Integral Es
Integral Es
2 Théorèmes “intermédiaires” 4
3 Théorèmes “positifs” 7
4 Théorèmes de Lebesgue 9
5 Intégrales semi-convergentes 17
6 Intégration et dérivation 20
Introduction
Dans de nombreuses
P Rsituations on souhaite permuter entre eux deux des quatre outils
de l’analyse lim, , @, (limite, sommation d’une série, dérivation, intégration), ce qui
pose plusieurs questions : la dérivée de la limite est-elle la limite des dérivées ? l’intégrale
de la somme d’une série est-elle la somme de la série des intégrales ? etc. Pour une réponse
a¢ rmative sous des hypothèses appropriées,
R P on P Ra en principe besoin de 4(4 + 1)=2 = 10
théorèmes tels que @ lim = lim @ ou = ou @x @y = @y @x etc., selon le tableau
suivant : P R
lim P
lim P P lim @ lim
P R lim P
lim P @ R
lim @
R P@ R @@R R R@
lim @
On ne s’intéressera ici qu’aux quatre résultats issus de la dernière ligne ; ils concernent
les intégrales qui comportent, en plus de la variable d’intégration, un paramètre (entier ou
réel). Les résultats utiles sont alors des théorèmes de passage à la limite, sommation de
série, dérivation, ou intégration sous le signe somme. Ils sont liés entre eux : une dérivée,
c’est une limite ; sommer une série, c’est prendre la limite de ses sommes partielles, c’est
aussiRintégrer
R R sur l’ensemble des nombres entiers. On pourrait donc espérer réduire à deux
(lim et ) le nombre minimal de théorèmes indispensables...
Il est hélas utile d’en connaître beaucoup plus, directement adaptés à di¤érents cadres
ou à di¤érentes notions d’intégrales. Lorsqu’il s’agit de braves fonctions continues intégrées
sur un banal intervalle compact (chapitre 1), il serait un peu déplacé sans doute de
faire appel à la puissante théorie de Lebesgue, alors qu’on s’en tire si bien avec les outils
élémentaires de l’analyse de deuxième année (convergence uniforme, continuité uniforme).
Ces premiers résultats s’étendent même aisément aux intégrales impropres absolument
1
convergentes sur des intervalles non compacts et conduisent, toujours par des moyens
élémentaires, à des théorèmes simples et e¢ caces dont certains n’ont pas à rougir devant
les énoncés correspondants de Lebesgue (chapitre 2). Les deux chapitres suivants ont
pour cadre l’intégrale de Lebesgue, dont un des mérites est de permettre l’intégration
sur des ensembles “quelconques” de fonctions
PR R Rtrès peu régulières. Lorsqu’on se limite aux
fonctions positives, certains énoncés ( et ) sont alors d’une simplicité si merveilleuse
qu’il eût été bien dommage de ne pas les mettre en lumière (chapitre 3). Les classiques
théorèmes de Lebesgue (convergence dominée, Fubini,...) sont ensuite passés en revue au
chapitre 4, et la puissance de ces outils est illustrée de nombreux exercices.
Ces quatre points de vue conduisent à 4 fois 4 théorèmes environ 1
R , et même un peu
plus... En e¤et, bien que conséquence directe des théorèmes lim , la continuité d’une
intégrale à paramètre donne R lieu à des énoncés souvent plus agréables, et fort utiles ;
d’autre part le théorème @ de Lebesgue se simpli…e sensiblement lorsqu’on dérive par
rapport à une variable complexe, ce qui justi…e un énoncé supplémentaire.
Et ce n’est pas
R 1 tout : les intégrales non absolument convergentes (dont l’exemple le
plus célèbre est 0 (sin x=x)dx), qui ne sont pas des intégrales de Lebesgue, doivent être
traitées à part ! Mais il n’y a que peu d’outils spéci…ques adaptés à ce cas (chapitre 5),
si ce n’est de tenter un retour vers les rivages rassurants de l’absolue convergence, par
exemple grâce à une intégration par parties.
On donne en…n quelques indications sur le problème des primitives (chapitre 6),
généralement mal connu hormis le cas élémentaire des fonctions continues.
La plupart des théorèmes ci-dessous sont cités sans démonstration (on les trouvera dans
les références), et sans prétendre au maximum de généralité. Une trentaine d’exercices
sont proposés pour les mettre en pratique.
R PR R RR
Alors que choisir ? On attendait quatre théorèmes (lim , ,@ , ), on en trouve
une vingtaine dans ce qui suit ! Pour guider le choix :
– Si on souhaite se passer de la théorie de Lebesgue, on se contentera des chapitres
1 (fonctions continues sur un compact), 2 (intégrales impropres absolument conver-
gentes) et 5 (intégrales impropres non absolument convergentes).
