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Ch 12 La gestion des risques liés à
l’activité de l’entreprise
Toute entreprise doit affronter des risques variés : technologiques, numériques,
environnementaux… Soit elle est apte à les identifier et à les prévenir, soit elle peut être mise en
cause et sanctionnée, en engageant sa responsabilité pénale parfois et sa responsabilité civile le
plus souvent. Cette dernière présente des caractères généraux et peut être mise en œuvre soit dans
un contexte de faute contractuelle, soit en dehors de toute relation contractuelle.
1. Caractériser les risques intéressant l’entreprise
A. La variété des risques
Les risques en entreprise sont parfois assez communs : incendie, inondation… Mais ils ont pris
des formes variées depuis la révolution industrielle, l’essor des usines et l’exploitation de
machines et d’outillages performants, mais parfois dangereux. À côté des risques professionnels
au sens propre (accidents du travail en relation avec les machines, les matières transformées ou le
processus industriel), apparaissent des risques liés aux nouveaux moyens de transport (véhicules
automobiles, avions…).
Les risques sont parfois plus « économiques », comme avec le piratage informatique.
B. Les risques subis par les salariés et l’obligation de l’employeur
Les salariés sont d’abord confrontés à des risques physiques : accidents du travail et maladies
professionnelles. Par ailleurs, les milieux professionnels ont vu émerger des risques
psychosociaux liés aux conditions de travail. Ils se traduisent par des phénomènes variés : mal-
être et stress au travail, épuisement professionnel (burn-out)… Ces atteintes à la santé mentale du
personnel trouvent leur origine, en particulier, dans le développement des contrats de travail
précaire, dans la place grandissante de l’informatique et la multiplication des tâches à forte
implication mentale, la complexification des procédures et des logiciels.
Face à tous ces risques, l’employeur est contractuellement tenu à une obligation de sécurité de
résultat à l’égard de ses salariés. Tout accident du travail, toute maladie professionnelle
s’analysent comme une inexécution fautive du contrat par le chef d’entreprise, dont il est tenu
pour responsable.
2. Identifier la nature juridique de la responsabilité intéressant
l’entreprise
Le terme « responsabilité » recouvre plusieurs situations. On distingue la responsabilité civile,
qui peut être contractuelle ou extracontractuelle, et la responsabilité pénale. L’entreprise peut être
concernée par les trois types de responsabilité.
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A. La distinction entre la responsabilité civile et la responsabilité pénale
La responsabilité civile est mise en œuvre en cas de dommage causé à autrui et oblige l’auteur de
ce dommage à le réparer. Elle existe dans deux sortes de cas :
– les cas où le dommage est causé par l’inexécution ou la mauvaise exécution du contrat : c’est la
responsabilité contractuelle. L’entreprise peut être amenée à mal exécuter un contrat ou à subir
l’inexécution d’un contrat ;
– les cas où le dommage est causé par toute autre situation, comme la faute d’une personne ou le
fait d’une chose ou d’une autre personne dont elle doit répondre : c’est la responsabilité
extracontractuelle. Le chef d’entreprise peut être concerné s’il commet lui-même une faute ou si
un de ses salariés cause un dommage.
La responsabilité pénale est engagée dans le cas d’un trouble causé à l’ordre social, c’est-à-dire
lorsqu’une infraction est commise. L’employeur peut ainsi mettre en danger la santé ou la vie
d’un salarié en se rendant coupable d’un délit d’homicide ou de coups et blessures involontaires.
La responsabilité pénale vise donc à sanctionner l’auteur de l’infraction en l’obligeant à supporter
une peine : amende ou emprisonnement.
B. La conjugaison des responsabilités civile et pénale
Bien que les responsabilités civile et pénale aient des fonctions différentes, il arrive qu’une
personne soit victime d’un agissement qui lui a porté préjudice et que cet acte constitue en même
temps une infraction (exemple : violation d’une règle de sécurité au travail). Dans ce cas, la
victime peut engager :
– soit une action en responsabilité civile si elle vise uniquement la réparation du préjudice qu’elle
a subi ;
– soit une action en responsabilité pénale si elle souhaite, outre la réparation de son préjudice,
obtenir la condamnation à une peine de l’auteur du préjudice.
3. Identifier les principes de la responsabilité civile
A. Les trois éléments de la responsabilité civile
Que la responsabilité civile soit contractuelle ou extracontractuelle, sa mise en œuvre suppose la
réunion de trois éléments :
– un fait dommageable ou fait générateur de responsabilité : il peut s’agir d’une faute
contractuelle ou de faits non contractuels, comme la faute de l’auteur du dommage ou
l’intervention d’une chose ou d’une personne dont il doit répondre ;
– un dommage subi par la victime ;
– un lien de causalité, c’est-à-dire un rapport de cause à effet, entre le fait générateur et le
dommage.
Le dommage dont il est demandé réparation doit résulter de façon certaine du fait générateur. Le
droit ne prend en compte que le dommage direct. Les juges sont donc chargés d’établir les limites
de la chaîne des événements qui sont nés de ce fait.
