Justice et réconciliation en RCA
Justice et réconciliation en RCA
Claire Parjouet
« Nous allons poursuivre la réconciliation nationale […]. Les auteurs, coauteurs, et complices
présumés de ces crimes imprescriptibles commis contre le peuple centrafricain seront recher-
chés, arrêtés, et traduits devant les juridictions compétentes » 1. Prononcées par le Président de
la République Faustin Archange Touadéra au lendemain de sa réélection en 2021, ces phrases
mettent en évidence l’importance de la justice dans le processus centrafricain de réconciliation.
Et pour cause, malgré l’aboutissement d’une transition constitutionnelle en 2016 et d’un nou-
veau processus de paix en 2019, la violence politique et armée continue de sévir en Répu-
blique Centrafricaine. Au point qu’il reste impossible à ce jour de chiffrer avec précision le
nombre de victimes de violation des droits de l’Homme et du droit international humanitaire
depuis 20032. Seules les données publiées en mai 2021 par l’Agence des Nations Unies pour
les réfugiés sont disponibles : le pays compte plus de 790 000 déplacés internes et plus de
690 000 centrafricains ont fui à l’étranger3. Autres conséquences de la continuité de la violence
: près de la moitié de la population nécessite une aide humanitaire pour survivre et près d’un
tiers se trouve dans une situation de vulnérabilité chronique et/ou d’insécurité alimentaire4.
1
Extrait du discours du Président de la République Félix Archange Touadéra, 19 janvier 2021, en ligne :
https://www.dw.com/fr/ecoutez-lextrait-du-discours-du-pr%C3%A9sident-touad%C3%A9ra/av-56271544
2
Le Rapport du Projet Mapping dresse toutefois un portrait assez précis de la situation entre 2003 et 2015. De
même, un travail important de recensement régulier des violences basées sur le genre est actuellement mené
grâce au Système de Gestion des Informations liées à la Violence Basée sur le Genre, mais ce dernier reconnaît
encore des difficultés. Ses rapports précisent régulièrement que : « Les données partagées sont seulement des cas
déclarés, et ne sont pas représentatifs de l'incidence totale ou la prévalence de la violence basée sur le genre
(VBG) en Centrafrique ». Voir par exemple, Rapport statistique du 1er trimestre 2020, GBVIMS, en ligne :
https://www.humanitarianresponse.info/sites/www.humanitarianresponse.info/files/documents/files/3_rapport_t1
_gbvim_2020.pdf
3
Portail de données opérationnelles, Agence des Nations Unies pour les réfugiés, consulté au mois de juin 2021,
en ligne : https://data.unhcr.org/en/situations/car#_ga=2.35454369.1050194312.1624526694-
1655304870.1624526694
4
Rapport de situation en République Centrafricaine, Bureau de la coordination des affaires humanitaires des
Nations Unies, mis à jour le 23 juin 2021, consulté en au mois de juin 2021, en ligne :
https://reports.unocha.org/fr/country/car
5
P. Hazan, « Réconciliation », in V. Chetail (dir.), Lexique de la consolidation de la paix, Bruxelles, Bruylant,
2009, 574pp., p.337-364, spé. p. 337.
autorités publiques6. Il pose cependant avec acuité la question de la lutte contre l’impunité, et
donc celle de la mise en œuvre d’une justice. L’absence récurrente de sanction pénale est en effet
présentée comme un facteur explicatif de la continuité des violences7.
Tandis que la première repose sur l’idée d’une sanction pénale, la justice transitionnelle a
pour mission de « permettre aux sociétés et communautés meurtries de prendre un nouveau
départ, d’instaurer ou de restaurer le maintien d’une paix durable et de mettre en place des
sociétés plus démocratiques et plus justes »9. Par conséquent l’expression « justice transition-
nelle » désigne – dans une acception large du terme – « l’ensemble des mesures visant à faire
face à un passé qui a connu des atrocités de masse et des violations massives des droits de
l’homme »10. Loin de s’opposer, justice pénale et justice transitionnelle se complètent, et doi-
vent être pensées conjointement pour plus d’efficacité. Cette complémentarité permet notam-
ment aux États, lorsque le système judiciaire ordinaire ne permet pas une réponse entièrement
6
Voir par exemple : Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix, Gouvernement de la Répu-
blique Centrafricaine, Bangui, 2016, 108pp., consulté en juin 2021, en ligne :
http://extwprlegs1.fao.org/docs/pdf/caf163570F.pdf
7
J-F Akandji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une
justice pénale internationalisée en République Centrafricaine », Revue belge de droit internationale, 2017, p.
129-154, spé. à la p. 131.
