Véronique Berger
Véronique Berger
être libres d’aimer
« Tu es tout pour moi », « Je n’ai besoin de personne »,
« Nous ne faisons qu’un », « être ensemble est insupportable
Les dépendances
affectives
mais nous quitter est impossible »… Angoisses d’abandon,
mécanismes d’isolement ou désir de fusion à l’autre sont
divers visages d’un même phénomène : la dépendance
Les dépendances affectives
affective. Comment la reconnaître ? D’où vient-elle ? Comment
s’en libérer ?
Avec des témoignages riches et éclairants, ce livre met au jour
Aimer et être soi
les origines familiales et généalogiques des dépendances
affectives : accaparement de l’enfant par le parent, emprise,
désamour, violence et abus, traumatismes transmis de
génération en génération…
Surtout il nous invite à mobiliser les ressources dont nous
disposons pour accéder à la liberté d’être soi. Car le choix
d’une vie non plus subie mais incarnée, même s’il est difficile,
nous appartient.
Véronique Berger est psychanalyste.
Code ISBN : 978-2-212-56504-1
Code éditeur : G565504
18 E
Illustration de couverture © Sylvain Mérot
Studio Eyrolles © éditions Eyrolles
Comprendre & Agir
G56504_LesDependancesAffectives.indd 1 15/06/2016 15:25
Véronique Berger
Véronique Berger
être libres d’aimer
« Tu es tout pour moi », « Je n’ai besoin de personne »,
« Nous ne faisons qu’un », « être ensemble est insupportable
Les dépendances
affectives
mais nous quitter est impossible »… Angoisses d’abandon,
mécanismes d’isolement ou désir de fusion à l’autre sont
divers visages d’un même phénomène : la dépendance
Les dépendances affectives
affective. Comment la reconnaître ? D’où vient-elle ? Comment
s’en libérer ?
Avec des témoignages riches et éclairants, ce livre met au jour
Aimer et être soi
les origines familiales et généalogiques des dépendances
affectives : accaparement de l’enfant par le parent, emprise,
désamour, violence et abus, traumatismes transmis de
génération en génération…
Surtout il nous invite à mobiliser les ressources dont nous
disposons pour accéder à la liberté d’être soi. Car le choix
d’une vie non plus subie mais incarnée, même s’il est difficile,
nous appartient.
Véronique Berger est psychanalyste.
Illustration de couverture © Sylvain Mérot
Studio Eyrolles © éditions Eyrolles
Comprendre & Agir
G56504_LesDependancesAffectives.indd 1 15/06/2016 15:25
Les dépendances affectives
Aimer et être soi
Berger [Link] Page II Vendredi, 3. juin 2016 8:24 08
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
[Link]
Ce titre a fait l’objet d’un reconditionnement à l’occasion
de son 3e tirage (nouvelle couverture). Le texte reste
inchangé par rapport au tirage précédent.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de
reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support
que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit
de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2007, 2012
© Groupe Eyrolles, 2016, pour la nouvelle présentation
ISBN : 978-2-212-56504-1
Véronique Berger
Les dépendances
affectives
Aimer et être soi
Deuxième édition
Dans la collection « Comprendre et agir » :
Juliette Allais, Décrypter ses rêves
Juliette Allais, La Psychogénéalogie
Juliette Allais, Au cœur des secrets de famille
Juliette Allais, Didier Goutman, Trouver sa place au travail
Dr Martin M. Antony, Dr Richard P. Swinson,
Timide ? Ne laissez plus la peur des autres vous gâcher la vie
Lisbeth von Benedek, La Crise du milieu de vie
Valérie Bergère, Moi ? Susceptible ? Jamais !