La force majeure est un événement exonérant totalement l’auteur apparent du dommage. Pour
cela, la force majeure doit présenter trois caractéristiques : elle doit être insurmontable,
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imprévisible (dans les circonstances normales de la vie) et extérieure au défendeur, c’est-à-dire
étrangère à son activité.
B. Les différents dommages et leur réparation
Défini de façon générale comme une atteinte aux droits de la victime, le dommage peut prendre
des formes extrêmement variées.
1. Le dommage corporel
Toute atteinte à l’intégrité physique est un dommage corporel de nature patrimoniale. Il s’agit de
la blessure, plus ou moins grave, ainsi que des séquelles qu’elle peut laisser sous forme
d’incapacité physique. Dans certains cas, le dommage corporel est extrême : il se traduit par la
mort de la victime. C’est alors aux héritiers du défunt qu’il revient de demander la réparation de
ce dommage, quitte à agir en justice au nom de la personne décédée.
2. Le dommage matériel
Les intérêts matériels de la personne sont également pris en compte. Ce type de dommage existe
en cas de destruction ou de dégradation d’une chose, meuble ou immeuble ; il est aussi réalisé par
une perte économique ou par un manque à gagner, et par une diminution des ressources
pécuniaires. Les juges ont eu l’occasion de retenir des cas plus atypiques de dommage matériel,
comme la perte d’une chance (celui qui est empêché de passer un examen, par exemple).
3. Le dommage moral
Le dommage moral peut résulter d’une atteinte à un droit extrapatrimonial : droit à l’honneur
(diffamation), droit à l’image (diffusion non autorisée d’une photo ou d’un film montrant la
personne), droit au respect de la vie privée (révélation publique d’éléments de la vie personnelle
de l’individu).
Il est également reconnu en cas de préjudice d’agrément, préjudice prolongeant un dommage
corporel puisqu’il consiste dans la privation de certains plaisirs de la vie comme ceux qui
s’attachent à la pratique d’un sport ou d’un loisir.
La jurisprudence reconnaît par ailleurs un préjudice particulièrement grave dans l’atteinte au
sentiment d’affection qui est ressentie par celui qui perd un être cher ou qui le voit gravement
diminué physiquement ou intellectuellement.
4. Le dommage écologique
Divers accidents ont entraîné des pollutions néfastes, comme celles causées par les hydrocarbures
des navires accidentés au large des côtes françaises. Ils ont fait prendre conscience d’un nouveau
type de dommage : le dommage écologique, défini comme la dégradation de la nature ou de
l’environnement au détriment des collectivités territoriales. Les dommages habituellement
indemnisés étant les dommages corporels ou matériels atteignant la personne ou son patrimoine,
il n’était pas évident d’obliger les auteurs du préjudice écologique à le réparer puisque ce
préjudice ne se rattache véritablement à aucun dommage reconnu jusque-là.
La loi du 8 août 2016 a fait évoluer le Code civil qui, aujourd’hui, reconnaît l’existence d’un
dommage écologique, résultant de toute atteinte, non négligeable, à l’écosystème ou aux
bénéfices collectifs tirés de l’environnement.
5. La réparation du dommage
Il existe deux formes de réparation :
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– la réparation en nature est retenue assez rarement car peu de situations sont adaptées à son
application : c’est envisageable, par exemple, à l’encontre d’un débiteur obligé de détruire un
mur ou une construction édifiée sans droit ;
– la réparation par équivalent se traduit par l’allocation de dommages-intérêts à la victime. C’est
le juge qui doit apprécier l’importance du dommage, en fonction de paramètres assez objectifs.
En effet, la règle est à la réparation du préjudice tout entier, mais du seul préjudice.
4. Analyser une situation juridique d’entreprise mettant en œuvre la
responsabilité civile contractuelle
A. L’inexécution du contrat
La responsabilité contractuelle trouve sa source dans la faute contractuelle, dont les
manifestations sont assez nombreuses : inexécution totale des obligations nées du contrat,
exécution défectueuse, exécution seulement partielle ou encore retard dans l’exécution.
Même si toutes ces fautes n’ont pas la même gravité, chacune peut engendrer des dommages.
B. L’inexécution des obligations de résultat et des obligations de moyens
Le contrat fait naître une obligation, qui est soit une obligation de résultat, soit une obligation de
moyens. Cette distinction, d’origine jurisprudentielle, est importante en matière de responsabilité
car les règles de preuve et d’exonération de responsabilité diffèrent selon le cas.