– Dans le cadre de la théorie de Lebesgue, on notera l’extrême facilité d’emploi des
théorèmes “positifs” (chapitre 3), strictement réservés aux fonctions... positives.
Quant aux théorèmes de Lebesgue proprement dits (chapitre 4), ce sont des ou-
tils puissants et commodes pour toutes les intégrales absolument convergentes.
R =2
Un exemple. Pour montrer que limn!1 0 sinn x dx = 0, on peut envisager les trois
méthodes suivantes. Chacun(e) choisira en son âme et conscience, selon son éthique pro-
fessionnelle :
R =2
1. sinn x ! 0 uniformément sur [0; ( =2) "], et 0 n
( =2) " sin x dx " (convergence
uniforme, théorème 1).
2. 1 sinn x est une suite croissante de fonctions positives sur [0; =2] (convergence
monotone, théorème 10).
3. sinn x ! 0 simplement sur [0; =2[, et domination j sinn xj 1 (convergence dominée,
théorème 14).
1
R
Pas de théorème @ dans le chapitre 3 cependant, la dérivation n’ayant aucune raison de respecter la
positivité des fonctions.
2
1 Théorèmes “élémentaires”
On intègre ici des fonctions continues sur un compact [a; b], à valeurs réelles ou com-
plexes, avec des hypothèses de convergence uniforme sur [a; b].
Référence : [P] §21.
R
Théorème 1 (lim ) Si les fn sont continues et convergent uniformément sur [a; b] on a
Z b Z b
lim fn (x) dx = lim fn (x) dx .
n a a n
3
a. Soit P (x) = 16x, Q(x) = (1 + x2 )(1 + 2x x2 ). En décomposant P=Q sous la forme
Exercice 2. Division par x ([P] p.194, [Gou] p.164) Soit f 2 C 1 (R), avec f (0) = 0.
Montrer que la fonction g(x) = f (x)=x, a priori non dé…nie à l’origine, se prolonge en une
fonction C 1R sur R, et que g (n) (0) = f (n+1) (0)=(n + 1).
1
[Considérer 0 f 0 (tx) dt].
Exercice 4. Un calcul d’intégrale ([LFA] p.465 ; autres méthodes dans [Gou] p.181). Soit
r un réel, r 6= 1. Montrer que
Z 2
0 si jrj < 1
ln 1 2r cos + r2 d =
0 4 ln jrj si jrj > 1.
P1
[Pour jrj < 1 la fonction à intégrer est 2 Re ln 1 rei = 2 n=1 (r
n =n) cos n ; pour
jrj > 1, poser r0 = 1=r.]
2 Théorèmes “intermédiaires”
Le cadre est celui des intégrales impropres absolument convergentes sur un intervalle
non compact, avec des fonctions continues (à valeurs réelles ou complexes) et une hypo-
thèse de convergence uniforme sur tout compact et de domination. Les théorèmes de ce
chapitre sont des versions simpli…ées (et souvent su¢ santes en pratique) des théorèmes
correspondants de Lebesgue. Leur principale qualité est de pouvoir s’obtenir avec des ou-
tils du niveau bac+2. Le principal défaut des théorèmes 6 et 8 est d’obliger à établir une
convergence uniforme ; en revanche les théorèmes 7 et 9 sont, en pratique, presque aussi
puissants que les énoncés de Lebesgue.
4
On note I un intervalle quelconque (non compact, sinon le chapitre 1 su¢ rait). L’in-
tégrale impropre d’une fonction continue sur I est dé…nie comme la limite (si elle existe) :
Z Z b
f (x) dx = lim f (x) dx ,
I a
lorsque a; b 2 I tendent vers les bornes respectives de I. Les résultats ci-dessous se dé-
montrent facilement en appliquant les théorèmes élémentaires sur le compact [a; b] et en
passant à la limite ; on esquisse seulement la preuve du premier, les autres sont laissées en
exercice.
Références : [KV] chapitre 4, [LFA] chapitre XI, ou même [Ro] p.112 pour le théorème 9.
R
Théorème 6 (lim ) On suppose les fn continues sur I et
(i) fn converge uniformément sur tout compact de I quand n ! 1
(ii) domination : il existe g, continue
R sur I et indépendante de n, telle que jfn (x)j g(x)
pour tous n 2 N et x 2 I, et I g(x) dx < 1. Alors
Z Z
lim fn (x) dx = lim fn (x) dx .
n I I n
R
Preuve. Soit f = lim fn , continue sur I ; comme jf j g, l’intégrale I f converge abso-
lument. En écrivant I comme réunion d’une suite croissante d’intervalles compacts Ik , on
a Z Z Z Z
f fn jf fn j + jf fn j .
