 agences de loca-
tion, donc le choix est large. En haute saison, LES ATTRAPE-TOURISTES
on vous conseille de réserver votre véhicule Renseignez-vous sur les garanties et le prix de
avant d’arriver et le plus tôt possible pour avoir la franchise auprès de votre loueur de voiture.
le choix. Etant donné l’état de certaines routes et leur
Une fois en voiture, évitez les heures d’affluence fréquentation, une assurance complémentaire
aux abords de Fort-de-France car le trafic tourne tous risques peut être judicieuse. Attention
vite au cauchemar. L’agglomération foyalaise également aux locations de voiture à des tarifs
est saturée dès l’aube (6h) et le milieu de très compétitifs : ce sont souvent des tarifs à
l’après-midi. Le vendredi, c’est chargé égale- la journée, avec kilométrage non compris. Véri-
ment... fiez toujours que le loueur est lui-même cou-
L’autoroute A1, limitée à 110 km/h, relie l’aéro- vert. Enfin, sachez que les voitures consom-
port à Fort-de-France. Elle est gratuite. La route ment beaucoup en Martinique au vu du relief.
Nationale 2, elle, relie Saint-Pierre à la capitale et Ne soyez pas étonné de faire souvent un tour
la Nationale 5 couvre les plages du sud de l’île. à la pompe !
29
PRATIQUE
A VOIR / A FAIRE
30
PRATIQUE
SE RÉGALER
HORAIRES EN SUPPLÉMENT
En Martinique, on se lève tôt et on se couche Comme partout en France, le service est com-
tôt. Par conséquent, dans les restaurants, on pris mais le pourboire est apprécié. Quant à la
déjeune à partir de 11h30. TVA, elle est réduite à 8,5 % mais ce taux est
Au-delà de 14h, faites une croix sur le déjeuner... très largement compensé par des taxes locales
Pour le dîner, il n’est pas rare de voir les restau- comme l’octroi de mer.
rants ouvrir leurs portes dès 18h30, certains ne
servant plus après 21h30. C’EST TRÈS LOCAL
Mais le plus souvent, le service démarre à 19h En Martinique, on prend le temps de vivre... et
et se termine généralement autour de 22h de servir ! Evitez de vous rendre au restaurant
(22h30-23h le week-end). Le dimanche, si vous êtes pressé. L’attente peut parfois être
nombre d’établissements proposent un brunch longue, mais cela fait partie des vacances !
ou un buffet pour le déjeuner et sont fermés le
soir.
ENFANTS
BUDGET / BONS PLANS Les enfants sont accueillis comme des rois
partout en Martinique. De nombreuses chaises
Les prix sont souvent un peu plus élevés qu’en bébé sont à disposition et des tables à langer
métropole. Côté paiement, les cartes bleues également.
sont acceptées partout, les American Express
aussi.
Le cash est le bienvenu, ce qui n’est pas le cas FUMEURS
des chèques, surtout ceux libellés avec une L’interdiction de fumer dans les lieux accueillant
adresse métropolitaine, qui ne sont quasiment du public est bien évidemment valable en Mar-
acceptés nulle part. tinique. © ISABELLE DREZEN
Langoustes.
31
PRATIQUE
FAIRE UNE PAUSE
PRATIQUE
(SE) FAIRE PLAISIR
32
Un planteur à Saint-Pierre.
© ISABELLE DREZEN
33
PRATIQUE
BOUGER & BULLER
34
gratuit. Mais il est conseillé de se munir de sa forcément les meilleurs endroits pour pratiquer,
licence, afin d’éviter toute mauvaise surprise, et les champs de canne et de banane offrent de
de contracter une assurance de responsabilité magnifiques alternatives. Encore faut-il les
civile en cas d’accident dans l’eau avec d’autres connaître… Demandez le chemin.
surfeurs.
◗ Plongée. Accessible à tous à partir de 8 ans
et sans limite d’âge, la plongée sous-marine
VOS PAPIERS SVP
est la première activité touristique de l’île, et Le permis bateau est obligatoire pour les
trop de personnes pensent encore qu’elle n’est bateaux à moteur à partir de 6 CV. Attention, la
réservée qu’aux plongeurs confirmés. Il y en a navigation dans la zone caraïbe est celle des
en effet pour tout le monde ! Le nord, avec ses Etats-Unis, c’est-à-dire que tout est inversé
tombants vertigineux et ses épaves historiques (vert à bâbord, rouge à tribord) !
coulées lors de l’éruption de la montagne Pelée La pêche au fusil avec des bouteilles est for-
en 1902. Le sud, avec son sable blanc et ses mellement interdite. De même que le fait de
eaux turquoise. Des plateaux coralliens offrant ramasser des coraux, même morts. Vous n’avez
des plongées entre jardin, piscine, mais aussi pas non plus le droit de pêcher des lambis ni
quelques beaux tombants. Sans oublier le cé- des oursins blancs de janvier à septembre.
lèbre rocher du Diamant. Enfin, la vitesse en zone littorale est de 5 nœuds
Envie de se jeter à l’eau ? Tentez l’expérience du jusqu’à 300 m des côtes et autour des îlets.
baptême en Martinique, les fonds sont truffés
de choses merveilleuses sans toutefois des- A RÉSERVER
cendre trop bas. Choisissez toujours un club On peut pratiquer toutes sortes de sports de
agréé avec des moniteurs de plongée diplômés plein air en Martinique : équitation (une dizaine
d’Etat. Pour les plongeurs confirmés, la Marti- de ranchs à travers l’île), golf (celui de l’Espé-
nique dispose de nombreux sites remarquables. rance aux Trois-Ilets est le seul 18-trous de l’île),
N’hésitez pas à demander à être encadré pour et bien sûr toutes sortes d’activités nautiques :
certaines plongées, afin de ne pas passer à côté rafting, canyoning, kayak, voile, kitesurf et pad-
des plus belles choses. dle, très en vogue. De l’initiation à la pratique
Plongeurs plus aguerris, les clubs de plongée plus aguerrie, pensez, en haute saison, à réser-
martiniquais proposent de se former en plon- ver à l’avance auprès d’un opérateur pour choi-
gée FFESSM et ANMP du niveau 1 au niveau 4, sir ce qui vous convient, du stage sur plusieurs
ainsi que les formations PADI du Discover Scuba jours à l’excursion d’une journée. Sachant que
Diver au diplôme professionnel du Dive Master. c’est la météo qui aura le dernier mot de toute
Si vous êtes déjà détenteur d’un niveau, pensez façon. Mais mieux vaut être prudent justement
à apporter votre diplôme ou votre carnet de et anticiper si certaines activités vous tiennent
plongée avec vous. à cœur.
◗ Canyoning. Le nord de la Martinique offre un Les centres proposent la formule « location »
prodigieux terrain de jeu aux amateurs de ca- à l’heure, à la demi-journée ou en forfait plus
nyoning. Les gorges des rivières sur les contre- long. Des stages de formation sont organisés
forts du volcan se prêtent aux descentes à pour tous les niveaux, des néophytes aux plus
sensation. De la balade quasi familiale jusqu’au avancés. Certains clubs se trouvent dans l’en-
canyon plus technique, réservé aux connais- ceinte des hôtels mais restent ouverts au grand
seurs (par exemple un rappel de 70 m !), il y en public, d’autres sont des structures privées ou
a pour tous les goûts ! Sensations fortes garan- publiques indépendantes.
ties. Ne vous aventurez jamais seul et choisis-
sez des moniteurs agréés qui proposent des
formules « canyoning », en forfaits journée ou LES ÉVÉNEMENTS
demi-journée. En juillet, deux événements sportifs déchaînent
les passions en Martinique : le Tour des yoles
rondes, une course en sept étapes qui fait le
C’EST TRÈS LOCAL tour de l’île à bord des célèbres embarcations
Les Martiniquais raffolent du vélo ! Le dimanche, colorées martiniquaises, et le tour cycliste de
vous croiserez régulièrement des clubs de la Martinique, qui se déroule en neuf étapes et
cyclistes en balade. Si les routes ne sont pas rassemble une centaine de participants.
35
PRATIQUE
SORTIR
36
PRATIQUE
SE LOGER
Villa de Rêve.
37
PRATIQUE
VIE QUOTIDIENNE
38
tente. Les levées sont quotidiennes pour le trans- Parmi la presse, il y a France Antilles, le seul
fert postal par avion. Quant aux bureaux de poste, quotidien de la Martinique, La Tribune des An-
généralement bondés, ils sont ouverts de 8h à tilles Magazine, Choubouloute, Bois Lélé, Marti-
16h en semaine et le samedi matin. nique Bonjour, Amina.
Côté sites Internet : [Link],
[Link].
MÉDIAS LOCAUX Les radios de métropole sont toutes relayées
Tous les titres de presse de la métropole sont en Martinique par des radios locales. La chaîne
disponibles en Martinique (à un prix souvent Martinique la 1ère diffuse les JT de France Télévi-
plus élevé, transport oblige…). sions en plus des décrochages locaux.
39
OR T
PASSEP
L
ézarder sous les cocotiers de l’anse
des Salines, découvrir les ruines de
Saint-Pierre, tenter l’ascension de la
montagne Pelée, sillonner les villages
DÉCOUVRIR
de pêcheurs du nord, faire du kayak sur la man-
grove des Trois-Ilets, plonger dans les eaux
cristallines des Caraïbes, admirer le coucher du
soleil sur le rocher du Diamant, visiter l’une des
distilleries de l’île… : impossible de s’ennuyer
en Martinique !
Paradis dissimulé dans l’archipel des Petites
Antilles, l’île aux fleurs fascine tant pour la di-
versité des paysages qu’elle abrite que pour sa
douceur de vivre. La Martinique, c’est aussi un
patrimoine culturel riche, avec des traditions
fortes comme la yole, des savoir-faire uniques
comme son rhum AOC , le seul au monde, ou
encore sa gastronomie colorée et pleine de
saveurs. C’est aussi une terre d’intellectuels
de renom, tel Aimé Césaire dont l’œuvre et la
pensée ont incontestablement marqué la Mar-
tinique et le monde.
SUR LA ROUTE
DU RHUM
A
vec 7 distilleries en activité et 14 rhumeries sur l’île, le rhum a toujours été
ancré dans l’histoire et la vie des Martiniquais. Mais il est aujourd’hui bien plus
que ce cliché sympathique. Le rhum martiniquais est en effet le seul au monde
à bénéficier d’une appellation AOC, et sa qualité ne cesse de progresser. Les
fabricants martiniquais ont ainsi développé une filiale d’excellence, dont le
savoir-faire s’exporte aujourd’hui à travers le monde entier et rivalise sans com-
plexe avec la concurrence internationale des meilleurs spiritueux. Face à cet engouement,
les distilleries martiniquaises développent des circuits axés autour du spiritourisme, avec
des visites thématiques, qui offrent un réel attrait touristique culturel, pour tenter de percer
les secrets de fabrication de ce divin breuvage. Et n’allez pas croire que toutes les distilleries
sont les mêmes : chacune a ses spécificités, ce qui rend le rhum d’autant plus fascinant.
traditionnel fabriqué dans le monde entier est En Martinique, l’Appellation d’Origine Contrôlée
obtenu par la distillation du résidu de la fabrica- assure de l’utilisation exclusive du jus de canne
tion du sucre, la mélasse, le rhum agricole mar- issu d’un territoire délimité, de tradition régio-
tiniquais, lui, est issu du produit de la fermen- nale, présentant une certaine qualité.
tation du pur jus frais de la canne. Il bénéficie Mais c’est surtout son goût qui va faire la diffé-
d’une appellation AOC, qui garantit la qualité et rence, un rhum agricole présentant des arômes
la provenance de la canne ainsi que le respect plus fruités et un bouquet plus riche qu’un rhum
des principales étapes de fabrication. industriel. Du point de vue technique, toutes les
L’invention du rhum serait liée au Père Labat. étapes de la fabrication du produit suivent un
En 1694, le moine dominicain est victime d’une processus parfaitement encadré, de la sélection
terrible fièvre dont il aurait été sauvé par une rigoureuse des variétés de canne autorisées à
décoction à base d’un alcool encore méconnu l’art délicat du vieillissement.
à l’époque, le tafia, l’ancêtre de ce qu’on appelle ◗ Elaboration du rhum agricole. Concrètement,
aujourd’hui le rhum. Il met alors au point un pro- la canne est lavée, récoltée puis broyée par une
cédé ingénieux de fabrication avec un alambic batterie de moulins. Elle produit du jus, le vesou
des Charentes, permettant d’obtenir un liquide (ainsi que de la bagasse, qui servira de com-
clair très aromatique, issu de la fermentation de bustible), qui est mis à fermenter avant d’être
différents déchets sucrés provenant de la fabri- distillé rapidement pour conserver tout son
cation du sucre. potentiel aromatique. Le vesou, soigneusement
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, l’arrivée filtré, est placé dans des cuves à fermentation
de la machine à vapeur va révolutionner le rhum pendant 36 à 48 heures. Démarre alors le travail
et donner naissance au rhum agricole. Face à de fermentation, étape cruciale qui conditionne
la crise que traverse la canne à sucre, après la les saveurs finales du rhum : sous l’action des
découverte de la betterave, les sucreries se re- différentes levures, le sucre est transformé en
groupent en usines centrales. La canne à sucre, alcool. A l’issue de la fermentation, on obtient
elle, est acheminée des champs jusqu’à l’usine un vin de canne titrant à 5-6° d’alcool. Vient
via le réseau ferroviaire. ensuite l’étape de la distillation. Introduit dans
Difficulté majeure, la topologie particulière de le haut de la colonne, le vin descend de plateau
l’île ne permet pas de relier les habitations les en plateau, en chauffant au contact de la vapeur
plus enclavées qui sont, de fait, marginalisées introduite par le bas de la colonne, ce qui per-
du circuit sucrier. En conséquence, certaines met de séparer l’eau de l’alcool et des compo-
d’entre elles décident de distiller directement le sants aromatiques qu’il contient. A la sortie de
42
la colonne à distiller, les vapeurs donnent, une
fois refroidies, un rhum blanc qui titre autour
de 70° ! Celui-ci est ensuite brassé, aéré, mis
au repos pendant trois mois, puis coupé à l’eau
distillée ou de source pour revenir autour de 50
à 55°. Idéal pour les ti-punchs, le rhum blanc
garde intacts les arômes de la canne fraîche-
ment coupée.
◗ Rhum ambré. L’autre partie du vesou distillé
passe par une phase de vieillissement sous-
bois (généralement en fût de chêne) pour éla-
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
borer des rhums ambrés et vieux. Le rhum paille
ou ambré séjourne en fût de chêne pendant 12
à 18 mois, pendant lesquels il prend une légère
coloration, marquée par quelques arômes rap-
pelant le rhum vieux.
◗ Le rhum vieux, quant à lui, ne devient vieux
qu’au bout de 3 ans, mais on peut obtenir un
vieillissement plus poussé en le conservant Récolte de la canne à sucre.
plus longtemps encore : il s’appelle alors « hors
d’âge ». « Very Old » (VO) pour les rhums éle- Clément et HSE), Saint-James (qui distille éga-
vés sous-bois pendant 3 ans, « Very Special Old lement les rhums Hardy), Depaz, la distillerie JM
Pale » (VSOP) pour ceux qui ont vieilli pendant et La Favorite. L’ancienne production de sucre se
4 ans minimum, « Extra Old » (XO) pour 6 ans limite, elle, à la seule usine du Galion à La Trinité,
et plus de vieillissement. S’ajoutent à cela les dernière sucrerie de l’île encore en activité.
rhums millésimés, issus d’une récolte unique, Les distilleries en activité se visitent toute l’an-
qui témoignent d’une année exceptionnelle. Ces née. La plupart proposent des visites payantes
rhums vieux extraordinaires rivalisent avec les avec un guide. On y aborde le rhum martiniquais
DÉCOUVRIR
plus grands spiritueux et s’apprécient à la ma- d’une manière assez généraliste, avec des expli-
nière des vieux cognacs ou armagnacs. cations techniques mais à visée pédagogique,
◗ L’AOC. En termes de reconnaissance interna- qui séduiront les connaisseurs et ne découra-
tionale, l’Appellation d’Origine Contrôlée assure geront pas les néophytes !
aux rhums martiniquais une notoriété et une Les visites peuvent souvent se faire en famille,
originalité qui leur permettent de conquérir de surtout dans les sites où ont été aménagés des
nouveaux marchés à l’instar du Japon, de l’Eu- petits trains. Elles sont l’occasion de passer
rope ou des Etats-Unis. D’autant que les rhums une agréable journée, permettant de combiner
martiniquais remportent tous les ans de nom- visites d’un jardin attenant à la distillerie, des
breuses médailles dans les concours internatio- chais, dégustation, visite des boutiques, déjeu-
naux de spiritueux. ner sur place, et escale à la plage.
Le spiritourisme La force de ces visites spiritouristiques ? Elles
s’adaptent à vos attentes et peuvent se faire
Face à l’engouement que suscite aujourd’hui le plus pointues pour un public averti. Visites
rhum martiniquais à travers le monde, la Marti- sur-mesure en petits groupes, dégustations
nique s’ouvre de plus en plus au spiritourisme. A de cuvées exceptionnelles comme des rhums
l’instar de l’Ecosse pour son whisky et de la France extra vieux, ateliers d’accords mets-rhums, ren-
pour son vin, ce type de tourisme thématique au- contre avec des maîtres de chai, des artisans ou
tour des spiritueux permet d’inclure la découverte des chefs. En clair, autour du rhum viennent se
des procédés de production aux traditionnels sé- décliner différents aspects du patrimoine mar-
jours touristiques. C’est une nouvelle façon d’abor- tiniquais. Et pourquoi pas aussi loger sur place
der la découverte d’une destination sous le prisme et se laisser happer, le temps d’une nuit, par la
des secrets de production de son alcool local et de douceur des plantations de cannes environ-
s’imprégner ainsi de la culture martiniquaise. nantes ? N’hésitez pas à faire votre demande
L’île compte aujourd’hui, du nord au sud, douze directement auprès des distilleries citées. Cette
distilleries dont sept distilleries fumantes, c’est- tournée des distilleries permet de découvrir
à-dire en activité et qui produisent du rhum. Les la Martinique autrement, en abordant à la fois
non-fumantes ne distillent plus : elles ont confié la l’histoire de l’île et son savoir-faire en matière
distillation de leur rhum à une autre usine active. de rhums. Car, d’une distillerie à une autre, l’his-
Parmi les distilleries fumantes figurent Neisson toire, le terroir et les pratiques sont différentes.
au Carbet, Maison La Mauny (qui distille éga- On vous invite donc à vous rendre dans chacune
lement les rhums Trois-Rivières), l’Habitation d’elles : vous y trouverez des spécificités inté-
du Simon (où sont produits les rhums A1710, ressantes.
43
SUR LA ROUTE DU RHUM
Les distilleries de la Martinique rition de la canne à la Martinique en 1654 puis
◗ Distillerie Saint-James (p.351). La visite par Saint-James depuis 1765. A l’extérieur du
de la distillerie Saint-James et de son musée, musée, après le jardin où prospèrent les anciens
situés au bord de la rivière Sainte-Marie depuis moulins, les chaudières, les machines à vapeur,
1860, est une excellente introduction pour se trouve la maison de la distillation qui retrace
l’histoire et l’art distillatoires à travers les dif-
découvrir l’histoire et les techniques de fabri- férents appareils utilisés selon les époques. La
cation de ce fameux rhum. A la suite d’un édit, collection d’alambics et de colonnes à distiller
signé par Louis XIV, interdisant la vente du rhum y est impressionnante ! Le site propose éga-
en métropole, le père Lefebvre, fondateur de lement une balade (en supplément) de 3 km
la distillerie, décida de donner à son rhum un dans l’ancien train des plantations qui servait
nom facile à prononcer par les Anglais, afin de autrefois à acheminer la canne à l’usine à tra-
faciliter la vente de sa production aux colons vers les champs de canne à sucre et les bana-
de la Nouvelle-Angleterre. Et c’est ainsi que neraies. Entre février et juin, on passe tout près
naquirent les rhums Saint-James. C’est la seule de l’usine en pleine effervescence.
distillerie qui produit encore quelques milliers
de litres de cœur de chauffe provenant de la ◗ Distillerie J.M. (p.357) A Macouba, à l’ex-
distillation par alambic charentais. La gamme trême nord de la Martinique, au cœur de la
est très large et comprend le rhum impérial des forêt etropicale, la distillerie J.M occupe depuis
plantations à 50°, le rhum paille à 50°, le royal le XIX siècle le fond de la vallée de la Rivière-
ambré à 45°, vieilli au moins 12 mois en foudre Roche. D’une simple roue hydraulique entraî-
de chêne. Mais aussi plusieurs catégories de nant un moulin (dans un champ de canne à
rhum vieux : rhum vieux à 42° (âgé d’au moins sucre) est née l’un des rhums les plus célèbres
4 ans), le hors-d’âge à 43° (minimum 7 ans) et au monde. La canne distillée provient unique-
une gamme de millésimés, produits les années ment de l’Habitation Bellevue située sur un pla-
de récoltes exceptionnelles. teau au-dessus de la distillerie entre montagne
Sur le site se trouve un musée qui retrace l’his- Pelée et océan Atlantique, elle est entièrement
toire du rhum agricole martiniquais. La visite se utilisée pour la production du rhum agricole. Le
fait en parfaite autonomie et elle est gratuite. rhum ainsi produit est de grande qualité, méri-
Aménagé dans l’ancienne habitation créole des tant un long vieillissement en fûts de chêne. Fait
DÉCOUVRIR
44
© PACKSHOT - FOTOLIA
Habitation Clément.
boutique pour goûter aux divins nectars produits c’est-à-dire issus d’une seule variété de canne,
sur place. Là vous serez amené à découvrir la en l’occurrence la canne bleue.
saveur olfactive exceptionnelle de ces « grands ◗ Habitation Saint-Etienne. (p.349) C’est l’une
crus » et nectars de caractère servis dans un des rhumeries les plus avant-gardistes de la
cadre somptueux. Le meilleur pour la fin avec une Martinique. Depuis 1994, Florette et José Hayot
DÉCOUVRIR
halte à la boutique qui abrite quelques pépites redonnent à ce domaine situé au Gros-Morne
comme du hors-d’âge de 15 ans, des single un nouvel élan, tant à l’image de la marque
casks singuliers et d’exceptionnels rhums vieux HSE qu’aux rénovations et embellissement des
qui ont fait et font toujours la réputation de J.M. lieux. Ils perpétuent le savoir-faire ancestral
◗ Habitation Clément. (p.273) Située au sud des rhums AOC Martinique au sein de leur pro-
du François, l’Habitation Clément est célèbre duction, grâce à leurs techniques toutes parti-
pour ses rhums AOC, sa Fondation d’art contem- culières de réduction lente des rhums blancs et
porain mais aussi pour son splendide parc de sélection minutieuse de fûts pour les rhums
botanique labellisé Jardin remarquable. L’Habi- vieux.
tation Clément comprend l’ancienne distille- La visite de l’habitation a un double intérêt :
rie aménagée en Centre d’interprétation des d’une part le parc botanique de 5 hectares,
Rhums Clément, des chais de vieillissement où avec une flore exubérante et admirable de
reposent paisiblement les célèbres rhums vieux plus de 200 espèces végétales. D’autre part,
Clément, une maison créole classée au titre des l’ancienne distillerie classée ISMH, qui abrite
monuments historiques de France et un parc des vestiges industriels comme une machine
botanique au cœur d’une propriété agricole où à vapeur de 1925, des chaudières, une turbine
l’on cultive la canne à sucre. Située dans la com- hydraulique… Les rhums HSE sont produits à la
mune du François, cette habitation rachetée par distillerie du Simon au François, puis vieillissent
Bernard et Yves Hayot en 1986 est un élément dans les 9 chais de l’Habitation Saint-Etienne
majeur du patrimoine architectural et industriel au Gros-Morne. On y produit une large gamme
de la Martinique. La visite est payante, mais de rhums vieux et bien connue des amateurs,
libre. On se balade dans un grand eparc arboré. ce qui lui doit d’être régulièrement primée. La
On visite la maison créole du XVIII siècle avec mise en bouteille se fait également sur place
ses meubles d’époque et ses photos anciennes. et est visible avant 15h en semaine. La gamme
Dans l’espace dégustation, on peut apprécier et HSE se décline en trois grandes familles : les
acheter le fameux nectar. Pour accompagner sa produits traditionnels tels que le blanc et l’élevé
politique axée sur la promotion des artistes cari- sous-bois, le VSOP, le XO, les Expert Casks et la
béens, et plus particulièrement martiniquais, gamme innovante des Finitions du monde. Agré-
l’Habitation Clément s’est également dotée mentée d’expositions temporaires honorant des
d’une Fondation qui organise des expositions plasticiens locaux ou internationaux, la boutique
d’artistes martiniquais et caribéens. de l’Habitation propose à ses visiteurs un large
Très créative, Clément a été la première distille- choix de produits ainsi que des dégustations
rie à proposer des rhums blancs monovariétaux, gratuites.
