BSI Economics
Le défi de l’accès et de la qualité de l’éducation dans les pays en
développement
Résumé :
- L’éducation est un enjeu majeur pour le développement.
- Début 2015, date butoir pour les Objectifs du Millénaires du Développement, nombre de
pays, principalement en Afrique subsaharienne, sont encore loin d’avoir généralisé l’accès à
l’éducation primaire. Des franges entières de la population demeurent exclues du système
éducatif.
- Plus préoccupant encore, la qualité de l’éducation dans certains pays en développement est
trop faible pour pouvoir espérer bénéficier des bienfaits de l’éducation.
- L’agenda post-2015 doit donc clairement spécifier de nouveaux objectifs réalisables et clairs
pour continuer d’augmenter l’accès à l’éducation et reconnaître enfin la nécessité
d’améliorer la qualité des systèmes éducatifs.
Mots clés : Afrique, Capital Humain, Inégalités, Ecole Primaire, Education, Pays en Développement,
Qualité de l’éducation, Objectif du Millénaire pour le Développement, Scolarisation
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L’échéance des Objectifs du Millénaire pour le Développement fixée en 2015 étant arrivée à son
terme, un constat s’impose : il reste encore un long chemin à parcourir pour parvenir à atteindre les
cibles établies en 2000, notamment en termes d’éducation. Dans cet article, nous revenons sur
l’évolution de l’accès à l’éducation dans les pays en développement, tout en rappelant pourquoi cet
enjeu est crucial. Ensuite, nous verrons dans quelle mesure il est également important que la
communauté internationale ainsi que les gouvernements nationaux reconnaissent la nécessité
d’investir non seulement dans l’accès à l’éducation mais aussi dans la qualité de l’enseignement.
Le message de cet article est double. Non seulement l’Enseignement Primaire Universel (EPU) est
loin d’être atteint malgré l’échéance de 2015 mais il est également impératif d’améliorer les
systèmes éducatifs dans les pays en développement.
Accès à l’éducation, quels enjeux ?
Depuis les théories du Capital Humain (Becker, 1962 ; Schultz, 1961) et de la croissance endogène
(Lucas, 1988 ; Romer, 1986 ), il est généralement admis que l’éducation, au niveau
macroéconomique, est un facteur essentiel de croissance économique et un moyen de lutter contre
toutes les formes de pauvreté. En effet, plus une population est éduquée, et plus elle est productive,
ce qui a en retour un impact positif sur la croissance économique (Graphique 1). L’éducation a non
seulement un impact sur le niveau des revenus mais aussi sur leur répartition. Plus la population est
éduquée, plus les revenus sont homogènes (UNESCO, 2014). Augmenter l’accès à l’éducation est
donc un premier pas vers la réduction des inégalités de revenus au sein des pays.
Graphique 1 : Corrélation entre PIB par habitant et durée de l’éducation en 2010
12
Luxembourg
Norway
USA Ireland
France
New Zealand
10
Czech Rep.
8
Senegal
Mali
Mali
6
Mozambique
Niger Liberia
Burundi
Niger
4
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Durée des études
Valeurs Tendance
Sources : BSI Economics, World Development Indicators pour le logarithme du PIB par tête (en $ constant de 2005) et Barro et Lee pour la
durée des études (pour tous les individus âgés de 15 ans et plus).
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Pour les personnes les plus défavorisées, l’éducation est un outil efficace qui leur permet de sortir du
piège de la pauvreté. Si tous les enfants des pays à faible revenu quittaient l’école avec les
compétences de base en alphabétisme, 171 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté,
soit l’équivalent d’une baisse de 12% de la pauvreté mondiale (UNESCO, 2014). Les individus
éduqués, quelques soient leurs milieux d’origine, ont une plus faible probabilité de se retrouver en
situation de pauvreté chronique (Dercon et al., 2012 ; Lawson et al., 2006 ; Ribas et al., 2007).
Au niveau microéconomique, un lien positif a été mis en exergue entre éducation et niveau de
revenus. Un individu qui a été scolarisé aura une plus forte capacité à s’adapter à des tâches
complexes, à un univers changeant et sera, in fine, plus productif et par conséquent mieux rémunéré.