Marcel Bernier, Marie-Hélène Simard, La Rupture amoureuse
Jean-Charles Bouchoux, Les Pervers narcissiques
Sophie Cadalen, Inventer son couple
Christophe Carré, La Manipulation au quotidien
Marie-Joseph Chalvin, L’Estime de soi
Cécile Chavel, Les Secrets de la joie
Claire-Lucie Cziffra, Les Relations perverses
Michèle Declerck, Le Malade malgré lui
Ann Demarais,Valerie White, C’est la première impression qui compte
Sandrine Dury, Filles de nos mères, mères de nos filles…
Jean-Michel Fourcade, Les Personnalités limites
Laurie Hawkes, La Peur de l’Autre
Jacques Hillion, Ifan Elix, Passer à l’action
Lorne Ladner, Le Bonheur passe par les autres
Mary C. Lamia et Marilyn J. Krieger, Le Syndrome du sauveur
Lubomir Lamy, L’Amour ne doit rien au hasard
Lubomir Lamy, Pourquoi les hommes ne comprennent rien aux femmes…
Virginie Megglé, Couper le cordon
© Groupe Eyrolles
Virginie Megglé, Face à l’anorexie
Virginie Megglé, Entre mère et fils
Bénédicte Nadaud, Karine Zagaroli, Surmonter ses complexes
Ron et Pat Potter-Efron, Que dit votre colère ?
Patrick Ange Raoult, Guérir de ses blessures adolescentes
Daniel Ravon, Apprivoiser ses émotions
Alain Samson, La chance tu provoqueras
Alain Samson, Développer sa résilience
Dans la collection « Les chemins de l’inconscient »,
dirigée par Saverio Tomasella :
Christine Hardy, Laurence Schifrine, Saverio Tomasella, Habiter son corps
Martine Mingant, Vivre pleinement l’instant
Gilles Pho, Saverio Tomasella, Vivre en relation
Catherine Podguszer, Saverio Tomasella, Personne n’est parfait !
Saverio Tomasella, Oser s’aimer
Saverio Tomasella, Le Sentiment d’abandon
Saverio Tomasella, Les Amours impossibles
Saverio Tomasella, Hypersensibles
Dans la collection « Communication consciente »,
dirigée par Christophe Carré :
Christophe Carré, Obtenir sans punir
Christophe Carré, L’auto-manipulation
Florent Fusier, L’Art de maîtriser sa vie
Pierre Raynaud, Arrêter de se faire des films
Dans la collection « Histoires de divan »
Laurie Hawkes, Une danse borderline
© Groupe Eyrolles
Remerciements
Je souhaite tout d’abord manifester ma très grande reconnaissance à
Saverio Tomasella – à qui revient l’idée de ce livre – pour son amitié, sa
grande générosité, son fidèle soutien ainsi que pour son accompagne-
ment subtil, attentif et constant. Sans sa confiance et son appui, le projet
de ce livre n’aurait pu parvenir à réalisation.
Je remercie avec sincérité et chaleur l’ensemble des patientes et patients
pour la confiance qu’ils m’accordent et le cheminement très riche par-
tagé avec eux.
Je désire exprimer ma profonde gratitude à celles et ceux d’entre eux qui
témoignent, dans cet ouvrage, de leur vécu personnel et de leur expé-
rience psychanalytique. Leur contribution généreuse, confiante et coura-
geuse participe grandement à l’âme de ce livre. De même, leurs précieux
témoignages peuvent servir à d’autres et les éclairer dans leur chemin de
réflexion.
Je sais gré à Max Denes de notre discussion fructueuse sur le théâtre de
© Groupe Eyrolles
Don Juan, ainsi que de m’avoir confié et donné à découvrir les œuvres
de Lenau et Milosz qui ont nourri ma pensée.
VII
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
J’adresse également mes remerciements les plus cordiaux à mes relectrices
et relecteurs : à Francine Fèbvre pour sa lecture de la première heure ; à
Pomme Balier et Gilles Berger pour leur concours dévoué et avisé. Ils
furent mes indispensables « candides » veillant à la lisibilité et à la clarté
de mes écrits.
Enfin, j’exprime un grand merci à mon mari et à mes enfants pour leur
infinie patience et leur bienveillance ainsi qu’à tous mes proches pour
leur constant soutien.
© Groupe Eyrolles
VIII
Ce livre est dédié :
À ma famille,
À mes amis.