45
SUR LA ROUTE DU RHUM
◗ Distillerie Dillon (p.121). Aux portes de Fort- finir par la boutique flambant neuve, où Emma-
de-France, la distillerie Dillon produit plusieurs nuelle et Célina se chargent de la partie dégus-
variétés de rhums vieux et blancs. L’aventure tation.
de la distillerie démarre avec Arthur Dillon, Jamais à court d’idées, la distillerie La Favorite
arrivé en Martinique dans les années 1770, qui propose des visites et dégustations guidées en
s’éprend de l’héritière d’une famille de planteurs. petits comités… de nuit ! On évolue à travers la
La visite rappelle que la marque a traversé les distillerie équipé d’une lampe frontale avant de
époques. terminer par une traditionnelle dégustation. Une
Aujourd’hui, la distillerie est non-fumante : les originalité qui se paye (comptez 15 € environ
cannes se trouvent dans le nord de la Marti- par personne) et surtout qui se réserve !
nique, le rhum est distillé quelque part dans l’île. ◗ Distillerie Hardy. (p.343) C’est au cœur
Attenants à la boutique, les chais accueillent de la presqu’île de la Caravelle, haut lieu de la
les rhums vieux en pleine maturation ainsi que piraterie dans les Caraïbes, que se trouvent
l’embouteillage réalisé sur place. les terres du rhum Hardy, entre la baie du Tré-
Au cours de la visite qui illustre les différentes sor, les ruines du château Dubuc, et la baie du
phases de fabrication, une ancienne machine à Galion. Juste avant la plage de la Brèche, sur
vapeur de 1922 ne manquera pas de vous sur- la droite, se trouvent la distillerie Hardy et sa
prendre : elle fonctionne encore pour activer le boutique attenante. Depuis 1994, la distillerie
système de broyage de la canne. Hardy a cessé de fumer mais la production de
◗ Distillerie La Favorite (p.144). Fondée en ce rhum mythique, elle, n’a pas été interrom-
1842, la distillerie La Favorite est l’une des pue et se poursuit au sein d’une autre distil-
deux dernières distilleries familiales de l’île. lerie, pas très éloignée (Saint-James !). Pour
Elle est aussi la dernière unité de production autant, pas question de renoncer à la typicité
de rhum en Martinique qui fonctionne entière- de ce rhum emblématique de la Martinique.
ment à la vapeur. Au milieu de 60 hectares de D’autant que ce sont toujours les descendants
cannes à sucre, elle produit chaque année entre de la famille Hardy qui sont aux commandes
février et juin environ 500 000 litres de rhum et qui ont su conserver cette distillerie au sein
issus du pur jus de canne de façon tradition- de leur patrimoine. Dans les années 1970,
nelle et artisanale grâce à sa machine à vapeur Gaston Hardy, ingénieur, modernise l’outil de
DÉCOUVRIR
46
© INSTANTS - [Link]
Production de bouteilles de Ti-punch.
Au-delà de toutes ses machines, le château faut dire qu’elle est l’une des plus importantes
Depaz, reconstruit à l’identique, surplombe un productrices de rhum de l’île, déversant près de
magnifique parc de 5 hectares avec ses arbres trois millions de litres de rhum par an !
majestueux et centenaires et le visiteur aura C’est en 1749 que Ferdinand Poulain, un Breton
désormais la joie de découvrir les différentes fraîchement débarqué en Martinique, acquiert
pièces de l’habitation : son hall d’entrée, sa salle cette exploitation après avoir épousé la fille d’un
à manger, son fumoir, sa salle de jeux, sa salle planteur local. Il lui donne le nom de sa femme :
d’archives ainsi que le bureau de monsieur
DÉCOUVRIR
La Mauny. D’abord dédiée à la production de
Depaz. sucre, l’exploitation, nichée dans une vallée
◗ Distillerie Neisson. (p.299) Créée en 1932, verdoyante du sud de la Martinique, entourée
la distillerie Neisson au Carbet est l’une des de champs de canne à sucre, se lance dans le
dernières distilleries familiales en Martinique rhum en 1820. Passé entre de nouvelles mains
à cultiver sa propre canne à sucre. Les ama- dans les années 1930, le domaine connaît une
teurs de rhum blanc prétendent que le « zepol forte expansion après la Seconde Guerre mon-
karé », célèbre bouteille rectangulaire, avec un diale. Détenue aujourd’hui par BBS, créée par la
arôme particulier, plus intense et plus fruité famille Bellonnie, associée à la famille Bourdil-
que les autres rhums, serait le meilleur de l’île. lon, qui a grandement contribué à la promotion
Cette saveur particulière serait liée au fait qu’à du rhum agricole de Martinique, la Maison La
Neisson, les cannes à sucre, qui s’étendent tout Mauny fait partie du même groupe que Trois-Ri-
autour de la distillerie, poussent sur des terres vières (Campari).
volcaniques très fertiles. La visite du site est bien rodée. A bord d’un
Depuis peu, la distillerie Neisson produit un petit train, un guide commente les différentes
rhum agricole A.O.C. bio, unique au monde, sans étapes de l’élaboration des rhums agricoles,
oublier l’étonnant Esprit à 70°. La visite de la de la récolte de la canne à sucre (de février
distillerie est libre, ponctuée de panneaux expli- à fin mai) à la distillation en passant par son
catifs qui permettent au visiteur de suivre les broyage et la fermentation du jus obtenu, puis
différentes étapes de fabrication et de décou- l’assemblage et le vieillissement. La visite
vrir l’outil de production, sans omettre la case mène justement jusque dans les chais, qui per-
dégustation à la boutique qui abrite les breu- mettent de mieux cerner l’art de l’assemblage
vages premium de la distillerie. En 2018, Neis- et du vieillissement des rhums vieux. A bord
son a obtenu le label « Entreprise du Patrimoine du train, on découvre également l’ancienne
Vivant », une première pour une distillerie de maison de maître, les vergers, les champs de
rhum en Martinique. canne, avant l’étape ultime : la dégustation au
◗ Maison La Mauny. (p.233) C’est l’un des sein de la Cabane à Rhum. On y découvre les
domaines les plus emblématiques de la Mar- dernières créations du domaine, les rhums
tinique. L’effigie de la tête marée, coiffe tra- gourmands et généreux, signatures de la
ditionnelle qui symbolise l’élégance martini- maison La Mauny, ceux vieillis en fût d’acacia
quaise, n’y est pas étrangère. Visiter la Maison (une nouveauté !), la gamme monovariétale La
La Mauny à Rivière-Pilote, c’est entrer au cœur Wouj (à base de canne rouge), et bien sûr les
de la production du rhum AOC en Martinique. Il liqueurs, l’un des produits phares du domaine.
47
SUR LA ROUTE DU RHUM
Le domaine organise également des visites Martinique et l’un des rhums vieux les plus pri-
thématiques sur mesure, pour tous les publics més ! Ici, on dit que les cannes poussent la tête
(plus ou moins connaisseurs, croisiéristes, sé- au soleil (d’où la puissance du rhum liée au fort
minaires…). Certaines vous permettront même ensoleillement) et les pieds dans l’eau, de par
de rencontrer Daniel Baudin, maître de chai de leur proximité avec la mer, une salinité et une
la maison, sacré « Meilleur Maître de Chai du minéralité que l’on retrouve en bouche.
monde » par l’International Rhum Conférence Fondée vers 1660 par Nicolas Fouquet, surin-
en 2019. tendant des finances du roi Louis XIV, la Planta-
Les familles peuvent y passer une journée tion Trois-Rivières compte parmi les premières
agréable, et prendre le temps de visiter, d’ap- distilleries de la Martinique. On peut y apprécier
prendre, de déguster, et même de se restaurer les vestiges de l’ancienne usine (qui n’est plus
sur place, chez Kay Mimi, le restaurant sur site, en activité) mais qui se visite toujours. Les
situé au pied de la distillerie. guides rappellent les méthodes ancestrales
A noter que la visite est vivement recomman- d’élaboration des rhums agricoles Trois-Rivières,
dée lorsque l’usine est en activité, de février à de la coupe de la canne au vieillissement. Un
fin mai. Au milieu des camions qui acheminent moment d’échange privilégié. En repartant,
la canne (coupée à la main exclusivement ici), faites une halte au pied du majestueux fromager
on est alors au plus près de la fabrication de habité par des milliers de « Touloulous » (petits
rhum. Très axée sur le spiritourisme, la Maison crabes rouges de Martinique), qui grouillent de
la Mauny propose également des ateliers sur le partout !
thème « Food pairing » (accords mets-rhums) Depuis la terrasse dominant la plantation, on
animés par la cheffe et blogueuse culinaire Pris- peut ensuite déguster les prestigieux millé-
ca Morjon, sous réserve d’inscription à l’avance. simes et cuvées de Trois-Rivières qui se dis-
Et pourquoi pas finir la journée avec un bain sur tinguent à l’échelle mondiale de par leur puis-
la jolie plage de l’Anse Figuier ? sance, leur extraordinaire richesse aromatique.
A l’IWSC (l’International Wine and Spirit Competi- Le talent de l’audacieux maître de chai, Daniel
tion) de Londres en novembre 2020, considéré Baudin, n’y est pas non plus étranger. (p.272)
comme l’un des concours les plus reconnus de ◗ Habitation du Simon (p.272). Au François,
l’univers des spiritueux, la distillerie Trois-Ri- l’habitation du Simon distille les rhums Clément,
DÉCOUVRIR
vières et la Maison La Mauny ont remporté les les rhums HSE et la toute nouvelle et talen-
distinctions suivantes : « Meilleur producteur de tueuse marque A1710, dernière-née des distille-
rhum 2020 » et « Meilleur producteur de spiri- ries de l’île. Cette ancienne sucrerie transformée
tueux 2020 ». en purgerie a été reprise en 2010 par Yves As-
◗ Les Trois-Rivières (p.219). En allant plus au sier de Pompignan, descendant direct de Jean
sud, on parvient à la distillerie des Trois-Rivières Assier, le fondateur de la plantation. L’homme
avec son magnifique moulin d’inspiration Père d’affaires, passionné de rhum, se lance alors
Labat. Avec en fond une vue à couper le souffle dans un pari fou : celui de créer une nouvelle
sur le rocher du Diamant, la distillerie semble rhumerie portant en elle l’histoire et la richesse
sortir tout entière d’un décor de film. Elle produit de ce terroir unique. Et c’est ainsi qu’est lancée
l’un des rhums blancs les plus plébiscités de la marque A1710 : A pour artisanal (car ici tout
est fait manuellement), 1710 qui correspond à
l’arrivée de Jean Assier en Martinique. Dès le
départ, le positionnement est clair : produire
des rhums d’excellence. Souhaitant élabo-
rer des rhums avec différentes variétés de
cannes, avec des fermentations plus longues
pour conserver tout le potentiel aromatique de
la canne fraîche (le fer de lance de la marque),
une distillation dans un alambic charentais
entièrement en cuivre, complété d’une colonne
à sept plateaux, A1710 a volontairement choisi
de ne pas faire partie du cahier des charges AOC
du rhum agricole martiniquais afin de se laisser
un maximum de liberté créatrice.
Très orienté vers le spiritourisme, A1710 pro-
© PACK-SHOT - [Link]
DÉCOUVRIR
◗ Rhumerie Braud & Quennesson (p.238)
cœur même de la fabrication du rhum, qui per- C’est le dernier-né dans la famille des rhums
met de montrer toute l’étendue du savoir-faire agricoles martiniquais. L’arrivée de cette nou-
lié à ce divin breuvage, dont la qualité ne cesse velle rhumerie, la plus au sud de la Martinique,
de s’améliorer. marque la renaissance d’un site embléma-
◗ Rhumerie la baie des Trésors (p.340): tique : l’ancienne usine du Marin fondée en
Cette rhumerie porte le nom d’une baie située 1866 par les aïeux Braud & Quennesson, an-
sur la magnifique presqu’île de la Caravelle. La crée dans la mémoire martiniquaise, et fermée
légende raconte qu’un trésor aurait été perdu depuis les années 1970. Planté de cannes en-
par un vaisseau espagnol dans les profondeurs clavées entre les mornes, ce site exceptionnel
de cette baie. Ce trésor réapparaît aujourd’hui qu’est l’habitation Grands Fonds bénéficie d’un
sous la forme d’une nouvelle rhumerie située terroir unique et d’un microclimat particulière-
sur l’exploitation agricole du Galion. Depuis ment chaud et humide, qui confère au rhum des
1849, date à laquelle l’usine est acquise par un qualités exceptionnelles : arômes, fraîcheur et
certain Eugène Eustache, elle fournit en canne douceur. Les cannes affichent en effet une
à sucre l’usine du Galion, l’unique usine sucrière des teneurs en sucre les plus élevées de l’île,
encore en activité sur l’île. Avec ses 750 hec- selon la maître de chai Stéphanie Dufour. Cette
tares plantés, elle est le premier producteur de année, seuls 100 000 litres de ce rhum blanc
canne de la Martinique. élixir ont été produits et déclinés en 3 séries
L’idée de créer un rhum agricole a donc émergé limitées, rondes et gourmandes : 59, 55 et
naturellement. Son terroir s’étend sur toute 50 degrés. Dans trois ans, la gamme viendra
la presqu’île de la Caravelle. Et c’est bien là la s’agrandir de rhums vieux. En attendant, ce site
spécificité de cette nouvelle rhumerie : la Baie chargé d’histoire promet de devenir un haut
des Trésors produit des rhums de terroir 100% lieu du spiritourisme, doté d’une belle boutique
parcellaires, élaborés avec les seules cannes et d’un jardin botanique complanté de caféiers,
de l’exploitation du Galion. Chaque parcelle de calebassiers, fromagers, manguiers… dans
canne est clairement identifiée. Les cuvées lequel il fait bon flâner. Les ruines de l’ancienne
sont élaborées à partir de cannes ayant grandi usine sucrière sont encore bien visibles. Les
sur les mêmes parcelles, qui ont ainsi bénéficié cannes sont actuellement distillées à l’habi-
de la même exposition au soleil, aux vents et à tation du Simon, mais la famille De Gentile, à
l’humidité. la tête du projet, espère lancer dans quelques
Les rhums de la Baie des Trésors se définissent années sa propre distillerie. Une nouveauté
comme la plus pure expression du terroir mar- futée prometteuse !
49
LES YOLES,
PATRIMOINE MARITIME
A
l’origine utilisée par les pêcheurs, la yole, cette embarcation étroite, légère
et ronde, est devenue un élément fondamental de la culture martiniquaise.
Preuve en est avec l’engouement que les régates de yoles suscitent sur l’île !
Bien plus qu’un sport ou un moyen de transport, ici c’est une tradition, une
pratique unique au monde, héritée d’un savoir-faire ancestral transmis orale-
ment par quelques initiés, sans l’aide d’aucun plan ni maquette. C’est la raison
pour laquelle on dit des yoles martiniquaises que ce sont de véritables œuvres d’art ! Autant
d’atouts qui ont permis à la yole de figurer à l’inventaire national du patrimoine culturel imma-
tériel français et, désormais, de candidater à l’inscription au patrimoine culturel immatériel
de l’Unesco. De la yole, outil de travail, à l’élément culturel fort qu’elle symbolise aujourd’hui,
l’histoire de la yole ronde va de pair avec celle de l’architecture navale en Martinique.
Les courses de yoles leure stabilité sur l’eau. Un bateau sans quille et
En Martinique, les régates de yole dépassent la sans gouvernail ! Une véritable prouesse tech-
seule dimension sportive ou événementielle : nique, qui fait que la yole tient sur l’eau unique-
« C’est une affaire de tout un peuple », estimait ment grâce au bois dressé.
Aimé Césaire. Cette embarcation utilisée en Evidemment, l’élaboration d’une yole n’est pas
Martinique pour la pêche depuis plus de trois donnée à tout le monde. Elle requiert un savoir-
siècles a évolué au fil du temps pour se trans- faire unique, issu d’une tradition héritée des
DÉCOUVRIR
former en un canot très populaire, rapide et ef- charpentiers de marine. La yole est conçue par
filé, grâce aux courses de yoles. Un événement assemblage de planches, ou « bordés », fixées
sportif et culturel majeur sur l’île qui se déroule horizontalement sur une ossature en bois pour
chaque année au mois de juillet, depuis 1985, et former la structure transversale de la coque.
voit s’affronter une dizaine d’embarcations dans La transmission de la technique de construc-
les eaux martiniquaises pendant cinq à sept tion de la yole ne s’improvise pas. Elle est issue
jours, au cours d’étapes qui font le tour de l’île. d’un savoir-faire ancestral qui se transmet
C’est le Tour de la Martinique des yoles rondes. oralement par quelques rares initiés à l’aide
d’un apprentissage proche du compagnonnage
L’héritage d’une tradition ancestrale et souvent familial, sans l’aide d’aucun plan,
L’histoire de cette embarcation commencerait ni maquette : tout est dans la tête de ces char-
au XVIIe siècle, du temps des premiers naviga- pentiers de marine, les seuls à connaître les
teurs amérindiens qui sillonnaient les îles de secrets de fabrication bien gardés de la yole !
l’arc antillais pour se déplacer mais surtout pour Il faut à ces artisans de la mer tout le savoir-faire
pêcher. Ils utilisaient alors des bateaux légers à hérité des anciens pour réaliser en quelques
voile, hérités des pirogues africaines, fabriqués marées une coque aux lignes pures dotée d’une
à partir de gommier. C’est de cet arbre typique large voilure carrée sans lest.
des Caraïbes du nom du « bwa fouyé » (creusé) La coupe des bois est effectuée en adéquation
que la yole est inspirée. On creusait son tronc, avec le cycle lunaire dont l’influence sur le trajet
on le taillait et on obtenait un canot léger et de la sève est avérée. Ainsi, il faut attendre que la
rapide. Mais les pêcheurs réalisant que le gom- sève redescende pour pouvoir couper le bois ser-
mier était plutôt instable et surtout qu’il se vant à fabriquer la yole. En tout, pour construire
raréfiait sur l’île, ils ont commencé à construire une yole, il faut compter au minimum entre deux
une embarcation d’un autre genre : un canot de et trois mois de travail ! Le tout, sans plan.
pêche, avec d’abord un fond plat pour la stabilité
et permettre d’augmenter la surface de la voile Symbole du savoir-faire martiniquais
pour pouvoir naviguer plus loin. Puis, au fil du Au fil du temps, la coque de la yole a encore été
temps, la technique s’est améliorée et ces em- modifiée pour obtenir une embarcation encore
barcations sont devenues des yoles, fruit d’un plus rapide. En rentrant de leur pêche quoti-
mélange de techniques navales issues de dif- dienne, il n’était pas rare que les pêcheurs orga-
férentes composantes, donnant naissance à un nisent entre eux des compétitions amicales,
bateau de pêche d’une longueur d’environ 6,50 se challengeant pour savoir qui allait arriver le
mètres, étroit, léger et… rond pour une meil- premier.
50
Régate de yoles.
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
LES YOLES, PATRIMOINE MARITIME
D’un moyen purement utilitaire, la yole est de- de navigation, fondées sur un esprit associatif
venue un objet de compétition, un sport unique et collaboratif. Parmi l’équipage à bord figure le
au monde, typique de la Martinique. Et c’est capitaine du bateau ou « patron », seul maître
ainsi qu’est né en 1985 le Tour de la Martinique à bord. Il est entouré d’aides patrons et d’un
des Yoles rondes, qui offre le spectacle unique manœuvrier d’écoute, en charge du cordage relié
au monde d’embarcations aux voiles colorées aux extrémités de la voile. C’est lui qui donne du
s’affrontant sur le grand bleu dans les différents mou à la voile ou au contraire la tend. Viennent
ports de l’île. L’activité devient un objet symbole, ensuite les « bwa dressés » ou équipiers dres-
un moment intense qui mobilise aujourd’hui des seurs. Au nombre de dix environ, ils ont pour rôle
dizaines de milliers de Martiniquais. d’équilibrer la yole en fonction de la force du vent.
Dans le même temps, la yole se « professionna- Autant de spécificités qui ont conduit le comité
lise ». Elle n’est plus totalement ronde, devient des yoles, la Fédération des Yoles Rondes de la
un peu plus plate et légèrement remontée Martinique, chargé de la défense et de la pro-
sur les rebords, pour pouvoir allier stabilité motion de l’embarcation martiniquaise, de faire
et vitesse. Longtemps réalisées avec du bois reconnaître la yole ronde de la Martinique, deve-
de Martinique (le seul matériau autorisé pour nue un symbole fort de l’île.
la construction d’une yole est le bois mas- Une démarche qui a porté ses fruits puisque la
sif), notamment issu du poirier, les yoles sont yole a été reconnue comme discipline sportive,
essentiellement aujourd’hui conçues en maho- puis inscrite en 2017 à l’inventaire national du
gany blanc ou avec du bois de Guyane. Le plus patrimoine culturel immatériel en France, et, de-
souvent, il s’agit de bois importé déjà traité et puis janvier 2021, la yole est inscrite au registre
surtout léger, car plus le bois est lourd, moins la des « bonnes pratiques de sauvegarde du patri-
yole ira vite. Quant au mât, il est de deux sortes : moine immatériel » de l’Unesco.
on utilise soit un mât de côte, soit un mât en car- Plus qu’une simple accréditation, cette recon-
bone, plus coûteux que le premier. naissance rappelle le savoir-faire précieux des
En plus de son procédé de construction unique, Martiniquais, afin de le sauvegarder et de le
la yole nécessite des techniques particulières transmettre aux futures générations.
DÉCOUVRIR
© ISABELLE DREZEN
52
AIMÉ CÉSAIRE
EN SA DEMEURE
P
oète engagé, essayiste, dramaturge, homme politique, intellectuel surdoué et
visionnaire… : les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier Aimé Césaire, un
homme rare qui a donné une fierté immense à la Martinique et qui a embrassé les
causes de la justice et de l’émancipation. Un homme au destin hors du commun
aussi, connu à travers le monde entier pour être le chantre de la « négritude », un
concept né dans les années 1930 à Paris avec ses amis de toujours : le Sénégalais
Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas. Le 17 avril 2008, Césaire s’est
éteint à 94 ans, laissant les Martiniquais orphelins, et leur léguant une œuvre qui a marqué
le XXe siècle. Sur les hauteurs de Fort-de-France, on peut visiter la maison où Aimé Césaire a
passé les quarante dernières années de sa vie. Un témoignage vibrant d’émotion qui va pro-
chainement fermer ses portes et faire l’objet d’un vaste et ambitieux projet de réhabilitation.
