List Kaldor: L'autarcie
List Kaldor: L'autarcie
Le protectionnisme désigne les doctrines et politiques insistant sur les nécessaires protections à mettre en place
pour limiter ou supprimer les inconvénients engendrés par des échanges économiques et financiers avec le RDM.
Que ce soit pour protéger les industries naissantes (LIST, cas des PED) ou vieillissantes (KALDOR, pays avancés).
Le protectionnisme peut aller jusqu’à l’autarcie, c’est-à-dire l’interdiction complète des relations économiques et
financières entre les agents du pays et ceux du RDM. Toutefois, aucun pays ne peut se couper ainsi du monde sans
connaitre un retard de développement politiquement intenable (URSS) sauf à tenir la population d’une main de fer
par l’endoctrinement et la répression (Corée du Sud) ou par une politique sociale coûteuse (Algérie et Venezuela
avec la rente, éphémère des énergies fossiles). D’ailleurs, même lorsque l’URSS et ses satellites se coupent du
monde occidental, les pays socialistes organisent eux une division socialiste du travail, le COMECON, qui planifie les
spécialisations et les changes de chacun.
Dans la théorie, le libre-échange permet d’atteindre le surplus maximal. W. PARETO va ainsi affirmer que « le
protectionnisme est une peste », que « c’est une forme de prédation comparable à la guerre ».
Pourtant, le libre-échange peut accroitre les différences et avoir un coût social élevé pour les personnes subissant
une pression à la baisse de leur w. Ainsi, toutes les analyses protectionnistes soulignent les limites des modèles
néo-libéraux, leur caractère utopique. Pour cela, elles raisonnent dans un cadre de concurrence imparfaite afin de
souligner les rapports de force déséquilibrés.
Les analyses favorables au protectionnisme ne rejette pas pour autant l’ouverture sur l’extérieur. Souvent, elles
proposent des mesures de protection comme moyen de tendre vers le libre-échange. Le choix entre ouverture et
protection dépend donc du contexte. Dans un sens ou dans l’autre, les excès sont en danger.
Selon lui, si la spécialisation permet à l’économie mondiale de se rapprocher d’une situation d’efficacité maximale,
elle fait également des perdants sur plusieurs points de vue :
- Historique : aucun avantage comparatif ne saurait être considéré comme permanent.
- Politique : abandonner certaines Y peut être dangereux en termes de souveraineté (ex : alimentaire).
- Sociologique : les moins qualifiés des pays les moins développés ont un avantage sur ceux des PDEM.
SMITH prône un libre-échange qui prend en compte les intérêts des nations. Selon lui, il y a 4 situations dans
lequel le libre-échange doit être tempéré :
- Si la défense nationale est en danger : l’Etat doit être limité aux fonctions régaliennes.
- S’il y a une différence de niveau d’imposition entre les firmes nationales et les firmes étrangères.
- Quand les activités/les emplois nationaux sont menacées. Le libre-échange doit alors s’établir par une lente
gradation, afin de permettre la mobilité du L sans provoquer de U, de misères, de révoltes.
Ainsi, selon SMITH, le libéralisme s’épanouit dans la nation. En 1782, il déconseille même l’ouverture du marché
du UK aux USA, par peur de la concurrence accrue de la part des compagnies américaines. Il faut d’abord, selon lui,
unifier le marché intérieur et n’ouvrir le marché anglais qu’au marché où les produits anglais peuvent être déversés.
3) Les politiques commerciales mercantilistes
Entre le XVIème et le XVIIIème siècle émerge une période de transition entre la période médiévale et le capitalisme
industriel. Adam SMITH parle de la période du « système mercantile ».
Le mercantilisme désigne un ensemble d’analyses économiques pragmatiques qui proposent au souverain les
recettes pour développer sa richesse. Ces analyses défendent l’idée que la puissance d’une nation passe par
l’enrichissement de ces marchands. Elles prônent donc la liberté de commerce en stimulant les X mais en limitant
les M : entrées d’or et excédent de la BC sont considérés comme des signes de puissance. Les moyens proposés
par les mercantilistes pour enrichir les nations sont variés, on distingue ainsi 3 formes de mercantilisme :
- Le mercantilisme anglais associe enrichissement et puissance avec la recherche d’un excédent commercial
maximum, en limitant les M et en exportant à prix forts. Il s’agit donc d’un mercantilisme commercial. La
conquête des marchés/colonies se fait par la force si nécessaire. Le CI est donc perçu comme un jeu à
somme nulle : les conquêtes des uns se font au détriment des autres.
- Le mercantilisme français est quant à lui qualifié de mercantilisme industriel. L’Etat doit impulser le
développement des manufactures nationales pour diminuer les M et promouvoir les X. Pour cela, Antoine
de MONTCHRESTIEN suggère la mise en place d’une règlementation qui décourage les marchands
étrangers qui incite les producteurs nationaux à limiter les fraudes et les défauts de fabrication. Il prône
également l’expansion coloniale de la France. Ces idées seront appliquées ½ siècle plus tard par COLBERT
(2ème moitié du XVIIème), ce dernier permettant la fondation de 400 manufactures (ex : draperie de Sedan)
auxquelles l’Etat accorde un monopole mais impose un contrôle sur la qualité, les Q et les normes de Y.
COLBERT met également en place un protectionnisme sélectif : taxes sur les M (sauf les matières 1ères
utilisées par les manufactures), primes à l’exportation, interdiction d’exporter le blé (afin de garder des
faibles w de subsistance), le tout afin de garantir la compétitivité des produits nationaux. Par ailleurs, la
colonisation est encouragée avec la création de la compagnie française des Indes orientales en 1664.
Les politiques mercantilistes ne sont pas mortes. Patrick ARTUS (Discipliner la finance, 2019) l’exemplifie avec le
cas de la Chine. Selon lui, la Chien est en effet passée d'un modèle mercantiliste où la croissance était tirée par les
X à un modèle ou la croissance est tirée depuis 2009 par la demande intérieure.
