Préservation du patrimoine de Phnom Penh
Préservation du patrimoine de Phnom Penh
Isolée durant les vingt dernières 1996 à partir des premières études constituent souvent des ensembles
années des bouleversements urbains de Mme Aline Hetreau-Pottier, pour- cohérents d’une grande qualité.
qui ont touché les villes asiatiques, suivies par elle-même avec l’APUR, En conséquence, la démarche adop-
Phnom Penh demeure encore aujour- dans le cadre du BAU. tée élargit la notion de patrimoine
d’hui une ville verte, peu dense, bien Le patrimoine urbain de Phnom Penh aux sites, aux espaces publics et aux
structurée et homogène. L’applica- est un patrimoine moderne. Tous les ensembles urbains qui participent,
tion de règles simples de composi- édifices importants en maçonnerie tout autant que les bâtiments isolés,
tion, fondées sur un plan clairement ont été construits après 1890, au à forger le paysage, l’identité et le
ordonné par les espaces publics, a moment où les grandes compositions caractère de la ville.
assuré une remarquable cohésion urbaines et les espaces publics ont L’étude a surtout porté sur le territoire
d’ensemble tout en permettant le été réalisés. Les édifices et les sites le plus riche, le Khan Daun Penh, qui
développement de tissus spécifiques. sont de ce fait en étroite relation et correspond au périmètre urbanisé
Depuis 1992 la reprise rapide du
mouvement immobilier et les ten- Fiche d’identification d’un bâtiment.
sions spéculatives ont entraîné une
densification plus ou moins désor-
donnée, en l’absence de règles
concernant les constructions ou les
démolitions. De nombreuses grandes
parcelles ont été morcelées, ce qui
a conduit à la destruction de leurs
jardins ; des espaces publics ont été
altérés par l’inobservation des
marges de recul traditionnelles ; des
maisons et villas des quartiers rési-
dentiels ont été remplacées par des
compartiments ; les surélévations et
les extensions ont dénaturé des édi-
fices de qualité ; des édifices anciens
ont été détruits; l’architecture de
nombreuses façades a été radicale-
ment modifiée par la climatisation.
Des risques existaient donc pour la
qualité des paysages, des sites et des
édifices qui font le caractère de
Phnom Penh. L’identification et l’éva-
luation de ce patrimoine constituaient
des préalables nécessaires à sa pré-
servation, ainsi que la mise en place
d’un règlement qui oriente les futurs
développements urbains dans le res-
pect de la ville existante /1. Ces objec-
tifs ont recueilli le plein accord des
autorités cambodgiennes.
Le ministère français de la Culture
a confié en 1993 à l’Atelier parisien
d’urbanisme, qui conseillait et ani-
mait le Bureau des affaires urbaines
de Phnom Penh, le recensement et
l’analyse du patrimoine de la ville.
Ce travail a été conduit de 1993 à
avant 1955. À l’extérieur de celui-ci nibles, en particulier les cartes illus- tissus urbains caractéristiques de
l’étude a pris en compte les grandes trant les différentes étapes de l’urba- Phnom Penh et les grandes séquences
compositions et les édifices remar- nisation, et des relevés de terrains de son paysage.
quables des années soixante, ainsi que exhaustifs, pour le Khan Daun Penh.
les pagodes et les maisons en bois. Les résultats obtenus sont traduits La constitution d’un inventaire
Cinq étapes de travail ont conduit à par le texte synthétique ci-après résu- des sites et des édifices
une classification des édifices et des mant les caractéristiques du déve- L’analyse des documents anciens et
sites les plus remarquables en vue loppement urbain – mode d’exten- les relevés de terrains ont également
de leur protection et à l’élaboration sion, espaces publics, îlots et fourni les bases de la réalisation d’un
d’un projet de réglementation urbaine découpage parcellaire, quartiers – inventaire exhaustif des composi-
qui permette à la ville de se déve- et par neuf cartes thématiques, issues tions urbaines et des édifices du dis-
lopper en préservant ses principales des relevés , qui illustrent les thèmes trict de Daun Penh complété par le
caractéristiques. suivants: les espaces libres et la végé- repérage des édifices les plus remar-
tation, l’état des plantations d’ali- quables hors de ce district /2.
