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Cours de Droit de l'Entreprise EPA

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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix-Travail-Patrie Peace – Work – Fatherland


------ ------
UNIVERSITE DE DOUALA UNIVERSITY OF DOUALA
-------- -------
ECOLE SUPERIEURE DES HIGHER SCHOOL OF
SCIENCES ECONOMIQUES ET ECONOMIC AND BUSINEES
COMMERCIALES SCIENCES
------ ------
B.P. : 4982-Douala P.O BOX : 4982
Tél. : 33-40-41-71 Phone : 33 40 41-71
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CYCLE D’ETUDES PROFESSIONNELLES APPROFONDIES (EPA)


NIVEAU I

Cours de droit de l’entreprise

Dispensé par
Mme BEKADA ETOUNDI Christiane Nicole
Docteur/ Ph. D en Droit privé
Chargé de cours
Maitre- assistant

Année académique 2020/2021


INTRODUCTION
1
L’entreprise désigne globalement toute activité de production reposant sur
une organisation structurée juridiquement reconnue et protégée. L’activité
économique de l’entreprise porte sur des faits de production, des actes de
distribution et bien d’autres qui sont encadrés par les règles de droit. L’ensemble
de ces règles est appelé : droit de l’entreprise. Les règles de droit applicables aux
entreprises sont de moins en moins nationales du fait du phénomène de plus en
plus expansionniste d’intégration juridique. De nombreuses organisations
régionales ont vu le jour dotée chacune des compétences particulières dans
l’ensemble des matières relavant des activités économiques. Aussi a-t-on vu
naitre : l’UEMOA, la CEMAC, la CIMA, l’OAPI, l’OHADA. Ces organisations
ont produit un nombre considérable de règles nouvelles.
Le droit de l’entreprise a donc plusieurs sources : certaines sont
nationales, c’est le cas de la loi (exemple : loi de décembre 2015 sur l’activité
commerciales….) ; de la jurisprudence, de la coutume et de la doctrine. D’autres
sont issues de l’intégration régionale : c’est le cas par exemple du droit
OHADA, de la CEMAC, de la CIMA, de l’OAPI etc…, d’autres sources sont
internationales, notamment les conventions internationales qui régissent
certaines activités économiques.
Le droit de l’entreprise a un domaine large. Cependant l’essentiel de ce
cours portera sur l’enseignement des principales règles de droit indispensable à
la gestion d’une entreprise. Pour ce faire, l’étude de l’organisation juridique de
l’entreprise en constituera l’ossature. Cette organisation englobe l’entreprise et
son personnel, le statut de l’entreprise individuelle, sociétaire et en difficulté, et
enfin, l’entreprise et son bien.

2
CHAPITRE 1 : L’ENTREPRISE ET SON PERSONNEL : LE REGIME
JURIDIQUE DU CONTRAT DE TRAVAIL.

Toute entreprise a besoin d’un minimum de moyens pour prospérer. Les


salariés constituent parmi ces moyens un élément essentiel, car le travail qu’ils
fournissent permet l’accomplissement de l’activité de l’entreprise. La
mobilisation des ressources humaines se fait notamment par la conclusion des
contrats de travail qui constitue une des sources essentiel du droit du travail.

Section 1 : Les généralités sur le contrat de travail


Elles concernent d’une part les caractéristiques du contrat de travail et
d’autre part, les critères d’identification du contrat de travail.

Paragraphe 1 : Les caractéristiques du contrat de travail

Le contrat de travail présente certains traits essentiels, il apparaît alors


comme un contrat :

Synallagmatique : car il fait naître des obligations réciproques à la charge des


parties. Ainsi, le travailleur est tenu de fournir la prestation de travail et
l’employeur de payer le salaire convenu

Onéreux : il n'y a contrat de travail que lorsque la prestation contrat de travail


est rémunéra par l’employeur qui en bénéficie. Le contrat de travail n’est donc
pas à titre gratuit.

A exécution successive : un contrat est à exécution successive parce qu’il


s’étend nécessairement dans le temps. Les aptitudes de ce contrat étant pris en
considération, il est tenu de fournir personnellement la prestation de travail.

D’adhésion : en ce sens que la plupart de ses stipulations sont empruntées à la


règlementation du travail et aux conventions collectives qui prévoient un statut
social minimum.

3
Consensuel : le simple consentement des parties suffit à valider le contrat de
travail. Ainsi, l’écrit n’est qu’une exigence de preuve et non une condition de
validité.

Paragraphe 2 : Le critère du contrat de travail

Au terme de l’article 29 du code de travail, le contrat de travail est une


convention par laquelle un travailleur s’engage à mettre son activité
professionnelle sous l’autorité et la direction d’un employeur en contrepartie
d’une rémunération.

De cette définition, le contrat de travail semble être dominé par le lien de


subordination. Le travailleur se place ainsi sous l’autorité de l’employeur, qui
peut lui donner des ordres ou des directives en vue de l’exécution de sa
prestation.

L’employeur peut même lui infliger des sanctions disciplinaires en cas de


désobéissance ou de mauvaises exécutions des ordres données. Dans un arrêt
rendu par la cour suprême le 02/02/1965, la subordination du salarié à celui qui
l’emploie est la condition essentielle du contrat de travail.

Dans un autre arrêt rendu le 22/10/1987, la cour suprême du Cameroun


précise que le lien de subordination ne s’applique pas uniquement au travail
effectué dans un lieu précis, mais s’étend à tout travail accompli sous l’autorité
de l’employeur quel que soit le lieu d’exécution.

Quelles que soit les conditions, le travail doit être exécuté selon les
instructions du patron, c’est pourquoi la désobéissance est considérée comme
une faute lourde privative des indemnités de rupture du contrat de travail.

Le lien d’insubordination est ainsi retenu comme le critère essentiel qui


permet de distinguer le contrat de travail, des contrats qui lui sont voisins
comme le contrat de société, le contrat de bail, le contrat d’entreprise (contrat
qui lie un maître d’ouvrage et un maître d’œuvre).

4
Section 2 : la formation du contrat de travail
La formation du contrat de travail exige nécessairement le respect des conditions
d’élaboration de ce contrat, la préparation de celui-ci qui peut néanmoins être
facultative et le choix du type de contrat de travail.

Paragraphe 1 : Les conditions d’élaboration du contrat de travail

Celles-ci sont de fonds et de forme.

A. les conditions de fond

S’agissant des conditions de fonds, il convient de noter que le contrat de


travail obéit aux mêmes conditions que les autres contrats, il doit donc respecter
les exigences d’un consentement libre et intègre d’une capacité juridique et d’un
objet et d’une cause licites.

Les vices du consentement peuvent entraîner l’annulation du travail. En


matière de contrat de travail, la violence est le plus souvent évoqué que l’erreur
et le dol. La jurisprudence admet à ce propos qu’il y a violence lorsque le
travailleur a dû accepter les conditions de travail peu favorable pour sa survie.
En effet, bien que l’employeur n’ait exercé une violence physique ou morale sur
le travailleur, l’état de nécessité ou de besoin dans lesquels le travailleur se
trouve amène à accepter n’importe quelles condition de travail. On comprend
dès lors que le consentement donné n’est pas été libre ce qui peut justifier
l’annulation du contrat de travail pour violence économique.

Pour ce qui concerne la capacité, le contrat de travail déroge nettement


aux droits communs, en effet si en principe l’employeur doit être majeur et avoir
la capacité juridique de contracter, le travailleur peut valablement conclure un
contrat de travail dès l’âge de 14 ans, suffira alors que le consentement soit
appuyé même implicitement par ses parents ou son tuteur.

5
B. les conditions de forme

S’agissant des conditions de forme, le principe est celui de la conclusion


libre du contrat, le contrat de travail étant un contrat consensuel. Cependant,
dans la pratique, le contrat verbal peut poser un problème de preuve. Dans ce
cas, c’est à la partie qui se prétend liée par un contrat de travail d’administrer la
preuve de ce contrat par des pièces, témoignages, indices, présomptions
communes renommées.

Toutefois, l’article 27 du code du travail admet quelques exceptions au


principe « du libre choix de la forme de travail ». Il s’agit d’abord de l’exigence
d’un écrit avec ampliation à l’inspecteur du travail du ressort pour certains
contrats comme le contrat de travail stipulant une durée déterminée inférieur à 3
ans, et le contrat nécessitant l’installation du travailleur hors de sa résidence
habituelle.

Il s’agit ensuite de l’exigence d’un écrit et du visa du ministre chargé du


travail par le contrat de travail du travailleur de nationalité étrangère dans ce cas,
la formalité du visa est une condition de validité du contrat de travail.

Paragraphe 2 : La phase préparatoire facultative

Le contrat de travail définitif peut être précédé par des contrats


intermédiaires qui préfigurent des futures relations entre les parties. Il s’agit du
contrat d’apprentissage, contrat de formation et du contrat d’engagement à
l’essai.

A. Le contrat d’apprentissage

Au terme de l’article 45 du Code du Travail, « le contrat d’apprentissage


est celui par lequel un chef d’établissement industriel, commercial, agricole ou
artisanal s’oblige à donner ou à faire donner une formation professionnelle
6
méthodique et complète à une personne qui s’oblige en retour à se conformer
aux instructions qu’elle recevra et à exécuter les ouvrages qui lui seront confiés
en vue de son apprentissage ».

Ainsi, l’obéissance de la partie est une condition de réalisation du contrat


de travail d’apprentissage. Ce dernier doit exécuter les ouvrages pour le compte
du maître. Les ressources provenant de ces ouvrages profitent au maître ;
l’apprenti ne peut donc pas se les approprier.

Le maître quant à lui, ne peut imposer à l’apprenti que les ouvrages et


travaux rentrant dans sa formation professionnelle ; il ne peut en aucun cas être
payé pour la formation qu’il donne à l’apprenti. Le contrat d’apprentissage doit
être passé par écrit à peine de nullité absolue. Il ne peut avoir une durée
supérieure à 4 ans.

Il prend normalement fin à l’arrivée du terme par la délivrance d’un


certificat de fin d’apprentissage. Il peut aussi prendre fin par :

- La mort du maître ou de l’apprenti


- La condamnation du maître à une peine d’emprisonnement supérieur à
trois mois.
- Le divorce du maître ou le décès de sa femme, si ces événements ont
pour conséquence de rendre le maître célibataire alors que les apprentis
sont des filles mineures.
- La résiliation prononcée par le juge pour faute lourde, pour non-respect
des conditions contractuelles, ou pour changement de résidence du
maître hors des limites de la ville commune.
B. Le contrat de formation

Comme le contrat d’apprentissage, le contrat de formation a pour objet de


donner une formation professionnelle appropriée aux candidats à l’emploi
titulaire d’un diplôme professionnel ou d’un diplôme d’enseignement supérieur.

7
Il permet d’adopter les connaissances reçues dans les écoles ou dans les
universités à la pratique de l’entreprise.

C’est un contrat très utilisé dans les grandes entreprises telles que les
brasseries du Cameroun, UCB ; il est aussi envisagé dans les métiers
d’auxiliaires de justice (avocats, huissiers, notaire) où il prend le nom de stage.

Quel que soit le lieu du contrat de formation, la difficulté réside dans la


détermination des droits et obligations des parties qui restent très variable d’une
entreprise à l’autre ou d’une profession à l’autre.

C. Le contrat d’engagement à l’essai

L’engagement à l’essai doit être distingué de l’essai professionnel encore


appelé épreuve d’essai. Il permet à l’employeur de juger dans un délai très bref
les capacités du candidat prêt à l’emploi d’exécuter une pièce ou un travail
nécessitant une grande précision ou une habileté manuelle particulière.

L’engagement à l’essai peut être défini comme une période pendant


laquelle l’employeur se réserve le droit d’apprécier les aptitudes
professionnelles du travailleur c'est-à-dire la qualité de ses compétences et de
son rendement et le travailleur a le droit d’apprécier les conditions de travail, de
vie, de rémunération, d’hygiène, de sécurité ainsi que la nature des relations
dans l’entreprise.

C’est un contrat autonome qui doit être stipulé par écrit, en l’absence de
l’écrit, la preuve de l’essai peut être difficile à rapporter et on peut conclure en
l’existence d’un contrat de travail à durée indéterminée. C’est un contrat
essentiellement provisoire et précaire.

Il est provisoire en ce sens qu’il est limité dans la durée. Ainsi,

- pour les catégories 1 et 2, l’essai ne peut dépasser 15 jours.


- Pour les catégories 3 et 4 et les employés de maison, l’essai ne peut
dépasser un (01) mois.

8
- Pour les catégories 5 à 6, le maximum est de deux mois ;
- pour les catégories 7 à 9, trois mois et pour les catégories 10 à 12, il
faut quatre mois.

Il est précaire en ce sens que la période d’essai est dominée par la liberté
de rupture du contrat. Chacune des parties peut donc rompre l’essai sans préavis,
ni indemnité sauf stipulation contraire du contrat.

La question s’est posée de savoir si le travailleur confirmé dans son


emploi avant l’expiration de l’essai peut être ultérieurement congédié pour essai
non concluant ?

La jurisprudence répond par la négative car, la confirmation met fin à


l’essai et consolide les relations de travail. En cas de licenciement, l’employeur
qui invoque un prétendu essai non concluant peut être condamné pour
licenciement abusif. Confère : CS arrêt N° 53/S du 14 Mars 1985 affaire
UCB contre JIOVANI.

Pendant la période d’essai, le travailleur perçoit la rémunération


correspondante à sa catégorie professionnelle, car le contrat d’engagement à
l’essai doit indiquer la catégorie et l’échelon attribués au travailleur. Le travail
effectué au cours de la période d’essai ne doit donc être ni gratuit, ni payé à un
taux inférieur au salaire afférant à la catégorie normale du travailleur.

A l’expiration de l’essai, les parties peuvent se séparer définitivement


comme elles peuvent conclure même implicitement un contrat définitif.

Paragraphe 2 : Le choix du type de contrat

Le code de travail consacre une grande variété de contrat de travail,


certains sont classiques, d’autres sont nouveaux.

A. Les contrats de travail classiques

Dans cette catégorie, on enregistre un contrat à durée déterminée (article


25 du code du travail) et le contrat à durée indéterminée ( articles 25 et 35 du
9
code du travail). Le contrat à durée déterminée (CDD) est un contrat dont le
terme est fixé à l’avance par la volonté des deux parties et, subordonné à la
survenance d’un événement futur et certain dont la réalisation ne dépend pas de
la volonté des deux parties, mais qui est indiqué avec précision. C’est également
un contrat conclu pour un ouvrage déterminé. Il ne peut excéder une durée de
deux ans. Celle-ci peut être renouvelée une fois pour la même durée. Ce qui
suppose que le contrat à durée déterminée peut s’étendre au plus 4 ans son
renouvellement. Ce renouvellement doit expressément être stipulé par les
parties, sinon le contrat à durée déterminée se transforme en un contrat à durée
indéterminée si les relations de travail se poursuivent à son expiration ou si les
relations de travail se maintiennent au terme du renouvellement. Lorsque la
durée du contrat à durée déterminée est supérieure à trois mois ou lorsque le
contrat nécessite l’installation du travailleur hors de sa résidence habituelle, il
doit être conclu par écrit avec ampliation de l’inspecteur du travail du ressort.
Pour le travailleur de nationalité étrangère, il doit être visé par le ministre du
travail avant tout consentement d’exécution.

Le contrat de travail à durée indéterminée, quant à lui est défini comme un


contrat dont le terme n’est pas fixé à l’avance et qui, peut cesser à tout instant
par la volonté de l’une ou l’autre partie moyennant un préavis. C’est un contrat
par le principe de la résiliation unilatérale qui permet au travailleur ou à
l’employeur de le rompre à tout moment. Malgré cette fragilité apparente, le
contrat à durée indéterminée est privilégié puisqu’il permet de garantir la
stabilité de l’emploi. C’est pourquoi le licenciement est rigoureusement encadré
par la loi.

B. Les nouveaux types de contrat de travail

Parmi ces contrats, on compte le contrat temporaire, occasionnel, le


contrat saisonnier.

1. Le contrat temporaire

10
S’agissant du contrat temporaire, l’article 25 alinéa 4 le définit comme
« celui ayant pour objet, soit le remplacement d’un travailleur absent au droit,
le contrat est suspendu, soit l’achèvement d’un ouvrage dans un délai déterminé
nécessitant l’emploi d’une main d’œuvre supplémentaire ». Le contrat
temporaire est donc d’une utilité pratique, car il permet à l’employé d’être
remplacé en cas de nécessité sans toutefois perdre son travail. Il permet
également à l’employeur de recruter une main d’œuvre supplémentaire pour
l’achèvement d’un chantier dans les délais. Le contrat de travail temporaire ne
peut dépasser trois mois renouvelables une fois.

2. Le contrat occasionnel

Quant au contrat occasionnel, c’est un contrat ayant pour objet de résorber


un accroissement conjoncturel ou imprévu de l’entreprise pour l’exécution des
travaux urgents pour prévenir des accidents imminents, organiser des mesures
de sauvetage2 ou procéder à des réparations de matériels, d’installation de
bâtiments présentant un danger pour les travailleurs. L’utilité pratique de ce
contrat est qu’il permet de recruter une main d’œuvre supplémentaire de
l’entreprise en cas de besoin de surcroit d’activité. La durée normale de ce
contrat est fixée à 15 jours, elle ne peut être renouvelable qu’une fois par an
dans la même entreprise.

3. Le contrat saisonnier

Pour ce qui est du contrat saisonnier, c’est un contrat lié à la nature


cyclique ou climatique des activités de l’entreprise. Ce contrat est d’une grande
utilité pratique notamment en matière agricole. Les entreprises agricoles en
général et les coopératives en particulier trouvent dans ce contrat, la meilleure
solution de la main d’œuvre dont elles ont besoin. Ce contrat permet aux parties
de négocier leur relation de travail en fonction de la durée de la saison ou du
cycle. Sa durée est de six mois par an, elle ne peut pas être renouvelée dans la

11
même entreprise. L’institution de ces nouveaux types de contrat a entrainé
l’institution des entreprises de travail temporaire.

L’article 26 alinéa 2 du code de travail définit l’entrepreneur de travail


temporaire comme « toute personne physique ou morale dont l’activité
exclusive est de mettre à la disposition provisoire d’utilisateurs des travailleurs
qu’elle embauche et rémunère ». L’ouverture d’une telle entreprise est soumise
à l’agrément du ministre chargé du travail. Le travailleur est mis à la disposition
de l’utilisateur par écrit passé entre l’entreprise de contrat temporaire et
l’entreprise utilisatrice. La durée maximale du contrat de mise à la disposition
d’un travailleur est d’un an avec le même utilisateur.

Section 3 : l’exécution du contrat de travail


Le contrat de travail est un contrat synallagmatique qui met en relation un
employeur et un travailleur. Son exécution impose à chacune des parties
d’assurer ses obligations.

Paragraphe 1 : L’exécution du contrat de travail par l’employeur

L’employeur est une personne juridique, physique ou morale. Il doit être


distingué du chef d’entreprise qui lui est une personne physique exerçant au sein
de l’entreprise des prérogatives patronales. Peuvent être considérés comme les
chefs d’entreprise : les PCA ou DG des Sociétés anonymes, les gérants d’une
Société à responsabilité limitée ou d’une Société en Nom Collectif. Parfois,
l’employeur se confond avec le chef d’entreprise, c’est le cas des entreprises
individuelles où le chef d’entreprise est en même temps propriétaire de celle-ci.

De toute évidence, il revient au chef d’entreprise d’exercer les


prérogatives reconnues à l’employeur et d’assurer les obligations que le droit du
travail et le contrat mettent à la charge de celui-ci. Ce contrat crée également des

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situations juridiques à l’égard des travailleurs qui sont soumis à certaines
obligations en contrepartie de certains de leurs droits.

A. Les prérogatives de l’employeur

On les appelle aussi pouvoirs patronaux ou pouvoirs du chef d’entreprise


parce qu’ils sont effectivement exercés par le chef d’entreprise. Trois types de
pouvoirs sont reconnus au chef d’entreprise : le pouvoir de direction ou de
gestion, le pouvoir règlementaire, le pouvoir disciplinaire

1. Le pouvoir de direction

S’agissant du pouvoir de direction, le chef d’entreprise a non seulement le


pouvoir de la direction économique de l’entreprise, mais aussi celui des
hommes.

