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Cours Assurances Complet

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Droit des Assurances

INTRODUCTION

I- EVOLUTION HISTORIQUE DE L’ASSURANCE

L’apparition de l’assurance est fortement liée à un besoin de sécurité


ressenti chez l’homme toujours en quête d’une certaine emprise sur son
propre avenir, et aspirant à enrayer l’incertitude du lendemain. D’ailleurs
étymologiquement, le mot assurance vient de l’italien « assicuratio » qui
signifie sécurité.

L’assurance est un phénomène plutôt récent puisqu’il fait appel à des


techniques mathématiques qui n’ont vu le jour qu’au 17 ème siècle. Certes, dès
le moyen âge ont à connu « le prêt à la grosse aventure », qui est une
opération hybride, remplissant la fonction d’assurance tout en ayant un aspect
spéculatif. Ainsi, le commerçant prêtait de l’argent au navigateur, chargé de
ramener de la marchandise. Si ce dernier y parvient, il devra rembourser le
prêt « grossi » d’une certaine somme d’argent compensant le risque couru par
le prêteur. Par contre, en cas de perte du navire le prêteur ne réclamait rien.
Certains, penseront alors que l’assurance maritime a pour origine le prêt à
grosse aventure. Mais, il est certain que nous sommes encore loin de
l’assurance qui repose essentiellement sur la répartition des risques entre des
personnes qui ne sont pas directement liées à l’opération comprenant un
risque. L’assurance maritime n’apparaîtra en fait qu’au 16 ème siècle, et ne
remplacera le prêt à grosse aventure qu’au 17ème siècle. L’assurance terrestre
quant à elle ne verra le jour que vers le milieu du 17 ème siècle suite au célèbre
incendie de Londres de 1666, qui fût à l’origine de la constitution des
premières compagnies d’assurances contre l’incendie. En France, les
premières sociétés d’assurance contre l’incendie ont été crées à partir de 1750.

Plusieurs facteurs économiques et sociaux ont favorisé l’apparition et


l’essor de l’assurance. Il y a tout d’abord la mutation d’une économie
exclusivement agricole à une économie basée sur l’industrie, le commerce et
l’artisanat, multipliant les rapports humains et les causes de dommages. De
même, la multiplication et la diversification des moyens de transport
favorisant la circulation des personnes et des marchandises, ont fait naître un
Droit des Assurances

besoin pressant de garantir les véhicules, les navires et les marchandises


contre les aléas du transport. En outre, la concentration de la population dans
des habitations ou sein des grandes villes a été un facteur déterminant dans le
développement du secteur de l’assurance.

II-FONCTION DE L’ASSURANCE

* Traditionnellement, l’assurance fournit une assistance aux victimes


après la réalisation d’un dommage qui aurait atteint soit leur personne soit
leurs biens. Cette assistance consiste généralement dans le recouvrement des
pertes ou des dettes par l’assureur. Plus récemment, l’assurance tend à offrir
des prestations en nature telles que les soins médicaux, le rapatriement
sanitaire, la traction d’un véhicule immobilisé… à des voyageurs prévoyants.
Cette assistance est d’ailleurs souvent appelée « assistance touristique ».

* L’assurance fait appel aux capacités financières de l’ensemble de la


collectivité des assurés. Les primes accumulées auprès des compagnies
d’assurances constituent alors des capitaux importants consolidant l’essor de
l’activité économique.

* Dans certaines situations, l’assurance remplit une fonction de crédit.


Ainsi, le souscripteur d’une assurance vie peut par exemple (dans le cas ou
certaines conditions prévues au contrat d’assurance sont remplies) jouir d’une
somme d’agent déterminée qu’il pourra éventuellement utiliser comme
instrument de crédit par le biais d’avances sur police.

III- DEFINITION DE L’ASSURANCE

L’opération d’assurance désigne l’ensemble des procédés techniques et


financiers utilisés par l’assureur dans l’exercice de son activité. Chaufton la
définissait en 1884 comme étant « la compensation des effets du hasard par la
mutualité organisée suivant les lois de la statistique ». Plus tard Joseph
Hémard proposait une définition plus complète de l’assurance. Il s’agirait de
« l’opération par laquelle une partie, l’assuré se fait promettre, moyennant une
rémunération, la prime, pour lui ou pour un tiers, en cas de réalisation d’un
risque, une prestation par une autre partie -l’assureur- qui prenant en charge
un ensemble de risques les compense conformément aux lois de la
statistique ». Cette définition a le mérite de faire apparaître les éléments
essentiels de l’assurance à savoir : le risque, la prime, la prestation de
l’assureur et la technique spécifique aux opérations d’assurance fondée sur les
statistiques et le calcul de probabilités.
Droit des Assurances

a) Le risque :
C’est l’événement qui engendre s’il survient, l’obligation pour
l’assureur d’exécuter sa promesse. Cet événement doit être aléatoire c'est-à-
dire que sa survenance doit être incertaine, et dépendre totalement du hasard.
On en déduit que, si un événement n’a aucune chance de se réaliser (ex :
l’assurance de marchandises contre le vol alors que celles-ci ont été détruites.
L’article 19 alinéa 2 du Code des assurances dispose qu’en cas de perte totale
de la chose assurée, le contrat d’assurance prend fin de plein droit), ou s’il est
prévisible (exemple : Le cas d’une assurance vie alors que les expertises des
médecins affirment que l’expérience de vie de l’assuré est de courte durée) ou
déjà réalisé, il est exclu du champ de l’assurance.

De même l’assurance ne peut porter sur des faits intentionnels, car


l’assuré ne doit absolument pas déclencher le jeu de la garantie par son propre
fait. C’est du moins ce que prévoient les dispositions de l’alinéa second de
l’article 4 du Code des assurances.

En réalité, l’événement n’est assurable qu’après avoir fait l’objet


d’études précises, et que s’il est statistiquement maîtrisable. En outre, la
probabilité de sa réalisation ne doit pas être trop élevée, car l’opération
d’assurance perdrait de son intérêt économique.

Rappelons d’autre part, que sont prohibées les assurances des


conséquences pénales d’une activité délictuelle même si elles résultent de
simples contraventions provoquées par l’imprudence ou la négligence.

b) La prime
Pour les contrats d’assurance délivrés par les sociétés anonymes, il est
d’usage de parler de prime d’assurance. Par contre, on parlera de cotisations
toutes les fois où le contrat d’assurance sera délivré par une mutuelle. La
prime ou la cotisation d’assurance, est le prix que demande l’assureur pour
couvrir le risque dont la garantie lui est demandée. Elle représente en
quelques sortes le prix de la garantie du risque.
Plusieurs éléments sont pris en considération dans la détermination du
montant de la prime. Il est important de savoir à ce propos, que dans la
mesure où les ressources de la mutualité proviennent essentiellement des
primes, celles-ci doivent correspondre autant que possible à la réalité des
risques couverts. Dans le cas contraire, les calculs prévisionnels seront
inévitablement faussés. Il existe, aussi, une corrélation étroite entre le risque
et la prime. Cette dernière sera calculée en fonction de la fréquence (c’est à
dire de la probabilité) et de l’intensité du risque (c’est à dire de ses
conséquences possibles). C’est pourquoi, en cas d’aggravation du risque,
Droit des Assurances

c'est-à-dire de sa probabilité et de son intensité, l’assureur est en droit de


demander à l’assuré une majoration de la prime. Au contraire, s’il y a
diminution du risque, l’assuré pourra réclamer une réduction de la prime.

* La fixation de la prime d’assurance est aussi fonction de la valeur des


biens assurés. Celle-ci il est vrai, est en principe fixée unilatéralement par le
souscripteur. Cependant elle représente un facteur important dans le calcul de
la prime. D’ailleurs nous constaterons que très souvent, l’équilibre de
l’opération d’assurance en dépendra.

Ainsi, en cas de sous- assurance (déclaration d’une valeur de la chose


assurée inférieure à sa valeur réelle), l’assureur percevra une indemnité
inférieure à celle qui couvrirait intégralement le risque.

* Le montant de la prime varie en outre selon la durée du contrat.

* Le montant de la prime est aussi déterminé en fonction des profits que


récoltent les assureurs suite aux placements qu’ils ont effectués grâce aux
primes encaissées.

Tous ces éléments permettent de fixer le montant de la prime pure. Les


frais de gestion constitueront une partie du chargement de la prime, l’autre
partie étant formée des taxes sur le contrat d’assurance. Le tout, additionné à
la prime pure, déterminera le montant de la prime nette ou commerciale
effectivement due par l’assuré.

c) La prestation de l’assurance
Elle consiste en l’indemnisation de l’assuré du dommage causé par le
sinistre, et ce en matière d’assurances de dommages. Pour ce qui est de la
prestation due par l’assureur en matière d’assurances de personnes, elle se
résume dans le payement de la somme prévue au contrat.

d) La technique spécifique aux opérations d’assurance


S’il est vrai que l’assurance n’évite pas les sinistres, il n’en demeure
pas moins qu’elle dilue leurs conséquences entre tous les assurés. Cependant,
pour que les compagnies d’assurance puissent faire face à l’indemnisation de
tous les sinistres, elles doivent appliquer et respecter des règles
mathématiques spécifiques et rigoureuses.

De même, et pour se prémunir contre toute erreur dans l’estimation du risque,


les assureurs ont recours à la coassurance et à la réassurance.
Droit des Assurances

1) Le calcul des probabilités et les statistiques


Le calcul des probabilités est né des jeux de hasard. C’est en fait Blaise
Pascal qui démontrait en 1654 que le hasard obéissait à certaines lois. C’est
ainsi, et suite à des études approfondies qu’il définissait la « probabilité
mathématique » comme étant le rapport du nombre de chances de réalisation
d’un événement sur le nombre de cas possibles.
En matière d’assurance, le calcul du nombre de sinistres qui auront lieu,
par rapport au nombre de risques assurés, ne pourra être réalisé que sur la
base de statistiques effectuées compte tenu d’événements qui ont déjà lieu.
Ces opérations sont l’œuvre d’actuaires qui s’inspirent profondément des
études de Pascal.

L’assureur est souvent qualifié comme étant un vendeur de sécurité. Et


comme tout vendeur, il doit absolument évaluer le prix de revient de son
produit pour pouvoir fixer son prix de vente. En règle générale le prix de
revient du produit est déterminé préalablement au prix de vente. Cependant
(et c’est là l’une de spécificités des opérations d’assurance), l’assureur ne
pourra fixer effectivement son prix de revient, qu’après avoir indemnisé tous
les sinistrés qui ont subi des dommages durant l’exercice. Il s’agit là de ce que
l’on appelle « l’inversion du cycle de production » en matière d’assurance.

Mais, si l’assureur n’est pas en mesure de déterminer à l’avance le


nombre et la valeur des sinistres qu’il est tenu de couvrir, il devra
impérativement en faire une évaluation la plus exacte possible. Il aura alors
recours aux statistiques qui fixeront des données en fréquence et en coût
moyen des événements passés. Ces calculs permettront d’établir le calcul des
probabilités, outil indispensable pour le calcul des primes pures. Ainsi, c’est
sur la base des statistiques qui lui sont fournies que l’assureur effectuera un
calcul des probabilités. Plus les statistiques porteront sur un nombre
d’expériences important, plus la marge d’erreur de l’assureur sera minime.
Lorsqu’il s’agit d’assurer des risques nouveaux qui n’ont pas fait l’objet de
statistiques suffisantes, les assureurs pourront les garantir en tenant compte
d’une importante marge de sécurité (ex. : l’assurance du risque atomique
pacifique).

De même, un calcul de probabilité précis, est tributaire de deux facteurs


essentiels à savoir : l’homogénéité des risques aussi bien qualitative que
quantitative.

L’homogénéité qualitative exige que les statistiques soient établies en


regroupant les risques de même nature, par catégories de risques, et aussi par
sous-catégories.
Droit des Assurances

Ainsi les statistiques d’accidents de la circulation sont établies selon


plusieurs critères tenant compte de la puissance de la voiture, de l’utilisation
du véhicule professionnelle ou touristique, de l’âge du conducteur et de son
rattachement géographique.

L’homogénéité quantitative : En cas de survenance de sinistres de


gravité exceptionnelle, la précision des statistiques viendrait à être altérée.
C’est pourquoi, et dans de telles circonstances, les assureurs répartissent le
surplus sur les années à venir.

2) La coassurance et la réassurance :
La coassurance, est l’opération par laquelle plusieurs assureurs
prennent en charge un gros et même risque, chacun étant garant de la seule
part qu’il a accepté dans la limite de la fraction convenue, sans aucune
solidarité.

Par le biais de la co-assurance, on effectue une répartition des risques


dès la conclusion du contrat, par le moyen de la rédaction d’une police unique
collective. On désignera alors un « apériteur » qui agira comme mandataire
des co-assureurs, chargé des relations avec l’assuré (conclusion du contrat,
encaissement des primes, règlement des sinistres…). La co-assurance est
fréquente en matière de gros risques aériens, maritimes et industriels.

La réassurance quant à elle, est l’opération par laquelle une entreprise


d’assurance le fait assurer à son tour pour tout ou partie des risques qu’elle a
déjà prit en charge à l’égard de l’assuré. Il faut savoir, qu’aucune relation
juridique n’est établie entre l’assuré et le réassureur.

IV – CLASSIFICATION DES ASSURANCES

Il existe plusieurs critères de classification des opérations d’assurances.


Nous citerons essentiellement la classification fondée sur les caractères de la
prestation promise, et la classification fondée sur le mode de gestion de
l’assurance.

a) Classification fondée sur les caractères de la prestation promise

Nous distinguerons à ce propos entre les assurances de dommages et les


assurances de personnes.
Droit des Assurances

1) Les assurances de dommages


Elles ont pour but l’indemnisation de l’assuré en cas de dommage subit
personnellement dans son patrimoine ou de le garantir contre les
conséquences pécuniaires de sa responsabilité civile. Elles comprennent les
assurances de choses et les assurances de responsabilité.

 Les assurances de choses : En ce cas l’assuré est garanti toutes les


fois ou il y a destruction, dégradation ou disparition matérielle du bien assuré.
L’assureur peut également garantir les conséquences pécuniaires du dommage
(perte d’exploitation).

 Les assurances de responsabilité : Elles ont pour but la réparation du


préjudice causé au patrimoine de l’assuré par l’obligation d’indemniser mise à
sa charge en raison de sa responsabilité. L’exercice de l’action directe par la
victime lui permettra d’agir directement contre l’assureur pour être indemnisé.

2) Les assurances de personnes :


Leur objectif n’est pas la réparation d’un dommage. Elles se divisent en
deux catégories :

 Les assurances sur la vie qui garantissent le risque de décès de la


personne assurée ou le risque de survie après une certaine période déterminée
par le contrat d’assurance.

 Les assurances contre les accidents corporels garantissant le


versement de prestations en principe forfaitaires à la suite d’un accident
corporel (incapacité permanente ou temporaire). Dans tous les cas, la police
fixera les limites de la couverture due par l’assureur.

b) Classification fondée sur le mode de gestion de l’assurance :

Cette classification oppose d’une part les assurances gérées en


répartition et d’autre part les assurances gérées en capitalisation.

1) Les assurances gérées en répartition :


Dans ce cas l’assureur repartit entre les assurés sinistrés les sommes
qu’il a encaissé sous forme de primes. Les types d’assurances gérées en
répartition sont principalement les assurances de choses, la responsabilité
civile, ainsi que les accidents et la maladie.

2) Les assurances gérées en capitalisation :


Droit des Assurances

L’assureur affectera une partie des primes perçues à la constitution


d’un capital. Ce capital est le fruit des intérêts composés de la prime. Il sera
versé à l’assuré au terme d’une échéance fixée par les parties au contrat
d’assurance. Les assurances gérées en capitalisation sont essentiellement
l’assurance sur la vie, la nuptialité et la natalité.

Un arrêté du ministre des finances du 2 janvier 1993(JORT n°1 du 1 et


5 janvier 1993, page 49), fixe clairement la liste des catégories d’assurance
que les entreprises d’assurance sont en mesure d’exploiter. Cette liste des
catégories et des sous- catégories et fixée par l’article premier comme suit :

* L’assurance automobile :
L’assurance de responsabilité civile, qui garantit toute responsabilité civile
résultant de l’emploi de véhicules terrestres à moteur y compris la
responsabilité du transporteur, et l’assurance de dommages subis par les
véhicules terrestres à moteur.

* L’assurance transport :
Elle peut prendre différentes formes :
- Assurance des marchandises transportées . En ce cas on assure tout
dommage subi par les marchandises transportées quel que soit le moyen de
transport.
- Assurance des corps de véhicules (autres que terrestre)
* L’assurance contre l’incendie et les éléments naturels.
* L’assurance construction :
- Assurance de la responsabilité civile des intervenants à la construction.
- Assurance des dommages aux ouvrages
* L’assurance de responsabilité civile générale.
* L’assurance des risques agricoles :
Assurance contre la grêle, contre la mortalité du bétail, contre l’incendie des
récoltes. Elles concernent aussi l’assurance des cultures sous serres et
l’assurance de l’assurance civile de l’agriculteur, et enfin l’assurance sur
corps de navire de pêche.
* L’assurance des autres dommages aux biens, autres que ceux
compris dans les catégories 1, 2, 3, 4, et 6.
* L’assurance crédit et l’assurance caution.
* L’assurance - assistance.
* L’assurance protection juridique :
Elle prend en charge les frais de procédure en défense ou en recours.
* L’assurance contre les pertes pécuniaires diverses.
* L’assurance de groupe.
* L’assurance sur la vie et la capitalisation.
Droit des Assurances

*L’assurance contre les accidents du travail et les maladies


professionnelles (à titre principal ou complémentaire).
* L’assurance contre les accidents corporels.
* La réassurance.

Toutes ces branches d’assurance peuvent faire l’objet d’une


classification fondée sur les critères précités.

V – LES PROFESSIONNELS DE L’ASSURANCE

A l’instar des autres activités du secteur financier (banque par


exemple), l’assurance est l’apanage de professionnels. L’expression
« assureur » désigne communément le partenaire de l’assuré.

Cependant, il se cache derrière cette expression plusieurs institutions et


organismes en plein essor.
Les professionnels de l’assurance sont essentiellement :
- Les entreprises d’assurance.
- Les intermédiaires d’assurance.
- Les organismes professionnels.

a) Les entreprises d’assurance :

D’après les dispositions de l’article 48 Code des assurances, « Sont


considérées comme « entreprises d’assurances » et soumises de ce fait à
agrément, toutes les entreprises qui se livrent à titre d’activité habituelle, à la
souscription et à l’exécution de contrats d’assurances tels que définis à
l’article du présent Code ».

L’entreprise d’assurance ou assureur, est la partie au contrat


d’assurance qui s’engage à garantir l’assuré contre les risques prévus au
contrat, et à fournir la prestation soit à l’assuré, soit au tiers bénéficiaire ou
victime. L’assureur est toujours une personne morale, soumise au contrôle de
l’Etat par le ministère des finances et qui doit obligatoirement être constituée
sous l’une des formes suivantes :
1) Société anonyme.
2) Société à forme mutuelle.
3) Caisse mutuelle agricole constituée conformément aux textes
particuliers la régissant.

C’est du moins ce que prévoient les dispositions de l’article 53 du Code des


assurances.
Droit des Assurances

* Les sociétés anonymes d’assurance :

Ce sont des sociétés commerciales, soumises aux dispositions du Code


des sociétés commerciales sous réserve de certaines dispositions prévue par le
Code des assurances qui tiennent compte de la spécificité des opérations
d’assurance.

* Les sociétés d’assurance à forme mutuelle :

Ce sont des sociétés civiles qui garantissent à leurs adhérents,


moyennant cotisation le règlement intégral de leurs engagements en cas de
réalisation des risques dont elles ont pris la charge et qui répartissent leurs
excédents de recettes entre leurs adhérents dans les conditions fixées par les
statuts. Telle est à la définition des sociétés d’assurances à forme mutuelle
proposée par le législateur à l’article 55 du Code des assurances.

b) Les intermédiaires d’assurance :

Ils ont pour mission de présenter des opérations d’assurance au public.


Il s’agit : des courtiers d’assurance, d’agents d’assurance, de producteurs en
assurance vie, des banques, et de la poste.

1) Le courtier d’assurance :
Il met en rapport les preneurs d’assurance et les entreprises d’assurance
ou de réassurance à l’effet d’assurer ou de réassurer des risques. Le courtier
n’est pas tenu dans le choix de ces derniers.

Le courtier à la qualité de mandataire de l’assuré et est responsable


envers lui (article 69 Code des assurances).

2) L’agent d’assurance :
Investit d’un mandat, l’agent d’assurance est la personne chargée de
conclure des contrats d’assurances au nom et pour le compte d’une ou de
plusieurs entreprises d’assurances. Il exerce individuellement ou dans le cadre
d’une société civile professionnelle (article 69 Code des assurances).

3) Le producteur en assurance sur la vie :


Droit des Assurances

L’article 69 du Code des assurances dispose que « Le producteur en


assurance sur la vie est la personne physique salariée ou non, mandatée par
une entreprise pratiquant les opérations d’assurances vie ».

Son rôle se limite à la présentation des contrats et à l’encaissement des


primes. Il ne peut représenter qu’une entreprise d’assurance à la fois.

4) Les banques :
Les banques peuvent être chargées en vertu d’une convention de
conclure des contrats d’assurances au nom et pour le compte d’une ou
plusieurs entreprises d’assurances et ce pour les branches d’assurances dont la
liste est fixée par arrêté du ministre chargé des finances. Cette activité est ce
qu’on appelle « la banque assurance ».

5) La poste :
Une convention signée en 2004 lui permet la commercialisation des
produits d’assurance à travers le réseau de la poste.

c) Les organismes professionnels :

Ces organismes sont chargés de l’organisation de la profession. Il s’agit


de l’association professionnelle des entreprises d’assurances, et du conseil
national des assurances.

1) L’association professionnelle des entreprises d’assurance :


Elle regroupe les entreprises d’assurance et de réassurance. Elle est
habilitée à soumettre à l’autorité de tutelle toute question intéressant
l’ensemble de la profession. A ce propos, tout accord conclu par des
entreprises d’assurances et des entreprises de réassurances, entre elles ou dans
le cadre de leur association professionnelle concernant les tarifs ou les
conditions générales de contrats d’assurance de concurrence ou de gestion
financière devra être soumis à l’accord du ministre chargé des finances (voir
les article 91 et 92 du Code des assurances).

2) Le conseil national des assurances :


Il est constitué d’un président à savoir le ministre chargé des finances et
de plusieurs membres nommés par décret.

Le conseil est appelé à émettre un avis sur les questions dont il est saisit
par le ministre chargé des finances, et notamment celles relatives à la situation
du secteur et à son organisation ainsi qu’aux moyens susceptibles d’améliorer
ses prestations.
Droit des Assurances

Il convient d’ajouter qu’il est institué au sein du conseil national des


assurances une commission spécialisée dénommée « commission consultative
des assurances ». Cette commission est appelée à donner son avis à l’occasion
de l’octroi de l’agrément auquel sont soumises les entreprises d’assurances.

VI – LE CADRE JURIDIQUE DE L’ACTIVITE


D’ASSURANCE

L’assurance a vu le jour en Tunisie vers la fin, du 19 ème siècle. Ce sont


en réalité les autorités du protectorat français qui ont mis en place un cadre
juridique relatif à l’activité d’assurance largement inspiré de la réglementation
française.

En fait, plusieurs facteurs ont contribué activement à l’apparition et à


l’essor de l’assurance. Citons entre autres, l’augmentation du nombre
d’accidents qu’il s’agisse des accidents de travail ou des accidents de la route
ou autres, suite à la mécanisation de plusieurs secteurs (transport, industriel,
agricole…) qui fût favorisé par une immigration européenne encouragée par
le colonisateur français. Les risques et les dangers de la vie moderne font
alors naître un véritable souci de protection des victimes qui ne sera dépassé
que par l’introduction de l’activité d’assurance.

Tous ces événements, vont entraîner la publication de décrets beylicaux


ayant pour effet de rendre applicable en Tunisie la réglementation française
relative à l’assurance. Le plus important sera le décret beylical du 16 mai
1931, qui a rendu applicable en Tunisie la loi française du 13 juillet 1930
relative au contrat d’assurance terrestre, sans oublier le décret beylical du 15
août 1946 relatif au contrôle de l’Etat sur les compagnies d’assurance et de
capitalisation, qui reprend les dispositions de décrets-lois français en la
matière.

Après l’indépendance, d’importantes dispositions législatives et


réglementaires sont mises en place dans le but d’améliorer l’organisation de
l’activité d’assurance. Ainsi, on assistera à la promulgation du code de
commerce maritime en 1962. Ce code comprend 6 livres, le dernier étant
consacré à l’assurance maritime.
Droit des Assurances

Les assurances maritimes qui ont pour objet de couvrir les risques de la
mer, font partie de l’enseignement du droit maritime. Pour les assurances
terrestres qui ont pour objet de couvrir tous les risques autres que le risque de
mer, ils seront essentiellement réglementés par le code des assurances. Ce
code promulgué par la loi du 9 mars 1992 est entré en vigueur le 1 er janvier
1993 et a mis fin à l’application en Tunisie de la loi française du 13-7-1930
relative au contrat d’assurance, ainsi qu’à l’application du décret beylical du
15 août 1946.

Le code des assurances comporte 94 articles répartis en deux titres.


L’article premier de la loi n°92-24 du 9 mars 1992 portant promulgation du
code des assurances énonce clairement que les dispositions de ce Code sont
relatives au contrat et aux professions d’assurances, et que les lois se
rapportant aux autres domaines du secteur des assurances et adoptées
ultérieurement seront incorporées audit code.

Trois lois ont été effectivement incorporées au code des assurances. Il


s’agit de :

1) La loi du 31 janvier 1994 relative à la responsabilité et au contrôle


technique dans le domaine de la construction, qui a ajouté au Code le titre III
et les articles 95 à 100.

2) La loi n°97-24 du 28 avril 1997 relative à l’assurance à


l’exportation qui a incorporé au Code le titre IV et les articles 101 à 109.

3) La loi n°2005 – 86 du 15 août 2005 relative à l’assurance de la


responsabilité civile résultant de l’usage des véhicules terrestres à moteur,
incorporant le titre V du code des assurances comprenant les articles 110 à
179.

En plus du code des assurances, il y a de nombreux textes d’application


à caractère réglementaire (décrets et arrêtés) publiés postérieurement au code
des assurances, et qui y ont été joints.

De même, plusieurs textes législatifs, ainsi que des règlements


antérieurs au code, se rapportant à plusieurs domaines de l’activité
d’assurance demeurent appliqués. Nous citerons à titre d’exemple :

- Le décret du 14 novembre 1940 réglementant le système d’assurance


obligatoire applicable au transport public terrestre.
Droit des Assurances

- La loi n° 60-24 du 30 novembre 1960 relative à la réassurance


obligatoire des entreprises d’assurance.

- Deux décrets publiés le 24 novembre 1981, l’un relatif à l’obligation


d’assurance contre l’incendie en matière d’incendie et de commerce et le
deuxième concernant, l’obligation d’assurance pour celui qui procède à
l’importation.

En outre, le droit des assurances et en particulier le contrat d’assurance


reste soumis au droit commun des contrats et obligations toute les fois où il
s’avère ne pas être réglementé spécialement.
Droit des Assurances

PREMIERE PARTIE

LE CONTRAT D’ASSURANCE

Cette première partie sera consacrée à l’étude du contrat d’assurance


proprement dit, c'est-à-dire qu’elle portera sur l’existence du contrat
d’assurance (Titre I) et sur ses éléments fondamentaux (Titre II).

