MIGUEL ATTIEH - S2S
Gustave Flaubert est un écrivain français talentueux du XIXe siècle. Étant un excellent réaliste, il révolutionna l’écriture
des romans réalistes à son époque, et il fut nommé «le maître du réalisme», après sa publication de Madame Bovary,
qui suit l’évolution d’«Emma Bovary» , une jeune femme noyée dans ses rêves, qui seront la cause de ses malheurs
et des malheurs des gens qui l’[Link] ce texte romantique, extrait de l’œuvre L’éducation sentimentale,
Flaubert aborde l’histoire de «Frédéric Moreau» , un bachelier de dix-huit ans qui, en allant à sa ville natale, aperçoit
«Madame Arnoux» et tombe profondément amoureux d’elle , or cette femme est mariée à «Jacques Arnoux» , et a
une petite fille âgée de sept [Link], cela changera-t-il le regard, que Frédéric porte sur Madame Arnoux ? D’abord,
nous étudierons les sentiments du jeune bachelier, en analysant les émotions qui envahissent le texte et qui pointent
sans doute vers un registre lyrique bien romantique et sensible. Ensuite en second lieu, nous considérerons les
indices indiquant la présence d’un coup de foudre entre ces deux individus avant l’arrivée de Monsieur Arnoux.
Le narrateur étant extérieur au texte semble bien connaître son personnage, Frédéric. Après avoir aperçu la belle
femme, ce dernier a été captivé, ensorcelé par sa présence sur le bateau et cela est souligné par «ou du moins»(L2)
suivie par «Il ne distingua personne» , son entourage est totalement invisible, il ne voit qu’elle. La proposition
subordonnée relative «que lui envoyèrent ses yeux»(L3) appuie parfaitement l’idée précédente, tout en étant le
complément de l’antécédant «éblouissement». Ces yeux sont comme un philtre, dont on peut être ensorcelé sans en
boire, le bachelier est sous le charme dès le début du texte. De plus, Moreau n’est plus en contrôle de ses actions, ses
sentiments sont en trainde le guider comme le montre l’adverbe «involontairement»(L4), après avoir levé la tête, ses
épaules se fléchissent incontrôlablement juste après l’avoir vue bouger.
En effet, Frédéric se trouve à l’épicentre d’une tempête de sentiments, il ne sait plus quoi ressentir, tout l’attire. Même
en se plaçant plus loin, il ne peut résister à la contempler, comme le dévoile la proposition subordonnée
circonstancielle «quand il se fut mis plus loin»(L4), suivie par sa principale «il la regarda». En outre, le jeune ensorcelé
veut à tout prix savoir tout ce qui concerne cette femme, des choses que les couples partagent, ce qui a été bien clair
après la présence de la phrase interrogative «Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ?»(L15) et la
phrase qui la suit «Il souhaitait connaître, les meubles de sa chambre»(L15-16), comme s’il était son mari, or elle ne le
connaît même pas. Ses sentiments ne s’arrêtent pas là, il est en douleur émotionnelle, d’où le groupe nominal «une
curiosité douloureuse»(L18) le révèle, Frédéric la veut maintenant., il veut qu’elle soit la sienne, cette envie est
soulignée par l’hyperbole «la passion physique même disparaissait sous une envie plus profonde»(L17-18), une envie
sans limite «Pas de limite» (L18).
Tous ses sentiments, ses émotions, ses envies apparaissent dans un texte lyrique et bien romantique, où l’amour
aveugle le cœur des personnages ce qui se traduira sous forme de coup de foudre.
Cependant, après avoir éprouvé presque tous les sentiments d’attachement et d’amour possibles, Frédéric découvre
que Madame Arnoux a en fait un enfant, ce qui est démontré par le groupe nominal «Une Petite Fille»(L19), même
pas si âgée, expliqué par le complément circonstanciel de temps «Sept ans bientôt». Par contre, il semble s’en ficher
de cela «se réjouissait»(L22) et considéra cette information comme étant une découverte et non pas une raison pour
ne pas l’aimer, comme le souligne la comparaison à la ligne 23 «comme s’il eût fait une découverte, une acquisition».
En outre, le discours direct «Ma femme, es-tu prête ?»(L32) est un indice bien clair que madame Arnoux est mariée.