Toutefois, la politique chinoise ne s’est pas encore totalement ouverte sur plusieurs points de vue :
- Subventions abondantes des économies nationales ;
- Sous-évaluation de la monnaie pour faciliter les X ;
- Restrictions sur les circulations des k (besoin de créer des joint-ventures pour s’installer en Chine)
Ex : En 2019, le TI moyen sur les crédits en Chine est de 5% alors que la croissance en valeur est de 10%. Le bas
niveau des TI conduit à un bas niveau du coût d’usage du k, d’où un endettement élevé qui alimente un très fort
niveau d’I, notamment dans la construction. Pour que cet endettement soit supportable, il faut que les TI continuent
à être très bas, ce qui a pour effet d'inciter les épargnants chinois à investir à l'étranger. Pour éviter cela, le
gouvernement a, en 2017, remis en place les contrôles sur les sorties de capitaux : double répression financière.
En 2012, DEFEVER et RIANO calculent le coût total de cette politique mercantiliste pour la Chine. Ils trouvent le
chiffre de 3% du revenu national. Il en résulte qu’en 2010, 33% des entreprises chinois exportaient plus de 90% de
leur production, contre 2% en France.
4) Le protectionnisme éducateur
En 1871, HAMILTON (l’un des premiers secrétaires d’Etat au Trésor Américain) produit un rapport sur les
manufactures où il défend l’idée de protéger les industries américaines naissantes des nations européennes. Cela
conduit à l’instauration de barrières douanières s’élevant à 47% en moyenne.
> Les tarifs MCKINLEY augmentent en 1890 les tarifs sur les importations à près de 50% afin de protéger les
industries domestiques et les travailleurs de la compétition étrangère.
> En 1930, le Smoot-Hawley Tariff Act augmente à son tour les droits de douane à l’importation de plus de
20.000 types de biens et imposa une taxe de 59% sur plus de 3.200 biens importés aux USA, malgré les
nombreuses oppositions, dont celle de Henry FORD qui qualifiait la loi de « stupidité économique ».
> En 1933, le Buy American Act impose l'achat de biens produits sur le territoire américain pour les achats
directs effectués par le gouvernement américain. Certaines dérogations fédérales imposent même une
extension de la loi aux tiers qui effectuent des achats pour des projets utilisant des fonds fédéraux tels que
les autoroutes ou les programmes de transport. La loi a ainsi pour but d'encourager les promoteurs à
acheter des produits américains afin de privilégier l'industrie nationale.
> En 2009, OBAMA passe le Buy American Provision, un dispositif dont l’objectif est de favoriser les créations
d'emplois dans l'industrie américaine, notamment par les petites entreprises, et éviter ainsi que les
investissements publics ne profitent davantage à des entreprises étrangères.
En 1841, Friedrich LIST publie le Système national d’économie politique. L’Allemagne est alors encore en cours
d’unification et est, selon la typologie de Alexander GERSCHENKRON, dans la situation du Latecomers. En effet,
une union douanière (Zollverein) vient tout juste d’être mise en place en 1834, tandis qu’une monnaie commune
(le Thaler Prussien) fait son apparition en 1857. C’est seulement en 1871 que l’union est achevée, ce qui est
symbolisé par l’adoption du mark or en 1873 puis la création d’une BC en 1875.
La situation initiale est celle d’un retard sur l’Angleterre et la France. Or, selon LIST : « La liberté permet au puissant
de dominer le faible ». Le LE n’est donc profitable qu’entre nations de même développement. Le protectionnisme
est la solution à ce retard : « Nous faisons avec la protection douanière un sacrifice qui sera récompensé par le
développement d’une force productive, laquelle assure à la nation pour le futur, non seulement un flux important
et ininterrompue de biens matériels, mais aussi l’indépendance industrielle en cas de guerre ».
Selon LIST, le protectionnisme doit avoir trois caractéristiques pour être efficace :
- Il doit être limité pour ne pas supprimer complètement l’aiguillon de la concurrence étrangère ;
- Il doit être sélectif : pas de barrières sur les produits que l’Allemagne ne produit pas et dont elle a besoin ;
- Il doit être limité dans le temps afin que les entreprises nationales deviennent compétitives.
Selon KEYNES (L’autosuffisance nationale, 1933), la spécialisation a permis au XIXème siècle, en raison de
différentes fortes entre les pays, a permis des gains en termes de niveau de vie sans précédent. Les gains ont donc
été supérieurs aux coûts. Mais au XXème siècle, la situation est différente. Les coûts de l’ouverture se sont accrus,
notamment aux détriments du social : « Les valeurs autres qu’économiques semblent avoir été sacrifiés » tandis
que les gains ont diminué (baisse différence, rupture entre stakeholder et shareholder).
Ainsi, KEYNES dit-il : « Produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible et
surtout si nous faisons en sorte que la finance soit nationale ».
Selon Karl MARX, le capitalisme est voué à s’étendre en raison de la baisse tendancielle du taux de profit. Cela
pousse donc naturellement à une nouvelle forme d’exploitation : une exploitation des pays riches sur les pauvres.
La source de l’exploitation est alors l’échange inégal. Cette thèse repose sur la théorie de la valeur L qui postule
que ce qui fait la valeur d’un bien, c’est le L incorporé dans ce bien. Or, pour une même valeur monétaire de produits
échangés, les X des pays en voie de développement vers les PDEM contiennent une valeur L plus importante que la
valeur L contenue dans les M des PED en provenance des PDEM, à productivité et qualifications identiques.
Parmi les théories de la dépendance se trouvent les théories néo-marxistes développées par EMMANUEL et AMIN :
Pour lui, les causes du sous-développement résident dans la surexploitation des travailleurs des PED dans les
secteurs ouverts aux échanges internationaux. Celle-ci se traduit par des rémunérations largement inférieures à la
productivité du L, ce qui explique un appauvrissement général des PED par le biais du commerce international. Il
parle alors d’« échange inégal » parce qu’une même valeur (produits vendues par les PED et les PDEM à prix égal)
incorpore plus de L dans le PED que dans les PDEM qui bénéficient d’un transfert de valeur et de surprofit.
« Sauf domination politique ou violences directes, la dépendance ne peut être la cause du retard économique.
Elle en est l’effet. On a la dépendance de son sous-développement et non le sous-dev de sa dépendance ».
Solution : transfert de technologie via les firmes mondiales (la déconnexion est une erreur ≠ AMIN).