TITRE I

L’EXISTENCE DU CONTRAT
D’ASSURANCE

L’analyse qui va suivre nous amènera à étudier les différentes phases


qui accompagnent le déroulement du contrat d’assurance (Chapitre I), puis
nous nous interrogerons sur sa durée et son extinction (Chapitre II), pour
enfin cerner les règles régissant son contentieux (Chapitre III).

CHAPITRE I
LA CONCLUSION DU CONTRAT
D’ASSURANCE

L’établissement de la relation d’assurance se fait sur la base du contrat


d’assurance qui présente un certain nombre de caractères qui doivent être
précisés (Section I), avant de s’attarder sur la formation du contrat
d’assurance (Section II) étape primordiale dans l’existence du contrat
d’assurance qui pourra par la suite subir des modifications (Section III).
Droit des Assurances

SECTION I :
LES CARACTERES DU CONTRAT D’ASSURANCE

1- C’est un contrat nommé :


On entend par contrat nommé, celui qui fait l’objet d’une
réglementation spéciale. C’est le cas du contrat d’assurance, qui est régi par le
code des assurances. Si les règles propres à un contrat nommé, soumis à des
dispositions impératives ne sont pas respectées, le contrat risquera d’être
disqualifié en contrat de droit commun.

2- C’est un contrat consensuel :


Le consentement des deux parties, assureur et assuré, est non seulement
nécessaire mais aussi suffisant pour la formation et la validité du contrat
d’assurance.
L’écrit n’est exigé que pour la preuve du contrat. La conclusion du contrat est
donc parfaite dès l’accord des parties.

3- C’est un contrat synallagmatique :


Le contrat d’assurance est un contrat synallagmatique puisqu’il
comporte des obligations réciproques à la charge des parties. Ainsi, l’assuré
est tenu de payer la prime, de déclarer le risque ou ses modifications, de
déclarer le sinistre … L’assureur de son côté devra garantir l’assuré et,
exécuter la prestation promise dans le délai convenu en cas de réalisation du
risque prévu au contrat. La réciprocité des obligations entraîne que l’assureur
ne doive plus sa garantie si l’assuré à mal exécuté ses obligations.
Ainsi, une fausse déclaration des risques de l’assuré aura pour
conséquence la nullité du contrat ou la réduction de l’indemnité. De même si
l’assuré a mal exécuté son obligation dans la déclaration du sinistre il
encourra la déchéance. Le non-paiement de la prime sera aussi sanctionné et
l’assuré verra la garantie suspendue ou le contrat résilié.

4- C’est un contrat aléatoire :


Un contrat est aléatoire à partir du moment ou ses effets dépendent
d’un événement incertain. Le caractère aléatoire s’applique à l’objet même du
contrat d’assurance à savoir le risque. Ainsi, seul un risque aléatoire pourra
faire l’objet d’une assurance. D’ailleurs, la validité du contrat d’assurance
dépend étroitement du caractère aléatoire du risque assuré. Il s’en suit que si
le risque s’avère déjà réalisé au moment de la formation du contrat, ce dernier
est nul.
Droit des Assurances

Cependant, si le contrat d’assurance est un contrat aléatoire il n’en


demeure pas moins que l’opération d’assurance anti- aléatoire puisqu’elle
offre à l’assuré la sécurité qui le met à l’abri des coups du sort. De même, les
assureurs sont en général en mesure de faire face aux événements imprévus
qui engendrent la mise en œuvre de leur garantie. La loi des grands nombres
et la compensation des risques ainsi que la réassurance sont autant de
techniques qui leur permettent une bonne gestion des entreprises d’assurance.

5- C’est un contrat successif :


Le contrat est dit à exécution successive lorsque l’exécution du contrat
s’échelonne dans le temps ou que les obligations des parties perdurent
pendant un certain temps. L’obligation de garantie de l’assureur demeure
pendant toute la durée du contrat. Du côté de l’assuré lorsque la prime fait
l’objet d’un paiement unique, l’exécution de son obligation de paiement est
instantanée. Lorsque son paiement est périodique, son exécution s’étend sur
toute la durée du contrat. Les autres obligations de l’assuré telle que la
déclaration des risques et des sinistres peuvent être concomitantes ou
postérieures à la formation du contrat.

L’intérêt de la distinction entre contrats à exécution instantanée et


contrats à exécution successive réside surtout dans le régime de
l’anéantissement du contrat en cas d’inexécution des obligations
contractuelles par l’une ou l’autre partie. Il sera question de résolution
rétroactive pour les contrats à exécution instantanée, et de résiliation pour
l’avenir pour les contrats à exécution successive.

6- C’est un contrat à titre onéreux :


Le caractère aléatoire du contrat d’assurance montre que chaque partie
au contrat compte réaliser un profit dans l’opération. Ainsi le souscripteur est
toujours tenu de payer le prix de la garantie due par l’assureur (la prime). Le
contrat d’assurance n’est jamais à titre gratuit.

7- C’est un contrat d’adhésion :


Le contrat d’adhésion a été défini par J. Ghestin comme étant
« l’adhésion à un contrat type, rédigé unilatéralement par l’une des parties et
auquel l’autre adhère sans possibilité réelle de le modifier ».

Le contrat d’assurance est un contrat d’adhésion puisqu’il est élaboré,


rédigé, imprimé par l’assureur. L’assuré se contente d’adhérer à un contrat
dont les clauses sont préétablies et dont il n’a pas discuté le contenu. Son rôle
se limite généralement à remplir les blancs d’un imprimé qui lui a été présenté
par l’assureur.
Droit des Assurances

Cette situation a donné lieu à de nombreux abus de la part des


compagnies d’assurances. C’est pourquoi le législateur tunisien a mis en place
plusieurs dispositions impératives au sein du code des assurances tendant à
établir une certaine protection des assurés. Ces dispositions visent
essentiellement à instaurer un équilibre contractuel entre les parties.

8- Contrat civil, commercial ou mixte :


Généralement, on considère l’assurance, civile, commerciale ou mixte
selon la qualité des parties au contrat.

Ainsi, le contrat est réputé civil du côté du preneur, s’il est conclu pour
les besoins de sa vie privée ou pour les besoins de son activité
professionnelle, artisanale, agricole ou libérale non commerciale.

Au contraire, si le contrat est souscrit par un commerçant pour les


besoins de son commerce il sera réputé commercial à son égard.

Du côté de l’assureur, on fait la distinction entre les sociétés


commerciales dont l’activité tend vers la recherche de bénéfices destinés aux
actionnaires, et les sociétés d’assurance mutuelle dont le but n’est pas la
distribution de bénéfices.

Ainsi, tout contrat d’assurance émis par une société anonyme à


caractère commercial, est commercial à son égard. Par contre, le contrat
conclu par une société d’assurance mutuelle n’est pas réputé commercial à
son égard.
Conformément à la théorie des actes mixtes, l’assurance peut être
commerciale à l’égard d’une partie et civile à l’égard de l’autre. Le contrat
d’assurance conclu par une société commerciale et un particulier est un acte
mixte, commercial pour l’assureur et civil pour le preneur. Il faudra alors
appliquer les règles civiles à l’égard duquel l’acte est un acte civil, et les
règles commerciales à celui à l’égard duquel l’acte est un acte de commerce.

SECTION II :
L’ELABORATION DU CONTRAT D’ASSURANCE
L’élaboration du contrat d’assurance passe par deux étapes
essentielles : la formation du contrat proprement dite (Paragraphe 1), et la
prise d’effet du contrat (Paragraphe 2). En outre, c’est au moment même de
Droit des Assurances

l’élaboration du contrat d’assurance que sont constitués les moyens de preuve


de ce dernier (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : La formation du contrat

La formation du contrat d’assurance n’a lieu qu’après l’échange des


consentements du souscripteur et de l’assureur. Cependant cet accord de
volontés est précédé par une phase précontractuelle ou l’information préalable
et réciproque des parties au contrat prime.

A- La phase précontractuelle

Le futur assuré doit transmettre à l’assureur plusieurs informations en


rapport avec l’objet de la garantie qu’il demande. Il s’agit en fait, d’éléments
qui aideront l’assureur à apprécier le risque garanti, afin de fixer prime
d’assurance. Il obtiendra ces informations à travers la proposition d’assurance
qui est le document par lequel le futur souscripteur demande une garantie
d’assurance pour les risques qu’il déclare. En réalité, l’assureur remet au
client, un formulaire préétabli (informatique ou imprimé) qui comporte un
questionnaire auquel le futur assuré est tenu de répondre selon les dispositions
de l’article 7– 2° du Code des assurances.

Cette proposition d’assurance ne sera considérée comme une véritable


offre produisant ses effets juridiques que si elle répond aux conditions exigées
par les articles 23 et suivants du Code des obligations et des contrats. Elle doit
alors être précise, complète et indiquer les conditions essentielles du futur
contrat comme : la prime, la somme assurée, le risque, le nom des parties…

La proposition d’assurance n’engage en principe ni l’assuré ni


l’assureur. Il s’agit d’une offre de contracter, et l’offrant peut la retirer à
moins que l’assureur ne l’ait acceptée (art. 27 et 30 C.O.C.). Cependant, si
l’offre a été faite avec délai pour l’acceptation, l’offrant restera engagé
jusqu’à l’expiration du délai (article 33 C.O.C.). Pour ce qui est de l’offre
faite par correspondance, l’offrant demeure selon les termes de l’article 34 al.
1er du C.O.C. engagé jusqu’au moment où une réponse expédiée dans un délai
raisonnable devrait lui parvenir régulièrement.

B- L’échange des consentements :

Le contrat d’assurance étant un contrat consensuel, il est parfait dès la


rencontre des volontés de l’assureur et de l’assuré. Dès lors, il y a
Droit des Assurances

consentement lorsque l’assureur accepte de garantir le risque proposé après


l’avoir tarifé. La fixation du tarif est souvent préétablie pour les risques
simples entrant dans des catégories connues. En général, l’assureur établit
alors un écrit appelé « police d’assurance » en tenant compte de la proposition
d’assurance de l’assuré, et sa signature apposée sur la police vaudra
acceptation de l’offre de l’assuré. L’acceptation de l’assureur peut aussi
prendre la forme d’un télégramme, d’un fax ou d’une note de couverture. Les
parties peuvent toutefois subordonner la perfection du contrat à une formalité
déterminée comme par exemple le paiement de la première prime.

Paragraphe II : La prise d’effet du contrat

Le moment de la prise d’effet du contrat est important à déterminer car


lorsque le sinistre a lieu, il faut savoir si la garantie du contrat a prit effet ou
non. La garantie due par l’assureur en dépendra.

En principe, le contrat d’assurance prend effet aussitôt qu’il est conclu.


L’assureur doit alors sa garantie en cas de sinistre. Cependant, la prise d’effet
du contrat d’assurance relève de la liberté contractuelle (article 3 infiné du
Code des assurances). Les parties au contrat d’assurance peuvent, aussi,
reporter la prise d’effet du contrat à une date ultérieure.

Souvent, les assureurs prévoient une clause de prise d’effet le


lendemain à midi du jour de la conclusion du contrat. Ainsi, on évitera toute
incertitude sur l’heure et la minute de prise d’effet du contrat. Les parties au
contrat d’assurance peuvent aussi insérer une clause de prise d’effet à telle
date. Le contrat prendra alors effet à un terme certain comme le jour de la
résiliation d’un autre contrat d’assurance. On notera en outre, que les
assureurs exigent fréquemment que le contrat d’assurance prenne effet avec le
paiement de la première prime par l’assuré. Cependant cette clause ne pourra
être mise en œuvre que si la prime est portable, c'est-à-dire payable chez
l’assureur, ce qui est la règle selon les dispositions de l’article 6 du Code des
assurances. De même, cette clause n’aura aucun effet si l’assureur a remis à
l’assuré une note de couverture avec effet immédiat.

Paragraphe III : La preuve du contrat

En principe, le contrat d’assurance se prouve par tout écrit, constatant


l’engagement réciproque de l’assureur et de l’assuré, parties au contrat. Cet
écrit est exigé à titre de preuve et non pas en tant que condition de validité du
contrat d’assurance qui est comme nous l’avons précédemment précisé un
Droit des Assurances

contrat consensuel. Cet acte sous seing privé prend en pratique la forme d’une
police d’assurance (A) ou d’une note de couverture (B).

A- La police d’assurance :

C’est le document qui constate l’accord des parties sur les conditions
du contrat d’assurance. Elle constitue un moyen de preuve du contrat
d’assurance et de ses conditions.

1) Forme de la police d’assurance :


En général, la police d’assurance se présente sous la forme d’un contrat
type qui comporte deux parties :

 Les conditions générales qui sont un ensemble de clauses imprimées


commune à tout contrat d’assurance de même catégorie. Ces conditions font
du contrat d’assurance, un contrat d’adhésion puisque l’assuré ne participe
pas à leur élaboration. Toutefois, ces clauses doivent obligatoirement être
conformes aux dispositions légales réglementant la matière.
 Les conditions particulières qui sont manuscrites ou informatisées,
individualisent le contrat d’assurance en permettant son adaptation à chaque
situation. Elles portent sur : la durée du contrat, la somme assurée, le
montant de la prime. Elles peuvent aussi apporter des dérogations aux
conditions générales.

Le contrat d’assurance doit être rédigé en caractères apparents. C’est


l’article 2 du Code des assurances qui l’exige pour que le consentement de
l’assuré soit éclairé, et éviter tout abus provenant de l’assureur.

De même certaines clauses doivent être rédigées en caractères très


apparents (caractères gras ou particuliers, couleur différente). Il s’agit selon
les dispositions de l’article 12- 3° du Code des assurances de clauses édictant
la nullité, la déchéance ou l’exclusion de garantie. Ces clauses sont nulles si
elles ne respectent pas cette condition de forme.

Les polices d’assurance sont en général rédigées en 3 exemplaires : un


pour l’assuré, un pour l’assureur et un pour l’intermédiaire.

2) Les conditions de fond :


Le contrat d’assurance doit comporter certaines mentions obligatoires
prévues à l’article 3 du Code des assurances. Il s’agit des la date de
Droit des Assurances

souscription, les indications relatives aux parties contractantes, le risque


assuré ou le terme de l’engagement la chose ou la personne assurée, la prime
ou la cotisation d’assurance, la valeur assurée et la date d’effet du contrat et sa
durée.

3) Interprétation de la police d’assurance :


Nous devons retenir trois règles essentielles :
- Si les clauses de police sont claires, précises et licites le juge doit
obligatoirement les appliquer au risque de dénaturer le contrat.
- En cas de contradictions entre les conditions générales et les conditions
particulières, on applique les conditions particulières.
- Si des clauses sont ambiguës, obscures ou contradictoires elles sont
interprétées dans l’intérêt de l’assuré.

B) La note de couverture :

La note de couverture appelée aussi lettre de couverture ou bulletin de


couverture est un document provisoire par lequel l’assureur s’engage à
garantir immédiatement l’assuré, et ce avant même l’établissement de la
police ou de l’avenant. Elle a été prévue par le législateur à l’article 2 du Code
des assurances.

La note de couverture n’est soumise à aucune forme et peut être


constatée par tout écrit à condition qu’y figure les conditions principales du
contrat d’assurance à s’avoir : la nature de l’assurance, le montant de la
prime, la date de la prise d’effet, la durée du contrat… La note de couverture
à un caractère sommaire, c’est pourquoi l’article 2 du Code des assurances
dispose que sauf stipulation contraire, la note de couverture indique que
l’engagement est fait sur la base des conditions générales du contrat
d’assurance.

La note de couverture appelle deux remarques :


1) La note de couverture n’est qu’un moyen de preuve provisoire et n’a
plus d’effet dès qu’elle est remplacée par la police ou l’avenant.
2) La note de couverture peut conférer une garantie provisoire à durée
déterminée en attendant que l’assureur ait étudié la proposition
d’assurance qui lui est soumise. Si les parties ne sont pas tombées
d’accord, la garantie prend fin à l’expiration d’un délai
expressément prévu.
Droit des Assurances

SECTION III :
LA MODIFICATION DU CONTRAT D’ASSURANCE
Le contrat d’assurance est un contrat à exécution successive. Les
changements qui apparaissent en cours d’exécution peuvent nécessiter sa
modification pour s’adapter à de nouvelles circonstances. Ces modifications
peuvent être le fait de l’assureur ou de l’assuré.

Paragraphe I : Les conditions de la modification

L’article 2 du Code des assurances précise que : «Toute modification


ou addition au contrat initial doit être constatée par un avenant signé par les
deux parties ». La preuve de la modification du contrat d’assurance est alors
subordonnée à l’établissement d’un avenant qui est le document constatant les
modifications décidées par les parties au contrat. Cependant, si l’avenant
permet de prouver toute modification du contrat d’assurance il n’est pas une
condition de validité de la modification.

L’avenant est un document signé par les deux parties et soumis aux
mêmes conditions de forme que la police. Toutes les clauses de nullité et de
déchéance doivent être écrites en caractères très apparents.

La modification du contrat d’assurance suppose par ailleurs l’existence


d’un contrat d’assurance en cours, car si le contrat a pris fin il ne peut être
modifié. Par contre, un contrat suspendu peut reprendre son efficacité et faire
l’objet de modifications.

Paragraphe II : Objet de la modification

La modification du contrat d’assurance peut avoir en principe


n’importe quel objet. Elle peut porter sur tous les éléments du contrat dès lors
qu’ils sont soumis à la liberté contractuelle. Ainsi, la modification du contrat
peut présenter différents aspects. Il peut s’agir d’une modification par
adjonction comme l’incorporation d’une nouvelle garantie ou d’un nouveau
risque. En outre l’avenant peut avoir pour objet la prolongation de la durée du
contrat dans le cas ou ce dernier est conclu pour une durée déterminée sans
clause de tacite reconduction.
Droit des Assurances

CHAPITRE II
DUREE ET EXTINCTION
DU CONTRAT D’ASSURANCE

Le contrat d’assurance est un contrat successif qui s’inscrit dans la


durée. Il est alors important de déterminer la durée de ce contrat, c'est-à-dire
la période pendant laquelle les parties au contrat demeurent tenues d’exécuter
leurs obligations réciproques (Section I). Cependant, assureurs et assurés
peuvent dans certains cas se libérer de l’exécution de leurs obligations avant
même l’expiration du délai convenu par le biais de la résiliation périodique
(Section II).

SECTION I :
DUREE DU CONTRAT
La durée du contrat est laissée à la liberté contractuelle. Le contrat
prend alors effet pour une durée fixée par les parties (Paragraphe I).
Toutefois, le contrat peut être exécuté pour une période plus longue que celle
prévue initialement par les parties par le jeu de la tacite reconduction
(Paragraphe II).

Paragraphe I : Fixation de la durée par les parties

Le contrat d’assurance est un contrat successif. Sa durée est fixée


librement par les parties au contrat. Le principe de la liberté contractuelle
trouve alors pleine application. D’ailleurs, l’article 5 al. 1° du Code des
assurances adopte clairement cette solution en précisant que : « La durée de
l’assurance est fixée au contrat ». Ainsi les contrats à durée indéterminée
souscrits par exemple « pour la durée d’une société » sont tout à fait licites.
En pratique, les contrats sont les plus souvent passés pour une durée
déterminée.

La durée du contrat est selon l’article 3 du Code des assurances l’une


des mentions qui doivent obligatoirement figurer au contrat. S’il s’avère que
la durée du contrat n’a pas été déterminée dans la police, la jurisprudence
française ainsi que la doctrine considèrent le contrat conclu pour une période
d’un an.
Droit des Assurances

A l’expiration du délai convenu, le contrat d’assurance prend fin de


plein droit. Les parties se trouvent alors dégagées de leurs obligations
réciproques. Toutefois les parties peuvent toujours d’un commun accord
mettre fin au contrat avant même l’arrivée du terme initialement prévu. Elles
peuvent également décider de prolonger le contrat pour une nouvelle période
par accord express des parties avant l’expiration du délai convenu.

Paragraphe II: La tacite reconduction

La tacite reconduction du contrat d’assurance suppose une clause


insérée dans la police qui prévoit qu’à l’expiration du contrat d’assurance
celui-ci sera reconduit si l’une des parties n’exprime pas dans un certain délai
l’intention de s’y opposer.

Sans doute, cette clause à l’avantage de protéger l’assuré contre le


risque de perdre toute garantie si la duré du contrat a expiré sans qu’il s’en
aperçoive. Mais cette clause joue surtout en faveur de l’assureur qui conserve
plus facilement sa clientèle. En pratique, la tacite reconduction est très
souvent l’objet d’une clause de style.

a) Conditions de la tacite reconduction :

La tacite reconduction suppose :


- L’existence d’un contrat à durée déterminée
- L’expiration de la durée convenue.
- La stipulation expresse de la tacite reconduction dans la police
d’assurance. En l’absence d’une telle clause le contrat d’assurance cesse de
plein droit à l’arrivée du terme.
- L’accord tacite des parties : En effet, l’un des parties peut s’opposer à la
tacite reconduction en respectant un délai de préavis fixé en principe dans la
police qui est en général d’un mois. A défaut de délai conventionnel on
appliquera le délai légal de résiliation qui est de 2 mois avant la date
d’échéance (article 5 du Code des assurances).

b) Effets de la tacite reconduction

La tacite reconduction a pour effet de prolonger automatiquement la durée


fixée par les parties sans que celles-ci n’interviennent. La tacite reconduction
fait que la durée conventionnelle du contrat est d’importance relative. Le
contrat peut ainsi être indéfiniment prolongé d’une année à une autre par le
simple effet de la tacite reconduction.
Droit des Assurances

SECTION II :
LA RESILIATION PERIODIQUE DU CONTRAT
D’ASSURANCE

On peut avoir recours à la résiliation du contrat d’assurance comme en


cas de non-paiement de la prime (article 11 al.3 Code des assurances) ou
d’aliénation d’un véhicule terrestre à moteur (article 22 al. 2) .On parle alors
de résiliation non périodique du contrat d’assurance. Il existe aussi des cas de
résiliation périodique du contrat d’assurance prévus par l’article 5 de Code
des assurances qui prévoit que si la durée du contrat excède une année
l’assuré a le droit de résilier le contrat tous les ans à l’échéance du contrat.
L’assureur dispose également de ce droit de résiliation. Toutefois la mise en
œuvre de ce droit de résiliation périodique (Paragraphe I) ne peut se faire
qu’à une double condition. Il faut que certaines conditions juridiques soient
réunies (Paragraphe II(, et qu’il s’agisse d’un cas d’assurance entrant dans le
cadre du champ d’application de l’article 5 du Code des assurances
(Paragraphe III).

Paragraphe I :
Les conditions juridiques de la résiliation périodique

La mention du droit de résilier le contrat chaque année a une portée


différente selon qu’il s’agit de l’assuré ou de l’assureur.

Pour l’assureur, le texte est clair puisque l’article 5 du Code des


assurances énonce qu’il dispose de ce droit de résiliation à condition qu’il en
soit fait mention au contrat.

Ainsi, l’assurance doit obligatoirement mentionner le droit de


résiliation dans la police, car la résiliation périodique déroge au droit commun
et au principe de la force obligatoire des contrats prévu par l’article 242 du
Code des obligations et des contrats. Cette mention à une portée juridique
importante puisqu’elle est une condition d’existence et de validité de ce droit
pour l’assureur.

Par contre, s’agissant de l’assuré, il est vrai que l’alinéa 1 de l’article 5


du Code des assurances prévoit que ce droit de résiliation doit être mentionné
dans chaque contrat. Mais, étant donné que ce droit de résiliation annuelle a
été prévu par le législateur en faveur de l’assuré, l’obligation de le mentionner
Droit des Assurances

est sans aucun doute une mesure de protection entrant dans le cadre de
l’obligation d’informer l’assuré. Il ne peut pas s’agir dans ce cas d’une
condition de validité.

La différence de nature entre le droit de résiliation périodique de


l’assuré et celui de l’assureur montre bien que cette faculté de résiliation
annuelle a été édictée principalement dans l’intérêt de l’assuré pour lui
garantir la liberté de changer d’assureur.

Paragraphe II : La mise en œuvre de la résiliation périodique

Deux questions se posent. La première concerne tout d’abord la forme


de la résiliation et la seconde est en rapport avec le délai de préavis.

a) La forme de la résiliation :

Etant donné que la résiliation périodique est un acte unilatéral, la


résiliation du contrat par l’une des parties n’a d’existence juridique que sous
la condition d’avoir été portée à la connaissance de l’autre partie par le biais
d’une notification. C’est ce que prévoient les dispositions des alinéas 1 et 3 de
l’article 5 du Code des assurances.

Cette notification peut se faire par acte d’huissier notaire ou lettre


recommandée avec accusé de réception ou tout autre moyen indiqué dans la
police (fax, lettre ordinaire, e-mail.).Ces divers moyens de notification de la
résiliation peuvent être utilisés aussi bien par l’assureur que par l’assuré.
L’article 5 infiné indique un autre procédé qui peut être utilisé par l’assuré
c’est la résiliation faite aux bureaux de l’assureur contre récépissé.

b) Le préavis de résiliation :

Celui qui résilie le contrat doit prévenir son cocontractant. Il doit


respecter un délai dont la durée est calculée par rapport à l’échéance prévue
au contrat. La durée du délai de préavis est selon l’article 5 alinéa premier du
Code des assurances de 2 mois avant la date d’échéance.

La résiliation ne peut avoir lieu que si toutes ces procédures ont été
respectées. Ainsi, l’assureur peut ne pas répondre à une notification
irrégulière. Par contre, lorsque l’une des parties a utilisé la faculté de
résiliation qui lui était offerte, en respectant le délai de préavis applicable, le
contrat prend fin à la date anniversaire de sa prise d’effet, et les obligations
des parties (obligation de paiement de la prime de l’assuré, et obligation de
Droit des Assurances

garantie de l’assureur) n’existent plus. Deux points doivent à cet égard être
précisés :

 La résiliation ayant eu lieu au terme d’années complètes de garantie,


la règle de la divisibilité de la prime d’assurance ne joue pas, et
l’assureur n’est pas tenu de restituer un prorata de prime
correspondant à une période non garantie.
 En exerçant la faculté périodique de résiliation, l’assuré exerce un
droit légal qui n’entraîne aucun préjudice pour l’assureur, c’est
pourquoi il n’aura droit à aucune indemnité.

Paragraphe III :
Les exceptions à la faculté de résiliation périodique

Le principe de la faculté de résiliation annuelle du contrat d’assurance


connaît trois exceptions :

1- La première exception est relative à l’assurance sur la vie. Ces


dernières sont résiliables à tout moment, l’assuré peut y mettre
fin dès qu’il n’y a plus intérêt.
2- De même, les dispositions de l’article 103 relatives à l’assurance
à l’exportation prévoient clairement que l’article 5 du Code des
assurances ne s’applique pas aux contrats d’assurance à
l’exportation.
3- La troisième exception est relative à l’assurance en matière de
construction. Ainsi, et selon les dispositions de l’article 96 du
Code des assurances tous les contrats d’assurance conclus en
vertu des dispositions relatives à la responsabilité et au contrôle
technique dans le domaine de la construction sont réputés
comporter une clause assurant le maintien de la garantie pour la
durée de la responsabilité, même en présence d’une stipulation
contraire.
Droit des Assurances

CHAPITRE III
LE CONTENTIEUX DU CONTRAT
D’ASSURANCE

Le contentieux relatif au contrat d’assurance, comme d’ailleurs pour


tout autre contrat, révèle souvent une ambiguïté du contrat ou un manque de
communication entre les parties ou bien encore une mauvaise foi émanant de
l’assuré ou de l’assureur. Ce contentieux est en général soumis aux règles de
droit commun ainsi qu’à des règles particulières édictées par le Code des
assurances. Ces dernières sont relatives à la compétence des actions nées du
contrat d’assurance (Section I), ainsi qu’à la prescription applicable à ces
actions (Section II).

