UNIVERSITE DE LISALA
CENTRE INTERUNIVERSITAIRE DE RECHERCHE
PLURIDISCIPLINAIRE (CIREP)
STATUT : UNIVERSITE PUBLIQUE
Web : www.cirep.ac.cd
Email :
[email protected] NOTES DE COURS DE FINANCES
PUBLIQUES
OBJECTIF GÉNÉRAL
L'objectif général de Ce cours est d'initier les étudiants aux concepts clés de la
finance publique et de les familiariser avec les outils et techniques utilisés pour
gérer les ressources financières des entités publiques de manière efficace et
efficiente.
OBJECTIFS SPÉCIFIQUES
Comprendre les fondements théoriques de la finance publique.
Analyser les sources de financement des entités publiques et les
mécanismes de collecte des recettes.
Évaluer les politiques budgétaires et fiscales en vigueur dans différents
contextes nationaux et internationaux.
Examiner les principes de gestion des finances publiques, y compris la
planification budgétaire et la gestion de la dette publique.
Comprendre l'impact des décisions budgétaires sur l'économie et la
société.
Analyser les mécanismes de contrôle et de transparence des finances
publiques.
Étudier les politiques de redistribution des revenus et la lutte contre la
pauvreté à travers des programmes sociaux.
Explorer les défis contemporains de la finance publique, tels que la
soutenabilité budgétaire et la gestion des crises économiques.
OBJECTIFS OPÉRATIONNELS
Utiliser des outils d'analyse financière pour évaluer la situation
budgétaire d'une entité publique.
Analyser les politiques fiscales et budgétaires à l'aide de modèles
économétriques.
Élaborer des recommandations pour améliorer la gestion financière des
entités publiques.
Participer à des études de cas pour comprendre les défis pratiques
rencontrés en matière de finance publique.
Présenter des analyses financières et des recommandations de manière
claire et argumentée.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le cours de Finance publique vise à fournir aux étudiants une
compréhension approfondie des Principes et des pratiques de la gestion
financière des entités publiques, telles que les gouvernements et les
administrations publiques.
Notes sur les Finances Publiques
Les finances publiques sont l’étude des règles et des opérations relatives
aux deniers publics. Selon le critère organique, les finances publiques peuvent
aussi être présentées comme l’ensemble des règles gouvernant les finances de
l’Etat, des collectivités territoriales, des organismes de sécurité sociale, des
établissements publics et de toutes autres personnes morales de droit public.
C’est un champ à la croisée du droit fiscal, du droit constitutionnel, ainsi que
de la comptabilité publique.
L’originalité des finances publiques repose sur 5 centres d’intérêts :
Objet financier, Etude de l’organisation financière des pouvoirs publics
(ex : Ministère des Finances) et également les activités financières des pouvoirs
publics (des administrations publiques : Douanes, Impôts, Trésor, Domaines).
Mais les finances publiques se différencient des finances privées ou des
finances générales par les finalités poursuivies et les moyens utilisés. Les
finalités des finances publiques consistent en effet, à satisfaire/contribuer les
besoins d’intérêt général. Les prélèvements obligatoires concernent les impôts +
cotisations sociales. Les moyens juridiques sont très originaux. Les personnes
publiques disposent de prérogatives de puissance publique, de prérogatives
exorbitantes du droit commun aussi dans l’exercice de leurs activités
financières. Dont la plus significative est celle que l’on appelle le privilège du
préalable, que l’on appelle également le pouvoir ou la voie d’exécution d’office
des décisions administratives (ex : En cas d’opposition du contribuable pour
payer son impôt, l’administration va utiliser d’elle-même les procédures de
recouvrement d’office/ forcées sans passer par un juge suivant des privilèges
dévolus à des administrations financières.
Objet économique
Les budgets publics ont un objet et un effet économique. En effet, les
politiques budgétaires font partie/participent de la politique économique des
Etats, aux côtés des politiques monétaires ou des interventions juridiques.
L’instrument budgétaire est utilisé, par exemple, pour relancer l’économie,
c.à.d. une politique de la demande qui consiste à augmenter massivement les
dépenses publiques.
Objet sociologique
Les finances publiques participent de la science politique et de la science
administrative. Elles participent de la science politique car l’approche
financière publique révèle parfaitement la réalité de l’organisation, de la
distribution et du fonctionnement du pouvoir po litique. Par exemple, qui
décide les impôts et les dépenses publiques. Est-ce le pouvoir exécutif ou le
Parlement? Principe de libre administration, => autonomie financière des
collectivités territoriales.
Sujétion très forte des collectivités territoriales à l’Etat.
Objet juridique Les activités financières publiques font l’objet d’un fort
encadrement juridique, pour deux raisons :
● Raison politique : Pour protéger le pouvoir financier des Assemblées
délibérantes.
● Raison technique : Pour protéger les fonds publics.
Il en résulte un droit financier public de 4 branches :
● Règles générales
– LE DROIT BUDGETAIRE : Ensemble des règles relatives à la
préparation, au contenu, à l’adoption et au contrôle des budgets publics.
– LE DROIT DE LA COMPTABILITE PUBLIQUE : Ensemble des règles
juridiques relatives à l’exécution des opérations financières des personnes
publiques et à leur contrôle. Décret portant Réglementation Générale sur la
Comptabilité Publique (RGCP)
● Règles spécialisées
– LE DROIT FISCAL : Ensemble des règles juridiques relatives au régime
des impôts et à la procédure de leur recouvrement. Relève de la compétence du
législateur.
– LE DROIT DES MARCHES PUBLICS : Ensemble des règles juridiques
relatives à la commande publique, c.à.d. la commande publique pour la
réalisation des achats et des opérations, en matière de fournitures, de travaux
et de services. Formalisé par la Code des Marchés Publics.
Objet gestionnaire
Les Etats doivent optimiser les moyens financiers de façon à conserver le
même train de vie, voire améliorer la qualité des services publics.
Loi des Finances ou budget d’Etat
Le budget est défini comme étant « l’acte par lequel sont prévues et
autorisées les recettes et dépenses annuelles de l’Etat ou des autres services
que les lois assujettissent aux mêmes règles.
A cet égard 4 points sont à relever :
● Le budget est un acte juridique, qui émane d’une institution le
parlement,
● Le budget est un état prévisionnel : les recettes et les dépenses sont
considérées comme probables et évaluées par anticipation
● Le budget est acte d’autorisation : l’acte qui émane de l’Assemblée
Nationale ou du Parlement engage l’exécutif à procéder à son exécution.
● Cet acte juridique est annuel, dès lors, cette autorisation n’est valable
que pour une année.
Au total, le budget est l’état de prévisions des recettes et des dépenses
d’une période donnée et dont la réalisation est autorisée par la loi des finances,
acte-condition. Celle-ci fixe les voies et moyens pour l’ensemble à savoir les
ressources et la façon dont elles seront réalisées.
