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Géométrie diérentielle

Cours de M1

1
Vincent Humilière

2
Premier semestre 2019-2020

1. [email protected], https ://webusers.imj-prg.fr/ ∼vincent.humiliere/


2. Dernière révision : 9 décembre 2019
Table des matières

Introduction 3
1 Sous-variétés de Rn 5
I Rappels de calcul diérentiel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
II Immersions, submersions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
n
III Sous-variétés de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
IV Espace tangent à une sous-variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

2 Variétés diérentiables 20
Parenthèse : espaces topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
I Notion de variété diérentiable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
II Applications lisses entre variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
III Sous-variétés d'une variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
IV Exemples et constructions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.1 Somme disjointe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.2 Produits de variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Parenthèse : topologie quotient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
IV.3 Somme connexe de deux variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
IV.4 Quotient de variétés par des actions libres et propres de groupes discrets 35
IV.5 L'espace projectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
V Plongement de Whitney et partitions de l'unité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

3 Le bré tangent 45
I L'espace tangent à une variété en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
II Fibrés vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
III Les brés tangent et cotangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
IV Champs de vecteurs, formes diérentielles de degré 1. . . . . . . . . . . . . . . . 53
IV.1 Denitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
IV.2 Champs de vecteurs et dérivations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
IV.3 Ecriture locale des champs de vecteurs et des formes diérentielles de
degré 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56

4 Champs de vecteurs et ots 59


I Champs de vecteurs et équations diérentielles ordinaires . . . . . . . . . . . . 59
II Flot d'un champ de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
III Quelques exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
IV Dérivée de Lie d'un champ de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68

1
5 Formes diérentielles 71
I Formes alternées et produits extérieurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
n
II Formes diérentielles sur un ouvert de R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
III Fibré des formes alternées d'une variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
IV Orientation des variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
V Intégration des formes diérentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
VI La formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
VI.1 Domaines à bord lisse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
VI.2 La formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
VI.3 Une application topologique : le théorème de Brouwer . . . . . . . . . . . 95

6 Cohomologie de De Rham 96
I Formes fermées et formes exactes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
II Cohomologie de De Rham . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
III Invariance par homotopie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
IV La suite exacte de Mayer-Vietoris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
IV.1 Vocabulaire d'algèbre homologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
IV.2 Suite exacte longue en cohomologie associée à une suite exacte courte de
complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
IV.3 La suite exacte de Mayer-Vietoris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
V Quelques calculs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
VI Cohomologie en degré maximal et applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
VI.1 Quelques énoncés sans démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
VI.2 Degré d'une application de la sphère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

2
Introduction
Le but de ce cours est d'introduire le langage de la géométrie diérentielle, qui est omnipré-
sent en mathématiques, et de se familiariser avec les objets centraux de ce domaine, les variétés
diérentielles.
Intuitivement, une variété est un objet géométrique lisse. De manière plus précise, les
variétés diérentielles (de dimension donnée n) sont les espaces localement diéomorphes à
Rn . La gure ci-dessous montre deux exemples de variétés diérentielles : une courbe bien
régulière et une sphère.

La gure ci-dessous montre deux exemples d'espaces qui ne sont pas des variétés diéren-
tielles : la réunion de deux droites sécantes et un morceau de surface avec un coin. Ce ne
sont pas des variétés car chacun de ces deux exemples admets au moins un point dont aucun
n 1
voisinage n'est diéomorphe à un ouvert de R .

Nous mettrons l'accent sur les exemples fondamentaux : sphères, tores, espace projectifs.
Mais des constructions abstraites apparaîtront aussi : quotients de variétés, brés vectoriels...
n
Nous verrons que toutes les propriétés locales du calcul diérentiel dans R peuvent être trans-
posées aux variétés et nous ne nous priverons pas de le faire. Il s'agit d'un cours où de très
nombreuses nouvelles notions sont introduites.
La dernière partie du cours est une introduction à la topologie diérentielle et à la topo-
logie algébrique, dont le but est la classication des variétés diérentielles par des méthodes
algébriques. A chaque variété diérentiable M, nous associerons (de manière assez élaborée)

1. Dans le cas d'une surface avec coin, on peut trouver un voisinage homéomorphe à un ouvert de R2 , mais
pas de diéomorphisme.

3
un espace vectoriel noté H ∗ (M ), appelé  cohomologie de De Rham  de M. Nous utiliserons
cette construction pour montrer que certains espaces ne sont pas homéomorphes. Par exemple,
nous démontrerons qu'un tore n'est pas homéomorphe à une sphère :

6'

Ces notes de cours sont très largement inspirées d'autres (que vous pouvez aussi consulter),
en particulier :
 les notes de cours d'Alexandru Oancea,
 les notes de cours de Frédéric Paulin,
 les notes de cours de Claude Viterbo,
 les notes de cours de Laurent Charles (non disponibles en ligne)
Il y a des dizaines (centaines ?) d'autres références possibles, par exemple les livres "Intro-
duction aux variétés diérentielles" de Jacques Lafontaine, le livre "Géométrie diérentielle"
de Berger-Gostiaux.

4
Chapitre 1
Sous-variétés de Rn

I Rappels de calcul diérentiel


Norme. Soit E un espace vectoriel. Une norme est une application k · k : E → [0, +∞[ (aussi
notée k · kE ) vériant :
 kxk = 0 si et seulement si x = 0,
 kx + yk 6 kxk + kyk, pour tous x, y ∈ E ,
 kλxk = |λ| kxk, pour tous λ ∈ R, x ∈ E .

Distance. Une norme dénit une distance par la formule dE (x, y) = kx − ykE .

Boules ouvertes. B(x, r) (ou BE (x, r))


On notera la boule ouverte de centre x et de rayon
r (c'est-à-dire B(x, r) = {y ∈ E | d(y, x) < r}).

Ouverts. Un ouvert est une partie de E qui est réunion de boules ouvertes. Une partie U est
un ouvert si et seulement si elle est voisinage de chacun de ses points, c'est-à-dire :

pour tout x ∈ U, il existe r>0 tel que B(x, r) ⊂ U.

Propriétés. (i) ∅ est un ouvert,

(ii) E est un ouvert,


S
(iii) Si (Ui )i∈I est une famille d'ouverts, alors leur réunion i∈I Ui est un ouvert,

nie d'ouverts, alors leur intersection


Tk
(iv) Si (Ui )i=1,...,k est une famille i=1 Ui est ouverte.

Applications continues. Soient U un ouvert d'un espace normé (E, k · kE ) et (F, k · kF ) un


autre espace normé. Une application f :U →F est dite continue si et seulement si pour tout
x ∈ U,
∀ε > 0, ∃η > 0, ∀y ∈ BE (x, η), f (y) ∈ BF (f (x), ε).

Exercice 1. Démontrer que f :U →F est continue si et seulement si pour tout ouvert V de


−1
F, l'image réciproque f (V ) est ouverte.

5
Applications linéaires continues. Lorsque la fonction est linéaire, l'écriture de la continuité
se simplie :

Proposition 1.1. Soit f :E→F une application linéaire. Alors, il y a équivalence entre :

1. f est continue,

2. ∃C > 0, ∀x ∈ E, kf (x)kF 6 CkxkE


3. f est bornée sur la boule unité BE (0, 1).

Si E f : E → F est continue.
est de dimension nie, alors toute application linéaire
On notera L(E, F ) l'espace des applications linéaires continues de E dans F . C'est un espace
vectoriel normé, muni de la norme (induite par celles de E et F ) :

kf kL(E,F ) = sup kf (x)kF .


x∈BE (0,1)

Applications multilinéaires continues. De manière similaire au paragraphe précédent,


1
une application k -linéaire f : E1 × · · · × Ek → F est continue si et seulement si

∃C > 0, ∀x1 ∈ E1 , . . . , xk ∈ Ek , kf (x1 , . . . , xk )k 6 kx1 k · · · · · kxk k. (1.1)

Comme précédemment, la continuité est automatique si tous les Ei sont de dimension nie.
On peut aussi munir l'espace L(E1 , . . . , Ek , F ) des applications k -linéaires continues d'une
norme :
kf k = sup kf (x1 , . . . , xk )kF ,
où le supremum est pris sur tous les x1 ∈ BE1 (0, 1), . . . , xk ∈ BEk (0, 1).

Diérentiabilité. Soit f : U → F, avec U ⊂E ouvert. On dit que f est diérentiable en x


si et seulement s'il existe une application linéaire continue Lx : E → F telle que

∀v ∈ E, f (x + v) = f (x) + Lx (v) + o(v)

Pour mémoire, la notation o(v) signie une certaine fonction telle que limv→0,v6=0 o(v)
kvk
= 0.
De manière équivalente f est diérentiable en x si et seulement si elle admet un développe-
ment limité à l'ordre 1 en x.
On notera dfx (ou aussi Dfx , ou df (x), ou DF (x), ou dx f , ou Dx f , ...) la forme linéaire Lx
(qui est unique). On l'appelle diérentielle de f en x ou application linéaire tangente à f en x.

Applications lisses. df : U → L(E, F ), x 7→ dfx est dénie et continue, alors f est dite
Si
1 k+1 k
de classe C . Par induction, on dit que f est de classe C si df est de classe C . Enn, on
∞ k
dit que f est lisse ou de classe C si elle est de classe C pour tout entier k > 0.

Dans ce cours, toutes les applications (ou presque) seront lisses. Souvent, par application,
on sous-entendra application lisse.

1. Dans (1.1), on a omis de préciser quelles étaient les normes impliquées. Mais le contexte permet de deviner :
par exemple, puisque x1 ∈ E1 , nécessairement kx1 k est kx1 kE1 . Nous ferons souvent ce type d'omission pour
alléger l'écriture de nos formules.

6
Cas particuliers importants.
• Si F = R, alors df : E → R est une forme linéaire.
!
f1
• Si F = Rp , alors f peut être décrite par des applications coordonnées f = . et on a
.
.
fp
alors
dfx1 (v)
!
dfx (v) = . .
.
.
p
dfx (v)

• Si E = R, alors dfx : R → F est déterminée par dfx (1) (en eet, par linéarité, dfx (v) = v dfx (1)
0 0
pour tout v ∈ R), et on note f (x) := dfx (1). On voit que f (x) est un vecteur de F et
qu'il vérie :
∀v ∈ R, dfx (v) = v f 0 (x).
Autrement dit, dfx est la multiplication par f 0 (x).
• Si E = Rn , on peut dénir les dérivées partielles de f. Pour i = 1, . . . , n, la i-ème dérivée
partielle de f est donnée par
0
.
 .. 
0
∂xi f (x) = dfx  1  ,
0
.
.
.
0
où, bien sûr, le 1 apparaît en i-ème position.
n p
• Si E=R et F = R , alors
 dfx peut être représentée dans la base canonique par la matrice
jacobienne ∂xj f i (x) 16i6p .
16j6n

Exemples fondamentaux.
(a) Si f :E →F est linéaire continue, alors on peut écrire f (x + v) = f (x) + f (v). On en
déduit que pour tout x,
dfx = f
L'application df est donc constante.

(b) Supposons maintenant que f : E1 × E2 → F est bilinéaire continue. Alors, on peut écrire

f (x1 + v1 , x2 + v2 ) − f (x1 , x2 ) = f (x1 , v2 ) + f (v1 , x2 ) + f (v1 , v2 ).

Dans le membre de droite ci-dessus, les deux premiers termes sont linéaires et le troisième
est En eet, la continuité de f et des projections v 7→
o(v). v1 , v 7→ v2 implique que pour
0
certaines constantes C , C , on a kf (v1 , v2 )k 6 Ckv1 k kv2 k 6 C 0 kvk2 . On en déduit :

df(x1 ,x2 ) (v1 , v2 ) = f (x1 , v2 ) + f (v1 , x2 )

(c) Si f :E→F g : F → G sont deux applications, telles que f


et est diérentiable en x et g
est diérentiable en f (x), alors g ◦ f est diérentiable en x et

d(g ◦ f )x = dgf (x) ◦ dfx . (1.2)

7
Autrement dit, la diérentielle d'une composée est la composée des diérentielles.

Démonstration . En eet, on peut écrire

g ◦ f (x + v) = g (f (x) + dfx (v) + o(v)) .

Notons w = dfx (v) + o(v). En particulier, kwk 6 Ckvk pour une certaine constante C. On
a alors :

g ◦ f (x + v) = g(f (x) + w)
= g ◦ f (x) + dgx (w) + o(w)
= g ◦ f (x) + dgf (x) ◦ dfx (v) + dgx (o(v)) + o(w).

La continuité de l'application linéaire dgx implique que le terme dgx (o(v)) est o(v). Le terme
o(w) est aussi o(v). D'où dgx (o(v)) + o(w) = o(v) et on en déduit la formule (1.2). 

Remarque 1.2. (dérivées partielles d'une composition). On suppose que f : Rn → Rp et


p q
g:R →R . Nous avons vu que la matrice jacobienne représente la diérentielle dans la base
canonique. Par ailleurs, nous savons que la composition des applications linéaires se traduit par
la multiplication de leurs matrices. On déduit donc directement de la formule (1.2) :

  
∂xj (g ◦ f )i (x) 16i6n = ∂xk g i (x) 16i6q ∂xj f k (x) 16j6n .
16j6q 16k6p 16k6p

On peut ensuite retrouver (exercice !) la formule pour ∂xj (g ◦ f )i (x) en eectuant le produit
matriciel. J

Nous utiliserons à plusieurs reprises dans le cours le résultat de l'exercice suivant :

Exercice 2. On suppose que E est de dimension ni et muni d'un produit scalaire euclidien
h·, ·i. Montrer que la diérentielle de la norme euclidienne

p
N : x 7→ hx, xi

est donnée pour tout x 6= 0 par :


hx, vi
dNx (v) = .
kxk

Diéomorphismes Un diéomorphisme est une application bijective, diérentiable, dont la


k k
réciproque est diérentiable. Un C -diéomorphisme est une application bijective, de classe C ,
k
dont la réciproque est de classe C .
Comme on l'a déjà dit, la plupart des applications de ce cours seront lisses. Il en sera de même
des diéomorphismes. Aussi, lorsque nous dirons diéomorphisme, nous sous-entendrons sou-
vent diéomorphisme lisse.

8
Deux théorèmes fondamentaux. Les deux énoncés qui suivent nous serons très utiles dans
la suite du cours.

Théorème 1.3 (Théorème d'inversion locale) . Soient f : U ⊂ E → F de classe Ck (avec


k>1 éventuellement ∞) eta ∈ U . On suppose que dfa est inversible.
Alors, il existe un ouvert V de U contenant a et un ouvert W de F contenant f (a) tels que
k
la restriction f |V soit un C -diéomorphisme V → W .

f F

a
f (a)
V W
U

Dans la suite du cours, nous abrégerons la phrase  il existe un ouvert V de U contenant


a et un ouvert W de F contenant f (a) tels que la restriction f |V soit un C k -diéomorphisme
V → W  en disant simplement  f est un diéomorphisme local en a .
Théorème 1.4 (Théorème des fonctions implicites). Soient E, F, G trois espaces vectoriels de
dimension nie et f : U ⊂ E ×F → G de classe C k (avec k > 1 éventuellement ∞) et (a, b) ∈ U
vériant f (a, b) = 0. On suppose que l'application linéaire restreinte df(a,b) |{0}×F ∈ L(F, G)
(c'est-à-dire la dérivée partielle dans la direction de F , que l'on pourrait aussi noter ∂F f (a, b))
est inversible.
Alors, il existe un voisinage ouvert V de a, un voisinage ouvert W de b, tels que V ×W ⊂ U
et une application g:V →W de classe Ck tels que

∀(x, y) ∈ V × W, f (x, y) = 0 si et seulement si y = g(x).


Autrement dit, l'ensemble des solutions de l'équation f (x, y) = 0 est localement le graphe de
l'application g.

F
b
(a, b)

W V ×W f (x, y) = 0

V E

9
Exemple 1.5. Considérons l'application f :]0, +∞[×R → R2 donnée par f (r, θ) = (r cos θ, r sin θ).
Elle est lisse et sa jacobienne en (r, θ) est donnée par
 
cos θ −r sin θ
.
sin θ r cos θ

Cette matrice est de déterminant r. Donc la diérentielle de f est inversible en tout point.
D'après le théorème d'inversion locale, f est un diéomorphisme lisse au voisinage de tout
point.
2
Par ailleurs, on sait que est une bijection ]0, +∞[×]−π, π[→ R \(]−∞, 0]×{0}). On déduit
f
−1 ∞ ∞
de ce qui précède que son inverse f est de classe C et donc que f est un C -diéomorphisme
2
]0, +∞[×] − π, π[→ R \ (] − ∞, 0] × {0}). J
Exercice 3. Montrer que f : (x, y, z) 7→ (e2y + e2z , e2x − e2z , x − y) est un diéomorphisme sur
son image.

Exemple 1.6. Soit (φt )t∈F une famille d'applications contractantes E→E telle que (t, x) 7→
k
φt (x) est C . D'après le théorème du point xe de Picard, chacune d'entre elle admet un unique
k
point xe xt . Alors l'application t 7→ xt est de classe C .
En eet, on peut appliquer le théorème des fonctions implicites à l'application g : (t, x) 7→
φt (x) − x (comme ∂x f (x, t) = d(φt )x − Id et kdφt k < 1 puisque φt est contractante, ∂x f (x, t) est
inversible). L'ensemble des solutions de φt (x)−x est donc localement le graphe d'une application
lisse t 7→ g(t). Par ailleurs, on sait que c'est le graphe de t 7→ xt . On en déduit que xt = g(t) et
donc que t 7→ xt est lisse. J

Remarque 1.7. Dans le théorème d'inversion locale, on peut retrouver facilement la formule
pour la diérentielle de l'inverse de f . En eet, prenant la diérentielle de la formule f −1 ◦f = Id,
−1
on trouve dff (x) ◦ dfx = Id et donc
−1
dff−1
(x) = (dfx )

De même, dans l'énoncé du théorème des fonctions implicites, on peut retrouver facile-

g . En
ment la formule donnant la diérentielle de  eet, en prenant la diérentielle de la for-
Id
mule f (x, g(x)) = 0, on obtient df(x,g(x)) · = 0, ce qui se réécrit ∂F f (x, g(x)) · dgx +
dgx
∂E f (x, g(x)) = 0. Pour x = a, on a g(a) = b, donc

dga = −∂F f (a, b)−1 · ∂E f (a, b)

II Immersions, submersions
Pour toute cette partie, on xe E, F des espaces vectoriels normés de dimensions nies
respectives n et p, et f :U →F une application lisse dénie sur un ouvert U de E.
Dénition 1.8 (Immersions, submersions). (a) On dit que f est une immersion en x∈U si
dfx est injective. On dit que f est une immersion sur U si f est une immersion en tout
point de U.

10
(b) On dit que f est une submersion en x ∈ U si dfx est surjective. On dit que f est une
submersion sur U si f est une submersion en tout point de U.

Dénition 1.9 (Rang en un point) . On appelle rang de f en x et on note rangx f le rang de


la diérentielle de f en x.

Rappelons que par dénition, le rang d'une application linéaire est la dimension de son
n
image. Dans le cas où E = R , rangx f est donc le rang de la famille de vecteurs de F

(∂x1 f (x), . . . , ∂xn f (x)) .

Dans le cas où F = Rp , c'est aussi le rang de la famille de formes linéaires sur E

dfx1 , . . . , dfxp ,


où f 1 , . . . , f p désignent les applications coordonnées de f . Dans le cas où E = Rn et F = Rp ,


le rang de f en x est égal au rang de la matrice jacobienne de f en x.

Remarque 1.10. Le rang de f en x vérie l'inégalité :

rangx f 6 min(dim E, dim F ).

Lorsqu'il y a égalité, on dit que f est de rang maximal en x. Remarquons aussi que f est de
rang maximal en x si et seulement si elle une immersion ou une submersion. J

Proposition 1.11 (semi-continuité du rang) . L'application rang : L(E, F ) → R est semi-


continue inférieurement. Autrement dit, pour tout entier k, l'ensemble

Uk = {u ∈ L(E, F ) | rang u > k}

est un ouvert de L(E, F ).

Démonstration . En identiant applications linéaires et matrices (au moyen d'un choix de


bases), nous pouvons supposer que Uk = {A ∈ Mpn (R) | rang A > k}. Rappelons qu'une matrice
est de rang au moins k si et seulement si elle admet une sous-matrice de taille k × k dont le
déterminant est non nul.
Pour toutes parties à k éléments I ⊂ {1, . . . , p} et J ⊂ {1, . . . , n}, on peut dénir l'appli-
cation δI,J qui à une matrice A associe le déterminant de la sous-matrice de A extraite en ne
gardant que les lignes et colonnes numérotées i, j avec i ∈ I et j ∈ J. Chaque δI,J est une
application continue. De plus, ce qui précède implique :

[
Uk = δI,J −1 (R \ {0}) .
I,J

On en déduit que Uk est un ouvert, puisque c'est une union d'ouverts. 

Cette proposition admet le corollaire suivant.

Corollaire 1.12. Si f est de rang maximal en x, alors f est de rang maximal au voisinage de
x.

11
L'exemple le plus simple d'immersion est Rn → Rn × Rq , x 7→ (x, 0). De manière similaire,
l'exemple le plus simple de submersion est R × Rq → Rp , (x, y) 7→ x.
p

Les deux théorèmes que nous allons maintenant énoncer montrent que, localement, toutes
les immersions/submersions se ramènent à ces deux exemples en composant par des diéomor-
phismes.

Théorème 1.13 (Forme normale des immersions) .


Rn contenant 0 et
Soit U un ouvert de
f : U → Rn+q une application lisse, qui est une immersion en 0 et vériant f (0) = 0.
2 n+q
Alors il existe un diéomorphisme local φ de R en 0 tel que l'on ait pour tout x dans un
voisinage de 0 :
φ ◦ f (x) = (x, 0Rq ).
On peut représenter l'identité ci-dessus en disant que le diagramme suivant (déni seulement
au voisinage de 0) est commutatif  :

f
Rn / Rn+q
φ
x7→(x,0) # 
Rn
Dans ce type de diagramme, on note souvent en pointillés la èche correspondant à l'application
dont l'existence est donnée par le théorème.

Démonstration . (On se ramène à l'inversion locale) Soit S un supplémentaire de l'image de



df0 dans Rn+q . D'après le théorème du rang, il existe un isomorphisme linéaire A : Rq → S .
q n+q
On pose ψ : U × R → R , (x, y) 7→ f (x) + A(y). Par construction, l'image de dψ0 contient
n+q
l'image de df0 et contient S , donc contient tout R . L'application dψ0 est surjective et donc
inversible.
On peut appliquer le théorème d'inversion locale à ψ , qui est donc un diéomorphisme local
en 0.
Par ailleurs, on remarque qu'au voisinage de 0, on peut écrire : ψ(x, 0) = f (x). On en
−1
déduit que φ = ψ convient. 

