Fiche thématique 44 - L’éco-pâturage
Sommaire
1. Pourquoi ?
2. Comment ?
3. Retours d’expériences
Coll. CIVA, Bruxelles
Au début du XXème siècle, les parcs de Woluwe, Laeken et Koekelberg étaient gérés par des
troupeaux.
XavierClaes - Myri Bonnie
XavierClaes - Myri Bonnie
Une dizaine de moutons d’Ouessant pâturent les abords de la Senne au nord de Bruxelles
1. Pourquoi ?
1.1. Qu’est-ce que l’éco-pâturage ?
Le pâturage est l’action de faire pâturer les animaux herbivores (vaches, moutons, oies,
lapins...). Pour être « éco », il sera extensif, en opposition au pâturage intensif, par une
limitation du nombre de bêtes placées dans une zone de pâture et aura pour finalité de
favoriser la diversité biologique en minimisant les impacts négatifs sur l'environnement.
Cette technique de gestion est intéressante pour de grands espaces enherbés peu utilisés, des
espaces difficiles d’accès (fossés, zones pentues, talus…) et pour lutter contre les plantes
exotiques envahissantes. Au début du 20ème siècle, différents parcs bruxellois (parcs de
Woluwe, Laeken et Koekelberg) faisaient encore la part belle aux troupeaux de moutons,
notamment !
1.2. Quels sont les avantages de l’éco-pâturage dans le cadre d’une gestion
écologique ?
Non-production de déchets verts : absence de déchets verts à gérer sur place ou à
exporter.
Absence de nuisances sonores : machines mécaniques fort bruyantes (tondeuses…)
en comparaison des animaux.
Meilleur bilan carbone : rejets de méthane par les animaux considérés comme
inférieurs à ceux liés à la végétation abandonnée sur place ou produits par le
compostage, et absence d’émissions de CO2 fossile par les machines.
Intérêt pour la diversité des milieux et la biodiversité : développement d’une strate
herbacée présentant une beaucoup plus grande diversité floristique qu’avec la fauche,
qui aura un effet plus homogène sur la parcelle (+ 32% selon le Guide de gestion
écologique des espaces publics et privés de Planté & cité). Les fèces des animaux
peuvent constituer des micro-habitats, notamment pour les animaux coprophages. La
diversité floristique attirera un cortège d’insectes butineurs, eux-mêmes proies pour les
oiseaux ou les chauves-souris. Le broutage n’étant pas uniforme, il y a création de
« zones de refus » (moins broutées) qui abriteront des chenilles et des chrysalides
d’insectes à métamorphose complète, lesquelles hiverneront au ras du sol ou dans les
herbes fanées. C’est donc l’ensemble de la diversité biologique qui en est favorisée.
Intérêt pour la gestion des plantes exotiques envahissantes : certaines de ces
plantes sont appréciées par certains herbivores et il est possible d’allier un entretien
par éco-pâturage à la lutte contre les espèces exotiques envahissantes.
Intérêt social : outil de communication avec le public, en particulier les enfants, qui
apprécient souvent la présence des animaux.
Réduction des coûts : pas d’achat et d’entretien de matériel. Il peut toutefois y avoir,
selon les races d’herbivores choisies, un investissement de départ pour la construction
d’un abri et la pose de clôtures.
Gain de temps pour les gestionnaires : parcelles entretenues la plupart du temps par
les animaux.
Soutien éventuel à une agriculture locale urbaine : possibilité d’associer un objectif
de gestion écologique et un objectif de production agricole locale.
Préservation de races rustiques : préservation de races délaissées par l’élevage
conventionnel et possibilité de les faire connaître au grand public.
L’écosystème de la prairie pâturée : Le broutage influence positivement ou négativement
certains types de plantes : les léontodons, les pâquerettes, les renoncules, l’oseille, les
chardons… Le piétinement favorise des plantes qui supportent celui-ci comme les pissenlits,
le plantain à larges feuilles, la renoncule rampante ou le trèfle rampant. Les déjections (urines
et excréments) enrichissent le sol en azote, ce qui favorise des plantes telles que l’ortie, la
bardane, le mouron des oiseaux, les rumex… Les insectes qui fréquentent la prairie sont des
pollinisateurs, notamment les papillons qui y trouvent du nectar et y pondent leurs œufs, ainsi
que les insectes phytophages et coprophages. Pour les oiseaux, il est utile que la prairie soit
entourée de haies ou à proximité de fourrés, de zones arbustives, d’alignements d’arbres, de
zones boisées, d’arbres fruitiers… de manière à pouvoir effectuer leur cycle complet (dont la
nidification).
