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Sénégal

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Sénégal

2.4 Ressources minières

La vallée du Sénégal fut au centre d’une importante activité métallurgique au I er millénaire.


Aujourd’hui, les phosphates de chaux et d’alumine calcite hydratée, extraits dans la région de
Thiès, constituent la principale ressource minière du pays. Il existe un gisement de calcaire argileux
près de Rufisque (cimenterie) et du marbre dans les environs de Kédougou au Sénégal oriental. Des
gisements de pétrole et de gaz naturel ont été découverts en mer à la fin des années soixante-dix
mais demeurent inexploités. Le pays dispose également d’importants gisements de minerai de fer,
dont l’extraction est cependant impossible actuellement, du fait de leur profondeur.

3 POPULATION ET SOCIÉTÉ
3.1 Démographie
En 20032003, la population du Sénégal était estimée à 10,6 millions d'habitants10,6 millions
d'habitants, soit une densité moyenne de 54 habitants au km²54 habitants au km². Cependant, la
plus grande partie de la population est concentrée sur la côte et les zones de culture de l’arachide
au centre. Au début des années quatre-vingt-dix, le taux de croissance annuelle de la population
était de 3,3 p. 100. En 20032003,l’espérance de vie s’élevait à 55 années55 années pour les
hommes et à 58 années58 années pour les femmes.

Plusieurs communautés habitent le pays. Les Wolof (33 p. 100 de la population) cultivent
principalement l’arachide dans le centre. Les Sérères (20 p. 100) sont plutôt regroupés sur la côte
et dans la région de Thiès. Les Peul (15 p. 100), des pasteurs souvent sédentarisés et vivant parfois
en complémentarité avec les agriculteurs, sont présents dans toutes les zones sahéliennes et les
montagnes du Sud. Leurs proches parents, les Toucouleur (10 p. 100), vivent dans la vallée du
Sénégal. Les Diola (8 p. 100) constituent la communauté la plus importante de Casamance. Les
Bambara, les Malinké (6 p. 100 chacun) et les Soninké (2 p. 100) constituent de petites
communautés dans les régions périphériques proches du Mali ou de la Guinée. Les Bassari habitent
les contreforts du Fouta-Djalon. À Dakar, et dans les agglomérations au nord de la Gambie, les
Maures tiennent généralement le commerce de détail.

3.2 Découpage administratif et villes principales

Pour une meilleure administration locale, le pays est divisé en dix régions. Chacune d’entre elles
est administrée par un gouverneur et dispose d’une assemblée régionale, dont les membres sont
élus. Dakar, la capitale, qui compte 2,1 millions d'habitants2,1 millions d'habitants, est le principal
port du pays ainsi que le premier pôle économique. Il sert également de port maritime au Mali ; un
quai spécialement dédié à ce pays enclavé en reçoit les matières premières par le chemin de fer
Dakar-Niger. Les autres grands centres urbains sont Thiès, Kaolack, Saint-Louis, tous situés dans

1
l’ouest du pays. Tambacounda est la principale ville du Sénégal oriental. Le long du fleuve Sénégal,
Podor, Dagana, Matam et Bakel, comptoirs de traite ou postes militaires français édifiés au
XIXe siècle à l’époque de la pénétration française, sont devenus des agglomérations avec la
sédentarisation des nomades et l’essor des échanges avec la Mauritanie et le Mali. À Rosso, de part
et d’autre du bac qui traverse le fleuve et complète la route Dakar-Saint-Louis-Nouakchott, une
population de plus en plus nombreuse s’est établie, le fleuve faisant ici office de frontière avec la
Mauritanie.

3.3 Langues et religions

Le français est la langue officielle. Le wolof, le sérère et le peul (poulaar) sont les langues africaines
les plus parlées (voir Afrique, langues d’). Le wolof est cependant la langue prééminente et des
efforts ont été faits dans le domaine de l’éducation pour la promouvoir comme langue écrite. De
nombreux Sérères sont catholiques et la religion traditionnelle est encore pratiquée par une partie
de la population de Casamance. Près de neuf habitants sur dix sont des musulmans sunnites
regroupés en confréries. La plus importante, celle des mourides, se trouve essentiellement chez les
Wolof ; elle a fait du travail manuel (notamment la culture de l’arachide) et de l’attachement à son
initiateur, Amadou Bamba M’Backé, la base de sa foi. Son chef spirituel, le « Calife général » des
mourides se trouve à Touba, centre de pèlerinage. Le poids politique et économique du mouridisme
est incontournable. La confrérie tidjane, moins importante, professe un islam plus classique et plus
mystique.

3.4 Éducation et institutions culturelles

En 20032003, 40% des adultes40% des adultes étaient alphabétisés. L’école est obligatoire pour
tous les enfants âgés de 77 à 12 années12 années. Cependant, en 1998–19991998–1999,
seulement 73,2 p. 10073,2 p. 100 des enfants dans la tranche d’âge concernée étaient scolarisés à
l’école primaire, et 20 p. 10020 p. 100 dans l’enseignement secondaire. Plus de 15 000 étudiants
poursuivaient des études supérieures dans des institutions locales. Environ 3 000 élèves étudiaient
à l’étranger, principalement en France.