La direction économique est constituée d’un ensemble de décisions que le


chef d’entreprise prend en vue d’assurer la prospérité économique de
l’entreprise. Aussi peut-il aller de la décision de créer une entreprise à celle de la
transformer définitivement. Pendant la vie de l’entreprise, ce pouvoir se
manifeste par des mesures d’organisation ou de réorganisation des services, de
compression des effectifs en vue de réduire les charges salariales, les décisions
de fusion, de vente et de transfert. Le chef d’entreprise est maître de la politique
générale, des modalités de fonctionnement, de l’organisation générale du travail,
de la gestion de son affaire.

S’agissant de la direction des hommes, le pouvoir du chef d’entreprise se


manifeste par plusieurs mesures d’ordre individuel et collectif. Sur le plan
individuel, le chef d’entreprise peut procéder librement au recrutement ou au
licenciement, c’est lui qui attribue les postes, c’est lui qui affecte, accorde les
promotions et apprécie l’aptitude professionnelle des travailleurs. Sur le plan
collectif, le pouvoir de direction concerne la compression, du personnel par

13
licenciement pour les motifs qui entraînent la suppression de plusieurs postes de
travail et le chômage technique, qui suspend de manière temporaire quelques
contrats de travail.

2. Le pouvoir réglementaire

Les modalités d’exécution du travail sont déterminées par l’employeur et


le pouvoir règlementaire de celui-ci peut s’exercer sur plusieurs formes à
savoir : le règlement intérieur, les circulaires et les notes de services. Mais, c’est
le règlement intérieur qui est la manifestation la plus visible du pouvoir
règlementaire du chef d’entreprise.

Le règlement intérieur est le document par lequel le chef d’entreprise


précise les règles assurant le bon fonctionnement de l’entreprise s’imposant à
tous, et sanctionné en cas d’inobservation. Il est une sorte de charte de
l’entreprise. C’est un véritable code de conduite qui définit à la fois les fautes
disciplinaires et les sanctions susceptibles de les réprimer. A ce titre, il constitue
la principale source du pouvoir disciplinaire dans l’entreprise.

3. Le pouvoir disciplinaire

Parlant du pouvoir disciplinaire, il est le corollaire (la conséquente,


résultante) du pouvoir de direction du chef d’entreprise. Lorsque les ordres
individuels ou le règlement intérieur n’ont pas été respectés, une sanction doit
intervenir, si non la règle posée n’aurait aucune efficacité. La sanction sera
prononcée s’il y a au préalable une faute disciplinaire.

La faute disciplinaire peut être définie comme l’inobservation de toute


prescription ou injonction émanant du chef d’entreprise qui apprécie
souverainement l’opportunité technique ou économique. Le chef d’entreprise
peut aussi sanctionner tout acte de nature à troubler l’ordre public de
l’entreprise.

14
B. Les obligations de l’employeur

L’employeur doit assurer des obligations dans le domaine du travail et de


la prévoyance sociale. Dans le domaine du travail, il doit rémunérer la prestation
du travail, c'est-à-dire payer le salaire, respecter la durée du travail et assurer
l’hygiène et la sécurité dans le travail.

Le salaire est constitué du salaire de base et des accessoires au salaire. Le


salaire de base peut être calculé soit en fonction du temps pendant lequel le
travailleur a mis son activité au service de l’employeur, soit en fonction de la
tâche accomplie ou des pièces produits par le travailleur. Les accessoires au
salaire peuvent être en espèces (gratifications, primes, indemnités, pourboires)
ou en nature (logement, œuvres sociales comme les économats et le service
médical).

Les mesures d’hygiène et de sécurité visent à sauvegarder la santé des


travailleurs. Elles exigent de l’employeur le respect de certaines règles,
notamment les normes de construction, la mise en place des installations à usage
personnel etc….

En matière de prévoyance sociale, l’entreprise doit affilier l’entreprise et


immatriculer les travailleurs à la CNPS. Il doit payer les cotisations et déclarer
les risques. L’affiliation et l’immatriculation des travailleurs à la CNPS doivent
être faites dans les huit jours qui suivent leur embauche. La demande
d’immatriculation se fait sur les imprimés délivrés par la CNPS. Dès réception
de cette demande, la CNPS procède à l’immatriculation du personnel et lui
attribue un numéro matricule. Le travailleur reçoit alors un livret d’assurance qui
enregistre toutes ses périodes d’activités.

Quant au paiement des cotisations, il en existe deux types, les cotisations


patronales supportées par l’employeur lui-même. Elles s’établissent de la
manière suivante :

15
- 7% du salaire de base du travailleur pour les prestations familiales ;
- 4,2% du salaire de base du travailleur pour les pensions de vieillesse,
d’invalidité et de décès.
- 1,75% et 5% du salaire de base du travailleur pour les accidents de
travail et les maladies professionnelles. Taux déterminés en fonction
de la gravité des risques que présente l’activité de l’entreprise.

Les cotisations salariales sont celles supportées par l’employé et retenues


à la source par l’employeur au moment de chaque payement. Le travailleur paie
4,2 % du salaire de base au titre des cotisations, au régime des pensions de
vieillesse, d’invalidité et de décès.

L’employeur est également tenu de déclarer à la CNPS tous les risques


frappant ses travailleurs et de constituer un dossier en vue de permettre aux
travailleurs de bénéficier des diverses prestations servies par la CNPS. Ces
prestations sont : les prestations familiales qui couvrent les allocations
prénatales, les frais d’accouchement de maternité, et éventuellement le salaire de
la femme salariée en congé de maternité. Les accidents de travail et les maladies
professionnelles, l’assurance pension de vieillesse et d’invalidité décès.

Paragraphe 2 : Les droits et obligations du travailleur

Est considéré comme travailleur quel que soit son sexe et sa nationalité,
toute personne qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle sous
l’autorité et la direction d’un employeur moyennant une rémunération.

Ne sont pas considérés comme travailleurs et par conséquent exclus du


champ d’application du code de travail : le personnel régi par le statut général de
la fonction publique, le statut général des militaires, le statut spécial de a sûreté
nationale, le statut de l’administration pénitentiaire et les dispositions
particulières applicables aux auxiliaires de l’administration. Dès que l’on est
travailleur, on a des droits et des obligations.

16
A. Les droits du travailleur

Ils correspondent à des obligations pour l’employeur. Ce dernier a ainsi droit :

- Au salaire convenu : le paiement du salaire étant la contrepartie du


caractère onéreux et synallagmatique du contrat de travail
- A un cadre de travail descend, propice à sa santé
- Au respect de sa dignité, il ne doit pas faire l’objet d’injure ou de
mépris sur le lieu du travail ou en dehors ; il a également droit au
respect de sa vie privée, de pratiquer la religion de son choix,
d’épouser la femme qu’il désire.

B. Les obligations du travailleur

Il est tenu d’une obligation matérielle et morale. L’obligation matérielle


consiste dans l’obligation d’exécuter l’obligation de travail convenu ; le
travailleur ne peut manquer à cette obligation en refusant d’exécuter le travail ou
en se faisant remplacer par un tiers dans son exécution sans l’accord de
l’employeur, du fait du caractère intuitu personae du contrat de travail. La non-
exécution de la prestation du travail sans autorisation et sans motif peut justifier
le non versement du salaire.

L’obligation morale réside dans l’obligation de loyauté, celle-ci recouvre


plusieurs devoirs du salarié : le devoir de non concurrence : le travailleur ne doit
pas exercer même après les heures normales de travail, une activité susceptible
de concurrencer celle de l’employeur. Cette obligation peut s’étendre même
après la rupture du contrat de travail

Aussi peut-il être stipulé d’accord parties que le travailleur ne pourra pas
en cas de rupture du contrat de travail, exercer pour son compte ou pour autrui,
une activité susceptible de concurrencer, si la rupture du contrat est survenue de
son fait ou si la rupture du contrat est consécutive à une faute lourde de son fait.

17
NB : Cette interdiction ne peut s’appliquer que dans un rayon de 50
kilomètres autour du lieu de travail et sa durée ne peut excéder un an.

- Le devoir de conserver les secrets professionnels


- Le devoir d’observer la discipline de l’entreprise
- Le devoir d’obéissance et de respect
- Le devoir d’intégrité.

Section 4 : les vicissitudes du contrat de travail


Le contrat de travail peut connaître en raison de la durée de certains
incidents faisant suite à son exécution normale. Il s’agit de la suspension et la
modification du contrat de travail.

Paragraphe 1 : La suspension du contrat de travail

C’est une technique de protection de l’emploi consistant à maintenir le


rapport contractuel malgré un événement qui entraîne provisoirement
l’inexécution des obligations nées du contrat de travail.

A. Les causes de suspension du contrat de travail

Il est question de rechercher, ici, tout ce qui peut entrainer une suspension
du contrat de travail. Plusieurs causes sont ainsi enregistrées. C’est le cas par
exemple de la force majeure, les intempéries, ou de la fermeture temporaire de
l’entreprise par suite d’une décision de justice sanctionnant un délit de justice de
l’employeur. Ils peuvent aussi être du fait soit de l’employeur, soit du
travailleur.

1. La suspension du fait du travailleur

Au terme de l’article 32 du code de travail, plusieurs causes peuvent


entraîner la suspension du contrat de travail à l’initiative du travailleur ; c’est le
cas :

18
- Pendant la durée du service militaire ou de son rappel sous les drapeaux
- Pendant la durée de l’absence du travailleur, en cas de maladie dûment
constatée par un médecin ; Cette durée est limitée à six (06) mois et peut
être prorogée jusqu’à remplacement effectif du travailleur
- Pendant la durée du congé de maternité de la femme salariée conformément
à l’article 64 alinéa 2 du code de travail, ce congé s’étend à 14 semaines. Il
commence quatre (04) semaines avant la date présumée de l’accouchement
et peut être prolongée de six (06) semaines et en cas de maladie dûment
constatée et résultant soit de la grossesse, soit des couches.
- Pendant la durée du congé d’éducation ouvrière (article 93 du code de
travail). C’est le congé non rémunéré qui ne peut être imputé sur le congé
annuel et qui peut être accordé au travailleur sur leur demande. Il permet au
travailleur demandeur de participer à des stages, exclusivement consacrés à
l’éducation ouvrière ou la formation syndicale.
- Pendant la période d’indisponibilité du travailleur résultant d’un accident
de travail ou d’une maladie professionnelle. Dans ce cas, le contrat de
travail est suspendu jusqu’à la consolidation de l’état du travailleur.
- Pendant la grève licite du travailleur
- Pendant la période de garde à vue ou de détention du travailleur, si ce
dernier a bénéficié d’un non-lieu, d’un acquittement (crime) ou d’une
relaxe (délit).
- Pendant l’absence du travailleur appelé à suivre son conjoint ayant changé
de résidence habituelle et en cas d’impossibilité d’affectation. Cette durée
est limitée à deux ans éventuellement renouvelables d’accord partie.

2) La suspension du fait de l’employeur

Ces causes sont :

- La mise à pied du travailleur (08 jours ouvrables maximum)

19
- La fermeture de l’entreprise par suite de départ de l’employeur sous les
drapeaux
- Le chômage technique (six mois maximum).
- Le lock-out licite, c'est-à-dire la fermeture de l’entreprise par
l’employeur dans le cas d’un conflit collectif de travail.

B. Les effets de la suspension du contrat de travail

En principe, la suspension du contrat de travail entraîne la non-exécution


pendant un certain temps des prestations des parties. L’employeur ne paie plus
le salaire et le travailleur n’exécute plus la prestation.

Dans certains cas, le travailleur bénéficie d’une indemnité malgré la non-


exécution de sa prestation. C’est le cas par exemple :

- Pendant la fermeture de l’entreprise par suite de départ sous les


drapeaux.
- Pendant la durée du service militaire du travailleur ou de son rappel
sous les drapeaux.
- Pendant la maladie.

Dans ces différents cas, le travailleur a droit à une indemnité égale soit à
l’indemnité de préavis, lorsque la durée de l’absence est égale ou supérieure à
celle du préavis, soit à la rémunération, à laquelle le travailleur aurait pu
prétendre lorsque la durée de celle-ci est inférieure à celle du préavis prévu à
l’article 24 du code de travail.

En cas de chômage technique, l’indemnité est déterminée conformément à


l’arrêté du ministre du travail du 14 février 1995 fixant le taux d’indemnisation
pendant la période de suspension du contrat de travail pour cause de chômage
technique. Ces taux sont :
20
- 50% → 1er mois
- 40% → 2e mois
- 35% → 3e mois
- 30% → 4e mois
- 25% → 5e mois
- 20% → 6e mois

En cas de congé de maternité, d’accident de travail et de maladie


professionnelle, le travailleur bénéficie des allocations versées par la CNPS.
Pendant la période de suspension, les obligations de fidélité et de discrétion
subsistent à l’égard du salarié.

La période de suspension du contrat de travail est prise en compte pour la


détermination du droit au congé payé et pour le calcul de l’ancienneté du salarié
dans l’entreprise. Elle ne peut avoir pour conséquence de prolonger la durée du
contrat à durée déterminée.

Paragraphe 2 : La modification du contrat de travail

Contrat à exécution successive, le contrat de travail ne peut respecter


immuable (inchangeable). Il peut donc connaître au cours de son exécution des
modifications. La modification peut concerner une clause du contrat de travail
ou la personne juridique de l’employeur.

A. la Modification par changement d’employeur

Selon l’article 42 alinéa 1-a du code de travail, s’il survient une


modification dans la situation juridique de l’employeur, notamment par
succession, vente, fusion, transformation de fonds, mise en société, tous les
contrats de travail en cours au jour de la modification subsiste entre le nouvel
entrepreneur et le personnel de l’entreprise. Il y a donc par principe le maintien
des contrats de travail en cours.

21
Ce principe connaît cependant quelques exceptions car les contrats en
cours ne peuvent être maintenus en cas de changement d’activité de l’entreprise,
ou lorsque les travailleurs expriment la volonté d’être licenciées devant
l’inspecteur du travail.

B. La modification par révision des conditions de travail

Elle englobe plusieurs cas. Certains sont imposés aux travailleurs, d’autres
sont, par contre, négociés par des partenaires sociaux.

1. Les modifications imposées

Ici, le travailleur peut voir ses conditions de travail changées lorsque les
parties l’ont prévu à l’avance dans les contrats de travail ou dans d’autres
accords comme les conventions collectives ou les usages.

Les modifications peuvent aussi être imposées lorsque celles-ci sont non
substantielles. Dans ce cas, les modifications ne sont qu’une application du
contrat. Parmi celles-ci, on peut citer :

- Les réaménagements d’horaires sans incidences sur la rémunération


- Le changement de bureau.

Dans tous les cas, l’avis du salarié n’importe peu.

2. Les modifications négociées

Il s’agit essentiellement des modifications substantielles, elles ne sont autorisées


que si elles sont négociées par les deux parties. Dans cette catégorie, on peut
ranger : toutes les mesures de rétrogradation ou de déclassement du salarié, les
mesures portant sur le salaire, etc.

La proposition de modification peut émaner soit de l’employeur, soit du


travailleur. Si la proposition de modification substantielle émanant de
l’employeur est refusée par le travailleur, la rupture du contrat de travail est
imputable à l’employeur. Elle n’est abusive que si la modification proposée

22
n’est pas justifiée par l’intérêt de l’entreprise. Si la proposition de modification
substantielle émanant du travailleur est refusée par l’employeur, le contrat ne
peut être rompu qu’à la suite d’une offre de démission du travailleur.

Au terme de l’article 1780 du code civil, « on ne peut engager ses services qu’à
temps et pour une entreprise déterminée ». Cela signifie que l’engagement à vie
des services d’un travailleur est interdit.

Tout contrat de travail a donc vocation à cesser. La cessation du contrat à


durée déterminée ne cause aucune difficulté particulière car, il prend fin
normalement à l’arrivée du terme prévu par les parties ou à l’achèvement d’un
ouvrage pour lequel il a été conclu.

Il ne peut prendre fin avant terme qu’en cas de faute, de force majeure ou
d’accord des parties constaté par écrit (article 38 du contrat du travail). Pour ce
qui concerne le contrat à durée indéterminée, la cessation du travail est
gouvernée par la faculté de résiliation unilatérale consacrée à l’article 34 du
contrat de travail.

Cette faculté montre la nature contractuelle du contrat de travail. Elle


implique aussi que, le contrat prend fin dès lors que l’une des parties en exprime
le vœu. Toutefois, les modalités et les conséquences de la rupture sont
différentes selon que celle-ci est initiée par l’employeur ou le travailleur.

Section 4 : la rupture du contrat de travail

Elle peut être à l’initiative soit de l’employé soit de l’employeur

Paragraphe 1 : La rupture provoquée par le travailleur

A l’initiative du travailleur, le contrat de travail peut prendre fin soit par la


démission, soit par la retraite.

23
A. La démission

C’est la rupture du contrat de travail à l’initiative du travailleur qui use de


la faculté de résiliation unilatérale pour mettre fin à un contrat à durée
indéterminée. Elle se fait sous certaines conditions et produit des effets certains.

1) Les conditions de la démission

Concernant les conditions de la démission, il y a lieu de mentionner que


celles-ci obéissent à deux conditions :

- L’observation du préavis
- Notification par écrit

En effet, c’est la partie qui prend l’initiative qui doit donner le préavis. Le
travailleur ne peut démissionner sans donner un préavis à l’employeur. Sa
démission serait alors abusive. La durée du préavis est la même qu’en matière de
licenciement prononcé par l’employeur. Le non-respect du délai de préavis
expose le travailleur au paiement d’une indemnité compensatrice du préavis
(article 26 du code de travail).

La démission doit également être notifiée par écrit à l’autre partie avec
indication du motif de rupture. A défaut d’un écrit, la jurisprudence considère
que seule une manifestation sérieuse et sans équivoque du salarié peut permettre
d’établir que la rupture du contrat de travail lui est imposable.

Exemple : Absence prolongée sans justification, occupation d’un emploi


dans une autre entreprise.

2) Les effets de la démission

Pour ce qui est des effets, la démission met un terme aux relations de
travail. Le travailleur démissionnaire ne peut prétendre à aucune indemnité.

24
Cependant, lorsque l’employeur refuse au travailleur de passer son préavis dans
l’entreprise, ce dernier peut légitimement prétendre à l’indemnité de préavis.

De même, lorsque l’employeur extorque la démission par des procédés


vexatoires ou des conditions de travail insupportables, les tribunaux retiennent le
licenciement déguisé et condamne l’employeur au paiement des indemnités de
rupture du contrat.

Lorsque le travailleur se rend coupable d’une démission abusive (brusque


ou avec intention de nuire), il peut être condamné à des dommages intérêts, à
des réparations de préjudices matériels et morales résultant pour l’employeur de
la perte du bénéfice pendant la vacance du poste.

B. La retraite

Le départ du travailleur à la retraite constitue la fin normale du contrat de


travail. Deux types de retraites sont invoqués :

- La retraite normale
- La retraite anticipée

La retraite normale est régie par la loi N° 69/LF/18 du 10 novembre 1969


instituant un régime d’assurance PVID au Cameroun. L’article 9 alinéa 1 de
cette loi dispose que l’âge normale de la retraite est fixé à 60 ans. A partir de cet
âge, l’employeur peut décider de mettre le travailleur à la retraite sans courir le
risque d’être condamné pour licenciement abusif.

De son côté, le travailleur peut initier son départ à la retraite sans qu’on
puisse parler de démission. Pour bénéficier de la PVID, le travailleur doit :

- Avoir été immatriculé à la CNPS depuis vingt (20) ans au moins.


- Avoir cessé toute activité salariée
- Avoir accompli au moins 180 mois d’assurance, donc 60 mois au cours
des dix (10) dernières années précédant la date d’admissibilité à la
retraite.

