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Gestion de l'exploitation artisanale du bois en RD Congo

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Projet forestier

a République Démocratique du Congo (RD Congo) se situe au cœur de l’Afrique et couvre


une superficie de 2.345.000 km². L’économie congolaise a favorablement réagi au retour
de la paix et aux efforts de stabilisation et de réformes entrepris par le gouvernement
depuis 2001. Après plus d’une décennie d’instabilité politique et de récession, le PIB a
enregistré une croissance de 7,2% en 2010 et de 6,5% en 2011 (et le FMI prévoit une
croissance de 6,3% en 2012) grâce à la reprise des activités minières et forestières.
Il se trouve que la RD Congo possède environ 145 millions d’hectares de forêts naturelles
soit environ 10% de l’ensemble des forêts tropicales du monde et plus de 47% de celles
de l’Afrique. Ces forêts jouent un rôle essentiel dans la régulation globale du climat au
niveau de la planète. Elles ont également une importance socio-économique manifeste
pour les populations locales et autochtones qui y vivent et en dépendent grandement
pour leur survie.
Au niveau législatif, la RD Congo s’est dotée d’un ensemble de textes régissant la
gestion forestière. Il s’agit de la Loi 011/2002 du 29 août 2002 portant Code forestier
en République Démocratique du Congo et de ses mesures d’application. Le code
forestier distingue parmi les exploitants forestiers les industriels ou concessionnaires, et
les exploitants artisanaux. Les exploitants forestiers industriels sont principalement les
entreprises étrangères qui produisent les grumes à grande échelle, essentiellement pour
l’exportation. Les exploitants artisanaux produisent du bois coupé avec une scie de long
ou une tronçonneuse pour le marché domestique et les marchés des pays voisins. Depuis
la promulgation du code forestier, ce sont surtout les mesures d’application relatives à
l’exploitation forestière industrielle qui ont été mises en œuvre par le ministère en charge
de l’environnement, conservation de la nature, et tourisme (MENCT). La réglementation
de l’exploitation artisanale est restée imprécise ou incomplète jusqu’à ce jour malgré les
quantités considérables de bois d’œuvre coupées et exportées.
23
Le bois à l’ordre du jour Introduction
L’exploitation artisanale du bois d’œuvre n’est pas une activité nouvelle en RD Congo.
L’État congolais a toujours, depuis l’époque coloniale, autorisé l’exploitation artisanale du
bois d’œuvre. L’exploitation artisanale du bois d’œuvre joue en effet un rôle capital dans
l’économie locale et nationale. Elle donne du travail à plusieurs acteurs dans la chaîne de
production et fournit les matériaux nécessaires à la construction (et reconstruction) des
maisons, aux infrastructures, et à la fabrication de mobilier après des années d’agitation
politique.
Les efforts de la communauté internationale pour promouvoir la gestion durable des
forêts du monde se sont focalisés principalement sur l’exploitation industrielle des
forêts, principal producteur de bois sur le marché international. Avec la croissance des
économies des pays en développement et celle des marchés asiatiques et des marchés
régionaux de bois, il est maintenant évident que le marché de l’exportation vers l’Europe
et les États-Unis ne constitue qu’une fraction du marché global du bois dans les pays en
développement. Par conséquent, veiller à ce que tout le bois exporté vers l’Europe soit
d’origine légale comme prévu dans le processus FLEGT (Application des Réglementations
Forestières, Gouvernance et Échanges Commerciaux) pourrait n’avoir qu’un impact
limité sur l’amélioration des pratiques de gestion forestière puisque le marché européen
du bois est proportionnellement peu significatif.
Suite aux réformes de la réglementation en Europe sur l’importation du bois, plusieurs
pays sont en train de mettre en œuvre des Accords de Partenariat Volontaire (APV) dans
le cadre du plan d’action FLEGT avec l’Union Européenne pour certifier le bois produit
dans leur pays et continuer à l’exporter vers l’Europe. Dans ce contexte, le Ghana et le
Cameroun, par exemple, se sont engagés à se conformer rigoureusement à la législation
pour tout commerce du bois national comme international.
Le développement des marchés intérieurs du bois a suscité un grand intérêt pour
leur fonctionnement. Dans presque tous les pays en développement, le marché local
du bois répond à une demande interne croissante et a un impact considérable sur les
économies régionales et les moyens de subsistance de nombreuses personnes. Faute
de cadre légal clair régissant ce secteur en plein essor, ou à cause des restrictions légales
de cette activité – dont de nombreuses familles dépendent pour leur survie, on assiste à
l’émergence d’une économie parallèle du bois en pleine croissance.
En République Démocratique du Congo, l’exploitation artisanale s’est beaucoup
développée ces dernières années, plus ou moins de manière informelle. En témoignent
des initiatives de certaines organisations comme par exemple RRN, IUCN, WCS ou GIZ. Ces
initiatives connaissent deux grandes orientations. La première, écologique, met l’accent
sur les effets de l’activité sur l’environnement et souligne l’urgence de son encadrement.
