Geo Diff
Geo Diff
Cours de M1
1
Vincent Humilière
2
Premier semestre 2019-2020
Introduction 3
1 Sous-variétés de Rn 5
I Rappels de calcul diérentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
II Immersions, submersions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
n
III Sous-variétés de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
IV Espace tangent à une sous-variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 Variétés diérentiables 20
Parenthèse : espaces topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
I Notion de variété diérentiable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
II Applications lisses entre variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
III Sous-variétés d'une variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
IV Exemples et constructions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.1 Somme disjointe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.2 Produits de variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Parenthèse : topologie quotient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
IV.3 Somme connexe de deux variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
IV.4 Quotient de variétés par des actions libres et propres de groupes discrets 35
IV.5 L'espace projectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
V Plongement de Whitney et partitions de l'unité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3 Le bré tangent 45
I L'espace tangent à une variété en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
II Fibrés vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
III Les brés tangent et cotangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
IV Champs de vecteurs, formes diérentielles de degré 1. . . . . . . . . . . . . . . . 53
IV.1 Denitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
IV.2 Champs de vecteurs et dérivations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
IV.3 Ecriture locale des champs de vecteurs et des formes diérentielles de
degré 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
1
5 Formes diérentielles 71
I Formes alternées et produits extérieurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
n
II Formes diérentielles sur un ouvert de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
III Fibré des formes alternées d'une variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
IV Orientation des variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
V Intégration des formes diérentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
VI La formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
VI.1 Domaines à bord lisse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
VI.2 La formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
VI.3 Une application topologique : le théorème de Brouwer . . . . . . . . . . . 95
6 Cohomologie de De Rham 96
I Formes fermées et formes exactes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
II Cohomologie de De Rham . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
III Invariance par homotopie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
IV La suite exacte de Mayer-Vietoris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
IV.1 Vocabulaire d'algèbre homologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
IV.2 Suite exacte longue en cohomologie associée à une suite exacte courte de
complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
IV.3 La suite exacte de Mayer-Vietoris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
V Quelques calculs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
VI Cohomologie en degré maximal et applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
VI.1 Quelques énoncés sans démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
VI.2 Degré d'une application de la sphère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
2
Introduction
Le but de ce cours est d'introduire le langage de la géométrie diérentielle, qui est omnipré-
sent en mathématiques, et de se familiariser avec les objets centraux de ce domaine, les variétés
diérentielles.
Intuitivement, une variété est un objet géométrique lisse. De manière plus précise, les
variétés diérentielles (de dimension donnée n) sont les espaces localement diéomorphes à
Rn . La gure ci-dessous montre deux exemples de variétés diérentielles : une courbe bien
régulière et une sphère.
La gure ci-dessous montre deux exemples d'espaces qui ne sont pas des variétés diéren-
tielles : la réunion de deux droites sécantes et un morceau de surface avec un coin. Ce ne
sont pas des variétés car chacun de ces deux exemples admets au moins un point dont aucun
n 1
voisinage n'est diéomorphe à un ouvert de R .
Nous mettrons l'accent sur les exemples fondamentaux : sphères, tores, espace projectifs.
Mais des constructions abstraites apparaîtront aussi : quotients de variétés, brés vectoriels...
n
Nous verrons que toutes les propriétés locales du calcul diérentiel dans R peuvent être trans-
posées aux variétés et nous ne nous priverons pas de le faire. Il s'agit d'un cours où de très
nombreuses nouvelles notions sont introduites.
La dernière partie du cours est une introduction à la topologie diérentielle et à la topo-
logie algébrique, dont le but est la classication des variétés diérentielles par des méthodes
algébriques. A chaque variété diérentiable M, nous associerons (de manière assez élaborée)
1. Dans le cas d'une surface avec coin, on peut trouver un voisinage homéomorphe à un ouvert de R2 , mais
pas de diéomorphisme.
3
un espace vectoriel noté H ∗ (M ), appelé cohomologie de De Rham de M. Nous utiliserons
cette construction pour montrer que certains espaces ne sont pas homéomorphes. Par exemple,
nous démontrerons qu'un tore n'est pas homéomorphe à une sphère :
6'
Ces notes de cours sont très largement inspirées d'autres (que vous pouvez aussi consulter),
en particulier :
les notes de cours d'Alexandru Oancea,
les notes de cours de Frédéric Paulin,
les notes de cours de Claude Viterbo,
les notes de cours de Laurent Charles (non disponibles en ligne)
Il y a des dizaines (centaines ?) d'autres références possibles, par exemple les livres "Intro-
duction aux variétés diérentielles" de Jacques Lafontaine, le livre "Géométrie diérentielle"
de Berger-Gostiaux.
4
Chapitre 1
Sous-variétés de Rn
Distance. Une norme dénit une distance par la formule dE (x, y) = kx − ykE .
Ouverts. Un ouvert est une partie de E qui est réunion de boules ouvertes. Une partie U est
un ouvert si et seulement si elle est voisinage de chacun de ses points, c'est-à-dire :
5
Applications linéaires continues. Lorsque la fonction est linéaire, l'écriture de la continuité
se simplie :
Proposition 1.1. Soit f :E→F une application linéaire. Alors, il y a équivalence entre :
1. f est continue,
Si E f : E → F est continue.
est de dimension nie, alors toute application linéaire
On notera L(E, F ) l'espace des applications linéaires continues de E dans F . C'est un espace
vectoriel normé, muni de la norme (induite par celles de E et F ) :
Comme précédemment, la continuité est automatique si tous les Ei sont de dimension nie.
On peut aussi munir l'espace L(E1 , . . . , Ek , F ) des applications k -linéaires continues d'une
norme :
kf k = sup kf (x1 , . . . , xk )kF ,
où le supremum est pris sur tous les x1 ∈ BE1 (0, 1), . . . , xk ∈ BEk (0, 1).
Pour mémoire, la notation o(v) signie une certaine fonction telle que limv→0,v6=0 o(v)
kvk
= 0.
De manière équivalente f est diérentiable en x si et seulement si elle admet un développe-
ment limité à l'ordre 1 en x.
On notera dfx (ou aussi Dfx , ou df (x), ou DF (x), ou dx f , ou Dx f , ...) la forme linéaire Lx
(qui est unique). On l'appelle diérentielle de f en x ou application linéaire tangente à f en x.
Applications lisses. df : U → L(E, F ), x 7→ dfx est dénie et continue, alors f est dite
Si
1 k+1 k
de classe C . Par induction, on dit que f est de classe C si df est de classe C . Enn, on
∞ k
dit que f est lisse ou de classe C si elle est de classe C pour tout entier k > 0.
Dans ce cours, toutes les applications (ou presque) seront lisses. Souvent, par application,
on sous-entendra application lisse.
1. Dans (1.1), on a omis de préciser quelles étaient les normes impliquées. Mais le contexte permet de deviner :
par exemple, puisque x1 ∈ E1 , nécessairement kx1 k est kx1 kE1 . Nous ferons souvent ce type d'omission pour
alléger l'écriture de nos formules.
6
Cas particuliers importants.
• Si F = R, alors df : E → R est une forme linéaire.
!
f1
• Si F = Rp , alors f peut être décrite par des applications coordonnées f = . et on a
.
.
fp
alors
dfx1 (v)
!
dfx (v) = . .
.
.
p
dfx (v)
• Si E = R, alors dfx : R → F est déterminée par dfx (1) (en eet, par linéarité, dfx (v) = v dfx (1)
0 0
pour tout v ∈ R), et on note f (x) := dfx (1). On voit que f (x) est un vecteur de F et
qu'il vérie :
∀v ∈ R, dfx (v) = v f 0 (x).
Autrement dit, dfx est la multiplication par f 0 (x).
• Si E = Rn , on peut dénir les dérivées partielles de f. Pour i = 1, . . . , n, la i-ème dérivée
partielle de f est donnée par
0
.
..
0
∂xi f (x) = dfx 1 ,
0
.
.
.
0
où, bien sûr, le 1 apparaît en i-ème position.
n p
• Si E=R et F = R , alors
dfx peut être représentée dans la base canonique par la matrice
jacobienne ∂xj f i (x) 16i6p .
16j6n
Exemples fondamentaux.
(a) Si f :E →F est linéaire continue, alors on peut écrire f (x + v) = f (x) + f (v). On en
déduit que pour tout x,
dfx = f
L'application df est donc constante.
(b) Supposons maintenant que f : E1 × E2 → F est bilinéaire continue. Alors, on peut écrire
Dans le membre de droite ci-dessus, les deux premiers termes sont linéaires et le troisième
est En eet, la continuité de f et des projections v 7→
o(v). v1 , v 7→ v2 implique que pour
0
certaines constantes C , C , on a kf (v1 , v2 )k 6 Ckv1 k kv2 k 6 C 0 kvk2 . On en déduit :
7
Autrement dit, la diérentielle d'une composée est la composée des diérentielles.
Notons w = dfx (v) + o(v). En particulier, kwk 6 Ckvk pour une certaine constante C. On
a alors :
g ◦ f (x + v) = g(f (x) + w)
= g ◦ f (x) + dgx (w) + o(w)
= g ◦ f (x) + dgf (x) ◦ dfx (v) + dgx (o(v)) + o(w).
La continuité de l'application linéaire dgx implique que le terme dgx (o(v)) est o(v). Le terme
o(w) est aussi o(v). D'où dgx (o(v)) + o(w) = o(v) et on en déduit la formule (1.2).
∂xj (g ◦ f )i (x) 16i6n = ∂xk g i (x) 16i6q ∂xj f k (x) 16j6n .
16j6q 16k6p 16k6p
On peut ensuite retrouver (exercice !) la formule pour ∂xj (g ◦ f )i (x) en eectuant le produit
matriciel. J
Exercice 2. On suppose que E est de dimension ni et muni d'un produit scalaire euclidien
h·, ·i. Montrer que la diérentielle de la norme euclidienne
p
N : x 7→ hx, xi
8
Deux théorèmes fondamentaux. Les deux énoncés qui suivent nous serons très utiles dans
la suite du cours.
f F
a
f (a)
V W
U
F
b
(a, b)
W V ×W f (x, y) = 0
V E
9
Exemple 1.5. Considérons l'application f :]0, +∞[×R → R2 donnée par f (r, θ) = (r cos θ, r sin θ).
Elle est lisse et sa jacobienne en (r, θ) est donnée par
cos θ −r sin θ
.
sin θ r cos θ
Cette matrice est de déterminant r. Donc la diérentielle de f est inversible en tout point.
D'après le théorème d'inversion locale, f est un diéomorphisme lisse au voisinage de tout
point.
2
Par ailleurs, on sait que est une bijection ]0, +∞[×]−π, π[→ R \(]−∞, 0]×{0}). On déduit
f
−1 ∞ ∞
de ce qui précède que son inverse f est de classe C et donc que f est un C -diéomorphisme
2
]0, +∞[×] − π, π[→ R \ (] − ∞, 0] × {0}). J
Exercice 3. Montrer que f : (x, y, z) 7→ (e2y + e2z , e2x − e2z , x − y) est un diéomorphisme sur
son image.
Exemple 1.6. Soit (φt )t∈F une famille d'applications contractantes E→E telle que (t, x) 7→
k
φt (x) est C . D'après le théorème du point xe de Picard, chacune d'entre elle admet un unique
k
point xe xt . Alors l'application t 7→ xt est de classe C .
En eet, on peut appliquer le théorème des fonctions implicites à l'application g : (t, x) 7→
φt (x) − x (comme ∂x f (x, t) = d(φt )x − Id et kdφt k < 1 puisque φt est contractante, ∂x f (x, t) est
inversible). L'ensemble des solutions de φt (x)−x est donc localement le graphe d'une application
lisse t 7→ g(t). Par ailleurs, on sait que c'est le graphe de t 7→ xt . On en déduit que xt = g(t) et
donc que t 7→ xt est lisse. J
Remarque 1.7. Dans le théorème d'inversion locale, on peut retrouver facilement la formule
pour la diérentielle de l'inverse de f . En eet, prenant la diérentielle de la formule f −1 ◦f = Id,
−1
on trouve dff (x) ◦ dfx = Id et donc
−1
dff−1
(x) = (dfx )
De même, dans l'énoncé du théorème des fonctions implicites, on peut retrouver facile-
g . En
ment la formule donnant la diérentielle de eet, en prenant la diérentielle de la for-
Id
mule f (x, g(x)) = 0, on obtient df(x,g(x)) · = 0, ce qui se réécrit ∂F f (x, g(x)) · dgx +
dgx
∂E f (x, g(x)) = 0. Pour x = a, on a g(a) = b, donc
II Immersions, submersions
Pour toute cette partie, on xe E, F des espaces vectoriels normés de dimensions nies
respectives n et p, et f :U →F une application lisse dénie sur un ouvert U de E.
Dénition 1.8 (Immersions, submersions). (a) On dit que f est une immersion en x∈U si
dfx est injective. On dit que f est une immersion sur U si f est une immersion en tout
point de U.
10
(b) On dit que f est une submersion en x ∈ U si dfx est surjective. On dit que f est une
submersion sur U si f est une submersion en tout point de U.
Rappelons que par dénition, le rang d'une application linéaire est la dimension de son
n
image. Dans le cas où E = R , rangx f est donc le rang de la famille de vecteurs de F
dfx1 , . . . , dfxp ,
Lorsqu'il y a égalité, on dit que f est de rang maximal en x. Remarquons aussi que f est de
rang maximal en x si et seulement si elle une immersion ou une submersion. J
[
Uk = δI,J −1 (R \ {0}) .
I,J
Corollaire 1.12. Si f est de rang maximal en x, alors f est de rang maximal au voisinage de
x.
11
L'exemple le plus simple d'immersion est Rn → Rn × Rq , x 7→ (x, 0). De manière similaire,
l'exemple le plus simple de submersion est R × Rq → Rp , (x, y) 7→ x.
p
Les deux théorèmes que nous allons maintenant énoncer montrent que, localement, toutes
les immersions/submersions se ramènent à ces deux exemples en composant par des diéomor-
phismes.
f
Rn / Rn+q
φ
x7→(x,0) #
Rn
Dans ce type de diagramme, on note souvent en pointillés la èche correspondant à l'application
dont l'existence est donnée par le théorème.
Théorème 1.14 (Forme normale des submersions) . Soient U un ouvert de Rp+q contenant 0
p
et g:U →R une application lisse qui est une submersion en 0 et vérie g(0) = 0.
p+q
Alors, il existe un diéomorphisme local φ de R ' Rp × Rq en 0, tel que l'on ait pour
(x, y) dans un voisinage de 0 :
g ◦ φ(x, y) = x.
Ceci peut être représenté par le diagramme commutatif suivant (déni au voisinage de l'ori-
gine) :
g
Rp+q / Rp
O <
φ
(x,y)7→x
p+q
R
Démonstration . (On se ramène à l'inversion locale) Soit S un supplémentaire de ker dg0 dans
p+q
R . Notons p : Rp+q → Rq une application linéaire surjective et dont le noyau est S . On pose
2. Pour la signication de diéomorphisme local, voir le paragraphe qui suit le Théorème 1.3
12
ψ : U → Rp+q ' Rp × Rq , w 7→ (p(w), g(w)). Le noyau de dψ0 est l'intersection des noyaux de
dg0 et de dp0 = p. Par construction, cette intersection est triviale et on en déduit que dψ0 est
inversible.
Par le théorème d'inversion locale, ψ q : Rp+q → Rp ,
est un diéomorphisme local. En notant
(x, y) 7→ x la projection canonique, alors g = q ◦ ψ par construction. On en déduit que φ = ψ −1
convient.
III Sous-variétés de Rn
Il y a 4 manières équivalentes de dénir les sous-variétés. Elles sont toutes regroupées dans
l'énoncé suivant.
3
On xe E un espace vectoriel réel normé de dimension nie n, M une partie de E et
k ∈ {0, . . . , n}.
h(M ∩ U ) = Rk × {0Rn−k } ∩ V.
(b) (Equation) Il existe un voisinage ouvert U de a dans E , une application lisse f : U → Rn−k
−1
qui est une submersion en a avec f (a) = 0, tels que M ∩ U = f (0) (autrement dit,
x ∈ M ∩ U si et seulement si f (x) = 0).
(c) (Graphe) Il existe une décomposition en somme directe E = E1 ⊕ E2 = E1 × E2 avec
dim E1 = k , et des ouverts U1 de E1 et U2 de E2 , tels que si a = a1 + a2 , avec a1 ∈ U1 ,
a2 ∈ U2 et une application lisse g : U1 → E2 avec g(a1 ) = a2 telle que
M ∩ (U1 × U2 ) = graphe(g)
= {(x1 , g(x1 )) | x1 ∈ U1 }.
3. Remarque pour les puristes : en réalité le bon cadre pour dénir les sous-variétés serait plutôt un espace
ane. Mais ceux-ci étant en général moins bien maîtrisés par les étudiants ques les espaces vectoriels, E sera
bien un espace vectoriel pour nous.
13
Cas particuliers :
- Une sous-variété de dimension 0 est un ensemble discret de points (tous ses points sont isolés).
- Une sous-variété de dimension 1 est appelée une courbe.
- Une sous-variété de dimension 2 est appelée une surface.
- Une sous-variété de dimension n (= dim E ) est un ouvert de E .
Valeurs critiques et valeurs régulières. Un point a où f n'est pas une submersion est
appelé point critique de f . L'image par f d'un de ses points critiques est appelée valeur critique
de f. Une valeur qui n'est pas critique est dite régulière.
D'après la proposition-dénition 1.15, condition (b), l'image réciproque par une fonction
d'une valeur régulière est soit vide, soit une sous-variété.
Le théorème suivant (que l'on admettra) implique alors que presque tous les niveaux d'une
fonction sont des sous-variétés.
Théorème 1.16 (Sard) . L'ensemble des valeurs critiques d'une fonction lisse est de mesure
nulle.
Attention ! L'ensemble des points critiques, lui, n'est pas forcément de mesure nulle (penser
à une fonction constante).
Plongements.
Dénition 1.17. Une application qui est une immersion et un homéomorphisme sur son image
est appelée plongement.
D'après la proposition-dénition 1.15, condition (d), l'image d'un ouvert de Rk par un plon-
gement est une sous-variété.
L'exercice suivant donne un critère bien utile pour établir qu'une application est un plonge-
ment.
Remarque 1.18. Il existe des immersions injectives qui ne sont pas des plongements. Par
exemple, le dessin suivant représente une telle application R → R2 (on peut trouver une suite
convergente dans l'image dont la suite d'antécédents diverge ; la réciproque n'est donc pas
continue)
J
4. Une application propre est une application pour laquelle l'image réciproque de tout compact est compacte.
Intuitivement, une telle application envoie l'inni à l'inni.
14
Exemples 1.19. Voici quelques exemples très classiques de sous-variétés obtenues à partir de
la condition (b) (qui est la plus couramment utilisée dans les exemples).
Elle est donnée par l'équation f = 0 où f (x) = kxk − 1. Nous avons vu qu'en tout point
de Sn , la diérentielle de f est la forme linéaire :
hx, vi
dfx : v 7→ = hx, vi.
kxk
Il s'agit d'une forme linéaire non-nulle donc surjective. Ceci montre que f est bien une
n
submersion en tout point de S .
∂x f = 2x(2(x2 + y 2 ) − r2 − R2 ),
∂y f = 2y(2(x2 + y 2 ) − r2 − R2 ),
∂z f = −2z.
Et l'on voit que df ne s'annule pas sur f −1 (0) qui est par conséquent une sous-variété de
de dimension 2 (c'est-à-dire une surface).
15
• (Surface de genre g ) On xe D = {(x, y) ∈ R2 | x2 + y 2 6 R2 }, et pour tout i = 1, . . . , g ,
Di = {(x, y) ∈ R2 | (x − xi )2 + (y − yi )2 6 ri2 }, où les (xi , yi ) sont des points distincts dans
D̊ et les ri > 0 sont susamment petits pour que les Di soient inclus dans D̊ et 2 à 2
disjoints. Alors, comme précédemment, on peut vérier que 0 est une valeur régulière de
l'application f donnée par
g
Y
2 2 2
(x − xi )2 + (y − yi )2 − ri2 − z 2 .
f : (x, y, z) = (R − (x + y ))
i=1
(a) =⇒ (b)
Supposons (a) vériée et qu'il existe donc une forme normale h : U → V ⊂ Rn telle que
h(M ∩ U ) = (Rk × {0}) ∩ V . Ecrivons h avec ses fonctions coordonnées : h = (h1 , . . . , hn ) et
n−k
posons f = (hk+1 , . . . , hn ) : U → R .
Alors, comme h est un diéomorphisme, dha est inversible donc dfa est surjective. L'applica-
tion f est donc bien une submersion en a. De plus, pour tout x ∈ U , f (x) = 0 si et seulement
k
si h(x) ∈ R × {0}, c'est-à-dire si et seulement si x ∈ M ∩ U .
(b) =⇒ (c)
On suppose (b), c'est-à-dire que M est localement donnée par une équation f (x) = 0. On pose
E1 = ker dfa et on xe un supplémentaire E2 de E1 dans E . Alors dfa |E2 est un isomorphisme
E2 → Rn−k . On peut donc appliquer le théorème des fonctions implicites et en déduire que
f −1 (0), et donc M , est localement un graphe.
(c) =⇒ (d)
On suppose que M est localement le graphe d'une application g : U1 ⊂ E1 → E2 veriant
g(a1 ) = a2 . On pose φ : U1 ⊂ E1 → E1 × E2 , x 7→ (x, g(x)). La diérentielle en a1 de φ est
donnée par dφa1 (v) = (v, dga1 v). C'est donc bien une immersion en a1 .
De plus, φ est un homéomorphisme sur son image, puisque il admet comme réciproque
(x, y) 7→ x qui est continue. Quitte à composer par une translation, on peut supposer que
a1 = 0, de sorte que l'application φ vérie bien les conditions de (d).
(d) =⇒ (a)
Soit φ : W → E une immersion en 0∈W telle que φ soit un homéomorphisme de W sur un
ouvert de M .
