Gestion Fiscale au Bénin et Sénégal
Gestion Fiscale au Bénin et Sénégal
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DIVISION ECONOMIQUE ET FINANCIERE
--------------
SECTION IMPOTS ET DOMAINES
---------------
CYCLE A
THEME
LA PROBLEMATIQUE DE LA GESTION DES REGIMES
FISCAUX DEROGATOIRES AU BENIN ET AU SENEGAL
Sous la Direction de
M. Ousmane DIOUF
Inspecteur des Impôts et des Domaines
Promotion:2007-2009
LA PROBLEMATIQUE DE LA GESTION DES REGIMES
FISCAUX DEROGATOIRES AU BENIN ET AU SENEGAL
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
DEDICACE
i
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
REMERCIEMENTS
Au terme de ce travail, je tiens à exprimer mes sentiments à tous ceux et toutes celles qui ont
contribué de près ou de loin à son aboutissement ;
Je voudrais remercier, en premier lieu, la Coopération Technique Belge pour avoir accepté
de financer ma formation ;
Je remercie toutes les autorités de l’ÉNA du Sénégal, le personnel pédagogique ainsi que
tous les maîtres des différents stages effectués à la DGID du Sénégal en complément à ma
formation ;
Que soient également remerciés pour leur contribution, messieurs Ismaïla SIDIBE,
Inspecteur Général des Finances, Georges DIEME, Chef du Bureau des Franchises
douanières à la DGD, Demba SAKHO, Chef du Bureau des Statistiques à la DGD et Arouna
NDOYE, gestionnaire des avances à la Direction des Dettes et Investissements ;
Mes remerciements vont enfin à tous mes condisciples pour leur bonne collaboration ainsi
qu’a tous les sénégalais qui par leur gentillesse, ont rendu mon séjour agréable à Dakar. Je
pense principalement à Dossou KPONOR, Madiakou THIAM, Salif MBENGUE, Magaye
BOYE, Mountakha SECK, Jean Baptiste CISS, Maxime SENE, Abdou Raim, Wilfrid
AMOUSSOU.
ii
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
CD Crédit Douanier
CI Crédit Intérieur
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
N° TITRE PAGES
iv
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
SOMMAIRE
INTRODUCTION .............................................................................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : LA PRESENTATION DES REGIMES FISCAUX
DEROGATOIRES AU BENIN ET AU SENEGAL...................................................................... 4
CHAPITRE I -LE CHAMP D’APPLICATION DES REGIME DEROGTOIRES AU
BENIN ET AU SENEGAL ........................................................................................................... 5
SECTION I – LA TYPOLOGIE DES REGIMES DEROGATOIRES...................................... 5
SECTION II - LA PORTEE DES REGIMES DEROGATOIRES ........................................ 13
v
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
INTRODUCTION
L'impôt est avant tout destiné à financer les dépenses publiques. Le célèbre professeur
Gaston Jèze le définit comme étant une prestation pécuniaire requise d’autorité des particuliers sans
contrepartie directe en vue de la couverture des charges publiques. Cette fameuse définition trouve
son fondement dans les textes constitutionnels. Conformément aux dispositions du texte
fondamental sénégalais1 « La loi fixe les règles concernant l’assiette, le taux et les modalités de
recouvrement des impositions de toute nature ». Cette même disposition est reprise dans la loi
fondamentale béninoise2 en des termes « Sont du domaine de la loi les règles concernant l’assiette,
le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toute nature ».
Aujourd’hui cette fonction première de l’impôt reste essentielle mais n’est pas exclusive.
Partout ou la fiscalité est en vigueur, elle s’est vu assigner des objectifs multiples : écologique,
social, économique etc.
Après la ratification, dès 1960, de plusieurs conventions internationales sur les privilèges et
immunités diplomatiques, un cadre fiscal privilégié a été aménagé au profit de certains organismes
et entreprises. Avec la crise économique des années 80 qui a affecté la capacité financière des pays
au Sud du Sahara, les États étaient confrontés à des difficultés de mobilisation de ressources. Les
réformes imposées par les institutions de Breton Wood, liées au processus de transition vers une
économie de marché, ont permis la mise en place d’un nouvel environnement favorable à
l’investissement et au financement des projets de développement.
En effet, il existe des mesures fiscales incluses dans le régime de droit commun pour
préserver et améliorer le bien-être social, stimuler l’investissement et plus généralement l’activité
économique. Sur le plan social, ces mesures portent sur la famille, le logement, la santé, etc. Sur le
plan économique, ces mesures sont entre autres, l’amortissement dégressif et accéléré en faveur du
matériel neuf, le report des pertes pour les entreprises pendant trois ans, le report sans limitation de
délai des amortissements comptabilisé en période déficitaire, etc. A côté de ces mesures de droit
commun, le souci d’accélérer le développement économique et social a généré l’adoption d’un
arsenal de mesures particulières rangées dans la catégorie des régimes dérogatoires.
1
L’article 67 de la constitution sénégalais du 07 janvier 2001
2
L’article 98 de la constitution béninoise du 11 décembre 1990
1
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
L’examen du dispositif fiscal béninois permet d’affirmer que le concept des régimes fiscaux
dérogatoires s’est diversifié. A l’instar de cette tendance béninoise, et plus que le Bénin, le Sénégal
s’est lancé également dans une vaste réforme fiscale tendant à créer des régimes d’exception. Le
constat dans ces deux pays est qu’il existe une multiplicité de régimes dérogatoires qui se
ressemblent à travers les terminologies mais se différencient dans le fond ou dans la réalité ou
inversement.
Cependant, les objectifs poursuivis à travers ces régimes convergent tous vers la réduction de
la pauvreté. Pour l’essentiel on distingue
- le régime dérogatoire dédié aux organismes diplomatiques, aux ONG ayant un accord de
siège, puis au marché financés de l’extérieur ;
- le régime dérogatoire relatif aux intrants agricoles ;
- le régime dérogatoire relatif aux régimes francs ;
- le régime dérogatoire relatif au code des investissements miniers, pétrolier, forestier ;
- etc.
En matière fiscale, le dispositif juridique de référence est le Code Général des Impôts. Ce
dispositif de référence inclut les dispositions relatives aux exonérations. Les autres avantages
fiscaux qui échappent au régime fiscal de référence et qui sont accordés par l’Etat en vue d’attirer
des investissements, d’encourager certaines activités, de promouvoir la délocalisation industrielle,
de créer des emplois ou de favoriser le transfert de technologie, en renonçant volontairement à une
partie de ses recettes fiscales et douanières relèvent des régimes dérogatoires.
Dans l’un ou dans l’autre cas, les États renoncent volontairement à des recettes fiscales à tel
point qu’il se pose avec acuité le problème de rendement de ces régimes dérogatoires. C’est en
raison de ce constat que nous avons choisi de réfléchir sur le thème « la problématique de la gestion
des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal ». Cette question est discutée actuellement
3
L’expression « dépenses fiscales » traduite de l’anglais « taxes expenditures » a été utilisée pour la première fois en 1967 par le
professeur S. Surey pour désigner les avantages fiscaux accordés par l’état aux divers agents économiques
2
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
par les professionnels de la fiscalité sénégalaise et même par la société civile. Les préoccupations
sur ce sujet sont diverses.
Les dépenses fiscales sont-elles efficaces? N’est-il pas opportun de les évaluer ? N’est-il pas
nécessaire de supprimer certaines dispositions dérogatoires afin de rendre le paysage des régimes
dérogatoires moins opaques et les dépenses fiscales plus rentables? Ce sont autant d'interrogations
qui sont apparues avec l’avènement de la multiplicité des régimes fiscaux dérogatoires au Sénégal.
Et loin de ne concerner que le Sénégal, ce débat concerne non seulement tous les États africains qui
cherchent à tout prix à promouvoir le développement par la fiscalité, mais particulièrement le Bénin.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que le Bénin et le Sénégal commencent par faire face
à la même difficulté qui est de faire le bilan des régimes dérogatoires afin de procéder à un
réaménagement adéquat aussi bien pour les dispositions fiscales contenues dans ces régimes que
pour les modalités de leur gestion .
Après avoir présenté le paysage des régimes dérogatoires au Bénin et au Sénégal (Première partie)
tout en relevant les ressemblances et les divergences à travers la typologie et les modalités de
gestion, nous procéderons à l’analyse critique du dispositif de ces régimes dérogatoires pour aboutir
à la nécessité de leur rationalisation (Deuxième partie).
3
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
PREMIERE PARTIE
4
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Aborder dans une acception comparative le champ d’application des régimes fiscaux
dérogatoires au Bénin et au Sénégal, recommande d’aborder dans un premier temps la typologique
de ces régimes dérogatoires (section 1) puis, dans un second temps la portée des exonérations
concédées par ces derniers (section 2).
Si vers les années 80, il existait quelques ONG opérant dans les pays en voie de développent,
les années 1990 ont connu un accroissement notable de leur nombre. Aujourd’hui, ces ONG sont
légion. Point n’est besoin à démontrer que les ONG étrangères apportent leur appui au
4
Une organisation non gouvernementale est un groupement de personnes privées poursuivant, par-dessus les frontières étatiques,
la satisfaction d’intérêt ou d’idéaux communs et susceptible d’être consultée par l’ONU et les institutions spécialisées. Article 71de
la charte de l’ONU
5
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
développement des pays moins avancés dans divers domaines tels que la santé, l’éducation,
l’assainissement, la protection de l’environnement, la micro-finance. En considération des avantages
réels que les activités menées par les ONG procurent aux populations en général et particulièrement
aux communautés à la base, les gouvernements béninois et sénégalais signent avec les ONG
étrangères qui le sollicitent, des accords de siège5 qui impliquent des exonérations fiscales
douanières.