Théorème 1.14 (Forme normale des submersions) . Soient U un ouvert de Rp+q contenant 0
p
et g:U →R une application lisse qui est une submersion en 0 et vérie g(0) = 0.
p+q
Alors, il existe un diéomorphisme local φ de R ' Rp × Rq en 0, tel que l'on ait pour
(x, y) dans un voisinage de 0 :
g ◦ φ(x, y) = x.
Ceci peut être représenté par le diagramme commutatif suivant (déni au voisinage de l'ori-
gine) :
g
Rp+q / Rp
O <
φ
(x,y)7→x
p+q
R

Démonstration . (On se ramène à l'inversion locale) Soit S un supplémentaire de ker dg0 dans
p+q
R . Notons p : Rp+q → Rq une application linéaire surjective et dont le noyau est S . On pose
2. Pour la signication de diéomorphisme local, voir le paragraphe qui suit le Théorème 1.3

12
ψ : U → Rp+q ' Rp × Rq , w 7→ (p(w), g(w)). Le noyau de dψ0 est l'intersection des noyaux de
dg0 et de dp0 = p. Par construction, cette intersection est triviale et on en déduit que dψ0 est
inversible.
Par le théorème d'inversion locale, ψ q : Rp+q → Rp ,
est un diéomorphisme local. En notant
(x, y) 7→ x la projection canonique, alors g = q ◦ ψ par construction. On en déduit que φ = ψ −1
convient. 

III Sous-variétés de Rn
Il y a 4 manières équivalentes de dénir les sous-variétés. Elles sont toutes regroupées dans
l'énoncé suivant.
3
On xe E un espace vectoriel réel normé de dimension nie n, M une partie de E et
k ∈ {0, . . . , n}.

Proposition-dénition 1.15. Soit a un point de M. Les conditions suivantes sont équiva-


lentes :

(a) (Forme normale) Il existe un voisinage ouvert U de a dans E , un voisinage V de 0 dans



Rn et un diéomorphisme h : U → V avec h(a) = 0, tels que

h(M ∩ U ) = Rk × {0Rn−k } ∩ V.


(b) (Equation) Il existe un voisinage ouvert U de a dans E , une application lisse f : U → Rn−k
−1
qui est une submersion en a avec f (a) = 0, tels que M ∩ U = f (0) (autrement dit,
x ∈ M ∩ U si et seulement si f (x) = 0).
(c) (Graphe) Il existe une décomposition en somme directe E = E1 ⊕ E2 = E1 × E2 avec
dim E1 = k , et des ouverts U1 de E1 et U2 de E2 , tels que si a = a1 + a2 , avec a1 ∈ U1 ,
a2 ∈ U2 et une application lisse g : U1 → E2 avec g(a1 ) = a2 telle que

M ∩ (U1 × U2 ) = graphe(g)
= {(x1 , g(x1 )) | x1 ∈ U1 }.

(d) (Paramétrage) Il existe un ouvert W de Rk contenant 0, un ouvert U de E contenant a, et


une application lisse φ : W → E qui est une immersion en 0 avec φ(0) = a et telle que φ
soit un homéomorphisme de W sur U ∩ M .
Lorsque ces conditions sont vériées en tout point a de M , on dit que M est une sous-variété
de E, de dimension k et de codimension n − k.

Avant de démontrer ces équivalences, donnons quelques exemples, remarques et dénitions


supplémentaires.

3. Remarque pour les puristes : en réalité le bon cadre pour dénir les sous-variétés serait plutôt un espace
ane. Mais ceux-ci étant en général moins bien maîtrisés par les étudiants ques les espaces vectoriels, E sera
bien un espace vectoriel pour nous.

13
Cas particuliers :
- Une sous-variété de dimension 0 est un ensemble discret de points (tous ses points sont isolés).
- Une sous-variété de dimension 1 est appelée une courbe.
- Une sous-variété de dimension 2 est appelée une surface.
- Une sous-variété de dimension n (= dim E ) est un ouvert de E .
Valeurs critiques et valeurs régulières. Un point a où f n'est pas une submersion est
appelé point critique de f . L'image par f d'un de ses points critiques est appelée valeur critique
de f. Une valeur qui n'est pas critique est dite régulière.
D'après la proposition-dénition 1.15, condition (b), l'image réciproque par une fonction
d'une valeur régulière est soit vide, soit une sous-variété.
Le théorème suivant (que l'on admettra) implique alors que presque tous les niveaux d'une
fonction sont des sous-variétés.

Théorème 1.16 (Sard) . L'ensemble des valeurs critiques d'une fonction lisse est de mesure
nulle.

Attention ! L'ensemble des points critiques, lui, n'est pas forcément de mesure nulle (penser
à une fonction constante).

Plongements.
Dénition 1.17. Une application qui est une immersion et un homéomorphisme sur son image
est appelée plongement.

D'après la proposition-dénition 1.15, condition (d), l'image d'un ouvert de Rk par un plon-
gement est une sous-variété.
L'exercice suivant donne un critère bien utile pour établir qu'une application est un plonge-
ment.

Exercice 4. Montrer qu'une immersion injective propre


4
est un plongement. On pourra com-
mencer par montrer qu'une application continue propre est fermée, c'est-à-dire l'image de tout
fermé est fermée.

Remarque 1.18. Il existe des immersions injectives qui ne sont pas des plongements. Par
exemple, le dessin suivant représente une telle application R → R2 (on peut trouver une suite
convergente dans l'image dont la suite d'antécédents diverge ; la réciproque n'est donc pas
continue)

J
4. Une application propre est une application pour laquelle l'image réciproque de tout compact est compacte.
Intuitivement, une telle application envoie l'inni à l'inni.

14
Exemples 1.19. Voici quelques exemples très classiques de sous-variétés obtenues à partir de
la condition (b) (qui est la plus couramment utilisée dans les exemples).

• (Sphères) : On note (dans toute la suite du cours) la sphère de dimension n par :

Sn = {x ∈ Rn+1 | kxk = 1}.

Elle est donnée par l'équation f = 0 où f (x) = kxk − 1. Nous avons vu qu'en tout point
de Sn , la diérentielle de f est la forme linéaire :

hx, vi
dfx : v 7→ = hx, vi.
kxk

Il s'agit d'une forme linéaire non-nulle donc surjective. Ceci montre que f est bien une
n
submersion en tout point de S .

• (Tore de révolution) : On pose D = {(x, y) ∈ R2 | x2 +y 2 6 R2 }, D1 = {(x, y) ∈ R2 | x2 +y 2 6


2
r }, avec 0 < r < R, et

f (x, y, z) = (R2 − (x2 + y 2 ))(x2 + y 2 − r2 ) − z 2 .

Alors, f est une submersion en tout point de f −1 (0). En eet,

∂x f = 2x(2(x2 + y 2 ) − r2 − R2 ),
∂y f = 2y(2(x2 + y 2 ) − r2 − R2 ),
∂z f = −2z.

Et l'on voit que df ne s'annule pas sur f −1 (0) qui est par conséquent une sous-variété de
de dimension 2 (c'est-à-dire une surface).

On peut essayer de représenter l'allure de f −1 (0). Pour (x, y) ∈


/ D ou (x, y) ∈ D̊1 , il n'y
a aucune valeur de z pour laquelle f (x, y, z) = 0. Pour (x, y) ∈ D \ D̊1 , il y a deux telles
valeurs, de signes opposés. Ces valeurs viennent se confondre pour (x, y) ∈ ∂D ∪ ∂ D̊1 .
d'où le dessin suivant :

15
• (Surface de genre g ) On xe D = {(x, y) ∈ R2 | x2 + y 2 6 R2 }, et pour tout i = 1, . . . , g ,
Di = {(x, y) ∈ R2 | (x − xi )2 + (y − yi )2 6 ri2 }, où les (xi , yi ) sont des points distincts dans
D̊ et les ri > 0 sont susamment petits pour que les Di soient inclus dans D̊ et 2 à 2
disjoints. Alors, comme précédemment, on peut vérier que 0 est une valeur régulière de
l'application f donnée par

g
Y
2 2 2
(x − xi )2 + (y − yi )2 − ri2 − z 2 .

f : (x, y, z) = (R − (x + y ))
i=1

Par conséquent, f −1 (0) est sous-variété. On peut la représenter comme ci-dessous.

Démonstration de l'équivalence entre les diérentes dénitions (proposition-dénition 1.15).

(a) =⇒ (b)
Supposons (a) vériée et qu'il existe donc une forme normale h : U → V ⊂ Rn telle que
h(M ∩ U ) = (Rk × {0}) ∩ V . Ecrivons h avec ses fonctions coordonnées : h = (h1 , . . . , hn ) et
n−k
posons f = (hk+1 , . . . , hn ) : U → R .
Alors, comme h est un diéomorphisme, dha est inversible donc dfa est surjective. L'applica-
tion f est donc bien une submersion en a. De plus, pour tout x ∈ U , f (x) = 0 si et seulement
k
si h(x) ∈ R × {0}, c'est-à-dire si et seulement si x ∈ M ∩ U .

(b) =⇒ (c)
On suppose (b), c'est-à-dire que M est localement donnée par une équation f (x) = 0. On pose
E1 = ker dfa et on xe un supplémentaire E2 de E1 dans E . Alors dfa |E2 est un isomorphisme
E2 → Rn−k . On peut donc appliquer le théorème des fonctions implicites et en déduire que
f −1 (0), et donc M , est localement un graphe.

(c) =⇒ (d)
On suppose que M est localement le graphe d'une application g : U1 ⊂ E1 → E2 veriant
g(a1 ) = a2 . On pose φ : U1 ⊂ E1 → E1 × E2 , x 7→ (x, g(x)). La diérentielle en a1 de φ est
donnée par dφa1 (v) = (v, dga1 v). C'est donc bien une immersion en a1 .
De plus, φ est un homéomorphisme sur son image, puisque il admet comme réciproque
(x, y) 7→ x qui est continue. Quitte à composer par une translation, on peut supposer que
a1 = 0, de sorte que l'application φ vérie bien les conditions de (d).

(d) =⇒ (a)
Soit φ : W → E une immersion en 0∈W telle que φ soit un homéomorphisme de W sur un
ouvert de M .
0 ∼ 0
D'après le théorème 1.13 (forme normale des immersions), il existe h : U → V diéomor-
0 0 n
phisme avec U ⊂ E et V ⊂ R , tel que h ◦ φ(x) = (x, 0) pour tout x dans un voisinage ouvert
W 0 de 0 dans W .

16
Tout d'abord, remarquons que W 0 × {0} ⊂ V 0 ∩ (Rk × {0}), on peut donc, quitte à réduire
0 0 0
V (et donc U ), supposer que W × {0} = V 0 ∩ (Rk × {0}).
0
Comme φ est un homéomorphisme sur son image, φ(W ) est un ouvert de M donc de la
00 00 0 00
forme U ∩ M pour un certain ouvert U de E . On pose U = U ∩ U et V = h(U ). Vérions
k
que l'on a bien h(U ∩ M ) = V ∩ (R × {0}).
00 0
Soit y ∈ U ∩ M . Alors, d'une part h(y) ∈ h(U ) = V . D'autre part y ∈ U ∩ M = φ(W ),
0 k
donc y = φ(x) pour un certain x ∈ W et donc h(y) = h ◦ φ(x) = (x, 0) ∈ R × {0}. Nous avons
k
vérié l'inclusion h(U ∩ M ) ⊂ V ∩ (R × {0}).
k
Réciproquement, si (x, 0) ∈ V ∩ (R × {0}), alors d'une part (x, 0) ∈ V = h(U ). D'autre
0 k 0 0
part, (x, 0) ∈ V ∩ (R × {0}) = W × {0} donc x ∈ W . On a donc h ◦ φ(x) = (x, 0). Comme
φ(x) ∈ M , on en déduit que (x, 0) ∈ h(M ), et nous avons donc vérié l'inclusion réciproque.


IV Espace tangent à une sous-variété


Soit M une sous-variété d'un espace normé E et a ∈ M.
Dénition 1.20 (Espace tangent). Un vecteur v∈E est dit tangent à M en un point a∈M
s'il existe un chemin lisse, déni au voisinage de 0

c :] − ε, ε[→ E,

tel que Im(c) ⊂ M , c(0) ∈ a et c0 (0) = v .


On note Ta M et on appelle espace tangent à M en a, l'ensemble des vecteurs tangents à M
en a.
Autrement dit, l'espace tangent à M en a est l'ensemble des vecteurs vitesses en a de tous
les chemins sur M passant par a.

Ta M a

Proposition 1.21. L'espace tangent Ta M est un sous-espace vectoriel de E, de même dimen-


sion que M.

Démonstration . Soit h:U →V une forme normale en a, qui vérie donc

h(U ∩ M ) = V ∩ (Rk × {0}), h(a) = 0.

17
La proposition 1.21 est une conséquence directe de l'identité :

Ta M = (dha )−1 (Rk × {0}) (1.3)

Montrons d'abord l'inclusion Ta M ⊂ (dha )−1 (Rk ×{0}). Soient donc v ∈ Ta M etc :]−ε, ε[→
E un chemin sur M vériant c(0) ∈ a et c0 (0) = v . Alors, h ◦ c est un chemin k
sur R × {0},
0 k
donc (h ◦ c) (0) est un vecteur de R × {0}. Or

(h ◦ c)0 (0) = dhc(0) (c0 (0)) = dha (v).

On en déduit dha (v) ∈ Rk × {0} v ∈ (dha )−1 (Rk × {0}).


et donc
−1 k
Passons à l'inclusion réciproque. Soit v ∈ (dha ) (R × {0}). Il nous faut exhiber un chemin
−1
sur M dont le vecteur vitesse au point a soit v . Pour cela, on pose w = dha (v) et c(t) = h (tw).
−1 0 −1
Ceci dénit bien un chemin lisse sur M , il vérie c(0) = h (0) = a et c (0) = dh0 (w) = v .
On a donc v ∈ Ta M et l'inclusion réciproque est prouvée. 

Chacune des quatre dénitions de sous-variété donne une nouvelle description de l'espace
tangent. Nous avons déjà vu dans la démonstration précédente que l'espace tangent peut être
obtenu d'une forme normale avec la formule (1.3).

Proposition 1.22. En reprenant les notations de la proposition 1.15 :


(b) Si M est donnée au voisinage de a par une équation f =0 (avec f submersion en a),
alors
Ta M = ker dfa
(c) Si M est localement le graphe d'une application g : U1 ⊂ E1 → E2 , alors

Ta M = graphe(dga1 ) = {(v, dga1 (v)) ∈ E1 × E2 | v ∈ E1 }.

(d) Si M est localement l'image d'un plongement φ : W → E, alors

Ta M = Im dφa

Démonstration .
(b) Soit c un chemin sur M c(0) = a et c0 (0) = v . Alors f (c(t)) = 0, pour tout t
vériant
0
dans un voisinage de 0, donc 0 = (f ◦c) (0) = dfa (v). Ceci montre que Ta M ⊂ ker dfa . Par
ailleurs, comme dfa est surjective, ker dfa a la même dimension que Ta M . On en déduit
l'égalité Ta M = ker dfa .
(c) Un vecteur de graphe(dga1 ) est un vecteur de la forme (v, dga1 (v)) avec v ∈ E1 . Soit donc
v ∈ E1 un tel vecteur. On pose c(t) = (a1 + tv, g(a1 + tv)). Alors c est un chemin sur M
0
vériant c(0) = a et c (0) = (v, dga1 v). Ceci montre que graphe(dga1 ) ⊂ Ta M . Comme
précédemment, ces deux espaces ont même dimension, d'où graphe(dga1 ) = Ta M .
k
(d) Pour tout v ∈ R × {0}, on considère le chemin sur M donné par c(t) = φ(tv). Alors
c(0) = a et c0 (0) = dφ0 (v). On en déduit l'inclusion Im dφ0 ⊂ Ta M , et l'on conclut à
nouveau avec l'égalité des dimensions.


18
Exemple 1.23. Calculons l'espace tangent à la sphère. D'après la proposition qui précède,
point (b), l'espace tangent en x à Sn est le noyau de la forme linéaire v 7→ hx, vi. D'où :

Tx Sn = x⊥

Exercice 5. Soit M une sous-variété de dimension k de Rn . Montrer que

{(x, v) ∈ Rn × Rn | x ∈ M, v ∈ Tx M }

forme une sous-variété de dimension 2k de Rn . On l'appelle le  bré tangent  de M (voir


chapitre 3).

19
Chapitre 2
Variétés diérentiables

Parenthèse : espaces topologiques


Dans cette parenthèse, nous introduisons (ou rappelons selon les cas) la notion de topologie
sur un ensemble et donnons quelques exemples importants.

Dénition 2.1 (Topologie) . Une topologie T sur un ensemble X est un ensemble de parties
de X vériant :

(i) ∅ appartient à T,
(ii) X appartient à T,
S
(iii) Si (Ui )i∈I est une famille d'éléments de T, alors leur réunion i∈I Ui appartient à T,
nie d'éléments de T , alors l'intersection
Tk
(iv) Si (Ui )i=1,...,k est une famille i=1 Ui appartient
à T.
Les éléments d'une topologie T sont appelés ouverts pour la topologie T . Leurs complémentaires
sont appelés fermés.

Exemples 2.2. (a) Si (X, d) est un espace métrique, alors

T = {U ⊂ X | U est une réunion de boules ouvertes}

est une topologie sur X. On l'appelle topologie induite par la distance d.


(b) Soit X un ensemble quelconque. Alors

T = {U ⊂ X | X \ U est ni} ∪ {∅}

forme une topologie sur X . Dans le cas où X = R, cette topologie s'appelle la topologie de
1
Zariski . Dans ce cas, on peut montrer qu'elle n'est pas induite par une distance.

(c) Si A est une partie d'un espace X muni d'une topologie T, alors

TA = {U ∩ A | U ∈ T }

forme une topologie sur A. On l'appelle la topologie induite par T sur A.


J
1. En général, la topologie de Zariski sur Kd , où K est un corps, est la topologie dont les ouverts sont les
−1
complémentaires des parties de la forme P (0), avec P un polynôme sur K à d indéterminées.

20
Sauf mention du contraire, on munira toujours les parties d'un espace topologique de leur
topologie induite.

Remarque 2.3. Si X est un espace muni de deux distances équivalentes, alors celles-ci induisent
la même topologie. En particulier, sur un espace vectoriel de dimension nie, toutes les normes
2
sont équivalentes. Donc, un espace vectoriel de dimension nie admet une topologie canonique ,
donnée par la topologie induite par n'importe laquelle de ses normes. J

La continuité peut être dénie sur les espaces topologiques (nul besoin de distance).

Dénition 2.4 (Fonction continue). Soient (X, T ) et (X 0 , T 0 ) deux espaces topologiques. Une
application f : X → X0 est dite continue si et seulement si

∀U ∈ T 0 , f −1 (U ) ∈ T ,

autrement dit, l'image réciproque par f de tout ouvert est ouverte.

Un homéomorphisme est par dénition une application continue, bijective à réciproque conti-
nue. En particulier, dans la dénition des plongements, que nous avons vue après la dénition
des sous-variétés, lorsque l'on dit que φ : W → E est un homéomorphisme sur son image, cela
signie que φ est un homéomorphisme entre W et φ(W ), où φ(W ) est muni de la topologie
induite par celle de E.
Terminons cette parenthèse par une dénition supplémentaire.

Dénition 2.5 (Espace séparé). Un espace topologique (X, T ) est dit séparé si et seulement si
pour tous x, y ∈ X , x 6= y , il existe des ouverts U, V ∈ T , tels que x ∈ U, y ∈ V et U ∩ V = ∅.

Remarque 2.6. Sur un espace métrique (X, d), la topologie induite par d est toujours séparée.
En eet, si x 6= y ∈ X , ε = 21 d(x, y). Les ouverts U = B(x, ε) et V = B(y, ε)
on peut poser
conviennent. En eet, ils vérient x ∈ U , y ∈ V et l'inégalité triangulaire implique U ∩ V = ∅.
On peut aussi remarquer que la topologie de Zariski sur R n'est pas séparée (car deux ouverts
non vides se rencontrent toujours), ce qui implique, comme nous l'avions armé, qu'elle n'est
pas induite par une distance. J

I Notion de variété diérentiable


Fixons un espace topologique M et un entier n > 0.

Dénition 2.7 (Cartes). Une carte de M à valeurs dans Rn


est un couple (U, φ) où U est un
n
ouvert de M et φ est un homéomorphisme entre U et un ouvert V de R .
L'ouvert U s'appelle le domaine de la carte. Si x ∈ U et φ(x) = 0, on parle de carte en x.
0 0 0 −1
Deux cartes (U, φ) et (U , φ ) sont dites compatibles si l'application φ ◦ φ : φ(U ∩ U 0 ) →
φ0 (U ∩ U 0 ) (que l'on appelle changement de carte) est un diéomorphisme.
2. Le mot  canonique  signie en général  qui ne dépend d'aucun choix .

21
U0 φ0
M U

φ
φ0 ◦ φ−1

Notons qu'un changement de carte est toujours un homéomorphisme (mais pas toujours un
diéomorphisme). Notons aussi que l'inverse d'un changement de carte est aussi un changement
de carte. Remarquons enn qu'un changement de carte est une application entre un ouvert de
Rn et un autre ouvert de Rn et cela a donc bien un sens de déclarer qu'une telle application est
lisse.
L'exemple suivant est standard donc important.

Exemple 2.8. (Projections stéréographiques de la sphère) On note S


n
= {(x0 , . . . , xn ) ∈
n+1 2 2 n+1
R | x0 + . . . , xn = 1} la sphère euclidienne standard de R . On note N = (1, 0, . . . , 0) son
pôle nord et S = (−1, 0 . . . , 0) son pôle sud.
La projection stéréographique par rapport à N est l'application pN x ∈ Sn \{N }
qui à un point
associe le point d'intersection de la droite passant par N et x avec l'hyperplan équatorial x0 = 0.
On dénit de même la projection stéréographique par rapport à S comme l'application pS
n
qui à un point x ∈ S \ {S} associe le point d'intersection de la droite passant par S et x avec
l'hyperplan équatorial x0 = 0.

x0

pN (x)
{x0 = 0}
S

Les projections stéréographiques prennent leurs valeurs dans l'hyperplan {(0, x1 , . . . , xn )}


n
que l'on identiera tout simplement à R = {(x1 , . . . , xn )}. On obtient ainsi des bijections
pN : Sn \ {N } → Rn et pS : Sn \ {S} → Rn .

22
Nous allons donner des formules explicites. Les points N , x et pN (x) étant alignés, il existe
−−−−−→ −→
t ∈ R tel que N pN (x) = tN x. En prenant la première coorodonnée de cette identité vectorielle,
1
on obtient −1 = t(x0 − 1) donc t = . En prenant les autres coordonnées, on obtient :
1−x0
 
x1 xn
pN (x) = ,..., (2.1)
1 − x0 1 − x0
On en déduit que pN est continue. Calculons maintenant sa réciproque.
n
Soit y ∈ R et cherchons les coordonnées du point x tel que pN (x) = y . En partant comme
−→ −→ −→
au dessus de N y = tN x, on a x = N + 1t N y et donc

x = 1 − 1t , yt1 , . . . , ytn .