DÉCOUVRIR
pold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, à la mort de Césaire est aujourd’hui classée
qui deviendra plus tard écrivain et président de monument historique et labellisée « Maison des
son pays, ainsi que sa femme Suzanne, native elle illustres » en 2019, une distinction qui « honore
aussi de Martinique, intellectuelle engagée et mili- les maisons qui conservent et transmettent la
tante de l’antillanité, qu’il épouse en juillet 1937. mémoire de femmes et d’hommes qui les ont ha-
A Paris, Aimé Césaire découvre l’Afrique sous bitées et se sont illustrés dans l’histoire politique,
le prisme du colonialisme. En 1935, il fonde sociale et culturelle de la France ». D’architecture
le journal L’Etudiant Noir, fortement influencé typiquement créole, avec de larges ouvertures et
par le surréalisme et la culture africaine, puis fenêtres persiennes pour ventiler et permettre
invente le concept de la « négritude ». Il écrira une bonne aération, cette maison est située sur
notamment : « Si l’assimilation n’est pas folie, un site qui domine l’agglomération foyalaise, tout
c’est à coup sûr sottise, car vouloir être assi- en étant nichée au cœur d’une nature généreuse,
milé, c’est oublier que nul ne peut changer de avec un jardin verdoyant en contrebas. Au pre-
faune ; c’est méconnaître « altérité » qui est loi mier abord, cette maison frappe le visiteur par
de Nature ». Ce combat contre le racisme et le son extraordinaire sobriété, à l’image de son pro-
colonialisme, qu’il dénoncera plus tard dans son priétaire : simple et sans fioritures, perdue au mi-
fameux Discours sur le colonialisme, Césaire lieu des autres habitations. Même lorsqu’il était
le poursuit ensuite en politique. En 1945, il est maire honoraire de Fort-de-France (c’est-à-dire
élu député de la Martinique à seulement 32 ans, plus en fonction), les Martiniquais continuaient
se rallie au Parti Communiste, pour « travailler quotidiennement de venir porter leurs doléances
à la construction d’un système fondé sur le droit tous les matins devant chez lui, preuve de l’extra-
à la dignité de tous les Hommes sans distinction ordinaire générosité de Césaire.
d’origine, de religion et de couleur » comme il Rien ne semble avoir changé d’ailleurs depuis la
l’explique dans la brochure Pourquoi je suis com- disparition de l’auteur du Cahier d’un retour au
muniste, et devient le rapporteur du projet de loi pays natal. Partout, la présence du poète est
sur la création des départements d’outre-mer. palpable, à travers des objets et souvenirs lui
En plus de son mandat de député, l’une des plus ayant appartenu. Immédiatement, on est happé
longues carrières parlementaires (Césaire est par l’émotion forte qui se dégage de ces lieux, qui
resté député jusqu’en 1993), il devient maire de sont restés intacts comme lorsqu’il y vivait. Dès
Fort-de-France en 1945, jusqu’en 2001. En 1956, l’entrée, on se glisse dans l’intimité et le quoti-
Césaire rompt avec le Parti Communiste et crée dien de Césaire, en pénétrant dans sa chambre
le Parti Progressiste Martiniquais, un mouve- qui faisait aussi office de bureau : son armoire
ment anticolonialiste inspiré de l’idéal socialiste. est remplie de ses vestes, chaussures, cravates.
53
AIMÉ CÉSAIRE EN SA DEMEURE
Sur sa table de chevet trônent son vieux poste de rénovation et de mise en scène pour cette
de radio ainsi que plusieurs montres, une paire maison appelée à devenir un lieu d’échanges,
de lunettes, un mouchoir et sa carte électorale. de rencontres et d’événements culturels liés à la
Au-dessus de son bureau, le long de l’armoire for- mémoire d’Aimé Césaire, tout en l’accompagnant
mant la séparation avec le lit où sont éparpillés d’une muséographie moderne. Certains objets et
une dizaine d’ouvrages qu’il affectionnait particu- souvenirs de l’homme politique pourront être uti-
lièrement (Césaire dormait peu et lisait beaucoup lisés et complétés dans le cadre d’une scénogra-
la nuit), comme L’Age d’homme de Michel Leiris, phie autour de sa vie et de son œuvre.
L’Indien au sang noir de Sacarabani…, un mur Chacun pourra en fonction de sa sensibilité (artis-
de photos nous plonge dans la sphère ultra privée tique, politique) aller plus loin : lire, consulter des
du poète. On peut y voir épinglées des photos de courts métrages, entendre des récits avec des
Fort-de-France qu’il aimait tant et qui le lui rendait témoignages de personnes qui l’ont côtoyé de
bien, la carte de transport « Famille nombreuse » près, écouter des vers de Césaire dans des lan-
de sa femme Suzanne lorsqu’elle vivait à Paris, gues différentes. Et bien sûr, les scénographies
ou encore celle du fromager dont on raconte s’adapteront en fonction du public : scolaires,
qu’il aurait résisté à l’éruption de 1902. Césaire, artistes, visiteurs… Des prêts de collections se-
amoureux de la nature, avait une fascination pour ront également envisagés pour reconstituer cette
cet arbre mythique. Il y a aussi un chèque de maison qui s’est nourrie de rencontres d’autrui,
4 823,65 francs que Césaire n’a jamais encaissé notamment des amitiés que Césaire avait nouées
pour sa contribution à la revue Tropiques. Chaque au fil de son existence et qui étaient demeurées
objet rapproche un peu plus de l’homme. Puis il y fortes tout au long de sa vie : Leopold Sédar Sen-
a le salon, où Césaire aimait lire et consulter ses ghor, Michel Leiris, ou encore Wifredo Lam…
vieilles encyclopédies botaniques, Exotica et Tro- L’esprit des lieux sera conservé le plus fidèlement
pica, notamment lorsqu’il rentrait de ses longues possible. L’ambiance du bureau, du salon et de
promenades à travers l’île, les bras chargés de la chambre sera sobrement mise en valeur avec
feuillages et de branches afin d’identifier chaque des outils modernes, audioguides, QR codes pour
feuille. On trouve encore quelques feuilles sé- smartphones et tablettes, et tables d’orientation
chées entre les pages. On peut aussi lire la longue numériques accessibles au jeune public. Les
réponse écrite par Maurice Thorez suite à sa dé- autres espaces intérieurs et extérieurs de la mai-
mission du Parti Communiste en 1956. Surmonté son seront transformés pour rappeler aux visiteurs
DÉCOUVRIR
d’une affiche de Senghor placardée par Césaire le parcours de vie d’Aimé Césaire, ses liens avec
lors de la mort du président sénégalais, un cou- l’Afrique, le surréalisme, l’art, le théâtre. Souhaitant
loir mène à deux anciennes chambres ainsi qu’à attirer les visiteurs dans le quotidien d’Aimé Cé-
une bibliothèque. Celle-ci abrite quelque 4 000 saire, notamment son amour pour la lecture, divers
ouvrages ayant appartenu à Césaire, rapatriés ouvrages seront en accès libre. Quant aux 4 000
en Martinique lorsqu’il a quitté ses fonctions de livres de sa bibliothèque personnelle, en cours d’in-
député en 1993 ! Nul ne sait si cet intellectuel ventaire, ils seront protégés et mis en valeur sous
surdoué et polyglotte (il lisait et parlait couram- des vitrines, indexés et classés par thématiques.
ment plusieurs langues) les a tous lus, mais ce
qui est sûr, c’est qu’il les a pratiquement tous Certains espaces, en revanche, seront employés
« manipulés » et parcourus car la plupart sont autrement. C’est le cas des anciennes chambres
surlignés et griffonnés. Véritable trésor, cette d’enfant qui seront transformées en lieux d’ému-
bibliothèque fait la part belle aux ouvrages poé- lation artistique pour créer un lien entre création
tiques et philosophiques. En regagnant le salon, passée et contemporaine. Des créations d’artistes
où trônent diverses lithographies dédiées à la contemporains, écrivains et plasticiens, viendront
faune et la flore, puis la terrasse, on peut aperce- ainsi ponctuer cette évocation du passé et rendre
voir le banc où Césaire, face à son jardin, aimait hommage au génie créatif de Césaire et à son
lire quotidiennement les journaux, comparant les engagement politique. De même, l’ancienne cui-
différentes éditions, avec son café glacé. Ce point sine extérieure sera détruite et réaménagée en un
presse était un rituel chez lui, tout comme ses espace dédié à l’art qui sera abrité par une verrière
promenades l’après-midi à travers la Martinique. tout en transparence. Celle-ci aura une vue plon-
geante sur les jardins qui feront, eux aussi, l’objet
Un ambitieux programme de restauration d’un réaménagement total : à terme, ils accueille-
Depuis 2021, cette maison fait l’objet d’un vaste ront un jardin médicinal, un jardin merveilleux évo-
projet de restauration en vue de créer un centre quant Absallon, un jardin onirique, sans oublier un
d’art autour de Césaire. L’objectif : restaurer, ani- théâtre de verdure où auront lieu des événements
mer cette maison tout en conservant son esprit et manifestations culturels et artistiques.
afin que les Martiniquais puissent se l’appro- Ce vaste projet de réhabilitation de la maison
prier, mais aussi les artistes de tout bord et les d’Aimé Césaire concernera d’abord la maison en
publics qui la visiteront, pour que l’on ait envie de elle-même avec la création d’un parcours mu-
créer, de lire, d’écouter la poésie de Césaire. Les séographique qui explique l’homme et l’œuvre,
travaux doivent s’achever fin 2023. Une cellule puis dans un second temps l’aménagement des
d’architectes, de paysagistes et de chercheurs espaces extérieurs. Il vise à faire de ce lieu un
travaille actuellement sur plusieurs scénarios site culturel incontournable de la Martinique.
54
RÉSERVE DE BIOSPHÈRE
DE L’UNESCO
C
’est officiel : depuis le 15 septembre 2021, la Martinique est reconnue pour sa biodiver-
sité exceptionnelle et ses modes de vie et ses traditions en symbiose avec la nature.
L’île aux fleurs a en effet été désignée Réserve de Biosphère de l’UNESCO par les Etats
membres du Conseil international de coordination du programme sur l’Homme et la
Biosphère. Une distinction qui permet à l’île de bénéficier d’une zone de protection
rapprochée pour ses qualités uniques. C’est aussi un fantastique levier en termes de
notoriété et de rayonnement à l’international, permettant à la Martinique de communiquer avec
tous les pays qui ont des Réserves de Biosphère. Etre désignée Réserve de Biosphère ouvre aussi
de nouvelles perspectives sur le plan touristique en accueillant des voyageurs qui ne se rendent
que dans ces lieux classés, mais aussi de pouvoir se lancer dans de nouveaux projets innovants.
DÉCOUVRIR
collectif avait été lancé. Après plusieurs mois de va ouvrir de nouvelles portes à la Martinique. Déjà
concertation et de réunions publiques d’informa- d’un point de vue écologique, l’île va intégrer le
tion auprès des Martiniquais pour construire et réseau des îles de la Caraïbe qui compte 14 sites
faire valider le projet dans les 34 communes de dans différents pays tels que Cuba et Trinidad.
l’île, le dossier de candidature avait pu être consti- Toutes ces îles travaillent sur des problématiques
tué et remis en mai 2020 au Comité français du communes telles que le fléau des sargasses, les
Programme sur l’Homme et la Biosphère. La der- répercussions liées au changement climatique,
nière étape a eu lieu le 15 septembre 2021 lors de l’éducation au développement durable… Elles vont
la réunion du Conseil International de Coordination donc pouvoir unir leurs connaissances et échan-
du Programme sur l’Homme et la Biosphère de ger sur leurs expériences en la matière de manière
l’UNESCO : à 10h20, la candidature de la Marti- à pouvoir encore améliorer les pratiquées liées au
nique pour rejoindre ce réseau a été soumise aux développement durable. Concrètement, elles vont
34 États membres, réunis à Abuja, au Nigéria, qui pouvoir choisir leurs axes de coopération et les rat-
n’ont eu aucun doute sur les atouts considérables tacher à des programmes de recherche communs,
de l’île aux fleurs en termes de richesse naturelle. et ainsi avoir accès à des financements nouveaux
Qu’est-ce qu’une Réserve de Biosphère ? pour mener à bien des projets innovants. C’est
aussi un fantastique levier en termes de notoriété
Le titre de Réserve de biosphère est attribué par le et de rayonnement à l’international, permettant à
programme Homme et Biosphère (MAB - Man and la Martinique de communiquer avec tous les pays
Biosphere) de l’UNESCO, qui rassemble des terri- qui ont des Réserves de Biosphère.
toires engagés dans une démarche de développe-
ment durable, et dans la préservation, la valorisation Le Programme Homme et Biosphère
et la promotion de leurs atouts naturels, culturels et Le programme MAB (Man and Biosphere) créé
de leur savoir-faire. L’éducation à l’environnement en 1971 est l’un des plus importants de l’UNESCO.
et la recherche scientifique y occupent un rôle de Cette démarche de coopération a permis de consti-
premier plan. Ces territoires cherchent à apporter tuer un réseau international des Réserves de
des solutions locales à des problèmes mondiaux. Ils Biosphère (738 Réserves de Biosphère dans 134
contribuent ainsi à la mise en œuvre des objectifs pays), un réseau régional (15 Réserves de Bios-
de développement durable sur lesquels les Nations phère dans les pays de la Caraïbes) et un réseau
Unies se sont engagées à l’horizon 2030. national (16 Réserves de Biosphère, dont 3 ultra
Une Réserve de Biosphère émane d’une volonté marines). L’appartenance à ces réseaux facilite la
locale. Elle n’impose aucune réglementation et ne coopération, les échanges et la promotion d’expé-
s’appuie sur aucun pouvoir réglementaire. Elle vise riences positives, de bonnes pratiques, de savoir-
à renforcer l’implication de la population dans la faire, la diffusion de matériels pédagogiques, etc…
55
GÉOGRAPHIE
D
’une superficie de seulement 1 128 km2, la Martinique est le plus petit des départe-
ments d’outre-mer. Mais, avec une population de 376 480 habitants, c’est celui qui
affiche la densité de population la plus élevée : 319 habitants au km2 (la moyenne en
France métropolitaine étant de 105,8 habitants au km2). L’île se distingue ainsi des
autres départements d’outre-mer par son exiguïté et la forte densité de sa population.
Cette densité est beaucoup plus faible dans le nord, la plupart de la population étant
regroupée dans le sud avec Fort-de-France et les stations du littoral. Constituée d’un ensemble
de massifs volcaniques très anciens, la Martinique arbore un relief accidenté qui fait d’elle une île
unique, entre massifs montagneux et forêts généreuses. Une île à la physionomie particulière, entre
falaises abruptes, mornes peu élevés, et côtes découpées plongeant dans la mer turquoise. Située
à 7 000 km de Paris, la Martinique fait partie de l’archipel des Petites Antilles, une vingtaine d’îles qui
s’étendent entre le tropique du Cancer et l’équateur, depuis Anguilla au nord jusqu’à Grenade au sud.
56
Balade dans la forêt luxuriante vers Basse-Pointe.
© ISABELLE DREZEN
© DAMIEN VERRIER - [Link]
GÉOGRAPHIE
La plage du Diamant.
◗ En réalité, le paysage martiniquais est formé Petites Antilles, le mouvement de convergence
de six grands ensembles, avec, du nord au sud : de la plaque atlantique avec la plaque cari-
la montagne Pelée, la « Grande Dame du nord », béenne progresse à une vitesse de 2 cm par an :
qui culmine à 1 397 mètres et dessine un cône cette frontière, appelée zone de subduction, est
DÉCOUVRIR
raide qui plonge directement dans la mer ; les le siège de séismes pouvant être importants.
Pitons du Carbet, prolongés par le morne Jacob, L’activité volcanique de la Martinique a débuté
issus d’anciens volcans ; la baie très urbanisée il y a 50 millions d’années par un volcanisme
de Fort-de-France au centre qui relie les pentes sous-marin, faisant émerger les premières
des Pitons du Carbet et celles de la presqu’île formations : les presqu’îles de la Caravelle et
du sud-ouest ; la presqu’île du Diamant, au sud- de Sainte-Anne, à l’est et au sud de l’île. Cette
ouest, dominée par le morne Larchet et ses époque est appelée arc ancien ou arc externe :
anses peu exposées au vent (Anses-d’Arlet, elle correspond à une période pendant laquelle
Petite Anse et Grande Anse) ; les paysages val- le volcanisme était entièrement sous-marin.
lonnés du Marin et de Sainte-Luce, surplombés L’activité volcanique se poursuit ensuite par
par la Montagne du Vauclin, prolongés en mer l’édification de volcans « boucliers », comme on
par de petits îlots ; la presqu’île de Sainte-Anne, peut voir dans la région du François constituée
à l’extrême sud, plus aride et sauvage, avec ses d’une multitude de mornes, vestiges de cette
plages et sites naturels très prisés. période.
Entre 6 et 1 million d’années, se dressent le
Un visage façonné morne Jacob, les Pitons du Carbet, puis le Mont
par l’activité volcanique Conil (entre 1 et 0,5 million d’années) et enfin
En Martinique, les volcans sont responsables, la montagne Pelée (autour de 0,5 million d’an-
en grande partie, de la richesse de la biodiver- nées).
sité de l’île. L’île est localisée au centre des Pe- L’histoire de Madinina a donc été marquée par
tites Antilles qui se situent à la limite entre des ces nombreux épisodes d’activité volcanique,
mouvements de coulissement des plaques cari- qui ont exercé une action souvent destructrice
béenne et atlantique. On parle de subduction de sur la faune et la flore. Contre toute attente,
la seconde sous la première, qui est le proces- cette alternance entre phases d’activité vol-
sus par lequel une plaque tectonique océanique canique et phases de repos a été propice à
s’incurve et plonge sous une autre plaque avant l’apparition de nouveaux écosystèmes. Une
de s’enfoncer dans le manteau terrestre. végétation spécifique s’est installée sur les
L’activité sismique est liée à la dérive des conti- pentes volcaniques de la montagne Pelée et des
nents, un jeu des plaques tectoniques qui, par Pitons du Carbet. Les effets du volcanisme (gaz,
effet de déplacements des unes par rapport aux chaleur) combinés à ceux de l’altitude (vent,
autres, emmagasinent des tensions dans les variations météorologiques) contribuent ainsi à
roches qui, tôt ou tard, finissent par se relâcher la diversité biologique et à la sélection d’espèces
et occasionner des séismes. Dans la région des adaptées.
58
NATURE
A
vec une forêt tropicale grouillante d’espèces végétales et animales, des hau-
teurs qui grimpent jusqu’à 1 300 m, un littoral partagé entre le sable fin et les
falaises abruptes, plus de 80 espèces d’oiseaux et plus de 300 espèces de pois-
sons, « l’île aux fleurs » présente un environnement des plus variés mais aussi
des plus fragiles. Un équilibre délicat qui est régulièrement mis à mal par les
ouragans, mais surtout par l’action humaine. Face à l’industrialisation et à l’urba-
nisation, la mangrove et son écosystème ont déjà reculé de 30 % en dix ans. Des données affo-
lantes que de nombreux acteurs s’emploient à combattre chaque jour davantage, en mettant
en place des politiques en faveur de la protection de l’environnement, de sensibilisation de la
population, ainsi que la promotion du développement durable, pour faire prendre conscience
aux habitants, et ce dès leur plus jeune âge, de la valeur inestimable de ce patrimoine naturel.
DÉCOUVRIR
vements de population. Une biodiversité unique, dénombre aussi plus de 200 familles de plantes
marquée par une diversité d’espèces, à la fois à fleurs en Martinique, sans compter les plantes
locales et implantées, mais qui demeure fragile. sans fleurs, également très nombreuses :
De par l’exceptionnelle richesse de ses écosys- algues, lichens, mousses, fougères et champi-
tèmes, la Martinique est classée parmi les 36 gnons.
«points chauds » ou « hotspots » mondiaux ◗ Une diversité qui s’explique par l’histoire.
car elle héberge un nombre important d’espèces Après avoir essayé en vain d’acclimater en
animales et végétales. Europe les espèces tropicales, les botanistes
Sur une superficie restreinte (70 km de long ont compris que la Martinique pourrait, en
pour 12 à 30 km de large), la Martinique abrite revanche, devenir le terreau de précieuses
un kaléidoscope végétal qui varie en fonction plantes récoltées à travers le monde. La végéta-
du relief, des vents, de la pluviométrie et des tion de l’île est très diversifiée.
températures. On trouve ainsi : de hautes mon-
tagnes avec des savanes altitudinales ; des
forêts humides (caractérisées par des préci-
pitations abondantes) ; des plaines et prairies
agricoles ; des mornes peu élevés ; des plages
de sable blanc ou de sable noir ; des mangroves,
ces fameuses forêts inondées qui sont des éco-
systèmes fragiles d’une importance capitale
car elles sont des réservoirs de biodiversité et
abritent des habitats pour de nombreuses es-
pèces qui viennent s’y nourrir et s’y reproduire.
Le mythe de l’île aux fleurs
On recense en Martinique près de 3 000
espèces végétales, parmi lesquelles : 1 500
plantes autochtones, 442 arbres, 323 espèces
de fougères, 202 taxons d’orchidées.
© JCH DUSANTER
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Le balisier.
© JCH DUSANTER
NATURE
Sous le couvert de grands arbres tropicaux qui pèrent le fromager, le figuier maudit, le gommier
filtrent la lumière, les bégonias et les fougères rouge ou encore le frangipanier ;
tapissent le sol. Plus haut, les magnifiques bali- ◗ la forêt mésophile ou humide (entre 200 et
siers (Heliconia) aux larges feuilles rubanées 500 mètres d’altitude), dite aussi intermédiaire.
présentent d’énormes fleurs richement colorées, C’est dans cette zone que se trouvent les beaux
uniques dans le monde végétal. Ici, on les produit arbres fruitiers (cacaoyer, manguier, arbre à
en grande quantité pour la vente locale et surtout pain, goyavier) et surtout la mangrove, qui
pour l’exportation vers les grands ateliers fran- occupe environ 1 800 hectares en Martinique,
çais ou américains d’art floral. La rose de porce- reconnaissable à ses palétuviers rouges, dont
laine, aux pétales cireux rosés et aux grandes les racines aériennes en échasse jouent un rôle
tiges rigides, fait aussi le bonheur des fleuristes. de filtre et contribuent à garder une eau claire,
De minuscules parcelles de terrain, sans cesse favorable à la croissance des récifs coralliens ;
reconquises sur la forêt, sont plantées d’anthu-
riums aux fleurs rouges, roses ou blanches. ◗ la forêt hygrophile ou forêt de la pluie : c’est
Cette diversité exceptionnelle de la flore mar- le royaume de la « forêt vierge », luxuriante,
tiniquaise s’explique en effet par l’histoire riche en lianes et en épiphytes qui colonisent
géologique singulière des Petites Antilles. Les les grands arbres dépassant allègrement les 30
végétaux ont été transportés facilement par les mètres de hauteur, en raison des précipitations
vents, les oiseaux et les courants marins, sous abondantes qui s’y abattent. Ici on croise toutes
forme de graines ou de bois flottés (des portions sortes de lianes, fougères, orchidées, balisiers
d’arbres) qui auraient dérivé depuis les côtes et de broméliacées ;
d’Amérique du Sud. La Martinique étant située ◗ la forêt altitudinale enfin, à partir de 1000
au cœur de l’archipel des Petites Antilles, elle mètres d’altitude, où s’épanouissent mousses,
a bénéficié en priorité de ces apports végétaux lichens, fougères arborescentes et savanes.
d’Amérique et des Grandes Antilles. Mais la plu-
part ont été introduits au gré des mouvements Un patrimoine vert
de population, par les Amérindiens, les Euro- sous haute protection
péens, les Africains, les Indiens… Certaines se Un tel patrimoine justifie en effet que se déve-
sont si bien implantées qu’elles sont aujourd’hui loppe une gestion adaptée fondée sur la préser-
DÉCOUVRIR
caractéristiques du paysage martiniquais. C’est vation des écosystèmes, aujourd’hui menacés
le cas du flamboyant, venu de Madagascar, tout par l’urbanisation galopante. La protection de
comme l’arbre du voyageur, du bougainvillier, ces espaces naturels est l’un des grands enjeux
originaire du Brésil, et bien sûr de nombreux des politiques publiques en Martinique. Afin
palmiers, comme le cocotier, d’origine asiatique. de protéger cette biodiversité exceptionnelle,
Quant à l’arbree à pain, il a été importé de Tahiti plusieurs dispositifs permettent de sauvegar-
à la fin du XVIII siècle par les Britanniques. Il en der ces espaces naturels, à commencer par
va de même pour les fruits et les légumes. Ainsi, les réserves naturelles, notamment la réserve
l’avocatier, le cacaoyer, le calebassier, le manioc, de la montagne Pelée (1 540 ha), la réserve
le goyavier, le manguier ou encore le papayer des pitons du Carbet (1 330 ha) et la réserve du
ont été apportés par les Amérindiens. La banane Morne-Jacob (1 330 ha).
et la canne à sucre, quant à elles, seraient arri-
vées en Martinique grâce aux colons européens.
La forêt
Couvrant plus de la moitié de la surface de l’île,
les forêts sont omniprésentes en Martinique.