Autrefois au Bénin, l’exonération des marchés publics sur financement extérieur n’était
soumise à aucune réglementation particulière. Cette situation a conduit à la réforme consacrée par
5
Un traité conclu entre une Organisation internationale et l’Etat sur le territoire duquel elle est établie, pour régler les problèmes
e
soulevés par cette situation. Raymond Guillien et Jean Vincent, « Lexique des termes juridiques », 10 édition, 1995, Dalloz, p 392
6
La convention de Vienne est signée le 18 avril 1961 à la conférence des Nations Unies sur les immunités diplomatiques
7
Un marché public est un contrat écrit passé par les personnes publiques en vue de la réalisation de travaux, de fournitures ou de
services, et assujettis à des règles précises de fonds et de forme. « Lexique des termes juridiques », Op.cit. , p 351
6
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
l’arrêté n° 212/MF/DG/DI du 18 octobre 1992 portant régime fiscal des marchés publics à
financement extérieur. Ce nouveau dispositif est entré en vigueur le 16 février 1993 et consacre ainsi
l’exonération des marchés publics sur financement extérieur à travers la délivrance du certificat MP.
Par contre au Sénégal, cette exonération résulte de la loi n° 79- 55 du 25 juin 1979, en son
article 326 intitulé régime spécial des marchés d’État sur financement extérieur qui dispose que :
« Pour les marchés d’État financés sur prêt ou aide extérieure, l’entrepreneur ou le vendeur de bien
en paiement de la taxe sur le chiffre d’affaire facturé reçoit un titre de paiement qui sera utilisé
pour le paiement de la taxe ». Cette disposition a été plusieurs fois reformée. Actuellement c’est la
loi n° 2004-12 du 06/02/2004 modifiant l’article 309 qui régit le système d’exonération des
opérations de toute nature financées de l’extérieur sous forme de don ou de subvention non
remboursable.
De ces deux dispositifs, il ressort que, le système béninois conçoit le financement au sens
large et y consacre une seule procédure d’exonération. Par contre, le législateur sénégalais fait la
distinction entre financement extérieur remboursable et financement extérieur non remboursable
puis y consacre deux procédures : une première procédure d’exonération dédiée aux marchés
financés sur ressources extérieures non remboursable et une deuxième procédure spéciale de droit
commun relative à la prise en charge du volet fiscal dédiée aux marchés financés sur prêts
remboursables8. Ces différentes procédures évoquées feront l’objet d’une étude approfondie dans le
chapitre II section II.
8
La gestion du volet fiscal des marchés financés sur prêts remboursables est confiée à la DDI par la procédure du chèque sur le
trésor
7
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
A l’image du Sénégal, la zone franche industrielle est créée en République du Bénin par la
loi n° 99-001 du 13 janvier 1999. Cette loi définit la ZFI conformément aux dispositions de l’article
5 comme étant une enclave territoriale isolée de son environnement géographique par un cordon
douanier. Ce territoire est un espace géographique à l’intérieur duquel les activités commerciales
internationales de stockage et de transformation industrielle tournées vers l’exportation peuvent être
exercées dans les conditions administratives douanières et fiscales particulières. Cependant il faut
remarquer que c’est la loi n° 2005-16 du 8 septembre 2005 portant régime général de la zone
franche industrielle en vigueur actuellement qui a donné un cadre consistant à la zone franche
industrielle. Ainsi, la ZFI est composée de trois zones (1, 2,3) et des points francs. A chacune de ces
trois zones sont conférés des privilèges fiscaux et douaniers.
Dans le but de permettre aux investisseurs de bénéficier des opportunités d’autres régions, la
ZFI de Dakar a été étendue à des points francs par la loi n° 91-30 du 13 avril 1991. Celle du Bénin
l’a été par la loi n°2005-16 du 08 septembre 2005 portant régime général de la zone franche
industrielle en République du Bénin.
8
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Quant au code des investissements sénégalais, il est le fruit d’une longue évolution qui a vu
l’institution, la correction et l’abrogation de plusieurs textes. En effet, c’est la loi n° 62-33 du 22
/03 /1962 qui a institué le 1er code des investissements du Sénégal. Cette loi a été abrogée et
remplacée par plusieurs autres lois en l’occurrence la loi n°72-42 du 04/06/1972, et la loi n° 87- 25
du 18 août 1987. Actuellement, le code des investissements applicable au Sénégal est institué par la
loi n° 2004-06 du 06 février 2004. Les objectifs poursuivis sont identiques à ceux prévus par le
code des investissements béninois. Le montant des investissements éligibles doit être égal ou
supérieur à cent millions (100.000.000 FCFA) pour les activités de production de biens ou de
services à l’exception des programmes des petites et moyennes entreprises. Pour ces dernières, le
seuil minimum de l’investissement est fixé à quinze millions de francs (15.000 000FCFA)
A l’opposé du code des investissements béninois qui offre gracieusement des exonérations
fiscales à la réalisation des investissements et à l’exploitation, le code des investissements sénégalais
a introduit la notion de la suspension de la TVA et celle du crédit d’impôt.
9
Le Régime « A » destiné aux Petites et Moyennes Entreprises Nationales ou étrangères dont l'investissement effectif est compris
entre 20 et 500 millions de francs CFA.
Le Régime "B" destiné aux Grandes justifiant d'un investissement effectif compris entre 500 millions et trois (3) milliards de francs.
Le Régime « C » de stabilisation fiscale destiné aux Entreprises dont l'Investissement doit être supérieur à trois (3) milliards.
Le régime « D » est destiné aux investissements lourds
Le régime « E » est destiné aux investissements structurants.
9
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Le crédit d’impôt quant à lui consiste en une déduction de la base imposable à l’impôt sur
les bénéfices d’une partie des investissements réalisés pendant la phase d’exploitation.
En raison des difficultés de mise en œuvre, le régime de la ZFID institué au Sénégal et celui
des points francs ont été abrogés par la loi n° 95-34 du 29 décembre 1995 qui a institué l’Entreprise
Franche d’Exportation avec conservation des droits acquis conférés par des lois 74-06 du 22 avril
1974 et du 91-30 du 13 avril 1991. Le statut de l’EFE est accordé pour une durée de vingt cinq ans.
En effet, l’EFE s’applique aux entreprises industrielles ou agricoles ayant capacité à exporter
80% de leur production totale, où qu’elles se trouvent dans le territoire sénégalais. Les EFE sont
soumises à des obligations précises et bénéficient d’avantages fiscaux très importants avec une
imposition réduite à l’impôt sur les sociétés au taux de 15%.
Le statut des EFE s’apparente à celui de la zone franche industrielle en vigueur au Bénin de
par les conditions d’éligibilité. A l’image de l’EFE, l’article 5 des dispositions légales et
réglementaires de la ZFI du Bénin dispose que pour être éligible, les entreprises doivent satisfaire
cumulativement plusieurs conditions dont l’une principale paraît très significative à notre analyse : il
s’agit de celle qui exige la garantie de l’exportation d’au moins 65% de la production annuelle des
entreprises.
Les autres régimes privilégiés sont ceux qui constituent des originalités propres au Bénin ou
au Sénégal ou encore ceux qui sont institués suivant le droit communautaire. Pour des raisons
pratiques liées au cadre réduit de cette étude, nous retiendrons quelques régimes dérogatoires.
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Ces domaines sont institués au Sénégal par la loi n° 77- 90 du 10 août 1997. Ils sont gérés
par des sociétés de gestion du domaine industriel qui réalisent les infrastructures nécessaires qu’elles
louent aux entreprises désireuses d’y installer en leur apportant l’assistance juridique et
administrative pour trouver les financements nécessaires. Les domaines industriels ont pour objectif
de favoriser l’essor des petites et moyennes entreprises dans chacune des villes importantes du
Sénégal. Pour assurer leur efficacité, l’État sénégalais a accordé des avantages fiscaux à ces sociétés
sans aucune condition de durée.
- Le code pétrolier
L’état sénégalais dispose d’un potentiel pétrolier confirmé. Pour attirer les entreprises de ce
secteur se livrant à la prospection, la recherche, l’exploitation et le transport d’hydrocarbures, l’État
sénégalais a aménagé un cadre juridique spécial consacré par la loi n° 98-05 du 08 janvier 1998
portant code pétrolier et le décret d’application n° 98 – 836 du 06 octobre 1998. En effet, le code
pétrolier, en ses articles 48 et 49, octroie pendant la phase de recherche et de développement, des
avantages fiscaux et douaniers importants aux titulaires de conventions ou de contrats de services
ainsi que les entreprises qui leurs sont associées.
La zone économique spéciale intégrée est instituée au Sénégal par la loi n° 2007 -16 du 19
février 2007. Conformément aux dispositions du deuxième article de cette loi, le but de cette zone
est de positionner le Sénégal comme un pôle privilégié pour les investissements permettant
d’accélérer son développement économique, d’augmenter son niveau de vie, de développer les
opportunités d’emploi et de réduire la pauvreté. Pour une durée de cinquante (50) ans, les
promoteurs des zones instituées sont, soit soumis à une imposition forfaitaire de 2% (zone C), soit
affranchis de tous droits et taxes (zones A et B).
Conformément aux dispositions de cette loi, pour les investissements au dessus de deux cent
cinquante (250) milliards de francs CFA, le gouvernement peut accorder à l’investisseur des
conditions fiscales et douanières dérogatoires au code des investissements et au code minier.
11
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
A côté de ces principaux textes, il existe d’autres dispositions légales telles que la loi sur la
GOANA qui accordent des exonérations douanières et fiscales.
