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Commentaire de texte : incipit romanesque

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40 Construire le commentaire

Objectifs du chapitre
Poser les bonnes questions à un texte pour en faire un commentaire pertinent.
Organiser les éléments de réponse afin de construire un plan.

OBSERVER
Démarche
Le texte proposé est l’incipit d’un roman contemporain, qui pose un certain nombre
de questions. Cet incipit assez déroutant ne répond pas complètement aux interro-
gations du lecteur, qui en est réduit à faire des hypothèses, et à relier les éléments
du texte afin de proposer une interprétation.

1. Poser les questions initiales


a. Genre : roman. Objet d’étude : « Le roman et le récit du xviiie au xxie siècle ».
b. Incipit : première page du roman. On attend des informations sur le cadre spa-
tio-temporel, les personnages et l’intrigue.
c. Plusieurs mots ne sont pas français et sont d’ailleurs traduits : Anderer (l. 15), Vol-
laugä (l. 18), De Murmelnër (l. 18-19), Mondlich (l. 20), gekamdörhin (l. 21). Ils font penser
à de l’allemand, mais ce n’est pas de l’allemand.

2. Poser les questions approfondies


a. Le narrateur est un personnage : Brodeck (« je »). Plusieurs destinataires sont pos-
sibles : tout le monde (l. 2) ; mais aussi et surtout un « vous » qui pose une question,
et auquel Brodeck répond par anticipation : Ne me demandez pas son nom, on ne l’a
jamais su (l. 16). Ce « vous » peut être le lecteur, d’autant que Brodeck tradui[t] (l. 17)
les mots du dialecte. Brodeck parle de ce qui venait de se passer (l. 3), mais cet évé-
nement reste très mystérieux, comme le montre l’absence de COD après le verbe
« dire » : tu diras (l. 11). Il s’agit vraisemblablement d’un acte grave : finir comme l’Ande-
rer (l. 15). Par ailleurs, cet événement mystérieux semble réactiver un souvenir dou-
loureux plus ancien – dont on ne sait rien : j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter
ma mémoire (l. 3-4).
b. Le personnage principal est Brodeck, le narrateur. On sait qu’il est innocent : je n’y
suis pour rien (l. 1), je n’ai rien fait (l. 3), relativement instruit : tu sais écrire (l. 6) ; étran-
ger et différent : en plus d’arriver de nulle part, il était différent, et cela, je connaissais
bien (l. 22-23).
c. Les autres personnages sont les villageois, les autres (l. 6), et également l’Anderer.
Préparer le bac

– Brodeck fait partie des villageois : on (l. 16), chez nous (l. 20), mais il est à part, du
fait de son savoir : tu sais les mots […]. Nous on ne sait pas faire cela (l. 9-10) et de son
origine : arriver de nulle part (l. 23).
– L’Anderer est un personnage mystérieux. Il n’est pas nommé, si ce n’est par des
surnoms, qui soulignent surtout sa différence : Mondlich – Lunaire – à cause de son
PARTIE 4

air d’être chez nous tout en n’y étant pas ; Gekamdörhin – celui qui est venu de là-bas
(l. 20-21) ; De Anderer – l’Autre (l. 22). Il a connu une fin obscure : finir comme l’Anderer
(l. 15). C’est un observateur : Yeux pleins (l. 18) qui parle peu : le Murmurant (l. 19). Bro-

CHAPITRE 40 Construire le commentaire 253


deck semble proche de ce personnage, qui est presque un double du narrateur : en
plus d’arriver de nulle part, il était différent, et cela, je connaissais bien : parfois même,
je dois l’avouer, j’avais l’impression que lui, c’était un peu moi (l. 22-24).
d. La machine à écrire souligne à la fois l’importance des mots (Brodeck écrit un rap-
port) et en même temps la difficulté de l’écriture : Plusieurs de ses touches sont cas-
sées (l. 12) ; Il lui arrive de se bloquer (l. 13). Le lecteur se demande alors quel est cet
événement mystérieux sur lequel Brodeck ne veut pas écrire, quel traumatisme il a
vécu et pourquoi il ne veut pas en parler.

EXERCICES
Exercice 1
a. Renvoyer au chapitre 32. Texte en vers libres (vers de longueur inégale, ne rimant
pas forcément). Genre : poésie.
b. Le locuteur, un jeune homme de seize ans (v. 2), est avide de découvertes, et très
enthousiaste : répétition du nom adolescence (v. 1 et 6), époque des grands engoue-
ments ; Et je n’avais pas assez des sept gares (v. 5) ; anaphore de l’intensif « si » : si
ardente et si folle (v. 6) ; image du feu : mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple
d’Ephèse… (v. 7).
c. Moscou est une ville immense, comme le montre le chiasme : dans la ville des mille
et trois clochers et des sept gares / Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille
et trois tours (v. 4 et 5), remplie de lumières : brûlait […] comme la Place Rouge de Mos-
cou / Quand le soleil se couche (v. 7-8). Elle est évoquée à travers une place embléma-
tique : la Place Rouge (v. 7) et est également reliée à un lieu qui évoque l’Antiquité : le
temple d’Ephèse (v. 7).

Exercice 2
a. Renvoyer au chapitre 17. Le texte est ici argumentatif.
b. Image de l’homme dans le premier paragraphe : l’homme peut à juste titre s’enor-
gueillir de ses progrès : il a bien sujet de se considérer avec complaisance (l. 1-2). Il est
devenu l’espèce la plus évoluée. Proche des animaux lors de son apparition, il a acquis
des compétences extraordinaires : quel secret ne dérobera-t-il pas à la nature ? (l. 5-6).
Ces dernières laissent présager encore d’autres progrès, dans les domaines de la phy-
sique : libérera l’énergie intra-atomique (l. 7), de l’astronomie : voyagera dans les espaces
interplanétaires (l. 7-8), de la médecine : il prolongera la durée de sa propre vie (l. 8-9),
et de la vie sociale : en instaurant un ordre meilleur dans ses collectivités (l. 11-12).
Image de l’homme dans le second paragraphe : l’homme n’est qu’une poussière dans
l’univers : royaume dérisoire parmi les astres sans nombre (l. 15) ; misérable grain de
boue où il réside (l. 23).
Mode de raisonnement : la concession : certes (l. 1), l’homme a progressé et a des
capacités incroyables. Mais, vu sa place ridicule dans l’univers, tous ces progrès ont
bien peu d’importance (l. 14). Renvoyer à la page 76.
c. Conclusion de l’auteur (troisième paragraphe) : l’homme est voué à disparaître,
comme de nombreuses espèces avant lui : L’espèce humaine passera, comme ont passé
les dinosaures et les stégocéphales (l. 24-25).

Exercice 3
Procédés d’écriture :
– Questions rhétoriques : lignes 4 à 6, puis 21 à 23.
– Parallélisme de construction : il libérera… il voyagera… il prolongera… il combattra

254
(l. 7-9), qui souligne les futures actions extraordinaires de l’homme.
– Pluriels et hyperboles : astres sans nombre (l. 15) ; gouffres glacés (l. 19) ; nébuleuses
spirales (l. 19-20), qui insistent sur la place minuscule de l’homme.
– Antithèse : royaume dérisoire (l. 15), qui montre que l’importance de l’homme est
toute relative.
– Images : Ce petit-fils de poisson, cet arrière-neveu de limace (l. 2-3), misérable grain
de boue (l. 23), qui visent à rendre claires les idées de l’auteur.
– Vocabulaire des animaux : poisson, limace (l. 3), dinosaures, stégocéphales (l. 25), qui
rappelle que l’homme est une espèce animale parmi les autres.

Exercice 4
a. Eau-forte : acide nitrique étendu d’eau, dont les graveurs se servent pour attaquer
le cuivre, là où le vernis a été enlevé par la pointe ; par extension, genre de gravure
utilisant ce procédé, gravure ainsi obtenue.
b. I. Peinture d’une ville moderne
Ville :
– parisien (titre) ➙ capitale ;
– angles obtus (v. 2) ; hauts toits pointus (v. 4) ➙ aspect géométrique de Paris, qui lui
confère une certaine dureté.
– La bise pleurait / Ainsi qu’un basson (v. 6) ; Miaulait d’étrange et grêle façon (v. 8) ➙
référence aux sons, à travers la comparaison et le jeu d’opposition entre le basson,
plutôt grave, et le miaulement, plutôt aigu.
Modernité :
– plaquait (v. 1) ➙ ce verbe évoque les plaques de métal ;
– zinc (v. 1) ➙ métal ;
– bouts de fumée (v. 3) ➙ activité industrielle ;
– Sous l’œil clignotant des bleus becs de gaz (v. 12) ➙ personnification des réverbères,
qui regardent le poète.
Peinture :
– Croquis (titre) ➙ idée d’esquisse ;
– plaquait (v. 1) ➙ rappelle la plaque de la gravure ;
– teintes (v. 1), angles obtus (v. 2), en forme de cinq (v. 3), noirs (v. 4), pointus (v. 4), gris
(v. 5), bleus (v. 12) ➙ travail sur les formes très découpées, caractéristiques de la gra-
vure, et les couleurs, sombres et froides.
II. De Paris au poète
Paris :
– noirs (v. 4) ; gris (v. 5) ; d’étrange et grêle façon (v. 8) : atmosphère sinistre et assez
inquiétante de la ville ;
– Le ciel était gris. La bise pleurait (v. 5) ; un matou frileux (v. 7) : froid et grisaille, qui
contraste avec le climat méditerranéen chaud et ensoleillé, suggéré par références
à la Grèce antique.
Le poète :
– Au loin, un matou frileux et discret / Miaulait d’étrange et grêle façon (v. 7-8) ➙ pré-
sence d’un animal qui prépare l’arrivée du poète ;
Préparer le bac

– Moi, j’allais (v. 9) ➙ pronom répété, ce qui crée une insistance sur la personne du
poète ;
– rêvant du divin Platon (v. 9) ; Sous l’œil clignotant des bleus becs de gaz ➙ le poète
s’inscrit dans Paris, mais son esprit est ailleurs, peut-être dans le monde des idées
cher à Platon ;
PARTIE 4

– du divin Platon / Et de Phidias, / Et de Salamine et de Marathon (v. 10-12) : énuméra-


tion de références à la Grèce antique, à travers un philosophe, un sculpteur, et deux
batailles – façon peut-être de souligner l’inadéquation du poète avec la modernité.

CHAPITRE 40 Construire le commentaire 255


c. Proposition de plan :
I. Peinture d’une ville moderne
1) Le poème propose une vision du Paris du xixe siècle.
– En effet, le titre mentionne la capitale.
– Le poète évoque essentiellement les toits de Paris, ses bruits…
– Ainsi que plusieurs éléments de la modernité.
Mais cette vision est celle d’un artiste.
2) Un poème-gravure : les références picturales.
– De fait, le titre suggère déjà la référence à l’art pictural.
– Et cela est corroboré par plusieurs termes évoquant l’art de la gravure, ainsi que
l’esthétique de celle-ci.
– De plus, les adjectifs de couleur confèrent à ce poème un aspect pictural.
II. De Paris au poète
1) Le poète s’inscrit dans la ville mais son esprit est ailleurs.
– En effet, regard panoramique sur les toits de la ville, puis focalisation sur le chat,
puis sur le poète.
– Mais les pensées du poète sont ailleurs…
2) Opposition entre la ville et les rêves du poète.
– En effet, Paris est décrite comme une ville froide, triste et inquiétante…
– Ce qui s’oppose aux pensées du poète, tournées vers la Grèce antique, pays chaud,
ensoleillé, civilisation des arts et de la philosophie.
3) Difficultés pour le poète de s’adapter au monde moderne.
Ce contraste peut être interprété comme la difficulté pour le poète de s’adapter au
monde moderne, industriel et prosaïque qui est le sien.
d. Proposition de problématique : Comment ce poème, qui se veut proche de la gra-
vure, oppose-t-il Paris et le poète ?

Exercice 5
a. L’expression de la surprise : Surprise de Dorante : Qu’entends-je ! vous, son père,
Monsieur ? (l. 4-5) ; déception de Lisette : Belle consolation ! (l. 27) ➙ Phrases excla-
matives, courtes, nominales.
Je ne saurais vous exprimer mon bonheur (l. 16-17) ➙ Absence de mots.
Un ordre social restauré : Tout le monde revient à sa place, les maîtres avec les
maîtres : vous avez voulu que je fusse à Dorante (l. 1-2), et les domestiques avec les
domestiques : Vous avez perdu votre rang, mais vous n’êtes point à plaindre, puisque
Arlequin vous reste (l. 25-26).
Les déguisements et le théâtre dans le théâtre : Les personnages se sont livrés à un
jeu théâtral (le déguisement, l. 14 : se faire passer pour quelqu’un d’autre) dont on nous
révèle les ficelles à la fin. Répétition du verbe connaître (l. 7, 13) et présence du subs-
tantif reconnaissance (l. 30) : les personnages savent maintenant qui ils sont réelle-
ment. Ils ont tous joué un rôle : la même idée de nous connaître nous est venue à tous
les deux (l. 6-7). Les maîtres ont ainsi joué le rôle des valets : Dorante me pardonne-t-il
la colère où j’ai mis Bourguignon ? (l. 20-21), et les valets celui des maîtres : vous avez
perdu votre rang (l. 25) ; avant notre reconnaissance, votre dot valait mieux que vous ;
à présent, vous valez mieux que votre dot (l. 29-31) : jeu d’antithèses et chiasme.
Le contraste comique entre les maîtres et les valets : Les maîtres se réjouissent. Sil-
via obéit à son père avec plus de joie qu’on n’en eut jamais (l. 2-3), et Dorante ne par-
vient même pas à exprimer [s]on bonheur (l. 16-17), tandis que Lisette est très déçue :
Belle consolation ! Il n’y a que toi qui gagnes à cela (l. 27-28), malgré les efforts d’Arle-
quin : De la joie, Madame ! (l. 24) ; vous n’êtes point à plaindre (l. 25-26).
L’amour et le mariage : Champ lexical du sentiment amoureux, concernant Silvia et
Dorante : aimez (l. 8), mes sentiments (l. 9-10), votre cœur (l. 10-11), ma tendresse (l. 18-19).

256
Double mariage : Silvia et Dorante : je fusse à Dorante (l. 1-2), et Arlequin et Lisette :
Arlequin vous reste (l. 26).
b. Proposition
I. Le coup de théâtre
1) L’expression de la surprise… caractéristique du coup de théâtre, qui entraîne…
2) … un contraste comique entre les maîtres et les valets. À la joie de Dorante d’ap-
prendre la véritable identité de Silvia s’oppose la déception de Lisette, qui n’épousera
qu’un valet. Ce dénouement est celui, traditionnel, d’une comédie.
II. Un dénouement de comédie traditionnel
1) L’amour et le mariage. L’amour et le mariage l’emportent.
2) Un ordre social restauré. En effet, ce dénouement rétablit l’ordre traditionnel : les
maîtres épousent les maîtres et les domestiques les domestiques.
3) Les déguisements et le théâtre dans le théâtre. Pourtant, la singularité de ce dénoue-
ment vient de ce qu’il nous parle du théâtre, de personnages qui ont joué un rôle et
sont enfin sincères à la fin.

Exercice 6
a. Problématiques qui conviennent : n° 2 et 4.
b. Problématique n° 1 axée sur Dorante : elle ne tient pas compte des autres per-
sonnages. Problématique n° 3 trop restreinte : elle ne traite que d’un seul aspect du
texte. Problématique n° 5 bien trop vague. La problématique doit tenir compte de la
singularité de chaque texte.

Exercice 7
a. Introduction 1 : Le texte n’est pas replacé dans son contexte historique et culturel.
La présentation du texte est correcte, sauf concernant le thème, indiqué de façon
trop vague (« il décrit une ville »).
Introduction 2 : Le texte est bien replacé dans son contexte historique et culturel.
Mais la présentation du texte est lacunaire : la date, la section et le titre du recueil
ne sont pas indiqués. Le thème du poème est en revanche correctement expliqué.
Introduction 3 : Le contexte historique et culturel n’est que suggéré. Il aurait fallu
développer, et faire le lien entre ce contexte et le poème proposé. Il manque dans la
présentation du texte le nom de l’auteur et le thème.
b. Proposition : Dans la deuxième moitié du xixe siècle, ère de la modernité, ce n’est
plus seulement la Nature qui intéresse les poètes, mais également la ville. Verlaine ne
fait pas exception et propose ici un « croquis parisien » reprenant une longue tradition
qui associe, depuis Horace, la poésie et la peinture. Ce poème est extrait de la section
« Eaux-fortes » (une eau-forte est une gravure) des Poèmes saturniens, écrit en 1866. Le
poète s’y met en scène la nuit dans la capitale.

Exercice 8
a. L’ouverture n° 1 ne convient pas : peu importent les raisons pour lesquelles Ver-
laine écrit sur la ville. Ce qui compte, c’est la façon dont il en parle. L’ouverture n° 2
convient, mais on attendrait un exemple précis qui comparerait deux évocations
Préparer le bac

de Paris (en citant par exemple un poème extrait de la section « Tableaux parisiens »
des Fleurs du Mal). L’ouverture n° 3 ne convient pas, car elle porte uniquement sur
un point précis de la modernité formelle. Si l’on ouvre sur la modernité poétique, il
vaut mieux convoquer d’autres poètes, comme Apollinaire.
PARTIE 4

Exercice 9
Élève 1 : – Il y a bien un argument : « ne disent rien de leur amour. Le duc joue un
double jeu ». - Une seule citation, qui n’est ni analysée, ni interprétée. – Style objectif.

CHAPITRE 40 Construire le commentaire 257


Élève 2 : – Pas d’argument. – Citations présentes et analysées, mais peu, voire pas
interprétées. – Style objectif.
Élève 3 : – L’argument est présent, mais l’élève est souvent proche de la paraphrase.
– Deux citations seulement, dont une mal introduite (« ex : »), ni analysées, ni inter-
prétées. – Style objectif.
Élève 4 : – L’argument est présent, mais l’élève ne parle pas du double jeu du duc. –
Quelques citations sont présentes, mais pas analysées, ni réellement interprétées.
– Style très subjectif. Emploi de termes inappropriés : se sente « mal », de modalisa-
teurs : « vraiment », « sans doute ». Écrit dans un style très relâché, voire incorrect :
« la princesse, elle, elle ne dit rien », et présence d’un avis personnel : « Cet amour réci-
proque, c’est vraiment beau ! ».
Élève 5 : – L’argument est présent. – Citations analysées et interprétées, correcte-
ment introduites, avec le numéro de la ligne. – Style objectif de l’analyse littéraire.

Exercice 10
La rédaction de deux sous-parties de commentaire peut être l’occasion de travail-
ler avec les élèves :
– d’une part sur l’organisation interne de la sous-partie : argument, nécessairement
justifié par une citation analysée et interprétée, citation qu’il faudra intégrer cor-
rectement.
– et d’autre part sur la façon de passer d’une sous-partie à l’autre : phrase de tran-
sition, importance des liens logiques.
Renvoyer au Mémo « Les règles d’écriture », p. 327.

Exercice 11
La rédaction d’une grande partie pourra être l’occasion de travailler la rédaction des
titres des grandes parties, la disposition typographique (sauts de ligne, alinéa), l’en-
chaînement logique des arguments en travaillant sur les phrases de transition.

41 Commenter un texte poétique

Objectifs du chapitre
Rappeler les principales caractéristiques de l’écriture poétique.
Fournir une méthode pour le commentaire de texte poétique.
Proposer des exercices analytiques et méthodologiques.
Aider à la rédaction.

OBSERVER
Démarche
Le texte d’Anne de Noailles se prête à une démarche de lecture et de commentaire
sans idée préconçue sur l’auteur, ici peu connu.

1. Poser les questions initiales


a. Le poème exprime l’intensité de la vie, une forme de rapport au monde intense
et heureux, peut-être un art de vivre en harmonie avec la nature.

258
b. « La Vie profonde » signifie la vie intense, la vie pleine, en pleine conscience du fait
d’être vivant et en contact avec la nature. On peut lire dans « profonde » une signi-
fication mystique.
c. Quatre quatrains d’alexandrins – rimes embrassées avec alternance de rimes mas-
culines et féminines.