I I I n Ik Ik
R
L’inégalité jf fn j 2g et la convergence de I g montrent que la première intégrale est
petite pour k assez grand (uniformément par rapport à n) ; l’entier k étant ainsi choisi, la
deuxième intégrale est petite pour n assez grand, grâce à la convergence uniforme sur le
compact Ik , d’où Z Z
f = lim fn .
I I
Le théorème
P 8 se déduit du théorème 6 en dominant les sommes partielles par la fonction
g(x) = n jun (x)j.
5
R
RThéorème 9 (@ ) On suppose f et @f =@t continues sur I J, l’existence de F (t) =
I f (x; t)dx pour chaque t 2 J et la domination : il existe g, continue sur I et
R indépendante
du paramètre t, telle que j(@f =@t)(x; t)j g(x) pour tous x 2 I, t 2 J, avec I g(x)dx < 1.
Alors F est continûment dérivable sur J et
Z Z
d @f
f (x; t) dx = (x; t) dx .
dt I I @t
Exercice 7. Fonction Gamma d’Euler ([P] p.196, [ZQ] p.305). Montrer que la fonction
Z 1
(s) = e x xs 1 dx
0
est C 1 sur la demi-droite s > 0, et que ses dérivées se calculent sous le signe somme.
[Établir une inégalité de domination pour 0 < s , en distinguant les cas x 1 et
x 1].
Remarque : On a en particulier, pour s > 0,
Z 1
00
(s) = e x xs 1 (ln x)2 dx > 0 ,
0
ce qui montre que la fonction est convexe sur ]0; 1[. Mieux même : la fonction ln est
convexe sur cet intervalle (on dit que est logarithmiquement convexe), car
00 02
(ln )00 = 2
et, en posant f (x) = e x=2 x(s 1)=2 et g(x) = e x=2 x(s 1)=2 ln x,
Z 1 2 Z 1 2
0 2 x s 1
(s) = e x ln x dx = f (x)g(x) dx
Z0 1 Z 1 0
6
p
[Appliquer le théorème de Cauchy à la fonction holomorphe eiz sur un secteur circulaire
de sommet 0 et d’angle =2p].
Exercice 9. Transformée de Fourier d’une gaussienne ([ZQ] p.322). Montrer que, pour
! > 0, la fonction Z 1
2
b
f (t) = e !x e 2i xt dx
1
d b 2 tb
f (t) = f (t) ,
dt !
et en déduire3 que
1 t2 =!
fb(t) = p e .
!
.
3 Théorèmes “positifs”
Le cadre est un espace mesuré X, avec l’intégrale de Lebesgue des fonctions mesu-
rables positives sur X, sans aucune autre hypothèse ! En pratique X sera un intervalle
quelconque, et les fonctions seront continues sur X (sauf éventuellement en un nombre …ni
ou dénombrable de points de discontinuité).
Références : [F] p.8-11 et 56, [Ru] Th. 1.26, 1.27, 1.28 et 8.8, ou votre cours préféré de
calcul intégral.
R
Théorème 10 (lim ; théorème de la limite croissante) Si (fn ) est une suite croissante
de fonctions mesurables positives sur X on a
Z Z
lim fn (x) dx = lim fn (x) dx .
n X X n
3
R 2
x p
On admettra ici l’égalité (1=2) = R
e dx = , établie par exemple à l’Exercice 18.
7
Dans le lemme de Fatou, l’inégalité peut être stricte : voir la suite f2n = ]0;1[ , f2n+1 =
] 1;0[ (fonctions caractéristiques d’intervalles), qui donne 0 à gauche et 1 à droite. Ce
lemme est surtout utilisé dans des exercices “théoriques”, comme la preuve du théorème
14 de convergence dominée ou celle du théorème 23.
PR
Théorème 12 ( ) Si les un sont mesurables positives sur X on a
!
X Z Z X
un (x) dx = un (x) dx .
n X X n
RR
Théorème 13 ( ; théorème de Fubini-Tonelli) Si X et Y sont deux espaces mesurés
-…nis4 et f une fonction mesurable positive sur X Y on a
Z Z Z Z
f (x; y)dy dx = f (x; y)dx dy .
X Y Y X
Exercice 11. Reprendre l’exercice 10, lorsque s est un réel > 1 ; tout souci de convergence
a maintenant disparu grâce au théorème 12 !
