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L'arianisme et son impact historique

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La Bible face à la critique historique [Link]

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La Bible face à la critique historique


Le crédo ou l'interprétation de la doctrine
Après être passé du statut de secte à celle de religion, le christianisme devient une institution à partir du IIIeme siècle qui était même dominante à cette époque dans le sud
de l'Europe et en Asie Mineure, notamment en Egypte. Après les atrocités dont les persécutions commises sous les empereurs romains Septime Sévère (145-211) et
Dioclétien (303-311) qui décimèrent les chrétiens, le christianisme se stabilisa sous l'empereur Constantin jusqu'à ce que de nouvelles querelles éclatent entre les Eglises
autour de la question du crédo.
Le crédo (signifiant "je crois" en latin), c'est-à-dire la profession de foi des chrétiens telle que définie par le concile peut sembler à première vue sans intérêt pour lire la
Bible ou critiquer ses sources. C'est à la fois vrai et faux. Vrai dans le sens où les textes bibliques n'y font pas explicitement référence mais faux car il est implicite dans les
paroles du Christ et se conrétise dans l'interprétation qu'en a fait l'Eglise qui s'est appropriée les paroles du Christ.
Une Bible aussi épurée soit-elle des idées "hérétiques" dans ce qui convient d'appeler le canon ne constitute pas à elle seule un outil d'évangélisation. Comme le fameux
"Petit Livre Rouge" de Mao Tsé Tung qu'on lui opposa au XXeme siècle, la Bible a besoin d'un cadre idéologique ou plutôt dogmatique, c'est le crédo. Enluminures d'un Livre
Pour ne prendre qu'un exemple avant de décrire le crédo et son évolution, une expression comme "Croyez en Dieu, croyez aussi en moi" (Jean 14:1) a été reprise par d'heures realisé entre
1470-1480 par le
l'Eglise dont le crédo commence par ses mots " Nous croyons en un Dieu, ....". Les évangiles ont ainsi servi de socle et de ferment à l'élaboration du crédo, mais non sans
miniaturiste florentin
mal. Francesco d’Antonio del
Notons qu'on retrouve la même notion dans le serment judiciaire que prononcent les fonctionnaires de l'Etat et les plaidants lors d'un procès, une réminiscence religieuse Chierico. Il fut réalisé
pour le mariage d'un
de la confiance aveugle de l'assermenté dans son sens moral ou de sa foi, tout aveu de culpabilité trahisant la vérité. Autrement dit, sa seule parole assure sa probité morale
membre de la famille
ou religieuse. Il est évident que dans les constitutions laïques, aucun tribunal ne peut imposer de prêter serment sur la Bible ou à l'Eglise ou dans un autre lieu de culte. Serristori. Ce type de
Mais les serviteurs de l'Eglise dérogent à cette règle puisqu'en principe ils sont redevables au pape sauf dans les affaires criminelles. livre permettait aux
catholiques laïques de
Le crédo sur lequel tous les serviteurs de Dieu doivent jurer fidelité au risque d'être excommunié dit en suspens que le Fils de Dieu, Jésus-Christ mérite autant que le suivre la lithurgie des
Père le nom de Dieu, qu'il présente deux natures, divine et terrestre, qui demeurent lorsqu'il habite le corps de Jésus ou lorsqu'elles se rencontrent en une seule personne Heures (les prières
lors de la transfiguration et de la résurrection (voir plus bas). Une personne critique comprendra vite que cette petite phrase est lourde de sens et qu'à une époque où quotidiennes). Doc UCH.
l'Eglise se cherchait encore, pratiquement chaque mot pouvait être discuté et même disputé d'un point de vue théologique.
C'est justement sur la question du crédo que les différents courants de l'Eglise se sont violemment opposés pendant plus d'un siècle au point que l'Eglise arienne et les Eglises du Moyen-Orient
(perse et assyrienne) ainsi que l'Eglise indienne de Malabar mirent en danger l'avenir de l'Eglise romaine.
Avec le recul, dans un contexte contemporain où dans les démocraties la liberté de penser et d'expression vont de paire avec la raison (le rationnel) et le sens critique, notre génération a pris ses
distances avec les textes sacrés et les doctrines - cet article en témoigne -, au grand dam de l'Eglise. On y reviendra. En revanche, aux premiers temps de la Grande Eglise, la mauvaise interprétation
des mots, de ces "détails" qui peuvent nous paraître futiles et sans importante, pouvaient condamner son auteur à l'exil ou à une mort violente pour blasphème ou hérésie avec des supplices dignes
de l'Enfer (brûlé vif sur le bûcher, grillé à petit feu tête en bas, coupé en morceaux à coups de hâche, écartelé, dépecé vif, etc.). A l'époque, la question du crédo n'était donc pas une affaire à prendre
à la légère et les théologiens qui s'aventuraient dans cette voie devaient être courageux pour défier la Grande Eglise sachant qu'ils encourraient son courroux en cas de défiance ou d'hérésie, le
premier à mettre ses menaces en pratique étant l'empereur Constantin (qui soit dit en passant assassina son fils et son épouse).