2. Poser les questions approfondies


a. La régularité métrique vient du choix de l’alexandrin, du schéma des rimes embras-
sées et de la structure le plus souvent binaire du vers coupé en 6//6. La coupe en
3/3//6 ou en 2/4//6 marque clairement la mise en valeur d’un verbe et crée aussi une
régularité (vers 3 et 9).
b. La régularité provient aussi de la syntaxe, marquée par la répétition en début de
vers de la forme infinitive, de façon quasi-systématique (exceptions aux vers 4, 8, 13
et 15). Les seuls verbes conjugués se trouvent dans des propositions subordonnées
relatives elles aussi régulièrement en fin de quatrain (vers 8, 12 et 16). Cette syntaxe
est originale, dans la mesure où elle favorise l’emploi du mode impersonnel du verbe
et crée une attente chez le lecteur, celle d’une proposition principale avec un verbe
conjugué. L’intonation est donc constamment ascendante, comme celle d’une pro-
tase sans apodose, et crée une musicalité particulière. Les verbes à l’infinitif prennent
ainsi toute leur ampleur.
c. Le recueil est publié en 1901, au tournant du xixe et du xxe siècles, en pleine évolu-
tion de la forme poétique : après Mallarmé, Verlaine et Rimbaud, avant Apollinaire,
entre symbolisme et modernité.

EXERCICES
Exercice 1
a. 2 quatrains, 2 tercets, alexandrins, rimes embrassées identiques puis suivies et à
nouveau embrassées dans le sizain : un sonnet classique.
b. « passi/onné » subit une diérèse et « maîtresse » doit être lu en 3 syllabes. La dié-
rèse met le participe passé en valeur, en insistant sur la souffrance du poète – il faut
lire « passion » au sens étymologique ; la prononciation du e muet de « maîtresse »
produit aussi une mise en relief de l’apostrophe qui dit le lien de sujétion du poète
à l’aimée et fait ici du poème une véritable plainte.
c. Voir règles rappelées en a. Le sizain amène bien, de plus, une « volta », un tour-
nant dans le poème qui se tourne alors vers le poète et sa souffrance, après avoir
décrit la femme aimée au carnaval. Conformément à la tradition, le dernier vers est
une pointe : le poète annonce son silence à venir.
Exercice 2
a. Il s’agit d’un tercet et deux distiques. La plupart des vers sont octosyllabiques (1,
2, 4, 5, 7) deux sont heptasyllabiques (3 et 6).
b. Le poème met en relation le ciel et la terre. Le mot le plus important peut être
le titre, l’oiseau constituant une forme de lien entre le ciel et la terre. Mais on peut
Préparer le bac

aussi considérer d’autres mots, notamment « étoiles », objet d’une personnification,


seul élément mobile du poème.
c. Ce poème n’est ni descriptif ni narratif ; il évoque le monde à petits traits, à la
manière d’un « haïku ». Il choisit un angle surprenant qui fait se suivre la proximité
de l’oiseau et la distance des étoiles. Il souhaite davantage surprendre que bercer le
PARTIE 4

lecteur dans un rythme connu, rassurant. Il est volontairement irrégulier et bref, car
il dit avant tout l’incongruité du monde qui place à la vue de l’homme la familiarité
d’un oiseau et le mystère des étoiles.

CHAPITRE 41 Commenter un texte poétique 259


Exercice 3
a. Il s’agit d’un poème en prose, composé de cinq paragraphes. La dimension pro-
saïque est accentuée par l’épigraphe d’Hoffmann empruntée à ses Contes.
b. Le poème relate l’apparition rituelle de Scarbo : le poète l’entend et le voit (1er §),
l’entend rire près de son lit (2e §), le voit sur le sol (3e §), le voit se métamorphoser
(4e §), puis disparaître (5e §).
c. Le poème est scandé par l’anaphore de « Que de fois » suivi d’un verbe de percep-
tion. Les phrases sont le plus souvent de forme exclamative. Les comparaisons intro-
duites par « comme » créent aussi un phénomène de répétition (l. 2, 10, 13, 17 et 18).
Les paragraphes sont de longueur équivalente, ce qui rythme aussi la lecture.
d. Le rythme contribue à la poésie du texte, mais aussi :
– le travail sonore (allitération en [r] dans les 2e et 4e §, en [p] dans « pirouetter sur
un pied »…) ;
– les comparaisons inattendues, qui font allusion à l’univers médiéval (écu d’argent,
fuseau d’une sorcière, cathédrale gothique) ou à un matériau fragile (la cire) ;
– le mystère qui entoure les apparitions de Scarbo, son nom étrange, son appa-
rence, son aptitude à la métamorphose et à l’évanescence, sa dimension fantastique…
Exercice 4
a. Le texte est une description en prose, une pause descriptive dans un récit.
b. Bien que très précise, la description ne recourt pas à un vocabulaire scientifique.
On souligne au contraire le mystère de l’animal, et le narrateur recourt à des compa-
raisons pour le décrire : « comme une ombre… semblable à une petite fumée d’azur…
comme par enchantement… comme une onde… ». Le lexique appartient au champ
lexical du surnaturel : mystérieux, incompréhensible, magiquement, ténèbres, langue
de feu, enchantement.
c. Le texte recourt au rythme ternaire : « mystérieux, caché, étonnant » (l. 1), « ni
nageoires, ni pieds, ni ailes » (l. 5), mais aussi aux propositions brèves juxtaposées ou
coordonnées (l. 6 et 7, 9 et 10, 12 à 16). Le système corrélatif « tantôt… tantôt » (l. 9 et
10) scande aussi le rythme et contribue à lui imprimer une régularité rapide, sem-
blable au mouvement du serpent.
d. L’allitération en [s] est frappante. Le retour de la consonne liquide [l] est moins fré-
quent mais assez présent. On peut parler d’harmonie imitative.
e. Le travail du rythme, du son et de la syntaxe font de ce texte une prose poétique.
Exercice 5
Problématiques possibles : comment Anna de Noailles renouvelle-t-elle le lyrisme ?
Comment le poète rend-il universel son amour de la vie et du monde ? Comment le
poète partage-t-il avec le lecteur son sentiment de « vie profonde » ?
Exercice 6
Problématiques possibles : comment cette forme brève parvient-elle à exprimer le
mystère du monde ? En quoi consiste l’art de la petite touche / du fragment ? Quelle
vision du monde ce bref poème donne-t-il ?
Exercice 7
I. Poème qui célèbre le plaisir d’être au monde : 1) Expression d’un plaisir sensoriel :
verbes de perception, lexique des sens. 2) Référence à une nature douce et généreuse
(« profond feuillage … nuit paisible … sève universelle … sève universelle … soir aux cou-
leurs de cerise… »). 3) Perception d’une abondance qui semble conçue pour l’homme :
pluriels, énumération (v. 9), titre, figure de l’arbre à la mesure des désirs humains…
Exercice 8
a et b. Proposition
I. L’expression d’un amour malheureux : a) Portrait d’un amant désespéré. b) Percep-

260
tion du temps marquée par la douleur. c) Crise de l’identité chez le poète.
II. Le sonnet : un art de convaincre ? : a) L’art des oppositions. b) Une argumentation
soigneusement structurée. c) Une accusation progressivement conduite.

Exercice 9
I. Une prose poétique qui magnifie le serpent : a) Une description faite d’images
positives. b) L’art du mouvement. c) Une créature digne d’intérêt (mystérieuse, d’où
la transition vers II).
II. Le serpent, une créature inquiétante : a) Une créature difficilement descriptible
(description par images, couleurs indéterminées...). b) Une créature dangereusement
mobile (impression d’une omniprésence sournoise). c) Une créature assimilée à des
éléments négatifs (glaive, ténèbres, feu, dernière phrase).

Exercice 10
Proposition : Au tournant du xixe et du xxe siècles, la poésie surprend, dérange parfois
par la difficulté de son accès ou par la nouveauté de sa forme. Aussi la poésie d’Anna
de Noailles peut-elle paraître étonnamment classique, notamment dans sa structure.
Le poème « La Vie profonde », qui appartient au recueil Le Cœur innombrable publié en
1901, présente en effet quatre quatrains d’alexandrins de facture classique. Son thème,
le rapport entre l’homme et la nature, le sentiment d’harmonie qui s’en dégage, est
caractéristique du lyrisme. Toutefois, le poème n’est pas non plus dépourvu d’originalité
: s’il exalte le sentiment d’être au monde, c’est dans l’effacement total de la personne
du poète. Aussi nous interrogerons-nous sur la manière dont Anna de Noailles renou-
velle ici le lyrisme. Fondé sur une relation sensuelle au monde, le lyrisme exprime ici
son mystère et atteint ainsi une dimension universelle et intemporelle.

Exercice 11
a. Introduction 1 : commence par « ce texte » sans le présenter : l’auteur, l’œuvre ne
sont pas nommés, l’œuvre n’est pas contextualisée. Il n’y a pas non plus de problé-
matique. Introduction 2 : le recueil n’est pas daté ; le plan n’est pas annoncé. Intro-
duction 3 : absence de problématique.
b. L’introduction 3 peut servir de base de proposition, en insérant la problématique
de l’introduction 2.

Exercice 12
Proposition (sur la base de la correction de l’ex. 7) : Le poème « La Vie profonde »
célèbre le plaisir d’être au monde en exprimant un rapport sensuel aux éléments et à la
nature. Les verbes de perception « sentir » (v. 3 et 9), « goûter » (v. 7), et même « boire » (v.
6), traduisent cette relation, intensifiée par le mode impersonnel de l’infinitif qui donne
au verbe son sens plein, non limité par l’emploi d’un pronom personnel. Le verbe « sen-
tir » est mis en valeur par la coupe qui le suit, dans les deux cas (v. 3 et 9). Le corps est
représenté par les « mains » (v. 4), la « face » (v. 5), le « cœur » (v. 9), tandis que la nature
est évoquée de façon concrète, immédiatement perceptible : ce sont « les rayons du
soleil » que l’on sent et « le sel ardent » que l’on boit. Le sème de la chaleur est présent
Préparer le bac

aussi dans l’adverbe « chaudement » qui, bien qu’appliqué à « la joie » et à « la douleur »,


provoque « une buée humaine » au vers 8.

Exercice 13
Proposition : Évocation louangeuse de l’être aimé, hommage à sa beauté et à sa grâce,
PARTIE 4

la poésie amoureuse déplore aussi souvent les tourments de l’amour ignoré ou déçu. Les
Amours de Ronsard, notamment la section du « Second Livre des sonnets pour Hélène »,
publiés en 1578, s’inscrivent dans cette tradition. Le sonnet « Tandis que vous dansez et

CHAPITRE 41 Commenter un texte poétique 261


ballez à votre aise… » y excelle dans l’art de dépeindre les affres de l’amour, mais aussi
d’en adresser la responsabilité et le reproche à l’aimée elle-même. Sonnet classique, sa
structure offre le cadre d’une argumentation rigoureuse qui oppose aux plaisirs de la
belle la solitude désolée du poète. Notre lecture portera donc sur la façon dont l’élé-
gie abrite l’argumentation. Nous verrons tout d’abord comment s’exprime l’amour mal-
heureux du poète, puis étudierons l’art de convaincre au travers de la forme du sonnet.

Exercice 14
Proposition de rédaction du 1er § et éléments pour la suite :
S’il est un sentiment qui frappe à la lecture du sonnet de Ronsard, c’est bien celui de la
douleur du poète. Celle-ci s’exprime sans détours tout au long du texte, par des verbes
dont l’énumération graduée peut occuper un vers entier :
« ... je ne fais que pleurer,
Lamenter, soupirer et me désespérer. » (vers 9 et 10)
La rime de fin de vers comme les rimes internes en [e] donnent à la plainte sa tonalité
élégiaque, en ce début de sizain qui marque la volta. Mais dès le premier quatrain, le
ton est donné : « … je me plains en langueur » exprime en un hémistiche, marqué par les
consonnes liquides, la souffrance du poète, comme la tournure négative « je n’ai rien qui
me plaise » deux vers plus bas. La rime cœur / langueur souligne le motif amoureux du
malheur. Enfin, la diérèse sur le participe passé « passionné » au vers 3 met en valeur
ce terme à lire au sens étymologique de : « celui qui est tourmenté par la souffrance ».
Éléments pour le 2e § (perception du temps marquée par la douleur) :
La souffrance se lit aussi dans l’expression du temps et l’impression d’étirement ressen-
tie par le poète. Celle-ci est explicite aux vers 7 et 8 :
« et blâmer la longueur
Du temps que je vous sers sans que mon mal s’apaise. »
En réalité, la structure des deux quatrains… (développer avec exemples suivants) : sub.
conj. de temps « tandis que… » qui place en parallèle le divertissement de la belle et
le déchirement du poète / usage de la négation restrictive au vers 9 : « je ne fais que
pleurer », qui fait des pleurs l’activité unique / vers 4 : « ores… ores », structure corré-
lative qui réduit le temps à une oscillation entre deux pôles opposés.
Éléments pour le 3e § (crise de l’identité chez le poète) :
L’acuité de la souffrance conduit le poète à souhaiter l’effacement, l’anéantissement de
son être, comme l’affirme le vers 11 :
« Je désire la mort et rien ne me console. »
Le dernier tercet exprime fortement cette aspiration au silence et à la disparition. Pré-
sent par le truchement de synecdoques « … mon front… mes yeux… ma plainte… », il s’ex-
prime comme sujet du verbe « perdre » dans le vers final.
Noter aussi la structure du poème qui fait de l’amant malheureux le deuxième terme
de la comparaison avec l’aimée, comme si sa personne n’apparaissait qu’en sourdine,
en mode mineur.

Exercice 15 (même démarche que dans l’ex. 14, rédaction partielle).


Proposition :
La description que le narrateur nous donne du serpent, dans cette page du Génie du
christianisme, est une forme d’éloge de l’animal. Le narrateur en souligne, pour com-
mencer, la dimension exceptionnelle : le déictique « cet », dès la ligne 1, en désigne la sin-
gularité qui le distingue « de tous les autres animaux » (l. 3). Les comparaisons mélio-
ratives : « comme une onde » (l. 14) ou encore « semblable à une petite fumée d’azur »
(l. 8), le rapprochent d’éléments diffus, abstraits et rassurants (« azur »). Enfin, sa situa-
tion en pleine nature, « sur les branches des arbres », « sous l’herbe des prairies », « sur
la surface des eaux » (l. 14 à 16), fait de lui un animal pleinement intégré à un univers
qui est aussi celui des hommes.

262
Au sein de cet univers, le serpent frappe par sa mobilité et sa grâce. L’abondance des
verbes de mouvement, souvent sous la forme énumérative, en traduit la fluidité : « … il
fuit… il s’évanouit… reparaît… disparaît… se forme... marche… se jette… monte et s’abaisse…
roule… circule… glisse… ». + étude de la syntaxe : juxtaposition et coordination de pro-
positions souvent équivalentes en longueur (ex. de la phrase « Il se jette en orbe… » qui
traduit un mouvement régulier, fluide, harmonieux). + phrase « tantôt… tantôt… » dont
le balancement, lié au système corrélatif, suggère aussi le mouvement du serpent,
sa régularité fascinante + travail des sonorités (cf. ex. 4).
Ainsi le serpent est-il présenté comme une créature exceptionnelle, que l’on ne peut
décrire que par le recours à la magie, au mystère : « … il s’évanouit magiquement… il
marche… comme par enchantement… Tout comme les principes de ses mouvements sont
malaisés à saisir, ses couleurs sont « aussi peu déterminées que sa marche » (l. 16-17).
C’est finalement le mot « mystère » qui semble le mieux résumer la figure du serpent :
« Tout est mystérieux, caché, étonnant dans cet incompréhensible reptile » (l. 1 et 2).

42 Commenter un texte d’idées

Objectifs du chapitre
Prendre en considération les caractéristiques du texte d’idées dans le commentaire : stratégie argu-
mentative, types d’arguments et de raisonnements, procédés de persuasion.
Cerner les enjeux d’un texte argumentatif : de quoi veut-il convaincre ou persuader le lecteur ? Com-
ment ? Pourquoi ?

OBSERVER
Démarche
Le texte proposé est novateur pour son époque, le xvie siècle. La Boétie démontre en
effet que les hommes sont égaux et libres, en utilisant la logique et en cherchant à
convaincre son lecteur, mais également en travaillant l’art oratoire. On pourra faire
travailler les élèves sur l’histoire de ce Discours.

1. Poser les bonnes questions


a. La Boétie montre que les hommes sont libres, car la nature a créé les hommes
frères et donc égaux. Si les hommes sont égaux, alors aucun ne peut prétendre
prendre le pouvoir sur un autre.
b. Renvoyer au chapitre 17. La Boétie cherche surtout à convaincre son lecteur, comme
Préparer le bac

le montrent les nombreux connecteurs logiques.


c. L’auteur utilise essentiellement des arguments logiques : Et si, […] elle a prodigué
quelques avantages de corps ou d’esprit aux uns plus qu’aux autres, elle n’a cependant
pas voulu nous mettre en ce monde… (l. 1-3), mais aussi des arguments par analogie :
comme des brigands armés dans une forêt (l. 4).
PARTIE 4

d. L’auteur s’implique dans son propos. Il utilise en effet la première personne du plu-
riel : nous (l. 2, 8, 10, 16…) ; Croyons (l. 5), ce qui est également une façon d’impliquer le
lecteur. La question rhétorique finale va dans le même sens.

CHAPITRE 42 Commenter un texte d’idées 263


2. Cerner les enjeux du texte
a. L’auteur souhaite faire réfléchir son lecteur sur les rapports entre les hommes :
ils sont frères, égaux, et libres. Ce faisant, le lecteur réfléchit sur la société de son
époque.
b. Ce texte cherche à plaire et à emporter l’adhésion du lecteur par les longues
phrases bien construites (l. 8 à 17), les anaphores (puisqu’elle, l. 9, 11, 14, 15), les paral-
lélismes : puisque les uns ont la puissance de porter secours tandis que les autres ont
besoin d’en recevoir (l. 7-8), les images : métaphore de la nature en bonne mère (l. 8),
les jeux d’antithèses : les plus forts/les plus faibles (l. 4-5) ; plus grandes aux uns, plus
petites aux autres (l. 5-6).
c. Ce texte a été écrit en 1549, au milieu du xvie siècle. Il est représentatif du mouve-
ment humaniste.

EXERCICES
Exercice 1
a. Thèse : Chacun a ce qu’il veut (l. 1). Reformulation : si l’on s’en donne les moyens,
nous obtenons ce que nous désirons.
b. Renvoyer au chapitre 17.
– Argument logique, avec le contre-exemple de la jeunesse : la jeunesse se trompe
là-dessus parce qu’elle ne sait bien que désirer et attendre la manne. Or il ne tombe
point de manne (l. 1-3).
– Argument par analogie, avec l’image de la montagne à gravir : toutes les choses
désirées sont comme la montagne, qui attend (l. 4-5) ; Mais aussi il faut grimper (l. 5-6).
– Argument d’expérience : Alain a observé les ambitieux. Tous les ambitieux que j’ai vus
partir d’un pied sûr, je les ai vus aussi arriver, et même plus vite que je n’aurais cru (l. 6-8).

Exercice 2
a. Pascal veut montrer ici le pouvoir trompeur de l’imagination. Il utilise essentielle-
ment des exemples concrets (arguments par analogie) dont l’accumulation finit par
faire sens : celui des philosophes, pourtant les plus sages, obligés de marcher sur
une planche posée au-dessus du gouffre et perdant alors tous leurs moyens ; puis
les différentes superstitions ; l’influence que peut avoir le ton adopté ; enfin, il prend
l’exemple de la justice pour montrer ce qui peut influencer les juges.
b. Il s’implique dans son propos en employant la 1re personne du singulier (Je ne veux
pas rapporter tous ses effets, l. 6) pour montrer sa liberté dans la conduite de son
analyse, et en recourant à des phrases interrogatives et exclamatives qui prennent
le lecteur à partie.
c. Il cherche à emporter l’adhésion du lecteur en ayant recours à des questions rhé-
toriques, des exclamations et donc une ponctuation expressive. Il utilise également
l’ironie, qui crée un effet de connivence : Plaisante raison qu’un vent manie et à tous
sens ! (l. 15-16).

Exercice 3
a. La lettre de Rica est très critique. L’image du roi de France est celle d’un roi très
riche : superlatif le plus puissant prince de l’Europe (l. 1-2), belliqueux : entreprendre ou
soutenir de grandes guerres (l. 5-6), et manipulateur : magicien (l. 11) ; il les fait penser
comme il veut (l. 12-13) ; il n’a qu’à leur persuader qu’un écu en vaut deux, et ils le croient
(l. 14-16) ; il n’a qu’à leur mettre dans la tête qu’un morceau de papier est de l’argent, et
ils en sont aussitôt convaincus (l. 17-19).

