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Roman Gabonais

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LE ROMAN GABONAIS DES ORIGINES A NOS JOURS (2005)

Jean Léonard NGUEMA ONDO


Enseignant à l’ENS
Libreville-Gabon

Résumé
Né en 1971, avec la publication d'Histoire d'un enfant trouvé de
Robert Zotoumbat, le roman gabonais s'enracine, au départ, dans les
traditions africaines. Son horizon se limite à une simple peinture de la
réalité sociale, malgré la tentative de modification de l’écriture et de la
thématique avec Au bout du silence (1985). Il faut attendre 1990, année
de la conférence nationale et du retour au multipartisme politique,
pour voir ce roman, aborder la satire des nouveaux maîtres,
omniprésente dans les autres littératures africaines depuis 1968 (Devoir
de violence du Malien Yambo Ouologuem et les soleils des indépendances de
l'Ivoirien Ahmadou Kourouma). A partir de 1992, avec la publication de
Parole de vivant (1992) d’Auguste Moussirou Mouyama, Le jeune officier
(1998) de Georges Bouchard et 53 cm (1999) de Bessora, ce roman va
s’engager dans la voie du renouvellement de son écriture. Cette
modification stylistique et même thématique se confirmera davantage au
début des années 2000 avec la parution de Tous les chemins mènent à
l’autre (2001) de Janis Otsiémi, Sidonie (2001) de Chantal Magalie
Mbazoo Kassa, Taches d’encre (2001), Deux bébés et l’addition (2002) et
Pétroleum (2004) de Bessora, La fille du Komo (2004) et Malédiction (2005)
de Sylvie Ntsame.
Mots-clés
Littérature, Roman, Gabon, conférence nationale, absurde,
fiction autobiographique, satire politique.
Abstract
The gabonese novel began in 1971 when Histoire d'un enfant trouvé by
Robert Zotoumbat was published. In the very beginning, it was deeply rooted in
African traditions. It was a simple description of the social aspects. In 1990, the
year of national conference and the democratical era, the gabonese novel started

Annales de l’Université Omar BONGO, n° 12, 2006, pp. 103-123


Jean-Léonard NGUEMA ONDO

towards the new leaders. It is important to notice that those themes have been
already tackled in other african literatures since 1968 ( Devoir de violence by the
Malian Yambo Ouologuem and Les soleils des indépendances by the Ivoirian
Ahmadou Kourouma ).
By the end of gos and exaltly in 1999, the young Gabonese novelists,
Janis Otsiémi, Chantal Magalie Mbazoo Kassa and Sylvie Ntsame will engage
the Gabonese novel in a new writen style and themes refering to 53 cm by
Bessora.
Keys-words
Literature, novel, Gabon, national conference, absurd, fiction,
autobiographical, political satire.
Genre majeur de la littérature gabonaise, de par le nombre de
ses publications, le roman n’a pas encore fait l’objet d’une étude
critique globale. Les quelques analyses réalisées sont, soit des études sur
une seule œuvre romanesque1, soit des articles de revues2. Un dernier
ouvrage mérite d’être signalé, il s’agit de La magie dans le roman africain
de Xavier Garnier, qui consacre une dizaine de pages au roman
gabonais. Seulement, les analyses du chercheur de l’Université de Paris
XIII se limitent uniquement au thème de la sorcellerie, et à un seul
roman gabonais : La mouche et la glu de Maurice Okoumba Nkoghé.
Comme on le constate ici, le roman gabonais n’a pas suffisamment
bénéficié de commentaires critiques dont sont communément entourés

1
R. GODARD a réalisé une étude fort intéressante intitulée Pour une lecture du
roman Au bout du silence de Laurent Owondo, Maison Rhodanienne de poésie,
1998. Et Patrice GAHUNGU, Maître de Conférence (CAMES) en littérature
française, est l’auteur de deux ouvrages critiques sur deux romans gabonais : La
poétique du soleil dans la mouche et la glu de Maurice Okoumba Nkoghé etLa
rhétorique du corps dans Fureurs et cris de femmes d’Angèle Rawiri, Lecture
sémio-rhétorique, Maison Gabonaise du Livre, 2003.
2 Les numéros 105, 138-139, 150 et 155-156 de la revue Notre Librairie ont
consacré une part belle au roman gabonais. Par ailleurs, les Annales de l’UOB et la
Revue Africaine d’Etudes Françaises de l’ENS de Libreville ont publié, chaque
année depuis leurs premiers numéros (respectivement 1992 et 1995), plusieurs
articles sur le roman gabonais.

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

ses homologues d’Afrique francophone. Pourtant, depuis les années 80,


jusqu’aujourd’hui (2005), ce roman a réussi à asseoir progressivement
sa place toujours plus significative au sein de l’espace littéraire africain
subsaharien. Comment en est-on arrivé là ? Autrement dit, comment ce
roman a t-il évolué depuis ses origines (1971) jusqu’à nos jours (2005),
aux niveaux de sa thématique et de son écriture ?
Ainsi, pour des raisons de clarté, de progression et de précision,
nous avons opté pour une approche critique et historique. Il s’agit, pour
nous, de procéder au découpage périodique de ce roman de 1971 à
2005. La première période du roman gabonais, à notre sens, s’amorce
en 1971 et s’achève en 1989. Les romans publiés au cours de ces
années, à la différence de ceux parus dans les autres pays africains à la
même période, ne s’inscrivent pas dans la rupture thématique et
stylistique créée par les romans Devoir de violence de Yambo Ouologuem
et Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma. Quant à la
deuxième période, elle commence en 1990, et semble avoir été
déclenchée par la conférence nationale dont la principale décision a été
l’ouverture démocratique dans le pays, marquée par le retour au
multipartisme politique.
I - Le roman gabonais de 1971 à 1989
Sans explication, un tel découpage a de quoi surprendre.
Pourquoi 1971 et 1989 ? Parce que le premier roman gabonais paraît en
1971. En outre, 1989 est l'année du démantèlement du Mur de Berlin,
qui fait souffler le vent des libertés, à l’origine des conférences
nationales africaines. La conférence nationale du Gabon,
particulièrement, marque un tournant dans la thématique romanesque
gabonaise, en bouclant l’étape des romans de dénonciation sociale pour
laisser la place aux romans de la satire politique. Une approche
historique de cette première période nous conduira tour à tour à parler
de Robert Zotoumbat, le précurseur du roman gabonais et de ses
successeurs de la génération des années 80.

