98
Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
© EDUCI 2018
CONFLITS FONCIERS, STRATÉGIES ET LOGIQUES DES
ACTEURS SUR LES TERRAINS DE LOTISSEMENT DANS
UNE PÉRIODE POST CRISE :CAS DE BELLEVILLE DANS
LA VILLE DE BOUAKE
LAND CONFLICTS, STRATEGIES AND LOGIC OF THE
ACTORS ON THE LAND OF LANDS IN A POST CRISIS
PERIOD CASE OF BELLEVILLE IN THE CITY OF BOUAKE
Yves Landry FALLE,
Enseignant-chercheur
Université Alassane Ouattara (Bouaké, Côte d’Ivoire)
[email protected]RÉSUMÉ
Les conflits fonciers sont nombreux en Côte d’ Ivoire. Ils se présentent sous plusieurs
formes avec des origines diverses et des manifestations particulières. Ils concernent
plusieurs villes du pays notamment celle de Bouaké. Cette ville, capitale de la rébellion
de 2002, qu’a connue la Côte d’Ivoire n’est pas aussi épargnée par la montée des conflits
fonciers depuis la fin des hostilités surtout sur les terrains de lotissement. C’est dans
ce contexte que s’inscrit notre article. L’objectif de cet article est d’identifier les facteurs
des conflits sur les terrains de lotissement à Belleville dans la période post crise. Puis
analyser les logiques et les stratégies des acteurs impliqués dans le conflit. L’article
repose essentiellement sur une étude de cas et la technique d’échantillonnage utilisée
est celle de la boule de neige. Elle est appuyée par une analyse interactionniste et la
théorie de l’acteur stratégique. Elles nous ont permis d’interroger un certain nombre
d’acteurs et servi de repères au niveau des logiques et des stratégies des acteurs
en conflit justifiant leurs positions, leurs actions dans la lutte pour l’appropriation d’un
espace loti. Les guides d’entretien semi directifs nous ont aussi procuré des informa-
tions utiles à l’étude.
Mots clés : conflits fonciers, stratégies, logiques, acteurs, lotissement, post crise.
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
99
ABSTRACT
Land disputes are numerous in Côte d ‘Ivoire. They come in many forms with diverse
origins and particular manifestations. They concern several cities of the country inclu-
ding that of Bouaké. This city, capital of the rebellion of 2002 that has known the Ivory
Coast is not so spared by the rise of the land conflicts since the end of the hostilities
especially on the lots of housing estate. It is in this context that our article is written.
The purpose of this article is to identify the factors of conflicts on subdivision lands in
Belleville in the post-crisis period. Then analyze the logic and strategies of the actors
involved in the conflict. The article is essentially based on a case study and the sampling
technique used is that of the snowball. It is supported by an interactionist analysis and
the theory of the strategic actor. They allowed us to question a certain number of actors
and served as benchmarks at the level of the logics and the strategies of the actors in
conflict justifying their positions, their actions in the fight for the appropriation of a loti
space. The semi-directive interview guides also provided useful information for the study.
Key words: land conflicts, strategies, logics, actors, subdivision, post crisis.
INTRODUCTION
Les conflits fonciers sont des phénomènes réels en Afrique, particulièrement
en Côte d’ Ivoire, ils sont présents dans la plupart des régions du pays(Est,
Ouest, Sud, Nord). Cette situation conflictuelle s’est accentuée avec l’urbani-
sation accélérée de nombreuses villes(Abidjan, Yamoussoukro, Man, Bouaké
etc.) dû à la dynamique économique des années 80, (Koffi, 2007) ce qui sera
accompagné par des flux migratoires importants1.La croissance démogra-
phique qu’ont connue ces villes ne répond plus au plan d’urbanisation établi
après les indépendances. Un tel dynamisme démographique suscite certes
une rapide extension spatiale de la ville, mais favorise la recrudescence de
plusieurs problèmes dont l’insuffisance de logements adéquats (Atta, 2000).
Cette situation va entrainer une crise du logement et de nombreux conflits sur
différents espaces précisément les terrains de lotissement en milieu urbain. Les
conflits relatifs aux terrains de lotissements constituent l’une des plus grandes
difficultés rencontrées par les autorités ivoiriennes et compte parmi les plus
complexes auxquels doivent répondre les politiques et les différents acteurs
de ce domaine. Cette problématique se pose dans de nombreuses villes de la
Côte d’Ivoire, notamment à Bouaké deuxième ville du pays marquée par une
crise politico-militaire en 20022.
1 Forte immigration des peuples de la sous-région et un fort taux de natalité de la population
ivoirienne dans les années 1970- 1981
2 La crise du 19 septembre 2002
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
100
En effet, lors de la crise, de nombreux logements ont dû être abandonnés
par leurs occupants dans le but de fuir les combats face à l’insécurité gran-
dissante dans cette zone (Mairie de Bouaké , 2017).Aussi, avec l’absence de
l’administration territoriale et sécuritaire du fait de la guerre, la ville était dirigée
par les forces nouvelles3donc livrée à elle-même et a connu de nombreux
pillages et expropriations. Cette crise a non seulement modifié la composition
démographique mais a également mis hors d’usage, une part importante du
parc immobilier moderne de Bouaké (MCLAU4, 2014).