Les économistes ont montré que chaque année d’éducation supplémentaire s’accompagne d’une
augmentation des salaires. C’est ce qu’on appelle les taux de rendements de l’éducation. En
moyenne, une année d’éducation au primaire accroît les salaires de 12% (Montenegro et Patrinos,
2014). Les taux de rendements de l’éducation sont particulièrement élevés dans les régions en
développement puisque la main d’œuvre éduquée est plus rare. Ainsi, en Afrique subsaharienne, une
année supplémentaire d’étude au primaire est associée à une hausse de 14% des salaires futurs
(Montenegro et Patrinos, 2014).
La relation entre éducation et marché du travail est cependant plus opaque dans les pays en
développement car le marché du travail est segmenté entre un marché informel précaire et
dominant et un marché formel plus restreint mais offrant de meilleures perspectives de carrières et
de salaires (Ray, 1998 ; Schultz, 2004). Les rendements associés à l’éducation sont plus élevés dans le
secteur public et le secteur privé formel que dans le secteur privé informel (Kuépié, Nordman et
Roubaud, 2009).
Le positionnement des individus sur le marché du travail dépend notamment de leur origine sociale,
surtout dans les pays en développement, ce qui représente un obstacle à l’égalité des chances. En
effet, les parents transmettent à leurs enfants un certain capital physique, humain et social qui
détermine leurs choix futurs en termes de carrières. L’accès au crédit étant limité dans les pays en
développement, le capital physique transmis par les parents est une condition nécessaire pour
accéder aux catégories professionnelles qui nécessitent un investissement initial. Le capital humain
transmis par les parents à leurs enfants peut également les pousser à choisir la même profession que
leurs parents. De plus, le capital social (réseau) de leurs parents leur facilite l’accès à certaines
professions. Les enfants qui sont issus d’un milieu favorisé avec des parents aisés travaillant dans le
secteur formel auront donc plus de chance d’accéder à des carrières mieux rémunérés dans le
secteur formel.
Pour remédier à ce phénomène d’inégalité des chances, l’éducation est une variable clé puisqu’elle
permet à l’enfant d’acquérir un capital humain nécessaire pour entrer sur le marché formel. Les
individus éduqués ont en effet une probabilité plus forte d’intégrer le secteur public ou le secteur
privé formel, deux secteurs proposant une sécurité de l’emploi et des salaires plus élevés, plutôt que
le secteur informel (Kuépié, Nordman et Roubaud, 2009). L’éducation en permettant l’accès à des
emplois plus stables avec de meilleures conditions de travail, contribue ainsi à protéger certaines
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catégories de travailleurs, traditionnellement plus sujettes à l’exploitation (UNESCO, 2014). Il est
donc particulièrement important d’éduquer les filles puisque cela leur permettra d’obtenir un emploi
décent et de pouvoir décider de l’utilisation de leurs revenus, un premier pas vers l’autonomisation
des femmes.
Outre son impact économique direct sur les revenus, promouvoir l’éducation est essentiel pour
améliorer les performances de santé. En effet, les personnes instruites sont mieux informées des
maladies potentielles et peuvent donc mieux les prévenir. Elles sont également généralement mieux
rémunérées, comme nous l’avons vu, et consacrent en moyenne plus de ressources aux soins de
santé (UNESCO, 2014). Le principal canal qui explique l’impact de l’éducation sur la santé passe par
les mères : les enfants des femmes les plus instruites tendent à être en meilleure santé. Ce résultat
souligne, une fois de plus, la nécessité de ne pas négliger l’éducation des filles (voir l’article de BSI
« Egalité des genres et développement économique » par Lucia Lizarzaburu). En effet, les mères qui
ont reçu une éducation ont plus de chance de demander l’aide d’une sage-femme compétente, de
faire vacciner leurs enfants, etc. (UNESCO, 2014). Gadikou et al. (2013) estiment ainsi que la moitié
des vies d’enfants de moins de 5 ans qui ont été sauvées entre 1990 et 2009 l’a été grâce à
l’amélioration de l’éducation des femmes.
Non seulement, l’éducation a un effet économique en améliorant les revenus et en favorisant la
croissance économique, mais elle a aussi un effet sur la société dans son ensemble puisqu’elle facilite
l’émergence de la bonne gouvernance et de la démocratie. Une éducation de qualité permet en effet
aux individus de mieux appréhender les problèmes auxquels est confrontée la société (Evans and
Rose, 2007 ; UNESCO, 2014), de soutenir davantage les régimes démocratiques (Evans and Rose,
2012 ; Shafiq, 2010) et de participer activement à la vie politique (UNESCO, 2014).