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

I.1 - Le Précurseur du roman gabonais : Robert Zotoumbat


En 1971, avant qu’apparaissent les noms des romanciers
aujourd’hui célèbres, d’Angèle Rawiri, Maurice Okoumba Nkoghé et
Laurent Owondo, Robert Zotoumbat, jeune professeur d’anglais dans
l’enseignement privé protestant, ouvre la voie de l’écriture romanesque
gabonaise avec la publication aux éditions camerounaises Clé, de Histoire
d’un enfant trouvé. Ce livre qui marque la naissance du roman gabonais
témoigne de la sensibilité d’une époque, qu’il s’agisse de vanter les
mérites de la colonisation, d’évoquer les vertus traditionnelles et la vie
africaine ou d’amorcer une dénonciation de la méchanceté de la
marâtre. C’est l’histoire de Ngoye, orphelin adopté, confronté à une
méchante marâtre. Cependant, l’appartenance de ce texte au genre
romanesque est, à tort ou à raison, contestée par une certaine critique
gabonaise.
Au cours d’une conférence donnée à l’Université Omar Bongo
de Libreville, à l’occasion des journées portes ouvertes des Lettres
modernes, le 3 mai 1990, Nicolas Mba Zué affirme qu’Histoire d’un
enfant trouvé peut être « difficilement classé dans le genre romanesque ». Et
dans notre thèse soutenue en Sorbonne en septembre 2002, intitulée
L’influence de l’initiation traditionnelle dans le roman gabonais, nous
soutenons que ce texte de Robert Zotoumbat n’est pas un roman. En
effet, ses techniques narratives, son volume, sa thématique, son écriture
et ses personnages renvoient plutôt à un conte. Par ailleurs, dans un
article fort intéressant de Ludovic Emane Obiang intitulé Voyage au bout
du silence, on peut lire que ce récit « hésite entre la nouvelle et le conte. Par
son volume certes (58 pages), mais surtout par la présence des composantes
habituelles du récit court. Le personnage de l'orphelin en bute à sa méchante
marâtre. La structure en miroir qui oppose le héros et son mauvais double dans
une évolution aux finalités inverses. Le narrateur-narrataire et l’encastrement de
l’histoire principale »3. Et le chercheur de conclure que, malgré ses
faiblesses, histoire d’un enfant trouvé est le premier texte gabonais qui se
rapproche du roman.

3
Notre Librairie, Revue des littératures du sud, Actualité littéraire 1998 - 1999,
N°138-139, Septembre 1999, Mars 2000, p.31

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

Avec donc Histoire d’un enfant trouvé, Robert Zotoumbat semble


avoir ouvert la voie au réalisme romanesque inséré dans le terroir
gabonais, spécialement rural. Il explore en profondeur l’âme paysanne
et se préoccupe avant tout du village, tout en se tenant éloigné de la
politique. Ecrit dans une prose « classique », Histoire d’un enfant trouvé
évoque le Gabon de « brousse » en face de lui-même, comme le feront si
bien les romanciers des années 80.
Un fait à signaler toutefois, après son premier roman, Robert
Zotoumbat n’a plus rien publié. Ce silence est encore d’actualité
aujourd’hui, sera-t-il définitif ? Un deuxième fait, c’est qu’il a fallu
attendre l’année 1980 pour voir (enfin !) la parution d’un deuxième
roman gabonais qui annonce une génération de romanciers plus féconds.
I.2 - La génération des années 80
Après Histoire d’un enfant trouvé, il a fallu attendre les années 80,
pour voir le rythme de publication romanesque s’accélérer avec une
éclosion abondante de nouveaux romanciers, tous peintres de la réalité
quotidienne. Ils prennent même de l’avance sur les poètes et les
dramaturges. Angèle Rawiri, première femme des lettres gabonaises,
publie trois romans, Elonga en 1980, G’Amérakano en 1986 et Fureurs et
cris de femmes en 1989. Dans sa trilogie romanesque, elle accorde une
place de choix au statut de la femme, comme le confirme la thèse de
Chantal Magalie Mbazoo, intitulée La femme et ses images dans le roman
gabonais, soutenue en 1999 à l’Université de Cergy-Pontoise. Par la
suite, Maurice Okoumba Nkoghé lui emboîte le pas avec la publication
de Siana en 1982, de La mouche et la glu en 1984 et de Adia en 1985.
Séraphin Ndaot fait paraître Le procès d’un prix Nobel (1983), puis Le
dissident (1986). Laurent Owondo offre aux lecteurs Au bout du silence en
1985, merveilleux roman vite récompensé, la même année, du
prestigieux prix Senghor. Dans ce roman, le lecteur est vite frappé par
la place déterminante qu’occupe l'onomastique myéné, ethnie de
l'auteur, dans le processus de génération du système signifiant organisé
par le romancier. En réalité, chez Laurent Owondo, l'onomastique
permet d'appréhender le sens de son roman, dans la mesure où, comme
le précise Roland Barthes dans Les nouveaux essais critiques, " le nom propre

