Parcours Mythologie Greco-Romaine
Parcours Mythologie Greco-Romaine
pédagogique
La mythologie
gréco-romaine
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Sommaire Introduction
II. Les Dieux et les hommes p.12 Formidable réservoir d’histoires, la mythologie stimule
l’imagination des artistes depuis l’Antiquité et demeure une des
Focus: Les amours de Vénus p.14
sources d’inspiration capitales de la peinture occidentale. Sujet
Focus: Les demi-dieux p.16 idéal pour découvrir les collections du musée, le thème de la
mythologie embrasse une grande diversité d’œuvres, de la
Focus: Les dieux et les déesses p.18
Renaissance à l’époque contemporaine. Préparer une visite sur
Focus: Les duels divins p.20 la mythologie au musée des Beaux-Arts permet ainsi d’aborder
Focus: Les métamorphoses p.21 les mythes fondateurs de la Grèce et de la Rome antique. Grâce
à la contemplation et l’analyse des œuvres qui illustrent les
Plan des collections p.22 grands textes, les groupes pourront découvrir les
Glossaire p.24 interprétations des artistes à travers les siècles et stimuler leur
imaginaire. Les œuvres d’art sont également un support
Les dieux de l’Olympe p.25
indispensable pour maîtriser un vocabulaire précis et
Lire une œuvre p.26 perfectionner ses connaissances sur les différentes divinités,
leurs histoires et leurs attributs.
Liste des œuvres p.27
Les œuvres mythologiques du musée des Beaux-Arts de Caen sont numérotées (ex :2. ), tandis que les
autres œuvres sont précédées d’une lettre en majuscule (ex : F. ).
Les légendes complètes sont à retrouver dans la liste des œuvres, page 27.
2
2. ROSA Salvator, Glaucus et Sylla, 17e siècle.
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Repères chronologiques
Appropriation et réécriture
des mythes par différents
auteurs.
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I. Les sources littéraires
La mythologie gréco-romaine est avant tout une religion Les grands auteurs antiques
polythéiste, fondatrice de la civilisation mycénienne aux
Homère :
alentours des 16e et 15e siècles av. J.-C. En retraçant
l’origine des hommes et de leurs dieux, elle unit les Grecs Derrière le nom d’Homère se cachent probablement plusieurs
autour d’une croyance commune et tente de donner une aèdes qui se sont transmis pendant trois siècles les chants de
explication au monde qui les entoure. Les épopées l’Iliade et de l’Odyssée. C’est seulement à la fin du 5e siècle av.
héroïques sont, quant à elles, chantées à partir du 12e J.-C que le tyran d’Athènes, Pisistrate, ordonne leur mise par
siècle av. J.-C., par des aèdes, poètes formés dans des écrit. Le premier chant, l’Illiade, conte la célèbre Guerre de
écoles de chant. Ils transmettent ainsi à l’oral des histoires Troie et fixe les idéaux moraux de la civilisation grecque qui
et des mythes, tel Homère au 8e siècle av. J.-C. célèbre avant tout les valeurs guerrières. L’Odyssée, quant à
Parallèlement, avec l’apparition de l’écriture, certains lui, décrit le retour d’Ulysse à Ithaque après la Guerre de
poètes rédigent leurs histoires, à l’instar d’Hésiode. Troie.
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Aux origines de la Guerre de Troie
H. 139cm
L. 249cm
La palette de couleurs est à la fois vive et sombre. Si des couleurs intenses sont utilisées pour Hélène,
figure centrale du tableau, les autres personnages et l’arrière-plan se noient dans l’obscurité. Giordano
use ici d’un clair-obscur atténué.
Les tours de Sparte sont visibles à gauche, au pied desquelles se devine une scène de combat : les corps
des victimes sont à terre et des hommes continuent à se battre ou se replient en direction de la mer.
Hélène, dans sa représentation, répond aux canons de beauté de la femme italienne du 17e siècle. Ses
longs cheveux blonds vénitiens, sa peau très blanche, son corps bien en chair et son torse dénudé
traduisent cet idéal de beauté féminin.
Le soldat central qui enserre Hélène dans ses bras est Pâris. Il la saisit et la place dans un bateau déjà sur le
départ. La figure contorsionnée d’Hélène en serpentine ainsi que le corps à corps des deux amants,
accentuent l’aspect dramatique de la scène.
Le casque de Pâris était d’abord empanaché. On remarque à l’œil nu la trace du repentir du peintre.
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L’enlèvement d’Hélène est un épisode célèbre de la mythologie MINI BIO
grecque puisqu’il est le point de départ de la Guerre de Troie dans
l’Iliade. Hélène, femme du roi de Sparte Ménélas, est enlevée par Luca Giordano (1634 - 1705)
Pâris - aussi connu sous le nom d’Alexandre -, fils de Priam, roi de
1642 : À l’âge de huit ans, sa carrière commence à
Troie. Ce sujet mythologique est à la mode au 17e siècle car il permet
Naples dans un milieu marqué par la peinture
d’aborder le thème de la beauté, responsable de tous les maux, et
caravagesque et dans lequel il apprend auprès du
celui de l’adultère. Dans sa version, Giordano a choisi la thèse du rapt
peintre Ribera.
dans laquelle Hélène est saisie de force, et non pas celle de
l’enlèvement consenti où, ayant succombé aux charmes de Pâris, elle 1650-1690 : Giordano poursuit sa carrière à
le suit de son plein gré. Giordano affectionne les scènes de rapt. En Florence, Venise et Rome où il découvre les œuvres
effet, on lui connaît plusieurs versions de l’enlèvement d’Hélène mais de Véronèse, Michel-Ange, Raphaël ou encore le
aussi des rapts de Proserpine par Pluton, de Déjanire par le centaure Caravage.
Nessus, d’Europe par le taureau Zeus. Par ailleurs, les personnages
1692-1702 : Giordano est à Madrid, au service du
ont tous une attitude dynamique tant dans les gestes que dans les
roi Charles II d’Espagne. Il obtient le titre de
regards. Le mouvement étant l’expression première de la violence de
cabalerro (chevalier).
l’enlèvement, ce tableau répond aux codes du baroque. L’expression
de la violence passe aussi par les oppositions entre la victime et ses 1705 : À sa mort, Giordano est considéré comme
ravisseurs : Hélène est partiellement dénudée ce qui révèle une peau l'une des figures importantes du baroque italien du
très blanche ainsi qu’une chevelure dorée, tandis que les Troyens ont 17e siècle. Sa renommée est internationale et son
la peau plus foncée, des cheveux bruns et sont vêtus sombrement. œuvre comporte quelques milliers de peintures.
Enfin, si la partie gauche du tableau illustre la cité de Sparte, celle de
droite évoque l’espace maritime qui conduit à Troie.