La seconde est tout à fait économique, et tend en revanche à mettre en lumière les
besoins de survie des populations locales et les bénéfices tirés par les nombreux acteurs
impliqués dans l’activité. Pour mieux comprendre le fonctionnement du marché local du
bois et attirer l’attention du monde politique, plusieurs études et ateliers de discussion
se sont mis en place sous les auspices de multiples chercheurs et organisations.
Cependant, les résultats de ces études ne sont pas toujours connus du grand public,
voire des parties prenantes. Pour combler cette lacune et partager l’information existant
sur les marchés locaux et l’exploitation artisanale du bois, Tropenbos International (TBI)
a estimé nécessaire de rassembler les études existantes dans un livre, pour contribuer
à la discussion sur une possible application ou
réforme du cadre légal de cette activité. Tel est
l’objectif principal de cet ouvrage.
Depuis quelques années, TBI travaille sur le
thème de l’exploitation artisanale du bois au
Ghana et en Guyane britannique. La vision de
TBI est de s’assurer que les politiques forestières
répondent aux besoins des populations ;
qu’elles sont le produit de consultations
avec toutes les parties prenantes destinées à
promouvoir le développement durable (local
et national), la gestion forestière durable, et
à diminuer les conflits liés à l’exploitation du
bois. TBI considère qu’il est important de bien
connaître la réalité pour pouvoir développer un cadre légal qui soit accepté et applicable
au niveau local. La collecte d’informations valables est considérée comme une étape
importante du processus de dialogue entre les parties prenantes, de manière à prendre
des décisions bien informées pendant la reformulation du cadre légal de l’exploitation
artisanale du bois partout où TBI travaille.
L’objectif de ce travail est donc surtout de contribuer à la discussion sur une
réglementation de l’exploitation artisanale du bois qui prenne en compte les intérêts
des multiples acteurs impliqués dans ce domaine et qui puisse être effectivement mise
en œuvre. Ce travail est spécialement important au regard de multiples initiatives de
changement de la réglementation forestière en RD Congo dans le cadre des processus
FLEGT et REDD (Réduction des Emissions de la Déforestation et Dégradation de la forêt).
Les objectifs spécifiques de ce livre sont quadruples :
• Collecter les informations existantes sur l’exploitation artisanale en RD Congo
• Analyser et discuter l’information recueillie en vue d’une éventuelle réforme de
la réglementation
• Partager les informations recueillies avec les parties prenantes
• Identifier les besoins de recherche sur l’exploitation artisanale du bois pour
compléter l’information disponible
Ce livre traite de différents sujets d’intérêt tant national, international que local :
• Des processus internationaux et régionaux concernant la gouvernance forestière
• De la réglementation et du rôle de l’État
• De la relation entre les exploitants artisanaux et les communautés locales
• De l’organisation de la chaîne de production du bois d’œuvre
• De l’impact de l’exploitation artisanale du bois sur les forêts

Contribution des petites entreprises du secteur forestier informel


Bien que les concessions industrielles soient le principal centre d’intérêt des politiques
forestières gouvernementales et qu’elles bénéficient d’un meilleur suivi statistique, de
subventions, de dispositions réglementaires favorables, ce sont surtout les PMEF qui
fournissent aux marchés nationaux et régionaux la gamme extrêmement diversifiée des
PFNL et produits ligneux qu’on y trouve. Malgré leur caractère quelque peu lacunaire,
les statistiques sur ce secteur recueillies auprès de différentes sources (voir tableau 1
Perspectives comparatives de l’exploitation artisanale du bois en RD Congo
0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5
3.0
3.5
Importations chinoises d’Afrique
(millions m3 Equivalent en Bois Rond - EBR)
Liberia
Equatorial Guinea
Swaziland
Mozambique
Other
Cameroon
Congo - Brazzaville
South Africa
Gabon
Figure 1. Importations chinoises du bois d’Afrique (en volume). Source : Canby et al. in Molnar et al.
(2010).
3.500
3.000
2.500
2.000
1.500
1.000
500
0 Chine vers. l’Afrique Afrique vers. la Chine
Importations chinoises d’Afrique
(millions m3 Equivalent en Bois Rond - EBR)
Contreplaqué
Papier
Fibre de bois
Meubles
Grumes
Pâte de bois
Sciages
Figure 2. Répartition des échanges commerciaux de produits ligneux entre la Chine et l’Afrique (en
milliers de m3
, 2009). Source : Canby et al. in Molnar et al. (2010).
14 15
Le bois à l’ordre du jour
ci-dessous) montrent que les PMEF jouent un rôle vital dans les économies locales et
nationales. Elles ajoutent de la valeur, génèrent des emplois et des revenus financiers, et
en tant que tel, ont un impact positif sur les moyens d’existence locaux.
Tableau 1. Aperçu du secteur forestier informel en ACO.
Pays Production (m3
/an) Contribution à l’emploi Contribution à l’économie
RD Congo • 1.5 – 2.4 million m3 de bois
C’est 5 à 8 fois plus que la
production officielle de bois dans
le secteur industriel (estimation
de 2003)
• Environ 8.000 petits exploitants
forestiers ; nombre inconnu
d’emplois
100 millions USD en valeur
marchande
Cameroun • 2 millions m3 de bois (grumes)
• 662.000 m 3 de bois de sciage
provenant directement de
l’exploitation forestière artisanale
(données de 2009)
• exportation de bois de sciage
industriel : 580.000 m3 en 2008 et
360.000 m 3 en 2009.