264
L’image des « sujets » est celle d’êtres vaniteux, qui veulent à tout prix acheter des
charges et des titres, et qui dépensent des sommes importantes pour les obtenir :
par un prodige de l’orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies,
et ses flottes équipées (l. 8-10). Ce sont aussi des êtres crédules, qui adhèrent sans
réfléchir et sans faire preuve d’esprit critique à tout ce que leur raconte le roi : et ils
le croient (l. 15-16) ; et ils en sont aussitôt convaincus (l. 18-19).
b. Montesquieu imagine des Persans découvrant la réalité française dans le but de
critiquer celle-ci. Les Persans portent un regard naïf et neuf sur la société française,
ce qui permet de mettre en évidence ses travers et ses défauts.

Exercice 4
a. Thèse : la Tour Eiffel ne doit pas être construite.
b. Arguments contre la construction de la Tour Eiffel :
– Elle est laide : beauté jusqu’ici intacte de Paris (l. 2-3) ; monstrueuse tour Eiffel (l.
7-8) ; s’enlaidir irréparablement (l. 23-24), et ne correspond pas au goût français : au
nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacé (l. 4-6).
– Elle défigure Paris, la plus belle ville du monde : Paris est la ville sans rivale dans le
monde (l. 13) ; Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? (l. 20).
– Elle ne sert à rien : inutile (l. 7).
– Elle est bien trop haute et trop imposante (monstrueuse, tour de Babel) et amène
la discorde.
– Elle déshonore Paris : déshonorer (l. 24) ; déshonneur (l. 26).
c. Procédés littéraires utilisés :
– accumulations : écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de
la beauté jusqu’ici intacte de Paris (l. 1-3) ; au-dessus de ses rues, de ses boulevards élar-
gis, le long de ses quais admirables, du milieu de ses magnifiques promenades (l. 13-16) ;
– parallélismes renforcés par les anaphores : de toutes nos forces, de toute notre indi-
gnation (l. 3-4) ; au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire fran-
çais menacés (l. 4-6).
– questions rhétoriques : l. 20 ; l. 21-24.
– métaphore : la tour Eiffel est devenue une « tour de Babel » (l. 10) ;
– hyperboles : ville sans rivale (l. 13) ; quais admirables (l .15) ; magnifiques promenades
(l. 15-16) ; les plus nobles monuments (l. 16-17) ; chefs-d’œuvre (l. 18).

Exercice 5
a. Molière se défend en invoquant les règles du genre de la comédie (qui viennent
de l’Antiquité : castigat ridendo mores) : le devoir de la comédie étant de corriger les
hommes en les divertissant (l. 2-3) : son but est donc moral (corriger les hommes).
Grâce à sa pièce, il contribue à aider les hommes à démasquer l’hypocrisie, vice des
plus incommodes et des plus dangereux (l. 7-8) : J’avais eu, Sire, la pensée que je ne ren-
drais pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume (l. 8-10). Ainsi, les
hommes ne seront plus victimes des Tartuffe de la Cour : ces faux monnayeurs en
dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait… (l. 14-16). Il souhaite
ainsi obtenir du roi la permission de faire jouer sa pièce Tartuffe.
Préparer le bac

b. Ce texte attaque ceux qui sont à l’origine de l’interdiction de la pièce, à savoir les
hypocrites qui se sont reconnus dans le faux dévot Tartuffe. Il est donc logique que
Molière attaque dans ce texte un des vices de [s]on siècle (l. 5-6), l’hypocrisie : comédie
qui décriât les hypocrites (l. 11), hommes excessifs : gens de bien à outrance (l. 13), qui
jouent un rôle : grimaces étudiées (l. 12), et sont malhonnêtes : friponneries (l. 13-14). Il
PARTIE 4

s’en prend plus particulièrement aux faux dévots, qui utilisent la religion pour trom-
per les gens : faux monnayeurs en dévotion (l. 14-15) ; un zèle contrefait et une charité
sophistique (l. 15-16).

CHAPITRE 42 Commenter un texte d’idées 265


Exercice 6
a. La querelle des Anciens et des Modernes est une querelle littéraire qui a eu lieu
au xviie siècle, autour de la question de la supériorité des auteurs de l’Antiquité. Les
Anciens, comme Boileau ou La Fontaine, pensent que les œuvres des auteurs grecs
et latins sont indépassables, et qu’il faut tenter d’approcher leur perfection en les
imitant. Les Modernes, comme Perrault, pensent au contraire que la littérature pro-
gresse, et que l’on peut écrire différemment des auteurs de l’Antiquité.
b. Marivaux adresse plusieurs reproches aux critiques littéraires :
– Ils se contentent de donner leur jugement, négatif, absolu et péremptoire, sans
argumenter : ces critiques qui […] sans autre examen, se terminent à dire crûment d’un
ouvrage : cela ne vaut rien, cela est détestable, […] je vous ferai convenir sur-le-champ
que ces sortes de raisonnement […] ne valent rien et sont détestables (l. 1-7).
– Les critiques littéraires sont le plus souvent des esprit[s] borné[s] ou mal réglé[s]
(l. 14-15), qui ne tiennent pas compte des avis d’autrui, et qui pensent que seule leur
opinion compte : un bon critique est bien long à se prouver qu’en tout sens, ce qui ne
nous plaît pas ne doit raisonnablement plaire à personne (l. 20-22).
– Les critiques littéraires ne jugent pas à partir de la valeur du texte, mais en fonc-
tion de leur plus ou moins grand degré d’affinité avec l’auteur, comme le montre
l’accumulation de questions : mais ils lisent et en premier lieu, l’auteur est-il de leurs
amis ? n’en est-il pas ? Est-il de leur opinion en général sur la façon dont il faut avoir
de l’esprit ? Est-ce un Ancien ? Est-ce un Moderne ? (l. 26-30). Leur opinion n’est donc
pas pertinente.
c. Renvoyer à la page 285, sur les tonalités littéraires. La tonalité utilisée ici est polé-
mique. Marivaux cherche en effet ici à discréditer ses adversaires, les critiques litté-
raires. La violence du vocabulaire : ces sortes de raisonnement, à leur tour, ne valent
rien et sont détestables (l. 6-7) ; présomption (l. 12-13) ; marque d’un esprit borné ou mal
réglé (l. 14-15), l’implication de Marivaux : je vous ferai convenir (l. 5), les jeux d’oppo-
sition entre le mauvais critique et l’habile homme (l. 7-8), et l’accumulation de ques-
tions ironiques à la fin du second paragraphe relèvent de cette tonalité. L’hypothèse
finale : si la plupart des gens d’esprit […] tâtonnaient un peu avant que de dire cela est
mauvais, ou cela est bon, et sa conséquence, non réalisée, puisqu’énoncée au condi-
tionnel : qu’il naîtrait de beaux ouvrages, montrent aussi de façon ironique que les
critiques font mal leur travail, puisqu’ils ne favorisent pas les ouvrages de qualité.

Exercice 7
a. Robert Badinter défend l’abolition de la peine de mort. Plusieurs écrivains français
s’étaient déjà engagés dans ce combat, comme Hugo (Claude Gueux, Le Dernier Jour
d’un condamné) ou Camus (Réflexions sur la guillotine).
b. Argument en faveur de la peine de mort : Seul moyen pour la démocratie de se
préserver du terrorisme : une sorte de recours ultime, une forme de défense extrême
de la démocratie contre la menace grave que constitue le terrorisme (l. 3-5).
Arguments opposés par Badinter :
La menace de la mort n’arrête pas les terroristes : s’il est un type de crime qui n’a
jamais reculé devant la menace de mort, c’est le crime politique (l. 10-11) :
– parce que le terroriste est toujours confronté à la mort : il l’affronte au cours de
l’action violente (l. 15) ;
– parce qu’il est attiré par la mort : il éprouve cette trouble fascination de la violence
et de la mort (l. 16-17) ;
– parce que la mort est au centre de son action et qu’elle est glorifiée et recherchée :
le terrorisme […] a pour cri de ralliement, quelle que soit l’idéologie qui l’anime, le terrible
cri des fascistes de la guerre d’Espagne : « Viva la muerte ! », « Vive la mort ! » (l. 18-24).
➙ La peine de mort est donc complètement inefficace face au terrorisme : Alors,
croire qu’on l’arrêtera avec la mort, c’est illusion (l. 25-26).

266
c. Ce texte emporte l’adhésion du lecteur par sa forme très construite et par l’impla-
cable logique de ses arguments. Le locuteur expose calmement ses arguments (pas
de ponctuation expressive). C’est ainsi qu’il parvient à convaincre. Badinter reprend
l’objection de ses adversaires, favorables à la peine capitale : je sais qu’aujourd’hui
[…] certains voient (l. 1-2), puis il y répond en prouvant qu’elle est fausse : Cet argu-
ment procède d’une méconnaissance complète de la réalité (l. 8-9). Les connecteurs
logiques : en effet (l. 9), Et (l. 12), D’abord (l. 14), ensuite (l. 15), parce qu’ (l. 16), alors (l. 25)
soulignent la clarté et la validité de son argumentation.

43 Commenter un texte narratif

Objectifs du chapitre
Prendre en considération les caractéristiques du texte narratif (la narration, le point de vue, etc.)
dans un commentaire.
Cerner les enjeux d’un texte romanesque.

OBSERVER
Démarche
Le texte proposé est l’incipit d’un roman épistolaire, choisi parce qu’il permet de
poser d’emblée un certain nombre de questions de méthode. On pourra ainsi faire
réfléchir les élèves sur les multiples formes prises par les romans. On pourra aussi
poser la question du point de vue adopté, du personnage présenté et de sa vision
du monde. Enfin, on pourra interroger la place qui semble être assignée au lecteur
puisque celui-ci se voit contraint ici de lire une lettre qui ne lui est pas adressée, et
réfléchir sur le contrat de lecture qui est ainsi proposé.

1. Poser les questions appropriées


a. La chasse aux indices est ouverte : on reconnaît aisément la forme de la lettre, mais
il faut être attentif à tous les signes qui indiquent qu’il ne s’agit pas d’une simple cor-
respondance, mais d’une lettre qui manifestement prend sa place dans un ensemble
ordonné (lettre première), et sur laquelle on ne nous dit pas tout : points de suspen-
sion et astérisques nous cachent le lieu où se trouve ce couvent des Ursulines et la
date à laquelle cette lettre a été envoyée. Cela peut piquer la curiosité du lecteur et
Préparer le bac

révéler un art certain de la mise en scène. C’est donc vraisemblablement un roman


épistolaire dont l’auteur se cache derrière les personnages qui racontent eux-mêmes
leur histoire à des confidents et qui se dévoilent à travers leur discours.
b. On assiste ici à une confidence entre amies, celle d’une jeune fille qui vient tout
juste de sortir du couvent, Cécile Volanges, adressée à son amie Sophie Carnay qui
PARTIE 4

semble y être encore.


c. Cet extrait se situe au tout début du roman : c’est en effet la « lettre première ».
d. Ce texte a été écrit en 1782, à l’époque des Lumières.

CHAPITRE 43 Commenter un texte narratif 267


2. Cerner les enjeux du texte
a. Les personnages sont des ingénues qui sortent à peine du couvent ou qui y sont
encore, et qui ont donc tout à découvrir du monde. Leurs noms ne sont pas sans
intérêt : Cécile Volanges a l’air d’un ange, et Sophie devrait être pleine de sagesse.
b. Le secrétaire qu’on peut fermer à clé (l. 9-10) pourra renfermer plus d’un secret : le
lecteur est mis ainsi en appétit puisqu’il ne se passe pas grand-chose ici. On sait seu-
lement que Cécile a grandi, qu’elle est en âge d’être consultée sur tout (l. 7), et qu’elle
se fait un plaisir de tout raconter à son amie… On attendra… Le mystère entretenu
sur le lieu précis et sur la date nous fait espérer quelque révélation d’importance.
c. Le personnage qui écrit, par cet acte d’écriture, est une image du romancier.

EXERCICES
Exercice 1
Le cadre spatio-temporel n’est pas précisé. Cependant, les noms « Massaba » et
« Tsongor » évoquent l’Afrique. L’histoire commence devant le palais du roi Tsongor,
qui semble très puissant : les caravanes viennent des contrées les plus éloignées (l. 5),
les architectes ont élargi […] la grande place qui s’étendait devant la porte du palais
(l. 7-8), et les cadeaux sont nombreux : pluriel, hyperboles (sacs innombrables de fleurs,
l. 10). Le moyen de déplacement : des caravanes (l. 4), ainsi que les cadeaux apportés :
épices, bétail et tissus (l. 5-6), font penser à l’Antiquité.

Exercice 2
a. Les personnages sont Mlle Dufour, la fille (l. 1-13), et Mme Dufour, la mère (l. 14-25).
Ces deux femmes sont complètement opposées.
– Mlle Dufour ne dit rien. Elle est debout (l. 1) et essaie de se balancer toute seule,
sans y arriver : sans parvenir à se donner un élan suffisant (l. 2-3). Elle a les bras levés
au-dessus de sa tête pour tenir les cordes de la balançoire. Elle est jeune : dix-huit
à vingt ans (l. 3-4), mince (l. 7), et belle (l. 3). Sa position sur la balançoire fait ressortir
ses formes gracieuses : Sa robe dessinait nettement les plénitudes fermes de sa chair
(l. 9-10). Elle est sensuelle et désirable : vous fouette d’un désir subit (l. 5) ; un soulè-
vement des sens (l. 6-7).
– Mme Dufour appelle son mari à plusieurs reprises : Mme Dufour gémissait d’une
façon monotone et continue (l. 14-15). Elle est assise (l. 14), et a besoin de son mari
pour venir la pousser. Elle est étourdie par le va-et-vient de la machine (l. 23), et c’est
sans doute la raison pour laquelle elle s’agrippe aux cordes (cramponnée, l. 21). Elle
est grosse : son mari la met en mouvement avec une peine infinie (l. 19-20) ; la com-
paraison de ses formes qui tremblot[…]ent comme de la gelée sur un plat (l. 24-25) en
fait un personnage ridicule.
b. Le passage est essentiellement descriptif : nombreux adjectifs : large (l. 7), grands,
noirs (l. 9), droites (l. 22) ; imparfait. Le passage qui va des lignes 17 à 20 relève de la
narration : verbes d’action au passé simple : il y alla (l. 17), mit (l. 19). Le point de vue
adopté est celui d’un personnage qui regarde la scène et qui donne son avis. Il est
attiré par la jeune fille : une de ces femmes dont la rencontre […] soulèvement des sens
(l. 4-7), et se moque de la mère : ses formes, secouées, tremblotaient continuellement
comme de la gelée sur un plat (l. 24-25).

268
Exercice 3
Lancelot La Princesse de Clèves La Terre
(Chrétien de Troyes) (Mme de Lafayette) (Émile Zola)
a. Genre de Roman de Roman d’analyse. Roman de mœurs.
roman. chevalerie.

Type de texte Dialogue (discours Récit (imparfait et passé Description (imparfait), et plus
direct) entre Lancelot simple) qui raconte comment exactement portrait
et la Dame du Lac, la princesse de Clèves a sur- de Buteau.
et récit (verbes d’ac- pris le duc de Nemours en train
tion au passé simple) de subtiliser son portrait, le
qui raconte comment trouble qui s’empare d’elle et
Lancelot part atta- sa résolution.
quer des chevaliers.
b. Mouvement Classicisme (renvoyer p. 149). Naturalisme (renvoyer p. 172) :
littéraire Poids des bienséances (voir le – rôle de l’hérédité : chez lui,
second paragraphe). le grand nez des Fouan s’était
aplati (l. 10-11) ; il tenait de
son père le désir brutal, l’en-
têtement dans la possession,
aggravés par l’avarice étroite
de la mère (l. 16-18) ;
– inscription dans un contexte
historique : après avoir tiré un
bon numéro (l. 5-6).
c. Points de Point de vue interne. Le lec- Point de vue omniscient. Le
vue (renvoyer teur voit la scène à travers les lecteur sait tout sur Buteau :
au chapitre 16) yeux et la conscience de la son âge (vingt-sept ans, l. 1), la
princesse de Clèves : Mme de raison de son surnom (sa mau-
Clèves aperçut (l. 1) ; elle vit vaise tête, l. 2), ses relations
(l. 3) ; elle en fut si troublée avec ses parents (il n’avait pu
(l. 6-7) ; elle jugea (l. 20). s’entendre, l. 4-5), son phy-
Il peut ainsi comprendre son sique (les tempes fuyaient, tout
trouble et partager ses émo- le haut de la tête se resserrait,
tions, en s’identifiant à elle. l. 13-14), son caractère (de la
ruse et de la violence, l. 15-16).
Le lecteur peut donc tout
comprendre du personnage.
d. Éléments Lancelot doit recon- La scène est un coup de Le désir brutal, l’entêtement
susceptibles quérir sa dame : théâtre : la princesse de Clèves dans la possession (l. 16-17),
d’éveiller l’in- y parviendra-t-il ? voit ce qu’elle n’aurait pas dû l’avarice étroite (l. 17-18) de
térêt du lec- voir (tension dramatique), en Buteau, ainsi que les mau-
teur est si troublée que les per- vaises relations entretenues
sonnes qui l’entourent s’en avec ses parents, laissent à
aperçoivent (effet de sus- penser que le partage des
pense), et décide de faire terres sera problématique.
comme si elle n’avait rien vu
afin de sauver les apparences.
Comment vont évoluer les rela-
tions entre ces personnages ?

Exercice 4
a. Le texte rompt avec les codes du roman réaliste (renvoyer p. 172), car :
Préparer le bac

– il est écrit à la première personne : on (l. 1), nous (l. 10), j’ (l. 14), avec un point de vue
interne, alors que dans la plupart des romans réalistes, les faits semblent se racon-
ter d’eux-mêmes (narrateur extérieur, point de vue omniscient) ;
– le style est surprenant. Si le langage familier est habituel dans les paroles rap-
PARTIE 4

portées du récit réaliste, il l’est nettement moins dans le récit lui-même. Or, ici, on a
dans la narration le langage populaire et pittoresque d’un personnage plein de verve.
b. Le texte est composé de deux parties :

CHAPITRE 43 Commenter un texte narratif 269


– l. 1 à 6 : enthousiasme de Bardamu et des civils : voir les pluriels des rues, et puis
dedans des civils et leurs femmes (l. 2-3), et les énumérations : des terrasses, devant
les gares, des pleines églises (l. 5).
– l. 6 à 16 : solitude et désenchantement de Bardamu. La pluie fait disparaître tous
les civils : et puis encore de moins en moins et puis plus du tout d’encouragements, plus
un seul, sur la route (l. 8-9). Les personnages sont piégés, faits, comme des rats (l. 16).
La critique porte sur la guerre. Tous ceux qui sont partis la fleur au fusil ont déchanté
et ont été pris au piège. Comme dans une tragédie, il ne semble pas y avoir d’issue.
c. On pourrait lire, dans l’enthousiasme qui caractérise Ferdinand au début, l’en-
thousiasme du lecteur qui ouvre un roman, prêt à suivre le romancier dans l’aven-
ture. Celui-ci déchante cependant assez rapidement : il se met à pleuvoir, on arrête
la musique, et soudain, l’existence paraît insupportable, le lecteur a envie de partir
comme Ferdinand, mais il ne le fait pas – peut-être lui-même fait comme un rat, piégé
par l’art du récit : on accompagnera les personnages jusqu’au bout de leur périple.

Exercice 5
a. Le roman a été écrit en 1947, deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La peste peut alors symboliser le nazisme. Les pestiférés seraient alors les Juifs morts
dans les camps. La peste peut également symboliser la guerre, qui engendre injustice
(l. 8) et violence (l. 10), et est toujours un terrible fléau (l. 10). Mais, au-delà du nazisme,
la peste est une métaphore du Mal.
L’épilogue du roman met en évidence que la peste ne meurt jamais : cette chronique
ne pouvait pas être celle de la victoire définitive (l. 13-14) ; cette allégresse était tou-
jours menacée (l. 23-24) ; le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais (l. 26-27).
C’est une façon de mettre en garde les lecteurs contre le retour toujours possible
des régimes totalitaires, de l’intolérance, et de tous les fléaux qu’ils peuvent engen-
drer. Le texte appelle à la vigilance de chacun, afin que les horreurs vécues lors de la
Seconde Guerre mondiale ne se reproduisent pas.
b. La peste révèle les hommes. Elle montre qu’il y a dans les hommes plus de choses
à admirer que de choses à mépriser (l. 11-12). Les hommes ne sont pas parfaits – ne
pouvant être des saints (l. 19) – mais ils s’efforcent de lutter, avec leurs armes, contre
le Mal – refusant d’admettre les fléaux (l. 20) – dans un idéal de solidarité : s’efforcent
cependant d’être des médecins (l. 20-21).
c. À la fin de la peste, le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s’achève ici
(l. 4-6). Le docteur Rieux est une figure de l’écrivain, qui écrit pour témoigner : pour
ne pas être de ceux qui se taisent (l. 6), et pour conserver la mémoire du passé : pour
laisser du moins un souvenir de l’injustice et de la violence… (l. 7-9).
Il souhaite également rendre hommage aux victimes – pour témoigner en faveur de
ces pestiférés (l. 7) – mais aussi aux hommes qui se battent contre le fléau : pour dire
simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de
choses à admirer que de choses à mépriser (l. 9-12). Rieux, comme l’écrivain, a un savoir
supérieur à celui des autres hommes : il savait (l. 13 et l. 24). Il écrit pour prévenir, pour
laisser un enseignement aux hommes : il savait ce que cette foule en joie ignorait, et
qu’on peut lire dans les livres (l. 24-26).

