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Introduction à la Différentielle

Théorie d'extension de la différentiation par Fréchet

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Différentielle

En analyse fonctionnelle et vectorielle, on appelle différentielle d'ordre 1 d'une fonction en un


point (ou dérivée de cette fonction au point ) la partie linéaire de l'accroissement de cette
fonction entre et lorsque tend vers 0. Elle généralise aux fonctions de plusieurs variables
la notion de nombre dérivé d'une fonction d'une variable réelle, et permet ainsi d'étendre celle de
développements limités. Cette différentielle n'existe pas toujours, et une fonction possédant une
différentielle en un point est dite différentiable en ce point. On peut ensuite calculer des
différentielles d'ordre supérieur à 1.

On utilise la notation différentielle avec beaucoup d'efficacité dans le cadre du calcul


d'approximations et du calcul de dérivées. Elle facilite la formule de la dérivée de la composée. Elle
se révèle très pratique dans le changement de variable en calcul intégral.

Dans l'approche de Leibniz, la différentielle d'une fonction est son « accroissement infinitésimal »,
qui s'écrit comme une combinaison des accroissements infinitésimaux des différentes variables.
Ainsi pour une fonction des variables et , l'accroissement infinitésimal s'exprime sous la
forme :

où et sont les dérivées partielles de .

Le calcul différentiel ainsi conçu, s'il était un outil de calcul efficace, manquait d'un fondement
note 1
rigoureux, en particulier en ce qui concerne la notion de quantité infinitésimale . La notion
moderne de différentielle est l'outil algébrique qui permet de passer des accroissements finis ,
des variables à l'accroissement de la fonction, en se limitant au premier ordre d'approximation.
Mathématiquement, il n'est plus question de petite variation mais de calcul au premier ordre, dont
la définition s'exprime sous forme d'une limite.

Il convient cependant de ne pas négliger la puissance d'évocation et l'efficacité dans les calculs du
point de vue original de Leibniz. C'est ce qui explique qu'il reste massivement utilisé, notamment
par les physiciens ou les économistes. En introduisant la notion avancée de calcul tensoriel sur les
variétés, les mathématiciens ont pu assurer un statut précis aux notations différentielles de tous
ordres.

Première approche

Fonction d'une seule variable


Le calcul différentiel, pour les fonctions d'une seule variable, se confond avec la dérivation. Soit
une fonction d'une variable réelle, à valeurs réelles ; on notera le résultat de l'application
de . Elle est dite dérivable en lorsqu'il existe un réel, noté , tel que pour tout réel on ait :

où est une fonction ayant une limite nulle en 0. est alors appelé nombre dérivé de en .
On résume souvent cela par la notation (dite notation de Landau) :

Intuitivement ce calcul de limite, qui porte le nom de développement limité à l'ordre 1 pour la
fonction en , signifie qu'en première approximation, pour proche de 0, la valeur de
est peu différente de celle de . Notamment parmi les expressions affines (c'est-à-
dire de la forme ), c'est celle-ci qui donne la meilleure approximation de .

Introduction intuitive des notations du calcul infinitésimal


Dans de nombreuses applications, des notations parlantes sont employées pour décrire cette
situation. On convient de noter le nombre par pour indiquer qu'il représente une très petite
variation de par rapport à la valeur de référence . On note la variation de l'image par rapport
à la valeur de référence :

note 1
Le point de vue couramment adopté (surtout en physique), abusif en toute rigueur , est que
pour des variations suffisamment petites, on peut écrire . Cette présentation
escamote en effet la nécessité d'utiliser un calcul de limite, car même pour des variations très
petites, le terme d'erreur noté ci-dessus n'a pas de raison d'être nul. Mathématiquement
parlant, il serait plus juste de noter cela :

car les mathématiciens prouvent la formule exacte , en donnant aux notations et


un sens précis qui n'est pas celui de petites variations et qui sera détaillé plus bas.

Fonction de deux variables


Soit une fonction des deux variables et ; on notera le résultat de l'application de
.

Valeur attendue pour la différentielle


De nouveau, la question posée peut être formulée ainsi : lorsque, par rapport à des valeurs de
référence et , on augmente les variables et des quantités et , quel est l'effet (au premier
ordre) sur la variable ?