A travers ces définitions, il importe de reconnaître à l’institution
compétente la vocation d’habilitation d’une et d’autre part l’établissement d’un
document comptable chiffré décrivant les recettes et les dépenses de l’Etat. Le
budget est préparé et adopté suivant un certain nombre de principes : Les
principes en matière de recette publique, retiennent les 4 piliers de la fiscalité
moderne :
● Nécessité de l’impôt,
● Généralité de l’impôt,
● Consentement à l’impôt,
● Egalité devant l’impôt
Comme autre série de principes, il faut noter entre autres :
● l’autorisation de suivre l’emploi des contributions, c’est-à-dire décidé des
dépenses publiques.
● le contrôle des finances publiques qui s’exerce a priori et postériori de
l’exécution de la loi des finances. Ce contrôle est soit administratif,
parlementaire ou judiciaire. Le droit budgétaire avec les principes budgétaires.
Grands principes budgétaires :
● Annualité,
● Unité budgétaire,
● Spécialité budgétaire,
● Universalité budgétaire. Le droit de la comptabilité publique, structure les
grands principes de la comptabilité publique :
● Séparation des ordonnateurs et des comptables,
● Responsabilité des gestionnaires de fonds publics, plus précisément le
principe de la responsabilité des comptables publics.
● Unité de trésorerie qui veut que tous les fonds des organismes publics soient
centralisés sur le compte courant du Trésor.
La politique budgétaire
Dans le modèle IS–LM (qui sera présenté en amphi et dont vous
verrez des applications en TD), la politique budgétaire constitue avec la
politique monétaire un des principaux leviers de la politique
économique de l’État. Ainsi, la politique budgétaire revient à utiliser les
dépenses de l’État et les prélèvements fiscaux pour influencer la
conjoncture économique. On a vu que seule la politique budgétaire
nationale est aujourd’hui en Europe l’instrument disponible pour faire
face à des chocs ponctuels. On a également vu que la politique
Le modèle IS–LM
Il s’agit de la mise en équation de la pensée keynésienne réalisée par Hicks (1974). Le
modèle IS–LM résulte de l’analyse conjointe du marché de la monnaie et du marché des
biens. Les prix y sont supposés fixes ce qui revient à dire que ce modèle est une
représentation de court-terme de l’équilibre macroéconomique.
Le niveau de production de l’économie (produit intérieur brut ou PIB noté Y )
est dé- terminé par la somme des dépenses (en économie fermée, sans tenir
compte des impor- tations et des exportations : consommation C, investissement
privé I et investissement public G) : ainsi Y = C + I + G, équation appelée
Équilibre Ressources-Emplois. C et I vont être spécifiés c’est-à-dire que des
fonctions vont permettre de comprendre les déterminants et l’évolution de ces
variables. Par contre G va rester exogène, c’est-à-dire déterminé de façon
autonome par l’État sans qu’interagissent explicitement les autres variables de
l’économie.
La consommation des ménages est croissante avec leurs revenus disponibles après
impôts, mais décroissante avec le niveau du taux d’intérêt r puisque qu’une
hausse des taux les incite à épargner et donc à réduire leur consommation.
L’investissement mesure les dépenses brutes des entreprises pour accroître
leur stock de capital : c’est une dépense courante qui fait bénéficier pour le
futur d’une meilleure capacité de production.
La fonction d’investissement I est croissante avec le niveau des ventes
courantes (si Y augmente alors les ventes également ce qui incite à investir
pour augmenter sas capacités de production) et décroissante avec le taux
d’intérêt auquel les entreprises s’endettent (le taux de rendement du capital
doit être supérieur au taux d’intérêt pour que l’entreprise s’endette pour
investir en capital).
On détermine donc la courbe IS à partir de l’Équilibre Ressources-Emplois
dans lequel on a spécifié les fonctions de comportement de la consommation et
de l’investissement privé. Sur cette courbe, sont représentés les couples (Y, r)
tels que l’équilibre sur le marché des biens et services est assuré. Dans le
plan (Y, r), IS est une courbe décroissante.
budgétaire était restreinte par des contraintes fixées par le traité de
Maastricht par exemple, ou le Pacte de stabilité et de croissance (cf.
texte sur le site du cours), ce qui peut représenter un aspect négatif
aux réactions du gouvernement pour répondre à une baisse soudaine
de l’activité économique.
FIGURE 1.3: Équilibre IS–LM
La courbe LM représente l’équation de demande de monnaie. La
demande de monnaie est croissante avec Y et décroissante avec r. En
effet une hausse de revenu augmente la demande de monnaie. Par
contre une hausse du taux d’intérêt va réduire la demande de
monnaie à cause du motif de spéculation : pour Keynes, les agents
qui ont une préférence pour la liquidité peuvent renoncer à la
détention de monnaie pour réaliser des placements dans des titres à
revenus fixe comme les titres sans risque de type placements
obligataires. Ainsi le taux d’intérêt est le prix du renoncement à la
liquidité.
Au final, la courbe LM est croissante dans le plan (Y, r) et représente
les couples (Y, r) tels que le marché de la monnaie est en équilibre.
Le seul point auquel les deux marchés (ou sphères réelle et financière)
sont simultané- ment équilibrés est le point d’équilibre du modèle IS–
LM.
Nous allons maintenant étudier deux cas de politiques économiques :
d’abord une po- litique budgétaire restrictive et ensuite une politique
monétaire expansionniste. Dans la réalité, politiques budgétaires et
monétaires sont utilisées conjointement dans ce que l’on appelle le
dosage macroéconomique ou policy-mix.
Politique budgétaire restrictive
Si l’objectif d’un gouvernement est de réduire ses déficits publics, il
peut avoir recours à une augmentation des impôts ou à une réduction
des dépenses publiques. La hausse des impôts va réduire le revenu
disponible des ménages et donc leur consommation, et par le jeu de
l’effet multiplicateur, la production totale va décroître.
On attend le même effet d’une réduction des investissements ou des
dépenses publiques qui vient diminuer la production totale.
Graphiquement la courbe IS se déplace vers le bas.
FIGURE 4.4: Politique budgétaire restrictive
Sur le marché financier, la courbe LM n’est pas modifiée puisque la
baisse de la produc- tion, donc des revenus, a fait diminuer la
demande de monnaie ce qui a engendré une baisse du taux d’intérêt.
Cette baisse du taux d’intérêt favorise cependant les investis- sements
privés ce qui nous permet de dire que sans cette baisse de r le choc
négatif sur la production aurait été encore plus important. Mais on ne
peut pas dire qu’au final (en prenant en compte tous les effets),
l’investissement privé soit favorisé par cette politique puisque la baisse
de Y joue en défaveur de l’investissement privé. Au final tout dépendra
de la fonction I estimée empiriquement.