2. Comment ?
2.1. Méthodologie de mise en place du projet d’éco-pâturage
Analyse technique
Déterminer les sites éco-pâturables.
Déterminer les espèces adaptées à ces sites.
Elaborer un plan de pâturage.
Définir la charge.
Déterminer et choisir les équipements / infrastructures nécessaires.
Analyse économique
Estimer l’ensemble des coûts (investissement en fonctionnement) en fonction des
modes de gestion possibles (voir infra le paragraphe sur les coûts).
Analyse opérationnelle
Choisir le(s) partenaire(s) nécessaire(s) et établir les contrats.
Etablir un plan de communication si le site est fréquenté par le public.
Etablir un plan de surveillance / suivi des animaux.
Lister les situations d’urgence et définir les procédures d’intervention.
2.2. Adopter une charge de bétail réduite mais adéquate
Un nombre excessif d’animaux exercerait une pression trop importante sur la végétation, qui
ne pourrait dès lors pas accomplir son cycle de vie ; une charge de bétail trop faible
permettrait par contre le développement d’une végétation ligneuse non désirée dans un milieu
que l’on veut garder ouvert.
2.2.1. Comment calculer la charge adéquate ?
Elle dépend avant tout de l’objectif que l’on veut atteindre, ensuite de la superficie du terrain,
de l’espèce et de ses besoins alimentaires, de la végétation présente sur le terrain, de la
quantité de ressources alimentaires disponibles et du niveau trophique du sol en nutriments.
[Link]. La méthode des UGB
Selon cette méthode, la charge se calcule en ramenant le bétail en UGB ou « Unité de Gros
Bétail », l’unité correspondant à une vache allaitante de 600 kg produisant 3.000 litres de lait
par an. La charge adéquate d’un pâturage extensif se situe entre 0,1 et 0,5 UGB par hectare et
par an. Il sera nécessaire d’évaluer régulièrement l’évolution du terrain pâturé afin de faire des
ajustements si la charge en bétail se révèle soit trop importante, soit trop faible.
UGB définie par race :
vache adulte (minimum 2 ans et 600 kg) = 1 UGB ;
vache de 6 mois à 2 ans = 0,6 UGB ;
cheval ou poney de plus de 6 mois et 450 kg = 1 UGB ;
mouton ou chèvre de plus de 6 mois = 0,15 UGB ;
oie ou canard = 0,014 UGB.
Calcul de l’UGB :
Nombre d’animaux nécessaires = [charge/ha/an x superficie (en ha) / UGB des animaux
choisis] x [365 / nombre de jours de pâturage /an].
La charge/ha/an est une valeur de référence établie pour le pâturage extensif :
terrain sec et terrain pauvre : 0,5 UGB / ha ;
terrain humide : 0,25 UGB / ha ;
terrain riche : 1 UGB / ha.
Remarque : dans les réserves naturelles et en agriculture biologique, la limite maximale est
fixée à 2 UGB/ha/an.
[Link]. La méthode des unités de pâturage
Cette méthode se base plus sur des objectifs de gestion que l’on se fixe que la méthode des
UGB.
Ardennais Soay Ouessant Galloway Limousine
Zwartbles
roux
(mouton)
(mouton) (mouton) (mouton) (vache) (vache)
UP : nombre de bêtes
qui consomment la
végétation d'un ha 16 26 63 104 2,27 1,68
produit par une prairie
classique
UP cible : pâturage
toute l'année sur terrains 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2
moyennement riches
Nombre maximal de
bêtes par hectare pour
3,2 5,2 12,6 20,8 0,454 0,336
un pâturage toute
l’année
UP cible : session de
0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5
pâturage extensif
UP cible : session de
1 1 1 1 1 1
pâturage normal
UP cible : session de
2 2 2 2 2 2
pâturage intensif
% de plantes à faire
manger en une session
de pâturage en saison 65 65 65 65 65 65
de végétation pour un
entretien de terrain
Ardennais Soay Ouessant Galloway Limousine
Zwartbles
roux
(mouton)
(mouton) (mouton) (mouton) (vache) (vache)
% de plantes à faire
manger en une session
de pâturage en saison 80 80 80 80 80 80
de végétation pour un
pâturage maximal
% de plantes à faire
manger en une session
de pâturage hors saison 95-98 95-98 95-98 95-98 95-98 95-98
de végétation pour un
pâturage maximal
Description textuelle de l'image ci-dessus
On distingue donc le volume de végétation pâturée en un temps donné (UP) et la pression de
pâturage. En volume de végétation pâturée, placer 18 moutons de 1 UP pendant 14 jours
équivaut à 36 moutons pendant 7 jours ou 72 moutons pendant 3,5 jours. Par contre, la
pression sur la végétation est différente : si elle est forte (72 moutons pendant 3,5 jours), la
petite faune n’a pas le temps de déménager, il y a plus de risques de conflits entre les bêtes, de
stress, la tonte est moins efficace et le sol subit un piétinement plus important. Si elle est
faible, les animaux ne mangeront que ce qu’ils aiment le plus, par exemple les herbes grasses
qui poussent très vite. Cela peut entraîner des changements dans la composition végétale du
site et un impact sur la faune qui y est liée. Il faut donc trouver le juste équilibre en termes de
pression sur la végétation en fonction des objectifs de gestion fixés.
