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Manon Lescaut de L’Abbé Prévost, la
rencontre : commentaire
Par Amélie Vioux • 25 avril 2016 • 34 commentaires
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Voici deux analyses de la
scène de rencontre entre Des
Grieux et Manon dans
Manon Lescaut de l’Abbé
Prévost.
La première analyse est
linéaire : elle correspond à ce
que tu dois faire à l’oral de
français.
La seconde analyse est un
commentaire composé : il te
montre ce que tu dois faire à
l’écrit du bac de français.
L’extrait commenté va de
« J’avais marqué le temps de
:
mon départ d’Amiens. » jusqu’à « et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs
et les miens.«
1 – Analyse linéaire pour l’oral
L’abbé Prévost a rédigé l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut
en 1731. Jugé scandaleux, le roman est condamné en 1733 et 1735.
Manon Lescaut met en scène la passion naissante du chevalier des Grieux pour
Manon Lescaut. (Voir la fiche de lecture pour le bac de Manon Lescaut)
C’est pour l’abbé Prévost l’occasion de réaliser un traité de morale sur les
dangers de la passion.
Néanmoins l’abbé Prévost est une personnalité complexe, dont la vie oscille entre
vocation religieuse et les plaisirs mondains. Cette scène de rencontre entre De
Grieux et Manon Lescaut est marquée par cette ambiguïté.
Situé dans la première partie du roman, le texte proposé constitue un topos de la
rencontre amoureuse.
Extrait étudié
J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquai-je un jour plus
tôt ! j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais
quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes
arriver le coche d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent.
Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes qui se retirèrent
aussitôt ; mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme
d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait de faire tirer son
équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais pensé à la
différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi, dis-je, dont tout le
monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au
transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin
d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur.
Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître
embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes
de connaissance. Elle me répondit ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour
être religieuse. L’amour me rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon
cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une
manière qui lui fit comprendre mes sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi :
c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au
plaisir, qui s’était déjà déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses malheurs et les miens.
:
Problématique
En quoi cette rencontre amoureuse pose-t-elle les jalons d’une passion funeste ?
Plan linéaire
Dans un premier mouvement, de « J’avais marqué le temps » à « aussitôt« , le
chevalier Des Grieux fait le récit rétrospectif de sa rencontre avec Manon
Lescaut.
Dans un deuxième mouvement, de « mais il en resta une » à « maîtresse de mon
coeur« , il peint la naissance du sentiment amoureux.
Dans un troisième mouvement, de « Quoiqu’elle fût encore mois âgée » à « tous
ses malheurs et les miens« , nous étudierons que cette rencontre déterminante
scelle indéniablement le destin des personnages.
I – Le récit d’un souvenir
De « j’avais marqué le temps » à « aussitôt »
L’extrait en focalisation interne s’ouvre par un récit rétrospectif. Il permet ainsi
d’entremêler le souvenir lui-même et son récit distancié.
C’est ce que le lecteur constate dès les deux premières phrases grâce à l’usage du
plus-que-parfait (« j’avais marqué le temps ») et à sa reprise grandiloquente
(« que ne le marquais-je »).
Le chevalier Des Grieux ne cache aucune émotion quant au souvenir qu’il va
relater. En effet, l’utilisation de l’interjection « hélas », de la tournure
exclamative introduite par « que » et du conditionnel passé (« j’aurais porté »)
souligne d’emblée le regret.
L’expression « toute mon innocence » peut se comprendre de deux manières : par
le jeune âge et par l’absence de péché, alliance qui sous-tend tout le texte.
L’expression du regret se lit également dans la phase « je devais quitter cette ville
». Le destin du personnage semble scellé dès le début.
Cette première partie définit un cadre spatio-temporel précis, par l’usage des
noms des villes (Amiens, Arras) et par le champ lexical du temps (« la veille »,
:
« le temps », « un jour plus tôt »).
La scène décrite est banale : un cadre urbain (« hôtellerie », « coche »,
« voitures »), une promenade avec un ami, une scène de rue dont les deux amis
sont témoins à partir du passage au passé simple : « nous vîmes … et nous le
suivîmes ».
La négation restrictive « Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité »
propose une justification de la scène que le lecteur ignore encore.
Ce premier mouvement s’achève sur une observation anodine, comme le
soulignent la tournure impersonnelle (« il en sortit ») et le déterminant indéfini
(« quelques femmes »).