Jusqu’à l’indépendance en 1960, l’université de Dakar, fondée en 1949, a reçu les étudiants des
autres pays francophones de l’Afrique sahélienne en attendant la création de pôles universitaires
dans leur pays respectif. Elle a été à l’origine des premières recherches en histoire et en ethnologie
africaines dans la région. Dakar, où s’est tenu le premier festival mondial des Arts nègres en 1966,
abrite un musée des beaux-arts, un musée d’ethnologie et, sur l'île de Gorée, au large de Dakar, un
musée d’histoire de la mer et la « Maison des esclaves », haut lieu de pèlerinage pour les
Américains d'origine africaine (Afro-Americans) en quête de leurs racines (les échanges culturels,
politiques et commerciaux avec les États-Unis se sont démultipliés ces dernières années. C’est ainsi
que plus de 25 000 Sénégalais vivaient à New York en 1998).

3.5 Institutions et vie politique

L’établissement d’institutions démocratiques et du multipartisme, dès 1970, a longtemps


été cité en exemple sur un continent où dominaient les régimes autoritaires. Aux termes de la

2
Constitution de 1963, plusieurs fois amendée, le président élu au suffrage universel pour cinq ans
détient le pouvoir exécutif. Il nomme le Conseil des ministres qui fait office de gouvernement. Le
pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée nationale dont les cent vingt membres sont élus au
suffrage universel pour un mandat de cinq ans. La vie politique a été dominée, depuis
l’indépendance, par l’Union progressiste sénégalaise (UPS) alors dirigée par Léopold Sedar
Senghor. L’UPS s’est transformée en Parti socialiste (PS), affilié à l’Internationale socialiste,
lorsqu’en 1970 ont été autorisés le Parti démocratique sénégalais (PDS), dirigé par Abdoulaye
Wade, le Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS) et le Mouvement pour le
socialisme et l’unité (MSU), qui formaient une coalition en septembre 1994.

En 1981, Abdou Diouf a succédé à Senghor à la présidence de la République. Il est réélu en


1993, mais l’opposition conteste de nouveau les résultats. Dans l’espoir de pallier l’instabilité
politique, à la demande de Diouf, le Premier ministre Habib Thiam annonce en mars 1995 la
création d’un nouveau gouvernement au sein duquel l’opposition est représentée par Abdoulaye
Wade. Celui-ci démissionne du gouvernement en 1998 à la veille des élections législatives gagnées
par le parti socialiste au pouvoir. Wade sort vainqueur au deuxième tour de l'élection présidentielle
de mars 2000 face à Diouf. Il nomme comme premier ministre Moustapha Niasse, longtemps
ministre des Affaires étrangères de Diouf et chef de l'Alliance des forces de progrès (AFP), qui s'est
désisté en sa faveur au second tour. En mars 2001, ce dernier est remplacé par une femme, Mame
Madior Boye, également garde des Sceaux.

4 ÉCONOMIE

En 2001, le Produit national brut (PNB) s’élevait à 4,7 milliards de dollars4,7 milliards de
dollars, soit un revenu moyen par habitant de 490 dollars. Malgré la prédominance de l’agriculture
industrielle et vivrière, l’industrie sénégalaise a connu un essor sensible, parmi les plus importants
d’Afrique, à la fin des années quatre-vingt et au début de la décennie suivante. Cependant,
l’économie reste très dépendante de la production d’arachide et l’inflation, supérieure à 30 p. 100
en 1994, s’est conjuguée aux troubles en Casamance qui pèsent sur le tourisme pour entraver la
progression économique. La dévaluation de moitié du franc CFA n’a pas donné les résultats
escomptés. L’aide technique et économique provient principalement de la France, de l’Union
européenne (UE) et de la Banque mondiale.

4.1 Agriculture

Les deux tiers de la population pratiquent l’agriculture ou l’élevage. Les terres arables
représentent 27 p. 100 de la superficie. Elles pâtissent de la monoculture de l’arachide et
s’épuisent, quand elles ne sont pas victimes de la désertification due aux sécheresses qui affectent
le Sahel depuis les années soixante-dix. Les vents chargés de sable en provenance de la Mauritanie
transforment progressivement le Ferlo, au centre du pays, en une zone aride. Le Sénégal est l’un
des premiers pays producteurs d’arachide, cultivée notamment dans les sols sableux du centre.
Pour trouver de nouveaux sols plus riches, des cultivateurs wolof ont émigré vers les terres grasses
de Casamance, bouleversant le rythme des cultures traditionnelles de la région causant de graves
problèmes politiques et communautaires. Des efforts de diversification, axés surtout sur la culture
maraîchère d’exportation et la mise en valeur du delta du Sénégal ont entraîné l’expansion des

3
cultures de la tomate, du riz et de la canne à sucre. En 1997, la production annuelle se chiffrait à
680 000 t d’arachides, 634 400 tonnes (2001)634 400 tonnes (2001) de mil, 117 000 t de sorgho et
243 900 tonnes (2002)243 900 tonnes (2002) de riz non décortiqué. Malgré tout, il reste un déficit
céréalier estimé à 215 000 t. En 2002, le bétail comprenait près de 3,2 millions de bovins,
4,82 millions d’ovins, 4 millions de caprins.

La déforestation en zone sahélienne pour le bois de chauffe destiné aux centres urbains a
accentué la désertification. Le poisson abonde le long des côtes ; le pays a accordé des droits de
pêche à des armements étrangers et a lancé une campagne pour la motorisation des barques
locales. En 1999, la prise était de 319 900 tonnes de poissons d’eau de mer (principalement la
sardine), 18 500 t de poissons d’eau douce et 22 300 t de crustacés ; l’épuisement des bancs,
causé par la pêche industrielle, affecte directement la pêche traditionnelle.