L’analyse chronologique et gnement en 1970 et 1994, la den- 615 édifices, ensembles et sites com-
morphologique des tissus sité et les emprises au sol, la hauteur prenant 1962 édifices ont été recen-
Une analyse des éléments constitu- des bâtiments, la typologie des par- sés. Pour chacun d’eux a été établie
tifs du tissu urbain a été développée celles et des constructions, la date une fiche d’identification compre-
pour rendre compte des modes d’ur- des constructions,l’évolution du bâti nant l’appréciation de son état de
banisation du site et de la composi- et du parcellaire, (ces cartes sont pré- conservation et une évaluation de
tion des paysages. sentées dans la quatrième partie). son intérêt architectural et urbain /3.
Le travail effectué a combiné l’ana- Ces travaux ont notamment permis L’analyse des tissus urbains a égale-
lyse des documents anciens dispo- de repérer et de dater les différents ment permis de réinsérer chacun des
bâtiments recensés dans son contexte.
Fiche d’identification d’un espace public. Quelques éléments de synthèse
concernant l’évolution de la construc-
tion et l’architecture à Phnom Penh
sont présentés dans le texte ci-après.
de construction ont pour objectifs de: inondable, a conduit depuis l’origine laires (comme les périmétrales qui
■ protéger les qualités des paysages à créer du terrain à bâtir hors d’eau. se superposent aux digues anté-
et des sites en adaptant les architec- La méthode a consisté à ériger un rieures), d’orientations antérieures
tures nouvelles aux caractères de réseau de digues périmétrales, selon d’une amorce de maillage (quartier
chaque lieu ; une orientation nord-sud et est-ouest, marchand avec des amorces per-
■ conserver le caractère actuel de qui protège la ville des crues. Ces digues pendiculaires à la rive), de zones que
ville-jardin de certains quartiers en délimitent l’espace à urbaniser et ont le quadrillage n’a pu pénétrer (dans
limitant les densités et en préser- souvent servi de voies de circulation. les tissus particuliers autour du Palais
vant les jardins ; Dans ce grand découpage dessiné royal), ou encore des phases succes-
■ instaurer des réserves pour les par les digues subsistent des cuvettes sives de développements (répercus-
futurs espaces publics et jardins, indépendantes les unes des autres sions du défaut de parallélisme des
notamment sur les berges du fleuve –les casiers– qui doivent être rem- trois digues périmétrales successives).
et du lac nord dit « Beng Kak » ; blayées pour être mises hors d’eau.
■ éviter, grâce à leur classement Le remblai comme instrument
comme « monument historique », la Un développement urbain sans de planification urbaine
démolition ou l’altération d’édifices traces des occupations Le processus de développement de
remarquables sans autorisation préa- antérieures la ville, par l’édification successive
lable des autorités ; Le remblaiement des casiers efface de digues et le remblaiement pro-
■ préserver le caractère des bâtiments les traces d’occupations antérieures. gressif par casiers des territoires ainsi
classés et des bâtiments en bordure Du réseau hydraulique naturel, seuls protégés, est par lui-même un ins-
de site classé par des prescriptions quelques prek (rivières) resurgissent trument de contrôle du développe-
architecturales particulières à res- malgré leur intégration dans le sys- ment urbain. Mais la réalisation de
pecter lors de leur restauration, exten- tème d’infrastructures modernes, les nouvelles digues et le remblaiement
sions ou surélévations ; beng (étangs) comblés ne laissant des casiers pouvaient s’étaler sur une
■ permettre, dans les conditions ci- aucune trace. De même, la trame durée assez longue.
dessus, le renouvellement de l’archi- rurale ou rizicole (des champs et des Ainsi l’urbanisation des casiers pla-
tecture et l’implantation de fonctions chemins) est recouverte. Le dessin nifiés entre 1928 et 1933, situés à
et d’édifices répondant aux besoins de la voirie et le découpage régulier l’ouest du boulevard Norodom et
actuels le long de certaines avenues des terrains à bâtir de la ville a lieu appuyés sur les périmétrales (boule-
et boulevards/4 qui forment le centre sur un sol vierge. Enfin, si les casiers vard Norodom, axe sud du marché
actuel des affaires et du commerce. non remblayés et inondables ont pu central par exemple, et boulevard
Les documents réglementaires défi- faire l’objet d’une occupation spon- Monivong) a pris une cinquantaine
nissent notamment la largeur des tanée, cette occupation faite de d’années. Le phasage, induit par l’im-
voies et des espaces publics (plan des constructions légères, en matériaux portance des travaux d’infrastructures,
espaces urbains), l’implantation des périssables, démontables et réutili- a concerné des secteurs plus ou moins
bâtiments par rapport à l’alignement sables à volonté n’empêche pas la vastes. Le quartier du marché central
(plan des marges de recul), la nature, présence plus ou moins importante a fait l’objet d’une seule opération (de
l’emprise et la hauteur des bâtiments de constructions en « dur ». 600 mètres sur 600, soit 36 hectares).