1
On peut ensuite déduire la valeur de t du fait que kxk2 = 1 d'où l'on tire t2
((t − 1)2 + y12 +
2 −1
· · · + yn2 ) = 1, ce qui implique t = 21 (1 + kyk2 ) et 1 − 1t = kyk
kyk2 +1
. On obtient donc :

p−1 1
kyk2 −1, 2y1 , . . . , 2yn

N (y) = kyk2 +1

Par conséquent, la réciproque de pN est également continue et pN est un homéomorphisme.


n
Autrement dit, (S \ {N }, pN ) est une carte de la sphère.
Des calculs analogues donnent les formules

 
x1 xn
pS (x) = ,..., ,
1 + x0 1 + x0
p−1 1
1−kyk2 , 2y1 , . . . , 2yn .

S (y) = kyk2 +1
(2.2)

Le couple (Sn \ {S}) est donc aussi une carte de Sn . Calculons les changements de cartes :

 
kyk2 −1
pS ◦ p−1
N (y) = pS , 2y1 , . . . , kyk2y2n+1
kyk2 +1 kyk2 +1
 
y1 y1
= kyk 2 , . . . , kyk2

1 kyk2 +1
Pour obtenir la deuxième égalité ci-dessus, on a utilisé l'identité
kyk2 −1
= 2kyk2
.
1+
kyk2 +1
En conclusion, nous avons :

pS ◦ p−1
N (y) =
1
kyk2
y (2.3)

3
On voit dans cette formule que pN ◦ p−1 n n
S : R \ {0} → R \ {0} est une involution , c'est-à-
dire qu'elle est égale à sa propre réciproque. On voit aussi que les deux changements de cartes
pN ◦ p−1 −1
S et pS ◦ pN sont lisses (et d'inverses lisses).
Nous avons donc montré que ces deux cartes sont compatibles. J

Dénition 2.9 (Atlas). Un atlas est un ensemble de cartes deux à deux compatibles et dont
les domaines recouvrent M.
3. Cette involution porte même un nom : c'est l'inversion par rapport à la sphère Sn .

23
Nous avons montré dans l'exemple précédent que les projections stéréographiques forment
un atlas deSn .

Lemme 2.10. Tout atlas est contenu dans un unique atlas maximal (pour l'inclusion).

Démonstration . A un atlas. On considère l'ensemble A0 des cartes qui sont compatibles


Soit
0
avec toutes les cartes de A. En particulier A contient A, ce qui implique que les domaines des
0
éléments de A recouvrent M .
0 0
Pour vérier que A est un atlas, il nous reste à montrer que deux éléments de A sont
toujours compatibles.
0 0 0 0
Soient (U, φ) et (U , φ ) deux cartes de A et soient y ∈ φ(U ∩ U ). Nous allons montrer que
φ0 ◦ φ−1 est lisse en y . Comme nous l'aurons montré pour tout y , ceci achèvera de montrer que
A0 est un atlas.
−1 00 00 0
Soient x = φ (y) et (U , φ ) une carte en x appartenant à l'atlas A. Comme les cartes de A
00 −1 0 00−1 00 00 −1
sont compatibles avec celles de A, φ ◦φ est lisse en y et φ ◦φ est lisse en φ (x) = φ ◦φ (y).
Par conséquent, leur composée

φ0 ◦ φ−1 = φ0 ◦ φ00−1 ◦ φ00 ◦ φ−1

est lisse en y, comme nous le souhaitions.


0
Remarquons que tout atlas de M contenant A
est inclus dans A (par dénition toutes ses
0
cartes sont compatibles avec A). Ceci montre que A est maximal parmi les atlas contenant A
et est même l'unique atlas maximal contenant A. 

Parenthèse : base d'un espace topologique


Dénition 2.11 (Base d'un espace topologique). Une base d'un espace topologique (X, T ) est
une famille d'ouverts (Ui )i∈I telle que pour tout ouvert O de M, et tout x ∈ O, il existe un
indice i∈I tel que Ui ⊂ O.

Nous avons déjà rencontré l'exemple suivant.

Exemple 2.12. Dans un espace métrique, les boules ouvertes forment une base de la topologie
sous-jacente.
On peut remarquer que les boules ouvertes de rayon rationnel forment aussi une base.
n
Dans R , les boules ouvertes de rayon rationnel et de centre à coordonnées rationnelles
forment une base dénombrable.
Notons que dans un espace admettant une base dénombrable, toute partie munie de la
topologie induite admet aussi une base dénombrable. J

Fin de la parenthèse.
Nous sommes enn prêts pour introduire les variétés diérentiables.

Dénition 2.13 (Variété diérentiable) . Une variété diérentiable (ou diérentielle) de di-
mension n est un espace topologique séparé, à base dénombrable, muni d'un atlas maximal de
n
cartes à valeurs dans R .

24
Notons que si un espace séparé et à base dénombrable admet un atlas, alors il admet une
structure de variété diérentiable donnée par l'atlas maximal correspondant.
n
Par exemple, S admet un atlas donc admet une structure de variété diérentiable.

Proposition 2.14. Une sous-variété M de Rn admet une structure naturelle de variété dié-
rentiable, dont un atlas est donné par toutes les applications de la forme h|U ∩M où h : U → V
k
est une forme normale pour M , c'est-à-dire vérie h(U ∩ M ) = V ∩ (R × {0}).

Démonstration . Commençons par remarquer qu'une sous-variété est séparée et à base dé-
nombrable puisque c'est une partie de Rn , lui-même séparé et à base dénombrable.
h|U ∩M avec h : U →
Par dénition des sous-variétés, les domaines des applications de la forme

V forme normale, recouvrent M . Ce sont aussi des homéomorphismes U ∩ M → V ∩ (Rk × {0}).
Ils nous restent à montrer que ces cartes sont compatibles pour montrer qu'elles constituent un
atlas.
Soient donc φ = h|U ∩M et φ0 = h0 |U 0 ∩M deux telles cartes. Alors on a

φ0 ◦ φ−1 = h0 ◦ h−1 |Rk ×{0} ,


qui est bien une application lisse. 

II Applications lisses entre variétés


Dans cette partie, nous allons commencer à voir apparaître le principe général suivant :

Principe 2.15. Toutes les propriétés locales du calcul diérentiel dans Rn peuvent être trans-
férées aux variétés diérentiables au moyen des cartes.

Illustrons ce principe sur la notion de lissité, qui est bien sûr locale.
On xe une variété diérentiable M, et f :M →R une fonction.

Dénition 2.16 (Fonction lisse sur une variété). L'application f est dite lisse si et seulement
−1
si pour toute carte (U, φ), f ◦ φ : φ(U ) → R est lisse (on dit que  f est lisse dans toute
carte ).

f
M U R

φ f ◦ φ−1

Remarque 2.17. Si (U, φ) et (U 0 , φ0 ) sont deux cartes (compatibles), alors f ◦ φ−1 est lisse sur
φ(U ∩ U ) si et seulement si f ◦ φ0−1 est lisse sur φ0 (U ∩ U 0 ).
0

On en déduit que f est lisse si et seulement si pour tout x ∈ M , il existe une carte (U, φ) en
x telle que f ◦ φ−1 soit lisse. J

25
Proposition 2.18. L'ensemble C ∞ (M ) des fonctions lisses sur M forme une sous-algèbre de
l'ensemble des fonctions continues sur M .

On peut généraliser la dénition précédente.

Dénition 2.19 (Application lisse entre variétés) . Soient M, N deux variétés et f :M →N


une application. On dira que f est lisse si pour toutes cartes (U, φ) de M et (V, ψ) de N ,
l'application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(U ∩ f −1 (V )) → ψ(V )
est lisse (cette application est appelée  f lue dans les cartes (U, φ), (V, ψ) ).

N
f
M U
V

φ
ψ
ψ ◦ f ◦ φ−1

Propriétés 2.20. (i) Pour que f : M → N soit lisse, il faut et il sut que pour tout a ∈ M ,
il existe une carte (U, φ) en a et une carte (V, ψ) en f (a) telle que f lue dans les cartes
(U, φ), (V, ψ) soit lisse.

(ii) Si f :M →N est lisse, alors elle est continue.

(iii) Si f :M →N est lisse et si g:N →P est lisse alors g◦f est lisse.

Démonstration . (i) Exercice !


(ii) Soit a un point de M . On cherche à montrer que f est continue en a. On se donne donc une
−1
carte (U, φ) en a et une carte (V, ψ) en f (a). Par hypothèse, ψ ◦ f ◦ φ est lisse au voisinage
de a. Elle est donc continue au voisinage de a. Comme φ et ψ sont des homéomorphismes, on
en déduit que f est continue au voisinage de a.
(iii) Soit a ∈ M . On se donne une carte (U, φ) en a et une carte (V, ψ) en f (a) et une carte
(W, χ) en f ◦ g(a). Par hypothèse, ψ ◦ f ◦ φ−1 et χ ◦ g ◦ ψ −1 sont lisses, donc leur composée

χ ◦ g ◦ ψ −1 ◦ ψ ◦ f ◦ φ−1 = χ ◦ (g ◦ f ) ◦ φ−1 ,

dénie sur un voisinage de a l'est aussi. 

Dénition 2.21 (Diéomorphismes) . Un diéomorphisme entre deux variétés est une appli-
cation entre ces variétés, lisse, bijective et dont la réciproque est lisse.

L'exercice suivant est une remarque bien utile :

26
Exercice 6. Vérier qu'une carte (U, φ) d'une variété diérentiable est un diéomorphisme
entre U et φ(U ).
Comme on l'a dit, toutes les notions locales se transfèrent aux variétés. Cela inclut la notion
de rang en un point, d'immersion, de submersion.

Dénition 2.22 (Rang, immersion, submersion) . Soit f : M → N une application entre


variétés, et a un point de M.
(i) Le rang de f en a est par dénition le rang de ψ ◦ f ◦ φ−1 en φ(a), pour toutes cartes φ
en a et ψ en f (a).
(ii) On dit que f est une immersion en a si et seulement si ranga f = dim M .
(iii) On dit que f est une submersion en a si et seulement si ranga f = dim N .
Proposition 2.23 (Forme normale des immersions/submersions). On suppose que M est une
variété de dimension p et N une variété de dimension q et on considère f : M → N une
application lisse. Soit a ∈ M.
(a) Si f est une immersion en a, alors pour toute carte ψ en f (a), il existe une carte φ en a,
telle que pour tout (x1 , . . . , xp ) dans un voisinage de 0, on ait

ψ ◦ f ◦ φ−1 (x1 , . . . , xp ) = (x1 , . . . , xp , 0, . . . , 0).

(b) Si f est une submersion en a, alors pour toute carte φ en a il existe une carte ψ en f (a),
telle que pour tout (x1 , . . . , xp ) dans un voisinage de 0 on ait

ψ ◦ f ◦ φ−1 (x1 , . . . , xp ) = (x1 , . . . , xq ).

La démonstration de cette proposition est laissée en exercice !

III Sous-variétés d'une variété


Dénition 2.24 (Sous-variété). Soient N une variété de dimensionn et k ∈ {0, . . . , n}. Une
partie M de N est une sous-variété de dimension k de N si pour toute carte (U, φ) de N (ou de
manière équivalente, s'il existe une carte (U, φ) de N telle que), φ(U ∩ M ) est une sous-variété
n
de R de dimension k .

En composant les cartes avec des formes normales, on obtient facilement la proposition
suivante.

Proposition 2.25. Soit M une partie d'une variété N. Alors, M est une sous-variété de N
de dimension k si et seulement si pour tout a ∈ M, il existe une carte (U, φ) telle que

φ(U ∩ M ) = φ(U ) ∩ (Rk × {0}).

Soit M une sous-variété de dimension k de N.


M munie de la topologie induite est
Alors,
séparée à base dénombrable. De plus, les couples (U ∩ M, φ|U ∩M ) avec (U, φ) carte de N telle
k
que φ(U ∩ M ) = φ(U ) ∩ (R × {0}) forment un atlas. Ceci montre que M hérite d'une structure
de variété induite par celle de N .
La proposition abstraite suivante est bien utile.

27
Proposition 2.26. Soit M ⊂N une sous-variété et i : M → N , x 7→ x l'injection canonique.

(i) Si l'on munit M de sa structure de variété induite par celle de N, alors l'application i est
lisse et est une immersion.

(ii) Pour toute variété P , une application f : P → M est lisse si et seulement si i◦f : P → N
est lisse.
f
P / M
i
i◦f 
N
(iii) La structure induite est l'unique structure diérentiable sur M vériant la propriété (ii).

Démonstration . (i) Soit a ∈ M et soit (U, φ) une forme normale de M en a. Par dénition, une
carte M en a est (U ∩ M, φ|U ∩M ). Lue dans les cartes, l'application i n'est autre que l'injection
k n
canonique de R × {0} dans R . Plus précisément, on peut écrire :

φ ◦ i ◦ φ|−1 k
U ∩M : φ(U ) ∩ (R × {0}) → φ(U ),
(x, 0) 7→ (x, 0).

En particulier, on voit que l'application i lue dans ces cartes est lisse et est une immersion.

(ii) Soit a ∈ P . On choisit une carte (V, ψ) de P en a et une forme normale (U, φ) de M en f (a).
L'application f lue dans les cartes s'écrit φ|U ∩M ◦f ◦ψ −1 , tandis que l'application i◦f lue dans les
−1
cartes s'écrit φ◦i◦f ◦ψ . Notons que φ|U ∩M et φ◦i sont les mêmes applications à ceci près que
k n
leur espaces d'arrivée dièrent ( R × {0} pour la première, R pour la seconde). Ceci implique
que les deux applications lues dans les cartes sont identiques sauf leur espace d'arrivée. Or on
n
sait qu'une application à valeur dans R est lisse si et seulement si ses applications coordonnées
p n k n−k
sont lisses. En particulier une application de la forme (g, 0) : R → R = R × R , est lisse si
−1
et seulement si g est lisse. Ceci montre que la lissité de φ|U ∩M ◦ f ◦ ψ est équivalente à celle
−1
de φ ◦ i ◦ f ◦ ψ .

(iii) Soient A et A0 deux strutures diérentiables sur M vériant (ii). Nous allons montrer que
0
l'identité f : (M, A) → (M, A ), x 7→ x est un diéomorphisme. Cela impliquera que les atlas
A et A0 sont compatibles.
Tout d'abord, f : (M, A) → (M, A) est évidemment lisse, donc i ◦ f : (M, A) → N est lisse,
0 0
et d'après (ii), f : (M, A) → (M, A ) est lisse. Le même argument montre que f : (M, A ) →
(M, A) est lisse. 

On peut aussi donner un sens à la notion de plongement d'une variété dans une autre.

Dénition 2.27 (Plongement) . Une application f : M → N


lisse est un plongement si et
f
seulement si c'est une immersion et un homéomorphisme sur son image M → f (M ).

Remarque 2.28. Comme on l'a déjà vu, une immersion injective propre est un plongement.
En particulier, si M est compacte, une immersion injective M →N est automatiquement un
plongement. J

28
Exercice 7. Montrer que pour tout k 6 n, l'application

Sk → Sn , (x0 , . . . , xk ) 7→ (x0 , . . . , xk , 0 . . . , 0)
est un plongement.

Proposition 2.29. f : M → N une application lisse entre variétés. Alors, f


Soit est un
plongement si et seulement si f (M ) est une sous-variété de N et f : M → f (M ) est un
diéomorphisme.

Par abus de langage, l'application f : M → f (M ) sera souvent notée seulement f.


Démonstration . L'implication réciproque est facile. En eet, si f : M → f (M ) est un
diéomorphisme, alors c'est en particulier un homéomorphisme. De plus, un diéomorphisme
est en particulier une immersion (car c'est vrai dans les cartes).
Supposons maintenant que f est un plongement. Soit (U, φ) une carte de N . Alors, φ ◦ f :
−1
f (U ) → Rn est un plongement donc son image φ(U ∩ f (M )) est une sous-variété de Rn (en
n
utilisant la dénition (d) des sous-variétés de R ). Cela montre que f (M ) est une sous-variété
de N. f : M → f (M ) est une conséquence du (ii) de la proposition qui précède.
La lissité de
−1
Il nous reste donc à prouver que f : f (M ) → M est lisse. Or, lue dans les cartes, f est une
k k n
immersion d'un ouvert de R à valeurs dans R × {0} ⊂ R . Vue comme une application à
k
valeur dans R , la diérentielle de cette application est bijective. Le théorème d'inversion locale
s'applique donc, et montre que l'inverse de f est lisse. 

Proposition 2.30. Soient M et N f : M → N une application lisse et a ∈


deux variétés,
f (M ). On suppose que f est une submersion sur f −1 (a) (c'est-à-dire que a est une valeur
−1
régulière de f ), alors f (a) est une sous-variété de M .

Démonstration . Comme pour les démonstrations précédentes, on se ramène à l'énoncé ana-


n 4
logue pour les sous-variétés de R en lisant dans les cartes . 

IV Exemples et constructions
IV.1 Somme disjointe
S
Soit (Xi )i∈I i∈I {i} ×
une famille d'espaces topologiques. Leur somme disjointe est l'espace
F
X
Si , que l'on note i∈I Xi muni de la topologie dont les ouverts sont les parties de la forme
i∈I {i} × Ui , où chaque Ui est un ouvert de Xi . S
2
Remarquons au passage que dans le cas de R = x∈R {x}×R la topologie de somme disjointe
dière de la topologie usuelle.
On voit en particulier que chaque partie de la forme
F {j} × Xj pour j∈I xé, est un ouvert
de i∈I Xi . En pratique, cette partie est identiée à Xj . F
Si chaque Xi est une variété dénombrable et si I est ni ou dénombrable, alors i∈I Xi admet
une structure de variété diérentiable de dimension
F n.
En eet, i∈I X i est séparé et à base dénombrable. De plus, si l'on se donne un atlas Ai
F
pour chacun des Xi , alors A = {({i} × U, φ) | i ∈ I, (U, φ) ∈ Ai } forme un atlas de i∈I Xi .
La démonstration de la proposition suivante est laissée en exercice.

4. La géométrie diérentielle prend parfois des accents de science occulte.

29
Proposition 2.31.
F
(i) Pour tout j ∈ I, l'application naturelle Xj → i∈I Xi est un plonge-
ment.
F
(ii) Soient M une variété et f: i∈I Xi →M une application. Alors f est lisse si et seulement
si pour tout i ∈ I , f |Xi est lisse.

IV.2 Produits de variétés


Soient M, M 0 deux variétés. Alors l'espace M ×M0 muni de la topologie produit (c'est-à-dire
la topologie engendrée par les produits d'ouverts) est séparé et à base dénombrable. De plus,
0 0 0
si A et A sont des atlas de M et M respectivement, alors M × M peut-être muni de l'atlas

{(U × U 0 , φ × φ0 ) | (U, φ) ∈ A, (U 0 , φ0 ) ∈ A0 }
où φ × φ0 désigne l'application (x, y) 7→ (φ(x), φ(y)).
La démonstration de la proposition suivante est laissée en exercice.

Proposition 2.32. (i) Les projections canoniques p1 : M × M 0 → M et p2 : M × M 0 → M 0


sont lisses.

(ii) Une application f : P → M × M0 est lisse si et seulement si ses composantes p1 ◦ f et


p2 ◦ f le sont.

On peut bien sûr faire des produits de plus de deux variétés. L'exemple suivant est important.

Exemple 2.33. On appelle Tore de dimension n le produit de n copies du cercle S1 .


Tn = S1 × · · · × S1 .
2n
C'est une sous-variété de dimension n de R . Nous verrons plus tard qu'il est possible de le
n n 2
construire comme quotient de R par Z . Dans le cas où n = 2, on peut démontrer que T est
diéomorphe au tore de révolution de l'exemple 1.19. J

Parenthèse : topologie quotient


Une méthode très importante pour construire des espaces topologiques consiste à les obtenir
par quotient.

Dénition 2.34 (Espace topologique quotient). Soit X un espace topologique et R une relation
d'équivalence sur X.
L'espace topologique quotient est le quotient X/R, muni de la topologie
−1
dont les ouverts sont les parties U ⊂ X/R telles que p (U ) est ouvert, où p : X → X/R
désigne la projection canonique.

La topologie quotient a les propriétés suivantes (exercice !) :

Propriétés 2.35. (i) La projection canonique p : X → X/R est continue.

(ii) Une application f : X/R → Y est continue si et seulement si f ◦p est continue.

X /Y
f ◦p <
p
 f
X/R
En particulier, lorsque l'on passe une application continue au quotient, elle reste continue.

30
Application 1 : recollement d'espaces topologiques
Soient X, Y deux espaces topologiques, A⊂X etB ⊂ Y et φ : A → B un homéomorphisme.
On dénit une relation R sur la somme disjointe X t Y par la relation

x = y,

xRy si et seulement si ou x ∈ A, y ∈ B, y = φ(x),

ou y ∈ A, x ∈ B, x = φ(y).

Pour cette relation, les classes d'équivalence sont soit les singletons {x} avec x∈
/A et x∈
/ B,
soit les paires de points {x, φ(x)} avec x ∈ A.
L'espace quotient (X t Y )/R, noté X ∪φ Y , s'appelle le recollement de X et Y selon A et
B au moyen de φ

Exemple 2.36. Vue comme un espace topologique, la sphère Sn s'identie au recollement de


la boule euclidienne fermée de rayon 1 avec elle même, selon son bord, au moyen de l'identité :

Sn ' B(0, 1) ∪IdSn−1 B(0, 1).

Remarque 2.37. Attention ! Le quotient d'un espace séparé n'est pas toujours un espace
séparé. C'est la première propriété à vérier lorsque l'on considère un espace topologique déni
comme quotient.
Considérons par exemple la droite à deux origines dénie comme le recollement de {0} × R
∗ ∗ ∗ ∗
avec {1}×R selon {0}×R et {1}×R au moyen de l'homéomorphisme ρ : {0}×R → {1}×R ,
(0, x) 7→ (1, x).
Alors, il n'existe pas de couple d'ouverts disjoints du quotient qui contienne respectivement
les classes d'équivalence des points (0, 0) et (1, 0). J

Application 2 : quotient par une action de groupe


Actions de groupes sur un espace topologique Soit G un groupe et X un ensemble.
Une action (à gauche) de G sur X est la donnée d'une application G × X → X , (g, x) 7→ g · x
telle que
1G · x = x et g · (h · x) = (gh) · x, pour tous g, h ∈ G, x ∈ X.
Bien sûr, ici, 1G désigne l'élément neutre de G.
De manière équivalente, une action de groupe est la donnée d'un morphisme de groupe
φ : G → Bij(X) de G dans le groupe des bijections de X . Les deux points de vue se correspondent
par la relation : φ(g)(x) = g · x.
On appelle orbite de x ∈ X , l'ensemble

Ox = G · x = {g · x | g ∈ G}.

La relation être dans la même orbite est une relation d'équivalence sur X. L'espace quotient
par cette relation d'équivalence est noté X/G.