Politique monétaire expansionniste
Par exemple, si la banque centrale achète massivement des obligations
assimilables du Trésor (OAT), elle injecte des liquidités dans
l’économie et augmente la quantité de monnaie en circulation. Pour
que l’équilibre sur le marché de la monnaie soit assuré , il faut que le
taux d’intérêt diminue (en effet Y est inchangé alors que M augmente
donc r doit baisser pour assure l’égalité entre offre et demande de
monnaie). La conséquence de la baisse du taux d’intérêt sur la sphère
réelle est immédiat : l’investissement privé augmente ce qui, grâce à
l’effet multiplicateur, fait croitre la production Y . Le nouvel équilibre
représenté sur le graphique ci-dessous caractérise donc une économie
dont les revenus ont augmenté avec des taux d’intérêt plus faibles.
La situation de l’Europe, au début du siècle, était marquée par un
manque général de marge de manœuvre, c’est-à-dire de fortes
contraintes de politique économique tant monétaire que budgétaire, qui
ne permettaient plus l’application des préceptes keynésiens.
Ainsi, on a dit que la politique économique discrétionnaire, c’est-à-
dire entre les mains de l’État et son bon vouloir, disparaissait au profit
des politiques dites de règles, comme le Pacte de stabilité ou la politique
monétaire menée par la BCE. C’était un changement marquant dans
notre histoire économique. On peut même dire que, d’un certain point
de vue, c’étaitun retour en arrière, un retour à la situation pré-
keynésienne, lorsque dans les années trente, le volume des dépenses de
l’État était considéré sans effet sur le niveau de l’activité de l’économie.
Avant la crise des subprimes, c’était davantage la hausse des
emprunts de l’État et des taux d’intérêt (du fait de la demande
supplémentaire qui est adressée aux marchés de capitaux) qui était
critiquée et considérée comme une limite importante de la politique
budgétaire. Cette hausse des taux décourage une partie des achats
des consommateurs lorsqu’ils sont financés par l’emprunt, et réduit
également les investissements des entreprises. Au niveau international,
les économies étant ouvertes, les politiques budgétaires
expansionnistes ont des effets plus faibles au niveau national
puisqu’elles profitent davantage aux producteurs étrangers. Enfin, plus
l’État est endetté plus la charge de la dette est élevée : l’État doit
rembourser à des taux toujours plus élevés.
Il convient ensuite de distinguer les politiques budgétaires
volontaristes des politiques budgétaires qui exercent de façon spontanée
une action contra-cyclique sur l’activité éco- nomique. Cette dernière
action spontanée revient à atténuer les aléas de la conjoncture
économique par le jeu des dépenses publiques et de la fiscalité
publique qui sont mé- caniquement liées à la conjoncture et
s’adaptent à elle automatiquement. Par exemple, le cas des dépenses
d’indemnisation du chômage et des prestations sociales versées sous
condition de ressources qui évoluent avec l’activité économique. Les
dépenses de l’État vont avoir tendance à s’accélérer alors que l’activité
économique ralentit et les recettes fiscales diminuent mécaniquement.
Le solde budgétaire se dégrade de façon quasi auto- matique lorsque
l’activité se détériore. Tout cela vient atténuer l’effet des ralentissements
économiques pour l’ensemble de l’économie. On dit que recettes et
dépenses publiques fonctionnent comme des stabilisateurs
automatiques.
Au contraire la politique budgétaire volontariste consiste à soutenir
l’activité écono- mique à court terme, en jouant sur le multiplicateur
keynésien. L’objectif est de compen- ser volontairement la faiblesse des
dépenses privées par un accroissement des dépenses de l’État.
L’augmentation des dépenses publiques va générer des revenus
supplémentaires qui vont être pour partie consommés, ce qui va nourrir
la demande intérieure aux entreprises, ces dernières augmentant alors
leur emploi et leurs investissements. On dit qu’il y a un effet cumulatif
des dépenses publiques injectées initialement. Ce phénomène
fonctionne d’autant plus que les revenus sont peu épargnés, peu
imposés et que la demande supplé- mentaire de consommation
s’adresse aux entreprises nationales (sinon il y a éviction par l’extérieur,
par nos propres importations). Lorsque cette politique stimule la
demande et permet de rapprocher la production effective de la
production de plein emploi, alors le chômage qui résulte de l’absence
de débouchés (chômage keynésien) peut diminuer. En- fin, la relance
keynésienne peut également prendre la forme d’une réduction des
charges fiscales ce qui viendra augmenter le revenu disponible des
agents économiques privés et stimulera l’activité économique.
NOTION DE LA FISCALTE
Impôts sur les sociétés
Comme son nom l’indique, l’impôt sur les sociétés s’applique aux entreprises
qui ont opté pour la formule juridique de société. Les sociétés soumises à l’IS
possèdent une « personnalité fiscale » propre, c’est-à-dire distincte de celle des
associés. Cela résulte de l’existence d’un patrimoine propre à la société. En
conséquence, les sociétés de ce type sont imposées en tant que telles sur leurs
résultats. Le montant de l’impôt est acquitté par la société elle-même. Les
associés perçoivent la part qui leur revient dans le bénéfice distribué et seront
de leur côté soumis à l’impôt sur le revenu sur cette distribution s’ils sont
soumis à cet impôt. L’assujettissement à l’impôt sur les sociétés ne résulte que
de la qualité de la personne qui réalise des bénéfices, quelle que soit la nature
de ces derniers. Par conséquent, une société qui réalise à la fois des bénéfices
tirés d’une exploitation commerciale et d’activités civiles (location
d’appartements pour l’habitation, par exemple) est imposée à l’IS sur la totalité
de ses revenus commerciaux et non commerciaux si elle est désignée comme
personne morale assujettie à l’IS.
A. Sociétés de personnes et associations en participation
Les sociétés de personnes comprenant uniquement des personnes physiques
et les associations en participation sont exclues du champ d’application de l’IS.
Mais ces personnes morales ont la faculté d’opter de manière irrévocable pour
leur assujettissement à cet impôt.
B. Sociétés de fait ne comprenant que des personnes physiques
Par société de fait, on entend toute association entre deux ou plusieurs
personnes qui mettent en commun leurs apports en vue de partager les
bénéfices ou les pertes éventuelles, sans qu’ils aient à établir un contrat écrit.
Les sociétés de fait ne comprenant que des personnes physiques sont exclues
du champ d’application de l’IS. De même, elles n’ont pas la possibilité de se
placer par option sous le régime de l’IS.