25
S’agissant de la retraite anticipée, elle est différente de la pension
attribuée au travailleur atteint d’une usure prématurée. Celle-ci permet
d’abaisser l’âge à 50 ans.

La retraite anticipée a été instituée par la loi n°90/068 du 19/10/90 dont


l’article 9 permet au travailleur âgés de 50 ans et réunissant au moins 10 mois
d’assurance de solliciter sa retraite par anticipation volontaire.

Celle-ci est soumise à une demande préalable du travailleur et ne peut être


envisagée qu’après l’accord écrit de la CNPS.

Paragraphe 2 : La rupture provoquée par l’employeur : le licenciement

C’est la rupture du contrat de travail à l’initiative de l’employeur. Il


constitue la principale cause des litiges en matière sociale. Il convient d’étudier
les différents types de licenciement ainsi que les droits du travailleur congédié.

A. Les types de licenciement

On distingue d’une part le licenciement pour motif personnel et d’autre


part le licenciement pour motif économique.

1. Le licenciement pour motif personnel

La faculté de résiliation unilatérale du contrat de travail par chacune des


parties permet à l’employeur de prononcer le licenciement à tout moment. Mais,
cette faculté est subordonnée à un préavis donné par la partie qui prend
l’initiative par rupture et à une notification par écrit à l’autre partie avec
implication du motif de la rupture. L’employeur doit donc justifier sa décision
de licenciement, dans le cas contraire, sa décision est abusive.

Le motif valable doit être soit une faute, soit une inaptitude
professionnelle. S’agissant de la faute, la jurisprudence considère que toute faute
du travailleur peut justifier son licenciement. Mais, depuis l’arrêt du 14 Mai

26
1987, affaire brasseries du Cameroun contre MESSE NDJESSE Gaspar ; depuis
cette arrêt, la cour suprême semble désormais exigé une faute d’une certaine
gravité. La faute légère est donc en principe exclue. Seules la faute grave et la
faute lourde constituent des motifs légitimes de licenciement.

La faute grave est celle qui rend intolérable le maintien des relations de
travail entre l’employeur et le travailleur, mais sans nécessité, le départ
immédiat du travailleur qui conserve son droit au préavis.

La faute lourde est une faute extrêmement grave qui d’après les usages du
travail rend intolérable le maintien du lien contractuel et justifie le départ
immédiat du travailleur de l’entreprise pour mettre un terme à ses effets néfastes
sur le bon fonctionnement de l’entreprise. En général, c’est une faute
intentionnelle.

Qu’il s’agisse de la faute grave ou lourde, l’appréciation de la gravité de


la faute relève du pouvoir souverain des juges. L’inaptitude professionnelle peut
être définie comme l’incompétence du travailleur dans l’exercice de ses
fonctions. Elle constitue un motif légitime de licenciement parce qu’elle peut
nuire à la rentabilité et à la compétitivité de l’entreprise.

2. Le licenciement pour motif économique (article 40 du code de travail)

Constitue un licenciement pour motif économique tout licenciement


effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérent en la
personne du travailleur et résultant d’une suppression ou transformation
d’emploi ou d’une modification du contrat de travail consécutive à des
difficultés économiques, à des mutations technologiques ou à des
restructurations internes.

27
De cette définition, on peut retenir que le licenciement pour motif
économique peut trouver son origine dans les difficultés conjoncturelles ou des
nécessités de restructuration de l’entreprise.

Pour licencier les travailleurs pour motif économique, l’employeur doit


suivre une longue procédure comportant au moins trois (03) phases :

- 1ère phase : La phase de négociation des mesures alternatives de


licenciement ; c'est-à-dire des mesures qui peuvent permettre de
l’éviter notamment la réduction des heures de travail, le travail à temps
partiel, le réaménagement des primes. La négociation se fait par
l’employeur et des délégués du personnel en présence de l’inspecteur
du travail.
- 2ème phase : La phase de licenciement proprement dite ; Elles
interviennent lorsque les parties n’ont pas abouti à un accord ou
lorsque les mesures arrêtées ne permettent pas d’éviter le licenciement.

A cet effet, l’employeur dresse la liste des personnes à compresser en


tenant compte des aptitudes professionnelles, de l’ancienneté dans l’entreprise et
des charges familiales des travailleurs.

- 3ème phase : La phase d’arbitrage du ministre chargé du travail ; en effet


le dossier de licenciement comportant la liste de l’employeur et les
observations du délégué du personnel est transmis au ministre du
travail pour arbitrage.

Celui-ci peut alors autoriser ou refuser les licenciements envisagés au vue


des pièces du dossier et surtout lorsque les observations du délégué du personnel
contredisent la position de l’employeur.

B. Les droits du travailleur congédiés

Ils varient en fonction de la nature du licenciement. En face d’un


licenciement légitime, et surtout en présence d’une faute lourde du travailleur,

28
ce dernier perd le droit au préavis ou à l’indemnité compensatrice de préavis. Il
perd également l’indemnité de licenciement. Il ne peut prétendre à des
dommages et intérêts, au certificat de travail ainsi qu’aux frais de transport
jusqu’à la résidence habituelles lorsqu’il a été déplacé.

1. En cas de faute grave

En cas de faute grave, d’inaptitude professionnelle ou de licenciement


pour motif économique, le travailleur a droit au préavis et à l’indemnité de
licenciement. En cas de licenciement légitime et notamment en cas de
licenciement abusif, c'est-à-dire un licenciement prononcée sans préavis ou sans
motif, le travailleur a droit au préavis ou à l’indemnité de licenciement,
indemnité de congés payés, du certificat de travail, aux frais de transport pour le
travailleur déplacé, sa famille et aux bagages, aux dommages et intérêts.

2. En cas de licenciement irrégulier

En cas de licenciement irrégulier, c'est-à-dire licenciement légitime du


travailleur survenu sans observations de l’employeur des formalités, il en est
ainsi pour le licenciement pour motif économique prononcé sans respecter la
procédure ; le travailleur a droit :

- Au préavis
- A l’indemnité de licenciement
- Aux dommages et intérêts ne pouvant excédés un mois de salaire
- A l’indemnité de congés payés
- 2. Au certificat de travail
- Aux frais de transport pour le travailleur déplacé.

29
CHAPITRE 2 : L’ENTREPRISE INDIVIDUELLE : LE STATUT DES
ACTEURS COMMERCIAUX

Avant la législation communautaire et même après l’avènement du droit


OHADA, le domaine personnel du droit commercial a toujours été limité aux
commerçants. Le commerçant étant alors celui-là qui accomplit des actes de
commerce, limitativement énoncés dans l’AUDCG du 17/04/1997 entré en
vigueur le 1er/01/1998.
Cependant, des nécessités d’adaptation de ce texte à l’évolution des
pratiques commerciales ont justifié les modifications apportées audit acte le
15/12/2010, 12 ans après son application. Le nouvel acte uniforme vient alors
étendre le champ d’application du droit commercial à l’entreprenant, entendu
comme un entrepreneur individuel, personne physique qui (sur simple
déclaration) exerce une activité professionnelle civile, artisanale, commerciale
ou agricole.

30
Une telle extension vient ainsi témoigner du succès du droit OHADA et
implique que l’on analyse d’une part du statut du commerçant et d’autre part de
celui de l’entreprenant.

SECTION 1 : LE STATUT DU COMMERÇANT


Parler du statut du commerçant, c’est scruter en général la profession
commerciale. En effet, cette profession a un statut juridique qui est très différent
du statut des professions libérales ; car l’organisation de la profession
commerciale n’exige ni ordre, ni code de déontologie, ni inscription
conditionnant l’exercice du métier comme c’est le cas avec les professions
libérales.
Pour comprendre ce statut, l’on analysera en premier plan l’accès à la
profession(I) et en second plan les conséquences de la qualité de commerçant
(II).

Para 1 : L’accès à la profession commerciale


Il est en principe libre, car toute personne a le droit de faire le commerce.
Ce principe de la liberté de commerce et de l’industrie a été posé depuis la
révolution de 1789 et n’a jamais été contesté (A). Toutefois, la profession
commerciale comportant un certain nombre de dangers, le législateur est
intervenu pour poser davantage à organiser l’accès à cette profession (B).

A. Le principe de la liberté de commerce et de l’industrie


Ce principe constitue l’un des fondements de notre droit. Il a été affirmé
pour la première fois par le décret d’ALLARDES des 2 et 17/03/1791 en son
article 7. Il a même été réaffirmé par plusieurs lois non promulguées après
l’indépendance. C’est le cas notamment de la loi du 10/08/1990 régissant
l’activité commerciale au Cameroun qui dispose en son article 4 « Toute

31
personne physique ou morale, camerounaise ou étrangère est libre
d’entreprendre une activité commerciale au Cameroun sous réserve du respect
des lois et règlements en vigueur ». Cette disposition montre bien que ce
principe a bien un contenu (1) mais aussi des limites (2).
1. Le contenu du principe de la liberté de commerce et de
l’industrie
Ce principe c'est-à-dire essentiellement que l’accès à la profession
commerciale est libre. N’importe qui peut entrer dans le monde des affaires sans
devoir justifier de sa compétence ou solliciter une autorisation administrative.
Ensuite, le domaine de liberté d’entreprendre embrasse toutes les activités.
Toute personne est alors autorisée à commercer en quelque matière que ce soit
dans la limite de l’ordre public.
Enfin, toute personne a la liberté d’exploiter son entreprise comme bon lui
semble. Le code des investisseurs l’affirme d’ailleurs en son article 5 en ces
termes « Toute personne physique ou morale régulièrement établie au Cameroun
peut, dans le respect des lois et règlements en vigueur au Cameroun, conduire et
exécuter tout ce qu’elle juge utile pour ses intérêts.. ».
Par ailleurs, le principe de la liberté du commerce et de l’industrie a pour
corollaire celui de la libre concurrence qui veut que les prix soient déterminés
selon le libre jeu des règles du marché et les commerçants inaptes à la
concurrence devraient changer de profession.
Toutefois, cette liberté tant proclamée n’est pas absolue, elle connaît des
limites.

2. Les limites du principe de la liberté du commerce et de l’industrie


Ces limites tiennent non seulement à l’activité envisagée (a), mais encore
aux personnes de livrant au commerce (b).
a) Les limites liées à l’activité

32
Celles-ci sont dites admises et se manifestent de deux manières à savoir
par l’interdiction et par l’exigence d’une autorisation préalable.
S’agissant de l’interdiction, on a des situations où l’activité commerciale
est purement et simplement interdite. Ce sont l’ordre public et les bonnes mœurs
qui justifient ces atteintes à la liberté du commerce et de l’industrie sont ainsi
interdites :
 Le commerce avec l’ennemi en temps de guerre
 La contrebande
 La contrefaçon
 Le commerce des stupéfiants
 Les maisons de tolérance
Pour des besoins de santé publique, la commercialisation de certains
produits, la distribution des médicaments sur la voie publique (art. 53 de la loi
du 10/08/1990 précitée) et celle des denrées nuisibles à la santé humaine sont
interdites.
Dans le but de protéger nos industries, la loi précitée autorise le
gouvernement à prendre parfois certaines mesures de restriction surtout aux
importateurs lorsque celles-ci sont menacées par la concurrence déloyale.
Enfin, pour sauvegarder un monopole d’Etat, certaines activités sont
interdites aux particuliers. Exemple : la distribution de l’eau, l’inobservation de
ces interdits est sanctionnée.
Pour ce qui est de l’autorisation préalable, l’on peut dire que les
autorisations administratives sont plus nombreuses. On pourra alors exiger soit
une autorisation, soit un agrément ou une licence pour le démarrage de certaines
activités. C’est le cas pour le commerce des débits de boisson, du transport
routier, des agences de voyage, des assurances, des banques, des pharmacies et
de la distribution des produits pétroliers.

b) Les limites tenant aux personnes

33
Depuis toujours, la qualité de commerçant suppose la capacité, et depuis
une période très récente, le souci d’assainir les professions commerciales
conduit à écarter de celles-ci les personnes dont l’honnêteté est douteuse et qui
n’ont donc pas de place dans un monde où la confiance est de rigueur.
Ces limites ont pour finalité soit de protéger la personne qui veut
entreprendre une activité commerciale, en exigeant d’elle des conditions de
capacité, soit de sauvegarder l’intérêt général en écartant du monde des affaires
des personnes que pour diverses raisons ne paraissent pas y avoir leur place. Ne
peuvent faire le commerce que les personnes ayant la capacité de le faire. Ainsi,
sont exclus du commerce les mineurs non émancipés et les majeurs incapables.
Mais, il faut dire que l’AUDCG est venu supprimer l’incapacité juridique de la
femme mariée à faire le commerce. Désormais, celle-ci peut exercer le
commerce à condition de faire un commerce séparé de celui de son conjoint.
Cette condition tient aussi pour l’époux d’une commerçante.
Pour sauvegarder l’intérêt général, certaines interdictions touchent des
personnes dont l’honorabilité fait défaut. C’est le cas des personnes ayant fait
l’objet des condamnations pénales pour crimes et délit en relation avec les
affaires (vol, escroquerie, abus de confiance, banqueroute…). C’est aussi le cas
des personnes déchues et frappées de l’interdiction professionnelle ou faillite.
En outre, les restrictions objectives telles que les incompatibilités
énoncées à l’article 9 de l’AUDCG justifient des interdictions de pratiquer le
commerce à certaines personnes. Sont ainsi frappées d’interdiction de
commerce :
- Les fonctionnaires et personnes de collectivité publique et des
entreprises à participation publique ;
- Les officiers ministériels et auxiliaires de justice
- Les experts comptables agréés.
L’incompatibilité concerne en fait toute profession dont l’exercice fait
l’objet d’une réglementation interdisant le cumul de ses activités avec l’exercice

34
d’une autre profession. Les sanctions sont alors disciplinaires et professionnelles
en cas de contravention.
Il faut enfin dire que l’étranger ne peut exercer le commerce au Cameroun
que s’il obtient au préalable un agrément et qu’il y ait une réciprocité c'est-à-dire
qu’il ne pourra faire le commerce au Cameroun que si les camerounais peuvent
également être autorisés à en faire dans son pays d’origine.
Après avoir parcouru le principe de la liberté à l’accès de la profession
commerciale, analysons à présent les conditions d’acquisition de la qualité de
commerçant.

Para2 : Les conditions d’acquisition de la qualité de commerçant


Le commerçant est défini par la nature des actes qu’il fait selon l’article 2
(nouveau) de l’AUDCG « est commerçant celui fait de l’accomplissement
d’Acte de Commerce par nature sa profession ». [et l’article 3 du même texte
définit l’Acte de Commerce par nature comme étant « celui par lequel une
personne s’entremet dans la commercialisation des biens qu’elle produit ou elle
achète ou par lequel elle fournit des prestations de service avec l’intention d’en
tirer un produit pécuniaire… ».]
A la lecture de l’article 2, on peut retenir que l’acquisition de la qualité de
commerçant est subordonnée à certaines conditions à savoir :
- L’accomplissement d’Acte de Commerce par nature
- L’accomplissement d’Acte de Commerce par nature à titre de
profession.
Mais, ces conditions sont insuffisantes dans la mesure où le commerçant
ne peut l’être que si l’activité commerciale qu’il mène est indépendante et
personnelle. Ce qui implique de l’existence d’une autre condition.
- L’accomplissement d’Acte de Commerce de manière personne et
indépendante

35
A. L’accomplissement d’Actes de Commerce par nature
Contrairement au texte ancien, le nouvel AUDCG ne fait pas seulement
une énumération des actes de commerce par nature, il en fournit aussi la
définition. Ainsi, aux termes de l’article 3 de cet AUDCG, l’acte de commerce
par nature est « celui par lequel une personne s’entremet dans la
commercialisation des biens qu’elle produit ou qu’elle achète ou par lequel elle
fournit des prestations de service avec l’intention d’en tirer un profit
pécuniaire.. ».
Cette définition est une nouveauté louable, car elle vient ainsi mettre fin à
la critique qui pesait sur l’énumération légale que le premier acte avait faite pour
définir l’Acte de Commerce. De plus, elle a adopté les critères de la circulation
des richesses développée par THALAIRE de la spéculation ou la recherche du
profit avancé par Lyon-CAEM et RENAULT comme des critères de définition
de l’Acte de Commerce par nature, car on peut lire à travers les lignes de
l’article 3 : l’Acte de Commerce par nature est celui par lequel une personne
s’entremet dans la commercialisation des biens avec l’intention d’en tirer le
profit ».
En plus de cette définition, l’AUDCG a aussi donné une énumération
d’une part des Actes de Commerce par nature (art.3) et d’autre part des Actes de
Commerce par la forme (art.4) ont le caractère d’Actes de Commerce par
nature :
- L’achat des biens meubles et immeubles, en vue de leur revente
- Les opérations de banque, de bourse, de change, de courtage, d’assurance
et de transit ;
- Les contrats entre commerçants pour les besoins de leur commerce
- L’exploitation industrielle des mines, carrières et de tout gisement de
ressources naturelles ;
- Les opérations de location de meubles
- Les opérations de manufactures, de transport et de télécommunication ;

36
- Les opérations des intermédiaires de commerce
- Les actes effectués par les sociétés commerciales
Ont le caractère d’Actes de Commerce par la forme, la lettre de change, le
billet à ordre, le warrant.
Bien que cette énumération soit précise et limitative et qu’elle rend ainsi
l’appréhension de l’Acte de Commerce simple et facile, elle suscite tout au
moins des questions.
En effet, l’article 2 de l’Acte définit le commerçant comme étant toute
personne qui accomplit des actes de commerce par nature. La question se
poserait alors de savoir si ceux qui accomplissement des Actes de Commerce
par la forme ne sont pas des commerçants ; si oui, pourquoi l’Acte Uniforme en
fait une énumération. Si non, pourquoi n’avoir pas précisé que le commerçant
est celui qui accomplit les Actes de Commerce par nature et par la forme ou
alors cette précision n’est-elle pas de trop ? A notre avis, nous pensons que cette
précision viendrait plutôt créer des confusions dans les esprits puisque la lettre
de change, le warrant et le billet à ordre ont incontestablement le caractère
d’Acte de Commerce par leur forme qu’ils soient effectués par un commerçant
ou un civil. Peut-être pourrait-on croire que de par cette caractéristique, le
législateur OHADA n’a plus eu besoin de préciser que la qualité de commerçant
est subordonnée à l’accomplissement d’Acte de Commerce par la forme.
Il ne suffit pas d’accomplir des Actes de Commerce, il faut encore le faire
à titre de profession.

B. L’accomplissement d’Actes de commerce à titre professionnel


L’article 2 nouveau de l’AUDCG dispose que « est commerçant celui qui
fait de l’accomplissement d’Acte de Commerce par nature sa profession ». Ce
nouvel article innove en qu’il ne parle plus comme l’ancien de la profession
habituelle. L’on pourrait justifier cette terminologie par un souci d’éviter la
redondance puisque la profession suppose même déjà l’habitude.

37
La profession peut être comprise comme l’activité habituelle exercée par
une personne pour se procurer des ressources nécessaires à son existence. Le
professionnel s’oppose à l’amateur. Il bénéficie d’une organisation d’une
certaine compétence. Il agit dans un but intéressé.
Ainsi, l’immatriculation au RCCM peut constituer un indice permettant de
présumer avec plus ou moins de force qu’une personne a la qualité de
commerçant. Même si l’AUDCG ne le mentionne pas, la qualité de commerçant
ne peut être reconnue qu’à celui qui exerce une profession commerciale de
manière indépendante et pour son compte personnel.

C. L’accomplissement d’Acte de commerce de manière personnelle et


indépendante
Le commerce suppose l’indépendance. Le commerçant doit spéculer dans
son propre intérêt et à visage découvert. Ne peuvent donc être commerçants,
ceux qui accomplissent des actes de commerce pour le compte d’autrui. Cette
condition permet de distinguer le commerçant des intermédiaires de commerce.
Aux termes de l’article 199 nouveau de l’AUDCG « L’intermédiaire de
commerce est une personne physique ou morale qui a le pouvoir d’agir, ou
entend agir habituellement pour le compte d’une autre personne, commerçante
ou non, afin de conclure avec un tiers un acte juridique à caractère
commercial ».
Bien que l’article 170 du même texte dispose que « l’intermédiaire de
commerce est un commerçant », il faut noter que cette qualité dépend de son
degré de subordination vis-à-vis de l’entreprise dont il est auxiliaire de sorte
qu’on distingue entre les interdépendants et indépendants. Les personnes au
rang desquels on trouve les salariés et les voyageurs représentants placiers
(inter des commerçants qui vient la clientèle de leur employeur situé dans un
secteur géographique déterminé en proposant des produits ou des services de
celui-ci) n’ont pas la qualité de commerçant.