Les deux amis sont spectateurs d’une scène de rue et le regard du narrateur âgé
pique la curiosité du lecteur.
II – La naissance du sentiment amoureux
De « mais il en resta une » à « maîtresse de mon cœur »
La conjonction de coordination adversative « mais » fait émerger une femme, vue
par Des Grieux qui devient spectateur ébloui.
Dès lors, cette seule femme devient l’objet de toutes les attentions du chevalier.
Elle se détache et n’agit pas de la même façon que les autres : c’est ce que montre
l’antithèse « se retirèrent » / « s’arrêta » : les autres femmes « se retirèrent
aussitôt » -telle était la fin du premier mouvement ; mais elle, « s’arrêta seule dans
la cour ».
De plus, l’intérêt du chevalier se traduit par l’emploi de l’adverbe intensif (« fort
jeune ») et par son acuité visuelle : chaque détail fait l’objet d’une description afin
de cerner au mieux l’identité de la femme.
Ainsi l’homme plus âgé qui l’accompagne « paraissait lui servir de conducteur » :
le verbe d’état suggère que le chevalier n’est plus spectateur passif dans une rue
mais spectateur obnubilé par une seule femme, qui fait des suggestions.
Il ne sera fait aucune mention de la description physique de cette femme ni de son
:
nom. Seule prédomine l’expression lyrique de l’émotion du chevalier, à travers
l’emploi de l’intensif « si charmante ».
La construction même de la phrase épouse l’état « enflammé » du narrateur.
En effet, ce qui ressemble à un coup de foudre se traduit dans le souffle de la
phrase : le complément circonstanciel de conséquence dont l’importance
émotionnelle est capitale se trouve relégué en fin de phrase.
Les mots se précipitent, s’enchevêtrent : « moi qui… », « ni… », au point de
nécessiter une incise « moi, dis-je ».
L’état amoureux dans lequel se trouve le chevalier est intense : « je me trouvai
enflammé tout d’un coup jusqu’au transport ».
Dans le détail, il souligne que cette rencontre a bousculé la personne qu’il était :
auparavant indifférent aux femmes, mesuré comme l’indique la proposition
subordonnée relative « dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue », il est
désormais passionné.
De connotation religieuse, l’adjectif métaphorique « enflammé » fait signe vers
l’enfer et répond à l’« innocence » perdue évoquée au début de l’extrait.
Ce changement brutal de personnalité oppose donc deux périodes de la vie de des
Grieux : l’une marquée par deux défauts qu’il nomme (« timide et facile à
déconcerter ») ; l’autre désormais placée sous le sceau de l’audace, comme
l’illustre la phrase « je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur ».
La périphrase « maîtresse de mon coeur » souligne que le narrateur est désormais
sous la domination d’une femme à laquelle il n’a pas encore parlé.
III – Une rencontre déterminante
De « quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi » … à «
les miens »
La scène de rue anodine au détour d’une promenade amicale devient une
rencontre déterminante pour le chevalier dont les sentiments sont déjà à leur
paroxysme.
:
Ainsi, le portrait de cette femme s’esquisse à travers une conversation, retranscrite
de façon elliptique (« elle reçut mes politesses ») et par le discours indirect : « je
lui demandai », « elle me répondit ».
Le portrait qui en résulte est ambivalent : la mention de son jeune âge (« encore
moins âgée que moi »), voire de sa naïveté (l’adverbe « ingénument ») tranche
avec une assurance marquée (« sans paraître embarrassée », « elle était bien plus
expérimentée que moi »).
L’échange permet ainsi d’attiser la curiosité du lecteur pour cette jeune fille
ambigu¨ë.
L’audace du chevalier se traduit par les questions indirectes.
La réponse est indirectement rapportée par la proposition subordonnée
conjonctive « qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse ».
La tournure passive de la réponse (qu’elle y était envoyée») rappelle les codes
dans l’éducation d’une femme, et sa soumission à un ordre familial.
L’effet de surprise que provoque cette réponse sur le chevalier est d’autant plus
fort qu’il nomme pour la première fois le sentiment qui l’envahissait : « l’amour
me rendait déjà si éclairé ».
Le projet du noviciat de cette jeune fille est reçu avec intensité comme le souligne
l’expression hyperbolique « un coup mortel pour [s]es désirs ».