Il partage la thèse de A.E. Pour lui, il y a une exploitation centre-périphérie. En effet, les PED fournissent des
produits bon marché aux PDEM en offrant des opportunités de profits élevés aux k des multinationales du Nord,
en particulier du fait de l’exploitation d’une main d’œuvre faiblement rémunérée. La bourgeoisie des PED ne peut
donc pas jouer un rôle positif dans le développement puisqu’elle a tout intérêt à ce rapport de domination.
Par ailleurs, l’enrichissement (de l’élite des PED) qui découle de cet échange inégal contribue principalement à une
occidentalisation des modes de vie. Le gain n’est pas réinvesti dans l’économie. C’est le mal-développement.
Seule solution : une déconnexion du commerce international (et de la DIT jugée appauvrissante) au profit d’un
développement autocentré (basé sur le marché intérieur). Il y chez lui une volonté de s’écarter des règles du libre-
échange établies en faveur des pays développés en réduisant au minimum les échanges avec eux.
• Raul PREBISCH (Le développement économique de l’Amérique latine et ses principaux pbs, 1950)
Il souligne que les relations économiques internationales fonctionnent selon un système centre (PDEM)
/périphérie (PED). Les PDEM ont la maitrise de ce système, orientant la production de la périphérie pour les besoins
du centre. Le problème, selon lui, est qu’il existe une tendance séculaire à la dégradation des termes de l’échange
au détriment des produits primaires et donc des PED. En clair, les prix des produits agricoles (spécialisation des
PED) baissent inéluctablement face aux biens manufacturés, nécessitant d’en vendre plus pour acheter le même
nombre de produits que par le passé.
Ce dernier point est approfondi par P. CHALMIN (pas du tout néo-marxiste pour le coup) qui affirme que, de
manière générale, l’exploitation des PED s’explique simplement par la domination des pays riches sur les marchés
des biens et services et des matières premières. En effet, du fait de leur richesse, les PDEM en sont les plus
producteurs (gaz de schiste aux USA), ou leurs FTN en sont les productrices à l’étranger. Ainsi, alors même que les
matières premières sont primordiales pour certaines pays en voie de développement, il n’en maitrise pas la Y !
Pour les néo-marxistes, il existe plusieurs moyens de sortir de la domination commerciale. Les principales sont les
politiques d’industrialisation volontaristes, de protectionnisme modéré (sur les industries naissantes),
d’industrialisation par substitution d’importation ou encore la réalisation d’une réforme agraire. Certains prônent
également l’instauration d’un nouvel ordre international (Conférence de Bandung en 1955, création de la CNUCED
en 1964, création de l’OPEP en 1960).
Rappel sur Philippe AGHION, Céline ANTONIN, Simon BUNEL (Le pouvoir de la destruction créatrice, 2020) :
Malgré une augmentation substantielle du revenu par habitant dans le temps et une baisse prononcée du
coefficient de Gini mondial, on observe un phénomène de convergence en club entre pays riches et une divergence
aux extrêmes. Les pays en développement se polarisent autour de pays connaissant une croissance rapide (Tigres,
Dragons, Chine) et ceux connaissant une croissance du revenu par habitant depuis 1950.
c) Le protectionnisme défensif :
KALDOR prône la mise en place d’un protectionnisme défensif face à la concurrence des pays neufs. Son opinion
pourrait se résumer au contenu des accords multifibres signés en 1974. Ces accords imposés aux producteurs
textiles des NPIA (nouveaux pays à industrialisation d’Asie) sont des quotas sur leurs M visant à :
- Permettre aux PDEM de moderniser leurs industries textiles pour faire face à la concurrence des NPIA.
- Organiser la reconversion de l’industrie textile dans les PDEM.
Ces accords reposent sur la promesse de la fin des AMF (1981), bien que la suppression ait réellement lieu en 2005.
Après la crise de 2007-2008, Emmanuel TODD défend la thèse de la mise en place de tarifs douaniers pour sauver
le modèle social européen. En effet, cela permettrait selon lui :
- D’augmenter les w, afin de pousser les entreprises à innover dans des productions à plus forte intensité
capitalistique (en raison de la hausse du coût du L). D’autre part, cela va inciter la main-d’œuvre à se former,
grâce à des formations qui pourraient par exemple être financées par les recettes des tarifs.
- De davantage redistribuer, notamment entre les secteurs très exposés à la concurrence et les autres.
- De préserver les productions jugées stratégiques.
- De ralentir le tourbillon de la destruction créatrice d’emploi accompagnant les aléas de la concurrence
internationale.
FOCUS : Les accords multifibre ont été signés dans le même esprit que les lois Méline.
Si la France connaît une période orientée vers le libre-échange (comme en témoignent le traité franco-anglais de
1860 et ceux passés avec la Belgique en 1861 et la Prusse en 1862), les lois Méline vont au contraire renforcer la
protection de l'agriculture française. En effet, à la fin du XIXème siècle, alors que les produits agricoles nord-
américains commençaient à inonder l'Europe, et que l'agriculture française connaissait diverses difficultés. En
réponse, mettant fin au libre-échange imposé par Napoléon III trente ans plus tôt, les lois de 1892 et de 1897 créent
des tarifs douaniers plus élevés sur les importations de produits agricoles que sur les produits industriels.
Pour Jules MELINE (Retour à la terre et la surproduction industrielle, 1905), les pays capitalistes industriels
souffraient alors d'une insuffisance de débouchés pour leur production, ce qui réduisait le désir de fabriquer et de
créer des emplois ; de plus, la France devait faire face à l'arrivée de denrées provenant de peuples jeunes, favorisés
par la nature, un sol vierge, une main-d’œuvre bon marché, l'insignifiance des charges fiscales.
La seule solution est donc pour lui le protectionnisme, principalement agricole car : « il ne reste plus qu'un seul
champ d'action et d'expansion capable d'absorber toutes les forces sans emploi, c'est la terre »
Ainsi, la loi de 1892 créait un tarif douanier minimal appliqué aux produits venant de pays avec lesquels la France
avait passé une convention commerciale, et un tarif général maximal dans le cas contraire. La loi de 1897, dite « du
cadenas », autorisait à relever davantage les droits sur les importations en cas de surproduction, ce qui se produira
à plusieurs reprises. Au total, ces tarifs protectionnistes maximums seront compris entre 15 % et 30 %, et seront
plus élevés sur les importations de produits agricoles que sur les produits industriels. Ils toucheront plus
particulièrement la viande, le vin et les céréales. Mais, en moyenne, ces droits agricoles ne seront que de 22 % en
1905 et de 18 % en 1910.