La fin de cette crise se signale avec le retour de bon nombre de proprié-
taires qui constatent l’occupation illégale de leurs habitations par des ‘‘incon-
nus’’². Ces personnes qui sont pour la plupart munies de l’autorité d’habiter
ou de posséder ses habitations expriment de nombreuses réticences pour les
restituer à leurs vrais propriétaires créant ainsi des situations inconfortantes
et des conflits. Cette situation de conflits touche également un certain nombre
d’espaces urbains qui rend difficile leur acquisition notamment dans la ville de
Bouaké. La ville de Bouaké connait donc de nombreux conflits fonciers (intra-
familiaux, intercommunautaire, inter-ethniques, etc.) à l’instar de nombreuses
villes de la Côte d’Ivoire. Ces situations de conflits généralisées n’ont pas
laissé indifférents de nombreux chercheurs qui en ont déjà fait l’objet de leurs
multiples réflexions, KONÉ M. (1999 et 2001), AFFOUY.S. (2002 et 2006),
ATTA K. (2001), OUATTARA I. (1999), ATTA K. (2001), HAERINGER P. (1977).
Mais celles qui nous intéressent sont celles relatifs aux conflits fonciers sur les
terrains de lotissement en milieu urbain. Ce phénomène est récurrent depuis
la fin de la crise sur les terrains de lotissement de la ville de Bouaké.C’est fort
de cela que nous avons trouvé opportun d’écrirecet articleintitulé : « Conflits
fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains de lotissement dans
une période post crise : cas de Belleville dans la ville de Bouaké».
L’objectif de cette étude est de déterminer les causes des conflits fonciers sur
les terrains de lotissement à Belleville puis analyser les logiques et stratégies uti-
lisés par les acteurs dans le déroulement des conflits à travers une étude de cas.
Ici même le problème est de savoir quels sont les facteurs explicatifs de la
récurrence des conflits et quelles sont les logiques et stratégies des acteurs
impliqués dans les conflits fonciers sur les terrains de lotissement à Belleville?
En effet, la crise politico-militaire de 2002 avec son corollaire de destruction,
d’occupation des propriétés et les difficultés rencontrées par les structures en
charge du foncier rural et urbain dans leur fonctionnement sont la source de cer-
3 Forces belligérantes aux forces armées d’alors
4 Ministère de la Construction, du Logement, de l’assainissement et de l’urbanisme
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
101
taines tensions sur les terrains de lotissement dans le quartier de Belleville. Aussi
la valeur marchande du terrain en milieu urbain et d’autres facteurs ont accentué
les conflits et déterminé les actions des acteurs intervenant dans le conflit.
Il s’agit pour nous à travers cet article de centrer notre étude sur un cas de
conflit foncier sur les propriétés de lotissements à Belleville en période post crise.
Pour mieux cerner notre sujet d’étude un cadre méthodologique est nécessaire.
CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Par rapport aux objectifs de la recherche, une approche qualitative de type
ethnographique a été privilégiée en raison des stratégies et des logiques des
acteurs qui ne se donnent pas à observer aisément. Ici, les données à collecter
ne sont pas « données », mais sont plutôt à produire et d’en expliquer les pro-
cédures d’investigation(Le Meur, 2002).Les guides d’entretien semi directifs ont
permis aussi de nous procurer des informations utiles à l’étude.Ces entretiens
ont porté sur les acteurs en conflits,le cadastre, le chef de terre et son conseil,
auprès de la Mairie de Bouaké. Aussi la technique d’échantillonnage utilisée
est celle de la boule de neigedans la mesure où il s’agit d’une étude de cas.
Cette technique à travers les personnes ressources nous a conduits vers les
autres personnes impliquées de près ou de loin dans le conflit.Le chef de terre
de Belleville nous a également aidés à avoir les coordonnées des protagonistes
dans le conflit ce qui a facilité l’interview de l’ensemble des acteurs agissant
dans le conflit concernant les terrains de lotissement à Belleville.
Tableau 1 : Personnes interrogées
Catégories des acteurs interrogées Nombre
Acteurs en conflit Instituteur, Professeur, Sans emploi 3
Le chef de terre et son conseil 6
Le secrétaire général de la préfecture de Bouaké 1
Le chef de service de cadastre de Bouaké 2
1
(ingénieur géomètre)
Autres acteurs impliqués Le chef de service de cadastre de Bouaké 1
1
(ingénieur géomètre)
Service technique de la mairie 1
Le chef du service du domaine 2
Total 15
Source: Enquête de terrain, 2017
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
102
Le cadre d’analyse de l’étude s’est appuyé sur la théorie interactionniste
qui « analyse les comportements en termes de stratégies d’acteurs ou de
groupes d’acteurs en considérant que ces stratégies valorisent les marges
de manœuvres aussi minimes soient elles, que possède tout acteur social,
même dominé, dans ses relations avec les institutions et les autres acteurs »
(Chauveau, 1994 :pp 86). Et la théorie de l’acteur stratégique, développé par
Michel Crozier et Erhard Freiberg(1977), qui nous a servi de repères au niveau
des logiques et des stratégies.Elle nous a permis d’appréhender la logique des
acteurs justifiant leurs positions dans l’acquisition d’une parcelle quelle que soit
la portée de l’action. Aussi, les différentes stratégies mises en œuvre par les
acteurs afin d’atteindre leurs objectifs. Après le cadre méthodologique, nous
passerons à la présentation du champ d’étude.
1. Présentation de la zone d’étude
La ville de Bouaké, anciennement dénommée Gbèkekro jusqu’en
1900 est une ville située au centre nord de la Côte d’Ivoire.Elle est limi-
tée au sud par des villes comme Yamoussoukro,Tiébissou et Dididévi, au
nord par Botro et Katiola, à l’est par Béoumi et Sakassou, enfin à l’ouest
par Brobo et M’bahiakro.La ville compte quarante neufs quartiers (49)
et Belleville qui est notre champ d’étude en fait partie. Ce quartier est situé
au nord-ouest de la ville de Bouaké. Il était composé au départde trois vil-
lages, kassoukro, kassaouffouini, et Attiankro et s’est ensuite subdivisé en
deux grands secteurs : Belleville 1 et Belleville 2. Il est limité au nord-est par
Kanankro, au nord-ouest par le quartier de Dar-es-salam, au sud par Sokoura,
au Sud-ouestpar un Camp militaire et au sud-est par Oliénou.