0 ∼ 0
D'après le théorème 1.13 (forme normale des immersions), il existe h : U → V diéomor-
0 0 n
phisme avec U ⊂ E et V ⊂ R , tel que h ◦ φ(x) = (x, 0) pour tout x dans un voisinage ouvert
W 0 de 0 dans W .
16
Tout d'abord, remarquons que W 0 × {0} ⊂ V 0 ∩ (Rk × {0}), on peut donc, quitte à réduire
0 0 0
V (et donc U ), supposer que W × {0} = V 0 ∩ (Rk × {0}).
0
Comme φ est un homéomorphisme sur son image, φ(W ) est un ouvert de M donc de la
00 00 0 00
forme U ∩ M pour un certain ouvert U de E . On pose U = U ∩ U et V = h(U ). Vérions
k
que l'on a bien h(U ∩ M ) = V ∩ (R × {0}).
00 0
Soit y ∈ U ∩ M . Alors, d'une part h(y) ∈ h(U ) = V . D'autre part y ∈ U ∩ M = φ(W ),
0 k
donc y = φ(x) pour un certain x ∈ W et donc h(y) = h ◦ φ(x) = (x, 0) ∈ R × {0}. Nous avons
k
vérié l'inclusion h(U ∩ M ) ⊂ V ∩ (R × {0}).
k
Réciproquement, si (x, 0) ∈ V ∩ (R × {0}), alors d'une part (x, 0) ∈ V = h(U ). D'autre
0 k 0 0
part, (x, 0) ∈ V ∩ (R × {0}) = W × {0} donc x ∈ W . On a donc h ◦ φ(x) = (x, 0). Comme
φ(x) ∈ M , on en déduit que (x, 0) ∈ h(M ), et nous avons donc vérié l'inclusion réciproque.
c :] − ε, ε[→ E,
Ta M a
17
La proposition 1.21 est une conséquence directe de l'identité :
Montrons d'abord l'inclusion Ta M ⊂ (dha )−1 (Rk ×{0}). Soient donc v ∈ Ta M etc :]−ε, ε[→
E un chemin sur M vériant c(0) ∈ a et c0 (0) = v . Alors, h ◦ c est un chemin k
sur R × {0},
0 k
donc (h ◦ c) (0) est un vecteur de R × {0}. Or
Chacune des quatre dénitions de sous-variété donne une nouvelle description de l'espace
tangent. Nous avons déjà vu dans la démonstration précédente que l'espace tangent peut être
obtenu d'une forme normale avec la formule (1.3).
Ta M = Im dφa
Démonstration .
(b) Soit c un chemin sur M c(0) = a et c0 (0) = v . Alors f (c(t)) = 0, pour tout t
vériant
0
dans un voisinage de 0, donc 0 = (f ◦c) (0) = dfa (v). Ceci montre que Ta M ⊂ ker dfa . Par
ailleurs, comme dfa est surjective, ker dfa a la même dimension que Ta M . On en déduit
l'égalité Ta M = ker dfa .
(c) Un vecteur de graphe(dga1 ) est un vecteur de la forme (v, dga1 (v)) avec v ∈ E1 . Soit donc
v ∈ E1 un tel vecteur. On pose c(t) = (a1 + tv, g(a1 + tv)). Alors c est un chemin sur M
0
vériant c(0) = a et c (0) = (v, dga1 v). Ceci montre que graphe(dga1 ) ⊂ Ta M . Comme
précédemment, ces deux espaces ont même dimension, d'où graphe(dga1 ) = Ta M .
k
(d) Pour tout v ∈ R × {0}, on considère le chemin sur M donné par c(t) = φ(tv). Alors
c(0) = a et c0 (0) = dφ0 (v). On en déduit l'inclusion Im dφ0 ⊂ Ta M , et l'on conclut à
nouveau avec l'égalité des dimensions.
18
Exemple 1.23. Calculons l'espace tangent à la sphère. D'après la proposition qui précède,
point (b), l'espace tangent en x à Sn est le noyau de la forme linéaire v 7→ hx, vi. D'où :
Tx Sn = x⊥
{(x, v) ∈ Rn × Rn | x ∈ M, v ∈ Tx M }
19
Chapitre 2
Variétés diérentiables
Dénition 2.1 (Topologie) . Une topologie T sur un ensemble X est un ensemble de parties
de X vériant :
(i) ∅ appartient à T,
(ii) X appartient à T,
S
(iii) Si (Ui )i∈I est une famille d'éléments de T, alors leur réunion i∈I Ui appartient à T,
nie d'éléments de T , alors l'intersection
Tk
(iv) Si (Ui )i=1,...,k est une famille i=1 Ui appartient
à T.
Les éléments d'une topologie T sont appelés ouverts pour la topologie T . Leurs complémentaires
sont appelés fermés.
forme une topologie sur X . Dans le cas où X = R, cette topologie s'appelle la topologie de
1
Zariski . Dans ce cas, on peut montrer qu'elle n'est pas induite par une distance.
(c) Si A est une partie d'un espace X muni d'une topologie T, alors
TA = {U ∩ A | U ∈ T }
20
Sauf mention du contraire, on munira toujours les parties d'un espace topologique de leur
topologie induite.
Remarque 2.3. Si X est un espace muni de deux distances équivalentes, alors celles-ci induisent
la même topologie. En particulier, sur un espace vectoriel de dimension nie, toutes les normes
2
sont équivalentes. Donc, un espace vectoriel de dimension nie admet une topologie canonique ,
donnée par la topologie induite par n'importe laquelle de ses normes. J
La continuité peut être dénie sur les espaces topologiques (nul besoin de distance).
Dénition 2.4 (Fonction continue). Soient (X, T ) et (X 0 , T 0 ) deux espaces topologiques. Une
application f : X → X0 est dite continue si et seulement si
∀U ∈ T 0 , f −1 (U ) ∈ T ,
Un homéomorphisme est par dénition une application continue, bijective à réciproque conti-
nue. En particulier, dans la dénition des plongements, que nous avons vue après la dénition
des sous-variétés, lorsque l'on dit que φ : W → E est un homéomorphisme sur son image, cela
signie que φ est un homéomorphisme entre W et φ(W ), où φ(W ) est muni de la topologie
induite par celle de E.
Terminons cette parenthèse par une dénition supplémentaire.
Dénition 2.5 (Espace séparé). Un espace topologique (X, T ) est dit séparé si et seulement si
pour tous x, y ∈ X , x 6= y , il existe des ouverts U, V ∈ T , tels que x ∈ U, y ∈ V et U ∩ V = ∅.
Remarque 2.6. Sur un espace métrique (X, d), la topologie induite par d est toujours séparée.
En eet, si x 6= y ∈ X , ε = 21 d(x, y). Les ouverts U = B(x, ε) et V = B(y, ε)
on peut poser
conviennent. En eet, ils vérient x ∈ U , y ∈ V et l'inégalité triangulaire implique U ∩ V = ∅.
On peut aussi remarquer que la topologie de Zariski sur R n'est pas séparée (car deux ouverts
non vides se rencontrent toujours), ce qui implique, comme nous l'avions armé, qu'elle n'est
pas induite par une distance. J
21
U0 φ0
M U
φ
φ0 ◦ φ−1
Notons qu'un changement de carte est toujours un homéomorphisme (mais pas toujours un
diéomorphisme). Notons aussi que l'inverse d'un changement de carte est aussi un changement
de carte. Remarquons enn qu'un changement de carte est une application entre un ouvert de
Rn et un autre ouvert de Rn et cela a donc bien un sens de déclarer qu'une telle application est
lisse.
L'exemple suivant est standard donc important.
x0
pN (x)
{x0 = 0}
S
22
Nous allons donner des formules explicites. Les points N , x et pN (x) étant alignés, il existe
−−−−−→ −→
t ∈ R tel que N pN (x) = tN x. En prenant la première coorodonnée de cette identité vectorielle,
1
on obtient −1 = t(x0 − 1) donc t = . En prenant les autres coordonnées, on obtient :
1−x0
x1 xn
pN (x) = ,..., (2.1)
1 − x0 1 − x0
On en déduit que pN est continue. Calculons maintenant sa réciproque.
n
Soit y ∈ R et cherchons les coordonnées du point x tel que pN (x) = y . En partant comme
−→ −→ −→
au dessus de N y = tN x, on a x = N + 1t N y et donc
x = 1 − 1t , yt1 , . . . , ytn .
1
On peut ensuite déduire la valeur de t du fait que kxk2 = 1 d'où l'on tire t2
((t − 1)2 + y12 +
2 −1
· · · + yn2 ) = 1, ce qui implique t = 21 (1 + kyk2 ) et 1 − 1t = kyk
kyk2 +1
. On obtient donc :
p−1 1
kyk2 −1, 2y1 , . . . , 2yn
N (y) = kyk2 +1
x1 xn
pS (x) = ,..., ,
1 + x0 1 + x0
p−1 1
1−kyk2 , 2y1 , . . . , 2yn .
S (y) = kyk2 +1
(2.2)
Le couple (Sn \ {S}) est donc aussi une carte de Sn . Calculons les changements de cartes :
kyk2 −1
pS ◦ p−1
N (y) = pS , 2y1 , . . . , kyk2y2n+1
kyk2 +1 kyk2 +1
y1 y1
= kyk 2 , . . . , kyk2
1 kyk2 +1
Pour obtenir la deuxième égalité ci-dessus, on a utilisé l'identité
kyk2 −1
= 2kyk2
.
1+
kyk2 +1
En conclusion, nous avons :
pS ◦ p−1
N (y) =
1
kyk2
y (2.3)
3
On voit dans cette formule que pN ◦ p−1 n n
S : R \ {0} → R \ {0} est une involution , c'est-à-
dire qu'elle est égale à sa propre réciproque. On voit aussi que les deux changements de cartes
pN ◦ p−1 −1
S et pS ◦ pN sont lisses (et d'inverses lisses).
Nous avons donc montré que ces deux cartes sont compatibles. J
Dénition 2.9 (Atlas). Un atlas est un ensemble de cartes deux à deux compatibles et dont
les domaines recouvrent M.
3. Cette involution porte même un nom : c'est l'inversion par rapport à la sphère Sn .
23
Nous avons montré dans l'exemple précédent que les projections stéréographiques forment
un atlas deSn .
Lemme 2.10. Tout atlas est contenu dans un unique atlas maximal (pour l'inclusion).
Exemple 2.12. Dans un espace métrique, les boules ouvertes forment une base de la topologie
sous-jacente.
On peut remarquer que les boules ouvertes de rayon rationnel forment aussi une base.
n
Dans R , les boules ouvertes de rayon rationnel et de centre à coordonnées rationnelles
forment une base dénombrable.
Notons que dans un espace admettant une base dénombrable, toute partie munie de la
topologie induite admet aussi une base dénombrable. J
Fin de la parenthèse.
Nous sommes enn prêts pour introduire les variétés diérentiables.
Dénition 2.13 (Variété diérentiable) . Une variété diérentiable (ou diérentielle) de di-
mension n est un espace topologique séparé, à base dénombrable, muni d'un atlas maximal de
n
cartes à valeurs dans R .
24
Notons que si un espace séparé et à base dénombrable admet un atlas, alors il admet une
structure de variété diérentiable donnée par l'atlas maximal correspondant.
n
Par exemple, S admet un atlas donc admet une structure de variété diérentiable.
Proposition 2.14. Une sous-variété M de Rn admet une structure naturelle de variété dié-
rentiable, dont un atlas est donné par toutes les applications de la forme h|U ∩M où h : U → V
k
est une forme normale pour M , c'est-à-dire vérie h(U ∩ M ) = V ∩ (R × {0}).
Démonstration . Commençons par remarquer qu'une sous-variété est séparée et à base dé-
nombrable puisque c'est une partie de Rn , lui-même séparé et à base dénombrable.
h|U ∩M avec h : U →
Par dénition des sous-variétés, les domaines des applications de la forme
∼
V forme normale, recouvrent M . Ce sont aussi des homéomorphismes U ∩ M → V ∩ (Rk × {0}).
Ils nous restent à montrer que ces cartes sont compatibles pour montrer qu'elles constituent un
atlas.
Soient donc φ = h|U ∩M et φ0 = h0 |U 0 ∩M deux telles cartes. Alors on a
Principe 2.15. Toutes les propriétés locales du calcul diérentiel dans Rn peuvent être trans-
férées aux variétés diérentiables au moyen des cartes.
Illustrons ce principe sur la notion de lissité, qui est bien sûr locale.
On xe une variété diérentiable M, et f :M →R une fonction.
Dénition 2.16 (Fonction lisse sur une variété). L'application f est dite lisse si et seulement
−1
si pour toute carte (U, φ), f ◦ φ : φ(U ) → R est lisse (on dit que f est lisse dans toute
carte ).
f
M U R
φ f ◦ φ−1
Remarque 2.17. Si (U, φ) et (U 0 , φ0 ) sont deux cartes (compatibles), alors f ◦ φ−1 est lisse sur
φ(U ∩ U ) si et seulement si f ◦ φ0−1 est lisse sur φ0 (U ∩ U 0 ).
0
On en déduit que f est lisse si et seulement si pour tout x ∈ M , il existe une carte (U, φ) en
x telle que f ◦ φ−1 soit lisse. J
25
Proposition 2.18. L'ensemble C ∞ (M ) des fonctions lisses sur M forme une sous-algèbre de
l'ensemble des fonctions continues sur M .
N
f
M U
V
φ
ψ
ψ ◦ f ◦ φ−1
Propriétés 2.20. (i) Pour que f : M → N soit lisse, il faut et il sut que pour tout a ∈ M ,
il existe une carte (U, φ) en a et une carte (V, ψ) en f (a) telle que f lue dans les cartes
(U, φ), (V, ψ) soit lisse.
(iii) Si f :M →N est lisse et si g:N →P est lisse alors g◦f est lisse.
χ ◦ g ◦ ψ −1 ◦ ψ ◦ f ◦ φ−1 = χ ◦ (g ◦ f ) ◦ φ−1 ,
Dénition 2.21 (Diéomorphismes) . Un diéomorphisme entre deux variétés est une appli-
cation entre ces variétés, lisse, bijective et dont la réciproque est lisse.
26
Exercice 6. Vérier qu'une carte (U, φ) d'une variété diérentiable est un diéomorphisme
entre U et φ(U ).
Comme on l'a dit, toutes les notions locales se transfèrent aux variétés. Cela inclut la notion
de rang en un point, d'immersion, de submersion.
(b) Si f est une submersion en a, alors pour toute carte φ en a il existe une carte ψ en f (a),
telle que pour tout (x1 , . . . , xp ) dans un voisinage de 0 on ait
En composant les cartes avec des formes normales, on obtient facilement la proposition
suivante.
Proposition 2.25. Soit M une partie d'une variété N. Alors, M est une sous-variété de N
de dimension k si et seulement si pour tout a ∈ M, il existe une carte (U, φ) telle que
27
Proposition 2.26. Soit M ⊂N une sous-variété et i : M → N , x 7→ x l'injection canonique.
(i) Si l'on munit M de sa structure de variété induite par celle de N, alors l'application i est
lisse et est une immersion.
(ii) Pour toute variété P , une application f : P → M est lisse si et seulement si i◦f : P → N
est lisse.
f
P / M
i
i◦f
N
(iii) La structure induite est l'unique structure diérentiable sur M vériant la propriété (ii).
Démonstration . (i) Soit a ∈ M et soit (U, φ) une forme normale de M en a. Par dénition, une
carte M en a est (U ∩ M, φ|U ∩M ). Lue dans les cartes, l'application i n'est autre que l'injection
k n
canonique de R × {0} dans R . Plus précisément, on peut écrire :
φ ◦ i ◦ φ|−1 k
U ∩M : φ(U ) ∩ (R × {0}) → φ(U ),
(x, 0) 7→ (x, 0).
En particulier, on voit que l'application i lue dans ces cartes est lisse et est une immersion.
(ii) Soit a ∈ P . On choisit une carte (V, ψ) de P en a et une forme normale (U, φ) de M en f (a).
L'application f lue dans les cartes s'écrit φ|U ∩M ◦f ◦ψ −1 , tandis que l'application i◦f lue dans les
−1
cartes s'écrit φ◦i◦f ◦ψ . Notons que φ|U ∩M et φ◦i sont les mêmes applications à ceci près que
k n
leur espaces d'arrivée dièrent ( R × {0} pour la première, R pour la seconde). Ceci implique
que les deux applications lues dans les cartes sont identiques sauf leur espace d'arrivée. Or on
n
sait qu'une application à valeur dans R est lisse si et seulement si ses applications coordonnées
p n k n−k
sont lisses. En particulier une application de la forme (g, 0) : R → R = R × R , est lisse si
−1
et seulement si g est lisse. Ceci montre que la lissité de φ|U ∩M ◦ f ◦ ψ est équivalente à celle
−1
de φ ◦ i ◦ f ◦ ψ .
(iii) Soient A et A0 deux strutures diérentiables sur M vériant (ii). Nous allons montrer que
0
l'identité f : (M, A) → (M, A ), x 7→ x est un diéomorphisme. Cela impliquera que les atlas
A et A0 sont compatibles.
Tout d'abord, f : (M, A) → (M, A) est évidemment lisse, donc i ◦ f : (M, A) → N est lisse,
0 0
et d'après (ii), f : (M, A) → (M, A ) est lisse. Le même argument montre que f : (M, A ) →
(M, A) est lisse.
On peut aussi donner un sens à la notion de plongement d'une variété dans une autre.
Remarque 2.28. Comme on l'a déjà vu, une immersion injective propre est un plongement.
En particulier, si M est compacte, une immersion injective M →N est automatiquement un
plongement. J
28
Exercice 7. Montrer que pour tout k 6 n, l'application
Sk → Sn , (x0 , . . . , xk ) 7→ (x0 , . . . , xk , 0 . . . , 0)
est un plongement.
IV Exemples et constructions
IV.1 Somme disjointe
S
Soit (Xi )i∈I i∈I {i} ×
une famille d'espaces topologiques. Leur somme disjointe est l'espace
F
X
Si , que l'on note i∈I Xi muni de la topologie dont les ouverts sont les parties de la forme
i∈I {i} × Ui , où chaque Ui est un ouvert de Xi . S
2
Remarquons au passage que dans le cas de R = x∈R {x}×R la topologie de somme disjointe
dière de la topologie usuelle.
On voit en particulier que chaque partie de la forme
F {j} × Xj pour j∈I xé, est un ouvert
de i∈I Xi . En pratique, cette partie est identiée à Xj . F
Si chaque Xi est une variété dénombrable et si I est ni ou dénombrable, alors i∈I Xi admet
une structure de variété diérentiable de dimension
F n.
En eet, i∈I X i est séparé et à base dénombrable. De plus, si l'on se donne un atlas Ai
F
pour chacun des Xi , alors A = {({i} × U, φ) | i ∈ I, (U, φ) ∈ Ai } forme un atlas de i∈I Xi .
La démonstration de la proposition suivante est laissée en exercice.
29
Proposition 2.31.
F
(i) Pour tout j ∈ I, l'application naturelle Xj → i∈I Xi est un plonge-
ment.
F
(ii) Soient M une variété et f: i∈I Xi →M une application. Alors f est lisse si et seulement
si pour tout i ∈ I , f |Xi est lisse.
{(U × U 0 , φ × φ0 ) | (U, φ) ∈ A, (U 0 , φ0 ) ∈ A0 }
où φ × φ0 désigne l'application (x, y) 7→ (φ(x), φ(y)).
La démonstration de la proposition suivante est laissée en exercice.
On peut bien sûr faire des produits de plus de deux variétés. L'exemple suivant est important.
Dénition 2.34 (Espace topologique quotient). Soit X un espace topologique et R une relation
d'équivalence sur X.
L'espace topologique quotient est le quotient X/R, muni de la topologie
−1
dont les ouverts sont les parties U ⊂ X/R telles que p (U ) est ouvert, où p : X → X/R
désigne la projection canonique.
X /Y
f ◦p <
p
f
X/R
En particulier, lorsque l'on passe une application continue au quotient, elle reste continue.
30
Application 1 : recollement d'espaces topologiques
Soient X, Y deux espaces topologiques, A⊂X etB ⊂ Y et φ : A → B un homéomorphisme.
On dénit une relation R sur la somme disjointe X t Y par la relation
x = y,
xRy si et seulement si ou x ∈ A, y ∈ B, y = φ(x),
ou y ∈ A, x ∈ B, x = φ(y).
Pour cette relation, les classes d'équivalence sont soit les singletons {x} avec x∈
/A et x∈
/ B,
soit les paires de points {x, φ(x)} avec x ∈ A.
L'espace quotient (X t Y )/R, noté X ∪φ Y , s'appelle le recollement de X et Y selon A et
B au moyen de φ
Remarque 2.37. Attention ! Le quotient d'un espace séparé n'est pas toujours un espace
séparé. C'est la première propriété à vérier lorsque l'on considère un espace topologique déni
comme quotient.
Considérons par exemple la droite à deux origines dénie comme le recollement de {0} × R
∗ ∗ ∗ ∗
avec {1}×R selon {0}×R et {1}×R au moyen de l'homéomorphisme ρ : {0}×R → {1}×R ,
(0, x) 7→ (1, x).
Alors, il n'existe pas de couple d'ouverts disjoints du quotient qui contienne respectivement
les classes d'équivalence des points (0, 0) et (1, 0). J
Ox = G · x = {g · x | g ∈ G}.
La relation être dans la même orbite est une relation d'équivalence sur X. L'espace quotient
par cette relation d'équivalence est noté X/G.
31
Exemple 2.38. Les entiers agissent sur R par translation : n · x = x + n. Le quotient R/Z
1 1 2iπx
s'identie au cercle S ⊂ C, via l'application R → S , x 7→ e qui passe au quotient en une
1
bijection R/Z → S . J
Si X est un espace topologique, le quotient X/G hérite de la topologie quotient. On dit que
5
l'action est continue si elle est donnée par un morphisme de groupe entre G et Homeo(X).
Proposition 2.39. Si un groupe G agit de manière continue sur un espace topologique X ,
alors la projection canonique p : X → X/G est une application ouverte, autrement dit, pour
tout ouvert U de X , p(U ) est un ouvert de X/G.
