U.M.M.T.
O - Faculté des Sciences
Département de Mathématiques - L 1
Option : Mathématiques & Informatique
Intitulé : Analyse 1
Les nombres réels. Propriétés
topologiques de l'ensemble R
*
[Link]
Maître de conférences classe B
U.M.M.T.O
*
[Link]@[Link]
1
Table des matières
1 Dénition axiomatique de R 3
1.1 Propriétés algébriques de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Valeur absolue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 Intervalles de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2 Bornes supérieure et inférieure. Partie entière 5
2.1 Bornes supérieure et inférieure d'un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.2 Partie entière d'un nombre réel. Densité de Q dans R . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.3 Droite numérique achevée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3 Propriétés topologiques de R 11
3.1 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2 Ensemble ouvert. Ensemble fermé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
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1 DÉFINITION AXIOMATIQUE DE R [Link]. M.C.B
1 Dénition axiomatique de R
1.1 Propriétés algébriques de R
L'addition et la multiplication usuelles sont des lois de composition internes 1 sur R dénies
respectivement pour tout x et y dans R par "x+y " et "x·y " (que l'on note pour alléger l'écriture
"xy ") confèrent à R la structure de corps commutatif.
Munissant R de la relation d'ordre "≤" dénie pour tout x et y dans R par "x ≤ y " ou
"y ≤ x", l'ensemble R est totalement ordonné.
Dénition 1.1. On dit que est un corps totalement ordonné si :
R, +, ·, ≤
1. R, +, · est un corps commutatif.
2. R, ≤ est totalement ordonné et vérie les propriétés suivantes :
(a) ∀ x, y, z ∈ R, x ≤ y =⇒ x + z ≤ y + z .
(b) ∀ x, y ∈ R, x ≥ 0 et y ≥ 0 =⇒ xy ≥ 0.
La relation x ≤ y et x ̸= y est noté par x < y ou y > x. La relation x ≥ y et x ≤ z est
notée par y ≤ x ≤ z .
Un nombre réel x est dit :
positif (resp. strictement positif ) si x ≥ 0 (resp. x > 0),
négatif (resp. strictement négatif ) si x ≤ 0 (resp. x < 0).
On note par R∗ = R∖{0} l'ensemble des nombres réels non nuls, par R+ = {x ∈ R / x ≥ 0}
l'ensemble des nombres réels positifs et par R− = {x ∈ R / x ≤ 0} l'ensemble des nombres réels
négatifs.
Proposition 1.1.
1. ∀ x, y, z ∈ R, x ≤ y ⇐⇒ x + z ≤ y + z .
2. ∀ x, y ∈ R, x ≤ y ⇐⇒ 0 ≤ y − x ⇐⇒ x − y ≤ 0 ⇐⇒ −y ≤ −x.
3. x ≥ 0 ⇐⇒ −x ≤ 0 et x ≥ 0 =⇒ x2 ≥ 0 .
∀ x ∈ R,
4. ∀ x ≥ 0, ∀ y, z ∈ R y ≤ z =⇒ xy ≤ xz .
5. ∀ x ≤ 0, ∀ y, z ∈ R y ≤ z =⇒ xy ≥ xz .
6. x ≤ y et z ≤ t =⇒ xz ≤ yt.
∀ x, y, z, t ∈ R+ ,
Démonstration. Le 1. et le 2. découlent directement de la dénition 1.1. Le 3. et le 4. sont
obtenus en utilisant le 2. et la dénition 1.1.
Pour le 5., on a d'après 3. et de 2. respectivement −x ≥ 0 et z − y ≥ 0, ce qui donne en
utilisant le 4. et le 2. :
−xy ≤ −xz ⇐⇒ xy ≥ xz
Pour le 6., on a en appliquant le 4. :
x ≤ y =⇒ xz ≤ yz et z ≤ t =⇒ yz ≤ yt
ainsi xz ≤ yz et yz ≤ yt ce qui entraine 2 que xz ≤ yt. c.q.f.d.