« L’indépendance fut toujours mon désir
et la dépendance ma destinée »
Alfred de Vigny
© Groupe Eyrolles
Table des matières
Table des matières
Remerciements................................................................................ VII
Préface ......................................................................................... XV
Avant-propos .................................................................................. XVII
Introduction .................................................................................... 1
PREMIÈRE PARTIE
Les multiples visages
des dépendances affectives
Chapitre 1 – Tout dépend de toi .............................................. 7
Le sentiment de ne pas exister en dehors de l’autre :
tu es tout pour moi ...................................................................... 8
L’angoisse de la perte : j’ai trop peur de te perdre............................ 18
Le manque : je suis « accro » ........................................................ 23
Le sentiment d’abandon : je me sens tout(e) seul(e) ............................ 34
© Groupe Eyrolles
Chapitre 2 – Je t’aime à la folie… pas du tout ........................ 47
La fusion à l’autre : nous ne faisons qu’un........................................ 48
L’idéalisation : je t’adore.............................................................. 58
La haine : je te hais, mon « amour »............................................... 71
XI
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
Évitement du rapprochement et angoisse de séparation :
être ensemble est invivable, nous quitter est inconcevable ................... 82
Chapitre 3 – Je ne dépends de personne ............................... 93
L’isolement et la coupure : besoin de personne ................................. 94
L’indifférence et ses feintes : rien ne me touche.................................. 103
Don Juan : je les aime toutes ......................................................... 117
Se protéger du lien de dépendance ............................................... 133
Conclusion................................................................................. 135
DEUXIÈME PARTIE
Héritage des dépendances affectives :
la part des autres
Chapitre 4 – L’accaparement .................................................. 149
La mère symbiotique .................................................................... 150
Quelques réflexions à propos du père ............................................. 155
Le père omnipotent ...................................................................... 159
Le parent fragile .......................................................................... 168
Parentification et emprise .............................................................. 172
Chapitre 5 – Le désamour ........................................................ 181
Quand le parent disparaît............................................................. 182
Quand le parent devient psychiquement absent ................................ 189
Violences et abus ........................................................................ 206
© Groupe Eyrolles
Chapitre 6 – Les héritages familiaux ........................................ 223
L’héritage généalogique et ses transmissions..................................... 225
La famille et le sacrifice ................................................................ 237
XII
TABLE DES MATIÈRES
TROISIÈME PARTIE
Quand le « Je » persiste, de l’obstination
à la persévérance
Chapitre 7 – Les coulisses de la dépendance ........................ 253
Les bénéfices inconscients ............................................................ 255
L’obstination et ses effets pernicieux................................................ 269
Chapitre 8 – À la découverte d’une terre nouvelle
et étrangement familière :
le chemin de l’analyse ....................................... 275
Le changement, j’y vais, j’y vais pas ? vers le désir d’exister ............... 276
Le sentiment d’étrangeté............................................................... 281
Le langage du corps ................................................................... 284
Le langage des rêves .................................................................. 289
Chapitre 9 – Vers une liberté vraie .......................................... 301
Accéder à soi ............................................................................ 302
S’ouvrir à l’inventivité et à la créativité ............................................ 309
Parler vrai et être vrai(e) ............................................................... 314
Se réconcilier avec soi et s’ouvrir aux autres .................................... 325
Conclusion .................................................................................... 335
Bibliographie ................................................................................. 341
© Groupe Eyrolles
XIII
Préface
Les livres de psychanalyse à destination du grand public sont maintenant
très nombreux… Comment choisir un ouvrage qui puisse offrir une
compréhension en profondeur, une conscience plus claire et plus large,
ainsi qu’une transformation de son existence ?
Bien entendu, rien ne remplace l’expérience durable, régulière et exi-
geante d’une psychanalyse. Toutefois, voici quels pourraient être les cri-
tères d’un ouvrage de développement humain qui ne serait ni racoleur,
ni trompeur :
• éviter toute forme d’idéalisation, en présentant l’existence dans toute sa
complexité, à travers ses aspects à la fois favorables et défavorables, en
ayant le courage de préciser les limites irréductibles qui caractérisent la
vie et la condition humaine.
