KANZENZENZE KALENGUILA
Comptine congolaise
Cette fiche pédagogique a été réalisée dans le cadre d'un projet de recherche-action mené par le CMTRA et
le Conservatoire à Rayonnement Intercommunal Villefranche Beaujolais Saône : la Chorale intergalactique de
Belleroche.
Pour découvrir ce projet : www.choraleintergalactique.com
Le projet a été mené auprès de classes de cycle 3. Les exercices proposés sont adaptés à ce niveau mais
peuvent très bien se décliner pour les cycles 2 (en ajustant les niveaux de difficulté). Pour les cycles 1, il
est possible de chanter cette comptine aux enfants de manière rituelle (pour l’accueil, pour la sieste). A force
de l’entendre, nul doute qu’aux voix des adultes s’ajouteront peu à peu celles des petits.
Le contenu pédagogique de cette fiche s’appuie sur les arrangements de Pascal Berne.
Transmise par Estella Matutina. interprétée par l’Ensemble vocal Bernstein, Rhéma George, Noéline Raby et
Daphné Collomb, accompagnées par les élèves de l’ensemble du Conservatoire et Pascal Berne
(contrebasse).
Collectée par Mélaine Lefront, Julie Lewandowski et Ana Pereda à Villefranche-sur-Saône, au Foyer Notre-
Dame des Sans-Abris, dans le cadre du projet Chorale intergalactique de Belleroche.
CYCLES 2 ET 3 - ÉLÉMENTAIRE
DIFFICULTÉ - MOYENNE
Présentation
L’habitante musicienne
Estella vient de Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC). Nous l’avons rencontrée en
sillonnant le quartier de Belleroche et plus particulièrement grâce à l’association Amih. Cette association
accueille des personnes étrangères séjournant ou résidant à Villefranche et dans le Nord du département. Les
membres ont été très actifs dans le cadre de la Chorale Intergalactique pour nous mettre en lien avec de
nouvelles personnes et pour diffuser l’action du CMTRA à Belleroche lors de nos déambulations communes
dans le quartier. Estella est en France depuis quatre ans. De son pays, elle connaît de nombreux airs en
kikongo et en lingala (deux langues bantoues principalement parlées en RDC et au Congo).
Le chant
Cette comptine en kibundu et lingala (langues bantoues) est un jeu chanté dédié aux tout-petits. Les enfants
sont assis en rond. L’un d’entre eux se met debout et commence à chanter. On tourne autour du cercle et
lorsqu’on arrive sur la dernière syllabe du chant (“pa” du mot “kapa”), on touche l’épaule de l’enfant devant
lequel on est pour qu’il se lève et tourne à son tour. Peu à peu, tout le monde termine debout. Lorsqu’Estella
vient présenter son chant à l’école Pierre Montet à Belleroche (quartier où s'est déroulé le projet de la Chorale
Intergalactique), elle chante ce chant devant la classe puis continue de chanter en se mettant à passer
rapidement entre tous les élèves et en les touchant sur l’épaule. Son jeu ressemble à une variante de la “Clef
de Saint-Georges”. A l’instar de celle-ci et selon la description d’Estella, "Kanzenzenze" est une comptine
chantée pour se regrouper même si elle n’implique pas le dépôt d’un objet ni une course, mais suggère plutôt
qu’à la fin du chant, tous les enfants soient debout.
Analyse musicale
Structure
Le chant se déroule en trois temps. Un premier où les trois voix écrites sont a cappella et se superposent en
un canon. Une grande pause instrumentale marque une rupture. Elle installe une ambiance insolite tant
harmoniquement que mélodiquement, et vient se résoudre sur les premières notes de la guitare. S’ouvre la
deuxième partie du chant organisée en trois voix comme pour la première partie.
Difficultés
Le chant n’est pas difficile. La mélodie se retient aisément. Cependant, la partie canon peut s’avérer
complexe. Si le fait de superposer deux ou trois voix qui partiraient en décalé engendre trop de difficultés
pour le groupe, il est possible de réaliser un enregistrement de la première voix, de le diffuser et d’entraîner
les enfants à commencer deux temps après le début du chant, c’est-à-dire après “Kan-ze”. En chantant avec
les enfants, on les aide peu à peu à intégrer la polyphonie qui se dessine durant le canon. Par la suite, si on
arrive à ce que les enfants intègrent ce placement, il est possible de diviser le groupe en deux pour s’entraîner
au canon sans l’enregistrement. Dernière étape (la plus difficile) : créer un troisième groupe pour agrémenter
le canon.
Attention aux paroles “Muana zitoto” qui ne doivent pas commencer sur le premier temps de la mesure mais
en léger décalage, après un demi-soupir.
Indications pédagogiques
Prononciation
Il n’y a pas de grande particularité phonétique à ce chant. On pourra simplement noter que les “e” se
prononcent “é”.
Boucles sonores
Cet exercice a pour intérêt de détourner la réalisation classique du canon en proposant des espaces de
création qui, in fine, permettront aux enfants de retourner au chant avec plus de facilité.
Matériel nécessaire : trois enregistreurs ou, si possible, une pédale de loop, un micro et une enceinte.