Dans les écrits de Virgile ou du Pseudo-Apollodore, Hélène abandonne volontairement son époux et sa fille pour
s’enfuir avec Pâris. La version de Benoît de Sainte-Maure propose au contraire un enlèvement non consenti :
- « Sire, répond dame Hélène, j’éprouve beaucoup de peine à ce qui nous est arrivé; mais puisqu’il en est ainsi, je vois bien que notre
destin est de souffrir, que je le veuille ou non. Mais par Dieu je vous prie que vous nous préserviez de la honte et de la contrainte.
- Dame, votre vouloir sera accompli, dit Pâris, comme vous l’avez demandé. » […]
- « […] Et si je vous ai enlevée à la Grèce, vous allez accéder à un pays plus beau et si riche que vous direz le vôtre pauvre. Après vous
serez très honorée par tout le monde, comme celle qui sera la maîtresse de tout; car toute chose que vous voudrez, je vous l’accorderai.
- Sire, fait-elle, je ne sais quoi dire si ce n’est que j’ai assez de colère dans mon cœur, plus qu’aucune femme en eu jamais; et si je refusais
votre plaisir, cela ne me vaudrait rien de bon. Ainsi je vois bien que consentir à votre volonté me convient, car je ne m’en puis défendre.
Cela me peine, mais si vous me portez amour et fidélité, vous aurez intact ce qui est en mon pouvoir. »
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Après la Guerre de Troie
H. 129,5cm
L. 160,5cm
4. École française du 19e siècle, Hermione rejetant Oreste, huile sur toile, début 19e siècle.
La palette de couleurs est douce et éclatante à la fois. Le peintre prête à Oreste des coloris éclatants et
préfère des coloris doux pour les femmes.
Devant le temple, la mort de Pyrrhus est représentée. Légèrement effacé, ce détail est en réalité un repentir
de l’artiste qui avait décidé de figurer initialement le destin funèbre du fils d’Achille.
La frise qui répond au principe d’isocéphalie n’est pas sans rappeler celles placées sur les sarcophages ou les
bas-reliefs gréco-romains. Elle représente une scène de funérailles.
La gestuelle et les émotions des personnages traduisent la théâtralité de la scène : Oreste est stupéfait,
Cléone est meurtrie et Hermione ressent de la répulsion.
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École française du 19e siècle
Après la Guerre de Troie, Hermione est promise au fils
d’Achille, Pyrrhus, alors qu’elle devait initialement Bien qu’on ne connaisse pas l’auteur de ce tableau, il est possible de
épouser son cousin Oreste. Pyrrhus quant à lui, enlève l’attribuer à l’École française du 19e siècle. Le retour à une
Andromaque, épouse d’Hector mort au combat, pour apparente simplicité après un travail approfondi sur l’Antiquité,
qui il voue un amour passionnel. Les sentiments suscité principalement par les fouilles de Pompéi et d’Herculanum,
d’Hermione envers les deux jeunes hommes varient atteint son apogée sous Louis XVI et Marie -Antoinette. Le « style
selon les versions. Si certains auteurs soulignent son Louis XVI » désigne la nouvelle clarté classique : le néoclassicisme,
amour pour Oreste, d’autres la décrivent éprise de qui perdure sous Napoléon 1er. Ce style nouveau est en rupture
Pyrrhus, au point d'éprouver une profonde jalousie avec le style rococo du règne de Louis XV.
envers Andromaque. Après son échec d’attenter à la
vie de cette dernière, elle conspire avec Oreste pour
assassiner Pyrrhus. Meurtrie à l’annonce de la mort de L’histoire tragique d’Hermione et Oreste inspire plusieurs
artistes, aussi bien écrivains, compositeurs que peintres.
son amant, elle se suicide sur le corps ensanglanté du
Euripide en propose une version dans son Andromaque au 5e siècle avant
fils d’Achille. notre ère, dont Racine, au 17e siècle, s’inspire pour sa tragédie éponyme :
L’artiste privilégie pour son Hermione rejetant Oreste ORESTE Madame, c'en est fait, et vous êtes servie.
une composition large et simple. Ses personnages, Pyrrhus rend à l'autel son infidèle vie.
sont peu nombreux et disposés en frise au premier HERMIONE Il est mort ?
plan, comme sur les bas-reliefs gréco-romains. Ils sont ORESTE Il expire. Et nos Grecs irrités
isolés par de grands vides sur une scène caractérisée Ont lavé dans son sang ses infidélités.
Je vous l'avais promis. Et quoique mon courage
par la géométrie de la salle. Si le peintre s’inspire
Se fît de ce complot une funeste image,
d’éléments antiques pour la contextualisation de son
J'ai couru vers le temple, où nos Grecs dispersés
tableau, tel que le répertoire décoratif, les éléments Se sont jusqu'à l'autel dans la foule glissés. […]
sculptés ou les costumes, il reste fidèle aux règles L'infidèle s'est vu partout envelopper,
d’usage de son époque pour figurer ce qu’on pensait Et je n'ai pu trouver de place pour frapper.
alors être un palais antique : sol dallé, colonnes Chacun se disputait la gloire de l'abattre.
doriques, portique et quelques marches. La partie Je l'ai vu dans leurs mains quelque temps se débattre,
droite de l’œuvre est ouverte sur la ville, lieu Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober
Mais enfin à l'autel il est allé tomber .
sanguinaire illustré par le meurtre de Pyrrhus : c’est la
HERMIONE Qu'ont-ils fait !
partie liée au messager Oreste venu annoncer la
ORESTE Pardonnez à leur impatience.
nouvelle. L’autre moitié est plus intime, occupée par Ils ont, je le vois bien, trahi votre vengeance.
les deux femmes, même si une ambiance martiale est Vous vouliez que ma main portât les premiers coups,
rappelée par les armes accrochées. Quant au centre du Qu'il sentît en mourant qu'il expirait pour vous. […]
tableau, il valorise le glaive d’Oreste et illustre ainsi le HERMIONE Tais-toi, perfide,
tragique de la scène, tragique accentué encore par les Et n'impute qu'à toi ton lâche parricide.
personnages présentés comme figés dans leur Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur,
mouvement. Les jeux de regards et de gestes Va, je la désavoue, et tu me fais horreur.
Barbare qu'as-tu fait ? Avec quelle furie
soulignent la tension dramatique. L'éclairage vif et
As-tu tranché le cours d'une si belle vie ?
oblique donne aussi du relief aux figures. Les Avez-vous pu, cruels, l'immoler aujourd'hui,
caractères opposés des personnages sont traduits par Sans que tout votre sang se soulevât pour lui ?
des formes différentes. Alors que le corps d’Oreste est Mais parle. De son sort qui t'a rendu l'arbitre ?
construit sur des lignes droites offrant un aspect Pourquoi l'assassiner ? Qu'a-t-il fait ? À quel titre ?
dynamique, le dessin des femmes suit des lignes Qui te l'a dit ?
sinueuses.