Elles sont l’un des atouts majeurs de l’île, favo-
risant l’émergence d’un tourisme vert en plein
développement. Leur diversité en fait un objet
d’étude précieux pour les scientifiques et une
source d’émerveillement pour les touristes.
Sachez quitter la plage pour entrer dans les bois
et y découvrir la splendeur des arbres cente-
© JEAN-FRANCOIS MANUEL - [Link]
61
NATURE
La préservation des milieux passe par la création suricates), des manicous (sorte d’opossum au
de périmètres de protection. Une cinquantaine museau pointu) et du serpent trigonocéphale.
de sites sont aujourd’hui inscrits ou classés en Egalement appelé fer-de-lance ou vipère jaune,
Martinique, notamment autour des littoraux qui c’est la seule espèce de serpent présente sur
font l’objet d’importantes actions de protection : l’île (et l’une des plus dangereuses). Pour infor-
la presqu’Île de la Caravelle, le site des Salines, mation, il aime être à l’écart, dans les champs de
le rocher du Diamant ou encore les îlets du Fran- canne, les forêts ou les sous-bois. Il est difficile à
çois bénéficient d’une règlementation spécifique débusquer car il se cache de la mangouste, son
permettant de préserver la faune et la flore de prédateur, introduite dans l’île pour le combattre.
ces écosystèmes. il y a également des acquisi- D’ailleurs, il n’est pas rare que les mangoustes et
tions de sites (forêts…) par le Conservatoire du les serpents remplacent les coqs dans les pitt…
Littoral et le Parc naturel régional de Martinique Vous croiserez très facilement, un peu partout,
(PNRM) afin de les placer sous haute protection. des anolis (des lézards verts) et des crabes sur
Le PNRM est né en 1976 de la volonté d’allier le les plages, éventuellement quelques chauves-
développement économique de l’île avec la pré- souris. Le reptile le plus spectaculaire de l’île
servation de ses richesses naturelles et cultu- demeure l’iguane, espèce très protégée, tout
relles. Il englobe aujourd’hui 70 % du territoire, 32 comme les tortues marines.
communes, soit la majeure partie des forêts de ◗ Oiseaux. Côté air, on recense quelque 200
Martinique et la plupart des zones naturelles et espèces d’oiseaux sur l’île. Le plus célèbre
paysagères remarquables. Depuis plusieurs an- de Martinique est indiscutablement le coli-
nées, le PNRM soutient d’ailleurs une démarche bri, oiseau mouche qui ne mesure pas plus de
visant à inscrire les Volcans et Forêts de la mon- 10 cm et se reconnaît aisément à son long bec !
tagne Pelée et des Pitons du Nord sur la liste du Quatre espèces de colibri vivent en Martinique,
patrimoine mondial de l’Unesco. L’île héberge en parmi lesquels le madère, le plus gros des coli-
effet des espèces faunistiques et floristiques bris (12 cm !). Dans le ciel et dans les arbres,
reconnues comme irremplaçables à l’échelle de on peut admirer aussi des grives, des carouges
l’humanité. (endémiques de l’île), des sucriers et des
merles, traditionnellement posés sur les hibis-
Une faune précieuse et variée cus, et butinant les fleurs aux côtés des papil-
DÉCOUVRIR
Si la flore martiniquaise est reconnue comme lons aux mille et une couleurs. Dans les forêts
étant exceptionnelle, la faune n’est pas en reste. du nord, c’est le siffleur des montagnes qui
◗ Des espèces endémiques. Bien que certaines domine, dans les sentiers les ortolans, devenus
espèces présentes au début de la colonisation, si rares en métropole, et sur les littoraux les
comme le lamantin des Antilles (un phoque hérons et les aiglons.
d’eau douce) ou l’agouti (un petit rongeur), ◗ Faune aquatique. Dans les eaux limpides
aient aujourd’hui disparu de l’île, victimes d’une martiniquaises, la faune et la flore des barrières
chasse excessive, la faune de la Martinique de corail offrent un spectacle éblouissant par
demeure riche et variée. Certaines espèces la variété des couleurs et la diversité des es-
animales endémiques préfèrent néanmoins pèces : le nageur curieux évoluera au milieu de
rester discrètes, à l’instar des mangoustes bancs de petits poissons colorés et en prendra
(mammifère originaire d’Inde à mi-chemin entre plein la vue, entre les multiples étoiles de mer,
l’écureuil et le rat, de la même famille que les éponges, coraux, oursins et bien sûr lambis,
© MUHAMMAD SALMAN QURESHI - [Link]
DÉCOUVRIR
terrestres, les fonds marins martiniquais font Les professionnels de la mer sont également
l’objet de mesures de protection pour sauvegar- confrontés à ce désagrément, comme les pê-
der les espèces qui y vivent. cheurs qui se retrouvent fortement handicapés
◗ Insectes. Enfin, on dénombre environ 500 pour la pose de leurs filets. Face à cette situation,
insectes différents en Martinique. Papillons les collectivités tentent de faire leur possible en
(notamment le fameux monarque américain) dégageant les plages, mais il ne faut que quelques
et libellules prolifèrent, sans oublier malheu- jours à ces algues pour reprendre leur place et sta-
reusement les moustiques, véritable fléau aux gner le long des côtes de l’île. Plusieurs solutions
Antilles, d’autant que le moustique tigre est sont envisagées pour faire face à ce nouveau type
vecteur de maladies (dengue, virus Zika…). d’invasion des côtes : étaler ces algues en couches
Insaisissables mais bien présents, le grillon et minces afin qu’elles sèchent au soleil sans pour-
le cabrit bois (de la même famille que les sau- rir et provoquer des odeurs désagréables, les
terelles) vous régaleront tous les soirs d’un utiliser comme compost, les récupérer en pleine
harmonieux concert musical, auquel s’ajoutera mer grâce à un navire dépollueur avant qu’elles
le coassement typique des grenouilles marti- n’atteignent les côtes… L’ARS et Madininair ont en
niquaises. En résumé, la faune en Martinique octobre 2019 mis en place un réseau de capteurs
apparaît plus bigarrée que méchante, plus H2S dans les principales zones impactées afin
insouciante que dangereuse. d’assurer la surveillance renforcée des émana-
tions d’hydrogène sulfuré, mais à ce jour aucune
Des nuisances d’origine naturelle solution efficace n’a été mise en place.
◗ Le problème des algues sargasses. Depuis ◗ Autre nuisance qui touche la Martinique : les
2011, entre mars et juillet, les plages antillaises brumes des sables. De mars à septembre, l’île
voient arriver en nombres des invités indési- est régulièrement touchée par des épisodes de
rables : les sargasses, des algues brunes flot- pollution de l’air. Ces brumes des sables venues
tantes qui se développent en milieu tropical au du Sahara sont en réalité des grains de sable
nord-est du Brésil. Elles sont connues depuis qui retombent sur les Petites Antilles en for-
longtemps des pêcheurs, mais envahissent mant des particules fines responsables de la
désormais une grande partie du littoral antillais pollution de l’air. Le seuil d’alerte est déclenché
à cause des courants marins, occasionnant une à partir de 50 microgrammes. Les Martiniquais
gêne considérable. sont alors invités à limiter leurs activités spor-
Car ces algues, sans danger en cas de contact tives, tout particulièrement les enfants et les
direct sur la peau, libèrent un gaz toxique nau- personnes âgées.
63
CLIMAT
2
7 °C en moyenne, des pointes à 32 °C et rarement moins de 20 °C : voici le quotidien
de la Martinique. Côté baignade, on recense de 20 à 24 °C sur la côte atlantique, et
autour de 25-26 °C avec une mer plus calme sur la côte caraïbe. Les vents venant
de l’est, les alizés, contribuent à modérer sensiblement la chaleur tropicale. L’hu-
midité de l’air, elle, reste constante toute l’année. De même que l’ensoleillement,
généreux sur cette partie du globe (attention, un coup de soleil est très vite arri-
vé !). On a souvent tendance à opposer la Martinique du nord, plus encline aux précipitations
qui lui confèrent une nature généreuse, avec la Martinique du sud, plus aride. La réalité est
un peu plus complexe puisque plusieurs dizaines de microclimats ont été recensés sur l’île !
Une pluralité qui s’explique par le relief très accidenté de l’île. La Martinique est également
particulièrement exposée aux aléas climatiques, notamment aux ouragans.
principales qui rythment le calendrier martini- nord-est et de l’est), le temps change en un clin
quais. d’œil : soleil et nuages jouent à cache-cache ! Le
◗ De janvier à juillet, c’est le carême, qui pic de précipitations est atteint au mois d’août.
correspond à la saison sèche et calme. Les C’est durant cette saison chaude et tourmentée
entrées d’air issues de l’anticyclone des Açores qu’ont lieu les tempêtes tropicales et ouragans.
apportent un ensoleillement maximal, de faibles ◗ Entre les deux, il y a des intersaisons plus ou
précipitations (le mois le plus sec étant mars) moins marquées. A partir de fin février, on entre
et des températures maximales élevées, de dans une période de récession pluviométrique :
28 à 30 °C. Cette période correspond aussi à la l’eau se fait rare, au grand désarroi des agricul-
© CHROMOPRISME - [Link]
Les précipitations sont plus rares dans le sud de l’Île, comme au Robert.
64
teurs. Beaucoup d’arbres perdent leurs feuilles.
En décembre et en janvier, il peut arriver que la
température frise avec les 20 °C la nuit et que
cela vous oblige à remettre un petit drap.
Vents et pluies
En raison de la topographie, l’exposition aux
vents et le régime des pluies ont des répercus-
sions importantes sur le climat. Pour la pluviosi-
té, on peut diviser la Martinique en deux zones :
◗ Une zone humide : il s’agit du nord de l’île où
le relief montagneux favorise les fortes précipi-
tations. La végétation y est plus verte et riche.
© ODJECTIF - [Link]
◗ Une zone sèche : la partie méridionale de
l’Île et le sud de la ligne Le Lamentin-Le Robert
reçoivent moins de 1 500 mm de pluie par an.
Plus aride, le sud de la Martinique fait face à des
périodes de sècheresse plus intenses.
◗ Côté vents aussi, la Martinique est binaire. A L’Est de l’Île est exposé aux vents.
l’est de l’île, on parle de « côte au vent », expo-
sée aux alizés, les vents dominants, humides et Etats-Unis. Elle doit être combinée à d’autres
relativement frais, tandis qu’à l’ouest, la « côte critères pour être qualifiée d’ouragan, comme la
sous le vent » est nettement plus abritée, profi- présence de vents en altitude relativement ho-
tant de la protection offerte par les hauts reliefs. mogènes, une forte humidité et une mer dont la
température dépasse les 26 °C. Par ailleurs elle
Les aléas climatiques doit se former suffisamment loin de l’équateur.
Depuis toujours, les Antilles font face, de par leur De l’Afrique elle se dirige alors vers le continent
situation géographique, à de nombreux aléas cli- américain (à l’ouest). Il arrive aussi que cette
DÉCOUVRIR
matiques, notamment le risque cyclonique. dépression ne frappe aucune région et remonte
◗ Le risque cyclonique. Qu’il s’agisse d’oura- carrément vers le pôle Nord : elle fait alors le tour
gan, de cyclone ou de typhon, ces trois termes de l’hémisphère Nord et revient vers l’Europe
désignent la même chose : un phénomène tour- sous forme de tempête...
billonnaire qui se forme au-dessus des eaux Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont pas
chaudes tropicales et qui s’accompagne de tellement les vents, souvent violents, qui sont
pluies intenses et de vents forts (supérieurs à à craindre, mais les très fortes pluies, dévas-
118 km/h). La désignation dépend simplement tatrices. Ces dernières entraînent en effet des
de l’endroit du globe où se produit le phéno- éboulements et des glissements de terrain im-
mène. Le terme cyclone est réservé à l’océan portants en Martinique, provoquant des lahars,
Indien et au Pacifique Sud. On parle d’ouragan des coulées de boue volcanique très denses et
en Atlantique Nord et dans le Pacifique Nord-Est, dangereuses.
et enfin de typhon dans le Pacifique Nord-Ouest. ◗ Le risque sismique. Autre risque important en
En Martinique, il s’agit donc d’ouragan.
Ce dernier terme, apparu en 1986, est une re- Martinique : le risque sismique. Située au centre
prise du mot américain « hurricane », qui vient des Petites Antilles, qui marquent la frontière
lui-même du langage des indiens caraïbes qui entre la plaque caribéenne et la plaque atlan-
appelaient Hurracan le dieu qui, pour eux, était tique (la seconde s’enfonce sous la première),
responsable des malheurs et des catastrophes la Martinique tremble régulièrement plus ou
climatiques. moins fort. Toutefois, pas de panique… L’arc
La période cyclonique dure de juillet à fin oc- est sous haute surveillance et le dernier grand
tobre. Selon son intensité, on parle de dépres- séisme à Fort-de-France remonte au 11 janvier
sion tropicale (vents inférieurs à 63 km/h), 1839 (magnitude de 7,5). Plus récemment, un
de tempête tropicale (vents compris entre 63 tremblement de terre de 7,4 a été ressenti en
et 117 km/h) ou d’ouragan (vents supérieurs à 2007, provoquant quelques dégâts matériels,
117 km/h). mais heureusement aucune victime.
On estime que les Antilles françaises sont tou- ◗ Enfin, reste le risque volcanique existe mais
chées en moyenne tous les dix ans. Il faut savoir dans une moindre mesure. Bien que toujours
que le phénomène cyclonique présente une active, la montagne Pelée est un volcan endormi
particularité assez curieuse : à l’origine, il s’agit dont les éruptions sont rares. La dernière érup-
d’une simple dépression qui naît au large de tion remonte aux années 1929-1932 avec un pic
l’Afrique avant de se diriger vers la côte est des d’activité le 18 octobre 1929.
65
ENVIRONNEMENT
S
ituée dans l’Arc volcanique des Petites Antilles, en mer des Caraïbes, la Martinique
est classée comme un « hotspot » de biodiversité. Des espaces naturels visent
à concilier préservation des milieux et accueil du public. Madinina offre ainsi
de nombreuses possibilités d’écotourisme et de beaux terrains de randonnée.
L’île aux fleurs est soumise à de nombreux risques naturels, exacerbés par les
pressions anthropiques. L’urbanisation et l’agriculture intensive ont notamment
contribué à l’artificialisation des sols, et engendré une pollution durable des eaux et des sols.
La contamination au chlordécone reste un sujet très sensible. Le phénomène de proliféra-
tion des sargasses illustre quant à lui les effets des dérèglements planétaires engendrés par
l’Homme. La Martinique pourrait être sous les eaux d’ici la fin du siècle, si rien n’est fait pour
limiter le réchauffement climatique. Un défi majeur pour l’île, encore très dépendante des
énergies fossiles.
anthropiques (notamment l’agriculture et fin. Une réserve biologique intégrale existe éga-
l’urbanisation) accentuent l’érosion des sols, lement sur l’un des versants de la montagne
la fragmentation des milieux naturels et les pol- Pelée. Le Parc naturel régional de la Martinique
lutions. Les espèces exotiques envahissantes, vise quant à lui à concilier protection des
comme le Miconia, constituent également une milieux et activités économiques, au travers
menace pour la biodiversité. L’activité touris- notamment de projets écotouristiques.
tique contribue elle aussi à la pression sur les Les défis environnementaux
ressources (eau, énergie) et à la production de de l’agriculture
déchets. La colonisation du territoire s’est fondée sur
une agriculture intensive (culture de la canne à
sucre et de la banane) et une urbanisation qui
ont entraîné déforestation, dégradation des sols
et pollution des milieux. Les eaux de ruisselle-
ment chargées en intrants chimiques ont éga-
lement contribué à l’eutrophisation du littoral et
à la fragilisation des écosystèmes marins. La
contamination des milieux au chlordécone reste
aujourd’hui un sujet de préoccupation environ-
nemental et sanitaire. Cet insecticide organo-
chloré, considéré comme persistant, fut utilisé
de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon
bananier. Son utilisation a pollué non seulement
les sols mais aussi les nappes phréatiques et
l’ensemble de la chaîne alimentaire. L’exposition
au chlordécone est aussi un facteur de risque
sanitaire. La stabilité de la molécule a pour
conséquence sa rémanence dans les sols et né-
cessite la surveillance des zones contaminées.
Une cartographie des zones polluées est mise à
© ISABELLE DREZEN
66
© STAN-972 - [Link]
La presqu’Île de La Caravelle.
l’exposition des habitants au pesticide incrimi- commencé sa transition énergétique, confor-
né. Le territoire nord-ouest de l’île aurait quant mément à la réglementation française, qui vise
à lui été épargné par le chlordécone. C’est là, l’autonomie énergétique du territoire d’ici 2030.
sur la commune de Fonds-Saint-Denis, que l’on La Martinique entend notamment développer
trouve notamment une agriculture biologique les énergies renouvelables (photovoltaïque,
fondée en partie sur des savoirs ancestraux et éolien, biomasse) et maîtriser la demande éner-
des espèces locales et adaptées, promue par gétique (l’installation de chauffe-eau solaire et
l’association L’Esprit Lasoté. de LED ont permis de faire diminuer les consom-
mations). La mobilité reste un enjeu fort. Il s’agit
DÉCOUVRIR
L’invasion des sargasses ou le symbole de décarboner les transports, en favorisant le
de la pollution planétaire report modal de la voiture vers les transports
La Martinique est confrontée de manière épiso- en commun et les mobilités actives, mais aussi
dique à l’échouage sur ses côtes d’algues, les de développer les véhicules électriques. Parce
sargasses : Sargassum fluitans et Sargassum que chaque geste compte, le voyageur est éga-
natans. La prolifération de ces algues brunes a lement invité à participer aux efforts de sobriété
des répercutions économiques directes sur le énergétique.
territoire (activités balnéaires et pêche) mais
présente aussi des impacts environnementaux La Martinique face au changement
(perturbation de la biodiversité locale), et des climatique
risques sanitaires pour les personnes expo- Le réchauffement planétaire en cours pourrait
sées. Ce phénomène serait lié à l’agriculture affecter de manière forte la Martinique, notam-
intensive en Amazonie. En d’autres termes, la ment avec l’intensification des phénomènes
déforestation massive et l’utilisation intensive extrêmes (cyclones tropicaux, inondations).
d’intrants - phosphates et nitrates - génèrent La montée des eaux et l’érosion des côtes pour-
un lessivage des sols, dont les effluents se raient menacer non seulement les infrastruc-
retrouvent ensuite dans le fleuve puis dans tures mais l’ensemble des activités humaines,
l’océan, où ils créent les conditions favorables et les ressources (eau et biodiversité).
au développement des sargasses. Les courants
entraînent ensuite les algues jusqu’en mer des Pour une « écologie décoloniale »
Caraïbes. Les brumes de sables issues du Saha- Conceptualisée par le chercheur martiniquais
ra contribueraient également au déplacement Malcom Ferdinand, « l’écologie décoloniale » as-
des sargasses. Le réchauffement climatique, socie selon lui « l’exigence de préservation des
quant à lui, pourrait induire la survenue plus équilibres écosystémiques de la Terre et l’exi-
fréquente de ces brumes de sables. gence décoloniale ». Elle a trait non seulement
aux luttes pour le climat mais aussi aux com-
Les défis énergétiques du territoire : bats sociaux, féministes ou antiracistes. L’idée
sortir de la pétrodépendance est d’intégrer dans la pensée environnementale
Le mix énergétique de la Martinique en 2019 « les destructions humaines ou environnemen-
mettait en exergue une forte dépendance aux tales » mises en œuvre par différentes formes
énergies fossiles (essentiellement produits de domination : impérialismes, colonisations,
pétroliers importés), liées en majeure partie au esclavage. Un concept en résonance avec l’his-
secteur des transports. Le territoire a cependant toire de la Martinique.
67
HISTOIRE
L
’histoire de la Martinique est avant tout liée aux mouvements de population
qui ont contribué à modeler sa physionomie et à y faire naître des sociétés
pluriethniques, fruits d’un métissage étalé sur plusieurs siècles. Depuis les
premiers indiens arawaks en passant par les colons français installés dès 1635,
celle que l’on surnomme « l’île aux fleurs », pour son extraordinaire végétation,
occupe une position stratégique dans l’ensemble de la Caraïbe qui lui vaut d’être
courtisée par les colonisateurs. A partir de 1670, la culture de la canne à sucre entraîne la
déportation massive d’esclaves venus d’Afrique. De la période précolombienne jusqu’à la
décolonisation et l’assimilation par la République française, la Martinique garde des traces
visibles de chaque époque, tant sur le plan culturel que social. Une histoire fascinante mais
mouvementée, sur fond de catastrophes naturelles, de tragédies humaines et de luttes pour
la liberté.
100 AV.
J.-C. –
Etablissement des Arawaks dans les îles de l’archipel caribéen. Ce peuple de
cultivateurs, originaire de l’actuel Venezuela, apporte avec lui de nombreuses
DÉCOUVRIR
300 AP.
J.-C
espèces végétales. En 295, les Arawaks auraient fui la Martinique suite à une
éruption de la montagne Pelée.
15
Christophe Colomb débarque au Carbet
JUIN Lors de son 4e voyage vers les Indes, le navigateur espagnol atteint les côtes du
1502 Carbet. Longtemps, la Martinique va faire office d’escale pour le ravitaillement :
les aventuriers français, hollandais et anglais échangent de l’alcool et des outils
contre du tabac, de l’eau et des vivres avec les Caraïbes.
15
Début de la colonisation
SEPTE- Le flibustier Pierre Belain d’Esnambuc débarque à Saint-Pierre avec 150 colons
MBRE français. Il fonde la première colonie française sur l’île pour le compte de la Com-
1635 pagnie des Isles d’Amérique. Saint-Pierre devient ainsi la capitale des Antilles
françaises. L’année suivante, Louis XIII autorise l’introduction d’esclaves dans les
Antilles françaises. C’est le début de la colonisation.
68
La Compagnie des Isles d’Amérique fait faillite. Jacques Dyel du Parquet, neveu de
Pierre Belain d’Esnambuc, achète la Martinique, les Grenadines et Sainte-Lucie.
1650 A sa mort en 1658, une guerre éclate entre les colons français et les Caraïbes.
Ces derniers sont massacrés. Les survivants sont obligés de se réfugier à Saint-
Vincent et à la Dominique. Les colons vont alors développer sur l’île la culture de
l’indigo, du café puis de la canne à sucre.
AVRIL
1664
Louis XIV rachète la Martinique, les Grenadines et Sainte-Lucie. Il confie à son mi-
nistre Jean-Baptiste Colbert la fondation de la Compagnie des Indes occidentales.
1673 La Martinique passe sous l’autorité directe du roi. La traite négrière est désormais
ouverte à tous les ports français.
DÉCOUVRIR
Vagues successives d’occupation anglaise
1759- Jusqu’en 1814, la Martinique est attaquée à plusieurs reprises par les Britan-
1814 niques. Cette période est marquée par des batailles retentissantes, telle la ba-
taille de la Martinique en 1779 devant Fort Royal qui oppose treize vaisseaux de
Hyde Parker à la flotte de La Motte Picquet et qui se solde par la victoire de la
France.
L’île est déchirée entre le pouvoir officiel révolutionnaire et les grands proprié-
SEPTE taires blancs, les békés, partisans de la royauté. Ces derniers entament une
MBRE contre-révolution royaliste. C’est dans ce contexte houleux que les Britanniques
1793 envahissent Saint-Pierre en février 1794. Pendant ce temps, l’esclavage, de plus
en plus contesté en métropole, est aboli par la Convention. Mais la Martinique,
sous occupation anglaise, n’applique pas le décret.
25
MARS Signature du Traité d’Amiens : les Anglais se retirent de la Martinique. L’île rede-
1802 vient française et l’esclavage y est maintenu par Napoléon.
1803-
Reprise des hostilités franco-britanniques
1814 En 1803, la flotte anglaise s’empare du Rocher du Diamant qu’elle fortifie. Sept
ans plus tard, les Anglais prennent Fort-de-France. La Martinique ne sera rétrocé-
dée à la France qu’en mai 1814 avec le Traité de Paris.
