CONSOMMATION MÉDICALE À BANKONI 157
donc à utiliser tous les recours qui leur sont accessibles et suivent, dans
la mesure de leurs moyens, un peu de chacune des prescriptions recpes,
sans conviction, sans adhésion préalable. L’insuffisance de pareilles
généralités appelle un effort de recherche sur le recours aux soins, les
représentations relatives aux soins, et les dépenses de santé dans les
quartiers pauvres des grandes villes africaines.
Nous avons enquêté dans le quartier de Bankoni au cours des
années 1988 et 1989, et les résultats que nous présentons ci-dessous
proviennent de deux sources essentielles : une enquête longitudinale
menée auprès de 412 ménages entre mars 1988 et avril 1989 a permis
d’étudier les recours aux soins et les dépenses de santé des ménages
pendant une année complète (Diakité et alii, 1990) ; par ailleurs, une
enquête auprès des dépôts de médicaments desservant le quartier a
fourni des informations complémentaires sur l’automédication, la pres-
cription et la consommation pharmaceutiques (Anonyme, 1989).
1. Le recours aux soins
Nous voudrions caractériser les recours à l’automédication ainsi
que les recours auprès des thérapeutes, traditionnels et modernes, ainsi
que les recours à des personnes sans qualification.
1.1 L’automédication
Sous toutes ses formes, l’automédication est souvent le premier
recours, et c’est ainsi qu’on traite d‘ordinaire des pathologies telles que
gale, courbature, dysenterie, maux de bouche, fièvre, mal de main,
maux des yeux (nyèdimi),rougeole, diarrhée (kònòboli),maux de tête,
de ventre, toux, rhume, hypertension, paludisme (sumaya),etc., quitte
à recourir simultanément, si nécessaire, à d’autres soins. En fait, si une
maladie persiste, il est de moins en moins fait recours à l’automédica-
tion. Ainsi, à la première étape des soins, il y a 54% d’automédica-
tion, à la deuxième 37 % et à la troisi2me 27 % seulement.
Ce comportement diffère de celui qui a été observé à la même éPo-
que, à Bamako, dans les familles des fonctionnaires de l’éducation et
de Ia culture (Brunet-Jailly 1988 : 32), dans lesquelles le recours à l’auto-
médication augmente avec le rang de l’étape : 20,5 % à la première,
31,9 % à la seconde et 42,8 % à la troisième. Mais le faible taux de
recours à l’automédication à Ia première étape ne traduit pas nécessai-
rement une représentation différente de la maladie, ou une perception
différente de l’efficacité des divers types de soins. En effet, le personnel