Racine, Andromaque, Act. V, Sc. III, Paris, 1667.
H. 134 cm
L. 148 cm
La palette de couleurs vives et foncées témoigne de l’aspect dramatique de la scène représentée : un suicide.
L’expression ancrée sur le visage de Didon est emplie de tristesse et de désespoir. Son regard tourné vers les
cieux suggère qu’elle prend les dieux à témoin de son sort.
Les phénomènes météorologiques, selon les croyances antiques, traduisent les émotions des dieux : si la pluie
symbolise les pleurs des dieux sur le sort de Didon, l’arc-en-ciel suggère qu’un dieu ou une déesse descend sur
Terre. Peut-être s’agit-il d’Aphrodite qui accompagne son fils Énée sur les navires, ou d’Iris, messagère des
dieux dont l’arc-en-ciel est l’attribut.
Le bûcher funéraire sur lequel est assise Didon prédit sa mort imminente et rappelle le rite selon lequel les
peuples antiques brûlaient les corps des morts pour rejoindre le royaume d’Hadès.
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L’histoire de Didon est contée par Virgile dans le quatrième livre de MINI BIO
l’Énéide. Reine de Carthage, son destin tragique est intimement lié à
celui du héros troyen Énée : après la guerre de Troie, Énée débute une Andrea Sacchi (1599 - 1661)
quête dont l’objectif est de construire une nouvelle Troie en Italie. Au
cours de son voyage, il s’arrête à Carthage où il s’éprend passionnément
de Didon. Une nuit, Aphrodite apparaît en songe à son fils et lui rappelle Vers 1613 : Il remporte un prix à l’Académie de
son destin. Accablé, Énée abandonne Didon et laisse derrière lui son
armure et son arme afin de poursuivre sa quête vers le Latium. Se Saint-Luc à Rome et obtient le soutien du
sentant trahie et désespérée, la reine de Carthage s’empare alors de cardinal Francesco Maria del Monte. Il devient
l’épée de son amant et la dirige vers son cœur. l’élève de Francesco Albani, dit l’Albane.
La composition de l’œuvre
Dans les Héroïdes, Ovide décrit l’instant où Didon est sur le point de se suicider. Cette description méticuleuse — au
point de rendre la scène présente dans l’imaginaire du lecteur - est ce qu’on appelle une ekphrasis. Elle a inspiré le
peintre Andrea Sacchi pour la conception de son tableau.
« […] Sinon, j’ai résolu de renoncer à la vie. Tu ne peux être longtemps encore cruel envers moi. Que n’as-tu devant les yeux la triste image
de celle qui t’écrit. Je t’écris, et l’épée troyenne est près de mon sein. Des larmes coulent de mes joues sur cette épée nue, qui bientôt, au
lieu de larmes, sera trempée de sang. Que ton présent convient bien à ma destinée, et que le tombeau que tu m’élèves t’aura peu coûté !
Ce n’est pas le premier trait qui perce mon sein. Le cruel Amour y a déjà fait une blessure. Anne ma sœur, ma sœur Anne, toi, hélas ! La
confidente de ma faute, tu vas bientôt offrir à ma cendre les dons suprêmes. Quand le feu du bûcher m’aura consumée, on ne gravera pas
sur ma tombe le nom d’Elise, épouse de Sichée. Mais on lira cette inscription sur le marbre funéraire : « Enée, l’auteur de son trépas, en
fournit aussi l’instrument. Didon périt frappée de sa propre main. »
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II. Les dieux et les hommes
La culture occidentale a hérité du corpus mythologique de Ainsi le dieu Apollon, touché dans son amour propre, use-t
la civilisation grecque. Cet ensemble de récits fantastiques, -il d’un subterfuge et transforme Marsyas pour le punir de
dans lesquels les auteurs et poètes remercient les Muses son audace. Quant à Cupidon, par exemple, il tire ses
de les avoir inspirés, a trouvé sa place dans les arts et flèches malicieusement sur deux personnes pour se
notamment les beaux-arts. La mythologie inspire tout divertir.
d’abord les artistes grecs et romains pour les décors de
poteries, les motifs de fresques ou les sculptures. Au
Moyen Âge, elle persiste au prix d’une adaptation de ses Certaines divinités n’hésitent pas non plus à jouer un rôle
représentations et de sa symbolique. À la Renaissance, les principal dans ce grand spectacle humain, en
artistes se tournent vers l’Antiquité gréco-romaine et s’énamourant d’un ou plusieurs personnages et en ayant
puisent dans sa mythologie pour stimuler leur créativité. des enfants avec eux. Zeus par exemple, acteur d’un grand
Ainsi, de nombreux tableaux et fresques de la Renaissance nombre d’adultères, métamorphose en génisse sa jeune
et du mouvement baroque illustrent-ils des épisodes maîtresse Io pour qu’elle échappe à l’ire d’Héra. Aphrodite
mythologiques, sans oublier les murs et les plafonds de et Poséidon se plaisent également dans les bras des
palais par exemple. L’objectif de ces œuvres, sinon louer le mortels. De ces unions, naissent des héros au destin et aux
commanditaire ou divertir, est moral et didactique. exploits spectaculaires : les demi-dieux. Leurs ascendances
Enracinée dans la culture picturale et littéraire, la divines et mortelles leur offrent à la fois la puissance des
mythologie reste une source inépuisable pour les artistes dieux et les faiblesses de la nature humaine. Enfin, certains
encore aujourd’hui. sont divinisés et résident sur l’Olympe comme Hercule,
d’autres rejoignent les étoiles comme Persée ou Pollux.
H. 94,8 cm
L. 74cm
La palette de couleurs suave et tendre révèle la transparence nacrée des perles, le vêtement violacé, le ruban et
le drapé roses. Le fond noir fait ressortir le corps dénudé de Vénus.
Le regard du chien est dirigé vers le spectateur. Admoniteur, l’animal semble le prendre à témoin de la gravité
de la situation et annonce le destin tragique de son maître.
Les ongles noirs des deux personnages les éloignent de toute idéalisation: la scène mythologique est devenue
prétexte à une scène de genre. Le geste de Vénus est à la fois tendre et protecteur.
Vénus est représentée selon les canons de beauté des 15 e et 16e siècles en Europe : le front haut, l’absence de
sourcils, la coiffe à aigrette, l’entremêlement de tresses.
Le bras gauche et le large dos de Vénus occupent à eux seuls le quart inférieur droit du tableau. Sa carrure musclée
joue sur l’ambivalence masculin/féminin en comparaison au corps juvénile d’Adonis. Ces détails sont
caractéristiques du maniérisme.