Contre la naissance des sentiments s’érige donc un obstacle : celui d’une morale
religieuse mortifère, incompatible avec le cœur.
L’échange s’achève sous la forme d’un discours indirect libre – « c’était malgré
elle qu’on l’envoyait au couvent ».
La vie religieuse est présentée comme le dernier rempart contre le « penchant au
plaisir » de Manon.
Le péché de chair évoqué à demi-mot est développé par deux
propositions subordonnées successives. La première, « qui s’était déjà déclaré »
laisse sous-entendre un passé sulfureux ; la seconde « et qui a causé, dans la
:
suite, tous ses malheurs et les miens » clôt de façon proleptique et tragique cet
extrait tout en plaçant le lecteur dans un effet d’attente.
Par cette rencontre, le destin des personnages est scellé.
Conclusion
La rencontre amoureuse racontée par le double regard d’un narrateur jeune et
passionné et d’un narrateur plus âgé et critique place le lecteur au cœur d’une
histoire complexe.
Témoin de la naissance des sentiments intenses de Des Grieux, le lecteur assiste,
impuissant, aux débuts de cette passion, à l’étymologie double : à la fois source
d’amour et de souffrance, entre sentiments et interdits, la tragédie se noue déjà.
2 – Commentaire composé pour l’écrit
NB : Dans un commentaire composé, les analyses ne sont plus présentées
linéairement, dans l’ordre du texte, mais elles sont organisées dans un plan qui fait
ressortir l’intérêt littéraire du texte étudié.
Annonce du plan de commentaire composé
Cette scène de rencontre amoureuse traditionnelle (I) est annonciatrice d’une
tragédie pour les deux personnages (II). A travers cette histoire, l’abbé Prévost
écrit un traité de morale où la condamnation de la passion laisse place à la
compassion (III).
I – Une scène de rencontre amoureuse
traditionnelle
A – Une rencontre romanesque
La soudaineté de la rencontre amoureuse entre le chevalier Des Grieux et Manon
Lescaut est mise en valeur par la structure du récit :
♦ La situation initiale est la promenade avec Tiberge.
♦ L’élément modificateur est l’arrivée du coche d’Arras, comme l’indique le
passage au passé simple « vîmes » et « suivîmes ».
♦ La phrase suivante (« Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt »)
met en œuvre une stratégie déceptive : alors que le lecteur s’attend à un
évènement clé, le récit semble ne pas réussir à démarrer.
:
♦ La rupture vient enfin avec la conjonction de coordination marquant
l’opposition « Mais » : « Mais il en resta une«
♦ Le personnage de Manon Lescaut se détache alors de l’ensemble de la scène.
Elle est marquée par la singularité : « Mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta
seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui
servir de conducteur, s’empressait […] ».
La structure du récit permet donc de mettre en relief le personnage de Manon.
En outre, cette scène de rencontre est narrée en focalisation interne : nous
découvrons Manon Lescaut du point de vue du chevalier Des Grieux.
La répétition du verbe paraître « paraissait », « elle me parut », « sans paraître »
et l’adverbe « sans doute » montrent que Des Grieux perd ses certitudes. Il narre
en effet une scène de coup de foudre.
B – Le coup de foudre
Des Grieux est submergé par la passion amoureuse comme le montre le champ
lexical de l’amour : « enflammé », « transport », « maîtresse de mon cœur », «
l’amour », « mon cœur », « désirs », « plaisir ».
Ce champ lexical est renforcé par le registre lyrique.
Ainsi, la proposition « je m’avançai /vers la maîtres/se de mon cœur » est un
alexandrin au rythme ternaire cadencé par une allitération en [m], sonorité douce
qui met en évidence l’amour qui s’installe dans l’âme du personnage.
L’amour de Des Grieux est un amour passionnel. Des Grieux n’est plus maître de
lui-même comme le montrent les tournures de sens passif : « je me trouvai
enflammé », « L’amour me rendait déjà si éclairé ». Le jeune homme n’est plus
acteur de son destin : il subit cette flamme soudaine.
II – Une rencontre tragique
La rencontre de ces deux personnages est une mise en scène théâtrale (A) de nature
tragique (B)
A – Une mise en scène théâtrale
L’abbé Prévost insiste sur la théâtralité de cette scène de rencontre.
:
Le départ des femmes et la présence d’un seule personnage « il en resta une »
ressemble à une transition scénique dans la tragédie grecque où le chœur qui se
retire laisse place à l’héroïne seule sur scène.