[
p−1 (p(U )) = g·U
g∈G
Actions propres. On suppose que X est un espace topologique localement compact (ce qui
signie que tout point admet un voisinage compact). On dit que l'action de G sur X (que
l'on suppose localement compact) est propre si pour tous compactsK , K 0 de X , l'ensemble
{g ∈ G | (g · K) ∩ K 0 6= ∅} est ni.
Exemples 2.40. (a) L'action de Zn sur Rn par translation donnée par k ·x = x+k est propre.
n 0
(b) L'action de Z sur R donnée par n · x = 2 x n'est pas propre. En eet, si K est un voisinage
compact de 0 et K compact non vide quelconque, alors pour n proche de −∞, l'intersection
(n · K) ∩ K 0 est non-vide.
(c) L'action de Z/2 sur Sn donnée par 0 · x = x et 1 · x = −x (on l'appelle l'action par
antipodie) est évidemment propre puisque Z/2 est ni.
J
Lemme 2.41. Soit G un groupe agissant continuement sur un espace X supposé séparé et
localement compact. Si l'action de G est propre, alors le quotient X/G est séparé.
∀g, g 0 ∈ G, (g · U ) ∩ (g 0 · V ) = ∅,
5. En général, G est considéré comme un groupe topologique c'est à dire un groupe muni d'une topologie
pour laquelle la loi interne et le passage à l'inverse sont des opérations continues. Une action d'un groupe
topologique est dite continue si l'application G × X → X , g · x 7→ x est continue. Dans ce cours, nous nous
plaçons implicitement dans le cas où G est muni de la topologie discrète. La continuité de l'action revient alors
à dire que l'on a un morphisme G → Homeo(X).
32
ce qui est équivalent à
∀g ∈ G, (g · U ) ∩ V = ∅. (2.4)
Le fait que X est localement compact implique que x et y admettent des voisinages compacts
0 0
K et K respectivement. L'action de G étant propre, l'ensemble H = {g ∈ G | (g · K) ∩ K 6= ∅}
est ni.
L'hypothèse p(x) 6= p(y) signie que les orbites de x et y sont disjointes. En particulier, pour
tout g ∈ H , g · x 6= y , et comme X est séparé, il existe des ouverts Ug , Vg tels que
g · x ∈ Ug , y ∈ Vg et Ug ∩ Vg = ∅.
On pose
\ \
U =K∩ g −1 · Ug et V = K0 ∩ Vg .
g∈H g∈H
Par construction, U et V x ∈ U ⊂ K et y ∈ V ⊂ K 0 .
sont des ouverts (H est ni) vériant
De plus, U et V vérient la condition (2.4). En eet, si g ∈ H alors, g · U ⊂ Ug donc g · U ne
0
rencontre pas V . Si g ∈ G \ H , alors g · U ⊂ g · K ne rencontre pas V ⊂ K par dénition de H .
Les ouverts p(U ) et p(V ) vérient donc p(x) ∈ p(U ), p(y) ∈ p(V ) et p(U ) ∩ p(V ) = ∅. Nous
avons bien montré que le quotient X/G est séparé.
Actions libres et propres Une action d'un groupe G sur un ensemble X est dite libre si
pour tout g 6= 1G , l'application x 7→ g · x n'a pas de point xe.
Si l'action est libre, alors pour tout élément x ∈ X,
G → Ox , g → 7 g · x est
l'application
une bijection. En eet, cette application est toujours surjective par dénition de Ox . Elle est
0 −1 0
injective dans le cas d'une action libre car si g · x = g · x, alors (g g ) · x = x donc g −1 g 0 = 1G .
Exemples 2.42. (a) L'action de Zn sur Rn par translation est libre.
n
(b) L'action de Z/2 sur R par antipodie n'est pas libre, mais l'action de Z/2 sur Sn est libre.
J
Le résultat sur les actions de groupes qui nous sera utile dans ce cours est le suivant.
Théorème 2.43 (Quotient par une action libre et propre). Soit G un groupe agissant librement
et proprement sur un espace topologique X séparé et localement compact. Alors,
(i) Pour tout x ∈ X, il existe un voisinage ouvert V de x tel que g·V ∩V = ∅ pour tout
g 6= 1G (en particulier, chaque orbite est une partie discrète),
Démonstration . Nous avons déjà prouvé le point (ii) qui ne requiert pas que l'action soit
libre. Démontrons le point (i).
Soitx ∈ X et K un voisinage compact de x. Comme l'action est propre, l'ensemble H =
{g ∈ G | g · K ∩ K 6= ∅} est ni.
Soit g ∈ H \ {1G }. Comme l'action est libre, g · x 6= x et, X étant séparé, il existe des ouverts
Ug et Vg de X tels que
g · x ⊂ Ug , x ∈ Vg et Ug ∩ Vg = ∅.
33
Posons \
g −1 (Ug ) ∩ Vg .
V =K∩
g∈H\{1G }
Fin de la parenthèse.
V \K V 0 \ K0
K K0
M0
M
ψ ψ0
x
χ : C → C, x 7→ .
kxk2
ρ = ψ 0 ◦ χ ◦ ψ : (V \ K) → (V 0 \ K 0 ).
34
La somme connexe de deux variétés est la variété dont l'espace topologique sous-jacent est
donné par le recollement deM \ K et M 0 \ K 0 , selon V \ K et V 0 \ K 0 , au moyen de ρ.
M #M 0 = (M \ K) ∪ρ (M 0 \ K 0 ) .
Pour se représenter cette opération, il est utile de remarquer que C est diéomorphe à un
cylindre. D'où le dessin suivant.
V \K
V 0 \ K0
M0
M
Recollement
M #M 0
Il est possible de montrer que des choix diérents d'applications ψ, ψ 0 mènent à des variétés
diéomorphes. Autrement dit, à diéomorphisme près, la somme connexe de deux variétés est
dénie indépendamment de tout choix.
35
Donc, (p(U ), φ ◦ p|−1
U ) est une carte de M/G. De plus, les domaines de toutes ces cartes
recouvrent tout le quotient. Pour obtenir un atlas, il nous reste à vérier la compatibilité de
toutes ces cartes.
Soient donc (p(U ), φ ◦ p|−1
U ) et (p(V ), ψ ◦ p|−1
V ) deux telles cartes. Alors le changement de
carte correspondant s'écrit :
φ ◦ p|−1 −1 −1
U ◦ (ψ ◦ p|V ) = φ ◦ p|−1 −1
U ◦ p|V ◦ ψ .
Nous avons déjà vu que les cartes d'une variétés sont lisses. Il nous sut donc de vérier que
−1
l'application p|U ◦ p|V est lisse.
−1
Nous allons montrer que p|U ◦ p|V est lisse au voisinage de tout point. Soit y ∈ V un point
−1 −1
du domaine de dénition de p|U ◦ p|V . Le point x = p|U ◦ p|V (y) ∈ U est dans la même orbite
que y, donc il existe g∈G tel que g · x = y. Remarquons que l'on a
pour tout z∈V tel que g · z ∈ U , c'est-à-dire pour tout z dans V ∩ g −1 (U ), qui est un voisinage
de y. Nous avons donc,
p|−1
U ◦ p|V (z) = g · z
φ ◦ p|−1
U ◦p◦φ
−1
Proposition 2.45. On suppose que les hypothèses du theorème 2.44 sont vériées. Alors, pour
toute variété Y et f : M/G → Y , l'application f est lisse si et seulement si f ◦p est lisse.
M /
f ◦p <Y
p
f
M/G
Exemple 2.46. L'action de Z sur R (ou plus généralement de Zn sur Rn ) par translation vérie
les hypothèses du théorème 2.44.
1
L'application f : R → S , t 7→ (cos(2πt), sin(2πt)) est lisse, donc par la proposition précé-
dente, l'application induite ˆ
f : R/Z → S1 est lisse.
36
Comme f0 ne s'annule pas, l'application f est une immersion. on sait par ailleurs qu'elle
eectue un homéomorphisme sur son image. C'est donc localement un plongement et donc
un localement diéomorphisme sur son image. Comme la projection R → R/Z est un dif-
féomorphisme local (d'après le théorème 2.44), nous déduisons du paragraphe précédent que
l'application fˆ est aussi un diéomorphisme local. Comme par ailleurs, nous savons que fˆ est
une bijection, on en déduit que fˆ et son inverse sont lisses. Autrement dit, fˆ est un diéomor-
phisme. J
De même, l'application Rn → S1 × . . . S1 ,
(t1 , . . . , tn ) 7→ (cos(2πt1 ), sin(2πt1 ), . . . , cos(2πtn ), sin(2πtn ))
passe au quotient en une application Rn /Zn → S1 × · · · × S1 . Le même argument que dans le
paragraphe précédent donne la proposition suivante.
Proposition 2.47 (Tores comme quotients) . Le quotient Rn /Zn est diéomorphe au tore de
dimension n, S1 × · · · × S 1
.
0 1
Soit X un espace topologique, R une relation d'équivalence sur X, F un compact de X tel que
toute classe de X rencontre F. On dénit RF la relation sur F telle que
0 0 0
∀x, x ∈ F, xRF x ⇐⇒ xRx .
Autrement dit, RF est la restriction de R à F. Alors, F/RF est homéomorphe à X/R.
2 2
On en déduit que R /Z s'identie (est homéomorphe) au quotient du carré [0, 1] × [0, 1] par
la relation d'équivalence :
x = 0, x0 = 1, y = y 0 ,
x0 = 0, x = 1, y = y 0 ,
ou
(x, y) ∼ (x0 , y 0 ) ⇐⇒
ou y = 0, y 0 = 1, x = x0 ,
y 0 = 0, y = 1, x = x0 .
ou
7. Pour les gens de ma génération, R2 /Z2 rappelle l'espace dans lequel se promène le serpent du jeu Snake
que l'on trouvait sur certains des premiers téléphones portables !
37
Autrement dit, on identie les bords opposés du carré, comme représenté ci-dessous.
L'homéomorphisme avec un tore de révolution peut être visualisé grâce au dessin suivant.
J
Exemple 2.49. La bouteille de Klein
2 2
On considère l'action de Z sur R donnée par (n, k) · (x, y) = ((−1)k x + n, y + k), pour
n, k ∈ Z, x, y ∈ R. Le théorème 2.44 s'applique encore une fois et la variété quotient ainsi
obtenue s'appelle la bouteille de Klein. On peut la visualiser comme suit :
38
Comme on peut le voir, l'image ci-dessus ne représente pas une surface plongée dans R3 (elle
est seulement immergée). On verra qu'il n'est pas possible de plonger la bouteille de Klein dans
R3 . En revanche, il est possible de la plonger dans R4 (voir TD). J
Les deux exemples qui précèdent ont une propriété commune, celle de ne pas être des variétés
orientables. Nous en verrons la dénition au chapitre 5.
Dénition 2.50 (Espace projectif ) . L'espace projectif de V, noté P(V ), est l'ensemble des
droites vectorielles de V. Autrement dit, P(V ) est le quotient de V \ {0} par la relation d'équi-
valence ∼ donnée par
v ∼ v 0 ⇐⇒ ∃t ∈ K, v = tv 0 .
Dans le cas où V = Rn+1 , on note P(Rn+1 ) = Pn (R).
iλ : x 7→ [x]
H1 → P(V ).
39
x
H1
H0 [x] = iλ (x)
Une droite ∆ ∈ P(V ) intersecte H1 si et seulement si elle n'est pas incluse dans H0 , et bien
sûr l'intersection est réduite à un point. On en déduit que iλ est une bijection entre H1 et
P(V ) \ P(H0 ).
Vérions que iλ : H1 → P(V ) \ P(H0 ) est un homéomorphisme. Cela montrera que i−1 λ est
une carte à valeur dans H1 . Tout d'abord, iλ est continue car c'est la restriction de la projection
−1
canonique p : V → P(V ) qui est continue. Pour montrer que iλ est continue, on sait (propriété
−1 −1
2.35 (ii)) qu'il sut de montrer que iλ ◦ p est continue. Or, iλ ◦ p est donnée par
1
i−1
λ ◦ p : V \ H0 → H1 , x 7→ x,
λ(x)
Dénition 2.51 (Carte ane). Les cartes (P(V ) \ P(ker λ), i−1
λ ) sont appelées cartes anes de
P(V ).
i−1 0 0
λ ◦ iλ0 : H1 \ H0 → H1 \ H0
1
x 7→ x,
λ(x)
40
x
H0
0
H1
H10 H00
i−1 0
λ ◦ iλ (x)
Ceci montre que les cartes anes sont compatibles entre elles. Elles forment donc un atlas
et donnent à P(V ) une structure de variété diérentiable de dimension dim(V ) − 1.
On laisse au lecteur le soin de vérier la proposition (très utile) suivante.
ϕ−1 ˆ
i : (t0 , . . . , ti , . . . , tn ) 7→ [t0 : . . . : ti−1 : 1 : ti+1 : . . . tn ].
8. L'écriture (t0 , . . . , tˆi , . . . , tn ) signie que ti a été retiré de la liste. Elle est équivalente à l'écriture
(t0 , . . . , ti−1 , ti+1 , . . . , tn ).
41
Les cartes anes standard forment donc un atlas à n+1 cartes. Les changements de cartes
s'écrivent :
ϕj ◦ ϕ−1 ˆ
i : {(t0 , . . . , ti , . . . , tn ) | tj 6= 0} → {(u0 , . . . , u ˆj , . . . , un ) | ui 6= 0}
t0 ti−1 1 ti+1 tj−1 tj+1 tn
(t0 , . . . , ti−1 , ti+1 , . . . , tj−1 , tj , tj+1 , . . . , tn ) 7→ ,..., , , ,..., , ,..., .
tj tj tj tj tj tj tj
U = {[1 : y] | y ∈ R}, ϕU : U → R, [1 : y] 7→ y,
V = {[x : 1] | x ∈ R}, ϕV : V → R, [x : 1] 7→ x,
Le changement de carte s'écrit tout simplement
1
ϕV ◦ ϕ−1
U (y) = , ∀y ∈ R∗ .
y
Exercice 9. Montrer que l'application R → P1 (R), t 7→ [cos πt : sin πt] induit un diéomor-
phisme R/Z → P1 (R).
Théorème 2.56 (Whitney, 1936 puis 1944) . Soit n > 0. Toute variété de dimension n peut
être plongée dans R2n
L'exposant 2n est optimal. Par exemple, on sait que Pn (R) ne peut pas être plongé R2n−1 .
Ce théorème admet le corollaire suivant :
Le théorème de Whitney peut laisser penser qu'il est inutile de s'intéresser aux variétés
abstraites et que l'on peut se contenter d'étudier les sous-variétés. C'est une erreur : le point de
vue des variétés abstraites est souvent beaucoup plus pratique, et c'est notamment le cas des
n n
variétés quotients comme T ou P (R).
42
Lemme 2.58. Soit K un compact inclus dans un ouvert U d'une variété M. Alors, il existe
une fonction f : M → [0, 1] lisse et à support compact telle que
∀x ∈ K, f (x) = 1 et Suppf ⊂ U.
− 1
( Z t
e R2 −t2 si |t| < R 1
a(t) = , A(t) = R +∞ a(s) ds.
0 si |t| > R −∞
a(s) ds −∞
On note également
R−r r(R − r)
B(t) = 1 − A t− −R
2R 2R
et enn, pour tout x ∈ Rn , fr,R (x) = B(kxk).
La fonction fr,R ainsi construite est lisse, elle vaut 1 sur B(0, r)
B(0, R). et son support est
Nous allons fabriquer la fonction f fr,R .
du lemme à l'aide de telles fonctions
Pour tout point x, on choisit une carte φx en x, Rx > 0 tel que B(0, 3Rx ) est incluse dans
−1 −1
l'image de φ, et l'on pose Vx = φ (B(0, Rx )), Wx = φ (B(0, 3Rx )). Quitte à réduire Rx , on
peut supposer que Wx ⊂ U . Par compacité, on sait que l'on peut extraire du recouvrement
(Vx )x∈K de K un sous-recouvrement ni Vx1 , . . . , Vxk .
Pour chaque i ∈ {1, . . . , k}, la fonction fi = fRx ,2Rx ◦ φxi est une fonction qui vaut 1 sur
i i
Vxi et est à support compact inclus dans Wxi . On peut étendre fi en une fonction lisse sur M
en posant fi = 0 dans le complémentaire de Wxi .
On pose enn
k
Y
f = 1 − (1 − fi ).
i=1
La fonction f est lisse, elle vaut 1 sur la réunion des Vxi donc sur K, et son support est inclus
dans la réunion des W xi donc dans U. Cela termine la démonstration du lemme.
Démonstration du théorème 2.55. Comme M est compacte, on peut, comme dans la démons-
tration précédente, trouver un atlas ni ((Ui , φi ))i=1,...,` de M , des ouverts V1 , . . . , V` vériant
∀i, Vi ⊂ Ui et V1 ∪ · · · ∪ V` = M,
Pour chaque i, l'application fi φi : Ui → Rn (il s'agit ici d'une multiplication et non d'une
n
composition) est à support dans Ui donc s'étend par 0 en une application lisse M → R que
nous noterons encore fi φi . On pose
F = (f1 φ1 , . . . , f` φ` , f1 , . . . f` ) : M → Rn`+` .
43
Cette application est bien sûr lisse. C'est de plus une immersion car tout point de M appartient
à l'un des Vi et qu'au voisinage d'un tel point, l'application fi φi = φi est une immersion.
L'application f est de plus injective. En eet, si l'on suppose F (p) = F (q), alors en particulier,
fi (p) = fi (q) pour tout i = 1, . . . , `. Soit i un indice pour lequel p ∈ Vi . Alors, fi (q) = fi (p) = 1,
ce qui implique en particulier que q ∈ Suppfi ⊂ Ui . Comme par ailleurs fi (q)φi (q) = fi (p)φi (p)
(car F (p) = F (q)), on en déduit aussi que φi (p) = φi (q). L'injectivité de φi implique alors que
p = q.
Enn, comme M est compacte, F est automatiquement propre. Concluons : F est une
immersion injective propre, c'est donc un plongement.
Nous allons maintenant exploiter les résultats qui précèdent pour mettre en place un outil
très utile, les partitions de l'unité.
Dénition 2.59 (Partitions de l'unité). Soit (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de M . Une par-
tition de l'unité subordonnée à (Ui )i∈I est une famille de fonctions lisses ρi : M → [0, 1], i ∈ I
telles que pour tout i ∈ I , ρi est supportée dans Ui ,
X
∀x ∈ M, ρi (x) = 1
i∈I
et telles que la famille de leurs supports Supp ρi soit localement nie, c'est-à-dire :
Théorème 2.60 (Existence de partitions de l'unité). Tout recouvrement ouvert d'une variété
diérentiable admet une partition de l'unité qui lui est subordonnée.
Démonstration dans le cas d'un recouvrement ni sur une variété compacte. Notons M =
U1 , . . . , U` la variété considérée et son recouvrement ni. Comme dans la démonstration du
theorème 2.55, on choisit des ouverts V1 , . . . , V ` vériant
∀i, Vi ⊂ Ui et V1 ∪ · · · ∪ V` = M,
Remarque 2.61. Cela n'est pas apparu clairement car nous n'avons fait les démonstrations
des théorèmes 2.56 et 2.60 que dans le cas de variétés compactes, mais ces deux théorèmes
requièrent la condition à base dénombrable que nous avons incluse dans la dénition des
variétés. J
44
Chapitre 3
Le bré tangent
Notons que deux chemins de Cx (Rn ) sont équivalents en ce sens si et seulement s'ils ont
même dérivée en 0.
Dénition 3.1 (Espace tangent et application tangente) . L' espace tangent à M en x est
l'ensemble quotient
Tx M = Cx (M )/ ∼ .
Si f : M → N est une application lisse entre variétés, alors l'application Cx (M ) → Cf (x) (N ),
c 7→ f ◦ c induit par passage au quotient une application Tx M → Tx N appelée application
tangente à f en x, ou diérentielle de f en x. On la notera dfx .
On notera c0 (0) la classe d'un chemin c pour la relation ∼. Cependant, an d'éviter des
confusions, nous la noterons [c] le temps de cette partie.
Remarque 3.2.
Proposition 3.3. Si M est une sous-variété de Rn , alors Tx M ainsi déni s'identie naturel-
lement à l'espace tangent à M introduit dans la dénition 1.20.
45
var
Démonstration . Pour diérentier les deux espaces tangents en jeu, on note Tx M l'espace
ss−var
tangent de la dénition 3.1 et Tx M l'espace tangent de la dénition 1.20. L'identication
0 ss−var
est donnée par l'application I : c 7→ c (0), Cx M → Tx M qui est surjective par dénition
ss−var
de Tx M .
Soient c1 , c2 ∈ Cx (M ). Alors c1 ∼ c2 si et seulement si pour toute carte de M de la forme
(U ∩ M, h|U ∩M ) avec h forme normale de M , on a dhx (c01 (0)) = dhx (c02 (0)), ce qui équivaut à
c01 (0) = c02 (0). On en déduit que I passe au quotient en une application bijective Iˆ : Tx M var →
Tx M ss−var .
On voit dans la démonstration précédente que dans le cas des sous-variétés, il est naturel
0
d'identier [c] à c (0). Voici le résultat fondamental de cette partie.
Proposition 3.4. L'espace tangent Tx M admet une unique structure d'espace vectoriel telle
n
que pour toute carte φ en x, l'application dφx : Tx M → R est linéaire, autrement dit :
Démonstration . Fixons une carte φ en x. Commençons par vérier que l'application dφx :
Tx M → Rn est une bijection.
Pour l'injectivité, si dφx (u1 ) = dφx (u2 ) pour deux éléments u1 , u2 ∈ Tx M , alors pour tous
représentants c1 , c2 ∈ Cx (M ) de u1 et u2 , on a (φ ◦ c1 )0 (0) = (φ ◦ c2 )0 (0), ce qui signie par
n
dénition que c1 ∼ c2 et donc u1 = u2 . Passons à la surjectivité. Soit v ∈ R . Alors, le chemin
c : t 7→ φ−1 (tv) appartient à Cx (M ) et vérie
def
dφx ([c]) = [φ ◦ c] = (φ ◦ c)0 (0) = (t 7→ tv)0 (0) = v.