Dans le cadre des mesures d’allégements fiscaux prises par le gouvernement pour faire face à
la crise économique, il a été accordé en conseil des ministres des exonérations à certaines sociétés
importatrices des produits de grande consommation (blé, lait en poudre, lait sucré et poudre, clinker,
pâte tomate, fer à béton, riz) sur la base des stocks inventoriés au jour de la décision. Ces
exonérations n’étant pas prévues par le CGI, elles ont été versées dans la panoplie des régimes
d’exception.
10
Articles 12, 13 et 14 des différentes conventions d’exploitation de réseau de téléphonie mobile de norme GSM entre l’État
béninois et les opérateurs opérant dans ce domaine
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Sur le plan fiscal, les avantages fiscaux consentis aux titulaires de titres miniers en phase de
recherche et d’exploitation (3 ans) concernent les exonérations de plusieurs impôts et taxes, le
bénéfice de l’application d’un système d’amortissement accéléré, puis de la constitution de
provisions pour la reconstitution du gisement. Ce code minier communautaire de l’UEMOA a prévu
des dispositions transitoires relatives aux titres miniers accordés par les différents États de l’union;
ainsi lesdits titres restent valables pour la durée et les substances pour lesquelles ils sont délivrés.
Les exonérations concédées par les régimes spéciaux portent essentiellement sur les impôts et
taxes et ne peuvent concerner que les biens et services désignés dans les textes portant exonération.
Les impôts et taxes exonérés sont fonction du lieu d’implantation, du montant des
investissements, de la spécificité de l’investissement, de l’engagement pris pour la création d’emploi,
etc. Ainsi, on distingue les exonérations relatives à la phase de la création des sociétés, à la phase de
réalisation de l’investissement puis à la phase de l’exploitation. Les impôts et taxes visés par les
exonérations sont de la fiscalité intérieure et de la fiscalité de porte.
A. Fiscalité intérieure
Dans ce cas d’espèce, les exonérations visent les impôts directs et les impôts indirects.
Pour ce qui concerne les régimes dérogatoires à but économique, à la phase de création, il
n’existe pas d’exonération sur les impôts directs. Par contre, à la phase d’exploitation, les
exonérations portent sur :
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
2° Impôts indirects
La fiscalité indirecte se définit par l'ensemble des taxes applicables aux opérations de
production et de consommation (la taxe sur la valeur ajoutée, les droits d'enregistrement, les droits de
succession, les droits d'accises11, les écotaxes, etc.).
Pour ce qui concerne les deux catégories de régimes étudiées, à la phase de création et
d’investissement, les exonérations portent sur :
Le bénéfice de l’exonération de l’un de ces différents impôts dépend des textes de références
qui consacrent l’exonération. Le tableau suivant fait état des privilèges fiscaux accordés par les deux
États.
11
Les accises sont traditionnellement prélevées sur la consommation de certains produits notamment, les alcools les tabacs, le
ciment et sur certaines sources d’énergie De plus, elles peuvent prendre la forme de péages et de taxes d'immatriculation des
véhicules automobiles. Les accises sont des taxes nationales.
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Tableau n° 01 : Tableau comparatif des principaux impôts et taxes exonérés par les États béninois
et sénégalais au titre de la fiscalité intérieure
- Domaines industriels, IM -
- ZFI
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les prélèvements communautaires n’ont pas la vocation de la fiscalité indirecte. Ils visent à
créer des ressources propres à l’UEMOA et à la CEDEAO. Il s’agit :
A. Le régime général
Dans les deux États, les différents textes étudiés montrent qu’il s’agit des biens et produits
faisant l’objet des marchés éligibles aux régimes dérogatoires et devenant à terme échu la propriété
du maître d’ouvrage qui sont exonérés. Il en est de même des services indispensables à la réalisation
du marché.
Pour ce qui concerne les opérations financées de l’extérieur par dons ou financements non
remboursables, l’exonération ne porte que sur les factures délivrées par les attributaires directs des
marchés concernés, ce qui exclut l’exonération des achats des biens et services effectués par les
entreprises adjudicataires dans la réalisation des contrats et marchés concernés. Mais par tolérance,
les opérations faites par le fournisseur direct de l’attributaire du marché peuvent être exonérées
lorsque ce dernier s’oblige à précompter les droits dus.
16
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Pour ce qui concerne les ONG et Organismes diplomatiques et assimilés, l’État accréditaire
accorde l’entrée et l’exonération des droits de douanes, taxes et autres redevances sur :
Pour ce qui concerne les exonérations à but économique, il s’agit de l’achat de biens,
services ou travaux nécessaires à la réalisation des programmes agréés aux différents régimes
privilégiés. Dans la pratique, les opérations de livraison et de prestations de service faites en
direction d’entreprises bénéficiaires de régimes francs font l’objet d’un encadrement. La liste
nominative des biens pouvant faire l’objet de l’exonération est le plus souvent intégré à l’agrément
Cependant, Les biens visés sont :
- les machines,
- les matériels d’équipement et outillage,
- les pièces de rechange ou pièces détachées spécifique aux équipements importés,
- les matériels roulant de chantier,
- les matières premières et produits semi finis,
- les produits destinés au conditionnement et à l’emballage des produits transformés,
- les carburants,
- les matériels de construction,
- le mobilier de bureau et les consommables de bureau,
- les matériels accessoires et consommables informatiques,
- les groupes électrogènes et accessoires,
- les appareils de télécommunication,
- les appareils destinés à la climatisation des entreprises,
- des chambres froides,
- Etc.
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les entreprises attributaires des marchés publics sur financement extérieur et les entreprises
éligibles aux régimes privilégiés, peuvent importer sur le territoire béninois comme sur le territoire
sénégalais, les matériels et engins en vue de l’exécution des travaux et ouvrages entrant dans le
cadre des programmes agréés. Un arrêté du ministre chargé des finances de chacun des États fixe la
liste des matériels et engins devant être importés. Il s’agit, par exemple, des matériels de
terrassement, de transport de marchandises (camion à benne), de manutention (grues chariots), des
baraques de chantiers, des foreuses, etc. Cependant, les véhicules légers faisant partie des chantiers
et expressément prévus comme tels ne doivent pas dépasser un certain nombre. Au Bénin, ce
nombre ne doit pas excéder trois pour des marchés publics à financement extérieur.
Dans ce régime, une fraction des droits et taxes est exigible dès la déclaration des
marchandises au cordon douanier. Elle est fonction de la durée de l’amortissement du matériel, de
son état (neuf ou usagé) et de la durée d’utilisation dans le territoire douanier. La valeur taxable est
déterminée au prorata du temps d’utilisation12. A noter que les pièces détachées ne peuvent
bénéficier de ce régime et sont donc soumises au paiement intégral des droits et taxes.
12
Par exemple un bien neuf d’une valeur de 100 000FCFA amortissable sur 60 mois est import au bénin pour dix mois, la valeur
taxable s’élève à 100000x 10/60= 16666 FCFA
18
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Dans ce chapitre, il convient de faire une analyse des acteurs impliqués dans la gestion des
régimes dérogatoires, puis de présenter les procédures concourant à la prise en charge des
exonérations consacrées par ces régimes dérogatoires afin de pouvoir dégager des similitudes et
spécificités des modalités de gestion qui existent entre le système béninois et le système sénégalais.
Le cadre institutionnel est constitué par l’ensemble des structures qui concourent à la mise en
œuvre de gestion des régimes dérogatoires. Ces structures partageant la gestion des régimes fiscaux
spécifiques peuvent être classées selon deux volets : le volet administratif et le volet financier. La
spécificité de chaque volet conduit à y consacrer une analyse séparée.
Au Bénin comme au Sénégal, le MAE est la cheville ouvrière de la mise en œuvre des
conventions internationales. Il assure cette fonction par l’entremise de la Direction du Protocole
d’État et d’autres directions techniques telles que la Direction des Affaires Juridiques et des Droits
de l’Homme (DAJDH), de la Direction de la Coopération Décentralisée et de l’Action Humanitaire
(DICODAH).
19
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Outre le MAE, plusieurs comités interministériels interviennent dans la mise œuvres de ces
types d’exonération. Au Bénin, on peut citer : le comité interministériel chargé de l’étude des
dossiers d’accord de siège, le comité national du suivi des organisations non gouvernementales et le
comité ad hoc de discipline. Par contre au Sénégal on peut citer : le comité technique d’examen et de
suivi des projets et programme d’investissement des ONG, le comité d’agrément de l’APIX.
À l’instar de ce qui se fait au Bénin, le dispositif des régimes dérogatoires à but économique
s’appuie dans sa phase administrative sur certains organismes notamment les Chambres de
Commerce, d’Industrie et Agriculture, l’Agence de Promotion des Investissements et des Grands
Travaux, de la Direction d’Appui au Secteur Privé (DASP), l’Agence de Développement et
d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises, la Société Nationale d’Études et de Promotion
Industrielle (SONEPI)
20
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
l’administration, appui dans la recherche de financement, réalisation des études pour l’amélioration
de l’environnement des affaires.
Autrefois, au Bénin, les différentes exonérations spéciales étaient gérées de façon éparpillée.
La multiplicité des exonérations fiscales et le souci d’avoir une seule et même procédure gérée par
une structure unique a fait naître, par arrêté n° 236/FM/DC/DGID/DGDDI /MFMP du 17 janvier
1996, la Mission Fiscale des Régimes d’Exception (M.F.R.E).