La population de Bouaké qui renferme celle de Belleville est estimée à 4.61 6.171
habitants et est composée essentiellement d’autochtones Baoulé originaire
du Ghana, d’allogènes ivoiriens dont le groupe le plus important, communé-
ment appelé les Dioulas sont originaires du Nord du pays. On note également
la présence d’une communauté de ressortissants africains, provenant pour
l’essentiel du Mali, du Burkina-Faso et de la Guinée. Cette population hété-
rogène se répartit dans des habitats de moyen et haut standing, des habitats
précaires et des habitats traditionnels.
Le pouvoir au sein de ce groupe autochtone tourne autour d’un élément
fondamental qui fonde la régulation sociale : la terre. L’organisation et le fonc-
tionnement de la communauté repose sur les principes anciens de gestion de
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
103
terre qui en garantissent l’équilibre.C’est en ce sens que le chef de terre joue
un rôle important et incontournable dans cette société. Il est propriétaire et le
garant de l’autorité sur le domaine foncier de Belleville. La gestion du foncier
relève uniquement de sa personne. C’est donc une société à État structuré
(Chauveau,1985) etfortement hiérarchisé avec un pouvoir centralisé contrôlé
par les « ainés sociaux » (Etienne ,1971 ; pp 165-168).
2. Du lotissement de Bouaké au lotissement de Belleville
L’État de Côte d’Ivoire après son accession à l’indépendance a soutenu l’urba-
nisation par l’entremise de structures spécialisées comme la SICOGI, SOGHEFIA
etc. Les retombées du négoce international ont permis le financement de
l’ambitieux programme de développement urbain initié par l’État de 1961à 1965
(Atta, 1975 ; 2000). Ces opérations ont été rendues possible par les bénéfices
issues de la vente de matières premières telles que le café et le cacao, le pal-
mier à huile etc. On parlait à cette époque du « miracle économique ivoirien».
À Bouaké, les interventions de l’État à travers ces structures ont permis le
lotissement progressif de la ville et de sa périphérie.Également la construction
de logements de moyens et de hauts standings. Ces habitations étaient desti-
nées pour la plupart aux familles de fonctionnaires issus de diverses structures
publiques et parapubliques.
Malheureusement, cette volonté des pouvoirs publics sera contrariée par un
changement institutionnel majeur caractérisée par une relance de la politique de
décentralisation, sur recommandation des institutions financières internationales
(colloque international, 1988 ; Yapi-Dihaou, 1990). Ce changement intervient
dans un environnement économique national morose marqué par la récession
et les programmes d’ajustement structurel (Stren et White, 1993). Ainsi, l’État
est contraint de surseoir aux investissements dans les secteurs sociaux, dont
le domaine foncier. Des opérateurs privés, en partenariat avec les nouveaux
pouvoirs locaux (communes, autorités coutumières), vont à cet effet le relayer
(Bertrand, 2002 ; Loba, 2008). Désormais, l’État, par le biais de la commune,
est dans l’obligation de composer avec les détenteurs du droit coutumier (chef
de village, chef de terre etc.). L’État s’est désengagé de cette tâche au profit
des autorités locales (autorités coutumières) principalement le chef de terre
garant de l’espace foncier du quartier de Belleville. Quant aux chefs terriens,
ils ont le devoir de soumettre un avis au maire pour approbation du lotissement.
Une fois la municipalité avisée, la communauté villageoise peut saisir un géo-
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
104
mètre et procéder à un état des lieux. Le lotissement du quartier de Belleville
a donc débuté en 1980, effectué par l’État de Côte d’Ivoire.Mais ces terrains
lotis sont souvent la source de nombreux problèmes, ce qui entraîne souvent
de nombreux conflits entre les différents acteurs.
Carte 1 : Le quartier de Belleville
Source : Mairie de Bouaké, 2017
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
105
3.Conflit opposant Mr KI à Mr TM et Mr SJ
Messieurs KI est un instituteur, TM professeur d’Espagnol au Lycée Djibo
Sounkalo de Bouaké et monsieur SJ proche d’un chef rebelle. Ces deux respon-
sables possédaient des plantations sur un même terrain non loti depuis plusieurs
années. Au fil du temps monsieur KI a construit une maison de campagne aux
alentours de sa plantation dans le but de s’abriter et se reposer en cas de fatigue
ou de mauvais temps. Quant à monsieur TM, il a trouvé inopportun de se bâtir
un logis sous prétexte que le lieu était encore une broussaille et très éloigné
de la ville donc sans intérêt pour lui. À partir de 1992, le terrain fut loti par le
Préfet d’alors monsieur N’ZI Paul David . Et de nombreux espaces lotis furent
octroyés au chef de terre qui avait la lourde responsabilité de les redistribuer
aux membres de sa communauté ou de les revendre à d’éventuels acquéreurs.
C’est ainsi que monsieur KI dans sa volonté de vouloir acquérir le terrain loti,
saisit le chef de terre de Belleville pour une individualisation et marchandisa-
tion des droits de cette espace (Basset, 1993) sur lequel lui et monsieur TM
avaient installé des plantations. Or, lors du morcellement de l’espace, les deux
plantations, celle de KI et TM sont restées sur un même et unique lot et c’est
justement celui-ci que veut s’octroyer monsieur KI.