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L’histoire de Vénus et Adonis est décrite par Ovide dans les MINI BIO
Métamorphoses, au livre X. Selon le poète latin, Adonis, fils
de Myrrha et du roi de Syrie Théias, est recueilli et élevé par Cornelis Cornelisz dit Cornelisz van
Vénus après sa naissance. En grandissant et grâce à sa beauté Haarlem (1562 - 1638)
florissante, il rend la déesse passionnément éprise. Craignant de
perdre son amant lors d’une partie de chasse, Vénus le met en
garde contre une témérité excessive à l'égard des bêtes sauvages. 1579 : À l’âge de dix-sept ans, Cornelis part pour la
Adonis n’en tient pas compte et, aussitôt parti à la chasse, est France et s'arrête à Rouen où il est sans doute
blessé à mort par un sanglier. Alertée par ses gémissements, influencé par l'école de Fontainebleau. Il se dirige
Vénus accourt et retrouve le jeune homme baignant dans son ensuite vers Anvers où il devient l'élève du peintre
sang. Elle s'abandonne à sa douleur et promet de perpétuer par Gillis Coignet.
une fête annuelle le souvenir d'Adonis. Puis elle verse un nectar
sur le corps du jeune homme, le métamorphosant en une fleur 1583: Cornelis reçoit sa première commande
qui porte désormais son nom : l’anémone adonis. officielle, un portrait collectif intitulé Le Banquet de
la brigade de Jan Adriaensz van Veen de la milice de
Les élans amoureux de Vénus et d'Adonis sont un thème Haarlem. Il se révèle fin portraitiste et bon peintre
inépuisable pour les artistes. Cornelisz van Haarlem, l'un des d'histoire.
chefs de file du maniérisme haarlémois, s'est inspiré des vers où 1600 : Cornelis est considéré comme le plus grand
Vénus met en garde Adonis contre les bêtes sauvages. L’artiste artiste hollandais vivant. Environ trois cents
peintures lui sont attribuées.
s’approprie le mythe en supprimant le décor bucolique évoqué
par Ovide pour le remplacer par une scène intime d'intérieur. Le
1630-31 : Il participe à la réorganisation de la guilde
moment du départ pour la chasse est un thème majeur aux Pays- de Saint-Luc dont il est membre depuis le début des
Bas. En effet, à l'avertissement aux chasseurs se superpose une années 1580.
approche moralisante : Adonis incarne le type du jeune écervelé
qui, faisant fi des conseils de Vénus, renonce à l'amour divin pour
des plaisirs terrestres plus immédiats. Aussi, dans Vénus et
Sur le même thème au musée des Beaux-Arts de Caen
Adonis, la modération des sentiments et l'apaisement des formes
sont-ils servis par une peinture lisse, des couleurs suaves et une En versant le nectar, la déesse métamorphose le sang
de son amant en anémone, lui permettant un
grande délicatesse du modelé. Enfin, cette œuvre est emplie de
renouveau perpétuel à chaque printemps. Poussin
sensualité : la position de Vénus de trois quarts de dos, retranscrit l'atmosphère recueillie des pietà et le mythe
l'arabesque formée par son corps, son sein dénudé et sa carrure antique est ici le medium d'un message spirituel :
musclée et charnelle en sont caractéristiques. l'espérance chrétienne de la résurrection.
Un jour, les chiens d'Adonis avaient suivi les traces claires d'un sanglier et l'avaient
débusqué ; et le jeune fils de Cinyras avait transpercé la bête d'un trait oblique
quand elle allait sortir de la forêt. De son groin retroussé, l'animal eut tôt fait de
secouer l'épieu teinté de son sang, tandis qu'Adonis tremblant cherchait un refuge
sûr. Le sanglier farouche le poursuivit, lui plongea complètement ses défenses dans
l'aine et le terrassa mourant sur le sable fauve.
Ovide, Les métamorphoses, Livre X, v. 708-715, 1e siècle ap. J.-C. 9. POUSSIN Nicolas, Vénus pleurant Adonis ou la mort d'Adonis, 1627.
H. 72 cm
L. 91cm
10. COYPEL Noël, Le Combat d'Hercule et d'Acheloüs, huile sur toile, c. 1688.
La palette de couleurs propose des tons chauds et lumineux, fidèle à l’harmonie globale recherchée par
les peintres classiques.
La famille royale est témoin du combat des prétendants. Sur le trône surmonté d’un dais, le roi Œnée
est reconnaissable à son drapé rouge qui symbolise son ascendance royale. Déjanire, à gauche du
trône, semble sur la réserve : satisfaite de l’issue du combat, elle reste surprise par la violence et la
force de son favori.
Le centre même du tableau présente la corne arrachée d’Acheloüs et annonce ainsi la victoire
d’Hercule. Cela permet d’évoquer la musculature du fils de Zeus, musculature sublimée par un nu
héroïque quelque peu voilé. Sa force surhumaine est également suggérée : il vainc l’animal à mains
nues et sans grande difficulté.
Le putto, qui tient dans sa main une couronne de laurier, s’apprête à en coiffer Hercule. Symbole
d’Apollon, la couronne est l’attribut de ceux - demi-dieux ou non - qui triomphent.
L’architecture antique est fidèlement peinte selon ce qu’on pensait être un palais antique au 17e
siècle : aux frontons et caryatides, s’adjoignent le sol dallé, les quelques marches et les colonnes
emblématiques. Le temple à l’arrière-plan est également caractéristique.
16
Pour répondre à une commande de huit tableaux autour du personnage MINI BIO
d’Hercule en 1688, Coypel choisit le thème du combat du héros contre
Acheloüs. Il a déjà eu l’occasion de peindre cet épisode pour
Noël Coypel (1628-1707)
l’appartement du roi au palais des Tuileries dans les années 1660. Grâce à
cette nouvelle version, Coypel affirme sa touche classique et personnelle : 1642 : À quatorze ans, il quitte la Normandie
la limpidité du tableau se traduit par les coloris harmonieux des tuniques, pour étudier dans l’atelier parisien de Noël
le raffinement de l’architecture antique, ainsi que la douceur générale Quillerier.
figurant sur les visages des personnages. Face à la scène violente de la
corne arrachée, les femmes, timides dans leur gestuelle, manifestent de 1655 - 1675 : Coypel travaille exclusivement
la stupéfaction, accompagnée d’une attitude subite de recul. Le roi pour le roi Louis XIV.
semble seul profondément concerné par l’issue du combat. 1663 : Coypel est reçu à l’Académie royale de
Le style de Coypel dans les années 1690 reste fidèle au classicisme du peinture et de sculpture dont il devient
début du règne de Louis XIV : à la souplesse et légèreté naissantes, il professeur en 1664. Il y affirme fermement la
préfère par exemple la pureté des lignes qui font les mérites de primauté du dessin sur le coloris.
l’architecture antique. Partisan du dessin lors de la querelle du coloris qui 1695-1699 : Coypel est directeur de l’Académie
opposa les artistes de l’Académie royale de peinture et de sculpture dans royale de peinture et de sculpture.
les années 1670, il accorde une réelle importance à la ligne, à la logique
Noël Coypel fonde une dynastie de peintres au
harmonique des couleurs ainsi qu’à la doctrine classique de la peinture
service des rois de France sur près d’un siècle.
qui doit instruire, avant d’émouvoir et de charmer. L’art s’adresse à
l’esprit avant de satisfaire les yeux tandis que pour les partisans du
coloris, la rhétorique de la couleur qui s’adresse aux sens, doit susciter
l’enthousiasme, chaque élément étant mis au service de l’effet
d’ensemble.