8
Cette obligation a dans un premier temp été affirmée par la Cour permanente de justice internationale dès 1938
dans l’affaire de l’Usine de Chorzow, avant d’être reprise et développée par la jurisprudence de la CIDH, de la
CEDH et de la CPI. Elle est également présente au sein du droit internationale écrit et coutumier, comme la règle
n°150 du droit international humanitaire coutumier par exemple.
9
A.-M. La Rosa, X. Philippe, « Justice transitionnelle », in V. Chetail (dir.), Lexique de la consolidation de la
paix, Bruxelles, Bruylant, 2009, 574pp., p.257-273., spé. p.260-261.
10
CS/14109, 8723e séance, 13 février 2020, « Conseil de sécurité : les délégations insistent sur des mécanismes
de justice transitionnelle adaptés aux contextes nationaux », en ligne :
https://www.un.org/press/fr/2020/cs14109.doc.htm, consulté au mois d’août 2020. Pour une approche historique
de la justice transitionnelle voir : É. Matignon, La justice en transition. Le cas du Burundi, Paris, Institut Univer-
sitaire Varenne, « Collection des thèses », n°45, 2013,652pp., spé. p. 24-34, K. Picard, La responsabilité de
l'État du fait du préjudice historique. Réflexion sur la possible reconnaissance d'un dommage constitutionnel,
Paris, Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie, 2019, 456 p., spé. par. 111-113 ; L.-M. Gutiérrez
Ramírez, Justice transitionnelle et Constitution, Paris, Institut Universitaire Varenne, « Collection des thèses »,
n°171, 2018, 611pp., spé. p. 9-18.
pénale, de remplir leurs obligations internationales, mais surtout de satisfaire les attentes des vic-
times11.
Car en République Centrafricaine, l’obligation d’apporter une réponse judiciaire aux crimes
commis résulte certes du droit national et des engagements internationaux du Gouvernement
centrafricain12, mais plus concrètement, il s’agit surtout d’une demande de la population. Le
Rapport général du Forum national de Bangui13 mentionne en ce sens « l’impunité-zéro »,
« pas de réconciliation sans justice » et « la lutte contre l’impunité et la traduction en justice
des auteurs, co-auteurs et complices des crimes » comme les trois premières exigences de la
population centrafricaine en termes de justice14. Réconciliation et justice semblent ainsi liées,
supposant la concrétisation de droits spécifiques des victimes : le droit à la vérité, le droit à la sanc-
tion, le droit à la réparation et le droit à la non-répétition des violences.
Deux institutions se voient spécifiquement missionnées pour répondre à ces besoins. La Cour
Pénale Spéciale (CPS )15 et la Commission Vérité Justice Réconciliation et Réparation
(CVJRR) donnent respectivement suite aux demandes d’« entamer des poursuites judiciaires
pour les crimes graves perpétrés pendant la récente vague de violence » et permettent de « ré-
pondre à [un] objectif de clarification historique et [d’]assurer un récit historique officiel et
incontestable de ce qui s’est passé » dans le cadre du conflit16.
Or, dans un contexte encore marqué par la violence, qu’est-il possible d’espérer de leur travail
et de leur collaboration ? Quelles sont les perspectives de réussite et les enjeux à prendre en
compte ?
Répondre à ces interrogations impose en partie une méthodologie juridique, visant l’analyse
des textes de loi adoptés dans le cadre du processus de réconciliation afin de mettre en lu-
mière la complémentarité entre justice transitionnelle et justice pénale dans le processus cen-
11
L’exemple de la collaboration entre les juridictions pénales et la Commission vérité et réconciliation en
Afrique du Sud à la suite de la transition démocratique illustre cette complémentarité.
12
Rapport du Projet Mapping documentant les violations graves du droit international des droits de l’homme et
du droit international humanitaire commises sur le territoire de la République centrafricaine de janvier 2003 à
décembre 2015, mai 2015, 388pp., spé. p. 244-252.
13
Pour une présentation générale du Forum de Bangui, voir : A. Yaliki, Quelle justice pour une réconciliation
nationale ? Cas de la République Centrafricaine et de la République de Côte d’Ivoire, Thèse de doctorat, Uni-
versité Paris-Est, 2018, version HAL [en ligne], 461pp., spé. p. 267-281.
14
Rapport général du forum national de Bangui, Présidium du Forum National de Bangui, Bangui, 04-11 mai
2015, 138pp., spé. p. 35.
15
Sur le déroulement du processus d’élaboration de la CPS, voir notamment : J-F Akandji-Kombé, C. Maia,
« La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une justice pénale internationalisée en
République Centrafricaine », Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154, spé. p. 134-137.