69
HISTOIRE
Abolition de l’esclavage
Soulèvement des esclaves en Martinique qui obtiennent l’abolition immédiate
de l’esclavage. L’information du décret rédigé par Victor Schoelcher, qui prévoit
de libérer dans un délai de deux mois 250 000 esclaves noirs dans les colonies
françaises, se répand rapidement dans les Antilles françaises. Partout dans
l’île, l’atmosphère entre maîtres et esclaves est explosive. C’est l’arrestation de
Romain, esclave de l’habitation Duchamp au Prêcheur, emprisonné pour avoir
continué à jouer du tambour, qui va mettre le feu aux poudres. Dans les rues, les
22 MAI esclaves commencent à s’amasser. Le 22 mai, Romain est relâché mais Huc, le
1848 maire du Prêcheur, tire sur la foule, faisant trois morts et dix blessés. Une flambée
de violence s’abat alors sur Saint-Pierre. Le 23 mai, le conseil municipal de Saint-
Pierre décrète l’abolition immédiate de l’esclavage. Le gouverneur Rostoland
publie l’arrêté suivant : « Art. 1er : L’esclavage est aboli à partir de ce jour à la Mar-
tinique. Il n’y a plus parmi nous de maîtres ni d’esclaves ; la Martinique ne porte
aujourd’hui que des citoyens ». Les « nouveaux libres » deviennent des citoyens
à part entière, reçoivent notamment un patronyme, ont le droit de voter, de
s’instruire, de travailler. Les colons, eux, seront indemnisés pour la perte de leur
main-d’œuvre gratuite. Cette date du 22 mai (fériée en Martinique) est célébrée
avec ferveur car elle marque la fin de deux siècles de traite négrière sur l’île mais
surtout elle souligne le rôle clef joué par les esclaves pour conquérir leur liberté.
1871
Représentation des colonies à l’Assemblée nationale, à la Chambre des députés,
puis au Sénat. Les nombreuses réformes lancées en France (laïcité, gratuité de
l’enseignement…) sous la IIIe République trouvent un écho en Martinique.
19
MARS
Adoption de la loi de départementalisation et d’assimilation défendue par le jeune
1946
député martiniquais Aimé Césaire. La Martinique devient un département fran-
çais, administré par un préfet.
MARS Création du Parti progressiste martiniquais (PPM), par Aimé Césaire et Pierre
1958 Aliker, qui se définit comme un parti inspiré de l’idéal socialiste, progressiste et
humaniste.
DÉCE-
MBRE
Les Trois Glorieuses
1959 Fort-de-France est secouée par trois jours d’émeutes suite à un incident raciste.
La répression fait 3 morts.
70
Création du BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans
1961 les départements d’outre-mer) qui prend en charge l’organisation des flux mi-
gratoires des habitants des départements d’outre-mer vers la France métropo-
litaine.
Alfred Marie-Jeanne, Lucien Veilleur, Marc Pulvar et Garcin Malsa fondent le mou-
1973 vement « La Parole au Peuple ». Il deviendra cinq ans plus tard le Mouvement In-
dépendantiste Martiniquais, dont l’objectif était l’indépendance de la Martinique.
Il a été dissout le 12 novembre 2019.
Vote de la loi de finances qui entérine l’égalité sociale entre la France métropoli-
taine et les départements d’outre-mer sous la présidence de Jacques Chirac. Le
1996 but de cette loi est de réduire les disparités en matière de protection sociale entre
les départements d’outre-mer et la métropole. Le SMIC ultramarin est aligné sur
celui de la France métropolitaine, et les Martiniquais ont désormais accès aux
mêmes aides sociales.
MARS
2001
Election de Serge Létchimy (PPM) à la mairie de Fort-de-France. Il succède à Aimé
Césaire qui a passé 56 années à la tête de la capitale foyalaise.
DÉCOUVRIR
17
AVRIL Mort d’Aimé Césaire
2008 Le monde entier lui rend hommage lors d’obsèques nationales.
5
FÉVR-
IER
Grève générale
– 14 L’île est secouée par un mouvement social sans précédent contre la vie chère.
MARS Celui-ci débouche sur une baisse des prix d’une centaine de produits de première
2009 nécessité.
DÉCE-
MBRE
Fusion des deux collectivités territoriales, le Conseil Régional et le Conseil Géné-
2015
ral. Alfred Marie-Jeanne devient le premier président du Conseil Exécutif de la Col-
lectivité Territoriale de la Martinique.
MAI
2019
Réhabilitation du musée Franck Perret de Saint-Pierre, rebaptisé Mémorial de la
Catastrophe de 1902.
71
HISTOIRE
JUILLET
Le Tour Cycliste International de Martinique a fait son grand retour en Martinique
2022
après deux ans de crise sanitaire. La 41e édition de cet événement très attendu
sur l’île a été remportée par le colombien Diégo Armando Soraca Cabezas de la
Pédale Pilotine.
72
TOP 10
PERSONNAGES HISTORIQUES
P
ersonnages connus ou moins connus, ces hommes LOUIS-AUGUSTE
et ces femmes, natifs de l’île aux fleurs ou simples CYPARIS (1874-1929)
visiteurs, ont marqué l’histoire de la Martinique par leur Emprisonné à Saint-Pierre,
destin, leur engagement politique ou leur vocation ar- il est l’unique survivant
de la catastrophe de la
tistique. Ils illustrent à merveille la diversité culturelle de l’île. montagne Pelée en 1902.
© WIKIMEDIA COMMONS
Poète de la négritude, il (1763-1814)
s’engagea dans la politique Née aux Trois-Ilets, elle
en fondant le Parti Pro- épouse le général Bonaparte
gressiste Martiniquais. en 1796 avant d’être cou-
ronnée impératrice en 1804.
JEAN-BAPTISTE EDOUARD GLISSANT
LABAT (1663-1738) (1928-2011)
Ce missionnaire, fin connais- Prix Renaudot en 1958
seur des techniques de pour son roman La Lézarde,
distillation, est surnommé le il est l’un des théoriciens
père du rhum martiniquais. de l’identité créole.
HOMÈRE CLÉMENT
FRANTZ FANON
© DUNCAN1890 - [Link]
(1852-1923)
Maire du François de 1885 (1925-1961)
à 1923, ce médecin achète Ce psychiatre foyalais est
l’Acajou, devenue aujourd’hui l’une des grandes figures
l’Habitation Clément. de la lutte anticoloniale
et de l’antiracisme.
VICTOR SCHŒLCHER
(1804-1893)
Ce député est à l’origine
du décret de 1848 abo-
lissant l’esclavage dans
les colonies françaises.
© NATATA - [Link]
© INSTANTS - [Link]
73
LES ENJEUX ACTUELS
D
epuis 1946, date à laquelle la Martinique est devenue département français à part
entière, son visage n’a cessé de se modifier. Très attendue, cette loi de départementa-
lisation et d’assimilation a notamment permis de conforter le cadre démocratique et a
apporté la stabilité et la paix nécessaires au progrès social sur l’île. Par rapport à ses
voisins de l’espace caribéen, la Martinique affiche ainsi un niveau de vie relativement
élevé. Comme dans la plupart des terres industrialisées, l’économie martiniquaise se
caractérise aujourd’hui par la prédominance du secteur tertiaire, le tourisme en tête, au détriment de
l’agriculture, dont l’essentiel de la production repose aujourd’hui sur la banane et la canne à sucre.
Si le taux de chômage semble se stabiliser et les inégalités sociales s’amenuiser, de nouvelles pro-
blématiques émergent, à commencer par les enjeux environnementaux et la question identitaire.
L’évolution des structures politiques tion. Les urnes ont été relativement claires, les
depuis 1946 électeurs ayant répondu « non » à 79,3 % à la
◗ La départementalisation revêt pour l’île une transformation du DOM en collectivité. Les Marti-
importance aussi capitale que l’a constituée en niquais se prononcent en faveur de la « création
son temps l’abolition de l’esclavage. Réclamée d’une collectivité unique exerçant les compé-
depuis longtemps, cette loi d’assimilation qui tences dévolues au département et à la région ».
transforme les anciennes colonies (la Martinique, Cette réforme constitutionnelle doit permettre
la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion) en dépar- une rationalisation des tâches en évitant les
tements français est défendue avec vigueur par « doublons » et les inévitables chevauchements
Aimé Césaire. Néanmoins, dans les faits, la situa- de compétences entre les institutions. Avec, à
tion économique et sociale et la répression de la clef, des économies de l’ordre de 185 millions
certains mouvements politiques rendent difficile d’euros grâce aux départs en retraite.
DÉCOUVRIR
son application sur place. Il faut attendre 1996 et Pour Alfred Marie-Jeanne, partisan du oui, la défaite
le vote de la loi sur l’égalité sociale entre la France est cuisante et le candidat indépendantiste doit
métropolitaine et les départements d’outre-mer s’incliner face à la liste conduite par Serge Letchimy,
pour que les Martiniquais disposent véritable- farouche partisan de l’article 73. Ce dernier devient
ment des mêmes dispositifs d’aide sociale (allo- alors le nouveau président du conseil régional de la
cation, alignement du SMIC ultramarin sur celui de Martinique. En novembre 2015, cependant, renver-
la métropole) et d’une égalité juridique, politique sement de situation : les Martiniquais, appelés aux
et sociale avec leurs pairs métropolitains. urnes pour réunir le conseil général et le conseil
Si le nouveau statut a sans aucun doute une régional en une seule collectivité dite territoriale,
importance législative, au niveau social la vie ne font confiance à Alfred Marie-Jeanne qui est élu
change pas jusque dans les années 1950 où la président de la Collectivité Territoriale de Martinique.
Caraïbe va connaître des mouvements de migra- ◗ Autre enjeu politique de taille pour la Marti-
tion. L’Etat prend très vite les choses en main nique : la question de la parité hommes-femmes,
et met sur pied une réglementation : le Bumi- ces dernières étant encore trop peu représen-
dom, Bureau des migrations des départements tées parmi les élus politiques. En 2019, l’Insee
d’outre-mer, est créé en 1961. Le flux s’accélère a enregistré une légère amélioration de la parité
dans la décennie 1960 pour ralentir à partir des mais il reste encore du chemin à parcourir pour
années 1980 : sur la période, ce sont près de que les femmes parviennent à se faire une place
190 000 Martiniquais qui s’élancent vers la mé- dans la vie politique martiniquaise.
tropole pour y travailler ou étudier. La Martinique
se voit ainsi privée d’une grande partie de sa jeu- D’évidents progrès économiques et sociaux
nesse, ce qui, au fil des années, va accélérer le L’économie martiniquaise se caractérise par un
vieillissement démographique de l’île. On recense secteur public particulièrement développé (près
aujourd’hui en métropole 365 000 « domiens ». de 42 % des salariés). Secteur numéro un en Mar-
◗ Une collectivité unique. En janvier 2010 a lieu tinique, avec plus d’un million de visiteurs annuels,
une consultation sur le statut de l’île. Le réfé- le tourisme connaît actuellement de nombreuses
rendum doit déterminer l’évolution à donner au interrogations. La fréquentation a bénéficié depuis
cadre politique dans lequel se positionne la Mar- ces dix dernières années du regain d’intérêt pour les
tinique : conserver le département, statut prévu croisières. Mais les incertitudes liées au contexte
par l’article 73 de la Constitution, ou évoluer vers actuel laissent les professionnels perplexes.
une collectivité d’outre-mer dotée d’une autono- Par rapport à ses voisins de l’espace caribéen, la
mie élargie en dehors des pouvoirs régaliens de Martinique affiche un niveau de vie relativement
l’Etat et relevée par l’article 74 de la Constitu- élevé. La loi d’assimilation a notamment permis
74
de conforter le cadre démocratique et a apporté de sa toxicité avérée, le gouvernement français a
la stabilité et la paix nécessaires au progrès toutefois autorisé son utilisation en Martinique et
social en Martinique. Le système de santé appa- en Guadeloupe jusqu’en 1993, causant la conta-
raît comme l’un des plus performants de la ré- mination d’un tiers des terres agricoles martini-
gion. L’espérance de vie moyenne en Martinique quaises, notamment au nord-est de l’île, et des
a progressé (75 ans pour les hommes, 81 ans nappes phréatiques pour des milliers d’années.
pour les femmes), se rapprochant de celle de la Car cette molécule, très persistante dans l’envi-
métropole. Il en va de même pour l’éducation, la ronnement, pourrait être la cause principale des
Martinique affichant un taux d’alphabétisation cancers de la prostate en Martinique, qui détient
supérieur à 90 %. le triste taux d’incidence annuel de cancer de la
Le secteur du logement, quant à lui, a conti- prostate le plus élevé au monde. Les producteurs
nué de s’améliorer, marqué par une résorption de banane décident alors de s’orienter vers une
de l’habitat insalubre, en particulier dans des culture bananière durable. Leur objectif est clair :
quartiers populaires de Fort-de-France. L’amé- diminuer l’impact de cette culture sur les autres
nagement territorial assure une infrastructure écosystèmes. En dix ans, la filière banane mar-
moderne, qu’il s’agisse du volet sanitaire, distri- tiniquaise a réussi à réduire de 75 % l’utilisation
bution (électricité et eau), mais aussi communi- des produits phytosanitaires.
cation, aéroport, port, routes. ◗ Après la banane, c’est la canne à sucre qui
Pour encourager le développement des départe- arrive en numéro deux des productions marti-
ments et territoires d’outre-mer, l’Etat a mis en niquaises. 80 % de sa production est dédiée à
place une série d’outils. Outre les subventions ac- la fabrication de rhum AOC, et les 20 % restants
cordées par l’Union européenne dans le cadre du sont destinés à la fabrication du sucre. Princi-
Fonds Européen de Développement Economique pale activité agroalimentaire de la Martinique,
et Régional (FEDER) et du Fonds Social Européen le rhum, deuxième produit d’exportation après
(FSE), la Martinique bénéficie de mesures spé- la banane, participe à l’émergence d’un spiri-
cifiques comme une politique douanière, com- tourisme à forte dimension culturelle, les dis-
merciale et fiscale plus avantageuse, des zones tilleries étant devenues de véritables pôles de
franches, ainsi qu’une politique de défiscalisation valorisation du patrimoine martiniquais.
qui vise à inciter l’investissement en outre-mer et
◗ De nouvelles pistes. Cependant, de plus en plus
DÉCOUVRIR
à pallier le surcoût du matériel et les difficultés
d’accès au crédit dans ces territoires. de voix s’élèvent contre le monopole de ces deux
monocultures. Pour y remédier, les agriculteurs
L’agriculture en Martinique martiniquais choisissent d’explorer des pistes
L’économie martiniquaise porte l’empreinte d’un nouvelles pour produire de manière plus respec-
passé colonial profondément marqué par les tueuse et durable, comme la permaculture, l’agro-
activités agricoles. L’île a longtemps produit du foresterie et l’agroécologie. Des traditions héri-
coton, du tabac, de l’indigo, des épices (can- tées du jardin créole, que pratiquaient les Anciens
nelle, poivre), du café et du cacao, mais aussi et qui reviennent au goût du jour en Martinique.
des cultures fruitières, légumières (dachine, pi- De même, des initiatives privilégiant les circuits
ment, igname, manioc) et maraîchères (tomate, courts « lokalvores » (paniers, marchés locaux)
melon, concombre). Héritière de ce passé, l’île se multiplient pour inciter les Martiniquais à
se trouve aujourd’hui devant une situation consommer en priorité leurs produits, avec le
assez paradoxale : un secteur agricole déve- moins d’intermédiaires possible, et surtout la pos-
loppé mais fragile. Si l’agriculture pèse dans les sibilité de rencontrer directement les producteurs.
recettes d’exportation, les surfaces consacrées Depuis quelques années, on observe également
aux terres agricoles sont en recul constant. La le retour de nouvelles cultures à forte valeur
Martinique est ainsi dépendante à près de 80 % ajoutée, telles que le cacao, la vanille et le café.
des importations de l’extérieur afin de satisfaire Ces nouvelles filières représentent un potentiel
le marché local. Actuellement, l’essentiel de la de croissance important pour le territoire, sou-
production agricole repose sur deux productions tenu par une demande internationale forte.
principales : la banane et la canne à sucre, des- L’agriculture martiniquaise bénéficie en outre du
tinées essentiellement à l’exportation. programme européen d’appui aux régions ultra-
◗ Premier produit d’exportation de l’île, la périphériques : le POSEI (Programme d’options
banane bénéficie d’un ancrage historique et spécifiques à l’éloignement et à l’insularité), qui
culturel fort. Les producteurs de bananes sont s’inscrit dans le cadre de la Politique agricole
cependant mis à mal par la concurrence de ba- commune (PAC). Le premier volet, intitulé Régime
nanes venues d’autres pays et vendues moins spécifique d’approvisionnement (RSA), est des-
cher (la fameuse banane dollar), et les cyclones tiné à alléger le coût des intrants. Le second volet
à répétition. L’agriculture de l’île doit aussi faire comporte des mesures en faveur des productions
face au scandale du chlordécone, un insecticide agricoles locales (MFPAL) qui concernent quatre
utilisé massivement pour lutter contre le charan- secteurs d’intervention : la banane, le secteur
çon dans les bananeraies. Interdit aux Etats-Unis canne-sucre-rhum, la filière animale et la diversi-
depuis 1977 et en France depuis 1989 en raison fication des productions végétales.
75
ARCHITECTURE
L
a Martinique est une île plurielle et son riche patrimoine architectural en est la
preuve. Ici séismes, cyclones et incendies dictent leurs lois, charge aux bâtisseurs
de s’adapter. L’évolution de la case, habitat antillais traditionnel, en témoigne.
Des petites structures de paille aux maisons de bourg, toutes ont été pensées en
adéquation avec leur environnement. Des forts militaires à l’architecture métal-
lique, qui s’invita jusque dans les églises, les édifices d’influence européenne
témoignent aussi de cette nécessité de s’adapter au milieu. Autre élément clé du patrimoine
martiniquais : l’habitation, lieu complexe, symbole d’une modernité industrielle indissociable
de l’oppression esclavagiste. Un patrimoine à découvrir et surtout à recontextualiser. La pré-
servation de cette riche identité créole est aujourd’hui le fer de lance de l’île qui n’en garde
pas moins un œil tourné vers l’avenir. Bon voyage au cœur de ces inoubliables trésors !
76
de Dizac (Diamant). Les premiers colons
s’en inspirèrent pour construire leurs cases,
abris légers mais parfaitement adaptés aux
contraintes du climat. Dans le sud de l’île, no-
tamment sur le site la Savane des Esclaves aux
Trois-Ilets (p.168), vous pourrez découvrir
des cases dites à gaulettes, modèles typiques
des débuts de la colonisation. Leur sol est en
terre battue, leur toiture en feuille de canne et
leur façade faite en palissades de bois tressés
(ti-baume, bambou, campêche) souvent en-
duites d’un torchis réalisé à base de bouse de
vache ou de boue végétale mélangée avec de la
paille. La case est pensée de façon modulaire
et fonctionnelle. Comportant au départ deux
pièces, elle s’agrandit en fonction des besoins
© LAURE LAMBERT
et moyens de ses habitants. Progressivement,
les cases se dotent d’une base cimentée plus
résistante à l’humidité, leurs couvertures - ori-
ginellement en paille ou en palmier - sont réa- Cases traditionnelles, La Savanes aux Esclaves.
lisées à base d’une tuile ronde locale appelée
« tuile-pays » puis plus tard en tôle ondulée, lee sont extrêmement modernes et au cœur d’un
bois brut se pare de couleurs vives et, au XIX système d’infrastructures très étudié. On peut
siècle, la façade de la case se dote d’une galerie ainsi encore apercevoir les digues et coulisses
ouverte ou véranda. Se transformant au fil du permettant l’acheminement de l’eau, les tours
temps en véritable pièce à vivre, cette dernière en moellons des moulins à vent avec leur toi-
est devenue le symbole de la culture antillaise ture pivotante et leurs puissantes ailes, mais
faite de convivialité et d’hospitalité. Protégée aussi les hangars à chaudières et alambics,
des assauts de la pluie par un large toit avancé, témoins de l’évolution des techniques. Champs
DÉCOUVRIR
elle offre une vue sur le jardin, autre élémente de cannes et jardins entourent ces différents
phare de la case antillaise. A partir du XIX éléments, tandis qu’au centre trône la maison
siècle, la multiplication des cases individuelles de maître. Au départ simple case améliorée,
entraîne la création de hameaux dont l’organi- cette dernière va se développer au rythme de
sation est là encore calquée sur celle des vil- la prospérité de ses propriétaires et devenir
lages amérindiens. Grand-Rivière a su gardere le symbole du système colonial. Si certaines
cette atmosphère des villages d’antan. Au XX maisons se basent sur les styles et principes
siècle, la création des bourgs a vu naître des architecturaux venus de la métropole (fortes
cases urbaines appelées « maisons de bourg ». influences normandes et bretonnes), très vite
Ces dernières suivent le schéma de la case les maisons de maître vont adopter un style
rurale, mais les terrains en ville étant chers, adapté aux contraintes du milieu. Construite
les maisons de bourg se développent en hau- toujours légèrement en hauteur pour garder
teur, se dotant d’un ou deux étages. Le rez-de- une vue sur les unités de production, la maison
chaussée, construit en ciment pour limiter les de maître est conçue pour permettre une ven-
risques d’incendie, abrite souvent commerces tilation parfaite de la maison : des galeries ou
et ateliers. Les étages, eux toujours en bois, se vérandas bordent toutes les faces de la maison,
font plus décoratifs avec des balcons en fer for- les fenêtres ne sont pas vitrées mais ajourées
gé, et surtout des persiennes et jalousies pour et équipées de persiennes et les pièces du
assurer la ventilation naturelle de la maison. Là rez-de-chaussée n’ont bien souvent pas de
encore, la cuisine est séparée du reste de l’ha- portes. Pour préserver la maison des dégâts
bitation et installée dans une arrière-cour. Les de la pluie, une toiture en tuiles de terre cuite
rues du centre de Fort-de-France, en particulier ou en écailles est privilégiée, suivant souvent
la rue Blénac, en comptent de beaux exemples. un style à la française, tandis que les avancées
du toit permettent une évacuation de l’eau dans
L’habitation : des jarres maçonnées. Le sol est souvent suré-
le poids du passé levé et réalisé dans de superbes dallages poly-
Typiquement antillaise, l’habitation est une chromes. Le deuxième étage, légèrement en
structure complexe, entre exploitation agricole retrait, est appelé belvédère et fait la part belle
et établissement préindustriel, pensée pour à des décors finement ciselés dans le bois. Ce
mettre en valeur les terres à des fins spécu- souci du décor se retrouve dans l’attention
latives. Sucre, cacao, tabac, indigo, café puis portée au mobilier : berceuses, lits à colonnes
rhum… : tout y a été produit et transformé. et grandes dessertes peuplent ces maisons où
D’un point de vue industriel, ces habitations l’apparat triomphe.
77
La bibliothèque Schoelcher.
© RUDIERNST - [Link]
ARCHITECTURE
Rappelant les grandes propriétés coloniales de
Louisiane, avec laquelle la Martinique a long-
temps entretenu des liens étroits, les maisons
de maître antillaises restent plus fonctionnelles
et moins ostentatoires. Une beauté stylistique
qui ne doit pas faire oublier que la dénomination
« maison de maître » ne désigne pas ici sim-
plement une demeure bourgeoise cossue, mais
bien une structure composée d’un maître… et
d’esclaves. Longtemps ignoré, le patrimoine lié
à l’esclavage est aujourd’hui mis en lumière, no-
tamment les « cases-nègres », regroupements
de cases alignées, toutes bâties sur le même
modèle et installées en contrebas de la maison
de maître pour en permettre le contrôle. Ces
© PIXELDOM - [Link]
cases étaient souvent entourées de jardins, dits
serviles, permettant aux esclaves de subvenir en
partie à leurs besoins. Ce riche patrimoine est à
découvrir dans les habitations Pécoul (p.355),
Clément (p.273), Leyritz, ou bien encore Anse
Latouche (p.300), qui comptent parmi les plus
belles et les mieux conservées de l’île. L’église de Balata.