31
Exemple 2.38. Les entiers agissent sur R par translation : n · x = x + n. Le quotient R/Z
1 1 2iπx
s'identie au cercle S ⊂ C, via l'application R → S , x 7→ e qui passe au quotient en une
1
bijection R/Z → S . J
Si X est un espace topologique, le quotient X/G hérite de la topologie quotient. On dit que
5
l'action est continue si elle est donnée par un morphisme de groupe entre G et Homeo(X).
Proposition 2.39. Si un groupe G agit de manière continue sur un espace topologique X ,
alors la projection canonique p : X → X/G est une application ouverte, autrement dit, pour
tout ouvert U de X , p(U ) est un ouvert de X/G.

Démonstration . Soit U un ouvert de X . Par dénition de la topologie quotient, p(U ) est un


−1
ouvert de X/G si et seulement si p (p(U )) est un ouvert de X . Or, pour tout x ∈ X , on peut
−1
écrire p (p(x)) = Ox = {g · x | g ∈ G}. Par conséquent,

[
p−1 (p(U )) = g·U
g∈G

est ouvert puisque réunion des ouverts g · U. 

Actions propres. On suppose que X est un espace topologique localement compact (ce qui
signie que tout point admet un voisinage compact). On dit que l'action de G sur X (que
l'on suppose localement compact) est propre si pour tous compactsK , K 0 de X , l'ensemble
{g ∈ G | (g · K) ∩ K 0 6= ∅} est ni.
Exemples 2.40. (a) L'action de Zn sur Rn par translation donnée par k ·x = x+k est propre.
n 0
(b) L'action de Z sur R donnée par n · x = 2 x n'est pas propre. En eet, si K est un voisinage
compact de 0 et K compact non vide quelconque, alors pour n proche de −∞, l'intersection
(n · K) ∩ K 0 est non-vide.
(c) L'action de Z/2 sur Sn donnée par 0 · x = x et 1 · x = −x (on l'appelle l'action par
antipodie) est évidemment propre puisque Z/2 est ni.
J
Lemme 2.41. Soit G un groupe agissant continuement sur un espace X supposé séparé et
localement compact. Si l'action de G est propre, alors le quotient X/G est séparé.

Démonstration . Soient x, y p(x) 6= p(y). Nous allons construire des


des points de X tels que
voisinages de p(x) et p(y) qui ne se rencontrent pas. Comme p est une application ouverte, on
peut chercher ces voisinages sous la forme p(U ), p(V ) avec U, V ouverts de X . Pour obtenir la
condition p(U ) ∩ p(V ) = ∅, il sut que les ouverts U et V vérient

∀g, g 0 ∈ G, (g · U ) ∩ (g 0 · V ) = ∅,
5. En général, G est considéré comme un groupe topologique c'est à dire un groupe muni d'une topologie
pour laquelle la loi interne et le passage à l'inverse sont des opérations continues. Une action d'un groupe
topologique est dite continue si l'application G × X → X , g · x 7→ x est continue. Dans ce cours, nous nous
plaçons implicitement dans le cas où G est muni de la topologie discrète. La continuité de l'action revient alors
à dire que l'on a un morphisme G → Homeo(X).

32
ce qui est équivalent à
∀g ∈ G, (g · U ) ∩ V = ∅. (2.4)

Le fait que X est localement compact implique que x et y admettent des voisinages compacts
0 0
K et K respectivement. L'action de G étant propre, l'ensemble H = {g ∈ G | (g · K) ∩ K 6= ∅}
est ni.
L'hypothèse p(x) 6= p(y) signie que les orbites de x et y sont disjointes. En particulier, pour
tout g ∈ H , g · x 6= y , et comme X est séparé, il existe des ouverts Ug , Vg tels que

g · x ∈ Ug , y ∈ Vg et Ug ∩ Vg = ∅.

On pose
\ \
U =K∩ g −1 · Ug et V = K0 ∩ Vg .
g∈H g∈H

Par construction, U et V x ∈ U ⊂ K et y ∈ V ⊂ K 0 .
sont des ouverts (H est ni) vériant
De plus, U et V vérient la condition (2.4). En eet, si g ∈ H alors, g · U ⊂ Ug donc g · U ne
0
rencontre pas V . Si g ∈ G \ H , alors g · U ⊂ g · K ne rencontre pas V ⊂ K par dénition de H .
Les ouverts p(U ) et p(V ) vérient donc p(x) ∈ p(U ), p(y) ∈ p(V ) et p(U ) ∩ p(V ) = ∅. Nous
avons bien montré que le quotient X/G est séparé. 

Actions libres et propres Une action d'un groupe G sur un ensemble X est dite libre si
pour tout g 6= 1G , l'application x 7→ g · x n'a pas de point xe.
Si l'action est libre, alors pour tout élément x ∈ X,
G → Ox , g → 7 g · x est
l'application
une bijection. En eet, cette application est toujours surjective par dénition de Ox . Elle est
0 −1 0
injective dans le cas d'une action libre car si g · x = g · x, alors (g g ) · x = x donc g −1 g 0 = 1G .
Exemples 2.42. (a) L'action de Zn sur Rn par translation est libre.
n
(b) L'action de Z/2 sur R par antipodie n'est pas libre, mais l'action de Z/2 sur Sn est libre.
J
Le résultat sur les actions de groupes qui nous sera utile dans ce cours est le suivant.

Théorème 2.43 (Quotient par une action libre et propre). Soit G un groupe agissant librement
et proprement sur un espace topologique X séparé et localement compact. Alors,

(i) Pour tout x ∈ X, il existe un voisinage ouvert V de x tel que g·V ∩V = ∅ pour tout
g 6= 1G (en particulier, chaque orbite est une partie discrète),

(ii) le quotient X/G est séparé,

(iii) la projection canonique p : X → X/G est un homéomorphisme local.

Démonstration . Nous avons déjà prouvé le point (ii) qui ne requiert pas que l'action soit
libre. Démontrons le point (i).
Soitx ∈ X et K un voisinage compact de x. Comme l'action est propre, l'ensemble H =
{g ∈ G | g · K ∩ K 6= ∅} est ni.
Soit g ∈ H \ {1G }. Comme l'action est libre, g · x 6= x et, X étant séparé, il existe des ouverts
Ug et Vg de X tels que
g · x ⊂ Ug , x ∈ Vg et Ug ∩ Vg = ∅.

33
Posons \
g −1 (Ug ) ∩ Vg .

V =K∩
g∈H\{1G }

Alors, par construction x ∈ V . De plus, pour tout g ∈ G \ {1G }, (g · V ) ∩ V = ∅. En eet,


si g ∈ H \ {1G }, alors g · V ⊂ Ug et V ⊂ Vg donc (g · V ) ∩ V = ∅. De plus, si g ∈ / H , alors
(g · K) ∩ K = ∅ et comme V ⊂ K , on en déduit là encore que g · V ∩ V = ∅.
Il nous reste à démontrer le point (iii). C'est en fait une conséquence du point (i). En eet,
soit x ∈ X et V un ouvert comme fourni par (i). Alors, l'application p|V est injective (car V
contient au plus un point par orbite). Comme p est continue et ouverte, la restriction p|V est
un homéomorphisme V → p(V ). Nous avons bien montré que p est un homéomorphisme local
au voisinage de tout point. 

Fin de la parenthèse.

IV.3 Somme connexe de deux variétés


Nous allons utiliser la notion de recollement d'espaces topologiques pour une construction
0
sur les variétés appelée somme connexe. On se donne deux variétés M et M de même dimension
n et deux diéomorphismes ψ : B(0, 2) → V ⊂ M et ψ : B(0, 2) → V ⊂ M 0 , où V et V 0 sont
0 0
0
des ouverts de M  et M respectivement.
  Notons que de tels diéomorphismes existent toujours.
On note K = ψ B(0, 12 ) et K 0 = ψ 0 B(0, 12 ) .

V \K V 0 \ K0
K K0

M0
M

ψ ψ0

On note C = B(0, 2) \ B(0, 12 ) et

x
χ : C → C, x 7→ .
kxk2

L'application χ est un diéomorphisme de C qui a la propriété d'envoyer le bord extérieur de


C sur son bord intérieur et inversement. On note enn

ρ = ψ 0 ◦ χ ◦ ψ : (V \ K) → (V 0 \ K 0 ).

34
La somme connexe de deux variétés est la variété dont l'espace topologique sous-jacent est
donné par le recollement deM \ K et M 0 \ K 0 , selon V \ K et V 0 \ K 0 , au moyen de ρ.

M #M 0 = (M \ K) ∪ρ (M 0 \ K 0 ) .

Pour se représenter cette opération, il est utile de remarquer que C est diéomorphe à un
cylindre. D'où le dessin suivant.

V \K
V 0 \ K0

M0
M

Recollement

M #M 0

Il est possible de montrer que des choix diérents d'applications ψ, ψ 0 mènent à des variétés
diéomorphes. Autrement dit, à diéomorphisme près, la somme connexe de deux variétés est
dénie indépendamment de tout choix.

IV.4 Quotient de variétés par des actions libres et propres de groupes


discrets
Théorème 2.44 (Quotient d'une variété par une action libre et propre) . Soit M une variété
6
et G un groupe discret agissant librement et proprement par diéomorphismes M . Alors le
sur
quotient M/G admet une unique structure de variété telle que la projection canonique p : M →
M/G soit un diéomorphisme local.

Démonstration . (Nous omettrons la partie unicité de la démonstration) Comme M est une


variété, elle est localement compacte. Elle est de plus séparé. On peut donc appliquer le théorème
2.43. Il arme en premier lieu que le quotient M/G est séparé. Par ailleurs, M/G est à base
dénombrable. En eet, si (Ui )i∈N est une base d'ouverts de M, alors (p(ui ))i∈N forme une base
d'ouverts de M/G.
Il implique également l'existence au voisinage de tout point d'une carte (U, φ) telle que
U ∩ (g · U ) = ∅ pour tout g 6= 1G . Nous avons vu que p|U est un homéomorphisme entre U et
p(U ).
6. On dit d'une action d'un groupe G sur M, qu'elle est par diéomorphismes si elle est donnée par un
morphisme de groupe G → Diff(M ).

35
Donc, (p(U ), φ ◦ p|−1
U ) est une carte de M/G. De plus, les domaines de toutes ces cartes
recouvrent tout le quotient. Pour obtenir un atlas, il nous reste à vérier la compatibilité de
toutes ces cartes.
Soient donc (p(U ), φ ◦ p|−1
U ) et (p(V ), ψ ◦ p|−1
V ) deux telles cartes. Alors le changement de
carte correspondant s'écrit :

φ ◦ p|−1 −1 −1
U ◦ (ψ ◦ p|V ) = φ ◦ p|−1 −1
U ◦ p|V ◦ ψ .

Nous avons déjà vu que les cartes d'une variétés sont lisses. Il nous sut donc de vérier que
−1
l'application p|U ◦ p|V est lisse.
−1
Nous allons montrer que p|U ◦ p|V est lisse au voisinage de tout point. Soit y ∈ V un point
−1 −1
du domaine de dénition de p|U ◦ p|V . Le point x = p|U ◦ p|V (y) ∈ U est dans la même orbite
que y, donc il existe g∈G tel que g · x = y. Remarquons que l'on a

p|V (z) = p|U (g · z),

pour tout z∈V tel que g · z ∈ U , c'est-à-dire pour tout z dans V ∩ g −1 (U ), qui est un voisinage
de y. Nous avons donc,
p|−1
U ◦ p|V (z) = g · z

au voisinage de y. Autrement dit, au voisinage de y , p|−1


U ◦ p|V coincide avec l'action de g, et
est donc lisse.
Nous avons ainsi déni un atlas. Pour montrer que p est un diéomorphisme local, écrivons
p (U, φ) de M et (p(U ), φ ◦ p|−1
dans les cartes U ) de M/G :

φ ◦ p|−1
U ◦p◦φ
−1

est tout simplement l'identité de U et est donc bien un diéomorphisme local. 

La proposition suivante est très importante pour étudier les exemples.

Proposition 2.45. On suppose que les hypothèses du theorème 2.44 sont vériées. Alors, pour
toute variété Y et f : M/G → Y , l'application f est lisse si et seulement si f ◦p est lisse.

M /
f ◦p <Y
p
 f
M/G

Démonstration . Comme p f lisse implique f ◦ p lisse. Pour la


est lisse, il est clair que
−1
réciproque, on remarque que localement, f = (f ◦ p) ◦ (p|U ) pour un certain ouvert U , ce qui
montre que la lissité de f se déduit de celle de f ◦ p. 

Exemple 2.46. L'action de Z sur R (ou plus généralement de Zn sur Rn ) par translation vérie
les hypothèses du théorème 2.44.
1
L'application f : R → S , t 7→ (cos(2πt), sin(2πt)) est lisse, donc par la proposition précé-
dente, l'application induite ˆ
f : R/Z → S1 est lisse.

36
Comme f0 ne s'annule pas, l'application f est une immersion. on sait par ailleurs qu'elle
eectue un homéomorphisme sur son image. C'est donc localement un plongement et donc
un localement diéomorphisme sur son image. Comme la projection R → R/Z est un dif-
féomorphisme local (d'après le théorème 2.44), nous déduisons du paragraphe précédent que
l'application fˆ est aussi un diéomorphisme local. Comme par ailleurs, nous savons que fˆ est
une bijection, on en déduit que fˆ et son inverse sont lisses. Autrement dit, fˆ est un diéomor-
phisme. J
De même, l'application Rn → S1 × . . . S1 ,
(t1 , . . . , tn ) 7→ (cos(2πt1 ), sin(2πt1 ), . . . , cos(2πtn ), sin(2πtn ))
passe au quotient en une application Rn /Zn → S1 × · · · × S1 . Le même argument que dans le
paragraphe précédent donne la proposition suivante.

Proposition 2.47 (Tores comme quotients) . Le quotient Rn /Zn est diéomorphe au tore de
dimension n, S1 × · · · × S 1
.

Comment visualiser R2 /Z2 ? Intuitivement, se déplacer dans le tore R2 /Z2 revient à se


déplacer dans une pièce carrée [0, 1] × [0, 1] de telle sorte que lorsque l'on vient cogner un mur
7
on se retrouve immédiatement à sortir du mur opposé, comme sur l'image ci-dessous :

0 1

On peut eectivement visualiser R2 /Z2 sur un carré grâce au résultat suivant :

Soit X un espace topologique, R une relation d'équivalence sur X, F un compact de X tel que
toute classe de X rencontre F. On dénit RF la relation sur F telle que
0 0 0
∀x, x ∈ F, xRF x ⇐⇒ xRx .
Autrement dit, RF est la restriction de R à F. Alors, F/RF est homéomorphe à X/R.
2 2
On en déduit que R /Z s'identie (est homéomorphe) au quotient du carré [0, 1] × [0, 1] par
la relation d'équivalence :

x = 0, x0 = 1, y = y 0 ,



x0 = 0, x = 1, y = y 0 ,

ou
(x, y) ∼ (x0 , y 0 ) ⇐⇒


 ou y = 0, y 0 = 1, x = x0 ,
y 0 = 0, y = 1, x = x0 .

ou

7. Pour les gens de ma génération, R2 /Z2 rappelle l'espace dans lequel se promène le serpent du jeu Snake
que l'on trouvait sur certains des premiers téléphones portables !

37
Autrement dit, on identie les bords opposés du carré, comme représenté ci-dessous.

L'homéomorphisme avec un tore de révolution peut être visualisé grâce au dessin suivant.

Autres exemples de quotients.


Exemple 2.48. Le Ruban de Moebius
On considère l'action de Z sur R×] − 1, 1[ donnée par n · (x, y) = (x + n, (−1)n y), pour n ∈ Z,
x ∈ R et y ∈] − 1, 1[. A nouveau le théorème 2.44 s'applique : il s'agit bien d'une action libre et
propre, par diéomorphisme. La variété quotient ainsi obtenue s'appelle le Ruban de Moebius.
On peut le visualiser comme suit :

J
Exemple 2.49. La bouteille de Klein
2 2
On considère l'action de Z sur R donnée par (n, k) · (x, y) = ((−1)k x + n, y + k), pour
n, k ∈ Z, x, y ∈ R. Le théorème 2.44 s'applique encore une fois et la variété quotient ainsi
obtenue s'appelle la bouteille de Klein. On peut la visualiser comme suit :

38
Comme on peut le voir, l'image ci-dessus ne représente pas une surface plongée dans R3 (elle
est seulement immergée). On verra qu'il n'est pas possible de plonger la bouteille de Klein dans
R3 . En revanche, il est possible de la plonger dans R4 (voir TD). J

Les deux exemples qui précèdent ont une propriété commune, celle de ne pas être des variétés
orientables. Nous en verrons la dénition au chapitre 5.

IV.5 L'espace projectif


Soit V un espace vectoriel de dimension nie sur un corps K.

Dénition 2.50 (Espace projectif ) . L'espace projectif de V, noté P(V ), est l'ensemble des
droites vectorielles de V. Autrement dit, P(V ) est le quotient de V \ {0} par la relation d'équi-
valence ∼ donnée par
v ∼ v 0 ⇐⇒ ∃t ∈ K, v = tv 0 .
Dans le cas où V = Rn+1 , on note P(Rn+1 ) = Pn (R).

Remarquons que Pn (R) = Sn /(Z/2), où Z/2 agit sur Sn


par antipodie. Il s'agit d'une action
n
par diéomorphismes qui est libre et propre. La structure diérentielle de S induit donc une
n
structure diérentielle sur P (R) par le théorème 2.44.
Nous allons maintenant donner une autre manière de construire la structure diérentielle de
Pn (R). Cette seconde méthode est classique et il est important de la connaître. Elle est aussi
plus facile à utiliser dans la pratique que la première.
Commençons par dénir la notion de carte ane de P(V ) où V est un espace vectoriel
−1
réel de dimension nie. Soit λ : V → R une forme linéaire non nulle. Notons H0 = λ (0) et
H1 = λ−1 (1). Alors, H1 est un hyperplan ane dirigé par l'hyperplan vectoriel H0 . Soit iλ la
restriction à H1 de la projection canonique p : V → P(V ). Autrement dit, en notant [x] la
droite vectorielle passant par x, on a

iλ : x 7→ [x]
H1 → P(V ).

39
x

H1

H0 [x] = iλ (x)

Une droite ∆ ∈ P(V ) intersecte H1 si et seulement si elle n'est pas incluse dans H0 , et bien
sûr l'intersection est réduite à un point. On en déduit que iλ est une bijection entre H1 et
P(V ) \ P(H0 ).
Vérions que iλ : H1 → P(V ) \ P(H0 ) est un homéomorphisme. Cela montrera que i−1 λ est
une carte à valeur dans H1 . Tout d'abord, iλ est continue car c'est la restriction de la projection
−1
canonique p : V → P(V ) qui est continue. Pour montrer que iλ est continue, on sait (propriété
−1 −1
2.35 (ii)) qu'il sut de montrer que iλ ◦ p est continue. Or, iλ ◦ p est donnée par

1
i−1
λ ◦ p : V \ H0 → H1 , x 7→ x,
λ(x)

et est donc bien continue.


Nous avons vérié que pour chaque forme linéaire non nulle λ, l'application (P(V )\P(ker λ), i−1
λ )
est une carte de l'espace projectif.

Dénition 2.51 (Carte ane). Les cartes (P(V ) \ P(ker λ), i−1
λ ) sont appelées cartes anes de
P(V ).

Etudions maintenant les changements de cartes.


0
Soient donc λ, λ deux formes linéaires non nulles et H0 , H1 , H00 , H10 les hyperplans corres-
pondants. Le changement de carte s'écrit

i−1 0 0
λ ◦ iλ0 : H1 \ H0 → H1 \ H0
1
x 7→ x,
λ(x)

et est donc bien un diéomorphisme.

40
x

H0
0

H1

H10 H00
i−1 0
λ ◦ iλ (x)

Ceci montre que les cartes anes sont compatibles entre elles. Elles forment donc un atlas
et donnent à P(V ) une structure de variété diérentiable de dimension dim(V ) − 1.
On laisse au lecteur le soin de vérier la proposition (très utile) suivante.

Proposition 2.52. (i) L'application p : V → P(V ) est lisse.


(ii) Pour toute variété M, une application f : P(V ) → M est lisse si et seulement si f ◦p :
V \ {0} → M est lisse.

Exercice 8. P(Cn+1 ) (usuellement noté Pn (C)) admet une structure de variété


Montrer que
diérentiable de dimension 2n, donnée par des cartes anes, dénies comme ci-dessus.
1 2
On peut montrer (voir TD) que P (C) est diéomorphe à la sphère S . On l'appelle la sphère
de Riemann.

Coordonnées homogènes. Dans le cas où V = Rn+1 , on note comme on l'a vu Pn (R) =


P(Rn+1 ).
Dénition 2.53 (Coordonnées homogènes). x = (x0 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 \ {0}, on
Pour tout note
[x0 : . . . : xn ] l'image de x dans Pn (R), c'est-à-dire la droite vectorielle passant par x. Les réels
x0 , . . . , xn sont appelés coordonnées homogènes de la droite [x0 : . . . : xn ].

Remarque 2.54. Pour tout t ∈ R∗ , et tout (x0 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 \ {0},


[tx0 : . . . : txn ] = [x0 : . . . : xn ].
J
On appelle cartes anes standard les cartes anes associées aux formes linéaires x 7→ xi .
On les notera ϕi . Donnons quelques formules qui seront reprises dans la suite du cours.
Pour i = 0, . . . , n, on note Ui = {[x0 : . . . : xn ] | xi 6= 0} et
 
n x0 xi−1 xi+1 xn
ϕi : Ui → {xi = 1} ' R , [x0 : . . . : xn ] 7→ ,..., , ,..., .
xi xi xi xi
8
L'inverse de ϕi est donnée par :

ϕ−1 ˆ
i : (t0 , . . . , ti , . . . , tn ) 7→ [t0 : . . . : ti−1 : 1 : ti+1 : . . . tn ].

8. L'écriture (t0 , . . . , tˆi , . . . , tn ) signie que ti a été retiré de la liste. Elle est équivalente à l'écriture
(t0 , . . . , ti−1 , ti+1 , . . . , tn ).

41
Les cartes anes standard forment donc un atlas à n+1 cartes. Les changements de cartes
s'écrivent :

ϕj ◦ ϕ−1 ˆ
i : {(t0 , . . . , ti , . . . , tn ) | tj 6= 0} → {(u0 , . . . , u ˆj , . . . , un ) | ui 6= 0}
 
t0 ti−1 1 ti+1 tj−1 tj+1 tn
(t0 , . . . , ti−1 , ti+1 , . . . , tj−1 , tj , tj+1 , . . . , tn ) 7→ ,..., , , ,..., , ,..., .
tj tj tj tj tj tj tj

Dans le cas particulier où n = 1, nous obtenons deux cartes :

U = {[1 : y] | y ∈ R}, ϕU : U → R, [1 : y] 7→ y,

V = {[x : 1] | x ∈ R}, ϕV : V → R, [x : 1] 7→ x,
Le changement de carte s'écrit tout simplement

1
ϕV ◦ ϕ−1
U (y) = , ∀y ∈ R∗ .
y

Exercice 9. Montrer que l'application R → P1 (R), t 7→ [cos πt : sin πt] induit un diéomor-
phisme R/Z → P1 (R).

V Plongement de Whitney et partitions de l'unité


Le but de cette partie est double. Il sera d'une part d'établir l'énoncé ci-après et d'autre part
d'introduire la notion de partition de l'unité et d'en démontrer l'existence.