SECTION I :
LES REGLES DE COMPETENCE

Paragraphe I : La compétence d’attribution

Le contentieux relatif au contrat d’assurance est soumis au droit


commun. Les juridictions civiles ou commerciales sont seules compétentes
pour régler les litiges relatifs au contrat d’assurance. Cependant, la
détermination du tribunal compétent dépend étroitement de la question
relative à la nature civile ou commerciale du contrat.

Ainsi, comme nous l’avons vu précédemment, le contrat est civil s’il


est passé entre deux parties pour lequel il est civil (ex : un contrat passé par
une société d’assurance mutuelle et un particulier) ; et le contrat est
commercial s’il est passé entre deux parties pour lesquelles il a le caractère
d’acte de commerce (ex : un contrat passé entre une société anonyme et un
commerçant) ; et enfin le contrat est mixte s’il est passé entre un commerçant
et un non commerçant (ex : Un contrat conclu entre un société anonyme et un
particulier).
Droit des Assurances

Si le contrat est civil pour les deux parties, les juridictions civiles seront
seules compétentes. Par contre si le contrat est commercial pour les deux
parties, les juridictions commerciales seront seules compétentes.
Dans le cas ou le contrat est mixte, la compétence est en général
déterminée par la qualité du défendeur. Néanmoins, la plénitude de juridiction
des tribunaux civils permet au demandeur non commerçant à l’égard duquel
le contrat est civil, d’effectuer un choix entre le tribunal civil et les
juridictions commerciales, même si le défendeur est un commerçant.

Les juridictions pénales sont compétentes, en cas de constitution du


partie civile de la victime d’un accident corporel causé par un véhicule
automobile en circulation pour statuer sur tous moyens et exceptions à
caractère civil et notamment ceux qui sont relatifs au contrat d’assurance
(article 14 du Code de la route). Cette solution ne s’applique que dans le cadre
des actions civiles visant l’indemnisation des victimes d’accidents de la
circulation routière intentées accessoirement à l’action publique devant la
juridiction pénale.

Paragraphe II : La compétence territoriale

L’article 13 du Code des assurances prévoit explicitement que dans le


cas ou l’action est engagée par l’assureur, le tribunal compétent est celui du
domicile de l’assuré.

Par contre, si l’action est engagée par l’assuré, celui-ci peut saisir soit
le tribunal du lieu de son domicile, soit celui du lieu du domicile de
l’assureur, soit le tribunal du lieu où se trouvent les meubles objet du contrat
d’assurance, soit le tribunal où s’est produit le dommage.

Notons toutefois, qu’en matière d’immeuble, l’action est, dans tous les
cas, portée devant le tribunal du lieu de la situation des immeubles concernés.

SECTION II :
LA PRESCRIPTION

En droit commun toutes les actions naissant d’une obligation sont en


principe prescrites par quinze ans (article 402 du Code des obligations et des
contrats). Ce délai a été jugé trop long, c’est pourquoi il a été réduit à deux
ans en matière d’assurance.
Droit des Assurances

La prescription biennale est régie par les articles 14 et 15 du Code des


assurances. Ces dispositions soulèvent des problèmes qui sont relatifs au
domaine de la prescription biennale (Paragraphe I), au calcul du point de
départ du délai de prescription (Paragraphe II) et enfin à l’interruption de la
prescription (Paragraphe III).

Paragraphe I : Domaine de la prescription biennale

La prescription biennale s’applique à toutes les actions qui dérivent


d’un contrat d’assurance, qu’il s’agisse d’une assurance de personnes ou
d’une assurance de dommages. Les actions qui ne dérivent pas du contrat
d’assurance sont soumises à la prescription de droit commun.

Il est alors intéressant d’éclaircir cette nuance existant entre les actions
qui dérivent du contrat d’assurance et les actions qui sont indépendantes du
contrat d’assurance.

a) Les actions dérivant du contrat d’assurance :

Les actions dérivant d’un contrat d’assurance visent aussi bien sa


formation que son exécution. Elles sont très nombreuses. Nous citerons
quelques exemples comme l’action en nullité en cas de réticence ou de fausse
déclaration intentionnelle de la part de l’assuré se rapportant aux indications
portées sur le formulaire de déclaration du risque (article 8 du Code des
assurances), l’action en paiement de la prime, l’action de l’assuré contre
l’assureur ayant pour cause le recours d’un tiers, et l’action en règlement d’un
sinistre.

b) Les actions indépendantes du contrat d’assurance :

La prescription biennale ne concerne pas les actions qui ne dérivent pas


du contrat d’assurance. C’est du moins ce qui l’on déduit d’une lecture à
contrario des dispositions de l’article 14 du Code des assurances. Celles-ci
sont alors soumises au délai de prescription de droit commun ou à toute autre
disposition particulière telle que l’article 115 du Code des obligations et des
contrats relatif à la responsabilité délictuelle.

Ainsi, la prescription biennale ne s’appliquera pas aux actions intentées


par ou contre des tiers au contrat d’assurances. C’est le cas de l’action en
responsabilité du tiers victime contre l’assuré responsable du dommage, et de
l’action subrogatoire intentée par l’assureur contre le tiers responsable du
Droit des Assurances

sinistre. C’est le cas aussi de l’action de la victime d’un accident contre


l’assureur du responsable. D’ailleurs la cour de cassation l’a affirmé à
plusieurs reprises, considérant que cette action directe ne dérive pas du contrat
d’assurance mais qu’elle trouve son fondement dans le droit à réparation du
préjudice causé par l’accident.

Paragraphe II : Le point de départ du délai de prescription

Cette question a été traitée par les dispositions de l’article 14 du Code


des assurances qui pose un principe et lui apporte des précisions.

a) Le principe posé par l’article 14 du Code des assurances :

Aux termes de l’article 14 du Code des assurances, toutes les actions


dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites dans un délai de deux ans à
compter de l’événement qui y donne naissance. Ainsi, si la prime est échue le
31 mars 2004, la prescription de l’action commence à courir le 1 er avril 2004 à
zéro heure, et sera accomplie 2 ans après c'est-à-dire le 1er avril 2006 à zéro
heure.

b) Les précisions apportées par l’article 14 du Code des assurances :

L’article 14 du Code des assurances a apporté des précisions


concernant le point de départ du délai de prescription dans trois hypothèses :

1) La déclaration irrégulière du risque :


Lorsque l’action est fondée sur la réticence, l’omission ou la
déclaration fausse ou inexacte sur le risque couru, le délai de deux ans ne
court que du jour ou l’assureur en a eu connaissance.

2) L’ignorance du sinistre par l’assuré ou bénéficiaire :


Selon l’article 14 du Code des assurances, en cas de sinistre, le délai de
2 ans ne court que du jour où les intéressés en ont eu connaissance s’ils
prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque là. Ce texte vise clairement les actions
intentées contre l’assureur par l’assuré ou les bénéficiaires du contrat
d’assurance lorsque ces dernières ont ignoré le sinistre. Dans ce cas le délai de
prescription ne commence à courir que du jour ou ils en ont eu connaissance.
Ainsi, si l’assuré découvre le vol qui a eu lieu dans sa résidence secondaire
plusieurs jours ou plusieurs mois après sa survenance, le délai de prescription
ne commence à courir que du jour ou il a eu connaissance du vol.
Droit des Assurances

Cette solution est en parfaite harmonie avec celle proposée par le


législateur en matière de déclaration de sinistre puisqu’en principe et selon
l’article 7 du Code des assurances l’assuré est obligé de donner avis à
l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance, et au plus tard dans un délai ne
dépassant pas 5 jours ouvrés, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie
de l’assureur.

3) Le recours des tiers :


Aux termes du dernier alinéa de l’article 14 du Code des assurances :
« Quand l’action de l’assuré contre l’assureur a pour cause le recours d’un
tiers, le délai de prescription ne court que du jour où ce tiers a exercé une
action en justice contre l’assuré ou a été indemnisé par ce dernier. Cette
disposition vise les assurances en responsabilité civile dans lesquelles l’objet
de la garantie due par l’assureur est la dette de responsabilité qui est mise à la
charge de l’assuré.

En cas de recours d’un tiers, c’est la date de l’exercice de l’action qui


constitue le point de départ du délai de prescription de l’action en garantie
exercée par l’assuré contre l’assureur c'est-à-dire la date d’assignation en
justice.

D’autre part l’article 14 du Code des assurances envisage de faire


courir le délai de prescription à partir au jour où le tiers a été indemnisé par
l’assuré. Il s’agit d’une hypothèse purement théorique, car en pratique les
contrats d’assurance comportent toujours une clause qui interdit à l’assuré de
transiger.

Rappelons en outre que l’on ne peut renoncer à l’avance à une


prescription. C’est ce que prévoient les dispositions de l’article 386 du Code
des obligations et des contrats. De même la duré de la prescription ne peut
être abrégée ni allégée par une clause de police.

Paragraphe III :
La suspension et l’interruption de la prescription

a) Suspension de la prescription

Etant donné qu’aucune disposition spéciale relative à la suspension de


la prescription n’a été prévue par le Code des assurances, ce sont les règles
relatives à la suspension de la prescription en droit commun qui sont
applicables au droit des assurances. A ce propos, l’article 393 du Code des
Droit des Assurances

obligations et des contrats prévoit dans son alinéa 5 que la prescription ne


court pas, lorsque le créancier s’est trouvé en fait dans l’impossibilité d’agir,
et, par exemple, dans le cas où, en raison de la vacance des tribunaux ou
d’une autre cause indépendante de sa volonté, il n’a pu exercer son action
dans le délai établi pour la prescription ».

Ainsi, il n’y a suspension de la prescription que lorsque l’intéressé s’est


trouvé dans l’impossibilité d’agir. Le législateur cite à titre d’exemple
quelques cas engendrant une situation dans laquelle l’intéressé se trouve dans
l’impossibilité d’agir. En réalité, toute cause à condition qu’elle soit
indépendante de la volonté de l’intéressé sera considérée comme telle. C’est
le cas notamment de la force majeure.

b) L’interruption de la prescription :

1) Les modes d’interruption de la prescription :


Selon les dispositions de l’article 15 du Code des assurances, la
prescription est interrompue par des modes d’interruption de droit commun,
ou par des modes d’interruption de la prescription propres à l’assurance, en
l’occurrence, la désignation d’experts à la suite d’un sinistre, ou l’envoi d’une
lettre recommandée avec accusé de réception.

* Les modes d’interruption de droit commun :

A ce propos, il est intéressant de relever que ces modes d’interruption


sont de deux sortes. Il y a tout d’abord les modes d’interruption de la
prescription exercés par le créancier. Puis il y a des modes d’interruption de la
prescription émanant du débiteur.

- Les modes d’interruption de la prescription exercés par le créancier :

L’article 396 du Code des obligations et des contrats énonce 3 procédés


entraînant l’interruption de la prescription. Il s’agit de :
1- Toute demande judiciaire ou extra judiciaire ayant date certaine, qui
constitue le débiteur en demeure d’exécuter son obligation, même
lorsqu’elle est faite devant un juge incompétent ou que l’acte est
déclaré nul pour vice de forme.
2- La demande d’admission de la créance à la faillite du débiteur.
3- Un acte conservatoire ou d’exécution entrepris sur les biens du
débiteur, ou par toute autre requête afin d’être autorisé à procéder à un
acte de ce genre.
Droit des Assurances

- Les modes d’interruption de la prescription exercés par le débiteur

Selon les dispositions de l’article 397 du Code des obligations et des


contrats, le débiteur peut interrompre la prescription par tout acte par lequel il
reconnaît le droit de celui contre lequel il avait commencé à prescrire. C’est le
cas notamment s’il y a eu compte arrêté, s’il paye un acompte lorsque ce
payement résulte d’un acte ayant date certaine, ou s’il demande un délai pour
payer, ou s’il fournit une caution ou une autre garantie, ou encore s’il oppose
la compensation à la demande de paiement du créancier.

* Les modes d’interruption propres à l’assurance :


Ils sont de 2 sortes :

* La désignation d’experts à la suite d’un sinistre :


La prescription de l’action en règlement d’un sinistre est interrompue
par la désignation d’un expert, qu’elle soit judiciaire ou amiable. C’est la
désignation de l’expert, et non le dépôt de son rapport qui constitue l’acte
interruptif. Cependant si aucun acte n’intervient dans le délai de deux ans
après la désignation de l’expert, la prescription est acquise.

* L’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception : En cas de


non-paiement de la prime par l’assuré, l’assureur peut suspendre le contrat
d’assurance par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception.
La suspension du contrat prendra effet vingt jours après l’envoi de la lettre
recommandée. Cependant, la lettre recommandée de mise en demeure a pour
effet d’interrompre la prescription de l’action de l’assureur en paiement de la
prime.

2) Les effets de l’interruption de la prescription :


Dès l’événement interruptif de prescription, c’est un nouveau délai de 2
ans qui recommence à courir à partir du moment ou l’acte interruptif a cessé
de produire son effet. Par ailleurs le temps écoulé jusqu’à l’acte interruptif
n’est pas compté aux effets de la prescription (article 398 du Code des
obligations et des contrats).
Droit des Assurances

TITRE II

LES ELEMENTS DU CONTRAT


D’ASSURANCE

L’article premier du Code des assurances définit le contrat d’assurance


comme étant « la convention par laquelle une entreprise d’assurance ou
assureur s’engage, en cas de réalisation du risque ou au terme fixé au contrat à
fournir à une autre personne appelée « assuré » une prestation pécuniaire en
contrepartie d’une rémunération appelée « prime ou cotisation ». Cette
définition permet de dégager trois éléments essentiels du contrat d’assurance à
savoir : un risque, une prime et enfin une prestation de l’assureur en cas de
sinistre ou de l’arrivée d’un terme.

Ces trois éléments constitueront les trois chapitres de ce titre.

CHAPITRE I
LE RISQUE

Parmi les trois éléments du contrat d’assurance le risque est de loin


l’élément le plus important. C’est en effet à partir du risque qu’est déterminée
la prime, et le règlement du sinistre en dépendra fortement.
On peut définir le risque comme étant « l’événement aléatoire qui, s’il
survient entraînera un dommage, lequel suscitera la garantie de l’assureur ».
En d’autres termes le risque est un événement incertain, aléatoire, qui est le
fait générateur d’un sinistre contre lequel l’assuré souhaite se prémunir.

Pour être assurable, le risque doit présenter un certain nombre de


caractères (Section I). En outre, l’assuré est tenu à une obligation de
déclaration de risque pour que l’assureur puisse apprécier et évaluer le risque
(Section II). Rappelons aussi que certains risques peuvent faire l’objet d’une
exclusion de garantie. Cependant cette exclusion de risque doit obéir à
certaines conditions qu’il convient d’étudier (Section III).
Droit des Assurances

SECTION I :
LES CARACTERES DU RISQUE ASSURABLE

Le risque est l’élément fondamental dans le contrat d’assurance, car il


est l’objet même de ce contrat. Il doit nécessairement être licite, réel et
aléatoire.

Paragraphe I : Le risque doit être licite

Cette condition de licéité est prévue par l’article 4 du Code des


assurances selon lequel « tout intérêt légitime peut faire l’objet d’un contrat
d’assurance ».

L’objet du contrat (le risque) ne saurait alors être contraire à l’ordre


public (exemple : une opération de trafic de drogue ou de recel d’objets volés)
ou contraire aux bonnes mœurs (exemple : L’assurance vie souscrite au profit
de la maîtresse du souscripteur). Bien entendu, les notions d’ordre public et de
bonnes mœurs sont des notions à contenu variable qui changent en fonction
des mentalités et selon les époques.

Paragraphe II : Le risque doit être réel

Le caractère réel du risque conditionne l’existence même du contrat.


Ainsi, si le risque n’existe pas, le contrat d’assurance est nul faute d’objet. Par
exemple, on ne peut assurer un bien qui s’est avéré détruit lors de la
souscription du contrat même si le souscripteur ignore cette destruction. C’est
ce que prévoient les dispositions de l’article 19 du Code des assurances.

Par ailleurs, il n’est pas possible d’assurer un risque déjà réalisé lors de
la souscription du contrat. Le risque doit obligatoirement exister au moment
de la conclusion du contrat.

Paragraphe III : Le risque doit être aléatoire

L’aléa est l’essence même du contrat d’assurance. Dire que le risque


doit être aléatoire, c’est dire qu’il doit être incertain et fortuit.

a) Le risque doit être incertain


Droit des Assurances

L’incertitude peut affecter d’abord la réalisation même de l’événement


assuré comme par exemple la destruction d’un immeuble par incendie ou la
destruction de la récolte par la grêle.

L’incertitude peut aussi affecter le moment d’un événement lui-même


incertain. C’est le cas de l’assurance vie ou le décès est évidement certain
alors que sa date ne l’est pas. Lorsque l’incertitude se transforme en
impossibilité, le caractère aléatoire disparaît et le contrat d’assurance prend
fin de plein droit. C’est le cas lorsqu’une chose assurée est totalement perdue
à la suite d’un événement non prévu par la police (article 19 al. 2 du Code des
assurances) comme dans l’hypothèse d’une chose assurée contre le vol qui est
entièrement détruite dans un incendie.

b) le risque doit être fortuit

On entend par risque fortuit, le risque dont la réalisation ne dépend pas


de l’assuré, et qui est le fruit du hasard ou du fait d’un tiers.

Si la réalisation d’un risque dépend de la volonté de l’une ou de l’autre


partie, l’aléa élément essentiel du contrat d’assurance disparaît, et il ne saurait
alors y avoir de risque. Ainsi, l’assureur ne répond pas des dommages
résultant de la faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré (article 4 al. 2 du
Code des assurances).

La faute intentionnelle est une celle qui suppose une recherche


consciente et voulue d’un résultat, dommageable, c'est-à-dire que l’intention
de l’assuré s’est dirigée sciemment vers la réalisation du dommage.
D’ailleurs, l’article 82 du Code des obligations et des contrats définit la faute
intentionnelle comme telle. Il s’agit selon cet article de « tout fait quelconque
de l’homme qui, sans l’autorité de la loi, cause sciemment et volontairement à
autrui un dommage ».

Mais si les fautes intentionnelles sont inassurables, qu’en est -il des
fautes volontaires non intentionnelles ? La faute volontaire non intentionnelle
est un acte irrégulier commis par son auteur avec la connaissance de
l’irrégularité, mais sans désir de réaliser le dommage qui en est la
conséquence. Les fautes non intentionnelles sont en principe assurables, elles
sont donc sujettes à garantie à moins que les assureurs prévoient d’en exclure
certaines par le biais des exclusions contractuelles de garantie.

Il est vrai que pendant longtemps ont a admis que la faute personnelle
(qu’elle soit intentionnelle ou pas) était inassurable craignant que les assurés
Droit des Assurances

abusent de cette situation. Mais une telle conception entraînerait certainement


la prohibition de l’assurance responsabilité, ce qui parait de nos jours
inacceptable. C’est finalement au cours du 19ème siècle que l’on a admis
l’assurabilité du fait personnel de l’assuré (tant qu’il s’agit d’une faute non
intentionnelle) tout en interdisant formellement l’assurance des fautes
intentionnelles.

La faute lourde quant à elle a été considérée par la loi de 1930 comme
une faute assurable en partant du fait que son auteur n’a pas cherché les
conséquences dommageables de son acte et qu’à ce titre la faute lourde
demeure un risque.

SECTION II :
LA DECLARATION DU RISQUE

La déclaration des risques à assurer est l’une des obligations


fondamentales de l’assuré, dont le but est de permettre à l’assureur d’avoir
une opinion sur le risque à garantir ce qui lui permettra de savoir s’il y a lieu
de couvrir le risque proposé et de déterminer le taux de la prime. Une
mauvaise appréciation des risques par l’assureur entraînera inéluctablement
une atteinte aux intérêts de la mutualité des assurés. En effet, en pareil cas, les
fonds récoltés par l’assureur (constitués par les primes versées par les assurés)
seront insuffisants, et ne lui permettront pas de faire face à ses obligations
envers la mutualité des assurés.

Le législateur tunisien a mis en place des techniques particulières


permettant l’appréciation du risque. Ces dernières font largement confiance
aux déclarations faites par de l’assuré avant même la conclusion du contrat
(Paragraphe I) ou en cours d’exécution du contrat (Paragraphe II). Tout
manquement à cette obligation de déclaration des risques entraînera sans
aucun doute l’application de sanctions juridiques (Paragraphe III).

Paragraphe I :
La déclaration du risque lors de la souscription du contrat

L’article 7 du Code des assurances met à la charge de l’assuré une


obligation de « répondre loyalement et avec précision à toutes les questions
consignées dans le formulaire de déclaration du risque par lequel l’assureur
l’interroge, lors de la conclusion du contrat, sur les circonstances qui sont de
nature à lui faire apprécier les risques qu’il prend en charge ».
Droit des Assurances

Sous l’empire de la loi du 1930, l’assuré était obligé de déclarer toutes


les circonstances connues de lui qui sont de nature à aider l’assureur dans
l’appréciation du risque qu’il prend en charge. C’est le système de déclaration
spontanée.

Le Code des assurances a abandonné ce système et l’a remplacé par le


système de la déclaration dirigée ou provoquée, c'est-à-dire que la déclaration
du risque se fait sur la base d’un formulaire préparé par l’assureur. Ce
système est fondé sur la bonne foi de l’assuré. L’assureur devra faire
confiance aux déclarations de ce dernier et de simples réticences risquent
d’entraîner une mauvaise appréciation du risque par l’assureur. Vu que la
déclaration des risques se fait sur la base du seul questionnaire établi par
l’assureur, ce dernier devra être limitatif, c'est-à-dire circonscrit aux seules
questions posées par le questionnaire et précis (ne doit pas être rédigé en
termes généraux). Le questionnaire portera essentiellement sur des éléments
d’appréciation du risque. Les circonstances à déclarer peuvent être objectives
(c'est-à-dire ayant une influence sur le taux de la prime), ou subjectives (c'est-
à-dire influant sur l’opinion du risque).

a) Les circonstances objectives :

Elles tiennent à l’objet même du contrat, et permettent à l’assureur de


mesurer la probabilité (fréquence) et l’intensité du risque, et de le tarifer en
conséquence. Ainsi, s’il s’agit par exemple d’une assurance contre l’incendie
d’immeuble, l’assureur se renseignera sur les matériaux de construction
utilisés, le voisinage, la situation de l’immeuble et sa destination. En matière
d’assurance automobile, il sera intéressant de préciser l’usage familial ou
professionnel de véhicule, le modèle du véhicule l’âge du conducteur…

b) Les circonstances subjectives :

Elles concernent la personne même de l’assuré, sa solvabilité et sa


moralité. Elles peuvent conduire l’assureur à ne pas contracter. Parmi les
questions qui sont posées nous en citerons quelque unes : l’assuré a-t-il subi
des sinistres dans le passé ? S’est-il vu retirer son permis de conduire ? A-t-il
fait l’objet de condamnations civiles ou pénales à l’occasion d’accidents
d’automobile antérieurs ?

Paragraphe II :
La déclaration de circonstances nouvelles
intervenues en cours d’exécution du contrat
Droit des Assurances

Une fois conclu, le contrat est normalement exécuté conformément à la


volonté déclarée des parties. Mais le contrat d’assurance est un contrat
successif, et au cours de son exécution, les circonstances qui existaient au
moment de sa conclusion peuvent avoir changé. L’adaptation du contrat
d’assurance est alors nécessaire. C’est la raison pour laquelle le Code des
assurances prévoit l’obligation de déclaration de circonstances nouvelles
(article 7- 3°). Celle – ci est applicable à tous les contrats d’assurance à
l’exception de l’assurance sur la vie (article 7 alinéa dernier du Code des
assurances) et de l’assurance exportation (article 103 du Code des
assurances).

Les circonstances nouvelles peuvent aggraver le risque ou bien entraîner


au contraire une diminution de risque. Ces deux notions méritent d’être
éclaircies.

* La notion d’aggravation de risque :

Il y a aggravation de risque lorsqu’en cours de contrat, des circonstances


nouvelles qui ont pour conséquence d’augmenter la probabilité et /ou
l’intensité du risque apparaissent, rendant de ce fait inexactes les réponses
faites à l’assureur dans le questionnaire initial, de telle manière que l’assureur
n’aurait pas conclu le contrat ou il l’aurait fait dans des conditions différentes.
Ainsi, le dépôt de matières inflammables dans un immeuble assuré contre
l’incendie, augmente sensiblement la probabilité et l’intensité du risque
assuré.

L’aggravation de risque doit être distinguée de l’augmentation de la valeur


du bien assuré. Ainsi, le remplacement de meubles sans grande valeur par des
meubles anciens et authentiques ne modifie pas le risque incendie. Dans ce
cas c’est la valeur du bien assuré qui a augmenté. Nous assistons alors à une
augmentation de la valeur de l’intérêt assuré et non pas à une aggravation du
risque. L’augmentation de la valeur de l’intérêt ne rend pas plus lourde
l’obligation de l’assureur, puisque la somme assurée constitue dans tous les
cas la limite maximum de son engagement. Ce n’est pas le cas de
l’aggravation de risque qui alourdit l’obligation de l’assureur puisque c’est
l’intensité et / ou la probabilité du risque qui augmente.

* La notion de diminution de risque :


Droit des Assurances

Lorsque la probabilité et / ou l’intensité du risque a diminué,


postérieurement à la conclusion du contrat au point que si cette diminution
avait existé lors de la conclusion du contrat, l’assureur l’aurait conclu à des
conditions moins onéreuses pour l’assuré.

La diminution de risque a été prévue par l’article 9 du Code des


assurances. Le régime de diminution de risque qui y est prévu tend à assurer
une certaine égalité dans le traitement de l’assureur et de l’assuré.

a) La mise en oeuvre de la déclaration de l’aggravation ou de la


diminution du risque :

1) Le délai de la déclaration :
Ce délai est très bref. Il est de huit jours à partir du moment où l’assuré a
eu connaissance de la circonstance nouvelle intervenue en cours de contrat, et
rendant inexactes les réponses portées au formulaire de déclaration du risque.
Ce délai s’applique aussi bien en cas d’aggravation que de diminution de
risque. Cependant, le législateur n’a prévu aucune sanction en cas
d’inobservation de ce délai (art. 7-3 du Code des assurances).

2) Forme de la déclaration :
L’article 7 du Code des assurances énonce que la déclaration de
circonstances nouvelles intervenues en cours de contrat doit être faite par
lettre recommandée. Il s’agit là d’un procédé qui vise la conservation de la
preuve de la déclaration et de la date à laquelle elle a été faite en cas de litige.

b) Les effets de la déclaration de l’aggravation et de la diminution du


risque :

1) Effets de la déclaration de l’aggravation de risques :


L’article 9 du Code des assurances distingue entre deux sortes de
circonstances aggravantes :
Il y a tout d’abord celles dont l’existence au moment de la conclusion
du contrat aurait amené l’assureur à ne pas contracter, ou à contracter
moyennant une prime plus élevée. C’est l’hypothèse prévue à l’article 9 alinéa
1 du Code des assurances.

Il y a aussi des circonstances aggravantes dont l’existence au moment


de la souscription du contrat aurait amené l’assureur à refuser absolument de
Droit des Assurances

contracter. C’est l’hypothèse prévue par l’article 9 alinéa 3 du Code des


assurances.

Il ressort de la lecture des alinéas 2 et 3 de l’article 9 du Code des


assurances que les effets de la déclaration de l’aggravation de risque
dépendent de la catégorie à laquelle appartient la circonstance nouvelle.

 Dans le cas d’une circonstance justifiant un refus absolu de


contracter, l’article 9 alinéa 3 du Code des assurances prévoit expressément
que « l’assureur peut sous réserve des dispositions particulières relatives aux
assurances obligatoires, résilier le contrat ».