Exercice 6
a. Le narrateur semble jusque-là extérieur au récit, il raconte à la 3e personne. Cepen-
dant, la phrase Le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s’achève ici (l. 4-6)
nous amène à penser que le narrateur est le docteur Rieux.
Renvoyer au chapitre 11 sur l’énonciation. Le mode d’énonciation est original, puisque
l’énoncé est dans l’ensemble coupé de la situation d’énonciation, avec un effacement
du locuteur (récit à la 3e personne, passé simple). Mais la phrase : Le docteur Rieux
décida alors… introduit un énoncé ancré dans la situation d’énonciation, avec un locu-

270
teur qui laisse apparaître sa présence (présent d’énonciation, indices spatio-tempo-
rels relatifs à celui qui parle : « ici »).
b. Intérêt littéraire de ce choix narratif : Tout se passe comme si le cadre spatio-tem-
porel de la fiction racontée (la peste) s’actualisait avec ce récit qui s’achève ici, ce récit
que le lecteur tient dans ses mains. Ce choix narratif est une façon de montrer que
la fiction se matérialise dans l’ici et le maintenant du lecteur. C’est une manière de
dire que le danger est toujours présent, et que, peut-être, la peste réveillera […] ses
rats et les enverra […] mourir dans une cité heureuse : celle du lecteur… Celui-ci doit
donc être vigilant.

44 Commenter un texte de théâtre

Objectifs du chapitre
Rappeler les principales caractéristiques de l’écriture dramatique.
Fournir une méthode pour le commentaire de texte de théâtre.
Proposer des exercices analytiques et méthodologiques.

OBSERVER
Démarche
Le texte choisi ajoute au texte des répliques de nombreux éléments scéniques (gestes,
cris, bruits, lieux…). On insistera sur ce « langage total » propre au théâtre, que le com-
mentaire doit prendre en compte.

1. Poser les questions initiales


a. L’extrait se situe à la scène 2 de l’acte I, soit en plein acte d’exposition. Il est impor-
tant de situer le passage parce que sa fonction en dépend. L’extrait a forcément une
fonction informative pour le spectateur.
b. Cet extrait nous apprend que Hernani et Doña Sol s’aiment et ont le projet de
s’enfuir le lendemain, que l’identité d’Hernani est trouble, et que le roi risque entra-
ver leurs projets.
c. Doña Sol est amoureuse et déterminée, Hernani aime Doña Sol mais semble être
banni par le roi ; le roi est aussi amoureux et semble vouloir imposer son autorité.

2. Poser les questions approfondies


a. Le personnage caché apporte une tension dramatique à la scène : informé, le spec-
tateur craint pour les deux amants dont le projet, ainsi dévoilé, les met en danger.
b. Le spectateur (ou lecteur) est touché par l’amour des deux personnages ; il passe
de l’émotion à l’espoir de voir réussir leur projet de fuite. La réplique d’Hernani aux
Préparer le bac

vers 16 à 18 pique ensuite sa curiosité. Enfin, l’entrée en scène fracassante du roi pro-
voque un effet comique (ou effrayant : tout dépend du jeu et de la mise en scène).
c. La première réplique de Doña Sol relève plutôt du registre lyrique ; celle d’Hernani
peut tendre vers le tragique (« quel destin… banni ? ») ; enfin, l’irruption hors de l’ar-
moire s’inscrit dans le registre comique, mais peut donner lieu à des mises en scène
PARTIE 4

très différentes.
d. La date de 1829 se situe en pleine période du romantisme. Les ruptures de ton sont
caractéristiques de l’écriture dramatique hugolienne, qui définira le drame romantique.

CHAPITRE 44 Commenter un texte de théâtre 271


EXERCICES
Exercice 1
a. Il s’agit d’un roi et de ses deux épouses. Les relations entre les deux épouses semblent
tendues (échange de « Taisez-vous ») ; le désaccord semble porter sur la révélation
à adresser, ou non, au roi, sur sa mort à venir. Outre ce différend, les relations sont
donc lourdes, accentuées par le « hélas, oui… » du médecin. Dans ce contexte de ten-
sion, la réplique finale surprend : elle dédramatise la situation en prenant l’annonce
de la mort comme une évidence certes désagréable mais tout à fait hors de propos.
b. Dans la mesure où l’extrait est informatif, les élèves peuvent penser qu’il s’agit de
l’ouverture de la pièce. Il s’agit en fait du premier avertissement de Marguerite. Le
spectateur a pu auparavant constater les symptômes de la maladie du roi.
Exercice 2
a. Répliques déséquilibrées : un personnage apporte l’information (Lubin), l’autre
n’est là que pour la recevoir (George Dandin).
b. Le comique a ici trois sources :
– Lubin est en pleine contradiction, chargé de « faire les choses secrètement », alors
qu’il dévoile sa mission au premier venu.
– Son interlocuteur est le mari de la dame en question, précisément celui à qui il
conviendrait de cacher sa venue. Son portrait est brossé par Lubin (l. 21-24).
– George Dandin incarne le type comique du mari trompé, et ce sous ses propres yeux.
c. Le public sait ce que Lubin ignore : l’homme à qui il se confie est le mari d’Angé-
lique. Le public savoure donc sa bévue, et rit… du malheur de George Dandin, à qui
l’on annonce que sa femme cherche à le tromper. Le portrait qui est fait de lui prête
aussi à sourire, car le public a déjà aussi compris que ce mari était bien démuni face
à son épouse et à sa belle-famille.
Exercice 3
a. Il s’agit d’une tirade.
b. La situation incestueuse de Phèdre, qu’elle devrait normalement cacher, appelle
un long développement. Elle souhaite en effet expliquer à sa confidente la violence
de ses sentiments et ses vains efforts pour les combattre.
c. Phèdre est victime d’une réelle passion qui emporte d’abord ses sens (symptômes
corporels, verbes de sensation que l’on retrouve à la fin de l’extrait) : elle se dit le
jouet de Vénus, déesse de l’amour, qu’elle prie de la délivrer. Elle ne peut finalement
que céder à la passion (« J’adorais Hippolyte… », v. 14). La tonalité est nettement tra-
gique, Phèdre est victime d’une puissance contre laquelle elle ne peut lutter.
Exercice 4
a. L’extrait comporte des didascalies internes, qui renseignent sur le décor (immeuble
qui donne sur le « centre d’achats ») et sur la situation (le personnage fait entrer des
clients, les personnages se situent « dans le passage »).
b. L’extrait nous apprend que le notaire, Hermile Lebel, connaissait la mère du ou des
client(s) qu’il reçoit, sans doute depuis longtemps puisqu’elle aurait corrigé chez lui un
défaut enfantin de prononciation (« un zoizeau »). On peut deviner que celle-ci vient
de décéder : « Je ne veux pas vous parler de votre mère à cause du malheur qui vient
de frapper, mais il va bien falloir agir. Continuer à vivre comme on dit. » (l. 14-16). On
peut imaginer aussi que la visite chez le notaire est liée à la succession de la mère.
L’extrait remplit donc partiellement sa fonction de scène d’exposition.
c. Il s’agit d’une tirade puisque d’autres personnages semblent présents, ou au moins
un autre. L’auteur choisit de présenter en particulier le personnage du notaire, qui
jouera peut-être un rôle plus important que celui d’un simple interlocuteur juridique.

272
Il nous plonge d’emblée dans sa confusion (développement sur l’emplacement de son
cabinet), son agitation, qui traduit peut-être une gêne, voire une émotion.

Exercice 5
Propositions : Sur quoi repose l’intensité dramatique de la scène ? Comment le dra-
maturge capte-t-il l’intérêt des spectateurs, dans cet acte d’exposition ? Cette scène
est-elle caractéristique du théâtre romantique ?

Exercice 6
I. Une scène d’exposition dramatique : 1) Des informations quant à l’intrigue (un
couple d’amoureux / projet d’enlèvement / un roi caché). 2) Des informations quant
aux caractères (Doña Sol amoureuse et intrépide / Hernani, héros banni / le roi,
impulsif, autoritaire). 3) La mise en place d’une tension (structure de la scène entre
le duo amoureux et la menace cachée / imminence de l’enlèvement dévoilée au roi,
mystère de l’identité d’Hernani).

Exercice 7
Proposition : I. Une argumentation en forme d’auto-plaidoyer ; II. Un personnage
tragique.
On peut proposer un plan en 3 parties, par exemple : I. L’expression d’un amour dévo-
rant ; II. Une argumentation… ; III. Un personnage tragique.

Exercice 8
Proposition :
I. Une scène d’exposition : 1) Des indications scéniques (externes et internes) qui
décrivent un décor périurbain, centré sur l’extérieur. 2) Une situation peu saisissable
(un notaire et ses clients). 3) Des éléments inconnus qui peuvent susciter la curiosité
du spectateur (qui sont ces clients ? quel rapport avec leur mère ?).
II. Le portrait d’un personnage agité : 1) Un effet de monologue intérieur (le discours
n’est adressé qu’à la l. 12 / familiarité de la langue / référents non connus du lecteur).
2) Un discours incohérent et peu éclairant (début in medias res, parataxe, propos qui
semblent insignifiants). 3) Un discours marqué par l’émotion ? (relecture à partir de
la fin de la tirade, plus claire : les répétitions, les stéréotypes, l’humour facile de la
tirade peuvent être interprétés comme les signes d’un trouble émotif, d’une gêne).

Exercice 9
Proposition d’introduction et de premier paragraphe :
Jouée pour la première fois le 25 février 1830, la pièce Hernani de Victor Hugo compte
parmi les événements artistiques qui ont secoué la vie littéraire de l’époque et donné
un nouvel élan à la production théâtrale. Sa « bataille » a mis en cause la forme mais
aussi le fond de la pièce. Dès l’acte d’exposition, la langue et les ruptures de ton sur-
prennent le lecteur, comme le montre l’extrait de la scène 2 qui est soumis à notre étude.
En alexandrins parfois malmenés, Doña Sol et Hernani se disent leur amour réciproque
et interdit – Doña Sol est promise à son vieil oncle – et prévoient l’enlèvement de la
jeune fille. Ils ignorent ce que sait alors le lecteur : Don Carlos, le roi, lui aussi amou-
reux, les espionne, dissimulé dans l’armoire. L’intérêt de la scène repose ainsi sur la créa-
Préparer le bac

tion d’une intensité dramatique à laquelle la diversité des tonalités, caractéristique du


théâtre romantique, n’est pas étrangère. Nous étudierons la dimension dramatique de
cette scène d’exposition, puis approfondirons son effet sur le lecteur-spectateur, avant
d’en étudier l’esthétique romantique.
Situé dans la deuxième scène du premier acte, cet extrait appartient à l’acte d’expo-
PARTIE 4

sition et plonge le lecteur au cœur d’une action intense. Le lecteur y relève un certain
nombre d’informations : Doña Sol et Hernani sont amoureux. Le lexique (« J’ai besoin de
vous voir et de vous voir encore…. / Ange ! ») est à cet égard sans équivoque, comme

CHAPITRE 44 Commenter un texte de théâtre 273


la situation clandestine des deux amants qui préparent un enlèvement. Les informa-
tions données à ce sujet sont précises : on en connaît le lieu (« Sous ma fenêtre », v. 10),
l’heure (« À minuit », v. 9) et le jour (« Demain », v. 9). Ce sens du détail en indique la réa-
lité et l’imminence. Or, ces précieuses informations sont entendues par un tiers, présent
à l’insu du couple, le roi Don Carlos. Lorsqu’il « ouvr[e] avec fracas la porte de l’armoire »,
il introduit un nouvel élément, une menace directe, pressante, sur les deux jeunes gens.
Exercice 10
a. Par sa date de publication, comme par son style et son contenu, l’extrait de En atten-
dant Godot s’inscrit dans le théâtre de l’absurde ou « nouveau théâtre » (cf. chap. 39).
Il expose une vision de l’humanité dégradée : Pozzo a un esclave, ironiquement sur-
nommé « Lucky ». Ils manipulent des objets inquiétants : un fouet, une corde, que
Pozzo utilise pour faire avancer Lucky, comme il le ferait d’une bête de trait. Ces per-
sonnages semblent dénués de but et d’ancrage : leur valise contient « du sable » et
leur seul objectif semble de repartir, dans une forme de fuite en avant. Enfin, la der-
nière réplique de Pozzo est tout à fait explicite quant à sa vision de la vie : tous les
jours se valent, rien n’a d’importance, puisque nous allons mourir.
b. Proposition de problématique : comment l’écriture dramatique exprime-t-elle l’ab-
surdité de l’existence ?
Proposition de plan :
I. La vacuité de l’intrigue : 1) Interrogation sur les déplacements de Pozzo et Lucky. 2)
Mystère des accessoires (fouet, corde, valise). 3) Rôle de Vladimir et Estragon.
II. Un dialogue qui obéit à sa seule dynamique : 1) Rythme et fonctionnement (rapi-
dité, répliques sur le mot, dialogue qui tient par lui-même sans références exté-
rieures). 2) Inefficacité du dialogue (questions sans réponse ou réponses absurdes).
III. L’expression du désespoir : 1) Des personnages sans biographie. 2) Une philoso-
phie nihiliste. 3) Le chemin comme métaphore de la vie.
Proposition de rédaction de la 1re partie :
Cette scène frappe par l’insignifiance de l’intrigue qui s’y déploie : deux personnages
attendent Godot, qui ne vient pas, tandis que deux autres passent puis repassent, sans
que l’on sache d’où ils viennent et où ils vont. Ainsi le verbe « partir » ou son dérivé
« repartir » sont-ils employés plusieurs fois dans l’extrait (l. 9, 10, 14, 15) comme l’expres-
sion « en avant » qui a ici valeur d’interjection (l. 7 et 35). Aucun complément ne vient
préciser ces indications de mouvement. Une seule information est donnée, qui concerne
l’éventualité de la chute : « Que faites-vous quand vous tombez loin de tout secours ? »,
demande Vladimir à Pozzo (l. 11 et 12) ; celle-ci suggère une assimilation du voyage à la
chute, à laquelle Pozzo répond : « Nous attendons de pouvoir nous relever. Puis nous
repartons. » (l. 13-14). Ainsi le mouvement se résume-t-il à un départ, une chute possible
et dont il semble malaisé de se relever, puis un nouveau départ, comme une mécanique
infaillible.
Au déplacement sont associés des accessoires qui fournissent tout aussi peu d’élé-
ments informatifs au spectateur : le fouet, la corde et la valise. Ils sont d’abord l’objet
de deux jeux scéniques entre Lucky et Pozzo au début de la scène. Autoritaire, Pozzo les
réclame dans de courtes phrases exclamatives suivies de la même gestuelle de Lucky :
« Lucky dépose les bagages, cherche le fouet, le trouve, le donne à Pozzo, reprend les
bagages ». Répétés, ces gestes deviennent mécaniques et créent un rituel étrange, par
lequel l’un mène l’autre comme il le ferait d’un cheval de trait. En outre, la valise, objet
symbole du déplacement, ne contient ici que du « sable », élément qui accentue l’ab-
sence d’ancrage des personnages (où habitent-ils ? ont-ils un lieu de vie ? des effets qui
leur appartiennent ?...). Le sable, symbole du temps qui passe, peut être lu métaphori-
quement comme un élément impalpable, insaisissable…
Enfin, les deux autres personnages présents ne fournissent pas plus d’étoffe à l’in-
trigue. Estragon est, dans ce passage, totalement muet. Quant à Vladimir, il est celui qui

274
interroge (l. 6 et 12), ou encore souhaite retenir les visiteurs pour des motifs qui semblent
interchangeables : la coordination des infinitifs « …dites-lui de chanter. […] Ou de penser.
Ou de réciter. » suggère en effet une motivation fluctuante, un besoin de « remplissage »,
en raison du mutisme de Lucky. La scène ne dit rien de ce que sont ces personnages et
peut-être la cécité de Pozzo et le mutisme de Lucky sont-ils à lire comme l’impossibi-
lité de dire ce que l’on est, ou de voir ce qui est à voir…

45 Préparer la dissertation : le sujet

Objectifs du chapitre
Apprendre à lire un sujet.
Savoir dégager et formuler une problématique.
Trouver des arguments.

OBSERVER
Démarche
Les pages Observer indiquent la démarche à suivre dans ce chapitre : d’abord ana-
lyser des sujets de dissertation en identifiant l’objet d’étude sur lequel porte le pro-
blème soulevé, afin de comprendre la portée des sujets ; ensuite, s’entraîner à élabo-
rer une problématique (à partir des mots-clés) ; et enfin rechercher des arguments
pouvant y répondre.

1. Analyser le sujet
a. Le sujet se compose de deux phrases : une de type interrogatif et l’autre de type
déclaratif (renvoyer au chapitre 6).
b. Le sujet porte sur l’objet d’étude : Le roman et le récit.
c. Les mots-clés sont cherche, lit, roman, diverti, aventures extraordinaires.
d. Divertir signifie à la fois « distraire » et « détourner ».
e. Les aventures d’un personnage peuvent être extraordinaires dans le sens où elles
s’écartent radicalement de la réalité quotidienne. Inversement, un roman qui ne
relate pas des « aventures extraordinaires » est un roman qui raconte le quotidien
des hommes.

2. Trouver et formuler une problématique


a. Lorsqu’on lit un roman, on peut chercher le plaisir, l’évasion, la réflexion, l’identi-
fication, l’émotion…
b. Reformulation de la question : Cherche-t-on, par la lecture d’un roman, à s’évader
Préparer le bac

hors de la banalité de la vie réelle, ou au contraire à retrouver la réalité quotidienne ?

3. Chercher des arguments


a. Le texte-exemple montre que les aventures extraordinaires du Comte de Monte-
PARTIE 4

Cristo font oublier le temps au conteur comme à ceux qui l’écoutent (Je ne savais com-
bien de temps s’était écoulé, l. 1). Happé par l’histoire (Ton histoire me plaît, l. 8), le tail-
leur est « diverti » dans les deux sens du terme : distrait et détourné de son quotidien.

CHAPITRE 45 Préparer la dissertation : le sujet 275


b. On veillera ici à la pertinence des arguments et des exemples, qui seront fonction
de l’œuvre au programme. Exemple : Le Rouge et le Noir dépeint la société de 1830 :
Stendhal ne cherche pas à éloigner son lecteur de la réalité, mais au contraire à le
plonger dans cette société française de l’époque. Le sous-titre est d’ailleurs Chro-
nique de 1830. Ainsi, les tensions politiques qui traversent la France des années 1820-
1830 sont présentes et analysées.

EXERCICES
Exercice 1
a et b. Premier point de vue : la poésie détourne de la réalité. Exemple : les poèmes
issus de Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand. Second point de vue : la poésie per-
met de mieux appréhender le réel. Exemple : poésie des objets de Francis Ponge. Ces
deux points de vue, portant sur le lien entre la poésie et la réalité, sont opposés : la
poésie doit-elle se rapprocher ou s’écarter du réel ?

Exercice 2
a. L’étymologie du mot « théâtre » renvoie à la dimension spectaculaire de ce genre,
et permet d’établir un lien avec la deuxième partie du sujet : « pour être représenté ».
b. Éléments de l’alternative : le théâtre est un texte vs le théâtre est un jeu.