C. Sociétés immobilières transparentes
Quelles que soit leur forme juridique, les sociétés qui ont un objet immobilier
sont exclues du champ d’application de l’IS lorsqu’elles sont transparentes
fiscalement. Comme pour les sociétés de fait, les sociétés immobilières
transparentes n’ont pas la possibilité de se placer par option sous le régime de
l’IS. Est réputée transparente fiscalement toute société immobilière qui répond
aux conditions suivantes :
avoir un capital qui soit divisé en parts sociales ou actions nominatives ;
avoir pour actif un logement qui soit occupé par tout ou partie des
membres de la société, ou avoir pour objet l’acquisition ou la
construction d’un immeuble collectif en vue d’accorder statutairement à
chacun de leurs membres, nommément désigné, la libre disposition de la
fraction d’immeuble correspondant à ses droits sociaux.
Les sociétés immobilières qui ne remplissent pas l’une ou l’autre des conditions
de la transparence fiscale, sont obligatoirement soumises à l’IS abstraction
faite du caractère civil de leur activité (société civile immobilière par exemple).
D. Groupements d’intérêt économique
Le groupement d’intérêt économique est une entité constituée de deux ou
plusieurs personnes morales pour une durée déterminée ou indéterminée, en
vue de mettre en œuvre tous les moyens propres à faciliter ou à développer
l’activité économique de ses membres et à améliorer ou accroître le résultat de
cette activité. Le groupement d’intérêt économique jouit de la personnalité
morale à dater de son immatriculation au registre du commerce, quel que soit
son objet. Mais n’ayant pas pour but la réalisation de bénéfices pour lui-même,
le groupement ne peut exercer qu’une activité à caractère auxiliaire par rapport
à celle de ses membres4. L’imposition des groupements d’intérêt économique
était établie au nom des groupements dans les conditions de droit commun, en
raison de la personnalité morale dont ils jouissent, en matière d’impôt sur les
sociétés5. Dans le but de consacrer le principe de la transparence fiscale, la loi
de finances pour l’année 2001 a prévu la non soumission des groupements
d’intérêt économique à l’impôt sur les sociétés et l’assujettissement des
membres du groupement à raison de leur part dans les résultats réalisés par
ledit groupement. A cet effet, chaque membre du groupement est
personnellement imposé à l’impôt sur les sociétés pour la part des bénéfices
correspondant à ses droits dans le groupement. La quote-part de chaque
membre dans le résultat net bénéficiaire du groupement est considérée comme
un produit accessoire ou financier à inclure, le cas échéant, dans la base de
calcul de la cotisation minimale. Corrélativement, si le groupement subit des
pertes, leur montant constitue une charge déductible au prorata des parts de
chacun des membres à moins qu’il ne soit décidé, à titre exceptionnel, de les
inscrire provisoirement en report à nouveau au niveau du G.I.E. au terme de
chaque exercice du seul fait de leur constatation au niveau dudit groupement.
§ 3. Exonérations
On distingue les exonérations et réductions permanentes d’une part et les
exonérations et réductions temporaires6 d’autre part.
A. Exonérations et réductions permanentes
On distingue :
les exonérations permanentes.
les exonérations totales suivies de l’imposition permanente au taux
réduit ;
les exonérations permanentes en matière d’impôt retenu à la source ;
les réductions permanentes.
1. Exonérations permanentes
Sont exemptés de l’IS de manière non limitée dans le temps :
les promoteurs immobiliers pour leurs activités et revenus afférents à la
réalisation de logements sociaux (superficie couverte7 comprise entre 50
et 80 m² et prix de vente n’excédant 250.000 DH hors TVA).
L’exonération est accordée au vue d’un engagement, dans le cadre d’une
convention à conclure avec l’Etat, assortie d’un cahier des charges, à
réaliser un programme de construction intégré de 500 logements réalisé
dans un délai maximum de 5 ans à partir de la date d’obtention de la
première autorisation de construire.
les promoteurs immobiliers pour leurs activités et revenus afférents à la
réalisation de logements à faible valeur immobilière (superficie couverte
comprise entre 50 et 60 m² et valeur immobilière totale n’excédant pas
140.000 DH TVA comprise). L’exonération est accordée au vue d’un
engagement, dans le cadre d’une convention à conclure avec l’Etat,
assortie d’un cahier des charges, à réaliser un programme de
construction intégré de 200 logements en milieu urbain et/ou 50
logements en milieu rural réalisé dans un délai maximum de 5 ans à
partir de la date d’obtention de la première autorisation de construire.
Ces logements sont destinés, à titre d’habitation principale, à des
citoyens dont le revenu mensuel ne dépasse pas deux fois le salaire
minimum interprofessionnel garanti ou son équivalent, à condition qu’ils
ne soient pas propriétaires d’un logement dans la commune considérée.
Les exploitations agricoles réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur
à 5 millions de DH, au titre de leurs revenus agricoles8. Lorsqu’une
société devient imposable au titre d’un exercice donné et que le chiffre
d’affaires réalisé au cours de l’exercice suivant est inférieur à 5
millions de DH, l’exonération précitée n’est accordée que lorsque
ledit chiffre d’affaires est resté inférieur à ce montant pendant 3
exercices consécutifs.
les associations et organismes à but non lucratif et organismes assimilés
pour les seules opérations conformes à l’objet défini dans leurs statuts.
Cette exonération ne s'applique pas en ce qui concerne les
établissements de ventes ou de services appartenant auxdites
associations ;
- la Banque Islamique de Développement ;
- la Banque Africaine de Développement et le « Fonds Afrique 50 » ;
- la Société Financière Internationale ;
- l’université Al Akhawayne d’Ifrane ;
- les autres organismes cités par l’article 6 du code général des
impôts.
2. Exonérations suivies de l’imposition permanente à taux réduit
Les exonérations totales suivies de l’imposition permanente à taux réduit
sont prévues pour les entreprises suivantes:
- Les sociétés exportatrices de biens ou services ;
- les sociétés qui vendent des produIts finis aux exportateurs ;
- les entreprises hôtelières
a. Les sociétés exportatrices de biens ou services
Les sociétés exportatrices de biens ou services, à l’exclusion des entreprises
exportatrices des métaux de récupération, bénéficient :
- de l’exonération totale de l’impôt sur les résultats pendant une période de
cinq exercices à compter de celui auquel se rattache la première opération
d’exportation. - et d’une imposition au taux réduit de 17,5% au-delà de la
période précitée. L’exonération et l’imposition au taux réduit en faveur des
entreprises exportatrices s’appliquent à la dernière vente effectuée et à la
dernière prestation de service rendue sur le territoire du Maroc et ayant pour
effet direct et immédiat de réaliser l’exportation elle-même. Toutefois, en ce qui
concerne les entreprises exportatrices de services, l'exonération et la réduction
précitées ne s'appliquent qu'au chiffre d'affaires à l'exportation réalisé en
devises. Par exportation de services, on entend toute opération exploitée ou
utilisée à l'étranger. b. Les sociétés qui vendent des produits finis aux
exportateurs Les entreprises qui vendent des produits finis à des exportateurs
installés dans des plates-formes d’exportation9 bénéficient :
- de l’exonération totale de l’impôt sur les résultats pendant une période de
cinq exercices à compter de celui au cours duquel la première opération de
vente de produits finis a été réalisée ;
- et de l’imposition au taux réduit de 17,5% au-delà de la période précitée.
c. Les entreprises hôtelières
Les entreprises hôtelières bénéficient au titre de leurs établissements hôteliers
pour la partie de la base imposable correspondant à leur chiffre d’affaires
réalisé en devises dûment rapatriées directement par elles ou pour leur compte
par l’intermédiaire d’agences de voyages :
- de l’exonération totale de l’impôt sur les sociétés pendant une période de 5
ans consécutifs qui court à compter de l’exercice au cours duquel la première
opération d’hébergement a été réalisée en devises ;
- et de l’imposition au taux réduit de 17,5% au-delà de cette période.
