EXPLICATION DE TEXTE « ROMAN », CAHIERS DE DOUAI, RIMBAUD 1870
Le texte analysé est un poème intitulé "Roman" tiré des Cahiers de Douai écrits par Arthur
Rimbaud en 1870. Rimbaud, figure majeure de la poésie française, est connu pour son œuvre
révolutionnaire qui remet en question les normes poétiques impersonnelles du Parnasse
(traditionnelles). Ce poème reflète ses propres expériences de fugue et son désir d’évasion, offrant
un regard profond sur sa quête de liberté et d’identité à travers l’écriture.
LECTURE DU TEXTE
Comment le poème "Roman" de Rimbaud s’affranchit des codes du lyrisme poétique traditionnel?
Mouvement
Commençons par Le titre « Roman » qui est antithétique et place le lecteur dans une position
paradoxale. Puisqu’il va lire un poème qui porte le titre d'un autre genre littéraire. Le poème se
découpe en chapitres numérotés (I, II, III, IV) comme si le poète voulait détruire les frontières de
genres pour créer une littérature nouvelle. Pour les mouvements on reprendra donc se découpage.
Le poème se compose de 8 quatrains en alexandrins qui suivent une progression narrative
classique. Le premier mouvement établit l'atmosphère insouciante de la jeunesse, le deuxième
évoque l'ivresse de la découverte amoureuse, le troisième met en scène l'objet du désir, et le
quatrième confronte l'euphorie amoureuse à la réalité sociale.
I-Mouvement 1 : L’insouciance de la jeunesse
Le premier mouvement présente le cadre spatio-temporel précis qui rappelle le genre du roman.
« dix-sept ans » « un beau soir », « des cafés », « des tilleuls vert », « la ville n’est pas loin »
La situation initiale est quant à elle posé dès le premier vers « on n’est pas sérieux, quand on
a dix-sept ans » avec un lien de cause à effet entre l’adjectif « sérieux » mis en évidence par la
diérèse et l’âge du poète qui a effectivement 17 ans au moment où il écrit ce poème.
Arrive ensuite l’élément perturbateur qui va tout bousculer. « Un beau soir, foin des bock ». Le
mot "foin" renvoie à l'idée de rejet ou d’abandon, tandis que « un beau soir » évoque un moment
particulièrement propice à l’évasion. Ainsi, ce vers introduit le thème de la quête d’une
expérience plus authentique et plus profonde.
L’utilisation du présent de vérité général et le pronom impersonnel « on » suggère une histoire
personnelle mais aussi universelle. Rimbaud se libère ainsi du « je » lyrique. Le présent de
narration confère au poème une vivacité et une immédiateté, invitant le lecteur à plonger dans
l’instant présent décrit par le poète.
Dans ce mouvement Rimbaud célèbre l’âge de dix-sept ans, symbole de l’insouciance juvénile. Il
évoque une ambiance estivale, où les « tilleuls verts de la promenade » et les « cafés tapageurs aux
lustres éclatants » incarnent cette liberté propre à la jeunesse. L’utilisation du vers libre et d’une
ponctuation irrégulière accentue ce sentiment de légèreté, renforcé par l’hyperbole « On n’est
pas sérieux ». D’ailleurs Rimbaud adaptera un ton léger et familier tout au long du poème, loin de
la solennité svt associée à la poésie lyrique.
II-Mouvement 2 : L’ivresse de la découverte amoureuse
Dans le second mouvement, Rimbaud décrit une ambiance propice à la rencontre avec la
périphrase du ciel étoilé mais accompagné de terme dépréciatif. « Petit »
« sombre » « mauvais ». « La mauvaise étoile » qui s’oppose à la bonne étoile présente avec une
ironie tragique qui annonce une fin malheureuse. Le poète fait ainsi un éloge ambigu de la nature
qui prend la aussi ses distances avec le lyrisme.
Le champ lexical des sensations, « sent, parfum palpite aperçoit » convoque tous les sens.
Cette convocation des sens apporte une ivresse intérieur renforcé par le champ lexical de
l’alcool « bock » « vigne » « bière » « champagne » « monte à la tête » mais cette ivresse est celle
de l’amour, mis en évidence par les termes de sensualité « Lèvres » « baiser » « palpite ».