Théorème 2.55. Pour toute variété compacte M, il existe un entier N et un plongement de


M dans RN .

Ce résultat peut en fait être amélioré :

Théorème 2.56 (Whitney, 1936 puis 1944) . Soit n > 0. Toute variété de dimension n peut
être plongée dans R2n

L'exposant 2n est optimal. Par exemple, on sait que Pn (R) ne peut pas être plongé R2n−1 .
Ce théorème admet le corollaire suivant :

Corollaire 2.57. Toute variété diérentiable est un espace métrisable.

Le théorème de Whitney peut laisser penser qu'il est inutile de s'intéresser aux variétés
abstraites et que l'on peut se contenter d'étudier les sous-variétés. C'est une erreur : le point de
vue des variétés abstraites est souvent beaucoup plus pratique, et c'est notamment le cas des
n n
variétés quotients comme T ou P (R).

Rappelons que le support d'une fonction f :X→R est l'ensemble

Supp(f ) = {x ∈ X | f (x) 6= 0}.

Commençons par un lemme.

42
Lemme 2.58. Soit K un compact inclus dans un ouvert U d'une variété M. Alors, il existe
une fonction f : M → [0, 1] lisse et à support compact telle que

∀x ∈ K, f (x) = 1 et Suppf ⊂ U.

Démonstration . On xe 0 < r < R. Notons a : R → R et A : R → R les applications données


pour tout t∈R par

− 1
( Z t
e R2 −t2 si |t| < R 1
a(t) = , A(t) = R +∞ a(s) ds.
0 si |t| > R −∞
a(s) ds −∞

On note également  
R−r r(R − r)
B(t) = 1 − A t− −R
2R 2R
et enn, pour tout x ∈ Rn , fr,R (x) = B(kxk).
La fonction fr,R ainsi construite est lisse, elle vaut 1 sur B(0, r)
B(0, R). et son support est
Nous allons fabriquer la fonction f fr,R .
du lemme à l'aide de telles fonctions
Pour tout point x, on choisit une carte φx en x, Rx > 0 tel que B(0, 3Rx ) est incluse dans
−1 −1
l'image de φ, et l'on pose Vx = φ (B(0, Rx )), Wx = φ (B(0, 3Rx )). Quitte à réduire Rx , on
peut supposer que Wx ⊂ U . Par compacité, on sait que l'on peut extraire du recouvrement
(Vx )x∈K de K un sous-recouvrement ni Vx1 , . . . , Vxk .
Pour chaque i ∈ {1, . . . , k}, la fonction fi = fRx ,2Rx ◦ φxi est une fonction qui vaut 1 sur
i i
Vxi et est à support compact inclus dans Wxi . On peut étendre fi en une fonction lisse sur M
en posant fi = 0 dans le complémentaire de Wxi .
On pose enn
k
Y
f = 1 − (1 − fi ).
i=1

La fonction f est lisse, elle vaut 1 sur la réunion des Vxi donc sur K, et son support est inclus
dans la réunion des W xi donc dans U. Cela termine la démonstration du lemme. 

Nous pouvons en déduire la démonstration du théorème 2.55.

Démonstration du théorème 2.55. Comme M est compacte, on peut, comme dans la démons-
tration précédente, trouver un atlas ni ((Ui , φi ))i=1,...,` de M , des ouverts V1 , . . . , V` vériant

∀i, Vi ⊂ Ui et V1 ∪ · · · ∪ V` = M,

et des fonctions f1 . . . , f` telles que

∀i, fi |Vi = 1 et Supp(fi ) ⊂ Ui .

Pour chaque i, l'application fi φi : Ui → Rn (il s'agit ici d'une multiplication et non d'une
n
composition) est à support dans Ui donc s'étend par 0 en une application lisse M → R que
nous noterons encore fi φi . On pose

F = (f1 φ1 , . . . , f` φ` , f1 , . . . f` ) : M → Rn`+` .

43
Cette application est bien sûr lisse. C'est de plus une immersion car tout point de M appartient
à l'un des Vi et qu'au voisinage d'un tel point, l'application fi φi = φi est une immersion.
L'application f est de plus injective. En eet, si l'on suppose F (p) = F (q), alors en particulier,
fi (p) = fi (q) pour tout i = 1, . . . , `. Soit i un indice pour lequel p ∈ Vi . Alors, fi (q) = fi (p) = 1,
ce qui implique en particulier que q ∈ Suppfi ⊂ Ui . Comme par ailleurs fi (q)φi (q) = fi (p)φi (p)
(car F (p) = F (q)), on en déduit aussi que φi (p) = φi (q). L'injectivité de φi implique alors que
p = q.
Enn, comme M est compacte, F est automatiquement propre. Concluons : F est une
immersion injective propre, c'est donc un plongement. 

Nous allons maintenant exploiter les résultats qui précèdent pour mettre en place un outil
très utile, les partitions de l'unité.

Dénition 2.59 (Partitions de l'unité). Soit (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de M . Une par-
tition de l'unité subordonnée à (Ui )i∈I est une famille de fonctions lisses ρi : M → [0, 1], i ∈ I
telles que pour tout i ∈ I , ρi est supportée dans Ui ,
X
∀x ∈ M, ρi (x) = 1
i∈I

et telles que la famille de leurs supports Supp ρi soit localement nie, c'est-à-dire :

∀K ⊂ M compact, {i ∈ I | Supp ρi ∩ K 6= ∅} est ni.

Théorème 2.60 (Existence de partitions de l'unité). Tout recouvrement ouvert d'une variété
diérentiable admet une partition de l'unité qui lui est subordonnée.

Démonstration dans le cas d'un recouvrement ni sur une variété compacte. Notons M =
U1 , . . . , U` la variété considérée et son recouvrement ni. Comme dans la démonstration du
theorème 2.55, on choisit des ouverts V1 , . . . , V ` vériant

∀i, Vi ⊂ Ui et V1 ∪ · · · ∪ V` = M,

et des fonctions f1 . . . , f` telles que

∀i, fi |Vi = 1 et Supp(fi ) ⊂ Ui .

Les fonctions fi peuvent être choisies positives.


Alors, les fonctions
fi
ρi = Pn , i = 0, . . . , `
j=1 fj
sont bien dénies sur M , lisses,
Pnprennent leur valeurs dans [0, 1], sont respectivement à support
dans les Ui et vérient bien j=1 ρj = 1. 

Remarque 2.61. Cela n'est pas apparu clairement car nous n'avons fait les démonstrations
des théorèmes 2.56 et 2.60 que dans le cas de variétés compactes, mais ces deux théorèmes
requièrent la condition à base dénombrable que nous avons incluse dans la dénition des
variétés. J

44
Chapitre 3
Le bré tangent

I L'espace tangent à une variété en un point


Dans cette partie, on xe une variété diérentiable M de dimension n et un point x ∈ M .
On note Cx (M ) l'ensemble de tous les chemins lisses c dénis sur un voisinage de 0 ∈ R, à
valeur dans M et vériant c(0) = x. On munit Cx (M ) de la relation d'équivalence donnée par :

c1 ∼ c2 ⇐⇒ pour toute carte φ en x, (φ ◦ c1 )0 (0) = (φ ◦ c2 )0 (0)


⇐⇒ il existe une carte φ en x, (φ ◦ c1 )0 (0) = (φ ◦ c2 )0 (0).

Notons que deux chemins de Cx (Rn ) sont équivalents en ce sens si et seulement s'ils ont
même dérivée en 0.

Dénition 3.1 (Espace tangent et application tangente) . L' espace tangent à M en x est
l'ensemble quotient
Tx M = Cx (M )/ ∼ .
Si f : M → N est une application lisse entre variétés, alors l'application Cx (M ) → Cf (x) (N ),
c 7→ f ◦ c induit par passage au quotient une application Tx M → Tx N appelée application
tangente à f en x, ou diérentielle de f en x. On la notera dfx .

On notera c0 (0) la classe d'un chemin c pour la relation ∼. Cependant, an d'éviter des
confusions, nous la noterons [c] le temps de cette partie.

Remarque 3.2.

(a) On a une identication canonique entre Tx Rn et Rn . De plus, si f : Rn → Rp , alors dfx


s'identie à la diérentielle usuelle.

(b) La formule de composition est facile à démontrer : si f : M → N et g : N → P, alors


(g ◦ f ) ◦ c = g ◦ (f ◦ c), donc en passant au quotient

d(g ◦ f )x = dgf (x) ◦ dfx . (3.1)

Proposition 3.3. Si M est une sous-variété de Rn , alors Tx M ainsi déni s'identie naturel-
lement à l'espace tangent à M introduit dans la dénition 1.20.

45
var
Démonstration . Pour diérentier les deux espaces tangents en jeu, on note Tx M l'espace
ss−var
tangent de la dénition 3.1 et Tx M l'espace tangent de la dénition 1.20. L'identication
0 ss−var
est donnée par l'application I : c 7→ c (0), Cx M → Tx M qui est surjective par dénition
ss−var
de Tx M .
Soient c1 , c2 ∈ Cx (M ). Alors c1 ∼ c2 si et seulement si pour toute carte de M de la forme
(U ∩ M, h|U ∩M ) avec h forme normale de M , on a dhx (c01 (0)) = dhx (c02 (0)), ce qui équivaut à
c01 (0) = c02 (0). On en déduit que I passe au quotient en une application bijective Iˆ : Tx M var →
Tx M ss−var . 

On voit dans la démonstration précédente que dans le cas des sous-variétés, il est naturel
0
d'identier [c] à c (0). Voici le résultat fondamental de cette partie.

Proposition 3.4. L'espace tangent Tx M admet une unique structure d'espace vectoriel telle
n
que pour toute carte φ en x, l'application dφx : Tx M → R est linéaire, autrement dit :

∀u, v ∈ Tx M, dφx (u + v) = dφx (u) + dφx (v), (3.2)

∀u ∈ Tx M, ∀λ ∈ R, dφx (λu) = λ dφx (u). (3.3)

Pour toute application lisse f : M → N, la diérentielle de f en x est une application


linéaire dfx : Tx M → Tf (x) N , lorsque les espaces tangents sont munis de cette structure.

Démonstration . Fixons une carte φ en x. Commençons par vérier que l'application dφx :
Tx M → Rn est une bijection.
Pour l'injectivité, si dφx (u1 ) = dφx (u2 ) pour deux éléments u1 , u2 ∈ Tx M , alors pour tous
représentants c1 , c2 ∈ Cx (M ) de u1 et u2 , on a (φ ◦ c1 )0 (0) = (φ ◦ c2 )0 (0), ce qui signie par
n
dénition que c1 ∼ c2 et donc u1 = u2 . Passons à la surjectivité. Soit v ∈ R . Alors, le chemin
c : t 7→ φ−1 (tv) appartient à Cx (M ) et vérie
def
dφx ([c]) = [φ ◦ c] = (φ ◦ c)0 (0) = (t 7→ tv)0 (0) = v.

Nous avons donc trouvé un antécédent pour v.


Revenons à la structure d'espace vectoriel de Tx M . Les conditions (3.2) et (3.3) forcent les
lois de l'espace vectoriel à être données par :

∀u, v ∈ Tx M, u + v = dφ−1
x (dφx (u) + dφx (v)),
−1
∀u ∈ Tx M, ∀λ ∈ R, λu = dφx (λ dφx (u)).

Réciproquement, on peut vérier sans diculté que ces lois sont bien celles d'un espace vectoriel.
Par exemple, pour l'associativité de l'addition :

(u + v) + w = dφ−1 −1
x (dφx (dφx (dφx (u) + dφx (v))) + dφx (w)),
= dφ−1
x (dφx (u) + dφx (v) + dφx (w))
= u + (v + w).

Nous avons donc déni une structure d'espace vectoriel sur Tx M telle que dφx : Tx M → Rn
soit un isomorphisme.
−1
Pour toute autre carte ψ en x, la diérentielle du changement de carte, d(ψ ◦ φ )0 =
dψx ◦(dφx )−1 est un isomorphisme linéaire Rn → Rn , on en déduit par la formule de composition
n
(3.1) que dψx est également un isomorphisme linéaire entre Tx M et R .

46
La formule de composition (3.1) montre également que si f : M → N, alors dfx est linéaire
car on sait que l'application

dχf (x) ◦ dfx ◦ (dφx )−1 = d(χ ◦ f ◦ φ−1 )0 ,

où χ est une carte de N en f (x), est linéaire Rn → Rn (c'est la diérentielle de f lue dans les
cartes). 

Exercice 10. Vérier que la diérentielle d'une application constante est nulle.

Pour terminer cette partie, on laisse au lecteur le soin de vérier les énoncés suivants :

Proposition 3.5. Soit f, g ∈ C ∞ (M ), alors

d(f + g)x = dfx + dgx et d(f g)x = f (x)dgx + g(x)dfx .

Proposition 3.6. Soit f :M →N une application lisse. Alors

1. f est une immersion en x si et seulement si dfx est injective,

2. f est une submersion en x si et seulement si dfx est surjective,

3. le rang de f en x est égal au rang de dfx .

Proposition 3.7. 1. Soient f : M → N une application lisse entre variétés, a ∈ N une


valeur régulière, et x∈M f (x) = a. Alors l'espace tangent à la sous-variété f −1 (a)
tel que
est donné par
Tx (f −1 (a)) = ker dfx .
2. Soit f :M →N un plongement, alors

Tf (x) f (M ) = Im dfx .

En l'appliquant à l'injection canonique, ce dernier point implique en particulier que si M est


une sous-variété de N, alors Tx M s'identie à un sous-espace de Tx N .

II Fibrés vectoriels
Dans cette partie, nous introduisons la notion de bré vectoriel. C'est une notion très im-
portante en topologie. Nous ne ferons que l'eeurer. En particulier, nous n'aborderons pas du
tout les problèmes de classications des brés. Notre principale motivation pour cette partie
est d'être en mesure de dénir le bré tangent à une variété ainsi que, plus tard, les brés de
formes alternées.
On xe un entier k > 0.

Dénition 3.8 (Fibré vectoriel). Un bré vectoriel (réel) de rang k est la donnée :

(a) d'une application lisse p:E→B entre variétés,

(b) pour tout b ∈ B, d'une structure d'espace vectoriel sur p−1 (b),

47
de sorte que tout point b∈B admette un voisinage ouvert U ⊂B et une application

Φ : p−1 (U ) → U × Rk

tels que

(i) le diagramme suivant commute

p−1 (U )
Φ / U × Rk
p pr1 :(u,ξ)7→u
# {
U
0
(ii) pour tout b ∈ U, la restriction de Φ à p−1 (b0 ) est un isomorphisme linéaire entre p−1 (b0 )
0 n
et {b } × R .

E
Eb = p−1 (b)

b
B

Vocabulaire.
 B est appelée base du bré vectoriel,
 E est appelé espace total du bré,
 p est appelée projection su bré,
 Eb = p−1 (b) est appelée bre au dessus de b
 Φ est appelée trivialisation au dessus de U . S'il existe une trivialisation au dessus de B
tout entier, on dit que le bré est trivialisable.
 Si n = 1, on parle de bré en droite.

48
 Par abus de langage, on désigne parfois le bré seulement par E ou par p. Les structures
d'espaces vectoriels sur les bres sont presque toujours sous-entendues.
 Un point ξ ∈ E tel que p(ξ) = b est parfois noté (b, ξ), pour garder en mémoire que
p(ξ) = b.
Exemples 3.9. (i) Le bré trivial de rang k au dessus de B est donnée par

p : B × Rk → B, (b, ξ) 7→ b.

Ses bres sont les Eb = {b} × Rk . L'identité est une trivialisation au dessus de B . Le bré
trivial est donc trivialisable !

(ii) Soit M une sous-variété de dimension k de Rn . Alors,

T M = {(x, ξ) | x ∈ M, ξ ∈ Tx M }

est une sous-variété de R2n de dimension 2k . En eet, si M est localement donnée par une
équation {f (x) = 0}, alors TM est localement donné par l'équation

{f (x) = 0, dfx (ξ) = 0}.

Alors l'application p : T M → M , (x, ξ) 7→ x est un bré vectoriel, appelé bré tangent à


la sous-variété M. Vérions-le.

Pour commencer, pour tout x ∈ M , p−1 (x) = {x} × Tx M ' Tx M est naturellement munie
n
d'une structure d'espace vectoriel, comme sous-espace de R . Construisons les triviali-
n
sations. Soit h : U → R une forme normale locale de M , vériant donc h(U ∩ M ) =
h(U ) ∩ (Rk × {0}). On pose

Φ : (x, ξ) 7→ (x, dhx (ξ)), p−1 (U ∩ M ) → (U ∩ M ) × Rk .

Alors Φ|p−1 (x) : p−1 (x) → {x} × Rk est un isomorphisme linéaire elle s'identie à l'appli-
cation dhx |Tx M qui en est un. Le diagramme

p−1 (U )
Φ /U × Rk
p pr1 :(x,ξ)7→x
# {
U
est évidemment commutatif, et il est facile de vérier que Φ est un diéomorphisme.
Nous avons vérié que Φ ainsi construite est une trivialisation au-dessus de U . Comme de
telles applications peuvent être construites au voisinage de tout point, on en déduit que
p : TM → M est un bré vectoriel.
n
(iii) Voyons à présent le très bel exemple du bré tautologique P (R). Rappelons que les points
n n+1
de P (R) sont par dénition les droites de R . On pose

En = {(X, ξ) | X ∈ Pn (R), ξ ∈ X} ⊂ Pn × Rn+1 .

Alors
p : En → Pn (R), (X, ξ) 7→ X
admet la structure d'un bré en droite. On l'appelle le bré tautologique.

49
Pour le démontrer, utilisons les cartes anes standard de (Ui , ϕi ) de Pn (R). Des triviali-
sations au-dessus de voisinages de tous points sont données par les

Φi : p−1 (Ui ) → Ui × R, (X, ξ) 7→ (X, ξi ).

Pour montrer qu'il s'agit d'un diéomorphisme, il sut de voir que la réciproque est
donnée par (X, t) 7→ (X, tϕi (X)).
On verra que ce bré n'est pas trivialisable. On verra aussi que E1 est diéomorphe à un
ruban de Moebius (peut-être en TD).
J

Dénition 3.10 (Morphisme de brés). Un morphisme entre deux brés vectoriels p:E→B
et p0 : E 0 → B de même base B f : E → E 0 telle que :
est une application lisse

(i) le diagramme suivant commute

f
E / E0
p p0
 ~
B

(ii) pour tout b ∈ B, la restriction de f à Eb est une application linéaire entre Eb et Eb0 .

Remarque 3.11.

(a) Une composition de morphismes de brés est un morphisme de bré.

(b) Une trivialisation est un isomorphisme de bré entre p : p−1 (U ) → U et le bré trivial
au-dessus de U.
k
(c) Un morphisme entre deux brés triviaux B × R et B × Rn est de la forme (b, ξ) 7→
(b, g(b)(ξ)), où g : B → L(Rk , Rn ). Un isomorphisme entre B × Rn et B × Rn est de la
forme ci-dessus avec g : B → GLn (R).
Par conséquent, les changements de trivialisations sont des applications de la forme

Φi ◦ Φ−1 k
j :(Ui ∩ Uj ) × R → (Ui ∩ Uj ) × R
k

(x, ξ) 7→ (x, gi,j (x)(ξ)),

où les gij : Ui ∩ Uj → Glk (R) sont appelées fonctions de transition.

On peut montrer qu'un bré est caractérisé par ses fonctions de transition, ce qui est très
utile lorsque l'on cherche à classer les brés à isomorphisme près.

Dénition 3.12 (sections) . p : E → B est une application


Une section d'un bré vectoriel
lisse s : B → E telle que pour tout x ∈ B , s(x) ∈ Ex (autrement dit, p ◦ s = IdB ).
L'application qui à x ∈ B associe le vecteur nul de Ex est appelée section nulle du bré.
On note souvent Γ(B, E) l'ensemble des sections de p : E → B .

La section nulle s0 est bien une application lisse car pour toute trivialisation Φ : p−1 (U ) →
U × Rn , on a Φ ◦ s0 (x) = (x, 0) pour tout x ∈ U .

50
Exemples 3.13. (i) Si E = B × Rn → B est un bré trivial, alors les sections sont les
n n
applications de la forme B 7→ B × R , x 7→ (x, f (x)), où f : M → R est lisse.

(ii) Si M Rn , alors une section du bré tangent T M est appelée champ


est une sous-variété de
n
de vecteur sur M . C'est une application de la forme x 7→ (x, X(x)), où X : M → R est
lisse et vérie X(x) ∈ Tx M pour tout x ∈ M .
J

Remarque 3.14. L'ensemble des sections Γ(E, B) d'un bré est un module sur l'anneau
C ∞ (B). Autrement dit, on peut additionner deux sections et l'on peut multiplier une sec-
tion par une fonction. Ces opérations se font point par point, autrement dit, la somme de deux
0
sections s, s est dénie pour chaque b ∈ B , par

(s + s0 )(b) = s(b) + s0 (b),

en utilisant la structure d'espace vectoriel de Eb . De même, le produit d'une section s par une
fonction f est déni pour chaque b∈B par

(f · s)(b) = f (b) · s(b),

en utilisant à nouveau la structure d'espace vectoriel de Eb . J


Dénition 3.15 (Repère d'un bré) . Un repère de p : E → B est une famille (si )i=1,...,k de
sections telles que pour tout b ∈ B, la famille (s1 (b), . . . , sk (b)) soit une base de la bre Eb .
Proposition 3.16. Un bré est trivialisable si et seulement si il admet un repère.

Démonstration . Supposons le bré trivialisable, au moyen d'une trivialisation Φ. Soit (e1 , . . . ek )


k
une base de R . Alors, les formules

si (b) = Φ−1 (b, ei ), ∀b ∈ B

dénissent un repère de sections s1 , . . . , s d . En eet, pour chaque b, Φ−1 (b, ·) : Rk → Eb est un


isomorphisme donc envoie base sur base.
Réciproquement, si l'on dispose d'un repère s1 , . . . , s d , alors on construit une trivialisation
en posant  
coordonnées de ξ dans
Φ(b, ξ) = b , .
la base (si (b))i=1,...k


La proposition qui précède est particulièrement utile dans le cas des brés en droites. On se
convainc ainsi que :

Exemples 3.17. (i) Le bré tangent à S1 est trivialisable. Le bré tangent de Tn aussi.
n
(ii) Le bré tautologique de P (R) n'est pas trivial.
J
2
On verra dans la suite du cours/TD que le bré tangent à S n'est pas trivialisable mais que
3
le bré tangent à S l'est. On sait que les seules sphères dont le bré tangent est trivialisable
1 3 7
sont les sphères S , S et S , mais ce résultat n'est absolument pas trivial.