En effet, la contemplation excessive tout au long du texte est un signe d’amour bien intense, et d’idolâtrie, Monsieur
Moreau n’hésite pas à observer chaque minuscule détail. La description de la femme encadre presque chaque
paragraphe. Cependant les accumulations «son nez droit, son menton, toute sa personne»(L8-9) ; «cette splendeur
de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts»(L13-14),présentent une description du portrait
et du corps de la jeune femme. Frédéric est obsédé, en plus il fait tout pour la contempler «il fit plusieurs tours de
droite et de gauche»(L10), il fit même attention à ses habits «un long châle à bandes violettes»(L26).
Mais, finalement, leurs regards se connectent et leurs yeux se rencontrent avant que ce moment ne soit gâché par
l’arrivée de Jacques Arnoux.
En guise de conclusion, Frédéric Moreau est une victime du coup de foudre, aveuglé par ses sentiments et ses
émotions, il tombe amoureux instantanément après avoir aperçu Madame Arnoux qui était assise sur un banc, sur le
bateau là où se trouve le jeune homme de dix-huit ans. Tous ces éléments de romantismes rapportés par Gustave
Flaubert forment un texte lyrique à la perfection, formant un extrait comme parfait exemple du coup de foudre ; une
idolâtrie immédiate entre deux individus, qui n’est autre que l’amour passionné qui n’apportera rien que le malheur. Le
bachelier tombe amoureux d’une femme qu’il ne connaît point, il est aveuglé par sa beauté physique, par les éléments
séduisants de son physique.
L’homme est toujours en recherche de son autre moitié, mais faire comme Frédéric est-elle la bonne façon de la
trouver ? Rien ne l’arrête, l’amour est le plus puissant dans cette situation. C’est peut-être la raison pour laquelle
Emma Bovary rêve autant dans Madame Bovary, peut-être elle recherche son autre moitié dans les rêves…
La réalité n’est pas toujours la meilleure pour assouver nos besoins romantiques, parfois il faut un peut rêver…
Emma Bovary qui a rêvé toute sa vie d’aventure et de grands sentiments et qui se morfond avec son mari,
Charles Bovary, « aussi plat qu’un trottoir », est enfin invitée à un bal, par le marquis d’Andervilliers, au
château de Vaubeyssard…
Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans, disséminés parmi les danseurs ou causant à l’entrée des
portes, se distinguaient de la foule par un air de famille, quelles que fussent leurs différences d’âge, de toilette ou de figure.
Leurs habits, mieux faits, semblaient d’un drap plus souple, et leurs cheveux, ramenés en boucles vers les tempes, lustrés par
des pommades plus fines. Ils avaient le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent la pâleur des porcelaines, les moires
(1) du satin, le vernis des beaux meubles, et qu’entretient dans sa santé un régime discret de nourritures exquises. Leur cou
tournait à l’aise sur des cravates basses ; leurs favoris (2) longs tombaient sur des cols rabattus ; ils s’essuyaient les lèvres à
des mouchoirs brodés d’un large chiffre (3), d’où sortait une odeur suave. Ceux qui commençaient à vieillir avaient l’air jeune,
tandis que quelque chose de mûr s’étendait sur le visage des jeunes. Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de
passions journellement (4) assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique
la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de
race et la société des femmes perdues.
À trois pas d’Emma, un cavalier en habit bleu causait Italie avec une jeune femme pâle, portant une parure de perles. Ils
vantaient la grosseur des piliers de Saint-Pierre, Tivoli, le Vésuve, Castellamare et les Cassines, les roses de Gênes, le Colisée
au clair de lune. Emma écoutait de son autre oreille une conversation pleine de mots qu’elle ne comprenait pas. On entourait un
tout jeune homme qui avait battu, la semaine d’avant, Miss-Arabelle et Romulus, et gagné deux mille louis à sauter un fossé, en
Angleterre. L’un se plaignait de ses coureurs qui engraissaient ; un autre, des fautes d’impression qui avaient dénaturé le nom
de son cheval.
L’air du bal était lourd ; les lampes pâlissaient. On refluait dans la salle de billard. Un domestique monta sur une chaise et cassa
deux vitres ; au bruit des éclats de verre, madame Bovary tourna la tête et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces
de paysans qui regardaient. Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse
sous les pommiers, et elle se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la laiterie.