• 45.000 emplois créés par
l’exploitation forestière
artisanale : 4 fois plus d’emplois
directs que dans les concessions
industrielles.
• 100.000 emplois dans
l’ensemble du secteur informel
du bois
• 56.587.271 USD aux
économies rurales
13.060.704 USD/an
de taxes provenant des
concessions industrielles
Ghana • 2.5 million m3 de bois
• 84% de bois d’œuvre dans les
marchés nationaux proviennent
de l’exploitation forestière
artisanale
• 97 000 emplois directs dans
l’exploitation forestière
artisanale (presqu’autant que
dans le secteur formel)
• 450.000 emplois dans la chaîne
informelle de transformation
du bois
• 5% du PIB
• 185.505.325 USD :
total des recettes
brutes annuelles de
l’exploitation forestière
artisanale en 2010
Libéria • 280.000 – 650.000 m3 de bois
• 86.000 – 201.000 m3 de sciages
commercialisés
• le secteur artisanal devient la
source principale des produits
ligneux après la suspension
des concessions en 2006 et
l’interdiction d’exporter des
produits ligneux en 2003
• Presque 5.000 emplois directs
dans l’exploitation forestière
artisanale
• Un nombre important mais
indéterminé d’intermédiaires
impliqués dans le commerce
• 93.000 USD par an et par
communauté, provenant
des salaires générés par
l’exploitation artisanale
du bois.
Compilé à partir de différentes sources4
Malgré les lacunes qu’elles recèlent, les données de ce tableau indiquent de manière
générale qu’en termes d’emplois et de contribution globale à l’économie rurale, les PMEF
en Afrique ont des résultats meilleurs que ceux des concessions forestières industrielles.
4 Cerruti et Lescuyer, 2011 ; Cerutti, et al . 2010 ; Cerutti et al. 2009 ; Birikorang et al. 2008 ; Blackett,
Aiah et Marfo, 2009 ; Colee,
2008 ; Lescuyer et al. 2009 ; Cerutti, Lescuyer, Nguiebouri et Ondoua, 2009 ; Wit et van Dam (eds),
2010 ; Molnar et al. 2010 ; Molnar
et al. 2011 ; MINEFI, 2006 (Voir références bibliographiques pour détails).
À titre d’illustration, le nombre total d’emplois directs créés par l’exploitation forestière
artisanale au Cameroun et au Ghana (45.000 + 97.000, respectivement, c’est-à-dire
142.000 au total) est bien supérieur au nombre de 135.000 emplois générés par le secteur
forestier formel dans 9 pays d’ACO (Gabon, Cameroun, Congo, République Centrafricaine,
RD Congo, Côte d’Ivoire, Ghana, Libéria, Guinée Equatoriale) selon Karsenty (2007). Dans
la même optique, le nombre d’emplois générés par les PMEF dans le secteur forestier
informel en RD Congo, au Cameroun et au Ghana, est dix fois plus élevé que celui du
secteur forestier formel dans ces mêmes pays (Molnar et al. 2011). Au Botswana, Kenya,
Lesotho, Malawi, Swaziland et Zimbabwe, on recense un total d’environ 407.205 PMEF.
Celles-ci fournissent un total de 762.614 emplois (Arnold et al. 2003). A l’échelle mondiale,
les PMEF, toutes catégories confondues (et dont la vaste majorité est constituée de
petits exploitants et d’entreprises communautaires) génèrent plus de 90% des recettes
forestières et 50 à 90% des emplois du secteur forestier (Molnar et al. 2010).
2.3 Diversité des PMEF en Afrique Centrale et de l’Ouest
Les PMEF en ACO, en plus de produire du bois et des produits ligneux, sont impliquées
dans la collecte et la transformation d’une gamme très diversifiée de PFNL ou de produits
forestiers autres que le bois. Des PFNL de haute valeur ajoutée tels que la mangue
sauvage, les feuilles de Gnetum, la viande de brousse, les fruits et l’écorce médicinale
du cerisier africain et les noix de cola, sont commercialisés dans toute l’Afrique centrale
et occidentale. Leur commercialisation, qui génère des millions de dollars, se fait tant
au niveau régional qu’international, grâce à l’exportation vers les marchés à haute
valeur ajoutée d’Europe et vers d’autres pays hébergeant des populations immigrées
d’origine africaine. Une grande partie de ces transactions commerciales s’effectuant aux
niveaux nationaux ou de manière informelle, on n’en détient pas de statistiques précises
(Ndoye, et Awono, 2005 ; Mbile, 2008). Dans les pays à faible couvert forestier d’Afrique
occidentale, les PFNL contribuent de manière significative aux revenus et au bien-être.