Développer l’accès à l’éducation est donc devenu une priorité pour de nombreux pays en
développement. L’Objectif numéro 2 du Millénaire pour le Développement, également appelé
l’Enseignement Primaire Universel (EPU), stipule notamment que chaque pays doit donner à tous les
enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever l’école primaire. Suite à cette
reconnaissance internationale, chaque pays s’est efforcé de trouver un moyen pour augmenter
l’accès à l’éducation et diffuser la connaissance au sein de sa population. Les politiques mises en
œuvre ont pris de nombreuses formes qui peuvent être regroupées en deux grands groupes : les
politiques visant à augmenter l’offre éducative (construction d’écoles, augmentation des dépenses
publiques en éducation, recrutement de nouveaux enseignants…) et celles qui cherchent à stimuler
la demande des ménages en éducation (bourses, transferts monétaires conditionnels à la
scolarisation des enfants, campagnes de sensibilisation…).
En ce début de 2015, date butoir des Objectifs du Millénaire pour le Développement, il est grand
temps de faire un bilan et de voir si l’Education Pour Tous est une réalité ou si elle reste
malheureusement un mirage.
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Accès à l’éducation primaire, un état des lieux dans les pays en développement
Depuis la mise en place des Objectifs du Millénaire pour le Développement, les pays en
développement ont accru leurs engagements envers l’éducation (Graphique 2). Les gouvernements
d’Afrique subsaharienne dépensaient en 2011 l’équivalent de 5% du PIB en éducation, soit une part
plus importante que les pays d’Asie ou de la région du Moyen Orient et Afrique du Nord (Graphique
3).
Graphique 2 : Dépenses publiques d’éducation, par niveau de revenu, 1999 et 2011
Sources : BSI Economics, UNESCO (2014)
Graphique 3 : Dépenses publiques d’éducation, par région, 1999 et 2011
Sources : BSI Economics, UNESCO (2014)
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Ces politiques se sont traduites par des progrès considérables comme en témoigne l’augmentation
des taux de scolarisation (Graphique 4). Plus d’enfants ont donc désormais la chance d’aller à l’école
et l’espoir de prétendre plus tard à des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés. Entre 2000 et
2012, le nombre d’enfants non scolarisés en âge d’aller à l’école primaire a diminué presque de
moitié, passant de 102 millions en 2000 à 58 millions en 2012. Dans les pays à bas revenus, les taux
de scolarisation au primaire, au secondaire et au tertiaire sont passés respectivement de 55% à 82%,
20% à 44% et de 3% à 9% entre 1990 et 20121.
Graphique 4 : Evolution des taux de scolarisation nets au primaire dans les pays en développement
Sources: BSI Economics, World Development Indicators
Cette progression s’étant ralentie depuis 2008, la cible de 2015 n’a pas pu être atteinte. Un enfant
sur dix en âge d’aller à l’école primaire n’est toujours pas scolarisé. Ainsi, malgré quelques progrès
significatifs, un grand nombre d’enfants n’a toujours pas accès à l’éducation et demeure ainsi pris
dans la trappe à pauvreté. Sur la base des tendances actuelles, il faudra encore au moins deux
générations pour atteindre l’objectif de l’éducation primaire universelle (UNESCO, 2014). En Afrique
subsaharienne, où vivent plus de la moitié des enfants non scolarisés (Graphique 5), la situation est
particulièrement préoccupante. Sur la base des tendances actuelles, la région n’attendrait pas
l’enseignement primaire universel avant 2052.
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Il s’agit pour le taux de scolarisation au primaire, d’un taux de scolarisation net c’est-à-dire le pourcentage d’enfants en âge d’aller à l’école primaire qui sont
effectivement inscrits dans une école primaire. Pour les taux de scolarisation au secondaire et tertiaire, il s’agit de taux de scolarisation bruts, c’est-à-dire du
nombre d’élèves inscrits dans ce niveau d’éducation, sans distinction d’âge, exprimé en pourcentage de la population officiellement scolarisable au même
niveau.