Mais, aux fulgurations de l’heure présente, sa vie passée, si nette jusqu’alors, s’évanouissait tout entière, et elle doutait presque
de l’avoir vécue. Elle était là ; puis autour du bal, il n’y avait plus que de l’ombre, étalée sur tout le reste. Elle mangeait alors une
glace au marasquin (5), qu’elle tenait de la main gauche dans une coquille de vermeil, et fermait à demi les yeux, la cuiller entre
les dents.
Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1857, Première partie, Chapitre VIII
LEXIQUE
Les moires (du satin) : étoffe aux reflets changeants.
Favoris : ligne de barbe qu’on laisse pousser à partir des tempes de chaque coté du visage.
Un chiffre : des initiales.
Journellement : tous les jours.
Marasquin : liqueur à la cerise.
Ici, nous détaillerons par l'italique les différents moments du développement, mais ils ne sont normalement pas
à signaler. De même, il ne doit normalement pas figurer de tableaux dans votre commentaire composé. Les
listes à puces sont également à éviter, tout spécialement pour l'annonce du plan.
En outre, votre commentaire ne doit pas être aussi long que celui ici, qui a pour objectif d'être
exhaustif. Vous n'aurez jamais le temps d'écrire autant !
Le commentaire
Introduction
L’histoire tragique d’Emma Bovary, née Rouault, inspirée à Gustave Flaubert (1821-1880) par un fait réel,
est une histoire universelle, celle du rêve de jeunesse qui se brise sur l’ennui de l’âge adulte.
Passionnée par la lecture des romans, passionnée par nature, Emma épouse, afin de quitter son milieu
paysan, un jeune médecin dont la carrière semble prometteuse, mais qui s’avérera d’une médiocrité
désespérante. Ainsi, pour tromper son ennui, elle trompera son mari, puis ne voyant plus aucune possibilité
de s’échapper, il finira par fuir définitivement, en ingurgitant de l’arsenic.
L'extrait étudié en cours de soutien scolaire nous montre un bal longtemps rêvé et désiré par Emma. Le
marquis d’Andervilliers l'y a invitée, elle et son mari, au château de la Vaubeyssard, pour remercier Charles de
ses services. Attendue depuis toujours, il se révèle cependant décevant et joue un rôle déterminant dans le
processus de désillusion qui mène Emma au suicide.
Annonce de la problématique
Alors, en quoi cette scène de bal est-elle une désillusion aux conséquences tragiques ?
Annonce des axes
Pour le comprendre, nous étudierons en soutien scolaire dans une première partie la description du bal, ce
qui nous permettra dans une seconde partie de nous intéresser à la critique flaubertienne.
Gustave Flaubert, par Giraud (1856)
Développement
Un bal fastueux
Le lecteur entre, comme Emma, d'abord dans un monde merveilleux de luxe qui correspond a priori aux
attentes de notre héroïne, en parfaite correspondance avec ses rêves romanesques.
Le luxe et le rêve
C’est sur le luxe que se concentre la description, tout à la fois celui des objets et des personnes. Ainsi, les
« quelques hommes » qui « se distinguaient de la foule » présentent toutes les marques habituelles de la
richesse :
des habits « mieux faits », « plus souples »,
des cheveux « lustrés par des pommades plus fines »
le « teint de la richesse »
L’usage répété de l’adverbe « plus » esquisse un univers hyperbolique où tout est exagéré. Les matières
évoquées sont précieuses (« porcelaine », « satin », « mouchoirs brodés »), ainsi que la nourriture : « Elle
mangeait alors une glace au marasquin, qu’elle tenait de la main gauche dans une coquille de vermeil ». La
glace, évidemment, à cette époque, est un produit de luxe, et la « coquille de vermeil » un objet rare.
On peut remarquer, en soutien scolaire, par ailleurs la place importante de la nourriture dans ce texte,
utilisé comme une marque de richesse : le narrateur précise même que les hommes riches du début du texte
ont « un régime discret de nourritures exquises ».
Enfin, comme il fait trop chaud, et que « l’air du bal [est] lourd », « un domestique monta sur une chaise et
cassa deux vitres » : c'est là le summum d’une richesse qui se caractérise par le gaspillage - on casse plutôt
que d'ouvrir !