P1 (2n+1)x
Exercice 12. En considérant la série 0 xe montrer que
Z 1 2
x
dx = .
1 sh x 2
P1
Exercice 13. Série zéta de Riemann. En considérant la série 0 (xyz)n montrer que
ZZZ
dxdydz
= (3) ,
1 xyz
où l’intégrale est étendue au cube 0 < x; y; z < 1.
8
4 Théorèmes de Lebesgue
Le cadre est encore un espace mesuré X, avec l’intégrale de Lebesgue des fonctions
intégrables sur X (à valeurs réelles ou complexes) et des hypothèses de domination. On
rappelle
R qu’une fonction f est intégrable sur X (au sens de Lebesgue) si elle est mesurable
et si X jf j est …nie. Les expressions “presque partout”ou “pour presque tout x”signi…ent
“sauf sur un ensemble de mesure nulle”.
Références : [B] §§1.8, 1.10 et 2.2, [F] p.16, 54 et chapitre VII, [Gr] p.102-105 et 191, [ZQ]
chapitre IX, ou bien sûr votre cours favori de calcul intégral.
R
Théorème 14 (lim ; théorème de convergence dominée) On suppose les fn mesurables
et
(i) fn converge simplement presque partout sur X quand n ! 1
(ii) domination : il existe g, intégrable sur X et indépendante de n, telle que, pour chaque
n, on ait l’inégalité jfn (x)j g(x) pour presque tout x 2 X.
Alors lim fn (dé…nie presque partout) est intégrable sur X et
Z Z
lim fn (x) dx = lim fn (x) dx .
n X X n
Alors !
X Z Z X
un (x) dx = un (x) dx .
n X X n
Dans cette égalité il est sous-entendu (et garanti par le théorème) que les deux membres de
l’égalité ont un sens, à savoir : chaque un est intégrable sur X, la série de leurs intégrales
est absolument convergente, la série des un (x) est absolument convergente pour presque
tout x, et sa somme (dé…nie presque partout) est une fonction intégrable sur X. Quant
à l’hypothèse de …nitude, ses deux variantes sont équivalentes d’après le théorème 12 ; on
choisira celle qui semble la plus commode à véri…er.
Remarque.
Pn En appliquant directement le théorème 14 aux sommes partielles fn =
u
p=0 p , on obtiendrait le résultat du théorème 16 sous l’hypothèse de convergence simple
Pn
presque partout de la série avec domination p=0 up (x) g(x). Sous l’hypothèse du
P1
théorème 16 cela est évidemment véri…é avec g(x) = p=0 jup (x)j. Le théorème 16 est
donc un peu plus faible, mais plus facile à utiliser.
9
R
Théorème 17 (@ ) Soient I un intervalle et f : X I ! C. On suppose que
(i) pour chaque t 2 I la fonction x 7! f (x; t) est intégrable sur X
(ii) pour chaque x 2 X la fonction t 7! f (x; t) admet une dérivée (@f =@t)(x; t)
(iii) domination : il existe g, intégrable sur X et indépendante du paramètre t, telle que,
pour tous x 2 X et t 2 I,Ron ait j(@f =@t)(x; t)j g(x) .
Alors la fonction F (t) = X f (x; t)dx est dérivable sur I et
Z Z
d @f
f (x; t) dx = (x; t) dx .
dt X X @t
R
Théorème 18 (@ , version holomorphe) Soient un ouvert de C et f : X ! C.
On suppose que
(i) pour chaque z 2 la fonction x 7! f (x; z) est intégrable sur X
(ii) pour chaque x 2 X la fonction z 7! f (x; z) est holomorphe sur
(iii) domination : il existe g, intégrable sur X et indépendante du paramètre z, telle que,
pour tous x 2 X et z 2 ,R on ait jf (x; z)j g(x) .
Alors la fonction F (z) = X f (x; z) dx est holomorphe sur et
Z Z
d @f
f (x; z) dx = (x; z) dx .
dz X X @z
Alors on a Z Z Z Z
f (x; y) dy dx = f (x; y) dx dy .
X Y Y X
Dans cet énoncé il est sous-entendu (et garanti par le théorème) que les deux membres de
l’égalité ont un sens, à savoir : f (x; y) est intégrable en y sur Y pour presque tout x , son
intégrale est une fonction de x intégrable sur X, et vice-versa.
RR
Remarque.
R En prenant Y = N dans le théorème 19 ( ) on retrouve le théorème 16
( ). En prenant X = Y = N on obtient un important résultat sur les séries doubles
( ): ! ! !