Note : En ce qui concerne les produits industriels, ils resteront compris entre 10 % et 12 % au début des années
1900 et pour l'ensemble des importations ils n'excéderont guère les 10 %. Le protectionnisme français est resté
donc relativement limité, surtout en comparaison des droits américains relevés alors à environ 50 %.
Critique : Selon certains, Méline aurait retardé la modernisation de l'agriculture française en freinant le PT, le
remembrement des exploitations, la spécialisation agricole, comme cela se produisait dans les pays « ouverts »
(comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark) ; il aurait maintenu les prix agricoles élevés et limité l'exode
rural, ce qui aurait pesé sur les salaires et handicapé l'industrie.
A l'inverse, les défenseurs du protectionnisme considèrent qu'il a permis de sauver l'agriculture française,
menacée par les produits alimentaires venant des USA. Ils font aussi remarquer que le protectionnisme « mélinien»
n'a pas empêché la France de connaître au début du XXe siècle un essor industriel remarquable : elle a été le 2ème
producteur et le 1er exportateur mondial d'automobiles en 1913, et son solde commercial industriel est passé de
11,4 % de la valeur de la production industrielle à 13,3 % entre 1885-1894 et les années 1905-1913.
Dans les années 1980, ces nouvelles théories du CI prolongent l’analyse néo-classique mais dans un cadre de
concurrence imparfaite :
- Existence de rendements d’échelle croissants
- Existence d’externalités positives et phénomènes d’irréversibilité
Selon cette théorie, la plupart des industries ont des rendements d’échelle croissants. Cela signifie que la hausse
de la production peut conduire à une baisse du coût unitaire de production. Ainsi, les grandes entreprises sont les
plus compétitives sur un marché puisqu’elles ont les coûts de production les plus faibles, résultants d’économies
d’échelle ainsi que du Learning by doing. Il y a donc un avantage au premier entrants sur les marchés.
Ainsi, la spécialisation en elle-même devient un avantage comparatif, deux pays semblables pouvant avoir intérêt
à se spécialiser pour que leurs industries respectives bénéficient de rendements d’échelles croissants.
Pour les PED, l’existence de cette barrière à l’entrée de nouvelles entreprises sur les marchés peut justifier la mise
en place d’une barrière nationale pour développer les industries nationales à l’abri des entreprises hyper-
hyperpuissantes du marché mondial. Mais, étant donné que cette théorie est parue dans un contexte libéral, la
solution qui est préférée est celle des subventions aux industries nationales (notamment celle de haute-
technologie), afin de les rendre compétitive et qu’elles puissent faire face à la concurrence internationale.
AIRBUS
Entre sur le marché N’entre pas
Entre Partage des parts de marché Boeing rafle la mise
BOEING Airbus et Boeing y perdent
N’entre pas Airbus n’entre pas Le perdant est le consommateur car rien n’est
produit.
Ce que montre ce tableau, c’est l’ensemble des stratégies que peuvent mettre en place Airbus et Boeing. Ici, il
apparait probable qu’aucune des deux ne va produire car il y a un risque de perte si les deux entrent.
Mais, BRANDER et SPENCER ajoutent alors la possibilité d’une subvention remboursable à Airbus. Dès lors, quoi
qu’il arrive (entrée ou non-entrée), Airbus ne sera pas perdant (si Boeing n’entre pas, les gains restent inchangés et
Airbus rembourse la subvention, sinon Airbus ne perd rien car la perte est compensée par la subvention).
Limites : selon Paul KRUGMAN, la mise en place d’une subvention conduit à une guerre des subventions qui sera
dans tous les cas réglée par le tribunal de l’OMC. Par ailleurs, c’est une allocation non optimale des ressources. Pour
lui, le libre-échange reste, malgré ses limites, préférable au PCS : « La sagesse enseigne que c’est dans la pratique
la meilleure solution dans un monde où les politiques sont aussi imparfaites que le marché ». Pour lui, un Etat
développé dispose toujours de moyens pour maintenir sa place dans le commerce international, en premier lieu se
trouvant le taux de change et la spécialisation.
2) La théorie du Managed Trade (Commerce administré)
Il faut d’abord noter que cette théorie présente des similitudes avec les PCS. Toutes deux ont pour hypothèse un
cadre de concurrence imparfaite, la solution y est alors la subvention, surtout aux entreprises à la frontière tech.
Il en résulte que toutes les spécialisations ne sont pas équivalentes. La spécialisation ne peut pas être laissée aux
seules forces du marché. Ainsi, l’avantage compétitif d’un pays est politiquement construit à coup de subvention
mais ces subventions n’implique pas forcément une stratégie agressive vis-à-vis des autres pays.
Selon Mariana MAZZUCATO (Mission économie, 2022), le coûts total du programme Apollo s’éleva à $28M, soit
$283M si l’on ajuste à l’inflation. Si les missions s’inscrivent sur la longue durée, les budget ont, en revanche,
tendance à privilégier le CT et à osciller sous l’influence des aléas politiques et des interrogations des politiciens et
des divers groupes de pression sur la pertinence du programme. Aujourd’hui cependant, il ne fait plus de doute
qu’Apollo fut un investissement rentable en même temps qu’une mission qui marqua l’histoire et rendit possibles
certaines des innovations les plus marquantes de la révolution des TIC parmi lesquelles les couvertures de survie
(isolation vaisseau), les caméras dans les téléphones (vision de précision), les scanners, le système de purification
de l’eau, les écouteurs sans fil (pour que les astronautes puissent garder les mains libres), l’ordinateur portable
(l’origine est celle du SPOC, ou Shuttle Portable On-Board Computer).
La DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) est un bon exemple d’insitutions qui œuvre à l’émergence
de ces entreprises produisant des externalités positives. Créée en 1958 par EISENHOWER, elle avait à l’origine pour
vocation première le soutien à des projets destinés à l’armée. Mais l’agence a engendré nombre d’innovations de
rupture qui se sont retrouvées ensuite dans le domaine civil : Internet, GPS, drones, technologies furtives ou
lanceurs de fusées. Pourtant, son budget n’est pas énorme ($3,5M actuellement). Son succès repose surtout dans
sa vitesse et sa capacité à repérer des projets prometteurs à l’avance et d’y investir, quitte à échouer.