Patrimoine religieux Evolutions et perspectives
La Martinique est peuplée d’un très grand Avant même l’église Saint-Christophe, Fort-
nombre d’églises. Certaines sont directement de-France a vu naître, dès les années 1930,
inspirées des modèles européens à l’image de quelques très beaux exemples de modernisme
l’église du Carbet avec son plan en croix latine à architectural. La Villa Monplaisir, œuvre de Louis
trois nefs et son clocher rehaussé d’une flèche Caillat, grand représentant du modernisme en
DÉCOUVRIR
et d’un bulbe doré, de l’église du Marin avec son Martinique, impressionne par sa blancheur
décor baroque tout en volutes et sinuosités ou et ses formes géométriques élémentaires. La
bien de l’étonnante église de Balata, réplique Maison Didier, elle, fait la part belle aux courbes
de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. et volumes Art déco. L’ancien immeuble « La
D’autres témoignent de l’influence des marins- Nationale » étonne avec ses hublots et ram-
charpentiers qui réalisèrent de nombreuses bardes métalliques directement inspirés du
charpentes en carène ou coque de bateau ren- style Paquebot. Autre étonnante particularité,
versée. Mais la plupart témoignent de la néces- il s’organise autour d’un patio, une structure
sité d’adapter l’architecture aux conditions d’héritage mauresque très rare dans l’île, que
climatiques, comme le montre l’église Notre- l’on retrouve dans un autre bâtiment phare, la
Dame-de-la-Nativité à Ducos avec l’inclusion Maison des Syndicats, avec ses formes circu-
dans sa façade d’une des faces du clocher de laires et son plan en couronne. Mais le béton
manière à offrir une meilleure résistance aux n’a pas toujours été associé à une modernité
vents. Certains clochers seront même séparés de forme, comme en témoigne la Préfecture,
de l’édifice. Ce souci culmine avec l’avènement directement inspirée… du Petit Trianon. Un
de l’architecture métallique popularisée sur mélange pour le moins éclectique. Par la suite,
l’île par l’architecte Henri Picq à qui l’on doit la les grandes villes de l’île ont toutes subi une
superbe et étonnante cathédrale Saint-Louis politique d’intense bétonisation avec multipli-
de Fort-de-France (p.120). Sa nef est entiè- cation d’hôtels, centres commerciaux et lotis-
rement soutenue par des arches métalliques sements, les grands ensembles y remplaçant
d’inspiration néogothique offrant un senti- les maisons individuelles. Avec sa Tour Lumina
ment d’espace et de clarté renforcé par la de 105,5 m de hauteur, le complexe de la Pointe
belle luminosité se dégageant des vitraux et Simon dénature quelque peu le centre de Fort-
verrières. C’est également à Picq que l’on doit de-France alors même qu’il s’en voulait le phare.
la très belle Bibliothèque Schœlcher (p.119) Mais d’autres réalisations contemporaines
avec son lumineux dôme de verre, ainsi que de tentent de s’intégrer de façon plus harmonieuse
nombreuses halles. Ce rôle de centre d’expéri-e avec le bâti existant à l’image du technopôle de
mentations architecturales se poursuit au XX Kerlys dont les courbes du toit rappellent celles
siècle avec l’église Saint-Christophe à Fort-de- de l’église Saint-Christophe. Fort heureusement,
France. Construite en 1955, elle est le symbole la ville a su en parallèle conserver sa riche iden-
du renouveau de l’art sacré avec son utilisation tité grâce aux campagnes de revalorisation de
du béton, ses pavés colorés filtrant la lumière et nombreux quartiers où l’habitat antillais est mis
son beau clocher semi-circulaire. à l’honneur !
79
BEAUX-ARTS
Q
u’on se le dise : les Martiniquais ont la fibre artistique. Depuis le milieu du XXe
siècle, l’île est le théâtre d’un développement culturel en accéléré. Peintres et
sculpteurs rassemblent les tendances les plus marquantes des cent dernières
années. Autodidactes, formés ici ou ailleurs, figuratifs, naïfs ou abstraits, en
solo ou réunis en associations, les artistes locaux constituent une scène variée.
Une chose est sûre, les natifs connaissent le pouvoir de l’échange. Pour preuve,
le musée Gauguin (p.297) met en lumière les œuvres peintes et dessinées lors du séjour
du maître sur l’île en 1887 mais il présente en parallèle son apport sur la création locale. En
Martinique, l’art n’hésite pas à descendre dans la rue, au plus près de son public. Le street-
art prend sur l’île les formes les plus diverses. Les œuvres plus ou moins éphémères font
désormais partie intégrante d’un paysage aux tonalités vibrantes qui reste longtemps en
mémoire.
80
© JUDITH LIENERT - [Link]
Sculptures de Laurent Valère au Mémorial de l’Anse Caffard.
de se sauver. Dans la lignée des grandes sculp- chers aux Antilles. Quatre graffeurs se dis-
tures monumentales, le Lambi des Anses-d’Ar- tinguent : Oshea, R-Man, Xän et Moksa. Coup
let et la tête de Manmand’lo exaltent la même de cœur pour le génialissime portrait de Spike
puissance esthétique. Le Lambi (2009) trône Lee réalisé par Xän sur un mur de la rue du Port.
DÉCOUVRIR
dans le bourg des Anses-d’Arlet. Sculpture- Un gros plan avec cheveux végétalisés ! Dans
fontaine aux lignes élégantes, de sa conque les rues adjacentes, vous dénicherez quantité
coupée se diffuse une brume liquide rafraîchis- de joyaux du street-art.
sante. Quant à Manmand’lo (2004), il s’agit Les plus curieux s’aventureront à Schoelcher.
d’une tête de femme-sirène monumentale Comptez une heure et demie pour débusquer
posée à dix mètres de profondeur au large de les pépites qui ornent les ruelles de ce joli
la baie de Saint-Pierre, comme la réconciliation bourg. Ici, le sport est le meilleur ami de l’art
de l’Homme et de son cocon marin, fragile et urbain. La piscine municipale, lieu de rendez-
magnifique. Sa notoriété attire toujours plus de vous des joggers du soir, a bénéficié du projet
touristes. municipal Art dans la ville. Grâce à ce soutien
L’année 2013 voit l’ouverture de l’espace d’art officiel, les fresques fleurissent dans ce quar-
contemporain 14°N 61°W à Fort-de-France. tier. De même, au Pont Case-Navire, la fresque
L’objectif de ce lieu avant-gardiste est de donner des Amérindiens signale l’emplacement d’un
une tribune aux artistes locaux et caribéens ancien village d’indiens, aux abords de la ri-
pour pouvoir exprimer leur art et leur permettre vière. Caruge et Cauquil signent ici une fresque
de le faire découvrir au grand public. Au pro- à ne pas surtout pas manquer. Au stade muni-
gramme : des expositions et des projets qui cipal, une autre peinture murale amérindienne
conjuguent création artistique et préoccupa- joliment colorée vous attend. Ici, un enfant sur
tions sociales, économiques et politiques. Une
large part de cette fondation dédiée à toutes sa barque pagaie sur un vaste pan de mur.
les formes de création est consacrée à l’art Le long du parcours sportif aménagé en bord
dans la Caraïbe. Autre foyer artistique important de mer, la place des Arawaks et les terrains de
en Martinique : la Fondation Clément, qui met basket accueillent un foisonnement de graffitis
régulièrement à l’honneur les artistes caribéens en perpétuel renouveau. En redescendant vers
contemporains. le bourg, repérez les œuvres qui se cachent un
peu partout en bord de plage. De joyeux visages
Spots street-art d’enfants ornent la frise du bien nommé Mur
Le paysage martiniquais s’est encore embelli des sourires, dans le quartier la Colline. Termi-
ces dernières années avec l’essor de l’art nons ce panorama sur une note typiquement
urbain. Cette forme d’expression qui s’adresse antillaise avec une réalisation signée Oshea.
directement au plus grand nombre a rapide- Sur les murs d’un transformateur électrique,
ment trouvé sa place en Martinique. De Fort- sa Doudou tend son panier de fruits aux gour-
de-France à Schoelcher, on retrouve les thèmes mands amateurs d’art.
81
MUSIQUES ET SCÈNES
M
agique pour le regard, à l’oreille la Martinique devient même ensorcelante.
Véritable île de musique, on ne passe pas une minute sur place sans être
accompagné de rythmes chaloupés. Du zouk, mondialement connu et en
pleine résurgence, à la biguine, le swing caribéen par excellence, sans ou-
blier le bèlè, cette expression très théâtrale mère de toutes les musiques
(ou presque) ici : la Martinique possède plus d’un atout pour faire remuer
la tête et les hanches. Très souvent les hanches... Un des moments privilégiés pour goûter à
la musique locale demeure bien entendu le carnaval. Vrai concentré de Martinique, il offre un
panorama complet – et festif, cela va sans dire – sur l’ensemble des expressions artistiques
de l’île, voire même des Caraïbes. En vous rendant sur place, n’oubliez pas de fermer aussi
les yeux et laissez la Martinique se raconter au rythme de la mazurka ou de l’incontournable
zouk. Un dépaysement pour tous les sens.
82
Côté concerts, les événements organisés par la
Maison du bèlè (p.352) à Sainte-Marie sont de
très bonnes occasions d’en entendre, l’endroit
s’étant fixé pour mission la préservation et la
transmission du genre. Autrement, on peut
écouter de la bonne biguine le dimanche chez
Tante Arlette (p.360), restaurant de Grand-
Rivière ou au Biguine Jazz Festival, rendez-vous
annuel qui égrène sa bonne programmation sur
toute l’île. Sinon, le Festival Culturel de la ville de
Fort-De-France, organisé chaque année dans
les premières semaines de juillet, ouvre une fe-
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
nêtre intéressante sur les traditions musicales
de Martinique.
Musique populaire
Lorsque l’on pense « musique martiniquaise »,
on pense forcément au zouk. Indissociable des
Antilles françaises - dont il est un pilier de l’iden-
tité -, le zouk apparaît dans les années 1980,
descendant de la kadans (méringue haïtienne Musicien pendant le carnaval de Fort-de-France.
populaire dans les Antilles françaises durant les entend aussi beaucoup à la Nouvelle Savane,
années 1970) et de la cadence-lypso (kadans en plein air, autour des petits kiosques ou en-
de la Dominique) tout en conviant de nombreux core les soirs de concerts au café le Babaorum
éléments locaux comme la biguine. (p.135).
Si le genre est on ne peut plus populaire en Mar-
tinique, c’est une icône guadeloupéenne qui va le Les musiques actuelles
populariser en France et dans le monde : Kassav. Amoureuse de musique et attentive à ce que
Tout commence en 1979, quand Pierre-Edouard l’ensemble des Caraïbes produit, la Martinique a
DÉCOUVRIR
Décimus, membre de l’orchestre phare de kadans accueilli à bras grands ouverts le ragga. Produit
Les Vikings de la Guadeloupe, décide avec Freddy purement jamaïcain, le ragga (ou dancehall)
Marshall, autre musicien antillais, de renouveler a vite trouvé ses marques en Martinique et de
et de moderniser la musique qu’ils ont toujours nombreux artistes locaux font et ont fait date :
jouée. Jacob Desvarieux (disparu en juillet 2021) Kalash, qui a collaboré avec le rappeur Booba,
les rejoint alors et le groupe prend forme. Via son Matinda, le pionnier, Paille reconnaissable à
premier album, Love and Ka dance, ce tout jeune son chapeau (de paille...) ou encore X-MAN
groupe nommé Kassav donne naissance à un un temps considéré comme un des meilleurs de
nouveau genre musical : le zouk. Avec le second sa génération.
album, Lagué mwen, entre en piste Jocelyne Si les concerts ragga se déroulent majoritaire-
Beroard, martiniquaise de naissance. Le groupe ment à l’Atrium, de très bonnes soirées avec DJ
s’agrandit alors et Kassav est couronné de suc- peuvent avoir lieu dans des clubs comme le Cos-
cès dans le monde entier : Paris, Cap-Vert, New mopolite de Rivière-Salée ou (plus chic) le Kinky
York... Sous l’impulsion du groupe, le zouk s’ex- Mango (p.156) du Lamentin. Autrement, poser
porte et devient vite un carton mondial. quelques questions au marché rasta de Saint-
Depuis sa naissance, le genre n’a cessé d’évo- Pierre permettra de connaître les meilleurs
luer en incorporant de nouveaux courants. Fin tuyaux et d’acheter quelques bons albums.
des années 1990, le rythme se simplifie et
les paroles tournent au mièvre avec la vague Danse
« zouk love » puis au début des années 2000 Autre pan de culture largement connu et déve-
le zouk se teinte de hip-hop ou de R’n’B et des loppé de l’île : la danse. Entre zouk, bèlè, biguine,
artistes comme la Martiniquaise Perle Lama kalenda, mazurka, les possibilités d’expression
connaissent le succès en chantant en français physique ne manquent pas et l’île propose aussi
(et non plus en créole). à voir quelques formes singulières et typiques.
Bien que beaucoup moins joués aujourd’hui, Parmi elles, la mazouk (ou mazurka créole),
le compas (Kompa) et la kadans, deux formes danse où le cavalier enlace sa partenaire au
distinctes de méringue haïtienne, ont toujours plus près du corps, est l’une des plus sen-
le vent en poupe en Martinique. Les vétérans de suelles. Le ladja, quant à lui, frappe par sa proxi-
La Perfecta, actifs dès les années 1970, en sont mité avec la capoeira brésilienne. Cette danse
un parfait exemple. de combat accompagnée de tambour et chant,
L’île regorge d’endroits où écouter du zouk. aussi appelée danmyé, fut interdite au moment
À Fort-de-France, ce grand complexe qu’est de la départementalisation avant de connaître
l’Atrium en programme régulièrement. On en un regain dans les années 1980.
83
LITTÉRATURE
I
nitialement peuplée d’indiens, la Martinique abrite aujourd’hui des habitants issus
d’origines différentes, un métissage lié pour partie à l’esclavage imposé par les Fran-
çais qui se sont emparés de l’île en 1635. Ici, peut-être plus qu’ailleurs, la question
de l’identité n’a cessé d’alimenter une littérature qui, plus souvent qu’à son tour, s’est
faite philosophie. Après l’abolition, obtenue de haute lutte, les écrivains n’ont cessé
d’interroger les conséquences de la colonisation sur l’âme du peuple noir. Ainsi, après
le rejet du « doudouisme » qui flattait les fantasmes métropolitains, les écrits sont deve-
nus politiques. René Maran, dès 1921 avec son roman Batouala, pointait du doigt les dérives
du colonialisme, quelques années plus tard Aimé Césaire définira la notion de négritude, un
concept qui ne cessera dès lors d’évoluer et d’inspirer d’autres maintes nuances et diverses
pistes de réflexion.
déjà sur cartes maritimes antérieures. Enfin, Si les peuples se mêlent, parfois contraints
mystère là encore, c’est un auteur dont l’identité et forcés, la littérature s’imprègne de ces
reste inconnue, l’Anonyme de Carpentras, qui la influences et la langue à son tour se réinvente
cite pour la première fois dans sa Relation d’un en créole. C’est de ce langage que naissent
voyage infortuné fait aux Indes occidentales certaines des premières pages écrites en
dans laquelle il raconte ses péripéties entre Martinique, là où la tradition orale se gardait
1618 et 1620, ses rencontres avec les indiens jusqu’alors la part belle, s’inventant dans les
autochtones, une grosse décennie avant que contes qui mettaient en scène les héros popu-
les Français ne décident de s’emparer de Mati- laires, de Ti-Jean à Compé Zamba, de Misyé Li
nino qui deviendra Martinique. Wa à Manman Dlo. Le lecteur curieux s’aventu-
© DUNCAN1890 - [Link]
DÉCOUVRIR
jusqu’à nos jours. rants assez consensuels, la littérature béké d’un
Impossible, néanmoins, d’appréhender la littéra- côté s’inspire résolument des écrivains français
ture martiniquaise sans prendre en considéra- tant par la forme que par le fond, de l’autre
tion un texte antérieur, Les Amours de Zémédare s’écrivent des textes « exotiques » qui font fi
et Carina, œuvre d’Auguste Prévost de Sansac de des réalités et leur préfèrent des clichés conve-
Traversay datée de 1806 qui, bien que boudée nus qui plaisent aux métropolitains. Cette vision
depuis sa parution, sert pourtant d’intéressant tronquée se retrouvera dans tous les territoires
contrepoint au célèbre Paul et Virginie de Bernar- d’outre-mer et est désormais désignée par un
din de Saint-Pierre (1788). Dans ce dernier, ro- terme plutôt péjoratif, le « doudouisme », au-
man mondialement célébré qui use de l’île Mau- quel est rattachée par exemple l’œuvre du poète
rice comme décor là où l’auteur aurait pu tout Daniel Thaly qui, durant sa vie, oscilla entre la
aussi bien camper la Martinique qu’il connaissait Dominique anglophone où il était né en 1879 et
pour y avoir voyagé avec son oncle dans sa la Martinique où il occupa le poste de conserva-
prime adolescence, naît le fantasme du paradis teur au sein de la bibliothèque Schœlcher. Mais
perdu, vision idéalisée d’un Métropolitain sur les le mois de mai 1921 allait voir paraître un livre
îles du bout du monde et, sans doute, vision en qui fera évoluer cette littérature en lui octroyant
partie utopique sur les colonies et les rapports, un tour autrement plus politique.
pourtant reconnus comme empreints de domi- C’est sur l’océan que naît René Maran en 1887,
nation, qu’entretiennent ceux qui y vivent. élevé successivement en Martinique et à Bor-
Sous ses abords sentimentaux, le roman de deaux. Devenu administrateur en Oubangui-
Traversay prône un autre idéal, un patriotisme Chari, territoire français d’Afrique centrale, il dé-
qui s’affirme dans l’union entre les Antilles et la laisse un temps la poésie pour écrire un roman,
France et s’incarne dans le destin de Joséphine Batouala, qui recevra le prix Goncourt l’année
de Beauharnais, née aux Trois-Îlets en 1763, de sa parution aux éditions Albin Michel et fera
future impératrice de France. Ces deux auteurs, de Maran le premier auteur noir à être couronné
chacun au faîte de son horizon, avaient peut-être par cette distinction. Sous couvert d’une riva-
envisagé que la situation ne pourrait perdurer lité amoureuse, dans son histoire se dresse en
sans fracas, et l’histoire leur donna raison. L’abo- filigrane une violente dénonciation des excès
lition ne se fit effectivement pas sans mal : pro- du colonialisme, ce n’est pourtant sans doute
clamée le 27 avril 1848 lorsque le ministre Fran- pas par principe que l’auteur finira par quitter
çois Arago apposa sa signature sur les décrets l’administration pour laquelle il travaillait, mais
rédigés par Victor Schœlcher, elle devait entrer en pour se consacrer à l’écriture journalistique et
vigueur deux mois plus tard mais des émeutes en littéraire.
85
LITTÉRATURE
Bien que dans sa correspondance privée il lui pour la première fois le terme de négritude, un
arrivait de se montrer de temps à autre critique concept qui englobe le refus de l’assimilation
vis-à-vis de la France, l’homme n’en demeurera mais se teinte, en outre, d’une revendication
pas moins patriote. Il aura, de fait, d’autant plus de l’identité noire. Maintes fois repris, en divers
de mal à se reconnaître dans un nouveau mou- points du globe, il deviendra sous la plume de
vement en train d’émerger, celui de la Négritude, Sartre une formule restée célèbre : « la négation
qui lui attribuera un rôle de précurseur qu’il de la négation de l’homme noir », c’est-à-dire la
refusera d’endosser, se déclarant humaniste et reconnaissance de la tentative d’annihilation,
redoutant, avant toute chose, le rejet de l’autre. par l’esclavage puis par la colonisation, d’une
Autant dire que les conversations auxquelles culture qui désormais compte bien s’imposer.
assistèrent les salons de Paulette Nardal (1896- C’est à nouveau à la censure que sont confron-
1985), au 7 de la rue Hébert à Clamart, furent tés Aimé Césaire et les siens quand le régime
certainement passionnantes quand elle pré- de Vichy freine la publication de Tropiques, mais
senta, dans les années 1930, René Maran à un l’écrivain est plein de ressources, il est ainsi bril-
tout jeune homme, Aimé Césaire, né en 1913 à lant orateur, et l’après-guerre le voit prendre des
Basse-Pointe et venu en métropole poursuivre responsabilités politiques puisqu’il est en 1945
ses études. élu maire de Fort-de-France et, par la suite, dé-
À la même époque, en 1932, paraît l’unique puté, mandat qu’il occupera jusqu’aux années
numéro d’une revue qui allait, quant à elle, véri- 1990. Sur ce nouveau terrain, il est soutenu
tablement confirmer qu’un nouveau virage avait par un jeune Martiniquais, Frantz Fanon (1925-
été pris : Légitime Défense. Initiée par un groupe 1961), qui se destine à devenir psychiatre. La
de jeunes intellectuels martiniquais qui se ré- période où celui-ci vivra en Algérie l’incitera à
clamaient du communisme tout autant que du réfléchir aux conséquences de la colonisation,
surréalisme, cette publication se voulait mani- à cette « dépersonnalisation » qui fait du colo-
feste et dénonçait les dangers de l’assimilation, nisé un être brimé par les préjugés du colon, et
c’est-à-dire la contorsion de « l’âme blanche à ce sentiment d’infériorité qui devient névrose
dans un corps noir », conséquence directe de à laquelle il faut trouver réponse au temps de la
la colonisation. Parmi les signataires - Étienne décolonisation. Ses deux œuvres principales,
Léro, Simone Yoyotte, Thélus Léro ou encore Peau noire, masques blancs (1952) et Les
DÉCOUVRIR
Jules-Marcel Monnerot - se détache le nom de Damnés de la Terre, paru quelques jours avant
René Ménil (1907-2004) qui, quelques années sa mort précoce en 1961, offrent toujours ma-
plus tard, en 1941, se retrouvera fer de lance tière à réflexion. Un prix littéraire portera son
d’un nouveau projet éditorial, Tropiques, en com- nom et sera décerné en 1994 à un Martiniquais
pagnie d’Aimé Césaire et de l’épouse de celui-ci, qui, bien que plus discret, est certainement l’un
Suzanne. Aimé Césaire a, en effet, de son côté, des plus représentatifs de la littérature antil-
poursuivi les idées qu’il avait pu développer laise : Joseph Zobel (1915-2006) qui fit de son
dans le cercle littéraire créé par Paulette Nardal. enfance le matériau de son célèbre roman La
En 1934, entouré notamment de Léon Gontran Rue Cases-Nègres paru en 1950.
Damas et de Léopold Sédar Senghor, il fonde D’autres écrivains et philosophes poursuivront
le journal L’Étudiant noir, dans lequel apparaît le cours des réflexions entamées. Ainsi, Édouard
Glissant (1928-2011) développera le concept
d’antillanité et ouvrira la voie de la relation en
élaborant le Tout-Monde, espace de rencontre
ouvert aux différences qui rapprochent. Après
lui, trois écrivains creuseront la notion de créo-
lité. Ils œuvreront concrètement pour la recon-
naissance d’une langue et d’une culture, ainsi
Jean Bernabé, linguiste, interviendra pour que
le créole entre à l’université et fondera en 1973
le GÉREC (Groupe d’études et de recherche en
espace créole), tandis que Raphaël Confiant
publiera le premier dictionnaire créole marti-
niquais et usera de cette langue pour rédiger
ses premiers romans. Leur Éloge de la Créo-
lité (1989) recueillera tout de même la critique
d’être trop élitiste, un argument auquel sera
© NATATA - [Link]
86
TOP 10
LECTURE
CAHIER D’UN RETOUR
D
AU PAYS NATAL
epuis les débuts du XXe siècle, la littérature martini- La réédition attendue
quaise a vu fleurir de belles plumes dont la réputa- du premier texte inaugural
tion dépasse largement les limites naturelles de l’île. du mouvement de la
Négritude, ou l’affirmation
Chaque lecteur aura tout le loisir de se plonger dans un d’un peuple, et d’une voix.
roman, un recueil de poésie ou, pourquoi pas, une méthode de Aimé Césaire, Éditions
langue pour s’initier au créole. Présence Africaine.
© DR
tité hante le devient la demeure d’Antan mots sur le
romancier qui Iontan, déesse du feu. travail de la photographe
s’attache aux Danièle Fossette et et en profite pour faire
pas d’une petite fille entre Stéphane Conseil, entendre son admiration
la Martinique et la Guyane. Éditions Orphie. autant que son inquiétude
Philippe Annocque, quant à l’avenir de son île.
