L'arianisme et son impact historique
L'arianisme et son impact historique
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Le symbole de Nicée
Cela commença au cours du concile d'Alexandrie en 319 où Arius comparut devant l'aéropage des évêques d'Orient. Ses propos hérétiques furent condamnés et ses écrits détruits.
Vient ensuite le fameux concile de Nicée en 325, également résolument anti-arien. Ce concile est resté dans les mémoires car ce fut le premier concile oecuménique (rassemblant toutes les
Eglises) à l'occasion duquel les évêques d'Orient et d'Occident approuvèrent la première version universelle du crédo, un "symbole" de la profession de foi reconnu par toutes les Eglises dont le
contenu est assez proche de sa version moderne. Appelé le "symbole de Nicée", il commence par ses mots : "Nous croyons en un Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de
l'univers visible et invisible, et en un Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu
; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre....". Dans cet extrait, chaque verbe ou qualificatif associé au nom de Dieu ou du Père est
fondamental, dogmatique, ce qui suscita de nombreuses critiques des évêques dissidents (dont Arius), notamment les termes "engendré et non fait", "substance du Père", "consubstantiel au Père"
évoqués plus haut.
Quelques évêques d'Orient (dont Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée) favorables aux idées d'Arius refusèrent de destituer ce dernier et d'adhérer au symbole de Nicée. L'empereur les
bannit en Gaule et les excommunia. Ils se repentirent en 328 mais dans le seul but inavoué de destituer les évêques nicéens sous de faux motifs personnels, des actions qui permirent lentement aux
évêques ariens d'étendre leur pouvoir en Europe de l'Est. Finalement Arius fut réhabilité lors du concile de Tyr sans que les évêques n'évoquent sa doctrine, ce qui lui permit de reprendre la tête de
son Eglise arienne.
Alors que la direction de l'Empire romain était déjà aux mains de deux autorités différentes (tant politiquement que théologiquement parlant) et que Rome était sous la menace des invasions
barbares, à partir des années 340 l'ambassadeur des Goths, Wulfila, se convertit à l'arianisme. Séduit par cette religion et multilingue, Eusèbe lui confia la mission d'évangéliser les Barbares (Goths,
Germains, Lombards, Burgondes, Francs, etc.). Ces conversions massives revigorèrent l'Eglise d'Arius au point qu'elle devint l'Eglise dominante à la fin du IVeme siècle.
Si rétrospectivement l'arianisation échoua, il faut reconnaître que nous devons à Wulfila la dominance actuelle du christianisme dans toute l'Europe et au-delà. On imagine très bien que sans
l'action de Wulfila, le monde serait probablement resté païen et plus certainement encore qu'il serait devenu musulman avec tous les interdits et les obligations de ce type de constitution
généralement théocratique et non démocratique.
En 381, le deuxième concile œcuménique de Constantinople confirma les conclusions (canons) de celui de Nicée. A cette occasion les évêques d'Orient approuvèrent la divinité de l'Esprit-Saint
et le fait qu'il forme la Trinité avec le Père et le Fils. Aussitôt après, une lettre dogmatique exposant la foi sur base de la Trinité et de l'Incarnation divine fut envoyée à Rome. L'Eglise de
Constantinople fut ensuite considérée comme occupant le premier rang d'honneur après celle de Rome.