4.2 Mines et industries

Les phosphates constituent la principale ressource minière du pays. La production annuelle


se chiffrait à 1,7 millions de tonnes1,7 millions de tonnes en 2001. Une raffinerie de pétrole d’une
capacité annuelle de 900 000 t fonctionne avec du pétrole importé. Les autres activités industrielles
concernent l’agroalimentaire (huile d’arachide, sucre raffiné, conserveries de poisson et farine), le
ciment, les chaussures et les textiles, les engrais artificiels, les produits chimiques et le tabac.

En 2001, les centrales électriques avaient une capacité effective de 231 000 kWh, avec une
production de 1,5 milliards de kilowattheures1,5 milliards de kilowattheures. L’ensemble de la
production en électricité est d’origine thermique.

4.3 Échanges

Le Sénégal est membre de la zone franc. Sa monnaie est le franc CFA, divisible en
100 centimes. La BCEAO, qui a son siège à Dakar, assure les fonctions de banque centrale pour
tous les États de l’Afrique de l’Ouest membres de la zone franc.

La balance du commerce extérieur est régulièrement déficitaire. En 2001, les exportations


annuelles se chiffraient à 785 millions de dollars, et les importations à 1,73 milliards de dollars.
L’arachide et ses dérivés (huile, tourteaux), les phosphates, le pétrole raffiné, le poisson et les
textiles sont les produits les plus exportés. Le pétrole brut, les denrées agroalimentaires de base et
les céréales représentent la majeure partie des importations. La France, le Nigeria, l’Italie, l’Inde et
les États-Unis sont les partenaires commerciaux privilégiés du Sénégal. Le Sénégal importe du
bétail sur pied de Mauritanie. La fraude avec la Gambie constitue un problème important pour le
pays.

Le gouvernement a fortement encouragé le tourisme et les entrées ont connu un essor


considérable au cours des années soixante-dix. Les plages, la diversité des côtes et les parcs
nationaux (Niokolo Koba au Sénégal oriental, Djoudj dans le delta du Sénégal), constituent les
principales attractions du pays. Toutefois, depuis 1990, les événements politiques en Casamance et
les troubles sociaux dus à une mauvaise situation économique ont sérieusement affecté ce qui
constitue pour le pays une source importante de devises.

4
Le pays est doté d’un important réseau routier de 14 576 km14 576 km dont 4 500 km de routes
bitumées. Une voie ferrée assure la liaison entre Dakar et Saint-Louis en desservant Thiès et la
zone d’extraction des phosphates de Taïba ; une autre, le Dakar-Niger, sert au désenclavement du
Sénégal oriental et surtout du Mali.

La télévision et la radio dépendent de l’État, mais le pays voit émerger de plus en plus de radios
privées. En 20002000, le pays comptait quelque 1,2 millions1,2 millions de postes de radio et
380 000 unités380 000 unités postes de télévision. Le Soleil, principal quotidien édité à Dakar, tire
à près de 30 000 exemplaires et une presse diversifiée et satirique anime la vie politique.

5 HISTOIRE
5.1 Le Sénégal préhistorique
Les premières recherches sur la préhistoire du continent africain ont commencé à l’initiative de
Théodore Monod, fondateur de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) à Dakar, à la veille de la
Seconde Guerre mondiale. Le Sénégal est donc l’un des premiers pays d’Afrique de l’Ouest à avoir
fait l’objet de recherches sur cette période. Des bifaces en amande caractéristiques du
paléolithique inférieur ont été découverts dans la presqu’île du Cap-Vert, ainsi que d’autres objets
lithiques plus élaborés (hachereaux, racloirs) dans la région de Rufisque et au bord des rivières du
Sénégal oriental. Le néolithique, avec des industries très diversifiées et de belles céramiques, est
présent sur presque tout le territoire, en particulier sur les côtes basses libérées des eaux par les
transgressions marines et les dépôts alluvionnaires. De nombreuses buttes de coquillages
contenant des « débris de cuisine » (par exemple, des poteries cassées) témoignent d’une
importante population de pêcheurs (marigot de Khant dans le delta, embouchure du Saloum).
L’époque protohistorique (500 ans environ avant notre ère) marqua l’apparition de l’âge des
métaux dans la vallée du Sénégal avec des buttes contenant d’anciens fours pour la fonte du
minerai et leurs tuyères, des tombeaux en forme de tumulus. Dans le centre du pays, débordant
sur la Gambie, on trouve un ensemble de cercles de mégalithes (cylindres et pierres lyres) unique
en Afrique de l’Ouest, couvrant un secteur de 100 km sur 250 km.

5.2 Les royaumes sénégalais

De nombreuses tombes contenant de beaux objets en fer ou en or sont contemporaines de l’arrivée


de l’islam au sud du Sahara et sont attribués aux Sérères. Du VIIe siècle de notre ère date aussi la
formation des premiers royaumes connus, en particulier le Djolof qui présente de lointaines
parentés avec l’empire du Ghana, son voisin oriental. Au XVe siècle, les provinces du royaume
deviennent autonomes et fondent les royaumes de Cayor, du Walo, du Baol et du Siné-Saloum. La
traite des Noirs, liée au commerce avec les Maures et, bientôt, avec les Européens, attise les
conflits. Au IXe siècle, les Toucouleur s’installent dans le Fouta-Toro et la vallée du Sénégal ; le
puissant royaume du Tekrour domine l’est du pays du XIe au XIVe siècle. Jusqu’à la fin du
XVIIIe siècle, ce qui reste du Djolof exerce encore une prééminence formelle sur ses voisins.