– L’obligation de résultat est celle par laquelle le cocontractant s’oblige à un résultat défini
(transporter une personne d’un lieu à un autre, dans un délai précis…). Dans ce cas, le créancier
de l’obligation inexécutée doit seulement prouver cette inexécution et le dommage qu’il subit : la
faute du débiteur est présumée ; ce dernier n’est pas autorisé à s’exonérer de sa responsabilité en
établissant l’absence de faute ; il n’est libéré que s’il établit l’existence d’un cas de force majeure
à l’origine de l’inexécution du contrat. Le régime juridique appliqué à l’obligation de résultat est
assez favorable au créancier. C’est pourquoi la jurisprudence range généralement dans cette
catégorie l’obligation de sécurité inhérente à certains contrats (transport, par exemple). Pour la
même raison, les juges estiment que l’employeur est tenu d’une obligation de résultat pour ce qui
concerne la sécurité de ses salariés.
– L’obligation de moyens est celle par laquelle le cocontractant s’engage à mettre en œuvre tous
les moyens dont il dispose pour atteindre le résultat espéré par les parties (guérir un malade, par
exemple). Ici, le créancier de l’obligation qui veut engager la responsabilité contractuelle doit
prouver, outre le dommage, l’inexécution du contrat et la faute du débiteur à l’origine de cette
inexécution. Le cocontractant peut se libérer de toute responsabilité en prouvant l’absence de
faute de sa part.
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5. Analyser une situation juridique d’entreprise mettant en œuvre
la responsabilité civile extracontractuelle
A. Les différents faits générateurs de la responsabilité extracontractuelle
Hors du contrat, la responsabilité civile a plusieurs origines.
En premier lieu, la faute personnelle de l’auteur du dommage, qu’elle soit volontaire ou
d’imprudence, fait naître une responsabilité subjective.
Il existe ensuite le fait d’une chose dont on a la garde ou encore le fait d’une personne dont on
doit répondre, comme un enfant mineur pour les parents ou un préposé (un salarié, le plus
souvent) pour son commettant (l’employeur).
Dans ce cas, c’est l’employeur qui est responsable des dommages causés par le salarié. Cette
responsabilité ne repose sur aucune faute : le principe est que l’employeur assume les faits et
gestes de son personnel puisque, par ailleurs, il profite de son activité. Elle est objective car elle
dépend de la situation dans laquelle se trouve le responsable et non de son comportement.
B. Un exemple de responsabilité sans faute : la responsabilité des produits
défectueux
À côté des règles classiques de la responsabilité, le droit moderne a créé, par une loi du 19 mai
1998 aujourd’hui intégrée aux articles 1245 et suivants du Code civil, un régime spécifique de
responsabilité du fait des produits défectueux.
1. Le producteur responsable
Pour le Code civil, le responsable du fait des produits défectueux est le producteur. Toutefois, le
terme s’entend au sens large. En effet, la loi ne renvoie pas seulement au fabricant du produit,
mais également à diverses personnes intervenant dans le processus de production.
Certaines d’entre elles sont assimilées par la loi au producteur stricto sensu : celui qui vend le
produit sous sa marque ou sous son nom, ou celui qui l’importe en Europe.
D’autres personnes sont tenues à cette responsabilité : celles qui produisent une matière première
ou un composant entrant dans la fabrication du produit.
En résumé, la responsabilité pèse sur tous les professionnels ayant concouru à mettre le produit
défectueux sur le marché.
2. Le produit défectueux
La défectuosité du produit s’entend d’un défaut dangereux, défini par référence à tous les cas
dans lesquels le produit ne présente pas « la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre ».
La formule légale invite à considérer objectivement le défaut : celui-ci consiste parfois dans une
conception dangereuse du produit (absence d’un élément essentiel de sécurité dans une machine,
défaut de notice pour un médicament) ; dans d’autres cas, la conception est irréprochable, mais
les matériaux ou composants utilisés rendent le produit dangereux (par exemple, un jouet réalisé
dans un tissu inflammable, un pare-brise de voiture en verre cassable).
En tout état de cause, la responsabilité du producteur est objective et n’est donc pas fondée sur
l’idée d’une origine fautive de la défectuosité du produit.
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3. Les victimes
Le régime de la responsabilité du fait des produits défectueux protège toutes les victimes :
consommateurs comme professionnels. Dans le cas d’achat du bien, il ne vise pas à protéger un
type de client particulier.
L’objectif du législateur étant de généraliser l’obligation de sécurité du producteur, les textes
prévoient que cette responsabilité peut être invoquée indifféremment par le cocontractant,
acheteur ou locataire (responsabilité contractuelle), et par toute personne concernée par la
défectuosité dangereuse du produit, celle qui a reçu le bien en cadeau, celle à qui il a été prêté…
(responsabilité extracontractuelle) : la responsabilité du fait des produits défectueux dépasse la
distinction classique entre responsabilité contractuelle et responsabilité extracontractuelle
puisqu’elle relève de l’une comme de l’autre.
4. Les dommages
Sur le plan des dommages, la défectuosité du produit n’entraîne pas l’obligation de réparer les
défauts du produit lui-même. Seuls sont couverts les dommages issus de la dangerosité du produit
et affectant les personnes ou les biens. Pour ces derniers, la loi précise cependant que le préjudice
subi doit dépasser 500 €.