1. Les notions algébriques introduites dans cette sous-section sont traitées dans le cours d'Algèbre 1.
2. On a utilisé la transitivité de la relation d'ordre "≤" dans R.
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1 DÉFINITION AXIOMATIQUE DE R [Link]. M.C.B
1.2 Valeur absolue
Dénition 1.2. Soit x un nombre réel, on appelle valeur absolue de x le nombre réel positif
|x| déni par :
x si x ≥ 0
|x| =
−x si x ≤ 0
On dit que R est un corps valué.
Pour tout x dans R, on dénit x+ = max x, 0 et x− = max − x, 0 qui sont des nombres
réels positifs. On a :
|x| + x |x| − x
x+ = et x = −
x = x+ − x− et |x| = x+ + x−
⇐⇒
2 2
Proposition 1.2.
1. ∀ x ∈ R, |x| = 0 ⇐⇒ x = 0.
2. ∀ x ∈ R, |−x| = |x| et − |x| ≤ x ≤ |x| .
3. ∀ x, y ∈ R, |xy| = |x| |y|. En particulier : |x|2 = x2 .
4. ∀ x ∈ R, ∀ a > 0,
(a) |x| ≤ a ⇐⇒ −a ≤ x ≤ a,
(b) |x| ≥ a ⇐⇒ x ≥ a ou x ≤ −a .
5. ∀ x, y ∈ R, |x + y| ≤ |x| + |y| (inégalité triangulaire).
6. ∀ x, y ∈ R, |x| − |y| ≤ |x − y|.
√
7. ∀ x ∈ R, x2 = |x|.
Démonstration. Le 1., le 2., le 3. et le 4. découlent directement de dénition 1.2, le 7. se déduit
du cas particulier de 3. Il reste à montrer le 5. et le 6.
D'après le 2. pour tout x et y dans R on a − |x| ≤ x ≤ |x| et − |y| ≤ y ≤ |y| ce qui entraine
en additionnant membres à membres ces inégalités et en appliquant le 4. :
− |x| + |y| ≤ x + y ≤ |x| + |y| ⇐⇒ |x + y| ≤ |x| + |y|
En appliquant le 5. on aura pour tout x et y dans R :
|x| = |(x − y) + y| ≤ |x − y| + |y| et |y| = |(y − x) + x| ≤ |x − y| + |x|
ce qui est équivalent respectivement à |x| − |y| ≤ |x − y| et − |x − y| ≤ |x| − |y|, on obtient en
additionnant membres à membres ces inégalités et en appliquant ensuite le 4 :
− |x − y| ≤ |x| − |y| ≤ |x − y| ⇐⇒ ≤ |x| − |y| ≤ |x − y|
c.q.f.d.
Remarque 1.1. On obtient par récurrence pour le 3. et le 5. de la proposition 1.2 (à faire en
exercice), pour tout x1 , . . . , xn dans R respectivement :
n n n n
en particulier : ∀ x ∈ R et
Y Y X X
|x|n = |xn |
xi = |xi | xi ≤ |xi |
i=1 i=1 i=1 i=1
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
1.3 Intervalles de R
Dénition 1.3. Soient a et b deux nombres réels tels que a < b, on appelle :
1. intervalle ouvert et on note ] a, b [ l'ensemble {x ∈ R / a < x < b},
2. intervalle fermé et on note [a, b] (ou segment [a, b]) l'ensemble {x ∈ R / a ≤ x ≤ b},
3. intervalle semi-ouvert à gauche et on note ] a, b ] l'ensemble {x ∈ R / a < x ≤ b},
4. intervalle semi-ouvert à droite et on note [ a, b [ l'ensemble {x ∈ R / a ≤ x < b},
Le nombre b − a ≥ 0 est appelé longueur de l'intervalle. Le nombre (a + b)/2 est appelée
centre ou milieu de l'intervalle.