Le narrateur ponctue son texte d’adverbes de manière ou de locutions
adverbiales qui, comme des didascalies théâtrales, précisent les circonstances de
l’action : « sans paraître embarrassée », « Elle me répondit ingénument », « d’une
manière qui lui fît comprendre mes sentiments ».
De plus, on retrouve dans ce passage les personnages types du théâtre : la jeune
ingénue et le jeune premier.
L’abbé Prévost utilise le champ lexical de la jeunesse : « fort jeune », « timide »,
« facile à déconcerter », « encore moins âgée que moi », « ingénument », « plus
expérimentée que moi ».
Ces deux types de théâtre sont mis en valeur par le type opposé « un homme d’un
âge avancé » qui rappelle le vieux barbon ou le valet des comédies.
Des Grieux est marqué du sceau de la virginité conformément à ce type théâtral.
En effet, le champ lexical de la vertu le caractérise : « tout innocence », « sagesse
», « retenue », « politesses ».
Il est de plus marqué par la négation et le dénuement qui suggèrent une pureté
d’âme propre au jeune premier : « moi qui n’avais jamais pensé à la différence des
sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ».
Cette théâtralité est de nature tragique.
B – Une passion fatale
La passion que ressent le chevalier Des Grieux est fatale.
Le jeu sur les temps montre l’inéluctabilité de cette passion. En effet, les verbes
au plus-que-parfait ponctuent tout le texte : «« J’avais marqué le temps de mon
départ », « moi qui n’avais jamais pensé » , «plaisir, qui s’était déjà déclaré» . Or
le plus-que-parfait a une valeur d’accompli : il suggère donc que les actions sont
scellées d’avance.
En outre, les sentiments sont sujets de nombreuses phrases :
:
« L’amour me rendait déjà si éclairé »
« […] son penchant au plaisir qui s’était déjà déclaré »
Ce n’est donc plus Des Grieux qui agit : ses sentiments ont pris le dessus et
guident toutes ses actions. La passion amoureuse apparaît dès lors comme une
force tragique contre laquelle le personnage ne peut lutter.
L’abbé Prévost utilise aussi des expressions traditionnelles dans la tragédie : «
Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt » .
III – Manon Lescaut, un traité de morale
ambigu
Au 18ème siècle, le roman était encore vu comme un genre dangereux qui
encourageait des mœurs peu chrétiennes. Or à travers cette scène de rencontre,
l’abbé Prévost change l’image du roman en l’utilisant pour promouvoir la morale
chrétienne.
A – La rencontre dans Manon Lescaut : une réécriture
du péché originel
Avec cette scène de rencontre, l’abbé Prévost fait une réécriture symbolique et
modernisée du péché originel (Adam et Eve).
Tout d’abord, l’insistance du narrateur sur l’indifférenciation des sexes (« moi,
qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes ») montre une âme angélique,
pré-adamique.
Mais derrière la pureté du jeune homme, se cache la corruption d’une âme
pécheresse : « Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité ». Or la curiosité
est dans la Genèse le motif du péché originel.
La jeunesse des deux personnages rappelle l’état de virginité d’Adam et Eve.
Quant à Manon, son « penchant au plaisir qui a causé, dans la suite, tous ses
malheurs et les miens » fait songer à la scène de la Chute : Eve goûte le fruit
défendu et entraîne Adam dans sa chute.
Le texte est d’ailleurs marqué par la culpabilité du narrateur : « que ne le
marquais-je un jour plus tôt » .
:
L’irréel du passé dans « j’aurais porté chez mon père tout mon innocence » fait
référence à une culpabilité chrétienne où le fils indigne s’est égaré dans le péché.
L’abbé Prévost joue ici sur le double sens du mot « père » :
♦ Le père biologique d’une part;
♦ Le père théologique d’autre part (Dieu).
Cette culpabilité donne lieu à l’introspection d’une âme tourmentée. Grâce à la
focalisation interne, le lecteur suit l’examen de conscience de Des Grieux :
« J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter »
« Je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs ».
Or le chevalier des Grieux révèle une âme qui devient calculatrice et stratège au
service de sa propre passion.
Le possessif « mes désirs » souligne un attachement à la part charnelle de
l’humanité.
Des Grieux adopte un langage indirect et calculateur : « Je lui parlai d’une
manière qui lui fit comprendre mes sentiments ».