X X X X X X
si jupq j < 1 , alors upq = upq .
p q p q q p
Exercice 15. Reprendre les exercices 7, 9 ou 10 ([Ge] p.78) du chapitre 2 à l’aide des
théorèmes de Lebesgue.
Exercice 16. Fonction Gamma d’Euler ([P] p.208, [ZQ] p.305). On rappelle la dé…nition
Z 1
(s) = e x xs 1 dx .
0
5
L’hypothèse -…ni signi…e “réunion dénombrable de parties de mesure …nie”; c’est le cas pour un
intervalle, pour un ouvert de Rn , ou pour l’ensemble des entiers.
10
a. Montrer qu’on a, pour Re s > 0,
Z n
x n
(s) = lim 1 xs 1
dx
n!1 0 n
[on véri…era que les fonctions fn (x) = (1 nx )n xs 1 n (x) , où n est la fonction caracté-
ristique de [0; n] , sont dominées par g(x) = e x xRe s 1 ].
b. En déduire, par intégrations par parties,
ns n!
(s) = lim .
n!1 s(s + 1) (s + n)
En déduire l’équivalent
(x + a) s xa (x) quand x ! +1 .
11
Exercice 19. Inversion de l’opérateur intégral d’Abel. Soit f : [0; 1[! C une fonction
continue. On note A l’opérateur intégral dé…ni par
Z y
f (x) dx
g = Af avec g(y) = Af (y) = p si y > 0, g(0) = 0 .
0 y x
Exercice 20. Inégalité de Hardy ([ZQ] p.220). L’espace L2 (0; 1) des fonctions f :]0; 1[!
C mesurables et de carré intégrable est muni de la norme
Z 1 1=2
kf k2 = jf (t)j2 dt .
0
kF k2 2 kf k2 .
Exercice 21. Potentiel newtonien ([S] p.64). Soient une fonction mesurable sur R3 ,
bornée, nulle hors d’un compact K, et V le potentiel newtonien créé par la densité , i.e.
Z
(y) dy
V (x) = ,
K kx yk
Exercice 22. Transformée de Fourier ([ZQ] p.324). Si f est intégrable sur R, montrer
que Z
^
f (t) = f (x)e 2i xt dx
R
12
est une fonction continue et bornée de t sur R.
Si f et g sont intégrables sur R, montrer que
Z Z
f (x)b
g (x) dx = fb(t)g(t) dt .
R R
Cette égalité conduira à une preuve simple de la formule d’inversion de Fourier (exercice
23).
Exercice 23. Formule d’inversion de Fourier ([ZQ] p.324). On suppose f continue, bornée
et intégrable sur R, et on suppose que sa transformée de Fourier
Z
^
f (t) = f (x)e 2i xt dx
R
pour tout x 2 R.
f[g = fb:b
g.
c. Si f est intégrable sur R et ' continûment dérivable, nulle en dehors d’un compact,
alors f ' est continûment dérivable sur R et
(f ')0 = f '0 .
Exercice 25. Problème de Dirichlet dans le demi-plan. Soit f une fonction mesurable et
bornée sur R. Pour (x; y) 2 P (demi-plan y > 0 de R2 ) on note
Z
y f (t)
u(x; y) = dt .
R (x t)2 + y 2
13
a. Montrer que cette intégrale dé…nit u continue sur P .
[On pourra rechercher une inégalité de domination pour jxj a et 0 < " y b, en
observant que jt xj jtj=2 dès que jtj 2a.]
b. Montrer que u 2 C 1 (P ).
[Pour dominer les dérivées on pourra observer que (x t)y2 +y2 = Im t (x+iy)
1
.]
c. On suppose de plus f uniformément continue sur R, et on prolonge u au demi-plan
fermé P en posant u(x; 0) = f (x). Montrer que u(x; y) tend vers f (x) quand y tend vers
0 (par valeurs positives), uniformément par rapport à x 2 R.
[On pourra écrire
Z
1 y dt
u(x; y) f (x) = (f (x t) f (x)) 2 ,
R t + y2
et couper en deux l’intégrale en isolant les valeurs de t voisines de 0.]
d. En déduire que u est continue sur P , et solution du problème de Dirichlet :
u 2 C 2 (P ) \ C(P )
@2u @2u
u= + 2 = 0 dans P
@x2 @y
u(x; 0) = f (x) pour x 2 R .
[L’expression de la solution u, parachutée ici par commodité, pourrait être aisément mo-
tivée par transformation de Fourier sur la variable x.]