Dans le Sahel par exemple, le bois-énergie (ou « bois de chauffe »), le charbon de bois,
le beurre de karité, et le miel sont des PFNL de grande valeur. Leur commerce se fait
aussi bien formellement qu’informellement. Malgré leur caractère fragmentaire, les
statistiques disponibles permettent d’évaluer la viabilité socio-économique de ce secteur.
Au Burkina Faso par exemple, la production de bois-énergie, de petit matériel en bois, et
quelques PFNL, génèrent 6.273 emplois permanents et 60 000 emplois temporaires. Ces
mêmes filières fournissent 33.662 emplois en Côte d’Ivoire et 12.700 au Sénégal (Molnar
et al. 2011). À Nairobi (Kenya), environ 40.000 ménages commercialisent du charbon de
bois ; en Zambie la fabrication du charbon de bois génère 40.000 emplois (Djiré, 2003).
Partout en Afrique, les PMEF représentent un secteur économique fort dynamique. À la
différence du secteur forestier industriel et formel, qui est mieux équipé et financièrement
mieux loti, ces PMEF sont largement artisanales et opèrent principalement de manière
illégale. Cette situation est due soit à l’absence de règles formelles pour certaines activités
extractives, soit aux obstacles administratifs et réglementaires auxquels les PMEF sont
confrontées dans leurs tentatives de formalisation. Ces PMEF ont généralement de faibles
capacités financières et / ou un accès limité au crédit. Ce qui par ricochet restreint leur
capacité à investir dans des technologies fiables et efficaces. Elles produisent pour des
marchés à faible valeur, sont peu organisées, et subissent constamment les tracasseries
liées à l’insécurité foncière. Malgré ces limites, la contribution des PMEF aux économie

nationales et locales est considérable. Selon Cerruti et al. (2010) l’exploitation artisanale
rapporte annuellement près de 40 millions d’euros aux secteurs ruraux du Cameroun
et du Gabon. Au Cameroun, les salaires annuels versés par l’exploitation artisanale du
bois sont estimés à 44.643 USD pour les zones rurales, et à 25.756 USD pour les zones
urbaines (Cerruti et Lescuyer, 2011).
Le commerce des PFNL au Cameroun rapporte annuellement environ 754.950 USD aux
ménages. Des études menées au Cameroun révèlent qu’en 1995, le commerce informel
de quatre PFNL (Dacryodes edulis, Irvingia spp., Cola acuminata, Ricinodendron heudelotii)
a rapporté environ 1.745.700 dollars aux ménages (Ndoye et al.1998). Ces contributions
auraient pu être encore plus importantes si un ensemble de conditions favorables
étaient réunies pour les PMEF : un accès légal aux ressources, un accès amélioré au
financement et aux marchés, l’utilisation de technologies à plus grande valeur ajoutée,
des connexions aux chaînes d’approvisionnement, et le contrôle de l’exploitation
forestière illégale (Oyono, Biyong et Kombo, 2009).
Jusqu’à présent, les PMEF contribuent
peu aux revenus officiels des États. Ceci
n’empêche pourtant pas que de nombreux
agents de ces États en tirent d’importants
revenus monétaires de manière officieuse. Au
Cameroun par exemple, on estime à environ 7
milliards de dollars le montant des paiements
officieux effectués par les opérateurs des PMEF
à des fonctionnaires véreux du gouvernement
(Cerruti et Lescuyer, 2011). Dans l’ensemble
cependant, les PMEF contribuent mieux
aux moyens d’existence et emploient plus
de personnes aux niveaux local, national et
régional que le secteur forestier formel. Malgré
cette évidence, les gouvernements africains
continuent à privilégier les grandes entreprises concessionnaires, et à laisser les PMEF
opérer en deçà de leur plein potentiel. Les données provenant d’autres contextes que
la RD Congo indiquent que les PMEF, si elles jouissaient de conditions réglementaires et
économiques favorables, pourraient induire plus de bénéfices pour les communautés
forestières, les populations autochtones et l’ensemble de l’économie formelle que ce
qu’on observe à l’heure actuelle.

Le secteur informel
du sciage artisanal en
RD Congo : L’enjeu d’une
analyse nationale
Guillaume Lescuyer1, Richard Eba’a Atyi2, Paolo Cerutti3,
Robert Nasi 2
, et Pitchou Tshimpanga 4
1. Introduction – FLEGT/APV et marchés domestiques du bois en
Afrique centrale
La plupart des pays d’Afrique centrale ont engagé des négociations avec l’Union
Européenne pour établir à moyen terme un Accord de Partenariat Volontaire (APV) dans
le cadre du programme FLEGT (Forest Law Enforcement, Governance and Trade). Deux
pays, le Congo et le Cameroun, ont déjà signé cet accord. Schématiquement, l’APV permet
de garantir pour les pays producteurs l’accès aux marchés européens, qui déploient
depuis plusieurs années des moyens importants pour lutter contre l’importation de bois
exploités illégalement.
L’engagement des pays du Bassin du Congo à renforcer la légalité de la production du
bois dans leurs pays couvre également les filières nationales approvisionnant la demande
domestique. À ce jour, seule la RCA n’a pas inclus cet aspect dans les négociations avec
l’UE autour de la signature à terme de l’APV/FLEGT, le repoussant à une phase ultérieure.
