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Investissement Direct Etranger: une analyse critique pour la Tunisie
Article · December 2012
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1 author:
Hager Trabelsi Chaïbi
Tunisian Institute for Competitiveness and Quantitative Studies
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République Tunisienne
Ministère du Développement Régional et de la planification
Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives
L’Investissement Direct Etranger
une Analyse critique pour la Tunisie
Mme Hager TRABELSI CHAÏBI
Sommaire
Introduction...............................................................................................................................3
I. Investissement Direct Etranger en Tunisie.........................................................................7
II. IDE et création de l’Emploi...........................................................................................10
III. IDE et transfert technologique.......................................................................................10
IV. IDE et exportation..........................................................................................................11
V. IDE et intégration...........................................................................................................12
VI. IDE et Balance de Paiement..........................................................................................14
VII. Le coût des incitations à l’investissement......................................................................16
Conclusion...............................................................................................................................18
Références Bibliographiques..................................................................................................19
2
Introduction
L’Investissement Direct Etranger est devenu au cours des années le moteur de la
mondialisation, sa croissance suivant, jusqu'au début des années 90, celle du
commerce mondiale, l’a largement dépassé.
Les Sociétés Transnationales en sont les principaux acteurs : en cherchant des
alternatives aux relations commerciales traditionnelles, elles adoptent de nouvelles
stratégies spatiales en créant de nouvelles formes de concentrations, de partenariats, de
coentreprises, des accords de licence et d’autres formes de coopération.1
Ces évolutions et cet arbitrage géographique se sont accompagnés de nouvelles
stratégies économiques et politiques de la part des Etats, et nous sommes passés de la
mesure des avantages compétitifs des entreprises à celle des avantages comparatifs des
Nations (PORTER, 1993) : Outres les sociétés cherchant à accroître leurs profits, les
Etats eux aussi, cherchent à valoriser leurs avantages de localisation et devenir plus
attractifs.
Les instances internationales ainsi que les académiciens, ont sollicité ce type de
financement (IDE), et ne voient dans ce processus qu’un rôle positif pour la croissance
des pays et le transfert de connaissance.
Les travaux théoriques et empiriques sur l’impact positif des IDE sur la croissance ne
manquent pas, toutefois peu sont les études consacrées à l’impact négatif.
A cet égard, nous visons dans ce travail de mener une analyse critique de l’IDE en
Tunisie.
Bien que les avantages de l'IED sont tout le temps vanté, les coûts et les retombés
négatifs sont rarement discutés et ne sont pas toujours bien documentés.
1
Ceci n’étant rendu possible que grâce au développement des marchés financiers internationaux, les innovations
dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ainsi qu’un cadre
institutionnel et réglementaire allant dans le sens de l’encouragement des IDE.
3
La Tunisie, depuis les années 70, a fait de l'IDE un des piliers de sa politique de
développement économique et sociale ; il est attendu à ce qu’il lui renforce ses
exportations, crée de l'emploi, et contribue au développement industriel du pays à
travers le transfert technologique et la participation à un aménagement plus
harmonieux du territoire.
En reprenant un par un ces objectifs (création de l’emploi, de l’exportation, de
l’intégration au marché mondiale dans la chaîne de valeur, et du transfert
technologique) nous essayerons de faire un état de lieu de l’impact des IDE sur ces
objectif.
Ceci permettra d’avoir une idée « plus » objective et tirer des conclusions qui
aboutissent par la suite à des recommandations utiles pour la prise de décision et un
recadrage de la politique de l’attractivité des IDE en Tunisie.
Quand nous voulons évaluer une politique d’IDE, nous représentons les stocks, plutôt
que les flux annuels. L’analyse en terme de stocks d'IDE donne une image plus
significative que celle des flux puisqu’elle porte sur le résultat d'une longue période.
D’une part les stocks sont moins sensibles aux effets de conjoncture, d’autre part ils
évaluent l’ensemble des actifs détenus à l’étranger en incorporant également la
revalorisation de capital de même que le réinvestissement des bénéfices réalisés
localement.
Après un bref aperçu sur les stocks des IDE au niveau mondial, une esquisse sur le
cadre réglementaire et institutionnel en Tunisie sera présentée en tant que préambule à
l’analyse.
L’Investissement Direct Etranger a passé par une turbulente période au cours des
dernières années. Depuis 2008 les flux entrant des IDE n’ont cessé de se reculer de 9%
en 2008, 33% en 2009 et pour reprendre très modestement en 2010 avec 13%, et 17%
en 2011.