Ainsi, l’introspection de Des Grieux montre au lecteur une âme calculatrice,
corrompue par le péché.
En cela, Manon Lescaut est bien, comme le disait l’Abbé Prévost, un traité de
morale : en montrant les ravages de la passion, l’auteur encourage à y résister
pour se préserver du péché.
Et pourtant, l’Abbé Prévost ne se contente pas d’une condamnation morale. Le
narrateur pose même un regard distancié et bienveillant sur les personnages.
B – Un regard bienveillant sur les égarements du coeur
Dans cette scène de rencontre, le narrateur Des Grieux plus âgé se dédouble et
observe avec un œil averti les égarements de sa jeunesse : « L’amour me rendait
déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur […]».
Les verbes à l’imparfait soulignent que cette passion est révolue.
Cette distance permet au chevalier Des Grieux plus âgé de défendre le jeune Des
:
Grieux.
L’incise « moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue »
fonctionne comme des circonstances atténuantes à sa passion et le champ lexical
de la vertu (« sagesse », « retenue », « timide ») insiste sur son ingénuité.
Par ailleurs, l’abbé Prévost joue sur les possibles romanesques. En effet, cette
rencontre aurait presque pu ne pas avoir lieu car elle se déroule «la veille même de
celui où [il] devait quitter cette ville ». Cette remarque donne un éclairage
nouveau à cette épisode : le coup de foudre de Des Grieux est plus le fruit du
hasard que le déploiement d’une âme enfermée dans le péché.
En outre, par l’expression « malgré elle« , l’abbé Prévost présente le couvent
comme une prison qui bride l’expression des sentiments : « C’est malgré elle
qu’on l’envoyait au couvent« . Sans promouvoir la passion, l’abbé Prévost montre
un sentimentalisme nouveau à cette époque ce qui vaudra à son roman des
condamnations sans appel.
Manon Lescaut, La rencontre amoureuse,
conclusion
On retrouve dans cette scène de rencontre de Manon Lescaut les topoï du coup de
foudre. Mais cette rencontre est marquée d’emblée par le sceau de la fatalité et se
lit d’ailleurs comme une réécriture du péché originel.
Même s’il décrit son âme en proie au péché, le narrateur âgé pose un regard
bienveillant sur les errements de sa jeunesse. Ce texte ouvre ainsi, en cette
première moitié du 18ème siècle un sentimentalisme où la compassion l’emporte
sur la condamnation de la passion.
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34 commentaires
Amélie Vioux
14 mars 2023 à 13 h 37 min
Bonjour Mélio,
Vos enseignants choisissent librement les extraits à présenter à l’oral. Il n’y a pas de
liste officielle de textes à présenter et il est donc normal que les extraits que j’ai choisis
de commenter ne correspondent pas forcément aux extraits exacts que vos enseignants
ont sélectionnés.
Répondre
Lucas
24 avril 2023 à 16 h 56 min
Bonjour quel serait les plans si la problématique était : Comment le héros raconte t
il qu’il est tomber amoureux ?
Répondre
Océane
7 avril 2021 à 18 h 35 min
Bonjour,
Je n’arrive pas à trouver à quel mouvement littéraire appartient Manon Lescaut?
Classique ou siècle des Lumières?
Merci d’avance.
:
Répondre
Fay
17 novembre 2022 à 6 h 24 min
c’est le mouvement des lumieres
Répondre
oumaima
6 mars 2021 à 22 h 14 min
Bonjour Amélie,
c’est pour savoir si vous avez une ouverture à me proposer s’il vous plaît, car je n’en
trouve pas, c’est pour mon bac blanc que je passe dans même pas 2 semaine.
Merci d’avance
Répondre
Mina
25 février 2020 à 11 h 32 min
Bonjour Amélie,
Je voulais savoir la différence entre une lecture analytique et une lecture linéaire ? par
exemple, cette analyse n’est pas prise pour une lecture linéaire, si ?
Je dois étudier cet extrait, et c’est un hasard que je suis tombée sur cette analyse
Répondre
Amélie Vioux
25 février 2020 à 11 h 40 min
Une lecture analytique ne suit pas forcément le mouvement du texte comme le fait
une lecture linéaire. Mais tu peux quand même t’aider de mes analyses pour
compléter et améliorer ton travail.
Répondre
:
Ella
2 novembre 2018 à 22 h 43 min
pourquoi on ne peut past copier et coller sur ce site?