Tous les autres pays se sont engagés à mettre en œuvre les moyens d’assurer la légalité
du bois exporté vers l’Europe, et également de celui destiné aux marchés nationaux. La
légalité de l’ensemble de la production du bois dans les pays d’Afrique centrale vise à
engager ce secteur entier dans la mise en œuvre de la gestion durable des forêts, un des
objectifs du Plan d’Action FLEGT. Elle permet aussi d’éviter la mise en place d’un système
à double vitesse avec un secteur du bois exporté respectant la légalité, parallèlement à
un secteur domestique où la production du bois d’œuvre ne serait que marginalement
contrôlée. Une telle configuration entraînerait des risques importants de fuites d’un
système à l’autre, et menacerait à terme l’ensemble du dispositif de garantie de légalité
appuyé par le programme FLEGT.
1 CIFOR et CIRAD
2 CIFOR
3 CIFOR et Australian National University
4 Université de Kisangani
Ndoye O. M.R. Pérez et A. Eyebe (1998) Les marchés des produits forestiers non ligneux
dans la zone de forêt humide du Cameroun, Document 22c du Réseau foresterie
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Wit M. et J. van Dam (eds.) (2010) Chainsaw milling: supplier to local markets. Tropenbos
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30 31
Le bois à l’ordre du jour Le secteur informel du sciage artisanal en RD Congo : L’enjeu d’une analyse
nationale
La consommation nationale de bois d’œuvre est toutefois un sujet très mal connu en
Afrique centrale, comme dans la plupart des pays tropicaux (Wit et al. 2010). Les États
ne suivent pas cette production qui relève essentiellement de l’économie informelle –
quoiqu’elle soit autorisée et réglementée dans les codes forestiers – et aucun organisme
privé ou public en Afrique centrale n’en avait fait une de ses priorités avant la fin des
années 2000. La consultation de l’ouvrage décrivant l’etat des forêts du Bassin du Congo
en 2008 (de Wasseige et al. 2009) dévoile remarquablement cette lacune : si les chiffres
de la production formelle du bois tournée vers l’exportation sont disponibles et détaillés,
il n’existe par contre aucune évaluation des niveaux de consommation nationale du bois
d’œuvre dans ces pays.
Depuis 2008, le CIFOR, avec ses partenaires (Tableau 1), a entrepris des recherches sur
les secteurs nationaux du sciage artisanal afin d’en estimer la portée tant physique
qu’économique ou sociale. Un rapide état des lieux sur ce sujet ainsi que des estimations
récentes sur ce secteur, sont présentés ci-dessous pour chacun des pays.
Tableau 1. Partenaires du CIFOR pour l’étude du secteur domestique du sciage artisanal.
Pays Partenaires Financements
Cameroun DGIS, UE
Congo CRDPI UE, CIFOR
Gabon BRAINFOREST, IRET DGIS
RCA PARPAF, TEREA AFD, CIFOR, FAO
RD Congo FORAF, FORESTS MONITOR UE
Au Cameroun, dès la fin des années 1990, on a pu constater une très forte augmentation
du nombre d’exploitants forestiers (Eba’a Atyi 1998), alors que la délivrance de titres
d’exploitation ne suivait pas la même tendance. Pire, plusieurs titres d’exploitation peu
conséquents furent même gelés en 1999, poussant de nombreux petits exploitants
dans le secteur informel (Cerutti et Tacconi 2006). En 2002, une étude de courte durée
fut menée sur plusieurs marchés de Yaoundé et de Douala ; ses résultats extrapolés
estimaient le marché domestique à environ 1 million de mètres cubes de bois rond,
dont 10% étaient exportés (Plouvier et al. 2002). En retenant l’hypothèse que ce marché
domestique était approvisionné à hauteur de 40% par des déchets d’usine, c’était
environ 540.000 m 3 qui n’étaient pas pris en compte dans les statistiques officielles sur la
consommation domestique.
Nos études de cette filière, démarrées début 2008 et poursuivies jusqu’à aujourd’hui,
indiquent que pour la période de juillet 2008 à juin 2009, la consommation urbaine
atteignait 860.000 m3 de sciages pour les villes de Yaoundé, Douala et Bertoua (Lescuyer
et al. 2010). Ces sciages proviennent essentiellement d’opérations d’abattage et de
transformation à la tronçonneuse réalisées en forêt. Toutefois environ 27% de ces sciages
sont tirés de déchets des scieries industrielles. Au total, ce sont environ 662.000 m 3
de sciages qui sont vendus sur les principaux marchés urbains du Cameroun et qui
proviennent d’une exploitation informelle à petite échelle (Tableau 2). Cela représente
un volume dépassant les 2 millions de mètres cubes en Equivalent Bois Rond et un
doublement du volume par rapport aux estimations établies dix ans plus tôt. Aujourd’hui
les ventes de sciages sur le marché national dépassent la production formelle de sciages
du Cameroun (quasi entièrement exportée), qui est passée de 580.000 m3 en 2008 à
343.000 m 3 en 2009.