Toutefois, et l’article 9 alinéa 3 est clair à ce propos, ce droit de résiliation


unilatérale ne peut être exercé par l’assureur, que si ces circonstances
nouvelles justifiant un refus absolu de contracter ont été indiquées
explicitement dans le contrat. Il s’agit là d’une mesure protectrice des droits
des assurés contre tout abus provenant d’assureurs qui invoqueraient trop
facilement une telle situation pour résilier le contrat. Cependant, il est
important de souligner que même si cette dernière condition est réalisée,
l’assureur n’est pas obligé de résilier le contrat. Ainsi, l’assureur profite d’une
simple faculté de résiliation du contrat, d’un droit, qu’il est seul à pouvoir
éventuellement exercer.

Ce droit de résiliation ne pourra être exercé qu’après 30 jours à compter


de la date de notification faite à l’assuré par lettre recommandée avec accusé
de réception. Ce délai doit être mentionné dans la lettre de notification (article
9 alinéa 4 du Code des assurances).

 Dans le cas d’une circonstance ne justifiant pas un refus absolu de


contracter ; l’article 9 alinéa 1 du Code des assurances accorde à l’assureur
la possibilité d’augmenter en cours de contrat la prime d’assurance. Cette
solution ne s’applique qu’en cas d’aggravation de risque, telle que si les
circonstances nouvelles avaient existé à la souscription du contrat ou à son
renouvellement il n’aurait pas contracté ou ne l’aurait fait que moyennant une
prime ou une cotisation d’assurance plus élevée. Si l’assuré n’accepte pas
l’augmentation de la prime qui lui a été proposée, l’assureur pourra alors
résilier le contrat (article 9 alinéa 2 du Code des assurances).

L’assureur ne pourra exercer ce droit de résiliation qu’après 30 jours à


compter de la date de notification de la demande d’augmentation faite à
l’assuré par lettre recommandée avec accusé de réception.
Droit des Assurances

La lettre recommandée doit mentionner ce délai de 30 jours (article 9


alinéa 2 du Code des assurances).

Rappelons toutefois, que l’assureur peut ne pas exercer son droit de


résiliation, et ce malgré le refus de l’assuré d’accepter l’augmentation de la
prime qui lui a été proposée. En effet, l’assureur peut dans ce cas décider de
continuer à exécuter le contrat sans surprime ou il peut aussi notifier à
l’assuré une nouvelle proposition d’augmentation moins onéreuse que la
première, à condition de respecter à nouveau les formes et les délais prévus à
l’article 9 alinéa 2 du Code des assurances.

Il faut savoir en outre, que dans tous les cas l’assureur ne peut plus se
prévaloir de l’aggravation des risques, quand après avoir été informé du refus
de l’assuré de la surprime, il a accepté le maintien du contrat aux mêmes
conditions, que se soit en recevant les primes d’assurance, ou en payant une
indemnité après un sinistre.

2) Effets de la déclaration de diminution de risque :


L’article 9 alinéa 6 du Code des assurances prévoit expressément,
qu’« en cas de diminution des risques en cours de contrat, l’assuré a le droit
de demander une diminution de la prime ou de la cotisation d’assurance ». Si
l’assureur n’accepte pas cette demande, l’assuré a le droit de résilier le contrat
30 jours à compter de la date de la notification de la demande par lettre
recommandée avec accusé de réception ou par déclaration faite par récépissé
aux bureaux de l’assureur. En ce cas, l’assureur sera tenu de restituer à
l’assuré la portion de prime d’assurance afférente à la période pendant
laquelle le risque n’a pas couru.

Paragraphe III :
Sanctions des obligations de l’assuré en matière de déclaration
des risques

Dès que la déclaration d’aggravation de risque est effectuée, l’assuré est


en situation régulière, et s’il survient un sinistre, il sera totalement garanti.
L’assureur sera alors tenu de couvrir un risque aggravé qu’il n’a pas encore
étudié.

Mais, que se passe t –il si l’assuré effectue une fausse déclaration de


risque ? Il s’agit là d’actes graves entraînant une mauvaise estimation du
risque par l’assureur pouvant fausser ses prévisions, et porter atteinte aux
intérêts de l’ensemble de la mutualité.
Droit des Assurances

En pareils cas, ce sont les dispositions de l’article 8 du Code des


assurances qui s’appliquent. Les sanctions qu’elles prévoient concernent les
cas de réticences et de fausses déclarations de l’assuré aussi bien lors de la
déclaration initiale du risque que lors de la déclaration en cours de contrat.

Ces sanctions sont assez lourdes. Elles ont été instaurées dans le but
d’inciter l’assuré à exécuter son obligation de déclaration du risque avec
loyauté et précision, conformément aux dispositions de l’article 7-2°). En fait,
l’assuré encourt des sanctions qui diffèrent selon que sa mauvaise foi a été
établie ou pas.

a) Cas de l’assuré de mauvaise foi :

Si l’assuré a mal exécuté son obligation de déclaration des risques de


mauvaise foi (réticences ou fausses déclarations), le contrat d’assurance
encourt la nullité.

1) Les conditions de la nullité du contrat :


Elles sont au nombre de trois :
* La nullité ne sera prononcée que s’il existe une irrégularité dans la
déclaration du risque se rapportant aux indications portées sur le formulaire
de déclaration du risque.

Selon l’article 8 du Code des assurances, cette irrégularité consiste soit en une
réticence, soit en une fausse déclaration qui a eu lieu lors de la déclaration
initiale du risque ou en cours d’exécution du contrat suite à une aggravation
de risque.

* La mauvaise foi de l’assuré doit être établie : L’assureur devra faire face à
la présomption de bonne foi, et prouver que l’assuré a eu l’intention de le
tromper ou de l’induire en erreur. En effet, les termes de l’article 558 du Code
des obligations et des contrats sont clairs : « la bonne foi se présume toujours,
tant que le contraire n’est pas prouvé ». L’assuré est donc présumé de bonne
foi, et c’est à l’assureur demandeur à l’action qu’incombe la preuve de la
mauvaise foi de l’assuré (article 8 alinéa 2 du Code des assurances).

* La réticence ou la fausse déclaration doit avoir changé l’appréciation du


risque assuré. Aussi, et toujours selon les dispositions de l’article 8 du Code
des assurances, la nullité du contrat ne sera encourue, que si l’opinion de
l’assureur sur le risque est altérée. Il est intéressant de souligner à ce propos,
que la nullité du contrat d’assurance sera prononcée, même si la réticence ou
la fausse déclaration a été sans influence sur le sinistre. Ce qui importe, c’est
Droit des Assurances

que cette réticence ou fausse déclaration ait modifié l’évaluation du risque par
l’assureur (article 8 alinéa 1 du Code des assurances).

2) Extinction de l’action en nullité :


L’action en nullité prévue par l’article 8 du Code des assurances est une
action en nullité relative. L’assureur peut alors y renoncer expressément par le
biais de la confirmation ; ou tacitement comme dans le cas où l’assureur
continue à exécuter le contrat d’assurance après avoir eu connaissance du vice
entachant ledit contrat. Dans tous les cas, la renonciation ne doit pas être
équivoque.

3) Les effets de la nullité du contrat d’assurance :


Selon les dispositions de l’article 336 du Code des obligations et des
contrats, la nullité à un effet rétroactif. Elle efface tous les effets du contrat,
depuis sa souscription dans l’hypothèse d’une irrégularité commise de
mauvaise foi lors de la déclaration initiale du risque, ou bien depuis la fraude
dans l’hypothèse d’une irrégularité commise à l’occasion d’une déclaration en
cours d’exécution du contrat.

La rétroactivité de la nullité va entraîner l’obligation pour l’assuré de


restituer à l’assureur toutes les sommes perçues à titre d’indemnisation des
sinistres antérieurs. L’assureur devra pour sa part rendre à l’assuré toutes les
sommes qui lui ont été versées à titre de primes d’assurance.

Enfin, il y a lieu de remarquer que la nullité du contrat d’assurance est


opposable au bénéficiaire du contrat et aux tiers exerçant l’action directe tels
que les victimes en matière d’assurance responsabilité.

b) Cas de l’assuré de bonne foi :

Si la mauvaise foi de l’assuré n’est pas établie et que rien ne prouve que
la réticence ou la fausse déclaration a été intentionnelle, la sanction encourue
par l’assuré est beaucoup moins sévère.
Les sanctions encourues par l’assuré en pareil cas sont prévues par les
alinéas 3, 4 et 5 de l’article 8 du Code des assurances. Elles diffèrent selon
que l’irrégularité a été constatée par l’assureur avant ou après la survenance
du sinistre.

1) L’irrégularité constatée avant la survenance du sinistre :


En pareil cas, le contrat d’assurance ne pourra pas être frappé de nullité
car l’irrégularité résulte d’une faute non intentionnelle comme la négligence.
Droit des Assurances

Cependant l’assureur dispose d’une option qui lui permet de choisir entre le
maintien du contrat avec surprime et la résiliation du contrat.

* Le maintien du contrat avec surprime :


L’assureur peut proposer à l’assuré la poursuite du contrat avec
surprime. La majoration de la prime sera en rapport avec la réalité du risque
assuré. L’assuré pourra alors accepter ou refuser cette proposition. S’il
l’accepte, le contrat se trouve modifié et adapté à ces nouvelles circonstances.
Si par contre l’assuré refuse la surprime, l’assureur peut résilier le contrat
d’assurance. Ce droit de résiliation appartient à l’assureur et à lui seul, et le
refus de la proposition de l’assureur par l’assuré ne vaut pas résiliation. C’est
l’assureur qui doit aviser l’assuré de la résiliation par lettre recommandée en
lui accordant un préavis de 10 jours à compter de l’envoi de cette lettre
(article 8 alinéa 3 du Code des assurances).
En outre, l’assureur n’est pas tenu de proposer au préalable la poursuite du
contrat avec surprime. Il peut décider d’emblée de résilier le contrat.

* La résiliation :
L’article 8 du Code des assurances précise à ce propos que :
« L’assureur à le droit de résilier le contrat 10 jours après la date de la
notification adressée à l’assuré par lettre recommandée avec accusé de
réception ». Ce préavis de 10 jours est accordé à l’assuré pour lui permettre de
trouver un autre assureur. Bien entendu, l’assureur est tenu de restituer à
l’assuré le reliquat de la prime c'est-à-dire la partie de la prime correspondant
à la période de non garantie pendant laquelle l’assurance ne court plus.

2) L’irrégularité constatée après un sinistre :


La sanction prévue par l’article 8 dans son cinquième alinéa est la
réduction proportionnelle de l’indemnité. D’après ce texte « l’assureur est en
droit de réduire l’indemnité en proportion du taux de prime payé rapporté au
taux de la prime qui aurait été dû s’il n’y avait pas en réticence ou fausse
déclaration. La réduction proportionnelle est une sanction légale, elle n’a pas
besoin d’être stipulée dans la police.

Ajoutons que si la réduction proportionnelle est la seule sanction


prévue la loi, il n’empêche que l’assureur peut se décharger de la garantie
pour l’avenir et procéder à la résiliation du contrat.

En effet, si l’assureur peut opter pour la résiliation du contrat lorsque


l’irrégularité a été constatée avant tout sinistre, l’assureur peut à plus forte
raison résilier le contrat s’il constate l’irrégularité après le sinistre.
Droit des Assurances

Il faut savoir en outre que la réduction proportionnelle n’est pas


opposable aux tiers victimes d’accidents de la route. De plus, l’assureur qui
aura désintéressé la victime pourra par la suite se retourner contre son assuré
fautif.

Rappelons tout de même que toutes les sanctions prévues à l’article 8 dans
ses alinéas 3,4 et 5 peuvent être écartées par renonciation expresse ou tacite
de l’assureur à invoquer ces sanctions légales. Cependant l’assuré devra
démontrer que l’assureur a agit de la sorte en connaissance de cause.

SECTION III :
L’EXCLUSION DE RISQUES

En principe, tout risque est assurable à partir du moment où il est licite,


réel et aléatoire. Cependant, l’assureur peut avoir intérêt à restreindre
l’étendue de sa garantie par le biais de clauses d’exclusion de risques. Ces
dernières présentent des dangers pour les assurés car si un sinistre survient
dans les hypothèses exclues, l’assureur ne doit aucune prestation. C’est
pourquoi il faut déterminer clairement les conditions de validité de telles
clauses (Paragraphe I) ainsi que leurs effets (Paragraphe II).

Paragraphe I : Condition de validité des exclusions de risques

Pour protéger l’assuré, la loi soumet la validité des exclusions de risque


à certaines conditions. Ainsi et aux termes de l’article 4 du Code des
assurances l’exclusion doit être formelle et limitée. Elle doit aussi à peine de
nullité être mentionnée en caractères très apparents. C’est ce que prévoient les
dispositions de l’article 12 du Code des assurances.

a) L’exclusion de risques doit être formelle :

L’exclusion doit être claire, précise et non équivoque, c'est-à-dire


qu’elle doit manifester de façon non douteuse l’intention des parties d’exclure
un ou plusieurs risques de la garantie.

En pratique, l’exclusion de risque peut prendre deux formes :

 L’exclusion directe : Dans cette hypothèse, les cas de non-assurance sont


énumérés de manière explicite dans la police. Le type de rédaction
généralement employé est : « tous les risques sont garantis sauf… ». Cette
Droit des Assurances

formule est pour les assurés la plus protectrice, car elle leur permet de prendre
véritablement conscience de l’étendue de la garantie. Cependant, cette forme
d’exclusion à un aspect peu attractif, car l’assuré se retrouve perdu devant
d’interminables listes à la lecture. C’est pourquoi les assureurs l’évitent.

 L’exclusion indirecte : il y a exclusion indirecte des risques lorsque


l’assureur énumère avec précision les risques assurés. Les risques non
mentionnés se trouvent alors exclus d’office.

b) L’exclusion de risques doit être limitée

En instaurant une telle condition, le législateur a voulu que l’assuré


connaisse très exactement les risques pour lesquels il n’est pas garanti. Ainsi,
la clause d’exclusion de garantie ne doit pas être vague et générale. Par
conséquent, ne seront pas valables les clauses prévoyant l’exclusion générale
de toute faute de l’assuré pour « inobservation des lois et règlements » ou
pour « faute lourde ».

La clause d’exclusion doit être rédigée en caractères très apparents : Il


s’agit là encore d’une mesure, protectrice instaurée par le législateur en faveur
des assurés. La clause d’exclusion du risque doit être mentionnée en caractère
très apparent, c'est-à-dire qu’elle doit être écrite dans une typographie
particulière qui la fait ressortir par rapport aux autres clauses du contrat. Elle a
pour but d’attirer l’attention de l’assuré, c’est pourquoi, la clause d’exclusion
est souvent rédigée en caractère gras ou en couleurs.

Paragraphe II : Les effets de l’exclusion de risque


Lorsqu’il y a exclusion de risque, c’est le champ d’application de la
garantie due par l’assureur qui est délimité hors duquel il n’y a pas
d’assurance pour le risque exclu. Lorsqu’il y a exclusion de risque, l’assureur
ne doit aucune garantie.
Ainsi, si un sinistre se réalise dans une hypothèse visée par la clause
d’exclusion de risque, l’assureur sera dispensé de fournir sa prestation et il ne
devra rien que se soit à l’assuré, à un tiers victime ou même à un bénéficiaire
désigné. La clause d’exclusion de garantie est donc opposable aux victimes
d’accidents de la circulation.

CHAPITRE II
Droit des Assurances

LA PRIME

La prime d’assurance peut être définie comme étant la contrepartie de


l’obligation de l’assureur. C’est le prix que le contractant de l’assureur est
tenu de verser pour prétendre bénéficier des prestations qui lui ont été
promises par l’assureur en cas de survenance de l’événement envisagé au
contrat. Ainsi définie, la prime est présentée de manière globale. En fait la
prime peut être décomposée en deux éléments : la prime pure et les
chargements.

La prime pure ou technique est déterminée en fonction de la probabilité


de la survenance de l’événement, de l’intensité de ses conséquences ainsi que
de la durée de contrat, et des intérêts des sommes placées.

Les chargements sont l’ensemble des charges engendrées par la gestion


commerciale et administrative du contrat d’assurance. Ainsi, seront pris en
considération, les frais de gestion courante tels que les loyers, les salaires du
personnel…, et les rémunérations sous forme de commissions des
intermédiaires d’assurance lorsque ceux-ci existent.

La prime nette ou commerciale sera constituée alors de la prime pure à


laquelle sont ajoutés les chargements.

On entend par prime totale, la prime nette et les différentes charges ou


taxes fiscales applicables en la matière.

Après avoir délimité les contours de la notion de prime, il est


intéressant de rappeler un principe essentiel en matière d’assurance à savoir
« le principe de la divisibilité de la prime ». Celui-ci permet en cas de
résiliation du contrat en cours d’une période d’assurance déterminée, de
fractionner la prime versée à l’assureur, au prorata de la période garantie.
Ainsi, si l’assureur ne doit plus sa garantie pour une période déterminée
initialement prévue par le contrat, la portion de prime perçue pour cette
période doit être constituée à l’assuré. C’est le cas notamment en cas de perte
totale de la chose assurée résultant d’un événement non prévu par la police.
Le contrat d’assurance prend alors fin de plein droit et l’assureur doit restituer
à l’assuré la portion de la prime payée d’avance et relative à la période pour
laquelle le risque n’est plus couvert.

Par contre, le principe de la divisibilité de la prime ne s’applique pas en


cas de perte totale de la chose résultant d’un événement prévu au contrat, car
Droit des Assurances

l’assureur devra sa garantie qui est la contrepartie de la prime versée par


l’assuré.

Ainsi, et après avoir délimité les contours de la notion de « prime » il


est intéressant d’analyser les modalités de paiement de la prime (Section I)
avant de déterminer les conséquences du défaut d’exécution de cette
obligation par l’assuré (Section II).

SECTION I :
LES MODALITES DE PAIEMENT DE LA PRIME

L’obligation de l’assuré relative au paiement de la prime ou cotisations


aux époques convenues est une obligation fondamentale, puisqu’elle est la
cause de l’obligation de garantie qui pèse sur l’assureur. Cette obligation doit
être exécutée conformément à certaines règles relatives à la détermination du
débiteur de l’obligation de paiement (Paragraphe I), à l’époque
(Paragraphe II) et au lieu de paiement (paragraphe III), et enfin aux modes
de paiement (Paragraphe IV).

Paragraphe I :
La détermination du débiteur de l’obligation de paiement

Les articles 7 et 11 du Code des assurances désignent l’assuré comme


débiteur de la prime. Cette formule est partiellement inexacte, car si l’assuré
et le souscripteur sont souvent la même personne, il arrive que l’assuré soit
une personne tout à fait distincte de celle du souscripteur. C’est le cas
notamment de l’assurance sur la vie sur la tête d’un tiers. C’est pourquoi, il
est plus approprié de désigner le débiteur de l’obligation de paiement de la
prime comme étant le « souscripteur » du contrat d’assurance.

La personne du débiteur peut changer en cours de contrat, comme dans


le cas de transmission du contrat d’assurance par suite du décès de l’assuré
souscripteur ou d’aliénation de la chose assurée. L’assurance continue alors
de plein droit au profit de l’héritier ou de l’acquéreur, qui sera tenu de toutes
les obligations de l’assuré, entre autres de l’obligation de paiement de la
prime.

Paragraphe II : L’époque du paiement de la prime


Droit des Assurances

Le moment de paiement de la prime appelé aussi l’échéance de la prime


est fixé par les parties au contrat. L’article 7 du Code des assurances prévoit à
cet effet que : « L’assuré est obligé : 1) de payer la prime ou la cotisation
d’assurance aux époques convenues ». En pratique, le paiement est à la fois
anticipé et périodique.

* Le paiement anticipé signifie que la prime est payable d’avance. Des


clauses de style insérées très souvent dans les polices exigent que le paiement
de la prime ait lieu au début de la période garantie, sauf dans les assurances
contre le grêle payables à terme échu.

* Le paiement est périodique lorsque la prime est payable par périodes.


En pratique, la prime est le plus souvent stipulée payable par périodes
annuelles. Cependant, les parties au contrat d’assurance peuvent s’entendre
sur le fractionnement du paiement, par semestre ou par trimestre. Cette
possibilité a d’ailleurs été prévue par l’article 11 du Code des assurances.

Paragraphe III : Lieu du paiement de la prime

L’article 6 du Code des assurances édicte une règle générale qui est
celle de la « portabilité de la prime », et lui apporte en même temps des
exceptions limitées.

a) La règle de la portabilité de la prime :

D’après l’article 6 du Code des assurances : « la prime ou cotisation


d’assurance est payable au domicile de l’assureur ou du mandataire désigné
par lui à cet effet ». On dit alors que la prime est portable.

En consacrant une telle solution, le Code des assurances innove en la


matière, car jusque là et sous l’empire de la loi, de 1930 les primes étaient
payables au domicile de l’assuré ou à tel autre lieu convenu. C’était donc le
principe de la quérabilité de la prime qui été appliqué, et l’assureur devait
alors réclamer le paiement de la prime.

Cette règle a cependant été écartée. Jugée inadéquate, trop onéreuse, et


ne répondant pas aux besoins de performance du système de recouvrement
des primes, on lui a préféré le principe de portabilité de la prime. Ce dernier
exige de l’assuré qu’il se déplace aux bureaux de l’assureur pour effectuer le
paiement de la prime à l’échéance. S’il ne le fait pas, il sera en faute, et
l’assureur sera en droit d’exercer contre lui la procédure de défaut de
Droit des Assurances

paiement de la prime. En aucun cas l’assureur ne sera obligé de lui rappeler


l’échéance.
Cette position des rédacteurs du code des assurances est en conformité
avec celle consacrée par le droit commun à travers les dispositions de l’article
250 du Code des obligations et des contrats.
Néanmoins, il faut savoir que la prime d’assurance est
exceptionnellement quérable dans certains, cas et à certaines conditions qui
ont été fixées par arrêté du ministre chargé des finances. C’est ce qui
prévoient les dispositions de l’article 6 du Code des assurances.
Un arrêté du 2 janvier 1993 est venu préciser les personnes visées par
cette exception. Selon l’article 1er de cet arrêté, la prime ou cotisation
d’assurance est payable au domicile de l’assuré pour les personnes physiques
désignées ci-après : les personnes ayant atteint l’âge de 70 ans et plus, et les
handicapés tels que définis par la loi n°81-46 du 29 mai 1981 modifiée et
complétée par la loi n°89-52 du 14 mars 1989.
Ces personnes devront informer l’assureur de leur situation pour que la
règle de la quérabilité de la prime leur soit appliquée.

Paragraphe IV : Les modes de paiement de la prime

Le paiement de la prime peut être valablement effectué par différentes


modalités. Ainsi l’assuré peut procéder à un versement en espèces entre les
mains de l’assureur. Il peut aussi remettre un chèque ou une traite, ou bien
régler le prime par virement postal ou bancaire. Un autre mode de paiement
peut être utilisé. Il s’agit du paiement par compensation dans le cas où
l’assureur redevable d’une somme d’argent à titre d’indemnité due à la suite
d’un sinistre. L’assureur retiendra alors le montant de la prime sur
l’indemnité.

En cas de paiement par chèque, la garantie est due par l’assureur dès la
remise du chèque par l’assuré, sous condition résolutoire de non-encaisement
si le compte n’est pas approvisionné. Il est vrai qu’en droit commun, le
paiement par chèque n’est réputé effectué qu’à partir du jour de
l’encaissement effectif du chèque. Mais une telle disposition ne saurait être
appliquée en matière d’assurance, car la garantie ne peut dépendre du bon
vouloir de l’assureur qui pourrait tarder à présenter le chèque à la banque.

SECTION II :
LE DEFAUT DE PAIEMENT DE LA PRIME
Droit des Assurances

Le non-paiement de la prime ou d’une fraction de prime à l’échéance


permet à l’assureur de recourir à une procédure spécifique applicable à toutes
les catégories d’assurance à l’exception de l’assurance vie. En effet, l’article
11 du Code des assurances accorde à l’assureur la possibilité d’exercer une
action pour exiger de l’assuré le paiement des primes dues. Cependant, une
telle procédure n’existe pas en matière d’assurances sur la vie. En pareil cas,
l’article 41 du Code des assurances, prévoit que « le défaut de paiement ne
peut avoir pour effet que la réduction du capital ou de la rente assurée,
nonobstant toute convention contraire, pourvu qu’il ait été payé au moins trois
primes annuelles ». Cette exception a été instaurée afin d’encourager les gens
à s’assurer sur la vie.

Les solutions proposées par le droit commun en cas de non-paiement


des primes à l’échéance sont inadaptées aux contrats d’assurance, et ce pour
plusieurs raisons. Tout d’abord les assureurs ne peuvent pas exercer une
action en justice sur la base de l’article 273 du Code des obligations et des
contrats à chaque fois où une prime est impayée. Une telle procédure est trop
lourde. De même qu’insérer dans la police une clause de suspension
automatique de garantie en cas de non-paiement à l’échéance est une solution
trop sévère pour les assurés négligents.

C’est pourquoi le Code des assurances a mis en place un régime


particulier applicable à la suite d’un défaut de paiement de prime par l’assuré.
En effet l’article 11 du Code des assurances prévoit expressément qu’en cas
de non-paiement de la prime, l’assureur peut suspendre le contrat d’assurance
(b) vingt jours après l’envoi à l’assuré d’une lettre recommandée de mise en
demeure(a). Si après dix jours de suspension du contrat, l’assuré n’a toujours
pas payé, l’assureur pourra alors résilier le contrat ou en poursuivre
l’exécution en justice (c).

a) La mise en demeure :

La mise en demeure est une formalité impérative préalable à la


suspension de la garantie et à la résiliation.

1) Forme de la mise en demeure :


La mise en demeure se fait par lettre recommandée avec accusé de
réception, adressée à l’assuré à son dernier domicile connu de l’assureur
(article 11 alinéa 1er du Code des assurances) c'est-à-dire celui mentionné
dans la police, éventuellement modifié par une notification de l’assuré lors
d’un changement d’adresse.
Droit des Assurances

Si l’assuré refuse de réceptionner la lettre recommandée, ou s’il a été


absent, la lettre sera retournée à l’assureur. Ce dernier devra alors s’il décide
la poursuite en justice, la présenter fermée à la juridiction saisie de l’affaire
qui pourra en vérifier le contenu (cour d’appel de Tunis. Arrêt inédit du 21
juin 1967 sous le numéro 27127).

2) Contenu de la mise en demeure :


L’article 11 du Code des assurances précise au sein de son alinéa
second que la lettre recommandée doit mentionner clairement qu’elle est
envoyée à titre de mise en demeure à l’assuré. Elle doit aussi rappeler la date
de l’échéance de la prime et reproduire le texte de l’article 11 du Code des
assurances. Toutes ces exigences ont été instaurées pour que l’assuré se rende
bien compte qu’il encourt une prochaine suspension de garantie.

En pratique, et pour éviter tout contestation sur le contenu de la lettre ,


car l’assuré peut toujours prétendre avoir reçu un pli non écrit, les compagnies
utilisent un registre à souche de mises en demeure imprimées avec un numéro
d’ordre, et envoyées par simple pliage sans enveloppe. De même, la
jurisprudence française considère que la signature de l’accusé de réception par
le destinataire crée une présomption de connaissance du contenu de la lettre
par l’assuré.

3) Les effets de la mise en demeure :


Les effets de la mise en demeure sont au nombre de trois :

* Elle fait courir des intérêts moratoires au profit de l’assureur par application
de l’article 278 alinéa 2 du Code des obligations et des contrats.
* Elle constitue un acte interruptif de prescription de l’action en paiement de
la prime d’assurance (article 15 du Code des assurances).
* Son envoi fait courir un délai de 20 jours fixé par l’article 11 du Code des
assurances aux termes duquel la garantie est suspendue. Pendant cette période
de 20 jours, la garantie de l’assureur est maintenue. Si un sinistre survient, ce
dernier devra alors couvrir les dommages. En pareil cas l’assuré s’empresse
généralement de payer le primes dues sinon l’assureur peut par compensation
en prélever le montant sur l’indemnité d’assurance qui lui est due.