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

s'offre à une exploration, à un déchiffrement … c'est un signe volumineux, un


signe toujours gros, d'une épaisseur touffue de sens…" (Seuils, 1953, page
125). En 1985, paraît également Biboubouah de Ferdinand Allogho Oké.
Tous ces écrivains, fidèles témoins de la société de leur époque,
s’affirment dans l’exploration en profondeur de leur milieu
socioculturel. Ils refusent d’aborder, à l’image de leurs confrères des
autres pays d’Afrique francophone comme Williams Sassine, Henry
Lopez, Alioum Fantouré,…les problèmes politiques de leur pays,
survenus après les indépendances. Leur dénonciation se limite à la
situation sociale du pays; d’où l’omniprésence des thèmes comme la
famine, la justice traditionnelle et les bienfaits de l’école coloniale chez
Robert Zotoumbat, le tribalisme, la prostitution, les pratiques
superstitieuses et la sorcellerie chez Angèle Rawiri, le conflit
tradition /modernisme, la misère de l’enfance et le chômage chez
Maurice Okoumba Nkoghé, la contestation de la colonisation à travers
le portrait de ses principaux représentants chez Séraphin Ndaot, le
mythe et l’initiation traditionnelle chez Laurent Owondo et les veillées
du soir chez Ferdinand Allogho Oké. Didier Taba Odounga a, comme
l’écrit Papa Samba Diop, dans la revue Notre Librairie, numéro 155-156
(juillet-décembre 2004, page 97), analysé « cette imbrication du
romanesque dans le social ». En effet, dans sa thèse intitulée La
représentation des conflits sociaux dans le roman gabonais, des origines à nos
jours, soutenue en Sorbonne en 2003, le jeune enseignant présente le
roman gabonais comme un espace textuel où les auteurs mettent en
discours littéraire, l’histoire sociopolitique du Gabon.
Pourquoi donc cette prose réaliste? Probablement parce qu’elle
raconte et décrit de façon concrète la manière dont vivent les gabonais.
En fait, le style réaliste donne aux romans une valeur documentaire et
autobiographique. Les romans gabonais relatent de ce fait les
expériences personnelles de leurs auteurs. En gros, il y a dans la
production littéraire gabonaise un étonnant pourcentage
d’autobiographie plus ou moins romancé. Robert Zotoumbat, Angèle
Rawiri, Laurent Owondo, Ferdinand Allogho Oké,… intègrent dans
leurs livres des parts entières de leur existence ou de celle des personnes
qui leur sont proches. Le grand-père de Laurent Owondo était bel et

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

bien le chef suprême du groupe des Mpongwè. Il était initié au sacré,


comme Rèdiwa, un des principaux personnages d’Au bout du silence.
L’enfance de Robert Zotoumbat présente beaucoup de similitudes avec
celle de Ngoye, personnage central d’Histoire d’un enfant trouvé, ce qui a
fait écrire à son éditeur, sur la quatrième de couverture, que ce roman
est autobiographique. Ferdinand Allogho Oké assure que tous les détails
de Biboubouah sont exacts. Séraphin Ndaot est parti des personnages
ayant vécu (Albert Scheiwtzer et Savorgnan de Brazza) pour écrire Le
procès d’un Prix Nobel et Le dissident. Le père de Maurice Okoumba
Nkoghé était vraiment un instituteur originaire du nord du Gabon. Et
l’histoire relatée dans Siana ressemble fort bien à celle vécue par
l’auteur dans son enfance.
Il y a donc sur le romancier gabonais des années 80, une
véritable pression morale qui l’oblige au témoignage, à l’engagement
social, à la lutte pour la libération de la femme et de l’homme gabonais
par rapport aux forces négatives comme la sorcellerie, le tribalisme et
certains comportements rétrogrades des tenants de la tradition. Les
romanciers gabonais refusent donc de se réfugier dans la vision idéaliste
de la Négritude. Ils préfèrent la vérité du témoignage sincère au prestige
de « l’image de marque » africaine qui était un peu le mot d’ordre de leurs
aînés africains francophones. En même temps, la satire politique, thème
de prédilection des romanciers africains de l’époque, est aussi absente
dans leurs romans.
Qu’est-ce qui a pu motiver ce refus des romanciers gabonais
d’aborder la contestation politique à l’image de leurs confrères de
l’Afrique francophone? Et pourtant, au cours de ces deux décennies (de
1970 à 1990), le Gabon vit les mêmes réalités politiques et économiques
que les autres pays africains. C’est vrai que de 1970 à 1985, l’économie
gabonaise se caractérise par une croissance due au boom pétrolier des
années 70. Cependant, cette période de pain blanc sera suivie, dès
1986, par une crise économique liée à la baisse du prix de pétrole en
baril et en dollar américain. C’est aussi vrai que ce pays n’a pas été
dirigé par un dictateur à l’image d’un Bokassa, d’un Maçias Nguéma ou
d’un Edi Amin Dada. Il n’a pas non plus connu une guerre civile ou
frontalière. Cependant, comme dans les autres pays africains, c’est

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

l’époque du parti unique avec son cortège de maux qui se résument par
les détournements des richesses au profit de hauts fonctionnaires, les
répressions politiques,…Dans un texte intitulé La tentation de l’histoire et
les détours du langage, paru dans les annales de l’Université Omar Bongo
en 1992, Auguste Moussirou Mouyama montre bien comment les
auteurs gabonais décrivent leur société tout en essayant de préserver
leur intégrité morale et physique par rapport au pouvoir.
Le plan économique est marqué par les appels à l’aide
internationale pour renflouer le budget en faillite. Certains "voleurs
autorisés", les hauts fonctionnaires, placent leurs milliards en Suisse ou
achètent des maisons dans les arrondissements chics de Paris et
d’ailleurs. Les sociétés internationales profitent de la gabegie qui règne
en exploitant sauvagement le pays.
Comment assainir l’économie dans de telles conditions?
Comment atteindre l’autosuffisance alimentaire ?
Comment payer les salaires des fonctionnaires ?
C’est pour répondre à toutes ces préoccupations que le FMI et la
Banque Mondiale, appelés au secours, vont imposer des ajustements
structurels. Et, la bouche de celui qui a tété n’oubliant jamais la saveur
du lait, les ceintures des riches se desserrent au moment où les basses
classes sont invitées à serrer les leurs. C’est donc la période des vaches
maigres. Cette période verra la publication des romans qui donnent une
représentation exacte, complète et éclairante de la réalité sociale
gabonaise, telle que perçue par les romanciers.
De la situation politique, il n’en est presque pas question. Sauf,
dans la mouche et la glu avec ce portrait antipathique de Mpoyo,
représentant du pouvoir. Ce roman peint d’ailleurs avec courage et
sincérité l’univers répressif et carcéral qui conduit ses victimes à la
mort. Le lecteur du même roman est frappé par le cortège militaire qui
écrase et tue le petit Opaga comme un chien errant, sans daigner
s’arrêter. Toutefois, la dénonciation politique, dans ce roman, est
placée au second plan en faveur du conflit entre tenants de la tradition et
tenants du modernisme.