[…] Ainsi à nouveau vaincu sous cette forme, il m'en restait une troisième, celle d'un taureau farouche : changé en taureau, je
reprends la lutte. Hercule, par la gauche, entoure de ses bras mon encolure. Je fonce, et lui, me tirant, me poursuit, pèse sur mes
cornes et les fiche dans le sol dur, me terrassant sur l'épaisse couche de sable. Et cela n'était pas suffisant ; tenant dans sa main droite une
de mes puissantes cornes, il l'arracha de mon front qu'il mutila. Des Naïades la remplissent de fruits et de fleurs odorantes, la consacrent
aux dieux, et la Bonne Abondance est riche de ma corne ». Il avait parlé. Une nymphe, une de ses servantes, court vêtue à la façon de
Diane, cheveux épars sur ses deux épaules, s'avança et apporta dans la corne opulente, comme seconds services, des fruits délicieux,
représentant l'automne tout entier.
Ovide, Les Métamorphoses, Livre IX, vers 1-100, 1er siècle ap. J.-C.
Un travail préparatoire
Carte d’identité divine En 1688, Coypel reçoit de Colbert de Villacerf une commande de huit tableaux retraçant
l’histoire d’Hercule pour l’appartement du Roi au Grand Trianon, à Versailles. L’œuvre
exposée au musée des Beaux-arts de Caen est une esquisse préparatoire à l’épisode
Nom grec : Alcide d’Hercule combattant Acheloüs. Exposée aux Salons de 1699 et de 1704, l’esquisse
comporte quelques variantes : si la représentation de la corne arrachée est accentuée
Surnom grec : Héraclès
par la chair et le sang, dans l’œuvre finale, elle est atténuée. Peut-être que ce détail a
Nom latin : Hercule été jugé trop violent au regard du caractère agréable souhaité pour le Grand Trianon.
Aussi, le cadrage plus large de l’esquisse permet-il de figurer les caryatides sur le toit du
Etymologie : Gloire d’Héra
palais et d’ajouter les armes ou attributs des deux rivaux dans le coin inférieur gauche.
Fonction :
I J
Demi-dieu divinisé
Père : Zeus
Mère : Alcmène
Coypel, Le combat d’Hercule et d’Acheloüs, Le Grand Trianon, Versailles, 108 H ; 162 L, c. 1688.
17
Les dieux et les déesses
H. 72 cm
L. 59 cm
11. VALLIN Jacques-Antoine, Diane chasseresse, huile sur toile, fin 18e - début 19e siècle.
La palette de couleurs est harmonieuse et douce. Elle accentue la légèreté du sujet traité. La peau
laiteuse de Diane contraste avec l’arrière-plan auroral.
Diane est coiffée selon les codes grecs : elle porte les cheveux noués à l’arrière et de courtes boucles
épousent son front. Ses joues sont quelque peu rosées pour signifier l’intensité de la chasse en cours.
Enfin, sa beauté est sublimée par le parfait équilibre de ses traits.
La déesse de la chasse est reconnaissable à son carquois, ses flèches et son arc. Sa gestuelle suggère
qu’elle est en pleine partie de chasse et qu’elle s’apprête à blesser un animal.
Elle est vêtue d’un léger drapé noué par un ruban et ceinturé à la taille. Ce vêtement répond aux codes
vestimentaires des grecques, portant le chiton. Déesse de la chasse, Diane est la seule femme
autorisée à le porter court pour être davantage libre dans ses mouvements. Son corps parfait et sa
peau laiteuse suggèrent sa divinité : ce « nu idéal », harmonieux et musclé, symbolise chez les Grecs
l’excellence et la vertu.
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Jacques-Antoine Vallin puise essentiellement son inspiration
MINI BIO dans la mythologie et l’histoire antique. En effet, il se plaît à
représenter dans un style néo-classique des figures féminines
Jacques-Antoine Vallin (1760 - 1835) à travers des bacchanales ou des scènes galantes, dans
lesquelles quelques bacchantes ou divinités sont
1760-1775 : Vallin reçoit une première formation immortalisées. Les bacchanales offraient aux artistes la
auprès de son père, sculpteur et ciseleur à Paris. possibilité de représenter le nu féminin dans un cadre
1779 : Il entre à l’école de l’Académie royale de antique. Dans ce portrait, la peau laiteuse de la déesse et son
peinture et de sculpture corps parfaitement proportionné répondent aux canons de
beauté de la femme au tournant du 19e et du 20e siècle. Son
1791-1827 : Vallin expose régulièrement au Salon. Son
visage légèrement coloré, ainsi que la délicatesse de ses
œuvre est marquée par le néoclassicisme et subit
gestes, traduisent sa grâce. Chasseresse des bêtes fauves
l’influence de Mallet et de Prud’hon.
selon son épithète homérique, Diane se confond
parfaitement dans ce paysage forestier auroral : sa bouche
Sur le même thème au musée des Beaux-Arts de Caen :
entr’ouverte et ses quelques bouclettes flottant dans le vent
La mode à l’antique est en vogue sous Napoléon 1er. Les évoquent par exemple la vivacité de ses actions. Enfin, le
femmes apprécient la coiffure grecque avec un ruban péplos, dont le drapé est parfaitement réalisé, s’harmonise
dans les cheveux et de petites boucles retombant sur le avec la peau satinée et soyeuse de Diane.
front. De même, les robes ceinturées sous la poitrine,
dites de style empire, deviennent légères et évoquent
les chitons ou péplos . Le portrait historié
[…] Rappelons ce jour où Diane, encore dans l'enfance, assise sur les genoux de Jupiter, lui adressa ces prières : "Accorde, ô mon
père ! accorde à ta fille de rester toujours vierge, et de porter assez de noms divers pour que Phébus ne puisse le lui disputer.