51
III Les brés tangent et cotangent
Le but de cette partie est de montrer que la réunion de tous les espaces tangents à une variété
admet une structure de bré vectoriel, appelée bré tangent. De même, nous verrons que la
réunion des duaux des espaces tangents admet aussi une structure de bré vectoriel, appelée
bré cotangent.
Nous allons commencer par énoncer un lemme technique qui nous sera utile dans les deux
situations mentionnées ci-dessus.
Soit p:E→B une application où E est un ensemble et B une variété. Soit k un entier. On
suppose que :

(a) pour tout b ∈ B , Eb = p−1 (b) porte une structure d'espace vectoriel,
(b) il existe un recouvrement de B par des ouverts (Ui )i∈I et une famille d'applications (Φi )i∈I
−1 k
avec pour tout i ∈ I , Φi : p (Ui ) → Ui × R telles que :
k
 pour tout i ∈ I et tout b ∈ Ui , Φi |Eb est un isomorphisme linéaire entre Eb et {b} × R ,
−1 k k
 pour tout i, j ∈ I , Φi ◦ Φj : (Ui ∩ Uj ) × R → (Ui ∩ Uj ) × R est un diéomorphisme.

On sait que si p : E → B est un bré vectoriel, alors ces conditions sont remplies. Récipro-
quement :

Lemme 3.18. Sous les hypothèses (a) et (b) ci-dessus, E admet une unique structure de variété
telle que pour tout i, p−1 (Ui ) est un ouvert de E et Φi est un diéomorphisme. Pour cette
structure, p : E → B est un bré vectoriel.

Démonstration (idée). On commence par montrer que les parties O de E , telles que Φi (O ∩
p−1 (Ui )) est un ouvert de Ui × Rk pour tout i ∈ I , forment une topologie sur E , séparée et à
base dénombrable.
Pour tout i∈I et toute carte (V, ψ) de B, avec V incluse dans l'un des Ui , on considère
l'application
Ψ : p−1 (V ) → ψ(V ) × Rk , (x, ξ) 7→ (ψ × Id) ◦ Φi (x, ξ).
−1
On montre que les Ψ ainsi construits forment un atlas de E, qui devient donc une variété
diérentiable. Il ne reste alors qu'à vérier que p:E→B est un bré. 

Le bré tangent. Considérons l'ensemble :

T M = {(x, v) | x ∈ M, v ∈ Tx M }.
On note π : T M → M , (x, v) 7→ x la projection canonique.
Les conditions (a) et (b) du lemme précédent sont satisfaites par π : T M → M . En eet,
−1
comme famille (Φi ), on peut prendre les applications π (U ) → U × Rn , (x, v) 7→ (x, dφx (v))
où (U, φ) est une carte de M. On en déduit :

Proposition 3.19. L'espace T M admet une unique structure de variété telle que pour toute
carte (U, φ) de M ,
−1
(a) π (U ) est un ouvert de T M ,
−1 n
(b) l'application π (U ) → U × R , (x, v) 7→ (x, dφx (v)) est un diéomorphisme.

Avec cette structure de variété, π : T M → M est un bré vectoriel appelé bré tangent à M .

Il est possible de faire une construction duale de la précédente.

52
Le bré cotangent. On note Tx∗ M l'espace dual de Tx M , constitué des formes linéaires sur
Tx M . On considère cette fois l'ensemble

T ∗ M = {(x, p) | x ∈ M, p ∈ Tx M },

et on note encore π : T ∗M → M la projection sur M.


Le lemme énoncé plus haut peut encore être appliqué pour démontrer :

Proposition 3.20. L'espace T ∗M admet une unique structure de variété telle que pour tout
carte (U, φ) de M,
−1
(a) π (U ) est un ouvert de T ∗M ,
(b) l'application π −1 (U ) → U × (Rn )∗ , (x, p) 7→ (x, p · dφ−1
x ) est un diéomorphisme.

Avec cette structure de variété, π : T ∗M → M est un bré vectoriel appelé bré cotangent à
M.

Nous allons maintenant nous intéresser aux sections de ces brés.

IV Champs de vecteurs, formes diérentielles de degré 1.


IV.1 Denitions
Dénition 3.21. Une section de TM est appelée champ de vecteurs sur M. Une section de

T M est appelée forme diérentielle de degré 1 sur M.

Voyons quelques remarques et notions en rapport avec ces dénitions.

Crochet de dualité. ∗
En général, si l'on se donne un K-espace vectoriel E et son dual E ,

on appelle crochet de dualité l'application E × E → K, (`, v) 7→ h`, vi := `(v). En utilisant
ce crochet dans chacun des espaces tangent, on obtient un crochet de dualité entre formes

diérentielles de degré 1 et champs de vecteurs. Soit η ∈ Γ(M, T M ) une forme diérentielle
de degré 1 sur M et X ∈ Γ(M, T M ) un champ de vecteur sur M, alors leur crochet de dualité
est la fonction :
hη, Xi : M → X, x 7→ hη(x), X(x)i.
−1
C'est une fonction lisse. En eet, pour toute carte (U, φ) de M , on sait que η ◦ dφ :U →
n ∗ n n ∗ n
(R ) et dφ(X) : U → R sont lisses. Comme le crochet (R ) × R → R est lisse, on déduit de
la formule
hη(x), X(x)i = hη ◦ (dφx )−1 , dφx (X(x))i
la lissité de hη, Xi.

Diérentielles de fonctions. Si f :M →R est une fonction lisse alors, df : M → T ∗ M ,


x 7→ dfx est une forme diérentielle de degré 1.
−1
Vérions-en le caractère lisse. Soit (U, φ) une carte de M . On sait que Φ : π (U ) →
U × (R ) , x 7→ (x, η ◦ (dφx ) ) est un diéomorphisme. Or, Φ ◦ df (x) = (x, dfx ◦ (dφx )−1 ) =
n ∗ −1

(x, d(f ◦ φ−1 )φ(x) ) est lisse U → U × (Rn )∗ . Ceci montre la lissité de df au voisinage de tout
point.

53
Transport de champs de vecteurs et de formes diérentielles de degré 1 Soit φ:
M →N un diéomorphisme, alors pour tout champ de vecteur X sur M , la formule

φ∗ X(y) = dφφ−1 (y) X(φ−1 (y))

dénit un champ de vecteur sur N. On dit que φ∗ X est le poussé en avant de X par φ.
Soit φ:M →N une application lisse (non nécessairement un diéomorphisme), alors pour
toute forme diérentielle de degré 1, η, sur N, la formule

φ∗ η(x)(ξ) = η(φ(x))(dφx (ξ))

dénit une forme diérentielle de degré 1 sur M. On dit que φ∗ η est la forme tirée en arrière
de η par φ.

IV.2 Champs de vecteurs et dérivations


Dénition 3.22. Pour f ∈ C ∞ (M ) une fonction et X ∈ Γ(M, T M ) un champ de vecteur, on
note
X · f = hdf, Xi ∈ C ∞ (M ).

La proposition suivante donne un point de vue algébrique sur les champs de vecteurs : on
peut les identier à des dérivations sur l'algèbre des fonctions lisses de notre variété.

Dénition 3.23. Une dérivation de C ∞ (M ) est une application linéaire δ : C ∞ (M ) → C ∞ (M )


vériant l'identité de Leibniz : pour tout f, g ∈ C ∞ (M ),

δ(f g) = f δ(g) + g δ(f ).

Remarque 3.24.

(a) Si δ est une dérivation, alors δ s'annule sur les fonctions constantes. En eet, pour la
fonction constante égale à 1, on a δ(1) = δ(12 ) = 1 · δ(1) + 1 · δ(1) = 2δ(1) par la formule
de Leibniz, d'où δ(1) = 0, et par linéarité, δ s'annule sur toutes les fonctions constantes.

(b) On peut également transporter les dérivations. En eet, si φ:M →N est un diéomor-

phisme, et δ une dérivation sur C (M ), alors la formule

φ∗ δ(f ) = (δ(f ◦ φ)) ◦ φ−1

dénit une dérivation sur C ∞ (N ).


J

Théorème 3.25. X· : C ∞ (M ) → C ∞ (M ) est une dérivation. Réciproquement,


L'application
∞ ∞
toute dérivation C (M ) → C (M ) est de la forme X· pour un unique champ de vecteurs X .

Remarquons que si δ = X·, alors φ∗ δ = φ∗ X· pour tout diéomorphisme φ : M → N.

Démonstration . L'identité de Leibniz pour X· est une conséquence immédiate de l'identité


d(f g) = f dg + g df . Montrons maintenant que l'application X 7→ X·, de l'espace des champs
de vecteurs dans celui des dérivations est une bijection.

54
Pour montrer que c'est une injection, supposons que X · f = 0 pour tout f . On veut montrer
que X = 0. Dans le cas contraire, il existerait x tel que X(x) 6= 0. Alors on pourrait trouver
une fonction f dfx (X(x)) 6= 0, ce qui contredirait l'hypothèse. Pour construire une
telle que
n
telle fonction, on utilise une carte φ en x. Soit ` une forme linéaire sur R qui ne s'annule pas
n
sur dφx (X(x)) et soit g une fonction sur R qui vaut 1 au voisinage de 0 et à support compact
inclus dans l'ouvert image de φ. Alors f = (g`) ◦ φ est une fonction dénie sur le domaine de φ
dont la diérentielle en x est X(x). Comme elle est à support compact, on peut l'étendre par
0 en une fonction sur M .
Montrons maintenant que c'est une surjection. Pour cela, commençons par le montrer dans
le cas où M = B est une boule de Rn . Soit δ une dérivation de C ∞ (B). Pour toute fonction

f ∈ C (B), tous x, y ∈ B , on a

Z 1 n Z 1
d X ∂f
f (x) − f (y) = f (t(x − y) + y) dt = (xi − yi ) (t(x − y) + y) dt,
0 dt i=1 0 ∂xi
R1 ∂f ∂f
donc en posant hiy (x) = 0 ∂xi
(t(x − y) + y) dt, on a d'une part hiy (y) = ∂xi
(y), et d'autre part :
n
X
f (x) = f (y) + (xi − yi )hiy (x).
i=1

Nous allons appliquer pour y xé la dérivation δ à cette formule :

n
X
(xi − yi )δ(hiy )(x) + δ(e∗i )(x)hiy (x) ,

δ(f )(x) =
i=1

où e∗i désigne l'application x 7→ xi . En posant gi = δ(e∗i ), on obtient :

n
X ∂f
δ(f )(y) = gi (y) (y).
i=1
∂xi

Autrement dit, en posant X = (g1 , . . . gn ), on a δ(f ) = X · f . Nous avons bien montré la


surjectivité dans le cas où M = B.
Montrer la surjectivité en général va demander un peu de travail supplémentaire. Commen-
çons par un lemme.

Lemme 3.26. Soient δ une dérivation, et f, g deux fonctions lisses sur M. Si f coïncide avec
g au voisinage d'un point x, alors δ(f )(x) = δ(g)(x).

Démonstration . Soit ρ une fonction qui vaut 1 au voisinage de x et est à support dans
l'ensemble des points où f égale g . Alors ρf = ρg , donc δ(ρf ) = δ(ρg) et par l'identité de
Leibniz,
ρδ(f ) + f δ(ρ) = ρ δ(g) + g δ(ρ).
En évaluant en x, on obtient

δ(f )(x) + f (x)δ(ρ)(x) = δ(g)(x) + g(x)δ(ρ)(x).

Comme f (x) = g(x), on obtient bien δ(f )(x) = δ(g)(x). 

55
Soit δ une dérivation de C ∞ (M ) et U un ouvert. Grâce au lemme, on peut dénir δU :
C (U ) → C ∞ (U ) par la formule δU (f )(x) = δ(g)(x) pour toute fonction g ∈ C ∞ (M ) qui


coïncide avec f au voisinage de x. On peut vérier que δU dénit une dérivation sur C (U ). Il
est clair que si V ⊂ U , alors (δU )V = δV .
n
Soit (Ui , φi ) un atlas de cartes tel que φi (Ui ) = B (une boule xée de R ) pour tout i. Alors
on a vu que la dérivation (φi )∗ δUi vient d'un champ de vecteurs Yi sur B . Par conséquent, δUi
−1
vient du champ du vecteur Xi = (φi )∗ Yi . L'injectivité montrée plus haut implique que sur
Ui ∩ Uj , Xi coïncide avec Xj , pour tous i, j . Cela permet de dénir un champ de vecteurs X
par X = Xi sur chaque Ui .
Alors, pour toute fonction f et tout x ∈ M , on peut écrire

δ(f )(x) = δUi (f |Ui )(x) = Xi · f |Ui (x) = X · f (x),

où i est n'importe quel indice tel que x ∈ Ui . Nous avons montré que δ = X· et donc la
surjectivité. 

Dénition 3.27 (crochet de Lie) . Le crochet de Lie de deux champs de vecteurs X et Y est
l'unique champ noté [X, Y ] tel que pour toute fonction f sur M, on ait

[X, Y ] · f = X · (Y · f ) − Y · (X · f )).

Dans la dénition ci-dessus, l'existence et l'unicité du champ de vecteurs [X, Y ] vient du fait
que l'application f 7→ X · (Y · f ) − Y · (X · f )) est une dérivation de C ∞ (M ).

Propriété 3.28. L'application (X, Y ) 7→ [X, Y ] a les propriétés suivantes : elle est bilinéaire,
antisymétrique et vérie l'identité de Jacobi :

[X, [Y, Z]] + [Z, [X, Y ]] + [Y, [Z, X]] = 0.

Remarque 3.29. Un espace vectoriel muni d'une application bilinéaire antisymétrique et vé-
riant l'identité de Jacobi est appelé une algèbre de Lie. Ainsi le crochet de Lie des champs de
vecteurs munit Γ(M, T M ) d'une structure d'algèbre de Lie.
Si G est un groupe de Lie, c'est à dire un groupe munie d'une structure diérentiable pour
laquelle la composition et le passage à l'inverse sont des applications lisses, alors on peut montrer
que l'espace tangent à l'élément neutre, Te G admet une structure d'algèbre de Lie. Exemples :
G = Gln (R), Te G = Mn (R), ou G = On (R), Te G = {matrices antisymétriques}, munis du
crochet de Lie des matrices. J

IV.3 Ecriture locale des champs de vecteurs et des formes diéren-


tielles de degré 1
On appelle coordonnées locales les applications coordonnées d'une carte, autrement dit une
famille d'application xi : U → R, i = 1, . . . , n telles que l'application x 7→ (x1 (x), . . . , xn (x)),
U → Rn soit un diéomorphisme sur son image.

Lemme 3.30. Pour tout système de coordonnées locales (U, x1 , . . . , xn ) de M, la famille de



formes diérentielles (dx1 , . . . , dxn ) est un repère de T M au-dessus de U .

56
Démonstration . Notons φ = (x1 , . . . , xn ). Pour tout i et tout x ∈ U , dxi (x) est la forme linéaire

sur Tx M qui à un vecteur v associe la i-ème coordonnée de dφx (v), c'est-à-dire ei ◦ dφx (v) où
e∗i désigne le i-ème élément de la base duale de la base canonique de Rn . La famille (dxi (x)) est

donc l'image de la base (ei ) par l'isomorphisme ` 7→ ` ◦ dφx . 

Remarquons que l'on a montré dans la démonstration qui précède la formule :

dxi = φ∗ e∗i .
Dénition 3.31. Etant donné un système de coordonnées locales (U, x1 , . . . , xn ), on note
∂ ∂
∂x1
, . . . , ∂xn
les champs de vecteurs tels que pour tout x ∈ U , la famille (dx1 (x), . . . , dxn (x))
∂ ∂
soit la base duale de la famille ( ∂x (x), . . . , ∂x (x)) de vecteurs de Tx M .
1 n
Autrement dit, en notant φ = (x1 , . . . , xn ), on a pour tout i et tout x ∈ U :


(x) = dφ−1 −1
x (ei ) = φ∗ ei .
∂xi
Exemple 3.32. R2 , les coordonnées canoniques sont les applications x : (u, v) 7→ u et
Sur
y : (u, v) 7→ v . Alors dx = e∗1 et dy = e∗2 donc ∂x∂ ∂
= e1 et ∂y = e2 . On remarque en particulier
∂ ∂f ∂ ∂f
que pour toute fonction f , on a :
∂x
· f = ∂x et ∂y = ∂y .
2 −
Les coordonnées polaires sont les applications r, θ : R \ (R × {0}) →]0, +∞[×]0, 2π[, telles
que l'application (r, θ) soit la réciproque de l'application φ : (ρ, t) 7→ (ρ cos t, ρ sin t) dont la
jacobienne est la matrice  
cos t −ρ sin t
.
sin t ρ cos t
On peut donc calculer dr et dθ en inversant cette matrice, ou alors en raisonnant comme suit
(ce qui est équivalent). Par hypothèse, x = r cos ◦ θ et y = r sin ◦ θ, en tant que fonctions,
mais bien-sûr, on préfère l'écriture x = r cos θ, y = r sin θ. Les formules de compositions des
diérentielles donnent :

dx = cos θ dr − r sin θ dθ
dy = sin θ dr + r cos θ dθ.
En résolvant, on trouve :

dr = √ 1
(x dx + y dy)
x2 +y 2
1
dθ = x2 +y 2
(y dx − x dy).
∂ ∂
Les champs de vecteurs
∂r
et
∂θ
forment le repère dual de dr et dθ. On obtient :

 
∂ 1 ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
=p x +y , =y −x
∂r x + y2
2 ∂x ∂y ∂θ ∂x ∂y

J
Rappelons que dans un espace vectoriel E muni d'une base (f1 , . . . , fn ) de base duale
(f1∗ , . . . , fn∗ ), on a pour tout v∈E et tout ` ∈ E ∗,
n
X n
X
v= hfi∗ , vifi , et `= h`, fi ifi∗ .
i=1 i=1

57
On en déduit les formules suivantes exprimées à l'aide de coordonnées locales (x1 , . . . , xn ). Pour
tout champ de vecteurs X,
n
X ∂
X= hdxi , Xi
i=1
∂xi

et pour toute forme diérentielle de degré 1,

n  
X ∂
α= α, dxi
i=1
∂xi

En particulier, la dernière formule donne pour toute fonction f,


n  
X ∂
df = · f dxi
i=1
∂x i

ce qui justie les choix de notations.

58
Chapitre 4
Champs de vecteurs et ots

I Champs de vecteurs et équations diérentielles ordinaires


Soit O un ouvert de Rn
X : R × O → Rn un champ de vecteurs sur O, dépendant du
et
temps. Nous utiliserons la notation Xt (x) = X(t, x). Pour chaque t ∈ R, Xt est donc un champ
de vecteurs sur O .

Théorème 4.1 (Cauchy-Lipschitz). Pour tous x0 ∈ O, t0 ∈ R (condition initiale), il existe un


intervalle ouvert I contenant t0 , et une application u : I → O lisse telle que
(
∀t ∈ I, u0 (t) = Xt (u(t)),
(4.1)
u(t0 ) = x0 .

De plus, si (J, v) est un intervalle et une fonction vériant les mêmes conditions alors u=v
sur I ∩ J.
Autrement dit, on a existence et unicité locale des solutions au système (4.1) (appelé problème
de Cauchy ).
Lorsque X ne dépend pas du temps t, on dit que X est un champ de vecteurs autonome.
L'image de u s'appelle courbe intégrale ou trajectoire ou orbite de X. Si X(x0 ) 6= 0, on verra
qu'il s'agit eectivement d'une courbe (sous-variété de dimension 1) au voisinage de x0 et que
cette courbe est partout tangente au champ X.

x0

Le résultat suivant signie que dans le théorème de Cauchy-Lipschitz, la solution u au pro-


blème de Cauchy, dépend de manière lisse des données initiales t0 et x0 .

59
Théorème 4.2 (dépendance en les conditions initiales) . Pour tous a ∈ O et tout τ ∈ R,
il existe un ouvert Ω ⊂ O contenant a, un intervalle I contenant τ et une application lisse
u:Ω×I ×I →O lisse telle que
(
∀t0 , t ∈ I, ∀x0 ∈ Ω, ∂u
∂t
(x0 , t0 , t) = Xt (u(x0 , t0 , t)),
∀t0 ∈ I, ∀x0 ∈ Ω, u(x0 , t0 , t0 ) = x0 .

Important : Les deux théorèmes qui précèdent sont des énoncés locaux, ils restent donc vrais
si l'on remplace O par une variété M et X par un champ de vecteurs (dépendant du temps)
sur M, ce grâce au fait suivant : si ψ est un diéomorphisme (par exemple une carte), alors u
est solution de (
∀t ∈ I, u0 (t) = Xt (u(t)),
u(t0 ) = x0 .
si et seulement si ψ◦u est solution de

(
∀t ∈ I, v 0 (t) = ψ∗ Xt (v(t)),
v(t0 ) = ψ(x0 ).

Proposition-dénition 4.3 (solutions maximales) . Soit J la réunion de tous les intervalles


de dénition des solutions du problème de Cauchy (4.1). Alors il existe une solution dénie sur
J. De plus, toute autre solution est une restriction de celle-ci à un intervalle plus petit. Cette
solution est appelée solution maximale du problème de Cauchy.

Démonstration . u1 : J1 → M et u2 : J2 → M sont deux solutions


Il sut de montrer que si
alors u1 = u2 sur J1 ∩ J2 . u(t) pour tout t ∈ J comme la valeur
On pourra en eet alors dénir
de n'importe quelle solution dénie au voisinage de t.
Soit K = {t ∈ J1 ∩ J2 | u1 (t) = u2 (t)}. Bien sûr, K est non-vide car contient t0 . D'après le
théorème de Cauchy-Lipschitz, K est ouvert car on a unicité sur les petits intervalles. Enn,
par continuité de u1 et u2 , K est fermé dans J1 ∩ J2 . La connexité de J1 ∩ J2 implique donc :
K = J1 ∩ J2 , ce qu'il fallait démontrer. 

L'intervalle de dénition des solutions maximales n'est pas toujours R tout entier. La pro-
position suivante arme que la seule possibilité pour que cet intervalle ne s'étende pas jusqu'à
l'inni, est que la solution parte à l'inni en temps ni ou explose en temps ni.

Proposition 4.4 (explosion en temps ni) . On suppose que l'intervalle de dénition de la


solution maximale au problème de Cauchy u:J →M vérie sup J < +∞. Alors, pour tout
compact K de M, il existe un temps T (K) ∈ J tel que

∀t ∈ J, t > T (K), u(t) ∈


/ K.

Démonstration . Raisonnons par l'absurde et supposons donc qu'il existe une suite de temps
(tn ) ∈ J convergeant vers τ = sup J , telle que pour tout n, u(tn ) ∈ K . Alors, par compacité,
quitte à extraire une sous-suite, u(tn ) converge vers un point a ∈ K . On applique alors la
version à paramètre du théorème de Cauchy-Lipschitz (théorème 4.2), au voisinage du point

60
(τ, a) : il existe une application v : Ω × I × I → M , avec a ∈ Ω, τ ∈ I , telle que t 7→ v(x, s, t)
est solution de l'équation diérentielle et v(x, s, s) = x. Par unicité, on a pour n assez grand,
∀t ∈ I ∩ J, v(un , tn , t) = u(t).
En passant à la limite n → ∞, on a donc v(a, τ, t) = u(t) pour tout t ∈ I ∩ J , on peut donc
prolonger u au-delà de τ par v , et cela contredit la maximalité. 