Les entreprises hôtelières sont admises au bénéfice de l’avantage fiscal susvisé
sous réserve des conditions de fond et de forme édictées ci-après :
d. Les sociétés de gestion des résidences immobilières de promotion
touristique
Au même titre que les entreprises hôtelières, les sociétés de gestion des
résidences immobilières de promotion touristique bénéficient pour la partie de
la base imposable correspondant au chiffre d’affaires réalisé en devises dûment
rapatriées directement par elles ou pour leur compte par l’intermédiaire
d’agences de voyages : - de l’exonération totale de l’impôt sur les sociétés
pendant une période de 5 ans consécutifs qui court à compter de l’exercice au
cours duquel la première opération d’hébergement a été réalisée en devises ;
- et de l’imposition au taux réduit de 17,5% au-delà de cette période.
e. Les sociétés de services ayant le statut "Casablanca Finance City"
Les sociétés de services ayant le statut " Casablanca Finance City ", bénéficient
au titre de leur chiffre d’affaires à l’exportation et des plus- values mobilières
nettes de source étrangère réalisées au cours d’un exercice :
- de l'exonération totale de l’impôt sur les sociétés pendant une période de cinq
exercices consécutifs, à compter du premier exercice d’octroi du statut précité ;
- et de l'imposition au taux réduit de 8,75 % au delà de cette période.
3. Exonérations permanentes en matière d’impôt retenu à la source
Les revenus bénéficiant de l’exonération permanente de l’impôt retenu à la
source sont :
- les produits des actions, parts sociales et revenus assimilés ; - les intérêts et
autres produits similaires servis à certains organismes.
a. Produits des actions, parts sociales et revenus assimilés
Sont exonérés de l’impôt sur les sociétés, à titre d’indication, les produits des
actions, parts sociales et revenus assimilés suivants :
- les dividendes et autres produits de participation versés, mis à la disposition
ou inscrits en compte par des sociétés soumises ou exonérées de l’impôt sur les
sociétés à des sociétés ayant leur siège social au Maroc et soumises audit
impôt ;
- les dividendes perçus par les OPCVM ;
- les dividendes perçus par les organismes de placements en capital risque
(OPCR.) ;
- les dividendes distribués par les banques Offshore à leurs actionnaires …;
b. Intérêts et autres produits similaires servies à certains organismes
Sont exonérés, à titre d’indication, les intérêts et autres produits similaires
servis aux :
- établissements de crédit au titre des prêts et avances consentis par ces
organismes ;
- organismes de placement collectif en valeurs mobilières ; - fonds de
placements collectifs en titrisation ;
- organismes de placements en capital risque ;
4. Imposition permanente au taux réduit: Les entreprises minières
exportatrices Les entreprises minières exportatrices bénéficient d'une
imposition permanente au taux réduit de 17,5% à compter de l'exercice au
cours duquel la première opération d'exportation a été réalisée. Bénéficient
également de cette réduction, les entreprises minières qui vendent leurs
produits à des entreprises qui les exportent après leur valorisation.
B. Exonérations et impositions temporaires au taux réduit
On distingue:
- Les exonérations suivies d’imposition temporaire au taux réduit ;
- les exonérations temporaires ;
- l’imposition temporaire au taux réduit.
1. Exonérations suivies d’imposition temporaire au taux réduit
Il s’agit :
- des entreprises exerçant leurs activités dans les zones franches
d'exportation ;
- de l’Agence Spéciale Tanger-Méditerranée.
a. Les entreprises exerçant dans les zones franches d'exportation
Les entreprises qui exercent leurs activités dans les zones franches
d'exportation bénéficient :
- de l'exonération totale durant les 5 premiers exercices consécutifs à compter
de la date du début de leur exploitation ;
- de l'imposition au taux de 8,75% pour les 20 exercices consécutifs suivants.
L’exonération et l’imposition au taux réduit précités s’appliquent également aux
opérations effectuées entre les entreprises installées dans la même zone
franche d’exportation ou entre des entreprises installées dans différentes zones
franches d'exportation. Au-delà de cette période, ces entreprises bénéficieront
de l’imposition au taux réduit de 17,5% prévu par le droit commun en faveur
des entreprises exportatrices. Les avantages précités sont exclusifs de tout
autre avantage prévu par d’autres dispositions législatives en matière
d’encouragement à l’investissement. Toutefois, les sociétés, intervenant dans
les zones franches d'exportation simplement dans le cadre d'un chantier de
travaux de construction ou de montage, sont soumises à l’impôt sur les
sociétés dans les conditions de droit commun.
b. L’Agence Spéciale Tanger-Méditerranée
L’Agence Spéciale Tanger-Méditerranée, ainsi que les sociétés intervenant dans
la réalisation, l’aménagement, l’exploitation et l’entretien du projet de la zone
spéciale de développement TangerMéditerranée et qui s’installent dans les
zones franches d’exportation bénéficient des mêmes avantages accordés aux
entreprises installées dans les zones franches d’exportation.
2. Exonérations temporaires Sont exonérés temporairement :
- les titulaires de toute concession d'exploitation des gisements
d'hydrocarbures bénéficient d'une exonération totale de l'impôt sur les sociétés
pendant une période de 10 années consécutives courant à compter de la date
de mise en production régulière de toute concession d'exploitation.
- les sociétés exploitant les centres de gestion de comptabilité agréés sont
exonérées de l'impôt sur les sociétés au titre de leurs opérations, pendant une
période de quatre ans suivant la date de leur agrément.
3. Imposition temporaire au taux réduit
L’imposition temporaire au taux réduit concerne :
- les entreprises exportatrices implantées dans les régions dont le niveau de
développement économique nécessite un traitement fiscal préférentiel ;
- les entreprises artisanales ;
- les établissements privés d’enseignement ou de formation professionnelle ;
- les banques offshore ;
a. Les entreprises artisanales
Les entreprises artisanales nouvelles dont la production est le résultat d’un
travail essentiellement manuel bénéficient d’une imposition au taux réduit de
17,5% pendant les cinq premiers exercices consécutifs suivant la date du début
de leur exploitation, et ce, quel que soit le lieu de leur implantation.
c. Les établissements privés d’enseignement ou de formation
professionnelle Ces établissements bénéficient d’une imposition au taux
réduit de 17,5% pendant les 5 premiers exercices consécutifs suivant la date
du début de leur exploitation.