La M.F.R.E est une direction centrale à compétence nationale et cogérée par les cadres de
l’Administration de la douane et de celle de l’Administration fiscale. Ces activités se résument à la
gestion des régimes d’exception au profit :
- des marchés privés conclus par les représentations diplomatiques et consulaires, organisations
régionales, internationales ainsi que des marchés conclus par des organisations non
gouvernementales ayant un accord de siège avec la République du Bénin ;
- des marchés publics financés sur fonds extérieurs ;
- des marchés publics financés sur fonds propres par certaines entreprises disposant d’un texte
d’agrément ;
- des marchés conclus dans le cadre du bénéfice d’un régime privilégié du code des
investissements ;
- des accords particuliers conclus entre l’État et les entreprises privées ;
- des autres bénéficiaires d’avantages fiscaux spécifiques.
21
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Outre ces activités, la M.F.R.E produit des statistiques afférentes à la gestion des régimes
spéciaux, formule des avis techniques sur les projets de textes relatifs aux régimes spéciaux, et
participe à tous les travaux d’attribution des marchés publics financés par les ressources extérieures.
13
C’est l’arrêté 591/MEF du 02/02/ 2009 qui a modifié la section en bureau
22
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Générale des Finances, et composée de représentants de la DGID, de la DGD puis de toute personne
ressource dont la compétence est utile, la commission établit un programme semestriel de contrôle
approuvé par le ministre chargé des finances. Chaque année, elle élabore un rapport annuel
d’activité produit des rapports.
Pour mener à bien la gestion des différents régimes fiscaux spécifiques, les structures de
gestion sont dotées chacune de moyens humains et matériels. Une attention particulière sera
consacrée aux moyens matériels, plus particulièrement aux outils informatiques.
23
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par contribuable bénéficiaire de régime privilégié et par programme agréé : le montant des
investissements agréés, le numéro et la date du programme, la durée de réalisation des
investissements, le centre des services fiscaux dont relève le redevable ainsi que le receveur
compétent. Le compte fournit également les renseignements par fournisseur et par facture : le
numéro, la date et le montant hors taxes de la facture, la date de l’agrément, le numéro
d’identification nationale des entreprises et associations, l’adresse exacte du fournisseur et le
montant de la taxe suspendue.
De l’analyse des deux outils informatiques GESEXO et TIGRE, il ressort que l’application
TIGRE, fournit beaucoup plus d’informations que l’application informatique GESEXO.
En matière d’impôts directs, au Bénin comme au Sénégal, l’exonération est acquise de plein
droit et ne nécessite aucune procédure dès lors qu’elle est conférée par un texte. Par contre, en
matière d’impôts indirects, plus particulièrement pour ce qui concerne la TVA et certains droits
prélevés au cordon douanier, l’exonération est tributaire de procédures bien établies. Notre analyse
permettra d’aborder successivement les différentes phases de ces procédures.
14
Les droits normaux correspondent aux droits que l’administration douanière auraient du recouvrer en l’absence des régimes
d’exonération
15
Les moins values correspondent aux renonciations de recettes
24
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Par contre, au Sénégal, par principe, c’est l’organisme bénéficiaire de l’exonération qui
assure directement cette formalité. Il peut s’agir d’un organisme diplomatique, d’une ONG, d’une
collectivité publique ou son représentant nommément désigné, ou d’une société éligible à l’un des
différents régimes dérogatoires.
A titre illustratif, pour les achats locaux, tout bénéficiaire d’une exonération de taxe sur la
valeur ajoutée à l’exception des organismes diplomatiques, doit adresser une demande expresse au
Directeur Général des Impôts et des Domaines pour la mise en œuvre des dispositions prévoyant
l’exonération de la taxe. Pour des importations, la demande doit être adressée au Directeur des
Études et de la Législation de la DGD disposant d’une délégation de signature en matière
d’exonération des droits et taxes d’entrée.
Dans les deux systèmes fiscaux étudiés, toute demande d’exonération s’accompagne d’un
dossier comprenant plusieurs pièces justificatives.
Dans le système béninois, l’entreprise attributaire introduit un dossier comprenant les pièces
suivantes:
16
La déclaration MP1 est un imprimé sur lequel les renseignements suivants sont consignés : l ‘identité de l’entreprise adjudicataire
du marché, l’identité de l’organisme bénéficiaire du marché et de l’organisme de financement, le montant hors taxe du marché
puis le montant du crédit demandé. Voir en annexe n° 01
25
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Dans le système fiscal Sénégalais, pour des achats locaux, le dossier déposé à la Direction
Générale des Impôts et des Domaines comprend :
- la demande ;
- une copie de l’acte légal ou conventionnel accordant l’exonération de la taxe sur la valeur
ajoutée ;
- une copie de la convention de don ou subvention non remboursable pour les opérations visées
par l’article 309 du CGI ;
- tout document permettant de déterminer l’étendue de l’exonération accordée ;
- des spécimens des signatures de deux personnes au plus nommément désignés comme seules
habilité à demander l’exonération ;
- les factures17 des fournisseurs ;
- la copie du texte consacrant l’exonération
17
Pour être recevable, la facture doit porter sur les biens ou travaux entrant dans le champ d’application de l’exonération accordée,
elle doit être délivrée en deux exemplaires au moins par des assujettis à la taxe soumise au régime du réel , elle doit aussi être
libellée en hors TVA et enfin elle doit comporter la mention en toutes lettres du montant hors taxes du prix du bien livré, des
services rendus ou des travaux effectués.
26
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Par contre, au Sénégal, les fournisseurs sont tenus de veiller à ce que les factures délivrées
aux clients exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) soient soumises par ces derniers à la
formalité du visa, dans un délai légal d’un mois19 au plus à compter du fait générateur de la taxe sur
la valeur ajoutée. Par tolérance administrative, la sanction n’est pas appliquée si les factures sont
présentées par le client à la formalité avant la fin de l’année du fait générateur de la taxe ajoutée
avec la preuve que le fournisseur a transmis au client pour visa dans un délai d’un mois à compter
du fait générateur.
18
Article 27 du CGI du Bénin
19
Délai prévu par la loi n° 2006 -42 du 21 décembre 2006 portant loi de finance pour l’année
27
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
La procédure sera abordée sur deux axes d’intervention à savoir la DGID et la DGD.
Une remarque pertinente observée dans le système sénégalais est relative à la saisie des
renseignements dans la base des données. La saisie est opérée après l’apposition du visa
contrairement au système béninois qui consiste à saisir les renseignements dans la base de données
avant toute validation par le chef de la M.F.R.E.
20
La validation consiste à effectuer un dernier contrôle par le représentant de La DGID ou la DGDDI selon qu’il s’agit d’une demande
de crédit intérieur ou douanier. Ce dernier contrôle permet aux deux représentants de procéder aux corrections nécessaires dans la
base de données ou le cas échéant de faire reprendre la saisie effectuée par le gestionnaire.
28
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
A la Direction Générale des Douanes (DGD), et précisément au Bureau des Franchises (BF),
le contrôle formel et le contrôle de fond sont opérés de la même manière que dans les structures
précédentes mais avec une célérité plus grande. L’agent compétent au vu des textes consacrant
l’exonération délivre le bon à enlever et escorte les biens jusque dans les locaux de l’organisme
bénéficiaire.
Le mécanisme d’exonération est un système qui consiste pour les États à prendre en charge
la partie fiscale de la transaction objet de l’exonération. Par partie fiscale, on entend les droits de
douane, les taxes intérieures et les taxes spécifiques qui grèvent la transaction. L’exonération
accordée est constatée sur un support conventionnel par lequel elle est utilisable.
21
Au Bénin, l’exonération est accordée au moyen du « certificat MP2 validé et signé » par
le représentant de la DGID et celui de la DGDDI. Toutefois, pour les marchés dont la durée de
réalisation n’excède pas quatre vingt dix (90) jours et les marchés dont le crédit d’impôt n’excède
pas un million francs (1 000 000 FCFA), la MFRE délivre l’intégralité du crédit dès le début des
travaux.
Par contre au Sénégal, l’exonération est constatée par l’apposition d’un cachet spécial portant
la mention « visa en exonération de la TVA »22 et d’un cachet portant la mention « facture visée
en exonération des taxes spécifiques »23 la suspension par un cachet portant la mention « visa en
suspension de la TVA »24
21
Voir infra, un exemplaire du certificat MP2 en annexe n° 02
22
Voir infra, ce cachet spécial portant la mention « visa en exonération de la TVA » en annexe n° 03
23
Voir infra, en annexe n°03
24
Voir infra, ce cachet portant la mention « visa en suspension de la TVA » en annexe n° 03
29
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les mentions « d’un crédit douanier de » et « d’un crédit intérieure de » inscrites dans le
cadre III du certificat MP226 permettent de faire la distinction entre l’exonération relative à la
fiscalité douanière et celle relative à la fiscalité intérieure.
Les crédits d’impôt accordés sont utilisables pour des opérations biens déterminées à savoir
l’achat de service ou biens locaux ou importation de biens.
Dans les deux systèmes étudiés (Bénin et Sénégal), le crédit d’impôt douanier matérialisé par
le certificat MP2 (Délivré par la MFRE - BENIN) et par le titre d’exonération (délivré par la DGD
sénégalaise) servent à enlever les marchandises pour lesquelles ils sont délivrés.
25
Voir infra, un exemplaire du certificat MP2 en annexe n° 02
26
Voir infra, un exemplaire du certificat MP2 en annexe n° 02
27
Voir infra, un titre d’exonération en annexe n° 04
30
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Par contre au Sénégal, le visa permet au bénéficiaire de l’exonération de payer en hors taxes.
L’entreprise quant à elle souscrit sa déclaration de TVA en inscrivant les affaires exonérées dans la
rubrique du chiffre d’affaires exonérées. Toutefois, l’entrepreneur garde la faculté de demander la
restitution du crédit de TVA né du fait de l’exécution d’un tel marché car celui-ci doit supporter la
TVA au moment d’acquérir les matériaux et facturer en hors taxes.