Répondre
Manon Lescaut
30 avril 2019 à 15 h 01 min
parce qu’on veut éviter du plagiat, mic drop
Répondre
Jules
7 avril 2018 à 11 h 49 min
Bonjour, vous m’avez beaucoup éclairé sur ce texte, merci beaucoup !
Répondre
Raphael
6 avril 2018 à 14 h 03 min
Bonjour Amelie,
Je me demandais juste si tu avais une problematique en tete lorsque tu as ecrit ce plan?
Merci d’avance et bravo pour tout ce travail qui aide beaucoup de lycéens
Répondre
Amélie
6 avril 2018 à 14 h 33 min
Bonjour Raphaël,
Je fais des commentaires permettant de répondre à toutes les questions que je
mentionne (et d’autres qu’on pourrait vous poser). Le jour J, il vous faut quand
même toujours faire un effort pour adapter ce plan à la question posée.
Répondre
:
Likd
5 octobre 2022 à 17 h 56 min
Bonjour Amélie, j’ai une dissertation à faire sur Manon Lescaut « manon est
elle vraiment amoureuse de Des Grieux ? » Je dois répondre par oui mais je n’ai
aucun argument.
Répondre
laura
22 février 2018 à 0 h 54 min
bonjour est-ce que tu pourrais aussi faire un pour la scene de reconciliation, apres la
1ere tromperie de manon, quand elle se rend a l’exercice de theologie de DG. Merci.
Répondre
Naomie
18 février 2018 à 13 h 29 min
Bonjour, tout d’abord merci beaucoup pour votre site qui, vous devez sûrement le
savoir au vu du succès qu’il rencontre, est très utile pour réviser le bac de français.
Alors pour cela, merci !
Je voulais également souligner à quel point le fait que vous mettiez les problématiques
possibles sur chaque textes est rassurant, on sait à peu près à quoi on peut s’attendre le
jour de l’oral. Cependant, je me demandais si les plans proposés correspondaient à
toutes les problématiques possibles ? J’entends par là, sont-ils assez « larges » pour
permettre de les utiliser peu importe la problématique ? Bien entendu, la conclusion
sera différente puisque la réponse à la problématique le sera, mais au niveau du plan je
me posais la question.
Merci d’avance pour votre réponse et merci encore pour votre investissement.
Répondre
amelie
28 octobre 2017 à 9 h 22 min
Bonjour Amélie,
Merci pour tes cours et tes conseils en ligne, ils sont précieux
:
Je ne sais pas sur quelle ouverture terminer Manon Lesacault, avez vous des oeuvres à
me J’ de proposer ?
Merci
Amélie
Répondre
Amélie
28 octobre 2017 à 10 h 12 min
Bonjour Amélie,
Mon commentaire ouvre sur l’histoire littéraire de la première moitié du XVIIIème
siècle. N’essayez pas de faire systématiquement des ouvertures sur des autres textes
: c’est très artificiel. N’hésite pas à aller voir comment faire une conclusion de
lecture analytique. Bonne journée !
Répondre
clement
8 juin 2017 à 18 h 44 min
Bonjour, merci pour ce commentaire je voudrai savoir qu’elle ouverture je pourrai
envisager pour ce texte merci!
Répondre
kelly
23 mai 2017 à 15 h 32 min
bonjour, quel est le mouvement littéraire de manon lescaut, je suis très confus, est-ce
que c’est les lumières ou le classicisme ?
Répondre
louis
30 avril 2017 à 10 h 54 min
Bonjour madame,
:
pourrai-je avoir des informations sur la lecture analytique de Manon Lescaut : une
creature d’un caractere extraordinaire ( p 78-79 du livre).
merci d’avance.
Répondre
Amélie
30 avril 2017 à 12 h 41 min
Je n’ai pas commenté cet extrait. Tous mes commentaires sont publiés au fur et à
mesure que je les écris.