Exercice 3
Sujet 1 : Le sujet pose une question, et met en relation un genre spécifique : « le conte
philosophique voltairien » et un mouvement littéraire et culturel : les « Lumières »,
au xviiie siècle (renvoyer au chapitre 27). Il convient donc, au brouillon, de lister les
caractéristiques du mouvement des Lumières, puis de montrer comment elles se
retrouvent dans le conte philosophique voltairien, avant d’organiser les éléments
de réponse dans un plan. L’argumentation devra s’appuyer sur des exemples précis.
Sujet 2 : Le sujet demande de montrer les limites d’une affirmation. Il conviendra de
montrer d’abord que l’écriture poétique est spécifique et différence de la prose. Mais
il faudra ensuite questionner cette distinction, et se demander si l’écriture poétique
n’a pas des points communs avec la prose (émergence du poème en prose, dispari-
tion du vers…). Renvoyer aux chapitres 31 et 32.

Exercice 4
a. Mots-clés : portraits détaillés, personnages, romans, inutiles, essentiel.
b. Objet d’étude : le roman et le récit.
c. On appréciera la pertinence des passages et des textes choisis. Arguments pos-
sibles :
– Inutilité des portraits : les portraits interrompent le fil de la narration ; le lecteur n’a
pas besoin de savoir à quoi ressemblent les personnages pour comprendre l’histoire…
– Rôle essentiel des portraits : Créer l’illusion de la réalité ; dimension symbolique des
portraits, qui peuvent dire des choses sur les personnages… Renvoyer au chapitre 16.

Exercice 5
a. Mots-clés : poètes romantiques, intériorité, respecté ce principe.
b. La tonalité qui caractérise le mouvement littéraire évoqué (le romantisme) est le
lyrisme (explorer leur intériorité).
c. Le sujet demande une réponse nuancée. Il convient de se demander si les poèmes
romantiques sont toujours lyriques, et tournés vers l’expression des sentiments per-
sonnels. Les poètes romantiques évoquent-ils aussi le monde qui les entoure ? et si
oui, quels aspects du monde ? et de quelle façon ?...

276
Exercice 6
a. et b. Sujet 1. Mots-clés : écriture poétique ; règles. La question posée concerne la
place des règles dans l’écriture poétique. Ce qui justifie cette question est le fait qu’à
travers les siècles, les poètes ont joué en permanence avec les règles, les respectant
scrupuleusement ou les transgressant avec plus ou moins de liberté.
Sujet 2. Mots-clés : conte philosophique ; genre sérieux. La question posée concerne la
gravité du conte philosophique. Ce qui justifie cette question est le fait que le conte
a longtemps été considéré comme un genre mineur, frivole, et réservé aux enfants.
Exercice 7
Sujet 1 : La proposition A convient. Le sujet ne demande pas de s’intéresser aux
causes du lyrisme en poésie (proposition B), mais se demande si le lyrisme est le seul
domaine que peut explorer la poésie (proposition A). Exprimer ses sentiments per-
sonnels, ce n’est pas seulement « dire ses malheurs » (proposition C) : on peut aussi
exprimer des sentiments positifs.
Sujet 2 : La proposition B convient. Le sujet ne porte pas sur l’opposition entre la
science et la fiction (proposition A), ni sur la manière de faire cohabiter science et fiction
(proposition C), mais bien sur la fonction de la science dans la fiction (proposition B).
Exercice 8
Proposition :
Sujet 1 : La proposition C convient. Il ne s’agit pas de s’interroger sur les bienfaits
des fables pour les enfants (propositions A et B), mais de se demander si les fables
ne peuvent pas intéresser également les adultes (proposition C).
Sujet 2 : La proposition A convient. La proposition B est très maladroite, car elle se
place du point de vue du spectateur qui va au théâtre, alors que le sujet se place du
point de vue du dramaturge qui écrit sa pièce. La proposition C compare deux genres
(la littérature d’idées et le théâtre), alors que le sujet porte exclusivement sur l’écri-
ture théâtrale.
Exercice 9
Sujet 1. Proposition : En quoi le drame romantique casse-t-il les codes et les règles
des pièces classiques ? Sujet 2. Proposition : Héritier de l’épopée, le roman raconte
initialement les aventures palpitantes de héros grandioses. En narrant les péripé-
ties de personnages ordinaires et sans grande envergure, le romancier peut-il encore
passionner le lecteur ?
Exercice 10
Sujet 1. Proposition : Comment les fables, qui comportent un récit et une morale, un
« corps » et une « âme », touchent-elles à la fois l’imagination et la pensée ? Sujet 2.
Proposition : Le travail sur le langage, consubstantiel à l’écriture poétique, est-il un
obstacle à une expression sincère du poète ?
Exercice 11
a. Mots-clés : valet ; comédie ; personnage secondaire ; comique.
b. et c. Thèse 1 : Le valet de comédie est un personnage secondaire qui fait rire. Argu-
ments :
Préparer le bac

– L’histoire tourne autour du maître, et non pas du valet. Exemple : La Flèche, valet
de Cléante, dans L’Avare de Molière.
– C’est un personnage comique parce qu’il joue des tours à son maître. Exemple :
Scapin, dans Les Fourberies de Scapin, de Molière.
PARTIE 4

Thèse 2 : Le valet de comédie est un personnage de premier plan, et il n’est pas for-
cément comique. Arguments :
– Le valet est (presque) aussi important que le maître, parce qu’il a un vrai rôle dra-

CHAPITRE 45 Préparer la dissertation : le sujet 277


matique. Exemple : Arlequin, dans Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux.
– C’est un personnage qui peut avoir une part sombre. Exemple : Figaro, dans Le
Mariage de Figaro, de Beaumarchais.
Exercice 12
a. Mots-clés : romancier ; se borne ; décrire ; réel.
b. se borne : Synonymes : « se limite » ; « se contente ». Antonymes : « élargir ». décrire :
Synonymes : « peindre » ; « représenter » ; « retranscrire ». réel : Synonymes : « réalité » ;
« monde existant ». Antonymes : « rêve » ; « illusion ».
c. 1 L’objectif du roman est bien de décrire la réalité sociale et morale. Mais le
romancier ne saurait se contenter de simplement représenter ce qu’il voit ; il doit
en expliquer les causes, et en dévoiler le sens. 2 L’écrivain doit retravailler le réel
et non pas le retranscrire tel qu’il est, afin de lui donner un sens ; c’est seulement
ainsi qu’il « donner[a] l’illusion complète du vrai ». 3 Il est impossible de décrire le
réel, car l’écriture ne peut épuiser le réel.
d. On pourrait par exemple travailler sur le réalisme subjectif dans Le Rouge et le Noir
de Stendhal.
Exercice 13
a. Mots-clés : poètes ; comme les autres.
b. comme les autres : « semblables » ; « pareils » ; « similaires ».
c. Texte 1 : Le poète est différent des autres hommes par son génie et son talent. Il
n’est pas adapté à la société. Texte 2 : Le poète est semblable aux autres : sa vie res-
semble à celle des autres hommes.
d. On pourra travailler sur la figure du poète dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire, en
montrant par exemple comment le poète est seul capable d’accéder à l’Idéal, ainsi
que sur Les Contemplations de Hugo, en mettant en évidence l’universalité des sen-
timents exprimés.
Exercice 14
On pourra s’appuyer sur les Mémoires d’Hadrien de Yourcenar :
1. Le récit biographique est l’histoire d’un individu. Il reprend des étapes obligatoires
du récit de vie (enfance, études).
2. Mais cette histoire s’inscrit dans l’Histoire. Le personnage joue un rôle dans l’His-
toire (il devient empereur).
3. Le récit biographique est aussi prétexte à une méditation sur des questions exis-
tentielles. Hadrien va mourir. La lettre qu’il écrit est l’occasion de réfléchir sur sa vie.
Exercice 15
On pourra s’appuyer sur Alcools d’Apollinaire :
1. La célébration de nouveaux sujets poétiques. La modernité consiste à s’intéresser
à des sujets a priori peu, ou pas, poétiques (la ville…).
2. Une nouvelle représentation du monde. Une représentation du monde marquée
par les courants artistiques de l’époque (collage, futurisme…).
3. Une rupture dans l’écriture poétique. La libération du vers (vers libre, absence de
ponctuation…).
Exercice 16
On pourra s’appuyer sur Phèdre de Racine :
1. Un personnage souffrant, victime de la passion. Phèdre est victime de la malédic-
tion de Vénus, lancée sur la famille du Soleil.
2. Un personnage aliéné, que la passion rend moralement monstrueux. Phèdre est
un monstre : elle laisse accuser Hippolyte, et est victime de sa perte.
3. Un personnage désespéré, luttant en vain contre la passion. Phèdre a tout fait pour
éloigner Hippolyte, mais en vain.

278
Exercice 17
On pourra s’appuyer sur les Essais de Montaigne :
1. Certes, la littérature d’idées est souvent subversive et critique. Montaigne montre
la cruauté des Européens (lors des guerres de Religion).
2. Cependant, cette critique permet de véhiculer de nouvelles valeurs visant à rendre
meilleure l’humanité. Montaigne écrit un texte humaniste, célébrant la tolérance
envers l’Autre.
3. La littérature d’idées cherche surtout à faire penser, sans imposer des idées. Mon-
taigne écrit d’une façon relativement neutre certains passages, se contentant de
décrire les Indiens, et laissant le soir au lecteur de se faire sa propre opinion.

Exercice 18
On pourra s’appuyer sur Phèdre de Racine :
1. Les personnages recueillent la parole des personnages principaux et permettent
aux spectateurs de connaître leurs pensées et leurs opinions. La présence d’un per-
sonnage secondaire permet d’éviter l’artifice du monologue. C’est ainsi à Œnone que
Phèdre confie ses doutes et ses tourments.
2. Les personnages secondaires mettent en valeur les personnages principaux. Les
personnages secondaires peuvent faire ressortir les personnages principaux par des
jeux d’opposition. Ainsi, Aricie, dont l’amour pour Hippolyte est pur, met d’autant plus
en évidence la noirceur de la passion de Phèdre.
3. Les personnages secondaires agissent et font progresser l’action. Ils ont ainsi une
fonction dramatique. Le personnage secondaire ne fait pas qu’écouter : il peut par-
ler et ainsi infléchir le cours de l’action. Ainsi, Œnone accuse injustement Hippolyte.

Exercice 19
a. Mots-clés : personnages ; roman ; destin exceptionnel ; personnages banals ; ordi-
naires.
b. Alternative : On s’attend à ce que les personnages romanesques soient des héros
au destin extraordinaire vs des personnages communs et quelconques.
c. Thèse 1 :
– Le roman peut avoir une valeur morale et édifiante, et il doit donc camper des per-
sonnages hors du commun. Exemple : la vertu exemplaire de la princesse de Clèves,
dans La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette.
– Le roman a pour fonction de nous faire rêver, de nous transporter loin de notre
quotidien. Exemple : perfection du duc de Nemours.
Thèse 2 :
– Le roman a pour fonction de montrer la réalité sociale et politique. Il doit donc
camper des personnages sans qualité particulière. Exemple : Julien Sorel, fils d’un
simple charpentier, dans Le Rouge et le Noir de Stendhal.
– Un personnage quelconque permet au lecteur de s’identifier à lui. Exemple : Julien
Sorel représente la jeunesse des années 1820-1830, nourrie de gloire napoléonienne,
déçue par le retour des Bourbons, et qui cherche comment s’élever dans la société.
d. Cette question pourra permettre de travailler l’expression orale, en faisant déve-
Préparer le bac

lopper aux élèves leurs arguments. Les élèves apprécieront également la pertinence
des arguments ainsi développés.

Exercice 20
a. Mots-clés : autobiographie poétique ; écriture ; souvenirs.
PARTIE 4

b. Proposition : Écrire son autobiographie poétique, est-ce uniquement raconter ce


que l’on a vécu ?
c. On pourra s’appuyer sur Les Contemplations de Hugo :

CHAPITRE 45 Préparer la dissertation : le sujet 279


Thèse 1 :
– Une progression qui se veut chronologique : Autrefois / Aujourd’hui, et une ins-
cription dans l’espace et le temps.
– Omniprésence du « je », récit d’anecdotes personnelles. Exemple : « Vieille chan-
son du jeune temps ».
– Hugo raconte des souvenirs divers : familiaux (« Mes deux filles »), amoureux (« Lise »),
des « chose[s] vue[s] un jour de printemps »…
Thèse 2 :
– Montrer la façon dont Hugo passe de l’anecdote à une réflexion plus large et
plus vaste. Exemple : « Baraques de la foire » : du « je » à une réflexion sur la place de
l’homme, en passant par l’animal.
– Réflexion politique : Hugo dénonce la misère. Exemples : « Melancholia », « Chose
vue un jour de printemps ».
– Réflexion philosophique sur la Nature, Dieu, qui peuvent apaiser le poète. Exemple :
« À Villequier ».
– Réflexion esthétique sur l’écriture poétique. Hugo veut briser les codes de l’écri-
ture poétique. Exemple : « Réponse à un acte d’accusation ».

Exercice 21
a. Mots-clés : personnages ; théâtre ; représentants ; condition humaine.
b. Depuis l’Antiquité, le théâtre renvoie aux spectateurs une image de leur humanité.
c. Proposition : En quoi les personnages théâtraux incarnent-ils la destinée des
hommes ?
d. On pourra s’appuyer sur Oh les beaux jours de Beckett :
– Des personnages sans réelle identité ;
– Des personnages en quête de bonheur : une réflexion sur le temps et la mort ;
– La question du langage et de la communication et de la solitude.

Exercice 22
a. Mots-clés : littérature d’idées ; arme.
b. Objet d’étude : la littérature d’idées et la presse du xixe au xxie siècle (2de).
c. Le sujet invite à questionner la thèse suivante : La littérature d’idées est un moyen
pour défendre ses idées.
d. Proposition : Dans quelle mesure la littérature d’idées est-elle un bon moyen pour
défendre ses idées ?
e. Texte 1 : Le journal Le Cri du peuple est un journal engagé, dans lequel chacun peut
défendre publiquement ses idées (ouvert à tous, tribune libre, l. 5). Il peut jouer sur
diverses tonalités (perlé de larmes, l. 4 : pathétique ; pailleté de rires : satirique, iro-
nique). La presse a un effet sur ses lecteurs (rieurs et irrités, l. 7). L’écriture du journal
est guidée par des valeurs : l’honneur de la République et le salut des pauvres, l. 9-10.
Texte 2 : Littérature polémique, qui met au jour les réelles causes de la guerre : pour
une conquête de territoires et de marchés, l. 9-10, et montre les mensonges des gou-
vernements : on vous l’a présentée […] comme une lutte pour le Droit des Peuples, la
Justice, la Liberté, l. 4-5. ➙ Arguments :
– La littérature d’idées est une arme par l’utilisation de tonalités spécifiques, qui
ont pour objectif de faire réagir le lecteur ;
– La littérature d’idées est guidée par des valeurs (la vérité, la paix, l’honneur de la
République…) ;
– La littérature d’idées est engagée ;
– Cependant, la littérature d’idées n’est pas toujours une arme efficace : la guerre
de 14-18 aura lieu, malgré les efforts de Jacques.
f. On appréciera la pertinence des arguments et les exemples, qui seront fonction
de l’œuvre étudiée en classe.

280
46 Préparer la dissertation : le plan

Objectifs du chapitre
Apprendre à organiser ses arguments, en suivant un ordre logique.
Savoir construire un plan détaillé, logique et progressif.

OBSERVER
Démarche
Ce chapitre, dans la continuité du précédent, permettra aux élèves d’apprendre à
mettre en forme une dissertation en choisissant un plan adapté au sujet et en étant
capable de classer les arguments à l’intérieur des grandes parties du plan adopté.

1. Veillez aux enchaînements logiques (renvoyer au chapitre 15 : Les liens logiques)


a. Les connecteurs logiques sont : certes et mais. Le mode de raisonnement utilisé
est la concession. Le lien logique qui les relie est l’opposition. La concession consiste
en effet à donner en partie raison à une thèse, pour ensuite, par un lien d’opposition,
mieux la rejeter et montrer la validité de la thèse contraire.
b. Les connecteurs logiques sont des liens de cause : En effet (I, 1 et III, 1), d’addition :
De plus (I, 2), En outre (II, 2), d’ailleurs (III, 2), Et (III, 3), de conséquence : Ainsi (II, 3), et
des liens énumératifs : Tout d’abord (II, 1), Enfin (I, 3).

2. Savoir argumenter
a. L’objectif de la IIIe partie est de dépasser la contradiction supposée par le sujet en
déplaçant le problème posé.
b. Les exemples seront fonction de l’œuvre étudiée.

EXERCICES
Exercice 1
Sujet 1 : Plan dialectique pour confronter les points de vue (le but de la littérature
d’idées est d’éclairer la condition humaine/le but de la littérature d’idées est autre).
Sujet 2 : Plan comparatif pour confronter les deux sous-genres du récit (la fiction et
le biographique) en ce qui concerne la connaissance de l’homme.
Sujet 3 : Plan analytique pour analyser la notion de personnage et l’approfondir pro-
gressivement ; ou plan dialectique pour confronter les deux points de vue opposés.
Sujet 4 : Plan dialectique pour confronter les points de vue (intrigue et action indis-
pensables/non indispensables au théâtre).
Préparer le bac

Exercice 2
Sujet 1 : I. L’essai développe de façon didactique des idées sur un sujet donné. II. L’es-
sai propose des idées sans les imposer. III. L’essai pose des questions plus qu’il n’as-
sène des vérités. Plan analytique, qui approfondit la nature de l’essai et son objectif.
PARTIE 4

Sujet 2 : I. Le metteur en scène doit respecter le texte et le sens de l’œuvre. II. Le


metteur en scène peut innover dans de nombreux domaines. III. La marge de liberté
laissée au metteur en scène permet de multiples interprétations de la pièce. Plan

CHAPITRE 46 Préparer la dissertation : le plan 281


dialectique, qui dépasse la contradiction entre la contrainte du texte et la liberté
permise dans la mise en scène.

Exercice 3
Sujet 1 : I. L’obstacle possible est celui de l’artificialité et du calcul, empêchant la fran-
chise des sentiments. II. Les contraintes formelles obligent à une expression précise
et rigoureuse des sentiments. III. Les contraintes formelles apportent une musica-
lité au texte poétique. Plan dialectique, qui dépasse la contradiction.
Sujet 2 : I. Le roman met à nu les mécanismes d’une société souvent mesquine, qui
apparaît comme un contre-modèle. II. Le roman propose des personnages ayant une
valeur d’exemple pour le lecteur. III. Le roman, même s’il est ancré dans un cadre spa-
tio-temporel précis, cherche une forme d’universalité. Plan analytique, qui montre
les différents moyens pour le roman d’avoir une portée morale.

Exercice 4
Les exemples pourraient être issus, respectivement, des Essais de Montaigne, d’une
mise en scène d’une œuvre étudiée, de poèmes de la Pléiade ou de la Préciosité, de
La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette.

Exercice 5
a. I. 1) Le comique de gestes et les éléments de la farce. Exemple : Les éléments de la
farce dans Le Mariage de Figaro. 2) Le comique de situation : le quiproquo, les malen-
tendus. Exemple : Le quiproquo en II, 5, de L’École des femmes ou en V, 3 dans L’Avare
de Molière. 3) Le comique de mots : les jeux sur le langage. Exemple : La Cantatrice
chauve de Ionesco.
II. 1) Ridiculiser pour se moquer : la satire. Exemple : Portrait satirique des méde-
cins dans Le Malade imaginaire de Molière. 2) Les cibles de la critique. Exemple : La
noblesse dans Le Mariage de Figaro. 3) Le rire à visée morale : « castigat ridendo
mores ». Exemple : Les pièces de Molière.
b. On pourrait proposer une troisième partie sur le rire noir ou le rire jaune, qui nous
renvoie à nos peurs, et montrer ainsi comment le rire est une façon de faire réflé-
chir le spectateur sur sa condition d’homme.

Exercice 6
Le défaut de ce plan est qu’il ne comporte que deux parties, qui esquivent la ques-
tion posée. Dire que la poésie mène aussi à la connaissance en II, c’est éviter de défi-
nir un dessein principal du genre. Il n’y a pas alors de vraie synthèse possible. Un plan
qui serrerait de plus près le sujet pourrait être :
I. Oui, les poèmes font rêver. II. Mais ils font aussi penser, réfléchir : n’est-ce pas
opposé au rêve ? III. Non, car le mode de pensée du texte poétique se joue aux fron-
tières du conscient et de l’inconscient, dans la rêverie plus que dans le rêve (rêverie
diurne ≠ rêve nocturne : cf. Bachelard, La Poétique de la rêverie).

Exercice 7
Proposition : I. Certes, le théâtre de Marivaux met en scène des intrigues amoureuses
divertissantes. II. Mais ce théâtre recèle sa part de cruauté. III. En réalité, le théâtre de
Marivaux consiste surtout en une réflexion sur les différences de condition sociale.