Les représentations habituelles de la Sainte Trinité, c'est-à-dire de Dieu représentant les trois
personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. A gauche, miniature de la Trinité extraite du livre des
"Grandes Heures" d'Anne de Bretagne, reine de France, datée de c.1503-1508. Les évangélistes sont
également représentés dans les coins par le tétramorphe de la vision d'Ezéchiel (Ez 1:1-14) repris dans
l'Apocalypse de Jean (Apoc. 4:7-8). Document BnF/Gallica. A sa droite, illustration du baptême du
Christ par Jean et surmonté de la Trinité. Peinture à la tempera sur vélin datant de 1485-1486
reproduite dans l'ouvrage "Les Très Riches Heures du Duc de Berry" de Raymond Cazelles et
Johannes Rathofer (2001). Elle est exposée au Musée Condé à Chantilly. A droite du centre, la plus
ancienne icône orthodoxe de la Trinité. Elle fut peinte par le moine russe Andreï Roublev qui vécut de
c.1360 à 1428. Elle est exposée dans la Galerie Tretyakov de Moscou. A sa droite, la "main de la
miséricorde" du Christ (main droite uniquement) souvent représentée dans le Christ Pantocrator. Selon
le manuel d'iconographie (1845, p455), "le second doigt, restant ouvert, indique un I (iôta), et le
troisième forme, par sa courbure, un C (sigma). Le pouce se place en travers du quatrième doigt ; le
cinquième est aussi un peu courbé, ce qui forme l’indication du mot (xpictoc) XC ; car la réunion du
pouce et du quatrième doigt forme un X (chi), et le petit doigt forme par sa courbure, un C (sigma). Ces
deux lettres sont l’abrégé de Christos." A l'extrême droite, la "main de la justice" (main gauche
uniquement) qu'on retrouve dans certaines confréries et lors de la prestation de serment des élus dans
certains gouvernements dont en Suisse et qu'on offre également lors du sacre des souverains, les trois
doigts levés symbolisant la Trinité. Celle-ci fut réalisée en 1804 pour le sacre de Napoléon Ier à Notre
Dame de Paris. Elle est constituée d'ivoire, de cuivre, d'or et de camée. Elle est présentée au Louvre,
dans l'Aile Richelieu.
Il faut rappeler que le concept de "Saint-Esprit" est une notion chrétienne. En hébreu, le terme "esprit" (""רוח הקודש, ruwach) revête les mêmes significations qu'en français : l'inspiration, le
souffle, le don spirituel, le vent, le désir, etc. Selon les codes Strong, ce terme apparaît 7307 fois dans l'Ancien Testament. Le terme "saint" et ses dérivés (qadash, qodesh, qadowsh) apparaît
presque aussi souvent. L'expression "Saint Esprit" se dit "Rouah HaKodesh" en hébreu (L'Esprit le Saint) et est très peu utilisée. On la retrouve deux fois dans le Tanakh (Esaïe 51:13 sous la forme
de la "colère" et Esaïe 63:10-11 qui évoque "l'esprit saint") et une troisième fois lorsque l'Eternel est accompagné de "son esprit" (Esaïe 48:16). Ce n'est donc pas une notion juive. En revanche,
dans les textes grecs originaux du Nouveau Testament, le terme "Saint Esprit" est composé à partir de la racine "pneuma" (le souffle) associé au mot "agio" (saint) que les bibles grecques traduisent
par "agio pneuma" ("άγιο πνεύµα"). Mais en réalité, le texte grec original utilise plutôt l'expression "esprit saint", l'emphase sur le "Saint-Esprit" étant chrétien et catholique pour insister sur le
concept de Trinité (voir plus bas) souvent représenté par la colombe. On peut en déduire qu'il s'agit d'une invention de l'Eglise.
Qu'il soit d'obédience catholique ou arienne, le christianisme devint une religion d'Etat en 391. Désormais tous les fonctionnaires de l'Empire d'Occident doivent jurer fidélité au Christ.
Dorénavant le pape (Damase à l'époque) siège à Rome, consacré "siège apostolique".
Puis arriva le pire. En 410, Rome fut mise à sac par Alaric et ses Goths après un siège de trois jours. "Horreur ! s'écrira saint Jérôme, l'univers s'écroule...". Heureusement, déjà christianisés, les
barbares préservèrent les institutions religieuses. Mais pendant plus de six siècles la culture fut anecdotique bien que l'art resta splendide, les barbares étant plus versés dans la métallurgie et le
maniement des armes que dans la théologie et le maniement du verbe. Aussi, la Cité de Dieu demeura le seul reconfort d'un peuple désormais sans avenir.
Pour les théologiens, les questions de la "substance" du Fils de Dieu et de la nature du Christ n'étaient toujours pas résolues, pas plus que celle du statut de l'Esprit (la fameuse "force de l'Esprit")
interprétée par la Grande Eglise par le concept de la Trinité (Dieu est unique mais également, sur le même pied, représenté par le Père, le Fils et le Saint-Esprit), des concepts au coeur du dogme au
même titre que la résurrection.
Concernant la "substance" du Fils de Dieu, c'est-à-dire la double nature du Christ, divine et terrestre, les deux grandes Eglises
sont restées arc-boutées sur leur convictions dogmatiques tout au long des différents synodes et conciles, les défenseurs des uns
considérant que le Christ "présentait les deux natures uniquement avant l'union, mais une seule après l'union" comme Cyrille, ou
au contraire que le Seigneur a toujours présenté deux natures comme le soutenaient la curie romaine.