110
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

Malgré cette tentative, les œuvres romanesques gabonaises


publiées dans les années 80 ne s’inscrivent pas dans la révolution
thématique et stylistique africaine dont les précurseurs sont Yambo
Ouologuem avec Le Devoir de violence (1968) et Ahmadou Kourouma
avec Les soleils des indépendances (1970). Les deux romans montrent que
« les nouveaux maîtres » issus des indépendances africaines sont eux-
mêmes à l’origine des malheurs du monde noir. Ce renouveau de
l’écriture et de la thématique romanesques sera quasi absent dans le
roman gabonais de cette époque. Il a fallu à ce roman, attendre la
conférence nationale de 1990 pour (enfin !) s’aligner sur cette
modification thématique et stylistique africaine déjà tentée par Au bout
du silence de Laurent Owondo en 1985.
II - La génération de la conférence nationale de 1990…et
après
Pourquoi 1990 ? Cette date qui évoque la conférence nationale,
est très significative dans notre choix. En effet, la principale décision de
la conférence nationale gabonaise a été le retour du multipartisme
politique après 22 ans de parti unique. La même année est marquée sur
le plan littéraire par la publication d’un roman, La fin du mythe, du
journaliste de L’union, Junior Otembe Nguéma. C’est en fait la parution
de ce livre qui marque une rupture dans la thématique abordée. Ce
roman a fait le même effet dans la littérature gabonaise que les romans
Le devoir de violence et Les soleils des indépendances dans la littérature
africaine francophone. Il paraît après la conférence nationale du Gabon,
tout comme ces deux romans africains qui sont publiés dans les années
60 marquées par les indépendances des pays de l’Afrique francophone.
Les romans parus après la conférence nationale, tous réalistes comme
ceux de la première génération, vont s’engager sur deux pistes : la
dénonciation politique et l’absurde.
II.1 - Les années 90
La conférence nationale de 1990 va bouleverser non seulement
les traditions politiques mais aussi les habitudes littéraires. Les
romanciers vont passer de la dénonciation sociale à la satire politique.
Dès 1990, le roman gabonais amorce une littérature de

111
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

« désenchantement »4. Logiquement, les romanciers gabonais animés par


les mêmes rêves à la suite de la conférence nationale, ont vite réagi en
répercutant dans leurs œuvres la folie des politiciens autochtones, les
aberrations et contradictions des mœurs de la nouvelle bourgeoisie, les
désillusions et les difficultés du peuple dont la situation s'aggravait au
lieu de devenir meilleure. Lorsque apparaissent par exemple Le bourbier
d’Armel Nguimbi Bissielo, Parole de vivant d’Auguste Moussirou Mouyama,
La courbe du soleil de Maurice Okoumba Nkoghé, Un seul tournant Makosu
de Justine Mintsa et Les matitis : mes pauvres univers en contre-plaqué, en
planche et en tôle…de Hubert Freddy Ndong Mbeng..., nous constatons
que les romanciers gabonais ont entrepris de dresser à des degrés divers,
dans leurs ouvrages, un réquisitoire sévère à l’encontre des mœurs
politiques de l’Afrique contemporaine : corruption, pillage, incurie des
dirigeants y sont dévoilés sans détour. Les problèmes qui touchent la vie
de la cité y occupent une place importante. Et pourtant, les romanciers
de cette génération qui, souvent, affirment ne pas s’attaquer au principe
du pouvoir politique, n’en instruisent pas moins un sévère réquisitoire
contre les abus et l’incompétence qu’il autorise. Ces romans ont, en
fait, une portée métaphysique que l’on évalue au malaise profond qu’ils
peignent. Ils poussent non seulement à une interrogation sur l’actuelle
situation politico-sociale gabonaise, ou sur l’aventure ambiguë des
peuples du Gabon, mais aussi et surtout sur l’homme tout court,
l’humanité et son degré de détérioration.
L’un des buts essentiels de ces romanciers et des personnages
d’intellectuels qu’ils mettent en scène est clair : instruire le procès des
pouvoirs africains enfermés dans la pensée unique. Ainsi, à la justice
objective, à l’hospitalité africaine et à l’humanité de la colonisation,
exaltées par Robert Zotoumbat dans Histoire d’un enfant trouvé, Auguste
Moussirou Mouyama oppose, dans Parole de vivant, avec une rare verve
iconoclaste un pays barbare, siège d’un pouvoir oppressif et despotique,
une justice inhumaine et arbitraire, une colonisation sauvage et un
pouvoir dictatorial. En effet, ce roman relate la maturation spirituelle et

4
Expression du Professeur Jacques CHevrier pour désigner ces œuvres africaines
des années 70 qui manifestent bien le mécanisme illusion/désillusion ayant marqué
les lendemains des Indépendances dont les bénéficiaires attendaient les miracles.

