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Parcours associé= la poésie, la nature, l’intime.

Explication linéaire 2 – Michel GEDUY- Poèmes de la presqu’île. 1961.


Texte= « Printemps ».
Introduction :
Le motif du renouveau, thématique poétique, accompagne nécessairement une
réflexion sur le renouveau formel : en soi, comment redonner du souffle au texte
poétique en prose au milieu du vingtième siècle : tel est le projet de Michel
DEGUY, dans le recueil, Poèmes de presqu’île, paru en 1961, dominé par la
quête, le déchiffrement des apparences sensibles. Il s’agit de refonder le rapport
au langage afin de faire entendre un nouveau lyrisme. Le poème « Printemps »,
sémantiquement et structurellement, reprend bel et bien cette idée de
renouveau. Ce poème se décompose en trois mouvements : le premier
paragraphe dans lequel , le poète pose un constat ; ; le thème central occupe les
quatre paragraphes( de « là-bas … » à « …..mille attente ») met en place un
univers aux confins du fantastique . La dernière partie du texte semble célébrer
cette attente de l’inconnu. Nous sommes en droit de nous demander en quoi ce
poème, à travers l’évocation d’une saison et d’un paysage, met-il en place une
réflexion sur le recensement des apparences sensibles ? la description des lieux
fait la part belle à l’univers fantastique, porte d’entrée privilégiée pour sonder les
profondeurs de l’intime.

………………………………………….
Mouvement1 :
A quel événement venons – nous d’échapper : le poète ne nous livre aucune
réponse, il pose un constat, qui se traduit à travers la longue phrase sur laquelle
repose le premier paragraphe. Un univers se déploie devant nous, nous
percevons un chatoiement de couleurs, plus ou moins distinctement, ce que
suggère les « milliers d’insectes orangés » ainsi que les « genêts en fleurs ». les
formes verbales au passé composé et au présent « se sont abattus « et « sont »
relient l’événement à une temporalité proche de celle de l’observation , voire de
l’écriture du passage ; nous ne sommes , dans les deux cas , que les témoins.
L’espace poétique est délimitée par la mention de la « lande ». dans un second
temps le poète essaie de rendre compte de ce qui s’est produit : tel un
détective , il met en place des hypothèses : « un peuplement, une bénédiction ,
quelque chose « cette fausse gradation , basée sur un rythme ternaire , a de
quoi déstabiliser le lecteur , elle accorde encore plus d’importance au monde de
l’inconnu , de l’invisible ; cet inconnu renforcé par une relative suivie d’une
infinitive de but se clôt par une comparative qui dénonce ainsi l’impossibilité de
parvenir à cerner clairement l’objet. Tout au plus les termes de la comparaison
suggèrent-ils la valeur positive de ce qui vient de se produire « miel sombre en
gouttes/ manne ».