Le crédo selon Arius


C'est donc en toute connaissance de cause qu'aux alentours de l'an 316, le théologien Arius en charge de la paroisse du port d'Alexandrie (l'église de Baucalis) en Egypte critiqua le crédo, un acte
d'hérésie qui éveilla l'attention de l'évêque d'Alexandrie, Alexandre.
Comme l'ont toujours fait les théologiens les plus critiques, Arius décortiqua les paroles des Evangiles et "joua" sur l'interprétation des mots. Très intelligent, fin connaisseur des Ecritures et très
apprécié du public, ses idées finirent par être appréciées par un nombre croissant de fidèles. Arius refusa en particulier l'idée du crédo selon laquelle Jésus est l'égal de Dieu. Pour Arius, Jésus est
certes divin mais ce n'est pas Dieu. De plus quand Jean dit que "le Verbe c'est fait chair", Arius l'interprète comme l'incarnation du Fils de l'homme dans le corps d'un homme. Si la chair du Christ
était habitée par le Fils alors le Christ n'était pas entièrement humain. Il ne dispose pas non plus de son libre arbitre puisque ses actes dépendent de la volonté de Dieu. Arius asssimile également les
verbes "engendrer" et "créer" là où Rome fait une distinction. Enfin, Arius considère que le Fils ressemble à Dieu mais n'est pas de la même substance que Dieu, "consubstantiel" comme le définit
la Grande Eglise. Ces quelques mots vaudront à Arius d'être excommunié de la Grande Eglise. Qu'importe, il fonda sa propre Eglise arienne.
Nous n'entrerons pas dans les détails très techniques de cette querelle dogmatique qui sont largement documentés dans différents ouvrages retraçant l'histoires des conciles et de la chrétienté.
Retenons seulement que les différents synodes et conciles ont tantôt abrogé ou approuvé les idées des évêques s'opposant à l'orthodoxie romaine qu'ils ont exilé ou réhabilité selon le cas, devenant
selon les époques subitement hérétique ou frère d'arme (à l'époque les évêques portaient encore l'épée).
Voyons donc brièvement comme le crédo fut établi et ses conséquences sur l'avenir des Eglises.