En République du Congo, les scieurs artisanaux peuvent solliciter un « permis spécial »
qui confère à son titulaire le droit d’exploiter les produits forestiers accessoires et les
essences des bois d’œuvre. Toutefois la difficulté d’acquérir ce permis incite un grand
nombre d’exploitants à demeurer dans le secteur informel. Déjà actif dans les années
1990 (Ampolo 2005), le sciage artisanal répondant à la demande domestique demeure
important à Pointe-Noire et Brazzaville, avec un niveau annuel des ventes autour de
110.000 m3 en 2009 (Lescuyer et al. 2012). A titre de comparaison, les exportations de
sciages en 2009 étaient inférieures à 100.000 m3
.
Au Gabon, l’administration a lancé ces dernières années plusieurs enquêtes systématiques
à la fois sur les points de vente des sciages artisanaux et sur les petites et moyennes
entreprises exerçant leur activité dans la deuxième et la troisième transformation du
bois (menuiserie, ébénisterie, tapisserie) et orientées vers le marché national. Il existerait
autour de 200 dépôts de vente au détail de sciages – jumelés à des quincailleries, ou
spécialisés dans la seule vente de sciages – dans la province de l’Estuaire, dont les
trois-quarts dans la seule commune de Libreville. Moins d’un cinquième de ces dépôts
s’approvisionneraient seulement en déchets de scierie, la moitié combinerait déchets et
sciages informels, et un tiers uniquement en sciages informels (Mabiala 2004).
Le suivi annuel de la vente des sciages et des flux de sciages entrant à Libreville permet
d’estimer la consommation urbaine à 70.000 m 3 par an entre 2008 et 2009. (Lescuyer et al.
2010). La grosse majorité de cette consommation est approvisionnée par l’exploitation
informelle. En comparaison des chiffres de production formelle de bois de 4 millions
de mètres cube en 2009, la production du secteur du sciage artisanal reste modeste.
Pourtant, elle représente presque 50% de la production/exportation des sciages
industriels, estimées à 150.000 m3 en 2009.
En République Centrafricaine, la demande
nationale de bois d’œuvre a été négligée par
les politiques publiques et les opérateurs
économiques : elle est aujourd’hui largement
alimentée par un secteur informel dont
l’importance semble s’être accrue durant
la dernière décennie. Quoique mentionnés
dans la loi, les permis artisanaux ne sont pas
encore attribués, laissant peu de possibilités
de légalisation aux scieurs artisanaux,
notamment quand ils opèrent dans les forêts
aménagées proches de Bangui. Le suivi des
ventes et des flux de sciages entrant à Bangui
pour la consommation domestique indique un volume de 67.000 m3 par an, dont une
petite moitié provient d’exploitations informelles (Lescuyer et al. 2010). En 2010, les
exportations de sciages avoisinent 40.000 m3
, soit un peu plus que le volume de sciages
informels aujourd’hui échangés sur les marchés de Bangui.
32 33
Le bois à l’ordre du jour
Tableau 2. Productions informelle et formelle de sciages.
m3 sciages
Cameroun
(Yaoundé, Douala,
Bertoua)
Gabon
(Libreville)
Congo
(Pointe-Noire,
Brazzaville)
RCA
(Bangui)
Consommation annuelle sur le marché national 860.000 70.000 109.500 67.000
D’origine légale (déchets ou « petits permis ») 198.000 20.000 10.500 34.000
Sciage informel 662.000 50.000 99.000 33.000
Consommation annuelle par habitant 0,072 0,064 0,047 0,083
Exportationsnb officielle de sciages (2009) 343.000 150.000 93.000 41.000
Au total, la production de sciage artisanal tournée vers la consommation nationale,
quoique largement informelle, est devenue importante. C’est un secteur qui fournit un
grand nombre d’emplois permanents puisqu’il occupe environ un millier de personnes
dans des villes comme Pointe Noire, Brazzaville ou Libreville, et plus de 4.000 personnes
dans les villes retenues au Cameroun, sans compter les milliers d’emplois irréguliers
offerts par ce secteur en ville. C’est également une activité génératrice de salaires en
zones rurales : pour le Cameroun, ce sont environ 40.000 personnes qui travaillent de
manière régulière ou semi-régulière dans cette activité, ce qui représente 3 fois le nombre
total d’emplois fournis par le secteur forestier industriel (Cerutti et Lescuyer, 2011).
L’évolution et l’ampleur aujourd’hui notables de l’exploitation artisanale en Afrique
centrale concernent également la République Démocratique du Congo (RD Congo).
Dans ce pays, la gestion des ressources forestières s’effectue dans un contexte socio-
économique et politique post-conflit qui a poussé la grande majorité des populations
à se tourner vers des activités de subsistance et informelles (Debroux et al. 2007). Le
secteur forestier ne fait pas exception à la règle : il n’est que voir les radeaux artisanaux
descendant les rivières, les débités sur les marchés urbains, ou les grumes coupées à
la hache, visibles en plein Kinshasa. Il existe encore peu d’études sur cette filière. Les
rapports les plus souvent cités sont ceux de Djiré (2003) qui a estimé que les exploitants
artisanaux produisaient entre 1,5 et 2,4 millions de mètres cubes dans les provinces
autour de Kinshasa, tandis que Makana (2006) et Adebu et Kay (2010) se sont intéressés
à cette activité en Ituri.