Ainsi, l’agence a décidé d’aider une petite start-up nommée Moderna à amorcer son développement en 2013 en
lui versant $25 millions, grâce à laquelle l’ARN messager a été inventé. De même, l’agence a beaucoup investi dans
différents domaines récemment : exosquelettes, monde sous-marin, prothèses, biosurveillance des bactéries,
ingénierie de matériaux vivants, etc.
Il est intéressant de noter que l’Allemagne a récemment mis en place deux agences de ce type : une civile (Sprin-D
ou Agence fédérale pour l’innovation disruptive), l’autre militaire (l’Agence pour l’innovation en cybersécurité). Le
Japon s’est lui aussi doté d’une version locale baptisée Moonshot R&D.
Limites :
- Difficulté à repérer les secteurs stratégiques : il existe un coût de l’erreur. Ainsi, certes l’exemple a
contribué à booster certains secteurs, mais en lui-même, ce fut un échec. Avant chaque I, il faut donc faire
un calcul coût/avantage entre coût des subventions et gains potentiels des externalités positives.
- Risque de capture des subventions pour des raisons autres qu’éco (lobbying, politiques électoralistes, …).
- Effet d’aubaine.
FOCUS : Crée en 1983 pour favoriser les efforts de recherche et d’innovation des entreprises françaises (en les
incitant à investir dans la R&D, à engager plus de chercheurs, …), le CIR constitue désormais la plus importante
niche fiscale : plus de 6 milliards d’euros par an. Les entreprises ne touchent pas directement d’argent, mais elles
en économisent en déduisant de leurs impôts les sommes allouées aux dépenses de recherche.
Une réforme mise en œuvre en 2008 a marqué un tournant : alors que le CIR n’était alloué qu’en cas d’effort
additionnel des entreprises dans le secteur de la recherche, le dispositif est alors adossé au volume total des
dépenses en la matière, que cet investissement augmente ou non. Le montant est déplafonné et à peine dégressif :
un crédit d’impôt de 30 % s’applique au premier euro dépensé, et il passe à 5 % au-delà de 100 millions d’euros.
Données : En 2018, environ 26.000 entreprises ont déclaré des dépenses au titre du CIR, soit 2,7 leur nombre de
2007, créant par conséquence une créance fiscale de €6,8M en 2018, soit 3,8 fois plus qu’avant la réforme (1,8M).
Par ailleurs, les très grandes entreprises (plus de 5000 personnes) captent l’essentiel de l’argent public distribué
(les 50 premières captent la ½) alors qu’elles représentent moins de 1 % des bénéficiaires du CIR. Or, un rapport
publié en 2021 de France Stratégie souligne que les effets sont plus positifs pour les petites et moyennes entreprises
que pour les grandes, et que dans tous les cas les effets ne sont que positifs sur le CA, pas sur la VA et l’I. Enfin, ce
rapport affirme aussi que : « Le CIR n’a guère contrecarré la détérioration de l’attractivité du site France pour la
localisation de la R&D des entreprises multinationales. », et ce malgré la baisse du taux d’imposition qu’il permet.
Les pistes de réformes en discussion sont du retour d’un plafonnement ou celle du verdissement du CIR (donc
conditionner l’octroi du CIR à un projet de recherche qui ne porte pas atteinte à l’environnement).
Limite : on ne sait pas toujours quelle utilisation sera fait d’une innovation (ex : imprimante 3D).
C) Protectionnisme ou ouverture : ce sont les résultats de force socio-politiques nationales qui s’affrontent
L’ouverture met en danger les détenteurs du facteur rare. Ils vont donc demander des protections. Ainsi, les
résultats des politiques mises en place vont dépendre des rapports de force socio-politiques, ces derniers étant
différents selon les pays/époques. Ronald ROGOWSKI (Commerce et coalition, 1989) met ainsi en évidence 4
configuration socio-politiques différentes :
Ratio Terre/L
Elevé Faible
Ratio K/L Elevé S1 : K et T abondant, L rare S2 : K et L abondant, Terre rare
Faible S3 : T abondant, L milieu, K rare S4 : L abondant, K et Terre rares
Situation 1 : situation actuelle des PDEM. Le capital est abondant mais les travailleurs sont en nombre limité,
surtout par rapport à la CD des PED. Pour cette raison, les industries réclament l’ouverture pour pouvoir utiliser
leur k et bénéficier de la main d’œuvre abondante étrangère. Mais cela va à l’encontre de la population même des
PDEM qui reste alors de se retrouver au U.
Situation 2 : Situation actuelle au XIXème siècle en Angleterre. La CD et l’émergence de l’industrie vont de pair,
rendant le L et le k abondant. Les industriels veulent alors ouvrir le marché anglais, notamment au blé américain
(abolition Corn Laws en 1846) pour avoir un w de subsistance bas. Cela va à l’encontre des intérêts des propriétaires
terriens qui sont donc vents debout contre cette ouverture.
Situation 3 : Situation des USA au XIXème. Les Etats du Sud (dotés en L et en T) veulent l’ouverture pour pouvoir
exporter leurs productions (forcément moins chère grâce à l’esclavage), alors que les Etats du Nord sont pour la
protection afin de protéger leurs industries de la concurrence étrangère. La suite on l’a connait.
Situation 4 : Situation de l’Allemagne à la fin du XIXème, mais aussi celle des pays fachistes au XXème siècle. Ici, ce
n’est pas le facteur dominant (le L) qui va gagner, car une coalition se met en place entre le facteur K et Terre et
fait pression pour la protection.
Ainsi, les politiques protectionnistes répondent d’abord aux groupes de pression les plus puissants d’un pays, ce
qui ne va pas forcément dans le sens de l’intérêt général. Par ailleurs, les perdants de l’ouverture préfèrent, eux,
réclamer une protection (pour garder leur emploi par exemple) que de percevoir des indemnités (mais être au U,
devoir se former, …). La protection apparait d’autant plus légitime qu’elle permet de maintenir des emplois sur le
CT. Pourtant, c’est une illusion car il y a en réalité un transfert de richesses des consommateurs vers les industries
protégées selon les libéraux. Ils perdent donc au change.