Le symbole de Nicée
Cela commença au cours du concile d'Alexandrie en 319 où Arius comparut devant l'aéropage des évêques d'Orient. Ses propos hérétiques furent condamnés et ses écrits détruits.
Vient ensuite le fameux concile de Nicée en 325, également résolument anti-arien. Ce concile est resté dans les mémoires car ce fut le premier concile oecuménique (rassemblant toutes les
Eglises) à l'occasion duquel les évêques d'Orient et d'Occident approuvèrent la première version universelle du crédo, un "symbole" de la profession de foi reconnu par toutes les Eglises dont le
contenu est assez proche de sa version moderne. Appelé le "symbole de Nicée", il commence par ses mots : "Nous croyons en un Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de
l'univers visible et invisible, et en un Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu
; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre....". Dans cet extrait, chaque verbe ou qualificatif associé au nom de Dieu ou du Père est
fondamental, dogmatique, ce qui suscita de nombreuses critiques des évêques dissidents (dont Arius), notamment les termes "engendré et non fait", "substance du Père", "consubstantiel au Père"
évoqués plus haut.

A lire : Histoire des conciles, Salve Regina

A gauche, une icône représentant l'empereur Constantin (au centre)


entouré les évêques du concile de Nicée (325), tenant le texte du
"symbole de Nicée" dans sa forme liturgique grecque. En fait le texte est
celui adopté au cours du concile de Constantinople en 381. A droite,
toujours à la tâche, Jérôme de Stridon (saint Jérôme) par Caravage. Ce
tableau aurait été commandé par Scipion Borghèse en 1605.

Quelques évêques d'Orient (dont Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée) favorables aux idées d'Arius refusèrent de destituer ce dernier et d'adhérer au symbole de Nicée. L'empereur les
bannit en Gaule et les excommunia. Ils se repentirent en 328 mais dans le seul but inavoué de destituer les évêques nicéens sous de faux motifs personnels, des actions qui permirent lentement aux
évêques ariens d'étendre leur pouvoir en Europe de l'Est. Finalement Arius fut réhabilité lors du concile de Tyr sans que les évêques n'évoquent sa doctrine, ce qui lui permit de reprendre la tête de
son Eglise arienne.
Alors que la direction de l'Empire romain était déjà aux mains de deux autorités différentes (tant politiquement que théologiquement parlant) et que Rome était sous la menace des invasions
barbares, à partir des années 340 l'ambassadeur des Goths, Wulfila, se convertit à l'arianisme. Séduit par cette religion et multilingue, Eusèbe lui confia la mission d'évangéliser les Barbares (Goths,
Germains, Lombards, Burgondes, Francs, etc.). Ces conversions massives revigorèrent l'Eglise d'Arius au point qu'elle devint l'Eglise dominante à la fin du IVeme siècle.
Si rétrospectivement l'arianisation échoua, il faut reconnaître que nous devons à Wulfila la dominance actuelle du christianisme dans toute l'Europe et au-delà. On imagine très bien que sans
l'action de Wulfila, le monde serait probablement resté païen et plus certainement encore qu'il serait devenu musulman avec tous les interdits et les obligations de ce type de constitution
généralement théocratique et non démocratique.
En 381, le deuxième concile œcuménique de Constantinople confirma les conclusions (canons) de celui de Nicée. A cette occasion les évêques d'Orient approuvèrent la divinité de l'Esprit-Saint
et le fait qu'il forme la Trinité avec le Père et le Fils. Aussitôt après, une lettre dogmatique exposant la foi sur base de la Trinité et de l'Incarnation divine fut envoyée à Rome. L'Eglise de
Constantinople fut ensuite considérée comme occupant le premier rang d'honneur après celle de Rome.