Exercice 8
Proposition : I. Certes, la poésie s’est longtemps intéressée à la beauté. II. Cepen-
dant, la laideur est aussi un objet poétique. III. Le rôle de la poésie n’est-il pas préci-
sément de transformer la « boue » en « or », la laideur en beauté ?

282
Exercice 9
Proposition : I. Les avantages de la presse, plus directe, plus courte, plus accessible.
II. Les avantages de la littérature d’idées, plus développée, plus nuancée. III. En réa-
lité, ce n’est pas le support ou le genre qui compte, mais la qualité littéraire du texte
proposé.

Exercice 10
a. et b. I. La poésie dit le monde. 1) La poésie décrit les paysages. Exemple : Nombreux
poèmes dans Les Contemplations de Hugo. 2) La poésie décrit la société. Exemple :
« Chose vue un jour de printemps », dans Les Contemplations. 3) La poésie dépeint
l’humanité. Exemple : « Tableaux parisiens » dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire.
II. La poésie s’engage dans le monde. 1) La poésie critique le monde. Exemple : « Melan-
cholia » dans Les Contemplations. 2) La poésie célèbre le monde. Exemple : « Parfum
exotique » dans Les Fleurs du Mal.
III. La poésie métamorphose le monde. 1) La poésie porte un regard neuf sur le monde.
Exemple : Regard neuf porté sur Paris dans « Zone », extrait d’Alcools, d’Apollinaire. 2)
La poésie transforme le monde par le langage. Exemple : Travail d’alchimie opéré par
Baudelaire dans Les Fleurs du Mal, par exemple dans « Une charogne ».

Exercice 11
a. et b. c. I. Des textes séduisants et agréables. 8) Des récits brefs et vivants. 2) Des
récits simples et faciles à comprendre. 6) Des histoires concrètes qui stimulent l’ima-
gination du lecteur.
II. Des textes qui font réfléchir. 7) Des récits allégoriques qui nécessite une lecture
active. 4) Des textes qui donnent à penser. 1) L’intérêt d’une stratégie du détour.
III. Des textes littéraires. 3) Des textes variés et qui cherchent à plaire. 5) L’art du
conteur. 9) Un travail poétique sur le style.

Exercice 12
a. – Voir exercice 7 : I. Certes, le théâtre de Marivaux met en scène des intrigues
amoureuses divertissantes. 1) Des intrigues où se mêlent amour et amour-propre.
2) L’expression des sentiments : le marivaudage. 3) Un théâtre qui fait souvent sou-
rire, par le biais de personnages comiques.
– Voir exercice 8 : III. Le rôle de la poésie n’est-il pas précisément de transformer la
« boue » en « or », la laideur en beauté ? 1) La poésie consisterait à extraire la beauté
de la laideur... 2) … par divers moyens littéraires, 3) … et en portant un nouveau regard
sur le monde.
– Voir exercice 9 : I.) Les avantages de la presse, plus directe, plus courte, plus acces-
sible. 1) La presse touche davantage de lecteurs, elle est plus accessible. 2) L’article
de presse est souvent court, il va à l’essentiel. 3) L’écriture est simple et compréhen-
sible par tous.
b. Les exemples dépendront des textes étudiés par les élèves.

Exercice 13
On pourra s’appuyer sur « Des cannibales » et « Des coches » de Montaigne.
Préparer le bac

I. La volonté d’objectivité dans le compte rendu de la découverte d’Autrui. 1) Une


description neutre des mœurs. Exemple : Description des Tupinamba dans « Des
cannibales ». 2) Une volonté de dire exactement les choses. Exemples : Restitution
d’un dialogue « habituel » entre Espagnols et Cannibales dans « Des Coches », souci
d’exactitude dans la restitution du dialogue entre Montaigne et les Indiens à la fin
PARTIE 4

des « Cannibales ».
II. Un regard et une écriture qui ne sont cependant jamais neutres. 1) L’Autre est tou-
jours décrit par rapport à soi. Exemple : Comparaison des deux mondes dans « Des

CHAPITRE 46 Préparer la dissertation : le plan 283


coches ». 2) Une écriture de l’éloge et du blâme. Exemple : Nombreux passages dans
les deux essais.
III. Finalement, penser l’Autre amène à réfléchir sur le monde dans lequel on vit
et sur soi-même. 1) L’Autre : un miroir inversé de Soi. Exemple : En insistant sur la
pureté et l’innocence des Indiens, Montaigne souligne la cruauté des Européens. 2)
Mise en évidence des défauts de notre monde. Exemple : Les essais de Montaigne
soulignent en particulier l’ethnocentrisme européen. 3) Remise en question de nos
préjugés. Exemple : La fin des « Cannibales » met en évidence les préjugés des Euro-
péens sur les Indiens.

Exercice 14
a. et b. I) Le récit naturaliste : une expérience rigoureuse que le romancier observe
et décrit. 1) Le récit conçu comme une expérience scientifique. Voir la préface de Thé-
rèse Raquin de Zola. 2) Le romancier : un savant qui fait varier différents paramètres.
3) Un but scientifique : rendre compte de la réalité et de la vérité.
II. Mais le romancier fait intervenir son imagination. 1) Parce qu’il invente des person-
nages. 2) Parce qu’il crée une fiction, des aventures. 3) Parce qu’il crée tout un monde.
Zola crée tout un monde à travers le cycle des Rougon-Macquart, qui relate l’Histoire
naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire.
III. Les qualités d’écriture du romancier font du roman une véritable œuvre litté-
raire. 1) Une écriture qui retravaille la langue populaire. 2) Une écriture impression-
niste. 3) Une écriture qui métamorphose le réel par des images. On peut penser aux
tonalités fantastique et épique présentes dans de nombreux romans de Zola.
NB : Les romans de Zola, ainsi que ses textes théoriques, permettront facilement d’il-
lustrer les arguments proposés.

Exercice 15
a. et b. On pourra travailler sur Enfance de Sarraute.
I. La vérité des faits passés est inévitablement déformée et recomposée. 1) Un passé
en partie oublié, tronqué, faussé à cause d’une mémoire défaillante. Ce problème est
mis en évidence dans l’incipit. 2) Un passé difficile à appréhender et à restituer. 3) Un
passé reconstruit en fonction de l’adulte qui écrit.
II. Mais l’auteur atteint une forme d’authenticité par la sincérité de son propos. 1) Le
pacte autobiographique passé avec le lecteur garantit l’authenticité du récit. 2) L’au-
teur exprime ses doutes et opère des rectifications pour s’approcher au plus près de
la vérité. 3) C’est le rôle de la deuxième voix dans Enfance.
III. Et il existe une vérité d’ordre esthétique qui réside dans le style personnel de l’au-
teur. 1) Une écriture particulière. Le « monologue à deux voix » dans Enfance. 2) Une
esthétique du fragment, l’absence de continuité. 3) La recherche du mot exact.

Exercice 16
a. et b. I. La pièce de théâtre met en scène un univers qui lui est propre, et qui est
éloigné de celui du lecteur ou du spectateur. 1) Un cadre spatial et temporel décalé
par rapport au lecteur/spectateur. 2) Des personnages bien différents du lecteur/
spectateur. Personnages mythologiques ou historiques dans les tragédies classiques.
3) Des intrigues éloignées de la vie du lecteur/spectateur.
II. Pourtant, personnages et situations sont un miroir de l’homme et de sa vie. 1) Le
théâtre peint (certes en les grossissant) des caractères, dans lesquels les hommes
peuvent se reconnaître. C’est ce qui explique la colère qui s’est déchaînée contre Tar-
tuffe de Molière. 2) Les situations mises en scène ne sont pas sans rappeler celles
auxquelles les hommes sont confrontés. 3) Les sentiments et émotions éprouvés par
les personnages sont semblables à celles du lecteur/spectateur.

284
III. En réalité, le théâtre fait surtout réfléchir l’homme sur lui-même. 1) Une réflexion
sur la place de l’homme dans la société. 2) Une réflexion sur les mœurs. 3) Une réflexion
sur la condition humaine. Nombreux exemples tirés du théâtre de Beckett.

Exercice 17
a. et b. Les exemples pourront être tirés des fables, des contes philosophiques, ou
encore des romans du xviiie siècle, comme les Lettres persanes.
I. L’humour et l’ironie sont deux tonalités efficaces. 1) Parce qu’elles rendent les
textes amusants ; elles font rire et sourire. 2) Parce que ces textes, plus faciles d’ac-
cès, attirent davantage qu’un texte purement didactique. 3) Parce qu’elles permettent
d’échapper à la censure (en particulier pour l’ironie)
II. Mais ce sont des armes à double tranchant. 1) Parce qu’on peut passer à côté du
sens véritable de l’énoncé. 2) Parce qu’on peut ne pas percevoir la gravité du sujet
abordé. 3) Parce que la mise à distance requise par ces tonalités peut empêcher le
lecteur d’être touché.
III. Leur efficacité passe en fait par la complicité créée avec le lecteur. 1) Parce que
l’humour et l’ironie, en créant un double sens, font appel à l’intelligence du lecteur.
2) Parce que ces tonalités jouent à la fois sur l’émotion et la réflexion. 3) Cette conni-
vence entre le lecteur et l’auteur explique en partie le succès de la littérature d’idées
du xviiie siècle, souvent marquée par ces tonalités.

Exercice 18
a. et b. I. 1) La puissance supérieure de la tragédie classique (les dieux, le destin) se
dilue dans l’inconnu chez les auteurs du théâtre de l’absurde. Dans Oh les beaux
jours, de Beckett, Winnie évoque le vide de la vie : Qu’est-ce qu’on peut bien faire alors,
jusqu’à ce qu’ils reviennent ? (l. 6-7), et les occupations triviales pour combler ce vide :
Se coiffer, si on ne l’a pas fait, ou s’il y a doute, se curer les ongles s’ils ont besoin d’être
curés, avec ça on peut voir venir (l. 7-10).
I. 2) Le tragique réside dans la « prison » de la condition humaine. Dans Oh les beaux
jours, cette prison est matérialisée par l’enterrement à mi-corps de Winnie, comme
le montre la mise en scène de Marc Paquien. De même, Willie rentre dans [s]on trou
(l. 20). Les deux personnages sont impuissants à changer ce mouvement vers le bas.
Dans La Leçon de Ionesco, l’Élève n’a pas son mot à dire.
II. 1) Le tragique de l’absurde, c’est la perte du langage comme communication, ce qui
ruine l’intrigue. L’Élève, dans La Leçon, se contente de répondre à son Professeur : Oui
Monsieur (l. 4) ; Bien Monsieur, Oui Monsieur (l. 13) ; Oui Monsieur (l. 21). Lorsque l’Élève
veut avancer une réponse (Phonèmes, l. 10), ou parler d’elle (l. 48), le Professeur l’inter-
rompt brutalement (l. 11-12 ; 49-51). L’Élève devient un être passif qui ne peut émettre
une idée. De même, dans Oh les beaux jours, Willie ne parle pas, et les mots semblent
avoir disparu : les mots vous lâchent (l. 5).
II. 2) Le mélange des tonalités est la marque d’un renouvellement esthétique : dans
La Leçon, le comique de mots (l. 26) contraste avec la souffrance de l’Élève. Dans Oh
les beaux jours, l’optimisme de Winnie contraste avec sa situation (elle est engloutie
dans le sol), et avec ce qui semble être une certaine souffrance de Willie : Willie s’ef-
fondre derrière le mamelon (l. 14-15).
Préparer le bac

III. 1) Le théâtre de l’absurde reflète le tragique propre au xxe siècle. L’extrait de La


Leçon révèle des relations de pouvoir et de violence entre les personnages qui rap-
pellent le contexte historique dans lequel les pièces ont été créées. La violence du
monde engendre des personnages insensibles et dominateurs.
III. 2) Le contexte historique favorise le sentiment d’une perte du sens et d’une fin
PARTIE 4

de l’humanisme. Certains personnages sont inhumains : Nous n’allons pas nous arrê-
ter pour si peu de chose. Continuons… (Ionesco, l. 49-51) ; Fais comme je te dis, Willie, ne
reste pas vautré là, sous ce soleil d’enfer, rentre dans ton trou (Beckett, l. 19-20).

CHAPITRE 46 Préparer la dissertation : le plan 285


Exercice 19
a. Les mots de liaison qui pourraient relier les parties et sous-parties : en effet (liai-
son I. 1 – I. 2), par ailleurs (liaison I – II), en outre (II. 1 – II. 2), finalement (liaison II – III),
ainsi (liaison III. 1 – III. 2).
b. Liaison I - II : Le théâtre de l’absurde renouvelle donc la tragédie par son traite-
ment de l’action dramatique. Il témoigne par ailleurs d’un intérêt esthétique qui fait
toute son originalité.
Liaison II - III : Finalement, les renouvellements esthétiques menés par le théâtre de
l’absurde débouchent sur un enjeu éthique : ils permettent de développer une vision
du monde marquée par les bouleversements du siècle.
Exercice 20
Proposition : I. Le récit fictif sert à entrer facilement dans l’argumentation. 1) Parce
qu’il raconte une histoire (l. 1-2) inventé[e] (l. 4), qui se déroule dans un univers loin-
tain qui ne ressemble en rien au nôtre (l. 6-7) : c’est un récit divertissant. 2) Parce que
cette histoire est souvent accessible et facile à comprendre. 3) Parce que le lecteur
prend du plaisir à lire une histoire.
II. Le récit fictif comme art du détour pour critiquer notre monde. 1) Une fiction qui
renvoie en réalité au monde d’aujourd’hui (ironie du deuxième paragraphe du texte
de Boualem Sansal). Tout est loin d’être parfaitement faux. 2) Une fiction qui met en
évidence les travers de notre monde. 3) Une fiction qui explicite son propos, par le
biais d’un avertissement au lecteur, ou des discours des personnages
III. Le récit fictif, qui allie l’émotion et la réflexion. 1) Des personnages modèles ou
repoussoirs qui véhiculent des idées abstraites. 2) Des situations concrètes qui font
réfléchir sur le monde, par exemple sur la façon dont notre monde se rapproche dan-
gereusement de celui de 1984, et sur soi.

47 Rédiger la dissertation

Objectifs du chapitre
Être capable de rédiger une introduction et une conclusion.
Maîtriser les règles de rédaction et de présentation formelle – notamment typographique – de la
dissertation.

OBSERVER
Démarche
Ce dernier chapitre consacré à la dissertation permet aux élèves :
– de comprendre comment on passe du plan détaillé au brouillon à la rédaction au
propre de la dissertation ;
– de travailler la rédaction des différentes parties du devoir : l’introduction, la conclusion
et les paragraphes, chacun étant constitué d’un argument et d’un exemple analysé.

1. Veiller à la présentation
a. Ce qui n’apparaît pas sur la copie rédigée est le « squelette » du devoir : les numé-
ros des grandes parties et des sous-parties.

286
b. L’introduction commence par un alinéa et forme un seul paragraphe. On saute une
ligne après l’introduction. La première partie commence par un alinéa. Une sous-par-
tie est constituée d’un paragraphe.

2. Suivre l’ordre logique de l’argumentation


a. Les quatre étapes de l’introduction sont les suivantes : préambule d’ordre relative-
ment général (l. 1 à 4) ; présentation du sujet (l. 4-5) ; problématique (l. 5-7) ; annonce
du plan (l. 7-10).
b. On commence par indiquer l’argument : le lecteur de romans est transporté dans
un autre univers (l. 12) ; puis on le développe en l’explicitant : Il n’est plus dans l’ici et
le maintenant […] ou un autre pays (l. 12-14) ; enfin, on indique un exemple de roman :
ici, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie, dont on justifie la pertinence, en
montrant comment il illustre l’argument.
c. Ici, le terme permettant d’insérer des exemples est ainsi. D’autres termes pos-
sibles : par exemple ; nous le voyons dans / à travers… ; comme nous pouvons le remar-
quer dans … ; … illustre / montre cette idée, etc.

EXERCICES
Exercice 1
a et b. Les étapes qui composent l’introduction : Le préambule : la convention du
monologue (l. 1-3) ; présentation (très elliptique) du sujet (l. 3) ; annonce du plan en
trois parties, une par fonction du monologue (l. 3 à 20).
b. La présentation du sujet est très partielle. L’étape manquante est celle de la pro-
blématique.
Proposition : À quoi bon des monologues en effet, dans ce genre où l’action est censée
imposer sa loi à la parole ? Le discours du personnage solitaire, en suspendant le cours
de l’action, peut paraître non seulement inutile, mais anti-théâtral. Qu’est-ce qui jus-
tifie pourtant son rôle au théâtre ? Pour le comprendre, il faut réfléchir aux fonctions
du monologue.
Exercice 2
Les étapes qui composent la conclusion : réponse à la problématique : elle répond
à la question initiale (lignes 1 à 3), en reprenant brièvement les étapes du raisonne-
ment (lignes 3 à 6) ; ouverture : élargissement de la réflexion autour de l’aspect arti-
ficiel du théâtre (lignes 6 à 10).
Exercice 3
a. Proposition de problématique : Le personnage romanesque se résume-t-il à
quelques traits de caractère outranciers ?
b. On pourrait commencer en soulignant que les personnages de roman sont les
héritiers des héros antiques épiques, caractérisés bien souvent par une caractéris-
tique : Ulysse est rusé, Achille est emporté…
Exercice 4
Préparer le bac

a. Plan adopté : I. Un personnage outrancier et excessif. II. Un personnage plus nuancé


et plus réaliste. III. Un personnage symbolique.
b. On pourrait évoquer le nouveau roman, mouvement littéraire des années 1950, qui
prône la disparition du personnage. Cette référence au nouveau roman permet de
PARTIE 4

remettre en question la notion même de personnage.


Proposition : Ainsi, le personnage oscille entre excès et vraisemblance. Certains roman-
ciers ont cependant tenté d’aller plus loin : les auteurs du nouveau roman prônent en

CHAPITRE 47 Rédiger la dissertation 287


effet la disparition du personnage, qui n’était d’après eux plus guère adapté à leur époque,
celle du « numéro matricule » selon Robbe-Grillet.

Exercice 5
a. Proposition : Les personnages de roman sont les héritiers des héros antiques épiques,
caractérisés bien souvent par une caractéristique : Ulysse est rusé, Achille est emporté…
De même, les romans de chevalerie proposent des personnages excessifs. Il semble alors
que l’art du romancier consiste à grossir jusqu’à l’excès les traits de ses personnages. Les
personnages de roman seraient alors conçus comme des êtres démesurés. Le person-
nage romanesque se résume-t-il ainsi à quelques traits de caractère outranciers ? Nous
montrerons que le personnage peut certes être exagéré, mais nous verrons ensuite qu’il
tend à devenir plus réaliste. Enfin, nous nous demanderons comment certains person-
nages, pourtant relativement médiocres et communs, acquièrent une dimension sym-
bolique.
b. Voir ci-dessus (4b).

Exercice 6
a. Idée générale : l. 1-2 (jusqu’à qui leur est inconnu). 1re sous-partie : l. 2 à 7 (jusqu’à
sur ses habitudes). 2e sous-partie : l. 7 à 13 (jusqu’à les Français eux-mêmes). Transi-
tion : l. 13-14.
b. Il faut aller à la ligne au début de la deuxième sous-partie, à partir de : Ce décentre-
ment opéré… (l. 7). Il faudra sauter une ligne après cette première grande partie, avant
la seconde.
c. Renvoyer au chapitre 15 (Les liens logiques). Alors (l. 3) ; donc (l. 7) ; Ainsi (l. 9) : lien
de conséquence. De fait (l. 7), grâce à (l. 10) : lien de cause.

Exercice 7
Le premier paragraphe ne convient pas. Le style est alourdi par les répétitions
(Venise est répété trois fois). Le terme spécifique de « fonction référentielle » n’est
pas employé. Enfin, la fin du paragraphe ne porte plus sur la fonction référentielle,
mais sur la fonction symbolique. Le troisième paragraphe ne convient pas non plus.
Le début évoque bien la fonction référentielle, mais le propos dévie rapidement et
ne traite plus du rôle des objets et du décor.