• maintenir une exigence éthique, du début à la fin de l’ouvrage, tant pour
les éclairages conceptuels que pour les illustrations. Il est si facile de
s’arranger avec la réalité, de s’accommoder des consensus en vogue, de
© Groupe Eyrolles
justifier ses propres égarements en sombrant dans la complaisance.
• utiliser un vocabulaire rigoureux, pour partager chaque expérience au
plus juste et au plus fin de ce qu’elle cherche à signifier humainement.
Le respect du lecteur passe d’abord par la précision des mots employés.
XV
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
Nous savons bien, nous praticiens ordinaires du quotidien, qu’un livre
qui proposerait une lecture toute faite des comportements ou des événe-
ments, et qui fournirait des grilles d’évaluation, des méthodes et des
recettes, serait pure forfaiture : un mensonge de plus dans le brouhaha
ambiant.
Aucun système idéologique (même médical) ne saurait témoigner de la
globalité et de la subtilité de la personne humaine. L’auteur, quel qu’il soit,
ne peut que proposer le cheminement de ses méditations et de sa pensée,
à partir de son expérience – seulement à partir d’elle –, pour apporter une
coopération honnête et sincère à l’effort humain de compréhension et de
création de la vie.
Telle est notre responsabilité infinie, sans cesse à soutenir : humaniser
l’être jour après jour, du premier cri au dernier soupir…
Voilà ce que serait un livre fiable, nécessaire et utile. De ce livre nous
aurions grandement besoin pour apporter de la lumière dans nos existen-
ces, cultiver la vie et grandir en sagesse. Ce livre,Véronique Berger, hum-
ble, intègre et sensible, l’a écrit : vous le tenez entre vos mains. Son travail
de recherche et de rédaction est d’un sérieux irréprochable, tout en res-
tant personnel et accessible. Je vous en souhaite une lecture attentive et
créatrice !
Saverio Tomasella
Psychanalyste
© Groupe Eyrolles
XVI
Avant-propos
En écrivant cet ouvrage, mon souhait n’est pas d’établir un inventaire
détaillé des multiples formes de dépendances affectives. Ce ne serait pas
possible. Ce thème très large peut toucher chacun(e) d’entre nous à un
moment de sa vie. Mon vœu est plutôt d’engager, à partir de mon expé-
rience clinique, un ample tour d’horizon sur les liens de dépendance et
une réflexion sur la liberté.
Seront en effet présentées différentes manifestations de dépendances affec-
tives, les sources auxquelles elles s’abreuvent, mais aussi les potentialités
dont chacun dispose pour transformer ces entraves et s’acheminer vers
une plus grande liberté d’être soi, en présence et en l’absence de l’autre.
Au fil de ce livre, le lecteur pourra reconnaître des correspondances avec
lui-même ou son entourage mais, peut-être aussi, se sentir frustré de ne
pas y retrouver certaines manifestations qui pourraient s’apparenter à une
forme de dépendance relationnelle, comme la jalousie.
Bien qu’elle puisse être signe d’un rapport de dépendance affective, j’ai en
© Groupe Eyrolles
effet volontairement choisi de ne pas la traiter ici. De fait, elle me semble
bien plus en rapport avec la rivalité. Certes, jalousie et dépendances affec-
tives ont également trait à la peur de la perte. Cependant, cette peur, du
XVII
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
point de vue de la jalousie, se relie en premier lieu à la crainte d’être
dépossédé(e) par un(e) rival(e) alors que, sous l’angle des dépendances
affectives, elle fait surtout écho au sentiment d’abandon.
Les contingentements liés à tout ouvrage et l’exigence de clarté im-
posaient donc de cerner et d’ajuster au mieux mon propos.
Ces quelques précisions données, je vous propose d’entrer dès à présent
dans le corps du livre, en souhaitant que cela soit pour vous, chers lectrices
et lecteurs, éclairant et fructueux.
© Groupe Eyrolles
XVIII
Introduction
Introduction
La dépendance affective, thématique vaste et sensible, fait résonance chez
beaucoup d’entre nous : homme ou femme, enfant ou adulte, nourrisson
ou vieillard. Cette particularité de toucher et de traverser le genre
humain – quelles que soient les différences de sexe, d’âge ou de peau –
lui confère un caractère d’universalité.