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Les représentations habituelles de la Sainte Trinité, c'est-à-dire de Dieu représentant les trois
personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. A gauche, miniature de la Trinité extraite du livre des
"Grandes Heures" d'Anne de Bretagne, reine de France, datée de c.1503-1508. Les évangélistes sont
également représentés dans les coins par le tétramorphe de la vision d'Ezéchiel (Ez 1:1-14) repris dans
l'Apocalypse de Jean (Apoc. 4:7-8). Document BnF/Gallica. A sa droite, illustration du baptême du
Christ par Jean et surmonté de la Trinité. Peinture à la tempera sur vélin datant de 1485-1486
reproduite dans l'ouvrage "Les Très Riches Heures du Duc de Berry" de Raymond Cazelles et
Johannes Rathofer (2001). Elle est exposée au Musée Condé à Chantilly. A droite du centre, la plus
ancienne icône orthodoxe de la Trinité. Elle fut peinte par le moine russe Andreï Roublev qui vécut de
c.1360 à 1428. Elle est exposée dans la Galerie Tretyakov de Moscou. A sa droite, la "main de la
miséricorde" du Christ (main droite uniquement) souvent représentée dans le Christ Pantocrator. Selon
le manuel d'iconographie (1845, p455), "le second doigt, restant ouvert, indique un I (iôta), et le
troisième forme, par sa courbure, un C (sigma). Le pouce se place en travers du quatrième doigt ; le
cinquième est aussi un peu courbé, ce qui forme l’indication du mot (xpictoc) XC ; car la réunion du
pouce et du quatrième doigt forme un X (chi), et le petit doigt forme par sa courbure, un C (sigma). Ces
deux lettres sont l’abrégé de Christos." A l'extrême droite, la "main de la justice" (main gauche
uniquement) qu'on retrouve dans certaines confréries et lors de la prestation de serment des élus dans
certains gouvernements dont en Suisse et qu'on offre également lors du sacre des souverains, les trois
doigts levés symbolisant la Trinité. Celle-ci fut réalisée en 1804 pour le sacre de Napoléon Ier à Notre
Dame de Paris. Elle est constituée d'ivoire, de cuivre, d'or et de camée. Elle est présentée au Louvre,
dans l'Aile Richelieu.