………………………………………
Mouvement2 :
Le deuxième mouvement semble organiser un remembrement de l’espace
géographique ; de courts paragraphes le constituent dans sa première période
avant un paragraphe central, plus développé. Considérons tout d’abord les petits
paragraphes.
Le regard du poète semble se poser sur un au-delà inatteignable pour un
observateur banal ; seul le poète peut capter l’élément , en l’occurrence le poète
établit à la manière du poète Baudelaire des Correspondances , une analogie
entre l’île du golfe et « un lit très long sous l’alcôve des nuages », cette liberté
poétique donne le ton , et nous indique que la quête de l’inconnu va exiger de
notre part ce travail de déchiffrement au-delà d’une simple transcription des faits
ou éléments observés. Le terme « alcôve » suggère les conditions idéales dans
lesquelles va se dérouler cette union entre le poète et la nature. Le poète
resserre le champ de vision dans un second temps : il s’agit de rendre compte
des pommiers, apriori rien de bien difficile : Michel DEGUY se risque à en
proposer une vision carnavalesque : « une fête lente, mêlant leurs gerbes de
confettis, cœur d’un carnaval un instant figé «, le temps de l’observation,
évidemment. Cela en dit long sur la manière de procéder et de recevoir ces
textes, ce sont des instantanés, tels ceux que l’on retrouve dans la photographie
(en ce sens nous pourrions penser à une cartographie des lieux grâce à la
photographie aérienne).
Si l’on observe l’étendue qui s’étend devant nous, nous ne pouvons admettre
qu’une chose, « rien n’a changé », du moins en apparence, sinon pourquoi
convoquer le poète ? la deuxième partie de la phrase livre une information
intéressante : « l’hiver règne « , ce qui poétiquement revient à dire qu’il est
encore trop encore, tôt, il faut se montrer patient. A noter la métaphore, plutôt
séduisante, qui établit un parallèle entre l’hiver et la stratégie de défense
militaire, l’hiver envisagé tel une « fosse infranchissable sous la herse des
pluies ».
Fort heureusement le poète nous indique qu’une limite est fixée mais …tout
s’effondre dès les mots suivants , reprenons en son entier le propos , « la limite
est marquée par l’alouette sublime et invisible » = déception du poète et du
lecteur , il va sans dire… elle attend le moment idéale pour apparaître, elle qui
représente la Poésie , ce que justifie sa fonction de héraut , le caractère sublime
s’exprime ici à travers les comparatives , dans un mouvement de gradation
binaire « plus clair, plus haut que le grondement de la meute marine ».
remarquons au passage les effets produits par l’assonance en [i] qui souligne le
caractère invisible , sublime de l’alouette …
Le poème se construit pendant ce temps , ce que le poète laisse « entendre » :
« cependant (pendant ce temps) « une bête en nous ne cesse de s’assoupir » =
interrogeons -nous sur la qualité de cette bête ; un jeu se met en place , des
propositions sont faites , à nous de bien les lire , de les déchiffrer et de choisir :
« souffle de vache qui froisse la nuit entre ses narines » ? « pente de la fatigue
comme une ancre » ? « pente à glisser en rumination » ? (souffle) lourd , chu sur
coudes et genoux , poils emmêlés à l’herbe » ?ceci n’est qu’un jeu bien sûr , ce
ne sont que des propositions poétiques , des tentatives de retranscription du réel
de manière poétique, rien de trop sérieux , mais malgré tout intéressant pour
comprendre comment s’y prendre pour circonscrire ce Réel. Un fait doit être
admis : « tu es supplicié sur la roue Terre » , manière habile de remotiver le
supplice de Tantale , de lui redonner du souffle en s’accaparant des éléments que
l’on ramasse sur la lande , histoire de ne négliger personne « attaché aux quatre
poignets par du végétal, cloué par la pluie dans l’immense herbier , tout
l’ossement du grand looping terrestre » ce terme « looping » , par son côté
moderne et étranger introduit un brin de légèreté , de distance critique dans le
passage. Les associations poétiques se poursuivent , à la manière ds
surréalistes : « la conscience dans la coupe de l’haleine, joues dans la paume
douce du retour de souffle » ; la dernière tentative poétique est la mieux
aboutie : le poète prend son envol : « la chevelure au loin devient haie lisière
forêt ; les grillons (orangés) du sang grillagent l’oreille (observez au passage la
confusion , le trouble distillé entre les grillons et le grillage) , « les larmes
deviennent ruisseau là-bas rivière là-bas mer là-bas », l’observation gagne en
profondeur , l’espace poétique occupe un champ géographique plus dense. Nous
avons abouti à l’éternel poétique « pure attente identique à nulle attente ». le
remembrement semble avoir abouti.
……………………………………..
Mouvement3 :
Comprenons-nous bien ce à quoi nous avons abouti ? le poète décide de
l’exprimer autrement : il fait intervenir la figure du montagnard : imaginons le
montagnard « plaqué à la muraille d’herbes » , que recherche-t-il ? il s’agit de
comprendre en quoi , de manière métaphorique , le remembrement de la lande
suggère la captation de l’espace poétique.
Le poète propose une explicitation de son projet : tel le montagnard, ce qu’il
recherche, c’est « la terre dressée » , « ramper debout » , il la prend là où elle se
refuse, se cabre, s’oppose à la foulée » = ce lexique très direct , sans précaution
traduit la violence de l’acte poétique , exprimée à travers la succession et la
brutalité des verbes conjugués au présent= se saisir du matériau poétique,
contre les codes en vigueur et donner à ce matériau une énergie telle qu’il pourra
se tenir debout , fièrement ….et l’on sera qualifié » de « maudits »
Le poète suggère une maniera plus douce : ce qu’exprime la tournure
impersonnelle d’atténuation « il suffit » : « il suffit de ramper dans le champ pour
l’avoir plus interminable à plat vers la cime reculée de l’horizon, pic vers la
naissance du soleil » = autrement dit, savoir faire preuve de patience pour
atteindre, pour s’élever jusqu’à l’Idéal poétique.

………………………………………….
Conclusion :
Arpenter la lande c’est arpenter l’espace poétique ; délimiter ces deux espaces
permet peut-être , au final , de définir plus précisément de quoi doit être
constitué le texte poétique dans la deuxième partie du vingtième siècle. En soi
redéfinir le lyrisme.

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