∀u, v ∈ Tx M, u + v = dφ−1
x (dφx (u) + dφx (v)),
−1
∀u ∈ Tx M, ∀λ ∈ R, λu = dφx (λ dφx (u)).
Réciproquement, on peut vérier sans diculté que ces lois sont bien celles d'un espace vectoriel.
Par exemple, pour l'associativité de l'addition :
(u + v) + w = dφ−1 −1
x (dφx (dφx (dφx (u) + dφx (v))) + dφx (w)),
= dφ−1
x (dφx (u) + dφx (v) + dφx (w))
= u + (v + w).
Nous avons donc déni une structure d'espace vectoriel sur Tx M telle que dφx : Tx M → Rn
soit un isomorphisme.
−1
Pour toute autre carte ψ en x, la diérentielle du changement de carte, d(ψ ◦ φ )0 =
dψx ◦(dφx )−1 est un isomorphisme linéaire Rn → Rn , on en déduit par la formule de composition
n
(3.1) que dψx est également un isomorphisme linéaire entre Tx M et R .
46
La formule de composition (3.1) montre également que si f : M → N, alors dfx est linéaire
car on sait que l'application
où χ est une carte de N en f (x), est linéaire Rn → Rn (c'est la diérentielle de f lue dans les
cartes).
Exercice 10. Vérier que la diérentielle d'une application constante est nulle.
Pour terminer cette partie, on laisse au lecteur le soin de vérier les énoncés suivants :
Tf (x) f (M ) = Im dfx .
II Fibrés vectoriels
Dans cette partie, nous introduisons la notion de bré vectoriel. C'est une notion très im-
portante en topologie. Nous ne ferons que l'eeurer. En particulier, nous n'aborderons pas du
tout les problèmes de classications des brés. Notre principale motivation pour cette partie
est d'être en mesure de dénir le bré tangent à une variété ainsi que, plus tard, les brés de
formes alternées.
On xe un entier k > 0.
Dénition 3.8 (Fibré vectoriel). Un bré vectoriel (réel) de rang k est la donnée :
(b) pour tout b ∈ B, d'une structure d'espace vectoriel sur p−1 (b),
47
de sorte que tout point b∈B admette un voisinage ouvert U ⊂B et une application
Φ : p−1 (U ) → U × Rk
tels que
p−1 (U )
Φ / U × Rk
p pr1 :(u,ξ)7→u
# {
U
0
(ii) pour tout b ∈ U, la restriction de Φ à p−1 (b0 ) est un isomorphisme linéaire entre p−1 (b0 )
0 n
et {b } × R .
E
Eb = p−1 (b)
b
B
Vocabulaire.
B est appelée base du bré vectoriel,
E est appelé espace total du bré,
p est appelée projection su bré,
Eb = p−1 (b) est appelée bre au dessus de b
Φ est appelée trivialisation au dessus de U . S'il existe une trivialisation au dessus de B
tout entier, on dit que le bré est trivialisable.
Si n = 1, on parle de bré en droite.
48
Par abus de langage, on désigne parfois le bré seulement par E ou par p. Les structures
d'espaces vectoriels sur les bres sont presque toujours sous-entendues.
Un point ξ ∈ E tel que p(ξ) = b est parfois noté (b, ξ), pour garder en mémoire que
p(ξ) = b.
Exemples 3.9. (i) Le bré trivial de rang k au dessus de B est donnée par
p : B × Rk → B, (b, ξ) 7→ b.
Ses bres sont les Eb = {b} × Rk . L'identité est une trivialisation au dessus de B . Le bré
trivial est donc trivialisable !
T M = {(x, ξ) | x ∈ M, ξ ∈ Tx M }
est une sous-variété de R2n de dimension 2k . En eet, si M est localement donnée par une
équation {f (x) = 0}, alors TM est localement donné par l'équation
Pour commencer, pour tout x ∈ M , p−1 (x) = {x} × Tx M ' Tx M est naturellement munie
n
d'une structure d'espace vectoriel, comme sous-espace de R . Construisons les triviali-
n
sations. Soit h : U → R une forme normale locale de M , vériant donc h(U ∩ M ) =
h(U ) ∩ (Rk × {0}). On pose
Alors Φ|p−1 (x) : p−1 (x) → {x} × Rk est un isomorphisme linéaire elle s'identie à l'appli-
cation dhx |Tx M qui en est un. Le diagramme
p−1 (U )
Φ /U × Rk
p pr1 :(x,ξ)7→x
# {
U
est évidemment commutatif, et il est facile de vérier que Φ est un diéomorphisme.
Nous avons vérié que Φ ainsi construite est une trivialisation au-dessus de U . Comme de
telles applications peuvent être construites au voisinage de tout point, on en déduit que
p : TM → M est un bré vectoriel.
n
(iii) Voyons à présent le très bel exemple du bré tautologique P (R). Rappelons que les points
n n+1
de P (R) sont par dénition les droites de R . On pose
Alors
p : En → Pn (R), (X, ξ) 7→ X
admet la structure d'un bré en droite. On l'appelle le bré tautologique.
49
Pour le démontrer, utilisons les cartes anes standard de (Ui , ϕi ) de Pn (R). Des triviali-
sations au-dessus de voisinages de tous points sont données par les
Pour montrer qu'il s'agit d'un diéomorphisme, il sut de voir que la réciproque est
donnée par (X, t) 7→ (X, tϕi (X)).
On verra que ce bré n'est pas trivialisable. On verra aussi que E1 est diéomorphe à un
ruban de Moebius (peut-être en TD).
J
Dénition 3.10 (Morphisme de brés). Un morphisme entre deux brés vectoriels p:E→B
et p0 : E 0 → B de même base B f : E → E 0 telle que :
est une application lisse
f
E / E0
p p0
~
B
(ii) pour tout b ∈ B, la restriction de f à Eb est une application linéaire entre Eb et Eb0 .
Remarque 3.11.
(b) Une trivialisation est un isomorphisme de bré entre p : p−1 (U ) → U et le bré trivial
au-dessus de U.
k
(c) Un morphisme entre deux brés triviaux B × R et B × Rn est de la forme (b, ξ) 7→
(b, g(b)(ξ)), où g : B → L(Rk , Rn ). Un isomorphisme entre B × Rn et B × Rn est de la
forme ci-dessus avec g : B → GLn (R).
Par conséquent, les changements de trivialisations sont des applications de la forme
Φi ◦ Φ−1 k
j :(Ui ∩ Uj ) × R → (Ui ∩ Uj ) × R
k
On peut montrer qu'un bré est caractérisé par ses fonctions de transition, ce qui est très
utile lorsque l'on cherche à classer les brés à isomorphisme près.
La section nulle s0 est bien une application lisse car pour toute trivialisation Φ : p−1 (U ) →
U × Rn , on a Φ ◦ s0 (x) = (x, 0) pour tout x ∈ U .
50
Exemples 3.13. (i) Si E = B × Rn → B est un bré trivial, alors les sections sont les
n n
applications de la forme B 7→ B × R , x 7→ (x, f (x)), où f : M → R est lisse.
Remarque 3.14. L'ensemble des sections Γ(E, B) d'un bré est un module sur l'anneau
C ∞ (B). Autrement dit, on peut additionner deux sections et l'on peut multiplier une sec-
tion par une fonction. Ces opérations se font point par point, autrement dit, la somme de deux
0
sections s, s est dénie pour chaque b ∈ B , par
en utilisant la structure d'espace vectoriel de Eb . De même, le produit d'une section s par une
fonction f est déni pour chaque b∈B par
La proposition qui précède est particulièrement utile dans le cas des brés en droites. On se
convainc ainsi que :
Exemples 3.17. (i) Le bré tangent à S1 est trivialisable. Le bré tangent de Tn aussi.
n
(ii) Le bré tautologique de P (R) n'est pas trivial.
J
2
On verra dans la suite du cours/TD que le bré tangent à S n'est pas trivialisable mais que
3
le bré tangent à S l'est. On sait que les seules sphères dont le bré tangent est trivialisable
1 3 7
sont les sphères S , S et S , mais ce résultat n'est absolument pas trivial.
51
III Les brés tangent et cotangent
Le but de cette partie est de montrer que la réunion de tous les espaces tangents à une variété
admet une structure de bré vectoriel, appelée bré tangent. De même, nous verrons que la
réunion des duaux des espaces tangents admet aussi une structure de bré vectoriel, appelée
bré cotangent.
Nous allons commencer par énoncer un lemme technique qui nous sera utile dans les deux
situations mentionnées ci-dessus.
Soit p:E→B une application où E est un ensemble et B une variété. Soit k un entier. On
suppose que :
(a) pour tout b ∈ B , Eb = p−1 (b) porte une structure d'espace vectoriel,
(b) il existe un recouvrement de B par des ouverts (Ui )i∈I et une famille d'applications (Φi )i∈I
−1 k
avec pour tout i ∈ I , Φi : p (Ui ) → Ui × R telles que :
k
pour tout i ∈ I et tout b ∈ Ui , Φi |Eb est un isomorphisme linéaire entre Eb et {b} × R ,
−1 k k
pour tout i, j ∈ I , Φi ◦ Φj : (Ui ∩ Uj ) × R → (Ui ∩ Uj ) × R est un diéomorphisme.
On sait que si p : E → B est un bré vectoriel, alors ces conditions sont remplies. Récipro-
quement :
Lemme 3.18. Sous les hypothèses (a) et (b) ci-dessus, E admet une unique structure de variété
telle que pour tout i, p−1 (Ui ) est un ouvert de E et Φi est un diéomorphisme. Pour cette
structure, p : E → B est un bré vectoriel.
Démonstration (idée). On commence par montrer que les parties O de E , telles que Φi (O ∩
p−1 (Ui )) est un ouvert de Ui × Rk pour tout i ∈ I , forment une topologie sur E , séparée et à
base dénombrable.
Pour tout i∈I et toute carte (V, ψ) de B, avec V incluse dans l'un des Ui , on considère
l'application
Ψ : p−1 (V ) → ψ(V ) × Rk , (x, ξ) 7→ (ψ × Id) ◦ Φi (x, ξ).
−1
On montre que les Ψ ainsi construits forment un atlas de E, qui devient donc une variété
diérentiable. Il ne reste alors qu'à vérier que p:E→B est un bré.
T M = {(x, v) | x ∈ M, v ∈ Tx M }.
On note π : T M → M , (x, v) 7→ x la projection canonique.
Les conditions (a) et (b) du lemme précédent sont satisfaites par π : T M → M . En eet,
−1
comme famille (Φi ), on peut prendre les applications π (U ) → U × Rn , (x, v) 7→ (x, dφx (v))
où (U, φ) est une carte de M. On en déduit :
Proposition 3.19. L'espace T M admet une unique structure de variété telle que pour toute
carte (U, φ) de M ,
−1
(a) π (U ) est un ouvert de T M ,
−1 n
(b) l'application π (U ) → U × R , (x, v) 7→ (x, dφx (v)) est un diéomorphisme.
Avec cette structure de variété, π : T M → M est un bré vectoriel appelé bré tangent à M .
52
Le bré cotangent. On note Tx∗ M l'espace dual de Tx M , constitué des formes linéaires sur
Tx M . On considère cette fois l'ensemble
T ∗ M = {(x, p) | x ∈ M, p ∈ Tx M },
Proposition 3.20. L'espace T ∗M admet une unique structure de variété telle que pour tout
carte (U, φ) de M,
−1
(a) π (U ) est un ouvert de T ∗M ,
(b) l'application π −1 (U ) → U × (Rn )∗ , (x, p) 7→ (x, p · dφ−1
x ) est un diéomorphisme.
Avec cette structure de variété, π : T ∗M → M est un bré vectoriel appelé bré cotangent à
M.
Crochet de dualité. ∗
En général, si l'on se donne un K-espace vectoriel E et son dual E ,
∗
on appelle crochet de dualité l'application E × E → K, (`, v) 7→ h`, vi := `(v). En utilisant
ce crochet dans chacun des espaces tangent, on obtient un crochet de dualité entre formes
∗
diérentielles de degré 1 et champs de vecteurs. Soit η ∈ Γ(M, T M ) une forme diérentielle
de degré 1 sur M et X ∈ Γ(M, T M ) un champ de vecteur sur M, alors leur crochet de dualité
est la fonction :
hη, Xi : M → X, x 7→ hη(x), X(x)i.
−1
C'est une fonction lisse. En eet, pour toute carte (U, φ) de M , on sait que η ◦ dφ :U →
n ∗ n n ∗ n
(R ) et dφ(X) : U → R sont lisses. Comme le crochet (R ) × R → R est lisse, on déduit de
la formule
hη(x), X(x)i = hη ◦ (dφx )−1 , dφx (X(x))i
la lissité de hη, Xi.
(x, d(f ◦ φ−1 )φ(x) ) est lisse U → U × (Rn )∗ . Ceci montre la lissité de df au voisinage de tout
point.
53
Transport de champs de vecteurs et de formes diérentielles de degré 1 Soit φ:
M →N un diéomorphisme, alors pour tout champ de vecteur X sur M , la formule
dénit un champ de vecteur sur N. On dit que φ∗ X est le poussé en avant de X par φ.
Soit φ:M →N une application lisse (non nécessairement un diéomorphisme), alors pour
toute forme diérentielle de degré 1, η, sur N, la formule
dénit une forme diérentielle de degré 1 sur M. On dit que φ∗ η est la forme tirée en arrière
de η par φ.
La proposition suivante donne un point de vue algébrique sur les champs de vecteurs : on
peut les identier à des dérivations sur l'algèbre des fonctions lisses de notre variété.
Remarque 3.24.
(a) Si δ est une dérivation, alors δ s'annule sur les fonctions constantes. En eet, pour la
fonction constante égale à 1, on a δ(1) = δ(12 ) = 1 · δ(1) + 1 · δ(1) = 2δ(1) par la formule
de Leibniz, d'où δ(1) = 0, et par linéarité, δ s'annule sur toutes les fonctions constantes.
(b) On peut également transporter les dérivations. En eet, si φ:M →N est un diéomor-
∞
phisme, et δ une dérivation sur C (M ), alors la formule
54
Pour montrer que c'est une injection, supposons que X · f = 0 pour tout f . On veut montrer
que X = 0. Dans le cas contraire, il existerait x tel que X(x) 6= 0. Alors on pourrait trouver
une fonction f dfx (X(x)) 6= 0, ce qui contredirait l'hypothèse. Pour construire une
telle que
n
telle fonction, on utilise une carte φ en x. Soit ` une forme linéaire sur R qui ne s'annule pas
n
sur dφx (X(x)) et soit g une fonction sur R qui vaut 1 au voisinage de 0 et à support compact
inclus dans l'ouvert image de φ. Alors f = (g`) ◦ φ est une fonction dénie sur le domaine de φ
dont la diérentielle en x est X(x). Comme elle est à support compact, on peut l'étendre par
0 en une fonction sur M .
Montrons maintenant que c'est une surjection. Pour cela, commençons par le montrer dans
le cas où M = B est une boule de Rn . Soit δ une dérivation de C ∞ (B). Pour toute fonction
∞
f ∈ C (B), tous x, y ∈ B , on a
Z 1 n Z 1
d X ∂f
f (x) − f (y) = f (t(x − y) + y) dt = (xi − yi ) (t(x − y) + y) dt,
0 dt i=1 0 ∂xi
R1 ∂f ∂f
donc en posant hiy (x) = 0 ∂xi
(t(x − y) + y) dt, on a d'une part hiy (y) = ∂xi
(y), et d'autre part :
n
X
f (x) = f (y) + (xi − yi )hiy (x).
i=1
n
X
(xi − yi )δ(hiy )(x) + δ(e∗i )(x)hiy (x) ,
δ(f )(x) =
i=1
n
X ∂f
δ(f )(y) = gi (y) (y).
i=1
∂xi
Lemme 3.26. Soient δ une dérivation, et f, g deux fonctions lisses sur M. Si f coïncide avec
g au voisinage d'un point x, alors δ(f )(x) = δ(g)(x).
Démonstration . Soit ρ une fonction qui vaut 1 au voisinage de x et est à support dans
l'ensemble des points où f égale g . Alors ρf = ρg , donc δ(ρf ) = δ(ρg) et par l'identité de
Leibniz,
ρδ(f ) + f δ(ρ) = ρ δ(g) + g δ(ρ).
En évaluant en x, on obtient
55
Soit δ une dérivation de C ∞ (M ) et U un ouvert. Grâce au lemme, on peut dénir δU :
C (U ) → C ∞ (U ) par la formule δU (f )(x) = δ(g)(x) pour toute fonction g ∈ C ∞ (M ) qui
∞
∞
coïncide avec f au voisinage de x. On peut vérier que δU dénit une dérivation sur C (U ). Il
est clair que si V ⊂ U , alors (δU )V = δV .
n
Soit (Ui , φi ) un atlas de cartes tel que φi (Ui ) = B (une boule xée de R ) pour tout i. Alors
on a vu que la dérivation (φi )∗ δUi vient d'un champ de vecteurs Yi sur B . Par conséquent, δUi
−1
vient du champ du vecteur Xi = (φi )∗ Yi . L'injectivité montrée plus haut implique que sur
Ui ∩ Uj , Xi coïncide avec Xj , pour tous i, j . Cela permet de dénir un champ de vecteurs X
par X = Xi sur chaque Ui .
Alors, pour toute fonction f et tout x ∈ M , on peut écrire
où i est n'importe quel indice tel que x ∈ Ui . Nous avons montré que δ = X· et donc la
surjectivité.
Dénition 3.27 (crochet de Lie) . Le crochet de Lie de deux champs de vecteurs X et Y est
l'unique champ noté [X, Y ] tel que pour toute fonction f sur M, on ait
[X, Y ] · f = X · (Y · f ) − Y · (X · f )).
Dans la dénition ci-dessus, l'existence et l'unicité du champ de vecteurs [X, Y ] vient du fait
que l'application f 7→ X · (Y · f ) − Y · (X · f )) est une dérivation de C ∞ (M ).
Propriété 3.28. L'application (X, Y ) 7→ [X, Y ] a les propriétés suivantes : elle est bilinéaire,
antisymétrique et vérie l'identité de Jacobi :
Remarque 3.29. Un espace vectoriel muni d'une application bilinéaire antisymétrique et vé-
riant l'identité de Jacobi est appelé une algèbre de Lie. Ainsi le crochet de Lie des champs de
vecteurs munit Γ(M, T M ) d'une structure d'algèbre de Lie.
Si G est un groupe de Lie, c'est à dire un groupe munie d'une structure diérentiable pour
laquelle la composition et le passage à l'inverse sont des applications lisses, alors on peut montrer
que l'espace tangent à l'élément neutre, Te G admet une structure d'algèbre de Lie. Exemples :
G = Gln (R), Te G = Mn (R), ou G = On (R), Te G = {matrices antisymétriques}, munis du
crochet de Lie des matrices. J
56
Démonstration . Notons φ = (x1 , . . . , xn ). Pour tout i et tout x ∈ U , dxi (x) est la forme linéaire
∗
sur Tx M qui à un vecteur v associe la i-ème coordonnée de dφx (v), c'est-à-dire ei ◦ dφx (v) où
e∗i désigne le i-ème élément de la base duale de la base canonique de Rn . La famille (dxi (x)) est
∗
donc l'image de la base (ei ) par l'isomorphisme ` 7→ ` ◦ dφx .
dxi = φ∗ e∗i .
Dénition 3.31. Etant donné un système de coordonnées locales (U, x1 , . . . , xn ), on note
∂ ∂
∂x1
, . . . , ∂xn
les champs de vecteurs tels que pour tout x ∈ U , la famille (dx1 (x), . . . , dxn (x))
∂ ∂
soit la base duale de la famille ( ∂x (x), . . . , ∂x (x)) de vecteurs de Tx M .
1 n
Autrement dit, en notant φ = (x1 , . . . , xn ), on a pour tout i et tout x ∈ U :
∂
(x) = dφ−1 −1
x (ei ) = φ∗ ei .
∂xi
Exemple 3.32. R2 , les coordonnées canoniques sont les applications x : (u, v) 7→ u et
Sur
y : (u, v) 7→ v . Alors dx = e∗1 et dy = e∗2 donc ∂x∂ ∂
= e1 et ∂y = e2 . On remarque en particulier
∂ ∂f ∂ ∂f
que pour toute fonction f , on a :
∂x
· f = ∂x et ∂y = ∂y .
2 −
Les coordonnées polaires sont les applications r, θ : R \ (R × {0}) →]0, +∞[×]0, 2π[, telles
que l'application (r, θ) soit la réciproque de l'application φ : (ρ, t) 7→ (ρ cos t, ρ sin t) dont la
jacobienne est la matrice
cos t −ρ sin t
.
sin t ρ cos t
On peut donc calculer dr et dθ en inversant cette matrice, ou alors en raisonnant comme suit
(ce qui est équivalent). Par hypothèse, x = r cos ◦ θ et y = r sin ◦ θ, en tant que fonctions,
mais bien-sûr, on préfère l'écriture x = r cos θ, y = r sin θ. Les formules de compositions des
diérentielles donnent :
dx = cos θ dr − r sin θ dθ
dy = sin θ dr + r cos θ dθ.
En résolvant, on trouve :
dr = √ 1
(x dx + y dy)
x2 +y 2
1
dθ = x2 +y 2
(y dx − x dy).
∂ ∂
Les champs de vecteurs
∂r
et
∂θ
forment le repère dual de dr et dθ. On obtient :
∂ 1 ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
=p x +y , =y −x
∂r x + y2
2 ∂x ∂y ∂θ ∂x ∂y
J
Rappelons que dans un espace vectoriel E muni d'une base (f1 , . . . , fn ) de base duale
(f1∗ , . . . , fn∗ ), on a pour tout v∈E et tout ` ∈ E ∗,
n
X n
X
v= hfi∗ , vifi , et `= h`, fi ifi∗ .
i=1 i=1
57
On en déduit les formules suivantes exprimées à l'aide de coordonnées locales (x1 , . . . , xn ). Pour
tout champ de vecteurs X,
n
X ∂
X= hdxi , Xi
i=1
∂xi
n
X ∂
α= α, dxi
i=1
∂xi
58
Chapitre 4
Champs de vecteurs et ots
De plus, si (J, v) est un intervalle et une fonction vériant les mêmes conditions alors u=v
sur I ∩ J.