D’après la CNUCED, et en dépit des liquidités records dont disposent les sociétés
transnationales, cet excédent ne s’est pas traduit par de nouveaux flux d'IED; La
volatilité de l'environnement d'affaires, en particulier dans les pays développés, a fait
4
que les STN se sont restés relativement prudent concernant leurs plans
d'investissement. En outre, les facteurs de risque tels que l'imprévisibilité de la
gouvernance économique globale, une possible expansion de la crise de la dette
souveraine et des déséquilibres fiscaux et du secteur financier dans quelques pays
développés, une montée d’inflation et « des signes apparents d’un réchauffement dans
principales économies de marché émergentes », entre d'autres, pourraient dérailler le
rétablissement de l’IDE.
Pour l’année 2012, le stock mondial d’IDE s’établisse à 20 438 milliards. Ces IDE
sont concentrés sur certains pays phares témoignant d’une intégration inégale de
l’ensemble du monde dans la globalisation de l’économie.
L’analyse de l'évolution des stocks d'investissements par économies réceptrices au
cours des deux dernières décennies fait apparaître les points suivants :
- Une relative marginalisation des économies en développement, en moyenne 24% du
stock entrant mondial, au cours de la période allant de 1990 à 2004.
Graphique : Stocks d’Investissement Direct Etranger par économie (1990 – 2011)
25 000
économies développées économies en développement Le Monde
20 000
15 000
milliards $
10 000
5 000
0
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
- Un affermissement de la part des économies en développement dans le stock mondial
d’IDE, à partir de 23% en 2005 à 32% en 2011.
5
- Au sein des économies développées, l’Union européenne est le premier groupe
d’accueil, 7276 milliards de $ soit 56% des stocks entrant des pays développés.
- Au sillage des économies en développement, c’est l’Asie qui accumule la part la plus
importante ; 60% des stocks à destination des économies en développement.
Avec un montant de 1100 milliards de $, Hong Kong est le premier destinataire, avec
plus de un quart des stocks d’Asie et 17% des stocks d’IDE entrant des économies en
développement.
Graphique : Répartition de stock des IDE par région dans les pays en développement (2011)
Afrique 9%
Amérique Latine et les Caraïbes 31%
Asie 60%
En terme de forme d’IDE, et malgré que les Fusions et Acquisition (F&A) se sont
accrues de 53% par rapport à 2010, elles ne représentaient que 34% des IDE réalisés
en 2011.
Les investissements Green field quant à eux, et en dépit de leur repli pour deux années
consécutives, restent la forme d’IDE privilégié en 2011, avec 59% des IDE réalisés.
6
Graphique : évolution des IDE, des F&A et des Green Field
Greenfield F&A
2 500
IDE
2 000
1 500
1 000
500
0
2006 2007 2008 2009 2010 2011
En ce qui concerne la répartition sectorielle, les flux d'IED ont augmenté dans les trois
secteurs. Selon les données des projets d'IDE relatif à 2011, les IDE ont augmenté
dans le secteur des services de 16%, (après une forte contraction en 2009 et 2010, pour
atteindre 570 milliards de$) et dans le secteur primaire de 43%.
Les cinq plus grandes industries contribuent à la hausse des projets d'investissements
étrangers directs sont les industries extractives (mines, carrières et pétrole) et les
produits chimiques et les services publics (électricité - eau - gaz), les transports et les
communications, et autres services (principalement ceux liés à l'exploitation des
gisements de pétrole et de gaz),.
I. Investissement Direct Etranger en Tunisie
Cadre réglementaire et institutionnel
Les efforts de révision des procédures et l’approfondissement des réformes
structurelles visant l’intégration de la Tunisie dans le système économique
international, le renforcement des mécanismes du marché et l’amélioration de
l’environnement de l’investissement datent des années 70, et se sont intensifiés au
cours des années 90.
Le premier texte législatif du code des investissements fût adopté en 1969.
7
En 1972 fût promulguer la Loi n° 72 - 38 du 27 Avril 1972 en faveur des entreprises
exportatrices et la l’Agence de Promotion des Investissements (FIPA) fut créer et il lui
a été confié le rôle d'interlocuteur unique de l'investisseur.