D’un autre coté, il faut savoir que le délai de 20 jours est compté à partir
du lendemain à 0 heure du jour d’envoi de la lettre recommandée. Ainsi, si
une lettre est envoyée le 10 janvier, le délai commence à courir à partir du 11
janvier pour expirer le 30 janvier à minuit. Ce délai de 20 jours peut être
prolongé d’un jour à partir du moment où il vient à expiré un jour férié et ce
Droit des Assurances

conformément aux dispositions de l’article 143 du Code des obligations et des


contrats.

b) La suspension de la garantie :
La suspension de la garantie est une sanction du défaut de paiement de
la prime qui prend effet automatiquement après l’expiration du délai de 20
jours qui suit la mise en demeure. Une fois le contrat suspendu, l’assureur
n’est pas tenu d’exécuter sa prestation en cas de réalisation d’un sinistre. Par
contre l’assuré demeure tenu de payer la prime d’assurance.

L’assuré ne saurait se plaindre d’être toujours tenu de son obligation


alors que l’assureur est délié de la sienne, puisque c’est lui qui est en faute et
qu’il lui suffit de payer la prime pour rétablir la garantie.

La suspension de la garantie est une procédure visant à obliger l’assuré


de payer la prime s’il désire toujours profiter de la garantie que lui offre
l’assureur. Cependant, la suspension est une sanction provisoire. Il existe
alors plusieurs causes de cessation de la suspension.

1) Cessation de la suspension par le paiement de la prime :


La garantie peut être remise en vigueur du fait du paiement de la prime
arriérée. Cette remise en vigueur n’a lieu en réalité que le lendemain à zéro
heure du jour où les primes arrières auront été payées (article 11 alinéa 5 du
Code des assurances). Cette disposition tend à éviter les fraudes et les
contestations relatives à la détermination du moment exact du paiement de la
prime.

Cette remise en vigueur n’est possible que si l’assuré s’acquitte de sa


dette dans un délai de 10 jours après la suspension du contrat, car passé ce
délai, l’assureur est en droit de résilier le contrat, (article 11 alinéa 3 du Code
des assurances). De même que le contrat ne sera remis en vigueur que si
l’assuré a acquitté la totalité de sa dette, c'est-à-dire l’intégralité de la prime
ou des primes arriérées ainsi que les frais et les intérêts courus depuis la mise
en demeure.

2) Cessation de la suspension par la résiliation :


L’assureur a le droit de résilier le contrat d’assurance après 10 jours au
moins de suspension du contrat sans que l’assuré paye la prime arriérée. Cette
résiliation n’est pas judiciaire puisqu’elle peut se faire selon l’article 11 alinéa
4 par une déclaration de l’assureur contenue dans une lettre recommandée
Droit des Assurances

avec accusé de réception adressée à l’assuré. Il s’agit d’une sanction


définitive puisqu’elle met fin au contrat.

3) Cessation de la suspension par la renonciation de l’assureur :

La renonciation de l’assureur fait cesser la suspension. Ce sera à


l’assuré d’en apporter la preuve. Il faut savoir que la suspension est opposable
à l’assuré à moins qu’il prouve qu’en raison d’un cas fortuit ou d’une force
majeure il n’a pu s’exécuter.

Par contre, il ne pourra en aucun cas prétendre ne pas avoir reçu la


lettre recommandée. La suspension est en outre opposable au tiers
bénéficiaire, car les droits du tiers victime sur l’indemnité d’assurance
trouvent leur fondement dans le contrat d’assurance qui lie l’auteur
responsable du dommage à l’assureur.

Si ce contrat est suspendu ou résilié, il ne pourra produire aucun effet à


l’égard du tiers victime. C’est ce que prévoient les dispositions de l’article
551 du Code des obligations et des contrats : « Nul ne peut conférer à autrui
plus de droits qu’il n’en a lui-même ».

c) La poursuite en justice ou résiliation :

Après 10 jours de suspension du contrat sans paiement, l’assureur a le


droit de résilier le contrat ou d’en poursuivre l’exécution en justice (article 11
alinéa 3). Le législateur accorde alors à l’assuré la faculté de choisir entre
deux options. Il choisira bien sûr celle qui lui conviendra le mieux.

1ère option : la poursuite en justice


L’article 11 du Code des assurances prévoit au sein de son troisième
alinéa que « l’assureur a le droit, dix jours à partir de l’expiration du délai fixé
à l’alinéa premier du présent article, de résilier le contrat ou d’en poursuivre
l’exécution en justice ». On pourrait alors penser que l’assureur ne peut
poursuivre l’assuré en justice qu’après avoir respecté les formalités de mise
en demeure ainsi que les délais de vingt et dix jours consécutifs à la mise en
demeure. Mais, une telle affirmation est critiquable car ces formalités ont été
instituées essentiellement pour protéger l’assuré et lui permettre de régulariser
sa situation en lui épargnant toute sanction soudaine. Elles n’ont aucune
raison d’être dans le cas où l’assureur déciderait de poursuivre l’assuré en
justice pour paiement de ses primes, car en pareille situation, l’assuré
demeure garanti.
Droit des Assurances

Par ailleurs, il faut savoir que lorsque l’assureur choisit de poursuivre


l’assuré en justice, il est en droit de réclamer non seulement toutes les
sommes qui lui sont dues mais aussi les dommages et intérêts en raison du
préjudice que l’assuré a pu lui causer.

2ème option : La résiliation


Ce droit appartient exclusivement à l’assureur. La résiliation n’empêche
pas l’assureur d’agir en justice pour réclamer les sommes qui lui sont dues.
Cette action en justice n’entre pas dans le cadre de l’option offerte à l’assuré
par l’article 11 du Code des assurances, car il ne s’agit pas « d’exécution d’un
contrat en cours » mais plutôt de poursuivre l’exécution d’un contrat dans le
passé.

Rappelons tout de même qu’aucun délai de préavis n’est exigé, et que la


résiliation prend immédiatement effet par simple déclaration de l’assureur
contenue dans une lettre recommandée avec accusé de réception adressée à
l’assuré (article 11 al. 4 du Code des assurances) après l’écoulement du délai
de 10 jours de suspension du contrat.

En outre, il faut savoir que si l’assureur décide de résilier le contrat


d’assurance, il ne peut plus réclamer le reliquat de la prime afférent à la
période pendant laquelle le risque n’a pas couru.

CHAPITRE 3
LE SINISTRE

Le sinistre est la réalisation du risque garanti par un contrat d’assurance


valable et en cours d’exécution. Cependant, en matière d’assurance
responsabilité civile, le sinistre est constitué, non pas par le fait générateur du
dommage causé au tiers, mais par la réclamation faite par ce tiers à l’assuré.
C’est ainsi que l’article 24 du Code des assurances édicte clairement
que : « Lorsque l’assuré a causé un dommage à un tiers, l’assureur n’est tenu
d’indemniser que si le tiers lésé a adressé à l’assuré une réclamation amiable
ou a exercé contre lui une action en justice ».

En pratique, les assureurs exigent très souvent que les assurés leur
déclarent tout accident qu’ils auront causé sans attendre la réclamation des
Droit des Assurances

tiers. Cette déclaration permettra alors aux assureurs d’être informés de la


réalisation du risque dans les plus brefs délais.

L’arrivée du sinistre engendre des obligations à la charge de l’assuré


(Section I) et de l’assureur (Section II) qu’il convient d’étudier.

SECTION 1 :
LES OBLIGATIONS DE L’ASSURE EN CAS DE
SINISTRE

Il est important de délimiter les différentes obligations qui incombent à


l’assuré (Paragraphe I), car leur inexécution entraînera inévitablement
l’application de sanctions qui sont déterminantes pour l’avenir du contrat
d’assurance (Paragraphe II).

Paragraphe I :
Détermination des obligations de l’assuré en cas de sinistre

L’assuré est légalement tenu d’une seule obligation : déclarer le sinistre à


l’assureur dans un certain délai (a). Mais il peut être conventionnellement
soumis à d’autres obligations précisées par les clauses de la police (b).

a) L’obligation légale de déclaration du sinistre :

La déclaration du sinistre est l’obligation légale la plus importante, elle


est générale et s’applique à tous les contrats d’assurance. L’article 7 du Code
des assurances prévoit à ce propos que : « l’assuré est obligé… de donner avis
à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance, et au plus tard dans un délai ne
dépassant pas cinq jours ouvrés, de tout sinistre de nature à entraîner la
garantie de l’assureur ».

Cette obligation de déclaration se justifie par le fait que c’est l’assureur


qui en fin de compte va être tenu d’indemniser la victime. Il est alors en droit
d’être informé dans les plus brefs délais de la réalisation du risque qu’il a
assuré, pour pouvoir défendre ses intérêts dans les meilleures conditions.

1) Forme de la déclaration :
Aucune forme particulière n’a été imposée par les rédacteurs du Code
des assurances, et l’assuré pourra déclarer le sinistre par le biais du
Droit des Assurances

télégramme, du téléphone ou bien même par simple déclaration verbale ou


lettre missive.

Néanmoins, il est toujours utile que l’assuré garde une preuve de sa


déclaration qui se distingue par un caractère succinct c'est-à-dire qu’elle doit
seulement porter sur les circonstances essentielles du sinistre (lieu, moment,
dégâts apparents).

En général, le contrat d’assurance prévoit si la déclaration doit être


faite, soit à la compagnie elle-même, soit auprès de l’agent général.

Rappelons en outre qu’en principe, c’est l’assuré qui déclare le sinistre.


Dans le cas d’assurance décès, cette obligation est mise à la charge du
bénéficiaire.

2) Délai de la déclaration :
Si comme nous l’avons précédemment précisé, l’assureur doit être
prévenu dès que possible de la réalisation du sinistre qu’il devra couvrir, il
n’en demeure pas moins que l’assuré doit disposer d’un délai minimum pour
pouvoir exécuter son obligation de déclaration.

Ainsi, l’article 7-4) dispose que l’assuré est obligé du donné avis à
l’assureur de tout sinistre dès qu’il en a eu connaissance, et au plus tard dans
un délai ne dépassant pas cinq jours ouvrés. Cette règle connaît des
exceptions puisque ce délai de cinq jours est légalement réduit dans deux
hypothèses. En effet, selon l’article 7-4), le délai de déclaration du sinistre est
ramené à deux jours ouvrés en cas de vol, et à vingt-quatre heures en cas du
mortalité du bétail.

Tous ces délais commencent à courir à partir du moment où l’assuré a


eu connaissance du sinistre. S’il s’agit de délais fixés par jours, le jour de la
connaissance du sinistre n’est pas comptabilisé, et le délai commence à courir
le lendemain à zéro heure. Par contre si le délai se compte en heures
(mortalité du bétail), il sera calculé par heure.

Précisons, tout de même, que tous les délais précités peuvent être
prolongés d’un commun accord entre les deux parties contractantes (article 7-
4° du Code des assurances). Ils ne peuvent en aucun cas être réduits.

Enfin, il faut savoir que l’obligation de déclaration du sinistre pèse en


principe sur tout assuré, mais qu’elle ne s’applique pas aux contrats
d’assurance sur la vie (article 7 infiné du Code des assurances).
Droit des Assurances

b) Les obligations conventionnelles :

L’assuré peut être conventionnellement soumis à d’autres obligations


précisées par les clauses de la police. Certaines sont favorables à l’assuré
comme la clause visant à allonger le délai de déclaration du sinistre de 5
jours. En effet, il s’agit là d’un délai minimum prévu par le législateur qui ne
peut être en aucun cas raccourci, mais les parties au contrat peuvent si elles le
désirent l’allonger.

D’autres clauses relatives à la déclaration du sinistre sont


envisageables. Elles peuvent être très courantes, comme celle de fournir en
assurance de choses, un état détaillé et estimatif des pertes subies par l’assuré
avec toutes les justifications utiles. De même, en matière d’assurance
responsabilité civile, les assureurs interdisent souvent à l’assuré de
reconnaître sa responsabilité et de transiger seul avec la victime avant même
que l’assureur ne prenne la direction du procès. Nous retrouverons aussi très
fréquemment dans les polices d’assurance automobile des clauses, obligeant
l’assuré à aviser en cas de vol les autorités locales, et de déposer une plainte
au parquet. Pareillement, les contrats d’assurance incendie spécifient
généralement que l’assuré doit obligatoirement faire tout ce qui est possible
pour éviter l’aggravation du sinistre. Par ailleurs, il est admis que l’assureur
peut exiger que l’assuré lui fasse une déclaration complémentaire du sinistre,
plus précise et plus circonstanciée que la déclaration initiale dans le but de
l’éclairer sur les conditions de réalisation du sinistre et sur l’ampleur des
dommages.

Nous constatons qu’en général, ces clauses insérées dans les polices
d’assurances et se rapportant à la déclaration du sinistre, n’ont pour effet que
de mettre à la charge de l’assuré d’autres obligations.

Il faut tout de même souligner que ces obligations conventionnelles ne


sont pas toujours, sanctionnées par la déchéance. Ce n’est pas le cas de
l’obligation légale.

Paragraphe II :
La sanction des obligations de l’assuré en cas de sinistre

La déchéance est une sanction spécifique traditionnellement appliquée


à l’assuré en cas de retard dans la déclaration du sinistre. Il est vrai que la
déchéance n’est pas une sanction légale, mais le législateur permet
expressément l’insertion dans les polices d’assurances de clauses de
Droit des Assurances

déchéance sanctionnant l’assuré qui n’a pas exécuté ses obligations après la
réalisation du sinistre. Il s’agit donc d’une sanction conventionnelle, et la
licéité des clauses de déchéance, qui sont souvent insérées dans les contrats se
trouve confortées par la loi.

a) La notion de déchéance :

On peut définir la déchéance comme étant une sanction conventionnelle


entraînant la perte du droit à la garantie de l’assureur à l’égard d’un assuré qui
n’a pas exécuté ses obligations en cas de sinistre.

Si, lors de la réalisation du sinistre, l’assuré n’avait pas droit à la


garantie de l’assureur, car le risque était exclu ou parce que le contrat était nul
ou la garantie suspendue pour non-paiement des primes, on ne peut pas parler
de déchéance mais plutôt d’exclusion de risque, de nullité du contrat
d’assurance ou de suspension de le garantie. La déchéance suppose donc qu’il
y ait eu réalisation du risque prévu au contrat alors que l’assuré avait un droit
à la garantie. L’assuré jouissait du droit à la garantie et c’est la déchéance qui
lui a fait perdre ce droit en sanction de fautes commises lors de la réalisation
du sinistre.

Il faut savoir aussi que la déchéance n’atteint pas le contrat d’assurance.


Celui –ci demeure valable, et l’assuré a seulement perdu son droit à la
garantie pour le sinistre à l’occasion duquel il a manqué à ses obligations.

En principe, la déchéance est une sanction qui s’applique à l’assuré


qu’il soit de bonne ou de mauvaise foi. Cette sanction, il est vrai, peut paraître
abusive surtout lorsque le retard est faible et que l’assuré est dépourvu de
toute intention frauduleuse. C’est pourquoi en pratique les assureurs
l’invoquent rarement à l’égard des assurés de bonne foi. Parfois aussi, les
assureurs évitent les clauses de déchéance et prévoient seulement des
dommages intérêts qui leur seront versés jusqu’à concurrence du préjudice
qu’ils ont subi suite à la faute de l’assuré dans la déclaration du sinistre.
D’ailleurs, la loi française du 31 décembre 1989 édicte clairement que lorsque
la déchéance est prévue par une clause du contrat, elle ne peut être opposée à
l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a causé un
préjudice. Elle une peut également être opposée dans tous les cas où le retard
est dû à un cas fortuit ou de force majeure.

b) L’objet des clauses de déchéance :


Il est vrai que la déchéance est une sanction conventionnelle.
Cependant, elle n’est pas totalement laissée à la discrétion de l’assureur. En
Droit des Assurances

effet, l’article 12 du Code des assurances déclare nulles les clauses de


déchéances en cas de violation des lois ou des règlements, en cas de simple
retard dans la déclaration du sinistre aux autorités, ou dans la production de
pièces.

* La violation des lois et règlements :


L’article 12 alinéa premier du Code des assurances déclare nulles
« toutes clauses générales frappant de déchéance l’assuré en cas de violation
des lois et règlements, à moins que cette violation ne constitue un crime ou un
délit.

L’emploi du terme « déchéance » dans ce texte est inappropriée. En


effet, lorsque l’on évoque la déchéance, cela suppose que le droit à garantie
existait au moment de la réalisation du sinistre, puis a été perdu suite à
l’inexécution des obligations de l’assuré après le sinistre. Or, l’alinéa premier
de l’article 12 du Code des assurances fait référence aux clauses de déchéance
frappant l’assuré en cas de violation des lois et règlements. Ce texte en réalité
fait allusion à un cas d’exclusion de risque. En effet, y sont visées les
exclusions générales, en particulier celles relatives à la violation des lois et
des règlements. En pareil cas, la déchéance ne s’applique pas. Il s’agit plutôt
d’un cas de non garantie entrant dans le cadre de l’article 4 du Code des
assurances qui exige que les exclusions de risques soient limitées.

* Le simple retard dans la déclaration aux autorités :


Il arrive que l’assuré soit tenu de déclarer le sinistre aux autorités. En
cas de vol par exemple, une plainte doit être déposée au parquet. De même, en
cas de mortalité du bétail, une déclaration doit en être faite auprès des
autorités sanitaires ; En pareils cas l’article 12-1° du Code des assurance
déclare nulles toutes « clauses frappant de déchéance l’assuré à raison de
simple retard apporté par lui à la déclaration du sinistre aux autorités.».
Cependant, et aux termes de ce même article, l’assureur sera en droit de
réclamer une indemnité proportionnelle au dommage que ce retard lui a causé.

Par contre, il est important de souligner que cette prohibition ne vise


que les cas de « simple retard ». S’il y a un retard vraiment abusif, voire une
absence totale de déclaration, la clause de déchéance serait tout à fait licite.

* Le simple retard dans la production des pièces :


Pour pouvoir défendre au mieux ses intérêts, l’assureur doit avoir entre
les mains toutes les pièces du dossier relatif à un sinistre. Ainsi, ce dernier
sera en mesure de préparer une bonne transaction avec la victime ou dirigera
Droit des Assurances

dans les meilleures conditions le procès que la victime aura intenté à


l’encontre de son assuré.

Cette obligation de « production des pièces » est particulièrement


importante en matière d’assurance de responsabilité.
L’article 12- 2° soumet au même régime le « simple retard » dans la
production des pièces à l’assureur et dans la déclaration aux « autorités ». En
effet, l’assureur est en droit de demander une indemnité à la mesure du
préjudice subi du fait de ce retard. En revanche, si l’on constate une absence
de production de pièces ou un retard totalement injustifié et abusif la
déchéance serait parfaitement justifiée.

c) Les conditions de validité de la déchéance :


Etant donné que la déchéance est toujours une sanction
conventionnelle, elle ne peut être encourue que si elle est prévue par une
clause expresse du contrat. Elle ne peut en aucun cas être présumée et le
législateur a édicté des conditions de validité très strictes dans le but de
protéger l’assuré d’éventuels abus provenant des assureurs.
Ainsi, la clause de déchéance doit être spéciale, claire et précise. En d’autres
termes, la déchéance doit être clairement édictée comme sanction spécifique
se rapportant à telle ou telle obligation, pour que l’assuré sache exactement ce
qu’il encourt en ne la respectant pas. Par conséquent, toute clause ambiguë ou
équivoque sera interprétée dans le sens le plus favorable à l’assuré, puisque
c’est l’assureur qui a rédigé le contrat.

De même, la clause de déchéance doit obligatoirement être mentionnée


en caractères très apparents. Une typographie particulière doit alors la mettre
en évidence, en employant des caractères gras ou plus lisibles ou bien en
utilisant une encre de couleur. Cette exigence est en fait édictée par les
dispositions de l’article qui prévoient que toute clause édictant des nullités,
des déchéances ou des exclusions doit à peine de nullité être mentionnée en
caractères très apparents.

Soulignons en outre que la clause de déchéance doit être insérée dans la


police. S’il s’avère que l’assuré ne détenait qu’une note de couverture
renvoyant aux conditions générales d’une police qui ne lui a pas encore été
remise, la déchéance ne peut lui être opposée.

e) Les effets de la déchéance :


La clause de déchéance a pour effet de faire perdre à l’assuré (qui n’a
pas accompli ses obligations après la réalisation d’un sinistre) le droit à
garantie que le contrat lui octroyait. Cependant, cette perte de garantie ne
Droit des Assurances

concerne que le sinistre à propos duquel la faute a été commise. Le contrat


demeure valable pour les sinistres antérieurs qui ont déjà fait l’objet d’une
indemnisation à bon droit. De même, le contrat et en principe maintenu dans
le futur sauf si les parties ont prévu une clause de résiliation après sinistre.

Il importe de relever que l’assuré peut faire valoir certains moyens de


défense qui pourraient anéantir les effets de la déchéance. A ce propos, il est
généralement admis que la renonciation de l’assureur à invoquer la déchéance
fait obstacle à la déchéance.

Celle ci doit bien sûr être non équivoque et être faite en connaissance
de cause de l’assureur. Elle peut être déduite de la désignation d’experts,
d’offres de règlements à l’amiable à la victime ou bien de tout autre acte par
lequel l’assureur prend en charge sans équivoque la garantie du sinistre.

L’assuré peut aussi invoquer la force majeure qui aurait été à l’origine
de son manquement à son obligation. L’article 7 prévoit à ce propos au sein
de son avant dernier alinéa que : « Lorsqu’elle est prévue par une clause du
contrat, la déchéance pour déclaration tardive ne peut être opposée à l’assuré
qui justifie qu’il a été mis, par suite d’un cas fortuit ou de force majeure, dans
l’impossibilité de faire sa déclaration dans le délai imparti ». Notons à cet
effet, que la jurisprudence française a exigé d’un assuré blessé suite à un
accident, et qui ne pouvait faire sa déclaration lui-même, de charger dans la
mesure du possible un tiers de prévenir l’assureur, en rappelant que dans tous
les cas le délai de déclaration court dès qu’il est en état d’agir.

D’autre part, il faut savoir que la déchéance est opposable aux tiers et
notamment aux bénéficiaires, des assurances sur la vie souscrites en cas de
décès, ainsi qu’à l’assuré d’une assurance pour compte.

Par contre, la déchéance est inopposable aux victimes exerçant l’action


directe en matière d’assurance de responsabilité. Il s’agit là d’une mesure
protectrice des victimes dont le droit à réparation naît de la réalisation du
sinistre.

Soulignons à ce propos que la cour de cassation française étend


l’inopposabilité de la déchéance au domaine des assurances de choses en
déclarant que la déchéance de la garantie portant sur l’objet d’une sûreté n’est
pas opposable aux créanciers hypothécaires ou privilégiés qui eux aussi
disposent d’une action directe contre l’assureur.
Droit des Assurances

Dans tous ces cas d’inopposabilités des déchéances, l’assureur qui ne


doit pas sa garantie envers l’assuré déchu doit néanmoins exécuter sa
prestation à l’égard des tiers. Il pourra par la suite exercer un recours intégral
contre son assuré, mais il devra être prêt à faire face à une éventuelle
insolvabilité de ce dernier.

SECTION 2
LES OBLIGATIONS DE L’ASSUREUR EN CAS DE
SINISTRE

L’obligation fondamentale de l’assureur est relative au paiement de la


prestation due en cas de sinistre. Cependant, il peut être tenu à exécuter
certaines obligations prévues par des clauses de la police, et relevant du
principe de l’autonomie de la volonté. Il peut s’agir notamment de
l’obligation de diriger la défense de l’assuré en responsabilité dans le procès
intenté contre lui par la victime.

Le plus souvent, l’assureur exécutera sa prestation en réglant le sinistre


en argent. Fort heureusement ce règlement s’effectue dans la plupart des cas
de manière amiable. Pour les règlements conflictuels, le contentieux sera la
solution ultime à laquelle on aura forcément recours pour mettre fin aux
désaccords opposant l’assureur et la victime.

L’obligation de l’assureur de payer l’indemnité ou la somme fixée au


contrat lors de la réalisation du risque est une obligation légale expressément
prévue par le législateur au sein des articles 1er et 15 du Code des assurances.

Elle suscite plusieurs interrogations relatives la nature et au montant de


la prestation (Paragraphe I). De même il est intéressant d’évoquer la
question du délai du règlement du sinistre (Paragraphe II) ainsi que celle de
la détermination des créanciers du règlement du sinistre (Paragraphe III).

Paragraphe I :
La nature et le montant de la prestation de l’assureur

a) La nature de la prestation de l’assureur :


Droit des Assurances

Au moment de la formation du contrat d’assurance, l’obligation de


l’assureur n’est que « conditionnelle » car la réalisation du risque est
aléatoire. Cette obligation devient « certaine » dès la réalisation du sinistre.

Dans certains cas la réalisation de l’événement prévu au contrat est


certaine, mais le moment de sa réalisation est incertain ; Nous retrouvons une
pareille situation en matière d’assurance décès vie entière.

L’obligation de l’assureur est alors à terme incertain, elle ne devient


« exigible » que par la réalisation du sinistre.
Quant à la nature de la prestation due par l’assureur en cas de sinistre
elle est essentiellement pécuniaire.

Il est vrai que la prestation de l’assureur peut aussi consister à mettre


immédiatement une aide à la disposition de l’assuré lorsque celui-ci se trouve
en difficulté par suite d’un événement fortuit. C’est le cas notamment de
l’assurance assistance qui a été prévue par le législateur à l’article 33 du
Code des assurances.

b) Le montant de la prestation :

Lorsque la prestation de l’assureur est pécuniaire, le montant de la


somme due est déterminé d’une manière différente selon qu’il s’agisse d’une
assurance de dommage ou d’une assurance de personnes (article 10 du Code
des assurances).

Ainsi, et selon les dispositions de l’article 34 du Code des assurances ;


en matière d’assurances de personnes « les sommes assurées sont fixées par
les parties au contrat ». On en déduit alors que les assurances de personnes
sont en principe des assurances à caractère forfaitaire ; Les parties au contrat
peuvent toujours prévoir au sein du contrat des clauses visant à adapter la
prestation de l’assureur aux fluctuations économiques et monétaires qui
pourraient surgir au fil des années.

Quant à la prestation de l’assureur en matière d’assurance de


dommages, elle sera déterminée en fonction d’un principe essentiel en la
matière à savoir le principe indemnitaire. Elle sera aussi fixée selon les
limitations contractuelles telles que : la somme assurée, les franchises, les
plafonds de garantie…

Paragraphe II : Le délai de règlement du sinistre


Droit des Assurances

Selon l’article 10 du Code des assurances, le paiement de la prestation


due par l’assureur doit avoir lieu « dans le délai convenu ». Ce délai peut
parfois être fixé par la loi. C’est le cas notamment en matière d’assurance
dans le domaine de la construction où ce délai est de 100 jours à compter de la
date de la constatation des dommages, faite par l’expert mandaté à cet effet
(article 98 alinéa 2 du Code des assurances). Ce délai peut dans certains cas
être fixé par le juge. C’est le cas en matière d’assurance responsabilité civile
concernant les véhicules terrestres à moteur.

Si l’assureur ne verse pas l’indemnité dans le délai imparti, « les


sommes non versées produisent de plein droit des intérêts au taux de l’intérêt
légal tel qu’il est fixé par la législation en vigueur, à compter de la date à
laquelle ces sommes sont devenues exigibles jusqu’au paiement intégral ».
C’est ce que prévoient les dispositions de l’article 10 alinéa 2 du Code des
assurances.

PARAGRAPHE III :
La détermination du créancier de la prestation

Le créancier de la prestation est généralement l’assuré souscripteur du


contrat d’assurance.