Donne-moi, comme à Phébus, un arc et des flèches. Que dis-je ?... non, mon père, ce n'est point à toi d'armer ta fille ; les Cyclopes
s'empresseront bientôt de me fabriquer des traits, de me forger un carquois. Alors donne-moi l'attribut distinctif de porter des flambeaux
et de revêtir une tunique à frange qui ne me descendra que jusqu'aux genoux, pour ne point, m'embarrasser à la cuirasse. Attache à ma
suite soixante filles de l'Océan, qui soient toutes à l'âge où l'on ne porte point encore de ceinture. Que vingt autres Nymphes, filles de
l'Amnisus, destinées à me servir aux heures où je cesserai de percer les lynx et les cerfs, prennent soin de mes brodequins et de mes chiens
fidèles. Cède-moi les montagnes. Je ne demande qu'une ville à ton choix. Diane rarement descendra dans les villes. J'habiterai les monts, et
n'approcherai des cités qu'aux moments où les femmes, travaillées des douleurs aiguës de l'enfantement, m'appelleront à leur aide. Tu sais
qu'au jour de ma naissance les Parques m'ont imposé la loi de les secourir, parce que le sein qui m'a portée n'a point connu la douleur, et,
sans travail, a déposé son fardeau."
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Duels divins
H. 118 cm
L. 154,5 cm
12. NOVELLI Pietro Giovanni, Duel musical d'Apollon et de Marsyas, huile sur toile, c. 1631.
Plusieurs auteurs antiques content le duel musical d’Apollon et Marsyas. Si le Pseudo-Apollodore, Hérodote,
Ovide et Pausanias proposent leurs propres versions, Diodore de Sicile raconte l’histoire ainsi :
Marsyas étant entré en lutte avec Apollon pour l'art de la musique, ils choisirent les Nysiens pour juges. Apollon joua le premier sur la
cithare, sans accompagnement de chant ; mais Marsyas, prenant sa flûte, frappa davantage les auditeurs par la nouveauté du son et par
la mélodie de son jeu, et il parut l'emporter de beaucoup sur son rival. Ils convinrent de recommencer la lutte et de donner aux juges une
nouvelle preuve de leur habileté ; Apollon succéda à son antagoniste, et, mêlant le chant au jeu de la cithare, il surpassa de beaucoup le
jeu primitif de la flûte seule. Marsyas, indigné, représenta à ses auditeurs qu'il était frustré contre toute justice ; puisque c'était de
l'exécution instrumentale et non de la voix qu'il fallait juger, et qu'il ne s'agissait que de savoir laquelle de la cithare ou de la flûte
l'emportait pour l'harmonie et la mélodie du son ; en un mot, qu'il était injuste d'employer deux arts contre un. Apollon répondit, suivant
ce que disent les mythologues, qu'il n'avait pris aucun avantage sur lui ; qu'il avait fait comme Marsyas soufflant dans sa flûte, et que,
pour que la lutte fût égale, il fallait qu'aucun des antagonistes ne se servit de la bouche dans l'exercice de son art, ou qu'ils ne se
servissent tous deux que de leurs doigts. Les auditeurs trouvèrent qu'Apollon avait raisonné juste, et ils ordonnèrent une nouvelle
épreuve. Marsyas fut encore vaincu, et Apollon, que cette lutte avait aigri, l'écorcha tout vif.
Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre III, Chap. 59, 1er siècle av. J.-C.
Si la palette de couleurs est sombre, Apollon est figuré avec des couleurs vives et lumineuses : il s’agit du dieu
du soleil. Ce jeu de contraste et de clair-obscur détache les protagonistes des personnages secondaires.
Novelli compose son tableau autour des jeux de regards. Apollon et Marsyas ne se quittent pas des yeux tandis
que les muses échangent un regard curieux, un doigt pointé vers le dieu. Quant aux deux autres personnages,
leur expression traduit un doute sur le vainqueur. Aussi Apollon est-il de face, présentant sa beauté divine, alors
que Marsyas, de dos, incarne une figure repoussoir.
Apollon est reconnaissable à ses attributs : sa beauté, caractérisée par sa blancheur et ses cheveux dorés,
répond à l’idéal masculin dans Italie de l’époque moderne. Sa lyre est ici remplacée par le violon qui rappelle sa
qualité de dieu de la musique et de la poésie. Enfin, les muses, dont l’une tient une flèche, complètent cette
liste.
Durant le duel musical d’Apollon et de Marsyas, Midas fait l’erreur de prendre parti pour Marsyas. Pour le punir
de cette faute de goût, le dieu des arts l’affuble d’oreilles d’âne.
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Les métamorphoses
H. 114 cm
L. 174 cm
13. NEGRI Pietro, Mercure et Argus, huile sur toile, 17e siècle.
[668] Cependant, le maître des dieux ne peut supporter plus longtemps les malheurs de la sœur de Phoronée [Io]. Il appelle
son fils Mercure, né de la plus belle des Pléiades; il lui commande de livrer Argus à la mort. Aussitôt, Mercure attache ses ailes
à ses talons, couvre sa tête de son casque, arme sa main puissante du caducée qui fait naître le sommeil, et du palais de Jupiter, il descend
rapidement sur la terre. […]
[678] […] Le petit-fils d'Atlas s'assied, et d'abord, par de longs discours, il semble arrêter le jour qui s'écoule; ensuite, par les accords lents
de la flûte, il veut endormir Argus. Cependant le monstre combat le doux sommeil, et quoiqu'une partie de ses yeux en soit vaincue,
l'autre veillant encore, il demande quel art a fait naître la flûte nouvellement inventée. […]
[713] Mais, lorsqu'il se préparait à raconter la fin de cette aventure, il s'aperçoit que tous les yeux d'Argus ont été vaincus par le sommeil.
[…] Soudain, de son glaive recourbé, il abat la tête chancelante du monstre; elle tombe et roule sur le rocher ensanglanté. Tu meurs,
Argus; tes cent yeux sont fermés à la lumière; ils sont couverts d'une éternelle nuit : Junon les recueille, et les plaçant sur les plumes de
l'oiseau qui lui est consacré, ils brillent en étoiles, sur sa queue épandus.
Ovide, Les métamorphoses, livre I, vers 668 - 721, 1er siècle après J.-C.
La palette de couleurs est contrastée : sur l’arrière-plan sombre et peu détaillé, se détachent les deux
personnages dont la peau illumine le tableau.
Hermès, le messager des dieux, est reconnaissable à son pétase, le casque ailé. Sa cape dans le vent suggère
aussi sa rapidité et sa légèreté.
Argus est un géant à cent yeux. L’exagération de sa carrure musclée démontre sa nature : il est beaucoup
plus imposant qu’Hermès. Negri représente Argus de profil, ce qui lui permet de ne peindre qu’un seul œil,
certainement dans un souci de praticité.