Autrement dit, on a existence et unicité locale des solutions au système (4.1) (appelé problème
de Cauchy ).
Lorsque X ne dépend pas du temps t, on dit que X est un champ de vecteurs autonome.
L'image de u s'appelle courbe intégrale ou trajectoire ou orbite de X. Si X(x0 ) 6= 0, on verra
qu'il s'agit eectivement d'une courbe (sous-variété de dimension 1) au voisinage de x0 et que
cette courbe est partout tangente au champ X.
x0
59
Théorème 4.2 (dépendance en les conditions initiales) . Pour tous a ∈ O et tout τ ∈ R,
il existe un ouvert Ω ⊂ O contenant a, un intervalle I contenant τ et une application lisse
u:Ω×I ×I →O lisse telle que
(
∀t0 , t ∈ I, ∀x0 ∈ Ω, ∂u
∂t
(x0 , t0 , t) = Xt (u(x0 , t0 , t)),
∀t0 ∈ I, ∀x0 ∈ Ω, u(x0 , t0 , t0 ) = x0 .
Important : Les deux théorèmes qui précèdent sont des énoncés locaux, ils restent donc vrais
si l'on remplace O par une variété M et X par un champ de vecteurs (dépendant du temps)
sur M, ce grâce au fait suivant : si ψ est un diéomorphisme (par exemple une carte), alors u
est solution de (
∀t ∈ I, u0 (t) = Xt (u(t)),
u(t0 ) = x0 .
si et seulement si ψ◦u est solution de
(
∀t ∈ I, v 0 (t) = ψ∗ Xt (v(t)),
v(t0 ) = ψ(x0 ).
L'intervalle de dénition des solutions maximales n'est pas toujours R tout entier. La pro-
position suivante arme que la seule possibilité pour que cet intervalle ne s'étende pas jusqu'à
l'inni, est que la solution parte à l'inni en temps ni ou explose en temps ni.
Démonstration . Raisonnons par l'absurde et supposons donc qu'il existe une suite de temps
(tn ) ∈ J convergeant vers τ = sup J , telle que pour tout n, u(tn ) ∈ K . Alors, par compacité,
quitte à extraire une sous-suite, u(tn ) converge vers un point a ∈ K . On applique alors la
version à paramètre du théorème de Cauchy-Lipschitz (théorème 4.2), au voisinage du point
60
(τ, a) : il existe une application v : Ω × I × I → M , avec a ∈ Ω, τ ∈ I , telle que t 7→ v(x, s, t)
est solution de l'équation diérentielle et v(x, s, s) = x. Par unicité, on a pour n assez grand,
∀t ∈ I ∩ J, v(un , tn , t) = u(t).
En passant à la limite n → ∞, on a donc v(a, τ, t) = u(t) pour tout t ∈ I ∩ J , on peut donc
prolonger u au-delà de τ par v , et cela contredit la maximalité.
Exemple 4.5. Considérons le champ de vecteurs X(x) = x2 déni sur R. Les solutions au
problème de Cauchy sont d'une part la solution nulle, et d'autre part les fonctions x : t 7→
1
1 . Toutes ces solutions explosent en temps ni. Par exemple, la solution qui part de 1 au
t0 + −t
x0
1
temps 0 est t 7→ , temps vers l'inni lorsque t → 1. J
1−t
Corollaire 4.6. Si le champ de vecteurs X est à support compact (par exemple si M est
compacte), alors la solution maximale au problème de Cauchy est dénie sur R.
Lorsque les solutions du problème de Cauchy sont dénies sur R pour toutes conditions
initiales, on dit que le champ de vecteurs X est complet.
Dénition 4.7 (Flot d'un champ de vecteurs) . On note t 7→ φts (x) la solution maximale du
problème de Cauchy (
u0 (t) = Xt (u(t)),
u(s) = x.
La famille d'applications (φts )s,t∈R : M → M s'appelle le ot du champ de vecteurs X.
Lemme 4.8. Si X est un champ autonome, alors φts = φt−s
0 .
Comme X est autonome, v 0 (t) = X(v(t)). Par ailleurs, v(s) = x si et seulement si u(0) = x.
Autrement dit, si u(t) = v(t) = φts . Ce qui montre bien φts = φt−s
φt0 , alors 0 .
61
Proposition 4.9 (propriétés du ot). (a) Pour tous s, t ∈ R, l'application φts est un diéo-
morphisme de M.
(b) Pour tous s, t, r ∈ R, on a
Le (b) de cette proposition énonce le fait intuitif que si l'on met bout à bout deux courbes
intégrales de X, on obtient encore une courbe intégrale.
Donnons tout de suite une conséquence :
Démonstration de la proposition 4.9. Montrons d'abord le point (b). L'identité φss (x) = x est
évidente par dénition du ot. Soit x ∈ M. Alors, en posant y = φrs (x),
d t d
(φr ◦ φrs (x)) = φtr (y) = Xt (φtr (y))
dt dt
= Xt (φtr ◦ φrs (x)).
Par ailleurs, φrr ◦ φrs (x) = φrs (x). Nous avons montré que t 7→ φtr ◦ φrs (x) et t 7→ φts (x) sont
solutions du même problème de Cauchy, donc sont égales.
Montrons maintenant le point (a). s ∈ R et x ∈ M . Le théorème 4.2 (dépendance
Fixons
t
en les conditions initiales) arme que pour t susamment proche de s, l'application φs est
lisse au voisinage de x (Avec les notations du théorème, c'est l'application x 7→ u(x, s, t)). Nous
voudrions montrer que c'est encore vrai pour t quelconque.
t
Soit T = sup{τ | φs est lisse au voisinage de x pour tout t ∈ [s, τ ] }. Supposons que T est
ni. Pour tout ε > 0, on peut écrire
T −ε
φTs +ε (x) = φTT +ε
−ε ◦ φs (x).
T −ε
Par hypothèse, il existe ε > 0 arbitrairement petit tel que φs soit lisse au voisinage de x.
T +ε T +ε
Pour ε assez petit, φT −ε est lisse également par le théorème 4.2. Ceci implique alors que φs
est lisse, contradiction. Nous avons montré que T = ∞.
t
On démontre de même que φs est lisse pour t ∈] − ∞, 0].
t s
Nous avons montré que φs est lisse. Comme par ailleurs, nous savons que son inverse est φt
et est donc lisse aussi, on en déduit qu'il s'agit bien d'un diéomorphisme.
Nous avons montré que tout champ de vecteurs donne naissance à un chemin lisse de diéo-
morphismes. Ce résultat a une réciproque.
62
Proposition 4.11. Soit (ht )t∈R une famille de diéomorphismes telle que R×M → M , (t, x) 7→
ht (x) 0
soit lisse et h = Id. Alors il existe un unique champ de vecteurs X (dépendant du temps)
t t t
de ot φs tel que pour tout t ∈ R on ait h = φ0 .
t
Si t 7→ h , R → Diff(M ) est un morphisme de groupe, alors X est autonome.
d t
Démonstration . Un tel champ doit vérier
dt
h (x) = Xt (ht (x)) pour tout t et tout x. Donc
d t
Xt = h (x) ◦ (ht (x))−1
dt
d s
Xt = h (x)|s=0
ds
qui implique que X ne dépend pas de t.
La proposition que nous venons de démontrer est très utile pour calculer les ots en pratique.
Elle permet aussi d'utiliser les cartes pour l'étude locale des ots.
Le résultat suivant arme que la dynamique locale, au voisinage des points où le champ de
vecteurs ne s'annule pas, est très simple.
63
Théorème 4.13 (Redressement d'un champ de vecteurs). Soit X un champ de vecteur auto-
nome et a un point de M tel que X(a) 6= 0. Alors, il existe des coordonnées locales (U, x1 , . . . , xn )
∂
au voisinage de a telles que X|U = ∂x .
1
Autrement dit, le ot de X est localement conjugué au ot rectiligne (x1 , . . . , xn ) 7→ (x1 +
t, x2 , . . . , xn ).
∂
La condition
∂x1
peut aussi être formulée comme suit. En notant ψ = (x1 , . . . xn ), on
X|U =
∂
sait que l'on a par dénition ψ∗
∂x1
= e1 , le premier vecteur de la base canonique de Rn . Donc
∂
la condition X|U = est équivalente à ψ∗ X = e1 .
∂x1
ψ 0
a
Démonstration . On choisit une carte (V, ψ) en a. Quitte à la composer par une application
linéaire bien choisie, on peut supposer que Y = ψ∗ X vérie Y (0) = e1 . On pose f (s1 , . . . , sn ) =
φs1 (0, s2 , . . . , sn ), où (φt ) désigne le ot de Y . Nous allons appliquer le théorème d'inversion
locale pour montrer que f est un diéomorphisme au voisinage de 0. Pour cela, calculons les
dérivées partielles de f.
D'abord,
∂f
(0) = Y (0) = e1 .
∂s1
Ensuite, pour i > 2,
∂f d
(0) = φ0 (0, . . . , 0, t, 0 . . . , 0)|t=0 = ei .
∂si dt
Nous avons montré que df (0) est l'identité, donc que f est un diéomorphisme au voisinage de
0.
Le ot de f∗−1 Y est f −1 ◦ φt ◦ f et celui-ci vérie :
(iii) l'application t 7→ φt (x) est T -périodique pour un certain T > 0 et l'application induite
R/T Z → M est un plongement.
64
Démonstration . Si X(x) = 0, X s'annule
on est dans le premier cas. Plus généralement, si
t
sur l'orbite de X, est constante. Si X(x) 6= 0, alors t 7→ φ (x)
alors par unicité, l'orbite de x
d
est une solution non-constante de l'équation diérentielle donc
dt
(φt (x)) = X(φt (x)) 6= 0. On
t
en déduit que t 7→ φ (x) est une immersion.
t
Considérons maintenant H = {t ∈ R | φ (x) = x}. C'est un sous-groupe de R. D'après le
théorème de redressement, 0 est un point isolé de H , donc H est un sous-groupe discret de R.
H = {0}, alors t 7→ φt (x) est une immersion injective. Sinon, H = T Z
Il y a donc deux cas : si
t
pour un certain T > 0 et t 7→ φ (x) est T -périodique. On a alors une immersion injective propre
(car R/T Z est compact) et donc un plongement R/T Z → M .
Exemples 4.15. (Champ de vecteurs linéaires sur le plan) Voici d'abord quelques exemples de
champs de vecteurs linéaires du plan. Par des changements de base linéaires, on peut souvent
ramener un champ linéaire quelconque à l'un de ces exemples. Ces exemples servent aussi de
modèles locaux pour étudier la dynamique au voisinage d'un zero isolé d'un champ de vecteurs.
∂ ∂
(a) Considérons le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂y − y ∂x . Nous avons vu
∂
qu'avec les coordonnées polaires, nous avons X = ∂θ . Le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) est donc
équivalent au système (ṙ, θ̇) = (0, 1). On en déduit le ot en coordonnées polaires :
Autrement dit, φt est la rotation d'angle t. Les courbes intégrales de X sont les cercles
concentriques centrés en l'origine.
∂
∂θ
∂ ∂
(b) Considérons maintenant le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂x + y ∂y .
∂
Nous avons vu qu'en coordonnées polaires, X = r ∂r . Le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) est donc
équivalent au système (ṙ, θ̇) = (r, 0). On en déduit le ot en coordonnées polaires :
Autrement dit, φt est l'homothétie de rapport et . Les courbes intégrales de X sont les rayons
issus de l'origine.
65
∂
∂r
∂ ∂
(c) Considérons maintenant le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂x − y ∂y . On
peut facilement résoudre le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) = (x, −y) et obtenir le ot :
On peut remarquer que le produit des deux coordonnées reste constant au cours du temps.
Les courbes intégrales de X sont donc des hyperboles.
∂
∂θ
66
Exemple 4.17. (Champs constants sur le tore) Soit X : Rn → Rn un champ de vecteurs sur
R tel que X(x + k) = X(x) pour tout x ∈ Rn et tout
n
k ∈ Zn . Alors, on peut dénir, pour tout
y ∈ Tn = Rn /Zn , le vecteur
Y (y) = dpx · X(x),
où p est la projection canonique Rn → Tn
et x désigne n'importe quel antécédent de y par p.
n 1
Gràce à la condition de périodicité, ceci dénit un champ Y sur T .
n
En particulier, si X = v est un champ constant sur R , on obtient un champ sur Y appelé
n
champ constant sur T . Les courbes intégrales de X sont alors les droites parallèles à v . Les
n
courbes intégrales de Y sont donc les projections sur T de ces droites.
Par exemple, dans le cas n = 2, on peut démontrer que si le rapport des coordonnées de v est
rationnel, alors toutes les orbites sont périodiques. En revanche, si ce rapport est irrationnel,
toutes les orbites sont denses dans le tore.
Exemple 4.18. (Un bel exemple sur le plan projectif ) On rappelle que les trois cartes usuelles
du plan projectif P2 (R) sont données par les formules
ϕ0 ([1 : y : z]) = (y, z), ϕ1 ([x : 1 : z]) = (x, z), ϕ2 ([x : y : 1]) = (x, y).
déni sur un voisinage de0 dans R. On note X(u) = γu0 (0) le vecteur tangent à γu en 0. Vérions
2
que X dénit un champ de vecteurs sur P (R).
Pour cela, explicitons φi ∗ X . Pour i = 0,
(1 + tb)y (1 + tc)z
φ0 ◦ γu (t) = , ,
1 + ta)x 1 + ta)x
y z
φ0 ◦ γu0 (0) = (b − a) , (c − a) .
x x
1. Plus généralement, étant donné un champ de vecteurs X sur une variété M , invariant par une action d'un
groupe G sur M, libre, propre et par diéomorphismes, le champ X induit un champ Y sur le quotient M/G
tel que localement Y = p∗ X , où p désigne la projection canonique.
67
On a donc φ0 ∗ X(y, z) = ((b − a)y, (c − a)z). De manière similaire, on a φ1 ∗ X(x, z) = ((a −
b)x, (c − b)z) et φ2 ∗ X(x, y) = ((a − c)x, (b − c)y). Le champ X est lisse dans chaque carte d'un
atlas donc est lisse partout.
Le ot de φ0 ∗ X est donné au temps t par l'application :
On suppose que a < b < c. Alors on peut dessiner sommairement les courbes intégrales du
champ dans chacune des trois cartes :
ϕ0 ϕ1 ϕ2
z z y
x x
y
Dénition 4.19 (dérivée de Lie d'un champ de vecteurs) . La dérivée de Lie d'un champ de
vecteurs Y dans la direction d'un autre champ de vecteurs X est le champ de vecteurs donné
par :
d t ∗
LX Y (x) = (φ ) Y (x)|t=0 .
dt X
La proposition suivante donne une interprétation dynamique du crochet de Lie de deux
champs de vecteurs.
68
Proposition 4.20. Pour tous champs de vecteurs X, Y , on a
LX Y = [X, Y ].
Démonstration . Rappelons que [X, Y ] est déni par la relation [X, Y ]·f = X ·(Y ·f )−Y ·(X ·f ).
Soit donc f une fonction lisse surM . Alors,
LX Y · f = df · LX Y
d
= df · (φtX )∗ Y (x)|t=0
dt
d d −t s t
= df · |t=0 |s=0 φX ◦ φY ◦ φX
dt ds
d d
= |t=0 |s=0 f ◦ φ−t s t
X ◦ φY ◦ φX
dt ds
d d
= |s=0 |t=0 f ◦ φ−t s t
X ◦ φY ◦ φX
ds dt
d
= |s=0 df · dφ−t s s t
X · dφY · X − (df · X) ◦ φY ◦ φX |t=0
ds
d
= |s=0 (df · dφsY · X − (df · X) ◦ φsY )
ds
d
= |s=0 (d(f ◦ φsY ) · X − (df · X) ◦ φsY )
ds
= d(Y · f ) · X − Y · (X · f )
= X · (Y · f ) − Y · (X · f )
= [X, Y ] · f.
d
|s=0 φ−t −s t s t ∗
X ◦ φY ◦ φX ◦ φY = +Y − (φX ) Y,
ds
puis,
d d
|t=0 |s=0 φ−t −s t s
X ◦ φY ◦ φX ◦ φY = −LX Y.
dt ds
69
Lorsque [X, Y ] = 0, on dit que les champs de vecteurs X et Y commutent. Le corollaire que
nous venons de voir justie cette terminologie : leurs ots commutent.
d t d
(φX )∗ Y = (φtX )∗ (φsX )∗ Y |s=0 = (φtX )∗ LX Y = 0
dt ds
Donc pour tout t, (φtX )∗ Y = Y . On peut alors appliquer la proposition 4.12. On obtient
φ−t s t s
X ◦ φY ◦ φX = φY
70
Chapitre 5
Formes diérentielles
Dénition 5.1 (formes alternées) . Une forme p-linéaire ω : E p → R est dite alternée si et
seulement si pour tous x1 , . . . , x p ∈ E , tels que xi = xj pour certains indices i 6= j , alors
ω(x1 , . . . , xp ) = 0.
D'où, ω(x1 , . . . , xp ) = −ω(x1 , . . . , xp ) = 0 (notons qu'ici on a utilisé que R n'est pas de carac-
téristique 2).
Réciproquement, supposons ω x1 , . . . , xp , on peut écrire ω(x1 +
alternée. Alors, pour tous
x2 , x1 + x2 , x3 , . . . , xn ) = 0. En développant et en utilisant les identités ω(x1 , x1 , x3 , . . . , xn ) = 0
et ω(x2 , x2 , x3 , . . . , xn ) = 0, il vient :
ω(x1 , x2 , x3 , . . . , xn ) + ω(x2 , x1 , x3 , . . . , xn ) = 0.
71
Ceci prouve l'identité
ω(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) = ε(σ)ω(x1 , . . . , xp )
dans le cas où σ est la transposition qui échange 1 et 2. La même démonstration donne cette
identité pour toute transposition. Comme les transpositions engendrent Sp , on en déduit l'iden-
tité pour toute permutation σ. J
Remarque 5.3.
(a) Une 1-forme alternée n'est rien d'autre qu'une forme linéaire.
Notation. p ∗
On note Λ E l'ensemble des p-formes linéaires alternées de E. En particulier,
∗
1
ΛE = E ∗ et Λ0 E ∗ = R.
Remarque 5.4.
(a) La théorie du déterminant nous apprend que Λn E ∗ est de dimension 1 (rappelons que n est
la dimension de E ). Nous savons aussi que pour toute base B, l'application déterminant
dans la base B est une application n-linéaire alternée, non-nulle.
(b) Si p > n, Λp E ∗ = {0}, autrement dit, toute forme p-linéaire alternée est nulle. C'est une
conséquence du fait qu'une forme alternée s'annule sur une famille liée de vecteurs, ce qui se
démontre simplement en écrivant l'un des vecteurs en fonction des autres et en développant.
forme une base de Λp E ∗ , indicée par l'ensemble des parties à p éléments de {1, . . . , n}.
Remarque 5.6. Si (`1 , . . . , `n ) est la base duale d'une base B de E , alors `ti (xj ) est la ti -ème
coordonnée de xj dans B , donc : la matrice (`ti (xj ))i,j est la matrice obtenue de la matrice
MatB (x1 , . . . , xp ) en ne gardant que les lignes d'indice appartemant à I .
4
Par exemple, dans R , en supposant que les `i forment la base duale de la base canonique
∗
(c'est-à-dire `i = ei ),
1 5
`{1,3} 2 , 6 = | 13 57 | = −8.
3 7
4 8
J
Démonstration . Soit (e1 , . . . , ep ) une base dont (`1 , . . . , `p ) est la base duale. Nous allons
commencer par montrer que la famille des `I , où I est une partie de {1, . . . , n} à p éléments est
une famille libre.
72
Pour cela remarquons que si I , J = {j1 < · · · < jp } sont deux parties à p éléments, alors
(
1 si I = J,
`I (ej1 , . . . , ejp ) =
0 si I 6= J.
P
Supposons maintenant que l'on ait une combinaison linéaire nulle I λI `I = 0. En appliquant
aux vecteurs ej1 , . . . , ejp , on obtient λJ = 0. On montre ainsi que tous les coecients de la
combinaison linéaire sont nuls et donc que la famille est libre.
Montrons maintenant que la famille est génératrice. Soit ω ∈ Λp E ∗ et soient x1 , . . . , x p ∈ E .
Alors,
n
!
X
ω(x1 , . . . , xp ) = ω `i1 (x1 )ei1 , x2 , . . . , xp
i1 =1
n
X
= `i1 (x1 ) ω (ei1 , x2 , . . . , xp )
i1 =1
X n
= `i1 (x1 ) · · · `ip (xp ) ω ei1 , . . . , eip
i1 ,...,ip =1
Dans la somme ci-dessus, les termes pour lesquels deux indices sont égaux sont nuls (car ω
est alternée). De plus, les termes ayant pour indices respectifs i1 , . . . , i n et σ(i1 ), . . . , σ(ip ) ne
dièrent que par le signe ε(σ). Nous pouvons donc faire disparaître de l'écriture les termes nuls
et regrouper les termes restant comme suit :
X X
ω(x1 , . . . , xp ) = ω(ei1 , . . . , eip ) ε(σ)`σ(i1 ) (x1 ) . . . `σ(ip ) (xp )
16i1 <···<ip 6n σ∈Sp
X
= ω(ei1 , . . . , eip )`I (x1 , . . . , xp ).
16i1 <···<ip 6n
Dénition 5.7 (Produit extérieur de formes). Soient α une forme p-linéaire alternée et β une
forme q -linéaire alternée. Le produit extérieur de α et β est la forme p + q -linéaire alternée
donnée par
1 X
α ∧ β(x1 , . . . , xp+q ) = ε(σ)α(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) β(xσ(p+1) , . . . , xσ(p+q) )
p!q! σ∈S
p+q
73
Exercice 11. Montrer que le produit extérieur est aussi donné par la formule
X
α ∧ β(x1 , . . . , xp+q ) = ε(σ)α(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) β(xσ(p+1) , . . . , xσ(p+q) )
σ∈Sp,q
où Sp,q = {σ ∈ Sp+q | σ(1) < . . . σ(p) et σ(p + 1) < · · · < σ(p + q)}.