En cas de transfert de propriété de la chose assurée, le créancier est en


principe le nouveau propriétaire de la chose qu’il s’agisse d’un héritier ou
d’un acquéreur. L’article 22 du Code des assurances prévoit à ce propos
qu’« en cas de décès de l’assuré ou d’aliénation de la chose assurée,
l’assurance continue de plein droit au profit de l’héritier ou de
l’acquéreur… ».

D’autres personnes que l’assuré peuvent avoir droit à l’indemnité


d’assurance bien qu’elles aient la qualité de tiers par rapport au contrat
d’assurance. Il s’agit principalement :

- Des bénéficiaires d’une assurance pour compte.


- Des bénéficiaires désignés dans l’assurance de personne en cas de décès.
- De la victime disposant d’une action directe contre l’assureur débiteur de
l’indemnité, à moins que l’assuré ne l’ait préalablement désintéressé, et ce en
matière d’assurance de responsabilité.
- Des créanciers hypothécaires ou privilégiés ayant une sûreté sur la chose
assurée et ayant informé l’assureur de leurs droits. Ainsi, l’article 20 du Code
des assurances, édicte clairement que : « les indemnités dues à raison des
Droit des Assurances

contrats d’assurances sont attribuées, sans qu’il fait besoin de délégation


expresse, aux bénéficiaires, et aux créanciers privilégiés ou hypothécaires
suivant leur rang qui ont informé l’assureur de leurs droits avant le règlement
de ces indemnités ».

Rappelons en dernier lieu, que le créancier de la prestation qu’il soit


assuré ou bénéficiaire sera tenu de ramener la preuve du sinistre et celle de
l’obligation en garantie de l’assureur.

S’agissant de la preuve du sinistre elle peut être rapportée par tous les
moyens. Concernant, la preuve de l’obligation à garantie de l’assureur elle
exige que le sinistre corresponde bien au risque garanti. Ainsi, il appartient au
créancier d’apporter une double preuve. Il doit en premier lieu prouver
l’existence de l’assurance, et la police en est le meilleur moyen, puis il doit en
second lieu prouver que le sinistre est bien compris dans la garantie dont
l’assureur est tenu. Si l’assureur estime pour sa part qu’il ne doit aucune
garantie comme en cas de l’exclusion du risque par la police, il devra en
rapporter la preuve.
Droit des Assurances

SECONDE PARTIE

LE REGIME JURIDIQUE DES


ASSURANCES
Le régime juridique des assurances diffère selon que l’étude porte sur
les assurances de dommages ou sur les assurances de personnes. Cette dualité
de régime s’explique par le fait que le principe indemnitaire gouverne les
assurances de dommages en matière d’indemnisation des préjudices causés
par un sinistre, alors que le régime juridique des assurances de personnes est
lié à la volonté des parties qui fixe les obligations de l’assureur. Notre étude
portera alors successivement (Titre I) sur les assurances de dommages et sur
les assurances de personnes (Titre II).

TITRE I

LES ASSURANCES DE
DOMMAGES

Si le montant de la prestation de l’assureur en matière d’assurances de


personnes est sans rapport avec le dommage résultant du sinistre, tel n’est pas
le cas des assurances de dommages où l’obligation de l’assureur dépend
étroitement du montant effectif du dommage causé par le sinistre. C’est la
consécration du principe indemnitaire qui domine le régime juridique des
assurances de dommages. Cependant, ce principe n’est pas la seule limite de
la garantie dans les assurances de dommages. Les parties au contrat peuvent
aussi limiter la garantie due par l’assureur et ce dès la conclusion du contrat et
à travers les clauses fixant les conditions du contrat (Chapitre I).
Il faut aussi souligner qu’en matière d’assurances de dommages, la garantie
due par l’assureur ne profite pas seulement aux parties contractantes. Elle peut
aussi profiter à un tiers dans le cas où il aurait acquis un droit réel sur la chose
assurée (Chapitre II) ou s’il est responsable des dommages causés à l’assuré
(Chapitre III) ou si au contraire il a été victime d’un dommage causé par
l’assuré en responsabilité (Chapitre IV).
Droit des Assurances

CHAPITRE I
Les limites de la garantie
due par l’assureur dans
les assurances de
dommages

Le régime juridique des assurances de dommages dépend de deux


éléments essentiels. Il s’agit tout d’abord du principe indemnitaire qui exige
que ka garantie due par l’assureur ne dépasse jamais le montant du dommage
subi par l’assuré (Section 1), et ensuite de la volonté commune des parties
lors de la formation du contrat qui peut limiter l’étendue de leur engagement
en réduisant la valeur déclarée de l’intérêt assuré ou bien encore par le jeu des
clauses de limitation de garantie, de découverts ou de franchises (Section 2).

SECTION I :
Le principe indemnitaire
Le principe indemnitaire est essentiel en matière d’indemnisation de
dommages résultant de sinistres garantis par un contrat d’assurance.
Selon ce principe, l’assurance de dommages doit poursuivre un but
exclusivement compensatoire. Elle ne doit en aucun cas permettre à l’assuré
de réaliser des profits. Ainsi, si le risque assuré se réalise, l’assuré aura droit à
une indemnité dont le montant ne peut dépasser la valeur du dommage
occasionné par le sinistre.
Il est vrai que le Code des assurances n’a pas affirmé formellement que
l’assurance de dommages est un contrat d’indemnité. Cependant, ce principe
a été consacré à plusieurs reprises par le législateur tunisien qui qualifie la
prestation de l’assureur en matière d’assurance de dommages d’ « indemnité »
(articles 10, 16, 20 et 21 du Code des assurances). De même, la section
consacrée à cette catégorie d’assurance a été désignée par « les assurances à
caractère indemnitaire », ce qui nous conforte dans l’idée que les assurances
de dommages ont une nature strictement compensatoire.
Le fondement du principe indemnitaire est double. D’une part, il combat
l’hypothèse des sinistres volontaires qui pourraient augmenter si l’indemnité
versée à l’assuré suite à un sinistre pouvait être supérieure au montant réel du
Droit des Assurances

dommage. Il est vrai que la faute intentionnelle n’est pas assurable, mais sa
preuve est toujours difficile à rapporter. D’autre part, l’assurance ne doit pas
se transformer en un jeu ou un pari. Sa fonction principale est de procurer aux
assurés la sécurité dont ils ont besoin. Or, sans le principe indemnitaire, les
assurés pourront toujours espérer s’enrichir et nous nous éloignerons
forcément de la mission essentielle de l’assurance.
Le principe indemnitaire affirme donc et défend la nature strictement
compensatrice de l’indemnité versée à l’assuré en matière d’assurances de
dommages.
De ce fait, le principe indemnitaire veille à l’indemnisation de tous les
préjudices subis par l’assuré (paragraphe 1). De même, il garantit une
indemnisation qui se limite obligatoirement au préjudice subi (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L’indemnisation de l’intégralité du préjudice

Le préjudice désigne généralement toute perte subie ainsi que tout gain
manqué suite à la réalisation d’un événement.

C- L’indemnisation de la perte subie


La question de la réparation intégrale du préjudice se pose dans trois
situations différentes. La première est celle d’un sinistre total, la seconde
concerne le sinistre partiel, alors que la troisième est relative aux sinistres
successifs ayant eu lieu durant une même période d’assurance.

a. En cas de sinistre total :


Selon l’article 16 du Code des assurances, « l’indemnité d’assurance ne peut
dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre ».
Cette règle ne s’applique que pour les assurances de choses. En matière
d’assurances de responsabilité, le montant de l’indemnité est déterminé en
fonction de la dette de responsabilité qui ne peut être connue qu’au jour de la
transaction avec la victime ou en cas de litige au jour où le tribunal aura rendu
son jugement.
a) La valeur de la chose assurée en assurance de choses :
 Les modes d’évaluation du bien détruit :
Le contrat d’assurance détermine en principe le mode d’évaluation du
bien utilisé en cas de destruction. Nous pouvons en citer trois :
1- La valeur vénale :
Elle est prise en considération pour les biens destinés à être vendus. Elle
représente le prix de vente d’un bien présentant les mêmes caractéristiques et
dans un état semblable.
La valeur vénale varie en fonction de la profession de l’assuré. Ainsi, pour le
producteur récoltant, la valeur vénale est constituée par la valeur qu’il aurait
Droit des Assurances

recueillie s’il avait vendu ses récoltes au jour du sinistre, ce qui permettra au
commerçant victime de se procurer des marchandises analogues à celles
détruites. S’l s’agit d’un fabricant industriel, la valeur vénale est le prix de
revient de la marchandise au jour du sinistre.
2- La valeur à neuf :
Elle s’applique aux biens mobiliers et immobiliers et elle est déterminée en
tenant compte de la valeur à neuf du bien sans déduction de la vétusté ou de
l’usure. Ainsi, et en cas de réalisation du sinistre, le montant de l’indemnité
sera fixé en fonction de la valeur de reconstruction pour les biens
immobiliers. Pour les biens mobiliers, c’est la valeur de remplacement du
bien meuble, sans déduction pour vétusté qui sera prise en considération.
Cette pratique contractuelle risque de procurer à l’assuré un enrichissement
puisque l’indemnité versée à l’assuré dépassera, dans la majorité des cas, le
montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre et qu’elle lui
permettra de reconstituer l’objet assuré sans déduction de la différence du
neuf au vieux. L’assurance valeur à neuf paraît alors contraire au principe
indemnitaire. Ses dangers sont multiples. Elle peut être à l’origine d’une
augmentation des sinistres dus à la négligence et peut même entraîner un
accroissement des sinistres provoqués.
Cependant, on remarque en pratique que l’assurance valeur à neuf est
appliquée et ce dans la plupart des pays européens ainsi qu’en Tunisie.
Rappelons tout de même que cette entorse au principe indemnitaire n’a pas
engendré une augmentation du nombre de sinistres d’origine frauduleuse.
D’ailleurs, et afin de se prémunir contre ce genre de dérapages, les
compagnies d’assurance prévoient en principe des clauses insérées dans les
contrats exigeant de l’assuré le maintien des biens assurés en état normal
d’entretien. D’autres clauses imposeront à l’assuré la reconstruction effective
du bâtiment sur le même site. Ces clauses prévoient en général que leur non-
respect entraînera le versement de l’indemnité sans tenir compte de la partie
excédant la valeur du vieux.
3- La valeur d’usage :
C’est la valeur d’un bien qui n’est pas destiné à la vente, mais qui est utilisé
par l’assuré. Elle représente la somme qu’il faudrait dépenser pour
reconstruire le bien ou pour en acheter un autre, déduction faite de la vétusté.

 La preuve de la valeur de la chose assurée au jour du


sinistre :
C’est à l’assuré de prouver l’existence des biens détruits ainsi que leur valeur
au jour du sinistre. Tous les moyens de preuve peuvent être utilisés
(témoignages, présomptions, documents…). Rappelons à ce propos que la
valeur déclarée des biens dans la police d’assurance n’est pas une preuve ni
Droit des Assurances

même une présomption de preuve de la valeur de la chose. Elle constitue


seulement l’assiette de la prime et la limite de l’engagement de l’assureur.
En pratique, l’assuré présente un état estimatif de ses pertes et dans certains
cas l’évaluation du dommage se fait par expertises contradictoires amiables
qui ne lient pas le juge. C’est le cas notamment en matière d’assurance
incendie.

b) L’évaluation des dommages en assurance de responsabilité au jour


du règlement :
L’indemnisation de la victime doit être conforme à la règle appliquée en
matière de responsabilité civile qui exige la réparation intégrale des
dommages subis par la victime. Ainsi, la valeur de reconstruction sera
appliquée pour les biens immobiliers. Par contre, c’est la valeur de
remplacement qui sera retenue pour les biens mobiliers. L’indemnité versée à
la victime est alors fixée par rapport au prix de revient total d’un bien
présentant les mêmes caractéristiques et dans un état semblable. Quant à
l’évaluation du dommage corporel, notons que celle-ci doit tenir compte de
tous les préjudices qu’ils soient économiques ou non économiques. Dans tous
les cas, l’évaluation du dommage se fait au jour du règlement qu’il soit
amiable ou judiciaire. Ainsi, elle ne sera pas affectée par une éventuelle
dépréciation monétaire.

b. En cas de sinistre partiel :


Il s’agit là de l’hypothèse ou le bien n’a été que partiellement détruit. Le
préjudice peut alors être évalué de deux manières, à savoir l’évaluation directe
du dommage partiel ou bien l’évaluation par déduction de sauvetage.

i. L’évaluation directe du dommage partiel :


Cette méthode est appliquée en matière mobilière pour les sinistres de faible
importance. Elle permet l’indemnisation du préjudice en évaluant le dommage
partiel indépendamment de la valeur totale assurée. Cependant, un problème
se pose lorsque le coût de ces réparations dépasse la valeur de la chose.
Lorsqu’il s’agit d’une assurance de choses (vol, incendie…), l’indemnité
versée à l’assuré ne peut en aucun cas excéder la valeur de remplacement de
la chose et ce en vertu du principe indemnitaire consacré par les articles 10 et
16 du Code des assurances. Par contre, la victime peut en matière d’assurance
de responsabilité invoquer le principe de la réparation intégrale du préjudice
pour effectuer les réparations nécessaires, même si l’indemnité dépasse la
valeur de remplacement de la chose.

ii. L’évaluation par déduction de sauvetage :


Droit des Assurances

Elle s’applique en général lorsque le sinistre est important. On procède alors


au calcul de la valeur totale de la chose sinistrée, puis on déduit la valeur
résiduelle du bien après le sinistre, c’est-à-dire la valeur de ce qui subsiste
après le sinistre couramment appelée « la valeur de sauvetage ». L’indemnité
est alors égale à la différence entre la valeur de remplacement du bien et la
valeur de sauvetage. Les frais de sauvetage sont également à la charge de
l’assureur.

c. Les sinistres successifs :


Si plusieurs sinistres ont lieu au cours d’une même période d’assurance,
chaque sinistre doit être évalué et indemnisé indépendamment des autres. La
garantie due par l’assureur dépendra à chaque fois de la somme assurée sans
tenir compte des indemnités versées au titre de sinistres antérieurs.

D- L’indemnisation du gain manqué


Il est intéressant de savoir si les assurances de dommages limitent leur
domaine d’application à la garantie de la perte subie ou si, au contraire, elles
comprennent aussi la garantie du profit espéré.
Conformément aux règles de la responsabilité civile, le préjudice est constitué
de la perte subie ainsi que du gain manqué. Ce dernier correspond à une perte
réelle résultant du dommage qui a affecté la chose, nécessitant de ce fait une
indemnisation au même titre que la perte éprouvée.
D’ailleurs, aucune disposition légale relative à l’assurance de dommages ne
l’exclut. De même, la consécration de l’assurance du profit espéré est
parfaitement conforme au principe indemnitaire et aux règles de la
responsabilité civile. Elle n’engendre pas l’octroi d’indemnités excédant la
valeur du dommage. En outre, les contrats d’assurance en offrent de
nombreux exemples. Citons « l’assurance perte de loyers » qui est accessoire
à l’assurance incendie d’un immeuble, « l’assurance perte d’exploitation »
accessoire de l’assurance incendie des risques industriels qui permet au chef
de l’entreprise de faire face aux frais généraux qui continuent à courir et de
couvrir les pertes de bénéfices subies pendant la période d’inactivité de
l’entreprise après le sinistre.

Paragraphe 2 : L’indemnisation du seul préjudice subi

Les assurances excessives évoquent deux situations différentes. Il s’agit


du cas de la sur-assurance (A) et celui des assurances multiples (B).

A- La sur-assurance :
On parle de sur-assurance lorsque dans un contrat, la valeur de la chose
assurée déclarée à la souscription du contrat est supérieure à sa valeur réelle
Droit des Assurances

au jour du sinistre. Notons, à ce propos, le silence législatif relatif au sort des


contrats d’assurance entachés de sur-assurance. Tel n’est pas le cas de la loi
de 1930 qui a expressément interdit et sanctionné la sur-assurance.
La question qui se pose alors est de savoir quel est le sort juridique des
contrats entachés de sur-assurance. Une telle interrogation nous mène à une
distinction fondamentale entre la sur-assurance frauduleuse et la sur-assurance
non frauduleuse.

a. La sur-assurance frauduleuse :
La loi de 1930 prévoyait, au sein de son article 29/1er , que tout contrat
entaché de sur-assurance frauduleuse peut être annulé à la demande de la
partie victime de la fraude qui a droit en plus à des dommages-intérêts.
En revanche, nous constatons que le Code des assurances n’a prévu aucune
disposition relative aux cas des sur-assurances. Ce silence du législateur ne
peut refléter une renonciation à vouloir sanctionner une telle irrégularité. En
effet, on peut mal imaginer que le Code des assurances ait consacré le
principe de non validité des contrats entachés d’assurances frauduleux
concernant les assurances multiples cumulatives (article 18 alinéa 2), et qu’il
l’ait écarté pour les cas de sur-assurance à contrat unique. Une telle démarche
serait incohérente. En fait, si le législateur n’a prévu aucune disposition visant
la sur-assurance frauduleuse, c’est sûrement parce que cette hypothèse peut
très bien être régie par le droit commun. En effet, la sur-assurance est en elle-
même une atteinte grave au principe indemnitaire puisqu’elle a été effectuée
dans le seul but de réaliser un profit, ce qui est contraire à l’ordre public et à
la morale. Il est alors possible d’annuler les contrats d’assurance entachés de
sur-assurance sur la base des articles 325 et 67 du C.O.C. pour illicété de la
cause.
Ainsi, si la sur-assurance a été intentionnelle, c’est-à-dire qu’elle a été
effectuée dans l’espoir de réaliser un profit (impliquant alors un danger de
sinistre volontaire), la sanction est la nullité du contrat. Il s’agit plus
précisément d’une nullité absolue et à ce titre elle ne peut faire l’objet d’une
confirmation. Il s’en suit qu’en cas de réalisation d’un sinistre, l’assureur ne
doit aucune garantie et il peut exercer une action en répétition contre l’assuré
pour les indemnités versées à l’occasion de sinistres antérieurs puisque la
nullité prononcée a un effet rétroactif.
En revanche, l’assureur doit restituer à l’assuré la totalité des primes perçues
au titre dudit contrat.
Rappelons, d’autre part, que cette action en nullité du contrat d’assurance se
prescrit, d’après les termes de l’article 14 du Code des assurances, dans un
délai de deux ans.
En outre, l’assureur peut demander des dommages-intérêts s’il prouve que les
agissements frauduleux de l’assuré lui ont causé préjudice. C’est aussi à ce
Droit des Assurances

titre qu’il peut demander auprès du tribunal de conserver les primes échues,
voir même les primes à échoir.
La nullité est une sanction sévère, c’est pourquoi l’assureur qui s’en prévaut
doit prouver non seulement l’excès d’assurance, mais aussi l’intention
frauduleuse. Cette dernière est en général très difficile à apporter. C’est
pourquoi en pratique, on constate que les assureurs préfèrent agir sur la base
de la surévaluation frauduleuse des pertes en cas de sinistre, plutôt que sur la
bas de la sur-assurance, en évitant ainsi des indemnisations excessives.

b. La sur-assurance non frauduleuse :


On parle de sur-assurance non frauduleuse, lorsque le dol de l’assuré n’a pu
être prouvé ou lorsque l’assuré était véritablement de bonne foi. Dans ce
dernier cas, on peut comprendre que l’appréciation de la valeur d’un bien est
souvent subjective, ce qui peut laisser supposer la bonne foi de certains
assurés.
En ce qui concerne le régime des assurances non frauduleuses, il faut savoir
qu’en ce cas le contrat demeure valable. L’assureur doit alors exécuter son
obligation de garantie en cas de survenance d’un sinistre. Cependant,
l’indemnité versée par l’assureur se limitera au seul préjudice subi et ce
conformément au principe indemnitaire.
L’assureur sera alors totalement indemnisé du préjudice subi, mais il n’aura
profité d’aucun enrichissement.
Notons, d’autre part, que l’assureur est en droit de conserver les primes
échues et les la prime en cours à son taux initial, puisque la loi ne prévoit pas
la réductibilité de plein droit du contrat d’assurance. Par contre, si les parties
contractantes ont prévu une clause stipulant qu’en cas de sur-assurance non
frauduleuse à la supprimer en cours de contrat et à diminuer le montant
de la prime pour l’avenir, la prime sera réduite pour l’avenir.

B- Les assurances multiples cumulatives


On parle d’assurances multiples, lorsque plusieurs assurances sont prises
simultanément sur un même risque auprès de plusieurs assureurs. Si ces
assureurs multiples ont seulement pour objet de garantir ensemble la totalité
d’un risque trop important pour un seul assureur (risque industriels, risques
maritimes ou aériens), il y a coassurance et non pas « excès d’assurance ».
Dans ce cas, chaque assureur garantit une partie de la totalité du risque. Cette
opération est tout à fait licite. Par contre, les assurances multiples cumulatives
sont illicites à partir du moment où en se cumulant sur un même risque, elles
provoquent un excès d’assurance créant ainsi une entorse au principe
indemnitaire. Ce type d’assurance est en pratique difficile à détecter par les
assureurs qui n’ont pas toujours connaissance des différents contrats conclus
par l’assuré à propos du même risque.
Droit des Assurances

Les assurances multiples cumulatives peuvent être involontaires comme dans


le cas de l’acquéreur d’un bien qui souscrit une assurance relative à un risque
déterminé ignorant que le vendeur avait auparavant assuré ce même risque
auprès d’un autre assureur et qu’elle lui est transmise de plein droit en vertu
de l’article 22 du Code des assurances.
Soulignons, en outre, que les assurances cumulatives s’appliquent à toutes les
assurances de dommages mais, qu’en revanche, elles ne s’appliquent pas aux
assurances de personnes qui ne sont pas régies par le principe indemnitaire.
Il faut savoir, cependant, que l’on ne peut parler effectivement d’assurances
multiples cumulatives que si certaines conditions sont remplies (1). De même,
et pour se prémunir contre ce genre de pratiques, le législateur tunisien a
exigé de l’assuré de déclarer tous les contrats qu’il a souscrit pour un même
intérêt et contre un même risque (2). En outre, toute assurance multiple
cumulative frauduleuse sera sanctionnée par la nullité (3). Par contre, si les
assurances multiples cumulatives ne sont pas frauduleuses, l’article 18 du
Code des assurances prévoit un régime spécial de règlement du sinistre (4).

1- Les éléments constitutifs d’assurances multiples cumulatives :


Il y a assurance multiple cumulative lorsqu’un même objet est garanti en
même temps auprès de deux ou plusieurs assureurs contre le même risque et
pour le même intérêt, pour une somme totale supérieure à la valeur réelle.
Nous pouvons donc, à parti de cette définition, cerner les éléments constitutifs
de l’assurance multiple cumulative.
 La pluralité d’assureur constitue la principale distinction la
sur-assurance et l’assurance multiples cumulative.
 L’identité d’objet qui implique que les différentes assurances
souscrites portent sur une même chose déterminée et
individualisée (même immeuble ou même automobile) ou même
responsabilité.
 L’identité d’intérêt suppose que c’est le même intérêt
d’assurance qui fonde deux assurances même si elles sont
conclues par des personnes différentes. Ainsi, il peut y avoir
assurance multiple cumulative si un contrat d’assurance portant
sur une même chose est conclu par le propriétaire de la chose
alors qu’un autre contrat d’assurance pou compte a été souscrit
par un tiers et concernant cette même chose.
 La simultanéité des périodes : La garantie de toutes les
assurances doit être effective au jour du sinistre et elle doit jouer
pendant une même période. Les assurances successives ne sont
pas cumulatives.
 Le cumul des garanties doit être au-delà de la valeur réelle
du bien, c’est-à-dire que les assurances multiples cumulatives
Droit des Assurances

doivent jouer conjointement. Elles sont exclues si l’une des


assurances n’est que complémentaire de l’autre (coassurance).

2- L’obligation de déclaration des assurances multiples cumulatives :


L’assuré doit déclarer à chaque assureur toutes les assurances multiples prises
sur un même objet, même s’il s’agit de coassurance. Cette obligation a été
prévue par les dispositions de l’article 18 alinéa 1 er du Code des assurances.
Ainsi, si l’assuré souscrit une nouvelle assurance pour un bien déjà assuré, il
doit la déclarer au nouvel assureur dans la proposition et il doit aussi en aviser
le premier assureur.
L’article 18 n’exige aucune forme pour la déclaration. Cependant, cette
déclaration doit comporter le nom de l’autre assureur et la somme assurée
(article 18/2). Cette obligation de déclaration est en réalité prévue dans le but
d’éviter les cas d’assurances multiples cumulatives. Elle permet aussi de
prouver la bonne foi de l’assuré toutes les fois où le cumul est constaté et de
profiter du régime d’indemnisation prévu par le législateur.
Notons, à ce propos, que le défaut de déclaration ne présume pas la mauvaise
foi de l’assuré. Il n’est pas non plus sanctionné.

3- Le régime juridique applicable aux assurances multiples


cumulatives :
L’article 18 du Code des assurances édicte que lorsque « plusieurs assurances
sont contractées sans fraude…elles sont valables… ». On en déduit, à
contrario, que si plusieurs assurances sont contractées frauduleusement, ces
dernières sont nulles. Cette nullité peut aussi être fondée sur les règles du
droit commun et plus précisément sur l’illicéité de la cause. Soulignons, à ce
propos, que la nullité concerne tous les contrats d’assurance cumulés.

4- Le règlement du sinistre en cas de cumul non frauduleux :


Le principe indemnitaire empêche l’assuré de cumuler les indemnités.
Cependant, l’article 18 prévoit en ce cas un régime légal d’indemnisation de
l’assuré de bonne foi. Les parties peuvent, si elles le désirent, y déroger. Deux
autres régimes conventionnels sont alors autorisés par l’article 18 alinéa 3.

a) Le régime légal :
Selon l’article 18 /3 du Code des assurances, « quand plusieurs assurances
sont contractées sans fraude, soit à la même date, soit à des dates différentes,
pour une somme totale supérieure à la valeur de la chose assurée, elles sont
toutes valables en proportion de la part de chaque contrat dans la somme
totale sans que l’ensemble des indemnités dépasse la valeur de la chose
assurée… ».
Droit des Assurances

Il ressort que chaque assureur indemnisera l’assuré en proportion de la somme


à laquelle l’assurance a été souscrite et jusqu’à concurrence de l’entière valeur
de la chose assurée. Prenons l’exemple d’une automobile dont la valeur est
estimée à 10.000 dinars et qui a été totalement détruite par un incendie. En
application du principe indemnitaire, l’assuré ne pourra recevoir plus de
10.000 dinars. Seulement, l’assuré a conclu trois contrats d’assurance relatifs
à la garantie du risque incendie et concernant cette même automobile auprès
de trois assureurs différents. Il est couvert pour 10.000 dinars auprès d’un
assureur « A », pour 4.000 dinars auprès d’un assureur « B » et pour 6.000
dinars auprès d’un assureur « C ».
Le totale des assurances « A », « B » et « C » est estimé à 20.000 dinars.
Conformément au régime légal de la réparation proportionnelle,
l’indemnisation de chacun des assureurs sera déterminée de la manière
suivante :

« A » : 10.000/20.000 = ½ de l’indemnité due = 5.000 dinars.


« B » : 4.000/20.000 = 1/5 de l’indemnité due = 10.000/5 = 2.000 dinars.
« C » : 6.000/20.000 = 3/10 de l’indemnité due = 10.000 x 3/10 = 3.000
dinars.
S’il s’agit d’un sinistre partiel provoquant des dommages estimés par exemple
à 6.000 dinars, l’indemnisation de chaque assurance se fera dans les mêmes
proportions, c’est-à-dire :
« A » paiera  3.000 dinars = ½.
« B » paiera  1.200 dinars = 1/5.
« C » paiera  1.800 dinars = 1/8.