Il faut rappeler que le concept de "Saint-Esprit" est une notion chrétienne. En hébreu, le terme "esprit" ("‫"רוח הקודש‬, ruwach) revête les mêmes significations qu'en français : l'inspiration, le
souffle, le don spirituel, le vent, le désir, etc. Selon les codes Strong, ce terme apparaît 7307 fois dans l'Ancien Testament. Le terme "saint" et ses dérivés (qadash, qodesh, qadowsh) apparaît
presque aussi souvent. L'expression "Saint Esprit" se dit "Rouah HaKodesh" en hébreu (L'Esprit le Saint) et est très peu utilisée. On la retrouve deux fois dans le Tanakh (Esaïe 51:13 sous la forme
de la "colère" et Esaïe 63:10-11 qui évoque "l'esprit saint") et une troisième fois lorsque l'Eternel est accompagné de "son esprit" (Esaïe 48:16). Ce n'est donc pas une notion juive. En revanche,
dans les textes grecs originaux du Nouveau Testament, le terme "Saint Esprit" est composé à partir de la racine "pneuma" (le souffle) associé au mot "agio" (saint) que les bibles grecques traduisent
par "agio pneuma" ("άγιο πνεύµα"). Mais en réalité, le texte grec original utilise plutôt l'expression "esprit saint", l'emphase sur le "Saint-Esprit" étant chrétien et catholique pour insister sur le
concept de Trinité (voir plus bas) souvent représenté par la colombe. On peut en déduire qu'il s'agit d'une invention de l'Eglise.
Qu'il soit d'obédience catholique ou arienne, le christianisme devint une religion d'Etat en 391. Désormais tous les fonctionnaires de l'Empire d'Occident doivent jurer fidélité au Christ.
Dorénavant le pape (Damase à l'époque) siège à Rome, consacré "siège apostolique".
Puis arriva le pire. En 410, Rome fut mise à sac par Alaric et ses Goths après un siège de trois jours. "Horreur ! s'écrira saint Jérôme, l'univers s'écroule...". Heureusement, déjà christianisés, les
barbares préservèrent les institutions religieuses. Mais pendant plus de six siècles la culture fut anecdotique bien que l'art resta splendide, les barbares étant plus versés dans la métallurgie et le
maniement des armes que dans la théologie et le maniement du verbe. Aussi, la Cité de Dieu demeura le seul reconfort d'un peuple désormais sans avenir.
Pour les théologiens, les questions de la "substance" du Fils de Dieu et de la nature du Christ n'étaient toujours pas résolues, pas plus que celle du statut de l'Esprit (la fameuse "force de l'Esprit")
interprétée par la Grande Eglise par le concept de la Trinité (Dieu est unique mais également, sur le même pied, représenté par le Père, le Fils et le Saint-Esprit), des concepts au coeur du dogme au
même titre que la résurrection.
Concernant la "substance" du Fils de Dieu, c'est-à-dire la double nature du Christ, divine et terrestre, les deux grandes Eglises
sont restées arc-boutées sur leur convictions dogmatiques tout au long des différents synodes et conciles, les défenseurs des uns
considérant que le Christ "présentait les deux natures uniquement avant l'union, mais une seule après l'union" comme Cyrille, ou
au contraire que le Seigneur a toujours présenté deux natures comme le soutenaient la curie romaine.
A propos de l'Esprit , la question à résoudre était de savoir si "l'Esprit procède du Père et du Fils", ce qu'on appelle le "filioque",
ou seulement du Père, une question typiquement dogmatique loin des préoccupations de la population mais qui eut des
conséquences importantes pour l'Eglise.
La Grande Eglise finit par imposer l'idée que "l'Esprit procède du Père et du Fils". Passant du "blasphème" à "l'hérésie", les
défenseurs d'une autre version du crédo, celle d'Arius et plus tard de Nestor (l'évêque Nestorius refusa d'appeler Marie, la mère de
Dieu, ce qui dans un certain sens revenait à nier la divinité de Jésus) n'ont finalement pas réussi à imposer leurs idées face à la
Fresque en mosaïques évoquant le concile d'Ephèse de 431 dans la
majorité.
Basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon.
En 431, le concile d'Ephèse condamne le nestorianisme comme hérésie et dépose Nestorius jugé "hérésiarque". Rome
promulgue des canons condamnant les idées hérétiques qui aboutirent littéralement au clash des Eglises. Et comme tout décret relatif à l'hérésie, les ouvrages blasphématoires furent détruits et les
hérétiques furent pourchassés avec plus ou moins de zèle et de violence. A l'inverse des conciles de Nicée I et de Constantinople I, le concile d'Ephèse aboutit à la définition de "l'union
hypostatique" selon laquelle le Christ possède des deux natures, humaine et divine. C'est depuis cette époque que l'Eglise proclame que le Christ est homme et Dieu.

