La lettre à l’Église de Philadelphie : fidélité dans la
faiblesse
Jean-René Moret∗
5 Mai 2013
Table des matières
1 Introduction 1
2 Texte 1
3 Message 2
4 Conclusion 4
1 Introduction
Comme toutes les lettres d’Apocalypse 2 et 3, cette lettre est adressée à une église
spécifique dans sa situation. Mais comme toutes ces lettres, elle se termine par la mention"
que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux églises". Donc tous sont appelés
à écouter ces paroles de l’Esprit. Cela nous concerne donc également.
2 Texte
A l’ange de l’Eglise de Philadelphie, écris :
Voici ce que dit le Saint, le Vrai, celui qui a la clef de David, celui qui
ouvre de telle sorte que personne ne ferme, celui qui ferme de telle sorte que
personne n’ouvre :
Je connais tes œuvres ; j’ai mis devant toi une porte ouverte que personne
ne peut fermer, parce que tu as peu de puissance, que tu as gardé ma parole
et que tu n’as pas renié mon nom. Je te donnerai des gens de la synagogue du
Satan, qui se disent juifs et ne le sont pas : ils mentent. Je ferai en sorte qu’ils
viennent se prosterner à tes pieds et qu’ils sachent que, moi, je t’ai aimé.
Parce que tu as gardé la parole de ma persévérance, je te garderai moi-
même de l’heure de l’épreuve qui va venir sur toute la terre habitée, pour
∗
Plus de prédications sous : [Link]/[Link].
1
mettre à l’épreuve les habitants de la terre. Je viens bientôt. Reste attaché à
ce que tu as, pour que personne ne prenne ta couronne.
Le vainqueur, j’en ferai une colonne dans le sanctuaire de mon Dieu, et
il n’en sortira jamais plus. J’écrirai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de
la ville de mon Dieu, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel d’auprès de
mon Dieu, ainsi que mon nom nouveau.
Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises !
Apocalypse 3.7-13 1
3 Message
Ici, Jésus-Christ s’adresse à une église petite, qui a peu de pouvoir, qui doit se sentir
faible, et inefficace. C’est une des lettres de l’Apocalypse où Jésus ne fait pas de reproche,
il reconnaît au contraire que cette église a gardé sa parole et et restée fidèle. Ce n’est
pas une de ces églises opulentes, qui pensent n’avoir besoin de rien comme Laodicée, ni
une église qui paraît vivante mais est morte, comme Sardes. Elle n’a pas l’air de grand
chose, mais le fond y est.
Et parfois on peut se sentir comme cette église : on essaie d’aimer Jésus-Christ, de
lui être fidèle, mais on se sent peu nombreux, en minorité, on a l’impression que notre
témoignage n’est pas écouté, qu’on arrive pas à avoir d’impact. On peut vite se faire
un complexe d’infériorité ou d’inutilité. Mais là, Jésus dit que ce n’est pas le critère,
l’important n’est pas la taille, la réussite ou la puissance, c’est la fidélité à la parole de
Dieu. Et c’est ça la question qu’il faut se poser : sommes nous fidèles à la parole du
Christ ? Et au verset 11, Christ exhorte : garde ce que tu as, afin que personne ne prenne
ta couronne ; ta fidélité c’est ce qui a vraiment de la valeur, ne laisse personne t’ôter
cela. La persévérance dont il est question peut prendre diverses formes, mais ce qui est
souligné ici c’est "tu n’as pas renié mon nom", il s’agit de continuer à se réclamer de
Jésus même quand la pression pousserait dans un autre sens. Cela ne signifie pas que
tant qu’on dit "jésus, Jésus" tout va bien, vous avez vu dans les autres lettres que les
fausses doctrines et les mauvais comportement sont graves, et d’une manière sont un
reniement par la pratique. Mais cela signifie que la fidélité est plus importante que la
puissance et les "résultats".
