Chapitre 4 : De la socialisation de l’enfant à celle de l’adulte
La structure sociale a un impact sur les individus. Les individus vont à leur tour par leurs
interactions modifier la structure sociale.
Les sociétés sont influencées par le système culturel.
Normes : comportements espérés.
Le professeur doit-il consulter son portable ? Mettre ses pieds sur le bureau ?
Valeurs : raisons pour lesquelles on va avoir certains comportements (idéaux. . .)
Le professeur doit respecter ses élèves.
La socialisation désigne le processus par lequel l’individu reçoit et s’approprie les normes et
les valeurs propres à un groupe social.
Elle permet aux membres d’une société de co-exister et de vivre ensemble. Elle transforme les
êtres biologiques en êtres sociaux, capables d’interargir avec autrui.
Elle doit conduire à intérioriser les rôles liés aux statuts.
Le statut désigne la position occupée par un individu (statut d’épouse, statut de médecin . . .).
Chaque statut appelle un rôle, c’est-à-dire un comportement type correspondant aux attentes
d’autrui et répondant à un ensemble de normes. La socialisation a lieu au contact des autres
par l’imitation consciente et inconsciente. Elle se poursuit tout au long de la vie.
Nous sommes d’abord socialisés par nos parents qui occupent une place précise dans la
stratification sociale. Les classes ont des modes de vie différents.
Être socialisé conduit en partie à la reproduction sociale. Mais les différents groupes culturels
sont amenés à se rencontrer.
1) La socialisation, un apprentissage de la société et de ses règles
A Un apprentissage nécessaire
En fonction des gens à qui nous nous adressons et/ou de l’endroit où nous nous trouvons nos
conduites diffèrent. Nos interactions révèlent la nature variable de notre identité personnelle et
sociale et toute relation est déterminée alors par des statuts, des attitudes et des fonctions qui
créent des distances entre les individus.
A certains moments, je suis d’abord homme ou vieux. . .
L’identité d’un individu se résume schématiquement au statut et au rôle qu’il a dans la
société.
Le statut est la place qu’un individu occupe dans un système à un moment donné.
Le rôle est l’ensemble des modèles associés à un statut donné. Il englobe les attitudes, les
valeurs et les comportements que la société assigne à un individu. On différencie le rôle
prescrit et le rôle subjectif. Le rôle prescrit d’un individu est l’ensemble des conduites
attendues de lui à un moment donné en fonction de son statut, du contexte social et de la
situation. Le rôle subjectif d’un individu correspond à ses attentes vis-à-vis de ses propres
conduites, lorsqu’il interagit avec d’autres individus de statut différent du sien.
La socialisation permet l’adaptation des individus à leur société, à leur culture, en leur
permettant d’acquérir les rôles et normes comportementales nécessaires pour être membres de
cette société.
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L’attitude en psychologie sociale n’est pas contrairement à la définition populaire une façon
de se tenir, mais plutôt un état d’esprit à l’égard d’une valeur (quelle est votre attitude par
rapport à l’écologie ?), une disposition envers un objet social.
L’objet social peut être un concept (la liberté), un individu (le voisin), un groupe (les
homosexuels), une contrainte (le travail), ou un fait social (le chômage).
La socialisation doit permettre d’intérioriser les valeurs, les normes de sa société.
Valeurs : principes généralement d’inspiration morale, appelés à orienter l’action des
hommes en société, en leur fixant des buts, des idéaux.
Normes : règles de conduites, plus ou moins institutionnalisées fondées sur des valeurs.
L’application des normes est assortie de sanctions.
Sanctions : peines infligées à ceux qui transgressent les normes et récompenses accordées à
ceux qui s’y conforment de manière exemplaire.
Les sanctions ne sont pas nécessairement juridiques ou institutionnelles : les manifestations de
réprobation (raillerie. . .) ou d’approbation (félicitations) des membres du groupe à l’égard du
comportement d’un individu assurent aussi efficacement le respect des normes.