À la suite du versement d’un montant de cinquante mille francs (50 000)
Francs CFA et une bouteille de gin (boisson traditionnelle) au chef de terre de
Belleville comme le veut la tradition, il finalise l’achat du terrain. Quant à Mon-
sieur TM, il ignorait que la parcelle de sa ‘‘plantation’’ avait été lotie parce qu’il
était absent pendant ce moment. Dans sa volonté de vouloir également acquérir
l’espace, il va donc acheter ce même terrain à une hauteur de cinquante mille
(50000) Francs CFA auprès de monsieur YK, qui se réclame membre de la
chefferie villageoise et influent auprès du chef de terre. Monsieur TM va plus
loin en affirmant que le monsieur qui lui a cédé le terrain serait le propriétaire
de la parcelle en question parce qu’il était le premier à exploiter la parcelle à sa
connaissance, « c’est ce monsieur que j’ai trouvé ici le premier et il a toujours
dit qu’il est membre de la chefferie villageoise ».C’est ainsi que Mrs KI et TM
ont donc puacquérir par divers moyens le terrainloti.
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
106
3.1. Contexte du conflit
3.1.1. Manifestation du conflit
Après tous ces faits, la crise politico-militaire est intervenue en septembre
2002.Elle contraint monsieur KI à quitter la ville de Bouaké la même année du
déclenchement de la crise pour la ville de Yamoussoukro5 et monsieur TM pour
la ville d’Abengourou6 quatre ans plus tard, c’est à dire en 2006. Ce dernier
voyant la situation sécuritaire se détériorer vendit le terrain à monsieur SJ en
2006avant son départ et celui-ci commença les travaux de construction.
Deretour à Bouaké, après la fin officielle des hostilités en 20077, monsieur
KI décida de se rendre sur son terrain et constata à sa grande surprise que
celui-ci a été mis en valeur. Il se renseigne auprès du voisinage immédiat pour
connaitre le responsable de cetacte. Après ses investigations, il ressort que
monsieur SJ est le responsable de cette construction. Pris de colère, il affirme
ceci : «ici c’est mon terrain personne ne peut venir construire ici, ahi c’est moi
qui aie payé avec le chef de terre, y a pas deux propriétaires, les malhonnêtes
comme cela». Et il essaie de rentrer en contact avec ce dernier pour de plus
amples informations, mais en vain. Monsieur KI décida de prendre les choses
en main, en détruisant les travaux entrepris par monsieur SJ.Informé par l’un
de ses manœuvres de la destruction de ses travaux, monsieur SJ se rend sur
les lieux, accompagné de plusieurs jeunes armés de gourdins et de machettes,
de fusils, scandant des mots de colère : «Aujourd’hui on va voir qui est qui, il est
qui même ? il casse ce que moi j’ai fait, il sait combien j’ai mis dedans ? Il ne
sait pas que c’est nous on gère Bouaké ? Allons là-bas, il va voir, on va détruire
pour lui aussi », tous ces propos montrent leur détermination à en découdre
avec leurs adversaires. Ainsi des situations foncières qui semblaient stabilisées
sont susceptibles d’être largement remises en cause avec un «arrachage»
brutal des terres cédées ou vendues. Elles se manifestent également par une
réinterprétation des ventes comme des mises en garantie par les protagonistes
accompagnés souvent de destruction de biens (Zongo, 2001).
5 Capitale politique de la Côte d’Ivoire, située au centre du pays une ville sécurisée où n’ayant
pas connue les affres de la guerre pendant la crise et jusqu’à a fin
6 Ville située à l’est de la Côte d’ivoire
7 La crise pris fin officiellement le 30 juillet 2007par l’accord politique d’Ouagadougou symbolisé
par la cérémonie dénommée ″la flamme de la paix²,
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
107
3.2. Les causes du conflit
La crise politico-militaire de 2002 a contraint monsieur KI à quitter pré-
cipitamment la ville de Bouaké, ce qui ne lui a pas permis de connaitre les
mouvements qui s’effectuaient sur le terrain. Cette même crise l’a éloigné de
la gestion de l’espace disputé,« C’est à cause de la guerre que je suis parti
sinon y a longtemps j’ai construit ». Monsieur TM a également acheté ce même
terrain auprès de monsieur YK. La vente d’un même terrain à plusieurs acqué-
reurs est une source de conflit. La malhonnêteté et la duplicité des vendeurs
de terrain (vente du même terrain à plusieurs personnes à des prix différents
ou au même prix et fausses identités, signatures) favorisent le conflit. Aussi le
principe communément rencontré dans les contextes africains, selon lequel
le travail crée le droit, en d’autres termes, le défrichement de la forêt vierge
créait un droit de propriété et de contrôle sur le domaine foncier en question.
Cette pensée a été une des sources du conflit dans la mesure où monsieur
TM considère monsieur YK comme propriétaire terrien car selonlui,ila été le
premier a travaillé cet espace. Par conséquent l’achatdu terrain chez monsieur
YK lui confère automatiquementce droit de propriété. Cet alibi est brandit par
TM comme pour renforcer sa paternité sur l’espace « discuté ».
La théorie du premier exploitant qui consiste à mettre en valeur une terre à
l’état sauvage et qui rend de facto cet individu, le propriétaire terrien.L’activité
menée sur la parcelle de terre (plantations, habitations etc.) apparait comme
une preuve pour justifier son appropriation à l’espace conflictuel par chaque
protagoniste.C’est le cas de monsieur KI et TM qui avait tous deux des biens
sur l’espace disputé. Et celle de la première construction, monsieur KI ayant
construit le premier sur le site alors qu’il n’existait pratiquement aucune habi-
tation le considère comme sa propriété en ce sens qu’il affirme : «C’était la
brousse ici et c’est moi qui est construit le premier donc c’est pour moi, je n’ai
que finaliser l’appartenance à mon terrain en payant seulement au chef ce
qu’il m’a demandé ».