Cette deuxième formule est plus ecace pour les calculs explicites.
Exemple 5.8. Si α et β sont deux formes bilinéaires alternées, alors pour tous vecteurs
x1 , x2 , x3 , x4 , on a
Dans la pratique, on calcule peu les produits extérieurs avec les formules ci-dessus. Les
propriétés suivantes s'avèrent en eet beaucoup plus faciles d'emploi.
Proposition 5.10. Soient α1 , . . . , α p ∈ E ∗ des formes linéaires. Alors, pour tous vecteurs
x1 , . . . , x p ,
α1 ∧ · · · ∧ αp (x1 , . . . xp ) = det(αi (xj ))i,j
En particulier, (α1 , . . . , αp ) est une famille libre si et seulement si α1 ∧ · · · ∧ αp 6= 0.
Notons que si (`1 , . . . , `n ) forme une base de E∗ et si I = {i1 < · · · < ip } ⊂ {1, . . . , n}, alors
d'après cette proposition,
`I = `i1 ∧ · · · ∧ `ip .
74
On démontre donc l'hérédité en comparant avec la formule du développement du déterminant
par rapport à la première ligne.
Remarque 5.11. Comme l'indique la proposition précédente, le produit extérieur d'une forme
linéaire avec elle-même est toujours nul. C'est faux en général pour des formes p-linéaires avec
p > 1. Par exemple, si `1 , `2 , `3 , `4 forme une famille libre et si l'on pose α = `1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ,
alors α ∧ α 6= 0.
En eet, en utilisant `1 ∧ `1 = `2 ∧ `2 = 0 et l'anti-commutativité du produit extérieur,
α ∧ α = (`1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ) ∧ (`1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 )
= `1 ∧ `2 ∧ `1 ∧ `2 + `1 ∧ `2 ∧ `3 ∧ `4 + `3 ∧ `4 ∧ `1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ∧ `3 ∧ `4
= 2 `1 ∧ `2 ∧ `3 ∧ `4 6= 0.
Transport de formes alternées par une application linéaire. Soit f :E→F une ap-
plication linéaire entre espaces vectoriels de dimension nie. On dénit une application linéaire
f ∗ : Λp F ∗ → Λp E ∗ par la formule
Exercice 12. Pour tout vecteur v, toute forme p-linéaire alternée α et toute forme q -linéaire
alternée β, montrer que
ιv (α ∧ β) = (ιv α) ∧ β + (−1)p α ∧ ιv β.
Cette propriété est résumée en armant que ιv est une anti-dérivation de degré −1 sur ΛE ∗ .
75
II Formes diérentielles sur un ouvert de Rn
n k ∞ k n ∗
Dans cette partie, on xe un ouvert U de R . Pour tout k ∈ N, on pose Ω (U ) = C (U, Λ (R ) ).
k
Les éléments de Ω (U ) sont appelés formes diérentielles de degré k sur U , ou simplement k -
formes sur U. Etant donnée une k -forme α et x ∈ U, on note souvent αx à la place de α(x).
Quelques cas particuliers méritent d'être soulignés :
0 ∞ 0 n ∗
Ω (U ) = C (U ) car Λ (R ) = R,
1
Ω (U ) est l'ensemble des formes diérentielles de degré 1 sur U que l'on avait déjà déni
au chapitre 2,
k
Si k > n, Ω (U ) = {0} Λk (Rn )∗ = {0},
car
k n ∗
Si k < 0, nous n'avons pas déni Λ (R ) . Dans ce cas, on choisit de poser par convention
Ωk (U ) = {0}.
n
Notons x1 , . . . , xn les fonctions coordonnées canoniques de R . Leurs diérentielles dx1 , . . . , dxn
sont des formes diérentielles de degré 1 qui, en tout point sont égales aux formes linéaires
e∗1 , . . . , e∗n duales de la base canonique de Rn notée (e1 , . . . , en ). Autrement dit, dxi (ej ) = δij .
Pour toute partie I = {i1 < · · · < ik } ⊂ {1, . . . , n}, on note comme dans la partie précédente,
(x dy + y dz) ∧ (z dx ∧ dy + x dx ∧ dz) = zy dz ∧ dx ∧ dy + x2 dy ∧ dx ∧ dz
= (zy − x2 )dx ∧ dy ∧ dz.
76
(ii) Pour toutes formes α ∈ Ωk (V ), β ∈ Ω` (V ),
φ∗ (α ∧ β) = φ∗ α ∧ φ∗ β
(iii) Si ψ:V →W est une application lisse à valeur dans un ouvert W de Rp , alors
(ψ ◦ φ)∗ = φ∗ ◦ ψ ∗
Remarque 5.14.
Cette dernière formule fait penser (à juste titre) à la formule du changement de variable.
Elle prendra tout son sens lorsque nous dénirons l'intégration des formes diérentielles
plus tard dans ce chapitre.
(c) Si φ est l'injection canonique d'un ouvert U dans un autre ouvert V le contenant, φ∗ α n'est
rien d'autre que la restriction de α à U .
dk (φ∗ α) = φ∗ dk α
77
En pratique, on allègera les notations en omettant l'indice k et en notant donc simplement
d pour dk . Le théorème donne donc l'existence d'une certaine application linéaire d : Ω(U ) →
Ω(U ), où Ω(U ) = k∈N Ωk (U ).
L
En langage savant, Ω(U ) munie du produit extérieur est une R-algèbre unitaire graduée
anti-commutative et d est une dérivation de degré 1 sur Ω(U ). Démontrons le théorème.
Démonstration . Commençons par remarquer que s'il existe une telle application d, comme
d ◦ d = 0, alors d(dxi ) = 0 pour tout i. La propriété (ii) (que l'on appellera formule de Leibniz)
implique alors (par une récurrence facile) que d(dxI ) = 0 pour tout I . En utilisant à nouveau
Leibniz, et la propriété (i), on en déduit la formule
!
X X X
d fI dxI = dfI ∧ dxI + fI d(dxI )
I I I
X
= dfI ∧ dxI . (5.1)
I
P
Toute forme diérentielle se décomposant sous la forme I fI dxI , la formule ci-dessus force
l'unicité de d.
Passons maintenant à la démonstration de l'existence. Pour les 0-formes, nous n'avons pas
le choix, d est la diérentielle usuelle. On dénit d pour les formes de degré supérieur par la
formule (5.1). Il nous faut montrer les propriétés (i) et (ii) du théorème.
Par linéarité, on peut se contenter de démontrer la formule de Leibniz pour des formes α et
β qui s'écrivent α = f dxI et β = g dxJ , avec f et g des fonctions. Calculons :
78
Chacun des facteurs ∂k ∂j f − ∂j ∂k f est nul par le lemme de Schwarz, et l'on en déduit d◦
d(f dxI ) = 0
Enn, il nous reste à établir l'identité φ∗ (dα) = d(φ∗ α). Remarquons d'abord que cette
identité est vraie pour les 0-formes c'est-à-dire les fonctions. En eet, si f est une fonction,
alors nous avons bien
Avec les règles de calcul données par le théorème, calculer la diérentielle extérieure d'une
forme est relativement aisé.
G
Λk T ∗ M = Λk Tx∗ M = {(x, α) | x ∈ M, α ∈ Λk (Tx∗ M )}.
x∈M
n
Comme dφx : Tx M → R est un isomorphisme pour toute carte φ et tout point x du domaine
de φ, l'application linéaire
((dφx )−1 )∗ : Λk Tx∗ M → Λk (Rn )∗
∗
est également un isomorphisme (son inverse est (dφx ) ).
∗ k ∗
Comme pour T M et T M , nous pouvons appliquer le lemme 3.18 et ainsi munir Λ T M de
k ∗
l'unique structure de variété telle que pour toute carte (U, φ) de M , en notant π : Λ T M → M
la projection canonique,
79
π −1 (U ) est un ouvert de Λk T ∗ M ,
l'application
π −1 (U ) → U × Λk (Rn )∗ , (x, α) 7→ (x , (dφ−1 ∗
x ) α)
est un diéomorphisme.
k ∗
L'application π : Λ T M → M est alors un bré vectoriel que l'on appelle le bré des formes
alternées sur M.
Remarquons que dans le cas où k = 1,
ce bré est le bré cotangent. Lorsque k = 0, la bre
0 ∗
au-dessus de chaque point est tout simplement R. Autrement dit, Λ T M ' M × R est le bré
trivial de rang 1.
Dénition 5.17 .
(Formes diérentielles) Une forme diérentielle de degré k sur M est une
k ∗ k k ∗
section du bré Λ T M . On note Ω (M ) = Γ(M, Λ T M ).
Ωk (M ).
L
On note aussi parfois Ω(M ) =
k
Les opérations que l'on avait sur Rn s'étendent aux variétés. En eet, on peut dénir le
produit extérieur d'une k -forme α et d'une `-forme β par la formule
Remarque 5.18. Toute carte (U, φ) de M induit par transport de formes un isomorphisme
linéaire :
Ωk (U ) → Ωk (φ(U )), α 7→ (φ−1 )∗ α.
J
Remarque 5.19. Les éléments de Ω0 (M ), c'est-à-dire les 0-formes, sont les sections du bré
trivialM × R → M . Autrement dit, ce sont les applications M → M ×R qui s'écrivent
x 7→ (x, f (x)), avec f fonction sur M . En pratique, on identiera une telle application avec f
elle-même. En conséquence, nous obtenons une identication Ω0 (M ) ' C ∞ (M ). J
La diérentielle extérieure des formes, que nous avions dénie sur les ouverts de Rn , peut
aussi être dénie sur une variété.
dk+` (α ∧ β) = dk α ∧ β + (−1)k α ∧ d` β,
80
Ici encore, nous noterons d à la place de dk pour alléger les notations.
Dénition 5.21. L'application d s'appelle diérentielle extérieure sur les formes diérentielles
de M.
Démonstration . Commençons par remarquer que l'existence et l'unicité d'un tel d sont des
propriétés invariantes par diéomorphisme. En eet, si φ : M → N est un diéomorphisme, d
vérie les propriétés (i), (ii) et (iii) du théorème sur Ω(M ) si et seulement si (φ−1 )∗ ◦ d ◦ φ∗
les vérient sur Ω(N ). Comme l'existence et l'unicité ont déjà été prouvées dans les ouverts de
Rn , elles sont aussi vraies sur les domaines des cartes.
(U, φ) une carte de M . On sait donc que la diérentielle extérieure existe de manière
Soit
unique sur Ω(U ). Notons-la δU . Etant donnée une application d vériant les conditions (i), (ii)
et (iii) du théorème sur Ω(M ), on dénit la restriction d|U de d à Ω(U ) par la formule
pour tout ω ∈ Ω(U ), tout x ∈ U et tout ω̃ ∈ Ω(M ) qui coïncide avec ω au voisinage de x.
Une telle forme ω̃ existe bien : il sut de multiplier ω par une fonction plateau à support
susamment petit et étendre par 0 à toute la variété. De plus, cette formule ne dépend pas du
choix de ω̃ . En eet, c'est une conséquence du lemme suivant :
Lemme 5.22. Supposons que ω1 = ω2 sur un ouvert V , alors pour toute application d vériant
(i) et (ii), nous avons dω1 |V = dω2 |V .
Démonstration . Soit x∈V. Posons α = ω1 − ω2 . Alors, pour toute fonction plateau f valant
1 au voisinage de x et à support inclus dans V , on a fα = 0 donc :
0 = d(f α) = df ∧ α + f dα.
Comme dfx = 0 et f (x) = 1, nous obtenons 0 = dα(x) et donc dω1 (x) = dω2 (x), comme
annoncé.
Les propriétés (i), (ii) et (iii) du théorème étant toutes locales on démontre facilement que
la restriction d|U les vérie. Par unicité locale, d|U est la diérentielle extérieure δU . On en
déduit que pour tout x∈U et toute forme ω sur M,
81
Produit intérieur et dérivée de Lie. Nous avons déjà déni le produit intérieur dans le
contexte linéaire. La dénition s'étend facilement au cadre général :
Dénition 5.23 (produit intérieur) . Soit ω une k -forme sur M , k > 0, et soit X un champ
de vecteurs. Le produit intérieur de ω par X est la k − 1-forme dénie par ιX ω = 0 si k = 0 et
Proposition 5.24. Le produit intérieur est une anti-dérivation, c'est à dire vérie :
Dénissons maintenant la dérivée de Lie d'une forme dans la direction d'un champ de vec-
teurs. Comme dans le cas de la dérivée de Lie d'un champ de vecteurs dans la direction d'un
autre champ de vecteurs, la dérivée de Lie est la version innitésimale du transport par le ot.
Dénition 5.25 (dérivée de Lie). Soient X un champ de vecteurs, ω une k-forme diérentielle.
Alors, la dérivée de Lie de ω par rapport à X est donnée par
d
LX ω(x) = ((φt )∗ ω(x))|t=0
dt
La dérivée de Lie est une dérivation sur l'algèbre des formes diérentielles :
d
LX (α ∧ β)(x) = |t=0 (f (t) ∧ g(t))
dt
= f 0 (0) ∧ g(0) + f (0) ∧ g 0 (0)
= (LX α) ∧ β + α ∧ (LX β).
La méthode la plus pratique pour calculer une dérivée de Lie est d'utiliser la formule suivante.
Proposition 5.27 (formule de Cartan). Pour tout forme ω et tout champ de vecteurs X,
LX ω = ιX dω + dιX ω
82
Démonstration . Remarquons d'abord qu'il s'agit d'une formule locale. Il sut donc de la
démontrer localement.
Remarquons ensuite que le membre de droite vérie l'identité de Leibniz. En eet, en notant
k le degré de α,
et
D'où
(dιX + ιX d)(α ∧ β) = ((dιX + ιX d)α) ∧ β + α ∧ ((dιX + ιX d)β).
Maintenant, localement, toute forme est une somme de produits de fonctions et de diéren-
tielles de fonctions. Comme l'identité de Leibniz est vériée par les deux membres de la formule
de Cartan, il nous sut donc de l'établir pour les fonctions et leurs diérentielles. Soit donc f
une fonction. Alors,
d
LX f = f ◦ φt |t=0 = df · X = ιX df = dιX f + ιX df,
dt
car ιX f = 0 par dénition, ce qui établit la formule de Cartan pour les fonctions. De plus,
d t ∗ d d
LX df = (φ ) df |t=0 = d(f ◦ φt )|t=0 = d (f ◦ φt )|t=0 = d(ιX df ) = dιX (df ) + ιX d(df ),
dt dt dt
car d(df ) = 0, ce qui établit la formule de Cartan pour les diérentielles de fonctions.
Remarquons que nous avons montré au passage que pour toute fonction f ∈ C ∞ (M ), on a
LX f = df · X = X · f
Exercice 14. Montrer que pour tous champs de vecteurs X, Y et toute forme α, on a
1. Lx ιY α − ιY LX α = ι[X,Y ] α.
2. Si α est une 1-forme, dα(X, Y ) = LX ιY α − LY ιX α − ι[X,Y ] α.
83
On munit l'ensemble des bases de E de la relation d'équivalence
Exemple 5.29. L'atlas de la sphère Sn donné par les projections stéreographiques n'est pas
orienté. En eet, le changement de carte, donné par la formule
x
pS ◦ p−1
N (x) = ,
kxk2
ne préserve pas l'orientation. En revanche, en remplaçant l'une des cartes par une carte de
même domaine mais d'orientation opposée (par exemple en remplaçant pS par τ ◦ pS où τ est
n n
une réexion de R ), on obtient un atlas orienté. La sphère S est donc orientable. J
Nous allons beaucoup utiliser la remarque qui suit dans nos démonstrations.
84
Proposition 5.31. Soit M une variété orientable connexe. Alors M admet exactement 2 orien-
tations.
Démonstration . Soient (Ox ) et (Ox0 ) deux familles d'orientations localement constantes. Alors,
elles coïncident en un point si et seulement si elles coïncident en un voisinage. L'ensemble des
points où elles coïncident, ainsi que son complémentaire, sont des ouverts. On conclut par
connexité. Il y a donc autant d'orientations de M qu'il y a d'orientations de l'un de ses espaces
tangents, c'est-à-dire 2.
Remarque 5.32. Supposons que l'on ait une décomposition en somme directe E = F ⊕ G.
0 0 0
Soient BF , BF deux bases de F , et BG , BG deux bases de G. Supposons que BG ∼ BG et
0 0 0
BF ∪ BG ∼ BF ∪ BG . Alors BF ∼ BF . Par conséquent, la donnée d'une orientation sur E et
d'une orientation d'un supplémentaire de F déterminent une orientation de F .
0 0
En particulier, si u : (E, O) → (E , O ) est une application linéaire surjective entre espaces
0
vectoriels orientés, alors u est un isomorphisme entre un supplémentaire de ker(u) et E , et
0
induit donc une orientation sur ce supplémentaire. D'après ce qui précède O et O déterminent
ainsi une orientation de ker(u). Pour cette orientation, une base (e1 , . . . , ek ) de ker u est positive
si et seulement s'il est possible de la compléter en une base positive (e1 , . . . , en ) de E de telle
0
sorte que (u(ek+1 ), . . . , u(en )) est une base positive de E . J
Proposition 5.33. Soient M une variété orientée, f : M → Rn−k une submersion avec k > 1,
−1
et N = f (0). Alors N (qui est une sous-variété de M ) admet une orientation induite par
celle de M et celle (canonique) de Rn−k par la remarque qui précède.
Exercice 15. Sous les hypothèses de la proposition précédente, montrer que l'orientation induite
sur N est aussi donnée par l'atlas orienté constitué des applications de la forme (U ∩ N, φ|U ∩N )
−1
avec (U, φ) une carte orientée de M telle que f ◦ φ (x1 , . . . xn ) = (xk+1 , . . . , xn ).
On dit qu'un diéomorphisme local entre variétés orientées préserve l'orientation si sa dif-
férentielle préserve l'orientation des espaces tangents en tout point.
85
Réciproquement, étant donnée une orientation (Ox ) invariante par G, on peut la pousser en
avant par p en posant Oy0 = dpx (Ox ) pour n'importe quel antécédent x de y par p. Comme
deux antécédents d'un même point sont dans la même orbite sous l'action de G, l'invariance
0
par G implique que (Oy ) est une famille bien dénie d'orientations sur les espaces tangents à
M/G.
Démonstration . Les points (i) et (ii) sont des applications directes de la proposition précé-
n n n
dente. L'action de Z sur R par translation préserve l'orientation de R , d'où l'orientation du
n
tore. En revanche, l'action de Z sur R×] − 1, 1[ donnée par n · (x, y) = (x + n, (−1) y), pour
2 2 k
n ∈ Z, x ∈ R et y ∈]−1, 1[ et l'action de Z sur R donnée par (n, k)·(x, y) = ((−1) x+n, y+k),
pour n, k ∈ Z, x, y ∈ R ne préservent pas l'orientation, d'où la non-orientabilité du ruban de
Moebius et de la bouteille de Klein.
Passons au point (iii). D'après la proposition, Pn (R) est orientable si et seulement si l'appli-
n
cation antipodale a : x 7→ −x préserve l'orientation de S . L'orientation de chacun des espaces
n −1 2
tangents de S = f (0) avec f (x) = kxk est donnée par la proposition 5.33. On voit que
n
pour cette orientation, (v1 , . . . , vn ) est une base positive de Tx S si et seulement si la base
n+1 2
(v1 , . . . , vn , x) de R est positive (en eet, dfx (x) = 2kxk > 0 ). On en déduit que a préserve
l'orientation si et seulement si (v1 , . . . , vn , x) est de la même orientation que (−v1 , . . . , −vn , −x),
autement dit si et seulement si n est impair.
Dénition 5.36 (formes volumes) . Une forme volume sur une variété M est une forme dif-
férentielle de degré maximal (c'est-à-dire de degré égal à la dimension de la variété) qui ne
s'annule en aucun point.
Par exemple, la forme dx1 ∧ · · · ∧ dxn (= detB0 ) est une forme volume sur Rn . Remar-
quons qu'une base (v1 , . . . , vn ) de Rn est positivement orientée si et seulement si dx1 ∧ · · · ∧
dxn (v1 , . . . , vn ) > 0.
Théorème 5.37. Pour toute variété M de dimension n, il y a équivalence entre
Démonstration . L'équivalence entre (a) et (b) a déjà été vue : un bré en droite est trivial si
et seulement s'il admet une section qui ne s'annule pas. Or, une forme volume n'est rien d'autre
n ∗
qu'une section de Λ T M qui ne s'annule pas.
Montrons que (c) implique (a). On se donne un atlas orienté (Ui , φi )i∈I et (ρi )i∈I une partition
de l'unité subordonnée au recouvrement (Ui )i∈I . Notons σ = dx1 ∧ · · · ∧ dxn la forme volume
n ∗ ∗
standard sur R . La forme φi σ n'est dénie que sur Ui mais la forme ρi φi σ , qui est à support
compact inclus dans Ui , peut être étendue en une forme ωi globalement dénie sur M.
86
P
Posons ω= i∈I ωi et vérions que ω est une forme volume sur M .
Soit x ∈ M. Alors, il existe un indice j pour lequel ρj (x) > 0 et on peut écrire :
X
ω(x) = ρi (x)φ∗i σ(x)
i∈I
X ρi (x)
= ρj (x) φ∗j (φi ◦ φ−1 ∗
j ) σ(x)
i∈I
ρj (x)
X ρi (x)
= ρj (x) φ∗j (det(d(φi ◦ φ−1j )) σ)(x)
i∈I
ρj (x)
!
X ρi (x)
= det(d(φi ◦ φ−1 ∗
j )φj (x) ) ρj (x) φj σ(x).
i∈I
ρ j (x)
Comme l'atlas est orienté, chacun des termes de la somme est positif et le terme d'indice j est
∗
strictement positif. La somme est donc non-nulle et il en est de même de ρj (x) φj σ(x). Nous
avons prouvé que ω(x) 6= 0.