16
Rapport du Projet Mapping, supra note 11, spé. p. 304 et 308.
trafricain de réconciliation. Mais cette seule approche serait lacunaire pour présenter les défis
auxquels ces mécanismes doivent faire face. Une étude du contexte d’application des diffé-
rentes lois s’impose dès lors.
Par suite, apporter une réponse tranchée à la question de l’efficacité des mécanismes de jus-
tice pénale et transitionnelle mis en place se révèle complexe, notamment parce que si la CPS
fonctionne aujourd’hui, accusant cependant un certain nombre de dysfonctionnements, la
CVJRR est encore en cours d’opérationnalisation. Il reste toutefois possible de remarquer que
le système de réconciliation pensé par le législateur centrafricain se révèle idéalement structu-
ré (I), même si parvenir à construire un « vivre-ensemble » grâce à la justice pénale et transi-
tionnelle demeure complexe (II).
La complémentarité entre les travaux de la CPS et ceux de la CVJRR est perceptible dès la pré-
sentation des objectifs de ces deux institutions. Alors que la première est en charge de la lutte
contre l’impunité aux côtés d’autres juridictions, la seconde se voit attribuer les objectifs suivants :
« l’établissement de la vérité », « la recherche de la justice », « le rétablissement de la dignité des vic-
times » et « la réconciliation nationale »17. Deux missions distinctes, auxquelles correspondent
des compétences spécifiques mais complémentaires.
17
Loi n°20.009 portant création et fonctionnement de la Commission vérité, justice, réparation et réconciliation,
art. 4.
Centrafricaine depuis le 1er janvier 2003 […], notamment le crime de génocide, les crimes
contre l’humanité et les crimes de guerre objet des enquêtes en cours et à venir »18. Le champ
de compétence matériel, temporel et personnel de la CPS se révèle particulièrement large, et
ce d’autant qu’il ne se limite pas aux principaux responsables des crimes commis19.
L’ampleur de la tâche n’est ainsi pas des moindres, ce qui explique la complémentarité envi-
sagée entre les différentes juridictions à l’œuvre.
En effet, la CPS s’insère dans un système pénal comprenant les juridictions nationales – les
sessions criminelles organisées à Bangui, Bouar et Bambari et les tribunaux militaires – et la
Cour Pénale Internationale (CPI). La compétence de la CPS n’étant pas exclusive, le législa-
teur a tenu à orchestrer les interventions de chaque juridiction. Par conséquent, la compétence
de la CPI prime sur celle de la CPS, qui prime à son tour sur celle des juridictions natio-
nales20. Pour autant, cette primauté ne signifie pas compétition. À l’inverse, l’objectif pour-
suivi est celui d’une collaboration entre les différentes institutions judiciaires afin d’apporter
la réponse la plus adaptée possible en termes de justice pénale21. Par exemple, la Loi portant
procédure de règlement et de preuve devant la CPS impose la consultation du Procureur de la
CPI par le Procureur de la CPS durant l’élaboration de la Stratégie d’enquête et de poursuite
(Stratégie)22. Par ailleurs, la rédaction de cette Stratégie se révélait nécessaire, notamment
pour organiser la répartition des affaires entre la CPS et les juridictions nationales. Il est ainsi
précisé que « [l]a sélection des affaires par la CPS devra tenir compte du rôle des autres juri-
dictions ayant une compétence concurrente avec la CPS, et des règles de compétence et de
complémentarité qui les régissent »23. Ce travail de sélection se voit par conséquent guidé par
certains critères permettant au Procureur de la CPS, lorsqu’il est saisi, de conserver l’affaire
18
Loi n°15.003 portant création, organisation et fonctionnement de la Cour Pénale Spéciale, Journal officiel de la
République Centrafricaine, 05 juin 2015, 56ème année, n°05, art. 3.
19
Stratégie d’enquêtes, de poursuites et d’instruction, Cour Pénale Spéciale, spé. p. 9 ; J-F Akandji-Kombé, C.
Maia, « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une justice pénale internationali-
sée en République Centrafricaine », Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154, spé. p. 143-148.
20
Code Pénal Centrafricain, Art. 152 – 157 et 162 ; Code de Procédure Pénale, Art. 219 ; Loi n°15.003, supra
note 15, art. 3 : Loi n°18.010 portant règlement de procédure et de preuve devant la Cour Pénale Spéciale de la
République Centrafricaine, Journal officiel de la République Centrafricaine, 1 août 2018, 58 ème année, n°05, art.