Exercice 26. Résolution de l’équation de la chaleur ([F] p.160). Soit f une fonction
continue et bornée sur R. Pour t > 0 on note gt la gaussienne
1 x2 =4t
gt (x) = p e ,x2R,
4 t
et u la fonction dé…nie par
Z
u(t; x) = (f gt )(x) = f (y)gt (x y) dy , t > 0 , x 2 R ,
R
u(0; x) = f (x) , x 2 R .
On va montrer que u est C 1 sur le demi-plan ouvert t > 0, x 2 R, continue sur le demi-plan
fermé, et donne une solution de l’équation aux dérivées partielles “de la chaleur”
@u @2u
= 0 pour t > 0 , x 2 R ,
@t @x2
u(0; x) = f (x) , x 2 R .
[L’expression de la solution u, parachutée ici par commodité, pourrait être aisément mo-
tivée par transformation de Fourier sur la variable x.]
a. Véri…er que @gt =@t = @ 2 gt =@x2 .
b. Montrer que u est fonction continue de (t; x) sur [0; 1[ R.
[On pourra écrire Z
1 p 2
u(t; x) = p f (x y 4t)e y dy
R
pour t 0, x 2 R, et conclure par convergence dominée.]
c. Montrer que u est indé…niment di¤érentiable sous le signe somme pour t > 0, x 2 R.
Conclure.
14
[On pourra dominer les dérivées de gt pour 0 < a t b et jxj A, en observant que
(x y)2 (y 2 =2) x2 .]
d. Complément. On suppose de plus f intégrable sur R. Montrer qu’alors
1
ju(t; x)j p kf k1
4 t
R
(donc u tend vers zéro uniformément sur R quand t ! +1) et établir, si Rf 6= 0,
l’équivalent Z
1
u(t; x) s p f (x) dx .
4 t R
p
[Appliquer le théorème de convergence dominée à 4 t u(t; x).]
Exercice 27. Sommation de Borel ([P] p.211). On veut établir, sous diverses hypothèses,
l’égalité !
Z 1 X1 n 1
X
t t
e an dt = an , (*)
0 n!
n=0 n=0
Dx tb 1
(1 t)c b 1
(1 tx) a
= a@t tb (1 t)c b (1 tx) a 1
.]
15
Exercice 29. Méthode de Laplace ([F] p.96-97, [Ro] p.339). Soient [a; b[ un intervalle de
R (borné ou non, avec a < b 1), ' : [a; b[! R une fonction de classe C 2 et f : [a; b[! C
telle que e to ' f soit Lebesgue-intégrable sur [a; b[ pour un certain réel to . On suppose f
continue en a et f (a) 6= 0. On recherche un équivalent pour t ! +1 de l’intégrale
Z b
F (t) = e t'(x) f (x) dx .
a
1 e t'(a) f (a)
F (t) s 0
.
' (a) t
[On pourra e¤ectuer le changement '(x) = '(a) + y et utiliser a.]
c. Si a = 0 et '(x) = x2 , montrer que6
p
f (0)
F (t) s p .
2 t
[Même indication qu’en a.]
d. Si '0 > 0 sur ]a; b[, '0 (a) = 0 et '00 (a) > 0, montrer que
r
e t'(a) f (a)
F (t) s p .
2'00 (a) t
Exercice 30. Méthode de Laplace, un exemple ([dB] p.61). Soit à établir le dévelopement
asymptotique pour t ! +1
Z p p
tx2 2 3
e ln(1 + x + x ) dx = 3=2 + + O t 7=2 .
R 4t 16t5=2
a. Donner un développement limité à l’ordre 5 à l’origine de ln(1 + x + x2 ), sous la forme
ln(1 + x + x2 ) = a0 + a1 x + + a5 x5 + R(x)
et montrer qu’il existe une constante C telle que, pour tout x 2 R, jR(x)j Cx6 .
[On pourra observer que 1 + x + x2 = (1 x3 )=(1 x).]
b. Montrer que7
Z 1 p
tx2 2n n + 12 (2n)!
e x dx = 1 = 1 .
1 tn+ 2 22n n!tn+ 2
6
Voir Note 2.
7
Voir Note 2.
16
Conclure.
Exercice 31. Un résultat de type “phase stationnaire” (cf. [F] p.101). Soit f une fonction
intégrable sur R, de transformée de Fourier fb intégrable. On cherche un équivalent de
l’intégrale Z
2
I( ) = e i x f (x) dx
R
lorsque le paramètre réel tend vers l’in…ni. En l’absence du facteur i, ceci pourrait être
abordé par la méthode de Laplace (exercice 29.c) ; mais ce facteur rend l’étude un peu
plus délicate.
a. Établir l’égalité Z Z
2 1 2
e !x f (x) dx = p e t =! fb(t) dt
R ! R
pour ! complexe, Re ! > 0.