Il est aujourd’hui nécessaire de mieux qualifier et quantifier le secteur de l’exploitation
artisanale à l’échelle de la RD Congo. Cela suppose, d’une part, de collecter des
informations sur l’organisation de cette activité, en combinant des études sur l’amont
de cette filière en zones rurales, et un suivi de la consommation dans les centres urbains.
Des méthodes de collecte pour ce genre de données ont déjà été testées en RD Congo
et sont présentées dans la section suivante. D’autre part, il paraît nécessaire de mettre
en œuvre de telles enquêtes à l’échelle nationale, ou au moins dans plusieurs zones
représentant la diversité écologique, économique et sociale du pays. Le CIFOR et ses
partenaires déploient aujourd’hui un dispositif permettant de répondre en partie à cet
enjeu. L’état actuel de cette intervention est présenté dans la dernière section de ce
chapitre.
2. Une analyse intégrée de l’exploitation artisanale en RD Congo :
Comprendre l’amont et l’aval de la filière
Proposer des outils visant à pérenniser, légaliser, et réguler l’exploitation artisanale
des forêts, nécessite de comprendre le fonctionnement global de cette filière, de
l’arbre abattu en forêt aux sciages vendus en ville ou exportés. Or l’essentiel de cette
activité se situe dans le champ de l’économie informelle, pour laquelle il n’existe pas de
statistiques officielles et très peu de données primaires. Des dispositifs spécifiques de
collecte de ces informations doivent donc être mis en place. Pour gagner en cohérence
et en pertinence, il convient toutefois de scinder cette filière des sciages artisanaux en
deux parties : (1) l’amont de la filière, qui couvre les arrangements entre acteurs locaux,
les modes opératoires, les bénéfices et les coûts, le choix des espèces, le respect des
permis, etc. (2) l’aval de la filière qui comprend les flux de bois en ville, les sites de leur
potentielle transformation, les réseaux de vente et les types de demande urbaine.
Plusieurs protocoles d’enquête ont été testés en RD Congo pour qualifier et caractériser
l’amont et l’aval de la filière d’exploitation artisanale.
2.1 Exploitation artisanale en Ituri : L’amont de la filière
Une étude socio-économique a été réalisée récemment afin de caractériser les modes
opératoires de l’exploitation forestière artisanale (formelle ou informelle) dans une zone de
taille modeste dans le district de l’Ituri en province Orientale, autour des agglomérations
de Mambasa, Niania et Bafwasende (Lescuyer, 2010). Plusieurs travaux sur l’exploitation
artisanale du bois ont déjà été menés dans cette même partie de l’Ituri, particulièrement
active en matière d’exploitation artisanale. La spécificité de cette nouvelle étude est de
ne travailler qu’à l’échelle des scieurs artisanaux et de chercher à comprendre le mode de
fonctionnement de cette activité, principalement en termes socio-économiques.
Il s’agit d’une analyse socio-économique qui a reposé sur trois méthodes d’enquête :
(1) des entretiens ouverts sur l’exploitation forestière artisanale dans la province
Orientale ; (2) des entretiens semi-structurés pour caractériser ces pratiques à l’échelle
des collectivités ou à l’échelle individuelle ; (3) et enfin des questionnaires sur le détail
des avantages et des coûts économiques des opérations d’exploitation artisanale. Une
visite de chantier forestier a également eu lieu pendant une journée. Les entretiens se
sont faits avec de nombreuses personnes : 3 enseignants-chercheurs de l’Université
de Kisangani, 7 représentants de la société civile, 4 représentants de l’administration,
2 représentants de syndicats de petits exploitants, 4 membres d’un Comité de base de
gestion communautaire mis en place à l’instigation du WCS, et 28 exploitants artisanaux
(dont 18 dûment enregistrés par l’administration). L’analyse économique porte sur 35
cas de sciages effectués ces derniers mois dans la zone étudiée, soit dans le cadre du
permis artisanal (19 cas), soit dans le cadre d’autres « autorisations » (7 cas), soit sans
aucun cadre réglementaire suffisamment clair (9 cas).
Les résultats obtenus confortent dans une grande mesure les informations collectées
dans cette zone par différents organismes. L’exploitation artisanale semble en expansion
dans le territoire de Mambasa, et demeure tournée vers les marchés du Kivu et surtout
des pays voisins, notamment l’Ouganda. Cette filière se caractérise par une mainmise
sur le secteur par les commerçants du Kivu, auprès desquels les exploitants sont souvent
endettés. Ceux-ci imposent des prix peu favorables aux acteurs locaux, quoiqu’en hausse
Le secteur informel du sciage artisanal en RD Congo : L’enjeu d’une analyse nationale
34 35
Le bois à l’ordre du jour
régulière ces dernières années. Le prix de vente d’un mètre cube de bois rouge scié s’établit
aujourd’hui autour de 160 -180 USD, et autour de 80 USD pour les bois blancs ou les pièces
de bois rouge de petite dimension (chevron, planche…) s’écoulant principalement sur les
marchés locaux. Les coûts variables de production des sciages artisanaux sont également
à la hausse : ils sont estimés autour de 110 USD/m3 toutes essences et tous produits
confondus. Plus de la moitié de ce coût correspond aux transports des sciages hors de
forêt puis sur les marchés. Les taxes et prébendes représentent environ 10% du coût total.