11 et 14. Voir à ce sujet : J-F Akandji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la
mise en place d’une justice pénale internationalisée en République Centrafricaine », Revue belge de droit inter-
nationale, 2017, p. 129-154, spé. p. 152-153.
21
Voir en ce sens : I. Grebenyuk, « La Cour pénale spéciale centrafricaine : une illustration de la « complémen-
tarité élargie » ? », Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2018, n°1, pp. 1-20.
22
Loi n°18.010, supra note 17, art. 41.
23
Stratégie d’enquêtes, de poursuites et d’instruction, Cour Pénale Spéciale, spé. au par. 21.
ou de la renvoyer vers une juridiction nationale. À l’inverse, une juridiction nationale peut
également choisir de se dessaisir d’une affaire en faveur de la CPS24.
La collaboration apparaît donc nécessaire entre les institutions judiciaires25. Elle l’est égale-
ment avec les mécanismes de justice transitionnelle.
Bien que n’ayant aucun pouvoir judiciaire26, la mission de la CVJRR participe du bon fonc-
tionnement de la lutte contre l’impunité. Plus précisément, il lui revient : « d’enquêter,
d’établir la vérité et situer les responsabilités sur des graves évènements nationaux depuis le
29 mars 1959 […] jusqu’au 31 décembre 2019 »27. Les pouvoirs qui lui sont conférés pour y par-
venir sont à la hauteur de la mission : la CVJRR peut enquêter, auditionner, obtenir l’aide des services
du ministère public pour réaliser une perquisition, accéder à toute archive… Autant de compétences
qui doivent entre autres lui permettre d’obtenir la preuve de la culpabilité des auteurs présumés de
violations des droits de l’Homme, pour ensuite « faire des recommandations sur le sort à leur réser-
ver »28.
Il s’avère donc possible, suite à l’étude des mandats de chaque institution, de conclure dans un
premier temps à une complémentarité idéale dans la mise en œuvre de la justice transition-
24
Ibid, spé. au par. 51-62 ; Loi n°15.003, supra note 15, art. 35/36.
25
Un autre aspect de l’intégration au sein du système judiciaire national est le recours de principe au Code de
procédure pénale centrafricain. Voir à ce sujet : J-F Akandji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spéciale centra-
fricaine : les défis de la mise en place d’une justice pénale internationalisée en République Centrafricaine »,
Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154, spé. p. 138-139.
26
Loi n°20.009, supra note 14, art. 2.
27
Loi n°20.009, supra note 14, art. 1er.
28
Loi n°20.009, supra note 14, art. 6.
29
Loi n°18.010, supra note 17, art. 15.
30
Loi n°20.009, supra note 14, art. 38-39.
nelle et de la justice pénale en vue de la lutte contre l’impunité. S’y ajoutent des choix procé-
duraux travaillant à l’efficacité du processus.
Dans le contexte centrafricain, mettre en place un système cohérent de lutte contre l’impunité
suppose de tenir compte de plusieurs impératifs. Sans que le propos ne soit ici exhaustif, plu-
sieurs points de procédure méritent d’être soulignés, comme autant d’éléments apportant des
réponses intéressantes aux besoins du moment31.
Concernant l’ampleur de la tâche à accomplir tout d’abord, les modalités de saisine de la CPS
comme de la CVJRR sont suffisamment larges pour qu’un maximum de violations des droits
de l’Homme puisse faire l’objet d’une enquête. En effet, le Procureur de la CPS peut être saisi
par toute victime mais également s’auto-saisir afin qu’une enquête préliminaire soit menée sur
les fait concernés. Il demeure ensuite souverain concernant la suite à donner à l’affaire. Paral-
lèlement à toute action devant une juridiction judiciaire, les victimes peuvent saisir la CVJRR
par le dépôt d’une plainte32. Il s’avère ainsi possible pour toute victime d’obtenir a minima
des réponses de la Commission – son mandat matériel et temporel étant plus large que celui
de la Cour – et a maxima d’avoir recours aux mécanismes judiciaire et extra-judiciaire.