5.3 Les rivalités européennes

5
Les premiers échanges commerciaux avec l’Europe ont lieu lorsque les Portugais atteignent
l’embouchure du Sénégal et le Cap-Vert en 1444. Le troc est la première forme de commerce : les
Portugais échangeent des étoffes et des métaux contre de la poudre d’or, de la gomme arabique et
de l’ivoire.

Après 1600, les Hollandais et les Français chassent les Portugais et, en 1700, la France domine le
commerce de la région côtière. Malgré la rivalité franco-britannique et de nombreux conflits à la fin
du XVIIe siècle et durant tout le XVIIIe siècle, l’influence française s’étend (l’île de Gorée change
plusieurs fois de mains jusqu’en 1815 lorsque le congrès de Vienne l’attribue à la France). Établie à
Saint-Louis, la France entreprend la remontée méthodique du fleuve Sénégal pour parvenir aux
pays du Niger, malgré la résistance des Toucouleur d’El-Hadj Omar et des Peul du Fouta-Toro.

5.4 La colonisation française

Sous le commandement de Louis Faidherbe et de ses successeurs, la France étend et renforce son
contrôle sur les populations. En 1895, le Sénégal devient officiellement une colonie française,
administrée depuis Saint-Louis. En 1902, le gouvernement s’installe à Dakar, qui devient la capitale
de l’Afrique-Occidentale française. La France développe l’économie sénégalaise autour de la culture
de l’arachide destinée à l’exportation.

Les Africains de Saint-Louis et de l’île de Gorée deviennent citoyens français et envoyent un député
pour les représenter à l’Assemblée nationale en 1848-1852. Après 1871, les habitants de Dakar et
de Rufisque bénéficient également de la citoyenneté et peuvent élire un représentant (pour des
raisons religieuses, les musulmans refusent de s’y associer). En 1914, Blaise Diagne est le premier
Africain du sud du Sahara à siéger au parlement français ; il conserve son poste de député jusqu’en
1934. Après la Seconde Guerre mondiale, une assemblée territoriale est créée au Sénégal, et tous
les habitants majeurs de la colonie obtiennent le droit de vote. Lamine Guèye et Léopold Sédar
Senghor, députés au parlement français, dominent alors la vie politique locale.

5.5 L’indépendance et la présidence de Senghor (1960-1980)

En 1958, le Sénégal obtient le statut de république autonome, puis l’indépendance en juin 1960, et
forme la Fédération du Mali avec le Soudan français (actuel Mali). Le 20 août 1960, le Sénégal
quitte la Fédération. En 1962, à la suite d’une épreuve de force avec son Premier ministre,
Mamadou Dia, qui est emprisonné, le président Senghor oriente le pouvoir vers un régime
présidentiel dans le cadre d’une nouvelle Constitution, qui prend effet en 1963. Il remporte la
première élection présidentielle et est réélu régulièrement jusqu’en 1978.

L’économie se diversifie, mais l’exportation de l’arachide demeure essentielle pour le commerce


extérieur et subit, comme les phosphates, les variations des cours mondiaux. Les étudiants
manifestent plusieurs fois contre le régime, notamment en 1968 et en 1973. En 1970, un
amendement à la Constitution autorise le multipartisme (limité à trois partis).

5.6 La présidence d’Abdou Diouf (1980-2000)

6
À la fin de l’année 1980, Senghor démissionne et Abdou Diouf, son Premier ministre depuis 1970,
assure la présidence. En 1982, le Sénégal et la Gambie s’allient pour former la confédération de
Sénégambie, dirigée par Diouf, et le Sénégal intervient pour mater un coup d’État contre le
président gambien Dawda Jawara. Cette confédération, vieux rêve d’un Sénégal coupé de sa
province méridionale de Casamance et victime d’une fraude douanière importante au profit de la
Gambie, est dissoute en 1989. En 1991, les deux nations signent un nouveau traité de coopération,
et en 1997 uniformisent les tarifs payés par les transporteurs des deux pays.

Lorsque Diouf et le Parti socialiste remportent les élections de 1988 avec une large majorité, les
mouvements d’opposition manifestent violemment dans les rues de Dakar et le gouvernement
proclame l’état d’urgence. La fin des années quatre-vingt est également marquée par des tensions
avec la Mauritanie en raison, notamment, d’une mauvaise délimitation de la frontière sujette aux
variations du lit du fleuve et de la situation sociale et politique de la communauté noire dans ce
pays. L’hostilité latente entre les Sénégalais et les Maures entraîne des émeutes dans les deux
pays marquées par des violences entre les deux communautés. Plus de 400 personnes sont tuées ;
les deux pays opèrent des expulsions croisées et la guerre est évitée de justesse. Des problèmes
demeurent d’ailleurs liés à la présence de réfugiés mauritaniens noirs mais installés sur les rives
sénégalaises du fleuve. Diouf est réélu en 1993, mais l’opposition conteste à nouveau les résultats.
L’agitation continue de façon spasmodique au cours de l’année 1994. En mars 1995, le Premier
ministre, Habib Thiam, annonce à la demande de Diouf, et dans l’espoir de pallier l’instabilité
politique, la création d’un nouveau gouvernement au sein duquel l’opposition est représentée par
l'avocat Abdoulaye Wade, fondateur, en 1974, du Parti démocratique sénégalais. Celui-ci
démissionne du gouvernement en 1998 à la veille des élections législatives, qui sont gagnées par le
parti socialiste au pouvoir.