31
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
DEUXIÈME PARTIE
32
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Malgré la spécificité des deux dispositifs des régimes dérogatoires étudiés, les insuffisances
ont été identifiées de part et d’autre. Elles seront recherchées sur le plan juridique et institutionnel
(section 1) puis examinées au niveau des incidences financières et des effets pervers engendrés par
les régimes dérogatoires (section 2)
On évoquera les insuffisances d’ordre juridique (paragraphe 1) et les faiblesses des structures
qui gèrent les régimes d’exception (paragraphe 2).
28
Article 102 de la Constitution Béninoise du 11 décembre 1990 et l’article 77 de la constitution sénégalaise du 07 janvier 2001
33
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
L’analyse des mesures fiscales dérogatoires laisse penser que le nombre des régimes
dérogatoires est aussi important au Bénin qu’au Sénégal. Mais, en se référant à la typologie
précédemment étudiée, l’on peut affirmer qu’au Sénégal le paysage des régimes dérogatoires subit
des modifications à un rythme relativement plus fort. Il est évident que ces dispositifs fiscaux
participent de la politique affichée des gouvernements sénégalais à lutter contre le sous-
développement et le chômage. Cependant, force est de constater que la multiplicité des mesures
incitatives introduit de nouveau une complexité dans la législation fiscale dont la clarté n’est pas
toujours accessible au contribuable.
Aussi, faut- il souligner que la multiplicité entraîne parfois la superposition des objectifs et
partant des avantages. A titre illustratif, au Sénégal, la création d’emplois, la création de richesse et
le transfert de technologies sont visés comme objectif dans la plupart des régimes dérogatoires.
L’encouragement des exportations est prévu dans divers régimes en sus du statut de L’EFE.
En outre, le paysage des régimes d’exception révèle que les dispositions qui consacrent les
régimes privilégiés sont éparpillées sur plusieurs supports, ce qui ne favorise pas la facilité à
l’information. Au Sénégal, cette lacune a été perçue et comblée par le groupe FONDAS29 qui a
trouvé la formule de regrouper la plupart des dispositions fiscales en un seul document. Cependant,
le problème demeure car ce document malgré son mérite, n’a pas une valeur légale.
29 ème
GROUPES FONDAS AUDIT ET CONSEIL 14, Avenues des Jambars, 3 immeubles Rose, BP 11320 Dakar Sénégal, SITE Web
WWW. fondas.sn
34
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Premièrement, les courtes durées ne favorisent pas les nouvelles entreprises, qui peinent
parfois à prospérer en début d’exploitation. Les courtes durées ont également tendance à attirer les
projets à court terme dont les avantages, pour l’économie nationale, ne sont en général pas aussi
intéressants que ceux des projets à long terme. Les longues durées, quant à elles ne permettent pas
aux États d’opérer des aménagements nécessaires face aux aléas économiques qui influent sur les
priorités des gouvernements compte tenu du principe des droits acquis. C’est cette situation qui crée
de longues périodes transitoires pendant lesquelles cohabitent les anciens et les nouveaux régimes
entraînant ainsi la confusion.
30
La T.V.A. subie en amont lors de l'acquisition de biens et services utilisés pour des besoins de l'entreprise (en règle générale) est
imputable sur la T.V.A. collectée lors des opérations de vente. Et l'excédent est versé au trésor public.
35
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les dysfonctionnements constatés sont de divers ordres. Pour les apprécier, il faudra
s’intéresser aux plans organisationnel et matériel.
Les deux pratiques ont chacune sans doute des avantages et des inconvénients. Cependant,
pour des raisons d’efficacité, d’économie et de contrôle, la deuxième pratique qui consiste à
éparpiller la gestion des régimes fiscaux dérogatoires présente beaucoup plus d’inconvénients.
Ensuite, l’éparpillement ne facilite pas la procédure à l’investisseur que l’État prétend attirer
car, celui-ci, dans cette situation, est obligé de s’adresser à plusieurs interlocuteurs (administration
douanière, administration fiscale).
36
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
particularité que les agents qui composent ce personnel sont pour la plupart de la hiérarchie A alors
que des tâches confiées à ces derniers pourraient être exécutés par des agents de la hiérarchie B.
Outre ces insuffisances institutionnelles notées, il importe de signaler les effets pervers des
régimes dérogatoires.
Le recours aux régimes dérogatoires entraîne des pertes de recettes qui peuvent être
considérables dans la mesure où l'octroi d'exonération est rarement maîtrisé. Aux renonciations
directes de recettes, s’ajoutent des pertes de recettes entraînées par le détournement du dispositif à
travers la fraude et l’évasion fiscale sans compter la désorganisation de la concurrence.
37
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les avantages fiscaux ont un coût pour les finances publiques. Les tableaux suivants
retracent l’évolution en milliards de francs CFA, des exonérations accordées par les États béninois
et sénégalais en matière de la fiscalité indirecte au cours des neuf dernières années.
Tableau n° 02 : Évolution du volume des exonérations accordées par la MFRE, de 1999 à 2007
(RTR)33(BENIN) 25,48 21,89 25,61 31,87 25,89 48,59 27,23 22,96 25,59
31
RRF signifie renonciation de recettes fiscales
32
RRD signifie renonciation de recettes douanières
33
RTR signifie renonciation totale de recettes
38
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
140
120
100
80 Bénin
Sénégal
60
40
20
0
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Le graphique ci-dessus retrace sur neuf ans, l’évolution du volume des exonérations
enregistrées au Bénin et au Sénégal.
Au Bénin, de 1999 à 2004, le volume des exonérations a connu une évolution ascendante en
passant de 25,48 milliards de francs CFA à 48,59 milliards de francs CFA ; par la suite, on a
enregistré une inversion de la tendance qui est passée de 25,48 milliards de francs CFA en 1999 à
25,59 milliards de francs CFA en 2007. La plus grande valeur du volume des exonérations
enregistré en 2004 représente 15,9% des recettes fiscales34 et 5, 07% du PIB35 de la même année.
Au Sénégal, de 1999 à 2003, le volume des exonérations a connu une évolution ascendante
forte en passant de 57 milliards à 117,3 milliards de francs CFA. De 2003 à 2007, la tendance a
baissé avec une évolution en dents de scies pour atteindre 96,67milliards de francs CFA en 2007.
Sur la période couverte par l’étude, on note le premier pic de 117, 3 milliards de francs CFA en
2003 et le second de 109,7 milliards de francs CFA en 2005. Cependant, la plus grande valeur du
34
Les recettes fiscales (y compris les recettes douanières) du Bénin en 2004 sont de 304,9 milliards de francs CFA, source :
Commission de l’UEMOA, Comité de convergence et BCEAO, avril 2005 www.izf.net
35
Le PIB du Bénin en 2004 est de 956,7milliards de francs CFA, source : idem
39
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
volume des exonérations enregistré en 2003 représente 17% des recettes fiscales36 et 3, 19% du
PIB37 de la même année.
Ces pourcentages ne sont pas négligeables lorsqu’on les compare à ceux dégagés par d’autres
études38 effectuées en Afrique. Cependant, il est évident que des études plus poussées doivent être
réalisées pour mesurer l’efficacité des dépenses fiscales afin de pouvoir évaluer leurs incidences
réelles.
Bien que les études plus poussées doivent être menées pour évaluer les régimes dérogatoires,
certains spécialistes affirment que les « dividendes » que l’État peut espérer recueillir en
contrepartie des avantages fiscaux concédés ne sont toujours pas garantis. Dans le meilleur des cas,
les avantages accordés ont réussi à attirer des investissements de taille très modeste. Par ailleurs,
certains secteurs peinent à décoller. Les quelques investissements visibles sont rattrapés par la
concurrence asiatique et plus particulièrement celle de la Chine (les marchés béninois et sénégalais
sont envahis de produits chinois). En outre, le chômage évolue à un rythme inquiétant malgré les
efforts consentis par les gouvernants.
La question de la pertinence des exonérations se pose d’autant plus que, malgré des
dispositions fiscales très avantageuses pour les investisseurs, le montant des investissements en
Afrique représente moins de 1% des investissements mondiaux (dont 80% pour les pays du
Maghreb)39
36
Les recettes fiscales (y compris les recettes douanières) du Sénégal en 2003 sont de 677milliards de francs CFA, source :
Commission de l’UEMOA, Comité de convergence et BCEAO, avril 2007 www.izf.net/pages/senegal/6058
37
Le PIB du Sénégal en 2003 est de 3669,4 milliards de francs CFA, source : idem
38
Néji BACCOUCHE, Professeur à la faculté de droit de Sfax –Tunisie, « Maghreb et concurrence fiscale »
39 e
AFRITAC FMI, « optimisation du rendement de la TVA », 20 colloque internationale du CREDAF, Niger, 2005
40
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Selon le dictionnaire des finances publiques, « La fraude fiscale est la violation de la loi
dans le but d’échapper à l’impôt grâce à des moyens illicites »40. Malgré les dispositifs institués au
Bénin et au Sénégal pour maîtriser les exonérations et éviter les abus, des difficultés subsistent.
Par ailleurs, les mêmes enquêtes ont révélé que certaines entreprises agréées aux régimes
privilégiés ayant importé des matériaux en franchise pour construire les hôtels, transforment lesdits
hôtels en immobilier pour les louer ou les vendre.