Éditions Quidam. Anne Chopin et Patrick
Chamoiseau, Éditions
Hervé Chopin.
portraits, onomatopées
ce roman NIQUE de Martinique
L’île aux et en dresse
© GALLIMARD
87
À L’ÉCRAN
S
i la Martinique est connue pour ses paysages de rêve, son identité antillaise décli-
née à travers les vêtements, les danses, la musique et la gastronomie, il ne faut
pas pour autant oublier son histoire avec le cinéma. L’île aux fleurs est apparue
sur les écrans dans l’Hexagone dans les années 1950, avec la projection notam-
ment de La Montagne verte de Jean Lehérissey. C’est à cette occasion que le pu-
blic découvre un territoire d’une région du monde encore mal connue, mais aussi
une histoire mouvementée. Si l’esclavagisme et le colonialisme ont été portés à l’écran à di-
verses périodes de l’histoire contemporaine, ce sont désormais principalement les paysages
paradisiaques de l’île, entre mer et montagnes, qui attirent certains producteurs pour des
tournages. Le cinéma est aussi célébré à divers moments de l’année, à l’occasion de festivals
qui présentent le 7e art sous toutes ses formes et qui ne cessent d’attirer le public en nombre.
les esclaves noirs ont été les principaux acteurs de presse du parti et n’hésita pas à dévoiler plu-
de leur sort et de leur histoire. En 1983, c’est le sieurs scandales, jusqu’à en payer le prix fort.
film La Rue case-nègres, de la réalisatrice locale La Martinique comme décor de cinéma
Euzhan Palcy, qui se fait remarquer et récompen-
ser d’un Lion d’Argent (en 1983) à Venise, puis Île aux paysages variés, la Martinique sert aussi
du César de la meilleure première œuvre (en de décor pour le tournage de films entiers ou de
1984). Le film, tiré d’un roman, raconte l’histoire quelques scènes. En 1971, c’est en Martinique
d’un enfant noir que sa grand-mère et son insti- que les rescapés du polar Laisse aller… c’est
tuteur encouragent à étudier dans la Martinique une valse de Georges Lautner partagent leur
agricole du début des années 1930. En 2004, le butin. On peut ainsi voir des paysages dans
réalisateur martiniquais Guy Deslauriers produit Promotion canapé, la célèbre comédie française
Biguine, long-métrage qui prend place à la fin du réalisée par Didier Kaminka et sortie en 1990. En
1999, le remake de L’Affaire Thomas Crown s’est
déroulé à Saint-Pierre, mais aussi sur l’aéroport
de Fort-de-France. Citons aussi 30° Couleur, réa-
lisé en 2012 par Lucien Jean-Baptiste et Philippe
Larue. Ce film pétillant met en scène un histo-
rien réputé qui, s’il a oublié ses racines martini-
quaises depuis son arrivée en Métropole, part
en urgence avec sa fille sur l’île au moment du
carnaval pour voir sa mère mourante.
Les festivals de cinéma
La Martinique accueille plusieurs temps forts
autour du cinéma, à l’image de l’incontournable
Festival international du Film Documentaire de
la Martinique, qui prend place en avril dans plu-
© FABIEN R.C. - [Link]
A
vec près de 400 000 habitants, la Martinique est constituée d’une mosaïque
de communautés pluriethniques, issues d’un métissage qui participe à la sin-
gularité de l’île. On y croise des noirs, des métis, des hindous, des békés, des
descendants de Syriens fuyant les conflits du Moyen-Orient, des « métros » ou
encore des immigrés caribéens en quête d’un avenir meilleur. A l’origine peu-
plée par des tribus amérindiennes, la société martiniquaise s’est construite sur
les ruines du système esclavagiste, faisant se côtoyer sur un territoire cinq fois plus petit
que la métropole des populations extrêmement différentes, qui ont appris au fil du temps à
cohabiter. Il en résulte l’apparition d’une culture créole, née de la rencontre entre traditions
précolombiennes, africaines, européennes et bien sûr caribéennes. Tous parlent ou com-
prennent le créole, une langue plurielle qui dépasse largement le cadre de la Martinique et
des Antilles.
DÉCOUVRIR
Caribéens. Dans ce tableau pluriculturel évolue générations ». Ils forment aujourd’hui une popu-
une population plutôt jeune, essentiellement ci- lation d’environ 3 000 personnes. Dans les faits,
tadine (un quart des Martiniquais vit à Fort-de- seule une minorité provient de la noblesse, et
France), de confessions religieuses différentes, la plupart des Békés descendent d’aventuriers
même si le catholicisme domine largement en ou d’engagés. Au fil du temps, ces colons ont
Martinique. fini par former une certaine aristocratie de pro-
◗ Les Amérindiens. Présentes dès 2000 avant priétaires largement indemnisés au moment
notre ère, les différentes tribus amérindiennes de l’abolition de l’esclavage pour compenser à
(Arawaks, Tainos et Caraïbes) ont toutes été l’époque ce qui était perçu comme la perte d’une
éradiquées par les colons européens ou par main-d’œuvre bon marché.
les maladies qu’ils apportèrent. Cependant, les
pratiques et traditions héritées de ces popula-
tions précolombiennes demeurent bien vivaces
en Martinique. Fins connaisseurs de la nature,
les Amérindiens ont introduit une grande partie
des végétaux aujourd’hui consommés sur l’île
(mangue, ananas, avocat…). C’est à eux que
l’on doit aussi certaines pratiques, comme la
culture sur brûlis, l’art de consommer le manioc
ou de tresser la vannerie.
◗ Les Noirs et les Métis. Ce sont les descen-
dants des Africains arrachés à leur terre natale
pour venir travailler dans les plantations. Ils
représentent près de 90 % de la population mar-
tiniquaise, un groupe très hétérogène fortement
© DUNCAN1890 - [Link]
89
© MARC BRUXELLE - [Link]
POPULATION
breuses exploitations de bananes et de cannes Souvent très pauvres à l’arrivée, ces commu-
à sucre. Beaucoup se sont reconvertis dans le nautés parfaitement intégrées et parlant le
secteur de la grande distribution (alimentation, créole ont rapidement délaissé les campagnes
concession automobile...) ou font partie des pour investir le tissu économique à travers les
cadres dirigeants dans les grandes entreprises supermarchés, restaurants ou petites bou-
de l’île. Certains se préservent des incertitudes tiques d’alimentation.
économiques des Antilles en investissant ail- A partir des années 1880, les premiers Libanais
leurs, en métropole, aux Etats-Unis, en Répu- et Syriens débarquent en Martinique, s’ins-
blique dominicaine et au Canada. Les Békés crivant dans le vaste mouvement migratoire
parlent le français mais aussi le créole. en direction de l’Amérique latine et des États-
Unis. Majoritairement chrétiens, ils formaient
à l’origine une communauté de commerçants
ambulants (vêtements, tissus, bijoux…) qui
parcouraient les campagnes. Ils se sont finale-
ment sédentarisés dans les grandes rues com-
merçantes de Fort-de-France.
◗ Les Hindous. L’abolition de l’esclavage en
1848 va entraîner de nouvelles filières d’immi-
gration : la France passe des accords avec le
gouvernement anglo-indien et des Indiens, ap-
pelés « Coolies » ou « Malabars », s’installent en
Martinique. Leur immigration est très réglemen-
tée, le gouvernement anglo-indien s’assurant
des droits et des avantages des populations
qu’il envoie. Les patrons doivent fournir un loge-
© DUNCAN1890 - [Link]
90
société antillaise : le colombo, d’origine tamoule, simplifié à l’extrême, un vulgaire patois aux
est devenu un plat national antillais, et la langue intonations étranges, qualifié même de « parler
créole a conquis tous les foyers hindous. Dans de Nègre »… Sous la Révolution pourtant, un
les campagnes, les temples indiens se repèrent changement s’amorce.
facilement à leurs mâts multicolores sous les- ◗ La réhabilitation du créole. Chansons popu-
quels des réceptacles accueillent offrandes, laires, textes humoristiques et surtout décla-
bougies et lampes à huile. rations politiques des envoyés de la Conven-
◗ Les « Métros ». Depuis quelques années, les tion écrits en créole voient le jour. On écrit des
Métropolitains (blancs-France) sont de plus en grammaires, Lafcadio Hearn publie des contes,
plus nombreux à venir s’installer en Martinique. des feuilletons en créole paraissent dans la
Parmi eux, les gendarmes, les militaires et les presse, comme Les Mémoires d’un vonvon,
fonctionnaires forment le gros des troupes, de Tonton Dumoco. Il faute attendre néanmoins
mais pas seulement. Beaucoup de retraités la seconde moitié du XX siècle, grâce notam-
et d’amoureux du soleil viennent tenter leur ment au combat d’intellectuels comme Aimé
chance sur l’île aux fleurs tout en cherchant à Césaire et Patrick Chamoiseau, pour voir le
s’intégrer et se mêler aux autres communautés créole réhabilité : les bandes dessinées créoles
déjà présentes. déferlent, la pub se transforme, la musique zouk
A ces aventuriers pris de passion pour la Marti- explose. Le combat pour le créole devient un
nique s’ajoutent les Martiniquais de métropole, enjeu politique. Fait sans précédent, l’université
qui reviennent souvent passer leur retraite sur Antilles-Guyane institue, en 1973, un cours de
l’île, après des années loin de leur famille. linguistique créole. Trois ans plus tard est sou-
◗ Les Antillais. Depuis récemment, la Marti-
tenue la première thèse consacrée à la langue
nique accueille de plus en plus d’Antillais venus créole. En 1981, un institut d’études créoles et
de la Dominique, de Sainte-Lucie ou encore francophones s’installe à Aix-en-Provence. Pour
d’Haïti. Affichant un niveau de vie plus élevé fédérer ce courant, chercheurs et pédagogues
par rapport à la plupart des îles de l’arc antil- s’emploient à définir un lexique commun au
lais, la Martinique suscite des convoitises chez créole des Antilles, et lancent un nouveau mou-
ces populations espérant y mener une vie plus vement : Bannzil Kréyôl (Archipel créole). De
cette tentative subsiste surtout une fête inter-
DÉCOUVRIR
prospère. nationale du créole, le 28 octobre, diversement
Le créole, symbole du métissage célébrée. Depuis 2000, les lycéens des acadé-
culturel caribéen mies de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique
Né du besoin de communication entre maîtres et de Réunion peuvent passer les épreuves
blancs et esclaves noirs, le créole est une obligatoires et facultatives de créole dans leurs
langue à part entière, dont la portée dépasse académies. C’est le résultat d’un long combat
les distinctions de classe, de couleur et d’ethnie. mené par les défenseurs de la langue créole tels
Raphaël Confiant, Daniel Boukman, Sylviane
◗ Les origines du créole antillais. Agé de quatre Telchid, Hector Poullet et de nombreux autres
siècles, le créole de la Martinique est un créole ardents défenseurs de l’identité antillaise.
antillais (par opposition aux créoles louisianais,
guyanais ou bourbonnais). Il est issu des lan-
gues maternelles des esclaves africains (qui
bien souvent ne se comprenaient pas entre
eux, étant originaires de pays différents) et
de leur utilisation imparfaite du français, les
planteurs ne cherchant pas à leur enseigner la
langue et employant un langage rudimentaire
pour se faire comprendre. Le créole a égale-
ment été influencé par l’anglais et l’espagnol,
Britanniques et Hispaniques ayant occupé
eux aussi la Martinique, et bien entendu par la
langue des Amérindiens. La structure gramma-
ticale du créole antillais est africaine, les mots
de vocabulaire européens, même si l’on peut
reconnaître des mots africains malgré les défor-
mations phonétiques. Pendant des siècles, le
créole s’est transmis oralement, de génération
en génération, devenant par là même la langue
maternelle des descendants d’esclaves. Les
© JCH DUSANTER
91
RELIGIONS
T
erre de croyances, la Caraïbe abrite une diversité de communautés et de reli-
gions. La Martinique ne fait pas exception, et chacun est libre de pratiquer sa
religion comme il l’entend. La ferveur y est très présente, les lieux dédiés au
culte sont nombreux, et les célébrations religieuses donnent l’occasion aux
familles de se rassembler. Si les croyances rythment la vie quotidienne marti-
niquaise, il en va de même des traditions qui connaissent un renouveau depuis
quelques années. Outre son très célèbre carnaval, haut en couleur, l’île aux fleurs abrite en
effet un riche patrimoine immatériel culturel enrichi d’influences amérindiennes, africaines
et européennes, à l’origine de pratiques singulières qui se sont transmises oralement au fil
du temps : combats de coqs, bèlè, lasotè, costumes… Des traditions auxquelles sont très
attachés les Martiniquais.
l’une des plus belles des Caraïbes, véritable nels qui célèbrent la naissance du Christ.
chef-d’œuvre métallique, destiné à résister à Une diversité de confessions
tout jamais aux caprices de Dame Nature.
La messe dominicale attire une foule impor- Bien que très pratiqué (plus de 80 % de la popu-
tante de fidèles qui prennent plaisir à se retrou- lation martiniquaise est de confession catho-
ver et entonner en chœur les chants liturgiques. lique), le catholicisme coexiste en Martinique
Outre les pèlerinages et processions, chaque avec d’autres religions plus confidentielles,
enterrement rassemble toute la commune et les comme les témoins de Jéhovah, les évangé-
avis d’obsèques sont quotidiennement énoncés listes baptistes ou les adventistes du septième
après les bulletins d’information. jour (2e communauté religieuse après les catho-
liques), qui possèdent leurs propres lieux de
◗ Fêtes religieuses. Toutes les fêtes du calen- culture (le temple Ephèse par exemple). Les
drier chrétien sont scrupuleusement célébrées, Indiens ont également conservé leurs rites,
à commencer par la Toussaint, où tous les cime- comme la cérémonie sacrificielle de Bon Dié
tières de l’île s’illuminent tandis que, dans les Coolie, où pendant quatre jours se succèdent
maisons, des bougies sont allumées en sou- sacrifices d’animaux et danses rituelles hautes
venir des défunts. L’on vient ainsi en famille en couleur. Les campagnes martiniquaises
trinquer dans les cimetières en mémoire des recèlent les temples hindouistes, comme à
défunts, en prenant soin de verser une petite Basse-Pointe, berceau de la communauté
goutte de rhum à terre pour faire participer les tamoule venue entre 1858 et 1885 remplacer
morts. la main-d’œuvre esclave. La ville abrite deux
De même, la période de restriction liée au ca- temples hindouistes que l’on peut tenter de visi-
rême est particulièrement respectée. La popu- ter le dimanche.
lation a l’habitude de se retrouver le dimanche Les religions juive et musulmane sont égale-
et le lundi de Pâques autour du traditionnel plat, ment représentées. Les juifs possèdent même
le crabe « matoutou ». Cette tradition est issue leur synagogue à Schoelcher, et les musulmans,
de la période esclavagiste : peu friands du crabe leur mosquée et leur école coranique à Fort-de-
pimenté que préparaient autrefois les Amé- France. La Trinité, Saint-Joseph et Sainte-Marie
rindiens, les colons obligeaient les esclaves, sont les hauts lieux du mysticisme martiniquais
convertis de force au christianisme, à consom- où se mêlent et se rejoignent les cultes hin-
mer pendant la période du carême quantité de douistes, vaudous, les croyances africaines et
crustacés plutôt que des viandes grasses. Le européennes. Le mélange est assez détonnant
dimanche de Pâques, les esclaves célébraient et participe de près à la vie quotidienne, chaque
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geste, chaque événement ou chaque cérémonie
ayant sa part de spiritualité. Quoi qu’il en soit,
ce qui compte, c’est avant tout la ferveur reli-
gieuse.
« Z’esprits », quimboiseurs
et magie noire
En Martinique, les superstitions sont légion. In-
contournables de la civilisation antillaise, elles
sont le reflet de l’histoire et des composantes
diverses de la population. Miracle, magie et
autres incantations font partie des croyances
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
fortes, même si les Antillais font souvent sem-
blant de ne rien savoir sur la question.
◗ Les quimboiseurs. C’est ainsi que les « quim-
boiseurs » ou « gadé z’affaires » locaux sont
très populaires en Martinique. Ces sorciers
comptent la bonne aventure en interprétant les
lignes de vie de la paume de la main, et pres-
crivent toute sorte de bains corporels, décoc- La parade du mardi-gras pendant le carnaval.
tions et amulettes pour éloigner le mauvais
sort, assurer bonheur et prospérité, faire reve- traditions, tout particulièrement dans la société
nir l’être aimé ou encore soulager les panaris ! matrifocale martiniquaise, que revient le soin
Le quimbois n’est autre qu’un « charme » ou exclusif de ce jardin.
philtre magique qu’administraient autrefois les Le retour en force des traditions
rebouteux et les guérisseurs. Cette médecine
ancestrale, enrichie de savoirs amérindiens Fidèle à ses traditions, la Martinique possède
et africains, a longtemps été pratiquée sur les un patrimoine immatériel culturel fort, qui s’est
habitations et dans les mornes. Sa transmission transmis oralement de génération en généra-
DÉCOUVRIR
a été assurée de génération en génération par la tion et auquel la population est très attachée.
personne la plus âgée de la famille, le plus sou- Ainsi en va-t-il du costume traditionnel, des
vent la femme, qui faisait office de thérapeute. combats de coqs, et des pratiques solidaires,
Pour trouver la source du mal, les quimboiseurs sans oublier bien sûr le carnaval.
ont souvent recours à la communication avec ◗ Le costume martiniquais. Fruit de la ren-
les « z’esprits ». Le mythe des « zombis » et contre entre style indien (le tissu de madras)
« dorlis », ces fameux morts-vivants qui terro- et style européen (le corsage et les jupons), le
risent les âmes sensibles dans les films de série costume martiniquais a longtemps été l’apa-
B, reste toujours bien vivace dans la mythologie nage des esclaves. Un luxe qui, dans un premier
antillaise. Il désigne des personnages diabo- temps, fut mal accepté par l’administration co-
liques, des défunts qui errent après leur mort et loniale. D’un tissu brillant, le grand costume de
qui surgissent la nuit au détour des routes peu cérémonie se compose d’un corsage froncé et
éclairées et des forêts denses. d’une jupe large pincée de côté pour découvrir le
◗ Les plantes magiques du jardin créole. Fruit jupon. De moins en moins porté, le costume fé-
d’une tradition héritée des Amérindiens, des minin traditionnel a été progressivement aban-
Européens et des Africains, le jardin créole, petit donné au profit de tenues plus contemporaines.
écosystème typique des Antilles destiné à la On peut néanmoins encore apercevoir quelques
survie de la famille qui le cultive, abrite lui aussi silhouettes joliment parées de bijoux, de coiffe
des plantes cultivées pour des raisons mys- et de jupons de madras dans les grandes occa-
tiques, disposées selon un ordre précis, suivant sions ou pour la messe. Quelques modèles
leur symbolique ou leur usage. Certaines sont anciens sont visibles au musée régional d’Art et
censées apporter protection, chance et bonheur d’Ethnographie de Fort-de-France.
(l’ail, le bois bandé, le pois d’Angole), d’autres la ◗ Combats de coqs, une tradition controver-
santé et sont associées à des prières, d’autres sée. Appelés communément « pitt » selon
éloignent les mauvais esprits (le roseau des la diction anglaise, les combats de coqs sont
Indes, l’acacia, l’armoise, le persil), d’autres en- l’un des passe-temps favoris des Martiniquais,
core favoriseraient le passage d’une âme lors de ou plutôt d’un certain public généralement
la mort (la fougère queue de poisson). Opérant masculin. C’est dans l’ambiance brûlante d’un
un retour en force remarqué en Martinique, le « dimanch bomaten » que, lâchés dans l’arène,
jardin créole est ainsi porteur d’une dimension deux coqs se livrent un combat parfois très san-
magico-religieuse très forte. Ce n’est d’ailleurs glant. Âmes sensibles s’abstenir ! A éviter abso-
pas un hasard si c’est à la femme, gardienne des lument avec des enfants.
93
RELIGIONS
Au premier rang, sous la fournaise de la tôle ◗ Le lasotè. Même regain de dynamisme
ondulée, les juges et leurs aides font signe pour le lasotè (littéralement « à l’assaut de
aux invités de s’installer dans un bric-à-brac la terre »), une tradition qui a émergé après
de planches multicolores. Au centre de cette l’abolition de l’esclavage en 1848, lorsqu’une
invraisemblable construction, l’arène est d’un petite paysannerie à faibles revenus a hérité de
diamètre de 4 m à 10 m dans lequel tous les terrains pentus difficilement exploitables. On
espoirs sont permis. En terre battue, elle est faisait alors appel à ses pairs qui, en cadence,
le plus souvent recouverte de moquette rouge, levaient leurs outils en chœur et les écrasaient
verte ou bleue pour éviter les tempêtes de dans la terre, encouragés par le rythme du
poussière. Séparé des gradins du public comme tambour pour ne pas relâcher leurs efforts.
il se doit, le cercle est agrémenté d’une ou deux Cette pratique de labour collectif qui décuple
portes d’accès permettant aux patrons, jurés la solidarité et la fraternité s’est étiolée dans
et arbitres de s’affairer aux préparatifs de la la seconde moitié du XXe siècle avec le départ
joute. Au centre de ce charivari, dans un com- des populations vers les villes, mais à la faveur
partiment hissé d’un coup de corde au plafond, de quelques passionnés, comme l’associa-
coq « chien » et coq « major » sont enfin libé- tion Lasotè à Fonds-Saint-Denis, elle opère un
rés. Nourris à grand renfort de sardines mélan- retour remarqué en Martinique, dans un esprit
gées, les coqs, la cape coiffée, attendent leur d’échange et de transmission de ces savoir-
tour dans des « calojs » (petits boxes) numé- faire et savoir-être.
rotées. Dès lors s’engage un combat sans merci ◗ Le carnaval de Martinique. Enfin, impossible
pendant lequel les parieurs, accrochés à la ram- de parler des traditions martiniquaises sans
barde capitonnée, la gorge déployée, encou- évoquer le carnaval, la plus grande fête popu-
ragent leur champion. Les paris s’enchaînent laire de l’année, véritable liesse qui emporte l’île
et les voix s’élèvent, sur fond d’envolée de entière dans son sillon. Venu d’Europe, le carna-
plumes, de cris et d’ergots acérés. Parfois une val futeintroduit sur l’île par les colons français
mangouste et un serpent remplacent les deux au XVII siècle ; les esclaves prirent tout de suite
volailles. L’ambiance frôle l’excitation d’un stade le goût de fêter dans l’euphorie générale les der-
pendant un match de foot. niers jours avant le carême. Déguisés (parfois
Cette attraction, même si elle fait partie de la en maîtres), les esclaves défilaient en convois
DÉCOUVRIR
94
QUE RAPPORTER ?
R
iche d’une culture métisse où convergent de multiples influences, amérindiennes,
africaines, américaines, européennes et indiennes, la Martinique peut se targuer
d’avoir un artisanat coloré. Les méthodes ancestrales demeurent vivaces. Les arti-
sans conservent jalousement leurs techniques qui se transmettent souvent au
sein de la cellule familiale, de génération en génération, comme la fabrication du
chapeau bakoua traditionnel. Objets en feuilles de cocotier, en calebasse, bijoux,
tissus madras, coiffes, épices péyi, fleurs coupées, et bien sûr du rhum (blanc, vieux, ambré
ou revisité sous forme de liqueur)… Côté souvenirs, vous ne rentrerez pas bredouille de l’île
aux fleurs, en plus de vos clichés paradisiaques. Un conseil : prévoyez un peu de place dans
votre valise pour pouvoir rapporter l’un des innombrables trésors made in Martinique, et sur-
tout beaucoup de soleil, dans votre smartphone mais aussi dans votre cœur !
DÉCOUVRIR
ce divin breuvage des îles fera forcément plai- (mangue, ananas, carambole, papaye, gelée de
sir. Sachez que l’on peut transporter dans ses coco ou de goyave), les spécialités locales font
valises au maximum dix litres de rhum par per- toujours le bonheur des papilles.
sonne. ◗ Chocolat et café. On n’oubliera pas les ta-
On peut aussi rapporter l’accessoire qui va avec blettes de chocolat élaborées à partir de fèves
le rhum : le bois lélé (« bwa lélé »). Ce sont les de cacao 100 % martiniquaises. Une prouesse
indiens caraïbes qui utilisaient ce petit bâton réalisée par l’association Valcaco qui, depuis
pour mélanger les liquides. Issu du Quararibea 2012, œuvre à la relance d’une filière cacao
turbinata, un petit arbre qui pousse dans les d’excellence en Martinique. Les fèves de cacao
forêts caribéennes, le bois lélé sert à « léler », de Valcaco ont en effet été inscrites parmi les
c’est-à-dire à touiller les boissons et cocktails à 18 meilleures mondiales au Concours des Inter-
base de rhum. Une habitude exclusivement mar- national Cocoa Awards au Salon du chocolat de
tiniquaise. On en trouve sur tous les marchés Paris. A retrouver chez les frères Lauzéat.