Cette richesse est d'autant plus débordante qu'elle s’oppose à la pauvreté de l’enfance d’Emma : les
« nourritures exquises » et la « glace au marasquin » contrastent avec « les terrines de lait » qui reviennent
alors à la mémoire de la jeune femme.
Enfin, les sujets des conversations tournent autour de voyages lointains (« Italie », « Saint-Pierre », c’est-à-
dire Rome, « Tivoli, le Vésuve, Castellamare et les Cassines », « Gênes ») et d’activités réservées à l’élite :
l’équitation. Voyages, richesse, luxe, Emma se confronte à la réalité de son rêve…
Intérieur, femme lisant, Gistave Caillebote (1880)
Un monde de sensations
Dans cet univers magique, nous voyons que la primauté est donnée aux sensations, contre la raison.
C’est un des passages qui nous permet à la fois de mieux comprendre le personnage d’Emma Bovary mais
aussi de nous attacher, de nous identifier à elle.
En effet, ce ne sont pas des idées (toujours sujettes aux débats), mais des sensations qui sont décrites par
Flaubert : nous pénétrons la sensibilité profonde du personnage. Nous sommes perdus avec elle dans ce
monde merveilleux.
Comme de juste, les sens sont très présents, avec les champs lexicaux y afférents :
la vue : « distinguaient », « semblaient », « regards », « aperçut », etc.
l’ouïe : « Emma écoutait », «bruit », « causaient », etc.
le goût : « lait de la laiterie », « glace au marasquin », etc.
Flaubert nous offre ainsi, par l'entremise d'Emma, un monde indéterminé, où rien n’est précis, rien n’est
rationnel.
Vous verrez en soutien scolaire, que les groupes se dessinent eux-mêmes de manière grossière :
« Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans, disséminés parmi les danseurs ou causant à l’entrée des
portes, se distinguaient de la foule par un air de famille, quelles que fussent leurs différences d’âge, de toilette ou de figure. »
Il y a « quelques hommes » et une « foule ». Les invités, hommes et femmes, n’ont pas de physionomies
propres : ils sont décrits selon leurs attributs (habits et manières), leur physique se limite à « un air de
famille ». Ils sont désignés par le pronom impersonnel « on » : « On entourait un tout jeune homme… » ;
« L’un se plaignait de… ; un autre, de… ».
Les stimuli sensoriels sont si nombreux et puissants que Madame Bovary s’y perd, et ne parvient pas à
s’inscrire dans la réalité du bal, dans son déroulement.
Un « topos » romanesque
Enfin, il faut rappeler que la « scène du bal » est un topos de la littérature, c’est-à-dire un lieu commun, un
épisode qui revient de manière traditionnelle dans le roman.
Qu’il nous suffise d’évoquer le grand classique de Madame de La Fayette (que n’a pas manqué de lire
Emma) La Princesse de Clèves où la scène du bal est le cadre de la rencontre entre l’héroïne et le duc de
Nemours. Le bal est un moment de fête, qui est synonyme dans l’imaginaire d’Emma de passion et
d’aventure amoureuse.
Mais dans la réalité qu'elle vit, le bal s’oppose dans le texte aux « paysans » qui regardent par les fenêtres
le bal, sans y participer. Monde paysan dont est issu Emma… Le bal n’est pas ici l’occasion d’une rencontre
merveilleuse puisque Emma n’appartient pas au même monde - à tel point qu’elle ne comprend pas ce que
les gens se racontent :
« Emma écoutait de son autre oreille une conversation pleine de mots qu’elle ne comprenait pas. »
Elle est à la fois intruse et passive. Flaubert actualise donc ce topos romanesque, le renouvelle, s’en joue, et
en fait le lieu d’un isolement de son héroïne : elle rêve, elle mange, elle se souvient, mais elle ne participe pas
au grand rêve.
Besoin de soutien scolaire en français ?
Peinture d'Albert Fourié, 1883
Transition
Monde du luxe, de la richesse, du divertissement, la scène du bal est à la fois une découverte pour Emma et
un topos littéraire pour le lecteur. C’est par là que le doute vient s’insinuer sur la véritable valeur de cette
description.