Démontrons maintenant que (a) implique (c). Soit donc ω une forme volume. Pour tout
x ∈ M, on dénit une orientation Ox sur M en décidant qu'une base (v1 , . . . , vn ) est positive-
ment orientée si et seulement si ωx (v1 , . . . , vn ) > 0. Vérions que la famille d'orientations ainsi
construite est localement constante. Soit a ∈ M et soit (v1 , . . . , vn ) une base de Ta M positive
−1
pour Oa . Soit φ une carte en a. Pour i = 1, . . . , n, on pose Vi (x) = (dφx ) (dφa (vi )). La famille
(V1 , . . . , Vn ) forme un repère de T M déni au voisinage de a, qui coïncide avec (v1 , . . . , vn )
en a. De plus, par continuité, comme ωa (v1 , . . . , vn ) > 0, on a ωx (V1 (x), . . . , Vn (x)) > 0 pour
x proche de a. Par conséquent, (V1 (x), . . . , Vn (x)) représente Ox pour x proche de a. Comme
dφx (Vi (x)) = dφa (vi ) ne dépend pas de x, on en déduit que dφx (Ox ) ne dépend pas de x (au
voisinage de a). On a bien prouvé que la famille d'orientations (Ox ) est localement constante.
Z Z
ω := f (x1 , . . . , xn ) dx1 . . . dxn (5.2)
U U
Z Z
∗
φω= ω.
U V
87
Démonstration . Ecrivons ω = f dx1 ∧ · · · ∧ dxn . Alors,
φ∗ ω = f ◦φ φ∗ (dx1 ∧ · · · ∧ dxn )
= f ◦φ det(dφ) dx1 ∧ . . . dxn ,
d'après la remarque 5.14 (b). Comme φ préserve l'orientation, det dφ = | det dφ| et la proposition
est donc conséquence de la formule de changement de variable pour l'intégrale de Lebesgue.
Remarque 5.39. Bien sûr, dans la proposition précédente, si φ inverse l'orientation, alors
∗
R R
U
φω = − V
ω. C'est une conséquence de la démonstration ci-dessus, car alors det dφ =
−| det dφ|. J
Etant donnée une variété, on note Ωnc (M ) l'ensemble des n-formes à support compact sur
M. Bien sûr, si M est compact, alors Ωnc (M ) = Ωn (M ).
Théorème 5.40 (Intégration des formes diérentielles) Soit M une variété
R . de di- orientée
n
mension n. Il existe une unique forme linéaire M : Ωc (M ) → R telle que pour toute carte
orientée (U, φ) de M et toute n-forme ω à support compact dans U, on ait :
Z Z
ω= (φ−1 )∗ ω.
M φ(U )
Remarque 5.41.
88
R
(a) L'unicité implique que la dénition de donnée ci-dessus ne dépend pas des choix d'atlas
M
orienté, ni de partition de l'unité. Dans la pratique, on n'utilise pas la formule donnée dans
la démonstration, car les partitions de l'unité sont en général impossible à calculer.
R R
(b) Si l'on change l'orientation de M, la forme linaire
M
est remplacée par son opposé − M
.
En eet, cela revient à remplacer toutes les cartes de l'atlas (Ui , φi )i∈I ayant servi à la
n
démonstration par (Ui , τ ◦ φi )i∈I où τ est un diéomorphisme de R renversant l'orientation
xé.
R
(c) Si ω est une forme volume sur une variété compacte connexe, alors
M
ω 6= 0. En eet, dans
la formule (5.3), tous les termes ont le même signe.
Z Z
∗
φω= ω.
M N
où ΩnB (M ) est l'ensemble des n-formes ω sur M telles que (Suppω) ∩ B est compact, telle
que pour toute carte orientée (U, φ) de M et toute ω ∈ ΩnB (M ) à support dans U , on ait
Z Z
ω= (φ−1 )∗ ω.
B φ(B∩U )
En combinant avec la remarque (d) ci-dessus, on obtient que pour tout plongement j:V →
M où V est un ouvert de Rk et pour toute k -forme ω ,
Z Z
ω= j ∗ ω.
j(V ) V
Bien sûr, ici, j(V ) est muni de l'orientation image par j de l'orientation de Rk . Cette
dernière formule est très utile pour calculer des intégrales de formes en pratique.
J
1. Rappelons qu'un borélien d'un espace topologique est un élément de la tribu engendrée par les ouverts de
M.
89
Exemple 5.42. Soit α une 1-forme et γ : I → M une courbe paramétrée lisse. Alors,
Z Z Z
∗
α = γ α = αγ(t) (γ̇(t)) dt.
γ(I) I I
En notant, comme d'habitude, dt la 1-forme égale en tout point à la forme linéaire τ 7→ τ , nous
obtenons bien la formule
γ ∗ αt = αγ(t) (γ̇(t)) dt.
J
y dx − x dy
dθ =
x2 + y 2
sur un cercle du plan centré en l'origine vaut 2π .
Exemple 5.43. Nous allons calculer l'intégrale de la forme ω = z dx ∧ dy sur la sphère unité
S2 de R3 .
On paramètre la sphère à l'aide des coordonnées sphèriques. Autrement dit, on la voit comme
image du plongement
et de même,
j ∗ dy = − sin θ sin ϕ dθ + cos ϕ cos θ dϕ.
D'où,
j ∗ ω = j ∗ (z dx ∧ dy)
= sin θ(− sin θ cos ϕ)(cos ϕ cos θ) dθ ∧ dϕ − sin θ(− sin θ sin ϕ)(− sin ϕ cos θ) dθ ∧ dϕ
= sin2 θ cos θ dϕ ∧ dθ.
π
Z Z Z 2π Z
π2
2
∗
sin2 θ cos θ dθ dϕ = 2π sin3 θ
1
ω= j ω= 3 −
π = 43 π.
π π π
S2 ]− , [×]0,2π[ 0 − 2
2 2 2
90
VI La formule de Stokes
VI.1 Domaines à bord lisse
Dans toute la suite, nous utiliserons la notation R− =] − ∞, 0]. On xe une variété M de
dimension n > 1.
Dénition 5.44 (Domaines à bord lisse). Une partie N d'une variété M est appelée domaine
à bord lisse de M si N est l'adhérence d'un ouvert et si pour tout x appartenant à la frontière
∂N = N \ N̊ de N , il existe une carte (U, φ) en x, telle que φ(x) = 0 et
0
x
Exemple 5.45. Soit f : M → R une fonction lisse dont 0 est une valeur régulière. Alors,
{x ∈ M | f (x) 6 0} est un domaine à bord lisse de M.
En eet, par le théorème de forme normale des submersions, il existe une carte φ telle que
f ◦ φ−1 (x1 , . . . , xn ) = x1 ,
vérie en particulier
φ(U ∩ ∂N ) = ({0} × Rn−1 ) ∩ φ(U ).
91
Ceci montre que ∂N est une sous-variété.
(U ∩ ∂N, p ◦ φ|U ∩∂N ), avec (U, φ) une carte orientée
Montrons que les applications de la forme
n−1
en un point de ∂N vériant φ(U ∩ N ) = (R− × R ) ∩ φ(U ), forment un atlas orienté de ∂N .
Par dénition d'un domaine à bord lisse, les domaines de ces applications recouvrent ∂N (on
peut ajuster l'orientation de φ en composant par une réexion laissant la première coordonnée
invariante).
0 0
Etant données deux telles cartes (U ∩∂N, p◦φ|U ∩∂N ) et (U ∩∂N, p◦φ |U 0 ∩∂N ), par hypothèse,
0 −1 n−1
le changement de carte φ ◦ φ préserve l'orientation et envoie R− × R dans lui-même. Il
n−1
en est donc de même de sa diérentielle, qui préserve donc l'orientation du facteur R . Cela
0
montre que le changement de carte entre p ◦ φ|∂N et p ◦ φ |∂N préserve l'orientation.
Remarque 5.49. Dans le cas où M =R et N est un intervalle de la forme [a, b], nous n'avons
pas déni l'intégrale d'une 0-forme sur une variété de dimension 0. En revanche, on sait que
0
l'on a pour ω(x) = f (x), dω = f (x) dx, donc
Z
f 0 (x) dx = f (b) − f (a).
[a,b]
Démonstration . Nous allons commencer par établir la formule de Stokes dans le cas où
n
M =R et N = R− × Rn−1 . Dans ce cas, une n − 1-forme ω s'écrit
n
X
ω= ˆ i ∧ · · · ∧ dxn .
fi dx1 ∧ · · · ∧ dx
i=1
92
La diérentielle s'écrit alors explicitement :
n
X ∂fi
dω = (−1)i−1 dx1 ∧ · · · ∧ dxn .
i=1
∂x i
Or, l'hypothèse sur le support de ω implique que pour i > 2, la fonction fi est à support
R ∂fi
compact et donc
R ∂xi
dxi s'annule. On en déduit :
Z Z Z 0
∂f1
dω = dx1 dx2 . . . dxn
N n−1 −∞ ∂x1
ZR
= f1 (0, x2 , . . . , xn ) dx2 . . . dxn .
Rn−1
Par ailleurs, j ∗ ω = f1 |{0}×Rn−1 dx2 R∧ · · · ∧ dxRn |{0}×Rn−1 car dx1 |{0}×Rn−1 = 0. Nous avons donc
bien établi dans ce cas la formule
∂N
j ∗ ω = N dω .
Notons au passage que dans ce cas particulier, si jamais ω est à support inclus dans l'intérieur
dω = ∂N j ∗ ω = 0. Bien sûr, si ω est à support dans le complémentaire
R R
de N , alors on obtient
N
de N , on obtient la même formule.
Le cas général se déduit facilement du cas particulier à l'aide de partitions de l'unité. On
n−1
choisit un atlas orienté (Ui , φi ) de cartes de M telles que φi (Ui ∩ N ) = (R− × R ) ∩ φi (Ui ).
Un tel atlas existe par dénition des domaines à bord lisse. Bien sûr, une telle carte dénie
n−1
au voisinage d'un point de N̊ a son image incluse dans l'intérieur de R− × R , et une telle
carte dénie au voisinage d'un point de M \ N a son image incluse dans le complémentaire
de R− × Rn−1 . On choisit également une partition de l'unité fi subordonnée au recouvrement
(Ui ), et on note ω i = fi ω . Alors, en utilisant le cas particulier et la formule de changement de
variable,
Z XZ XZ XZ
(φ−1 ∗
d (φ−1 ∗
dω = dωi = i ) dωi = i ) ωi
N i N i Rn−1 i Rn−1
XZ XZ XZ
= jR∗ n−1 (φ−1 ∗
i ) ωi = −1 ∗
((φi |∂N ) ) ωi = ωi
Rn−1 Rn−1 ∂N
Zi i i
= ω.
∂N
93
Exemple 5.51. Calculons le volume de la boule unité de R3 . Une première méthode consiste
à écrire la forme dx ∧ dy ∧ dz en coordonnées sphériques, puis intégrer sur le pavé droit [0, 1] ×
[0, 2π] × [− π2 , π2 ].
Une autre méthode consiste à appliquer la formule de Stokes à la forme z dx ∧ dy , dont la
diérentielle est dx ∧ dy ∧ dz . Il se trouve que l'on a déjà calculé son intégrale sur la sphère :
4
3
π , qui est bien le volume de la boule unité. J
Exemple 5.52. SoitΩ un domaine à bord lisse de R2 , dont le bord est donné par une courbe
lisse simple γ : R/T Z → R2 . On note γ = (f, g) les applications coordonnées de γ. Alors, en
utilisant la formule de Stokes :
Z Z Z T
Aire(Ω) = dx ∧ dy = x dy = f (t) g 0 (t) dt.
Ω ∂Ω 0
Une telle aire est donc très simple à calculer. Notons que la formule de Stokes donne aussi :
Z Z
1
Aire(Ω) = − y dx = 2
(x dy − y dx).
∂Ω ∂Ω
Les deux corollaires suivants sont des cas particuliers de la formule de Stokes connus sous
d'autres noms.
Corollaire 5.53 (Formule de Green-Riemann). Soit D un domaine à bord lisse du plan. Alors
pour toutes fonctions P, Q lisses sur D,
Z Z
∂Q ∂P
P dx + Q dy = − dx dy.
∂D D ∂x ∂y
Le corollaire suivant demande un peu de préparation. Etant donné un domaine à bord lisse
Ω de R3 . On se donne un champ de vecteurs N sur R3 qui coïncide en tout point x de ∂Ω avec
3
le vecteur normal unitaire sortant. On note j : ∂Ω → R l'injection canonique. La 2-forme
est appelée forme d'aire sur ∂Ω. Etant donné un champ de vecteurs X, on appelle ux de X
à travers ∂Ω la quantité Z
Flux∂Ω (X) = hX, N iσ.
∂Ω
Intuitivement, si l'on pense au ot de X comme à un écoulement de uide, le ux de X à
travers ∂Ω est la quantité innitésimale de matière qui traverse ∂Ω par unité de temps.
On appelle divergence de X = (X1 , X2 , X3 ) la fonction div(X) = ∂X
∂x
1
+ ∂X
∂y
2
+ ∂X
∂z
3
. Nous
pouvons maintenant énoncer le deuxième corollaire :
94
Démonstration . α = dx ∧ dy ∧ dz . Par dénition, hX, N iσ = hX, N ij ∗ (ιN α) en tout
Notons
point de ∂Ω. Comme α est une 3-forme et ∂Ω est de dimension 2, la restriction de α à ∂Ω est
∗
nulle. En particulier, pour tout champ de vecteurs T tangent à ∂Ω, j (ιT α) = 0.
Ceci s'applique en particulier au champ de vecteurs T = X − hX, N iN . On en déduit :
Théorème 5.55 (Brouwer) . Toute application continue de la boule unité fermée de Rn dans
elle-même admet un point xe.
Lemme 5.56 (de non-rétraction). Soit N un domaine à bord lisse orientable et compact d'une
variété. Alors, il n'existe pas d'application lisse r : N → ∂N telle que r|∂N = Id∂N .
Démonstration . Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe une telle application
R r.
Soit ω une forme volume sur ∂N . Alors, on sait que ∂N ω 6= 0. Notons par ailleurs que dω est
nulle car c'est une n-forme sur∂N qui est de dimension n − 1. Notons j : ∂N → N l'injection
canonique. Par hypothèse, r ◦ j = Id∂N . Alors, par la formule de Stokes,
Z Z Z Z
∗ ∗ ∗ ∗
0= r dω = d(r ω) = j r ω= ω 6= 0.
N N ∂N ∂N
95
Chapitre 6
Cohomologie de De Rham
Dans ce chapitre, nous introduisons la cohomologie de De Rham, qui est un outil algébrique
permettant de distinguer des variétés non homéomorphes. Nous calculerons la cohomologie de
De Rham sur certains exemples et donnerons quelques applications. Ce chapitre constitue une
première approche de la topologie algébrique, dont le but est de classer les espaces topologiques
à l'aide d'invariants algébriques.
Dénition 6.1. Une forme diérentielle ω est dite fermée si dω = 0. Elle est dite exacte s'il
existe une forme α telle que ω = dα.
Remarque 6.2.
(b) Une 0-forme est fermée si et seulement si c'est une fonction localement constante. Elle n'est
jamais exacte, sauf si elle est nulle.
(c) Comme d ◦ d = 0, une forme exacte est toujours fermée. La réciproque est fausse en général
et c'est ce phénomène précis que nous étudierons en détail dans ce chapitre !
j ∗ ω = 0.
R
(a) Si ω est exacte alors V
(b) Si ω est fermée et s'il existe une sous-variété orientable W telle que V soit le bord d'un
W , alors V j ∗ ω = 0.
R
domaine à bord lisse compact de
Démonstration . Chacun des deux points va être une application de la formule de Stokes.
96
Exemple 6.4. Etudions des exemples de 1-formes dénies sur des ouverts du plan. Une 1-forme
sur un ouvert U de R2 s'écrit
ω = f dx + g dy.
∂f ∂g
Elle est fermée si et seulement si
∂y
= ∂x
.
2
Dans le cas où U = R et si ω est fermée, alors nous allons vérier que ω est exacte. Posons
Rx Ry
F (x, y) = 0 f (t, y)dt + 0 g(0, t)dt. Alors,
(
∂F
∂x
(x, y) = f (x, y),
Rx Rx
∂F
∂y
(x, y) = 0 ∂f∂y
(t, y)dt + g(0, y) = 0 ∂g
∂x
(t, y)dt + g(0, y) = g(x, y),
donc ω = dF .
x dy−y dx 2
Par exemple, considérons la forme ω= , dénie sur U = R \ {0}. Nous avons déjà
x2 +y 2
vu que dω = 0. Il s'agit donc d'une forme fermée. En revanche, nous pouvons montrer qu'elle
n'est pas exacte sur U.
En eet, si ω
était exacte, alors son intégrale sur le cercle unité serait nulle (proposition
R R 2π
précédente). Or nous avons vu que
S1 ω = 0
dθ = 2π .
2
Dans le cas où U = R \{p1 , . . . , pk }, les pi étant des points 2 à 2 distincts, on peut construire
de multiples exemples de formes fermées non-exactes. Par exemple, en notant τu laPtranslation
k ∗
de vecteur −u, on peut considérer l'espace V de toutes les combinaisons linéaires i=1 ai τpi ω,
où ω est la forme d'angle du paragraphe précédent et a1 , . . . , a k sont des coecients réels.
L'intégrale d'une telle forme sur un petit cercle Ci autour de pi (et qui n'entoure qu'un seul
pi ) est 2πai . Donc l'application linéaire
Z Z
k
I : V → R , ω 7→ ω, . . . , ω
C1 Cn
est un isomorphisme et V est de dimension k. De plus, si deux élements de V dièrent par une
forme exacte alors, d'après la proposition précédente, ils ont la même image par I, donc les
mêmes coecients ai . Ceci prouve
dim {ω ∈ Ω1 (U ) | ω ∈ Ω1 (U ) | ω
fermée}/{ω exacte} > k,
et suggère que d'une manière générale, le quotient de l'espace des formes fermées par celui
des formes exactes mesure la complexité d'un espace, le nombre de ses trous. Nous allons
développer cette idée dans la suite du chapitre.
Nous démontrerons en particulier que le quotient ci-dessus est de dimension exactement k
(voir proposition 6.25 ci-dessous). J
II Cohomologie de De Rham
Guidé par l'exemple précédent, il est naturel de poser la dénition suivante.
97
Remarque 6.6.
H 0 (M ) = R{composantes connexes de M }
Cela conrme l'idée que les groupes de cohomologie mesurent la complexité de l'espace. Les
k
autres H (M ) sont plus compliqués à calculer.
∪ : H k (M ) × H ` (M ) → H k+` (M )
donné par [α] ∪ [β] = [α ∧ β] pour toute k -forme α et `-forme β . On l'appelle le produit cup.
α0 ∧ β 0 = α ∧ β + da ∧ β + α ∧ db + da ∧ db.
∗
Démonstration . C'est une conséquence immédiate du fait que pour toute forme ω , f (dω) =
∗
d(f ω), ce qui implique que f ∗ envoie forme fermée sur forme fermée et forme exacte sur forme
exacte.
Nous allons maintenant développer deux outils permettant de calculer les groupes de coho-
mologie : l'invariance par homotopie et la suite exacte de Mayer-Vietoris.
98
Dénition 6.9. Soient deux espaces topologiques et f, g : X → Y deux applications
X, Y
continues. Une homotopie de f à g est une application continue H : X × [0, 1] → Y , telle que
pour tout x ∈ X , H(0, x) = f (x) et H(1, x) = g(x). S'il existe une homotopie de f à g , on dit
que f et g sont homotopes.
Soient M et N deux variétés et f, g : M → N deux applications lisses. Une homotopie lisse
de f à g est une application lisse H : M ×] − ε, 1 + ε[→ N avec ε > 0 telle que H(x, t) = f (x)
pour tout (x, t) ∈ M ×] − ε, 0] et H(x, t) = g(x) pour tout (x, t) ∈ M × [1, 1 + ε[. S'il existe une
∞
homotopie lisse de f à g , on dit que f et g sont C -homotopes.
Proposition 6.10. Les relations d'homotopie et d'homotopie lisse sont des relations d'équiva-
lence.
est une homotopie de f à h. Si H et K sont lisses, on peut contruire une homotopie lisse de f
à h par la formule (
1
H(x, (2 + δ)t), si t6 2+δ
(x, t) 7→ 1
K(x, (2 + δ)t − 1 − δ), si t> 2+δ
,
pour δ>0 susamment petit. Ceci montre que ces relations sont transitives.
99
··· / Ωp−1 (M × R) d / Ωp (M × R) d / Ωp+1 (M × R) / ···
Kp Kp+1
j1∗ −j0∗ j1∗ −j0∗ j1∗ −j0∗
y v v
··· / Ωp−1 (M )
d / Ωp (M )
d / Ωp+1 (M ) / ···
Ceci impliquera que si α est une forme fermée, alors j1∗ α − j0∗ α est exacte donc [j1∗ α] = [j0∗ α]
comme souhaité.
∂
On considère le champ de vecteurs sur M × R, dont le ot est donné par la formule
∂t
φt (x, s) = (x, s + t). Pour des raisons typographiques, il sera pratique de noter φt au lieu de φt .
On a donc φt ◦ j0 = jt où jt désigne le plongement jt : x 7→ (x, t), M → M × R. Alors,
d ∗ d d
(jt α) = j0∗ (φ∗t α) = j0∗ φ∗t (φ∗s α)|s=0 = j0∗ φ∗t L ∂ α = jt∗ L ∂ α.
dt dt ds ∂t ∂t
d ∗
(jt α) = jt∗ (dι ∂ α + ι ∂ dα)
dt ∂t ∂t
∗
= d(jt ι ∂ α) + jt∗ ι ∂ dα.
∂t ∂t
Z 1
d ∗
j1∗ α − j0∗ α = (j α) dt = dKp α + Kp+1 dα,
0 dt t
comme annoncé.
Le théorème suivant, que nous admettrons, va nous permettre de nous passer de la lissité
des applications, dans de nombreux cas.
Théorème 6.13 (Admis) . Toute application continue M →N entre variétés est homotope à
une application lisse M → N. De plus, deux applications lisses homotopes sont C ∞ -homotopes.