[On pourra l’établir d’abord pour ! > 0 en calculant comme à l’exercice 23.a ; puis on
p
prolongera au demi-plan Re ! > 0, avec un choix convenable d’une détermination de !,
en véri…ant que les deux membres dé…nissent des fonctions holomorphes dans ce demi-
plan].
b. En déduire Z
e i =4 2
I( ) = p ei t = fb(t) dt .
R
[On fera tendre ! vers i en appliquant le théorème de convergence dominée].
e. On suppose de plus f bornée, continue à l’origine, et t2 fb(t) intégrable sur R. Établir
l’expression asymptotique, pour ! +1,
Z
i x2 e i =4
3=2
e f (x) dx = p f (0) + O( ).
R
[On pourra utiliser l’exercice 23.b et l’inégalité jeiu 1j juj pour u 2 R].
5 Intégrales semi-convergentes
Aucun des R théorèmes précédents ne s’applique directement à une intégrale impropre
à paramètre f (x; t)dx non absolument convergente. Que faire ? On a souvent recours à
l’une ou l’autre des idées suivantes :
– intégrer par parties pour se ramener à une intégrale impropre absolument conver-
gente, à qui on pourra appliquer les théorèmes de Lebesgue ou les théorèmes “inter-
médiaires” Rb
– étudier les intégrales a pour < a < b < par les théorèmes élémentaires, puis
faire tendre a vers et b vers en cherchant à établir une convergence uniforme,
par exemple à l’aide du théorème d’Abel.
Théorème 20 (théorème d’Abel) Soient f une fonction positive sur [a; b[ (avec a < b)
et g une fonction complexe sur [a; b[. On suppose que
(i) f est décroissante sur [a; b[ et tend vers 0 quand x ! b
(ii) g est continue sur [a; b[ et il existe M , indépendant de x, tel que
Z x
g(t) dt M pour tout x 2 [a; b[ .
a
17
Rb
Alors l’intégrale impropre a f (x)g(x) dx converge, et
Z b
f (x)g(x) dx M f (a) .
a
Exercice corrigé, très classique, mais instructif ([F] p.93) ! Soit à étudier et calculer
l’intégrale, pour t 0, Z 1
sin x
F (t) = e tx dx
0 x
(transformée de Laplace de la fonction sin x=x ; cf. exercice 33).
a. Comme j sin x=xj 1 l’intégrale converge absolument pour chaque t > 0. Mais la semi-
convergence pour t = 0 doit inciter à la prudence : pas question de dominer je tx sin x=xj
pour tout t 0 !
b. On peut toutefois dominer pour t > " > 0 : pour k = 0; 1; 2; ::: on a
k
@ tx sin x tx sin x
e = xk e xk e "x
,
@t x x
continues sur R (théorème 2 ; elles y sont même indé…niment dérivables, mais ce ne sera
pas utile ici). Les Fn convergent vers F uniformément sur [0; 1[ car on a, pour tout t 0,
Z 1 tx
e e nt 2
jF (t) Fn (t)j = sin x dx 2 .
n x n n
Cette inégalité résulte du théorème d’Abel, avec f (x) = e tx =x (produit de deux fonctions
décroissantes positives de x pour chaque t 0 ), g(x) = sin x, M = 2, a = n et b = 1 .
18
Ainsi F , limite uniforme des Fn , est continue sur [0; 1[. La nouveauté est la continuité
en 0 ; en faisant tendre t vers 0 dans (*) on obtient
Z 1
sin x
C = F (0) = dx .
0 x
d. Cette valeur en 0 s’obtient ... en partant à l’in…ni : comme
Z 1
1
jF (t)j e tx dx =
0 t
pour t > 0, on a d’après (*) limt!1 F (t) = C ( =2) = 0, d’où …nalement
Z 1
sin x
e tx dx = arctg t , pour tout t 0 .
0 x 2
R1
En particulier 0 sinx x dx = 2 .
Exercice 33. Transformées de Laplace ([L] p.237, [P] p.197-204). Soit f : [0; 1[! C une
fonction continue. On appelle transformée de Laplace de f l’intégrale (si elle converge)
Z 1
'(t) = e tx f (x) dx ,
0
19
[On pourra montrer que
Z u Z u Z 1
1 1 1 e (x=u) (x=u) dx
f (x)dx '( ) jxf (x)jdx + e jxf (x)j ,
0 u u 0 (x=u) u x
Exercice 34. Intégrale d’Airy ([Ge] p.158 ; cf. [ZQ] p.325, 340, par une autre méthode).