La critique flaubertienne
Un monde factice et malade
Il ne faut pas prendre cette description au premier degré ; il s'agit plutôt de l’interpréter : ce monde de rêve est
un monde essentiellement factice.
Ce qui faisait rêver Emma Bovary s’avère être un monde vide, fade et superflu, ce dont elle a plus ou moins
vaguement conscience. C’est ce que révèlent le deuxième paragraphe et la description des invités. Ce ne sont
pas les qualités propres des invités qui sont ici décrites (physionomies, pensées, réflexions, caractères), mais
des attributs secondaires : les objets, les matières, comme nous l’avons cité.
Il y a une même une automatisation de l'individu : « leur cou tournait à l’aise ». Ce monde est factice parce
que les gens qui le peuples le sont : ils n’ont pas d’âge précis (« de vingt-cinq à quarante ans », « ceux qui
commençaient à vieillir avaient l’air jeune, tandis que quelque chose de mûr s’étendait sur le visage des
jeunes »), et par cette attention portée seulement aux matières et objets, ils sont déshumanisés.
En outre, c’est la maladie qui règne sur ces êtres, comme le prouve cette pâleur fantomatique qui revient
dans toute le texte : « Ils avaient le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent la pâleur des
porcelaines », « une jeune femme pâle ». Même le décor est contaminé par cette maladie : « les lampes
pâlissaient ».
Le symbole de ce trompe-l’œil généralisé est le bris de vitres à la fin de notre passage. Le verre, comme la
fenêtre (et même, si on pense à Lewis Carroll et Alice au pays des merveilles, le « miroir », et ne sommes-
nous pas dans un monde de « miroir aux alouettes »?), sont les symboles de la frontière, de l’irréel.
C’est ainsi quand on brise la vitre que Emma retrouve ses origines, sa famille, d’où elle vient, la matière
épaisse du lait et de la crème… Ces « éclats de verre » invitent le lecteur lui-même à traverser le texte pour
en comprendre le sens véritable (ce que Rabelais appelait déjà « la substantifique moelle »).
En quête de cours de soutien scolaire ?
L’ironie
Mais ce qui permet surtout de faire sentir cette superficialité du bal et de ses invités, c’est l’ironie. Cette
tonalité ironique traverse tout le texte (comme il traverse tout le roman), mais nous pouvons relever quelques
passages révélateurs.
D’abord, au début du texte, quand le narrateur relève « l’air de famille » des hommes « disséminés parmi les
danseurs ou causant à l’entrée des portes ». Cette première remarque souligne à la fois l’entre-soi du monde
aristocratique, mais aussi les ressemblances exagérées entre les membres du même famille, dues aux
mariages consanguins (encore le thème de la maladie à travers la dégénérescence).
Ensuite, dans le deuxième paragraphe, la description des mœurs des aristocrates est particulièrement
critique :
« Ceux qui commençaient à vieillir avaient l’air jeune, tandis que quelque chose de mûr s’étendait sur le visage des jeunes. Dans
leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait
cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la
vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »
Ils sont blasés, ils sont hypocrites et cela est soulignée par l’antithèse entre « leurs manières douces » et
« cette brutalité particulière que communique la domination ». Ils sont aussi « vains ».
Enfin, et c’est peut-être le passage à la fois le plus ironique et le plus drôle, il y a les conversation rapportées
du troisième paragraphe. En effet, ces conversations ne sont qu’une accumulation de clichés vides de sens
ou d’intérêt : ce que ce « cavalier en habit bleu » et cette « jeune femme pâle » admirent en Italie, c’est la
« grosseur » des piliers…
Puis, nous avons une série d’autres clichés tout aussi vides : « Tivoli, le Vésuve, Castellamere et les
Cassines, les roses de Gênes, le Colisée au clair de lune ». Les « roses » et le « clair de lune » qui font rêver
les jeunes gens… L’évocation des courses de chevaux est une critique également acerbe : « un tout jeune
qui (…) avait gagné deux mille louis à sauter un fossé » : le sport hippique est réduit à « sauter un fossé ».
Derrière une description a priori positive, se dissimule donc des remarques désapprobatrices.