Le régime de la répartition proportionnelle s’applique à tous les contrats


d’assurance produisant effet. Ainsi, tous les contrats nuls, résiliés ou
inefficaces suite à une déchéance ou à une suspension de garantie ne seront
pas pris en considérant. L’assuré sera alors totalement indemnisé puisque les
autres contrats couvrent la valeur totale de la chose assurée.

b) Les régimes conventionnels :


L’article 18 du Code des assurances prévoit expressément la possibilité par
les parties au contrat d’assurance d’insérer en cas d’assurances multiples
cumulatives deux types de clauses : La clause d’ordre des dates et la clause de
solidarité des assurances.
 La clause d’ordre des dates : Elle prend en considération
l’ordre des dates des polices d’assurance. Ainsi, toute garantie
due par un assureur est complémentaire des assurances
antérieurement souscrites.
Droit des Assurances

 La clause de solidarité des assureurs : Elle autorise les parties


au contrat d’assurance à aménager le régime légal
d’indemnisation applicable en cas de dommages multiples, en
permettant à l’assuré de réclamer à l’un des assureurs quel qu’il
soit de l’indemniser. Ce dernier pourra, par la suite, réclamer aux
autres assureurs leurs parts respectives.

SECTION II :
La volonté commune des parties
Le principe de la liberté contractuelle permet à chacun de choisir
librement de s’assurer ou de ne pas s’assurer (exception faite de quelques
obligations de contracter). Il permet aussi aux parties contractantes
d’aménager la garantie contractuelle en s’assurant partiellement. Ainsi,
l’assuré peut choisir de limiter les capitaux qu’il a déclaré (sous-assurance)
(paragraphe 1), de même que l’assureur peut prévoir des clauses de limitation
de garantie, découverts et franchises (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : La sous-assurance

L’assuré peut choisir de s’assurer partiellement, préférant supporter une


partie du préjudice si le sinistre se réalisait ; on parle alors de sous-assurance
(a). Cependant, l’assureur ne peut en ce cas être tenu au-delà de la somme
assurée (article 10 du Code des assurances) et l’assuré est alors « considéré
comme restant son propre assureur pour l’excédent et supporte en
conséquence une part proportionnelle du dommage en cas de sinistre partiel
de la chose assurée (b). Les parties peuvent aussi prévoir d’autres solutions
conventionnelles, écartant ainsi l’application de la règle proportionnelle (c).

A- Délimitation de la sous-assurance :
Il y a sous-assurance lorsque la chose assurée est couverte pour une valeur
déclarée inférieure à sa valeur réelle. La sous-assurance est une manifestation
de la liberté contractuelle puisque l’assuré a choisit librement cette situation,
considérant que la prime couvrant la garantie totale trop élevée. Elle ne peut
alors être envisagée comme une faute émanant de l’assuré. En pratique,
cependant, nous constatons que les cas de sous-assurances sont le plus
souvent dus à la négligence de l’assuré ou de son ignorance ; c’est pourquoi le
législateur n’a prévu l’application de la règle proportionnelle à l’égard des
assurés que si l’assureur l’a mentionné dans une clause expresse du contrat
(articles 17/1er du Code des assurances) et à condition qu’elle ait fait l’objet
Droit des Assurances

d’une notice explicative adressée à l’assuré conjointement au contrat (article


17/2 du Code des assurances).
La sous-assurance est généralement appréciée au jour du sinistre. Elle
suppose que l’assureur ait procédé à une comparaison de la valeur assurable et
la somme garantie. Si la valeur du bien assuré augmente au cours de
l’exécution du contrat, l’assuré doit en informer l’assureur et demander la
modification du contrat par un avenant d’augmentation. S’il ne le fait pas,
l’assuré ne recevra qu’une indemnisation partielle correspondant à la valeur
déclarée du bien.

B- La règle proportionnelle :
La règle proportionnelle s’est vue appliquée dans les cas de sous-assurance
dans le seul but de veiller à l’équilibre des prestations liant l’assureur et
l’assuré. En effet, la prime est calculée sur la base du montant de la somme
assurée. Il serait illogique que l’indemnisation de l’assuré soit totale alors
qu’il a déclaré une valeur de la chose assurée inférieure à sa valeur réelle.
Comment s’effectue alors le calcul de l’indemnité due par l’assureur en cas de
sous-assurance ?
L’indemnité due par l’assureur est en ce cas réduite proportionnellement au
rapport existant entre la valeur déclarée des capitaux assurés et la valeur réelle
assurable. Ainsi, en cas de sinistre total, l’indemnité due par l’assureur ne
dépassera jamais le montant correspondant à la valeur déclarée et ce quelle
que soit la valeur réelle de la chose assurée au jour du sinistre.
Il en sera de même en cas de sinistre partiel, l’assureur ne peut payer une
indemnité correspondant à la totalité du préjudice partiel subi car l’assuré a
payé une prime moins élevée que celle qu’il aurait dû payer pour garantir
entièrement la valeur de la chose assurée. Il s’en suit que l’indemnité due par
l’assureur en cas de sous-assurance sera réduite. Elle sera calculée de la
manière suivante :
Dommage x (valeur assurée / valeur réelle assurable)
Si, par exemple le bien assuré a une valeur de 15.000 dinars au jour du
sinistre et n’a été assuré que pour une valeur déclarée de 10.000 dinars, la
garantie due par l’assureur est limitée à la somme *assurée c’est-à-dire à
10.000 dinars.
Indemnité = 15.000 dinars x (10.000d. / 15.000d.) = 10.000 d.

C- Les solutions conventionnelles :


L’application de la règle proportionnelle n’est pas la seule solution aux cas de
sous-assurance. En effet, en vertu du principe de la liberté contractuelle, les
parties au contrat peuvent prévoir d’autres clauses proposant d’autres remèdes
à cette situation. Il s’agit essentiellement de la clause de report d’excédent (1),
Droit des Assurances

de la clause de tolérance (2), de la clause d’indexation ou d’indice variable


(3) ainsi que de l’assurance au premier risque (4).

-1- La clause de report d’excédents :


En principe, lorsqu’une même assurance porte sur plusieurs objets et pour des
sommes différentes, le règlement du sinistre s’opère par objet pris chacun
dans son individualité.
On appliquera alors la règle proportionnelle pour les objets sous-assurés
même si d’autres objets ont été sur-assurés sans effectuer aucune
compensation.
Cependant, nous retrouvons souvent au sein des polices incendie des « clauses
de report d’excédents » ou de réversibilité » en vertu desquelles les excédents
de garantie seront reportés sur ceux où il y a sous-assurance. La compensation
entre articles sur-assurés et articles sous-assurés est alors permise.

-2- La clause de tolérance :


Il arrive que les assureurs renoncent dans la police et par le biais d’une clause
de tolérance à appliquer la règle proportionnelle lorsque la sous-assurance
n’excède pas une proportion donnée (10 ou 20 % en général).

-3- La clause d’indexation ou d’indice variable :


Elle évite les cas de sous-assurance dus à une dépréciation monétaire en
rattachant l’assurance dès sa conclusion à un indice économique précis. Ainsi,
l’indice adopté en matière d’assurance incendie est celui du coût de la
construction. Cet indice est alors précisé dans la police au moment de la
conclusion du contrat et à chaque échéance de prime, l’assureur réévalue le
contrat si l’indice de base a varié d’un taux minimum déterminé (10 % par
exemple). La valeur de la chose assurée ainsi que la prime varieront dans la
même proportion.

-4- L’assurance au premier risque :


C’est l’assurance qui couvre la totalité des existences sans appliquer la règle
proportionnelle mais dans la limite d’un capital fixé au contrat d’assurance et
représentant le maximum estimé des dommages que pourrait provoquer un
seul sinistre.
L’assuré obtient alors une garantie totale à concurrence de la somme assurée,
alors que la totalité des existences représente des capitaux biens supérieurs.
Rappelons à ce propos que le montant des capitaux assurés est fixé selon le
dommage maximum prévisible.

Paragraphe 2 : La limitation de la garantie par l’assureur


Droit des Assurances

L’assureur peut prévoir au sein du contrat des limitations de garantie


qui se manifestent par des découverts (a) ou des franchises (b) qui sont des
pratiques contractuelles assez courantes bien qu’elles n’aient pas été prévues
par le Code des assurances.

A- Le découvert obligatoire :
La clause de découvert obligatoire oblige l’assuré à conserver à sa charge une
part du dommage. Elle a surtout pour but de moraliser l’assurance de
responsabilité en intéressant l’assuré (qui pourrait être indifférent aux
dommages qu’il cause à autrui) à la non réalisation du risque.
Bien entendu, on interdira à l’assuré la possibilité de garantir le découvert
auprès d’un autre assureur. Ce n’est pas le cas de la franchise.

B- La franchise :
LA franchise est une modalité de saine gestion. Elle peut prendre deux formes
différentes. Il y a tout d’abord la franchise simple qui constitue une fin de non
recevoir des sinistres d’un montant inférieur à telle somme. Les sinistres
dépassant cette somme seront par contre garantis intégralement.
Elle a été prévue dans le but d’éviter l’indemnisation des petits sinistres qui
engendre des frais de gestion qui dépassent parfois le dommage lui-même.
Il y a aussi la franchise absolue qui est une somme fixe déduite de l’indemnité
quelle que l’importance du sinistre. Elle se distingue du découvert obligatoire
par son caractère non impératif.
L’assuré pourra alors obtenir la garantie auprès de son assureur moyennant
surprime ou auprès d’un autre assureur.

CHAPITRE II
La situation des tiers
ayant un droit réel
sur la chose
assurée

Deux questions essentielles doivent être traitées. La première est


relative au sort du contrat d’assurance en cas de transmission de la chose
assurée (Section 1), alors que la seconde concerne les droits des créanciers
privilégiés et hypothécaire en cas de sinistre sur l’indemnité due par
l’assureur quand l’hypothèque ou le privilège porte sur la chose assurée
(Section 2).
Droit des Assurances

SECTION I :
Le sort du contrat d’assurance
en cas de transmission
de la chose assurée

L’article 22 du Code des assurances précise dans son alinéa 1er « qu’en
cas de décès de l’assuré ou d’aliénation de la chose assurée, l’assurance
continue de plein droit au profit de l’héritier ou de l’acquéreur… ». Il s’agit
là d’un régime général (paragraphe 1) puisque les alinéas 2 et 3 de ce même
article prévoient un régime juridique spécial applicable en cas d’aliénation
d’un véhicule terrestre à moteur (paragraphe 2).

Paragraphe 1 :
Le régime général de transmission
du contrat d’assurance

L’article 22 alinéa 1er du Code des assurances édicte expressément le


principe de la transmission légale et de plein droit de l’assurance au profit de
l’héritier ou de l’acquéreur et ce en cas de décès de l’assuré ou d’aliénation de
la chose assurée.
Ce texte envisage donc l’assurance comme l’accessoire de la propriété du
bien assuré et c’est à ce titre qu’il consacre la transmission de plein droit et
automatique de l’assurance. Aucune formalité n’est alors exigée. Cependant,
cette transmission légale n’a lieu qu’à certaines conditions (A). Si ces
dernières sont remplies, la transmission du contrat d’assurance produira ses
effets (B).

A- Les conditions de la transmission légale du contrat d’assurance :


1) Pour qu’il y ait transmission légale de l’assurance, il faut tout
d’abord que celle-ci porte sur une chose. Il doit donc s’agir obligatoirement
d’une assurance de choses ou bien d’une assurance de responsabilité civile
ayant une chose pour objet ; c’est le cas de la responsabilité incendie
encourue à l’égard des voisins ou le cas de responsabilité liée à la propriété
d’un animal.

2) De même, l’assurance doit être propre à la chose assurée.


Ainsi, les assurances multirisques comprenant la garantie forfaitaire de
plusieurs risques pour plusieurs choses ne sont pas transmises en cas
Droit des Assurances

d’aliénation d’un des biens assurés. La prime versée doit alors être affectée à
la garantie de la chose aliénée.

3) En dernier lieu, on exige qu’il y ait transfert de propriété du


bien assuré entre vifs ou à cause de mort et qu’au jour du transfert,
l’assurance propre à la chose existe et n’ait pas été préalablement résiliée. Le
moment de la transmission du contrat d’assurance est celui du transfert de
propriété du bien (décès, échange des consentements ou bien inscription à la
conservation foncière pour les immeubles immatriculés).

B- Les effets de la transmission du contrat d’assurance :


A partir du moment où les conditions mentionnées ci-dessus sont remplies, la
transmission du contrat d’assurance est dans tous les cas automatique.
L’acquéreur est de plein droit substitué activement et passivement à
l’aliénateur.

1- La transmission active de la garantie :


Dès la transmission du contrat, l’acquéreur peut mettre en jeu la garantie de
l’assureur en cas de sinistre. Cependant, l’assureur pourra lui opposer toutes
les exceptions qu’il pouvait opposer au vendeur (nullité, suspension de la
garantie pour défaut de paiement de la prime…), car ce dernier ne peut
transmettre plus de droits qu’il n’en a lui-même.

2- La transmission passive de l’obligation de


paiement des primes :
Après le transfert, l’acquéreur est tenu d’exécuter toutes les obligations mises
à la charge du vendeur en vertu du contrat d’assurance (article 22 du Code des
assurances), comme celle de déclarer toute aggravation de risque spécifiée
dans la police ou celle de payer la prime. Notons, à ce propos, que les primes
à échoir sont à la charge des héritiers jusqu’au jour du partage ou à la charge
de l’acquéreur à partir du moment où il a informé l’assureur de l’aliénation
par lettre recommandée. Pour ce qui est des primes échues avant le transfert,
elles resteront dues par le vendeur et l’acquéreur peut payer la prime due pour
éviter la suspension. Par contre, les primes échues au jour du décès sont des
dettes successorales divisées entre les héritiers.
Soulignons d’autre part, que ni l’assureur, ni l’assuré ne peut résilier le contrat
d’assurance. En revanche, il sera toujours possible pour les parties de mettre
fin à leur relation contractuelle par le biais de la faculté de résiliation annuelle
(article 5 du Code des assurances).
Droit des Assurances

Paragraphe 2 :
Le sort du contrat d’assurance en cas
d’aliénation d’un véhicule
terrestre à moteur :
un régime juridique spécial
Le législateur tunisien prévoit un sort particulier au contrat d’assurance en cas
d’aliénation du véhicule terrestre à moteur auquel il se rapporte. Il est alors
intéressant d’étudier le régime juridique propre à ce type d’assurance (A) et
de s’interroger sur l’opportunité de ce régime spécial (B) ainsi que l’étendue
de son application (C).

A- Le régime juridique applicable au contrat d’assurance en cas


d’aliénation d’un véhicule terrestre à moteur :
L’article 22/2 du Code des assurances consacre le principe de la transmission
du contrat d’assurance à l’acquéreur d’un véhicule terrestre à moteur.
Toutefois, cette transmission n’est que temporaire (1). Il appartiendra aux
parties, passé un certain délai, de déterminer le sort définitif du contrat
d’assurance (2).

1- La transmission légale du contrat d’assurance :

a- Consécration du principe de la transmission du


contrat à l’acquéreur :
L’article 22 du Code des assurances précise au sein de son deuxième alinéa et
juste après avoir édicté le principe général de la transmission légale que,
« toutefois, en cas d’aliénation d’un véhicule terrestre à moteur, le contrat est
suspendu de plein droit dix jours après la date d’aliénation ». On en déduit
alors la réaffirmation du principe de transmission légale de l’assurance à
l’acquéreur du véhicule et ce à partir du moment de son aliénation.
Le contrat d’assurance est donc maintenu. Il continue a produire ses effets
actifs et passifs. Seulement, l’acquéreur se substitue au vendeur par l’effet de
l’aliénation.
b- La suspension de plein droit du contrat
d’assurance :
L’article 22/2 du Code des assurances réduit sensiblement les effets du
principe de la transmission légale du contrat d’assurance à l’acquéreur du
véhicule puisqu’il prévoit expressément que « le contrat est suspendu de plein
droit dix jours après la date d’aliénation ». Il s’en suit que durant cette
Droit des Assurances

période de suspension, l’assureur ne doit plus sa garantie à l’acquéreur qui,


pour sa part, n’est pas tenu au paiement de la prime.
S’agissant d’une suspension de contrat, celle-ci ne met pas un terme à la
relation contractuelle établie entre l’assureur et l’acquéreur. En effet, le
contrat peut être remis en vigueur par l’accord de l’assureur et de l’acquéreur.
Ces mêmes parties pourront d’autre part, si elles le désirent, mettre fin à leur
relation en procédant à la résiliation du contrat.
Il faut savoir en outre, qu’en matière de responsabilité civile des propriétaires
des véhicules terrestres à moteur, l’assureur ne peut opposer aux victimes
d’accidents ou à leurs ayants droits, la suspension du contrat (article 23 du
Code des assurances). Cette disposition a certainement le mérite de protéger
les intérêts des victimes des accidents de la circulation routière qui pourront
toujours agir directement contre l’assureur de responsabilité du véhicule
aliéné malgré la suspension du contrat. Il appartiendra alors à l’assureur
d’exercer contre l’acquéreur une action en remboursement de l’indemnité
qu’il aura versé à la victime.

2- Le sort définitif du contrat d’assurance :


Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, l’assureur ou l’acquéreur peut
mettre un terme à la suspension du contrat soit par la résiliation du contrat (a),
soit par un accord des deux parties visant la remise en vigueur du contrat
d’assurance (b). C’est ce que prévoient les dispositions de l’article 22/2 du
Code des assurances.

a- La résiliation :
L’acquéreur ou l’assureur peut très bien demander la résiliation du contrat.
Par contre, la résiliation aura lieu de plein droit à l’expiration d’un délai de
deux mois à compter de la date d’aliénation si, passé ce délai, le contra n’a
pas été résilié par l’une des deux parties ou remis en vigueur par un accord
conclu entre elles (article 22/2 du Code des assurances).

b- La remise en vigueur :
Le contrat suspendu peut aux termes de l’article 22/2 être remis en vigueur
par accord de l’assureur et l’acquéreur.
Cette remise en vigueur doit impérativement avoir lieu dans un délai de deux
mois à compter de la date d’aliénation ou sinon elle sera inopérante et les
parties devront alors conclure un nouveau contrat d’assurance.
B- Opportunité d’un régime spécifique aux véhicules :
Le législateur tunisien a prévu, au sein de l’article 22 du Code des assurances,
la transmission automatique du contrat d’assurance au profit de l’acquéreur
Droit des Assurances

dans le but de ne pas le laisser à découvert et de lui laisser le temps qu’il faille
pour conclure une nouvelle assurance avec l’assureur de son chois.
Quant à la suspension du contrat d’assurance dix jours après la date de
l’aliénation du véhicule, elle s’explique par le caractère intuitu personae de
l’assurance automobile. En effet, plusieurs éléments relatifs à la personne
même de l’assuré sont pris en considération par l’assureur lors de la
conclusion du contrat (ses antécédents, sa solvabilité, sa vigilance…) et
permet éventuellement de le dissuader d’offrir sa garantie. Le législateur a
alors considéré qu’il serait opportun de laisser aux parties la liberté de
déterminer le sort définitif du contrat d’assurance.

C- Etendue de l’application du régime spécial propre aux véhicules :


Les alinéas 2, 3 et 4 de l’article 22 du Code des assurances s’appliquent aux
véhicules soumis à assurances s’appliquent aux véhicules terrestres à moteur,
c’est-à-dire à tous les véhicules soumis à l’assurance automobile obligatoire, à
savoir les véhicules destinés à circuler sur le sol et actionnés par une force
mécanique quelle que soit leur puissance fiscale.
De même, ce régime spécial suppose une assurance en cours au jour de
l’aliénation et propre au véhicule assuré qu’il s’agisse d’une assurance de
chose ou bien d’une assurance de responsabilité relative au véhicule aliéné.
Rappelons, en outre, que les alinéas 2 et 3 de l’article 22 du Code des
assurances ne s’appliquent qu’en cas d’aliénation entre vifs d’un véhicule
terrestre à moteur qu’il s’agisse d’un transfert de propriété à titre gratuit ou à
titre onéreux. Par contre, si le transfert de propriété a eu lieu suite à un décès,
seul l’alinéa premier sera applicable.

SECTION II:
Les droits des créanciers hypothécaires
ou privilégiés sur l’indemnité
d’assurance
Selon le droit commun, lorsque la chose assurée est détruite par un
sinistre, l’indemnité d’assurance devrait tomber dans le patrimoine de
l’assuré, devenant ainsi le gage commun de tous les créanciers. Cette solution
a été en réalité réaffirmée par le Code des assurances puisque l’article 20 /1 er
édicte clairement que « les indemnités dues à raison de contrats d’assurance
sont attribuées, sans qu’il y ait besoin de délégation expresse aux
bénéficiaires et aux créanciers privilégiés ou hypothécaires suivant leur rang,
qui ont informé l’assureur de leurs droits avant le règlement de ces
indemnités ». On comprend, alors, que l’indemnité d’assurance prend la place
du bien détruit sur lequel porteraient les droits des créanciers. Une telle
sanction trouve son fondement dans l’idée de subrogation réelle.
Droit des Assurances

De même, l’article 20 du Code des assurances vise, sans distinction, les


assurances de choses et les assurances de responsabilité, ainsi que tous les
créanciers hypothécaires et privilégiés(paragraphe 2). Cependant, cette
subrogation réelle ne produira ces effets qu’à certaines conditions
(paragraphe 1).

Paragraphe 1 :
Les conditions d’application de la subrogation réelle

Deux conditions doivent être remplies par les créanciers titulaires d’une
sûreté réelle pour pouvoir bénéficier de la protection offerte par l’article 20 du
Code des assurances. Ils doivent avoir effectué une inscription régulière de
leur sûreté (A) et ils doivent avoir informé l’assureur de ses droits (B).

a. L’inscription régulière des sûretés :


Cette condition est déduite des dispositions de l’article 20 alinéa 1er du
Code des assurances qui prévoient que « les indemnités d’assurance sont
attribuées aux bénéficiaires et aux créanciers privilégiés ou hypothécaires
selon leur rang ». En effet, comment ces derniers pourraient-ils prouver le
rang légal de leur sûreté si ce n’est par une inscription régulière de leur droit.
S’il s’avère que l’assureur a versé l’indemnité à un créancier en situation
irrégulière, sa responsabilité sera engagé envers l’assuré.

b. L’obligation d’informer l’assureur :


L’article 20/1er du Code des assurances est clair. Les indemnités
d’assurances sont attribuées aux créanciers privilégiés ou hypothécaires « qui
ont informer l’assureur de leurs droits avant le règlement ». Il s’en suit que si
l’assureur ignore l’existence des sûretés grevant la chose assurée, il pourra se
libérer valablement entre les mains de l’assuré.
Aucune exigence de forme n’est prévue par l’article 20. Dès lors, les
créanciers privilégiés et hypothécaires pourront informer l’assureur de
l’existence de leur sûreté par simple lettre missive. Cependant, il est
préférable de conserver une preuve de l’exécution de cette obligation qui
servira en cas de contestation. Il serait plus adéquat alors d’effectuer cette
déclaration contre récépissé faite auprès de l’assureur ou bien par le biais
d’une lettre recommandée avec accusé de réception.
Cette information doit, en outre, parvenir à l’assureur avant le paiement
de l’indemnité. Si l’assureur n’a pas été informé avant le paiement de celle-ci,
il peut valablement se libérer entre les mains de l’assuré.
L’information peut valablement être effectuée après le sinistre pourvu
qu’elle soit faite avant tout paiement de l’indemnité par l’assureur.
Droit des Assurances

Toutefois, les créanciers ne sont pas tenu d’informer l’assureur de


l’existence de la sûreté grevant la chose assurée chaque fois où ce dernier en a
eu connaissance par tous moyen comme dans le cas où la sûreté a été
mentionnée dans la police.

Paragraphe 2:
Les effets de la subrogation réelle

Ces effets diffèrent selon les cas. Ainsi, il est intéressant d’étudier les
effets de la subrogation avant tout sinistre (A) et ses effets après sinistre (B).
En outre, il faut aborder la question de la détermination des droits des
créanciers privilégiés et hypothécaires (C).

A- Les effets de la subrogation avant tous sinistre :


Les créanciers privilégiés et hypothécaires sont en mesure de faire tous
les actes conservatoires de nature à maintenir la garantie de l’assureur leur
profit. Ils peuvent notamment faire opposition préventive au paiement de
l’indemnité et ils peuvent même payer les primes à la place de l’assuré pour
évité la suspension de la garantie ou encore déclarer les aggravations de
risque pour éviter les sanctions des articles 8 et 9 du Code des assurances.

B- Les effets de l’abrogation après sinistre :


Une fois que le créancier a régulièrement accompli les mesures de
publicité exigées par la loi et qu’il a informé l’assureur de sa créance, il
acquiert de plein droit un droit propre sur l’indemnité d’assurance et il dispose
contre l’assureur d’une action directe qui en est la conséquence. Cette action
n’est pas soumise à la prescription biennale mais aux délais de prescription de
droit commun car elle trouve sa source dans le droit de créance et non pas
dans le contrat d’assurance.

C- Les limites des droits des créanciers :


Ces limites sont la conséquence directe de la nature subrogatoire du
droit des créanciers privilégiés et hypothécaires.
Tout d’abord, il faut savoir que l’attribution de l’indemnité se fait suivant le
rang légal des créanciers (article 20 du Code des assurances). De même, le
créancier ne recevra l’indemnité que dans les limites de sa propre créance. Le
surplus sera versé à l’assuré.
Précisons aussi que le créancier n’obtiendra l’indemnité que si sa
créance est certaine, liquide et exigible au jour du règlement du sinistre. Si la
Droit des Assurances

créance est à terme ou conditionnelle, l’assureur conservera son montant ou le


consignera à la caisse des dépôts et des consignations.
Il faut savoir enfin que l’assureur est tenu envers les créanciers dans la
mesure où il est tenu envers l’assuré. Il est alors en droit de leur opposer
toutes les conditions figurant au contrat d’assurance ainsi que toutes les
exceptions encourues par l’assuré avant le sinistre.

CHAPITRE III
La subrogation légale
de l’assureur contre
le tiers responsable
du sinistre

En matière d’assurance, l’assureur est tenu d’indemniser son assuré,


victime d’un dommage, alors même quel e sinistre qui a engendré un
dommage est causé par un tiers-responsable. Cependant, une telle situation
risque de poser certains problèmes. En effet, les règles de la responsabilité
civile imposent au tiers responsable de réparer l’intégralité du dommage dont
il est à l’origine. De même, l’assureur est dans l’obligation de garantir le
dommage subi par son assuré-victime, et ce en vertu du contrat d’assurance.
Or, permettre à l’assuré de cumuler la garantie de l’assureur et la réparation
de l’auteur du dommage entraînerait son enrichissement. Une telle pratique
est certainement contraire au principe indemnitaire et au jeu de la
responsabilité civile qui a pour objectif principal la réparation intégrale du
dommage par le responsable. Dès lors, et pour éviter un tel enrichissement, on
a proposé une solution qui consiste à permettre à l’assureur, qui ne peut agir
personnellement contre le tiers en responsabilité civile, de se subroger dans
les droits de l’assuré. Ainsi, l’assureur exercera un recours contre le tiers
responsable du sinistre, après avoir indemnisé son assuré-victime. Ce dernier
recevra alors une indemnisation, et le tiers responsable sera tenu de payer sa
dette. Cette solution a été consacrée légalement par l’article 36 de la loi de
1930, puis elle a été reprise par l’article 21 du Code des assurances qui a
instauré le mécanisme de la subrogation légale de l’assureur (Section 1), tout
en prévoyant certaines dérogations à l’application d’un tel régime (Section 2).
Droit des Assurances

SECTION I :
Le mécanisme de la subrogation
légale de l’assureur
On peut définir la subrogation comme étant l’opération par laquelle un
créancier se substitue à un autre à l’occasion d’un paiement. Ainsi, le
créancier subrogé acquiert la créance qui a fait l’objet du paiement avec tous
ses accessoires, sans pouvoir réclamer plus qu’il n’a payé.
Ce sont ces mêmes règles que l’on retrouve en matière d’assurance et plus
précisément au sein de l’article 21/1 du Code des assurances qui prévoit que
« l’assureur qui a payé l’indemnité d’assurance est subrogé, jusqu’à
concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l’assuré contre
les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la
responsabilité de l’assureur ». On en déduit que la subrogation trouve son
fondement dans le paiement fait par ce dernier à l’assuré au titre du contrat
d’assurance. Ainsi, l’assureur qui a payé se substitue à l’assuré dans son
action en responsabilité contre le tiers. Le recours subrogatoire se trouve
alors doublement limité par le paiement de l’assuré qui est le fondement
même de son recours (paragraphe 1) et par l’action en responsabilité dans
laquelle il est substitué (paragraphe 2).