Les années 80 ont été marquées par des réformes dont leur essence est d'ordre
réglementaire et organisationnel : nous assistons, ainsi au changement des attributions
des instances d’agrément (l’Agence de Promotion des Investissements Industriels
(API), le Centre National des Etudes Industrielles (CNEI) et l’Agence Foncière
Industrielle (AFI) se sont transformés en un organisme unique de promotion ayant
pour principale tâche, non plus le contrôle et l’approbation des projets comme par le
passé, mais plutôt la promotion des projets et l’assistance aux entreprises pour la
réalisation de leurs projets) , et à la re-définition du concept d’entreprise publique.
Les années 90 ont vue un redéploiement de la stratégie de l’Etat en matière de
renforcement et d'encouragement à l’investissement 2. On assiste ainsi, à l’instauration
des Zones Franches Economiques (ZFE) en 1993, à l’adoption d’un code unifié
3
d’Investissement entrée en vigueur le 1er janvier 1994, à l’application des
Programme de Mise à Niveau en 1995, et à l’instauration de la Zone de Libre Echange
entre la Tunisie et l’Union Européenne en 1996.
La décennie 2000 s’est caractérisée par la consolidation du programme de
privatisation, l’élargissement des domaines d’intervention de l’IDE (réalisation de
projets d’infrastructure notamment dans les domaines de la production d’électricité,
des autoroutes) et la diversification de ses modalités (concession et relèvement du
plafond d’acquisition des titres et des parts pour les investisseurs étrangers 4).
Le stock des IDE en Tunisie a suivi une tendance à la hausse jusqu’à 2011, son
montant s’est multiplié par plus que 5 fois depuis 1990, en réalisant un taux annuel
moyen de 108% au cours des vingt dernières années.
2
la fin des années 80 et le début de 90 a été caractérisée par une incohérence entre les incitations et
encouragements à l’investissement d’une part et la complexité des procédures d’autre part
3
Loi n° 93 - 120 du 27 décembre 1993
4
jusqu’à 49%, sans autorisation préalable en vue de faciliter la relance du partenariat et l’augmentation à hauteur
de 66% de la participation des investisseurs étrangers à la réalisation des projets de développement agricole et
d’aquaculture, ainsi que la suppression de l’autorisation préalable pour l’investissement étranger dans le secteur
des services connexes à l’industrie
8
Graphique : Stock des IDE en Tunisie (1973-2011)
40 000
35 000
30 000
25 000
20 000
15 000
10 000
5 000
197
197
197
197
198
198
198
198
198
199
199
199
199
199
200
200
200
200
200
201
3
1
0
Par comparaison aux autres pays du Sud Est de la Méditerranée jusqu’à 2003, la
Tunisie avait un stock d’IDE/PIB plus important que le groupe des pays sélectionné,
59% , comparé à 54% au Liban et 49% en Jordanie. Dés 2004, on assiste à une
modification dans le classement et la Tunisie se trouve au 3ème rang, après la Jordanie
et le Liban.
En 2011, la Tunisie détient un stock d’IDE représentant près de 68 pour cent de son
PIB.
Graphique : Stock d’IDE en pourcentage du PIB (1990 – 2011), en %
110
95
80
65 Tunisie Algérie Egypte Maroc
50 Liban
35
20
5
-10
9
II. IDE et création de l’Emploi
En décembre 2011, il existe en Tunisie 3135 entreprises à participation étrangère tous
secteurs confondus employant près de 325 milles personnes.
79% des entreprises étrangères se concentrent dans les industries manufacturières et
emploient 85% de la main d’œuvre.
Au sein des Industries manufacturières, le secteur de textile et habillement occupe la
première place, il emploie 54% des employés, suivie par l’Industrie Electrique et
Electronique 22% et l’industrie Mécanique, Métal, Métallurgie 7%.
Les implantations étrangères semblent privilégier des modes de production plus
intensifs en travail, et moins intensifs en capital, ce qui a eu, temporairement, un
effet positif sur les créations de l’emploi, car d’une part, une fois cette phase
d’adaptation passée, le niveau des créations d’emploi redevient dépendant du rythme
de la croissance potentielle, et la demande de facteurs de production sera beaucoup
plus influencée par les variations de la demande adressée aux entreprises que par le
coût relatif des facteurs de production. D’autres part, l’IDE a permis la résorption
d’une catégorie bien déterminée de main d’œuvre, celle à niveau d’instruction assez
limité à une période donnée, ceci n’étant plus possible avec la mutation de marché du
travail et l’augmentation du nombre des diplômés du supérieur.
III. IDE et transfert technologique
Si l’effet de l’IDE sur la croissance est généralement considéré comme positif, son
effet de transfert technologique est encore mitigé.