Illustration d'Albert Fourié pour le livre Madame Bovary de Flaubert
Une régression symptomatique
La finesse flaubertienne vient se concentrer sur cet événement tout à fait particulier, et pourtant à première
vue anodin, de la réminiscence, qui est une forme de régression enfantine (et que l'on peut définir, selon le
CNRTL, par : Retour à la conscience d'une image, d'une impression si faibles ou si effacées qu'à peine est-il
possible d'en reconnaître les traces) :
« Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse sous les pommiers, et elle
se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la laiterie. »
Outre le style indirect libre qui permet une liberté de propos (nous sommes à la fois dans les pensées
d’Emma – qui sont, pour l’époque, indécentes et qui vaudront à Flaubert un procès – et dans celles du
narrateur), nous avons ces « fulgurations » de la réminiscence, qui est déjà une préfiguration des mises en
lumière de l’inconscience.
Ce surgissement du passé est déclenché par les bris de verre : « au bruit des éclats de verre, madame
Bovary tourna la tête et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces de paysans qui regardaient. »
Le rythme de la narration s’accélère : on passe de l’imparfait au passé simple : « des faces de paysans
qui regardaient. Alors le souvenir des Berteaux lui arriva. » L’adverbe « alors » marque bien une rupture qui
est celle d’un choc.
La phrase du souvenir est à la fois marquée par des sonorités enfantines (une allitération en [m]
significative : « ferme », « mare », « pommiers », « elle-même, comme autrefois, écrémant ») qui évoquent
aussi le souvenir – absent – de la mère (la « mare ») par rapport au père, et par les matières enfantines,
premières, presque fécales, qui sont évoquées : « écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la
laiterie ».
Le contraste est fort et plonge Emma dans une attitude contemplative, passive : ce n’est plus la lumière qui
domine, mais l’ombre (« il n’y avait plus que de l’ombre, étalée sur tout le reste »), et le dernier geste hésite
entre la pâmoison de plaisir et une forme d’agonie qui préfigure celle du drame final : elle « fermait à demi les
yeux, la cuiller entre les dents ».
Le rêve d’Emma se brise contre la banalité du réel, contre la réalité de sa vie passée et présente.
Conclusion
Ce passage qui apparaît d’abord comme une joyeuse scène de bal est en fait le prétexte pour Flaubert
de critiquer de manière acerbe le monde de l’aristocratie, comme il critique par ailleurs la bourgeoisie, et
même la paysannerie. Rien n’échappe à son ironie.
Mais, c’est dans l’évolution du personnage d’Emma, un passage clef : une désillusion quant à l'un de ses
plus grands rêves. Avec subtilité, Flaubert laisse percevoir cette discordance irrémédiable entre Emma et le
monde dans lequel elle vit : c’est l'un des épisodes qui la conduiront jusqu’à l’issue fatale…
Méthode du commentaire composé
On rappellera ici la méthode du commentaire composé vu en cours francais :
Partie du commentaire Visée Informations indispensables Écueils à éviter
Introduction - Présenter et situer le texte dans le roman - Renseignements brefs sur - Ne pas problématiser
- Présenter le projet de lecture (= annonce de l'auteur - Utiliser des formules trop
la problématique) - Localisation du passage dans lourdes pour la présentation
- Présenter le plan (généralement, deux axes) l'œuvre (début ? Milieu ? Fin ?) de l'auteur
- Problématique (En quoi… ? Dans
quelle mesure… ?)
- Les axes de réflexions
Développement - Expliquer le texte le plus - Etude de la forme (champs lexicaux, - Construire le plan sur
exhaustivement possible figures de styles, etc.) l'opposition fond/forme :
- Argumenter pour justifier ses - Etude du fond (ne jamais perdre de vue chacune des parties doit
interprétations (le commentaire le fond) impérativement contenir
composé est un texte argumentatif) - Les transitions entre chaque idée/partie des deux
- Suivre le déroulement du
texte, raconter l'histoire,
paraphraser
- Ne pas commenter les
citations utilisées
Conclusion - Dresser le bilan - Les conclusions de - Répéter simplement ce qui
- Exprimer clairement ses conclusions l'argumentation a précédé
- Elargir ses réflexions par une ouverture (lien
avec une autre œuvre ? Événement
historique ? etc.)