Pour autant, la seule saisine n’est pas suffisante : encore faut-il que l’impartialité de la justice
soit assurée. Le choix du caractère hybride de la CPS répond pour partie à cette attente, la pré-
sence de magistrats non-centrafricains visant notamment à assurer l’indépendance de la juri-
diction33. Par exemple, le Procureur de la Cour, étant une personnalité internationale, est sup-
posé « affranchi des pressions centrafricaines [et] censé garantir l’indépendance et
l’impartialité des enquêtes »34. Outre cette supervision internationale, l’inamovibilité des ma-
gistrats, et leur possibilité de se déporter ou de se récuser d’une affaire travaillent à
31
Sur les enjeux de la mise en œuvre de la CPS voir notamment : Human Rights Watch, « En quête de justice » :
La Cour pénale spéciale, une nouvelle opportunité pour les victimes centrafricaines, 2018, 34pp. ; sur les enjeux
et les modalités d’élaboration de la CVJRR, voir notamment : A. Yaliki, Quelle justice pour une réconciliation
nationale ? Cas de la République Centrafricaine et de la République de Côte d’Ivoire, Thèse de doctorat, Uni-
versité Paris-Est, 2018, version HAL [en ligne], 461pp., spé. p. 262-266.
32
Loi n°15.003, supra note 15, art. 34 ; Loi n°20.009, supra note 14, art. 44.
33
Sur la question de l’affirmation de l’indépendance et de l’impartialité de la CPS, voir notamment : J-F Akand-
ji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une justice pénale
internationalisée en République Centrafricaine », Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154, spé. p.
139-140.
34
I. Grebenyuk, « La Cour pénale spéciale centrafricaine : une illustration de la « complémentarité élargie » ? »,
Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2018, n°1, pp. 1-20, spé. p.2.
l’indépendance de la Cour35. La même attention est portée à la composition de la Commis-
sion. Concernant leur recrutement, les commissaires doivent notamment « être [impartiaux]
par rapport aux positions des partis politiques, des groupes de rebellions armées, des organisa-
tion/sociétés privées et des États étrangers »36. Ils jouissent ensuite d’une immunité destinée à
assurer leur indépendance mais peuvent être démis de leurs fonctions « suite à une défaillance
prévue par le règlement intérieur et après audition de l’intéressé »37. Enfin, si l’attention prin-
cipale semble portée sur les victimes et parties civiles, les droits fondamentaux de la défense
et la protection des inculpés et des accusés sont également affirmés38. L’impartialité des pro-
cédures semble ainsi assurée des deux côtés, permettant non seulement de conforter l’idée
d’une réconciliation « juste » mais aussi de renforcer les principes fondamentaux de l’État de
droit.
En plus de l’assurance d’une procédure impartiale – gage d’une plus grande effectivité de la
lutte contre l’impunité – il convient également de tenir compte de la capacité – notamment
financière – des victimes à s’engager dans le processus, ainsi que des risques qu’elles encou-
rent. Là encore, les réponses apportées par le législateur semblent cohérentes. La saisine de-
vant la CVJRR est gratuite, et la procédure suivie par cette institution prend en considération
la situation des victimes39. La CPS quant à elle « veille particulièrement à la protection des
victimes et des témoins par des mesures spécifiques […] comprenant entre autres, la tenue
d’audience à huis-clos et la protection de l’identité des victimes et des témoins »40. Par appli-
cation de cette disposition, la Loi portant règlement de procédure et de preuve comprend un
Titre consacré à la protection des victimes et des témoins et instaure deux services spécifiques
au sein du Greffe de la Cour : l’Unité de soutien et de protection des victimes et des témoins
et le Service d’aide aux victimes et à la défense41.
35
Loi n°18.010, supra note 17, art. 31/32/33.
36
Loi n°20.009, supra note 14, art. 11.
37
Loi n°20.009, supra note 14, art. 16.
38
Loi n°18.010, supra note 17, art. 4-5.
39
Loi n°20.009, supra note 14, art. 44-45.
40
Loi n°15.003, supra note 15, art. 3.
41
Loi n°18.010, supra note 17, art. 151-156 et 46-47.
dat »42. Cet effort de sensibilisation est particulièrement important pour la Cour du fait de
l’existence d’une Stratégie de poursuite. Comme l’explique le Haut-commissariat pour les
droits de l’Homme des Nations Unies, l’adoption de cette Stratégie répond aux besoins des
victimes et vise en ce sens « à produire des changements sociétaux plus adaptés et ayant plus
d’impacts ». Dès lors, « [une] bonne communication publique sera essentielle pour que les
citoyens de la RCA et les nombreuses victimes, comprennent l’approche adoptée pour déter-
miner l’ordre de poursuites »43.
Comme le démontrent ces rapides remarques concernant les mandats, compétences et procé-
dures de la CPS et de la CVJRR, les choix opérés par le législateur dans la construction du
système de justice pénale et transitionnelle tendent à assurer le succès de la réconciliation
nationale. Cependant, la concrétisation de cet idéal s’avère complexe.
Bien que le législateur ait tenu compte d’un important nombre d’impératifs pour construire les
mécanismes de justice transitionnelle et pénale, la concrétisation et la mise en branle du sys-
42
Loi n°18.010, supra note 17, art. 45 ; Loi n°20.009, supra note 14, art. 64.