Les dérivées partielles permettent de répondre à la question lorsqu'une des deux variations est
nulle. Ainsi, parce que c'est un simple calcul de dérivée de fonction d'une variable, il est possible
d'écrire :
lorsque

et de même en inversant les rôles : si est nul, se calcule à l'aide de la deuxième dérivée
partielle.

Il semblerait naturel que lorsqu'on augmente et respectivement des quantités infiniment


petites et , l'augmentation totale soit obtenue en superposant les deux cas précédents :

ce qu'en physique on énonce en général sous la forme : la différentielle « totale » est la somme des
« différentielles partielles ».

On écrira par exemple : si alors . De fait, cette


formule sera vérifiée dans de très nombreux calculs explicites ; mais elle n'est pas vraie en toute
généralité.

Le problème de la différentiabilité
Il faut détailler le raisonnement pour voir où il pèche. On peut faire subir d'abord une
augmentation de à la seule variable , ce qui la fait passer de la valeur à , tandis que
reste égal à . Puis, en maintenant constant, on fait passer de à . Les
accroissements de résultants sont donc plus précisément :

et

et encore si cette deuxième quantité existe effectivement.

L'existence de dérivées partielles au seul point est a priori insuffisant pour écrire une
formule générale de calcul de . En revanche, si l'on suppose que les dérivées partielles sont
définies et continues sur un voisinage de , on pourra effectivement affirmer que a la valeur
attendue.

Définition de la différentielle
En termes généraux, la différentiabilité est l'existence d'un développement limité à l'ordre 1 en un
point, et la différentielle est la partie d'ordre 1 (donc linéaire) exactement.

Pour une fonction réelle à deux variables


Étudions en premier lieu une fonction de deux variables, à valeurs réelles : on notera .
Cette fonction sera dite différentiable au point de coordonnées s'il existe une formule
de développement limité d'ordre 1 pour la fonction en ce point, c'est-à-dire :
avec et des coefficients réels, ou encore :

La limite est à prendre au sens des limites de fonctions de deux variables.

Si la fonction est différentiable, on montre que les coefficients et sont bien les dérivées
partielles de . On peut alors écrire :

avec l'expression suivante qui est linéaire en

L'application linéaire est appelée différentielle de au point et peut se noter ou bien


.

On peut reprendre l'interprétation intuitive de . Si les variables subissent une petite modification
, l'effet sur la fonction est une modification , à condition de s'empresser d'ajouter :
« du moins au premier ordre ».

Généralisations en dimension finie


Cette première notion se généralise aux fonctions de dans , en changeant simplement le
nombre de variables, puis aux fonctions de dans en admettant des coefficients vectoriels
pour le développement limité. Une fonction de dans sera dite différentiable en s'il
existe un développement de la forme :

avec qui désigne la norme du vecteur de composantes . Cette condition peut aussi
s'écrire comme :

La limite est à prendre au sens des limites de fonctions de variables. De nouveau, si la fonction
est différentiable, on montre que les coefficients apparaissant dans ce développement
sont les dérivées partielles de . On notera donc :
Pour effectuer ce calcul il est judicieux d'introduire des représentations matricielles pour le vecteur
et l'application linéaire : c'est ce que l'on appelle la matrice jacobienne de l'application.
C'est une matrice de dimension . Le calcul de peut aussi être présenté comme un
calcul de produit scalaire du vecteur avec le vecteur gradient de au point .

La différentiabilité de la fonction assure l'existence de dérivées partielles ; la réciproque est fausse :


l'existence de dérivées partielles n'assure pas la différentiabilité de la fonction, ni même sa
continuité.

Il existe cependant un résultat positif : si les dérivées partielles de existent et sont continues,
alors est différentiable.

Si l'application est linéaire, alors elle est différentiable en tout point et . Ceci
s'applique en particulier à chaque fonction coordonnée , — dont la dérivée en tout
point , , est simplement notée — et justifie la réécriture suivante de la
différentielle de en :

Applications au calcul infinitésimal


En calcul infinitésimal, l'habitude est de noter des variations infinitésimales d'une fonction .
Ainsi, soient , une fonction de et où les sont les
composantes d'une variation infinitésimale de , alors la différentielle de au point définit les
variations infinitésimales de correspondant aux variations infinitésimales de et s'écrit :

ou, en notation tensorielle avec la convention de sommation d'Einstein :

Pour bien comprendre cette formule, il faut comprendre que l'accroissement infinitésimal est
lié aux accroissements infinitésimaux par les dérivées partielles qui sont indépendantes les
unes des autres, et que par contre, on calcule la relation entre et les qui sont, eux, liés
entre eux par la direction dans laquelle on fait varier .