(plan des hauteurs et plan des types Dans le quartier nord, quelques îlots
de construction et des emprises). Un réseau de rues seulement, comme autour de la gare,
Ces documents ont d’ores et déjà été continues et quadrillées ont été urbanisés ponctuellement. Au
examinés et amendés par une com- Les ensembles de casiers ont été asso- sud, un nouveau quartier résidentiel
mission technique municipale. ciés dès leur conception à une trame a permis de poursuivre le réseau de
de voirie quadrillée destinée à struc- voirie du Palais royal tout en conser-
L’adoption des mesures turer le développement urbain. Les vant une maille classique subdivisée.
réglementaires de protection extensions d’urbanisation par l’oc- Il est arrivé aussi que des bâtiments
du patrimoine cupation successive de nouveaux s’installent avant que la viabilisation
Les propositions de classement des bâti- casiers ont toujours prolongé le des terrains n’ait été réalisée.
ments et le règlement d’urbanisme et réseau des voies existantes en rat-
de construction ont déjà fait l’objet de trapant quelquefois ses défauts d’or- Les espaces publics
discussions approfondies avec une com- thogonalité. L’urbanisation de Phnom
mission technique municipale. Ces docu- Penh est donc continue. La berge
ments doivent encore être approuvés Phnom Penh, à l’inverse d’Hanoi ou
par une commission désignée par une Les déformations de Saigon, est, dès son origine, une
circulaire des deux Premiers ministres. de la trame des rues ville de front de fleuve. À Hanoi, le
Rares sont les exemples d’une trame quartier ancien construit en dessous
Le mode d’extension parfaitement régulière. Les déforma- du niveau des crues du fleuve Rouge
de Phnom Penh tions proviennent de la configura- est séparé de lui par une digue qui le
tion du site (comme dans le quartier masque aux yeux des habitants; la ville
Le remblai hydraulique ou le du nord avoisinant la rive du fleuve de Cholon, antérieure à la ville colo-
premier découpage du territoire et du canal), de structures préexis- niale de Saigon, s’est implantée le long
La croissance de la ville, dans un site tantes imparfaitement perpendicu- des canaux, loin du fleuve. À Phnom
La promenade sur la berge Tonlé Sap. Esplanades de la gare et du monument de l’Indépendance. Terre-plein de la rue Ang Duong.
Autour du marché central. Rue commerçante près du marché O’Russey. Autour du marché central.
30 m
70
36 m
1 parcelle
quartier nord 4 lots quartier nord 12 lots Compartiments
8 x 135 m2
36 22 32 16
22
4,5 m
8 parcelles
30 m
Ilot rectangulaire résidentiel
36 m
1 parcelle
quartier commerçant 80 lots unité en mètre
Ilot mixte
24 36 2 34 54 54
12 m
3 parcelles
8m
36 m
1 parcelle
Grand îlot
A A
cour privée ruelle arrière
A A
Compartiment dans le quartier du Palais royal. passage couvert cour semi-privée
passerelle
A A
passage couvert cour commune
B B
passerelle
A A
cour privée ruelle arrière
Plan de toiture.
B C
A coursive
A/D
passage couvert cour commune
C
B
A A
cour privée ruelle arrière
Plan de l’étage.
D
C
B F
A E
ruelle intérieure
D G
C F
B E
A
ruelle arrière
Plan du rez-de-chaussée.
Desserte intérieure Aujourd’hui les parcelles les moins En revanche, les grands îlots situés
d’un îlot de compartiments denses font très souvent l’objet d’un autour du Palais, principalement occu-
redécoupage. Facile à opérer sur une pés par des résidences, ont un décou-
C trame régulière qui correspond de page parcellaire souvent irrégulier.
surcroît à un type de constructions, Ce découpage présente des différences
E A A cette opération tend à diviser les entre la périphérie et le cœur d’îlot
B grands terrains en huit ou seize com- où il arrive qu’il soit mal défini, voire
A partiments. même absent. Dans ce cas, le sys-
tème de desserte dans la profondeur
timents F D Les îlots carrés des parcelles est peu lisible.