Ce théorème arme donc que les classes d'homotopies d'applications continues entre M et
N s'identient aux classes d'homotopie lisse d'applications lisses entre M et N. Ce théorème
permet de dénir le tiré en arrière d'une classe de cohomologie par une application continue.
Dénition 6.14. ∗ k
Pour toute application continue f : M → N , on dénit f : H (N ) →
en posant f := f¯ où f¯ est n'importe quelle application lisse M → N homotope à f .
k ∗ ∗
H (M )
100
Dénition 6.15. On dit qu'une application continue f :X→Y est une équivalence d'homo-
topie s'il existe g:Y →X continue telle que f ◦g est homotope à IdY et g◦f est homotope à
IdX .
S'il existe une équivalence d'homotopie entre N et M, on dit que N et M ont même type
d'homotopie.
(b) Rn \{0} a le même type d'homotopie que Sn . En eet, si l'on considère l'inclusion canonique
x
f de Sn dans Rn \ {0} et g l'application Rn \ {0} → Sn , dénie par g(x) = kxk , alors
n n x
g ◦ f = IdSn et f ◦ g est l'application R \ {0} → R \ {0}, x 7→ kxk . Cette dernière est bien
x
homotope à IdRn \{0} via l'homotopie H(x, t) = t
kxk
+ (1 − t)x.
J
Si f
est une équivalence d'homotopie, alors avec les notations de la dénition, f∗ est un
k k ∗
isomorphisme entre H (M ) → H (N ) de réciproque g . D'où le théorème suivant :
Théorème 6.17. Deux variétés qui ont même type d'homotopie ont des groupes de cohomologie
de De Rham isomorphes.
En particulier, deux variétés homéomorphes ont des groupes de cohomologie isomorphes.
On dit qu'un espace est contractile, s'il a le type d'homotopie d'un singleton.
H 0 (M ) = R, et H k (M ) = 0, ∀k > 0.
101
dk+1 ◦ dk = 0. An de bien visualiser l'ensemble des données, on note souvent un tel complexe
comme suit :
dk dk+1
··· / Ek / E k+1 / E k+2 / ···
Bien sûr, (Ω∗ (M ), d), où d est la diérentielle extérieure, est le complexe de cochaines qui
nous intéresse dans ce cours. Mais ce n'est pas le seul qui soit intéressant. Ces complexes sont
omniprésents en topologie et en algèbre.
La condition dk+1 ◦ dk = 0 est équivalente à Im dk ⊂ ker dk+1 .
On dit qu'un complexe est une suite exacte si pour tout entier k ∈ Z, on a Im dk = ker dk+1 .
Une suite exacte courte est une suite exacte dont tous les termes sont nuls sauf éventuellement
trois consécutifs d'entre eux. Une suite exacte courte se note :
0 / E
i /F π / G / 0.
0 /E i /F π / G / 0,
alors G ' F/E (en particulier, dim F = dim E + dim G). En eet, π est surjective donc
G = Im π ' F/ ker π = F/Im i ' F/E . Le dernier isomorphisme vient du fait que i est
injective et donc Im i ' E .
0 0
Un morphisme de complexes de cochaines f : (E, d) → (E , d ) est la donnée d'applications
k k 0k 0 k k+1
f : E → E telles que pour tout k ∈ Z, dk ◦ f = f ◦ dk . Autrement dit, le diagramme
suivant est commutatif.
dk dk+1
··· / Ek / E k+1 / E k+2 / ···
fk f k+1 f k+2
d0k
d0
··· / E 0k / E 0k+1 k+1 / E 0k+2 / ···
Nous avons vu par exemple que si f : M → N est une application lisse, alors f∗ est un
morphisme de complexes entre (Ω(N ), d) et (Ω(M ), d).
La cohomologie d'un complexe de cochaines est la suite des espaces vectoriels (ou modules)
H ∗ (E, d) = (H k (E, d))k∈Z donnée par
Une suite exacte a une cohomologie nulle. Intuitivement, la cohomologie mesure donc le défaut
d'exactitude du complexe.
Par exemple, les groupes de cohomologie de De Rham forment la cohomologie du complexe
(Ω(M ), d).
0 0
Un morphisme de complexes f : (E, d) → (E , d ) induit une application en cohomologie
f¯ : H ∗ (E, d) → H ∗ (E, d). En eet, si a, a0 ∈ Ek représentent la même classe de cohomologie
0 0 0
de E , alors a − a = dk−1 b pour un certain b ∈ Ek−1 . Donc fk (a) = fk (a + dk−1 b) = fk (a ) +
fk (dk−1 b) = fk (a0 ) + dk−1 fk−1 (b) et on voit que fk (a) et fk (a0 ) dénissent la même classe de
0
cohomologie de E .
102
IV.2 Suite exacte longue en cohomologie associée à une suite exacte
courte de complexes
Une suite exacte courte de complexes est la donnée de trois complexes de cochaines E, F, G
et de morphismes f :E→F et g:F →G tels que pour tout k ∈ Z,
fk gk
0 / Ek / Fk / Gk / 0
est exacte. Autrement dit, on a un diagramme commutatif comme ci-dessous, où les colonnes
sont des complexes et les lignes des suites exactes courtes :
. . .
. . .
. . . (6.1)
fk−1
gk−1
0 / E k−1 / F k−1 / Gk−1 / 0
fk gk
0 / Ek / Fk / Gk / 0
fk+1
gk+1
0 / E k+1 / F k+1 / Gk+1 / 0
. . .
. . .
. . .
103
Elle vérie f¯([e]) = [f (e)] = [a − dc] = [a]. Nous venons de montrer que toute classe [a] du
noyau de ḡ est dans l'image de f¯.
Etape 2 : construction de δ . Soit [c] la classe de cohomologie d'un élément c ∈ Gk , vériant
dc = 0. Comme g est surjective, il existe un élement b ∈ F k tel que g(b) = c.
Remarquons alors que db ∈ ker g . En eet, g(db) = dg(b) = dc = 0. Comme db ∈ ker g =
Im f , il existe un élement a ∈ E k+1 tel que f (a) = db.
Cet élément a vérie da = 0. En eet, f (da) = df (a) = ddb = 0 et donc da = 0 puisque f est
injective. Nous pouvons donc considérer la classe de [a]. Nous allons poser δ([c]) = [a]. Cette
dénition ne pourra bien sûr être faite que lorsque l'étape suivante aura été démontrée.
f (a0 ) = db0 .
0 k−1 0
Alors, comme [c ] = [c], il existe γ ∈ G tel que c = c + dγ . Comme g est surjective, il
k−1 0 0
existe β ∈ F tel que g(β) = γ . Alors g(b − b − dβ) = g(b ) − g(b) − dg(β) = 0. Comme
b − b − dβ ∈ ker g = Im f , il existe un élément α ∈ E tel que b0 − b − dβ = f (α).
0 k
0 0
Mais alors, f (a − a − dα) = db − db − df (α) = ddβ . L'application f étant injective, on en
0 0
déduit que a = a + dα et donc que [a ] = [a] comme souhaité.
Etape 4 : exactitude en H k (E). Soit c ∈ Gk tel que dc = 0. Alors avec les notations de la
construction de δ , f (δ([c])) = f¯([a]) = [f (a)] = [db] = 0. Ceci montre que f¯ ◦ δ = 0.
¯
Montrons maintenant que ker f¯ ⊂ Im δ . Supposons donc que l'on ait f¯([a]) = 0 pour un
k+1 k
certain élément a ∈ E . Alors, [f (a)] = 0, donc il existe b ∈ F tel que f (a) = db. Posons
c = g(b). Alors, dc = dg(b) = g(db) = g ◦ f (a) = 0. Donc c admet une classe de cohomologie et
par dénition de δ , nous avons δ([c]) = [a]. Nous avons montré l'inclusion souhaitée.
Etape 5 : exactitude en H k (G). Soit b ∈ Fk tel que db = 0. Alors, δ(ḡ([b])) = δ([g(b)]) est
représenté par construction par tout antécédent de db par f , donc par 0 puisque db = 0. Ceci
montre que δ ◦ ḡ = 0.
Montrons maintenant que ker δ ⊂ Im g . Supposons donc que l'on ait δ([c]) = 0 pour un
certain élément c ∈ Gk . Alors, avec les notations de la construction de δ , [a] = 0 donc il existe
α ∈ E k tel que a = dα. Posons β = f (α). dβ = df (α) = f (dα) = f (a) = db donc b − β
Alors,
admet une classe de cohomologie qui vérie ḡ([b − β]) = [g(b − β)] = [g(b) − g(f (α))] = [g(b)] =
[c]. Nous avons montré l'inclusion souhaitée.
Ces quelques préparatifs achevés, nous pouvons maintenant revenir au calcul de la cohomo-
logie de De Rham.
Théorème 6.20 (suite exacte de Mayer-Vietoris). Soient M une variété et U, V deux ouverts
104
2
de M. On considère les applications
Alors,
f g
0 / Ω(U ∪ V ) / Ω(U ) ⊕ Ω(V ) / Ω(U ∩ V ) / 0
est une suite exacte courte de complexes. Elle induit une suite exacte longue
0 / H 0 (U ∪ V ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) / H 0 (U ∩V) / H 1 (U ∪ V ) / ···
··· / H 1 (U ∪ V ) / H n (U ) ⊕ H n (V ) / H n (U ∩ V ) / 0.
Remarque 6.21. Un cas particulier trivial de la suite exacte de Mayer-Vietoris est le cas
ouU et V sont disjoints. On a alors H k (U ∩ V ) = {0} pour tout k par convention, donc
H (U ∪ V ) ' H k (U ) ⊕ H k (V ).
k
J
Nous avons maintenant les outils pour quelques calculs de cohomologie de De Rham.
V Quelques calculs
Proposition 6.22. Pour tout n > 1, H 0 (Sn ) ' R, H n (Sn ) ' R et H k (Sn ) = {0}, pour tout
k 6= n.
105
Dans le cas du cercle, la suite exacte s'écrit donc
f
0 / H 0 (S1 ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) g / H 0 (U ∩ V ) δ / H 1 (S1 ) / 0.
f g
0 / R / R⊕R / R⊕R
δ / H 1 (S1 ) / 0.
Comme f est injective, elle est de rang 1. Donc le noyau de g est de dimension 1. Par le
théorème du rang, g
est donc aussi de rang 1 et le noyau de δ est de dimension 1. En appliquant
1 1
le théorème du rang à δ on en déduit que H (S ) ' R. Nous avons bien initialisé la récurrence.
Supposons maintenant n > 1. Alors, les premiers termes de la suite exacte donnent
0 / H 0 (Sn ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) / H 0 (U ∩ V ) / H 1 (Sn ) / 0,
comme précédemment, sauf qu'ici U ∩V est connexe. Donc en remplaçant par les isomorphismes
connus,
0 / R / R⊕R /R / H 1 (Sn ) / 0.
En raisonnant comme au-dessus, on obtient dim H 1 (Sn ) = 0.
Pour k > 1, utilisons le morceau de suite exacte :
H k (U ) ⊕ H k (V ) / H k (U ∩ V )
δ / H k+1 (U ∪ V ) / H k+1 (U ) ⊕ H k+1 (V ) .
Remarque 6.23. Nous avons vu que la forme y dx − x dy dénie sur S1 est fermée mais pas
1 1
exacte. Elle engendre donc H (S ). J
Plus généralement :
Théorème 6.24. Si M est compacte connexe orientable et si ω est une forme volume, alors
[ω] 6= 0. En particulier, H dim M (M ) 6= {0}.
R
Démonstration . En eet, si une forme volume ω était exacte, alors on aurait
M
ω = 0, ce
qui n'est pas le cas.
R,
si k = 0,
k
H (D \ {x1 , . . . , xp }) = Rp , si k = 1,
{0}, si k > 2.
106
Démonstration . Pour tout i = 1, . . . , p, on choisit Di un disque ouvert contenant xi inclus
dans D, de telle sorte que les Di soient deux à deux disjoints. Nous allons appliquer la suite
exacte de Mayer-Vietoris aux ouverts U = D \ {x1 , . . . , xp } et V = D1 ∪ · · · ∪ Dp . Comme la
variété considérée est de dimension 2, la suite s'annule au delà du degré 2.
0 →H 0 (U ∪ V ) → H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 0 (U ∩ V ) →
H 1 (U ∪ V ) → H 1 (U ) ⊕ H 1 (V ) → H 1 (U ∩ V ) →
H 2 (U ∪ V ) → H 2 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 2 (U ∩ V ) → 0.
Or, U ∪ V = D est contractile et V est une réunion disjointe d'ouverts contractiles. De plus,
U ∩V est la réunion disjointe des Di \{xi } et a donc le type d'homotopie d'une réunion disjointes
de p cercles. On peut donc remplacer dans la suite exacte :
0 →R → R ⊕ Rp → Rp →
{0} → H 1 (U ) ⊕ {0} → Rp →
{0} → H 2 (U ) ⊕ {0} → {0} → 0.
On en déduit le résultat escompté.
Proposition 6.27. Soit Σg la surface de R3 de genre g (dénie dans la liste d'exemples 1.19).
Alors,
R,
si k = 0,
k
H (Σg ) ' R2g , si k = 1,
si k = 2.
R,
U
V
0 →H 0 (U ∪ V ) → H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 0 (U ∩ V ) →
H 1 (U ∪ V ) → H 1 (U ) ⊕ H 1 (V ) → H 1 (U ∩ V ) →
H 2 (U ∪ V ) → H 2 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 2 (U ∩ V ) → 0.
107
En remplaçant par les isomorphismes connus, nous en déduisons la suite exacte suivante (au
passage, donnons un nom aux applications, ce sera utile pour la suite du raisonnement) :
a b c d e f
0 → R → R ⊕ R → Rk+1 → H 1 (Σg ) → Rk ⊕ Rk → Rk+1 → H 2 (Σg ) → {0} ⊕ {0} → {0} → 0.
Alors a est injective donc de rang 1. Par le théorème du rang, b est donc de rang 2 − 1 = 1.
Le théorème du rang à nouveau nous donne c de rang k + 1 − 1 = k . De même, d est de rang
dim H 1 (Σg ) − k , et e est de rang 2k − dim H 1 (Σg ) + k = 3k − dim H 1 (Σg ).
On peut dire plus sur le rang de e. En eet, la remarque 6.26 implique que le rang de e est
1
au moins de dimension k . D'où dim H (Σg ) 6 2k .
Continuons à analyser la suite. On déduit du rang de e le rang de f qui est donc k + 1 +
dim H 1 (Σg ) − 3k = dim H 1 (Σg ) + 1 − 2k . Par ailleurs, f est surjective donc de rang dim H 2 (Σg ).
Nous en déduisons :
dim H 2 (Σg ) = dim H 1 (Σg ) + 1 − 2k.
Comme dim H 2 (Σg ) > 1 (en eet, Σg est compacte orientable, donc le théorème 6.24 s'applique),
1
nous en déduisons dim H (Σg ) > 2k .
1
Avec l'inégalité du paragraphe précédent, nous obtenons bien dim H (Σg ) = 2g , et dans un
2
deuxième temps dim H (Σg ) = 1.
Théorème 6.28. Soit M une variété compacte connexe orientée de dimension n. Alors,
Z Z
n
: H (M ) → R, [ω] 7→ ω
M M
Remarquons que la surjectivité de cette application est donnée par le théorème 6.24. Dans
n
le cas de S où des surfaces compactes orientables, le fait qu'il s'agit d'un isomorphisme résulte
des calculs de la partie précédente.
Ce résultat ce généralise encore comme suit :
Théorème 6.29 (dualité de Poincaré) . Soit M une variété compacte connexe orientée de
dimension n. Alors, pour tout k ∈ Z, l'application bilinéaire
Z
k n−k
H (M ) × H (M ) → R, ([α], [β]) 7→ α∧β
M
108
Remarque 6.30. Si M est connexe mais non orientable, on peut montrer que H n (M ) = {0}.
J
bk (M ) = dim H k (M ).
n
X
χ(M ) = (−1)k bk (M ).
k=0
Par exemple, la caractéristique d'Euler d'une surface orientable de genre g est 2 − 2g . Si M est
compacte orientable et de dimension impaire, la dualité de Poincaré implique que la caracté-
ristique d'Euler est nulle.
Exercice 19. Montrer que la caractéristique d'Euler de la somme connexe de deux variétés M
et N de dimension n est donnée par :
(
χ(M ) + χ(N ) − 2, si n est pair.
χ(M ]N ) =
χ(M ) + χ(N ), si n est impair.
Dénition 6.31 (degré d'une application) . Soit f : M → M une application lisse, avec M
compacte orientée. Pour toute valeur régulière a def et tout point x ∈ f −1 (a), on pose
(
+1 si dfx préserve l'orientation,
ε(x) =
−1 si dfx renverse l'orientation.
109
Exemples 6.32. Voici trois exemples d'applications du cercle dans lui-même.
+
-
+ + +
a a a
On peut observer que sur chacun de ces trois exemples, le degré obtenu ne dépend pas du
choix de a (parmi les valeurs régulières). J
Théorème 6.33. Pour toute application lisse f :M →M avec M compacte connexe orientée
de dimension n, le degré de f ne dépend pas du choix de la valeur régulière. On le note deg f .
De plus, l'application f ∗ : H n (M ) → H n (M ) est la multiplication par deg f .
Donnons quelques conséquences intéressantes (toujours sous les hypothèses M compacte
connexe orientable) :
Si deg f 6= 0
f est surjective.
alors
Le nombre modulo 2 de préimages des valeurs régulières d'une application lisse ne dépend
pas de la valeur régulière.
Si f admet une valeur régulière qui a un nombre impair de préimages alors deg f = ±1
et f est nécessairement surjective.
Démonstration du théorème. Nous allons montrer que pour toute valeur régulière a, l'applica-
∗ n n
tion f : H (M ) → H (M ) est la multiplication par dega f . Cela impliquera les deux assertions
du théorème.
Soit a x ∈ f −1 (a), f est
une valeur régulière. Par le théorème d'inversion locale, pour tout
un diéomorphisme au voisinage de x. Choisissons un ouvert V autour de a et Ux des ouverts
−1
autour de chacun des x ∈ f (a) tels que f (Ux ) = V . On peut supposer que les Ux sont 2 à 2
disjoints.
Soit φ une carte en a, et ρ une fonction à support compact inclus dans φ(V ) et d'intégrale 1.
Alors, ω = φ∗ (ρ dx1 ∧ · · · ∧ dxn ) est une forme à support compact inclus dans V et d'intégrale
1. On l'étend à M par 0.
∗
Alors f ω est supportée dans la réunion des Ux , donc
Z X Z X Z Z
∗ ∗
f ω= f |Ux ω = ε(x) ω = dega (f ) ω.
M x∈f −1 (a) Ux x∈f −1 (a) V M
110
D'après le théorème 6.28, on en déduit que f∗ est la multiplication par dega (f ).
Théorème 6.34 (de la boule chevelue). Tout champ de vecteurs sur une sphère de dimension
paire s'annule en au moins un point.
2n
Démonstration . Supposons qu'il existe un champ de vecteurs X qui ne s'annule pas sur S .
X(x)
Alors f : x 7→ dénit une application de la sphère dans elle-même qui a la propriété que
kX(x)k
f (x) est orthogonal à x, pour tout x.
Nous pouvons utiliser f pour construire une homotopie entre IdS2n et −IdS2n . En eet, f est
homotope à Id S2n via l'homotopie donnée par
1
H(x, t) = (tf (x) + (1 − t)x),
ktf (x) + (1 − t)xk
1
K(x, t) = (tf (x) − (1 − t)x).
ktf (x) − (1 − t)xk
H(x, t)
x
f (x)
0
K(x, t)
−x
Comme IdS2n et −IdS2n sont homotopes, elles agissent de manière identique en cohomologie
donc ont même degré. Le degré de Id est 1. Comme −Id est bijective, son degré est ±1 selon
que −Id préserve ou renverse l'orientation.
Pour déterminer si −Id préserve ou renverse l'orientation, regardons −Id dans les cartes de
l'atlas par projection stéréographique. On peut remarquer que pour x 6= N, S , on a pN (−x) =
−pS (x). Donc
x
pN ◦ (−IdS2n ) ◦ p−1
N : x 7→ − , R2n \ {0} → R2n \ {0}.
kxk2
Cette application renverse l'orientation de R2n \ {0}, donc −IdS2n renverse l'orientation de S2n
et est donc de degré −1. Contradiction.
111
Démonstration . Soit P
un polynôme complexe non-constant. Commençons par montrer que P
P̃ : P1 (C) → P1 (C) lisse. Rappelons que P1 (C) s'identie à C ∪ {∞}.
s'étend en une application
1 1
Pour cela, on peut plonger C dans P (C) via z 7→ [z : 1]. On a alors P (C) = {[z : 1] | z ∈
C} ∪ {[1 : 0]}.
Pour que P̃ étende P , on doit donc avoir P̃ ([z : 1]) = [P (z) : 1], et donc pour tout y 6= 0,
P̃ ([x : y]) = [P ( xy ) : 1] = [y n P ( xy ) : y n ], en notant n le degré de P (remarquons que y n P ( xy ) est
un polynôme homogène de degré n à deux variables). Cette dernière formule détermine P̃ en
1
tout point de P (C) et en montre la lissité.
1 2
Comme P (C) est diéomorphe à S , la théorie du degré s'applique. Comme P est holo-
0
morphe, P préserve l'orientation. En eet, sa diérentielle en z est la multiplication par P (z)
qui est une similitude directe. Donc le degré de P̃ est le nombre de préimages de n'importe
quelle valeur régulière de P̃ , donc en particulier, de n'importe quelle valeur régulière de P .
0
Comme P n'est pas constant, il existe au moins un point z où P (z) 6= 0. Par inversion
locale, l'image de P est donc d'intérieur non-vide. L'image de P contient donc au moins une
valeur régulière. Autrement dit, il existe au moins une valeur régulière qui admet au moins un
antécédent. Par conséquent, le degré topologique de P̃ est strictement positif.
Cela implique que P̃ est surjectif. En particulier, 0 est dans l'image de P.
Remarque 6.36. Une conséquence de la démonstration qui précède est que le degré de P̃
coïncide avec le degré du polynôme P. J
112