En outre, d’autres entreprises bénéficiaires des mêmes régimes privilégiés (par exemple EFE
au Sénégal et ZFI au Bénin) se bornent à commercialiser dans les marchés locaux une partie leurs
productions et ce en violation de la clause qui fixe le quota de la production annuelle à exporter
(65% au Bénin et 80% au Sénégal).
Toutes ces manœuvres occasionnent des pertes de recettes fiscales préjudiciables aux
finances publiques. Les manques à gagner pourraient se situer au cordon douanier par l’importation
des biens en franchise d’une part, puis à l’intérieur par l’exercice d’une activité commerciale
déguisée d’autre part (non paiement des impôts y afférents)
40
Jacques Percebois, J. Aben, Alain Euzéby, Dictionnaire des finances publiques, Armand colin, Paris 1995, p 110
41
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
vigueur »41. L’évasion fiscale est la forme d’incivisme la plus répandue dans les pays développés et
comme dit Jean-Baptiste Geffroy « L’évasion est un moyen légal voire légitime d’échapper à
l’impôt 42 ».
Les régimes fiscaux spécifiques portent en eux mêmes des germes de la tentation à l’évasion
fiscale. De par les imperfections des régimes dérogatoires, les investisseurs pourraient par divers
moyens réussir à échapper indéfiniment à l’impôt.
Dans un premier temps, les investisseurs peuvent déguiser les investissements existants en
nouveaux investissements (par exemple, en mettant fin à un projet pour le relancer sous un nom
différent tout en en conservant la propriété)
Dans un troisième temps, les entreprises bénéficiaires des régimes spéciaux pourraient
s’adonner au nomadisme fiscal. Ainsi, ceux-ci peuvent effectuer un calcul économique de rentabilité
qui prend en compte principalement l’espérance de profit. En clair, il s’agit pour ces entreprises
fiscalement habiles, de déterminer la probabilité de récupérer leurs capitaux avant tout changement
de conjecture défavorable. Sachant que plusieurs pays disposent d’une législation prévoyant les
avantages fiscaux équivalents, il est loisible aux opérateurs les moins scrupuleux de transférer leurs
investissements chaque fois qu’ils le jugent nécessaire, d’un pays vers un autre où ils peuvent
bénéficier des mêmes faveurs fiscales. En opérant de cette manière, les transferts d’entreprise de
pays à pays et les transferts de capitaux correspondant prennent un caractère purement spéculatif
que certains observateurs qualifient « d’une aide au développement à l’envers »
Ces éventualités d’évasion fiscale et de nomadisme fiscal pour les investisseurs habiles ne
sont apparemment plus possibles au Sénégal avec l’avènement de la suspension de TVA instituée
par la loi n° 2004-06 du 06 février 2004 portant code des investissements. Au Bénin, ces risques
demeurent et interpellent les pouvoirs publics.
41
Id. p 101
42
GEFFROY (J.B.), « Grands problèmes fiscaux contemporains », p. 562
42
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Les faits de détournement de biens révélés supra par les agents fiscaux et douaniers faussent
le jeu de la concurrence au détriment des autres agents économiques exerçant dans le même secteur
d’activité d’autant plus que les contrevenants pratiquent des prix abusivement bas.
L’investissement est devenu, depuis quelques années, l’objet de convoitise des politiques
publiques. A l’instar des entreprises, et en l’absence de conventions internationales, le jeu de la
concurrence autorisent les États à se mettre en concurrence entre eux pour offrir l’environnement
fiscal le plus attractif possible. Les États de l’espace UEMOA en dépit des spécificités socio-
politiques sont confrontés à cette situation. Les cas du Bénin et du Sénégal en sont des exemples
palpables de par la similitude des techniques fiscales incitatives à l’investissement.
L’analyse des régimes dérogatoires et le constat de leur impact négatif sur les finances
publiques nous amène à proposer quelques pistes de réformes dont la mise en œuvre rendrait plus
confortable les finances publiques.
43
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Pour pallier les insuffisances liées à la gestion des régimes dérogatoires institués au Bénin et
au Sénégal, il faudra repenser les approches de politiques d’exonération et d’incitation existantes
puis réaménager les dispositifs organisationnels y afférents.
Il sera question dans cette section de proposer des techniques qui permettent à la puissance
publique d’éclairer ses choix de politique fiscale afin de réaliser au moindre coût les objectifs
escomptés.
La durée des statuts, constitue un facteur dommageable pour les finances publiques.
L’exonération cumulée de plusieurs impôts pendant une certaine période relativement longue avec
la possibilité de renouvellement paraît inadéquat et imprudent compte tenu des inconvénients
relevés supra. Les régimes dérogatoires devront être systématiquement accordés pour de courtes
durées. La période d’expérimentation proposé par Abdou Diouf43 est digne de mention d’autant plus
qu’elle consiste à mettre en place un appareil adéquat de suivi et d’évaluation pour les premières
années d’application. Ainsi, la décision de reconduire une mesure dépendrait-elle des résultats de
l’évaluation de ses premiers effets.
43
Abdou Diouf, « pour une rationalisation des dépenses fiscales », Revue de l’amicale des inspecteurs des impôts et domaines du
Sénégal « L’impôt » N° 15 septembre 2008, P13
44
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
La fiscalité directe, constituée des impôts frappant directement les revenus et la richesse, soit
de personnes physiques, soit de personnes morales, est traditionnellement considérée comme un
instrument privilégié pour agir sur la répartition primaire des revenus ou des richesses (objectif
d’équité). Malheureusement, le potentiel de recettes fiscales y afférentes est réduit à la fois en raison
de la faible importance des entreprises imposables et de l’incivisme fiscal.
Par ailleurs, la fiscalité directe sur les entreprises personnes morales se justifie par
l’existence d’une capacité contributive et aussi par leur consommation de biens collectifs.
En outre, l’IS, l’IRVM constituent des prélèvements sur des résultats positifs acquis après
exploitation. La pratique qui consiste à procéder à l’exonération cumulée ou non de ces impôts nuit
manifestement aux finances publiques. Certains faits d’expérience donnent à conclure que
« l’efficacité de ces encouragements fiscaux pour attirer des investissements supplémentaires au-
delà de ceux dont les pays auraient bénéficié de toute façon, sans de tels encouragements, est
souvent douteuse. La valeur de l’encouragement fiscal risque par ailleurs d’être toute relative pour
un investisseur étranger puisque c’est le Trésor de son pays qui risque d’en être le véritable
bénéficiaire dans un cas où, par exemple, les revenus exonérés dans le pays hôte sont imposés par le
pays de résidence de l’investisseur »44 .
Au regard de ces considérations il serait plus opportun et plus prudent d’instituer des
exonérations conditionnelles et dégressives
L’exonération dégressive consistera à octroyer des avantages fiscaux de façon à sortir les
bénéficiaires de cette situation progressivement. Le mécanisme est identique au principe comptable
de l’amortissement dégressif. Par illustration, on peut octroyer cinquante pour cent (50%)
d’exonération la première année, vingt cinq pour cent (25 %) la deuxième année et dix pour cent
44
Vito Tanzi et HOWELL Zee, « Une politique fiscale pour les pays en développement », FMI, mars 2001
45
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
45
La TVA suspendue devient exigible dans le mois suivant celui de la fin de la période d’investissement et au plus tard le 15.
46
Le paiement des droits exigibles peut s s'étaler sur une période n’excédant pas douze mois.
46
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
forme de «retraits» effectués à partir du compte de taxes. De cette façon, on peut contrôler à tout
moment les recettes fiscales cédées et le montant des crédits d’impôt qui restent disponibles à
l’entreprise. Une telle technique est semblable à celle des crédits d’impôt institués par le code des
investissements sénégalais. Conformément aux dispositions de l’article 19 de ce code, les
entreprises sont autorisées durant une période de cinq ans, à déduire du montant du bénéfice
imposable, une partie (40%) des investissements retenus. Le montant des déductions ne pourra
dépasser 50% du bénéfice imposable pour le régime des entreprises nouvelles et 25% pour le
régime de projet d’extension.
Compte tenu des avantages de ce régime de déduction, il serait utile de l’étendre sur les
autres régimes et de l’expérimenter au Bénin.
Pour James Otto, « certains soutiennent qu'en freinant l’exploitation des ressources
naturelles, on aide à préserver ces ressources pour les générations futures. Ceux-ci préconisent
donc de taxer lourdement les mines pour décourager une exploitation rapide. D’autres répondent
par contre qu'en exploitant aujourd’hui les ressources minières au maximum, on peut créer des
infrastructures et financer les autres investissements nécessaires pour un développement plus
diversifié et durable et que par conséquent, il faudrait taxer les mines le moins possible »47
Le Bénin et le Sénégal ont opté pour cette dernière assertion en ratifiant le code minier
communautaire de l’UEMOA. Notre analyse milite en faveur de l’application à l’investissement
minier d’un traitement fiscal différent de celui appliqué aux autres activités économiques pour
plusieurs raisons.
47
James Otto, « la fiscalité des mines pour les pays en développement » pour la CNUCED, novembre 2000, p 2
47
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Deuxièmement, les produits miniers sont souvent destinés à être exportés sur des marchés
très concurrentiels. Les mines produisent des matières premières dont les prix varient fortement en
fonction de la conjoncture.
Enfin, lorsqu’une mine ferme et ne produit plus, la remise en état du site est souvent très
coûteuse.
Pour certains analystes, cet attachement est paradoxal car : « la taxation des projets dans le
cadre du régime fiscal et douanier de droit commun aurait pour effet essentiel de dégager une aide
budgétaire non affectée qui prendrait la forme de recettes fiscales supplémentaires pour l’État
récipiendaire, ce qui correspond à une aide budgétaire »49.