43
Haut-Commissariat des droits de l’homme, « Le rapport Mapping et la Cour pénale spéciale : recommanda-
tions principales », mai 2017, consulté au mois de juin 2021, en ligne :
https://www.ohchr.org/Documents/Countries/CF/Mapping2003-2015/Factsheet8-FR.pdf
44
Voir notamment à ce sujet : K.Komelio A. Afande, « La réparation aux victimes devant la Cour Pénale Spé-
ciale », 01 septembre 2020, en ligne https://cps-rca.cf/actualites/La-reparation-aux-victimes-devant-la-Cour-
Penale-Speciale-Par-Koffi-Kumelio-A.-Afan%C4%91e/61/
45
Loi n°20.009, supra note 14, art. 6.
tème apparaissent devoir faire face à certaines difficultés. Sans que le propos ne soit ici ex-
haustif, deux principaux points d’achoppement peuvent être soulignés : les problèmes de ca-
pacité et d’opérationnalisation des deux institutions (A) et le maintien d’une certaine con-
fiance de la population dans leur travail (B).
Concernant la CPS tout d’abord, inaugurée le 22 octobre 2018, elle n’a disposé de ses propres
locaux qu’à partir de novembre 2020 et ne semble pas – au moment où ces lignes sont écrites
– entièrement opérationnelle. En effet, si certains magistrats ont prêté serment dès le 30 juin
2017 – plus précisément le Procureur spécial international et cinq magistrats nationaux – le
recrutement prend plus de temps que prévu. Selon Amnesty International, la nomination des
juges internationaux accuse un important retard46. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer : le
peu de candidature du fait de la situation sécuritaire, l’exigence de la maîtrise du français et la
question de la prise en charge du salaire par l’État d’origine du juge. Par conséquent, les re-
crutements pour la Chambre d’instruction ne se sont conclus que le 25 mars 2021, avec la
prestation de serment des juges Stephan Waespi et Helena Catenazzi47. Ces retards entrainent
des lenteurs dans le déroulement des enquêtes auprès de la CPS, mais également des lacunes
dans la protection des droits des victimes comme des accusés et des inculpés.
En effet, le manque de personnel se fait également ressentir au sein des services du Greffe et
du système de représentation juridique. Par exemple, le Corps spécial des avocats – respon-
sable de la nomination des avocats internationaux et nationaux qualifiés pour représenter les
parties devant la Cour – n’est toujours pas opérationnel. Ce retard peut être temporairement
comblé par la désignation d’avocats par le Juge président de la Cour, mais risque de poser
46
Amnesty International, République Centrafricaine : « au procès, ces chefs de guerre ont baissé la tête ». La
difficile quête de justice, 2020, 51pp., spé. p. 21-23.
47
« Prestation de serment de deux juges internationaux près la CPS », Communiqué de presse, 25 mars 2021, en
ligne : https://cps-rca.cf/actualites/Prestation-de-serment-de-deux-juges-internationaux-pra%EF%BF%BDs-la-
CPS/80/
problème à moyen et long termes en cas de multiplication des procédures, mettant notamment
en péril les droits de la défense48.
Pour ce qui concerne la CVJRR, le processus de nomination des commissaires aura également
pris du temps : les onze commissaires ont été officiellement nommés le 30 décembre 2020.
Mais depuis, peu d’informations sont disponibles. Seules des opérations de sensibilisation
autour du mandat de la CVJRR semblent être mises en œuvre par les acteurs de la société ci-
vile49.
Outre ces problèmes d’opérationnalisation, l’effectivité des moyens d’enquête sur le terrain
reste également problématique. Se pose donc la question de l’efficacité de ces deux méca-
nismes dans un État encore marqué par les violences et le conflit. Certes, la CPS comme la
CVJRR pourront compter sur l’aide de la MINUSCA50 pour mener leurs investigations, mais
l’ampleur du champ matériel et temporel de leurs mandats interroge également quant de la
préservation des preuves.
Ces quelques points de réflexion posent enfin la question de la durée des mandats de la CPS
comme de la CVJRR face à l’immensité de la tâche qui leur a été confiée. La première dis-
pose d’un mandat de cinq ans renouvelables une fois à partir de la nomination des premiers
magistrats, soit le 22 octobre 2018, tandis que le mandat de la seconde est de quatre ans, pro-
longeable de 24 mois51. Étant donné le nombre de violations des droits de l’Homme commises
et les difficultés que rencontrent les différents services, il semble en effet peu probable que la
Commission et la Cour parviennent à remplir l’entièreté de leurs missions.