DÉCENTRALISATION : NATURE ET DÉTERMINANTS
Dans cette première section, nous présentons tout d'abord une toponymie de la
décentralisation. Ceci fait, nous examinons les critères classiques de
détermination de partage des champs de compétence (dépenses) et de recettes
(revenus). Finalement, nous traitons des transferts intergouvernementaux de
l’État, aux États ou d’un niveau d’État (province) à un autre (municipalité) pour
combler un manque à gagner et de l'endettement des États. Nous dénommons
l’État central ou national, l’État et les autres ordres de gouvernement (régions,
provinces, États, municipalités), les États ou les gouvernements locaux
1.1 Nature
Le terme décentralisation recouvre un ensemble de relations
intergouvernementales qui sont de fait plus ou moins contraignantes pour l'un ou
l'autre ordre de gouvernement. Il est donc approprié de différencier
déconcentration, délégation et dévolution. La déconcentration consiste en
l'attribution de responsabilités du gouvernement central à des bureaux régionaux
de ce gouvernement plutôt qu'au bureau central usuellement situé dans la
capitale. Cette déconcentration permet d'accélérer la prise de décisions et de
mieux tenir compte des préférences locales. En revanche, elle peut avoir pour
conséquences qu'une loi ou une politique nationale soient mises en vigueur
différemment d'une région à l'autre. La délégation consiste à faire des États des
agents du gouvernement central qui exercent certaines fonctions pour l’État. Ceci
réduit la dispersion des employés de l'État sur le territoire national. Finalement,
la dévolution implique que les gouvernements d’États ont la responsabilité et le
pouvoir de décider ce qui se fait dans un domaine d'activité gouvernementale.
C'est ce dernier sens qui est le plus près de celui donné usuellement au mot
décentralisation. Cette décentralisation peut se faire au sein d’un État unitaire ou
fédéral au sens constitutionnel. L’ensemble de ces relations
intergouvernementales est qualifié de fédéralisme.
Remarquons que la discussion qui précède s'est faite dans une perspective «
de haut en bas ». Dans cette approche, qui est courante bien que souvent
implicite plutôt qu'explicite dans les écrits économiques, il existe un
gouvernement central dont la taille et les pouvoirs sont réduits par la
décentralisation. L'État est avant tout unitaire et la décentralisation n'est qu'un
moyen pour ce dernier d'atteindre ses objectifs. Il s'établit ainsi une relation
principal-agent entre le gouvernement central (principal) et les gouvernements
locaux. Le gouvernement central cherche alors à inciter et à contrôler ces
gouvernements.
On peut également évaluer le fédéralisme dans une perspective « de bas en
haut ».Dans cette perspective, ce sont les États qui forment l’unité de base du
pays et qui se sont unis plus ou moins librement pour donner naissance à l’État.
Dans un tel cas, il est, semble-t-il, préférable de concevoir les relations
intergouvernementales dans une perspective de « diplomatie fédérale-provinciale »
En termes des relations financières, on peut également distinguer deux
approches, soit celles du fédéralisme financier et des finances fédérales. Dans le
premier cas, l’État définit les règles opérationnelles et financières et supervise les
États. C’est ce type de relations qui est le plus souvent observé, aussi bien pour
les pays en développement que pour les pays développés. L’approche des finances
fédérales ne s’observe que dans les pays constitutionnellement fédéraux et encore,
pas dans tous. Dans ce deuxième cas, les deux niveaux de gouvernements sont
relativement autonomes et interagissent plus ou moins comme des égaux. Divers
facteurs, aussi bien économiques que non économiques, dont la diversité
ethnolinguistique, expliquent que l’un ou l’autre système soit utilisé.
En bref, la décentralisation a diverses facettes. Il y a lieu maintenant
d’examiner les critères économiques permettant d’établir le partage optimal des
pouvoirs de dépenser et de percevoir des recettes.
1.2 Critères de partage des champs de dépenses et de recettes
C’est à Oates (1972) que revient l’honneur d’avoir le premier mis de l’avant
des critères explicites de partage des pouvoirs en matière de dépenses. Suivant
en cela Musgrave, il distingue trois types d’activité du gouvernement, soit les
interventions macroéconomiques, les interventions distributives et les
interventions microéconomiques. Depuis lors, d’autres auteurs se sont penchés
sur cette question et le consensus suivant a émergé.
• Interventions macroéconomique
Ces interventions relèvent tout d’abord du gouvernement central, étant
donné la nécessité de coordonner politiques fiscale et monétaire, celle-ci étant la
prérogative de l’État dans tous les pays du monde. Les gouvernements locaux
peuvent jouer le rôle d’agents mettant en oeuvre des investissements locaux en
réponse à des demandes ou incitations du gouvernement central. Étant donné la
moindre importance des interventions de stabilisation macroéconomique
d’inspiration keynésienne depuis 10-15 ans au sein des pays développés, ce type
d’intervention est peu discuté de nos jours.
Interventions redistributives
Ces interventions relèvent aussi, tout d’abord de l’État central lorsque la
population est mobile d’un gouvernement local à un autre. Mais lorsqu’il y a peu
ou pas de mobilité, par exemple, pour des raisons ethnolinguistiques, un
gouvernement local peut mettre en place des politiques redistributives2. Ceci se
fera usuellement dans un cadre de finances fédérales, car il faut une large dose
d’autonomie aux États, particulièrement en nature d’harmonisation des politiques
de transfert et de fiscalité, pour que de telles politiques fonctionnent. On peut
croire que les barrières naturelles à la mobilité ne tiendront plus si les gains à la
mobilité (hausse des transferts/hausse d’impôts) deviennent importants, i.e., si
un gouvernement local a des politiques très différentes de celle de ses voisins.