Face à ce sentiment de faiblesse et d’impuissance de l’église, Jésus répond en se
présentant comme celui qui contrôle les choses, c’est celui qui ferme et personne n’ouvre,
et quand il ouvre personne ne ferme : c’est lui contrôle qui entre ou n’entre pas dans son
Royaume, et personne ne peut s’opposer à ses décisions. En ce qui concerne cette église
de Philadelphie, Jésus annonce qu’il va lui donner une porte ouverte que personne ne
pourra fermer. Et dans le vocabulaire du Nouveau Testament, de Paul en particulier2 ,
la porte ouverte signifie l’opportunité de répandre l’Évangile, le fait de trouver des gens
prêts à l’accueillir. Parce que cette église est restée fidèle, Jésus promet de donner de
l’efficacité à son témoignage.
C’est ce que l’on voit aussi au verset 9, qu’il nous faut un peu détailler. D’abord
la synagogue de Satan, ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, de qui s’agit-il ? Très
certainement, il s’agit des juifs non chrétiens de la région, qui étaient bien implantés, assez
1
La Nouvelle Bible Segond. Société Biblique Française, 2002, de même pour la citation suivante.
2
1 Cor 16.9„ 2 Cor 2.12, Ac 14.27 etc.
2
prospères, et qui s’opposaient à l’Église naissante un peu partout à l’époque. En disant
qu’ils se nomment juifs et ne le sont pas, Jésus affirme à Jean le fait que l’on retrouve
ailleurs dans le Nouveau Testament : Jésus-Christ est le véritable accomplissement des
promesses faites à Israël, et que ceux qui appartiennent vraiment à Israël sont ceux qui
s’attachent à Christ, qu’ils soient juifs ou païens en terme d’ethnie. C’est ce que Paul
explique en Romains 9 à 11, "tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël" (Rm
9.6), mais en s’opposant à Christ, ces juifs sortent du peuple de Dieu, ils sont retranchés
à cause de leur incrédulité (Rm 11.20). Mais pour Paul comme pour nous, ce n’est pas
une raison de se vanter ou d’être fier, c’est tragique ! Ceux qui ont reçu les promesses et
pourquoi Christ est venu s’en sont coupés.
Mais si nous revenons à notre passage, ça ne s’arrête heureusement pas là : Jésus dit à
l’église de Philadelphie qu’il leur donnera des gens de cette "synagogue de Satan". S’il les
donne à l’église, cela signifie qu’ils reconnaîtront Christ et rejoindrons la communauté.
Et Il ajoute que ceux-ci viendront se prosterner aux pieds de l’Église et connaître qu’il
l’a aimée. L’idée de se prosterner aux pieds du peuple de Dieu est reprise des prophéties
d’Ésaïe (45.14, 49.23, 60.14), où il est question des nations païennes qui se prosternent
aux pieds d’Israël en reconnaissant que le Dieu d’Israël est le vrai Dieu. C’est un drôle
de retournement, dans l’Apocalypse ce sont les juifs qui se pensent Israélites qui vont
reconnaître que le Dieu d’Israël agit au travers d’une église qui est en partie formée de
païens. C’est à nouveau assez semblable à la logique de Paul, qui dit
Je vous le dis, à vous, les non-Juifs : pour autant que je suis l’apôtre des
non-Juifs, moi, je glorifie mon ministère, afin, si possible, de provoquer de la
jalousie parmi les gens de ma propre chair et d’en sauver quelques-uns.
Rm 11.13-143
La réussite de l’Évangile auprès des païens doit servir à amener les juifs à croire, à
reconnaître que tout ce qu’ils ont cherché se trouve en Jésus-Christ. Et c’est aussi une
pensée très encourageante pour cette église : vos adversaires juifs nient votre légitimité
comme peuple de Dieu, mais en fait c’est en vous que les prophéties s’accomplissent.