38
Par contre, les seconds parmi lesquels : les agents (c'est-à-dire les
commissionnaires et les courtiers sont les commerçants). Ils bénéficient alors
d’une grande liberté d’action exclusive de tout lien de subordination.
Si l’on a rempli toutes les conditions requises pour acquérir la qualité de
commerçant, comment prouver donc qu’on a acquis cette qualité ?

D. La preuve de la qualité de commerçant


La question se pose généralement en matière fiscale ou juridique. En
principe, la définition du commerçant telle que donnée à l’article 2 de l’AUDCG
devrait suffire à établir la preuve d’un commerçant dans le cadre par exemple
d’un contentieux. Mais, l’article 22 du décret du 22/11/1993 institue une carte
professionnelle de commerçant délivrée par l’administration à tout commerçant
ou mandataire d’un commerçant. Cette carte ne confère pas la qualité de
commerçant, mais en constitue un indice.
L’article 5 de l’AUDCG dispose que : « les actes de commerce se
prouvent par tous moyens, même par voie électronique à l’égard des
commerçants ».
Ce qui signifie que le commerçant qui a prouvé sa qualité pourra aussi
prouver les actes qu’il accomplit et il bénéficie donc d’une grande liberté de
preuve. La qualité de commerçant dès qu’elle est acquise, emporte des
conséquences.
Para 2 : Les conséquences de la qualité de commerçant
L’acquisition de la qualité de commerçant entraîne des conséquences dans
la vie du commerçant. Elle emporte des obligations professionnelles (A) et elle
interpelle aussi la commercialité par accessoire (B).

A. Les obligations professionnelles du commerçant


Le commerçant est tenu de faire d’une part la publicité légale et d’autre
part de conserver les livres comptables.

39
1) La publicité légale
Elle n’est pas à confondre avec la publicité commerciale que le
commerçant effectue afin d’attirer les clients. Elle a été instaurée afin d’éviter
que ne nuise aux un tiers et au public le secret des affaires et de permettre aussi
à l’appareil étatique d’asseoir un contrôle sur les conditions d’exercice dans la
profession commerciale. Cette publicité est faite à travers l’enregistrement au
RCCM et la déclaration d’office à l’administration.
S’agissant de l’enregistrement au RCCM, il faut noter l’AU en ses articles
34 et suivants fait du RCCM un répertoire officiel des personnes physiques ou
morales exerçant le commerce. Le RCCM a été institué pour assurer la sécurité
des personnes traitant avec les commerçants. L’article 36 du texte précité
dispose que le RCCM est tenu sous la responsabilité du greffe de la juridiction
compétente ou l’organe compétent dans l’Etat-partie qui au Cameroun est le
tribunal de première instance.
Le RCCM est organisé par les articles 36 à 43 du même acte. Ils
présentent ainsi ce registre comme un ensemble de dossiers assortis des fichiers
récapitulatifs. Chaque personne physique ou morale immatriculée au RCCM est
titulaire d’un dossier où sont regroupés tous les actes et toutes les mentions
successives le concernant. On peut citer :
- les informations concernant l’état des personnes et particulièrement sur
l’Etat civil telles que : l’âge, le statut matrimonial, les noms et prénoms,

- les informations des actes dont l’opposabilité aux un tiers dépend de
l’accomplissement d’une formalité de publicité telles que : le
nantissement, la vente du Fond de commerce, les infos sur l’exercice.
Ledit registre comprend : (article 37)
- un registre d’arrivée intervenant par ordre chronologique la date et le n°
de chaque déclarant acceptée, les noms, prénoms, raison sociale ou

40
dénomination sociale du déclarant et l’objet de la déclaration ou de la
demande ou du dépôt des actes et pièces ;
- un répertoire alphabétique des personnes immatriculées et des
entreprenants ;
- un répertoire par numéro ;
- un dossier individuel pour chaque entreprenant et chaque personne
immatriculée, constitué avant le cas, par déclaration d’activité ou la
demande d’immatriculation les pièces jointes à la déclaration.
A côté de ce registre, il est également prévu un fichier national et un
fichier régional. Le fichier national est tenu par chaque Etat partie et le fichier
régional par la CCJA. Ces deux fichiers comprennent chacun, un extrait de
chaque dossier individuel tenu par ordre alphabétique avec des mentions
différentes selon qu’il s’agit des personnes physiques ou morales.
Pour le fonctionnement du RCCM, on y trouve les conditions
d’immatriculation des personnes physiques ou morales, les mentions exigées et
les pièces justificatives données à l’appui des déclarations. L’immatriculation
doit être sollicitée dans le mois de la création de l’entreprise (article 44). Elle
emporte un certain nombre d’effet et le principal est la présomption
d’acquisition de la qualité de commerçant. Toute personne immatriculée doit
indiquer sur ses factures, bons de commandes et autres documents
commerciaux, son numéro et son lieu d’immatriculation.
Les personnes qui exercent le commerce, mais s’abstiennent de se faire
immatriculer au RCCM, elles sont considérées comme des commerçants de fait.
A ce titre, elle ne peut se prévaloir des avantages attachés à la qualité de
commerçant bien que les obligations y afférentes et les éléments défavorables du
statut lui soient opposables. Le professeur JAUFFRET écrivait alors : «Le
commerçant non inscrit est bien commerçant sous le rapport des obligations,
mais, il ne l’est pas sur le pourcentage des droits ». Ces commerçants de fait
peuvent aussi encourir des sanctions pénales.

41
S’agissant de la déclaration d’existence, c’est l’article 12 (1) du décret de
1993 qui la prévoit. Cette déclaration vise à informer certaines administrations
comme l’administration des impôts, le crédit foncier, le fond national de
l’emploi, la CNPS, la CRTV, les services extérieurs territorialement compétents
et les ministères chargés du commerce et du travail. Elle vise aussi à informer le
public et dans ce cas, par voie d’affichage ou de publication dans un journal. En
plus de la publicité légale, le commerçant est soumis aux obligations
comptables.

2) Les obligations comptables


Il faut distinguer au préalable l’obligation légale faite au commerçant de
tenir une comptabilité dans un but de gestion ou d’information (c’est elle qui est
étudiée ici) et les règles comptables et techniques utilisées dans un but fiscal et
relevant d’un cours de comptabilité. Aux termes de l’article 1 er de l’acte
uniforme relatif au droit comptable « Toutes entreprise en activité doit mettre en
place une comptabilité destinée à l’information externe comme à son propre
usage ». Cette obligation selon l’article 13 de l’AUDCG renvoie à la tenue des
livres de commerce.
La comptabilité doit donner une image fidèle de la situation du patrimoine
et des résultats de l’entreprise. Le livre de commerce doit être tenu de manière
régulière et sincère. Il doit être établi sans blanc, ni altération d’aucune sorte.
Tout enregistrement doit être précis et reposé sur une pièce justificative. On
distingue :
- le livre journal qui récapitule au jour le jour les opérations
commerciales ;
- le grand livre dans lequel on mentionne séparément les
différents comptes individuels (emploi, ressources) ;

42
- le livre inventaire, l’inventaire est un tableau descriptif et
estimatif des divers éléments de l’actif et du passif ;
Concernant la phase probante des livres de commerce, ceux-ci sont admis
en justice comme moyen de preuve dans les litiges entre commerçants et non
commerçant dans les conditions suivantes :
Si le livre est invoqué contre le commerçant qui l’a tenu, il fait entièrement
preuve et constitue un aveu.
S’il est invoqué en sa faveur par le commerçant qui l’a tenu, il ne fait pas preuve
à l’encontre du non commerçant.
La mauvaise tenue des livres de commerce peut entraîner des sanctions
pénales.

Section 2 : L’entreprenant
Le statut de l’entreprenant, comme nouvel acteur commercial est une
nouveauté de l’acte uniforme. Il est défini par l’article 30 nouveau de l’AUDCG
comme un entrepreneur individuel, personne physique qui, exerce une activité
professionnelle, civile, commerciale, artisanale ou agricole.
L’entreprenant, tout comme le commerçant connaît une liberté en ce qui
concerne l’accès à la profession sous réserve des limites au principe de la liberté
de commerce et d’industrie. Néanmoins, l’on remarque que le domaine de
l’entreprenant est limité par rapport à celui du commerçant, car l’entreprenant ne
peut être qu’une personne physique et individuelle, alors que le commerçant non
seulement peut être personne physique ou morale, mais aussi plusieurs
personnes constituées en groupe peuvent être commerçantes. Exemple : les
groupes de sociétés. Les sociétés pluripersonnelles. (SNC). De même, certaines
institutions commerciales sont hors de la portée de l’entreprenant qui par
exemple ne peut être partie à un contrat de location gérance article 138 (alinéa 3
infini).

43
L’entreprenant répond donc à un statut de professionnel indépendant
soumis à un régime juridique et comptable allégé et adapté. L’innovation de
l’acte uniforme à cet effet est notable, car elle permettra à des petits
entrepreneurs d’avoir accès aux financements et aux pouvoirs publics
d’appréhender l’économie informelle, ainsi que le passage de cette économie
informelle vers l’économie formelle.

Para 1 : La qualité d’entreprenant


L’AUDCG définit à l’article 30 l’entreprenant comme un entrepreneur
individuel, personne physique qui exerce une activité professionnelle civile,
commerciale, artisanale ou agricole. De cette définition, nous pouvons en
déduire que pour qu’une personne soit un entreprenant, il faut qu’elle réponde à
certains critères à savoir : Etre un entrepreneur individuel, Etre une personne
physique, Exercer une activité professionnelle.

A. L’entreprenant doit être un entrepreneur individuel


Comme nous l’avons invoqué plus haut, l’AUDCG dans sa nouvelle
version n’a pas définit l’entrepreneur individuel alors même qu’il la définit
d’entreprenant à celle d’entrepreneur. Selon le lexique le Petit Larousse,
l’entrepreneur est un chef d’entreprise. C’est aussi une personne qui dans un
contrat d’entreprise s’engage à effectuer un travail pour le maître d’ouvrage.
C’est donc lui le maître d’œuvre. L’AUDCG en introduisant l’entreprenant dans
le domaine du droit commercial a su prendre ainsi en compte les réalités
contextuelles de la zone. Comme le déclarait le MINJUS du Togo, M.
BIOSSEY KOUKOU TOZOUN « Les petites et moyennes entreprises sont au
cœur de l’économie africaine. Il est donc essentiel que les petits entrepreneurs
puissent se tourner vers les banques pour des prêts et que tout soit fait pour les
encourager ». L’entrepreneur qui veut donc bénéficier du statut d’entreprenant
doit être individuel, ce qui ne doit pas mener son activité au sein d’un groupe et

44
qu’en plus, il doit exercer sa profession pour son compte et en son nom.
L’AUDCG exclut ainsi les sociétés commerciales du statut d’entreprenant.
B. L’entreprenant doit être une personne physique
Contrairement au commerçant qui peut être personne physique ou morale,
l’AUDCG précise en son article 30 que l’entreprenant ne peut être qu’une
personne physique. Une personne morale de droit privée ou de droit public bien
qu’exerçant une activité professionnelle ne peut bénéficier du statut
d’entreprenant. Cette exclusion de la personne morale au statut d’entreprenant se
justifie par le fait que le législateur OHADA a voulu simplifier le régime
juridique de l’entreprenant. Il n’aurait donc pas été aisé d’appliquer un statut si
allégé et adapté aux besoins du petit entrepreneur, aux personnes morales, dont
le statut requiert un encadrement plus renforcé.

C. L’entreprenant doit exercer une activité professionnelle


Aux termes de l’article 30, l’entreprenant est un entrepreneur individuel,
personne physique qui exerce une activité professionnelle civile, commerciale,
artisanale ou agricole. L’activité professionnelle est une activité que l’on exerce
habituellement et de laquelle on tire ses ressources. Ainsi, une activité
professionnelle civile renvoie généralement à la profession libérale où l’on
évolue dans un secteur réglementé nécessitant l’obtention d’un diplôme ou d’un
concours avec l’adhésion à un ordre professionnel. C’est le cas des avocats, des
experts comptables, huissiers, notaires, …..
L’activité artisanale est celle qui est exercée par un artisan et l’artisan est
un professionnel doté d’un savoir-faire manuel ou semi-mécanique et d’une
expertise dans la manufacture d’un travail. Selon le décret n° 67 instituant la
charte de l’artisan « l’artisan est un petit industriel et commerçant qui assure
pleinement la direction et la gestion de son entreprise tout en participant lui-
même au travail ». On reconnaît donc l’artisan à travers deux critères : C’est un
travailleur manuel ou semi-mécanique ; C’est un chef d’entreprise de dimension

45
modeste. L’artisan ne doit faire des actes de commerce qu’en pourcentage avec
les articles qu’il produit, transforme et répare ou avec les services qu’il preste.

L’activité agricole est une activité économique ayant pour objet la


transformation et la mise en valeur du milieu naturel afin d’obtenir les produits
végétaux et animaux utiles à l’homme en particulier ceux destinés à son
alimentation. Avant la révision de l’AUDCG, il y avait tout intérêt à distinguer
l’agriculteur et le commerçant. L’agriculteur était considéré comme un
commerçant lorsqu’il transformait ses produits agricoles avant de les revendre.
C’est le cas par exemple d’un éleveur qui achète les jeunes animaux et les
nourris avec les produits achetés en majeure partie à l’extérieur. Désormais, dès
qu’il est agriculteur et qu’il vend les produits de la récolte, il est soumis au droit
commercial parce qu’il bénéficie du statut de l’entreprenant.
Toutefois, il n’est pas suffisant que l’entrepreneur individuel exerce une
activité professionnelle, civile, commerciale, artisanale ou agricole pour qu’il
bénéficie du statut d’entreprenant ; il faut encore que le chiffre d’affaires généré
de son activité pendant deux années successives n’excède pas les seuils fixés par
l’article 13 de l’AU sur la comptabilité des entreprises :
- de 30 000 000 pour les entreprises de négoce
- de 20 000 000 pour les entreprises artisanales
- de 10 000 000 pour les entreprises de services.
Dès lors qu’on a le statut d’entreprenant, comment devra-t-on le prouver ?

D. La preuve de la qualité d’entreprenant


Cette question est importante, l’AUDCG adopté le 15/12/2010 et entré en
vigueur le 15 mai 2011 a introduit une nouvelle catégorie de professionnels,
relevant de la réglementation commerciale. En ce jour, il est encore incertain

46
que les entreprises parties et surtout les professionnels se soient déjà approprié
ce nouveau statut. Ce qui implique que ni la justice, ni l’administration fiscale et
autres n’ont pas encore affronté la question de la preuve de l’entreprenant.
Cependant, cette question se pose sans nul doute dès que la nécessité
s’imposera. Comment l’entreprenant pourra-t-il prouver sa qualité ?
Selon un rapport de AFRICAN PRESS ORGANIZATION sur la réforme
du droit des affaires, l’OHADA a pensé à une carte d’entreprenant. C’est une
carte administrative, un identifiant pour les entreprises. Concernant les
modalités d’obtention de cette carte, une première carte sera remise à
l’entreprenant de façon gratuite et valable pour un an et laisse comprendre que
l’entrepreneur est débutant, qu’il existe légalement, mais n’a pas encore satisfait
à ses obligations fiscales. Pour renouveler cette carte annuellement, il faut payer
l’impôt. Les cartes délivrées par la suite indiquent qu’un entrepreneur est à jour
par rapport à ses contributions fiscales. Ainsi, le lancement officiel de cette carte
a été prévu pour janvier 2012. [Au Mali par exemple, la mobilisation par rapport
à cette carte est plus visible. La phase pilote de sa mise en œuvre a démarré en
novembre pour une durée de deux mois afin de sensibiliser les acteurs du secteur
informel].
L’entreprenant a certes un régime allégé, mais il est soumis à certaines
obligations. Cette carte est une carte à puce donnée aux entreprenants au
moment de leur déclaration de leurs activités. Elles contiennent obligatoirement
les informations relatives au statut légal et fiscal du porteur et éventuellement
des données relatives à son inscription à différents services publics et privés tel
qu’un compte d’épargne, un système de protection social.

Para 2: Les obligations liées à la qualité d’entreprenant


L’entreprenant doit non seulement déclarer son activité (A), mais aussi
observer des exigences comptables (B).

47
A. La déclaration d’activité de l’entreprenant au RCCM.
Le statut de professionnel indépendant auquel appartient l’entreprenant
bénéficie d’un régime juridique et comptable allégé et adapté, car selon l’article
30, l’entreprenant est un entrepreneur individuel qui sur simple déclaration
exerce une activité professionnelle.
La procédure de cette déclaration est prévue à l’article 62 du même texte.
Ainsi, l’entreprenant déclare son activité avec le formulaire mis à disposition à
cet effet par le greffe ou l’organe compétent dans l’entreprise partie, sauf en cas
d’utilisation des moyens électroniques. Cette déclaration est faite sans frais et
contient :
- Noms et prénoms
- Adresse d’exercice d’activité
- Justificatif d’identité
- Eventuellement justificatif du régime matrimonial.
Dès réception de ce formulaire dûment rempli et des pièces prévues à cet
effet, le greffier ou le responsable de l’organe compétent délivre au déclarant un
accusé d’enregistrement qui inspire la date de la formalité accomplie et le N° de
déclaration d’activité qui est personnel (article 64 AUDCG).
L’entreprenant ne peut alors commencer son activité qu’après réception
de ce numéro qu’il devra alors mentionner sur ses factures, bons de commande,
tarifs et documents ou correspondances professionnelles, suivi de l’indication du
RCCM qui a reçu sa déclaration et de la mention « Entreprenant dispensé
d’immatriculation ».
Les déclarations de modification d’activité ou de radiation sont faites
selon la même procédure. L’article 63 indique les pièces justificatives qui
doivent appuyer la déclaration.
La personne physique qui satisfait aux obligations déclaratives (prévues
aux articles 2 à 64) est présumée avoir la qualité d’entreprenant qui lui donne

48
droit de bénéficier des dispositions du droit commercial relatives à la preuve
(c'est-à-dire les actes faits par un entreprenant pour les besoins de sa profession
seront prouvés par tous moyens) de celles relatives à la prescription (c'est-à-dire
que les obligations nées à l’occasion de leurs activités entre entreprenants ou
entre entreprenants et non entreprenants, se prescrivent par cinq ans si elles ne
sont pas soumises à des prescriptions plus courtes), ou encore celles relatives au
bail à usage professionnel.
La présomption ainsi invoquée n’est pas absolue, elle peut alors tombée
devant la preuve du contraire. Aussi, notons que la déclaration au RCCM
n’entraîne pas nécessairement la qualité d’entreprenant. Elle en constitue juste
un indice.

B. Les obligations comptables


L’article 31 de l’AUDCG dispose que « L’entreprenant est tenu d’établir
dans le cadre de son activité, au jour le jour, un livre mentionnant
chronologiquement l’origine et le montant de ses ressources en distinguant les
règlements en espèces des autres modes de règlement d’une part, la destination
et le montant de ses emplois d’autre part. Ledit livre doit être conservé pendant
cinq ans au moins ».
L’article 32 ajoute que « L’entreprenant qui exerce des activités de vente
de marchandises, d’objets, de fournitures et denrées ou de fournitures de
logement doit tenir un registre, récapitulé par années, présentant le détail des
achats et précisant leur mode de règlement et les références des pièces
justificatives, lesquelles doivent être conservées ».
Au travers de ces deux textes, on peut lire que l’entreprenant doit tenir un
livre journalier quelle que soit son activité professionnelle, et un registre annuel
lorsqu’il exerce une activité de vente ou de fourniture de logement.