Ces difficultés et retards dans la mise en place des travaux des deux institutions soulèvent un
second point crucial : celui de la confiance et du soutien populaire vis-à-vis du processus de
réconciliation.
La demande de justice n’est pas nouvelle. Bien avant le Forum de Bangui, différentes consul-
tations avaient déjà mis en avant l’importante attente des citoyennes et citoyens centrafricains
48
Amnesty International, Supra note 41, spé. p. 21-23.
49
La Plateforme des Confessions religieuses de Centrafrique et le Centre pour le Dialogue humanitaire ont par
exemple organisé un séminaire de sensibilisation du 18 au 21 mai 2021.
50
Le Pr. Kalandji-Kombé et le Pr. Maia mentionnent dans leur analyse un « rôle-clé » de la MINUSCA : J-F
Akandji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une justice
pénale internationalisée en République Centrafricaine », Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154,
spé. à la p. 142.
51
Loi n°20.009, supra note 14, art. 4.
en termes de sanction et de réparation. Or, les multiples tentatives passées s’étant conclues par
des échecs ou des résultats insuffisants, les espoirs de la population se révèlent douchés.
Depuis la session criminelle de 2016, seuls deux procès majeurs se sont tenus devant les juri-
dictions nationales52. Un premier en 2018 concernait Rodrigue NGAIBONA alias Général
Andjilo, ancien chef des anti-balaka, puis un second au début de l’année 2020 pour les crimes
commis lors de l’attaque meurtrière menée par les anti-balaka à Bangassou. Malgré leur sévé-
rité, les sentences prononcées n’ont cependant pas permis d’apaiser les inquiétudes, notam-
ment parce que les principaux chefs de bandes armées restent à ce jour non-inquiétés53.
Enfin, concernant la CPS, certaines enquêtes sont ouvertes depuis 2019, mais la population
centrafricaine se voit assez peu informée de leur avancée. En effet, alors que plus d’une cen-
taine de plaintes a été déposée et que plusieurs affaires ont été effectivement ouvertes – bien
que suspendues un temps en raison de la pandémie de Covid 19 – très peu d’informations sont
communiquées. Il s’avère, par exemple, compliqué de savoir comment avancent les diffé-
52
Voir au sujet de l’incapacité des juridictions nationales de traiter des crimes internationaux, l’étude de l’arrêt
de la Cour de Cassation centrafricaine du 11 avril 2002 : J-F Akandji-Kombé, C. Maia, « La Cour Pénale Spé-
ciale centrafricaine : les défis de la mise en place d’une justice pénale internationalisée en République Centrafri-
caine », Revue belge de droit internationale, 2017, p. 129-154, spé. à la p.151 ; sur le déroulement et les difficul-
tés rencontrées lors de la session criminelle de 2016, voir notamment : A. Yaliki, Quelle justice pour une récon-
ciliation nationale ? Cas de la République Centrafricaine et de la République de Côte d’Ivoire, Thèse de docto-
rat, Université Paris-Est, 2018, version HAL [en ligne], 461pp., spé. p. 149-158.
53
Voir : Agence France Presse, « Centrafrique: un procès historique ravive des blessures du conflit », 20 février
2020, VoaAfrique, en ligne : https://www.voaafrique.com/a/centrafrique-un-proc%C3%A8s-historique-ravive-
des-blessures-du-conflit/5300989.html
54
Le dernier est Mahamat Saïd Abdel Kani, transféré le 24 janvier 2021 et accusé de crimes de guerre et de
crimes contre l’humanité commis en tant que commandant de la Séléka à Bangui en 2013.
55
J. F. Koena, « Le procès Ngaïssona et Yékatom à la CPI suivi en RCA », 16 février 2021, en ligne :
https://www.dw.com/fr/le-proc%C3%A8s-nga%C3%AFssona-et-y%C3%A9katom-%C3%A0-la-cpi-suivi-en-
rca/a-56592980 ; sur le déroulement de l’affaire Bemba et la situation centrafricaine devant la CPI, voir notam-
ment ; A. Yaliki, Quelle justice pour une réconciliation nationale ? Cas de la République Centrafricaine et de la
République de Côte d’Ivoire, Thèse de doctorat, Université Paris-Est, 2018, version HAL [en ligne], 461pp., spé.
p.182-203.
rentes enquêtes, ce qui s’explique par la nature inquisitoire de la procédure, mais ne permet
pas de rassurer une population en attente de résultats56.