L’épée prédit l’issue de cette scène, tout comme le grand drapé rouge qui symbolise le sang d’Argus sur le
point de couler.
Séduite par Zeus, Io est métamorphosée en vache. Elle est gardée par Argus, géant à cent yeux et grand ami
d’Héra.
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Les œuvres numérotées et présentées dans ce dossier Plan des collections
pédagogique sont à retrouver en salles. D’autres tableaux
mythologiques, indiqués par une lettre en minuscule, sont
également exposés dans le musée.
À noter :
• il est possible que certaines œuvres soient en
réserve ou prêtées au moment de votre visite. a
• Certaines œuvres ont un emplacement ou des
dimensions inadaptés pour une présentation à une
classe entière.
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Anonyme, Pyrame et Thisbé (esquisse), 18e siècle, VIEN Joseph-Marie, Le Triomphe d’Amphitrite VIEN Joseph-Marie, Les Adieux d'Hector
huile sur toile, H. 38,7cm; L. 49,2cm. (esquisse), 2eme moitié du 18e siècle – 1er quart et d'Andromaque, 1787, huile sur toile,
du 19e siècle, huile sur toile, H. 49,1cm; L. 64cm. H. 26,6cm; L. 33,8cm.
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Glossaire
Admoniteur : personnage d’un tableau qui prend à témoin le spectateur en le regardant.
Bacchanales : fêtes religieuses célébrées dans l'Antiquité en l'honneur du dieu Dionysos, pendant lesquelles on buvait sans
mesure. Les prêtresses organisatrices de ces cérémonies étaient appelées Bacchantes.
Bas-relief : sculpture en faible relief gravée directement sur le mur d’un édifice ou une partie d’un objet.
Caryatide : statue de femme qui remplace une colonne dans l’architecture grecque.
Civilisation mycénienne : civilisation grecque de la fin de l'âge du bronze qui s'étend de 1650 à 1100 av. J.-C.
Chiton : tunique de deux styles différents, dorique et ionique, qui peut être portée par les femmes et les hommes.
Clair-obscur : contraste important entre les zones claires et les zones sombres.
Ekphrasis : dans la rhétorique antique, l’ekphrasis est une description (de personne, de fait, de lieu, de temps) capable de
mettre avec évidence son objet devant les yeux de l’auditeur ou du lecteur. L’effet visuel de l’ekphrasis doit bouleverser le
destinataire et emporter son adhésion.
Figure repoussoir : personne ou objet placé au premier plan d’une œuvre, qui crée le sentiment de la profondeur de l’espace.
Isocéphalie : règle esthétique antique selon laquelle les têtes des personnages sont placées sur une même ligne horizontale.
Maniérisme : mouvement artistique qui privilégie les effets d’asymétrie, de discorde ou de bizarrerie, qui s’éloigne de la
perfection acquise dans la représentation des corps et de la perspective de la Renaissance classique.
Péplos : tunique portée par les femmes en Grèce antique et maintenue à la taille par une ceinture.
Pietà : dans l’art religieux, il s’agit de la représentation de Marie tenant Jésus sur ses genoux après la Descente de la Croix.
putto (au pluriel : putti) : enfant nu, souvent ailé, dans les représentations artistiques.
Rapt : enlèvement par violence ou séduction d’une personne, le plus souvent d’une jeune femme ou d’un enfant.
Repentir : partie d’un tableau recouverte par le peintre pour modifier ou supprimer un détail.
Salon : manifestation artistique parisienne où les artistes exposent leurs œuvres de la fin du 17 e siècle à 1880.
Serpentine : aussi appelée figura serpentinata (figure ondulée), représentation des figures dans une pose en spirale, en
torsion.
Scène de genre : genre artistique qui dépeint une scène de la vie quotidienne.
14. LIBERI Pietro, Vénus, les Grâces et les Amours, 17e siècle.
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Les dieux de l’Olympe
ZEUS
Jupiter
HADÈS Dieu des dieux, du ciel et de POSÉIDON
Pluton la foudre, il maintient l’ordre Neptune
et la justice du monde.
Dieu de la mort et du monde Dieu de la mer et des océans.
souterrain, il règne sur les Il fait jaillir les sources.
Enfers.
APHRODITE
Vénus
Déesse de la beauté, de
l'amour et de la fécondité.
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Lire une œuvre
15. MASSÉ Samuel, Mars et Vénus surpris par Vulcain, 1ere moitié du 18e siècle.
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Liste des œuvres
1. JULIEN Simon, Tithon et l’aurore, 4e quart du 18e siècle, huile sur toile, H. 277cm; L. 198cm, Caen.
2. ROSA Salvator, Glaucus et Sylla, 17e siècle, huile sur toile, H. 84,5cm; L. 72cm, Caen.
3. GIORDANO Luca, Enlèvement d’Hélène, c. 1680, huile sur toile, H. 139cm; L. 249cm, Caen.
4. École française du 19e siècle, Hermione rejetant Oreste, 1ere moitié du 19e siècle, huile sur toile, H. 129,5cm; L. 160,5cm, Caen.
5. SACCHI Andrea, Didon abandonnée, c. 1630 -1640, huile sur toile, H. 140cm; L. 148cm, Caen.
6. FRANCKEN Frans (d’après), Les esclaves des fureurs de l'Amour, 1ere moitié du 17e siècle, huile sur chêne, H. 56,5cm; L. 97cm, Caen.
7. LA HYRE Laurent de, Thésée retrouvant les armes de son père, 1634, huile sur toile, H. 164cm; L. 137cm, Caen.
8. VAN HAARLEM Cornelisz, Vénus et Adonis, 1614, huile sur toile, H. 95cm; L. 74,2cm, Caen.
9. POUSSIN Nicolas, Vénus pleurant Adonis, 1627, huile sur toile, H. 57cm; L. 128cm, Caen.
10. COYPEL Noël, Le Combat d'Hercule et d'Acheloüs, c. 1688, huile sur toile, H. 72cm; L. 91cm, Caen.
11. VALLIN Jacques-Antoine, Diane chasseresse, 2e moitié 18e- 1ere moitié 19e, huile sur toile, H. 72cm; L. 59cm, Caen.
12. NOVELLI Pietro Giovanni, Duel musical d'Apollon et de Marsyas, c. 1631, huile sur toile, H. 154,5cm; L. 198cm, Caen.
13. NEGRI Pietro, Mercure et Argus, c. 1660-1679, huile sur toile, H. 114,3cm; L. 174,4cm, Caen.
14. LIBERI Pietro, Vénus, les Grâces et les Amours, 17e siècle, huile sur toile, H. 150cm ; L. 201 cm, Caen. (œuvre en réserve)
15. MASSE Samuel, Mars et Vénus surpris par Vulcain, 1ere moitié du 18e siècle, huile sur toile, H. 80,6cm; L. 64,5cm, Caen.