Au fond, rien de bien surprenant puisqu’il y est simplement question du
cœur et de l’amour, c’est-à-dire de ce qui constitue, nourrit et anime
notre humanité.
En ce sens, parler de dépendance affective s’inscrit dans un processus
naturel. Le petit humain a tout autant besoin du lait que de la sollicitude
maternelle, puis de la reconnaissance paternelle pour son bon dévelop-
pement. Plus tard, devenu adulte, aimer et être aimé demeureront une
nourriture vitale au développement de sa vie intérieure ainsi que de sa
relation aux autres et au monde.
Dans le langage courant nous parlons de « besoin d’affection » ou de
© Groupe Eyrolles
« besoins affectifs », pour traduire cette dimension nécessaire à l’exis-
tence. Cela signifie-t-il que nous ne pouvons pas vivre sans amour alors
même que beaucoup souffrent de carences affectives parfois graves ?
1
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
Si le défaut d’amour ne nous conduit pas physiologiquement droit à la
mort1, il porte incontestablement atteinte à la dynamique vivante qui
habite et anime l’être humain, son souffle, sa psyché, son cœur, son âme
et jusque dans les confins de son corps. Comme la sous-alimentation
cause des carences préjudiciables à la santé de notre corps, le manque
d’affection engendre lui aussi des effets carentiels sur notre être.
Considérer l’amour dans sa fonction vivante et humanisante2, c’est iden-
tifier et reconnaître l’existence indubitable et naturelle de notre état de
dépendance y compris dans sa réalité positive3.
Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la dépendance, mais il me paraissait
néanmoins utile d’opérer ce recadrage avant d’analyser l’autre versant de la
dépendance – tel que nous l’entendons dans l’acception courante –, celui
de la soumission et de l’assujettissement. De ce point de vue, nous ne nous
situons plus dans une dynamique vivante de la relation mais dans un rap-
port douloureux à l’autre qui dessèche, vide, annihile et déshumanise.
Qui d’entre nous, dans sa vie personnelle ou dans son entourage proche,
professionnel ou autre, n’a pas connu certaines manifestations de cette
souffrance ?
1. Encore qu’il est possible de mourir de chagrin ou de se laisser dépérir.
2. Dans ce sens, la loi d’Amour est posée dans la religion chrétienne comme la Loi entre
toutes : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu (...) Tu aimeras ton prochain (...). Il n’y a pas
de commandement plus grand que ceux-là » (Marc 12/29-31).
© Groupe Eyrolles
3. Cette réalité positive et vivante de la dépendance affective reste pour l’essentiel mécon-
nue et même méprisée. Dans notre culture occidentale, où la performance et l’indivi-
dualisme à outrance nient notre condition d’humains limités et dépendants y compris
du point de vue affectif, on lui attribue souvent une certaine connotation négative ou
pathologique.
2
INTRODUCTION
Ma pratique de psychanalyste m’amène bien entendu à recevoir et
accompagner des personnes en grande carence affective, blessées dans
leur cœur et leur âme, paralysées dans leurs émotions et leurs pensées,
fermées aux sentiments, coupées du vivant et du subtil en elles, fâchées
dans et avec leur corps, recroquevillées dans la plainte, le cynisme, l’indif-
férence, l’absence ou le rejet, en rupture avec la vie, l’amour, les autres et
elles-mêmes…
La liste est longue et les manifestations de dépendances affectives tout
aussi diverses et multiples. Il m’a alors semblé plus humble et plus juste
de ne pas les réduire à une nomenclature et de les aborder sous leur angle
pluriel. Pour cela, j’ai choisi de parler des (plutôt que de la) dépendances
affectives1 et d’en appréhender la multiplicité à partir de différentes for-
mes d’expression ou de figuration rencontrées dans ma pratique.
À partir d’exemples et de témoignages, je vous propose dans un premier
temps de découvrir un nuancier, non exhaustif, mais, je l’espère, suffi-
samment éclairant, de manifestations affectives douloureuses.