• Interventions microéconomique
C’est dans ce type d’intervention que les gouvernements locaux ont un rôle
important à jouer. De manière générale, pour une activité donnée :
plus les économies d’échelles sont importantes, plus la taille de l’unité de
production devrait être importante, ce qui favorise la production au niveau
central;
- plus les goûts pour la quantité et le type de biens et services offerts par le
secteur public varient (hétérogénéité) d’un gouvernement local à l’autre,
moins devraient être centralisées les prises de décisions quant à la quantité
et à la qualité produite, ce qui favorise la production au niveau local;
plus il y a d’effets externes positifs ou négatifs d’un gouvernement local à
un autre, plus la production devrait être centralisée, de façon à internaliser
ces effets et donc assurer le niveau optimal de production;
plus il est possible de produire de différentes façons (lieu physique, ratio
capita/ travail, etc.) les biens et services publics, plus la production devrait
être décentralisée pour encourager l’innovation dans la production et donc,
l’émulation entre gouvernements locaux
De ces règles, on peut conclure qu’il faut étudier chaque intervention
gouvernementale pour décider si elle devrait être faite par le gouvernement central
ou les gouvernements locaux
• Recettes
Quant aux recettes, le principal critère de partage est la mobilité de l’assiette
fiscale, soit sa capacité de se déplacer d’une juridiction fiscale à une autre pour se
soustraire en tout ou en partie à ses obligations fiscales. Plus l’assiette est mobile,
plus elle devrait être taxée à un niveau supérieur de gouvernement. On peut
représenter ceci à l’aide d’un axe où l’on superpose niveau de gouvernement et
champ d’imposition. Ceci donne la figure.
L’assiette fiscale de l’impôt foncier qui porte sur la valeur vénale ou locative
du sol et des immeubles est par définition immobile. Elle est donc une bonne
source de financement pour des services locaux tels l’enlèvement des ordures ou
la lutte contre les incendies lorsque les frais d’usagers ne sont pas utilisables. Les
impôts sur le travail (impôt sur le revenu et taxe sur la masse salariale) et sur la
consommation (TVA, taxe d’accise) porte sur des activités des individus et des
ménages, agents plus mobiles que le sol où ils résident, mais moins que le capital.
Il faut donc tenir compte du degré relatif de mobilité de ces matières imposables
qui varie d’un pays à l’autre. Certains auteurs suggèrent d’attribuer au
gouvernement central l’impôt sur le revenu (du travail) pour assurer sa
coordination avec les politiques redistributives, la TVA étant alors du ressort des
États. Finalement, les corporations ont à leur disposition un ensemble de moyens
(prix de transferts, structure financière, etc.) permettant de minimiser leur
fardeau fiscal. Les frontières nationales de l’État sont un peu moins perméables à
cet égard que celles des gouvernements locaux. En terminant, il est a priori
étonnant de retrouver l’impôt sur les ressources naturelles parmi les impôts du
gouvernement central, étant donné l’immobilité de cette assiette. Ceci s’explique
par la mobilité induite du travail que son attribution au niveau local entraînerait,
mobilité expliquée par la recherche des rentes associées à cette ressource.
En général, le partage des dépenses et des recettes fait que le gouvernement
central doit transférer des ressources aux gouvernements locaux qui peuvent, par
ailleurs, emprunter. Examinons ces deux sources de recettes financières.
Analyser la contrainte budgétaire et préciser les possibilités d’allocations
budgétaires
Pour éviter les déséquilibres préjudiciables à la croissance, il faut éviter
une croissance des dépenses publiques incompatibles avec la croissance des
recettes. C’est la fonction traditionnelle des modèles de programmation
financière et de budget économique. Dans le cadre de la nouvelle approche,
une telle évaluation reste absolument nécessaire. S’agissant de programmation
à moyen terme, elle devrait s’accompagner plus systématiquement d’une
évaluation de la soutenabilité de la dette. En fait, l’accent n’a été mis sur ce
point que tardivement, à l’occasion de l’initiative PPTE. Auparavant, on se
contentait souvent de « boucler » le TOFE, et souvent uniquement pour la
première année du programme. Ce qui est nouveau, c’est l’accent mis sur la
répartition des dépenses publiques. Les modèles traditionnels se bornaient en
général à préciser l’enveloppe globale de dépenses publiques « soutenable ».
Il faut maintenant préciser leur répartition entre les différents secteurs et
/ou départements ministériels. Par souci de cohérence, ceci devrait se faire
dans un cadre macroéconomique en raison du lien entre dépenses publiques et
recettes publiques (un niveau plus élevé de dépenses publiques accroît la
production publique et privée par le biais du multiplicateur, et, de ce fait, les
recettes publiques).
Pour être utilisable du point de vue macro-économique, cette analyse de
la répartition budgétaire doit préciser pour chaque secteur la ventilation des
dépenses dans les grandes catégories (dépenses de personnel, de matériel,
transferts et biens d’équipement).
Du point de vue macro-économique, une répartition fonctionnelle
(dépenses d’éducation, de santé, etc.) serait probablement plus pertinente. Elle
permettrait de plus de surmonter les redécoupages ministériels, qui se
produisent assez fréquemment. Mais la répartition fonctionnelle est souvent
compliquée à établir et mobilise des ressources humaines de manière peu
optimale. Mais le plus important est que la répartition fonctionnelle ne permet
pas un bon dialogue politique avec les responsables des départements
ministériels.
L’analyse de l’allocation budgétaire doit permettre en particulier de
déterminer quelle est la croissance possible et souhaitable pour les secteurs
prioritaires. Il est clair que le processus sera beaucoup plus difficile à gérer sur
le plan politique si la croissance des secteurs prioritaires doit se faire au
détriment d’autres secteurs, jugés non prioritaires.
Il faut aussi tenir compte de l’impact de la modification des dépenses
publiques sur le type de dépense (salaires, matériel, équipement). La
réallocation des dépenses vers l’éducation, par exemple, modifie la structure
des dépenses publiques en faveur des dépenses de personnel. Ceci peut exercer
sur l’évolution économique (à court terme au moins) des effets plus importants
que l’accroissement du capital humain.
Mais l’aspect le plus ambitieux des réformes proposées concerne la volonté
d’établir un lien aussi systématique que possible entre les dotations
budgétaires et les résultats recherchés (liens moyens-résultats). Ceci nécessite
une bonne connaissance des coûts unitaires (combien coûte un enfant
scolarisé en plus dans le primaire dans telle ou telle région ? combien coûte la
réduction du taux de mortalité à l’aide de telle ou telle mesure ?) Le problème à
ce niveau n’est pas tellement un problème d’instruments, ou d’intégration dans
des modèles macro-économiques. Le problème est surtout celui de l’analyse des
dépenses budgétaires et de leur répartition. Peu de budgets en Afrique de
l’Ouest sont vraiment transparents de ce point de vue (surtout en termes de
réalisation et non de dotations budgétaires). Les programmes d’ajustement
structurel ont peu aidé de ce point de vue, étant polarisés sur le montant
global des dépenses. Les revues de dépenses publiques n’ont jamais été
suffisamment appropriées pour être d’un grand secours.
NOTION DE LA PROGRAMMATION FINANCIERE
2. Présentation des comptes des secteurs et interrelations entre les comptes ;
1. DEFINITION DES CONCEPTS
Comme dans tout domaine technique, certaines notions sont attachées et
spécifiques au module de Programmation Financière (PF) ou quelques fois
Politique et Programmation Financière (PPF). Cette partie donne les définitions
de ces notions.