Par ailleurs, un avantage essentiel de la taxation des projets serait aussi de libérer les
administrations fiscales et douanières de la charge administrative occasionnée par la gestion et le
contrôle de ces exonérations.
48
Aides non soumises à un usage précis par les bailleurs
49
Gérard Chambas, « Afrique au sud du Sahara: mobiliser les ressources fiscales pour le développement », Dakar, 2004
48
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Dans cette approche de suppression des exonérations sur les marchés financés sur ressources
extérieures, un séminaire organisé par la commission de l’UEMOA50 recommande la négociation
avec les partenaires au développement suivant un agenda basé sur des mesures à court, moyen et
long terme pour que ces marchés sur financement extérieur soient exécutés toutes taxes comprises.
La question est de savoir qui supportera les taxes? A priori, il n’est pas envisageable que l’argent du
contribuable des partenaires au développement serve à payer l’impôt. L’approche qui consiste à ce
que nos États procèdent au paiement cash des impôts serait plus soutenable même si certains
analystes pensent que les budgets des pays moins avancés ne sont pas encore confortables compte
tenue des priorités. Pour le représentant de la Banque Mondiale à ce séminaire, il a souligné que
selon les directives de ladite institution, l’exécution en toutes taxes comprises des marchés publics
financés sur ressources extérieures est envisageable51. Il a fait remarquer que cette démarche entre
dans le cadre de la déclaration de Paris sur l’harmonisation de l’aide et pose la problématique du
passage de l’aide projet à l’aide budgétaire.
50
Séminaire régional pour l’élimination des exonérations fiscales accordées aux marchés, projets et programmes financés sur
ressources extérieures, rapport final, Dakar, 13-15 décembre 2007
51
Id. p 7 du rapport final
49
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
1° Les exonérations accordées aux ONG ayant un accord de siège au titre des
investissements
De par leurs activités, il a été démontré plus haut que les ONG contribuent à la réduction de
la pauvreté. La mise en place de taxes sur les investissements des ONG irait à l’encontre de leur
finalité visant à intervenir en marge des États d’une part et constituerait un frein considérable à leur
activité d’autre part. Il convient par conséquent de maintenir les exonérations de cette catégorie.
En raison des insuffisances notées plus haut, le Bénin et le Sénégal doivent relever plusieurs
défis en vue d’améliorer la gestion des régimes d’exception.
50
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
La mise en place d’un système performant de production de statistique, est une condition
indispensable à la maîtrise des régimes dérogatoires. À cet effet, il convient alors d’améliorer les
programmes informatiques existants pour des régimes dérogatoires ou en cours de réalisation.
L’informatique permet de mettre en réseau les services de gestion, d’augmenter l’efficacité du
contrôle. Les utilisateurs trouveraient simplicité, rapidité, performance et sécurité à travers la saisie
des déclarations et leur stockage. Une application des systèmes complètement informatisés avec des
banques de données fiables couvrant tous les types de dépenses fiscales permettra d’assurer leur
surveillance, leur analyse et leur évaluation.
1° Renforcement du contrôle
Il existe deux formes de contrôle : le contrôle a priori et le contrôle a postériori. Dans les
deux systèmes étudiés, le contrôle a priori est souvent assuré. Par contre, pour ce qui concerne le
contrôle a postériori, on constate une insuffisance. Des cellules de contrôles des régimes de faveurs
existent au Bénin comme au Sénégal, mais force est de constater que ces organes n’exercent pas de
manière efficiente leurs attributions, faute de moyens appropriés.
51
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
En effet, les exonérations à but économique et social étudiées sont instituées pour des
objectifs bien déterminés. En conséquence, l’Etat doit pouvoir se réserver le droit d’exercer tous les
contrôles qui s’opèrent habituellement en matière de gestion de deniers publics. Il s’avère donc
nécessaire de réactiver les organes de contrôle existants en les dotant des moyens utiles afin que
ceux-ci puissent accomplir pleinement leurs missions. Dans un système fiscal déclaratif comme
celui du Bénin et du Sénégal, l’accent doit être mis beaucoup plus sur le contrôle a postériori. Les
contrôles d’ordre fiscal et douanier auront pour objectif de vérifier la destination des biens importés
en franchise afin de pouvoir dénoncer les bénéficiaires des régimes dérogatoires qui ne
respecteraient pas les clauses. Il n’est pas exclu que les autres corps de contrôle comme l’Inspection
Générale des Finances, l’Inspection Général d’État, fassent des contrôles dans ce sens. De tels
contrôles doivent aboutir à des sanctions sévères.
Bien qu’il y ait une tendance dans les organisations de la fonction publique à considérer les
évaluations comme quelque chose qui n’est fait que lorsqu’un donateur (bailleur de fonds) insiste
pour que ça le soit, le suivi et l’évaluation sont en fait des outils précieux pour l’administration
publique. Si l’Etat n’évalue pas les régimes dérogatoires, il pourra continuer à renoncer aux recettes
à des fins inutiles, sans atteindre le but escompté. Grâce au suivi et à l’évaluation, les décideurs
pourront juger de l’opportunité de création des régimes dérogatoires
La rentabilité renseigne si l’effort, est approprié en termes de résultat. Il pourrait s’agir d’un
effort de temps, de personnel, d’équipement et charges financières, tous consacrés à la gestion des
régimes dérogatoires, etc.
52
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
L’efficacité mesure à quel point les Etats béninois et sénégalais ont atteint les objectifs
spécifiques qu’ils s’étaient fixé. Par exemple si les Etats s’étaient fixé pour objectif de réduire le
chômage ou de promouvoir l’industrialisation dans une zone donnée, ils doivent se poser la question
de savoir s’ils ont réussi.
a) L’évaluation quantitative
L’évaluation quantitative doit pouvoir ressortir le nombre de régimes dérogatoires existants
et le poids en termes de volume financier. Ainsi les chiffres pourront permettre d’apprécier les
pertes de recettes par rapport au PIB, aux recettes fiscales, douanières, etc. Mais avant toute chose, il
convient comme l’a souligné Raymond Muzelec52, de s’accorder sur les critères de distinction de la
norme et de la dérogation car toute perte de recettes n’est pas une dépense fiscale. Pour cette raison,
et selon le contexte de chaque pays, les gouvernements du Bénin et du Sénégal devraient clarifier le
périmètre des régimes dérogatoires.
b) L’évaluation qualitative
Ici l’attention doit permettre d’apprécier l’efficacité et la rentabilité. L’évaluation qualitative
permet un réexamen des régimes dérogatoires existants en vue d’une finalité plus juste. En se
référant à la définition de ces termes évoqués, on comprend aisément que l’évaluation qualitative
n’est pas l’apanage de l’administration fiscale; il faudra une équipe multi fonctionnelle composée de
cadres des Impôts, du Trésor, de la statistique de la Douane, et de l’économie.
Une fois la distinction faite, l’évaluation projetée (qualitative et quantité) pourra être
inclinée annuellement sur un rapport qui devra être annexé à la loi de finance chaque année. Ismaïlia
Diallo53, dans sa conception de l’évaluation des dépenses fiscales, a montré qu’un tel rapport servira
d’outil de transparence à l’égard de l’opinion publique. Cette transparence doit être de rigueur
pendant tout le cycle de vie d’un régime dérogatoire depuis son introduction, son application,
jusqu'à son évaluation. Dans tous les cas le suivi et l’évaluation pourraient se faire par nature de
mesure dérogatoire, par bénéficiaire, par type d’impôt et par objectif. Ces éléments d’appréciation
sont consignés dans le tableau suivant
52 e
Raymond Muzelec « finances publiques » 14 éd. DALLOZ 2006, p 567
53
« Pour une rationalisation des dépenses fiscales », revue de l’amicale des inspecteurs des impôts et domaines du Sénégal
« L’impôt » N° 15 septembre 2008, P12
53
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Tableau n° 05 : Les principaux paramètres pouvant servir à l’évaluation des mesures dérogatoires
54
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
En outre, il serait utile que les avis techniques émis par les professionnels de la fiscalité sur
les projets de loi de finances relatifs aux régimes dérogatoires ne soient pas de simples formalités à
remplir par les techniciens, de simples avis consultatifs, mais plutôt des avis qui s’accordent avec la
décision de des pouvoirs publics. Dans un domaine aussi sensible que les finances publiques, les
avis techniques ne doivent pas être influencés par la pression politique et lobbyiste mais plutôt
doivent être guidés par les contraintes budgétaires.
55
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Il convient d’adopter un texte communautaire fixant les modalités de gestion des régimes
dérogatoires. Ce texte préconisé devrait inciter les États membres à produire des rapports annuels
d’évaluation des dépenses fiscales tout en leur indiquant la méthodologie.
Le cadre régional est favorable aux réformes, car les institutions régionales subissent moins
l’influence des groupes de pression nationaux. La politique fiscale incitative menée dans le cadre
régional n’empêchera pas la concurrence fiscale entre États; celle-ci sera appelée à s’exercer sur le
terrain, non par des avantages fiscaux dérogatoires, mais sur celui de l’amélioration du régime fiscal
de droit commun. Dans ces conditions, il sera difficile de contester son bien-fondé. Aussi, convient-
il de souligner que cette mesure permettrait un partage un peu plus équitable des bases imposables
entre États. C’est cette optique d’harmonisation qui a guidé en mai 1996, la Conférence des Chefs
d'État et de Gouvernement de l'UEMOA à décider d'adopter un Code Communautaire des
Investissements. Malheureusement le projet de règlement soumis au Conseil des Ministres n’est pas
adopté à ce jour.