La socialisation est donc nécessaire à la société dans son ensemble. Elle permet en effet la
perpétuation de la société et aussi son fonctionnement quotidien. La régulation sociale est
l’ensemble des mécanismes (élaboration et application des régles sociales notamment)
permettant le fonctionnement correct de la société (réduction des conflits, coexistence
pacifique des individus et des groupes. . .)
Sans l’intériorisation par les individus des valeurs et des normes, la société ne pourrait
fonctionner.
Mais il est important de souligner que sans transgression des normes, il n’y aurait pas
d’évolution sociale : la société serait routinière et totalement figée.
B Un apprentissage complexe et multidimensionnel
La socialisation se déroule tout au long de l’existence, mais elle est particulièrement intense
lors de l’enfance (socialisation primaire). Le psychosociologue Piaget, l’anthropologue
Mead et le fondateur de la psychanalyse Freud ont particulièrement étudié ce phénomène.
Pour Piaget (1896-1980) la socialisation s’effectue dans un double mouvement d’assimilation
et d’accommodation. Par l’assimilation, l’enfant soumet le monde extérieur à ses structures
mentales et affectives. L’accommodation consiste pour l’enfant à adapter ses strutures
mentales au monde extérieur.
Cette construction de la personnalité d’un individu s’effectue de manière interactive, c’est-à-
dire dans le cadre de relations réciproques entre l’individu et la société. Mead (1863-1931) a
mis en évidence l’importance de l’apprentissage des rôles sociaux dans la formation de la
personnalité de l’enfant. Cet apprentissage se réalise dans le cadre des jeux. L’enfant joue
d’abord librement avec lui-même en s’inventant un personnage imaginaire qui lui permet de
jouer le rôle de ses proches. Vers 3 ans, notamment à l’école maternelle, il s’engage dans des
jeux réglementés (football : le goal doit rester dans ses « cages ») dans lesquels il est contraint
à la fois d’intérioriser des règles et de se représenter comme faisant partie d’un ensemble
(l’équipe). L’enfant se découvre ainsi comme membre d’une collectivité réglementée en
même temps que comme individu singulier. De ce fait il accède vraiment à la personnalité
sociale.
De plus la socialisation recèle une dimension affective incontestable. Freud (1856- 1936) a
montré l’importance de l’identification des enfants à leurs parents dans leur formation
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psychologique et sociale. Cette identification ne se fait pas sans conflit ; c’est le complexe
d’OEdipe, contraint de se séparer de sa mère dont il est amoureux pour ressembler à son père
(rôle masculin, le petit garçon éprouve des sentiments ambigus à l’égard de ce dernier). D’une
part il ressent de l’admiration et de l’amour pour son père, d’autre part il vit avec lui une
forme de rivalité par rapport à sa mère.
L’objectif essentiel de la socialisation réside dans l’adaptation des individus à la société dont
ils sont membres. Néanmoins des phénomènes d’inadaptation et de contestation sociale
qualifiés de déviance (la délinquance) ou d’innovation (la libération sexuelle des années 60-
70 par exemple) existent toujours parallèlement.
2 Les instances de socialisation : agents et milieux
A Les agents explicitement socialisateurs (Socialisation primaire = enfance)
A.1 La famille
La famille conjugale n’exerce plus aujourd’hui qu’un nombre limité de fonctions :
• La consommation et la transmission du patrimoine sur le plan économique
• La socialisation, l’héritage culturel, l’épanouissement personnel sur le plan social.
Bien que concurrencée par l’école, la famille demeure en matière de socialisation, l’institution
fondamentale. En effet, l’acquisition des premiers rôles masculins et féminins ou encore
l’identification ont la famille pour cadre principal. Les mutations dans les structures de la
famille ne peuvent donc manquer d’avoir des répercussions sur sa fonction socialisatrice. La
multiplication des familles monoparentales, résultant notamment de l’augmentation des
divorces, prive de nombreux enfants de la présence permanente de leurs parents, leur père le
plus souvent.
Or, l’absence du père peut déstabiliser un garçon adolescent manquant d’un modèle masculin
d’identification et d’une figure d’autorité.
Le travail féminin est un autre facteur important de mutation de la socialisation par la famille.