Les litiges viennent donc le plus souvent d’interprétations divergentes
relativement à ces divers points, ou encore de contestations, de cessions
passées ouvrant le champ à la remise en cause, à la réinterprétation ou à la
renégociation de ces transferts vis-à-vis des acquéreurs. Enfin, la radicalisa-
tion des positions des protagonistes dans ce conflit est l’une des causes de la
récurrence du conflit et met en exergue la logique et les stratégies déployées
par les acteurs dans le conflit.
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
108
4- Logique et stratégies des acteurs dans une perspective
d’appropriation de la terre dans le conflit
4.1. Logiques des protagonistes dans le conflit
4.1.1. La logique d’ordre économique
Elle est mise en exergue par les protagonistes. La raison qui poussait
l’acharnement des individus à se disputer est la valeur marchande que pos-
sède la terre. Le fait de posséder un terrain est déjà l’obtention d’un patrimoine
économique. Monsieur SJ qui en 2006 a obtenu son premier salaire a trouvé
opportun de se procurer un terrain à Belleville. « On a beaucoup galéré au
campus, et c’est l’argent de ma souffrance, je veux avoir un terrain pour me
construire une maison pour la mettre en location dans le but de gagner de
l’argent» affirme-t-il. C’est cette vision qui l’a encouragé à rechercher un ter-
rain pour la construction d’une habitation. Quant à monsieur KI, les dépenses
effectuées dans les travaux et les charges déjà entrepris sur le chantier ne
lui permettent pas de céder le terrain à autrui, « L’argent j’ai mis dedans vous
connaissez ? J’ai mis c’est pour gagner plus, je vais faire des studios pour mettre
en location alors ! ».Par conséquent les efforts et les dépenses consentis pour
l’acquisition du terrain et ceux réalisés pour la mise en valeur constituent l’une
des raisons de la radicalisation des acteurs et de la persistance du conflit.
Chaque protagoniste voudrait obtenir le terrain parce qu’il connait l’importance
de la terre et le profit qu’elle génère. Avec l’urbanisation, le prix des terrains
lotis grimpent considérablement, la terre est donc devenue source de valeur
marchande. Elle attire également des perspectives de gains procurés par la
mise en valeur du domaine foncier (constructions, plantations etc.)
L’investissement des protagonistes, dans la démarche pour l’obtention de
l’espace et l’enjeu économique autour de la maîtrise foncière ont favorisé chez
les acteurs en conflit une logique de refus catégorique de se dessaisir de la
parcelle de terre, d’où une radicalisation des positions.
4.1.2. La permanence de l’activité agricole sur le site
La durée de l’activité champêtresur le site conflictuel fait de lui, le propriétaire
naturel du terrain, « c’est depuis Houphouët que moi je cultivais ici hein !», il
est impossible que le terrain puisse appartenir à quelqu’un d’autre. Il pratiquait
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
109
l’agriculture de manière constante sur ce terrain, depuis le vivant de Félix Hou-
phouët Boigny8.La longue pratique de l’agriculture sur l’espace, lui donne le
droit d’en obtenir la « paternité » ou d’avoir une certaine légitimité sur le terrain.
Perdre cette parcelle après l’avoir longtemps préservé, protégé, conservé lui
serait inconcevable.Pour lui, il a tout à fait le droit de posséder ce terrain en
ce sens qu’il la considère comme son patrimoine donc le « vrai propriétaire ».
4.2. Logiques sociales des protagonistes dans le
conflit
D’autres considérations que des considérations économiques peuvent en
effet impulser la demande de l’achat-vente de terre (recherche de prestige, de
pouvoir, forme d’investissement protégé de l’inflation, assurance pour les vieux
jours, dotation patrimoniale de la nouvelle génération) (Platteau, 1996:p 53).
La démographie galopante et la crise de 2002 ont amplifié les problèmes
de logement à Bouaké, car la quasi-totalité des habitations ont été détruites
lors de la guerre. Pour vivre dans les conditions normales et décentes tout
individu aimerait posséder une propriété propre à lui. C’est dans cette logique
que Monsieur KI avec sa famille nombreuse a trouvé bon de s’octroyer le terrain
sur lequel il a longtemps pratiqué l’agriculture, « j’ai une famille nombreuse, si
je meurs ils vont habiter où ? Si tu n’as pas maison tu n’es rien, tu peux même
pas parler devant les gens ». L’indépendance immobilière est donc gage de
sécurité sociale individuelle et collective pour l’individu et les membres de sa
famille. C’est une affirmation de l’individu de pouvoir prendre en charge socia-
lement les membres de sa famille.
4.3. Stratégies des protagonistes dans le conflit
La remis en cause de la légitimité des papiers de l’autre est une des straté-
gies utilisées par les acteurs en conflit pour annihiler le pouvoir de l’adversaire
sur le terrain. C’est ainsi que monsieur KI se trouvant lier à un problème de
logement a jugé bon d’avoir le terrain sur lequel il a longtemps cultivé pour bâtir
sa propre maison. Pour ce dernier l’ancienneté sur le terrain devrait lui donner
un droit de propriété de cet espace. Ajouter à l’ancienneté, il brandit des docu-
ments obtenus qui font de lui le « vrai propriétaire » du terrain. C’est ce qu’il
exprime en ces termes : « Moi je ne sais pas même s’il avait papier, c’est un
8 Premier Président de la Côte d’ivoire post indépendance
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
110
faux papier parce que c’est lui qui a fait élevage jusqu’à et qui dormais là-bas
même, toi tu vas quitter derrière lui pour dire que le terrain t’appartient ». La
remise en cause des documents de l’autre est une manière de se repositionner
dans la bataille pour le contrôle de la terre.