A : cours privées Les pagodes ou les équipements Autour du marché Phsar Chas, les
B : ruelle arrière publics et administratifs, comme les grands îlots issus du rattrapage de deux
C : ruelle latérale hôpitaux, les casernes et les écoles, orientations du réseau des rues
D : passage couvert occupent de grands îlots carrés qui accueillent des compartiments qui lais-
E : ruelle intérieure
F : passage couvert et cour semi-privée
ne sont pas redécoupés. sent en cœur d’îlot un espace résiduel.
Surélévation.
Façade de compartiments
des années 1940.
Vue intérieure. Cour commune. Cour semi-privée. Passage couvert. Façade et ruelle latérale.
Les quartiers du boulevard Norodom puis une Le compartiment est un bâtiment long
deuxième à l’ouest de ce boulevard– à façade étroite. Il comporte au rez-de-
Trois quartiers sont parfaitement est constitué par des séries de lotis- chaussée sur la rue un commerce pré-
identifiables dans le Khan Daun sements très homogènes. cédé par des arcades, à l’étage le loge-
Penh Les parcelles sont adossées, de lar- ment, à l’arrière une cour, et en fond
Le quartier commerçant, au centre du geur régulière –de quatre mètres à de parcelle des dépendances. Il couvre
Khan, constitue une rupture physique quatre mètres cinquante– pour une 75% de la surface de la parcelle.
entre le quartier traditionnel et très planté profondeur de trente mètres environ. À l’angle des rues, la parcelle du com-
situé au sud autour du Palais royal, et Les constructions sont des compar- partiment ne se modifie pas. La ran-
l’ancien quartier français, très aéré et timents en maçonnerie, répétitifs, gée fait généralement face à la rue
constitué de villas, développé au nord. mitoyens, alignés sur la rue. Ils génè- la plus importante. Le mur de refend
rent une forme urbaine tramée et se retrouve donc en façade de la voie
Le quartier commerçant très compacte que souligne le pro- la moins importante. Mais l’angle peut
Le quartier commerçant construit cédé constructif à base de poteaux être tronqué ou arrondi, des décora-
en deux phases –une première à l’est et poutres avec remplissage. tions et des percements du mur de
refend sont alors ajoutés pour simu- gine, est aujourd’hui encore aug- villas princières peu denses qui ne
ler un immeuble d’angle. Pour tirer mentée par l’obstruction des cours, couvrent que le quart environ de
parti de cette situation particulière, la fermeture des arcades en rez-de- grandes parcelles (par exemple vingt
les compartiments sont souvent plus chaussée, la surélévation des édifices. mètres sur quarante ou quarante
hauts ou conçus comme des mètres sur cinquante). À l’ouest du
immeubles collectifs. Le quartier du Palais royal Palais, le quartier résidentiel, loti de
Un réseau de venelles dessert l’inté- Le quartier du Palais royal accueille façon régulière, présente des par-
rieur des îlots. Elles sont tracées à les institutions administratives, reli- celles plus petites, d’une largeur de
l’arrière des parcelles, ou simplement gieuses et culturelles du Cambodge. seize à vingt-deux mètres. L’emprise
constituées par une succession de Contrairement au quartier commer- au sol des bâtiments est de 50 %. Le
cours semi-privées. Elles débouchent çant, le réseau de voirie, très réduit long du Tonlé Sap, à l’emplacement
en général sur la rue, soit à ciel ouvert, lors de sa création, dégageait des par- des anciens villages, un quartier d’ha-
soit par l’intermédiaire d’un passage celles de grandes dimensions. Depuis bitation sans tracé préétabli occupe
couvert ménagé au rez-de-chaussée le XIXe siècle, le percement de rues un parcellaire peu lisible. Quelques
sous un compartiment. La desserte supplémentaires n’a cessé de modi- groupes de maisons en bande sont
des logements se dédouble. Les habi- fier son organisation première. Le construits de façon éparse.
tants du rez-de-chaussée accèdent caractère de ce quartier reposait en Ces dernières années, de grandes
par la rue, ceux des étages par la grande partie sur une organisation transformations ont modifié l’am-
ruelle ou la cour commune. de maisons en bois construites au biance et le mode d’occupation des
À partir du compartiment unifamilial milieu de jardins, sous une végéta- boulevards Sihanouk et Monivong et
avec une cour privée par travée, le sys- tion abondante. L’architecture en bois de la rue 63 qui débouche sur le mar-
tème est donc devenu plus complexe, a progressivement été remplacée par ché central. Les compartiments rem-
la cour commune permettant l’établis- des constructions en maçonnerie. placent les maisons. Autour du Palais
sement d’une deuxième rangée de com- La structure du quartier est diffé- royal, les grandes parcelles ont été
partiments en fond de parcelles. rente selon les secteurs. À proximité redivisées, les jardins ont disparu pour
La densité du quartier, forte à l’ori- du Palais royal se trouvent les grandes être remplacés par des comparti-
ments alignés sur la rue et les sur- un secteur résidentiel de villas dans années trente et les années soixante
élévations déjà effectuées constituent des jardins. Il accueille également le au nord-ouest du Phnom.