2.3. Choix des espèces et des races
Pour choisir la race adéquate pour un site, il faut tenir compte de plusieurs facteurs :
la résistance des animaux (aspects sanitaires et résistance aux intempéries) ;
le coût des bêtes et des soins ;
le besoin de construire ou non des abris ;
le type d’alimentation disponible sur le site ;
le type de fertilisation souhaitée pour le site ;
la manière de brouter de chaque race ;
les risques de vol ;
la taille des parcelles à pâturer (voir le calcul de la charge adéquate).
Les races rustiques, telles que les vaches Galloway et Highlander, les chevaux Fjords et
Koniks, les moutons Mergellands, Roux ardennais et Soay ou les ânes, sont en général plus
résistantes aux maladies, aux parasites et aux intempéries. Elles ont donc besoin de moins de
soins et peuvent rester à l’extérieur toute l’année.
D’une manière générale, les vaches et les chevaux sont adaptés à de grandes surfaces ainsi
qu’aux terrains plutôt plats et vallonnés, et peuvent être adaptés aux zones humides (en
particulier les vaches Galloway), alors que les moutons et les chèvres sont adaptés autant aux
petites qu’aux grandes surfaces ainsi qu’aux terrains plus accidentés, mais peu aux zones
humides.
Florence Didion
Les ânes de Bruxelles Environnement au Plateau Engeland
Les chevaux présentent l’avantage de s’attaquer à la végétation ligneuse, ainsi que les chèvres
(dressées sur les pattes arrières, elles peuvent atteindre la végétation jusqu’à environ 2m de
haut). A cette fin, ces animaux peuvent être utilisés dans un premier temps, puis suivis de
moutons. Les poneys Fjord (poneys norvégiens) peuvent être utilisés le long des cours d’eau
car ils ne détruisent pas les berges. Les équidés ont aussi l’avantage sur les ovins et les bovins
de concentrer leurs déjections au même endroit, ce qui limite l’enrichissement du sol sur
l’ensemble de la parcelle.
Les moutons Soay n’ont en principe pas besoin d’être nourris en hiver et n’ont pas non plus
besoin d’abris.
Les chèvres se montrent très utiles pour lutter contre la renouée du Japon (voir l’exemple de
l’Yvette en France dans le point Retours d’expériences) et les Poney Fjords contre la
balsamine de l’Himalaya.
2.4. Coûts
Le coût d’acquisition varie selon l’espèce, la race considérée et l’âge de l’individu
(estimations) :
âne de 8 mois = 500 € ;
âne adulte = plus de 1000 € ;
bœuf = 800 € ;
génisse écossaise = 850 € ;
agnelle = 850 € ;
mouton Soay = 100 €.
D’autres coûts sont à prendre en considération.
Infrastructures telles que clôtures, abris… : selon le type d’abri souhaité, le coût peut
aller de 200 euros pour un abri de base à 6.000 euros pour un abri de grande taille.
Une clôture (type Ursus) peut être estimée à (par mètre linéaire) :
o 1m20 H : 35 €/ml
o 1m40 H : 41 €/ml
Dans le cas des chèvres, il faut prévoir une clôture de minimum 1m80.
Matériel : remorque…
Soins vétérinaires : sur base de 3 visites/an à 100-150 euros par animal. L’usage de
races rustiques permet de limiter ces soins.
Soins particuliers pour le ferrage des chevaux : 3 visites/an à 100 euros par animal.
Imprévus possibles.