Remarque 1.2. Dans le 1. et le 3. (resp. le 1. et le 4.) de la dénition 1.3 on peut avoir
a = −∞ (resp. b = +∞), en particulier pour le 1. on a ] − ∞, +∞ [ = R.
Les intervalles du 1. et le 2. de dénition 1.3 peuvent être dénis respectivement par
{x ∈ R / x = θa + (1 − θb), 0 < θ < 1} et {x ∈ R / x = θa + (1 − θ)b, 0 ≤ θ ≤ 1}.
Pour tout réel a on note par {a} l'intervalle [a, a], sa longueur est égal à 0. Attention les
intervalles ]a, a[, ]a, a] ou [a, a[ sont tous égaux à l'ensemble vide ∅.
Dénition 1.4. Soit x0 un nombre réel.
1. On appelle intervalle ouvert de centre x0 (ou centré en x0 ) et de rayon r et on note
Ix0 ,r = x0 − r, x0 + r l'ensemble {x ∈ R / |x − x0 | < r}.
2. On appelle intervalle ouvert de centre x0 et de rayon r épointé de x0 et on note :
Ixb0 ,r = Ix0 ,r ∖ {x0 } = x0 − r, x0 ∪ x0 , x0 + r
l'ensemble {x ∈ R /0 < |x − x0 | < r}.
Exemple 1.1. Pour tout réel a > 0 l'intervalle I0,a = ]−a, a[ est centré en 0 et de rayon a.
2 Bornes supérieure et inférieure. Partie entière
2.1 Bornes supérieure et inférieure d'un ensemble
Dénition 2.1. Soit A une partie (ou sous-ensemble) non vide de R. On dit que A est :
(i) majorée s'il existe un nombre réel M appelé majorant de A tel que : ∀ x ∈ A x ≤ M ;
(ii) minorée s'il existe un nombre réel m appelé minorant de A tel que : ∀ x ∈ A x ≥ m ;
(iii) bornée si A est à la fois majorée et minorée i.e : ∃ M, m ∈ R / ∀ x ∈ A m ≤ x ≤ M .
Exemple 2.1.
1. La partie A = {. . . , −2 , −1 , 1 , 4 , 7} de R est majorée (7 est un majorant de A) et non
minorée.
2. Les intervalles ] − ∞, b [ et ] − ∞, b ] sont majorés par b et non minorés.
3. Les intervalles ] a, +∞ [ et [ a, +∞ [ sont minorés par a et non majorés.
4. L'ensemble N des entiers naturels est minorée par 0, mais n'est pas majorée.
5. Les intervalles de la dénition 1.3 sont bornés, a et b sont respectivement des minorants
et majorant de chacun des intervalles.
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
6. La partie C = {sin x ; x ∈ R} de R est bornée, −1 et 1 sont respectivement des minorant
et majorant de C car pour tout x de R, on a −1 ≤ sin x ≤ 1.
Remarque 2.1. Si A est majorée (resp. minorée), l'ensemble des majorants (resp. des mino-
rants) de A est inni.
Théorème 2.1. Une partie non vide A de R est bornée si et seulement si, il existe M > 0 tel
que pour tout x de A :
|x| ≤ M (1)
Démonstration. Soit M un nombre réel strictement positif tel que (1) soit satisfaite, celle-ci
est d'après la propriété des valeurs absolues équivalente à :
∀x ∈ A −M ≤x≤M
les nombres −M et M sont alors des minorant et majorant de A, donc A est bien une partie
bornée de R.
Réciproquement supposons que A est une partie bornée de R, il existe alors deux réels M ′
et m′ tels que pour tout x dans A :
m′ ≤ x ≤ M ′ (2)
en posant M = max(|m′ | , |M ′ |) > 0 aura M ′ ≤ M et m′ ≥ −M , en remplaçant par la suite
ces majorations dans (2) on obtient (1). c.q.f.d.