l’amorce de changements plus impor- port entouré de quelques îlots com- Les îlots qui accueillent les institu-
tants. merçants plus denses. tions ont été dimensionnés de manière
Malgré ces modifications, la présence Ce quartier a été réalisé en trois à ne pas accueillir d’autres fonctions.
de nombreuses pagodes et d’édifices phases. La construction de la poste Ainsi l’hôpital occupe-t-il l’emprise
publics entourés de jardins préserve et, à proximité de celle-ci, l’édifica- d’un îlot carré de 200 mètres par 200,
encore l’aspect très aéré et planté tion de quelques compartiments ont la caserne est implantée sur deux îlots
du quartier. amorcé l’urbanisation. L’établisse- de dimensions proches, 110 mètres
ment des institutions du protectorat sur 170 et 110 mètres sur 200. Les
Le quartier du Phnom autour du Phnom et sur la rive nord autres institutions, le lycée Descartes
Au nord de la ville, le quartier du de l’avenue de la gare, à partir de et le Grand Hôtel s’inscrivent dans
Phnom comprend un secteur impor- 1890, a été suivi par l’installation des îlots rectangulaires. L’emprise
tant d’édifices publics et religieux et très progressive des villas entre les au sol des bâtiments est faible.
d’une conception utilitaire qui emboîtements de toitures, aux super- du Cambodge à l’Exposition univer-
emprunte des éléments de l’archi- positions de frontons, aux bandeaux selle de 1900, est doté d’un nouvel
tecture locale telles que les grandes de frontons ondulés, aux portes à escalier reconstruit dans le même
toitures à débords, les galeries cou- meneaux, aux encadrements moulu- esprit.
vertes ou les triples baies. rés de portes et de fenêtres, aux tours ■ À partir des années trente, paral-
Le Musée national (anciennement élevées, toutes depuis la toiture jus- lèlement au rationalisme qui carac-
l’Institut bouddhique partiellement qu’aux chêneaux, ont été fidèlement térise l’architecture du marché cen-
réutilisé par l’Assemblée nationale), répétées. » (Madrolle 1928 : 70). tral (Chauchon, arch.), celle de la gare,
le bâtiment des Eaux et Forêts ou Le Phnom, utilisé comme emblème du bâtiment de la Sûreté ou plus tar-
l’hôtel Renakse (antérieurement un divement de la Cathédrale et de l’É-
ministère) ont une conception influen- cole de médecine, divers autres styles
cée par l’architecture traditionnelle vont apparaître à Phnom Penh. Les
khmère dans leurs proportions, leurs architectes construisent ainsi le palais
volumes, leurs jeux de toitures, leur du Commissariat de France (Chau-
décoration et l’organisation des bâti- chon, arch.), moderniste sans
ments en pavillons dotés de galeries. influence locale, la Bibliothèque natio-
Le Musée national « […] est un élé- nale, un bâtiment néo-classique, le
gant édifice de style khmer contem- Cercle sportif, dans le style balnéaire,
porain où les lois architecturales l’évêché dans le style néo-roman, le
cambodgiennes se rapportant aux cinéma Lux, moderniste sans
La Bibliothèque nationale.
Ci-dessous: Le Service des eaux et forêt, aujourd’hui ministère de l’Information, boulevard Le lycée Descartes.
Monivong. En haut: la galerie extérieure.
De gauche à droite:
Garage Peugeot.
L’hopital Sihanouk.