Au nombre des aspects qui bloquent l'adoption du texte, il y a notamment son caractère peu
attractif au regard des Codes Nationaux actuels et l’importance que les États accordent à leur
souveraineté pour un aspect aussi sensible qui touche la fiscalité. Cela n’est d’ailleurs pas spécifique
à l’UEMOA, l’Union européenne rencontre de pareilles difficultés.
Malgré les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre, le processus d’adoption d’un code
communautaire des investissements ne doit pas être abandonné. Il est nécessaire que l’espace
UEMOA se dote d’un code communautaire des investissements à l’instar de la zone CEMAC pour
laquelle l'harmonisation des mesures de protection et d'incitation aux investissements a donné lieu à
l'adoption d'une Charte des Investissements issue du Règlement n° 17/99/CEMAC-20-CM-03 du 17
décembre 1999.
56
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Ces mesures passent par la levée des obstacles indépendants de la fiscalité puis par la
restauration de la confiance de l’État en matière de gestion efficace et bienveillante des crédits de
TVA.
C’est pourquoi, des actions directes sur les handicaps à la compétitivité des investissements
pourraient valablement accompagner les actions menées à travers la fiscalité. Dès lors, un climat
d’investissement sain doit intégrer les autres paramètres cités plus haut.
57
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
remboursement des crédits de TVA est tributaire du niveau de la trésorerie de l'État qui n’est
souvent pas reluisant d’où la non crédibilité des instruments de paiement que sont les certificats de
détaxe et les chèques sur le trésor.
En tout état de cause, les pouvoir publics doivent assainir le mécanisme de gestion des
crédits de TVA. Le remboursement effectif en temps réel constitue une réintégration de fonds dans
le circuit économique puis crée un climat de sérénité et de confiance indispensable au
développement économique. Une entreprise dont le crédit est compensé ou remboursé, serait enclin
à déclarer permanemment l'entièreté de ses opérations car assurée de la prise en considération de ses
différentes déductions. La gestion efficace et bienveillante des crédits de TVA s'affirme ainsi
porteuse de fidélisation des redevables. Les certificats de détaxe et les chèques sur le trésor délivrés
pour le remboursement des crédits doivent être les titres valables et liquides.
58
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
CONCLUSION
La présente étude intervient dans un contexte économiquement difficile pour les Etats
africains qui manifestent une attente forte des régies financières. Au Bénin et au Sénégal, les
régimes fiscaux dérogatoires constituent l’un des piliers de la politique fiscale à repenser pour
améliorer le rendement de l’impôt et partant, les ressources budgétaires de ces pays.
En effet, dans le souci d’encourager et de stimuler les projets de développement, les Etats
béninois et sénégalais signent avec les ONG étrangères, les partenaires, puis les investisseurs privés
nationaux et internationaux, des accords, conventions et agréments qui induisent des exonérations
d’impôts et taxes. La description comparative des deux systèmes étudiés a permis de dégager des
ressemblances et des divergences relatives à la typologie, au cadre juridique et institutionnel puis
aux modalités de gestion des régimes d’exception.
De cette étude, il ressort que la gestion des régimes d’exception est empreinte de
dysfonctionnements, du fait d’une part, de la multiplicité des régimes dérogatoires, de l’intangibilité
des droits acquis relative à la longue durée des agréments puis de l’imprécision de certaines
conventions; et d’autre part, de l’importance du volume des exonérations à laquelle se s’ajoutent les
pertes de recettes occasionnées par la fraude et l’évasion fiscale. En outre, l’éparpillement des
organes de gestion, le manque de ressources humaines et l’inefficacité des applications
informatiques mises en place sont des facteurs qui ne favorisent pas la bonne gestion des régimes
dérogatoires étudiés. Enfin, le manque de contrôle et d’évaluation des régimes d’exception ne
permettent pas d’atteindre la rentabilité escomptée des régimes dérogatoires.
En dehors, du fait que cette étude permettra aux deux Etats d’échanger les bons concepts et
les bonnes pratiques, diverses mesures sont proposées en vue de pallier les insuffisances notées.
Ceci à travers plusieurs axes.
59
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
- fusionner et de redéfinir des attributions des organes de gestion des régimes d’exception ;
- doter les organes de gestion des régimes d’exception, des moyens humains et matériels
suffisants ;
- renforcer le contrôle des activités des bénéficiaires de régimes dérogatoires afin que soient
dénoncés et recherchés en paiement des droits éludés les délinquants fiscaux ;
- procéder à l’évaluation quantitative et qualitative des régimes dérogatoires.
- regrouper par objectif des régimes dérogatoires et de les consigner dans un seul document,
dans le but de rendre le paysage des régimes dérogatoires moins opaque;
- redéfinir l’initiative de la création des régimes dérogatoires ;
- et enfin poursuivre le processus d’adoption du code communautaire des investissements
Enfin, une bonne gestion des régimes fiscaux dérogatoires implique forcément une bonne
gestion des remboursements des crédits de TVA, cela participe de la crédibilité des Etats à l’égard
des investisseurs. Une meilleure application des solutions préconisées milite en faveur d’une
harmonisation des bonnes pratiques de gestion des régimes dérogatoires dans la zone UEMOA.
60
La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
OUVRAGES
- Cozian (M.) : Précis de fiscalité des entreprises, Litec, 31e éd., Paris, 2007
- GEFFROY (J.B) : Grands problèmes fiscaux contemporains, P.U.F, Paris 1993
- Guillien (R.) et Vincent (J.) : Lexique des termes juridiques, DALLOZ 10e éd., Paris, 1995
- Jacques(P.) Jacques (A.) Alain (E.) : Dictionnaire de finances publiques, Armand Collin,
Paris, 1995
ARTICLES
- Abdou Diouf, « Pour une rationalisation des dépenses fiscales », L’impôt, N°15 septembre
2008, revue de l’amicale des inspecteurs des Impôts et des Domaines, Dakar, p 13 à 14
- Ismaila DIALLO, « L’évaluation des dépenses fiscales », L’impôt, N°15 septembre 2008,
revue de l’amicale des inspecteurs des Impôts et des Domaines, Dakar, p 10 à 12
- « Les marchés publics financés sur fonds extérieurs », Le cahier fiscal, bimestriel de la DGI
TOGO, N° 007 janvier /février 2008, Lomé, p 2
- Néji BACCOUCHE, professeur à la faculté de droit de Sfax- Tunisie « Maghreb et
concurrence fiscale »
MEMOIRES
- Moussa SIDIBE, « fiscalité minière, analyse critique des dispositions fiscales et douanières
du code minier de la République du Mali », DESS Administration fiscale, Université paris
Dauphine, s.d.
- O. G. Marcel HOUHANOU, « Le régime fiscal des ONG au Bénin : évaluation des
exonérations et de leur incidence sur les recettes fiscales », Cycle II, ENA - BENIN, 1998.
- P. Jean Baptiste ADJINDA, « Exonérations fiscales liées aux accords de siège des ONG :
nécessité d’un dispositif d’assainissement », Cycle II, ENA BENIN, 2006
- Sérigne Mor NDIAYE, « Analyse critique des régimes particuliers d’exonération ouverts
aux entreprises » Cycle A, ENAM SENEGAL, s.d.
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
DIVERS TEXTES
Textes béninois
- Arrêté n° 38 MP/REPE/DC/SG/DPI/SAC du 09 décembre 1998 fixant les modalités
d’agrément
- Arrêté n° 236/MF/DC/DGID/DGDD/MFMP du 17 septembre 1996 portant cahier des
charges fiscales des marchés publics et autres régimes d’exception
- Convention d’exploitation de réseau de téléphonie mobile de norme GSM entre l’État
béninois et la société GLO MOBILE BENIN signée le 20 août 2007
- Convention d’exploitation de réseau de téléphonie mobile de norme GSM entre l’État
béninois et la société SPACETEL BENIN SA
- Convention d’exploitation de réseau de téléphonie mobile de norme GSM entre l’État
béninois et la société BELL BENIN COMMUNICATION SA
- Convention d’exploitation de réseau de téléphonie mobile de norme GSM entre l’État
béninois et la société ETISALAT
- Code Général des Impôts béninois
- Circulaire n° 920 MF/DC/CF du 14 août 1995 mettant en œuvre un mécanisme de prise en
charge spéciale des impôts et taxes sur des intrants agricoles, des semences et appareils
phytosanitaires
- Décret n° 85-535 du 19 décembre 1985 portant privilège diplomatique et consulaire
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La problématique de la gestion des régimes fiscaux dérogatoires au Bénin et au Sénégal
Textes sénégalais
- Constitution sénégalaise du 07 janvier 2001
- Code Général des Impôts sénégalais
- Décret n° 2004- 627 fixant les modalités d’application de la loi n° 2004 – 06 du 06 février
2004 portant code des investissements
- Décret n° 96 -869 du 15 octobre 1996 portant application de la loi 95-34 du 29 décembre
1995instituant le statut de l’entreprise franche d’exportation
- Loi n° 98- 05 du 8 janvier 1998 portant code pétrolier sénégalais
- Loi n° 2004 -06 du 6 février 2004 portant Code des investissements sénégalais
- Loi n° 96-36 du 31 décembre 1996 portant création et fixant le statut de technopole de Dakar
- Loi n° 2007 -16 portant création et fixant les règles d’organisation et de fonctionnement de la
zone économique spéciale intégrée
- Loi n° 91-04 du 11 février 1991 portant loi d’habilitation
- Loi sur la zone franche industrielle
- Loi n° 95-34 du décembre 1995 portant statut de l’entreprise franche d’exportation au
Sénégal
- Loi n° 2007-25 du 11mai 2007 accordant des avantages dérogatoires au code des
investissements et au code minier pour des investissements de plus de 250 milliards
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ANNEXES
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ANNEXES
N° DESIGNATION
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