On veut montrer que l’intégrale
Z 1 3
i tx+ x3
f (t) = e dx
1
dé…nit une fonction C 1 sur R, et en donner une expression asymptotique pour t ! +1.
Pour ramener cette intégrale semi-convergente à une absolument convergente on va, plutôt
que d’intégrer par parties, décaler l’intégration dans le plan complexe.
a. Véri…er l’égalité Z 3
i tz+ z3
f (t) = e dz
D
f 00 (t) tf (t) = 0 .
[On pourra poser z = t 1=4 x + it1=2 dans a, et conclure par convergence dominée].
6 Intégration et dérivation
“L’intégration est l’opération inverse de la dérivation”. Cette assertion simpliste re-
couvre en fait les deux questions suivantes R:
t
1. Si f est intégrable, la fonction F (t) = a f (x) dx est-elle une primitive de f ? (i.e. F
est-elle dérivable, et sa dérivée est-elle bien f ?)
Rb
2. Si g est dérivable, a-t-on g(b) g(a) = a g 0 (x) dx ? (i.e. g 0 est-elle intégrable, et l’intégrale
est-elle bien g(b) g(a) ?)
Il est bien connu que les réponses sont a¢ rmatives si f est continue et si g est conti-
nûment dérivable. Que dire en dehors de ce cas ?
Références : [Ru] §7.16-7.21, [Gor] p.36 et p.57-61, [T] chap. XI.
Contre-exemple à 1. Une fonction en escalier non continue est intégrable, mais n’admet
pas de primitive, car elle ne véri…e pas la propriété de la valeur intermédiaire (théorème
de Darboux, [P] p.87).
Contre-exemple à 2 ([T] p.367). La fonction
1
g(x) = x2 sin si x 6= 0 , g(0) = 0
x2
8
Voir Note 2.
20
est dérivable en tout point (c’est un O(x2 ) à l’origine), mais sa dérivée
1 2 1
g 0 (x) = 2x sin cos 2
x2 x x
n’est pas Lebesgue-intégrable sur [0; 1], car 2x sin(1=x2 ) est continue partout et l’intégrale
Z 1
2 1
cos 2 dx
0 x x
diverge (changement de variable t = 1=x2 ).
Contre-exemple à 2, bis ([Ru] §7.16, [T] p.366). La fonction g de Cantor-Lebesgue (ou
“escalier du diable”) est continue et croît de 0 à 1 sur [0; 1] ; elle est aussi dérivable presque
partout, de dérivée nulle. Donc g 0 est Lebesgue-intégrable, mais
Z 1
g(1) g(0) = 1 6= g 0 (x)dx = 0 .
0
On a cependant les deux résultats suivants.
Théorème 21 ([Gor] p.58, [Ru] Th.7.11, [T] p.362) Soient a; b 2 R. On suppose f
Lebesgue-intégrable sur [a; b]. Alors la fonction
Z t
F (t) = f (x) dx
a
est continue sur [a; b], dérivable presque partout, et F 0 (t) = f (t) pour presque tout t 2
[a; b].
Théorème 22 ([Ru] Th.7.21, [T] p.368 ; cf. [Gor] p.104) On suppose g dérivable en tout
point de [a; b] et g 0 Lebesgue-intégrable sur [a; b]. Alors
Z b
g(b) g(a) = g 0 (x) dx .
a
21
(la dernière ligne s’obtient facilement grâce à la continuité de g) ; d’où le résultat.
Théorème 23 ([Gor] p.57, [T] p.361) Soient a; b 2 R, avec a < b. Si g est une fonc-
tion croissante sur [a; b], elle y est dérivable presque partout, sa dérivée g 0 est Lebesgue-
intégrable sur [a; b] et
Z b
g 0 (x) dx g(b) g(a) .
a
1
gn (x) = n g x + g(x) .
n
puisque g(x) = g(b) pour x b et g(x) g(a) pour x a. La suite (gn ) de fonctions
positives converge vers g 0 presque partout sur [a; b] d’où, par le lemme de Fatou (théorème
11),
Z b Z b Z b
0
0 g (x) dx = lim gn (x) dx lim inf gn (x) dx g(b) g(a) ,
a a n n a
et le résultat annoncé.
Références
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[C] CANDELPERGHER, Cours de calcul intégral, Cassini (à paraître)
[dB] de BRUIJN, Asymptotic methods in analysis, Dover 1981
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[Gr] GRAMAIN, Intégration, Hermann 1988
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22
[S] SCHWARTZ, Méthodes mathématiques pour les sciences physiques, Hermann 1965
[T] TITCHMARSH, The theory of functions, 2nd edition, Oxford University Press 1983
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23