Paragraphe 1 :
La limitation du recours subrogatoire
en fonction de l’indemnisation
L’exercice du recours subrogatoire par l’assureur dépend étroitement
de l’indemnisation de l’assuré. En effet, ce recours ne sera possible que si
l’assureur a préalablement indemnisé l’assuré. Ensuite, l’assureur ne peut
exercer son action subrogatoire que dans les limites de ce qu’il a payé à
‘assuré à titre d’indemnisation.

A- L’assureur doit avoir préalablement indemnisé l’assuré :


La subrogation de l’assureur ne pourra avoir lieu qu’à partir du paiement
puisqu’il en constitue le fondement. Le paiement peut être prouvé par une
quittance acquittée par l’assuré ou par tout autre moyen de preuve (chèque,
virement bancaire ou postal…).
Si l’assureur ne doit pas sa garantie pour une raison ou une autre telle que la
nullité du contrat d’assurance, résiliation ou suspension de la garantie pour
non-paiement des primes, il ne peut agir contre le tiers. En ce cas, l’assuré
victime sera en droit d’exercer son action en réparation intégrale contre le
responsable du dommage. Par contre, l’assuré victime qui a été totalement
Droit des Assurances

indemnisé par son assureur n’est plus en droit d’exercer tout recours contre le
tiers responsable. Ce recours appartient à l’assureur qui lui est subrogé.
B- L’exercice de l’action subrogatoire dans les limites de l’indemnité
d’assurance :
L’action subrogatoire de l’assureur ne doit en aucun cas permettre à ce dernier
de s’enrichir ; c’est pourquoi elle doit être exercée dans les limites de ce qu’il
a payé à l’assuré à titre d’indemnisation. Ainsi, s’il s’avère que l’assureur n’a
pas intégralement indemnisé l’assuré pour diverses raisons comme dans le cas
de sous-assurance ou de découvert ou encore de franchise…, l’assuré victime
peut toujours exercer son action en responsabilité contre le tiers responsable
pour le reste. Toutefois, et en pareille situation, assureur et assuré peuvent être
en concours contre le tiers, si ce dernier est partiellement insolvable. Qui des
deux supportera alors cette insolvabilité partielle ?
Nous sommes en droit de penser qu’assureur et assuré supporteront
équitablement l’insolvabilité du tiers. Cependant, telle n’est pas la solution
adoptée par la jurisprudence française qui considère que l’assuré doit être
payé par préférence à l’assureur qui lui a promis sa garantie et ce en vertu de
l’adage « on ne se subroge pas contre soi-même ». Si, par contre, ce sont
plusieurs co-assureurs qui doivent faire face à l’insolvabilité partielle du tiers,
et ce après avoir indemnisé l’assuré, il devront alors supporter équitablement,
et dans la même proportion car ils ont des droits identiques.

Paragraphe 2 :
La dépendance du recours subrogatoire
A l’action en responsabilité civile contre le tiers
Dès le paiement de l’indemnité d’assurance, l’assureur est en droit
d’exercer son recours subrogatoire, ce qui lui permettra d’agir à la place de
l’assuré victime dans son action en responsabilité contre le tiers. Cependant,
l’action subrogatoire ne peut être exercée que si l’action en responsabilité
existe et n’est pas atteinte (A). De même, elle demeure soumise à l’action en
responsabilité (B).

A- Le recours subrogatoire dépend de l’existence d’une action en


responsabilité civile contre le tiers :
Si l’action en responsabilité civile de l’assuré contre le tiers est éteinte pour
une raison quelconque, la subrogation ne peut avoir lieu. A ce propos, il faut
savoir que cette action en responsabilité peut être délictuelle ou contractuelle
(ex : la responsabilité contractuelle du locataire envers le propriétaire en cas
d’incendie), et qu’elle peut être concevable aussi bien en matière d’assurance
des choses qu’en matière d’assurance de responsabilité des choses.
Droit des Assurances

L’extinction de l’action en responsabilité civile peut être due à plusieurs


raisons, notamment :
1/ Le cas du paiement du tiers responsable à la victime assurée :
Dans cette situation, la dette de réparation est éteinte par le paiement et
s’oppose à la subrogation. Etant donné que l’assuré ne peut cumuler
l’indemnité d’assurance et l’indemnité de réparation du tiers, l’assureur
pourra agir en répétition de l’indemnité contre l’assuré.

2/ Le cas de la renonciation de l’assuré à son action en responsabilité :


La renonciation de l’assuré à son action en responsabilité empêche la
subrogation. Cependant, l’assureur peut en ce cas être délivré de ses
obligation envers l’assuré. C’est ce que prévoient les dispositions de l’article
21/2 du Code des assurances selon lesquelles « l’assureur peut être déchargé
en tout ou en partie de sa responsabilité envers l’assuré, quand la
subrogation ne peut plus, par le fait de l’assuré, s’exercer en faveur de
l’assureur ». La logique de cette disposition n’est pas à démontre : on ne peut
admettre que l’assuré fasse preuve de générosité au dépends de l’assureur.

3/ La prescription :
En cas de prescription de l’action en responsabilité, la subrogation devient
impossible. En effet, la prescription éteint la dette de responsabilité, il est
alors évident que l’action subrogatoire ne puisse être exercée puisqu’elle se
substitue par essence à l’action en responsabilité.

B- L’action subrogatoire dépend des modalités et de l’étendue de


l’action en responsabilité :
En exerçant l’action subrogatoire, l’assureur est appelé à agir au lieu et place
de l’assuré contre le tiers responsable. Il est alors tenu d’exercer cette action
dans les mêmes conditions dans lesquelles l’assuré l’aurait fait. Ainsi, l’action
subrogatoire est soumise au même régime de preuve que l’action en
responsabilité civile et il appartiendra à l’assureur de prouver à ce titre la
responsabilité civile du tiers qu’elle soit délictuelle ou contractuelle. De
même, l’action subrogatoire de l’assureur obéit à des règles de compétence
d’attribution et territoriale applicables à la victime car, une fois de plus c’est
bien l’action en responsabilité de la victime que l’assureur exerce par le jeu de
la subrogation.
Rappelons, toujours à ce propos, que ce sont les règles du droit commun
relatives à la prescription de l’action en responsabilité qui s’appliqueront à
l’action subrogatoire.
Enfin, précisons que l’assureur peut se voir opposer le partage de
responsabilité entre l’assuré victime et le tiers responsable alors même qu’il a
intégralement indemnisé l’assuré au titre du contrat d’assurance. Il ne
Droit des Assurances

disposera alors que d’un recours partiel contre le tiers. Cette situation est
possible à partir du moment où l’assurance peut garantir tout sinistre causé
par la faute de l’assuré sauf bien sûr la faute intentionnelle.

SECTION II :
Les dérogations à la subrogation
Selon l’article 21/3 du Code des assurances, l’assureur ne peut exercer
aucun recours contre certaines personnes proches de l’assuré (paragraphe 1),
exception faite du cas de malveillance de l’un de ces proches (paragraphe 2).

Paragraphe 1 :
Le principe de la dérogation
Les personnes visées par l’article 21/3 du Code des assurances sont :
les enfants, les descendants, les ascendants, les alliés en ligne directe, les
préposés, les employés, les ouvriers ou domestiques et toute personne vivant
habituellement au foyer de l’assuré.
Cette dérogation est fondée sur des raisons morales et juridiques. En effet, on
imagine mal que l’assuré agisse en justice contre son proche. De plus, si
l’assuré est civilement responsable du fait de ses enfants ou plus généralement
d’une personne dont il doit répondre, la subrogation de l’assureur à l’assuré
entraînerait la répétition de l’indemnité qu’il a préalablement versée au titre
du contrat d’assurance. Pour toutes ces raisons, le législateur n’autorise pas
l’assureur à agir contre ces personnes.

Paragraphe 2:
L’exception légale : la malveillance
On parle de malveillance lorsque l’auteur du sinistre a eu l’intention de
réaliser le dommage. L’assureur pourra dans ce cas recourir contre l’auteur de
la malveillance, mais sans pouvoir exercer son recours contre l’assuré
civilement responsable car on ne subroge pas contre soi-même. L’assuré
conserve alors le bénéfice de la garantie et l’auteur de la malveillance
supporte personnellement le recours de l’assureur, même s’il a souscrit une
assurance de responsabilité. La malveillance, rappelons le, est considérée
comme étant une faute intentionnelle qui entraîne inéluctablement une
exclusion de risque.
Droit des Assurances

CHAPITRE IV
Les droits de la victime dans
l’assurance de responsabilité

La réparation des dommages subis par la victime peut obtenue à


l’amiable. En effet, la victime adresse sa réclamation à l’assuré qui la
transmet à son assureur. Ce dernier peut verser l’indemnité d’assurance s’il
considère que les conditions de sa garantie sont réunies et que la victime
réussit à établir la responsabilité de l’assuré.

Si la victime n’arrive pas à obtenir une réparation à l’amiable, s’ouvre


pour la voie de l’action en justice. Ainsi, il pourra agir soit contre l’assuré
responsable qui demande ensuite ou parallèlement à son assureur de le
garantir (Section 1), soit directement contre l’assureur du responsable
(Section 2).

SECTION I :
Le rôle de l’assureur dans l’action
en responsabilité de la victime
contre l’assuré
Lorsque l’assuré est assigné dans une action en responsabilité de la
victime, il cherchera à mettre en jeu la garantie de son assureur. Quelle est
donc la procédure de mise en jeu de cette garantie (paragraphe 1) ? et quel
rôle joue l’assureur dans la défense de l’action intentée contre son assuré
(paragraphe 2) ?

Paragraphe 1 :
La procédure de la mise en jeu de la garantie
Lorsque l’assureur refuse de garantir le sinistre, l’assuré peut soit agir
en garantie contre son assureur (A), soit le mettre en cause dans le procès en
responsabilité intenté par la victime (B).

A- L’action principale en garantie de l’assuré contre l’assureur :


La garantie du sinistre par l’assureur est l’objet même du contrat
d’assurance. L’action qui en naît est donc soumise aux règles de compétences
et à la prescription biennale des actions dérivant du contrat d’assurance.
Droit des Assurances

Pour faire jouer cette garantie, l’assuré doit prouver sa dette de


responsabilité à l’égard de la victime, preuve généralement apportée par la
condamnation judiciaire de l’assuré à des dommages intérêts. Il doit
également prouver la concordance entre le risque réalisé et les conditions de
garantie de l’assureur telles que prévues par le contrat d’assurance.

B- L’appel en garantie ou la mise en cause de l’assureur par


l’assuré :
Dans ce cas, l’assuré n’intente pas une action à part contre son
assureur, mais met en cause ce dernier dans l’action intentée contre lui par la
victime.
Seulement, dans certains cas, cette mise en cause n’est pas possible 1. Ainsi,
l’assureur ne peut être mis en cause devant les juridictions répressives alors
même qu’elles statuent sur les intérêts civils lorsque la victime s’est
constituée partie civile. Cette interdiction trouve son fondement dans le fait
que les juridictions répressives sont compétentes lorsque la source du
dommage est une infraction alors que la garantie de l’assureur trouve sa cause
dans le contrat d’assurance et non dans l’infraction.
Une exception à cette interdiction est prévue lorsque l’action civile portée
devant la juridiction pénale a pour objet la réparation de dommages corporels
causés par un accident de la circulation routière. Ainsi, selon l’article 118 du
code de la route2, « en cas de constitution de partie civile, l’assureur et, le cas
échéant, le Fonds de garantie au profit des victimes des accidents
d’automobiles, sont mis en cause. La juridiction saisie est compétente pour
statuer sur toutes demandes à caractère civil, et notamment celles relatives au
contrat d’assurance ».

Paragraphe 2 :
Le rôle de l’assureur dans la défense à
l’action en responsabilité de la victime
Bien qu’il ne soit qu’un tiers dans le procès intenté par la victime
contre son assuré, l’assureur n’en demeure pas mois un tiers intéressé par
l’issue de ce procès puisque ce sera à lui, en définitive, d’indemniser la
victime. De même, l’assuré peut ne pas accorder la diligence nécessaire dans
cette action sachant à l’avance que c’est l’assureur qui réparera les dommages
auxquels il sera condamné. Pour cette raison, les assureurs insèrent des
clauses dans les contrats d’assurance qui auront pour effet de les substituer
aux assurés dans la défense au procès en responsabilité.

1
L’assuré, dans ce cas, n’aura que la voie de l’action principale pour exercer son recours contre l’assureur.
2
Loi n° 99-71 du 26 juillet 1999, portant promulgation du Code de la route, J.O.R.T. du 30 juillet 1999, n°
61.
Droit des Assurances

A- L’interdiction faite à l’assuré de reconnaître sa responsabilité :


L’assureur peut interdire, dans le contrat d’assurance, à l’assuré de
reconnaître sa responsabilité. Même si cette possibilité n’a pas été prévue
dans le Code des assurances, sa validité ne semble pas contestable 3.
Il peut donc être interdit à l’assuré d’avouer sa responsabilité. Cela
s’entend par les reconnaissances écrites ou orales ou même les
reconnaissances tacites résultant d’actes non équivoques. Cependant, ne
peuvent être considérés comme des aveux de responsabilité, les actes
d’humanité que l’assuré peut faire à l’occasion d’un accident, comme secourir
la victime, l’amener à l’hôpital ou même payer les soins 4. On estime,
également, que le fait de prendre la fuite après l’accident n’implique pas
nécessairement une reconnaissance de responsabilité. Toujours est-il que la
fuite constitue, en elle-même un délit puni par la loi ou une cause
d’aggravation de la peine en cas d’homicide involontaire 5.

B- Les clauses portant sur la transaction :


La transaction6 détermine définitivement le montant de la dette de
l’assuré envers la victime. Et puisque c’est à l’assureur d’indemniser, en
définitive, la victime, on trouve souvent dans les contrats d’assurance des
clauses interdisant la transaction par l’assuré et réservant ce droit aux
assureurs7.
Seulement, la transaction faite par l’assureur ne doit pas nuire à
l’assuré. Cela peut être le cas lorsque la garantie ne couvre pas la totalité du
dommage (sous-assurance, découvert obligatoire, franchise). C’est également
le cas lorsque la victime et l’assuré se sont mutuellement causé des

3
La possibilité d’insérer une telle clause a été prévue par la loi de 1930, dans l’article 52 selon lequel
« l’assureur peut stipuler qu’aucune reconnaissance de responsabilité, aucune transaction intervenue en
dehors de lui ne lui seront opposables. L’aveu de la matérialité d’un fait ne peut être assimilé à la
reconnaissance d’une responsabilité ».
4
Exemple de clause pouvant être inséré dans un contrat d’assurance : « … Ne sont pas considéré comme une
reconnaissance de responsabilité, l’aveu d’un fait matériel ou le seul fait d’avoir produré à la victime un
secours urgent, lorsqu’il s’agit d’un acte d’assistance que toute personne a le devoir légal ou moral
d’accomplir ».
5
Art. 85 du Code de la route : « Est puni d’emprisonnement d’un mois au maximum et d’une amende allant
de 61 à 100 dinars ou à l’une des deux peines seulement, toute personne ayant commis l’un des délits
suivants :
8- fuite de tout conducteur après avoir occasionné des dégâts matériels à un autre véhicule essayant ainsi de
se soustraire à sa responsabilité civile ».
Art. 91 : « La peine d’emprisonnement est portée à dix ans, s’il est prouvé que le conducteur qui a causé
l’homicide ou la blessure involontaires, a sciemment pris la fuite, tentant ainsi de se soustraire à la
responsabilité pénale ou civile dont il aurait à répondre ».
6
L’article 1458 du C.O.C. définit la transaction ‫ الّصلح‬comme étant «un contrat par lequel les parties
terminent ou préviennent une contestation moyennant la renonciation de chacune d’elles à une partie de ses
prétentions ou la cession qu’elle fait d’une valeur ou d’un droit à l’autre partie ».
7
Exemple de clause pouvant être inséré dans un contrat d’assurance : « …(L’assureur) a seul le droit dans la
limite de sa garantie, de transiger avec les tiers lésés. Aucune reconnaissance de responsabilité, aucune
transaction intervenant en dehors de (l’assureur) ne lui est opposable... ».
Droit des Assurances

préjudices. Dans cette hypothèse, l’assureur ne peut transiger que sur la dette
de la responsabilité de son assuré et non sur les droits de réparations des
propres dommages de ce dernier. Ainsi, dans ces cas ; il est préférable
d’associer l’assuré à la transaction. Cela vaut également lorsque l’assureur
oppose la déchéance à son assuré mais doit indemniser la victime, parce que
ce sera à l’assuré, dans ce cas, de payer la réparation.

C- La clause de transmission des pièces :


Des clauses peuvent être insérées dans le contrat d’assurance obligeant
l’assuré de transmettre à l’assureur toutes les pièces relatives à toute
réclamation amiable ou judiciaire de la part de la victime. La validité de telles
clauses est tacitement déduite de l’article 12 du Code des assurances qui
interdit la déchéance en cas de simple retard dans la transmission des pièces.
A contrario, le défaut total de transmission des pièces prévue par le contrat
peut être sanctionné par la déchéance. Ce type de clauses est largement
justifié par le rôle que peut avoir l’assureur dans la direction du procès intenté
contre l’assuré.

D- La clause de direction du procès par l’assureur :


En vertu de la clause de direction de procès, l’assuré n’a qu’un rôle
passif. L’assureur, en coulisse, dirige le procès en choisissant les avocats et en
leur donnant les instructions qu’il juge nécessaires.
La direction du procès par l’assureur n’est qu’une faculté. Il peut, en
effet, considérer, à tort ou à raison, qu’il ne doit aucune garantie, donc il n’a
pas à intervenir dans ce procès.
Si par contre il décide de diriger la défense de l’assuré dans l’action
intentée par la victime, cela implique sa renonciation à discuter la garantie et à
invoquer toutes les exceptions opposables à son assuré dont il avait
connaissance.
Le mécanisme de la clause de direction de procès diffère selon qu’on
soit devant les juridictions civiles ou pénales 8.

a) Devant les juridictions civiles :


La clause de direction de procès joue pleinement. L’assuré n’a pas à
s’immiscer dans le procès, à peine éventuellement de déchéance. C’est

8
Exemple de clause pouvant être inséré dans un contrat d’assurance : « En cas d’action mettant en cause une
responsabilité assurée par le présent contrat, (l’assureur), dans la limite de sa garantie :
a) Devant les juridictions civiles, commerciales ou administratives, assume la défense de l’assuré,
dirige le procès et a le libre exercice des voies de recours ;
b) Devant les juridictions pénales, si la ou les victimes n’ont pas été désintéressées, a la faculté de
diriger la défense ou de s’y associer et, au nom de son assuré civilement responsable, d’exercer les
voies de recours. Toutefois, (l’assureur) ne pourra exercer les voies de recours qu’avec l’accord de
l’assuré, si celui-ci a été cité comme prévenu, exception faite du pourvoi en cassation, lorsqu’il est
limité aux intérêts civils… ».
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l’assureur qui choisi l’avocat et qui est maître des voies de recours, même si
le montant de la condamnation en appel excède la garantie. L’assuré ne peut
critiquer l’assureur que si ce dernier commet une faute, notamment lorsque la
décision d’appel était manifestement injustifiée.

b) Devant les juridictions pénales :


Etant donné que le procès pénal met en jeu la liberté et l’honneur de l’assuré,
celui-ci reprend les devants et l’assureur doit, dans ce cas, être discret.
L’assuré est libre d’accepter ou de refuser les avocats proposés par on
assureur. C’est lui qui juge de l’opportunité d’exercer des voies de recours,
même si l’appel interjeté par l’assuré est limité aux intérêts civils, parce qu’il
encours dans ce cas le risque de voir le parquet riposter par un appel à
minima. Mais, si c’est le parquet qui prend l’initiative de l’appel, l’assureur
peut exercer un appel incident se limitant aux intérêts civils.
Lorsque l’assuré est cité devant la juridiction répressive en tant que
civilement responsable, l’assureur peut diriger la défense de l’assuré. Mais, ni
l’assuré ni l’assureur ne peuvent s’immiscer dans la défense pénale du
prévenu.

SECTION II :
L’action directe de la victime
contre l’assureur
Au cas où la victime n’a pas été désintéressée par l’assuré responsable,
l’article 26 du Code des assurances lui donne le droit d’agir directement
contre l’assureur. Selon cet article, et « dans la limite du montant du
dommage subi et de la valeur de l’engagement fixé au contrat d’assurance, le
tiers lésé a le droit d’agir directement contre l’assureur ». Cette action a pour
fondement le droit à la réparation du préjudice subi (paragraphe 1) et à
l’existence du contrat d’assurance (paragraphe 2).

Paragraphe 1 :
Les conditions dérivant de la nature réparatrice de l’action
directe
Il est important de s’interroger ici sur les personnes qui peuvent agir
contre l’assureur, les conditions de la réparation ainsi que les délais de
prescription de l’action directe.

A- Les personnes pouvant exercer l’action directe :


Droit des Assurances

Etant une action en responsabilité, ce sont les victimes elles-mêmes


ainsi que leurs ayants-droits à titre universel qui peuvent exercer l’action
directe contre l’assuré du responsable.
Ont le même droit d’agir, les personnes subrogées aux victimes ou à
leurs ayants-droits. Ainsi, l’assureur de chose peut, après avoir indemnisé son
assuré, exercer par subrogation l’action directe contre l’assureur du
responsable.

B- Les conditions de la réparation :


Pour obtenir réparation, il faut établir la responsabilité de l’assuré (1) et
la preuve que ce dernier n’a pas désintéressé la victime (2).

1- La responsabilité de l’assuré doit être établie :


Il est évident que le demandeur dans l’action directe contre l’assureur ne peut
espérer une quelconque réparation s’il n’établit pas la responsabilité de
l’assuré. En général, ce dernier est mis en cause par le demandeur dans
l’action directe et le juge se prononce en même temps sur la question de la
responsabilité et celle de l’assurance. Seulement, la mise en cause de l’assuré
dans l’action directe contre l’assureur est-elle une nécessité ou une simple
faculté ?

Selon une jurisprudence française constante 9, Cette mise en cause est


nécessaire lorsque la victime n’avait pas préalablement agi contre l’assuré ou
lorsqu’elle ne s’est pas constituée partie civile lors du procès pénal. Dans ce
dernier cas, la reconnaissance de la culpabilité au pénal n’exclut pas la
possibilité d’un partage de responsabilité au civil. Egalement, l’acquittement
au pénal ne préjuge pas de la décision des juges civils. Pour ces raisons, la
présence de l’assuré est nécessaire pour fixer contradictoirement le principe et
le degré de la responsabilité ainsi que le montant de la réparation.

Mais, dans certains cas, la mise en cause de l’assuré est inutile lorsque
l’existence de la créance et son montant ont été fixé judiciairement à l’égard
de l’assuré. Pour la question de la garantie, la présence de l’assureur suffira.
Parfois encore, cette mise en cause serait impossible. C’est le cas lorsque la
question de la responsabilité est de la compétence des juridictions
administratives. La juridiction civile saisie de l’action directe sursoie alors à
sa décision en attendant que soit établie la responsabilité de l’assuré et le
montant de la réparation.
La mise en cause de l’assuré est également impossible lorsque ce dernier
bénéficie de l’immunité diplomatique.

9
Trois arrêts de la chambre civile du 13 déc. 1938, D.P. 1939.1.33, note Picard.
Droit des Assurances

2- La victime n’a pas été préalablement désintéressée par l’assuré :


Même si l’article 26 précité du Code des assurances ne l’affirme pas, il est
évident que si la dette de l’assuré est éteinte par une indemnisation préalable
ou par un quelconque moyen d’extinction de l’obligation, l’action directe de
la victime contre l’assureur serait tout bonnement irrecevable pour absence
d’intérêt, selon l’article 19 du C.P.C.C.
Il est, néanmoins, utile d’indiquer qu’en cas de collision de véhicules
entraînant des dommages réciproques et des responsabilités partagées, les
deux dettes s’éteignent par compensation à concurrence de la plus faible.
L’action directe reste recevable pour le titulaire de la créance la plus forte
pour la part non éteinte par la compensation.

C- La prescription applicable :
Etant fondée sur le droit à la réparation du dommage subi, l’action directe en
responsabilité se prescrit selon les délais prévus par l’article 115 du C.O.C.

Paragraphe 2 :
Les conditions d’exercice de l’action directe
dérivant du contrat d’assurance
Même s l’action directe est une action en responsabilité pour obtenir la
réparation de la victime, elle s’exerce contre l’assureur ce qui entraîne des
conséquences quant aux règles de compétences (A) et des limites de la
garantie (B).

A- Les règles de compétence :


1- Certaines juridictions compétentes en matière de responsabilité, ne peuvent
se saisir de l’action directe. C’est le cas des juridictions administratives et des
juridictions répressives. En effet, ces dernières ne peuvent pas juger le contrat
d’assurance. Seules donc les juridictions civiles et commerciales sont
compétentes en matière d’action directe contre l’assureur.

2- Concernant la compétence territoriale, ce sont les règles de l’article 13 du


Code des assurances qui s’appliquent. Est donc compétent le tribunal du
domicile de l’assuré ou celui du lieu du fait dommageable.

B- Les limites de l’obligation de l’assureur envers la victime :


Etant donné que l’obligation de garantie de l’assureur a pour fondement le
contrat d’assurance, il en résulte que l’assureur peut, en principe, opposer à la
victime toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer à son assuré (1),
exception faite en matière de déchéance (2).
Droit des Assurances

1- Le principe de l’opposabilité des exceptions :


Deux types d’exceptions peuvent être opposés à la victime : Celles affectant
le contrat et celles déterminant l’étendue de la garantie.
a- On peut citer, parmi les exceptions affectant le contrat d’assurance, la
nullité, la résiliation ou encore la clause de prise d’effet.
b- Pour les exceptions fondées sur l’étendue de la garantie due par l’assureur,
il y a notamment la suspension de la garantie pour non-paiement des primes,
les exclusions des risques et l’insuffisance de la garantie en cas de concours
de plusieurs victimes dont certains ont négligé de se faire connaître auprès de
l’assureur. Celui-ci peut donc valablement se libérer en versant le montant de
la garantie aux seuls créanciers qui ont agi contre lui.

2- L’inopposabilité des déchéances aux victimes :


Les déchéances encourues par l’assuré après la réalisation du dommage ne
peuvent être opposées à la victime. Ce dernier acquière, en effet, le droit à la
réparation le jour de la réalisation du dommage. Les exceptions qui naissent
après la réalisation du dommage ne peuvent donc lui être opposées.
L’assureur aura l’obligation de réparer le dommage, mais a le droit également
de recourir contre son assuré, en supportant le risque de son éventuelle
insolvabilité.

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