L’amphithéâtre de la faculté des
langues.
influence locale, le Grand Hôtel, régio- est constitué de maisons isolées ou qu’elles soient en bois ou en maçon-
naliste, le lycée Descartes, moderne. en bandes et de compartiments. nerie, a été peu remise en cause jus-
■ À partir des années soixante, les bâti- qu’aux années soixante.
ments des institutions du Cambodge Les villas coloniales. Les villas colo- De forme rectangulaire et construites
indépendant seront construits suivant niales ont été construites, à la sur pilotis, elles comportent: à l’avant
les principes urbains du Mouvement demande, en suivant les modèles de une loggia, ensuite un corps princi-
moderne (qui s’appuient sur le plan la métropole. Les principaux styles pal composé de trois travées avec
libre, c’est-à-dire une organisation des architecturaux néo-baroques ou néo- un plan en T qui ménage deux pièces
bâtiments indépendante de la forme classiques, régionalistes ou balnéaires latérales, à l’arrière un passage ou
de l’îlot et de l’orientation des rues) et témoignent d’un très grand éclec- une cour où se trouve la cuisine.
en adoptant, pour leur architecture, tisme. Ces maisons comportent des Deux types de toits recouvrent ces
les caractères du style international éléments comme des tourelles, des maisons: les toitures à deux pentes,
(avec les toits-terrasses, les brise-soleil, bow-windows, des toitures à large ron ou kantaing, et les toitures à
les pilotis) bien adaptés au climat. Les débord. Leurs façades peuvent être quatre pentes, ou pet. Au nombre de
exemples d’une belle facture archi- agrémentées de loggias, de portiques trois ou quatre en fonction de la
tecturale sont le stade olympique, l’Ins- ou présenter des pignons décorés. dimension de la maison, les toits sont
titut de technologie, le Conseil des Les ensembles formés par ces mai- toujours parallèles à la façade. Le pre-
ministres, l’hôpital khméro-soviétique. sons implantées dans des jardins res- mier couvre la loggia et forme un
tent néanmoins très homogènes et porche avec l’escalier d’accès. Le
Les maisons individuelles qualifient fortement les quartiers rési- deuxième et le troisième couvrent le
Les immeubles de logements collec- dentiels du nord de la ville. corps principal, le dernier, au fond
tifs sont très peu nombreux. L’habitat de la cour, abrite la cuisine. La cou-
est en grande majorité unifamilial. Le La maison urbaine cambodgienne verture en tuiles plates est ornée aux
tissu courant des différents quartiers L’organisation des maisons urbaines, angles de pièces d’accent et d’épis
Maison en bois des années 1920. Villa 1920 dans le quartier du Palais royal. Villa 1950 dans le quartier du Phnom.
de faîtage. Les débords de toiture sont ticulièrement la loggia qui peut être Le passage de la maison
soulignés par une rive décorative et intégrée sous le toit principal, com- au compartiment
des consoles. plétée par un porche en avant-corps, La structure en travées est aussi uti-
Si le passage à la maison en maçon- transformée en terrasse abritée ou lisée pour regrouper plusieurs loge-
nerie a peu altéré l’organisation inté- venir en débord de la façade. Dans le ments sous un même toit. Dans ce
rieure, il a en revanche transformé même esprit, les détails de décora- cas, chaque travée possède un accès
la composition des façades et plus par- tions subsistent mais sont modifiés. indépendant. Ces regroupements pos-
sèdent les mêmes toits et sont implan- qu’ils façonnent un paysage de rue fient, à l’intérieur de la trame répé-
tés soit en milieu de parcelle comme très homogène. titive de quatre mètres, le rythme
les maisons, soit en mitoyenneté mais La façade du plus ancien comparti- des ensembles alignés. Les loggias,
avec un jardin à l’avant, soit sur l’ali- ment, construit en 1890 et existant les balcons avec des garde-corps en
gnement. Leur agencement en bande encore, possède, au rez-de-chaus- fer forgé, à balustre ou à claire-voie
les rapproche du modèle du com- sée, des arcades devant le commerce en ciment, les couronnements et les
partiment avec un jardin à l’avant à et à l’étage, une large baie rectangu- toitures s’inscrivent aussi dans la
la place du commerce. laire protégée par trois volets à claire- même trame.
voie en bois surmontés d’une imposte.
Le compartiment Les compartiments plus récents L’immeuble collectif
La trame des compartiments est de conservent les mêmes dimensions Obtenus par la surélévation des com-
quatre mètres environ. Réalisés en et une organisation intérieure iden- partiments, les immeubles collectifs
séries, ils présentent des faîtages, tique. Seule la façade, et plus parti- reconduisent la structure et l’orga-
des corniches, des niveaux et par- culièrement celle de l’étage, varie. nisation du logement traditionnel à
fois des arcades alignés de telle sorte Différents dessins de la baie modi- chaque étage. Les appartements sont