112
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

intellectuelle et intellectuelle d’Ytsia-Moon, un jeune orphelin écartelé


entre la tradition et le modernisme. Au fil du texte, il va constater
progressivement la déchéance de son environnement. Cette décrépitude
semble se manifester dans son propre être lorsque, à Foutourama
(France ?) où il poursuit ses études, il brise le lien avec ses ancêtres en
consommant la viande de poulet, interdite aux initiés. Revenu chez lui
pour suivre un traitement approprié afin de renouer le cordon ainsi
brisé, la milice du dictateur l’arrête depuis l’aéroport. Condamné à
mort au cours d’un procès expéditif, un coup d’état le sauvera de
justesse. A partir de ce moment, le rêve de reconstruire le pays
démembré resurgit grâce aux souvenirs des sages paroles de Ma-kandu,
inspirées des croyances ancestrales.
La même verve iconoclaste resurgit avec Les matitis, roman paru
la même année. Le terme « matitis » désigne l’habitat non planifié, au
cœur (et surtout autour) des grandes villes africaines comme Libreville.
Ainsi, dans un style spontané et sincère qui épouse bien son âge, le jeune
lycéen, de 19 ans, Hubert Freddy Ndong Mbeng, peint avec une rare
fidélité, le tableau de la pauvreté et de la misère qui rongent une bonne
partie des populations de Libreville. A la manière de l’écrivain réaliste
du XIXème siècle, Honoré de Balzac, Ndong Mbeng exprime « la
comédie humaine » de son milieu d’origine, broyé par la pauvreté et la
misère. Son coup d’essai a été un coup de maître au niveau de l’écriture
et de la structure de son roman. Ce qui a fait dire au critique africain
Makhily Gashama que Les matitis est un « roman d’une grande originalité
dans son écriture et son architecture »5. Cependant, treize années après ce
coup de maître, les lecteurs attendent toujours le deuxième roman de
cet écrivain aujourd’hui âgé de trente quatre ans. Espérons que ce
silence ne sera pas définitif.
A la suite des deux écrivains, d’autres vont également faire
preuve d’un engagement politique assez visible. Maurice Okoumba
Nkoghé dans La courbe du soleil, Armel Nguimbi Bissielo dans Le bourbier
et Georges Bouchard dans Le jeune officier. Tous vont à des degrés divers,
5
Propos recueillis par Henry MENDY, Professeur de Lettres, Diplomate, dans un
document intitulé « Ahmadou KOUROUMA, le visionnaire, le téméraire et les
indépendances violées ».

113
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

dénoncer le pouvoir politique. Certains comme Maurice Okoumba


Nkoghé et Auguste Moussirou Mouyama peignent des héros
intellectuels confrontés au pouvoir. En réalité, depuis la conférence
nationale, l’intellectuel occupe une place sans cesse grandissante dans le
roman gabonais. Souvent, l’auteur laisse à son principal personnage, le
soin d’instruire le procès du colonialisme et du néocolonialisme comme
c’est le cas d’Ytsia-Moon, de Goye, de Moukagni et du jeune officier. Tous
ces principaux personnages apparaissent, à des degrés divers, comme
des rénovateurs. Ils demeurent incorruptibles et disposent d’un franc
parler et d’une intelligence qui dégagent leur volonté incompressible de
lutter avec ardeur contre les injustices et les inconduites de leurs
patries. Une bonne partie de ces romans s’inspirent des événements
ayant accompagné le retour du multipartisme politique au Gabon en
1990. Parole de vivant et La courbe du soleil par exemple, relatent les
péripéties, de l’apogée au déclin, d’une dictature africaine. Les auteurs
réalisent dans ces textes, une tactique « sécuritaire »6. On y rencontre des
personnalités politiques très en vue : un ancien Ministre des Finances
devenu conseiller, un ancien opposant devenu une des plus fortes
personnalités politiques du pouvoir au moment où l’on murmure trop
sur le choix du dauphin du chef de l’Etat gabonais.
Tous ces personnages qui « se mêlent de ce qui ne les regarde pas »
sont des intellectuels au sens sartrien du terme.
Enfin, on ne peut passer sous silence le fait que les romans de
cette période ont adopté un style réaliste comme ceux de la première
génération. Nous pensons que la persistance du réalisme trouve son
origine dans le caractère autobiographique de ces romans. En effet, les
œuvres de cette époque tout en abordant la satire politique des
nouveaux maîtres, relatent les expériences personnelles de leurs
auteurs. En gros, ce sont des parts entières de leurs vies ou de celles de
leurs proches qui y sont romancées. Comme le mari d’Oyomo, la
narratirce d’un seul Tournant Makosu, le mari de Justine Mintsa et bien

6
Expression utilisée par Fortunat OBIANG, Maître-Assistant CAMES en critique
littéraire du Département de lettres de l’Université OMAR BONGO, pour désigner
les techniques de maquillage et de parodie utilisées par les romanciers gabonais dans
leurs œuvres.

114
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

instituteur de formation, son mari a été le premier Recteur de


l’Université de Masuku, elle-même a été professeur d’anglais et épouse
du Recteur de l’Université de Masuku. Armel Nguimbi Bissielo a été
comme l’oncle du principal personnage de son roman Moukagni,
professeur de français à Oyem, ville située au nord du Gabon. Et
Yémoville, espace urbain de son roman se trouve au nord d’un pays de
l’Afrique équatoriale, tout comme la ville d’Oyem au nord du Gabon.
Et la route qui lie Oyem à Libreville était impraticable l’année de la
publication de ce roman, à cause des multiples bourbiers qu’on y
rencontrait. Moussirou Mouyama, comme Ytsia-Moon fut vraiment
étudiant en France (Foutourama ?). En 1992, Hubert Freddy Ndong
Mbeng vivait à « Derrière la Prison », un des multiples « matitis »7 de
Libreville. En outre, dans certains romans comme par exemple, Parole
de vivant ou Le chemin de la Mémoire, le retour à la tradition dévoile un
projet de renouveau. En effet, ce retour entraîne le réajustement des
vues des personnages sur les rapports entre la tradition et le
modernisme. L'accent se trouve mis tout particulièrement sur la
tradition qu'il s'agit d'insérer dans un processus de modernisation; car,
toute rupture avec la tradition compromettrait l'entreprise de
modernisation envisagée. Le retour à une tradition renouvelée laisse se
profiler le mythe de l'homme nouveau et de la cité nouvelle. La thèse du
retour à la tradition suppose, comme l'affirme le critique africain
Mohamadou Kane dans Roman africain et tradition (NEA, 1982, page
474), « la réévaluation de cette dernière et ensuite son renouvellement».
Pourtant si ce renouvellement et cette veine réaliste sont nettement
dominants dans le roman gabonais de 1971 à nos jours, on constate aussi
depuis 1999, avec 53 cm, des romans originaux qui ouvrent les pistes
nouvelles pour les chercheurs.
II.2 - Une nouvelle écriture depuis 1999
Au roman réaliste ou ethnographique d’avant et d’après la
conférence nationale, a succédé dès 1999, avec la publication de 53cm,
une écriture romanesque nouvelle. Ce renouvellement de l’écriture