De plus, Paul KRUGMAN explique que, quand la demande de protection vient des entreprises, elle aboutit plus
souvent que quand elle vient des consommateurs. En effet, il existe une asymétrie d’information sur le marché
entre le producteur et les consommateurs. Plus la capacité financière d’un producteur est forte, plus il est influent.
Ex : Sur le marché du sucre aux USA, les producteurs ont réclamé et obtenu une protection sous forme de quota
qui a conduit à un prix du sucre deux fois plus élevé que dans le RDM. Mais, étant donné qu’on achète peu souvent
du sucre, les consommateurs ne voient pas la différence, ou on du mal à se regrouper pour se battre.
Jusqu’au milieu du XXème siècle, les Etats utilisent principalement des tarifs douaniers ou des restrictions
(prohibitions). Mais depuis les 30G, de nouvelles formes de protectionnisme apparaissent, qu’elles soient
défensives (normes de qualité, subventions, …) pour limiter les M ou limiter l’érosion des parts de marché, ou
offensive (manipulation des taux de change) pour augmenter artificiellement la compétitivité.
Ce protectionnisme est principalement constitué de taxes sur les produits importés. Celles-ci peuvent être :
- Fixes : sous la forme d’un montant ($5/baril) ou ad valorem (un % de la valeur de l’M qui reste le même).
- Variables : selon le prix ou la quantité d’une M, le % de taxation varie.
Note : Ces barrières n’ont jamais empêché le commerce (1M), elles sont donc le dernier recours des libéraux.
Elles correspondent aux restrictions quantitatives, aux quotas ainsi qu’aux embargo, voire aux blocus.
Ex : Si l’ONU condamne l’embargo des USA sur Cuba chaque année depuis 1992, l’ONU elle-même a été amené à
imposer des embargos, notamment sur les armes en direction de l’Afrique du Sud en 1997.
Ce protectionnisme prend aussi la forme de prohibitions d’M (ex : celles de l’UE contre le bœuf aux hormones
américain) ou celle d’accords d’autolimitation, une baisse des X ‘volontaire’ vers le RDM (ex : en 2005, la Chine
réduit ses exportations de textile sous la pression des occidentaux en raison de la fin des AMF). Enfin, il existe aussi
des règles en contenu local qui conditionne certaines M au contenu local (formation, …) sous peine de taxes.
C’est un protectionnisme furtif qui contourne les règles du CI et donc ne craint pas les sanctions de l’OMC. Ce sont :
- Règlementations fiscales, sociales, ou techniques fournissant un avantage (dumping salarial)
Ex : Taxation de l’Irlande ou normes techniques de l’UE (CE)
- Règlementations monétaires : manipulations du taux de change pour gagner en compétitivité
- Clauses de préférence nationale (ex : Buy American Act)
- Tracasseries administratives
Ex : L’affaires des magnétoscopes de Poitiers.
→ Après l’élection de Mitterrand, la France est la seule à mener une politique de relance de l’économie. Il en résulte
une hausse du PA qui conduit à accroître la part des produits importés – notamment de produits qui ne sont pas
de première nécessité – et donc à creuser le déficit du commerce extérieur. Pour agir contre l’arrivée massive des
produits japonais sur le marché français, compétitifs aussi bien dans le secteur automobile qu’électronique, le
gouvernement décide de s’attaquer aux magnétoscopes. En 1981, il s’était vendu 260 000 appareils en France. Un
chiffre porté à 665 000 en 1982, alors que 90% des magnétoscope importés étaient d’origine japonaise. Alors, le 22
octobre 1982, le ministre du Budget, Laurent Fabius, signe un arrêté pour contraindre les importateurs à ne plus
dédouaner leurs magnétoscopes dans les ports mais au centre de la France, à Poitiers. Les cartons y sont
systématiquement inspectés, ce qui contribue à retenir les appareils 4 à 5 mois avant leur vente en magasin.
Conclusion :
Le gain économique global engendré par l’ouverture est supérieur au gain engendré par le protectionnisme selon
la théorie économique.
Dans la pratique, les mesures protectionnistes sous-optimales ont largement dominé les politiques commerciales
depuis la 1ère RI. Ainsi, Paul BAIROCH affirme-t-il : « Le libre-échange est une théorie sans réalité et le
protectionnisme une réalité sans théorie ». Loin d’avoir disparue, les mesures protectionnistes ont d’ailleurs
augmenté depuis 1970. Pour comprendre pourquoi, il faut sortir du cadre de CPP instauré par les libéraux,
notamment afin de prendre en compte les coûts sociaux engendrés par la libéralisation des échanges. Alors, on se
réalise que l’ouverture fait des gagnants et des perdants à l’intérieur des nations, mais aussi entre les nations. Il
s’agit donc de prendre en compte les rapports de force pour comprendre la relation entre « Equité et libre-échange
depuis le début du XIXème siècle » (sujet HEC).
Ce triangle représente trois situations vers lesquelles il est possible de tendre, mais dont chacun des coins
représente une situation idéale-typique, non réalisable ou non souhaitable.
1) L’utopie libérale désigne un monde hyper-globalisé, ou l’intégration financière et économique sont à leur
paroxysme. Or, cette force unificatrice se fait au détriment des modes de régulations nationaux, par le broyage des
spécificités sociales et culturelles de chaque pays.
2) L’utopie mondialiste désigne une forme poussée de coopération internationale. Elle est défaillante car elle subit
le phénomène du passager clandestin. RODRIK ne croît pas en la gouvernance mondiale car les pays n’ont pas les
mêmes préférences en termes d’institutions, de priorités économiques (stabilité vs dynamisme) et les distances
jouent un rôle important dans le CI.
3) L’utopie nationaliste qui désigne la souveraineté nationale. Un problème est que la multiplicité des Etats-Nations
crée une hétérogénéité juridictionnelle et des coûts de transaction nuisibles. En effet, les différences de devises,
de régimes législatifs et de pratiques règlementaires seraient des obstacles à une économie globale unifiée.
En réalité, aucun des ces coins n’existent seul : ils fonctionnent deux par deux. Ainsi, la signature des accords de
Bretton Woods désigne la volonté d’échanger, mais sous contrôle étatiques, avec des règles communes. C’est donc
un compromis entre Etats-nations et démocratie commune.