La définition de Chalcédoine et le premier schisme


Finalement, après des décennies de querelles, d'injures par missives interposées, d'excommunications et de reniements entre les évêques des différentes confessions, l'empereur d'Orient Marcien
en accord avec le pape Léon I organisèrent le 4eme concile de la Chalcédoine en 451 qui réunit pendant plus de trois semaines 630 pères pendant 16 sessions dans l'église Sainte-Euphémie à
Chalcédoine, aujourd'hui Kadiköy dans la banlieue d'Istanbul, afin de trancher les questions dogmatiques et sacrementales (ne pas confondre cette église avec la cathédrale-basilique Sainte-
Euphémie de Rovigno aujourd'hui en Croatie).
Les débats furent comme d'habitude très houleux et certains questions tellement abstraites que les évêques ont compté sur le hasard, ou sur un "miracle" comme le veut la tradition, pour résoudre
la question de la nature du Christ. Pour ceux appelés les monophysites, le Christ présentait une seule nature divine tandis que les dyophysistes leur opposaient la double nature, divine et humaine.
Pour trancher la question, la légende raconte que "le tombeau [de sainte Euphémlie] fut ouvert et l'on plaça les deux rouleaux scellés contenant les deux thèses sur la poitrine de la sainte en
présence de l’empereur Marcien et de l’impératrice Pulchérie. Le tombeau fut à nouveau scellé et un gardien fut placé devant pour le surveiller. Pendant trois jours, les deux parties se sont
imposées un jeûne strict et ont prié. Au bout des trois jours, l’empereur et le patriarche firent ouvrir le tombeau en présence de tous les participants au concile. Le rouleau des dyophysistes était
dans la main droite d’Euphémie, tandis que le rouleau des monophysites était à ses pieds." La thèse dyophysiste fut adoptée. Voilà comment l'Eglise résout ses problèmes en flagrante incompétence
et voudrait en plus qu'on y croit !
Lors de la clôture, le concile décréta 28 canons, reconfirmant notamment que le Seigneur présente les deux natures (humaine et divine) et que l'Esprit-Saint procède du
Père et du Fils. Il confirma aussi la définition de l'incarnation comme "deux natures, une personne".
Parmi ces canons il y a le 9eme qui stipule "Que les clercs ne doivent pas recourir à un tribunal civil, mais avoir leur évêque pour juge", ce qu'on appelle le tribunal
ecclésiastique. Nous savons de triste mémoire à quels abus criminels et aveuglements coupables cela conduisit jusqu'au XXIeme siècle au point que le pape François
s'excusa publiquement au nom de l'Eglise ! Mais le mal était fait et le loup reste tapi dans la bergerie.
Le crédo définit lors de ce concile se libelle ainsi : "Selon les Saints Pères, nous enseignons tous, d'une seule voix, un seul et même Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, le
même parfait en divinité, le même parfait en humanité, le même Dieu vraiment et homme vraiment, d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la
divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, semblable à nous en tout hormis le péché, engendré du Père avant les siècles quant à la divinité, mais aux derniers jours,
pour nous et notre salut, engendré de la Vierge Marie Mère de Dieu selon l'humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Monogène. Nous le reconnaissons de deux
natures sans confusion ni changement, sans division ni séparation. La différence des natures n'est nullement supprimée par l'union, mais, au contraire, les propriétés de
Icone du miracle de
chacune des deux natures sont sauvegardées et se rencontrent en une seule personne." Cela n'a l'air de rien, mais il fallut des siècles et du sang versé pour que l'Eglise
Sainte Euphémie (451) en
s'accorde sur cette définition ! l'église éponyme.
L'empereur déclara ensuite solennellement aux évêques que "le peuple soit unifié dans sa pensée par l'enseignement vrai et sain, qu'il revienne à la même religion et
reconnaisse la vraie foi catholique", précisant en suspens qu'il exercera des sanctions à l'encontre des contrevenants. En d'autres termes, la "définition de Chalcédoine" comme sera appelé ce texte
du crédo réhabilite le "symbole de Nicée" et permet à Rome de condamner toutes les autres doctrines et d'excommunier les hérétiques. Exit l'arianisme et ses dérives.
L'introduction du Fils dans le filioque ne fut acceptée que par l'Eglise d'Occident alors que paradoxalement Athanase d'Alexandrie de l'Eglise copte (et future orthodoxe) l'avait acceptée.
Alexandrie se prétend première Eglise de la chrétienté sous le titre de pape des Coptes. Cette situation provoqua le schisme de l'Eglise en 451 et la fondation des Eglises dites non-chalcédoniennes
(rassemblant les Eglises arménienne, orthodoxes (syrienne, copte, éthiopienne, malankare) et assyrienne).