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Graphique 5 : Nombre d’enfants non scolarisés en âge d’aller à l’école primaire en 1990, 2000 et
2012 (millions)
Sources : BSI Economics, World Development Indicators
L’Afrique subsaharienne, marquée par une forte croissance démographique, peine à accueillir tous
les enfants dans des structures scolaires adaptées. L’offre éducative, c’est-à-dire les infrastructures
et le personnel éducatif, est insuffisante pour faire face à une demande croissante. Ainsi, il faudrait
créer 3,3 millions nouveaux postes d’enseignants pour espérer atteindre l’objectif de l’Education
Pour Tous d’ici 2030 (UNESCO). De plus, les nombreux conflits armés qui surviennent dans cette
région empêchent un bon nombre d’enfants d’être scolarisés (Nations Unies, 2014). Enfin, même si la
demande en éducation a augmenté, nombre de parents sont encore réticents à envoyer leurs
enfants à l’école et ce pour plusieurs raisons. Une des principales explications réside dans les coûts
de l’éducation qui sont aussi un frein à la scolarisation. Même si de nombreux pays ont fait le choix
de proposer une éducation publique gratuite, les coûts d’opportunité liés à l’éducation sont parfois
tels que les familles les plus défavorisées ne peuvent pas se permettre d’envoyer leurs enfants à
l’école car cela les priveraient d’un revenu supplémentaire. Ces coûts de l’éducation dépassent
souvent les bénéfices perçus par les parents associés à une éducation souvent de mauvaise qualité.
Cette analyse régionale cache néanmoins une grande disparité entre les pays en développement
(Graphique 6). Ainsi, 99% des enfants en âge d’aller à l’école primaire au Rwanda sont inscrits dans
une école contre 41% au Libéria et 33% en Erythrée.
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Graphique 6 : Taux de scolarisation nets au primaire dans certains pays en développement (2010-
2012)
Sources : BSI Economics, World Development Indicators (dernière donnée disponible depuis 2010), pour les pays listés comme pays à
faibles revenus)
Au sein même de chaque pays, on observe des inégalités flagrantes. Aujourd’hui encore, en dépit de
politiques actives, les enfants, et plus particulièrement les filles, issus des milieux ruraux et
défavorisés demeurent marginalisés (Graphique 7). En Afrique subsaharienne, seulement 23% des
filles pauvres vivant des zones rurales ont terminé leurs études primaires (Nations Unies, 2014).
Cette situation a des conséquences importantes sur la structure du marché du travail et les
inégalités : les femmes, les individus des zones rurales ou issus des milieux pauvres n’arrivent pas à
prétendre aux mêmes emplois que les individus urbains ce qui participe à reproduire un marché du
travail segmenté.
Graphique 7 : Proportion d’enfants non scolarisés en âge d’aller à l’école primaire, 2005-2013
Sources : BSI Economics, Demographics and Health Survey (dernière donnée disponible depuis 2005), pour 83 pays listés comme pays à
revenus faibles et intermédiaires
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Les enfants doivent achever leur parcours du cycle primaire pour acquérir les connaissances de base
en lecture et en mathématiques. Or, même quand ils commencent à suivre un cursus scolaire, de
nombreux enfant abandonnent prématurément l’école. En effet, dans les régions en développement,
un enfant sur quatre scolarisés ne termine pas la dernière année du cycle, un chiffre constant par
rapport à 2000. En Afrique subsaharienne, ce phénomène concerne deux enfants sur cinq.
La qualité de l’éducation est encore insuffisante
Donner à chaque enfant la possibilité d’aller à l’école est une condition nécessaire mais insuffisante
pour pouvoir bénéficier des bienfaits de l’éducation. Encore faut-il que les élèves acquièrent à l’école
des connaissances utiles et valorisables sur le marché du travail pour que l’éducation puisse jouer un
rôle dans le développement. La qualité de l’éducation était au cœur du Forum de l’Education de
Dakar au Sénégal en 2000 où les pays présents s’étaient fixés comme sixième objectif d’améliorer
sous tous ses aspects la qualité de l’éducation. Cependant, très peu de progrès ont été fait dans ce
sens car les gouvernements se sont davantage intéressés à augmenter l’accès à l’éducation sans se
préoccuper de la qualité du processus d’apprentissage. 250 millions d’enfants n’acquièrent toujours
pas les éléments fondamentaux de lecture (UNESCO, 2014). La situation est particulièrement
alarmante en Asie du Sud et de l’Ouest et en Afrique subsaharienne où seulement respectivement un
tiers et deux cinquièmes des enfants atteignent la 4ème année du primaire et acquièrent les savoirs
fondamentaux en lecture.