Différentiabilité au sens de Fréchet


Plus généralement, il est possible de définir la notion de différentiabilité et de différentielle sans
avoir recours à des bases.
Soient un espace vectoriel normé, un espace vectoriel topologique séparé, une application
de dans et un point de . On abandonne la notation des vecteurs par des flèches dans ce
paragraphe.

On dit que est différentiable en (au sens de Fréchet) s'il existe une application linéaire continue
telle que :

ou, de manière équivalente :

note 2
Une telle application linéaire est alors unique . Elle est appelée différentielle de en et
se note . De plus, sa continuité assure la continuité en de .

La différentiabilité dépend de la norme choisie sur ; on retrouve, cela dit, la définition usuelle en
dimension finie (voir supra) puisque toutes les normes y sont équivalentes. Notons que pour
fixé, l'application n'a aucune raison d'être linéaire. Par
exemple pour , et , on a .

On peut remarquer le changement sémantique entre la première définition, celle de Leibniz – un


accroissement très petit –, et celle formalisée de nos jours – une application linéaire. Ce
changement est l'aboutissement d'une évolution de plus de trois siècles entre une idée intuitive du
calcul infinitésimal et sa formalisation.

Différentielle d'une fonction composée


note 2, 1
La différentielle d'une fonction composée est donnée (sous de bonnes hypothèses) par :

Différentielle d'ordre supérieur

Cas de la fonction réelle


Si , si est dérivable sur , alors . Si de plus, est dérivable, est
différentiable et :

Cette quantité s'appelle la différentielle d'ordre 2 de .

Plus généralement, si est fois dérivable sur , on appelle différentielle d'ordre sur ,
l'expression :
Cas de la fonction réelle à deux variables
Si est une fonction différentiable de (ouvert de ) dans , alors .

Chacune des fonctions et est elle-même une fonction de dans . Si elles sont de classe C1
(c'est-à-dire différentiables de différentielle continue) alors est aussi différentiable et :

Comme les différentielles sont continues, le théorème de Schwarz permet de dire que :

ce qui permet d'écrire la différentielle d'ordre 2 de sous la forme suivante :

où devient un opérateur agissant sur

Plus généralement, si est de classe alors (formellement, dans l'algèbre des opérateurs) :

Cas général
On considère deux espaces vectoriels normés et , un ouvert de et .

On dit que est deux fois différentiable en si :

1. est différentiable sur (de différentielle pour tout ),


2. l'application est différentiable en (au sens de la métrique induite sur
).
L'application dérivée seconde est donc une fonction et la différentielle
seconde en est l'application .

Mais intéressons-nous de plus près à . Il s'agit d'une application linéaire continue


. De même, une fois choisi l'application est linéaire
continue.

L'application peut donc être interprétée comme l'application bilinéaire continue


. D'après le théorème de Schwarz, elle est de plus
symétrique.
De manière générale, on définit la différentielle d'ordre de en comme l'application -linéaire
symétrique continue .

Notes et références

Notes
1. Il est cependant possible de réintroduire de manière rigoureuse la notion d’« infiniment petit » ;
voir l'article Analyse non standard.
2. Pour une démonstration, voir par exemple le chapitre « Différentiabilité » de la leçon « Calcul
différentiel » sur Wikiversité (lien en bas de page).

Références
1. Jean Mawhin, Analyse : Fondements, techniques, évolution, Paris/Bruxelles, De Boeck
Université, 1997, 808 p. (ISBN 2-8041-2489-4), p. ? [réf. incomplète].

Bibliographie
Henri Cartan, Cours de calcul différentiel, éditions Hermann, 1967 (plusieurs rééditions).

Articles connexes

Sur les autres projets Wikimedia :


différentielle, sur le Wiktionnaire
Différentiabilité, sur Wikiversity

Dérivée directionnelle
Dérivée extérieure
Dérivée totale
Différentiel généralisé
Différentielle d'une application entre variétés
Fonction B-différentiable
Fonction semi-lisse
Forme différentielle
Homologie et cohomologie
Notations delta en sciences
Règle du produit dans des espaces vectoriels normés

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