Exemple 4.5. Considérons le champ de vecteurs X(x) = x2 déni sur R. Les solutions au
problème de Cauchy sont d'une part la solution nulle, et d'autre part les fonctions x : t 7→
1
1 . Toutes ces solutions explosent en temps ni. Par exemple, la solution qui part de 1 au
t0 + −t
x0
1
temps 0 est t 7→ , temps vers l'inni lorsque t → 1. J
1−t

La proposition qui précède a un corollaire très utile.

Corollaire 4.6. Si le champ de vecteurs X est à support compact (par exemple si M est
compacte), alors la solution maximale au problème de Cauchy est dénie sur R.
Lorsque les solutions du problème de Cauchy sont dénies sur R pour toutes conditions
initiales, on dit que le champ de vecteurs X est complet.

Démonstration . En dehors du support de X, les solutions au problème de Cauchy sont


les solutions constantes qui sont bien dénis sur R. Par unicité, il n'y a aucun solution non-
constante qui intersecte le complémentaire du support de X. Par conséquent, aucune solution
ne sort du support de X. Si celui-ci est compact, les solutions sont eectivement dénies sur
R. 

II Flot d'un champ de vecteurs


Soit X un champ de vecteurs dépendant du temps que l'on suppose complet.

Dénition 4.7 (Flot d'un champ de vecteurs) . On note t 7→ φts (x) la solution maximale du
problème de Cauchy (
u0 (t) = Xt (u(t)),
u(s) = x.
La famille d'applications (φts )s,t∈R : M → M s'appelle le ot du champ de vecteurs X.
Lemme 4.8. Si X est un champ autonome, alors φts = φt−s
0 .

On utilisera donc la notation allégée φt = φt0 lorsque X est autonome.

Démonstration . Si u:R→M est solution de u0 (t) = Xt (u(t)), alors v : t 7→ u(t − s) est


solution de
v 0 (t) = Xt−s (v(t)). (4.2)

Comme X est autonome, v 0 (t) = X(v(t)). Par ailleurs, v(s) = x si et seulement si u(0) = x.
Autrement dit, si u(t) = v(t) = φts . Ce qui montre bien φts = φt−s
φt0 , alors 0 . 

Enonçons les propriétés suivantes du ot.

61
Proposition 4.9 (propriétés du ot). (a) Pour tous s, t ∈ R, l'application φts est un diéo-
morphisme de M.
(b) Pour tous s, t, r ∈ R, on a

φss = Id, φtr ◦ φrs = φts


En particulier, φst est l'inverse de φts .

Le (b) de cette proposition énonce le fait intuitif que si l'on met bout à bout deux courbes
intégrales de X, on obtient encore une courbe intégrale.
Donnons tout de suite une conséquence :

Corollaire 4.10. Si X est autonome, l'application R → Diff(M ), t 7→ φt est un morphisme de


groupe (on dit que c'est un groupe à un paramètre de diéomorphismes).

Démonstration . En utilisant le lemme et la proposition qui précèdent, on peut écrire

φs ◦ φt = φs0 ◦ φt0 = φt+s


t ◦ φt0 = φt+s
0 = φt+s .

Démonstration de la proposition 4.9. Montrons d'abord le point (b). L'identité φss (x) = x est
évidente par dénition du ot. Soit x ∈ M. Alors, en posant y = φrs (x),

d t d
(φr ◦ φrs (x)) = φtr (y) = Xt (φtr (y))
dt dt
= Xt (φtr ◦ φrs (x)).

Par ailleurs, φrr ◦ φrs (x) = φrs (x). Nous avons montré que t 7→ φtr ◦ φrs (x) et t 7→ φts (x) sont
solutions du même problème de Cauchy, donc sont égales.
Montrons maintenant le point (a). s ∈ R et x ∈ M . Le théorème 4.2 (dépendance
Fixons
t
en les conditions initiales) arme que pour t susamment proche de s, l'application φs est
lisse au voisinage de x (Avec les notations du théorème, c'est l'application x 7→ u(x, s, t)). Nous
voudrions montrer que c'est encore vrai pour t quelconque.
t
Soit T = sup{τ | φs est lisse au voisinage de x pour tout t ∈ [s, τ ] }. Supposons que T est
ni. Pour tout ε > 0, on peut écrire

T −ε
φTs +ε (x) = φTT +ε
−ε ◦ φs (x).
T −ε
Par hypothèse, il existe ε > 0 arbitrairement petit tel que φs soit lisse au voisinage de x.
T +ε T +ε
Pour ε assez petit, φT −ε est lisse également par le théorème 4.2. Ceci implique alors que φs
est lisse, contradiction. Nous avons montré que T = ∞.
t
On démontre de même que φs est lisse pour t ∈] − ∞, 0].
t s
Nous avons montré que φs est lisse. Comme par ailleurs, nous savons que son inverse est φt
et est donc lisse aussi, on en déduit qu'il s'agit bien d'un diéomorphisme. 

Nous avons montré que tout champ de vecteurs donne naissance à un chemin lisse de diéo-
morphismes. Ce résultat a une réciproque.

62
Proposition 4.11. Soit (ht )t∈R une famille de diéomorphismes telle que R×M → M , (t, x) 7→
ht (x) 0
soit lisse et h = Id. Alors il existe un unique champ de vecteurs X (dépendant du temps)
t t t
de ot φs tel que pour tout t ∈ R on ait h = φ0 .
t
Si t 7→ h , R → Diff(M ) est un morphisme de groupe, alors X est autonome.

d t
Démonstration . Un tel champ doit vérier
dt
h (x) = Xt (ht (x)) pour tout t et tout x. Donc

 
d t
Xt = h (x) ◦ (ht (x))−1
dt

est l'unique champ qui convienne.


t
Si h est un groupe à un paramètre, en dérivant par rapport à s, à s=0 l'identité hs+t =
hs ◦ ht , on obtient dtd ht (x) = ds
d s
h (x)|s=0 ◦ ht . On en déduit l'identité

d s
Xt = h (x)|s=0
ds
qui implique que X ne dépend pas de t. 

Conjugaison et transport de champ de vecteurs Soit X un champ de vecteurs (dépen-


dant du temps) sur M et ψ : M → N un diéomorphisme. Rappelons que le champ de vecteurs
poussé en avant de X par ψ est déni par :
ψ∗ Xt (x) = dψψ−1 (x) · Xt (ψ −1 (x)).
On peut aussi transporter de manière naturelle les diéomorphismes de M par ψ . Ainsi, si
φ ∈ Diff(M ), alors l'application conjuguée ψ ◦ φ ◦ ψ −1 est un diéomorphisme de N .
La proposition qui suit arme que ces deux manières de transporter des objets sont compa-
tibles avec la notion de ot.

Proposition 4.12. Le ot de ψ∗ X est ψ ◦ φts ◦ ψ −1 .

Démonstration . C'est une conséquence directe de la remarque suivante : u est solution du


problème (
u0 (t) = Xt (u(t)),
u(s) = x,
si et seulement si v =ψ◦u est solution du problème
(
v 0 (t) = ψ∗ Xt (u(t)),
v(s) = ψ(x).
t
La solution du premier problème est t 7→ φs (x) et la solution du deuxième problème est t 7→
ρts ◦ ψ(x), où ρts désigne le ot de ψ∗ X . Par unicité, on en déduit bien ψ ◦ φts (x) = ρts ◦ ψ(x). 

La proposition que nous venons de démontrer est très utile pour calculer les ots en pratique.
Elle permet aussi d'utiliser les cartes pour l'étude locale des ots.
Le résultat suivant arme que la dynamique locale, au voisinage des points où le champ de
vecteurs ne s'annule pas, est très simple.

63
Théorème 4.13 (Redressement d'un champ de vecteurs). Soit X un champ de vecteur auto-
nome et a un point de M tel que X(a) 6= 0. Alors, il existe des coordonnées locales (U, x1 , . . . , xn )

au voisinage de a telles que X|U = ∂x .
1

Autrement dit, le ot de X est localement conjugué au ot rectiligne (x1 , . . . , xn ) 7→ (x1 +
t, x2 , . . . , xn ).

La condition
∂x1
peut aussi être formulée comme suit. En notant ψ = (x1 , . . . xn ), on
X|U =

sait que l'on a par dénition ψ∗
∂x1
= e1 , le premier vecteur de la base canonique de Rn . Donc

la condition X|U = est équivalente à ψ∗ X = e1 .
∂x1

ψ 0
a

Démonstration . On choisit une carte (V, ψ) en a. Quitte à la composer par une application
linéaire bien choisie, on peut supposer que Y = ψ∗ X vérie Y (0) = e1 . On pose f (s1 , . . . , sn ) =
φs1 (0, s2 , . . . , sn ), où (φt ) désigne le ot de Y . Nous allons appliquer le théorème d'inversion
locale pour montrer que f est un diéomorphisme au voisinage de 0. Pour cela, calculons les
dérivées partielles de f.
D'abord,
∂f
(0) = Y (0) = e1 .
∂s1
Ensuite, pour i > 2,
∂f d
(0) = φ0 (0, . . . , 0, t, 0 . . . , 0)|t=0 = ei .
∂si dt
Nous avons montré que df (0) est l'identité, donc que f est un diéomorphisme au voisinage de
0.
Le ot de f∗−1 Y est f −1 ◦ φt ◦ f et celui-ci vérie :

f −1 ◦ φt ◦ f (s1 , . . . , sn ) = f −1 φt+s1 (0, s2 , . . . , sn ) = (s1 + t, s2 , . . . , sn ).

On reconnaît là le ot du champ constant e1 .


−1
Nous avons prouvé que f∗ Y = e1 , donc que (f −1 ◦ ψ)∗ X = e1 . 

Ceci va nous permettre de classer les orbites en trois types.

Proposition 4.14. Soit X un champ autonome et complet. Pour chaque x ∈ M, il y a trois


possibilités :

(i) φt (x) = x pour tout t ∈ R,


t
(ii) l'application t 7→ φ (x) est une immersion injective,

(iii) l'application t 7→ φt (x) est T -périodique pour un certain T > 0 et l'application induite
R/T Z → M est un plongement.

64
Démonstration . Si X(x) = 0, X s'annule
on est dans le premier cas. Plus généralement, si
t
sur l'orbite de X, est constante. Si X(x) 6= 0, alors t 7→ φ (x)
alors par unicité, l'orbite de x
d
est une solution non-constante de l'équation diérentielle donc
dt
(φt (x)) = X(φt (x)) 6= 0. On
t
en déduit que t 7→ φ (x) est une immersion.
t
Considérons maintenant H = {t ∈ R | φ (x) = x}. C'est un sous-groupe de R. D'après le
théorème de redressement, 0 est un point isolé de H , donc H est un sous-groupe discret de R.
H = {0}, alors t 7→ φt (x) est une immersion injective. Sinon, H = T Z
Il y a donc deux cas : si
t
pour un certain T > 0 et t 7→ φ (x) est T -périodique. On a alors une immersion injective propre
(car R/T Z est compact) et donc un plongement R/T Z → M . 

III Quelques exemples


L'étude des ots des champs de vecteurs est un très vaste domaine. La liste d'exemples qui
suit est loin de donner un aperçu exhaustif des diérents phénomènes possibles.

Exemples 4.15. (Champ de vecteurs linéaires sur le plan) Voici d'abord quelques exemples de
champs de vecteurs linéaires du plan. Par des changements de base linéaires, on peut souvent
ramener un champ linéaire quelconque à l'un de ces exemples. Ces exemples servent aussi de
modèles locaux pour étudier la dynamique au voisinage d'un zero isolé d'un champ de vecteurs.
∂ ∂
(a) Considérons le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂y − y ∂x . Nous avons vu

qu'avec les coordonnées polaires, nous avons X = ∂θ . Le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) est donc
équivalent au système (ṙ, θ̇) = (0, 1). On en déduit le ot en coordonnées polaires :

φt (r, θ) = (r, θ + t).

Autrement dit, φt est la rotation d'angle t. Les courbes intégrales de X sont les cercles
concentriques centrés en l'origine.


∂θ

∂ ∂
(b) Considérons maintenant le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂x + y ∂y .

Nous avons vu qu'en coordonnées polaires, X = r ∂r . Le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) est donc
équivalent au système (ṙ, θ̇) = (r, 0). On en déduit le ot en coordonnées polaires :

φt (r, θ) = (ret , θ).

Autrement dit, φt est l'homothétie de rapport et . Les courbes intégrales de X sont les rayons
issus de l'origine.

65

∂r

∂ ∂
(c) Considérons maintenant le champ de vecteurs sur R2 donné par X(x, y) = x ∂x − y ∂y . On

peut facilement résoudre le système (ẋ, ẏ) = X(x, y) = (x, −y) et obtenir le ot :

φt (x, y) = (xet , ye−t ).

On peut remarquer que le produit des deux coordonnées reste constant au cours du temps.
Les courbes intégrales de X sont donc des hyperboles.

Exemple 4.16. (Rotations de la sphère) De manière analogue à l'exemple (a) ci-dessus, le



champ de vecteurs induit le ot de rotation sur la sphère autour de son axe Nord-Sud.
∂θ


∂θ

66
Exemple 4.17. (Champs constants sur le tore) Soit X : Rn → Rn un champ de vecteurs sur
R tel que X(x + k) = X(x) pour tout x ∈ Rn et tout
n
k ∈ Zn . Alors, on peut dénir, pour tout
y ∈ Tn = Rn /Zn , le vecteur
Y (y) = dpx · X(x),
où p est la projection canonique Rn → Tn
et x désigne n'importe quel antécédent de y par p.
n 1
Gràce à la condition de périodicité, ceci dénit un champ Y sur T .
n
En particulier, si X = v est un champ constant sur R , on obtient un champ sur Y appelé
n
champ constant sur T . Les courbes intégrales de X sont alors les droites parallèles à v . Les
n
courbes intégrales de Y sont donc les projections sur T de ces droites.
Par exemple, dans le cas n = 2, on peut démontrer que si le rapport des coordonnées de v est
rationnel, alors toutes les orbites sont périodiques. En revanche, si ce rapport est irrationnel,
toutes les orbites sont denses dans le tore.

Exemple 4.18. (Un bel exemple sur le plan projectif ) On rappelle que les trois cartes usuelles
du plan projectif P2 (R) sont données par les formules

ϕ0 ([1 : y : z]) = (y, z), ϕ1 ([x : 1 : z]) = (x, z), ϕ2 ([x : y : 1]) = (x, y).

Soient a, b, c trois nombres réels. Etant donné u = [x : y : z] ∈ P2 (R), on considère le chemin

γu : t 7→ [(1 + ta)x : (1 + tb)y : (1 + tc)z],

déni sur un voisinage de0 dans R. On note X(u) = γu0 (0) le vecteur tangent à γu en 0. Vérions
2
que X dénit un champ de vecteurs sur P (R).
Pour cela, explicitons φi ∗ X . Pour i = 0,

 
(1 + tb)y (1 + tc)z
φ0 ◦ γu (t) = , ,
1 + ta)x 1 + ta)x
 y z
φ0 ◦ γu0 (0) = (b − a) , (c − a) .
x x
1. Plus généralement, étant donné un champ de vecteurs X sur une variété M , invariant par une action d'un
groupe G sur M, libre, propre et par diéomorphismes, le champ X induit un champ Y sur le quotient M/G
tel que localement Y = p∗ X , où p désigne la projection canonique.

67
On a donc φ0 ∗ X(y, z) = ((b − a)y, (c − a)z). De manière similaire, on a φ1 ∗ X(x, z) = ((a −
b)x, (c − b)z) et φ2 ∗ X(x, y) = ((a − c)x, (b − c)y). Le champ X est lisse dans chaque carte d'un
atlas donc est lisse partout.
Le ot de φ0 ∗ X est donné au temps t par l'application :

(y, z) 7→ e(b−a)t y, e(c−a)t z .




On a des formules analogues pour les autres valeurs de i. On en déduit le ot de X :

φtX ([x : y : z]) = [eta x : etb y : etc z].

On suppose que a < b < c. Alors on peut dessiner sommairement les courbes intégrales du
champ dans chacune des trois cartes :

ϕ0 ϕ1 ϕ2
z z y

x x
y

On remarque qu'il y a exactement 2 trajectoires reliant (aux limites à l'inni) [1 : 0 : 0] à


[0 : 1 : 0], 2 trajectoires reliant [0 : 1 : 0] à [0 : 0 : 1], et une innité de [1 : 0 : 0] à [0 : 0 : 1]. J

IV Dérivée de Lie d'un champ de vecteurs


Nous avons vu qu'il est souvent possible de transporter des objets au moyen de diéomor-
phismes. En particulier, il est possible de transporter des objets avec des ots. D'une manière
générale, la dérivée de Lie est la version innitésimale du transport.
Dans cette partie, nous abordons le cas de la dérivée de Lie d'un champ de vecteurs dans la
direction d'un autre champ de vecteurs. Au chapitre suivant, nous dénirons la dérivée de Lie
d'une forme diérentielle.
Dans cette partie, nous supposons que tous les champs de vecteurs sont autonomes.
∗ −1
Nous allons utiliser la notation φ X = φ∗ X , pour alléger nos notations.

Dénition 4.19 (dérivée de Lie d'un champ de vecteurs) . La dérivée de Lie d'un champ de
vecteurs Y dans la direction d'un autre champ de vecteurs X est le champ de vecteurs donné
par :
d t ∗
LX Y (x) = (φ ) Y (x)|t=0 .
dt X
La proposition suivante donne une interprétation dynamique du crochet de Lie de deux
champs de vecteurs.

68
Proposition 4.20. Pour tous champs de vecteurs X, Y , on a

LX Y = [X, Y ].

Démonstration . Rappelons que [X, Y ] est déni par la relation [X, Y ]·f = X ·(Y ·f )−Y ·(X ·f ).
Soit donc f une fonction lisse surM . Alors,

LX Y · f = df · LX Y
d
= df · (φtX )∗ Y (x)|t=0
dt
 
d d −t s t
= df · |t=0 |s=0 φX ◦ φY ◦ φX
dt ds
d d
= |t=0 |s=0 f ◦ φ−t s t
X ◦ φY ◦ φX
dt ds
d d
= |s=0 |t=0 f ◦ φ−t s t
X ◦ φY ◦ φX
ds dt
d
= |s=0 df · dφ−t s s t

X · dφY · X − (df · X) ◦ φY ◦ φX |t=0
ds
d
= |s=0 (df · dφsY · X − (df · X) ◦ φsY )
ds
d
= |s=0 (d(f ◦ φsY ) · X − (df · X) ◦ φsY )
ds
= d(Y · f ) · X − Y · (X · f )
= X · (Y · f ) − Y · (X · f )
= [X, Y ] · f.

Corollaire 4.21. Pour tous champs de vecteurs X, Y


d d
[X, Y ] = − |t=0 |s=0 φ−t −s t s
X ◦ φY ◦ φX ◦ φY .
dt ds

Démonstration . Il sut d'eectuer le calcul suivant :

d
|s=0 φ−t −s t s t ∗
X ◦ φY ◦ φX ◦ φY = +Y − (φX ) Y,
ds
puis,
d d
|t=0 |s=0 φ−t −s t s
X ◦ φY ◦ φX ◦ φY = −LX Y.
dt ds


Terminons par une conséquence importante de ce qui précède :

Corollaire 4.22. Pour tous champs de vecteurs X, Y

[X, Y ] = 0 ⇐⇒ ∀s, t ∈ R, φtX ◦ φsY = φsY ◦ φtX .

69
Lorsque [X, Y ] = 0, on dit que les champs de vecteurs X et Y commutent. Le corollaire que
nous venons de voir justie cette terminologie : leurs ots commutent.

Démonstration . L'implication réciproque est une conséquence immédiate du corollaire pré-


cédent. Montrons l'implication directe. Sous l'hypothèse que [X, Y ] = 0,

d t d
(φX )∗ Y = (φtX )∗ (φsX )∗ Y |s=0 = (φtX )∗ LX Y = 0
dt ds
Donc pour tout t, (φtX )∗ Y = Y . On peut alors appliquer la proposition 4.12. On obtient

φ−t s t s
X ◦ φY ◦ φX = φY

pour tout t et tout s. 

70
Chapitre 5
Formes diérentielles

I Formes alternées et produits extérieurs


Nous noterons Sp p ∈ N∗ , c'est-à-dire le groupe des bi-
le groupe des permutations d'ordre
jections de l'ensemble {1, . . . , p}. Rappelons d'abord que Sp est engendré par les transpositions,
c'est-à-dire les permutations qui échangent deux éléments et laissent tous les autres invariants.
Rappelons aussi qu'il existe un (unique) morphisme de groupe ε : Sp → {±1} qui vaut −1 sur
toutes les transpositions. Ce morphisme est appelée signature.
Pour toute cette partie, on xe un R-espace vectoriel E, de dimension nie p.

Dénition 5.1 (formes alternées) . Une forme p-linéaire ω : E p → R est dite alternée si et
seulement si pour tous x1 , . . . , x p ∈ E , tels que xi = xj pour certains indices i 6= j , alors
ω(x1 , . . . , xp ) = 0.

Remarque 5.2 (alternée ⇐⇒ antisymétrique). Une forme est alternée si et seulement


si elle est antisymétrique, c'est-à-dire pour toute permutation σ ∈ Sp , on a

ω(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) = ε(σ)ω(x1 , . . . , xp ).

Démontrons-le. Pour commencer supposons ω antisymétrique. Si xi = xj , alors en utilisant


la transposition τ qui échange i et j, on a τ (xk ) = xk pour tout k = 1, . . . , p, donc

ω(xτ (1) , . . . , xτ (p) ) = ω(x1 , . . . , xp ).

Mais par antisymétrie, on a aussi :

ω(xτ (1) , . . . , xτ (p) ) = −ω(x1 , . . . , xp ).

D'où, ω(x1 , . . . , xp ) = −ω(x1 , . . . , xp ) = 0 (notons qu'ici on a utilisé que R n'est pas de carac-
téristique 2).
Réciproquement, supposons ω x1 , . . . , xp , on peut écrire ω(x1 +
alternée. Alors, pour tous
x2 , x1 + x2 , x3 , . . . , xn ) = 0. En développant et en utilisant les identités ω(x1 , x1 , x3 , . . . , xn ) = 0
et ω(x2 , x2 , x3 , . . . , xn ) = 0, il vient :

ω(x1 , x2 , x3 , . . . , xn ) + ω(x2 , x1 , x3 , . . . , xn ) = 0.

71
Ceci prouve l'identité
ω(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) = ε(σ)ω(x1 , . . . , xp )
dans le cas où σ est la transposition qui échange 1 et 2. La même démonstration donne cette
identité pour toute transposition. Comme les transpositions engendrent Sp , on en déduit l'iden-
tité pour toute permutation σ. J

Remarque 5.3.

(a) Une 1-forme alternée n'est rien d'autre qu'une forme linéaire.

(b) Par convention, on décide qu'une 0-forme est un scalaire.

Notation. p ∗
On note Λ E l'ensemble des p-formes linéaires alternées de E. En particulier,

1
ΛE = E ∗ et Λ0 E ∗ = R.

Remarque 5.4.

(a) La théorie du déterminant nous apprend que Λn E ∗ est de dimension 1 (rappelons que n est
la dimension de E ). Nous savons aussi que pour toute base B, l'application déterminant
dans la base B est une application n-linéaire alternée, non-nulle.