49
CHAPITRE 3 : L’ENTREPRISE SOCIETAIRE : LES SCOCIETES
COMMERCIALES

Selon l’article 04 de l’AUDSC « La société commerciale est créée par


deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une
activité des Biens en numéraire ou en nature dans le but de partager le bénéfice

50
ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter. Les associés s’engagent à
contribuer aux pertes dans les conditions prévues au présent Acte Uniforme ».
L’article 05 du même acte ajoute que : « La société commerciale peut être
également créé dans les cas prévus par le présent Acte Uniforme par une seule
personne dénommé « Associé unique » par écrit ».
Dans le cas où nous sommes dans une société créée par deux ou plusieurs
personnes, la société commerciale est qualifiée de pluripersonnelle. Par contre
dans une société constituée d’un associé unique, nous sommes bien dans le cas
d’une société unipersonnelle.
Les sociétés commerciales sont donc essentiellement caractérisées par la
mise en commun d’apports, la recherche d’un profit et la contribution aux
éventuelles pertes.
L’étude consacrée aux sociétés commerciales dans le cadre de cet
enseignement portera uniquement sur les règles communes à toutes les sociétés
commerciales au détriment de celles spécifiques à chaque type de société. La
démarche consistera à aborder successivement la constitution des sociétés
commerciales (Section 1), le fonctionnement des sociétés commerciales (section
2) et la dissolution des sociétés commerciales (section 3).

Section 1 : La constitution de la société commerciale


Il résulte du texte de l’article 4 précité que la société résulte d’un acte
juridique (un contrat) conclu entre plusieurs personnes, les associés qui doivent
remplir certaines conditions. Ces conditions sont pour certaines, celles du droit
commun des contrats (paragraphe1), pour d’autres, plus spécifiques aux contrats
des sociétés (paragraphe 2). Par ailleurs, la société commerciale doit acquérir la
personne morale pour exercer comme telle (paragraphe 3).

Paragraphe 1 : L’application du droit commun des conventions dans la


constitution des sociétés commerciales

51
La société est créée par un contrat entre deux ou plusieurs personnes.
Toutes les règles relatives aux droits communs des conventions s’appliquent car,
pour que la société soit créée, il faut le consentement des parties pour constituer
une société, leur capacité à conclure un tel acte, la cause et l’objet de leur
engagement.

A. Le consentement
Le contrat de société est un accord de volontés entre les personnes qui
s’engagent à mettre en commun leurs apports en vue de la constitution d’une
société. Il ne suffit pas que ce consentement existe, il faut encore que ce dernier
soit exempt de tous vices. Le consentement ne doit pas avoir été donné par
erreur, sous la pression d’une contrainte ou encore donné à la suite des
manœuvres frauduleuses d’une autre partie.

B. La capacité des associés


Pour être associé, il faut avoir la capacité juridique. Mais, les règles de
capacité varient en fonction de la société qu’on souhaite constituer. Ces règles
ont pour but de protéger les incapables contre les risques de l’action
économique.
En ce qui concerne l’entrée en société d’un mineur, le problème ne se
pose pas lorsqu’il s’agit d’une société dans laquelle les associés n’ont pas la
qualité de commerçant et ne sont responsables qu’à concurrence de leurs
apports, telle que la SA, la SAS et dans une moindre mesure la SCS pour ce qui
concerne les commanditaires etc... De cette hypothèse, le mineur peut être
associé, son représentant légal prendra alors part en son nom aux assemblées
générales. En revanche, pour les sociétés dans lesquels l’associé a la qualité de
commerçant, tel la SNC, ou encore les commandités dans une société en
commandite simple, l’article 8 de l’AUDSC prévoit que « les mineurs et les

52
incapables ne peuvent être associés d’une société dans laquelle il serait tenu
des dettes sociales au-delà de leurs apports ».
Un mineur non émancipé ne peut donc être associé dans ces sociétés.
S’agissant de l’entrée en société d’une ou de deux époux, l’article 9 de
l’AUDSC précise que deux époux ne peuvent être associés d’une société dans
laquelle il serait tenu des dettes sociales indéfiniment ou solidairement. C’est
une mesure de précaution pour éviter que tout le patrimoine familial ne soit
engagé, c'est-à-dire tenu de faire face à la société en cas d’insolvabilité de celle-
ci. En somme, la société entre époux est valable ; mais ils ne peuvent être
ensemble membres d’une société qui leur conférerait à tous les deux la qualité
de commerçant.

C. L’objet et la cause
Ils doivent exister et être licites (en conformité avec la loi). L’objet de la
société est l’ensemble des actes pour lesquels la société a été créée. Il est
déterminé dans les statuts sous l’appellation d’objet social. Il doit être
déterminé, c'est-à-dire spécifié pour permettre aux organes de gestion de ne
pouvoir agir que dans la limite de cet objet (article 19 de l’AUDSC) et, licite
c'est-à-dire, qu’il ne doit pas être prohibé, ni contraire à l’ordre public et aux
bonnes mœurs.
La cause quant à elle, est la raison d’être de la société, elle consiste en la
réalisation de son objet. Elle doit exister et doit être licite.

Paragraphe 2 : L’application des règles propres aux contrats des sociétés


Ces règles sont nombreuses et tiennent à plusieurs éléments tels que la
forme du contrat, l’exigence des apports, la participation aux bénéfices et aux
pertes, ainsi que l’« affectio societatis ».
A. La forme du contrat des sociétés

53
Les formalités de constitution des contrats de société sont complexes en
raison des intérêts considérables qu’elles mettent en jeu.
1) L’exigence d’un écrit
Les associés doivent rédiger des statuts. La forme authentique ou
authentifié (acte notarié ou acte sous seing privé déposé au rang des minutes
d’un notaire), a été imposée à toutes les sociétés commerciales (art. 10 de
l’AUDSC).
2) Le contenu de l’écrit
Les statuts doivent mentionner, outre les apports de chaque associé, la
forme, l’objet, le nom de la société, son siège social, le capital social, sa durée et
les modalités de son fonctionnement. L’inobservation de ces exigences peut
conduire au refus d’immatriculation de cette société et dont l’absence de la
personne morale.
3) Les formalités de constitution
Elles varient avec les types de société envisagés. Il nous semble donc plus
logique d’évoquer les plus communes. Après la rédaction des statuts, une
publicité est nécessaire pour informer les tiers de la naissance de la société.
Cette publicité a lieu dans les journaux habilités à recevoir les annonces légales
d’après l’article 257 de l’AUDSC. Les journaux habilités sont d’une part le
journal officiel, les journaux habilités à cet effet par les autorités compétentes et
d’autres part, les quotidiens nationaux d’information générale de l’Etat partie du
siège social disposant d’une vente effective par abonnement, dépositaires ou
vendeurs sous les conditions supplémentaires de paraitre depuis plus de 6 mois
et de justifier d’une diffusion à l’échelle nationale.
S’agissant de la publicité par dépôt d’actes ou de pièces, elle est effectuée
au greffe du tribunal chargé des affaires commerciales du lieu du siège social.
Les formalités de publicité sont effectuées à la diligence et sous la responsabilité
des représentants légaux de la société.

54
4) La déclaration de régularité et de conformité
Elle consiste à affirmer que la société a été constituée en conformité des
dispositions de l’AUSCG (ar.73 de l’AU). L’accomplissement de ces diligences
incombent aux fondateurs et aux premiers membres des organes de gestion,
d’admis ou de direction de la société.
La formalité est exigée à peine de rejet de la demande d’immatriculation
au RCCM. Cependant, cette formalité n’est pas obligatoire lorsqu’une
déclaration notariée de souscription et de versement de fonds est requise pour la
formation d’une société (art.74).
5) La sanction de l’inobservation des règles de constitution
L’inobservation de ces règles expose les contrevenants à des sanctions
qui, compte tenu des intérêts en jeu, sont soumises à un régime particulier
surtout lorsque les associés ont commis des vices de forme et de publicité. Ainsi,
la nullité qui devrait constituer la sanction principale peut-être neutralisée grâce
à la faculté de régularisation. Selon l’article 75, « Si les statuts ne contiennent
pas toutes les énonciations exigées par le présent acte uniforme, ainsi une
formalité prescrite par celui-ci pour la constitution de la société a été omise ou
irrégulièrement accomplie, tout intéressé peut demander à la juridiction
compétente dans le ressort de laquelle est situé le siège social, que soit
ordonnée sous astreinte la régularisation de la société ». Le ministère public
peut également agir aux mêmes fins ».
De son côté, l’article 248 de l’AUDSC dispose qu’« en cas de nullité de
la société ou de ces actes, de ses décisions ou de ses délibérations fondées sur
un vice de consentement, ou l’incapacité d’un associé et lorsque la
régularisation peut intervenir, toute personne qui, ayant un intérêt peut mettre
en demeure l’associé incapable dont le consentement a été vicié de régulariser
ou d’agir en nullité dans un délai de six mois à peine de forclusion ».
De telles dispositions démontrent la volonté des rédacteurs de l’acte
uniforme de privilégier la régularisation du vice qui affecte la société plutôt que

55
son annulation. Le même mécanisme explique le particularisme des effets
attachés à la nullité de cette société. Ainsi, selon l’article 255 de l’AUDSC,
lorsque la nullité de la société est prononcée, elle met fin, sans rétroactivité à
l’exécution du contrat, elle est alors dissoute et une procédure de liquidation
s’ensuit.

B. Les apports
Les associés conviennent par le contrat de société d’affecter à une
entreprise commune des biens ou leur industrie (force de travail, intelligence).
Certaines sociétés doivent avoir un capital minimum, d’autres par contre ne sont
pas soumis à cette exigence, c’est généralement le cas des sociétés dans
lesquelles les associés sont indéfiniment tenus de faire face aux dettes de la
société. Il existe plusieurs types d’apport :
- Les apports en numéraire qui sont réalisés par le versement d’une
somme d’argent promise par l’associé, soit en une seule fois au moment de la
création ; soit en cours de vie de la société.
- Les apports en nature : c’est l’apport des biens autre que les
espèces : biens corporels (meubles et immeubles) ou incorporels (fonds de
commerce, brevet…). Ils sont réalisés par le transfert des droits réels ou
personnels correspondant aux biens apportés par la mise à la disposition
effective de la société des biens sur lesquels portent ces droits. Ces apports
doivent faire l’objet d’une évaluation afin de déterminer le nombre de part ou
d’action auxquels il donne droit.
- Les apports en industrie : ici, l’associé apporte sa force de travail,
ses connaissances professionnelles et techniques, sa compétence… L’apporteur
en industrie est un véritable associé et sa situation doit être distinguée de celle
d’un salarié. L’apport en industrie ne se trouve pas sous la subordination
juridique de la société (comme le salarié). Mais surtout, il perçoit une

56
rémunération en fonction des résultats sociaux. Le salarié lui, a une
rémunération stable quels que soit les résultats de l’action économique.
Les apports en industrie ne peuvent être faits par les actionnaires de
la S.A et par les commanditaires. Ils ne concourent pas à la formation du
capital social mais donnent lieu à l’attribution des titres sociaux ouvrant
droit au vote et au partage des bénéfices et de l’actif net à charge de
contribuer aux pertes. Toutefois, les droits de vote attachés aux titres
sociaux résultant d’apports en industrie ne peuvent être supérieurs à 25%
de l’ensemble des droits de vote. La part attachée à ces titres sociaux ne
peut excéder 25% des bénéfices, de l’actif net et des pertes.
La réunion des apports à l’exception des apports en industrie, constitue le
capital social, c'est-à-dire le patrimoine de départ de la société. Les apporteurs
bénéficient en contre partie des droits sociaux qui ouvrent droit à la
rémunération (dividendes), et au droit de vote dans les assemblées.

C. La participation aux bénéfices et aux pertes


D’une part, l’associé participe aux bénéfices et aux économies réalisées
par la société parce que la recherche de bénéfice est le but essentiel de cette
société. Mais, la société peut décider de ne pas distribuer les bénéfices réalisés,
car ceux-ci serviront à son autofinancement. D’autre part, l’associé contribue
aux pertes de l’entreprise sociale. Si la société fait de mauvaises affaires,
l’associé risque de perdre son apport, puisqu’il servira à payer les dettes de la
société.
En principe, la participation aux bénéfices et pertes est proportionnel aux
apports de chaque associé. Les associés peuvent toutefois prévoir des clauses de
répartition inégalitaires. Il leur est cependant interdit d’attribuer la totalité des
profits à un associé ou de l’exclure de la totalité des pertes : chaque associé
court le risque de perte et de bénéfice des gains. On parle de clauses léonines
pour qualifier les clauses qui auraient pour résultat de mettre un associé à l’abri

57
de tout risque. De telles clauses sont réfutées non écrites, c'est-à-dire qu’elles
sont privées d’efficacité.
D. L’« Affectio societatis »
Cette exigence n’est pas expressément prévue par le texte, mais déduire
d’eux : il doit exister chez chaque associé de la société la volonté d’un être
membre, c’est le désir de collaboration, d’être actif, volontaire et intéressé qui
existe entre associés.
L’« affectio societatis » permet de distinguer le contrat de société et
d’autres contrats voisins, tel que le contrat de travail avec participation aux
bénéfices. Il ne faut de même pas confondre dans la société l’« affectio
societatis » avec le consentement.
Le consentement est la volonté de contracter au moment de la
constitution de la société. Alors que « l’Affectio societatis » est la volonté de
participer à la vie de la société, tant au moment de sa constitution que dans
le court de sa vie. Les associés doivent alors avoir la volonté de contracter et de
vivre en société. Yves GUYON et Alain VIANDIER estime alors qu’il ne faut
pas voir en « l’Affectio societatis » une notion unique, mais, une notion
multiforme comme : « elle est à la fois le révélateur de l’existence d’une
société, la régulateur de la vie sociale et le moyen de distinguer la qualité
d’associé des situations voisines ».

Paragraphe 3 : L’acquisition de la personne morale et ses conséquences


Les modalités d’acquisition (A) précèderont ses conséquences (B).

B. Les modalités d’acquisition de la personne morale


La société constituée acquiert la personne morale par son immatriculation
au RCCM (article 98 de l’AU). Après son immatriculation au RCCM, la société
reprend les actes conclus en son nom pendant la période de constitution. Les
engagements non repris doivent être assumés par ceux qui les avaient conclus

58
(fondation, dirigeant choisis après les statuts). L’immatriculation permet la
naissance d’un être juridique nouveau ayant son patrimoine propre, son nom, sa
nationalité, son siège…
La société personne morale, dès lors qu’elle est immatriculée, a une pleine
capacité de jouissance et d’exercice, mais elle est soumise à ce qu’on appelle la
règle de la spécialité, c'est-à-dire que sa capacité d’exercice est limitée en son
objet. Par exemple, une société ayant pour objet la location d’immeuble pour
étudiant, ne peut à moins de transformer son objet, vendre lesdits immeubles.
Les statuts peuvent ainsi limiter strictement les pouvoirs des dirigeants au
regard de l’objet de la société. Cependant, dans certaines sociétés, une telle
limitation est inopposable aux tiers dans les SA et SARL. Par exemple, les
représentants légaux engagent la société, même lorsqu’ils agissent en dehors de
l’objet social (art. 329 de l’AUDSC).

B- Les conséquences de l’acquisition de la personne morale


Dès la signature des statuts, ou plus généralement pendant la période des
constitutions de la société, des engagements peuvent avoir été pris par les
fondateurs de la société en formation, la question se pose alors de savoir : qui
assume ces engagements.
En principe, la société est tenue des obligations contractées par ces
représentants. Les fondateurs sont responsables des engagements pris pour les
besoins de la société en formation jusqu’à la signature des statuts. Après la
signature des statuts, les dirigeants sociaux se substituent aux fondateurs et
agissent au nom de la société non encore immatriculé.
Après son immatriculation, la société peut reprendre à son compte les
actes accomplis par les fondations et les premiers dirigeants selon une procédure
décrite par les articles 106 à 113 de l’AU. Les actes et engagements reprises par
la société immatriculée sont alors considérés avoir été souscrits dès l’origine par

59
elle. Ceux des actes et engagements qui ne sont pas repris, sont laissés à la
charge des personnes qui les ont accomplis.
S’agissant de la fin de la personne morale, il y a lieu de noter que la
personne morale de la société dure tant que vit la société. En principe, la durée
de la société ne peut excéder 99 ans (article 28 de l’AU), la prorogation est
néanmoins possible. La société perd sa personnalité morale, dès lors qu’elle
prend fin. Celle-ci peut prendre fin pour diverses causes :
- Arrivée du terme (année d’existence)
- Fin ou disparition de l’activité ou de l’objet social
- La volonté des associés.
La société peut aussi perdre sa personne morale, en cas d’absorption de la
société (elle peut être le résultat d’une fusion ou d’une scission), la scission est
l’opération par laquelle le patrimoine d’une société est partagé entre plusieurs
entreprises existantes ou nouvelles.
La fusion, quant à elle, aboutit à l’augmentation du capital de la société
absorbante qui émet des titres nouveaux à distribuer aux associés de la société
absorbées en rémunération de leur apport.

Section 2 : Le fonctionnement de la société commerciale


Le fonctionnement d’une société commerciale interpelle forcément la
manière dont une société vit et évolue. Pour une bonne analyse, nous aborderons
non seulement le fonctionnement proprement dit, mais aussi la restructuration de
la société ; mais avant cela, il nous semble plus logique de définir et d’identifier
au préalable les différents types de société commerciale.

Paragraphe 1 : Les types de société commerciale


A. Les sociétés immatriculées
Ici, nous avons quatre types de société : les sociétés de personnes, les
SARL les SAS et les S.A.

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1) Les sociétés de personnes
Ce sont des sociétés dans lesquels la société a une forte qualité d’intuitu
personne, c'est-à-dire que la considération de la personne est importante de sorte
que ce type de société est réservée aux associations qui se connaissent bien. On
distingue deux types de sociétés de personnes.
Les SNC : ce sont les sociétés en Nom Collectif. La SNC est une société
dans laquelle tous les associés ont la qualité de commerçant et répondent
indéfiniment et solidairement des dettes sociales.
Les SCS : ce sont les sociétés en commandite simple. La SCS est une
société qui compte deux catégories d’associés à savoir les commandités qui ont
la qualité de commerçant et répondent indéfiniment et solidairement des dettes
sociales, et les commanditaires qui sont non commerçant et dont la contribution
ou passif social est limité au montant de leur apport dans la société.
2) La SARL
C’est une société dans laquelle l’associé (SARL unipersonnelle) ou les
associés (Sarl pluripersonnelle) n’ont pas la qualité de commerçant et ne sont
responsable des dettes sociales, qu’à concurrence de leur apport dans la société.
3) La SAS
La société par actions simplifiée est une société instituée par un ou plusieurs
associés et dont les statuts prévoient librement l’organisation et le
fonctionnement de la société sous réserve des règles impératives du présent acte
uniforme. Les associés de la société par actions simplifiée ne sont responsables
des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports et leurs droits sont
représentés par les actions. A l’exception de certaines particularités, les règles
applicables aux SA s’appliquent aux SAS. Ces dernières ne peuvent notamment
pas faire appel public à l’épargne comme les SA.
4) La S.A
C’est une société dans laquelle l’associé (SA unipersonnelle) ou les
associés (SA pluripersonnelle) n’ont pas la qualité de commerçant et détiennent

61
les titres appelés actions. Aussi ne supportent-ils les dettes sociales qu’à
concurrence de leurs apports.

C. Les sociétés non immatriculées


Parmi celles-ci, on distingue les sociétés en participation et la société de fait.
1) La société en participation
Elle est caractérisée par l’absence de la personne morale. Elle est définie à
l’article 854 de l’AU comme une société dans laquelle les associés conviennent
qu’elle ne sera pas immatriculée au RCCM et qu’elle n’aura pas la personnalité
juridique.
2) La société de fait
Pour désigner ce type de société, on parle aussi de « société créée de
fait ». Selon l’article 864 de l’AUDSC, il y a société de fait lorsque deux ou
plusieurs personnes physiques ou morales se comportent comme des associés
sans avoir constitué entre elles l’une des sociétés reconnues par l’AU OHADA.
L’article 865 ajoute que : « Lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou
morales ont constitué entre elles une société reconnue par le présent AU, mais
n’ont pas accomplis les formalités légales constitutives ou ont constitué entre
elles une société non reconnue par les présents AU, il y a également une société
de fait.