A propos de l'Esprit , la question à résoudre était de savoir si "l'Esprit procède du Père et du Fils", ce qu'on appelle le "filioque",
ou seulement du Père, une question typiquement dogmatique loin des préoccupations de la population mais qui eut des
conséquences importantes pour l'Eglise.
La Grande Eglise finit par imposer l'idée que "l'Esprit procède du Père et du Fils". Passant du "blasphème" à "l'hérésie", les
défenseurs d'une autre version du crédo, celle d'Arius et plus tard de Nestor (l'évêque Nestorius refusa d'appeler Marie, la mère de
Dieu, ce qui dans un certain sens revenait à nier la divinité de Jésus) n'ont finalement pas réussi à imposer leurs idées face à la
Fresque en mosaïques évoquant le concile d'Ephèse de 431 dans la
majorité.
Basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon.
En 431, le concile d'Ephèse condamne le nestorianisme comme hérésie et dépose Nestorius jugé "hérésiarque". Rome
promulgue des canons condamnant les idées hérétiques qui aboutirent littéralement au clash des Eglises. Et comme tout décret relatif à l'hérésie, les ouvrages blasphématoires furent détruits et les
hérétiques furent pourchassés avec plus ou moins de zèle et de violence. A l'inverse des conciles de Nicée I et de Constantinople I, le concile d'Ephèse aboutit à la définition de "l'union
hypostatique" selon laquelle le Christ possède des deux natures, humaine et divine. C'est depuis cette époque que l'Eglise proclame que le Christ est homme et Dieu.
A gauche, la plus ancienne icône représentant un Christ et ses apôtres noirs. Cette
icône est exposée au musée copte du Caire. Elle serait antérieure au VIeme siècle. A
droite, icône de Jésus (centre), Jean (gauche) et Pierre (droite).
En résumé, par tradition l'Eglise chrétienne maintenait l'usage des icônes car selon sa définition elles représentaient à la fois un objet de culte et d'ornement des lieux de prière. Le Concile de
Nicée avait affirmé qu'on ne pouvait pas plus rejeter ou détruire les icônes que les autres objets sacrés. Rome les considérait au même titre que les reliques, tel un honneur rendu à travers elles à la
personne qu'elles représentaient.
Rome appuya son argument en disant que si dans l'Ancien Testament, Dieu interdit les images pieuses, dans le Nouveau Testament Dieu se manifeste et se laisse voir dans l'incarnation du Christ.
Les images ne sont donc qu'un hommage rendu au modèle original.
Le concile de Nicée II rassembla 365 evêques dont 37 seulement venaient d'Europe qui discutèrent pendant un mois des positions des différents courants et des règles à respecter. Finalement, la
majorité reconnut qu'il fallait respecter le symbole de Nicée et faire la distinction entre le sacré et le profane : les images saintes ne sont en aucun cas des idoles diaboliques, pas plus que les croix
et les images représentant Jésus, Marie ou les saints. Ces images doivent être vénérées et non adorées, et on pouvait faire brûler devant elles de l'encens ou des lumières.
Les Actes du concile promolguèrent 22 canons rappelant les devoirs du clergé vis-à-vis des normes canoniques et notamment le fait qu'il ne fallait "rien y ajouter ni rien y ôter", l'indépendance
de tous les serviteurs de l'Eglise et surtout le risque d'excommunication encouru par les obstinés.
Si ce concile vit le triomphe des défenseurs des icônes sur les iconoclastes, un nouveau courant d'opposition surgit dès 794 dans l'Empire carolingien de Charlemagne sous l'instiguation de l'abbé
Alcuin et du lettré Théodulf d'Orléans, un chrétien d'origne wisigothique. Ce dernier publia en 787 les "Libri carolini" (Livres carolins) dans lesquels il refuta tous les idées défendues à Nicée, sans
réussir à s'imposer. Toutefois, malgré les menaces de l'Eglise, l'empereur Léon V d'Arménien qui régna de 813 à 820 provoqua un second iconoclasme, plus sévère que le premier.
Finalement, l'impératrice Irénée et l'empereur Michel II parvinrent à réimposer les icônes dans les églises dont la vénération fut officiellement rétablie en 843 par son fils Michel III.
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