7
Nom donné aux bidonvilles autour (ou quelques fois au cœur) de Libreville,
caractérisées par un habitat non planifié.

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

s’observe au niveau d’un espace, d’un temps, des personnages en pleine


transformation. Tous les chemins mènent à l’autre s’échelonne sur une
durée indéchiffrable, étant donné que le héros narrateur, se réveillant de
son coma, a perdu tous les repères temporels et spatiaux. On
remarquera une certaine transformation au niveau de la structure du
récit, surtout chez Bessora, dans 53cm où l’on découvre un récit
fragmenté en de multiples petites histoires, chacune portant un titre. Le
temps y est également fragmenté et recomposé par l’écrivain-démiurge.
La reconnaissance de la production de cette jeune romancière est
rendue possible grâce aux thèmes qu'elle explore et à l'originalité de son
écriture. En effet, BESSORA sait choisir les mots justes pour véhiculer
ce qui paraît une révolte cocasse et subversive. Au niveau donc de son
écriture, plusieurs signes font ressortir sa révolte ou cette démarcation
romanesque. Comme Calixte Béyala, elle nomme chaque chose par son
nom, et elle va plus loin en insérant des formes "personnelles"
orthographiquement révolutionnaires, à l'exemple du mot "analphabète"
qu'elle écrit à chaque fois anal-fa-bête. Par ce langage, on découvre en
Bessora, une jeune écrivaine audacieuse, qui cherche à imposer dans
l'univers romanesque gabonais, voire francophone, une nouvelle
écriture. Dans ses quatre romans, 53 cm publié en 1999, Tâches d'encre
en 2000, Deux bébés et l'addition paru en 2001 et Pétroléum en 2004, nous
retrouvons une écriture sous-tension. Le ton est incisif et révolté. Les
mots sont durs. Ce sont ceux de la révolte et de la quête identitaire. La
narratrice à la première personne ne sait plus où elle est ni où elle va.
L'entre-deux administratif et génétique, doublé du rejet, apparaît ici à
travers le langage familier, à l'image de cat d'identité pour carte d'identité.
Le choix délibéré de ce registre donne au contenu une apparence
d'authenticité. Le ton adopté plonge le lecteur dans le quotidien d'une
jeune femme en révolte devant la situation des immigrés en France. Sa
parole est brute, entière et vraie. Son discours dit son malaise et sa haine
contre son quotidien. Son mal d'être est rendu par des mots acerbes. Le
style rend compte de la souffrance qu'il y a à se sentir étranger. Quant à
l’espace, les romans de la première et de la deuxième générations
manifestent un resserrement spatial qui renvoie soit à un village dans
Histoire d’un enfant trouvé de Robert Zotoumbat, Biboubouah de Ferdinand

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

Allogho Oké, ainsi que la trilogie romanesque de Jean Divassa Nyama,


Oncle Ma, Vocation de Dignité et Bruit de l’héritage, soit à un espace urbain
dans les œuvres d’Okoumba Nkoghé, Angèle Rawiri, Janis Otsiémi,
Chantal Magalie Mbazoo, Justine Mintsa et Hubert Freddy Ndong
Mbeng. Cette topologie réaliste dégage un fort lien de similitude avec
l’espace réel villageois ou urbain gabonais. Par ailleurs, d’autres romans
de la même période nous ont habitué à une géographie mythique ou
symbolique comme c’est le cas de la montagne dans Au bout du silence de
Laurent Owondo, Parole de vivant d’Auguste Moussirou Mouyama et La
mouche et la glu, ainsi que Le chemin de la Mémoire de Maurice Okoumba
Nkoghé. Or, les romans de ces cinq dernières années offrent souvent
aux lecteurs un espace ouvert à l’universel. L’espace français est par
exemple omniprésent dans les romans de Bessora, 53 cm, Deux bébés et
l’addition, Taches d’encre, de Mathieu Angoué Ndong, Par delà des siècles,
des siècles(1999) et Résidence Karabonella(2000), de Sylvie Ntsame, La fille
du Komo (2004) et Malédiction (2005) et de Peter Ndemby, Les oubliés de
la forêt des abeilles (2005). Cette génération métisse pour reprendre le
titre du photographe sénégalais Amadou Gaye ( Editions Syros) ou de la
migritude (Notre Librairie n° 155-156) pour parler comme Jacques
Chevrier, renouvelle totalement la problématique des aînés et trouve
son inspiration dans un univers et un imaginaire qui ne sont plus
exclusivement gabonais. Leurs préoccupations n’ont plus rien à voir
avec celles de leurs confrères et compatriotes vivant au Gabon, d’où la
rupture constatée au niveau des techniques narratives et de la
thématique chez des écrivains comme Bessora, Jean-Mathieu Angoué
Ndong, Sylvie Ntsame et Peter Ndemby.
Le changement s’observe aussi dans la manière de raconter,
déroutante pour plus d’un lecteur non averti. Cela est visible dans Tous
les chemins mènent à l’autre de Janis Otsiemy, Sidonie de Chantal Magalie
Mbazoo Kassa et Nouvelle d’Ivoire et d’outre-tombe de Jean Juste Ngomo,
trois romanciers que le public retrouve sous le jour de l’absurdité. Leurs
romans s’opposent à ceux de leurs confrères et compatriotes aînés. A
l’opposé de leurs aînés, Janis Otsiémi, Magalie Kassa Jean Juste Ngomo
cherchent à souligner l’absence de structures et le caractère
essentiellement informe de l’univers qu’ils mettent en place dans leurs