Dénition 2.2. Soit A une partie non vide de R. On dit que :
(i) l'élément α est le plus grand élément de A si et seulement si :
α∈A et ∀ x ∈ A, x ≤ α
(ii) l'élément β est le plus petit élément de A si et seulement si :
β∈A et ∀ x ∈ A, x ≥ β
Exemple 2.2. Reprenons l'exemple 2.1.
1. Le plus grand élément de A est 7, le plus grand élément de ] − ∞, b ] est b.
2. Le plus petit élément de [ a, +∞ [ est a, le plus petit élément de N est 0.
3. Le plus petit et le plus grand élément de [a, b] sont respectivement a et b, le plus petit
et le plus grand élément de C sont respectivement −1 et 1.
Remarque 2.2. Un majorant (resp. un minorant) n'est pas forcément le plus grand (resp. le
plus petit) élément d'un ensemble. En eet b est un majorant de ] − ∞, b [ et de ] a, b [ mais
il n'est ni le plus grand élément de ] − ∞, b [ , ni le plus grand élément de ] a, b [ . De même a
est un minorant de ] a, +∞ [ et ] a, b [ mais il n'est ni le plus petit élément de ] a, +∞ [ , ni le
plus petit élément de ] a, b [ . Notons que l'ensemble N n'a pas de plus grand élément.
Dénition 2.3. Soit A une partie non vide de R. Si A est :
(i) majorée et si l'ensemble des majorants de A admet un plus petit élément, celui-ci est
appelé borne supérieure de A et on note sup A ,
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
(ii) minorée et si l'ensemble des minorants de A admet un plus grand élément, celui-ci est
appelé borne inférieure de A et on note inf A .
Exemple 2.3. Reprenons l'exemple 2.1.
1. sup A = 7 et inf(A) n'existe pas, de même sup ] − ∞, b ] = sup ] − ∞, b [ = b
mais inf ] − ∞, b ] et inf ] − ∞, b [ n'existent pas.
2. inf ] a, +∞ [ = a mais sup ] a, +∞ ] et sup ] a, +∞ [ n'existent
] = inf ] a, +∞
pas, inf N = 0 mais sup N n'existe pas.
3. sup [a, b] = sup ] a, b ] = sup ] a,b ] = sup ] a, b [ = b, inf [a, b] = inf ] a, b ] =
inf ] a, b ] = inf ] a, b [ = a, inf C = −1 et sup C = 1.
Théorème 2.2. Si une partie non vide de R admet une borne supérieure (resp. borne infé-
rieure) celle-ci est unique.
Démonstration. Supposons que M1 et M2 sont deux bornes
supérieures de A, elles sont donc
3
des majorants de A, en prenant d'une part M1 = sup A on a M1 ≤ M2 , d'autre en prenant
M2 = sup A on a M2 ≤ M1 , on obtient ainsi :
M1 ≤ M2 et M2 ≤ M1 ⇐⇒ M1 = M2
c.q.f.d.
Théorème 2.3 (Caractérisation de la borne supérieure et de la borne inférieure).
Soit A une partie non vide R.
1. Soit M un nombre réel, M = sup A si et seulement si :
∀x ∈ A x≤M
∀ε > 0 ∃ x0 ∈ A / M − ε < x0
2. Soit m un nombre réel, m = inf A si et seulement si :
∀x ∈ A m≤x
∀ε > 0 ∃ x0 ∈ A / x0 < m + ε
Démonstration. Soit 4 M = sup A , alors M est un majorant de A. Supposons par l'absurde
qu'il existe α > 0 tel que :
∀x ∈ A x≤M −α
donc M − α est un majorant de A qui est tel que M − α < M , ce qui est impossible car M
est le plus petit élément de l'ensemble des majorants de A.