5.7 L’annonce du changement avec Abdoulaye Wade (2000- )

Déjà arrêté en 1988, puis en 1993 et en 1994 pour avoir dénoncé les fraudes dans des élections où
il a été un candidat malheureux, Abdoulaye Wade sort vainqueur au deuxième tour de l'élection
présidentielle de mars 2000, face à Diouf sur le mot d'ordre de « sopi » (changement en wolof). Il
bénéficie de la désaffection pour son adversaire, au pouvoir depuis trente ans, de l'espoir des
jeunes, des habitants des banlieues défavorisées, et de la diminution du pouvoir d'achat des
classes moyennes. Il s'engage à prendre en compte les besoins du monde rural pour ralentir un
exode qui fait de la région de Dakar une zone à la démographie explosive. Plus libéral que son
prédécesseur, il prévoit la modernisation des moyens de communication (nouvel aéroport à Dakar,
amélioration des lignes de chemin de fer) et la réduction des postes ministériels. Il nomme comme
premier ministre Moustapha Niasse, longtemps ministre des Affaires étrangères de Diouf et chef de
l'Alliance des forces de progrès (AFP), qui s'est désisté en sa faveur au second tour. Le problème
essentiel pour le Sénégal reste celui de la Casamance et les relations avec la Guinée-Bissau où
l'instabilité politique trouve une part importante de ses racines dans le conflit casamançais.

En effet, à partir de 1982, le Sénégal fait face, en Casamance, à un mouvement indépendantiste


apparu parmi les Diola (80 p. 100 des 800 000 habitants de la province), qui protestent notamment
contre l’installation de Sénégalais venus du nord du pays, principalement des Wolof cultivateurs
d’arachide. Une guérilla active et meurtrière s’installe dans cette région forestière au début des
années quatre-vingt-dix, provoquant la fuite des populations en Guinée-Bissau. En 1996, des

7
pourparlers de paix s’engagent entre le gouvernement et le Mouvement des forces démocratiques
de Casamance (MFDC) dirigés par l’abbé Diamacoune Senghor, le leader indépendantiste, mais la
tension persiste toujours. Elle se traduit aussi par une intervention armée du Sénégal en Guinée-
Bissau aux côtés de la Guinée pour y appuyer les forces gouvernementales dans leur lutte contre
une mutinerie de militaires liée au problème de la Casamance. À la suite d'un accord entre les
belligérants, le Sénégal et la Guinée se retirent.

En janvier 2001, la nouvelle Constitution présentée par Abdoulaye Wade est approuvée par
référendum avec plus de 90 p. 100 des suffrages. Tous les grands partis ont appelé à voter « oui »
et la participation a atteint 66 p. 100. Le nouveau texte permet notamment au président de
dissoudre l’Assemblée nationale. Ce qu’il fait peu après, provoquant d’importantes dissensions au
sein de la coalition gouvernementale, le Front pour l’alternance. Dans la perspective des élections
législatives anticipées, prévues pour la fin avril 2001, Moustapha Niasse est ainsi limogé en mars de
son poste de Premier ministre et remplacé par une femme, Mame Madior Boye, également garde
des Sceaux.

Si, sur le plan économique, Wade tente de relancer le pays avec le plan Omega, la situation en
Casamance demeure confuse : malgré la prochaine réouverture de pourparlers avec le MFDC, ce
dernier est en proie à de vives tensions entraînant sur le terrain la reprise d’attentats en février
2001. En décembre 2001, la mort de Léopold Sédar Senghor, le père de l’indépendance, suscite
une grande émotion dans le pays. L’État lui rend des obsèques et un deuil national de quinze jours
est observé. La cohésion nationale est encore à l’œuvre au début de l’année 2002 lorsque l’équipe
de football du Sénégal dispute sa première finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN),
remportée par le Cameroun.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES UNIVERSALIS

L’indépendance
Pour le Sénégal comme pour les autres territoires d’outre-mer, l’élaboration de la Constitution
de 1958 fut l’occasion d’un profond changement. Lors du référendum constitutionnel du 28
septembre 1958, le Sénégal se prononça en faveur d’une évolution vers l’indépendance dans
le cadre de la Communauté. Il opta pour le statut d’État membre et se dota d’une constitution
inspirée du texte français. Le Sénégal et le Soudan, devenus indépendants en 1960,
constituèrent la fédération du Mali. Les difficultés apparurent rapidement. Au mois d’août
1960, la fédération éclata et le Sénégal se donna une nouvelle Constitution, promulguée le 25
août 1960. Elle établissait un régime parlementaire avec Léopold Sédar Senghor à la
présidence de la République et Mamadou Dia à la tête du gouvernement.
Au mois de décembre 1962, une divergence politique et un désaccord sur l’interprétation de la
Constitution opposèrent L. S. Senghor et M. Dia. Après l’échec d’une tentative de coup
d’État, le président de la République reprit la situation en main. Une nouvelle Constitution,
établissant un régime présidentiel, fut adoptée par référendum au mois d’avril 1963. Elle
donnait de larges pouvoirs au président de la République et fonctionnait avec un parti
dominant, l’Union progressiste sénégalaise (U.P.S.).
Depuis lors, le Sénégal a modifié ses institutions politiques à plusieurs reprises. Les révisions
constitutionnelles ont toutes été orientées vers l’établissement d’un pluralisme politique et
d’une démocratisation de la vie politique.
Les institutions politiques