L’extension du travail féminin influence les formes de socialisation par la famille dans au
moins deux directions :
• Les rôles masculins et féminins évoluent peu à peu. L’éducation des garçons et celle des
filles ont longtemps divergé, parce que les fonctions assumées par les hommes et les femmes
dans la société différaient. Aujourd’hui, les femmes accèdent peu à peu aux fonctions de
décision et les filles sont plus nombreuses à poursuivre leurs études que les garçons. Ces
mutations engendrent la tendance au rapprochement des rôles de la fille et du garçon.
• Les réseaux de parenté sont réactivés. La situation fragilisée de la famille nucléaire a
souvent occulté la permanence, voire la vigueur des réseaux de parenté.
Les relations entre les générations sont nombreuses et régulières (garde des enfants). Pour
éclairer plus globalement l’empreinte familiale que les individus reçoivent lors de leur
socialisation, on peut se référer à la notion d’habitus de Bourdieu.
• Habitus = Ensemble des gôuts, des comportements, des manières de percevoir, de ressentir
et de dire qu’un individu reçoit de sa famille et de son milieu social.
La socialisation est un processus qui se poursuit aussi à l’âge adulte (socialisation
secondaire), y compris dans la famille. Ainsi dans les familles immigrées, il n’est pas rare de
voir les enfants socialiser leurs parents à la culture du pays d’accueil. C’est bien souvent par
leurs enfants que les parents acquièrent sa langue, la connaissance des ses valeurs et de ses
normes ou des ses institutions sociales à travers les démarches administratives qu’ils aident à
accomplir. Quant aux enfants eux-mêmes, c’est surtout à travers l’école qu’ils se socialisent.
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A.2 L’école
L’école exerce une puissante action de socialisation qui selon les cas peut être
complémentaire ou concurrente de celle de la famille.
Pour les enfants des catégories sociales dominantes, l’école renforce la culture familiale et
permet généralement la réussite scolaire. Par contre pour les enfants des catégories
défavorisées, la culture véhiculée par l’école ne coincide pas avec leur culture d’origine. Dès
lors ils subissent des socialisations concurrentes qui contribuent à expliquer leur échec
scolaire plus fréquent.
A.3 Le groupe de pairs
La quête d’identité qui caractérise l’adolescent l’amène à rechercher, voire à accumuler les
appartenances à des groupes de pairs, c’est-à-dire de personnes ayant le même statut que lui.
Des relations privilégiées existent donc entre les adolescents de même sexe et d’une même
classe d’âge, et par conséquent dans les groupes de copains de toute nature, des influences
socialisatrices multiples s’exercent. Néanmoins ces groupes adoptent souvent des valeurs et
des normes innovantes par rapport à celles en vigueur dans la société et contribuent ainsi à
son évolution.
Mais en dépit des efforts des familles et de l’intervention de l’école de fortes inégalités
relatives à la scolarisation demeurent.
B Les agents implicitement socialisateurs
B.1 L’entreprise
Elle constitue non seulement un lieu de travail mais aussi un facteur d’identité professionnelle
et d’appartenance sociale. Elle participe aussi à la socialisation de son personnel, à travers par
exemple, le respect d’un horaire régulier, l’obligation de coopérer dans le travail
B.2 Les médias
La presse et surtout la télévision qui dispose de la puissance de l’image, exercent une
influence grandissante sur la vie sociale. Les valeurs diffusées pat la télévision participent à la
socialisation effective. Face à la télévision, les familles n’ont pas toutes la même attitude. La
grande majorité des familles dominantes l’acceptent, tout en s’efforçant d’en faire une
utilisation sélective et contrôlée. Cette pratique s’oppose nettement à l’usage permanent et
souvent non contrôlé d’une bonne part des familles culturellement défavorisées
C Les milieux de socialisation
Une première distinction peut être effectuée entre les milieux auxquels appartiennent les
agents de socialisation.
a) Le milieu géographique
Certains psychologues ont pu constater un développement culturel plus précoce en milieu
urbain, mais plus stable en milieu rural
b) Le milieu ethnique
La socialisation ne s’effectue pas de la même manière dans les différents milieux ethniques.
c) Le milieu social
Habitus
d) Le milieu de référence.