68 Thérapeutique ophtalmologique du chien et du chat
Réduire la production d’humeur aqueuse : les inhibiteurs
de l’anhydrase carbonique (IACs)
Propriétés pharmacologiques, mode d’action, effets secondaires
L’anhydrase carbonique (AC) catalyse la réaction : CO2 + H20 [ HCO3− + H+
La libération de HCO3− dans le corps ciliaire mobilise le Na et secondairement l’eau,
contribuant à la formation d’humeur aqueuse. Les IACs réduisent la production
de HCO3− et sont les seules molécules utilisées dans le traitement médical à long
terme des glaucomes par voie systémique. L’AC est présente dans de nombreux tis-
sus : globules rouges, pancréas, poumon, rein, système nerveux central, et son inhi-
bition dans ces derniers explique les effets secondaires souvent observés (anorexie,
diarrhée, diurèse augmentée, fatigabilité, polypnée) liés à l’acidose secondaire.
L’hypokaliémie peut être constatée aussi bien dans l’usage à court terme qu’à long
terme des IACs par voie générale. Le chat est encore plus sensible que le chien à ce
type d’effets secondaires. Bien que la liaison du méthazolamide aux protéines plas-
matiques soit limitée, et que son activité hypotensive soit plus importante que celle
des autres IACs, il n’est pas disponible. La fréquence des effets secondaires des IACs
par voie générale fait que leur usage à long terme est rarement possible et que seu-
les les formes topiques (collyres) sont utilisées, seules ou en association avec d’autres
antiglaucomateux.
Acétazolamide
L’acétazolamide (Diamox), sulfamide non bactériostatique, reste le seul IAC systémi-
que commercialisé actuellement. Il est administré lors de glaucome aigu par voie
intraveineuse à la posologie de 5 à 10 mg/kg. Son action est obtenue en 10 min et
est maximale en 2 à 3 h. Le traitement d’entretien est assuré par la forme orale (5 à
10 mg/kg toutes les 8 à 12 h) en essayant de trouver la posologie minimale efficace
sans effets secondaires.
Dorzolamide
Le collyre à 2 % (Trusopt) réduit de façon significative la PIO chez le chien normo-
tone (3,1 mmHg) et chez le Beagle affecté de glaucome primaire à angle ouvert en
instillations toutes les 8 à 12 h. Chez le chat normotone, l’instillation toutes les 12 h
se traduit par une baisse significative de la PIO. Réputé parfois irritant (bléphatites
constatées lors de traitement à long terme), le dorzolamide collyre à 2 % peut
entraîner un œdème cornéen irréversible lorsqu’une dégénérescence endothéliale
est déjà présente. Son administration toutes les 12 h, concomitante à celle de
méthazolamide à 5 mg/kg/j, dans un lot de Beagles glaucomateux n’a pas montré
de baisse de la PIO supérieure à celle observée dans un lot de Beagles glaucomateux
traité par la seule instillation de dorzolamide collyre à 2 %. L’association dorzolamide
2 %–maléate de timolol 0,5 % (Cosopt) en collyre serait plus efficace chez le chien
glaucomateux que l’un ou l’autre produit employé seul par voie topique.
Brinzolamide
Le collyre à 1 % (Azopt) réduit de façon significative la PIO chez le chien normotone
(3,5 mmHg), alors que ce n’est pas le cas lors de traitement à court terme avec
administration toutes les 12 h chez le chat normotone. Son pH à 7,5 est mieux
toléré que celui du dorzolamide à 2 % (pH à 5,6).