La virginité perpétuelle de Marie


Parmi les idées dogmatiques pour ainsi dire "inventées" par la Grande Eglise, il y a la notion de "virginité perpétuelle" accolée à Marie, mère de Jésus. Cela signifie en deux mots que pour
l'Eglise romaine et principalement catholique Marie a toujours été vierge.
Nous verrons à propos de la conception de Jésus que Joseph n'est pas le vrai père de Jésus et que Marie a probablement eu plusieurs enfants, Jésus ayant donc eu des frères et soeurs. Ce fait qui
est pratiquement attesté et accepté par tous les historiens est totalement en contradiction avec ce que nous venons de dire. Qui a raison ?
Vers l'an 93-94, Flavius Josèphe connaissait déjà la fraterie de Jésus car il écrivit brièvementdans les "Antiquités Judaïques" : " il réunit un sanhédrin, traduisit
devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ" (Livre XX, ch. IX, 1.200) et le Protévangile de Jacques, un manuscrit apocryphe du IIeme siècle (dont le papyrus
Bodmer 5) confirme que Jacques avait un frère appelé Jésus. On y reviendra.
Plus tard, dans son "Histoire ecclésiastique" écrite en 324, Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine évoque les frères de Jésus "selon la chair" (HE, 2:23 et 3:19).
On peut donc en déduire que très tôt l'Eglise accepta le fait que Marie et Joseph ait eu des enfants, un évènement par ailleurs banal s'ils étaient mariés alors que
l'inverse eut été étonnant.
Puis soudainement, on constate l'apparition de la "conception virginale" de Marie en 374 exactement sous la plume du théologien Epiphane de Salamine dans
son livre "Ancoratus" (signifiant "ancré" dans le sens de l'homme ancré dans la foi) dans lequel il disserte sur les dogmes de la Trinité et de la Résurrection (c'est
encore lui qui écrira le "Panarion" contre les hérésies).
"La Madone du Magnificat" de
Mais peu après, varisemblablement avant 383, Helvidius insista encore sur l'existence des frères et soeurs de Jésus pour démontrer que Marie avait eu des
Sandro Botticelli peinte en 1481. relations maritales normales avec Joseph et n'était en rien restée vierge toute sa vie, une thèse hérétique que saint Jérome essaya aussitôt de réfuter. Les propos
Technique de Tempera sur bois. d'Helvidius traverseront les siècles sous le nom de "théorie helvidienne" qui est aujourd'hui intégrée dans le dogme de l'Eglise protestante. Toutefois cette dernière
Ce chef-d'oeuvre de la Première considère malgré tout que Marie était vierge lors de la naissance de Jésus tout en réfutant sa viginité perpétuelle.
Renaissance mesure 118 cm de
diamètre et est exposé à la Galerie Finalement le concept de "virginité perpétuelle" de Marie fut confirmé et canonisé lors du second concile de Constantinople en 553 et confirmé lors du concile
des Offices à Florence. de Latran en 649. Toutefois, à l'inverse des autres dogmes, ce concept n'a pas été intégré dans "l'infaillibilité du magistère", c'est-à-dire au fait que les ecclésiastes
ne peuvent pas se tromper lorsqu'ils s'expriment en matière de foi et de morale.
Depuis, l'Eglise catholique s'arqueboute malgré les découvertes archéologiques sur le fait que Marie enfanta Jésus par l'oeuvre du Saint-Esprit et qu'elle n'eut jamais d'autres enfants.

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Les images et les icônes


Jusqu'à présent les conciles s'étaient concentrés sur les questions théologiques et dogmatiques autour de la nature du Christ. En 787, l'empereur Contantin VI (771-797) et l'impératrice Irène
l'Athénienne (752-803, d'abord régente puis impératrice après le décès de Constantin VI) convoquèrent le deuxième concile de Nicée (Nicée II) afin de mettre fin au conflit des images. En effet,
l'empereur byzantin Léon III l'Isaurien qui régna sur l'Empire romain d'Orient de 717 à 741 interdit la représentation du Christ, de la Vierge Marie et des saints et ordonna la destruction des icônes
chrétiennes. Son fils Constantin V qui régna de 741 à 775 fit également condamner la vénération et la création d'images religieuses, conduisant au premier iconoclasme.