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L’organisation des pouvoirs publics est définie par la Constitution du 7 mars 1963, révisée le
20 juin 1967, le 26 février 1970, les 19 mars et 6 avril 1976, le 28 décembre 1978 et le 24
avril 1981. La multiplicité des révisions constitutionnelles ne traduit pas une instabilité
politique malsaine, mais la nécessité de passer avec précaution d’un système de parti
dominant, marqué par la personnalité d’un homme, à un régime pluripartite dans lequel les
mutations politiques se sont faites sans soubresaut.
Les structures constitutionnelles
La Constitution de 1963 établissait un régime présidentiel, c’est-à-dire de séparation des
pouvoirs, avec une assez nette prépondérance du président de la République. Au fil des
réformes constitutionnelles, des éléments de parlementarisme ont été introduits.
Le président de la République est élu au suffrage universel direct, au scrutin majoritaire à
deux tours, pour un mandat de cinq ans. Il est politiquement irresponsable.
Le gouvernement, présidé par le Premier ministre, que le chef de l’État choisit librement, est
composé des ministres nommés par le président de la République sur proposition du Premier
ministre.
L’Assemblée nationale est élue au suffrage universel direct. Le mode de scrutin adopté est la
représentation proportionnelle sur une liste nationale.
Le pouvoir judiciaire est exercé par les cours et tribunaux et il est indépendant des autres
organes.
Les relations entre ces divers organes et leurs compétences respectives ont évolué au cours du
temps. On est passé d’un système dans lequel le président de la République exerçait la totalité
de la fonction exécutive (Constitution de 1963) à une organisation dans laquelle le chef de
l’État intervient directement dans des domaines qui lui sont réservés (politique étrangère,
armée, défense, certaines affaires intéressant la justice) et par des pouvoirs propres (recours
aux pouvoirs exceptionnels et au référendum, dissolution de l’Assemblée nationale), alors que
le gouvernement opte librement dans les autres secteurs. Le gouvernement dispose donc d’une
certaine autonomie de décision, qui est tempérée par le fait qu’il est responsable devant le
président de la République et doit donc agir en accord avec lui.
Les rapports entre les organes exécutifs et le Parlement sont commandés par le principe de la
collaboration. Les lois sont votées par l’Assemblée nationale. Les députés partagent
l’initiative des lois avec le président de la République qui promulgue les textes votés et peut
demander de procéder à une seconde lecture. Sur le plan organique, le président de la
République peut prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale lorsque celle-ci a voté une
motion de censure contre le gouvernement. Ce dernier peut être obligé de démissionner quand
l’Assemblée nationale vote une motion de censure à la majorité absolue. Le régime établi
ressemble beaucoup à la pratique française née de la Constitution de 1958.
Les mécanismes constitutionnels relatifs à la succession du chef de l’État ont fonctionné en
1981. La Constitution prévoyait que le Premier ministre accéderait à la présidence lorsque le
chef de l’État en place cesserait ses fonctions avant la fin de son mandat, et pour la durée du
mandat restant à couvrir. Réélu en 1978, le président Senghor décida de cesser ses fonctions
au 31 décembre 1980. En conséquence, le Premier ministre Abdou Diouf accéda à la
présidence de la République le 1er janvier 1981. Il fut reconduit dans ses fonctions lors des
scrutins de 1983 (84 p. 100 des suffrages), de 1988 (73 p. 100) et de 1993 (58 p. 100).
Les forces politiques et le fonctionnement des institutions
Le nombre des partis politiques et les conditions de fonctionnement des institutions
constitutionnelles sont déterminants pour caractériser un régime politique. Sur ce plan, le
Sénégal apparaît en Afrique comme ayant opté pour une solution originale.
Lors de son accession à l’indépendance, le Sénégal adopta le système du parti dominant; il
était juridiquement possible que plusieurs partis politiques existent, mais le plus radical
d’entre eux avait été interdit pour cause d’appel à la violence et toutes les autres formations