Ex : Depuis la fin de la 2GM, deux traités multilatéraux de premier ordre ont régulés les relations commerciales à
l’échelle mondiale : le GATT et le traité de fondation de l’OMC. En outre, plus de 500 cents accords commerciaux
bilatéraux et régionaux ont été signés, dont la grande majorité depuis que l’OMC a remplacé le GATT en 1995.
Aujourd’hui se pose la question de notre système : face à la convergence vers le haut du triangle (échanges
abondants), doit-on aller vers plus de règles communes (fédéralisme) ou plus de souveraineté (Camisole dorée) ?
En effet, la mondialisation n’a pour l’instant pas bénéficié économiquement à tous, ni de façon égalitaire. Et ce
même dans les PED. Les pays qui se sont appuyés sur le seul libre-échanges (Mexique) ont dépéri. Ceux qui ont
réussi à tirer profit de la mondialisation ont employé une stratégie hybride de promotion des X et une variété de
politiques enfreignant les règles commerciales actuelles. En effet, l’hypermondialisation rend plus difficile à
atteindre les objectifs économiques et sociaux légitimes sur le plan national : prospérité économique, stabilité
financière et inclusion sociale.
Aujourd’hui, il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre l’ouverture économique et la gestion de l’espace
politique. Pour entreprendre ce nécessaire rééquilibrage, il faut trancher entre gouvernance nationale et
gouvernance mondiale.
Pour RODRIK, si une gouvernance mondiale reste cruciale dans des domaines tels que le changement climatique
où l’approvisionnement en biens publics mondiaux, et peut même se révéler utile pour améliorer la politique
économique nationale en optimisant la délibération démocratique et la prise de décision, nous avons besoin d’une
économie mondiale pluraliste où les Etats-Nations conservent assez d’autonomie pour façonner leurs propres
contrats sociaux et développer leurs propres stratégies économiques.
En effet, les Etats-Nations jouent selon lui toujours un rôle primordial à différents niveaux :
- L’Etat-Nation est le 1er facteur déterminant de la répartition mondiale des revenus. Nos fortunes
économiques sont principalement déterminées par le pays dans lequel nous sommes nés.
Ex : Les pauvres d’un pays riche sont presque 5 fois plus riches que les riches d’un pays pauvre.
- Les identités nationales sont encore fortes, largement plus fortes que celle de « citoyen du monde ».
- Historiquement, l’Etat-nation est étroitement associée au progrès économique, social et politique. Il a
infléchi la violence intestine, développé les réseaux de solidarité au-delà des communautés locales, stimulé
les marchés de masse et l’industrialisation, soutenu la mobilisation des ressources humaines et financières,
et encouragé l’élargissement des institutions politiques représentatives.
Ainsi, RODRIK considère que transcender ces Etats-Nations serait contre-productif. L’hétérogénéité des
préférences et la multiplicité institutionnelle créent, avec la géographie, un besoin de diversité institutionnelle.
Cette diversité institutionnelle fait certes obstacle à la mondialisation économique totale. Mais l’intégration
économique incomplète renforce l’hétérogénéité et le rôle de la distance.
Cas du fédéralisme : selon RODRIK, le triangle d’incompatibilité n’apparait pas plus clairement qu’en Europe.
La zone euro est une expérience unique. Ses membres ont tâché de construire un marché unique et unifié (de
marchandises, de services et de monnaie), alors que l’autorité politique demeurait le fait d’unités nationales
constituantes. Il y aurait un seul marché, mais plusieurs régimes politiques. Dès sa construction se sont affrontées
des thèses minimalistes et fédéralistes (construction d’institutions politiques européennes). L’absence de débat
public eut pour effet qu’aucune ne fut explicitement rejetées, laissant la zone dans un entre-deux. L’UE entra donc
dans une approche fonctionnaliste qui postulait que l’intégration politique emboîterait le pas à l’intégration éco.
Cela ne s’est pas encore réellement produit. Or, une union économique européenne viable exige une plus grande
homogénéité structurelle et davantage de convergence institutionnelle (en particulier sur les marchés de l’emploi
et au sujet de la politique fiscale) parmi ses membres. S’ils souhaitent cohabiter dans la durée, ils doivent se
ressembler davantage. Ainsi, si les dirigeants européens veulent conserver la démocratie, ils doivent choisir entre
l’union politique et la désagrégation économique. Ils doivent soit renoncer explicitement à la souveraineté
économique, soit la mettre activement au service de leurs citoyens. La 1ère alternative leur imposerait de jouer
franc-jeu avec leur propre électorat, et d’aménager un espace démocratique au-dessus du niveau de l’Etat-Nation.
La seconde impliquerait de renoncer à l’union monétaire afin d’être ne mesure de déployer des politiques
monétaires et fiscales nationales au service d’un redressement à LT.
CCL : Pour RODRIK, un pays ne doit donc pas hésiter à mettre en place des mesures de protection qui permettent
de limiter les asymétries de production entre les pays et au sein des pays, et de préserver la diversité culturelle et
sociale. Cette modération prônée par l’auteur est vérifiée empiriquement. Pour DUFLO et BARNERJEE (Une
Economie utile pour des temps difficiles, 2020), il existe trois limites au commerce international :
- Les gains du CI sont modestes pour les grands pays (taille des marchés).
- Les gains du CI sont incertains pour les petits pays.
- Les gains du CI sont peu redistribués, il y a donc des perdants.
Dani RODRIK, La mondialisation sur la sellette, plaidoyer pour une économie saine, 2018
1) S’insérer toujours plus dans une mondialisation laissant une place croissante à des marchés sans contrôle n’est
pas source de croissance, nourrit les inégalités et aggrave les crises. Selon RODRIK, les pays qui s’engagent dans
cette voie de l’hypermondialisation, qu’ils soient émergents ou européens, n’en ressortent pas gagnants. A
l’inverse, ceux capables de prendre leur place dans la mondialisation tout en préservant les arrangements
institutionnels qui forgent leur propre chemin, doivent être encouragés. L’Etat stratège est donc nécessaire. Les
politique nationales sont plus que jamais nécessaires pour les pays qui visent à l’émergence.