117
Jean-Léonard NGUEMA ONDO

romans. On y rencontre des principaux protagonistes vaincus par leurs


propres histoires. Le critique Locha Matéso qui a tenté de définir le
roman africain des années 80 marqué par l’absurde, a parlé des « épopées
à l’envers » dont les principaux personnages sont de véritables « anti-
héros » projetés dans un environnement qu’ils ne comprennent plus. Le
lecteur peut être aussi frappé par la violence contenue dans ces textes et
s’interroge sur sa signification. On y décèle aussi la confusion dans les
valeurs ou l’absurdité d’un univers désarticulé. Toutefois, l’originalité
de ces ouvrages provient sans nul doute de leur caractère universel. En
effet, leurs récits se laissent découvrir à travers les intrigues
paranormales et fantastiques qu’on y rencontre, surtout chez Chantal
Magalie Mbazoo, Bessorax , Jean Juste Ngomo et Jean René Owono
Mendame qui nous offrent dans Sidonie Pétrolum, Nouvelles d’Ivoire et
d’Outre-Tombe, et la flamme des crépuscules,, une écriture à code. Cette
écriture fait fonctionner le récit comme un univers labyrinthique où les
personnages subissent à leur insu une véritable filature. Même si les
actions se déroulent à Libreville, à Abidjan ou à Nancy elles pourraient
aussi bien se situer à Tokyo, Paris, Pékin,…avec la même implacable
vraisemblance, la même force. Ces romans à cheval entre le roman
policier et le roman fantastique sont à notre sens, une des grandes
réalisations romanesques gabonaises de ces cinq dernières années.
En définitive et en terme de quantité, Maurice Okoumba
Nkoghé est le romancier gabonais le plus prolixe avec cinq publications,
suivi de Bessora, auteur de quatre romans, ensuite Jean Divassa Nyama
et Angèle Rawiri ont chacun trois œuvres romanesques. Séraphin
Ndaot, Justine Mintsa, Jean-Mathieu Angoué Ndong, Chantal Magalie
Mbazoo et Sylvie Ntsame ont publié chacun deux romans. Enfin, les
quinze romanciers restants (R. Zotoumbat, F. Allogho Oké, L.
Owondo, L. Mbou Yembi, J. Otembé Nguéma, G. Bouchard, A.
Moussirou Mouyama, H.F. Ndong Mbeng, J. Otsiémi, A. Nguimbi
Bissiélo, H. Ndong Mba, H. Ona Ndong, J. J. Ngomo, J.R. Owono et
P. Ndemby ont chacun un seul roman. Ce qui montre que la carrière de
la majorité des romanciers gabonais s'arrête dès le premier roman. Par
ailleurs, au niveau de la qualité, nous avons noté que beaucoup de
romanciers accordent plus d'importance à l’idéologie au détriment des

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Jean-Léonard NGUEMA ONDO

techniques narratives. Cependant, les prix attribués à Au bout du silence


(Prix Senghor), à Tâches d'encre (Prix Fénéon), à Tous les chemins mènent à
l'autre (Prix du premier roman) et à Matinées sombres (Prix du premier
roman) montrent que quelques romans gabonais sont d'une
impressionnante qualité. Au plan du rythme de production individuelle,
on peut espérer avec la nouvelle génération : Sylvie Ntsame, Bessora et
Chantal Magali Mbazoo. La première, de 2004 à 2005, a publié deux
romans, la deuxième, de 1999 à 2005, quatre romans et la troisième en
a fait paraître deux, de 2001 à 2005, soit un roman par an pour la
première et un peu moins d'un roman par an pour les deux autres. Elles
sont suivies par Jean Divassa Nyama, auteur de trois romans de 1991 à
2005, soit environ un roman tous les quatre ans. Ensuite arrivent
Maurice Okoumba Nkoghé et Justine Mintsa, avec respectivement cinq
romans de 1982 à 2005 et deux publications de 1994 à 2005, soit un
roman tous les cinq ans. Enfin, Angèle Rawiri a réalisé de 1980 à 2005,
trois romans, soit une publication tous les huit ans. On constate donc
que la relève est bien assurée.
Les trois premiers romanciers, dans le rythme de production,
appartiennent à la nouvelle génération. Il s’agit de trois femmes,
Bessora, Chantal Magalie Mbazoo et Sylvie Ntsame. C’est là un des
arguments qui nous ont poussé à affirmer dans une interview réalisée
par Pascaline Mouango du Magazine Amina (n° 396-avril 2003, édition
gabonaise) que « l’avenir de la littérature gabonaise est féminin ». Toutefois,
pour que cette relève puisse hisser le Gabon au niveau des autres pays de
la sous-région, il est souhaitable que le gouvernement accorde des
subventions aux maisons d'édition gabonaises comme La maison Gabonaise
du Livre, Les éditions du silence, Ndzé et Raponda Walker, et aux associations
comme l'Union des Ecrivains Gabonais (UDEG) et l'Union Gabonaise
des Enseignants pour la Culture Francophone (UGECF) qui font la
promotion de la littérature gabonaise à travers des conférences,
caravanes et concours littéraires, à l’exemple du "Concours du premier
roman" organisé depuis cinq ans par l’UGECF. Par ailleurs, le roman
gabonais semble à la remorque du roman africain. Cela se remarque aux
niveaux thématique et de l’écriture avec l’apparition tardive d’une part,
de la satire des nouveaux maîtres dans le roman gabonais à partir de

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1990, pourtant thème de prédilection des romanciers africains depuis


1968, et d’autre part, du renouvellement de l’écriture, visible
seulement depuis 1985 mais surtout à partir de 1999, alors que ce
renouveau date dans les autres romans africains, comme les soleils des
indépendances d’Ahmadou Kourouma, depuis 1970. Cependant, depuis
1999, avec le renouvellement de son écriture et de ses thèmes, le roman
gabonais à l’image des œuvres romanesques de l’espace francophone
apparaît avant-gardiste en ce qu’il expérimente d’autres possibilités
narratives. Son originalité réside dans sa gabonité ouverte à l’universel.
En gros, le roman gabonais de ces dernières années, c’est le roman de
demain où l’auteur n’appartiendra plus à un pays géographique, mais
plutôt au pays de l’écriture et de l’Homme.