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s’étaient progressivement fondues au sein de l’Union progressiste sénégalaise (U.P.S.). Cette
situation continua jusqu’à la révision constitutionnelle du 19 mars 1976, qui autorisa l’activité
de trois partis représentant les trois principales tendances de la pensée politique: marxiste-
léniniste, socialiste-libérale et libérale. Ces trois partis étaient le Parti socialiste (nouvelle
dénomination de l’U.P.S.), le Parti démocratique sénégalais qui correspondait à l’orientation
libérale et le Parti africain de l’indépendance de tendance marxiste-léniniste. La création d’un
quatrième parti fut autorisée en 1978, mais il fallut attendre la réforme constitutionnelle
proposée par le président Abdou Diouf après qu’il eut accédé à la présidence de la République
à la suite de la démission du président-fondateur, Léopold Sédar Senghor. La loi
constitutionnelle du 6 mai 1981 supprime toutes les limitations concernant le nombre des
partis politiques. La démocratie pluraliste était établie.
La conséquence immédiate de cette réforme fut l’apparition d’un grand nombre de partis
politiques: ils atteignirent alors le chiffre de douze. Ce système met en évidence une nette
domination du Parti socialiste, un principal parti d’opposition qui est le Parti démocratique
sénégalais dirigé par Me Abdoulaye Wade et une poussière de partis d’inspiration très
diverse.
Le caractère démocratique des institutions sénégalaises était testé pour la deuxième fois le 28
février 1988, avec l’organisation d’élections présidentielle et législatives où s’affrontèrent les
représentants des nombreuses tendances politiques; les quatre candidats étaient: Abdou Diouf,
président sortant; Me Abdoulaye Wade, président du P.D.S. et concurrent habituel du
président sortant; Me Babacar Niang, candidat du Parti pour la libération du peuple; et
Landing Savané, ingénieur en informatique et chef du Mouvement révolutionnaire pour une
démocratie nouvelle. Quant aux élections législatives, six des dix-sept formations politiques y
présentaient des candidats. Cette dispersion des candidats consacre l’échec des tentations
unionistes de Me Wade qui considère, à juste titre sans doute, que seule l’union de l’ensemble
de l’opposition pourrait éventuellement mettre fin à la domination du Parti socialiste (P.S.)
majoritaire. Sans doute la mesure prise en 1981 par le président Diouf pour supprimer la
limitation du nombre des partis était-elle l’expression d’une volonté démocratique sincère,
mais elle constituait aussi un moyen pour affaiblir l’opposition en la divisant entre de
nombreuses formations. En effet, le mode de scrutin en vigueur, qui prévoit que les sièges
sont pourvus pour moitié au scrutin majoritaire à un tour et pour moitié à la représentation
proportionnelle, donne un large avantage au parti principal et laisse une faible part de la
représentation à l’opposition divisée, au sein de laquelle le P.D.S. est la formation la plus
importante.
Les programmes des principales formations politiques ont en commun qu’aucune ne se
considère comme étant de droite. Le P.S. veut être le parti de la saine gestion
gouvernementale, orientée vers une réduction des inégalités sociales et une bonne
organisation de l’économie, au sein de laquelle le secteur public occupe une position
relativement importante. Il se présente comme soucieux de compétence technique et de
«transparence»: «Le renouveau se définit surtout en terme de rupture avec les vieilles
pratiques que pudiquement nous appelons politique politicienne. Il s’agit également de
rompre avec les pesanteurs et les féodalités de toutes sortes qui sont des forces d’inertie, de
conservatisme et de régression» (congrès extraordinaire du Parti socialiste sénégalais de
janvier 1984). Sur le plan économique, il a accepté des mesures d’assainissement de
l’économie indiquées par le Fonds monétaire international (F.M.I.) comme conditions de
l’attribution de crédits et il croit aux mérites d’une gestion assurée par de jeunes
fonctionnaires compétents, qualifiés localement de technocrates. Quant au P.D.S. de Me
Wade, il critique la politique de rigueur menée par le gouvernement et dictée par le F.M.I. et
propose de «mettre en œuvre toutes les ressources du pays avant toute recherche d’aide

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extérieure», mais il est favorable à une coopération privilégiée avec la France. L’extrême
gauche offre toutes les interprétations possibles du marxisme.
Les élections du 28 février 1988 ont vu la réélection d’Abdou Diouf à une large majorité, près
de 75,8 p. 100 des suffrages exprimés, et la victoire du P.S. aux élections législatives (P.S. 75
p. 100; P.D.S. 24 p. 100). Malheureusement, le lendemain de l’élection a été marqué par des
troubles graves qui ont éclaté à Dakar au motif que les élections avaient été truquées et que les
cartes électorales n’avaient pas été régulièrement distribuées pour désavantager les partis
d’opposition. L’état d’urgence a été proclamé et Me Wade, principale personnalité de
l’opposition, emprisonné sous l’accusation d’avoir suscité des troubles pour prendre le
pouvoir. Ces circonstances hypothéquaient gravement le processus démocratique dans un des
très rares pays africains qui aient voulu le mettre en œuvre.
Les élections du 21 février 1993 se sont déroulées dans des conditions plus sereines, à
l’exception du sud du pays où les indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques
de Casamance (M.F.D.C.) appelèrent au boycottage du scrutin et affrontèrent l’armée.
L’ensemble des partis avait élaboré un nouveau code électoral plus démocratique. La
formation d’un gouvernement d’union nationale en avril 1991 avait aussi permis au président
Diouf d’associer l’opposition, en particulier Me Wade, à l’exercice du pouvoir. Cette habileté
politique a sans doute compté dans la réélection du président Diouf dès le premier tour avec
58,4 p. 100 des suffrages, contre 32,03 p. 100 pour Me Wade. Aucun des six autres candidats
n’obtint plus de 3 p. 100 des voix. La participation s’éleva à 51,46 p. 100. Ces résultats
confirmaient la bipolarisation de la vie politique sénégalaise.
L’influence de l’islam
La population sénégalaise est musulmane à près de 90 p. 100 et elle pratique un islam
fortement marqué par les confréries. Durant la période coloniale, l’autorité s’appuyait sur les
marabouts pour qu’ils servent de moyen d’encadrement des populations, notamment pour les
inciter à cultiver l’arachide, et en échange les reconnaissait comme des interlocuteurs
responsables et les récompensait de diverses manières. Ce système a fonctionné au lendemain
de l’indépendance au bénéfice de Léopold Sédar Senghor qui, bien que chrétien, s’appuyait
sur les marabouts, chefs des grandes confréries des mourides et des tidjanes. Depuis
l’accession d’Abdou Diouf à la présidence de la République, il semble qu’une lézarde
apparaisse dans les relations État-islam, alors que le président de la République est un
musulman convaincu. Un renouveau de l’islam se manifeste avec la création d’associations
islamiques qui se forment autour d’un marabout et constituent des réseaux d’entraide mais
aussi de réflexion et d’action sociale et politique. Le fondamentalisme intégriste n’a pas
autant de force que dans de nombreux pays arabes, mais son influence est indéniable,
notamment dans les milieux jeunes et intellectuels. L’action des marabouts limite l’expression
de l’intégrisme mais elle ne peut empêcher des revendications contre le caractère laïque de
l’État. Pour l’essentiel, l’alliance entre les marabouts et le gouvernement se maintient mais
avec une moindre dépendance des premiers par rapport au second.
Le renouveau islamique permet de pallier les effets négatifs de la modernisation de la vie
sociale qui engendre des marginaux. Des écoles islamiques accueillent ceux qui sont rejetés
par le système d’enseignement public, les jeunes diplômés chômeurs trouvent dans la religion
un apaisement à leur rancœur et une raison d’espérer en une société vraiment juste où ils
auraient leur place.
La difficile unité nationale
Comme tous les États africains issus de la décolonisation, le Sénégal a été confronté au
problème de la construction de l’unité nationale considérée comme la condition du bon
fonctionnement de l’État. L’établissement d’un parti dominant, avec le déroulement des
élections sur la base d’une liste nationale, fut le premier moyen pour empêcher l’expression
d’une division ethnique et régionale. Des progrès non négligeables ont été obtenus, mais des