5. Logiques et stratégies des autres acteurs impliqués
5.1. Logique des autres acteurs impliqués
La personne autre impliquée dans le conflit est le chef de terre de Belleville
et son conseil.Vu la complexité de la situation et la tournure des évènements
qui vire inéluctablement vers des affrontements, le chef de terre a donc décidé
d’intervenir afin de ramener un climat de paix favorable à la discussion.Il avait
pour volonté de régler le problème afin d’éviter que le conflit engendre d’autres
conséquences graves (pertes en vie humaine, violences physiques) et surtout
pour ne pas ternir son image et cellede sa notabilité.Il devait également affirmer
son autorité et son pouvoir de domination mystique sur le territoire de Belle-
ville. Cela se voit à travers les propos du chef de terre rapportés par Monsieur
KI lorsqu’il avance que :« j’ai été voir le chef lui rapportant que Monsieur SJ
est allé enterrer des choses sur le terrain, il m’a dit comme les gens l’ont vu
enterrer des choses, moi je suis le chef, je vais faire aussi des choses pour
prouver que je suis le chef». En un mot, le chef voulant une résolution de ce
conflit dans le but de garantir la paix, la quiétude et la cohésion sociale sur son
territoire va aussi user de son pouvoir mystique en détruisant les « choses »
que monsieur SJ a enterré sur l’espace.
5.2. Stratégies des autres acteurs impliqués
Le chef de terre et son conseil sont les acteurs impliqués dans ceconflit.
En effet, dans son objectif de pérenniser la paix et la cohésion sociale au sein
des membres de sa localité, le chef de terre avait pour seul souci la recherche
des voies et moyens pour la résolution du conflit. Ainsi il a utilisé plusieurs
stratégies dans le but d’atteindre son objectif.
5.2.1. La médiation
Elle se définit comme un processus coopératif pour faciliter ou prévenir
la résolution d’un conflit par l’intermédiaire d’un tiers (médiateur). La média-
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
111
tion apparait donc comme essentiellement construitesur un enchevêtrement
d’actions, de décisions et des acquis qui peuvent avoir des répercussions au
niveau individuel, communautaire, sociétal, et même institutionnel.
C’est le chef de terre qui s’est porté médiateur dans ce conflit. Le média-
teur a favorisé la communication des parties. Aussi il a facilité à trouver une
issue constructive au conflit.Il a d’abord convoqué les protagonistes pour
les entendre et les encourager à surmonter les désaccords afin d’établir de
nouvelles relations.C’est aussi sa position sociale au sein du milieu coutumier
qui a influencé la position radicale des protagonistes, « comme c’est le chef et
que je le respecte, c’est pour cela je viens à la convocation » (KI). De par sa
neutralité,il a eu pour tâche de suivre la totalité du processus afin d’à améliorer
la communication entre les parties en conflit. L’impartialité du chef de terre et
de l’ensemble de sa notabilité tout au long du processus de la médiation a
conforté les protagonistes dans leur volonté de trouver une solution au conflit.
C’est donc dans ce conflit hautement polarisé dans lequel les parties ont été
incapables d’établir un dialogue fructueux, où sont en apparence acculées
que le chef de terre a assoupli les positions pour entamer la discussion.C’est
la médiation de l’autorité coutumière qui a conduit progressivement au rap-
prochement des parties pour mieux se comprendre et trouver un consensus/
accord portant sur le différend foncier. Le chef de terre a donc impliqué les
parties dans la recherche des solutions durables au conflit, ce qui a favorisé la
reconstitution du tissu social par la réconciliation des parties.Il s’est interposé
entre les protagonistes lorsqu’il a failli avoir des affrontements physiques. En
effet, pour éviter des pertes en vie humaines, il a été celui qui aéchangé avec
les « envoyés » qui portaient des armes blanches (machettes, couteaux)
sur le terrain. Il a pu rassurer les différents camps en mettant un terme à la
belligérance qui prévalait sur le lieu. Cette attitude de médiateur entre les
différents protagonistes a abouti à une accalmie sur le site conflictuel pour un
règlement consensuel du conflit. À côté de la médiation, une autre stratégie a
été mobilisée, la négociation.
5.2.2. La négociation
Le rôle du médiateur consiste à guider les différentes parties prenantes
dans un travail d’autoréflexion et d’auto-découverte. Ceci implique de les aider
à prendre conscience de leurs intérêts à long terme, des avantages qu’elles
peuvent retirer d’une solution négociée et des éventuelles solutions de rechange
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
112
à une solution négociée.Après cette accalmie, le chef de terre a jugé bon de
mettre fin au conflit par la négociation. La négociation apparait donc comme
un élément important dans la recherche de solution. Il a donc aidé les parties
prenantes à identifier leurs intérêts sous-jacents et à se concentrer sur ces
intérêts plutôt que sur des positions fermes et inflexibles. L’analyse du conflit
a aidé les parties prenantes à se détourner de leurs positions individuelles
pour se concentrer sur d’éventuels intérêts communs. Plusieurs réunions ont
eu lieu pour déradicaliser les positions des protagonistes afin de négocier un
règlement à l’amiable.Il a négocié donc l’abandon de l’espace ″conflictue’’ par
les protagonistes. Puis il a octroyé un autre terrain à monsieur KI et un autre
également à monsieur TM avec quelques promesses de remboursement aux
belligérants.
DISCUSSION
Plusieurs logiques et stratégies ont été mobilisées par les acteurs en conflit.