Paragraphe 2: Le fonctionnement proprement dit des sociétés


commerciales
Le fonctionnement implique l’intervention de divers organes distincts des
associés. Ceux-ci, bien qu’investis des pouvoirs légaux font l’objet de contrôle.
Il sera donc question d’étudier d’abord la gestion et ensuite le contrôle de la
société.

A. La gestion de la société

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La gestion d’une société suppose la mise en mouvement d’un certain
nombre d’organes qui sont tenus de la conformité aux règles de gestion
organisées par la loi (AUDSC) et incluses dans les statuts.
1) Les organes de gestion
Ils sont divers et leur composition peut varier d’une société à l’autre.
Mais, il existe des règles d’organisation commune à tous types de sociétés. Elles
sont relatives à la composition des organes, aux conditions d’accès, aux
fonctions de dirigeants de société, au principe de leur désignation et
rémunération et aux conditions de cessation de leurs fonctions.
a) La composition
La société est dirigée par une administration. En effet, la gérance est le
mode normal de gestion de petites et moyennes entreprises telles que la SNC, la
SCS et la SARL. Pour les grandes entreprises (A.A), on y trouve une certaine
flexibilité nécessaire pour le mode d’administration de la société.

b) L’accès aux fonctions de dirigeant


Cet accès est libre dans une société et toute personne peut être désignée.
Mais, quelques restrictions sont prévues par la loi aussi bien dans l’intérêt du
candidat à ces fonctions que dans l’intérêt du public : c’est le cas des règles
protectrices d’incapacité ou de régime des interdictions.

c) La désignation
En principe, ce sont les associés qui désignent les dirigeants sociaux.
Cependant, à titre exceptionnel, en cas de désaccord entre les associés, de
dissolution de la société, ou d’ouverture d’une procédure collective, les
tribunaux peuvent être amenés à désigner une administration provisoire ou un
Syndic dont les fonctions sont toujours déterminées et temporaires.
d) La rémunération

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Les fonctions de dirigeant d’une société ne sont pas gratuites. Car,
conformément à l’article 420 de l’AUDSC, les administrateurs peuvent
percevoir une indemnité de fonction attribuée par l’Assemblée Générale ou
jetons de présence. Ils peuvent aussi recevoir des rémunérations exceptionnelles
pour des missions ou mandats particuliers, le remboursement des droits de
voyage, de déplacement, de dépenses engagées dans l’intérêt de la société. Pour
les gérants, leur rémunération est généralement fixée par les statuts.

e) La cessation des fonctions


Elle intervient soit par l’arrivée du terme de mandat, soit par suite de
décès, d’incapacité, d’interdiction ou d’incompatibilité, soit encore en cas d’une
démission ou révocation. Les tiers doivent être informés de la nomination et
cessation des fonctions. La publicité doit alors être faite par inscription au
RCCM (article 124 de l’AUDSC).

2) Les règles de gestion


Le fonctionnement d’une société suppose une gestion quotidienne, saine
pour les différents organes de la société. Cette gestion est différente suivant la
diversité d’organes et le type de société. On peut avoir selon les cas une gestion
collégiale de tous les associés, à l’instar des sociétés de personnes. On peut aussi
avoir une répartition précise des tâches, et là, s’applique le principe de la
spécialité.
Les gérants et les administrateurs doivent faire marcher la société. Pour
cela, ils doivent utiliser une stratégie pour la faire fonctionner ou tout au moins,
lui éviter les pertes et au pire des cas, une cessation de paiement. Agissant au
nom et pour le compte de la société, les dirigeants ont une sphère de pouvoir
bien déterminée dans les statuts aussi bien pour la vie courante de la société que
dans les résultats financiers de celle-ci.

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Les pouvoirs peuvent être étroits ou larges selon le pacte social. Mais, en
contrepartie de ces pouvoirs, l’AUDSC met à la charge des dirigeants une
responsabilité personnelle susceptible d’être engagée. Celle-ci peut être civile ou
pénale suivant qu’il découle des fautes ou infractions commises dans l’exercice
de leurs fonctions ; exercice par ailleurs qui fait certainement l’objet de contrôle.
B- Le contrôle de la société
C’est une prérogative des associés, mais dans certaines sociétés, ce
dernier est renforcé par des organes extérieurs et indépendants.

1) Le contrôle par les associés


Le contrôle de l’activité sociale par les associés connait plusieurs formes.
Il leur est permis d’acquérir les informations auprès des organes dirigeants de la
société, de déclencher l’alerte pour mieux s’éclairer, d’examiner les chiffres,
d’approuver les comptes, de se prononcer sur certaines opérations sociales,
notamment celles ayant un incident sur la vie ou la survie de l’entreprise.

2) Le contrôle par les organes indépendants : les commissaires aux


comptes
Les documents comptables ont pour vocation de renseigner les associés et
les créanciers réels ou potentiels de la société. C’est dans cette perspective
qu’est organisé un droit comptable imposés aux commerçants et aux créanciers.
Le contrôle de ces documents est fait par les commissaires aux comptes.
La mission du commissaire aux comptes est essentiellement une mission
de contrôle des comptes, il contrôle non seulement les valeurs, mais aussi les
documents comptables de la société. Il doit s’occuper de la conformité de la
comptabilité avec les règles en vigueur. A cette fin, il peut de se faire
communiquer sur place plusieurs contrats, des documents comptables, des
registres et des procès-verbaux, appartenant à la société contrôlée.

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Il faut aussi retenir toutes les informations utiles auprès des tiers qui ont
accomplies pour le compte de la société et surtout avec les tiers mandataires de
la société. (Commanditaire, associé de la société en commandite simple ayant le
même statut qu’un associé de la S.A ; le tiers mandataire, personne qui agit au
compte de la société sans toutefois être associé). (Actionnaire de la société
anonyme), (associé société des personnes).
Pendant sa mission, le commissaire aux comptes peut se faire assister ou
représenter sous sa responsabilité par des experts ou collaborateurs de son choix
qu’il fait connaître nommément à la société. Il exerce ainsi deux types de
contrôle :
- D’abord, il certifie que les états financiers de la société contrôlée ou le cas
échéant de ses filiales sont réguliers et sincères et donne l’image fidèle du
résultat des opérations de l’exercice écoulé ainsi que la situation
financière et patrimoniale de la société à la fin de l’exercice. On peut dire
en d’autres termes qu’il vérifie la fiabilité de l’information servie aux
dirigeants.
- Ensuite, il vérifie le respect de l’égalité entre associé, il doit par exemple
vérifier que les actionnaires d’une même catégorie bénéficient du même
droit à l’occasion du partage des dividendes ou de distribution des droits
de vote.
Toutefois, quel que soit le type de contrôle, le commissaire aux comptes
ne devrait en aucun cas s’immiscer dans la gestion de la société. Il a juste le
droit de contrôler l’efficacité du contrôle, il constate des irrégularités tout en
donnant suite au contrôle, c'est-à-dire qu’ils doivent être en mesure de dénoncer
et d’informer la situation comptable de la société aux tiers et aux dirigeants.

Section 3 : La dissolution d’une société commerciale

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La dissolution d’une société est la situation dans laquelle ladite société
cesse d’exister. Elle est souvent le fait de diverses causes et entraîne plusieurs
effets.
Paragraphe 1 : Les causes de la dissolution
Elles sont divers (article 200 de l’AUDSC). Certaines sont de plein doit,
d’autres sont provoquées.
A. Les causes de dissolution de plein droit
L’arrivée du terme du contrat de société :
- La disparition de l’objet social
- L’annulation de la société
- La liquidation des biens : Elles interviennent en cas de cessation des
paiements par décision judiciaire.
- Les causes statutaires : Les parties peuvent elles-mêmes prévoir des
clauses de dissolution dans les statuts.

B. Les causes de dissolution provoquées


1) La volonté d’un ou des associés
Les associés peuvent décider de dissoudre de manière anticipée leur
société. Cette dissolution peut être directe ou indirecte. Elle est directe
lorsqu’elle émane d’une décision de l’assemblée générale des associés ou
survient à l’application d’une clause des statuts.
Elle est indirecte par contre lorsqu’elle est la conséquence d’une autre
décision collective. Exemple : Une décision de se laisser absorbée par une autre
société à l’occasion d’une fusion.
2) La réunion de tous les titres en une seule main
L’AU prévoyant la forme unipersonnelle de certaines sociétés (SA et
SARL), la réunion des droits sociaux en une seule main n’entraîne la dissolution
de la société que dans l’hypothèse des sociétés que la forme unipersonnelle n’est
pas autorisée (SNC, SCS).

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Même dans ces cas, l’AU prévoit que toute personne intéressée ne pourra
demander la dissolution que si la situation n’a pas été régularisée dans les délais
d’un an. Un délai supplémentaire de six mois pourra être accordé à la société
pour qu’elle procède à la régularisation.
3) La dissolution judiciaire pour juste motif (article 320 alinéa 5)
Cette dissolution peut subvenir en cas d’inexécution de ses obligations par
un associé ou de mésentente entre associés empêchant le fonctionnement normal
de la société. Le juge apprécie si le motif est suffisamment grave pour
compromettre le fonctionnement normal de la société.

Paragraphe 2 : Les effets de la dissolution


Certains effets sont communs et d’autres spécifiques.
A. Les effets communs de la dissolution
Le principal effet de la dissolution est la liquidation des biens de celle-ci.
Elle consiste en la réalisation de l’actif de la société et au partage de ce dernier,
au paiement des dettes de la société, à la restitution des apports aux associés et
au partage du boni de liquidation.
Pour réaliser l’ensemble de toutes ces opérations, un liquidateur auquel on
attribue un certain nombre de pouvoir doit être nommé et sa responsabilité peut
être engagée. Le liquidateur est alors le représentant de la société pendant la
période de la liquidation. Sa nomination se passe selon les cas suivants :
- Dans les SNC, à l’unanimité des associés
- Dans les SCS, à l’unanimité des commandités et à la majorité en capital
des commanditaires
- Dans les SARL, à la majorité en capital des associés
- Dans les SA, aux conditions de quorum et de majorité prévue par les
assemblées générales extraordinaires.
Le liquidateur peut être choisi parmi les associés ou les tiers, il peut aussi
être nommé par le juge. La nomination et la révocation du liquidateur doit être

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publiée pour que les tiers en soient avertis (article 21 AUDSC). Ces actes ne
peuvent alors être opposables qu’à compter de leur publication.
La mission du liquidateur juridique est clairement définie par les articles
228 à 241 de l’AUDSC. Ce dernier doit convoquer les associés pour rendre
compte de sa gestion de la liquidation. Il représente la société qu’il engage en
tous les actes de la liquidation. Il réalise l’actif, il paie les créanciers et répartit
entre les associés les soldes disponibles. Il ne peut continuer les affaires en cours
ou en engageant de nouvelles pour les besoins de la liquidation que s’il a été
autorisé par décision de justice. Il doit faire ou établir les états financiers dans
les trois mois de la clôture de chaque exercice.
Le liquidateur peut voir sa responsabilité être engagée, s’il commet une
faute de gestion. Il répond alors des conséquences endommageables de ces
fautes tant à l’égard de la société qu’à l’égard des tiers (article 22 AU).

2. L’effet spécifique de la dissolution : la survie exceptionnelle de la


personne morale
Pendant les opérations de liquidation, la personne morale est maintenue
jusqu’à la clôture de la liquidation. Les créanciers peuvent donc, pendant les
opérations de la liquidation, s’adresser à la société pour réclamer le
recouvrement de leurs créances. La société perdra définitivement sa personnalité
juridique seulement à la clôture des opérations de liquidation.

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CHAPITRE 4 : L’ENTREPRISE ET SON BIEN : LE FONDS DE
COMMERCE
Il sera étudié ici la notion de fonds de commerce (section 1) et les opérations
portant sur le fonds de commerce (section 2).

Section I : La notion de fonds de commerce


Pour analyser la notion de fonds de commerce, il est nécessaire de définir
afin d’en ressortir la nature juridique et d’en dégager sa composition.

Para 1. Définition et nature juridique du fonds de commerce


A. La définition du fonds de commerce
Le fonds de commerce est défini par rapport à ses éléments constitutifs
dans l’AUDCG en son article 135 qui dispose que « Le fonds est constitué par
un ensemble de moyens qui permettent au commerçant d’attirer et de conserver
une clientèle ». De façon simple, on peut définir le fonds de commerce comme
un ensemble de biens mobiliers qu’un commerçant ou qu’un entreprenant
regroupe et organise en vue de la recherche de la clientèle.

B. La nature juridique du fonds de commerce

70
S’agissant de sa nature juridique, le fonds de commerce est à la fois une
universalité de fait et un meuble incorporel.
1) Le fonds de commerce : une universalité de fait
On entend par universalité juridique, un ensemble de biens formant un
actif et un passif corrélatif au sein duquel fonctionne la subrogation réelle. Or, le
fonds de commerce est un assemblage d’éléments combinés en vue d’une
destination commune : la création et l’accroissement de la clientèle. Ces
éléments, bien qu’ils se fondent en leur ensemble économique unitaire, ne
constitue pas un patrimoine autonome et donc une universalité de droit. Le fonds
de commerce n’est qu’un élément comme un autre du patrimoine de la personne
physique ou morale qui en est titulaire. Il n’est pas affecté au créancier dont le
titre se rattache à l’exploitation commerciale. Les créanciers du commerçant
titulaire du fonds de commerce peuvent ainsi saisir et vendre le fonds de
commerce et réciproquement les créanciers dont le titre se rattache à
l’exploitation commerciale peuvent saisir et vendre les biens personnels du
commerçant ou de sa famille.
Le fonds de commerce n’ayant pas de patrimoine propre, sa cession
n’emporte ou n’englobe ni les créances, ni les dettes du titulaire ou cédant.
Le fonds de commerce reste néanmoins une universalité de fait dans la
mesure où il peut constituer une base juridique pour certains actes. C’est ainsi
que le fonds de commerce envisagé en lui-même peut faire l’objet de
convention différente de celle qui portera sur chaque élément envisagé
isolement ; le fonds de commerce subsiste malgré les transactions qui peuvent
intervenir dans sa composition. Exemple : le bail peut être renouvelé, ou subir
une déspécialisation, les marchandises peuvent être vendues, mais le fonds de
commerce persiste dans son identité.
2) Le fonds de commerce : un meuble incorporel
Le fonds de commerce est un meuble et ne saurait être considéré comme
un immeuble. Il est composé d’un ensemble de biens mobiliers. C’est donc un

71
meuble. Ce meuble est incorporel bien que le fonds de commerce comporte
certains éléments corporels comme les marchandises. Ce manque de caractère
corporel permet au fonds de commerce d’échapper aux dispositions de l’article
2279 selon lequel « En fait de meubles, la possession vaut titre ».
Le fonds de commerce est un meuble incorporel spécial, car certaines
règles s’inspirant des techniques immobilières lui sont applicables. C’est le cas
par exemple du nantissement du fonds de commerce qui s’apparente à
l’hypothèque des immeubles ou du privilège du vendeur du fonds de commerce
qui est similaire à celui du vendeur d’immeubles.
Si l’on a déterminé la nature juridique du fonds de commerce, la question
de sa composition est toute aussi importante.
Paragraphe 2 : la composition du fonds de commerce
Le fonds de commerce comporte plusieurs éléments, certains sont corporels,
d’autres incorporels. Les articles 136 et 137 de l’AUDCG en donnent une
énumération. Il faut d’emblée signaler que les immeubles ne font jamais partie
du fonds de commerce. Cette exclusion se fonde sur la position traditionnelle du
droit commercial selon laquelle, les immeubles sont des biens trop nobles pour
rentrer dans le commerce qu’ils doivent demeurer sous l’empire du droit civique
jugé plus protecteur. Elle se fonde aussi sur la différence de concevoir qu’un
bien immobilier puisse être partie intégrante d’un bien mobilier comme le fonds
de commerce. Le propriétaire de l’immeuble dans lequel le fonds est exploité ne
peut se prétendre le maître d’un bien unique et indivisible. S’il décide de donner
son fons en nantissement, cette garantie ne pourra pas s’étendre à l’immeuble.
De même, s’il vend son fonds de commerce, il passera deux actes, l’un pour la
vente du fonds de commerce, l’autre pour la vente ou la location de l’immeuble.
Le fonds de commerce comporte deux catégories d’éléments. Certains qui
autrefois avaient un caractère obligatoire et qui ne sont plus que nécessaires
selon les nouvelles dispositions de l’AUDCG. Dans tous les cas, le fonds de

72
commerce est composé d’une des éléments nécessaires, d’autre part des divers
autres éléments.

A. Les éléments nécessaires du fonds de commerce


Aux termes de l’article 136 de l’AUDCG « le fonds de commerce
comprend nécessairement la clientèle et l’enseigne ou la clientèle ou le nom
commercial sans préjudice du cumul de la clientèle avec l’enseigne et le nom
commercial ». Les éléments nécessaires du fonds de commerce sont donc : la
clientèle, l’enseigne et le nom commercial.
1) La clientèle
S’agissant de la clientèle, elle désigne l’ensemble des personnes qui se
fournissent habituellement chez un commerçant. Et qui ont recours à ses
services. On distingue généralement la clientèle de l’achalandage. Alors que la
clientèle désigne soit des personnes qui sont liées au commerçant par un contrat
d’approvisionnement (clientèle captive), soit celles qui, pour des raisons de
confiance ou d’habitude (clientèle attirée), l’achalandage, quant à lui vise les
clients de passage qui sont attirés pour un emplacement favorable, mais qui
n’effectuent que des achats occasionnels.
La clientèle se démarque par plusieurs caractères :
Elle est professionnelle, car pour qu’un fonds de commerce soit
commercial, sa clientèle doit être commerciale c'est-à-dire provenant de
l’activité commerciale. Pour un entreprenant, sa clientèle pourra être
commerciale, civile, agricole ou artisanale selon la nature de l’activité
professionnelle qu’il exerce. Elle s’apprécie en référence aux actes menés soit
par le commerçant, soit par l’entreprenant.
Elle doit être autonome, c’est-à-dire propre au fonds de commerce
considéré. Cette autonomie est gestionnelle, économique et physique.
Elle doit être licite, c’est-à-dire en conformité avec les dispositions
légales.

73
Elle doit être actuelle, la cessation de l’exploitation fait disparaître la
clientèle et donc le fonds de commerce. Mais, la clientèle virtuelle ne suffirait
pas bien qu’on puisse déjà parler de la clientèle d’un fonds de commerce
électronique.
La clientèle a une place assez importante dans le fonds de commerce. La
jurisprudence considère même que c’est l’élément essentiel du fonds de
commerce, celui sous lequel le fonds de commerce n’existerait pas. Cependant,
avec la perte du caractère obligatoire au profit du caractère accessoire des
éléments autrefois qualifiés de fonds, parmi lesquels existe la clientèle, on se
pose la question de savoir si la clientèle va toujours conserver cette place si
importante parmi les éléments du fonds de commerce. En tout cas, la clientèle
joue deux rôles essentiels : c’est elle qui conditionne l’existence du fonds de
commerce. Sans elle, le fonds de commerce n’existe pas ; C’est elle qui
détermine la propriété du fonds de commerce. Le professeur JAUFFRET disait à
cet effet que si la clientèle n’appartient pas à l’exploitant, cet exploitant n’est pas
propriétaire du fonds de commerce.
2) L’enseigne et le nom commercial
Ces deux éléments font aussi partie des éléments nécessaires. Ils ont aussi
perdu le caractère obligatoire.
Le nom commercial désigne l’appellation sous laquelle un commerçant
personne physique ou morale exerce son activité commerciale. Il peut s’agir
d’un nom civil ou d’un patronyme, d’un pseudonyme ou d’un nom composé. Il
peut être véritablement une propriété, puisqu’il sert à rallier la clientèle.
L’acquéreur du fonds de commerce doit modifier celui-ci pour éviter toute
confusion.
Avec l’extension du champ d’application du droit commercial aux
entreprenants, n’est-il pas possible de parler désormais de nom professionnel,
plutôt que de nom commercial comme cela a été le cas avec le bail. Cette
dénomination éviterait toute confusion dans la situation de l’entreprenant.