Réciproquement soit M un nombre réel vériant la condition 1., alors M est un majorant
de A, montrons que c'est le plus petit des majorants. Soit M ′ un autre majorant de A, alors
x ≤ M ′ , ce qui entraine d'après la condition 1. que pour tout ε > 0 :
M − ε < M ′ ⇐⇒ M < M ′ + ε ⇐⇒ M ≤ M ′
par conséquent M = sup A .
c.q.f.d.
3. On montre de la même manière l'unicité de la borne inférieure.
4. Le même raisonnement est utilisé pour monter la caractérisation de la borne inférieure.
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
Remarque 2.3. La borne supérieure (resp. la borne inférieure) d'un ensemble n'appartient
pas nécessairement à cet ensemble, dans le cas où elle y appartient elle est le plus grand (resp.
et le plus petit) élément de l'ensemble.
Théorème 2.4 (Axiome de la borne supérieure). Toute partie non vide et majorée de R
admet une borne supérieure.
Cet axiome servira pour montrer le théorème qui va suivre.
Théorème 2.5. Toute partie non vide et minorée de R admet une borne inférieure.
Démonstration. Soient A une partie non vide et minorée de R et m un minorant de A. Posons
A′ = {−x / x ∈ A}, pour tout x dans A on a m ≤ x ce qui est équivalent à −x ≤ −m donc
−m est un majorant de A′ , étant non vide elle admet en vertu du théorème 2.4 une borne
supérieure M , il s'en suit alors de la caractérisation de la borne supérieure :
∀ y ∈ A′
y≤M
∀ε > 0 ∃ y0 ∈ A′ / M − ε < y0
qui est équivalente en posant y0 = −x0 à :
∀x ∈ A −x≤M ∀x ∈ A x ≥ −M
⇐⇒
∀ε > 0 ∃ x0 ∈ A / M − ε < −x0 ∀ε > 0 ∃ x0 ∈ A / x0 < −M + ε
et on déduit de la caractérisation de la borne inférieure que −M est une borne inférieure.
c.q.f.d.
Remarque 2.4. L'ensemble A′ étant noté −A, on a alors sup = − inf A . On montre
5
−A
que si A est une partie non vide et majorée de R on a inf − A = − sup A .
Les
théorème2 2.4 et 2.5 ne sont pas vrais dans Q. En eet la partie A de Q dénie par
6
A = x ∈ Q / x < 2 est majorée et minorée mais n'admet ni une borne supérieure, ni une
borne inférieure.
Théorème 2.6 (Caractérisation des intervalles). Une partie non vide I de R est un
intervalle si et seulement si pour tout x et y dans I, on a :
x ≤ y =⇒ [x, y] ⊂ I
2.2 Partie entière d'un nombre réel. Densité de Q dans R
Théorème 2.7 (Propriété d'Archimède).
∀x ∈ R∗+ ∀y ∈ R ∃ n ∈ N∗ / nx > y
On dit que R est archimédien.
Une version équivalente du théorème 2.7 est :
∀x ∈ R ∃ n ∈ N∗ / n > x
Autrement dit, l'ensemble N n'est pas majoré.
5. À faire en exercice.
6. Voir Éléments d'analyse Kada ALLAB. O.P.U, pages 50 et 51.
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
Démonstration. Soit x un nombre réel strictement positif.
Si y ≤ 0 en prenant n = 1, on a bien y < nx.
Si y > 0, supposons par l'absurde que pour tout n dans N∗ on ait nx ≤ y , considérons la
partie A = {nx / n ∈ N∗ } de R, elle est non vide et majorée par y , elle admet donc une borne
supérieure M . Il s'en suit d'après la caractérisation de la borne supérieure que pour tout ε > 0
il existe n0 dans N∗ tel que :
M − ε < n0 x (3)
en prenant ε = x dans (3) on obtient M − x < n0 x qui est équivalente à M < n0 + 1 .
Comme n0 + 1 x est un élément de A alors M ne peut être la borne supérieure de A d'où la
contradiction. c.q.f.d.