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tensions régionales existent, tout particulièrement en Casamance située dans le sud du pays et
séparée du territoire du nord par la Gambie. La création de la Sénégambie par le pacte du 17
décembre 1981, qui prévoyait des institutions communes et une intégration des forces armées
et de sécurité, avait notamment pour but de désenclaver la province irrédentiste. La
Sénégambie devait finalement disparaître en 1989 du fait d’intérêts trop divergents entre les
deux pays. Depuis 1981, des éléments de la population diola sont en état de rébellion: révolte
lycéenne en 1981; manifestations violentes en 1983; émeutes en décembre 1983 qui firent
vingt-cinq morts et quatre-vingts blessés; affrontements répétés et de plus en plus meurtriers
depuis lors, en dépit d’un accord de cessez-le-feu en mai 1991. Les verdicts relativement
modérés n’ont pas apaisé les populations, non plus que les réformes divisant la Casamance en
deux régions administratives, les efforts d’investissements faits en faveur de cette région et
une meilleure représentation des Casamançais au sein du gouvernement et de la direction du
P.S. En dehors de l’isolement géographique et de la différence culturelle, la cause de la
volonté d’autonomie de la Casamance réside sans doute dans la difficulté de communication
entre un gouvernement qui veut rationaliser la gestion et une société largement animiste et
acéphale qui voit dans ces mesures une agression contre sa personnalité. C’est là une question
grave que la violence ne pourra pas régler et qui risque de gêner pendant longtemps la paix
civile et l’unification de la société sénégalaise.
Un nouveau foyer de tensions est né au cours de l’année 1989 sur la frontière mauritanienne.
Les massacres de Mauritaniens installés au Sénégal ou de Sénégalais en Mauritanie ont
provoqué un exode massif de population à la fin du mois d’avril (250 000 Mauritaniens, 100
000 Sénégalais). Les causes de cette soudaine flambée de violence semblent imputables à la
traditionnelle rivalité entre Arabo-Berbères et Négro-Africains, qui divise la Mauritanie. Les
deux pays n’ont rétabli leurs relations diplomatiques qu’en avril 1992.
La situation économique
L’économie sénégalaise est encore marquée par un net sous-développement et des difficultés
importantes liées à la crise de l’agriculture et à la mauvaise situation sur le marché mondial
des matières premières dont le Sénégal est producteur.
La culture de l’arachide, implantée du temps de la colonisation, demeure le poste principal de
la production sénégalaise et la première source de devises. Après des années de dramatique
sous-production liée à la sécheresse, la production d’arachide a tourné autour de 700 000
tonnes en 1991 et de 578 000 tonnes en 1992, mais l’effondrement des prix mondiaux des
oléagineux rend les efforts d’augmentation de la production sans effet. La demande
d’arachide baisse au bénéfice du soja et du blé pour l’alimentation des animaux. Cette
situation entraîne une désaffection des agriculteurs, qui se retournent vers les céréales
vivrières. Les conditions de production et de commercialisation, qui dépendent de l’État,
entraînent des difficultés pour les producteurs qui sont payés tardivement et à un prix bas.
Les ressources minières sont le phosphate et un peu de fer. La production tourne autour de 1,7
million de tonnes par an, mais la commercialisation est difficile en raison de la faiblesse des
prix et de l’encombrement du marché mondial.
La situation économique est mauvaise. Le Sénégal se trouve dans une situation de dépendance
accrue à l’égard des institutions internationales financières et des pays fournisseurs d’aide
comme l’Union européenne et la France.
Les ressources tirées de la pêche et du tourisme ne sont pas négligeables. La pêche est le
deuxième secteur économique du pays. Cette activité a fortement progressé au cours des
dernières années et les quantités mises à terre avoisinent les 319 000 tonnes en 1991. Le
Sénégal se trouve confronté au problème de la concurrence que lui livrent les grandes unités
de pêche japonaises et russes qui ratissent les fonds au large et ne débarquent aucun poisson,
celui-ci étant traité à bord.

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Le plus grave pour le Sénégal est sa situation financière. Le montant de la dette atteint 2,8
milliards de dollars en 1991, soit de 60 à 70 p. 100 du P.I.B., et le service de la dette absorbe
près de 50 p. 100 des recettes budgétaires. Il lui faut obtenir le rééchelonnement de la dette et
surtout supprimer les causes principales de l’endettement, au rang desquelles figure en bonne
place la gestion publique. La remise en cause du fonctionnement comme de l’étendue du
secteur public a bien obligé à une révision du socialisme sénégalais tel qu’il avait été défini
dans les années 1960. C’est ainsi qu’à une planification d’inspiration socialiste se sont
substitués, à partir des années 1980, les plans d’ajustement structurel dont la réalisation
conditionne l’aide des organisations financières internationales. Le coût social de ces
ajustements successifs ne cesse de croître, alors que les améliorations de la situation
économique se font attendre.

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