La logique économique utilisée par les protagonistes comme argument dans
le conflit sur les terrains lotis favorise la récurrence de ce conflit. La terre
prend une valeur économique avec l’implication de la dynamique d’achat des
terres pour la construction et la production des cultures pérennes procurant
certains profits économiques (Fallé ,2014).Aussi la permanence de l’activité
agricole sur le site conflictuel apparait comme un moyen de confirmation de
la paternité de l’espace conflictuel pour certains protagonistes. À côté des
logiques, la stratégie comme la remise en cause des papiers afférents possé-
dés par les acteurs en conflits favorise un positionnement de ceux-ci dans le
déroulement du conflit pour marquer leur appartenance à l’espace. Au niveau
de l’autorité traditionnelle la médiation et la négociation ont été déployés pour
résoudre le conflit. À contrario du conflit à Belleville, les conflits sur les terrains
de lotissement dans un autre quartier de Bouaké, celui de Oliénou (Kouamé
,2011), oppose la communauté périurbain d’Oliénou (autorité traditionnelle et
habitants de quartier) à la municipalité de Bouaké.Ils ont lieu à la différence
de ceux de Belleville de la non implication des autorités traditionnelles dans
le projet de lotissement organisée par la mairie. Par ailleurs, l’autorité locale
refuse l’immixtion de l’autorité municipale dans l’attribution des lots et de la
captation de la manne financière qui en découle. Cette logique de remise en
cause des prérogatives de l’autorité administrative favorise une tension entre
elle et l’autorité locale.Pour elle, le quartier reste avant tout un patrimoine
villageois dans lequel ils ont encore un droit de regard sur les attributions. La
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
113
confrontation des acteurs et l’opposition des domaines de compétence entre
les deux autorités dans la gestion du domaine foncier ravivent souvent les
conflits. L’autorité coutumière applique la logique de l’exclusivité de la gestion
des terres par ricochet la maitrise de la manne financière qui en découle au
détriment de l’administration. La stratégie de produire des « reçus » reconnus
par elles lors des règlements des litiges est un moyen de mettre en minorité
les représentants de l’administration qui sont obligés de se soumettre à ces
procédures. Au niveau des conflits sur l’occupation de l’espace public dans
les métropoles (Leimdorfer, 1999), ils résultent de l’occupation anarchique et
illégale du domaine foncier. Ils sont légitimés par une logique mercantiliste du
pouvoir local (chef de terre, coutumiers) et d’autre part une posture stratégique
de certains agents dont la caractéristique se manifeste par leur complicité dans
l’installation anarchique. Ici dans ces conflits, on préconise plutôt un « arran-
gement » entre les différentes autorités en conflit. Ainsi les acteurs concernés
par le conflit revendiquent une propriété légale de l’espace ce qui complexifie
les tensions sociales.
La création d’une plantation sur un espace villageois octroyé par un chef
de terre ou une autorité villageoise ou l’occupation d’un espace n’est pas une
garantie pour se proclamer propriétaire. Elle répond à plusieurs démarches
comme l’acquisition d’un ACD9. La méconnaissance de la procédure des acteurs
dans l’acquisition du terrain a favorisé la récurrence du conflit. La sensibilisation
de la population à suivre les voies normales d’acquisition de terrain et d’établir
les documents afférents sont plus que nécessaires.
Enfin, La collaboration directe entre les différents acteurs du domaine foncier
et les demandeurs permettront de faciliter l’accès au terrain lotis et enrayer de
manière progressive les conflits.
CONCLUSION
En définitive, nous pouvons dire à travers cet article que les conflits fon-
ciers sur les terrains de lotissement à Bouaké précisément dans le quartier de
Belleville en période post crise sont des faits réels. Ils sont les résultats de
la crise politico-militaire et ses corollaires. La vente illicite de terrains par des
usurpateurs, la mauvaise gestion du domaine foncier rural et urbain par les
structures en charge de sa gestion (mairie, sous-préfecture, cadastre, etc.). À
9 Arrêté de Concession Définitive
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
114
cela, il faut ajouter la valeur marchande qu’a pris la terre en milieu urbain et les
avantages sociaux qu’elle procure a justifié les actions des acteurs impliqués
dans le conflit. Les stratégies et les logiques telles que la mise en valeur du pre-
mier occupant, l’usage de faux documents, la remise en cause des documents
,la duperie et le recours aux autorités coutumières ont été mobilisées par les
acteurs en vue d’atteindre leurs objectifs. À côté de cela, d’autres stratégies
et logiques ont été mobilisées telles que la négociation, et la médiation par le
chef de terre en vue de trouver une solution définitive au conflit.
Cependant le recours à une seule autorité de régulation (autorité coutu-
mière), de gestion peut être un handicap à la recherche de solution durable
au conflit.Il s’avère nécessaire d’une collaboration étroite entre les différents
acteurs pour la maitrise de la procédure d’acquisition des terrains afin d’éviter
les conflits sur les terrains de lotissement à Belleville.
BIBLIOGRAPHIE
AKINDÈS Francis et BABO Alfred, 2004, Conflitsfonciers, ethnicité politique et guerre
en Côted’Ivoire. In[www.cetri.be/IMG/pdf/racisme.pdf.]consulté le 20/11/2017
ATTA Koffi Lazare., 1975,Étude des espaces urbains des villes de Côte d’Ivoire. Uni-
versité de Côte d’Ivoire, Abidjan, Mémoire Maîtrise, IGT, 120 p
ATTA Koffi Lazare., 2000, Urbanisation et développement en Côte d’Ivoire. Université
de Côte d’Ivoire, In Géotrope, n°22, 65 p.
ATTAH Koffi, 2001, « Problématique de l’urbanisation en Côte d’Ivoire : un jeu de cache-
cache ? ». In: Politique Africaine, n°40 p 59
BASSET Thomas, 1993, The Land Question and Agricultural Transformation in Sub-
Saharan Africa, in Land in AfricanAgrarian Systems, T. Bassett, E. Crummey (eds.).
Madison: The University of Wisconsin Press.