Les résultats de l’étude faite par l’ITCEQ en 2005 sur 358 entreprises pour la période
1997-20015, montre, qu’en adoptant l’approche Data Envelopment Analysis (DEA),
l’impact de l’IDE sur la Productivité Totale des Facteurs (PTF) est négatif -1,9% , ceci
étant confirmé au niveau des branches et des sous branches: Au niveau de l'ensemble
de l'échantillon, et pour l'ensemble de la période, les gains positifs réalisés grâce au
Progrès Technique (le taux de croissance moyen du PT a été de 11.2%) sont
5
Etude non publiée
1
contrebalancés par un effet négatif au niveau de Efficience Technique interne (une
variation de –11.8% au niveau de l'ET )
En adoptant une autre approche d’estimation, celle de la frontière d’efficience des
firmes, le résultat semble plutôt contrasté au niveau des branches. En effet, alors que
pour l’IME on dénombre le plus de firmes améliorant leur efficience technique (78
entreprises parmi 120), la branche THC est celle où l’on dénombre le plus de baisses
d’efficience technique (224 entreprises sur un total de 259 dont 93 entreprises à
participation étrangère et 68 entreprises non IDE exportatrices).
Autrement dit, l’IDE a contribué à l’amélioration de l’efficience des firmes dans la
branche de l’IME alors que la branche THC ne semble pas tirer profit de la présence
de l’IDE notamment du point de vue des gains.
IV. IDE et exportation
Les observations empiriques, sur la période 1997- 2010, témoignent de l'existence
d'une corrélation positive aussi bien entre les IDE et l'exportation (régime off shore)
qu’entre la balance commercial (off shore) et les IDE (aussi bien stock que flux).
(Graphique)
Balance Commerciale = f(IDE en stock)
40000
35000
y = 5.852x + 6343.
R² = 0.924
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 500 100015002000250030003500400045005000
1
Ainsi, l'hypothèse selon laquelle les IDE pourraient contribuer à relancer les
exportations du pays d'accueil est vérifiée, surtout que l'on est en présence d'une
majorité d'entreprises étrangères totalement exportatrices.
En 2011, la répartition par régime montre que la part des entreprises totalement
exportatrices est de 75% en nombre de projets, 78% en nombre d'emplois.
V. IDE et intégration
L’intégration au niveau régional et mondiale est tributaire de la nature des IDE, selon
que les IDE soient orientés par les actifs/ ressources, ou par l’efficience ou par le
marché.
Pour le cas où les IDE sont orientés par le marché, les Firmes Multinationales (FMN)
seront stimulées par le marché (d’ailleurs comme son nom l’indique): par sa taille, sa
structure, son dynamisme, l’accès par le biais de ce marché à d’autres marché,...dans
ce cas, l’IDE a un impact positif sur l’intégration régional et mondial du pays dans la
chaîne de valeur.
Alors que pour les deux autres cas, où les IDE sont orientés par les actifs /ressources
ou l’efficience, comme c’est le cas pour la Tunisie, l’impact de l’intégration se trouve
très limité. En effet, dans ces deux cas les FMN sont en quête de matières premières,
de travailleurs (non qualifiés et qualifiés) à moindre coût, coûts d’input ou de biens
intermédiaires. Par conséquent, l’IDE dans ce cas participe, davantage, à une logique
rentière que d’intégration de l’industrie locale (nationale) dans le réseau de la
production internationale.
Quoique les montants des IDE en provenance de l'Union Européenne (UE) soient en
baisse d’une année à l’autre ; de 2 516 Mdt en 2008 à 1 443 Mdt en 2010 à 1 146 Mdt
en 2011, l’UE demeure le principal investisseur en Tunisie: soit 72% du total des IDE
en 2011. Ce qui dénote une certaine vulnérabilité du tissu industriel national. Un
marché restreint principalement orienté vers l’exportation sur le marché de l’Union
Européenne.
1
Graphique : IDE par groupe de pays d'origine
en %
Autres 4%
Pays arabes 10%
Amérique 14%
Pays UE 72%
Source : FIPA, Compilation IEQ
Quant au niveau régional, l’analyse des implantations des entreprises étrangères 6, au
sein des régions et par gouvernorat montre qu’au cours de la dernière décennie le plus
grand nombre d’entreprises, d’IDE et d'emplois se fait dans les régions du Grand
Tunis, le Centre Est, et le Nord Est.