Dénition 2.4. Soit x un élément de R, on appelle partie entière de x l'entier relatif noté
E(x) ou [x] tel que :
E(x) ≤ x < E(x) + 1 (4)
Remarque 2.5. Il vient de la dénition 2.4 que tout nombre réel est compris entre deux
nombre relatifs consécutifs. Notons que d'après (4) la partie entière est unique, et elle est
équivalente à :
x − 1 < E(x) ≤ x
Exemple 2.4. On a E(5) = 5, E(−1) = −1, E (1/2) = 0, E(π) = 3, E(−π) = −4 et
E (−3/2) = −2.
Théorème 2.8 (Densité de Q dans R). Soit x et y deux nombres réels. Si x < y il existe
un nombre rationnel r tel que :
x<r<y (5)
On dit que l'ensemble des nombres rationnels Q est dense dans R.
Démonstration. Soient x et y deux nombres réels tels que x < y .
Si x et y sont non nuls et de signes contraires, en prenant x < 0 et y > 0, on aura
x < 0 < y et comme r = 0 est un nombre rationnel, la relation (5) est alors vériée.
Si x et y sont de même signe, Supposons 7 que 0 ≤ x < y et considérons le réel ny , en
vertu de (4) l'entier relatif q = E(ny) (où n est un entier naturel non nul) tel que q ≤ ny < q+1
qui est équivalent à :
q q+1
≤y< (6)
n n
il reste donc à montrer que x < q/n. Supposons par l'absurde que x ≥ q/n, d'après la propriété
d'Archimède il existe alors n dans N∗ tel que :
1 1 q+1
n(y − x) > 1 ⇐⇒ y − x > ⇐⇒ y > x + ⇐⇒ y >
n n n
ce qui contredit (6), donc :
q
x< ≤y (7)
n
(a) si y ̸= q/n, en posant r = q/n l'inégalité de droite de (7) devient :
q
x< <y
n
7. Le cas x < y ≤ 0 s'en déduit du fait qu'il soit est équivalent à 0 ≤ −y < −x.
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2 BORNES SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE. PARTIE ENTIÈRE [Link]. M.C.B
(b) si y = q/n, en prenant r = (q − 1)/n on aura :
1 q 1 q−1
y−x> ⇐⇒ −x> =⇒ x <
n n n n
la relation (7) devient :
q−1
x< <y
n
la relation (5) est alors déduite de (a) et (b).
c.q.f.d.
Corollaire 2.1. Soient x et y deux nombres réels tels que x < y , entre x et y il y a une
innité de nombres rationnels.
Démonstration. Supposons par l'absurde qu'il existe n nombres rationnels α1 , . . . , αn entre
x et y . Comme α1 et α2 sont des nombres réels il existe alors d'après le théorème 2.8 un
nombre rationnel α entre α1 et α2 , ainsi il y a (n + 1) nombres rationnels entre x et y d'où la
contradiction. c.q.f.d.
2.3 Droite numérique achevée
Considérons l'ensemble R = R ∪ {−∞, +∞}, il est le prolongement de l'ensemble R obtenu
par l'adjonction des éléments notés −∞ et +∞. Comme sur R est dénie la relation d'ordre
” ≤ ”, on prolonge cette relation d'ordre totale à R en la dénissant par :
∀x ∈ R − ∞ ≤ x ≤ +∞ (8)
∀ x, y ∈ R x≤y (9)
Dénition 2.5. On appelle droite numérique achevée l'ensemble R = R ∪ {−∞, +∞} muni
de la relation d'ordre totale dénie par (8) et (9).
Il vient de (8) et (9) que +∞ et −∞ sont respectivement le plus grand et le plus petit
élément de R.
Théorème 2.9. Toute partie de R admet une borne supérieure et une borne inférieure.
Démonstration. Soient A une partie de R.