2.5. Choisir les sites propices à l’éco-pâturage
La majorité des sites non boisés peuvent se prêter à l’éco-pâturage :
pelouses (selon l'usage qui en est fait) ;
prairies de fauche (a priori, toute prairie de fauche est bonne candidate mais il est
recommandé de bien étudier la densité et la richesse floristiques pour évaluer la
pertinence du pâturage et éviter une perte de diversité floristique) ;
friches (selon la volonté de modifier la végétation en place) ;
bords de route ou cours d'eau (pâturage itinérant) ;
vergers.
Le choix des sites peut aussi être fonction des objectifs que l’on veut atteindre : si on souhaite
par exemple coupler la gestion de sites à un objectif économique de production (voir point
2.6.1.), la superficie, la distance entre les sites éco-pâturés, l’accessibilité… seront des
facteurs essentiels à prendre en compte pour la réussite économique du projet.
2.6. Gestion
2.6.1. Choisir sa formule de gestion
Prise en charge complète par le propriétaire / gestionnaire du site = gestion en
propre : cela implique l’achat du bétail, l’installation des infrastructures (clôture,
abreuvoir, abris éventuel, soins vétérinaires, frais éventuels du maréchal-ferrant,
transport…). Le gestionnaire possède sa propre « ferme » et engage un berger.
Sous-traitance complète : établir un contrat de prestation avec une entreprise externe
spécialisée qui prend tout en charge. L’avantage est que l’entreprise possèdera tout le
matériel, notamment pour le transport, et à priori, l’expertise pour le choix de la race à
utiliser.
Accord avec un éleveur local : on peut également passer une convention
d’occupation de parcelles avec un éleveur qui possède son propre troupeau. Dans ce
cas, la démarche s’accompagne d’un objectif d’agriculture urbaine locale (et bio)
cohérent avec la stratégie régionale Good Food : production de lait, de fromage, de
laine, de viande. Une difficulté éventuelle peut être le transfert des animaux d’un site à
l’autre. Mais cela peut se faire dans un cadre festif, en invitant le public à assister aux
déplacements, comme dans le cas de la transhumance des moutons du Chant des
cailles à Watermael-Boitsfort.
L’accord devra porter sur le type de gestion, le choix de la race, la délimitation exacte
des parcelles mises à disposition, le respect du bien-être animal, la durée de mise à
disposition des parcelles et la ou les périodes de pâturage, les interdictions (traitements
médicaux préventifs), les responsabilités relatives à l’entretien des infrastructures, les
règles en cas de vol ou atteintes aux animaux, etc. Il faut éviter toute zone grise dans le
partage des rôles et responsabilités entre le propriétaire ou le gestionnaire du site et
l’éleveur.
L'éco-pastoralisme (formule où un berger est itinérant avec son troupeau) a pour avantage de
ne pas avoir besoin d'infrastructures telles que des clôtures, et que les déjections seront
dispersées, ce qui réduit l’enrichissement du sol. L'inconvénient est la nécessité d'avoir la
présence permanente d'un berger (dans ce cas, l’activité peut cependant être créatrice
d’emploi).
La sous-traitance peut aussi se faire avec une association spécialisée, ou une entreprise.
Enfin, le gestionnaire du site peut choisir si l’éco-pâturage est associé à de la production
agricole (viande/laine/lait/fromage) ou non.
2.6.2. Surveillance
En l’absence d’un berger permanent, on estime qu'il faut passer minimum 3 fois par semaine
pour les animaux. Il faut effectivement veiller à ce que le pâturage ne mène pas au
surpâturage, à ce qu’il n’y ait pas de trop grandes zones de refus… Il sera peut-être nécessaire
d’adapter le plan de pâturage en fonction de l’évolution du site (densité et type de bétail,
durée des séjours dans les parcelles...).
2.6.3. Gestion du site éco-pâturé
Lorsque les animaux pâturent toute l’année sur la même parcelle, il est recommandé de la
diviser en sous-parcelles afin de pouvoir y effectuer une rotation des animaux. Cela permettra,
notamment, un accès au public aux sous-parcelles non pâturées, ou un pâturage qui sera
fonction d’objectifs spécifiques liés à la quantité de végétation à éliminer. L’éco-pâturage
peut également être combiné à une fauche estivale (pâturage > retrait des animaux > fauche >
remise des animaux).
L'installation d'un abri permet de centraliser le crottin, qui peut avoir un effet négatif par le
biais d’un enrichissement trop important du sol, ce qui profite plutôt aux espèces nitrophiles
comme orties, chardons et rumex. Ce crottin peut alors être plus facilement retiré pour éviter
un apport excessif en nutriments et utilisé dans des parterres (voir les coûts de construction
d’un abri).