Ainsi, malgré certaines avancées en matière pénale, les populations restent méfiantes quant à
l’effectivité de l’ensemble du processus. En ce sens, le travail de communication autour de la
CPS et de la CVJRR est bienvenu, mais se révèle insuffisant à certains égards.
Un second point doit également être abordé. Bien que les mandats des deux institutions soient
larges et englobants, la crainte de ne jamais voir les bourreaux poursuivis demeure du fait du
caractère inclusif de la transition politique passée. En effet, entre 2013 et 2016, les différentes
parties au conflit ont pu obtenir une place au sein des différentes institutions gouvernemen-
tales. Si ce procédé a apaisé les tensions politiques, il a de fait permis à certains bourreaux
d’être protégés de toute mise en accusation, sorte d’amnistie non-officialisée. Et le même pro-
cédé semble avoir été employé au sein des multiples Accords de paix visant à faire taire les
armes sur le territoire centrafricain. Comme le souligne Amnesty International concernant
l’Accord de Khartoum de 2019 : « Bien que ce nouvel accord de paix ne prévoie pas explici-
tement d'amnisties, certaines personnes en RCA ont exprimé la crainte que, dans la pratique,
il contribue à protéger les personnes suspectées nommées à des postes gouvernementaux
contre des poursuites, ce qui reviendrait alors à établir une immunité de fait »57.
Par conséquent, comme l’explique Enrica Picco, la volonté politique demeure une donnée
importante de l’équation. En effet, « la CVJRR devra se prononcer sur la responsabilité de
plusieurs leaders politiques centrafricains qui occupent des fonctions institutionnelles, ce qui
pourrait se révéler impossible en l’absence d’une vraie volonté politique de renouvèlement
des élites du pays »58. Or, la continuité du conflit ne plaide pas en faveur d’une si forte impli-
cation gouvernementale.
***
Bibliographie
Ouvrages
Gutiérrez Ramírez (L.-M.), Justice transitionnelle et Constitution, Paris, Institut Universitaire
Varenne, « Collection des thèses », n°171, 2018, 611pp.
Matignon (É.), La justice en transition. Le cas du Burundi, Paris, Institut Universitaire Va-
renne, « Collection des thèses », n°45, 2013,652pp.,
Picard (K.), La responsabilité de l'État du fait du préjudice historique. Réflexion sur la pos-
sible reconnaissance d'un dommage constitutionnel, Paris, Institut Francophone pour la
Justice et la Démocratie, 2019, 456 p.
Yaliki (A.), Quelle justice pour une réconciliation nationale ? Cas de la République Centra-
fricaine et de la République de Côte d’Ivoire, Thèse de doctorat, Université Paris-
Est, 2018, version HAL [en ligne], 461pp.
Articles universitaires
Akandji-Kombé (J.-F.), Maia (C.), « La Cour Pénale Spéciale centrafricaine : les défis de la mise en
place d’une justice pénale internationalisée en République Centrafricaine », Revue belge de
droit internationale, 2017, p. 129-154.
Grebenyuk (I.), « La Cour pénale spéciale centrafricaine : une illustration de la « complémen-
tarité élargie » ? », Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2018, n°1,
pp. 1-20.
Hazan (P.), « Réconciliation », in V. Chetail (dir.), Lexique de la consolidation de la paix,
Bruxelles, Bruylant, 2009, 574pp., p.337-364.
La Rosa (A.-M.), Philippe (X.), « Justice transitionnelle », in V. Chetail (dir.), Lexique de la
consolidation de la paix, Bruxelles, Bruylant, 2009, 574pp., p.257-273.
Rapports
Rapport de situation en République Centrafricaine, Bureau de la coordination des affaires
humanitaires des Nations Unies, mis à jour le 23 juin 2021, consulté en au mois de
juin 2021, en ligne : https://reports.unocha.org/fr/country/car
Rapport du Projet Mapping documentant les violations graves du droit international des droits
de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la Ré-
publique centrafricaine de janvier 2003 à décembre 2015, mai 2015, 388pp.
Human Rights Watch, « En quête de justice » : La Cour pénale spéciale, une nouvelle oppor-
tunité pour les victimes centrafricaines, 2018, 34pp.
Amnesty International, République Centrafricaine : « au procès, ces chefs de guerre ont bais-
sé la tête ». La difficile quête de justice, 2020, 51pp.
Législation
Documents politiques
Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix, Gouvernement de la République
Centrafricaine, Bangui, 2016, 108pp., consulté en juin 2021, en ligne :
http://extwprlegs1.fao.org/docs/pdf/caf163570F.pdf
Rapport général du forum national de Bangui, Présidium du Forum National de Bangui, Ban-
gui, 04-11 mai 2015, 138pp.