Si A admet un majorant et un minorant diérents de +∞ et −∞ respectivement, alors
A est bornée, elle admet donc d'après les théorème 2.4 et 2.5 une borne supérieure et une
borne inférieure.
Si les seuls majorant et minorant de A sont respectivement +∞ et −∞, ils sont alors
respectivement la borne supérieure et la borne inférieure de A. c.q.f.d.
L'addition et la multiplication usuelles dans l'ensemble R sont de même prolongées dans
l'ensemble R comme suit :
1. pour tout x dans R :
(a) x + (+∞) = (+∞) + x = +∞ et x + (−∞) = (−∞) + x = −∞,
(b) si x > 0, x · (+∞) = (+∞) · x = +∞,
(c) si x < 0, x · (−∞) = (−∞) · x = −∞.
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3 PROPRIÉTÉS TOPOLOGIQUES DE R [Link]. M.C.B
2. (+∞) + (+∞) = +∞ et (−∞) + (−∞) = −∞.
3. (+∞) · (+∞) = +∞, (+∞) · (−∞) = (−∞) · (+∞) = −∞ et (−∞) · (−∞) = +∞.
Remarque 2.6. Bien que l'addition et la multiplication usuelles dans R soient prolongées
dans R, elles ne sont pas des lois de composition internes dans R du fait que les opérations
suivantes (+∞) + (−∞), (−∞) + (+∞), 0 · (+∞) et 0 · (−∞) ne soient pas dénies.
3 Propriétés topologiques de R
3.1 Voisinages
Dénition 3.1.
1. Soient x0 un nombre réel et r un nombre réel strictement positif, une partie Vx0 de R est
un voisinage de x0 dans R s'il existe un intervalle Ix0 ,r tel que Ix0 ,r ⊂ Vx0 .L'ensemble
Vx0 ∖ {x0 } noté Vxb0 est appelé voisinage épointé de x0 .
2. On appelle voisinage de +∞ et on note V+∞ (resp. de −∞ et on note V−∞ ) toute partie
de R contenant un intervalle de la forme ] a, +∞ [ (resp. ] − ∞, a [ ).
Il vient de la dénition 3.1 que l'intervalle ouvert Ix0 ,r est un voisinage de x0 dans R, et
Ixb0 ,r est un voisinage épointé de x0 .
La notion de voisinage d'un point est prolongeable à R en convenant qu'une partie V+∞
resp. V−∞ de R est un voisinage de +∞ (resp. −∞)si et seulement si, il existe α (resp. β )
dans R tel que ]α, +∞] ⊂ V+∞ resp. [−∞, β[ ⊂ V−∞ avec :
]α, +∞] = x ∈ R / x > α ∪ +∞ resp. [−∞, β[ = y ∈ R / y < β ∪ −∞
Exemple 3.1.
1. L'intervalle fermé Ix0 ,r = [x0 − r, x0 + r] est un voisinage de x0 dans R.
2. La partie [ − 1, 0 [ ∪ {1} de R est un voisinage de −1/2, mais n'est ni un voisinage de
−1, ni un voisinage de 1.
3. R est un voisinage de tout point x0 .
4. Les intervalles a, b , a, +∞[ et − ∞, a ne sont pas des voisinages de a. L'intervalle
[a, b] n'est ni un voisinage de a, ni un voisinage de b.
Proposition 3.1. Soit x0 un élément de R.
1. Si Vx0 est un voisinage de x0 dans R, toute partie W contenant Vx0 est un voisinage de
x0 dans R.
2. Si Vx(1)
0 et Vx0 sont deux voisinages de x0 alors Vx0 ∪ Vx0 et Vx0 ∩ Vx0 sont des
(2) (1) (2) (1) (2)
voisinages de x0 dans R.
Démonstration. Soit W une autre partie de R contenant Vx0 , comme Vx0 est un voisinage de
x0 , il existe alors r > 0 tel que x0 − r, x0 + r ⊂ Vx0 ⊂ W, donc W est un voisinage de x0
dans R.