La marge résultant de cette activité est estimée à 18 USD/m3
, mais elle ne prend pas en
compte les coûts fixes liés à l’accès aux titres et aux ressources.
Les exploitants artisanaux doivent faire face à quatre problèmes principaux qui sont tous
liés de manière plus ou moins directe à leur lien de dépendance vis-à-vis de leurs « atrons »
du Kivu et, indirectement, de leurs commanditaires étrangers : (1) le manque de moyens
financiers pour améliorer la productivité de l’activité ; (2) le coût de l’évacuation du bois,
directement corrélé à la taille des pièces commandées par les acheteurs ; (3) le faible
coefficient de transformation du bois, là aussi lié à la nécessité de ne produire que des
pièces de gros volume ; (4) les maigres retombées sur les populations locales, découlant
d’un prix de vente peu élevé et du recrutement d’une main d’œuvre non originaire de la
zone de coupe.
Malgré ces limites, l’exploitation artisanale offre l’exemple d’une activité rentable et mise
en œuvre avec les moyens réellement disponibles dans ces économies rurales. Privilégier
l’abattage dans les forêts proches des routes, viser les marchés existants (en tentant de
les diversifier), recourir à la tronçonneuse tout en fixant des règles simples d’abattage et
de gestion, sont sans doute des enseignements à tirer pour mettre en place de manière
pragmatique et à moyen terme une exploitation communautaire des forêts.
2.2 La consommation de sciages artisanaux à Kinshasa : l’aval de la filière
L’objectif général des travaux de Mbemba et al. (2010) est d’estimer l’importance de la
consommation de bois d’œuvre informel dans la ville de Kinshasa. Trois points de passage
– Arrêt machine, Matadimyo, port Baramoto – ont été suivis continûment d’octobre
2008 à septembre 2009 par l’équipe FORAF pour estimer les quantités de bois pénétrant
Kinshasa. Ces enquêtes n’ont été réalisées qu’en journée, sans prendre en compte les
éventuelles entrées de bois entre 22h et 5h par les axes routiers.
Sur la base de ces enquêtes, la consommation annuelle de sciages informels par les
habitants de Kinshasa est estimée à environ 143.000 m3
, composés de 223.000 m3 de
grumes transformées sur place – dans l’hypothèse d’un coefficient de transformation de
33% - et de 69.000 m 3 de sciages (Tableau 3).
Tableau 3. Flux annuels de bois informels pénétrant à Kinshasa par an.
Points d’entrée Grumes (m³) Sciages (m³)
Arrêt Machine 217.301 7.432
Matadi Mayo 913 51.871
Port Baramoto 5.257 9.300
Total 223.471 68.603
En outre, en 2009, la RD Congo a exporté 29.000 m3 de sciages. Quoique les statistiques
officielles soient généralement incomplètes, nos estimations conservatrices de la
consommation de bois d’œuvre à Kinshasa montrent que le marché domestique du bois
est largement supérieur en volume à celui de la production formelle.
Ce suivi des flux de bois entrant à Kinshasa permet également d’identifier les principales
zones d’approvisionnement de la ville en cette ressource (Figure 1). La route du Bandundu,
contrôlée au checkpoint d’Arrêt Machine, est la principale voie d’entrée pour les produits
provenant des galeries forestières du plateau de Bateke et du sud-Bandundu. À l’inverse,
les sciages entrant à Kinshasa passent surtout par le point Matadi Mayo en provenance
du Bas-Congo, alors que l’exploitation artisanale est suspendue dans cette province
depuis 2007. Enfin, les ports situés dans les environs de Baramoto voient transiter des
sciages comme des grumes en provenance surtout de l’Équateur et du nord- Bandundu.
L’approche déployée, même incomplète, offre une base pertinente pour approfondir la
connaissance de la filière d’exploitation artisanale active à Kinshasa et dans ses environs.
Elle nécessite d’être mise en œuvre de manière plus large et complète, tout en étant
combinée aux initiatives existantes pour réguler cette activité aujourd’hui largement
informelle.
3. Construire une compréhension nationale de l’exploitation
artisanale en RD Congo : La contribution du projet PRO-Formal
Outre le Ministère des forêts de la RD Congo, plusieurs organisations étudient ou
s’intéressent à l’exploitation artisanale des forêts, comme le montre d’ailleurs cet
ouvrage. Il serait utile de fédérer ces actions et réflexions afin de proposer, à terme, des
outils permettant d’assurer la légalité et la pérennité du secteur à l’échelle nationale. Le
projet PRO-Formal (« Policy and Regulatory Options to recognise and better integrate
the domestic timber sector in tropical countries »), con

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