Le Grand Tunis abrite 32% des entreprises à participation étrangère, et 28% des
emplois, Le Nord Est renferme 28% des entreprises participation étrangère, et 33% de
la main d’œuvre employé.
Tableau : Répartition régionale des Entreprises à participation étrangère
situation Décembre 2011 , (hors énergie)
Nombre Nombre
% %
d'Entreprise d'Emplois
Grand Tunis 956 31 88 703 27,6
Nord Est 839 28 106 148 33,1
Nord Ouest 89 3 15 386 4,8
Centre Est 989 33 91 482 28,5
Centre Ouest 64 2 9 236 2,9
Sud Est 69 2 5 614 1,7
Sud Ouest 34 1 4 561 1,4
TOTAL 3 040 100 321 130 100
6
Hors énergie.
1
Source : FIPA
Le fait que,
1- les entreprises IDE ne peuvent écouler sur le marché local q’une partie
minime de leur production : dans une proportion ne dépassant pas 20 % pour les
sociétés industrielles et de service et 30 % pour les sociétés agricoles, de pêche et
agroalimentaires.
2- l’importation des biens d’équipement, des matières premières, des semi-
produits, des moyens de transport de marchandises ainsi que de tout autre article
nécessaire à l’activité, est faite en franchise totale des droits et taxes et en suspension
des formalités de commerce extérieur et de change.
Tout ceci a crée davantage de cloisonnement des sociétés étrangères en Tunisie. Ainsi
même au niveau national, on assiste à une non intégration et à un désenclavement des
sociétés étrangères dans le tissu industriel national : plus de 90% des entreprises à
participation étrangère se concentrent dans les régions côtières.
VI. IDE et Balance de Paiement
Un autre indicateur permettant de juger du degré de l’intégration des sociétés
étrangères étant l’investissement des bénéfices des IDE, versus les revenus des IDE.
Le tableau suivant illustre les IDE, les revenus des IDE ainsi que le rapport Revenu
des IDE /flux IDE.
Tableau : IDE et revenus des IDE
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
IDE (1) 1068.4 700 1169.8 757.1 799.2 1018.7 4406.5 2075.3 3403.7 2288 2175
Revenus
640.6 690.3 668.2 685.1 882.4 1247.8 1315.4 1951.3 2412.3 2144.5 2373.9
d'IDE (2)
(2)/(1)en % 60 99 57 90 110 122 30 94 71 94 109
Unité : millions de dinars
Source : BCT, Balance de paiement différents numéros
1
Il en sort de ce tableau, que hormis les années de privatisation (2000, 2002, 2006) où il
y a eu d’important drainage de flux d’IDE, les revenus d’IDE rapatrié excèdent les ¾
des IDE. On assiste même à des sorties plus importantes que les entrées en 2004, 2005
et en 2010, soient respectivement 110, 122, et 109 fois de sorties.
Cette situation n’est pas propre à la Tunisie, l’Algérie et le Maroc n’en diffèrent pas
trop. Bien au contraire, la situation de la Tunisie est bien meilleure. (voire tableau)
Tableau : Revenu des IDE en % des flux d’IDE
Rev
IDE/IDE 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
Tunisie 60 99 57 90 110 122 30 94 71 94 109
Algérie n.d n.d n.d n.d n.d 507 351 325 239 215 n.d
Maroc 196 32 217 51 157 465 362 309 389 581 197
Égypte 7 6 14 20 3 12 9 9 7 31
Jordanie 4 12 18 9 5 4 4 6 9 12 17
Source : WIR (UNCTAD) et GDF (WB)
L’Egypte et la Jordanie, ne suivent pas les même scénarios que les pays du Maghreb
et ce, malgré que les cinq pays, aussi bien du maghreb que ceux du machrék adoptent
dans leurs législations le libre rapatriement des bénéfices. Comment explique t-on
ceci ?
A mon sens la réponse est à retrouver dans l’origine des investissements. Alors que les
investisseurs présents au Maghreb sont plutôt des investisseurs européens, les
investisseurs du Machrek sont plutôt des investisseurs américains qui sont connus par
le réinvestissement de leur bénéfices 7 .
Donc les bénéfices gagnés ne sortent pas des pays hôtes bien au contraire ils sont
réinvestis.