On peut aussi choisir un pâturage mixte (plusieurs races) afin d'éviter les zones de refus. En
fonction de ses habitudes propres, de ses appétences…, telle ou telle race pourra refuser de
pâturer certaines zones.
2.7. Points d’attention
Ne pas utiliser de pesticides : leur usage est interdit dans l’espace public sur le
territoire de la Région de Bruxelles-Capitale depuis janvier 2019, sauf dérogation. Ils
seraient nuisibles à la santé des animaux placés en pâture.
Ne pas utiliser de fertilisants : les fertilisants ont un impact défavorable sur la
diversité floristique et donc indirectement sur l’entomofaune. On se limitera, si
nécessaire, à des amendements calcaires pour limiter l’acidité des sols.
Limiter l’utilisation des médicaments : tout médicament administré aux animaux
(notamment les produits antiparasitaires) peut contaminer les sols via les fèces. Cette
pollution sera nocive pour la petite faune des sols (insectes, vers…) ainsi que leurs
prédateurs, et peut contaminer l’eau. Leur utilisation doit donc être strictement limitée
aux problèmes médicaux avérés et il faut autant que possible utiliser des produits qui
se dégradent rapidement dans l’environnement.
Avoir une source d’eau : s’il n’y a pas de point d’eau naturel, il faut prévoir
l’abreuvement des animaux.
2.8. Communication avec le public
Malgré une forte acceptation par le public du pâturage par des animaux, une information
préalable reste nécessaire, notamment pour éviter des réactions émotionnelles dues à une
incompréhension des besoins naturels des animaux. Deux points très importants sont à
aborder : expliquer le fait de laisser les races rustiques à l’extérieur, quelles que soient les
conditions météorologiques et interdire le nourrissage. Au minimum, un panneau explicatif
clair sera nécessaire.
Messages à utiliser dans la communication avec le public :
Comment les animaux contribuent à une gestion écologique : ils favorisent la
biodiversité et permettent d’utiliser moins d’engins de gestion bruyants et polluants. Si
l’accès au public est restreint du fait du passage à l’éco-pâturage, les motifs de ce
choix sont d’autant plus importants à expliquer. La zone peut cependant rester
accessible, via des tourniquets ou autres dispositifs, mais elle sera de toute façon
moins utilisable pour le public (ne serait-ce que par la présence de déjections).
Les caractéristiques propres à chaque race : les moutons de Soay perdent leur laine
naturellement. Il est important dans ce cas d’expliquer au public que c’est un
processus naturel et qu’il n’y a pas de maltraitance animale.
Ne pas nourrir les animaux : les races sont choisies en fonction du type de
végétation disponible sur le site pâturé et celle-ci convient bien aux animaux, en
principe sans nécessité d’apports complémentaires. Tout nourrissage est dès lors
inutile voire nuisible pour l’animal, qui peut se voir offrir, d’une part, de la nourriture
inadéquate pour son équilibre alimentaire et, d’autre part, de la nourriture en excès.
Les chiens en liberté : il est également important d’informer le public des problèmes
et risques causés par les chiens laissés en liberté.
Donner des noms aux animaux : cela peut faciliter leur acceptation et les rendre
familiers au public, qui fera plus attention à eux.
Florence Didion
« Brigitte », en pâture au Plateau Engeland
Organiser des visites ou des animations avec les gardiens ou des associations,
voire avec l’éleveur ou le berger :
cela permet d’expliquer directement les principes de gestion, les besoins des animaux
et générer un lien avec la nature chez un public citadin. On peut aussi inviter le public
lors des transferts des animaux ou lors de l’inauguration de leur installation dans une
nouvelle parcelle. Des animations peuvent aussi être organisées avec les écoles du
quartier. A Cergy-Pontoise, on a même expérimenté des programmes de zoothérapie.
3. Retours d’expériences
Des moutons bretons en bordure de Senne
En attendant la mise à ciel ouvert d’un tronçon situé dans le nord de Bruxelles (à proximité
immédiate de la station d’épuration), une bande de terrain d’une vingtaine de mètres de large
et 500 m de long, située directement sur le voûtement de la Senne, doit être entretenue.
Bruxelles Environnement a fait le choix d’y installer un troupeau d’une dizaine de moutons
d’Ouessant. Depuis 2014, les résidents entretiennent les lieux de manière écologique,
silencieuse et « économe en carburant » !