74
L’enseigne quant à lui désigne un emblème figuratif ou une désignation
de fantaisie par laquelle le commerçant individualise son compte. Ça peut être
un nom (exemple : chez Guy Marcel), une appellation rappelant un
emplacement Café du Campus, une dénomination de pure fantaisie (Exemple :
Restaurant des étudiants foirés…).
Tout comme le nom commercial, l’enseigne a un caractère patrimonial et,
peut être défendu en justice par le biais de l’action en concurrence déloyale
contre l’usage ou l’imitation par un concurrent. (Conf. CCS du Camor, arrêt
N°16 du 24/11/1970).
Pour tout dire, le nom commercial, l’enseigne et la clientèle ne sont plus
des éléments obligatoires, mais plutôt nécessaires du fonds de commerce. Doit-
on comprendre que le commerçant et l’entreprenant ne sont pas obligés d’avoir
le nom, l’enseigne ou la clientèle ? La réponse affirmative pourrait peut être
possible pour ce qui est du nom et de l’enseigne, car l’on ne saurait imaginer un
fonds de commerce quelle que soit la nature, sans clientèle. Le commerce
n’existerait pas sans clientèle.

B. Les autres éléments du fonds de commerce


Ces éléments sont énumérés par l’article 137 de l’AUDCG. Certains sont
corporels, d’autres non, mais tous sont mobiliers.
1) Les éléments corporels du fonds de commerce
Ce sont ceux qui ont une réalité physique. Il s’agit du matériel et outillage
et des marchandises en stock.
Pour ce qui est du matériel et outillage, il englobe les installations, les
aménagements, les agencements, le matériel et le mobilier. A travers le terme
matériel et outillage, on vise d’une façon globale tous les biens corporels ayant
une certaine stabilité et servant à l’exploitation du fonds de commerce. C’est le
capital fixe qui ne constitue alors un élément du fonds de commerce que dans le
seul cas où le commerçant est locataire dans l’immeuble dans lequel il exerce

75
son commerce. En effet, lorsque le commerçant est propriétaire de l’immeuble,
les objets mobiliers qu’il a placés pour l’exploitation du fonds constituent aux
termes de l’article 524 du code civil, des immeubles par destination. Il en va de
même si le matériel a fait l’objet d’une attache à perpétuelle demeure (article
525 code civil). Exemple : les machines scellées sur les plates-formes en béton
construit à cet effet.
Le matériel est ainsi immobilisé, il devient donc un immeuble et se trouve
donc exclu du fonds de commerce pour être soumis aux règles particulières des
immeubles.
Les marchandises sont des objets mobiliers à être vendus après avoir été
ou non transformés. C’est le stock dont le caractère est d’être variable et
tangible, c'est-à-dire que les marchandises vendues sont remplacées par d’autres.
Lorsque le fonds de commerce est nanti, les marchandises ne sont jamais
comprises dans le nantissement, car elles constituent la matière qui fait
fonctionner le commerce. Les marchandises doivent être vendues pour permettre
au commerçant de répondre à ses engagements.
Les marchandises se distinguent du matériel, non pas par leur nature, mais
par leur destination. Cette distinction bien qu’elle soit parfois très difficile à
faire est d’un intérêt certain qui réside dans le fait que le matériel rentre dans le
nantissement alors que tel n’est pas le cas des marchandises.

2) Les éléments incorporels


Il s’agit notamment :
- Du droit au bail : qui désigne la créance du locataire commerçant contre
le propriétaire de l’immeuble où le fonds de commerce est exploité. Le bailleur
ayant pour obligations de renouveler le bail au locataire. Cette obligation
confère au locataire un véritable droit. Le bailleur est obligé de renouveler le
bail au locataire, qui lui a pourtant la faculté de le résilier unilatéralement. Si le
bailleur refuse de renouveler le bail au locataire, il devra lui verser une

76
indemnité d’éviction, excepté s’il justifie le refus par des motifs légitimes. Tel
est le cas s’il veut lui-même occuper les locaux pour un usage personnel, si le
locataire manque à ses obligations locatives, notamment s’il ne verse pas les
loyers.
- Les propriétés industrielles : ce sont des monopoles d’exploitation. Elles
regroupent les brevets d’invention, des marques de fabrique, des dessins et
modèles industriels.
Les brevets d’invention sont des droits limités dans le temps conférés par
l’Etat à l’inventeur d’une création nouvelle ;
Les marques de fabrique ou de commerce sont des signes visibles ou utilisés
pour distinguer les produits d’une entreprise d’une autre. Elles sont des
éléments de la promotion commerciale des produits et donc d’attraction de la
clientèle d’une entreprise ;
Les dessins et modèles confèrent un monopole d’exploitation sur la forme
nouvelle donnée à un produit existant ; les licences d’exploitation : ce sont
des autorisations admises pour l’exercice d’activité commerciale dans le cadre
de la réglementation de celle-ci.
Tous ces éléments incorporels ont un caractère personnel et se
transmettent avec le fonds de commerce en cas de cession du fonds.

Section 2 : les opérations portant sur le fonds de commerce


Ces opérations portent sur la location gérance, le nantissement et la cession du
fonds de commerce.

Paragraphe 1 : la location gérance du fonds de commerce


L’article 138 (3) de l’AUDCG définit la location-gérance comme une
convention par laquelle le propriétaire du fonds de commerce en concède la
location, en qualité de bailleur au locataire-gérant qui l’exploite à ses risques et
périls. Le même article exclut l’entreprenant du domaine de la location-gérance

77
en précisant que « l’entreprenant ne peut être partie à un contrat de
location-gérance ».
La location-gérance revêt deux variantes. Elle peut être salariée, c'est-à-
dire qu’elle est confiée par le propriétaire d’un fonds de commerce à une
personne en vertu d’un contrat de travail. Elle peut aussi être libre où il se
produit alors une séparation très nette entre la propriété du fonds et
l’exploitation. Elle est confiée par le propriétaire du fonds de commerce au
locataire en vertu d’un contrat de location. Le gérant exploite le fonds de
commerce à ses risques et périls. C’est bien de cette location-gérance qui fera
l’objet de notre étude basée sur son régime juridique.

A. Les conditions de la location-gérance


Elles sont de fonds et de forme :

1) Les conditions de fonds de la location-gérance


Avant d’appréhender les conditions particulières de la location-gérance, il
faut noter que celle-ci est toute aussi soumise aux conditions générales de
validité du contrat tel que prévues par les articles 1108 et suivants du Code civil.
Mais concernant les conditions particulières, certaines sont relatives à l’objet du
contrat, d’autres au propriétaire du fonds de commerce.
Concernant l’objet du contrat qu’est le fonds de commerce, il doit avoir
une clientèle autonome.
Le propriétaire du fonds de commerce quant à lui est soumis à une
exigence, car il doit avoir exploité pendant un an au moins en qualité de
commerçant, le fonds mis en gérance (article 141 AUDCG). Le même texte fait
interdiction aux personnes interdites et déchues de l’exercice d’une profession
commerciale de consentir une location-gérance.
Ce délai peut être allégé sans qu’il ne puisse être inférieur à un an par la
juridiction compétente si le bailleur prouve qu’il a été dans l’impossibilité

78
d’exploiter le fonds de commerce personnellement ou par l’intermédiaire de ses
préposés.
Toutefois, cette condition n’est pas exigée lorsque le bailleur du fonds de
commerce est l’Etat ou l’un de ses démembrements, aux incapables, aux
héritiers ou légataires et aux mandataires de justice chargés de l’administration
d’un fonds de commerce à condition qu’ils aient été autorisés par la juridiction
compétente (article 143 AUDCG).
2) Les conditions de forme et publicité
Sur le plan de la forme, la location-gérance est un contrat consensuel. La
loi n’impose aucune forme particulière. Le contrat peut être sous seing privé,
authentique ou verbal.
Mais en pratique, la rédaction d’un écrit est souhaitable, compte tenu des
obligations qui pèsent sur les contractants et aussi pour faciliter les éléments de
preuve.
S’agissant des mesures de publicité, le locataire-gérant doit s’immatriculer
au RCCM ainsi que le contrat passé entre le bailleur et le locataire-gérant et ceci
aux frais du locataire-gérant, doit publier dans un journal dans les quinze jours la
location-gérance.
L’expiration du contrat de location-gérance doit aussi faire l’objet de
publicité. Le locataire-gérant doit indiquer en tête de ses bons de commandes, de
factures et autres documents à caractère financier ou commercial, avec son
numéro d’immatriculation au RCCM, sa qualité de locataire-gérant du fonds.
Le bailleur quant à lui a pour obligation de modifier à ses frais son
inscription aux RCCM par la mention mise en location-gérance de son fonds.
En cas d’inobservation de ces conditions, le contrat est en principe voué à
la nullité, mais l’AUDCG prévoit aussi une possibilité de sanction pénale.

B. Les effets de la location-gérance


Ces effets s’apprécient en cours et en fin de location-gérance.

79
1) En cours de location-gérance
Ces effets existent entre les parties au contrat, c'est-à-dire à l’égard du
locataire-gérant et du bailleur et entre les parties et les un tiers.
S’agissant des effets à l’égard du locataire-gérant, elle entraine des
droits et des obligations.
Comme obligations, il est considéré comme le titulaire du fonds et à cet
effet, il est tenu de payer les redevances prévues : Il doit laisser une quantité
égale des marchandises que le bailleur lui rachète ; Il ne peut disposer le fonds,
ni le donner en nantissement, ni sous louer le fonds sauf clause contraire, ni
céder à un tiers sans l’accord du bailleur ; Il doit continuer le contrat de travail
entamé par le bailleur ; Il doit payer un cautionnement afin de garantir
l’exécution du contrat.
En termes de droits, le locataire-gérant peut disposer des marchandises
et il est parfois autorisé à créer des branches commerciales distinctes. A l’égard
du bailleur, il a l’obligation de délivrer au locataire-gérant tous les éléments du
fonds de commerce dont il est titulaire, à l’exception du droit au bail ; Il doit
modifier son immatriculation au RCCM ; Il doit veiller au renouvellement des
polices d’assurance et de certains contrats importants liés au fonds de
commerce ; Il est tenu par l’obligation de garantie. A cet effet, il ne doit pas
troubler le locataire-gérant dans sa jouissance. Il ne doit pas non plus lui faire
concurrence.
Pour ce qui est des effets à l’égard des tiers, plusieurs cas sont envisageables :
- Les effets à l’égard du propriétaire du fonds de commerce : la
location-gérance leur est opposable sauf fraude. L’article 144 de l’AUDCG
affirme que les dettes du bailleur peuvent être déclarées immédiatement
exigibles par la juridiction compétente si elle estime que la location-gérance met
en péril le recouvrement. Et cette action peut être menée par tout intéressé à
peine de forclusion dans un délai de trois jours à compter de la publication de la
location-gérance dans un journal (article 144 (2)).

80
- Les effets à l’égard des créanciers du locataire-gérant.
Jusqu’à la publicité de la location-gérance, le propriétaire du fonds de commerce
est solidaire, même responsable du passif de son gérant. La date prise en
considération est celle de la naissance de la dette, donc cette de son échéance.
Ces dettes sont celles nées de l’exploitation du fonds. Ce sont aussi des dettes
contractuelles et délictuelles.
2) A l’expiration de la location-gérance
La location-gérance expire généralement à la fin de la durée prévue par
les parties. Dès l’expiration, le locataire-gérant n’a pas droit au maintien dans les
locaux. Il doit abandonner le fonds, sauf en cas de tacite reconduction où le
contrat sera alors renouvelé sans qu’il soit possible de procéder à une autre
publicité.
Elle peut également prendre fin en cas du décès du gérant, liquidation
judiciaire des biens (ou règlement judiciaire) de ce dernier puisque le gérant ne
pourra donc plus exercer le commerce. Celui-ci n’a droit à aucune indemnité
compensatrice pour augmentation de la clientèle en raison de son activité.
La fin de la location-gérance doit être mentionnée au RCCM et publiée
dans un journal. Le bailleur doit modifier à nouveau son immatriculation.
L’article 146 de l’AUDCG précise qu’à la fin de la location-gérance, les dettes
du gérant contractées pendant l’exploitation du fonds deviennent exigibles de
plein droit.
Le locataire doit restituer le fonds avec tous les éléments compris dans la
location. Le bailleur doit quant à lui restituer le cautionnement sauf
compensation avec ses créanciers. Le locataire-gérant peut se rétablir dans un
commerce similaire, sauf clause de non concurrence.
Le propriétaire du fonds, lorsqu’il ne peut pas lui-même l’exploiter, il peut
le donner en location, mais il peut aussi le céder, à condition qu’il ne soit pas
nanti.

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Paragraphe 2 : Le nantissement du fonds de commerce
C’est une institution du droit commercial qui permet à un commerçant de
faire de son fonds de commerce, un instrument de crédit sans en être dépossédé
et de continuer à l’exploiter. Le nantissement du fonds de commerce est
organisé par les articles 166 et suivants de l’Acte Uniforme sur le droit des
Sûretés. C’est une sûreté mobilière puisque le fonds de commerce qui lui sert
d’assiette est un meuble incorporel.
Le nantissement du fonds de commerce porte sur la clientèle, l’enseigne,
le nom commercial, le droit au bail commercial et la licence d’exploitation ou
éventuellement tout autre élément incorporel. Du fait de leur nature corporelle,
les marchandises sont exclues du nantissement.
Le nantissement du fonds de commerce résulte d’une convention qui peut
être constatée par un acte authentique ou sous-seing privé dûment enregistré. Cet
acte doit être publié au RCCM pour que le nantissement soit opposable aux tiers
et qu’il puisse produire son effet translatif.
Le nantissement confère le droit de préférence. Les créanciers inscrits sont
payés suivant l’ordre de leur inscription lors de la vente de fonds. Les créanciers
inscrits disposent également d’un droit de suite sur le fonds qui lui permet de le
saisir entre les mains d’un tiers acquéreur.

Paragraphe 3 : La cession du fonds de commerce


C’est une opération par laquelle le propriétaire d’un fonds de commerce
s’engage à transférer la propriété en contrepartie du paiement d’une somme
d’argent. Cette opération est très complexe compte tenu des intérêts en présence.
D’un côté, le vendeur doit être protégé, car il n’est que rarement payé comptant
et doit pouvoir récupérer le fonds de commerce en cas d’insolvabilité de
l’acheteur. D’un autre côté, l’acquéreur court aussi des risques, même s’il n’est
pas tenu du passif de ce fonds, l’évaluation du fonds de commerce étant
difficile. De même, les créanciers du vendeur doivent aussi être protégés dans la

82
mesure où le fonds de commerce est dans la plupart des cas, le seul bien
important du commerçant. Si la vente se fait donc de manière clandestine, le
vendeur pourrait en dissimuler le prix, ce qui laisserait donc ses créanciers sans
recours contre l’acquéreur puisqu’il n’y a pas de passif propre au fonds de
commerce. Ces différents intérêts sont donc pris en compte par le législateur qui
a suffisamment encadré la cession de fonds de commerce à travers ses modalités
et ses effets.

A. Les modalités de la cession du fonds de commerce


Seront vues ici les conditions de validité de la vente (1) et les mesures de
publicité (2).
1) Les conditions de validité de la vente du fonds de commerce
Ces conditions sont de fond et de forme.
Les conditions de fond obéissent aux conditions de validité de tout
contrat auxquelles s’ajoutent des particularités propres à la cession du fonds de
commerce. La capacité ici s’apprécie aussi bien du côté du vendeur que de
l’acheteur. Celle du vendeur est celle requise d’un vendeur de meubles en raison
du caractère mobilier du fonds de commerce. Le consentement doit être libre et
éclairé c'est-à-dire sans vice. L’objet est composé ici de deux éléments : le prix
et le fonds de commerce. Le fonds doit être déterminé dans tous ses éléments. Il
doit également être licite. Le prix résulte de l’accord entre deux parties et doit
obligatoirement figurer dans l’acte de vente (article 148 AU). La cause quand
elle doit être conforme à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Les conditions de forme renvoient au contenu de l’acte de vente. Dans le
souci de protéger les intérêts en cause, le formalisme ici est très strict. Bien que
l’article 149 n’exige aucune forme précise dans la mesure où l’acte de cession
peut être sous seing privé ou authentique, l’article 150 par contre fait obligation
au vendeur d’énoncer un certain nombre de données dans le contrat de vente
c’est le cas :

83
- des données historiques relatives à l’origine du fonds de commerce au
regard du titulaire, la vente précédente, la date, le nom du vendeur, le prix. Si le
fonds de commerce a été exploité par ce vendeur lui-même, cette obligation est
levée.
- des données sur les garanties : état des prix, nantissement et inscription
grevant le fonds de commerce (article 150 (5)).
- des données financières : il s’agit du chiffre d’affaires réalisé au cours
de chacune des trois dernières années d’exploitation ou depuis son
acquisition, si le fonds n’a pas été exploité depuis trois ans et des résultats
commerciaux réalisés pendant la même période.
- des données relatives au bail commercial, date, durée, nom du bailleur.
En plus de ces éléments, il faut aussi y mentionner le prix convenu, la situation
et les éléments du fonds vendu, le nom et l’adresse du notaire ou de
l’établissement bancaire désigné en qualité de séquestre si la vente a eu lieu par
acte sous seing privé.
Aux termes de l’article 151 AUDCG, l’omission ou la mention inexacte
de ces éléments peuvent entrainer la nullité de la vente si l’acquéreur demande
tout en prouvant que cette omission ou inexactitude a affecté la consistance du
fonds de commerce et lui a causé préjudice. Cette demande de nullité doit être
faite dans un délai d’un an à compter de la date de l’acte.
2) Formalités de publicité de la cession du fonds de commerce
Elles sont destinées à renseigner les créanciers du cédant et à le protéger
contre les mutations clandestines et frauduleuses du fond selon l’article 153
AUDCG, l’acte de cession doit être publié dans les quinze jours à compter
de sa date à la diligence de l’acquéreur sous forme d’avis dans un journal et
paraissant dans le lieu où le vendeur est inscrit au RCCM.
L’acte de vente doit être déposé en une copie certifiée conforme par le
vendeur et l’acquéreur au RCCM et chacun d’eux en ce qui le concerne doit

84
faire procéder à la mention modificative correspondante (article 152 (1&2). Une
fois conclu, l’acte de vente du fonds de commerce produit les effets.