Eléments de bibliographie
1- Romans
ALLOGHO OKE, Ferdinand, Biboubouah, chroniques équatoriales, Paris,
l'Harmattan, Coll. "Encres Noires", 1985.
ANGOUE NDONG, Jean-Mathieu, Par delà des siècles, des siècles, Paris,
Ed. Athos, 1999, 332 pages.
- Résidence Karabonella, Beignon (France), Ed. Les Affolettes,
2000.
BESSORAX
- 53cm, Paris, Serpent à Plumes, 1999.
- Tâches d'encre, Paris, Serpent à Plumes, 2001.
- Deux bébés et l'addition, Paris, Serpent à Plumes, 2002.
- Pétroléum, Paris, Serpent à Plumes, 2005.
BOUCHARD, Georges, Le jeune officier, Libreville, MPG, 1998.
DIVASSA NYAMA, Jean, Oncle Ma, Paris, La pensée universelle, 1988.
- La vocation de Dignité, Libreville, Ed. Ndzé, 1997.
- Bruit de l'héritage, Libreville, Ed. Ndzé, 2001.

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MBAZOO, Chantal Magalie, Sidonie, Libreville, Ed. Alpha-Oméga,


2001.
- FAM!, Libreville, La Maison Gabonaise du Livre, 2003,
174 pages.
MINTSA, Justine, Un seul tournant Makosu, Paris, La pensée Universelle,
1994, 190 pages.
- Histoire d'Awu, Paris, Gallimard, 2000, 120 pages.
MOUSSIROU MOUYAMA, Auguste, Parole de Vivant, Paris,
l'Harmattan, Coll. "Encres Noires", 1992.
NDAOT, Séraphin, Le procès d'un Prix Nobel ou le médecin du fleuve, Paris,
La Pensée Universelle, 1983.
- Le Dissident, Paris, Silex, 1986.
NDEMBY, Peter, Les oubliés de la forêt des abeilles, Nantes, Editions
Amalthée, 2005.
NDONG MBA, Hervé, Jardins intimes, Libreville, Raponda Walker,
2001.
NDONG MBENG, Hubert Fréddy, Les matitis, Saint-Maur, Ed. Sépia,
1992.
NGUIMBI BISSIELO, Armel, Le bourbier, Paris, Ed. Desbress, 1995.
NGOMO, Jean Juste, Nouvelles d’Ivoire et d’Outre-tombe, Paris,
Harmattan, 2003.
NTSAME, Sylvie, La fille du Komo, Paris, l’Harmattan, 2004.
- Malédiction, Paris, l’Harmattan, 2005.
ONA NDONG, Hervé, Matinées sombres, Libreville, Raponda Walker,
2003.
OKOUMBA NKOGHE, Maurice, Siana, aube éternelle, Paris, Ed.
Arcam, 1982, 110 pages, rééd. Silex, 1986.
- La mouche et la glu, Paris, Présence Africaine, 1984.
- Adia : la honte progressive, Paris, Akpagnon, 1985.
- La courbe du soleil, Libreville, Les éditions Udégiennes, 1993.

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- Le chemin de la Mémoire, Paris, l'Harmattan, 1998.

OTSIEMI, Janis, Tous les chemins mènent à l'autre, Libreville, Raponda


Walker, 2001.
OWONDO, Laurent, Au bout du silence, Paris, Hatier, 1985.
OWONO Mendame, Jean René, La flamme des crépuscules, Paris,
Harmattan, 2004.
RAWIRI, Angèle, Elonga, Paris, Editaf, 1980.
- G'amèrakano : au carrefour, Paris, ABC, 1983, 197 pages, Rééd.
Silex, 1988.
- Fureurs et cris de femme, Paris, l'Harmattan, Coll. "Encres
Noires", 1989
ZOTOUMBAT, Robert, Histoire d'un enfant trouvé, Yaoundé, Clé, 1971,
58 pages.
2 – Ouvrages critiques, Thèses, Revues et Conférences
Amina (Magazine), numéro 396-avril 2003, Edition gabonaise.
BARTHES, Roland, Les nouveaux essais critiques, Paris, Seuils, 1953.
CHEVRIER, Jacques, Littérature nègre, Editions Armand Colin, 1974.
GAHUNGU, Patrice, La poétique du soleil dans La mouche et la glu de
Maurice Okoumba Nkoghé, Libreville, Maison Gabonaise du Livre, 2003.
- La rhétorique du corps dans Fureurs et cris de femme d’Angèle Rawiri,
Lecture sémio-rhétorique, Libreville, Maison Gabonaise du Livre,
2003.
GARNIER, Xavier, La magie dans le roman africain, Paris, PUF, 1999.
GODARD, R, Pour une lecture du roman Au bout du silence, Maison
Rhodanienne de poésie, 1998.
MATEZO, Locha, La critique des critiques, Paris, Editions Karthala, 1985.
MBAZOO, Chantal Magalie, La femme et ses images dans le roman gabonais
(Thèse), Université de Cergy-Pontoise, 1999.

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MBA ZUE, Nicolas, conférence, Liberté d’expression et développement de la


littérature gabonaise, Libreville, UOB, 1990.
NGUEMA ONDO, Jean Léonard, L’influence de l’initiation traditionnelle
dans le roman gabonais , Thèse, Paris IV – Sorbonne, 2002.
Revue Notre Librairie (Numéros 105, 138-139 et 155-156).
TABA ODOUNGA, Didier, La représentation des conflits sociaux dans le
roman gabonais, des origines à nos jours, Thèse, Paris IV – Sorbonne, 2003.

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