© PACK-SHOT - [Link]
95
QUE RAPPORTER ?
◗ Vannerie. Chapeaux bakoua, ces fameux
couvre-chefs en fibre tressée qu’arborent beau-
coup de Martiniquais, paniers de toutes les
tailles, corbeilles et bien d’autres objets tressés
sont le fruit d’un travail extrêmement minutieux
issu d’un savoir-faire ancestral qui se transmet
dans les ateliers traditionnels de vannerie, tels
que la Vannerie Paille Caraïbe à Morne-des-
Esses.
◗ Tissu madras. La Martinique est également
© T PHOTOGRAPHY - [Link]
96
SPORTS ET LOISIRS
S
i le football, l’athlétisme ou le cyclisme sont parmi les disciplines les plus popu-
laires en Martinique, les locaux se passionnent aussi depuis des générations pour
les courses de yoles, ces bateaux petits et robustes à la curieuse voile carrée.
Les combats de coqs sont aussi l’un des passe-temps des Martiniquais, ou plutôt
d’un certain public généralement masculin. Mais même faisant partie d’une forte
tradition locale, cette attraction est sujette à controverse. Reste que les locaux et
les touristes profitent surtout de l’incroyable diversité de la nature martiniquaise. Une nature
qui offre de nombreux loisirs : des loisirs bleus comme la mer et ses eaux cristallines, entre
balades et croisières, sports nautiques, pêche au gros ou plongée sous-marine, mais aussi
des loisirs verts pour profiter d’une nature luxuriante avec ses multiples rivières et cascades
et ses sentiers escarpés.
DÉCOUVRIR
ouvre ses bras et offre une profusion d’activités niche écologique pour les oiseaux et pour la
nautiques. reproduction des crustacés, des mollusques
◗ Balades en mer. Une journée en bateau à la et des poissons. Plusieurs zones de mangrove
découverte des côtes martiniquaises ou un peu sont accessibles : la Grande-Rivière-Salée, celle
plus loin, comme vers Sainte-Lucie, l’île voisine du Marin… Sans oublier la côte atlantique du
située au sud, est un vrai bonheur. Les départs côté du Robert qui vous dévoile les secrets de
ont lieu principalement de la Pointe-du-Bout ses petits îlets cachés. Des prestataires pro-
(commune des Trois-Ilets), de Sainte-Luce ou posent sa visite sous plusieurs formes : en yole
de la marina du Marin. Départ le matin vers 9h ou en kayak. C’est une merveilleuse balade à
et retour vers 17h. La journée se déroule généra- faire en famille.
© SU NITRAM - [Link]
97
SPORTS ET LOISIRS
◗ Croisières en voilier. La Martinique est un sud-atlantique (Cap-Chevalier, Le François) et
excellent point de départ pour débuter une croi- le plan d’eau de la Pointe-du-Bout (face à Fort-
sière dans la Caraïbe, notamment vers les my- de-France) sont particulièrement prisés pour la
thiques Grenadines. Si vous prenez quinze jours pratique de ce sport. Des clubs se sont installés
de vacances, nous vous suggérons de louer un dans ces endroits et offrent des stages d’initia-
bateau la première semaine et de séjourner tion ou de perfectionnement.
à l’hôtel la seconde pour visiter la Martinique. ◗ Pêche au gros. Les Antilles sont le paradis des
Vous pouvez louer des voiliers avec, en option, pêcheurs et la région offre des sorties mémo-
un skipper et une hôtesse. Une option vivement rables, vu la taille des poissons. Les profession-
conseillée aux marins en herbe pour plus de sé- nels vous indiqueront les bons coins où traquer le
curité. La base de départ la plus courue est la thazard, à la chair très estimée, la bonite (toute
marina du Marin. De nombreuses sociétés de l’année), le barracuda et le marlin bleu (surtout
location sont implantées au Marin et à la marina pendant le second semestre), le lancier (de mars
de la Pointe-du-Bout aux Trois-Ilets. à octobre), le coryphène (de novembre à mai), le
◗ Sports nautiques. Les amoureux des sports voilier (de juin à novembre) et l’espadon (durant
nautiques seront comblés ! Ils pourront tous les les pêches de nuit). En règle générale, le prix de la
pratiquer en Martinique : ski nautique, wakeboard, pêche au gros est d’environ 200 €/personne pour
jet-ski, hobbie-cat, planche à voile, kayak de mer, la journée (équipement complet avec, la plupart
paddle… Les centres proposent la formule « loca- du temps, boissons et casse-croûte).
tion » à l’heure, à la demi-journée ou en forfait plus ◗ Plongée. La plongée sous-marine reste la
long. Certains clubs se trouvent dans l’enceinte première activité touristique de l’île. Plongeurs
des hôtels mais restent ouverts au grand public, débutants ou confirmés se font plaisir ici dans
d’autres sont des structures indépendantes. un décor d’éponges fluorescentes, de gorgones
◗ Surf. Le surf a fait son apparition en Marti- et de poissons multicolores. Pour les plongeurs
nique il y a plus de trente ans. Le spot de Tar- confirmés, la Martinique dispose de nombreux
tane (commune de La Trinité, côte nord-atlan- sites remarquables. Le nord, avec ses tombants
tique) est le mieux servi en vagues grâce à la vertigineux et ses épaves historiques coulées
régularité et la taille de la houle. Deux pics bien lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902.
Le sud, avec son sable blanc et ses eaux tur-
DÉCOUVRIR
distincts permettent aux surfeurs confirmés de quoise. Des plateaux coralliens offrant des plon-
s’amuser sur une belle vague et aux surfeurs gées entre jardin, piscine, mais aussi quelques
débutants de s’essayer aux joies de la glisse, sur beaux tombants. Sans oublier le célèbre rocher
une vague plus petite. Celui de Grand-Rivière, à du Diamant. Vous découvrirez aussi la joie de
l’extrémité nord de l’île (face à la Dominique), plonger légèrement, vêtu seulement d’un shorty
est réservé lui aux surfeurs confirmés. dans une eau à 28 °C d’une visibilité exception-
◗ Kitesurf. C’est le dernier-né des sports de nelle à toute profondeur. Entre faune et flore,
glisse, un mélange entre le surf, la planche à vos yeux vont découvrir des multitudes d’es-
voile et le cerf-volant ! Ses adeptes débarquent pèces et de couleurs. On a dénombré jusqu’à
de plus en plus nombreux en Martinique qui présent plus de 300 000 espèces vivant dans
bénéficie de conditions météorologiques très les eaux de la Martinique. Et le snorkeling (plon-
favorables. L’alizé y souffle de décembre à août gée avec palmes, masque et tuba) permet aussi
de façon régulière (15/20 nœuds). La côte de se faire plaisir un peu partout.
© STEVEGEER
98
◗A la découverte des fonds blancs. Ces
célèbres fonds sablonneux (et blancs) situés
au large entre les communes du Robert et de
Sainte-Anne (jusqu’à Cap-Chevalier) sont la
grande attraction proposée aux touristes et une
célèbre curiosité martiniquaise. Ils permettent
de se baigner en pleine mer dans un mètre d’eau.
Ces taches blanches (magnifiques vues du ciel
mais cauchemar des bateaux à fort tirant d’eau)
sont disséminées un peu partout : chaque ini-
tié a d’ailleurs son petit coin. Renseignez-vous
donc ! Certains y vont tout simplement pour se
baigner, d’autres pour y passer une grande par-
© LARWIN - [Link]
tie de la journée. Crème solaire obligatoire !
Un tourisme vert d’exception
L’attrait principal de la Martinique réside dans
ses paysages. Ses trésors naturels sont pro-
pices à une exploration pédestre ou motorisée
partout à l’intérieur de l’île. Croisière en bateau à voile, les Anses d’Arlet.
◗ Randonnée et trekking. Les sentiers de ran- ◗ Quad et 4x4. Pour partir à la découverte de
donnée ont été balisés par l’Office national des l’île, rien ne vaut une excursion à la journée en
forêts, certains alternant la forêt et la côte dans 4x4. Les prestataires proposent des formules
des paysages de pure merveille. Les randonnées incluant le transport, le guide accompagnateur
incontournables sont l’ascension de la montagne et le repas de midi. Le quad lui est aussi un
Pelée ou celle du morne Larcher situé sur la com- moyen de locomotion ludique et accessible et
mune du Diamant, la presqu’île de la Caravelle une activité agréable pour découvrir l’île autre-
à Tartane ou bien encore la Trace des Jésuites ment, à travers les champs de canne à sucre, les
au morne Rouge. Pour les plus endurants, nous chemins dans la forêt tropicale ou en traversant
DÉCOUVRIR
suggérons le parcours qui conduit du Prêcheur des ruisseaux. Que vous soyez un débutant ou
à Grand-Rivière. De nombreux endroits ne sont un amateur confirmé, les circuits sont adaptés
accessibles qu’à pied et il peut être dangereux de en fonction de votre niveau.
s’y aventurer seul. Renseignez-vous auprès des ◗ Golf. S’étendant sur 60 ha, le golf de la Mar-
offices de tourisme et des structures spécialisées tinique est l’une des plus belles réalisations de
◗ Canyoning. Le nord de la Martinique offre un l’architecte Trent-Jones. Ce Par 71 offre un large
prodigieux terrain de jeu aux amateurs de canyo- éventail de difficultés : bunkers, plans d’eau, col-
ning. Les gorges des rivières sur les contreforts lines, mer et de nombreux autres obstacles. Avis
du volcan se prêtent aux descentes à sensation. aux amateurs !
De la balade quasi familiale jusqu’au canyon
plus technique, réservé aux connaisseurs (par La Martinique vue du ciel
exemple un rappel de 70 m !), il y en a pour tous La Martinique vue du ciel offre un visage diffé-
les goûts ! Descentes de cascades en rappel, rent et des souvenirs inoubliables aux chanceux
sauts, toboggans dans des sites exceptionnels, qui auront la chance d’en profiter !
les sensations fortes sont garanties. Plusieurs ◗ Vol en autogyre (un aéronef léger à mi-che-
sociétés proposent des formules « canyoning », min entre l’hélicoptère et l’avion). Le survol
en forfaits journée ou demi-journée, toujours ac- touristique vous permet d’apprécier au mieux
compagnés d’une équipe de moniteurs agréés. les merveilles de la côte sud-est : barrière de
◗ Parcours d’aventure. Les parcours d’accro- corail, lagon, fonds blancs, îlets, mangroves.
branche se sont développés en Martinique ces der- La vue en surplomb de ces joyaux met en évi-
nières années. Ils offrent un large choix de balades dence les contrastes de couleur entre l’océan
inédites. Ils permettent également de découvrir profond et le corail. Tout au long des cinquante
la canopée, cette formation végétale la plus com- kilomètres de la barrière de corail, vous admire-
plexe au monde. On enfile son harnais et on joue rez la grande diversité des paysages : ceux de
à Tarzan en sautant de liane en liane ! Une activité la presqu’île de la Caravelle (baie de Tartane et
accessible aux adultes comme aux enfants. parc naturel), du petit îlet du Loup-Garou (perdu
◗ Équitation. Les amateurs d’équitation seront en plein océan au large du Robert) ou des îlets
comblés. De grandes balades sur la plage, une tropicaux - sauvages ou habités - qui parsèment
promenade plus tranquille dans les bois, une le lagon. Vous reviendrez de ces vols ébloui !
escapade à travers les champs de cannes à Bien sûr, cette activité est soumise aux caprices
sucre… Plusieurs clubs offrent ces prestations de la météo et il est conseillé de choisir un jour
aux cavaliers chevronnés comme aux débutants. bien ensoleillé pour faire son vol.
99
GASTRONOMIE
A
la croisée des cultures et du monde, la gastronomie martiniquaise s’épanouit
dans un mélange de traditions savoureuses. Le climat tropical de l’île permet la
culture d’une multitude de fruits et de légumes, alors que dans un même temps
les épices originaires d’Asie parviennent dans les Antilles grâce aux travailleurs
indiens. C’est ainsi que naquit le colombo, parfumé avec une myriade d’aro-
mates. Dans ce carrefour culinaire, il n’est donc pas rare de croiser acras, bou-
din, féroce d’avocat, crabe farci et poulet boucané accompagné de riz, lentilles ou haricots
rouges. Sans oublier le meilleur de la cuisine internationale dans les nombreux hôtels de l’île.
Pour les becs sucrés, le flan au coco, la banane flambée, les fruits savoureux et les sorbets
maison sont au rendez-vous. Mais la Martinique, ce sont aussi des rhums agricoles d’excel-
lence, jouissant – chose rare – d’une AOC, un présent idéal à rapporter dans ses valises.
Accras de morue.
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Boudin noir créole, accompagné d’une purée de patates douces.
frites. La christophine est un légume ressem- légumes. La féroce, enfin, se présente sous la
blant à une poire, mais avec un goût proche de forme d’une purée d’avocat, de morue, de farine
la pomme de terre, souvent préparé en gratin. de manioc, d’oignon vert et de piment.
Tous ces ingrédients sont assaisonnés avec beau- Recette emblématique, le boudin créole, blanc ou
coup d’épices. Bien sûr impossible de ne pas citer noir, est une spécialité à base de sang (noir) ou de
le mélange colombo à base de curcuma, de cumin, viande (blanc) de porc finement épicée, d’originaire
de coriandre, de clous de girofle, de poivre noir, de française. On retrouve également des boudins à
DÉCOUVRIR
fenugrec (aux graines légèrement amères), de base de morue ou de lambi. On ne peut pas non plus
moutarde et de gingembre. Préparé sous forme de rater le très populaire poulet boucané. Il s’agit d’un
poudre ou de pâte, il contient aussi parfois de la poulet fumé que l’on cuit dans un four fermé aux
cardamome, du fenouil ou de l’anis. En Martinique trois quarts, coiffé d’une cheminée. La viande mari-
la cuisine est parfois féroce grâce notamment née est placée très au-dessus du foyer et cuit tout
au piment antillais ou habanero ressemblant à doucement, la fumée lui donnant un goût inimitable.
un minuscule poivron et au piment oiseau long Enfin le colombo – de cabri, de poulet ou de porc –
d’à peine quelques centimètres. Les deux varié- est probablement le plat en sauce le plus connu de
tés sont particulièrement fortes. Le tamarin est Martinique, la viande mijotant longuement dans un
un condiment issu d’un arbre qui possède des mélange d’oignon, d’épices et de bouillon.
gousses remplies d’une pulpe aigre-douce aussi Le crabe farci, spécialité typiquement martini-
bien utilisée pour le salé que pour le sucré. quaise également, se compose d’un mélange
Les classiques de la cuisine de chair de crabe, de pain et d’oignon, que l’on
martiniquaise utilise pour garnir la carapace de l’animal avant
On commencera un repas antillais avec des de la faire gratiner au four. Pour les fêtes, on
acras, les immanquables beignets à la morue, retrouve quelques plats spécifiques, comme le
parfois aux crevettes ou au crabe, voire au jambon de Noël, caramélisé à l’ananas, les pâtés
giraumon pour le jeûne. Ils sont plus ou moins salés, les boudins créoles et l’igname de Noël.
pimentés selon les cuisiniers. Sans oublier les On observe également des plats plus simples
pâtés salés, de petits chaussons feuilletés far- dont certains en-cas comme le bokit, un petit
cis de chair à saucisse finement épicée. Le dom- pain brioché qui a la particularité d’être frit, puis
bré est un type de boulettes de farine cuites ensuite garni avec des crudités, de la morue ou
avec des légumes secs, souvent des haricots du poulet grillé. Sans oublier l’agoulou, un pain
rouges. Le dombré de ouassous, plus raffi- moelleux, grillé, puis fourré de viande hachée
née, est garni de crevettes d’eau douce. Autre et de légumes. Le ti-nain-morue, un plat servi
soupe, le calalou contient gombos, épinards le matin, se prépare avec de la morue accompa-
et légumes divers avec du crabe ou du porc. gnée de banane plantain. Une variante connue
Sinon le pâté en pot est en réalité une soupe sous le nom de tripe ti-nain est un mélange de
épaisse d’abats de mouton et de légumes, typi- tripes et de viande de bœuf, savamment cuisi-
quement martiniquaise. Plutôt réservée aux nées avec des épices, de la tomate, des oignons
habitués, la soupe de pied contient en effet du et une pointe de piment. Le macadam est un riz
pied de bœuf qui mijote longuement avec des crémeux à la morue, légèrement pimenté.
101
GASTRONOMIE
Sinon on dégustera le blaff qui contient du pois- Il existe une extraordinaire variété de fruits tro-
son ou des fruits de mer cuits au court-bouillon. picaux succulents sur l’île. Bien sûr on retrouve
Testez le blaff d’oursin, que l’on appelle parfois les classiques comme l’ananas, la banane (en
«caviar des Antilles». Munissez-vous d’une cuil- accompagnement comme la plantain ou en des-
lère et savourez ce mets délicat avec du citron sert comme la fressinette ou la figue-pomme),
et des feuilles de laurier. Citons aussi le matou- l’avocat, la mangue, la papaye, le pample-
tou, une fricassée de crabes, alors que le sous- mousse, la goyave, le fruit de la passion (mara-
kai est constitué de morue grillée et émiettée, cuja) et la noix de coco. Mais il existe bien des
servie en vinaigrette. espèces plus étonnantes comme la carambole
en forme d’étoile quand on la coupe en tranches,
Desserts et boissons l’abricot-pays à la chair orangée et sucrée, le
Côté entremets et pâtisseries, ne manquez pas corossol à la pulpe blanche crémeuse et très
le Robinson ou amour caché, un gâteau à base sucrée ou encore la prune de Cythère à la chair
d’un appareil de quatre-quarts, de pâte brisée et fibreuse riche en vitamine C.
de confiture de goyave, mais aussi le flan coco De ces fruits aussi savoureux on extrait bien
(ou blanc-manger) à la texture délicieusement sûr des jus tout aussi délicieux. Les trois prin-
soyeuse, couvert d’une croûte de noix de coco cipaux producteurs de jus de fruits antillais sont
bien dorée, sans oublier le classique gâteau Caresse Antillaise, Royal et Mont Pelé. Prenez du
retourné à l’ananas. Le saucisson est le surnom plaisir en savourant les jus frais de goyave, de
local donné au gâteau roulé que l’on fourre de mangue et de papaye, peu communs en métro-
garnitures diverses. Typiquement antillais, le pole. Les jus de fruits industriels sont toujours
Mont-Blanc coco est une génoise moelleuse à base de concentré. Vous trouverez, dans les
garnie d’une crème rhum-coco et couverte de snacks et sur le bord des routes, des bouteilles
noix de coco râpée. Sinon testez le pudding aux de jus traditionnels locaux, souvent très savou-
pruneaux, à base de pain généreusement par- reux.
fumé de rhum, ou encore les pâtes-confiture, de
petits chaussons croustillants souvent garnis Rhums et autres alcools
de goyave. Le rhum et sa dégustation jouissent d’un véri-
De fabrication artisanale, les sorbets ici sont table culte dans les Antilles. Deux sortes de
rhums cohabitent dans le commerce : les rhums
DÉCOUVRIR
R
éputés pour leur sens de la fête, comme en témoigne le carnaval, l’un des temps
forts de la vie sur l’île, les Martiniquais le sont aussi pour leur attachement à la
cellule familiale. La famille revêt une importance prépondérante dans la vie quo-
tidienne. Les fêtes sont l’occasion de retrouvailles toujours animées. A Noël, lors
du jour de l’an, à la Toussaint, à Pâques, les rassemblements entre parents et
amis sont nombreux et s’étalent autour de repas mémorables et toujours très
rythmés ! Si la musique sert souvent de prétexte à des fêtes improvisées, il n’en demeure
pas moins que les Martiniquais apprécient aussi les manifestations musicales et sportives,
ainsi que celles qui mettent à l’honneur leur patrimoine naturel et culturel. Tour des yoles,
tournois de pêche, courses cyclistes, mais aussi journées du patrimoine, et rendez-vous aux
jardins animent avec panache l’agenda martiniquais.
DÉCOUVRIR
dimanche précédent le mardi gras jusqu’au mer-
credi des Cendres, alternant « vidés » (groupes à Lancée à l’origine par le Club Nautique Le Neptune,
pied qui défilent dans les rues), chars, musique cette régate à la voile qui s’étale sur trois jours
et danses en tout genre. Un seul mot d’ordre : tout propose quatre courses avec une cinquantaine
est permis ! En Martinique, le carnaval se prépare de bateaux engagés. Cette course est ouverte
dès l’Epiphanie, avec une succession de fêtes aux monocoques et multicoques, aux amateurs
dans les différentes villes : élection de la reine du de voile comme aux professionnels. Quatre temps
carnaval, bal péyi, parades... Le dimanche gras, forts rythment cette compétition : le Round Raid,
la foule se donne rendez-vous sur la place de la le Round Rallye, le Round Rock et la Round Bay. Un
Savane pour célébrer, au son des tambours, ti savant mélange entre compétition, découverte et
bwa, cuivres et percussions, le début des festivi- joie de vivre, sur fond de paysages sublimes et de
tés. Le lundi, les rôles s’inversent lors du mariage plages de sable blanc typiques de l’île.
burlesque. Madame enfile son smoking noir
masculin et Monsieur se balade en robe blanche.
Le jour de mardi gras, tout le monde est debout
avant l’aube. Les rues se peuplent de personnes SEMAINE NAUTIQUE
affublées d’un pyjama et d’une robe de chambre.
L’après-midi, le vidé en rouge et noir bat son plein
INTERNATIONALE
et les diables rouges sont partout ! Le mercredi, DE SCHOELCHER
le deuil est de mise pour le dernier jour de fête. Vê- Anse Madame
tus de noir et de blanc, les carnavaliers viennent SCHOELCHER
célébrer la dernière danse du roi Vaval. Chaque En février ou mars à Schoelcher.
année, la réalisation de l’emblème du carnaval Organisée par le cercle nautique de la ville de
est confiée à un ou plusieurs artistes martini- Schoelcher, cette manifestation réunit chaque
quais. Le lundi a lieu également la très attendue année tous les grands amateurs de voile. Il
parade du sud, qui a lieu chaque année dans une s’agit d’une régate internationale de voile légère
ville différente du sud. inscrite au calendrier officiel des grandes mani-
festations nautiques de la Fédération française
de voile. Une centaine de compétiteurs étran-
gers de haut niveau viennent se mesurer aux
régatiers martiniquais. Un rendez-vous sur l’eau
à ne pas manquer.
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AGENDA
FOIRE EXPOSITION LE MAI DE SAINT-PIERRE
DE LA MARTINIQUE Hôtel de ville – Rue Caylus
SAINT-PIERRE
FORT-DE-FRANCE & 05 96 78 21 51
& 06 96 39 10 67 Tout le mois de mai
[Link] Chaque année, la ville de Saint-Pierre commé-
Première semaine de mars, au stade de Dillon à more pendant tout le mois de mai plusieurs
Fort-de-France. événements qui ont marqué son histoire :
Avec plus de 200 entreprises présentes, ce l’éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902
salon attire à chaque édition près de 40 000 évidemment, lors de laquelle près de 30 000
visiteurs. La foire expo accueille des profes- personnes ont péri, mais aussi l’abolition de l’es-
sionnels de différents secteurs : automobile, clavage le 22 mai 1848 et l’arrivée des premiers
tourisme, habitat, ameublement, loisirs, prêt-à- Indiens le 6 mai 1853, venus prêter main-forte
porter, gastronomie... Au total, ce sont 10 000 dans les plantations. Un mois de commémora-
m² d’expositions et d’animations qui sont mis tion pendant lequel se succèdent expositions,
à la disposition des entreprises participantes, spectacles, conférences, randonnées, concerts
avec un pays différent invité venu présenter et marché rasta (à ne manquer sous aucun pré-
ses produits artisanaux, sa gastronomie et sa texte !).
culture.
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Marre de passer des heures