1. Programmation Financière
La Programmation Financière est un concept propre au FMI, et dont la base
méthodologique repose davantage sur des considérations empiriques que sur
un cadre théorique.
Elle se définit comme la procédure d’élaboration d’un programme
économique financier à moyen terme, appelé en abrégé programme financier.
C’est aussi un ensemble de mesures économiques cohérentes permettant à un
pays d’atteindre simultanément plusieurs objectifs macro-économiques. Ces
objectifs portent principalement sur la croissance économique, la réduction du
déficit budgétaire, la maîtrise de l’inflation, l’amélioration de la situation
extérieure.
Dans un contexte d’amélioration des conditions de vie des populations, la
conception et la mise en œuvre de politiques économiques cohérentes doit
permettre une croissance durable, bien repartie et qui n’obère pas celle des
générations futures.
La signature d’un programme financier permet au pays signataire de
bénéficier d’une assistance financière du FMI et de la communauté
internationale ainsi que d’un cadre cohérent pour la conduite de sa politique
économique. Par ailleurs, par cette signature le FMI exerce ses activités de
surveillance1.
2. Notion d’ajustement
La notion d’ajustement renvoie au rétablissement ou processus de
rétablissement des grands équilibres macro-économiques. L’ajustement peut se
faire de deux façons :
1. Ajustement désordonné
2. l’ajustement désordonné ou
3. l’ajustement ordonné.
L’ajustement désordonné est une correction brutale et non prévue des
déséquilibres. C’est un ajustement survenu en l’absence ou de façon limitée
des mesures des pouvoirs publics. Ces mesures ne s’attaquent pas vraiment
aux causes des déséquilibres. Dans ce cas, les déséquilibres s’aggravent
jusqu’à ce qu’il y ait un ajustement forcé.
Ajustement ordonné ou stabilisation
L’ajustement ordonné (stabilisation) est une correction des déséquilibres
par la mise en œuvre de mesures d’ajustement cohérentes qui assurent à la
fois la stabilisation à court terme et la croissance à moyen terme. Cela suppose
la mise en œuvre à la fois de mesures de gestion de la demande (c'est-à-dire
des politiques budgétaire, monétaire et du secteur extérieur) ainsi que des
mesures de gestion de l’offre (c'est-à-dire des mesures structurelles).
De manière pratique, et en fonction de la nature du déséquilibre, cette
stabilisation peut s’opérer par :
le contrôle de la demande intérieure (Consommation + Investissement)
par rapport à l’offre globale. Cela passe de préférence par la limitation de la
consommation plutôt que l’investissement, à travers des politiques budgétaire
et monétaire restrictives.
la gestion de l’offre pour à travers une allocation plus efficace et une
utilisation plus efficiente des ressources par une amélioration du
fonctionnement des quatre (4) principaux marchés de l’économie (biens et
services, financier, changes, travail). L’amélioration du fonctionnement de ces
marchés peut passer par la libération des échanges et des prix, la réforme des
entreprises publiques, celle du système financier et/ou l’introduction d’une
plus grande flexibilité du marché du travail.
1. Le Programme Financier
Un programme financier est un ensemble complet et détaillé des mesures
économiques conçues pour atteindre des objectifs macro-économiques tels que
l’augmentation de la croissance, la réduction de l’inflation ou le rétablissement
des équilibres extérieurs.
Le programme est « complet » car :
5. il couvre les quatre (4) principaux secteurs macro-économiques (secteur réel,
secteur public, secteur monétaire et secteur extérieur) et
6. les objectifs et mesures envisagées couvrent non seulement les aspects
relatifs aux équilibres macro-économiques, mais également les aspects
structurels favorisant l’utilisation efficiente des ressources.
Le programme est « détaillé » car il comporte des objectifs macro-économiques
clairement détaillés et chiffrés, des mesures concrètes qui devront être
adoptées par les pouvoirs publics et qui conduiront à la réalisation de ces
objectifs.
De cette définition, la programmation financière est une démarche normative et
quantifiée, s’appuyant sur une projection globale à moyen terme de l’économie.
Dans sa formulation, le programme financier est une lettre ou un
texte de plusieurs pages appelé lettre d’intention en matière de politique
économique et financière.
Cette lettre doit être accompagnée des tableaux comportant des données
récentes et prévisionnelles se rapportant aux quatre (4) grands secteurs. Ces
textes et tableaux sont adressés au DG du Fonds Monétaire International (FMI)
en demandant un appui financier. Dans le cadre d’une Facilité d’Ajustement
Structurel et de Réformes (FASR) ou Facilité Elargie de Crédit (FEC) ou Facilité
Rapide Pour la Croissance (FRPC), cet ensemble doit également être
accompagné d’un document-cadre de politiques économiques et financières
ainsi qu’une d’une matrice des mesures élaborés conjointement par les
techniciens nationaux et les experts du FMI et de la Banque Mondiale
décrivant les politiques économiques et financières qui seront mises en œuvre
à moyen terme, cadre à l’intérieur du quel s’inscrit le programme financier qui
lui-même est souvent annuel.
1. Scénario de référence
Un scénario économique de référence repose sur l’hypothèse que les politiques
économiques resteront inchangées durant la période de projection. Il permet
d’évaluer la viabilité de la situation économique, d’identifier les sources de
déséquilibres éventuels et les problèmes à résoudre ainsi que le type de
mesures correctrices à adopter.
2. Cohérence des projections macro-économiques
Dans un scénario de référence ou de programme, les projections doivent
répondre à deux exigences essentielles:
7. Respect des relations comptables (ou cohérence comptable et comptabilité
entre les comptes) et
8. Respect des relations de comportement entre variables économiques ou
cohérence économique).
La cohérence comptable implique que chacun des comptes des secteurs
doit être équilibré par construction. La comptabilité entre les comptes exige que
ceux-ci doivent être cohérents entre eux. Ainsi:
D’une part, IL doit avoir:
1. Égalité entre les emplois et les ressources pour les biens et services ;
2. Équilibre entre offre et demande de monnaie dans la situation monétaire ;
3. Financement des soldes de la balance des paiements et du compte des
finances publiques;
D’autre part,
4. la variation des Avoirs Extérieurs Nets (AEN) dans la balance des paiements
doit être entièrement reflétée dans la situation monétaire ;
5. Les exportations de biens et services enregistrés dans les comptes nationaux
doivent être compatibles avec celles figurant dans la balance des paiements ;
6. Etc.
La cohérence entre les différents comptes est assurée par le tableau des
interrelations qui permet également de la vérifier.
La cohérence économique veille au respect des théories économiques relatives
aux comportements des agents économiques. Ainsi, les principales variables
macro-économiques doivent être cohérentes du point de vue de comportement
des agents économiques. Cette cohérence doit se faire entre les variables elles-
mêmes, mais elles doivent l’être avec les hypothèses retenues en matière de
politique économique et d’environnement économique national et international.