Maintenant, tout ceci est dit dans un contexte où vraisemblablement les juifs for-
maient un front d’opposition important face à l’Église, et nous aujourd’hui ce n’est plus
le cas, en tout cas pas chez nous. Donc il convient de séparer deux messages à partir de
cette situation :
– Pour les juifs, il y a encore une promesse que certains vont se tourner vers Christ,
que Dieu nous les donnera pour qu’ils trouvent Jésus-Christ. Jésus-Christ, celui à
cause de qui la révélation avait été donnée aux juifs, celui qui en fait la valeur.
– Dans nos situations, lorsque nous faisons face à de l’opposition, de l’hostilité ou de
la fermeture, si nous restons fidèles, Dieu peut nous donner que même parmi nos
opposants les plus farouches certains en viennent à le reconnaître et à reconnaître
qu’il agit au milieu de nous.
En plus de cette promesse de témoignage efficace, Jésus ajoute d’autres promesses
à cette petite église fidèle : Lorsque l’épreuve viendra sur toute la terre habitée - ou
peut-être l’Empire Romain, cette église sera gardée. Le mot d’épreuve est souvent utilisé
pour la persécution des chrétiens par les autorités, mais pas exclusivement. Il se peut
que cette lettre annonce une vague de persécution dans l’Empire Romain, ou bien un
3
Voir aussi Moret, J.-R. Romains 11.11-24 ; Le rapport entre juifs et païens dans le plan de salut
de Dieu. Devoir d’exégèse 3e année, Faculté Jean Calvin, consultable sous :
http ://[Link]/Exegese_NT.pdf, 2012.
3
temps de détresse qui touche tout le monde, ce qui est aussi des fois le cas dans la suite
de l’apocalypse.
Quand Jésus annonce qu’il va protéger cette église, cela signifie peut-être que l’épreuve
l’épargnera, mais peut-être plutôt que Jésus la gardera en empêchant que sa foi ne défaille
et que l’épreuve ne la conduise à le renier, ce qui serait le dommage spirituel ultime, celui
qui importe vraiment. Et au vainqueur, à celui qui continue à confesser le nom du Christ
jusqu’au bout, il promet d’en faire une colonne dans le temple de Dieu ; ce n’est pas à
prendre littéralement, puisque l’Apocalypse nous dit aussi qu’il n’y aura pas de temple
dans la nouvelle Jérusalem. Mais cela signifie être dans la présence de Dieu pour toujours,
sans coupure. Et avoir le nom de Dieu inscrit signifie lui appartenir, avec certitude. Quand
à la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, c’est ce que la fin de l’Apocalypse montre, la
nouvelle réalité que Dieu instaure après avoir établi visiblement son règne. Avoir le nom
de cette ville inscrit sur soi, cela signifie la garantie de participer à cette réalité nouvelle,
l’assurance d’appartenir au peuple de Dieu dans l’Éternité.
4 Conclusion
Il pourrait être facile de nous dire "nous sommes cette petite église fidèle à qui Jésus
n’a pas de reproches à faire", et en définitive c’est trop facile. Il faut plutôt nous demander
si nous avons la fidélité qui la caractérise.
Mais donc, à cette église petite et faible, voilà ce que Jésus communique :
– La fidélité à ma parole et à mon nom est ce qui importe vraiment, garde cela, et
je suis content de toi ;
– Même parmi tes adversaires, je te donnerai des gens qui croiront en moi pour te
rejoindre. C’est moi qui rend ton témoignage efficace ;
– Garde ta fidélité jusqu’au bout, et tu auras ta place dans la présence de Dieu, dans
le monde à venir, dans le peuple racheté de Dieu ;
– C’est moi qui te donne de rester fidèle dans l’épreuve, c’est moi qui ai la maîtrise
de la situation.
Références
[1] La Nouvelle Bible Segond. Société Biblique Française, 2002.
[2] Beale, G. K. The Book of Revelation. New International Greek Testament Com-
mentary. Eerdemans, 1999.
[3] Moret, J.-R. Romains 11.11-24 ; Le rapport entre juifs et païens dans le plan de
salut de Dieu. Devoir d’exégèse 3e année, Faculté Jean Calvin, consultable sous :
http ://[Link]/Exegese_NT.pdf, 2012.