Alors que les investisseurs européens si, j’ose les qualifier, des investisseurs plus
conservateurs, pas trop averse au risque, ils investissent plutôt dans les fusions et
acquisition
7
Nous lisons dans le rapport sur l’Investissement mondial (2012) , p5 « L’IED en provenance desÈtats-
Unis a été alimenté par un niveau record de bénéfices réinvestis (82 % du total des sorties
totales d’IED) »
1
Les entreprises étrangères en Tunisie sont pour leur essence des entreprises
européennes (89 % en 2011), les entreprises américaines ne représentent que 3%.
Ainsi, les entreprises étrangères au titre d’IDE en Tunisie ne sont pas intégrées a
l’échelle nationale ; leurs bénéfices réalisés sont rapatriés.
VII. Le coût des incitations à l’investissement
K. Ghazouani (2011) dans son étude sur l’évaluation des incitations à l’investissement
privé 8, juge que les incitations accordées dans le cadre du Code d’Incitations à
l’Investissement sont généreuses, ils ont représenté, en moyenne, sur la période (1994-
2007), 2,14 % de la richesse nationale, environ 10,76 % des recettes de l’Etat et
9,05% de ses dépenses de gestion et de développement.
La part des incitations dans le PIB (INC) a été, même, bien supérieure à celle des IDE
en 1997, 2001, et 2003 (tableau) ;
Tableau : la part des incitations dans le PIB et la part des IDE dans le PIB (%)
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
INC 2,48 2,42 2,24 1,92 2,19 2,59 2,18 2,43 2,42 2,02 0,85 0,77 1,72 1,68
IDE 1,8 1,8 1,4 1,9 3,4 1,8 4 2,4 3,9 2,3 2,3 2,7 10,7 4,6
Source : Ghazouani (2011)
Outre son aspect coûteux, l’auteur trouve qu’empiriquement, les incitations n’ont pas
d’effet ni sur la croissance économique, ni sur la croissance de l’emploi, ni sur
l’investissement lui-même. « son élimination renforce le pouvoir explicatif des
variables traditionnelles déterminantes de la croissance économique (à savoir le
niveau d’infrastructure, la stabilité macroéconomique, le capital Humain, et
l’investissement privé ) »9.
8
K, Ghazouani (2011) “Evaluation des incitations à l’investissement privé: Cas du Code d’Incitation à
l’Investissement », Centre Tunisien des Etudes Economiques, Maison de l’Entreprise 30 juin 2011
9
Idem
1
De même, d’autres investigations empiriques dans le cadre du Modèle à Correction
d’Erreur, lui ont, aussi, permis de montrer , qu’à terme, les incitations sont de moins
en moins nécessaires à la croissance économique .
1
Conclusion
Il en ressort de ce qui précède que l’Investissement Direct étranger, en Tunisie, est
inefficient : il a bénéficié d’avantages sans pour autant pouvoir réalisé les objectifs
escomptés .
Chercher à l’attirer davantage sans penser à ses coûts serait une investigation non
justifiée.
Il faut croire à l’idée de Porter, selon laquelle « les facteurs de production sont créés et
non pas hérités » ; les matières premières, la main d’œuvre qualifiée, l’infrastructure
peuvent être créés.
Le monde est dynamique, les nations doivent être au même degré des mutations, les
entreprises doivent garder leur niveau de productivité et être de ce fait, innovant. Ceci
n’est possible que si les Etats agit en tant que catalyseur, pour aider les entreprises à
élever leurs aspirations, favoriser la concurrence, et faciliter l’échange et la circulation
de l’information. Il serait opportun de stimuler la rivalité locale en limitant
l’intervention mais en imposant la réglementation.
Autrement dit, pour relancer la croissance économique, pour résorber le
chômage, il faut résoudre les problèmes localement, les flux extérieurs ne sont que
complémentaires. Il faut compter sur les ressources nationales, les cadrer pour en tirer
des avantages.
Construire un nouveau code d’investissement serait à mon sens un investissement non
rentable du moment où l’investissement étranger a montré ses limites pour atteindre
les objectifs et d’autant plus que les incitations n’ont pas eu d’effet sur la croissance
économique.
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Références Bibliographiques
- Banque Centrale, « Balance des Paiements », différents numéros
- Banque Mondiale, «Global Development Finance»
- CNUCED (2011) « Rapport sur l’investissement dans le monde : vers une nouvelle
génération de politiques d’investissement »
- FIPA, http://www.investintunisia.tn/
- Kamel Ghazouani (2011) « Evaluation des incitations à l’investissement privé: Cas
du Code d’Incitation à l’Investissement », Centre Tunisien des Etudes Economiques,
Maison de l’Entreprise 30 juin 2011
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