B. Les effets de la cession du fonds de commerce


La cession d’un fonds de commerce entraine d’abord les effets à l’égard
des parties au contrat et ensuite à l’égard des créanciers du vendeur du fonds.
1) Les effets à l’égard des parties
A l’égard des parties contractantes, elle fait naître des droits et des
obligations.
Pour ce qui est du vendeur, il est tenu à deux obligations. L’obligation
de délivrance et de garantie. La première oblige le vendeur à mettre le fonds
cédé à la disposition de l’acheteur à la date convenue (article 154). La seconde
par contre recouvre deux éléments. Le vendeur doit protéger l’acheteur contre
l’éviction et contre les vices cachés du fonds de commerce vendu.
La garantie d’éviction vise à imposer au vendeur une obligation de non
concurrence. Ce serait en effet une sorte d’éviction si le cédant reprend sa
clientèle en se rétablissant à proximité de l’acheteur. Le vendeur doit donc
permettre à l’acquéreur de jouir paisiblement des droits qui lui ont été transmis.
Mais, l’AUDCG précise que ces clauses de non rétablissement ne sont valables
que si elles sont limitées soit dans le temps, soit dans l’espace (article 155 (2)).
Le vendeur doit en outre donner des informations exactes concernant le fonds
afin de renseigner l’acquéreur sur les vices cachés.
L’inobservation de ces obligations peut être sanctionnée par les
Dommages-intérêts et aussi les mesures de cessation de la non concurrence
peuvent être prises à l’instar de l’astreinte ou la fermeture du fonds de
commerce.
Le vendeur a aussi les droits résultant de la cession. Ainsi, ce dernier
bénéficie d’un privilège, d’une action résolutoire et d’un droit d’opposition. Le
privilège lui permet dans le cas où le fonds est vendu à l’amiable ou sur décision

85
de justice de se faire payer sur le prix de revente par préférence à toute autre
personne. Ce privilège, pour opérer, doit avoir été publié par une inscription au
RCCM. A travers ce privilège, le vendeur jouit aussi d’un droit de suite qui lui
permet de suivre le fonds à quelques mains qu’il se trouve et éventuellement de
se faire payer par l’acquéreur du fonds. L’action résolutoire lui permet de
demander la résolution juridique du contrat et obtenir les Dommages-Intérêts.
Cette action n’est valable que si le vendeur la notifie à ses créanciers en relation
avec le fonds par acte extra-juridique ou par tout moyen écrit. Il doit aussi en
faire mention au RCCM.
S’agissant de l’acheteur, son obligation est de payer le prix convenu et
les frais accessoires, les droits de mutation et de rémunération des
intermédiaires. Ce prix doit être payé au jour et lieu fixés dans l’acte de vente
entre les mains du notaire ou de tout établissement bancaire désigné d’un
commun accord entre les parties dans l’acte (article 157 (1)). Le dépositaire
(notaire ou banque) doit garder les fonds en qualité de séquestre pendant trente
jours à compter de la publication de la vente dans un journal. S’il n’y a aucune
opération au cours de cette période, il remet le prix de vente au vendeur. S’il y a
alors opération, le prix de la vente ne sera remis que sur justification de la main
levée de toutes les opérations (article 157 (3)). L’acheteur doit également
continuer les contrats de travail du personnel employé.
2) Les effets à l’égard des créanciers du fonds
Pour le protéger d’une éventuelle malhonnêteté du cédant, les créanciers
du fonds qui n’ont aucun recours vis-à-vis du cessionnaire, doivent être mis au
courant de la vente à travers une publicité dans un journal. Ils peuvent alors soit
faire opposition au prix (article 159), soit évoquer le droit de surenchère (article
163).
Cette opposition est formée par acte extra-judiciaire au notaire, à
l’établissement bancaire désigné en qualité de séquestre, à l’acquéreur, au greffe
de la juridiction où est tenu le RCCM. Elle doit contenir le montant et la cause

86
de la créance. Elle a pour effet de rendre le prix indisponible entre les mains du
séquestre et le paiement effectué avant l’expiration du délai des opérations est
inopposable aux créanciers.
Si les créanciers du fonds estiment que le prix de la vente est insuffisant
pour les désintéresser tous ou ne correspond pas à sa valeur véritable, ils peuvent
user de leur droit de surenchère c'est-à-dire qu’ils peuvent demander que le
fonds soit mis en vente aux enchères publiques. Mais, ils doivent s’engager à se
porter enchérisseurs si aucune offre plus intéressante n’est faite. La surenchère
est en pratique peu utilisée, car les créanciers répugnent généralement à courir le
risque de devoir conserver le fonds.

CHAPITRE 5 : L’ENTREPRISE EN DIFFICULTE


Les difficultés des entreprises peuvent provenir des circonstances diverses
et variées. Il peut s’agir de l’incompétence des dirigeants sociaux, de leur incurie
ou de leur incapacité à anticiper sur les éventuels problèmes financiers et
organisationnels que la société pourrait rencontrer etc. l’OHADA a mis en place
un dispositif juridique pour tenter de détecter et de prévenir ces difficultés et
éviter que l’entreprise ne tombe dans une situation irrémédiablement
compromise. L’entreprise dont la situation est irrémédiablement compromise

87
peut faire l’objet d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation des biens
selon qu’elle présente ou non des chances sérieuses d’être sauvée.

Section 1 : la prévention des difficultés de l’entreprise


Afin de prévenir les difficultés des entreprises deux moyens essentiels sont
prévus par la loi : la procédure d’alerte et le règlement préventif.

Paragraphe 1 : la procédure d’alerte


La procédure d’alerte constitue une innovation du droit OHADA par
rapport aux législations existantes dans les Etats-parties avant son entrée en
vigueur. Elle a pour but d’attirer l’attention sur tout fait de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation de l’entreprise, c’est-à-dire tout fait
susceptible de conduire à la cessation des paiements si aucune solution n’est
trouvée dans les délais extrêmement brefs. Par exemple : la défaillance d’un
client important de l’entreprise, un endettement lourd de l’entreprise par rapport
à ses capacités.
La procédure consiste à prévenir les dirigeants sociaux des écueils
prévisibles que la société pourrait rencontrer. Elle doit rester confidentielle pour
ne pas éveiller l’attention des concurrents, ni alimenter inutilement des rumeurs
susceptibles de ternir l’image de la société. L’Acte uniforme portant sur les
procédures collectives d’apurement du passif (AUPCAP) prévoit que l’alerte
peut être faite soit par le commissaire aux comptes, soit par les associés.
A. L’alerte par les commissaires aux comptes
En analysant les documents qui leur sont communiqués à l’occasion de
l’exercice de leur mission, les commissaires aux comptes peuvent y déceler des
indices de défaillance. Ils doivent adresser une lettre aux dirigeants lorsqu’ils
constatent un fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation.

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Les dirigeants sont tenus de répondre dans le mois de la réception, à la
lettre du commissaire pour s’expliquer sur la situation de la société et exposer
les mesures éventuellement prises ou à prendre.
A défaut de réponse ou si la situation perdure, les commissaires aux
comptes établissent un rapport spécial qu’ils adressent aux associés ou qu’ils
présentent à la prochaine assemblée générale. Les associés pourront à cette
assemblée suggérer à leur tour des mesures à prendre ou même provoquer la
révocation des dirigeants.

B. L’alerte par les associés


Les associés sont libres d’utiliser ou de ne pas utiliser l’alerte. C’est donc une
simple faculté contrairement au commissaire aux comptes pour lequel l’alerte
constitue une obligation. Tout associé peut, deux fois par exercice, adresser par
écrit des questions aux dirigeants lorsqu’il constate un fait de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation. La réponse à la question donnée
doit intervenir dans un délai d’un mois. S’il existe un commissaire aux comptes
dans les sociétés où sa présence n’est pas obligatoire, la réponse faite à l’associé
doit lui être adressée avec une copie de la question posée.

Paragraphe 2 : le règlement préventif


Le règlement préventif concerne les entreprises qui connaissent des
difficultés financières mais dont la situation économique n’est pas
irrémédiablement compromise. Le débiteur use de cette procédure en vue de
bénéficier de la suspension des poursuites individuelles, c’est- à-dire si sa
demande est acceptée, le droit de différer momentanément le paiement des
dettes. Le règlement préventif permet d’éviter la cessation des paiements au
moyen d’un concordat préventif. Il n’est pas indispensable qu’une procédure
d’alerte soit déclenchée avant l’intervention d’un règlement préventif.

89
Inversement, toute procédure d’alerte ne débouche pas nécessairement sur un
règlement préventif.

A. Le déroulement de la procédure du règlement préventif


Schématiquement, le RP est déclenchée par le débiteur qui dépose au
greffe du tribunal exposant d’une part la situation économique et financière de
l’entreprise et d’autre part, les perspectives de redressement de l’entreprise et
d’apurement du passif.
Cette requête est accompagnée d’une offre de concordat préventif. Cette
offre contient d’un côté, des mesures destinées à permettre la continuation de
l’entreprise et son assainissement et de l’autre côté les modalités et garanties du
règlement du passif. Ainsi, elle doit indiquer des délais sollicités, des biens dont
la cession est envisagée, des personnes s’engageant à exécuter le concordat, des
moyens nouveaux de financement de l’entreprise, etc.
Un expert est désigné pour établir un rapport dans les deux mois
(éventuellement trois mois en cas de prorogation) au cours desquels toute
poursuite est suspendue.
Le débiteur doit essayer de trouver un accord (délais ou remises) avec
chacun de ses créanciers. Le concordat est homologué :
- S’il renferme les possibilités sérieuses de redressement de l’entreprise ;
- S’il offre les garanties suffisantes d’exécution ;
- Lorsque les délais consentis n’excèdent pas trois ans pour l’ensemble des
créanciers et un an pour les créanciers de salaires.

B. Les effets du concordat

90
Le concordat homologué s’impose à tous les créanciers antérieurs dans les
conditions de délais et de remises qu’ils ont consentis. Il s’agit en effet de
sauver une entreprise qui certes connait des difficultés, mais qui sont passagères.
Le tribunal peut aussi refuser l’homologation : ce sera notamment le cas si
le débiteur est déjà en état de cessation de paiement ; le président du tribunal
prononcera alors d’office le redressement judiciaire ou la liquidation des biens
du débiteur.

Section 2 : Le traitement des difficultés de l’entreprise : le redressement


judiciaire et la liquidation des biens.

L’échec des mesures préventives (lorsqu’elles ont été utilisées) oblige à


passer à la phase définitive du règlement des difficultés de l’entreprise : le
règlement judiciaire et la liquidation des biens.
Le redressement judiciaire est une procédure destinée à la sauvegarde de
l’entreprise (lorsque sa situation le permet) et à l’apurement du passif au moyen
d’un concordat de redressement. Il s’agit principalement de sauver l’entreprise
afin qu’elle puisse poursuivre son activité.
La liquidation des biens a pour objet la réalisation de l’actif du débiteur
dont la situation est telle qu’elle ne permet plus d’espérer son redressement. Ici,
la procédure est orientée vers la vente des biens de l’entreprise afin de régler ses
dettes.
Paragraphe 1 : les conditions de déclenchement des procédures
Elles sont tantôt de fond, tantôt de forme.
A. Les conditions de fond.
Celles-ci sont relatives non seulement aux personnes susceptibles d’être
soumises au redressement judiciaire ou à la liquidation des biens, mais aussi à la
situation financière de l’entreprise.

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1) Les personnes susceptibles d’être soumises au redressement judiciaire
ou à la liquidation des biens

Selon le droit OHADA peuvent être soumises aux procédures collectives :


- Les personnes physiques commerçantes ; mêmes lorsqu’elles sont
décédés en situation de cessation des paiements. Dans ce cas précis, la
juridiction compétente peut se saisir d’office ou être saisie sur déclaration d’un
héritier ou par assignation d’un créancier dans un délai d’un an à compter du
décès.
- Les personnes morales de droit privé, commerçantes (les sociétés
commerciales par la forme ou par leur objet), les personnes morales de droit
privé non commerçantes (les sociétés coopératives, les associations….).
Les personnes morales de droit public ne peuvent faire l’objet d’une
procédure collective même si elles ont une activité économique et commerciale.

2) La situation financière du débiteur : la cessation des paiements


L’acte uniforme définit la cessation des paiements come la situation
d’un débiteur qui se trouve dans l’impossibilité de « faire face au passif exigible
avec l’actif disponible ». En effet, la cessation des paiements se manifeste par
un arrêt matériel des paiements, c’est-à-dire une crise de trésorerie. Mais le non-
paiement d’une seule dette ne suffit pas pour constituer l’état de cessation des
paiements du débiteur. Aussi la seule lecture du passif du bilan ne peut-il suffire
à caractériser l’état de cessation des paiements. Il ne faut donc pas se limiter à la
constatation matérielle de l’arrêt des paiements, mais rechercher si le débiteur se
trouve dans un moment de gêne accidentelle et momentanée, ou au contraire, s’il
ne peut réellement pas faire face à ses difficultés.
L’appréciation de la cessation des paiements procède d’un examen
comptable consistant à comparer les dettes exigibles à court terme et les valeurs
disponibles et réalisables à court terme. En matière de procédures collectives
d’apurement du passif, la date de cessation des paiements revet une importance

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particulière puisqu’elle permet de déterminer le point de départ et la durée de ce
qu’on appelle la « période suspecte ».
La période suspecte s’étend de la date de cessation des paiements
jusqu’au jugement qui ouvre la procédure collective. Pendant cette période, il
pèse sur les actes accomplis par le débiteur un soupçon de fraude. La loi
présume que les actes accomplis par le débiteur pendant ce temps, constituent
une fraude aux droits des créanciers, puisque le débiteur ; conscient de sa
situation, pourrait organiser ou accroitre frauduleusement son insolvabilité. La
remise en cause de ces actes est destinée à rétablir l’égalité entre les créanciers
et de privilégier ceux au détriment des bénéficiaires des libéralités.
Dans certains cas, le juge est tenu de prononcer l’inopposabilité des
actes dès lors qu’ils ont été accomplis pendant la période suspecte : ce sont des
hypothèses d’inopposabilité de droit (les actes à titre gratuit translatifs de
propriété mobilière ou immobilière, le paiement des dettes non échues sauf
s’il s’agit du paiement d’un effet de commerce etc.). Les actes frappés
d’inopposabilité de plein droit ne présentent aucune utilité pour le débiteur ou
alors confèrent un avantage excessif.
Dans d’autres cas, le juge dispose d’un pouvoir d’appréciation. Il
s’agit des cas d’inopposabilités facultatives. Pour ces cas, la connaissance de la
cessation des paiements du débiteur de la part de ceux qui ont traité avec lui
depuis la date de cette cessation est une condition d’inopposabilité. De plus,
l’acte doit avoir causé un préjudice à la masse des créanciers. Les actes entrant
dans cette catégorie sont : les actes à titre gratuit translatifs de propriété
dans les 6 mois précédant la période suspecte, les actes à titre onéreux si au
moment de leur conclusion ceux qui ont traité avec le débiteur ont eu
connaissance de la cessation des paiements, les inscriptions de suretés
réelles consenties pour des dettes concomitantes lorsque le bénéficiaire a eu
connaissance de la cessation des paiements du débiteur.

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B. La condition de forme : la décision judiciaire
La condition sine qua non du déclenchement des procédures
collectives est le prononcé du jugement d’ouverture de la procédure par la
juridiction compétente. La juridiction compétente celle compétente en matière
commerciale dans le ressort de laquelle le débiteur a son principalement
établissement ou s’il s’agit d’une personne morale, son siège ou à défaut de
siège dans le territoire national, son principal établissement.
La juridiction compétente peut se saisir d’office si elle a connaissance
des difficultés du débiteur, mais le plus souvent, elle est saisie :
- Soit par déclaration du débiteur qui dépose la bilan ;
- Soit par les créanciers impayés.
Quel que soit le mode de saisine de la juridiction compétente, si elle
constate la cessation des paiements du débiteur, elle prononce selon le cas, le
redressement judiciaire ou la liquidation des biens.

Paragraphe 2 : les effets de l’ouverture de la procédure


Certains effets sont communs aux deux procédures, d’autres par
contre sont spécifique à chacune des procédures.
A. Les effets communs
Ces effets portent sur les créanciers et sur la désignation des organes de la
procédure.
1) Les effets à l’égard des créanciers
A l’ouverture de la procédure, tous les créanciers sont paralysés par la
suspension des poursuites individuelles. Aucun créancier ne peut plus réclamer
individuellement le règlement de sa créance. La procédure est justement
qualifiée de collective dans la mesure où les créanciers ne peuvent plus réclamer
séparément leurs créances, ils sont en masse pour exercer une poursuite
collective. Tous les créanciers antérieurs doivent produire leurs créances auprès
du syndic. Après cette production intervient la vérification des créances. Celle-ci

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porte sur l’existence de la créance son quantum et la validité des éventuelles
suretés qui garantissent.
L’ouverture de la procédure entraine aussi l’arrêt des cours des
intérêts légaux et conventionnels des créances garanties ou par une sureté, ainsi
que l’arrêt du cours des inscriptions des sûretés. La décision d’ouverture ne rend
pas exigibles les dettes non encore échues si, et seulement si, on est en présence
d’une procédure de redressement judiciaire.

2) La désignation des organes de la procédure


Qu’il s’agisse de l’une ou l’autre procédure, la juridiction désigne les organes
de contrôle et de suivi de la procédure.
a) Le syndic
Le jugement d’ouverture désigne un ou plusieurs syndics (pas plus de
03) sur une liste de spécialistes arrêtée généralement par la cour d’Appel
(avocats, experts comptables…). Le syndic assiste le débiteur en cas de
redressement c’est-à-dire que le débiteur doit obtenir son accord et sa
participation aux actes qu’il accomplit). Il le représente dans l’hypothèse de la
liquidation des biens. Dans ce dernier cas, le syndic assure sans collaboration du
débiteur la marche quotidienne de la procédure.
Il représente également la masse des créanciers. En cette qualité, il
exerce des actions en justice notamment les actions en responsabilité contre les
tiers mais aussi les actions en inopposabilité fondées sur les règles de la période
suspecte. Dans l’hypothèse d’une procédure de redressement judiciaire, le
syndic informe l’assemblée concordataire de l’état du redressement, des résultats
obtenus pendant la durée de la continuation de l’activité.
b) Le juge commissaire
Il représente l’autorité judiciaire et ses décisions sont appelées des ordonnances.
Il est choisi parmi les membres du tribunal qui prononce l’ouverture de la
procédure collective. Il a des attributions importantes. Ainsi, il veille au bon

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déroulement de la procédure ; il arbitre les différents intérêts en présence ; il
arrête l’état des créances ; il autorise l’accomplissement de certains actes graves
par le syndic et, ordonne la répartition des deniers.
c) L’assemblée des créanciers
Elle est composée des créanciers dont les créances sont définitivement ou
provisoirement admises. Cette assemblée est chargée de voter le concordat.
d) Les contrôleurs
Ils varient entre 1 à 3 maximum et sont choisis parmi les créanciers
pour assister le juge commissaire dans sa mission de surveillance du
déroulement de la procédure collective.
Les contrôleurs sont chargés d’une mission de surveillance et de
contrôle. Ils peuvent ainsi saisir le juge de toutes contestations ; ils peuvent
demander à être informés de l’état d’avancement de la procédure, des actes
accomplis par le syndic, des versements effectués sur le compte spécialement
ouvert pour la procédure collective.

B. Les effets propres à chaque procédure


1) Les effets du redressement judiciaire
Le redressement judiciaire tend à la préservation de l’entreprise. Il
permet au débiteur de bénéficier d’un concordat de redressement qui a pour
objectif non seulement l’obtention des délais et ou remises, mais également la
mise en place des mesures juridiques techniques et financières susceptibles de
permettre le rétablissement des conditions de fonctionnement normal de
l’entreprise.
Pour ces diverses raisons, l’activité du débiteur se poursuit, ce dernier
est assisté du syndic. Le débiteur continue d’accomplir les actes de gestion
courante et rend compte au syndic. En cas d’inaction des dirigeants de
l’entreprise, le syndic peut avec l’autorisation du juge commissaire, accomplir
les actes nécessaires à la sauvegarde du patrimoine de l’entreprise, notamment

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intenter une action en justice ou vendre les biens qui seraient soumis à une
dépréciation imminente.
2) Les effets de la liquidation des biens
La liquidation des biens est prononcée dans les cas suivants :
- Lors que le débiteur n’a pas proposé dans les délais un concordat
sérieux de redressement ;
- Lorsque le concordat de redressement proposé a été rejeté par les
créanciers ou n’a pas été suivi d’homologation ;
- Le concordat proposé est annulé ou résolu.
Le syndic est chargé de réaliser l’actif mobilier et immobilier. Les
opérations de cession d’actifs font l’objet d’une règlementation minutieuse qu’il
s’agisse de la cession globale de tout ou partie de l’actif ou de la vente séparée
des différents biens du débiteur.
Lorsque le montant de l’actif a été rendu liquide, le juge commissaire
ordonne la répartition entre créanciers admis et le syndic adresse le règlement à
chaque créancier. A la clôture de la procédure, les créanciers dont les créances
avaient été admises et qui n’ont pas été intégralement payés obtiennent un titre
exécutoire. Ils recouvrent en effet leur droit de poursuites individuelles, mais ce
droit ne leur servira que si le débiteur revient à meilleure fortune.

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