Exercice 8
a. Texte 1 : La nature isole le personnage ; la nature garde la trace des événements
passés ; la nature, à la fois calme et violente, symbolise la nature de Franck, qui se
découvre lui-même.
Texte 2 : L’homme est lié à la nature ; il existe des correspondances entre les mouve-
ments extérieurs de la nature et les mouvements intérieurs des hommes. La nature
a des conséquences sur l’homme.
Proposition : La nature est loin d’être indépendante du personnage ; au contraire, elle
lui est profondément liée. Inséparable de l’homme, celui-ci ne peut se comprendre sans
elle. Le personnage est en effet marqué par la nature, qui conserve la trace des évé-
nements passés ; et ceux-ci se répercutent dans les personnages actuels. Ainsi, dans
Chien Loup, de Serge Joncour, Franck se sent uni aux lions qui ont vécu à cet endroit, à
la sauvagerie qui a existé dans cette nature. La nature correspond donc bien à l’homme,
comme l’explique Zola dans Le Roman expérimental : la sauvagerie naturelle corres-
pond à la sauvagerie humaine.
b. On appréciera la pertinence de l’exemple choisi par l’élève, et on pourra vérifier
s’il est capable d’écrire correctement un paragraphe de dissertation. On pourra ren-
voyer aux critères d’auto-évaluation page 330.

288
Exercice 9
a. L’aspect développé est celui de l’inutilité de la poésie. b. En effet ; donc ; car ; Ainsi.

Exercice 10
a. Proposition : La poésie est un instrument utile au service d’une dénonciation poli-
tique. En effet, la force du langage poétique peut être utilisée à des fins polémiques ou
satiriques, visant à blâmer le politique. Le poème de Rimbaud, « Rages de Césars », qui
peint un portrait critique de Napoléon III, le montre bien. Les divers procédés d’écriture
– périphrases (L’Homme pâle, le Compère en lunettes) ; images (vingt ans d’orgie ; la
Liberté […] ainsi qu’une bougie) –, en soulignant l’apparence cadavérique d’un homme
qui a passé son temps à se vautrer dans les plaisirs du pouvoir tout en restreignant les
libertés, confèrent ainsi un poids certain à la dénonciation de l’Empereur. Le genre poé-
tique s’avère donc être très utile pour condamner et attaquer des personnages ou des
situations politiques.
b. Idée : ligne 1. Développement de l’idée : lignes 1 à 3. Exemple développé : lignes
3 à 8. Connecteurs logiques et mots de liaison : En effet ; ainsi. Phrase conclusive :
ligne 8-9.

Exercice 11
a. Texte 1 :
– Personnages haut placés, désignés par leur nom de famille : Talleyrand et Fouché ;
– Des personnages saisis dans un moment décisif, juste avant le retour de Louis XVIII
sur le trône de France ;
– Des personnages au pouvoir qui font l’Histoire : Comment pourriez-vous parvenir
jusqu’au roi sans que je vous fraie le passage ? (l. 2 à 4)
Texte B :
– Personnages de condition modeste, désignés surtout par leur prénom : des ouvrières
qui s’appellent Simone ou Gisèle ;
– Des personnages qui ont vécu un moment de crise : la guerre et les arrestations
en 1942 ;
– Des personnages qui subissent l’Histoire : ils m’ont emmenée à sa place avec les
gosses au commissariat, juste sous la mairie du dixième… (l. 7 à 9)
b. Proposition : L’Histoire est mise en scène à travers les personnages. Tout d’abord, les
moments historiques que vivent les personnages ne sont pas choisis au hasard. Il s’agit
de moments décisifs importants. Le dramaturge peut saisir les personnages dans un
moment de crise, comme dans Le Souper de Brisville. Louis XVIII va reprendre le pou-
voir, et Fouché cherche à tirer profit de la situation. Les personnages prennent alors des
décisions. Ou alors, le dramaturge peut camper des personnages juste après un boule-
versement. C’est le cas dans L’Atelier de Grumberg : l’intrigue se passe dans les années
d’après-guerre. Les décisions prises ont modifié le sort des personnages : on comprend
ainsi que le mari de Simone a été déporté.
De plus, l’Histoire peut être mise en scène à travers des hommes politiques célèbres
et importants. Dans Le Souper, Fouché et Talleyrand sont les chefs du gouvernement
provisoire. Talleyrand est proche du roi. À l’inverse, l’Histoire peut s’incarner à travers
Préparer le bac

des personnages populaires, ceux que l’on ne retient pas, comme les ouvrières Simone
ou Gisèle, qui n’ont d’ailleurs pas de nom de famille, dans L’Atelier.
Enfin, les personnages ont un rapport singulier à l’Histoire. Ils la font basculer (ou ils
tentent de le faire), comme dans la pièce de Brisville, dans laquelle Talleyrand se demande
ironiquement : « Comment pourriez-vous parvenir jusqu’au roi sans que je vous fraie le
PARTIE 4

passage ? » (l. 2-4). En effet, Fouché a voté la mort de Louis XVI quelques années aupa-
ravant. Au contraire, les personnages peuvent subir l’Histoire, comme Simone, qui est
arrêtée puis finalement relâchée : « Mais comme il était pas là ils m’ont emmenée à sa

CHAPITRE 47 Rédiger la dissertation 289


place avec les gosses au commissariat » (l. 7-9), ou son mari. Ainsi, le théâtre met bien
en scène l’Histoire par le biais de personnages.
Exercice 12
Renvoyer à la page 39, chapitre 7, sur les propositions subordonnées. 1. Nous nous
demanderons quelles sont les fonctions de la poésie. 2. Nous nous poserons le pro-
blème suivant : en quoi le personnage est-il ambivalent ? 3. On se demandera ce qui
rend la littérature d’idées efficace. Ou : On se demandera ce qui fait l’efficacité de la
littérature d’idées. 4. On se demandera si le romancier doit prendre parti. Ou : On se
posera la question suivante : le romancier doit-il prendre parti ? 5. On s’interrogera
sur le statut du poète dans la société.

Exercice 13
a. Règles d’écriture non respectées : Les titres ne sont pas soulignés ; il n’y a pas de
paragraphe, ni de retour à la ligne ; les citations ne sont pas entre guillemets ; cer-
tains points ne sont pas rédigés ; le « je » est utilisé.
b. Les modifications effectuées sont soulignées. Ainsi, nous avons vu que les héros
des romans d’apprentissage, sous la conduite d’un maître, s’initiaient aux rouages
et aux codes d’une société impitoyable. Nous allons maintenant montrer, dans un
second temps, que cette initiation s’accompagne de désillusions. Le roman d’appren-
tissage est de fait également celui des illusions perdues. Le héros perd en particu-
lier son innocence, car il ne peut réussir dans cette société sans se compromettre.
Le personnage honnête du début du roman comprend rapidement que la réussite
sociale est incompatible avec un certain nombre de principes moraux. C’est ce qui
arrive à Eugène Rastignac dans Le Père Goriot de Balzac. À la fin du roman, lorsqu’il
décide de poursuivre sa conquête de la société parisienne, il « ensevelit sa dernière
larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d’un cœur
pur », (Balzac). Eugène, devenu homme, abandonne donc sa pureté et s’endurcit.

Exercice 14
Proposition : La poésie donne un sentiment d’immortalité, car elle seule permet de résis-
ter au temps qui passe. Grâce à son art, le poète, comme son sujet, échappent à la fuite
du temps. Ainsi, tout le monde se souviendra d’Hélène, qui revivra dans et par les écrits
de Ronsard : « Longtemps après la mort je vous ferai revivre » (v. 10). La Sempervive, qui
vit longuement en sa jeune verdeur (v. 9) est un symbole de cette éternité littéraire. La
poésie apporte donc l’immortalité : « Vous vivrez (croyez-moi) comme Laure en gran-
deur, / Au moins tant que vivront les plumes et le livre » (v. 13-14). Mais c’est également
le poète qui restera vivant dans la mémoire des hommes, d’abord parce qu’il apparaît
lui-même dans son poème : « Afin qu’à tout jamais de siècle en siècle vive / La parfaite
amitié que Ronsard vous portait » (v. 1 et 2), mais aussi parce que le poème, illustra-
tion du talent de Ronsard, reste et s’inscrit dans l’éternité et dans la mémoire collec-
tive. C’est la raison pour laquelle personne, pas même la servante « qui au bruit de [s]on
nom [s’ira] réveillant / Bénissant [s]on nom de louange immortelle » (v. 7-8) n’oubliera
le poète, qui restera éternellement dans la mémoire des hommes.
Exercice 15
Proposition de sous-parties : I. Le personnage comme exagération du réel. 1) Des per-
sonnages extraordinaires, exempla ou sordides. 2) Des personnages qui entraînent
dans un autre monde. 3) Des personnages marquants et fascinants. II. Le person-
nage comme reflet du réel. 1) Identification du lecteur au personnage. 2) Réalistes et
naturalistes ont pour objectif de représenter le réel sans le modifier. 3) Des person-
nages qui sont des anti-héros. III. Le personnage devenu symbole. 1) Le personnage
qui représente un type, une catégorie. 2) Le regard du lecteur, qui confère au person-
nage une dimension mythique.

290
48 La contraction de texte
Objectifs du chapitre
Analyser la progression argumentative d’un texte.
Être capable de reformuler les grandes idées d’un texte.
Réduire et synthétiser la pensée d’un auteur à l’aide de ses propres mots.

OBSERVER
Démarche
Le texte proposé permet aisément d’articuler les deux temps de la contraction : com-
préhension et reformulation.

1. La progression argumentative du texte


a. L’homme a des amis parce qu’il n’est pas totalement heureux lorsqu’il est seul :
– l’homme heureux a des amis (l. 5-7) ;
– si l’homme était vraiment heureux… il n’aurait pas d’amis (l. 10-11).
b. Oui, mais voilà (l. 10) permet de remettre radicalement en cause tout ce qui pré-
cède en opérant un renversement efficace : c’est finalement l’absence de bonheur
qui pousse l’homme à avoir des amis, alors même que les apparences laissaient croire
que l’homme avait des amis parce qu’il était heureux.
c. On peut repérer trois étapes :
– moment introductif, qui pose la question (l. 1-4) : l’homme heureux a-t-il des amis ?
– première réponse possible (l. 5-9) : apparemment oui, l’homme a des amis, parce
qu’il est heureux.
– objection et seconde réponse possible (l. 10-17) : en réalité, l’homme a des amis
parce qu’il n’est pas parfaitement heureux (l. 14).

2. Vers la reformulation et la contraction


a. Le texte repose sur l’adjectif qualificatif heureux et la notion de bonheur.
b. L’adjectif autarcique signifie « qui se suffit à lui-même », mais il appartient d’abord
au domaine de l’économie politique, ce qui explique les précautions que prend F. Wolff
en l’utilisant, l’encadrant ainsi de guillemets, dans un contexte différent. Autosuffi-
sant est un synonyme, manière de reformuler l’adjectif précédent. ➙ L’individu vrai-
ment heureux n’a pas besoin des autres.
c. 62 mots ➙ reformulation en 15 mots environ. ➙ Cela paraît clair : l’homme heu-
reux se caractérise par ses réseaux d’amitié. (13 mots)
Préparer le bac

EXERCICES
Exercice 1
1. 15 mots. 2. 14 mots (attention : on ne compte pas les t et l euphoniques). 3. 14 mots.
PARTIE 4

Exercice 2
1. L’humanité profonde de l’homme se révèle dans sa capacité à offrir un toit à ses
semblables (18 mots). 2. La hausse des températures partout dans le monde se véri-

CHAPITRE 48 La contraction de texte 291


fie chaque jour un peu plus. Il est urgent d’agir (20 mots). 3. Par les livres, les lecteurs
s’ouvrent à une meilleure compréhension du monde et apprennent à développer
leur esprit critique (20 mots).

Exercice 3
1. Si je n’ai pas assez de diplômes (8 mots) ➙ En l’absence de diplômes (5 mots). 2. qu’ils
sont des hommes et des femmes dynamiques (9 mots) ➙ leur dynamisme (2 mots).
3. qu’il est capable de s’adapter (7 mots) ➙ sa capacité d’adaptation (4 mots).

Exercice 4
a. Thèse : L’entente entre les nations repose sur un ensemble de principes non écrits,
qui relèvent de valeurs communes, sorte de dénominateur commun qu’il est facile
d’approuver.
b. Liens logiques explicites : donc (l. 6), parce qu’ (l. 7-8, 8 et 9-10), cependant (l. 12),
c’est-à-dire (l. 13), donc (l. 14). Liens logiques implicites : ➙ relation d’addition (l. 15) :
plus précisément une coutume fondée sur… ➙ relation de conséquence (l. 16) : Ainsi, le
droit international n’en est que la forme codifiée…

Exercice 5
a. Thèse : La guerre technologique moderne crée une tension permanente chez les
soldats qui tuent à distance tous les jours et continuent à vivre en parallèle leur quo-
tidien tranquille.
b. On peut supprimer ici les passages entre guillemets, qui rendent compte du lexique
de la guerre moderne. Mais surtout, on doit supprimer la citation du colonel Lena-
han, qui a simple valeur illustrative.

Exercice 6
a. Le texte oppose les champs lexicaux du progrès et du droit d’un côté (droits de
l’homme, idéal, justice…) à ceux de la régression et de la privation des libertés de l’autre
(régression, populisme, homophobie, intolérance…).
b. Le texte est écrit à la 3e personne : On célèbre… Ce choix énonciatif rend la thèse de
l’auteur indiscutable, sous forme de constat sévère : les droits de l’homme régressent
partout. On remarque néanmoins des marques de la présence de l’énonciateur :
adverbes franchement (l. 2-3), naïvement (l. 4), sans doute (l. 4) ; lexique appréciatif (se
réjouir, l. 3 ; inéluctable, l. 11 ; relatives, l. 17)…

Exercice 7
a. Les points de suspension ont ici une valeur de sous-entendu ironique. Cette der-
nière phrase montre, sur le ton de la légèreté, les glissements néanmoins dangereux
opérés par la société des robots.
b. Le texte présente ici l’accumulation des tâches bientôt accomplies par les robots
en tous genres. Il s’agit de montrer l’emprise sans fin des robots sur la vie quotidienne
de nos contemporains. On pourra ici ne retenir que la thèse essentielle : Commence
aujourd’hui le début du règne des robots sur notre vie quotidienne, présents dans tous
les domaines de notre vie (20 mots).

Exercice 8
a. Liens logiques : au contraire (l. 4), pourtant, aussi (l. 17), donc (l. 21), car (l. 23).
Plan du texte : 1. L’individu voit sa liberté grandir grâce aux nouvelles technologies
et aux réseaux sociaux (l. 1 à 16) ➙ L’individu moderne, un individu libre. 2. Pourtant
cette apparente liberté est un piège qui peut se retourner contre l’individu dont les
réseaux sociaux collectent les données personnelles (l. 17 à 27) ➙ L’individu moderne,
victime des nouvelles technologies.

292
b. Thèse : Les nouvelles technologies dessinent un régime de liberté surveillée pour
l’individu moderne (13 mots).
c. Les deux textes reposent sur une progression argumentative identique. Dans les
deux cas, le texte part d’un constat apparemment optimiste : le règne des Droits
de l’homme (exercice 6), le potentiel libertaire des réseaux sociaux (exercice 8). Puis
il opère un renversement qui révèle la face sombre du monde moderne : la montée
du populisme (exercice 6), le dangereux stockage des données personnelles (exer-
cice 8). Quelques nuances sont néanmoins à noter. Si le texte de l’exercice 6 annonce
avec pessimisme un monde opposé aux principes des Droits de l’homme, le second
moment du texte proposant un renversement du premier, le texte de l’exercice 8 arti-
cule les deux mouvements à l’aide de Pourtant et d’aussi (l. 17) : les réseaux sociaux
créent de la liberté et en même temps de l’asservissement.

Exercice 9
a. Thèse : La ville est le lieu de la liberté par excellence pour l’individu : En ville, je puis
me libérer… (l. 14), mais aussi de l’organisation et de l’ordre anonyme (l. 19).
b. Liens logiques : par exemple (l. 2, addition) ; par conséquent (l. 4, conséquence) ; parce
qu’ (l. 13, cause) ; mais (l. 17, opposition) ; c’est-à-dire (l. 20, addition).
c. Répétitions : la ville comme espace de liberté (l. 1 à 10 et 14 à 17) : le texte déploie
la relation entre ville et anonymat : personne ne connaît personne (l. 3-4), je ne suis
pas sous le regard et le jugement des autres (l. 4-5) ; Je puis vivre ma vie, sans que per-
sonne s’en occupe (l. 5-6) ; J’acquiers par la foule et l’anonymat la liberté (l. 16-17) ➙ Une
même idée est ainsi régulièrement reformulée. Il s’agira de n’en retenir que l’essen-
tiel : la ville est le lieu d’un anonymat qui sauve l’individu et le libère.

Exercice 10
[Link] b.
1 68 mots. ➙ On devrait bientôt voir récompensée la renommée rapide d’Angèle
(10 mots).
2 51 mots. ➙ Nombreux sont ceux qui prennent goût aux séries, redoutablement
efficaces (10 mots).
3 60 mots. ➙ Mon étude des sociétés, fragiles et éphémères, peut éclairer un peu
l’humanité (13 mots).
4 51 mots. ➙ L’enseignement doit utiliser les nouvelles technologies avec un regard
critique (11 mots).
5 62 mots. ➙ Notre ère est celle de l’individu en réseau : libre, mais jamais seul
(13 mots).

Exercice 11
a. Thèse : L’hypothèse [d’une reproduction des grandes œuvres d’architecture, de sculp-
ture et de peinture] est séduisante mais sans doute peu réaliste (l. 21-22). ➙ Nos socié-
tés ont la tentation, sans doute peu réaliste, de reproduire sites et monuments pour
répondre à l’attente des touristes.
b. La reproduction de sites et monuments célèbres est tentante et techniquement
faisable. On peut néanmoins douter de telles réalisations (19 mots).
Préparer le bac

Exercice 12
a. Respect du mouvement général du texte ; reformulation réussie, au moins dans la
première moitié du texte : le monde au lieu du système international, les nations au
lieu des États… ; respect de l’articulation logique donc (l. 4).
PARTIE 4

b. Le texte ainsi résumé comporte en réalité 51 mots ; reprise de mots du texte : cou-
tume, droit international… ; contresens de la dernière phrase : Il n’y a pas de droit inter-
national (l. 5-6). En réalité, il y en a bien un selon G. Araud (exercice 4, l. 16-17).

CHAPITRE 48 La contraction de texte 293


Exercice 13
a. liker ➙ like, aimer. disliker ➙ dis + like, ne pas aimer. safe space ➙ espace positif,
ou zone neutre.
b. Thèse de l’auteur : les réseaux sociaux présentent plusieurs dangers.
Arguments possibles en faveur des réseaux sociaux : rapidité et facilité de la com-
munication à distance ; liberté de l’expression personnelle ; efficacité de la recherche
d’informations et de l’extension des connaissances…
c. Loin de réaliser ce qu’ils promettent, les réseaux sociaux reposent sur une confu-
sion entre le réel et le virtuel et exploitent les données personnelles au lieu de les
préserver (30 mots).
d. On pourra affiner la grille de lecture de la p. 337 si besoin en proposant d’autres
critères d’évaluation.
Exercice 14
a. Liens logiques : Mais (l. 8), parce que (l. 9), s’il est vrai… il est vrai aussi (l. 10-12), j’ajou-
terais (l. 13), C’est pourquoi (l. 43). Indices d’énonciation : indices de 1re personne (Je…),
indices de jugement et d’émotion (convaincu…), temps verbaux (présent, passé com-
posé, futur…).
b. Thèse : L’avenir appartient à la non-violence (l. 1-2).
c. En refusant la violence, les hommes grandiront en tant qu’hommes. Sartre en avait
déjà l’intuition : les attentats ne mènent à rien, sinon à accumuler désespoir et soif
de vengeance. Refuser la violence, c’est autoriser un futur radieux (40 mots).

49 L’essai

Objectifs du chapitre
Lire et analyser un texte d’idées.
Comprendre une question et savoir y répondre.
Organiser ses idées et ses exemples, construire un plan.
Rédiger un texte d’idées.

OBSERVER
Démarche
Le texte proposé pose un problème actuel tout en faisant écho, ainsi que le demande
la définition de l’épreuve dans les programmes, à la réflexion des écrivains de l’hu-
manisme aux Lumières (question de l’éducation, de l’égalité, de la nature et de la
culture, etc.).

1. Analyser le texte
a. Thèse défendue : Les jouets destinés aux garçons ou aux filles accentuent les dif-
férences entre les filles et les garçons.
b. genré : relatif à ce qui se rapporte au genre (masculin ou féminin). jouets genrés :
jouets conçus pour être destinés exclusivement à des garçons (automobiles, jeux de
construction, vaisseaux…) ou à des filles (poupées…).