A gauche, la plus ancienne icône représentant un Christ et ses apôtres noirs. Cette
icône est exposée au musée copte du Caire. Elle serait antérieure au VIeme siècle. A
droite, icône de Jésus (centre), Jean (gauche) et Pierre (droite).

En résumé, par tradition l'Eglise chrétienne maintenait l'usage des icônes car selon sa définition elles représentaient à la fois un objet de culte et d'ornement des lieux de prière. Le Concile de
Nicée avait affirmé qu'on ne pouvait pas plus rejeter ou détruire les icônes que les autres objets sacrés. Rome les considérait au même titre que les reliques, tel un honneur rendu à travers elles à la
personne qu'elles représentaient.
Rome appuya son argument en disant que si dans l'Ancien Testament, Dieu interdit les images pieuses, dans le Nouveau Testament Dieu se manifeste et se laisse voir dans l'incarnation du Christ.
Les images ne sont donc qu'un hommage rendu au modèle original.
Le concile de Nicée II rassembla 365 evêques dont 37 seulement venaient d'Europe qui discutèrent pendant un mois des positions des différents courants et des règles à respecter. Finalement, la
majorité reconnut qu'il fallait respecter le symbole de Nicée et faire la distinction entre le sacré et le profane : les images saintes ne sont en aucun cas des idoles diaboliques, pas plus que les croix
et les images représentant Jésus, Marie ou les saints. Ces images doivent être vénérées et non adorées, et on pouvait faire brûler devant elles de l'encens ou des lumières.
Les Actes du concile promolguèrent 22 canons rappelant les devoirs du clergé vis-à-vis des normes canoniques et notamment le fait qu'il ne fallait "rien y ajouter ni rien y ôter", l'indépendance
de tous les serviteurs de l'Eglise et surtout le risque d'excommunication encouru par les obstinés.
Si ce concile vit le triomphe des défenseurs des icônes sur les iconoclastes, un nouveau courant d'opposition surgit dès 794 dans l'Empire carolingien de Charlemagne sous l'instiguation de l'abbé
Alcuin et du lettré Théodulf d'Orléans, un chrétien d'origne wisigothique. Ce dernier publia en 787 les "Libri carolini" (Livres carolins) dans lesquels il refuta tous les idées défendues à Nicée, sans
réussir à s'imposer. Toutefois, malgré les menaces de l'Eglise, l'empereur Léon V d'Arménien qui régna de 813 à 820 provoqua un second iconoclasme, plus sévère que le premier.
Finalement, l'impératrice Irénée et l'empereur Michel II parvinrent à réimposer les icônes dans les églises dont la vénération fut officiellement rétablie en 843 par son fils Michel III.

Le schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident


Après plusieurs siècles de querelles (du IIIeme au IXeme siècle), ce n'est qu'en 809, sous Charlemagne, que le pape Léon III confirma les décisions du concile en déclarant orthodoxe la doctrine
selon laquelle le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mais l'idée ne fut intégrée au crédo et incluse dans la lithurgie qu'au XIeme siècle, conduisant à la séparation des Eglises orthodoxe et
catholiques et au schisme des Eglises d'Orient (présente dans les principautés slaves et l'empire byzantin) et d'Occident (présente en Europe de l'ouest) en 1054.
Pour la petite histoire, le filioque n'était qu'un prétexte pour les orthodoxes car la querelle entre les deux Eglises était avant tout d'ordre politique et d'organisation du clergé dans cette partie du
monde.
A présent, chaque Eglise dispose du dyptique biblique complété par son crédo "personnalisé". Pour l'Eglise catholique, cet ensemble forme un outil théologique complet, une vision dogmatique
standardisée, universelle et commune qui permet désormais aux serviteurs du pape d'évangéliser les peuples en louant Dieu d'une même et seule voix et de mieux lutter contre les Eglises
concurrentes qui se comptaient par dizaines durant les premiers siècles de la chrétienté.

A lire : Le canon du Nouveau Testament

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