Même si plus de 500 cents accords commerciaux bilatéraux et régionaux ont été signés, la grande majorité depuis
que l’OMC a remplacé le GATT en 1995, la mondialisation n’a pas bénéficié économiquement à tous, ni de façon
égalitaire. Et ce même dans les PED. Selon l’auteur, les pays qui s’appuient sur le seul libre-échanges (Mexique) ont
dépéri. Ceux qui ont réussi à tirer profit de la mondialisation ont employé une stratégie hybride de promotion des
X et une variété de politiques enfreignant les règles commerciales actuelles. En effet, l’hypermondialisation rend
plus difficile à atteindre les objectifs économiques et sociaux légitimes sur le plan national : prospérité
économique, stabilité financière et inclusion sociale.
Aujourd’hui, il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre l’ouverture économique et la gestion de l’espace
politique : « il est impossible d’avoir simultanément hypermondialisation, démocratie et souveraineté nationale ;
tout au plus peut-on avoir les deux à la fois », autrement on se retrouve dans le cas de la Grèce.
Pour entreprendre ce nécessaire rééquilibrage, il faut trancher entre gouvernance nationale et gouvernance
mondiale. Nous avons besoin d’une économie mondiale pluraliste où les Etats-Nations conservent assez
d’autonomie pour façonner leurs propres contrats sociaux et développer leurs propres stratégies économiques.
Toutefois, la gouvernance mondiale reste cruciale dans des domaines tels que le changement climatique où
l’approvisionnement en biens publics mondiaux est essentiel. Par ailleurs, des règles mondiales peuvent contribuer
à améliorer la politique économique nationale, en optimisant la délibération démocratique et la prise de décision
2) Les PED doivent aussi réfléchir à ces questions. En effet, par le passé, une industrialisation rapide était la clé
d’une croissance rapide et du rattrapage d’un potentiel retard. L’accroissement des importations, la convergence
de la productivité et l’absorption de la main-d’œuvre créaient un cercle vertueux qui stimulait l’économie jusqu’à
ce que soit comblé l’écart avec la frontière mondiale et que la demande de PT soit substantiellement plus
importante. D’ordinaire, le développement économique s’effectuait à mesure que les travailleurs et agriculteurs
passaient des secteurs traditionnels à faible productivité au travail d’usine et aux services modernes. Ce faisant,
deux choses se produisaient. Premièrement, la productivité globale de l’économie augmentait. Deuxièmement,
l’écart de productivité entre la part traditionnelle et celle moderne de l’économie moderne se réduisait, et le
dualisme se réduisait progressivement (l’agriculture se mécanisait). Au total, ce processus s’effectuait dans un
premier temps au détriment des conditions de vie, avant que cela s’améliore par la suite.
C’est ce que RODRIK appelle la « désindustrialisation prématurée ». Celle-ci désigne le fait qu’un grand nombre
de PED deviennent des économies de services sans avoir une réelle expérience de l’industrialisation. En effet, la
rapidité du PT dans la production industrielle a réduit le prix des marchandises manufacturées comparativement
aux services, décourageant les nouveaux PED d’entrer dans ce secteur. Parallèlement, la production industrielle est
devenue beaucoup plus demandeuses de k et de compétences. La concurrence de la Chine décourage également.
Or, une transition plus précoce vers les services, préalable à l’accumulation substantielle de k humain et de
capacité institutionnelle, aggrave considérablement les problèmes d’inégalités et d’exclusion sur le marché de
l’emploi avec lequel se démènent les économies développés. Une économie où la plupart des travailleurs sont
indépendants n’est réalisable que si la productivité est très élevée (pour générer une demande abondante de ces
services et des revenus indépendants), ce qui n’est pas le cas des services.
Suzanne BERGER, Notre première mondialisation, leçons d’un échec oublié, 2003
Elle définit la mondialisation comme : « une série de mutations dans l’économie internationale qui tendent à créer
un seul marché mondial pour les biens et les services, le travail et le capital. » De ce point de vue, la période qui
s’étend des années 1870 à la Grande Guerre est bien celle de la première mondialisation », caractérisée par la
mobilité des capitaux et des personnes.
Causes de la 1M :
- Une période d’innovations technologiques qui permirent d’abaisser le coût des transports et des
communications, stimulant les phénomènes de convergence en tout genre.
> Convergence des prix
Ex : Avant l’installation du câble transatlantique (années 1860), les informations mettaient 3
semaines à arriver de NYC à Londres. En 1914, le télégraphe/téléphone les reliait instantanément.
Résultat : Alors qu’en 1870, le blé était plus cher de 57,6 % à Liverpool qu’à Chicago, en 1913 la
différence n’était plus que de 15.6 %.
> Convergence des personnes
Ex : La traversée de l’Atlantique est passée de 42 jours à seulement 5 jours et demi en 1912.
L’Irlande ou la Suède perdent au moins 10% de leur population par décennie avant la guerre.
CCL : « On s’aperçoit que la mondialisation ne progresse pas d’une façon continue et irréversible. Au contraire,
elle suit une évolution en dents de scie ».
Auteurs Ouvrages Dates
Friedrich LIST Système national d’économie politique 1841
Jules MELINE Retour à la terre et la surproduction industrielle 1905
JM. KEYNES L’autosuffisance nationale 1933
Raul PREBISCH Le développement économique de l’Amérique latine et ses principaux 1950
problèmes
Arghiri EMMANUEL L’échange inégal 1969
Samir AMIN La déconnexion 1985
Ronald ROGOWSKI Commerce et coalition 1989
Suzanne BERGER Notre première mondialisation 2003
CONSTINOT, “The US Gains from Trade” 2018
RODRIGUEZ-CLARE
Dani RODRIK La mondialisation sur la sellette 2018
Patrick ARTUS Discipliner la finance 2019
C. DUFLO, Une Economie utile pour des temps difficiles 2020
A. BARNERJEE
Philippe AGHION, Le pouvoir de la destruction créatrice 2020
Céline ANTONIN,
Simon BUNEL
Mariana MAZZUCATO Mission économie 2022
Quelques citations :
« Le protectionnisme est notre voie, le libre-échange est notre but », Friedrich LIST, Système National d’Economie
politique, 1840.
« Au XIXe siècle, le libre-échange fut une goutte d’eau dans un océan protectionniste », Paul BAIROCH, Mythes
et paradoxes de l’histoire économique, 1994.