On a Vx(1)0 ⊂ Vx(1)0 ∪ Vx(2)0 on déduit de 1. que Vx(1)0 ∪ Vx(2)0 est un voisinage de x0 dans R.
D'après la dénition 3.1 il existe r1 > 0 et r2 > 0 tels que ] x0 − r1 , x0 + r1 [ ⊂ Vx(1)0 et
] x0 − r2 , x0 + r2 [ ⊂ Vx0 , en prenant r = min r1 , r2 on aura ] x0 − r, x0 + r [ ⊂ Vx0 et
(2) (1)
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3 PROPRIÉTÉS TOPOLOGIQUES DE R [Link]. M.C.B
] x0 − r, x0 + r [ ⊂ Vx0 ce qui implique que ] x0 − r, x0 + r [ ⊂ Vx0 ∩ Vx0 et par la suite que
(2) (1) (2)
Vx0 ∩ Vx0 est un voisinage de x0 dans R.
(1) (2)
c.q.f.d.
Remarque 3.1. On montre que la réunion innie de voisinage de x0 dans R est un voisinage
de x0 dans R. Tandis que l'intersection innie de voisinage de x0 dans R n'est pas un voisinage
de x0 dans R.
3.2 Ensemble ouvert. Ensemble fermé
Dénition 3.2. Soit O une partie non vide de R, on dit que O est un ensemble ouvert dans
R si et seulement si O est un voisinage de chacun de ses points dans R.
Remarque 3.2. Il vient de la dénition 3.2 qu'on peut d'énir un ensemble ouvert dans R
comme une réunion quelconque d'intervalles ouverts de R.
Exemple 3.2.
1. Tout intervalle ouvert ] a, b [ de R est un ensemble ouvert dans R.
2. L'ensemble R est un ouvert dans R.
3. Les intervalles [ a, b [ et ] a, b ] ne sont pas des ensembles ouverts dans R.
Théorème 3.1. Si O1 et O2 sont deux ouverts dans R alors O1 ∪ O2 et O1 ∩ O2 sont des
ouverts dans R.
Remarque 3.3. De même que la remarque 3.1 on montre que la réunion innie d'ensembles
ouverts est un ensemble ouvert. Par contre l'intersection innie d'ensembles ouverts n'est pas
un ensemble ouvert.
Dénition 3.3. Soit F une partie non vide de R, on dit que F est un ensemble fermé dans
R si le complémentaire de F dans R noté ∁R F est un ensemble ouvert dans R.
Exemple 3.3.
1. Tout intervalle fermé borné [a, b] est un ensemble fermé dans R.
2. Pour tout x dans R, le singleton {x} est un ensemble fermé dans R.
3. Les intervalles [ a, b [ et ] a, b ] ne sont pas des ensembles fermés dans R.
Théorème 3.2. Si F1 et F2 sont deux fermés dans R alors F1 ∪ F2 et F1 ∩ F2 sont des fermés
dans R
Démonstration. Elle se déduit du théorème 3.1 en utilisant la loi de de Morgan 8 . c.q.f.d.
Remarque 3.4. L'ensemble vide ∅ est par convention un ouvert de R, alors ∁R ∅ = R est un
fermé, or R est un ensemble ouvert, donc ∅ = ∁R R est un ensemble fermé. Les ensembles ∅ et
R sont les seuls ensembles qui sont à la fois ouverts et fermés.
D'après la loi de de Morgan il en découle de la remarque 3.3 que la réunion innie d'en-
sembles fermés n'est pas un ensemble fermé, et l'intersection innie d'ensembles fermés est un
ensemble fermé.
8. Soient E un ensemble et A1 , A2 ⊂ E, on a : ∁E A1 ∪ A2 = ∁E A1 ∩ ∁E A2 et ∁E A1 ∩ A2 = ∁E A1 ∪ ∁E A2 .
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