16. LOTH Johann Carl, Le Duel musical d’Apollon et Pan, 2e moitié du 17e siècle, huile sur toile, H. 116cm; L. 132cm, Caen.
Autres œuvres :
A. Peintre de Stockholm 1999, Hélène et Pâris, cratère en cloche à figures rouges apulien face A (détail), 380 - 370 av. J.-C., H. 33,40 cm; D. 38,60 cm; L. 33,90
cm, Musée du Louvre.
B. CHAMPAIGNE Philippe de, Le vœu de Louis XIII, 1638, huile sur toile, H. 342cm; L. 267,5cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
C. VIVIEN Joseph (entourage de), Portrait de Benoît Audran, 1ere moitié 18e siècle, huile sur toile, H. 74cm; L. 59,2cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
D. SORGH Hendrick Maertensz, Intérieur de cuisine, 2e–3e quart du 17e siècle, huile sur chêne, H. 48,5cm; L. 59,2cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
E. DORE Gustave, Paysage d’Ecosse, 1881, huile sur toile, H. 92cm; L. 165cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
F. LE LORRAIN Louis-Joseph, Nature morte de fleurs et de fruits, 1743, huile sur toile, H. 98cm; L. 136cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
G. Didon assise sur un trône entourée de ses suivantes, fresque, 1e siècle de notre ère, H. 108cm; L. 128cm, Pompéi.
H. PRADIER James, MARCHI Salvator, Vénus à la coquille, 1844, plâtre patiné H. 23,5cm; L. 15,5cm; P. 16cm, Musées d'art et d'histoire de Genève.
I. Peintre des Niobides, Héraclès portant un arc, sa massue et la peau du lion de Némée, Cratère des Niobides face A (détail), c. 460 av. J.-C, musée du Louvre.
J. COYPEL Noël, Le combat d’Hercule et d’Acheloüs, c. 1699, huile sur toile, H, 108cm; L. 162cm, Le Grand Trianon, Versailles.
K. LEFEVRE Robert, Portrait de femme en pied, c. 1810, huile sur toile, H. 32,3cm; L. 24,3cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
L. STRASBAUX Jean-François, Portrait présumé de Mlle Mars, 1819, aquarelle et gouache sur ivoire, H. 7,8 cm, Musée des Beaux-Arts de Caen.
M. Peintre de Bowduin, Artémis versant une libation, lécythe attique à figures blanches, 460-450 av. J.-C., H. 27,5cm; D. 9,3cm, Musée du Louvre.
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Focus sur un courant artistique
La peinture baroque en Italie et en Flandres
1 Lumière 2 Composition
Pour théâtraliser leurs œuvres, les
Pour dynamiser la composition, les
artistes jouent sur des contrastes
peintres créent du mouvement à travers
entre ombre et lumière. Le Caravage
la posture des personnages, les effets de
crée l'effet de clair-obscur qui donne
drapés et les lignes de force obliques ou
une impression de projecteur sur les
courbes.
personnages.
3 Émotion 4 Couleurs
Repères chronologiques :
maniérisme
baroque
classicisme néoclassicisme
16e siècle 17e siècle 18e siècle 19e siècle 20e siècle
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Les pistes pédagogiques
Second degré (collège/lycée)
→ Métamorphose et subterfuge
Français : Partir des sources, étude des Métamorphoses d’Ovide.
→ La figure d’Hélène de Troie. Histoire naturelle et récits merveilleux sur les animaux (croisements
Français : L’évocation d’Hélène chez les auteurs à travers les siècles, possibles avec la SVT). Io, de Giovanni Benedetto Castiglione.
étude de texte : Hélène, la plus belle reine du monde, fléau de Troie, Histoire des arts : Analyse comparée de Mercure et Argus, par Pietro
Odysseum ([Link]) Negri (musée des Beaux-Arts de Caen) et par Jacob Jordaens (musée
Histoire des arts : Analyse de l’Enlèvement d’Hélène de Giordano, le des Beaux-Arts de Lyon)
rapport au Baroque. Arts plastiques : Travailler la métamorphose par la transformation
Arts plastiques : Réaliser une architecture mobile (en lien avec le d’objets,
prothèse…
le travail d’ombre chinoise, la vidéo ou le flipbook, la
cheval de Troie).
Bibliographie et webographie
Bibliographie : Revues (cycle 2, 3 et 4)
Histoires à raconter (cycle 1, 2 et 3) Dada, Méduse, Éditions Arola, mai 2023.
BAZAILLE, Solle, PAUWELS, Jess. Les 12 travaux d’Héraclès. Editions Dada, Art antique remix, Éditions Arola, avril 2014.
Milan. Toulouse, 2022.
Dada, Les monstres, Éditions Arola, novembre 2014.
MIM, ALMERAS, Chloé. PHILEMON et BAUCIS, Une métamorphose
Astrapi, Sacrés dieux grecs, Bayard éditions, avril 2018.
d’Ovide. Editions Didier Jeunesse. Paris, 2018.
PALLUY, Christine, FRONTY, Aurélia. Dédale et Icare. Editions Milan.
Toulouse, 2007. Webographie :
SZAC Muriel, Le feuilleton d’Artémis, Paris, 2019. Lumni, dossier et articles sur la mythologie.
Histoire de l’art et mythologie (cycle 3 et 4)
BARBEREAU Joséphine, L’art raconte Ulysse. Éditions Palette et Little Émissions :
io, Paris, 2018.
Arte : Les Grands mythes, 2016.
BERTHERAT Marie, Les mythes racontés par les peintres. Bayard
éditions, 2019. France inter : Quand les dieux rôdaient sur la Terre, 2022.
Offre de visites
VISITE COMMENTÉE
Cycles 3, 4, primaire, collège, lycée
Durée 1 h
20 €
VISITE-CROQUIS
Cycles 3, 4, primaire, collège, lycée
Durée 1 h 30
30€
Informations pratiques
Réservation
Formulaire de pré-réservation en ligne :
[Link]
Par téléphone : 02 31 30 40 85
(9h-12h et 14h-16h, du lundi au vendredi)
Mail : [Link]@[Link]
Pour en savoir plus : consultez le site internet du musée [Link]
Horaires
▸ Le musée est ouvert du mardi au vendredi, de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h
▸ Le samedi, dimanche et jours fériés de 11 h à 18 h
Accès
▸ Bus (Ligne A ou B) : arrêts Quatrans ou Bellivet
▸ Tram (T1 ou T3) : arrêt Château-Quatrans
▸ Voiture : périphérique nord en venant de Paris (sortie centre-ville, 3b) ou périphérique ouest en
venant de Bretagne (sortie centre-ville) puis suivre la direction du château
▸ Car : dépose-minute au pied du château
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