Il est question de jouer avec l’empilement des sons et de travailler la notion de canon en s’extrayant de sa
réalisation habituelle. Avec trois enregistreurs, chacun des groupes d’enregistre sa voix (qui est identique à
celle des autres) sous la surveillance d’un métronome assurant un tempo commun (indispensable pour la
bonne tenue de l’exercice). Une fois les enregistrements réalisés, on se réunit pour essayer de réaliser le
canon numérique. Dans chacun des 3 groupes, un enfant est désigné pour lancer l’enregistrement. Pour
commencer, l’enfant du premier groupe déclenche l’enregistreur. Puis l’enfant du deuxième groupe déclenche
le sien dès qu’il entend le “ze” de “kan-ze” de l’enregistrement précédent, et ainsi de suite pour le troisième
groupe.
Cet exercice demande probablement un peu de mise en place et d’anticipation pour les enfants qui doivent
être attentifs à différents éléments : Y a-t-il un délai entre le moment où l’on appuie sur play et où le son se
déclenche ? A-t-on pris du temps au début de l’enregistrement où le chant commence-t-il instantanément ?
Comment améliorer la prise de son pour créer une boucle facile à superposer aux autres ? De tous ces
ajustements à réaliser, les enfants sont amenés à se poser des questions collectives qui les mènent de
manière ludique vers un travail de millefeuille sonore dont ils sont les techniciens.
L’autre possibilité évoquée plus haut est de se munir d’une pédale de loop. Cet outil est souvent apprécié des
enfants car il intrigue et permet l’utilisation du micro. Après avoir expliqué le principe du looper, on demande
à quelques enfants de se porter volontaires pour enregistrer chacun une voix. Pour que les autres ne se
sentent pas frustrés, on peut réaliser l’exercice plusieurs fois, la plupart de la classe restant en position
d’écoute et apprenant par là un des codes du studio : respecter le silence pour ne pas entraver
l’enregistrement. On tend le micro à la première voix en déclenchant le looper. On écoute ensuite la réalisation
se dérouler à l’infini. Puis viennent les tours du deuxième et du troisième groupe qui enregistrent chacun à
leur tour, décalés par rapport à ce qu’ils entendent. Lors des enregistrements, il est pertinent de baisser le
son de l’enceinte pour ne pas trop perturber le chant : on le remontera par la suite pour écouter le travail
d’empilement. Si des enfants se sentent à l’aise, ils peuvent directement déclencher la pédale de loop au
pied.
Rythme
En utilisant la notion de ronde chantée, on peut se déplacer en chantant en rond. On peut même suivre le jeu
indiqué par Estella (similaire à « la Clef de Saint-Georges » ou au « Facteur n’est pas passé » et commencer
assis, une seule personne tournant autour du cercle. On demande aux enfants debout de chanter en marquant
la pulsation au pied (pensée à la blanche) et aux enfants assis de la taper dans les mains. Les enfants debout
ont la mission supplémentaire de sauter sur le demi-soupir précédant le mot ”Mouana” (on le retrouve deux
fois à la fin de chaque phrase). C’est une manière d’alimenter la chorégraphie et donner une présence visuelle
au demi-soupir pour bien intégrer que le chant ne tombe pas sur le premier temps.
L’appel au peuple
Pour chauffer la voix, on peut demander aux enfants de lancer des “appels au peuple”. Ceux-ci doivent être
variés, ne pas se ressembler et doivent utiliser un langage imaginaire. Un enfant en propose un et tout le
groupe le répète. On peut ensuite en garder deux ou trois dont on pense qu’ils pourront accompagner le chant,
notamment à la fin. Quand le chœur est en canon, on peut demander à quelques enfants de s’extraire du
chant pour lancer ces appels et ainsi créer un fourmillement sonore qui donne de la masse au chant.
Pour aller plus loin
• Pour inventer des jeux vocaux pour alimenter ce chant (notamment dans l’appel au peuple) ou juste
pour le plaisir de la découverte : “Les jeux vocaux des Inuits” :
https://www.youtube.com/watch?v=x8T-9IOWSmc
• Dans l’idée de jouer avec les sons et avec sa bouche, pour s’inspirer des chorégraphies du clip, on
pourra écouter le groupe Zap Mama dans Brrrlak! :
https://www.youtube.com/watch?v=VxkbipVwZv4&list=OLAK5uy_nijh6czBu-AgynH-
zinyySr_w4rnhkU0U
• Découvrir des artistes contemporains de la scène africaine à travers le projet “L’Afrique à chanter”
permettra de se familiariser avec les créations d’artistes divers :
https://vox.radiofrance.fr/ressource/vox-box-11-lafrique-chanter
Vocabulaire
A cappella
Se dit d'une œuvre chorale exécutée sans accompagnement.
A la blanche
Ce terme est une indication pour dire que la musique ne sera pas pensée en marquant la pulsation à la noire
(c’est-à-dire à chaque temps, chaque mesure du morceau en comptant quatre), mais à la blanche (tous les
deux temps). Cela permet une interprétation plus fluide.
Canon
Un canon est un procédé de composition musicale contrapuntique, vocal ou instrumental, dans laquelle
plusieurs voix jouent ou chantent une imitation de la mélodie, mais de manière différée. C'est la forme la plus
stricte de l'imitation polyphonique.
Demi-soupir
Silence équivalant à la moitié d'un soupir et qui est égal à la durée d'une croche (soit un demi temps).
Harmonie
Art et science de la formation et de l'enchaînement des accords. Coordination et combinaison de sons.
Mélodie
Succession de sons formant une ligne musicale.
Paroles (version d'Estella Matutina)
Kanzenzenze kalenguila
Pipi kalenguila
Kapaka samba
Pakasaka lele
Muana zi toto
Muana zi toto
Kafikila kapa
Traduction
Tes dix doigts
Tu as dix doigts
Dix doigts pour jouer
Cinq doigts à chaque main