BERTRAND Monique., 2002, Gestion foncière et logique de projet urbain : expériences
comparées en Afrique occidentale, francophone et anglophone. In Regards sur
l’Afrique, La Renaissance de la Géographie à l’Aube du Troisième Millénaire : Confé-
rence Régionale de l’UGI, 2002/08, Durban. Historiens et Géographes, p. 77-89.
COLIN Jean-Philippe et AYOUZ Mourad, 2005, Émergence, enchâssement social
et involution du marché foncier.Perspectives ivoiriennes. Document de travail de
l’Unité de Recherche 095, de l’UR «Régulation foncières, politiques publiques et
logiques d’acteurs», IRD.
Colloque International, 1988, La décentralisation : études comparées des législations
ivoiriennes et françaises. Centre de valorisation de la recherche de Toulouse
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018
115
CROZIER, Michel ; FRIEDBERG, Erhard, 1977, L’acteur et le système, Paris, Edition
Seuil
DURKHEIM Émile, 1974, Les règles de la méthode sociologique PUF. Paris
DUPIRE Marguerite, 1960, Planteurs autochtones et étrangers en Basse-Côte d’Ivoire
orientale, Études éburnéennes
ETIENNE Pierre, 1971, «À qui mieux mieux» ou le mariage chez les Baoulé ?, Cahiers
Orstom, série. Sciences humaines 8 (2) : pp165-186.
FALLÉLandry Yves, 2014, Stratégies de gestion de conflits fonciers en Côte d’Ivoire : cas
du conflit entre Abouré et M’batto à Ono Salci dans la sous-préfecture de Bongo (sud
est ivoirien), thèse de Doctorat en Sociologie à l’Université Alassane Ouattara, 302 p
GRAWITZ. Madeleine, 1986, Méthodes des sciences sociales ; DALLOZ, Paris
HAERINGER Philippe, 1977, Occupation de l’espace urbain et périurbain : notice de
laplanche B4 de l’atlas de Côte d’Ivoire. ORSTOM, Abidjan
KÖBBEN André, 1956, Le planteur noir, ÉtudesÉburnéennes V
KÖBBEN André., 1963, Land as object of gain in a non-literate society. Land-tenure
among the Bete and Dida (IvoryCoast, West Africa), in African Agrarian Systems,
A. Biebuyck (ed.), Oxford UniversityPress
KOUAMÉYao, 2011, Gouvernancedes politiques « post conflits » de lutte contre la
pauvreté et consolidation d’une paix durable en zone Centre, nord, ouest de la
Côte d’ivoire : l’expériencede la communauté périurbaine d’Oliénou à Bouaké.
In[icip.gencat.cat/web/.content/continguts/…/docs2010_04_fra_1811.pdf]consulté
le 20/06/2017
LE BRIS Émile., 1998, Urbanisation et politiques urbaines dans les pays en dévelop-
pement, in Populations et développements : une approche globale et systémique.
Paris : Academia-Bruylant, L›Harmattan, p. 297-356.
LEIMDORFERFrançois, 1999, .Enjeux et imaginaires de l’espace public
àAbidjan,Politiqueafricaine n074.CNRS, laboratoire « printemps », Université de
Saint-Quentin-en-Yvelines
LE MEUR Pierre-Yves, 2002, Approche qualitative de la question foncière : note métho-
dologique. Montpellier : IRD, (4), Document de Travail de l›Unité de Recherche
095. N° 4
Ministère de la construction, du logement, de l’assainissement et de l’urbanisme, 2014,
: Schéma directeur d’urbanisme Bouaké 2030 -Phase 1 : Diagnostic stratégique,
Urbaplan-Transitec-Ioa, 202 p
OUATTARA Issa., 1999, « Urbanisme autochtone et urbanisme étatique : antagonisme
et complémentarité ». In:Cahier nantais, n° 51. pp. 7-17
Yves Landry FALLE. Conflits fonciers, stratégies et logiques des acteurs sur les terrains...
116
LOBA Akou., 2008, Dynamique de développement des villes côtières dans la région
des lagunes : cas de Bingerville, Dabou et Grand-Lahou. Abidjan, Université de
Cocody, Thèse unique, IGT, 389p
PLATTEAUJeanPhilippe, 1996,The Evolutionary Theory of Land Rights As Applied to
Sub-Saharan Africa: A Critical Assessment, Development and Change 27(1).
RAULIN Henri, 1957, Mission d’étude des groupements immigrés en Côte d’Ivoire.
Problèmes fonciers dans les régions de Gagnoa et Daloa. Paris, Orstom.
TREMBLAY Marc, 1968, Initiation à la recherche dans les sciences humaines ? McGraw-
Hill, Montréal
STREN Richard., WHITE Rodney, 1993, Villes africaines en crise. Paris, L’Harmattan,
YAPI-DIAHOU Alphonse, 1989, « Zone industrielle de Banco-nord : l’habitat spontané
se consolide». ORSTOM, Abidjan, 16 p
YAPI-DIHAOU Alphonse, 1990,« L’État et les municipalités en Côte d›Ivoire : un jeu de
cache-cache? » In Le droit et ses pratiques, Politique Africaine, 1990, (40), p. 51-59.
YAPI-DIAHOU Alphonse., 2002, « Des frontières de la ville : problématique et enjeux
des délimitations ». In : AffouYapi S., La loi, les institutions et la protection des droits
fonciers, Rapport de l’atelier de concertation, Bouaké, IDS, Université de Bouaké
ZONGO Moussa, 2001,Étude des groupements d›immigrés burkinabè dans la région
d›Oumé (Côte d›Ivoire) : organisation en migration, rapports fonciers avec les
groupes autochtones et les pouvoirs publics. Document de travail de l›UR «Régu-
lation foncières, politiques publiques et logiques d›acteurs», IRD.
© EDUCI 2018 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 38, 2018