Répondre
Mona
23 avril 2017 à 1 h 49 min
En effet, je suis entrain de préparer mon bac toute seule vu que je suis tunisienne et je
passe le bac en candidat libre
je voulais savoir à quel séquence appartient cet extrait au mouvement littéraire ou bien
au roman
je suis perdue et j’ai besoin d’aide
et une dernière question est ce que je peux mettre l’Etranger de Camus et Manon
Lescaut dans le descriptif ?
sinon merci pour tout le travail que vous faites, vous m’avez aidé comme pas possible
merci beaucoup et bonne continuation j’adore votre travail sincèrement vous me sauvez
la vie
Répondre
Lisa
9 avril 2017 à 12 h 28 min
Bonjour Amélie,
Je suis en 1ère ES et je passe bientôt mon oral blanc de français. Tout au long de
l’année je me suis aidée de vos lectures analytiques qui sont très bien construites et
claires à comprendre. Ma prof de français est absente depuis 5 semaines et demi et ne
revient pas avant les vacances de printemps, c’est donc la catastrophe. Je voulais vous
remercier de prendre le temps de tout mettre sur internet ! C’est vraiment génial !!
:
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Carmen
25 novembre 2016 à 13 h 45 min
Bonjour Amélie
Vous êtes absolument virtuose dans vos commentaire.
Je vous suis depuis l’Espagne depuis quelques années.
Mais avant vous me facilitiez plus les choses en voyant directement les extraits de texte
complets et en pouvant les décargés et même les photocopiés.
Merci beaucoup pour votre travail magnifique et j’ai eu l’occasion de voir que vous êtes
apparue dans un programme de télévison. Mes sincères félicitations.
Je me propose comme votre guide de voyage en Andalousie (c’est mon travail, à part
l’étude de la langue française) dans le cas d’une visite à mon pays. A bientôt.
Répondre
Amélie
25 novembre 2016 à 16 h 31 min
Bonjour Carmen,
Merci pour ton message très gentil ! C’est agréable de voir que mon site internet
n’intéresse pas que les lycéens français. S’agissant de l’option pour télécharger et
imprimer les commentaires, j’ai pour intention de la proposer de nouveau dans
quelques mois. J’ai besoin pour cela de faire quelques modifications techniques sur
mon site. Bonne journée !
Répondre
Marie
25 juin 2016 à 17 h 02 min
D’accord merci, » les topoï » dans la conclusion, ça signifie quoi?
Répondre
:
Marie
23 juin 2016 à 0 h 24 min
Bonsoir, quelqu’un pourrait me dire où se situe l’extrait dans le texte?
Répondre
Amélie
23 juin 2016 à 10 h 12 min
C’est toujours écrit au début de mon commentaire. L’extrait commenté va de
« J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. » jusqu’à « et qui a causé, dans
la suite, tous ses malheurs et les miens. »
Répondre
Gabriel
6 juin 2016 à 0 h 07 min
Bonsoir !
Tout d’abord, merci pour vos cours, conseils et fiches, car ils m’aident beaucoup.
Je suis un élève de première S, du moins pour l’instant : j’ai demandé à passer en L.
Je me posais seulement une question à propos de cette lecture analytique.
Bien que l’annonce de la fin tragique de la relation de Des Grieux et Manon soit très
claire dans le texte, peut-on, à l’oral, évoquer -si la problématique le permet- la fin de
histoire ?
Je crois que mon professeur déconseille de parler du rapport de l’extrait étudié à
l’œuvre dont il est tiré…
Merci d’avance !
Gabriel
Répondre
Lila
24 mai 2016 à 21 h 30 min
bravo
Répondre
:
marc
24 mai 2016 à 17 h 42 min
BONJOUR
d’abord je voulais vous remercier a ce site qui ma beaucoup aider pendant tout l’annee
je voulais cependant vous demander si vous avez fais un commentaire pour l’incipit de
manon lescaut .
Merci beaucoup
Répondre
Emmanuel
15 mai 2017 à 19 h 43 min
Haha j’en cherche un aussi
Répondre
neuf troaa
26 avril 2016 à 13 h 50 min
Bonjour.
Je voulais tout d’abord vous signifier toute mon admiration concernant le travail que
vous menez en vue d’aider les élèves en Français. Ce site m’a donné le goût d’apprécier
et de mieux cerner la beauté et les objectifs de la langue française.
Je voulais cependant vous demander si, étant élève de 1e et passant cette année les
épreuves de français, si nous pouvions, lors de l’oral notamment, utiliser vos ouvertures
ainsi que vos expressions (transitions, parties…).
Je vous remercie d’avance de la réponse que vous m’apporterez.
Répondre
Maxime
25 avril 2016 à 14 h 03 min
Merci beaucoup !! J’étais juste entrain d’apprendre cette lecture analytique par cœur
quel hasard !
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