Quant à la comparaison du champagne à la sève renvoie à la nature mais pour la subordonner
finalement aux désirs amoureux. La nature n’est là que pour donner une couleur romanesque aux
rêveries de l’adolescent. Cette comparaison inattendue déroute les attentes du lecteur et éloigné
le poème des conventions poétiques établies.
III- Mouvement 3 : La romance idéalisée
Dans le troisième mouvement Rimbaud utilise des images romanesques pour décrire l'idéalisation
de l'amour, avec des références aux romans. La présence d'une jeune fille « demoiselle aux petits
airs charmants" accompagnée de la figure menaçante de son père au « faux col effrayant », crée
une tension dramatique dans le poème. La structure symétrique des vers et l'utilisation de rimes
riches : « romans/ charmant », « réverbère/ père » renforcent l'aspect lyrique et romantique du
texte. L’introduction du néologisme « Robinsonne », et le mot « roman » fait référence aux romans
d’aventure et symbolise ainsi son désir de renouveau et d’expérimentation.
Le glissement du pronom impersonnel « on » à la deuxième personne du pluriel « vous » crée un
effet d'identification entre le poète et le lecteur. Le lecteur devient malgré lui le héros du poème
mais un héros qui à perdu sa contenance présenté comme « immensément naïf ». Tandis que la
jeune fille semble plus assurée et maîtrise la séduction. Sentiment renforcé par l’allitération en
« T », « Tout en faisant TroTTer ses peTiTes » qui semble mimer le son des bottines et le vers
suivant « Elle se tourne, alerte d’un mouvement vif » donne un effet de mise en scène.
Ce mélange de registre est atypique pour le lyrisme traditionnel qui privilégie souvent une tonalité
uniforme.
IV- Mouvement 4 : La désillusion de l’amour
Dans cette dernière partie, Rimbaud aborde avec ironie le passage à l’âge adulte et la désillusion
qui l’accompagne. La figure de l’adorée, qui se moque des sonnets du poète, le vers « -puis l’adorée,
un soir a dédaigné vous écrire… ! » met en avant un contraste entre l’importance de la personne
qui écrit, décrite comme « adorée », et le fait qu’elle ait seulement « daigné » écrire, suggérant ainsi
une non réciprocité des sentiments amoureux. Le vers « Loué jusqu’au mois d’aout » lui nous
rappel que ce n’est finalement qu’un amour de vacances qui prend fin.
l’antithèse avec « Vous êtes amoureux » puis « Vous êtes mauvais goût » pour souligner le
changement d’attitude envers l’amour.
Le retour aux « cafés éclatants » marque le retour à la réalité et la perte de l’innocence de la
Jeunesse.
Rimbaud utilise l’anaphore avec la répétition de « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
», renforçant l’idée de la jeunesse comme période d’insouciance.
Enfin, Rimbaud prend une distance ironique face à son propre lyrisme et a ses émotions
d’adolescent. Le vers « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » mime ainsi la sagesse d’une
personne plus âgée. Cette distance ironique est symbolisée par deux procédés d’écriture
redondants.
les 9 points de suspensions « … » qui sur jouent ironiquement un suspense imaginaire.
Le mouvement circulaire du poème. En effet, le premier quatrain est repris par le dernier
quatrain avec les mêmes rimes « limonade/ promenade » mais dans un ordre inversé comme si
l’écriture remontait le temps.
En conclusion, Rimbaud, à travers son œuvre « Roman », explore avec subtilité et sensibilité des
thèmes tels que l’insouciance juvénile, la fascination pour la nature, l’idéalisation de l’amour et la
désillusion qui en découle. Ce poème représente une forme d’émancipation poétique où Rimbaud
fusionne deux genres littéraires, ainsi que deux registres aussi éloignés que l’ironie et le lyrisme,
dépassant ainsi les codes de la poésie classique pour exprimer sa vision et sa liberté créatrice. En
outre, on peut établir un lien entre ce poème et « Ophélie », où Rimbaud joue à nouveau avec les
codes du roman.