Nous pourrons d’ailleurs observer, au fil de la première partie, combien
certaines d’entre elles, diamétralement opposées, comme « Tout dépend de
toi » et « Je ne dépends de personne », se teintent de la présence commune
d’une souffrance relationnelle.
Vient alors la question : pourquoi tant de souffrances ? Je tenterai d’y
apporter des éléments de réponses à partir de vécus très différents, parfois
même contraires, mais qui convergent en un point, celui des carences
affectives.
© Groupe Eyrolles
1. Cette terminologie permet aussi de les différencier de la dépendance affective en tant
que besoin affectif.
3
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
Nous explorerons ainsi, dans la deuxième partie du livre, les origines
familiales des dépendances affectives et leur part reçue en « héritage ».
Après en avoir sondé les sources, nous aborderons, dans un troisième
temps, la question des destinées des dépendances affectives. Intervient ici
notre part personnelle : que faisons-nous de ces héritages ? Décidons-
nous de les transformer ? Persistons-nous au sens de l’obstination ou de
la persévérance ?
Nous découvrirons alors « la part à soi » et ses diverses facettes : les attentes
et résistances inconscientes, mais aussi les gisements féconds de nos res-
sources intérieures.
Les carences et vécus douloureux relatifs aux dépendances affectives pla-
cent souvent celui ou celle qui en souffre dans la position de subir.
Cependant, en visitant les « coulisses » de la dépendance, nous constate-
rons que cette position – qui occupe généralement le premier rôle sur la
scène – n’est ni seule en jeu ni inéluctable.
Dès lors, sommes-nous prêts à nous engager vers plus de liberté ? C’est
dans cette voie/voix que je vous appelle à oser sentir, rêver, penser/panser
et exister… puis dire :
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître,
Pour te nommer
Liberté 1.
© Groupe Eyrolles
1. Paul Éluard, « Liberté », 1942.
4
PREMIÈRE PARTIE
Les multiples visages
des dépendances
affectives
© Groupe Eyrolles
LES DÉPENDANCES AFFECTIVES
Lorsque la dépendance affective s’installe dans un rapport à l’autre dou-
loureux et annihilant, une forme de dépendance toxique apparaît alors et
agit comme un poison au cœur de la personne et de la relation. S’y révèle
également une dimension captive : l’individu se trouve à la fois captif –
car emprisonné dans des liens assujettissants – et capté – car saisi dans une
fascination effrayante ou enchanteresse – envers cet autre dont tout
dépendrait.
Ces caractères de toxicité et de captivité/captation sont récurrents et
communs à toutes formes de dépendances affectives pathogènes. Leurs
manifestations sont variées, allant du surinvestissement extrême de l’autre
au détachement total. S’y conjugue une gamme bigarrée de sentiments
allant de l’adoration à la haine, en passant par la panique, la terreur, la per-
dition ou la froideur et la désaffection.
Je propose d’explorer leurs multiples visages dont les différentes configu-
rations, isolées par chapitre pour plus de clarté, peuvent néanmoins dans
la réalité s’intriquer.
© Groupe Eyrolles
6
C ha p i tr e
Tout dépend de toi
Une première figuration de dépendances relationnelles est celle où la
personne place un ou des êtres aimés au cœur de son existence et pense
y faire reposer ses sources vives et sa colonne vertébrale. L’autre est ici
investi comme une entité indispensable pour maintenir la vie en soi,
voire pour sa propre survie.
De mon expérience clinique, j’ai dégagé quatre modes d’expression de
ce type de dépendances qui ne sont pas exclusifs les uns des autres et peu-
vent même coexister ou alterner.
Quelle que soit l’expression prévalente, toutes portent en elles une pro-
blématique d’abandon, parfois au sens strict, mais le plus souvent au sens
d’un abandon affectif et psychique1.
© Groupe Eyrolles
1. Néanmoins, en raison de certaines caractéristiques propres au sentiment d’abandon, j’ai
choisi de l’aborder de façon spécifique et séparée.