294
2. Du sujet à l’essai
a. Mots-clés : égalité, activités communes, activités différenciées. ➙ Faut-il dévelop-
per des jeux communs entre les garçons et les filles ou au contraire bien les distin-
guer pour faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes ?
b. et c.
– Faire jouer une fille à des jeux de construction lui permettra peut-être de se diri-
ger plus facilement vers des études scientifiques et de faire progresser le nombre de
femmes dans les carrières scientifiques, dominées par les hommes.
– Faire jouer un garçon à la poupée lui permettra peut-être de développer certains
gestes qui le feront participer davantage aux tâches ménagères dans le foyer lors-
qu’il deviendra un homme.
– Peu importe à quoi l’enfant joue, l’essentiel c’est qu’il joue ! La plupart des jouets
ne sont pas sexués.

EXERCICES
Exercice 1
Thème : la responsabilité de l’écrivain dans son temps. Thèse : Les textes d’un écri-
vain sont toujours en lien avec les enjeux politiques et sociaux de son temps.
Exercice 2
Rousseau prend ici parti pour des activités différentes chez les filles et chez les gar-
çons. Il y a selon lui une attirance naturelle des garçons pour ce qui produit du mou-
vement ou du bruit, et une attirance naturelle des filles pour ce qui donne dans la
vue et sert à l’ornement (l. 6-7).
Exercice 3
a. Thèse : La nature humaine se montre trop cruelle envers les animaux
b. Thèmes : Le veganisme, l’antispécisme…
c. Arguments et exemples : L’homme abuse de la faiblesse de l’animal, à bout de forces
(texte 1, l. 6) ; La cruauté envers les animaux précède souvent des actes cruels des
hommes envers d’autres hommes (ex. : les gladiateurs, texte 1, l. 20-22) ; L’animal est
doté de qualités sensibles (inquiétude, joie, douceur du chien, texte 2, l. 9-16) ; L’ani-
mal a les mêmes organes que l’homme (texte 2, l. 17-26).
Exercice 4
Mots-clés : moyens de communication, liberté, individu.
➙ L’homme a-t-il acquis davantage de liberté à l’aide des moyens de communica-
tion modernes ?
Exercice 5
a. Idées du texte : La tolérance correspond à un ordre ancien, un idéal perdu, le siècle
d’or (l. 2) ; La tolérance est source d’harmonie (l. 3), faisant entendre plusieurs voix ;
Les maux de ce monde viennent de l’absence de tolérance, de la part d’une religion
(l. 8), ou avec l’appui d’un roi (l. 10).
Préparer le bac

b. Autres idées : Contexte religieux et politique : relever les facteurs de paix que sont
l’Édit de Nantes, la liberté religieuse… Au contraire, la religion unique est associée à
des régimes tyranniques ou autoritaires (la monarchie de droit divin dans l’Ancien
Régime, les régimes autoritaires du monde arabo-musulman aujourd’hui…). Etc.
Exercice 6
PARTIE 4

Pour : meilleure compréhension ; mise en place d’une culture commune… Contre :


l’uniformité aux dépens de la diversité ; l’annihilation de toute différence…

CHAPITRE 49 L’essai 295


Exercice 7
Pour cet exercice, on cherchera à développer le regard critique de l’élève. La première
étape (le plan analytique) est nécessaire pour trouver les premiers arguments. La
seconde étape (le plan dialectique) doit permettre de dépasser sa pensée person-
nelle pour tenter d’adopter un autre point de vue.
Exercice 8
a. Thèse : Les meilleures idées ou les meilleures productions artistiques ne pro-
viennent pas des individus les plus puissants de la société.
b. On pourra ici développer de nombreux exemples artistiques au gré des connais-
sances des élèves (Molière, Rimbaud, Van Gogh…).
Exercice 9
Pistes de réflexion pour un plan dialectique :
– Les commémorations maintiennent le souvenir face au risque d’oubli ;
– Elles assurent un lien entre le passé et le présent afin de donner cohérence au
temps historique ;
– Elles contribuent à l’élaboration d’une unité nationale à travers des symboles ou
des mythes…
Mais :
– Les commémorations risquent de tourner au spectacle (Bicentenaire de la Révo-
lution…) ;
– Elles sont parfois objet de récupération politique ;
– Elles idéalisent ou mythifient le passé au risque de le déformer (la Résistance…).

50 Préparer l’explication orale


Objectifs du chapitre
Analyser un texte.
Organiser ses notes en vue de l’oral.
Mettre en forme l’introduction et la conclusion d’une explication.
Organiser son temps de parole.

OBSERVER
Démarche
Le texte poétique en vers non seulement donne l’exemple d’une explication qui devra
mobiliser des connaissances très variées, mais montre aussi la nécessité de prépa-
rer la lecture orale du texte.

1. Étudier le texte
a. Il s’agit d’un sonnet. Cette forme poétique est issue de la tradition poétique fran-
çaise, présente depuis le xvie siècle. S’en remettre au sonnet, c’est déjà faire mémoire
de la poésie.
b. Quelques jeux de répétition :
– lexique : buffet (v. 1, 3, 12), vieux et vieilles (v. 2, 4, 5, 12), parfum (v. 4 et 11) ;

296
– sonorités : [f], [v]…
➙ Les répétitions (2 quatrains, 2 tercets, lexique, sonorités…) donnent l’image d’un
temps qui se répète. Comme les souvenirs remontent à la mémoire, les sons et les
mots reviennent dans l’espace du poème.

2. Répondre à la question de grammaire


a. sais : savoir, présent de l’indicatif. voudrais : 2e pers. du sg., conditionnel présent.
bruis : verbe bruire, 2e pers. du sg., présent de l’indicatif. On peut confondre avec le
passé simple de l’indicatif, mais la présence du présent de l’indicatif aux v. 12 et 14
plaide pour le présent dans ce cas également. s’ouvrent : 3e pers. du pl., présent de
l’indicatif. ➙ 4 propositions.
b. Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires : prop. sub. conj., compl. circ.
de temps du verbe bruire, introduite par la conj. de sub. quand.

EXERCICES
Exercice 1
Problématique : La fuite nocturne, rupture annoncée entre les deux personnages ?
Plan : 1. Le désespoir de M. de Nemours (l. 1 à 7). 2. La fuite de M. de Nemours (l. 8 à 17).

Exercice 2
Champ lexical des sentiments : espérance (l. 2-3), espérer (l. 6-7), joie sensible (l. 14), très
affligé (l. 16). Ce champ lexical se rapporte à M. de Nemours.

Exercice 3
Quelques éléments : un souci du détail : il ne reste plus du cheval que quelques détails
anatomiques (cou, tête, méplats, poil, dents…) ; les comparaisons (l. 11-12, 13, 14) comme
moyen de dire l’indicible ; la figure du cyclope, figure de mort (cf. l’Odyssée). Etc.

Exercice 4
Plan du texte : 1. Introduction d’Eudémon (l. 1 à 6). 2. Discours de Des Marais (l. 7 à 11).
3. Discours d’Eudémon (l. 12 à 23).
On notera en particulier le travail sur les discours rapportés dans le texte : l. 7 à 11 :
discours direct. l. 12-13 : discours indirect. l. 14 : discours narrativisé. l. 17 à 23 : dis-
cours narrativisé.

Exercice 5
a. De toutes ces problématiques possibles, on pourra préférer la 3, qui envisage sans
doute le mieux les enjeux dramatiques du monologue hugolien (pourquoi ce mono-
logue, à ce moment-là de la pièce ? quelle réaction du spectateur entraîne-t-il ?...),
tandis que les quatre autres se présentent davantage comme des moments de des-
cription de phénomènes précis.
b. Mouvements du texte : 1. L’entrée en scène de Don César (v. 1 à 4). 2. Prise de
conscience de la solitude du personnage et moment de recueillement.
Préparer le bac

Éléments de rythme et de versification :


– le vers 1 (fin d’alexandrin isolée entre deux prises de parole) ;
– la rime des v. 14-15 qui rapproche dramatiquement le bagne et l’Espagne ;
– Vous en tête de vers et à la césure à l’hémistiche (sous l’accent) au v. 3, qui est à
PARTIE 4

opposer au Je répété au vers suivant ;


– Répétition de Personne au v. 5 et au v. 6 en tête de vers et en fin de vers ;
– Anaphore de Et (v. 12 à 14). Etc.

CHAPITRE 50 Préparer l’explication orale 297


Exercice 6
Proposition d’introduction : À la scène 2 de l’acte IV, au moment où Ruy Blas vient de
quitter la pièce, Don César apparaît, « essoufflé, décoiffé », tombé du haut de la cheminée.
Alors qu’il croit dans un premier temps intervenir au milieu d’une assemblée à laquelle il
commence à s’adresser, il se rend compte qu’il est seul et profite de ce moment de soli-
tude pour « se recueillir » et raconter ce qui lui est arrivé. Il convient alors de se deman-
der quel peut être l’intérêt dramatique d’un tel monologue : s’agit-il d’une pause dans
l’action ? Qu’apporte cette parole artificielle qu’est le monologue à ce moment précis
de l’action, et quelle progression à venir suggère-t-elle ? Quel portrait de Don César
permet-il de construire à travers le parcours qu’il raconte ? Le texte, construit en deux
mouvements, permet de distinguer deux moments qui suggèrent une progression du
drame : une entrée en scène mélodramatique à l’aide de la cheminée ; une parole dra-
matique qui révèle ce qu’a vraiment vécu le personnage de Don César.

Exercice 7
a. Problématique : Comment l’espace poétique construit-il la figure de la femme
aimée comme celle qui fait passer le poète de la mort à la vie ?
b. Proposition de plan : 1. La tension entre la mort et la vie : a) La mort et la vie. b) Le
passé et le présent. 2. Le poète amoureux : a) Le cœur amoureux : l’expression des
sentiments. b) Le corps amoureux. 3. Le poème ou la victoire de l’amour et de la vie :
a) Fragilité du poème : le vers court et le souffle court, les rimes justes et les rimes
approximatives. b) Renaissance du poème : l’énonciation lyrique ou la nouvelle voix
du Je poétique.
Proposition d’introduction : Publié en 1956, dédié à Elsa, Le Roman inachevé se pré-
sente comme un recueil poétique à part dans la production d’Aragon. La dimension
autobiographique du volume transparaît dans l’évocation de sa tentative de suicide
et son désespoir profond dont Elsa l’aurait tiré en lui redonnant espoir et goût dans la
vie. Dans les six strophes commençant par le vers de cinq syllabes « Il n’aurait fallu », le
poète semble évoquer une figure salvatrice qui lui a tendu une main nue pour lui éviter
la mort. Comment l’espace poétique construit-il la figure de la femme aimée comme
celle qui fait passer le poète de la mort à la vie ? Il s’agira dans un premier temps de
rendre compte de la tension entre la mort et la vie dans l’espace du poème. Dans un
second moment, il conviendra d’envisager le poète amoureux, en observant notamment
l’expression des sentiments et le langage du corps. Enfin, sans doute faudra-t-il revenir
sur la forme poétique choisie, ces strophes et ces vers mettant en scène la précarité de
la vie humaine et de l’écriture poétique.
Proposition de conclusion : Au terme de notre analyse, nous pouvons donc souligner
que la force et la beauté de ce poème consistent à mêler l’expression très simple d‘une
tendresse amoureuse et d’un rapport au monde élémentaire à une grande densité poé-
tique. La légèreté du rythme traduit avec sobriété une renaissance à soi et au monde
qui ne peut que toucher le lecteur, sensible à un chant si personnel qui est pourtant
capable d’atteindre l’universel.

Exercice 8
On note l’absence de proposition principale. Don César accumule les groupes nominaux,
donnant ainsi une impression de rapidité aux événement dramatiques qu’il a vécus.

Exercice 9
Proposition de ponctuation :
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours, aux semaines ?

298
Sa réalité
À l’immense été
Des choses humaines ?
Il s’agit dans ce cas d’une phrase interrogative (pronom interrogatif Qui en tête de
phrase), scindée en deux temps (on peut sous-entendre Qui donc a rendu avant Sa
réalité, d’où les deux points d’interrogation). Les deux groupes nominaux Aux jours
et Aux semaines doivent être séparés par une virgule. La poésie non ponctuée crée
donc une fluidité singulière, elle favorise aussi l’ambiguïté : toute cette strophe peut
aussi être comprise comme une nouvelle proposition relative (comme Qui a pris la
mienne v. 6).

Exercice 10
– tant qu’il avait vu de la lumière : prop. sub. conj., compl. circ. de temps de était
demeuré. Verbe au plus-que-parfait de l’indicatif
– quoiqu’il fût persuadé : prop. sub. conj., compl. circ. de concession de avait pu. Verbe
au plus-que-parfait du subjonctif.
– qu’elle l’avait reconnu : prop. sub. conj., COI de fût persuadé. Verbe au plus-que-
parfait de l’indicatif.
– qu’elle n’était sortie que pour l’éviter : prop. sub. conj., COI de fût persuadé. Verbe
au plus-que-parfait de l’indicatif.
– qu’on fermait les portes : prop. sub. conj., COD de voyant. Verbe à l’imparfait de
l’indicatif.
– qu’il n’avait plus rien à espérer : prop. sub. conj., COD de jugea. Verbe à l’imparfait
de l’indicatif.

Exercice 11
Proposition principale : Seuls dépassaient […] son cou terriblement long ; puis trois
subordonnées relatives introduites par :
duquel : a pour antécédent cou, compl. du nom bout. qu’ : a pour antécédent tête, COD
de soulever. que : a pour antécédent dents, COD de découvraient.

51 L’explication et l’entretien

Objectifs du chapitre
Savoir lire un texte à l’oral convenablement.
Savoir répondre aux questions posées par l’examinateur.
Savoir mener l’entretien avec conviction et courtoisie.
Préparer le bac

OBSERVER
Démarche
PARTIE 4

Le texte proposé ne concerne bien sûr que l’explication. Mais par sa nature et par ses
enjeux, il peut introduire aussi à l’esprit de l’entretien qui fera suite à l’explication et
à la question de grammaire.

CHAPITRE 51 L’explication et l’entretien 299


1. Question sur la lecture
On pourra choisir de faire porter l’accent sur des mots différents selon les lectures :
surgi (l. 2, valeur dramatique), bonne (l. 9, valeur ironique), enthousiasme (l. 11-12, iro-
nie)… Pause entre les deux paragraphes. Il convient de baisser la voix entre les tirets
qui ont une valeur de parenthèses.

2. Question sur l’explication


Nombreuses expressions à valeur ironique : éclat d’obus retardataire (l. 1), venu d’on
ne sait où et on se demande comment (l. 2), bref comme un post-scriptum (l. 2), comme
s’il s’agissait de régler une affaire personnelle (l. 4-5), sans discuter (l. 6), tout le monde
a félicité Anthime (l. 8), cette bonne blessure (l. 9), l’une des meilleures qu’on pût ima-
giner (l. 9-10), désirée par chacun (l. 10-11), L’enthousiasme était tel (l. 11-12), – du moins
ceux qui, pas trop amochés, en étaient capables – (l. 12-13). Echenoz dénonce ainsi l’ab-
surdité d’une guerre où l’on en vient à se réjouir d’être amputé d’un bras pour ne
plus combattre.

3. Question sur l’entretien


On évoquera la possibilité de plusieurs problématiques en fonction des groupements
proposés afin de ne pas limiter l’élève à une seule lecture des textes.

EXERCICES
Exercice 1
a. Liaisons à effectuer : on en (v. 1) ; on en (v. 3) ; revient un (v. 4) ; C’était une (v. 6) ; ces
affaires (v. 7) ; on a (v. 10) ; tout éméché (v. 12) ; ils auront (v. 17).
Passages à mettre en valeur : la syntaxe et l’organisation des vers permettent de
mettre en place des pauses plus longues sur les mots en fin de vers (compte, rien,
fontaines…) ou en fin de propositions (banal, v. 7 ; chaude, v. 9 ; etc.).
b. Il s’agit ici d’un texte poétique en vers libres. Les difficultés de lecture sont préci-
sément liées à la variété du mètre : le lecteur ne peut s’appuyer sur le rythme fixe
de l’alexandrin ou du décasyllabe, le rythme est sans cesse changeant.
c. Il s’agit ici de poésie lyrique amoureuse, dans laquelle le poète dit la séparation
avec la femme aimée : il ne reste rien (v. 2 et 9), sauf le souvenir de la rencontre. Le
ton sera celui de la confidence intime.
d. Il s’agira ici de rappeler qu’en poésie française le vers est toujours lié au souffle et
aux respirations, dont l’alinéa est théoriquement le signe.
Exercice 2
Pour cet extrait des « stances » du Cid, le lecteur est dans une situation similaire liée
à la variété des mètres employés. La tonalité pathétique à l’œuvre ici permet de
faire porter l’accent sur le Ô (v. 8 et 18). Les modalités exclamative et interrogative
permettent également de faire entendre davantage les mots en fin de propositions.
Exercice 3
a. v. 1 : octosyllabe. v. 2 : alexandrin. v. 6 : hexasyllabe.
b. Ces « stances » apparaissent comme des strophes lyriques qui jouent sur la variété
des mètres et la répétition de certains propos (Ô Dieu ! l’étrange peine !) afin d’am-
plifier le pathétique de la situation de Rodrigue. La stance (de l’italien « stanza »,
« demeure ») est une strophe qui forme un tout complet et s’achève par une pause.
Elle existait en poésie avant d’être introduite au théâtre. Un monologue en forme
de stances a donc l’autonomie d’un poème qui exprime des sentiments graves.

300
c. Schéma des rimes : abba cc dede (embrassées – suivies – croisées).
d. L’emploi de l’anaphore montre la nécessité pour le personnage de Rodrigue de
prendre une décision difficile.
e. Proposition de problématique : Comment le choix des stances, forme poétique
reposant sur l’hétérométrie, traduit-il à ce moment de la pièce le trouble profond
du personnage ?

Exercice 4
a. Rendre sensible l’enthousiasme, l’adhésion passionnée à l’art du peintre qui se
manifestent par les interrogatives, exclamatives, interrogatives, du lecteur…
b. Le spectateur dit ici son admiration pour un tableau qu’il estime particulièrement
réussi : au-delà de la représentation, il lui fait sentir la présence des bœufs, devenus
vrais. Là réside le génie de l’artiste selon Diderot.
c. Ce texte appartient à la critique d’art, genre auquel Diderot s’est adonné sur les
recommandations des frères Grimm.
d. Proposition de problématique : Dans quelle mesure ce tableau de Loutherbourg
est-il l’occasion pour Diderot critique d’art de s’interroger sur les capacités de l’ar-
tiste à représenter le réel ?

Exercice 5
On insistera sur la qualité de l’argumentation des élèves. On pourra leur demander
pour commencer de relever trois arguments, et on insistera sur la nécessité de citer
des passages précis du poème.

Exercice 6
L’exercice vise à construire un débat autour de l’écoute mutuelle des élèves. On
insistera sur la nécessité de partir d’adjectifs qualificatifs suffisamment précis afin
de rendre le débat intéressant, et on évitera les adjectifs au sens trop large (belle,
longue, bien écrite…).

Exercice 7
On pourra distribuer aux élèves au préalable des extraits de quatrième de couver-
ture de différentes éditions de poche d’une même œuvre afin de comparer les pro-
jets éditoriaux.

Exercice 8
Afin de rendre le débat intéressant, là encore on insistera sur la nécessité de poser
des questions suffisamment précises, pour éviter les propos trop généraux. On pourra
ainsi penser à : La fin de l’œuvre est-elle tragique ? Le personnage principal est-il véri-
tablement héroïque ? Etc.

Exercice 9
Cet exercice pourra servir de conclusion au travail mené sur l’œuvre intégrale dans
le cadre de l’œuvre de théâtre. On pourra inviter les élèves à répondre par écrit à
cette question après avoir proposé le visionnage de captations de deux mises en
Préparer le bac

scène différentes.

Exercice 10
Dans le cadre de cet exercice, on attendra des citations précises des deux textes (La
Fontaine et Voltaire) afin de rendre l’argumentation pertinente. On insistera égale-
PARTIE 4

ment sur le caractère nuancé de la réponse : les projets de La Fontaine et de Voltaire,


s’ils sont différents par leur lectorat et leur contexte, peuvent aussi se rejoindre dans
la construction d’un esprit critique.

CHAPITRE 51 L’explication et l’entretien 301


Exercice 11
On pourra envisager cet exercice comme un exercice écrit ou comme un exercice
oral, après un temps de brouillon et de notes d’une quinzaine de minutes environ.

Exercices 12 et 13
On pourra renvoyer les élèves au chapitre 19 (« Le discours filmique ») pour l’analyse
de ces questions.

302

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