Ici encore, on observe des disparités notables entre les enfants selon leur genre, leur localisation
géographique et leur appartenance sociale. Les enfants issus des ménages les plus riches sont donc
non seulement plus susceptibles d’aller à l’école mais aussi d’acquérir les fondamentaux une fois
scolarisés. Cette situation favorise une reproduction des inégalités sur le marché du travail. Etre une
femme représente également un handicap qui vient amplifier les disparités de richesses. Ainsi, au
Bénin, 60% des garçons riches restent à l’école jusqu’en 4ème année et acquièrent les compétences de
base en mathématiques contre seulement 6% des filles pauvres (UNESCO, 2014). De tels écarts
prouvent qu’il est crucial d’orienter les politiques éducatives sur l’élimination des différences de
genre. Les élèves issus des milieux ruraux sont aussi plus susceptibles de ne pas acquérir les
connaissances fondamentales à l’école. Ainsi dans certains pays d’Amérique latine (El Salvador, le
Guatemala, Panama et le Pérou), l’écart entre les acquis en mathématiques et en lecture des élèves
ruraux et urbains dépasse 15 points de pourcentage.
Il est indispensable de prendre les mesures nécessaires pour améliorer l’apprentissage tout en
développant l’accès. Il s’agit d’un enjeu de taille puisque les nouveaux entrants dans le système
éducatif sont plus susceptibles d’être issus de ménages défavorisés. Certains pays ont réussi à
augmenter la couverture éducative, notamment en abolissant les frais scolaires, tout en améliorant
le processus d’apprentissage. Ainsi en Tanzanie, entre 2000 et 2007, la part des enfants qui ont
achevé l’école primaire a augmenté de deux tiers en même temps que la proportion de ceux qui
étaient scolarisés et acquéraient les compétences fondamentales en mathématiques est passé de
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19% à 36%. Ce n’est donc pas un pari impossible, un rêve irréalisable, mais les politiques doivent
pour ce faire s’engager dans des réformes conséquentes.
Conclusion
En ce début 2015, force est de constater que, malgré quelques progrès notables, de nombreux
enfants sont toujours exclus du système éducatif ce qui représente un frein très fort au
développement et cantonne ces enfants dans la trappe à pauvreté. Il est impératif que les pays en
développement ne relâchent pas les efforts entrepris depuis 2000 et orientent leurs politiques vers
les enfants issus de milieux défavorisés ou ruraux et principalement les filles. L’objectif de l’accès
universel à l’éducation ne doit pas non plus éclipser un impératif tout aussi important pour faire de
l’éducation une arme contre la pauvreté, à savoir améliorer la qualité de l’apprentissage dans les
écoles. Cette notion de qualité est bien trop souvent ignorée alors que, sans elle, augmenter la
scolarisation serait un vain effort sans conséquence sur le niveau de développement.
La situation demeure encore aujourd’hui inquiétante dans certains pays en développement et
l’agenda politique de l’après-2015 doit mettre sur le devant de la scène des objectifs précis pour
réformer les systèmes éducatifs et ainsi apporter à tous une éducation digne de ce nom. Ceci
représente un travail de grande envergure qui implique non seulement d’améliorer l’offre
d’éducation (refonder les curriculums des écoles, recruter davantage de professeurs et mieux les
former, etc) mais aussi de réduire les freins à la demande de l’éducation (politiques d’incitation pour
les parents, subventions pour les frais d’éducation, etc).
Les SDGs (Sustainable Development Goals), objectifs qui prendront la relève sur les OMD cette
année, sont en cours de négociation et la question de l’éducation est au cœur de ces débats. Il a été
affirmé que la qualité de l’éducation serait un aspect important de ces nouveaux objectifs mais reste
à savoir quelles seront les mesures préconisées et si ces dernières seront véritablement adéquates.
Marine de Talancé
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