L’objectif de l’expérience est d’évaluer si ce type de gestion est applicable dans un milieu
urbain dense, en suivant l’évolution de la végétation, tout en limitant la propagation des
plantes invasives, comme la renouée du Japon.
Les moutons sont mis à disposition, soignés et nourris par une jeune entreprise active dans le
domaine de l’éco-pâturage. Le mouton d’Ouessant est une race trop petite pour être utilisée
pour la laine ou la viande. Elle a été choisie spécifiquement pour sa résistance dans des
situations rudes (forte exposition aux vents et au soleil) et quelles que soient les conditions
météo.
Florence Didion
En forêt aussi…
En forêt de Soignes, à deux pas de chez nous, les gestionnaires de la partie flamande du
massif pratiquent l’éco-pâturage ancestral en accueillant des bovins Highlanders écossais,
impressionnants mais paisibles, sur l’ancien hippodrome de Groenendael.
Florence Didion
Et en lisière
Au Rouge-Cloître à Auderghem, 5 moutons Roux Ardennais qui pâturent sur les versants
ensoleillés situés en lisière de la forêt, et dans les sous-bois avoisinants.
J-C Prignon
Gestion de talus par Infrabel
Infrabel expérimente depuis 2018 l’éco-pâturage pour la gestion de ses talus (souvent envahis
de renouée et de buddleia), à l’aide de 85 moutons et 15 chèvres. Les chèvres abaissent la
végétation haute, ce qui la rend accessible aux moutons. Une phase test a été lancée à Malines
pour trois ans, sur une zone de 2,5 ha. L’investissement de départ pour les animaux a été de
1.000 euros (ce qui représente un coût moindre que de payer du personnel pour entretenir
manuellement les talus, difficiles d’accès pour les machines), celui des clôtures de 30.000
euros. Infrabel estime que le retour sur investissement se fera en 3 ans.
Pâturage au Plateau Engeland
Au Plateau Engeland, Bruxelles Environnement a choisi de diviser le terrain en 4 parcelles.
Une seule parcelle est pâturée à la fois par les ânes et inaccessible au public à ce moment-là,
soit environ une année par parcelle (selon la nourriture disponible et la superficie). Il est prévu
d’augmenter les densités car l’incidence sur la végétation n’est pas assez marquée.
Projet d’élevage de moutons à Bruxelles
[Link]
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Mise en place de pâturage au parc départemental du Sausset, site Natura 2000
multi-entité de la Seine-Saint-Denis
En 2013, une quinzaine de chèvres des fossés ont été placées pour pâturer une superficie de 3
ha. Le temps de pâture est de 6 mois (entre avril et novembre).
L’investissement de départ pour les infrastructures (clôtures et abreuvoirs) a été de 10.000
euros TTC.
Le coût des animaux est de 5664 euros TTC pour les 6 mois.
Hormis l’investissement de départ, le coût de l’éco-pâturage est de 1.800 euros TTC / ha /an
au lieu de 8.300 pour la fauche et le débroussaillage.
Dès lors, des économies ont été effectuées dès la deuxième année.
Moutons Soay à Frasnes-lez-Anvaing
Un calcul sur 10 ans a montré la différence de coût entre le fauchage mécanique et le
pâturage :
10 x 1.250 = 12.500 euros pour la fauche mécanique.
Achat du troupeau (600 euros) + 10 x les soins annuels = 1.600 euros.
[Link] dans une nouvelle fenêtre
Les chèvres de fossé et la renouée du Japon, site de 5.000 m² le long de l’Yvette
(France)
Trois périodes de pâture ont été prévues : avril et mai (lorsque les plantes sont au stade de 2/3
de feuilles), juillet et octobre (repousses).
Après un an, on observe déjà le retour de 20% de plantes indigènes, 50% l’année suivante,
puis 80%, 95% et enfin 99% au bout de 5 ans.
A la place d’une seule plante, la renouée du Japon, on observe le retour progressif d’une
vingtaine de plantes indigènes.
Les chèvres aiment la végétation haute, qu’elles attaquent en se dressant sur les pattes arrière,
ce que les moutons ne font pas.
Wimille et ses moutons du boulonnais
Investissement : 200 euros pour un abri, 1.600 euros pour une clôture et 98 heures de travail
d’installation.
15 moutons pour 1,72 ha.
Lasne et ses moutons
Pâture d’un verger avec des moutons. Des orvets étant présents sur ce site, l’avantage de ce
type de gestion est qu’elle est moins dangereuse pour ceux-ci que la tonte ou la fauche.