(b) Si p > n, Λp E ∗ = {0}, autrement dit, toute forme p-linéaire alternée est nulle. C'est une
conséquence du fait qu'une forme alternée s'annule sur une famille liée de vecteurs, ce qui se
démontre simplement en écrivant l'un des vecteurs en fonction des autres et en développant.

Plus généralement, nous avons le résultat suivant :

Proposition 5.5. Pour tout p > 0, p ∗


l'espace vectoriel Λ E est de dimension ( p ).
n

De plus, si `1 , . . . , `n est une base de E , alors la famille (`I )I⊂{1,...,n},|I|=p dénie par

`I (x1 , . . . xp ) = det(`ti (xj )), où I = {t1 < · · · < tp }

forme une base de Λp E ∗ , indicée par l'ensemble des parties à p éléments de {1, . . . , n}.

Remarque 5.6. Si (`1 , . . . , `n ) est la base duale d'une base B de E , alors `ti (xj ) est la ti -ème
coordonnée de xj dans B , donc : la matrice (`ti (xj ))i,j est la matrice obtenue de la matrice
MatB (x1 , . . . , xp ) en ne gardant que les lignes d'indice appartemant à I .
4
Par exemple, dans R , en supposant que les `i forment la base duale de la base canonique

(c'est-à-dire `i = ei ),
   
1 5
`{1,3} 2 , 6 = | 13 57 | = −8.
3 7
4 8
J

Démonstration . Soit (e1 , . . . , ep ) une base dont (`1 , . . . , `p ) est la base duale. Nous allons
commencer par montrer que la famille des `I , où I est une partie de {1, . . . , n} à p éléments est
une famille libre.

72
Pour cela remarquons que si I , J = {j1 < · · · < jp } sont deux parties à p éléments, alors
(
1 si I = J,
`I (ej1 , . . . , ejp ) =
0 si I 6= J.
P
Supposons maintenant que l'on ait une combinaison linéaire nulle I λI `I = 0. En appliquant
aux vecteurs ej1 , . . . , ejp , on obtient λJ = 0. On montre ainsi que tous les coecients de la
combinaison linéaire sont nuls et donc que la famille est libre.
Montrons maintenant que la famille est génératrice. Soit ω ∈ Λp E ∗ et soient x1 , . . . , x p ∈ E .
Alors,

n
!
X
ω(x1 , . . . , xp ) = ω `i1 (x1 )ei1 , x2 , . . . , xp
i1 =1
n
X
= `i1 (x1 ) ω (ei1 , x2 , . . . , xp )
i1 =1
X n

= `i1 (x1 ) · · · `ip (xp ) ω ei1 , . . . , eip
i1 ,...,ip =1

Dans la somme ci-dessus, les termes pour lesquels deux indices sont égaux sont nuls (car ω
est alternée). De plus, les termes ayant pour indices respectifs i1 , . . . , i n et σ(i1 ), . . . , σ(ip ) ne
dièrent que par le signe ε(σ). Nous pouvons donc faire disparaître de l'écriture les termes nuls
et regrouper les termes restant comme suit :
 
X X
ω(x1 , . . . , xp ) = ω(ei1 , . . . , eip ) ε(σ)`σ(i1 ) (x1 ) . . . `σ(ip ) (xp )
16i1 <···<ip 6n σ∈Sp
X
= ω(ei1 , . . . , eip )`I (x1 , . . . , xp ).
16i1 <···<ip 6n

Nous avons montré que ω est une combinaison linéaire des `I . 

Dénition 5.7 (Produit extérieur de formes). Soient α une forme p-linéaire alternée et β une
forme q -linéaire alternée. Le produit extérieur de α et β est la forme p + q -linéaire alternée
donnée par

1 X
α ∧ β(x1 , . . . , xp+q ) = ε(σ)α(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) β(xσ(p+1) , . . . , xσ(p+q) )
p!q! σ∈S
p+q

Par convention, si p = 0, α est simplement un scalaire et on dénit le produit extérieur α∧β


comme le produit standard de ce scalaire avec β.
Pour montrer que la formule ci-dessus donne bien une forme alternée, supposons que xi = xj
pour deux indices distincts i et j. Alors, dans chacun des termes de la somme, les indices i et
j apparaissent ou bien tous les deux dans α, qui vaut alors zero, ou bien tous les deux dans
β , qui vaut alors zero, ou bien l'un dans α et l'autre dans β , mais alors l'opposé de ce terme
est aussi un terme de la somme (il s'agit de celui où σ est composé avec la transposition qui
échange i et j ). La somme est donc nulle.

73
Exercice 11. Montrer que le produit extérieur est aussi donné par la formule

X
α ∧ β(x1 , . . . , xp+q ) = ε(σ)α(xσ(1) , . . . , xσ(p) ) β(xσ(p+1) , . . . , xσ(p+q) )
σ∈Sp,q

où Sp,q = {σ ∈ Sp+q | σ(1) < . . . σ(p) et σ(p + 1) < · · · < σ(p + q)}.

Cette deuxième formule est plus ecace pour les calculs explicites.

Exemple 5.8. Si α et β sont deux formes bilinéaires alternées, alors pour tous vecteurs
x1 , x2 , x3 , x4 , on a

α ∧ β(x1 , x2 , x3 , x4 ) = α(x1 , x2 )β(x3 , x4 ) − α(x1 , x3 )β(x2 , x4 ) + α(x1 , x4 )β(x2 , x3 )


+ α(x2 , x3 )β(x1 , x4 ) − α(x2 , x4 )β(x1 , x3 ) + α(x3 , x4 )β(x1 , x2 ).

Dans la pratique, on calcule peu les produits extérieurs avec les formules ci-dessus. Les
propriétés suivantes s'avèrent en eet beaucoup plus faciles d'emploi.

Propriétés 5.9. (i) Associativité : ω1 ∧ (ω2 ∧ ω3 ) = (ω1 ∧ ω2 ) ∧ ω3 ),


(ii) Unitarité : 1∧ω =ω∧1=ω où 1 ∈ R = Λ0 E ∗
(iii) Anti-commutativité : ω ∧ η = (−1)pq η ∧ ω .

ΛE ∗ = Λp E ∗ est une R-algèbre


L
On résume parfois les propriétés ci-dessus en disant que p∈N
graduée unitaire et anticommutative.
Pour démontrer l'anti-commutativité, il sut de vérier (en comptant le nombre d'inversions)
que
1 ... p p+1 ... ... ... p+q
= (−1)pq .

ε p+1 ... ... ... p+q 1 ... p

Nous allons beaucoup utiliser les produits extérieurs de formes linéaires.

Proposition 5.10. Soient α1 , . . . , α p ∈ E ∗ des formes linéaires. Alors, pour tous vecteurs
x1 , . . . , x p ,
α1 ∧ · · · ∧ αp (x1 , . . . xp ) = det(αi (xj ))i,j
En particulier, (α1 , . . . , αp ) est une famille libre si et seulement si α1 ∧ · · · ∧ αp 6= 0.

Notons que si (`1 , . . . , `n ) forme une base de E∗ et si I = {i1 < · · · < ip } ⊂ {1, . . . , n}, alors
d'après cette proposition,
`I = `i1 ∧ · · · ∧ `ip .

Démonstration . Nous allons faire la démonstration par récurrence sur p. Le cas p = 1


est évident. Supposons la formule vraie pour toute famille de p−1 formes linéaires. Soient
α1 , . . . , αp ∈ E ∗ et x1 , . . . , xp ∈ E . Alors,
p
X
α1 ∧ (α2 ∧ · · · ∧ αp )(x1 , . . . , xp ) = (−1)j α1 (xj )(α2 ∧ · · · ∧ αp )(x1 , . . . , xˆj , . . . , xp ).
j=1

74
On démontre donc l'hérédité en comparant avec la formule du développement du déterminant
par rapport à la première ligne. 

Remarque 5.11. Comme l'indique la proposition précédente, le produit extérieur d'une forme
linéaire avec elle-même est toujours nul. C'est faux en général pour des formes p-linéaires avec
p > 1. Par exemple, si `1 , `2 , `3 , `4 forme une famille libre et si l'on pose α = `1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ,
alors α ∧ α 6= 0.
En eet, en utilisant `1 ∧ `1 = `2 ∧ `2 = 0 et l'anti-commutativité du produit extérieur,

α ∧ α = (`1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ) ∧ (`1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 )
= `1 ∧ `2 ∧ `1 ∧ `2 + `1 ∧ `2 ∧ `3 ∧ `4 + `3 ∧ `4 ∧ `1 ∧ `2 + `3 ∧ `4 ∧ `3 ∧ `4
= 2 `1 ∧ `2 ∧ `3 ∧ `4 6= 0.

Transport de formes alternées par une application linéaire. Soit f :E→F une ap-
plication linéaire entre espaces vectoriels de dimension nie. On dénit une application linéaire
f ∗ : Λp F ∗ → Λp E ∗ par la formule

(f ∗ ω)(x1 , . . . , xp ) = ω(f (x1 ), . . . , f (xp )),

pour toute forme ω ∈ Λp F ∗


et tout vecteurs x1 , . . . , xp in E .

Dans le cas particulier où p = 1, f s'appelle l'endomorphisme transposé de f . Dans le cas

particulier où p = dim E = dim F , l'application f est une application linéaire entre espaces
de dimension 1, et d'après les propriétés du déterminant, il s'agit de la multiplication par le
scalaire det f .

Propriétés 5.12. (i) (g ◦ f )∗ = f ∗ ◦ g ∗ ,


(ii) f ∗ 1 = 1,
(iii) f ∗ (ω ∧ η) = f ∗ ω ∧ f ∗ η .

Ces propriétés sont faciles à vérier.


Les deux dernières propriétés se résument en disant que f ∗ : ΛF ∗ → ΛE ∗ est un morphisme
d'algèbres unitaires graduées.

Produit intérieur. Pour v∈E et ω ∈ Λp E ∗ (avec p = 1), le produit intérieur de ω par v


est la forme p − 1-linéaire alternée donnée par

ιv ω(x1 , . . . , xp−1 ) = ω(v, x1 , . . . , xp−1 ).

Exercice 12. Pour tout vecteur v, toute forme p-linéaire alternée α et toute forme q -linéaire
alternée β, montrer que
ιv (α ∧ β) = (ιv α) ∧ β + (−1)p α ∧ ιv β.

Cette propriété est résumée en armant que ιv est une anti-dérivation de degré −1 sur ΛE ∗ .

75
II Formes diérentielles sur un ouvert de Rn
n k ∞ k n ∗
Dans cette partie, on xe un ouvert U de R . Pour tout k ∈ N, on pose Ω (U ) = C (U, Λ (R ) ).
k
Les éléments de Ω (U ) sont appelés formes diérentielles de degré k sur U , ou simplement k -
formes sur U. Etant donnée une k -forme α et x ∈ U, on note souvent αx à la place de α(x).
Quelques cas particuliers méritent d'être soulignés :
0 ∞ 0 n ∗
 Ω (U ) = C (U ) car Λ (R ) = R,
1
 Ω (U ) est l'ensemble des formes diérentielles de degré 1 sur U que l'on avait déjà déni
au chapitre 2,
k
 Si k > n, Ω (U ) = {0} Λk (Rn )∗ = {0},
car
k n ∗
 Si k < 0, nous n'avons pas déni Λ (R ) . Dans ce cas, on choisit de poser par convention
Ωk (U ) = {0}.
n
Notons x1 , . . . , xn les fonctions coordonnées canoniques de R . Leurs diérentielles dx1 , . . . , dxn
sont des formes diérentielles de degré 1 qui, en tout point sont égales aux formes linéaires
e∗1 , . . . , e∗n duales de la base canonique de Rn notée (e1 , . . . , en ). Autrement dit, dxi (ej ) = δij .
Pour toute partie I = {i1 < · · · < ik } ⊂ {1, . . . , n}, on note comme dans la partie précédente,

dxI = dxi1 ∧ · · · ∧ dxik ,

La proposition 5.5 implique que toute k -forme α s'écrit de manière unique


X
α= fI dxI
I⊂{1,...,n},|I|=k

où fI ∈ C ∞ (U ). En termes savants, ceci s'exprime par :  Ω


k
(U ) est un C ∞ (U )-module libre
engendré par les dxI .

Produit extérieur. Si α ∈ Ωk (U ), β ∈ Ω` (U ), alors α∧β dénie par

∀x ∈ U, α ∧ β(x) = α(x) ∧ β(x).

On dénit ainsi le produit extérieur des formes diérentielles, ∧ : Ωk (U ) × Ω` (U ) → Ωk+` (U ).


Les règles de calcul se déduisent automatiquement des règles de calcul du produit extérieur
3
des formes alternées. Par exemple, dans R muni des fonctions coordonnées x, y et z , on peut
écrire :

(x dy + y dz) ∧ (z dx ∧ dy + x dx ∧ dz) = zy dz ∧ dx ∧ dy + x2 dy ∧ dx ∧ dz
= (zy − x2 )dx ∧ dy ∧ dz.

Transport de formes diérentielles. Soit φ : U → V une application lisse à valeurs dans


un ouvert V de Rm . Alors pour toute α ∈ Ωk (V ), on dénit le tiré en arrière de α par φ comme
la k -forme φ∗ α donnée par

(φ∗ α)x (v1 , . . . , vk ) = αφ(x) (dφx (v1 ), . . . , dφx (vk ))

pour tout x∈U et tous vecteurs v1 , . . . , vk ∈ Rn .


Les propriétés suivantes sont faciles à vérier.

Propriétés 5.13. (i) L'application φ∗ : Ωk (V ) → Ωk (U ) est R-linéaire,

76
(ii) Pour toutes formes α ∈ Ωk (V ), β ∈ Ω` (V ),

φ∗ (α ∧ β) = φ∗ α ∧ φ∗ β

(iii) Si ψ:V →W est une application lisse à valeur dans un ouvert W de Rp , alors

(ψ ◦ φ)∗ = φ∗ ◦ ψ ∗

Remarque 5.14.

(a) Si k = 0, nous avons vu que Ω0 (V ) = C ∞ (V ). Dans ce cas, pour toute f ∈ C ∞ (V ), le tiré


en arrière s'écrit :
φ∗ f = f ◦ φ.
(b) Si k = n = m, alorsα ∈ Ωn (V ) est de la forme α = f · dx1 ∧ · · · ∧ dxn = f · detB0 , où B0
n ∞
désigne la base canonique de R et f ∈ C (V ) une certaine fonction lisse. Alors pour tout
point x ∈ U, on peut écrire

(φ∗ α)x = (φ∗ f )(x)φ∗ det


B0

= f ◦ φ(x) det(dφx ) det


B0

= f ◦ φ(x) det(dφx ) dx1 ∧ · · · ∧ dxn .

Cette dernière formule fait penser (à juste titre) à la formule du changement de variable.
Elle prendra tout son sens lorsque nous dénirons l'intégration des formes diérentielles
plus tard dans ce chapitre.

(c) Si φ est l'injection canonique d'un ouvert U dans un autre ouvert V le contenant, φ∗ α n'est
rien d'autre que la restriction de α à U .

Diérentielle extérieure. La diérentielle extérieure est dénie par le résultat suivant.

Théorème 5.15. Il existe une unique famille d'applications R-linéaires dk : Ωk (U ) → Ωk+1 (U ),


k ∈ N, telles que

(i) pour toute fonction f ∈ C ∞ (U ), d0 f = df est la diérentielle usuelle,

(ii) pour toutes formes α ∈ Ωk (U ) et β ∈ Ω` (U ),

dk+l (α ∧ β) = (dk α) ∧ β + (−1)k α ∧ d` β,

(iii) pour tout entier k,


dk+1 ◦ dk = 0.
Ces applications vérient de plus

dk (φ∗ α) = φ∗ dk α

pour toute application lisse φ:U →V et toute k -forme α sur V.

77
En pratique, on allègera les notations en omettant l'indice k et en notant donc simplement
d pour dk . Le théorème donne donc l'existence d'une certaine application linéaire d : Ω(U ) →
Ω(U ), où Ω(U ) = k∈N Ωk (U ).
L

Dénition 5.16. L'application d est appelée diérentielle extérieure.

En langage savant, Ω(U ) munie du produit extérieur est une R-algèbre unitaire graduée
anti-commutative et d est une dérivation de degré 1 sur Ω(U ). Démontrons le théorème.

Démonstration . Commençons par remarquer que s'il existe une telle application d, comme
d ◦ d = 0, alors d(dxi ) = 0 pour tout i. La propriété (ii) (que l'on appellera formule de Leibniz)
implique alors (par une récurrence facile) que d(dxI ) = 0 pour tout I . En utilisant à nouveau
Leibniz, et la propriété (i), on en déduit la formule
!
X X X
d fI dxI = dfI ∧ dxI + fI d(dxI )
I I I
X
= dfI ∧ dxI . (5.1)
I
P
Toute forme diérentielle se décomposant sous la forme I fI dxI , la formule ci-dessus force
l'unicité de d.
Passons maintenant à la démonstration de l'existence. Pour les 0-formes, nous n'avons pas
le choix, d est la diérentielle usuelle. On dénit d pour les formes de degré supérieur par la
formule (5.1). Il nous faut montrer les propriétés (i) et (ii) du théorème.
Par linéarité, on peut se contenter de démontrer la formule de Leibniz pour des formes α et
β qui s'écrivent α = f dxI et β = g dxJ , avec f et g des fonctions. Calculons :

d(α ∧ β) = d(f g dxI ∧ dxJ ).


dxI ∧ dxJ est soit nul si I ∩ J 6= ∅, soit égal à ±dxI∪J si I ∩ J = ∅. Dans tous les cas, la formule
(5.1) implique

d(α ∧ β) = d(f g) ∧ dxI ∧ dxJ


= (f dg + g df ) ∧ dxI ∧ dxJ
= (df ∧ dxI ) ∧ (g dxJ ) + (−1)k (f dxI ) ∧ (dg ∧ dxJ ),
oùk est le degré de α, c'est-à-dire le cardinal de I. On a donc bien prouvé d(α ∧ β) = dα ∧ β +
(−1)k α ∧ dβ .
Montrons maintenant que d ◦ d = 0. A nouveau par linéarité, il sut de montrer que d◦d
s'annule sur les formes qui s'écrivent f dxI . Calculons :

d ◦ d(f dxI ) = d(df ∧ dxI )


!
X
=d ∂j f dxj ∧ dxI
j
X
= ∂k ∂j f dxk ∧ dxj ∧ dxI
k,j
X
= (∂k ∂j f − ∂j ∂k f ) dxk ∧ dxj ∧ dxI
j<k

78
Chacun des facteurs ∂k ∂j f − ∂j ∂k f est nul par le lemme de Schwarz, et l'on en déduit d◦
d(f dxI ) = 0
Enn, il nous reste à établir l'identité φ∗ (dα) = d(φ∗ α). Remarquons d'abord que cette
identité est vraie pour les 0-formes c'est-à-dire les fonctions. En eet, si f est une fonction,
alors nous avons bien

d(φ∗ f )x = d(f ◦ φ)x = dfφ(x) · dφx = (φ∗ df )x .


En particulier, pour tout i, on a φ∗ dxi = d(xi ◦ φ).
Pour établir l'identité en général, comme précédemment, il sut de l'établir pour les formes
f dxI = f dxi1 ∧ · · · ∧ dxik .
d(φ∗ (f dxi1 ∧ · · · ∧ dxik ) =
= d ((φ∗ f )(φ∗ dxi1 ) ∧ · · · ∧ (φ∗ dxik ))
= d ((f ◦ φ) d(xi1 ◦ φ) ∧ · · · ∧ d(xik ◦ φ))
= d(f ◦ φ) ∧ d(xi1 ◦ φ) ∧ · · · ∧ d(xik ◦ φ)
= φ∗ df ∧ φ∗ dxi1 ∧ · · · ∧ φ∗ dxik
= φ∗ (df ∧ dxi1 ∧ · · · ∧ dxik )
= φ∗ d(f dxi1 ∧ · · · ∧ dxik ).
Ce calcul conclut notre démonstration. 

Avec les règles de calcul données par le théorème, calculer la diérentielle extérieure d'une
forme est relativement aisé.

Exercice 13. Vérier les calculs suivants :

(i) d(xyz ) = yz 2 dx + xz 2 dy + 2xyz dz ,


2

(ii) d(yx dx ∧ dz) = −x dx ∧ dy ∧ dz ,


 
y dx−x dy
(iii) d x2 +y2 = 0.
Pour ce dernier exemple, on peut résoudre par le calcul direct ou alors utiliser le fait que sur
y dx−x dy
un ouvert dense x2 +y 2 est la forme dθ des coordonnées polaires.

III Fibré des formes alternées d'une variété


Soit M une variété et k>0 un entier. De manière similaire à ce que nous avions fait pour
le bré tangent et le bré cotangent au chapitre 3, nous posons

G
Λk T ∗ M = Λk Tx∗ M = {(x, α) | x ∈ M, α ∈ Λk (Tx∗ M )}.
x∈M
n
Comme dφx : Tx M → R est un isomorphisme pour toute carte φ et tout point x du domaine
de φ, l'application linéaire
((dφx )−1 )∗ : Λk Tx∗ M → Λk (Rn )∗

est également un isomorphisme (son inverse est (dφx ) ).
∗ k ∗
Comme pour T M et T M , nous pouvons appliquer le lemme 3.18 et ainsi munir Λ T M de
k ∗
l'unique structure de variété telle que pour toute carte (U, φ) de M , en notant π : Λ T M → M
la projection canonique,

79
 π −1 (U ) est un ouvert de Λk T ∗ M ,
 l'application
π −1 (U ) → U × Λk (Rn )∗ , (x, α) 7→ (x , (dφ−1 ∗
x ) α)

est un diéomorphisme.
k ∗
L'application π : Λ T M → M est alors un bré vectoriel que l'on appelle le bré des formes
alternées sur M.
Remarquons que dans le cas où k = 1,
ce bré est le bré cotangent. Lorsque k = 0, la bre
0 ∗
au-dessus de chaque point est tout simplement R. Autrement dit, Λ T M ' M × R est le bré
trivial de rang 1.

Dénition 5.17 .
(Formes diérentielles) Une forme diérentielle de degré k sur M est une
k ∗ k k ∗
section du bré Λ T M . On note Ω (M ) = Γ(M, Λ T M ).

Ωk (M ).
L
On note aussi parfois Ω(M ) =
k
Les opérations que l'on avait sur Rn s'étendent aux variétés. En eet, on peut dénir le
produit extérieur d'une k -forme α et d'une `-forme β par la formule

α ∧ β(x) = α(x) ∧ β(x).

On dénit ainsi un produit associatif, unitaire, anti-commutatif Ωk (M ) × Ω` (M ) → Ωk+` (M ).


On peut aussi tirer en arrière des formes d'une variété à une autre. Soit f : M → N une
k
application lisse et soit α ∈ Ω (N ) une forme diérentielle, alors la formule

f ∗ αx (v1 , . . . , vk ) = αf (x) (dfx v1 , . . . , dfx vk )

dénit une application linéaire Ωk (N ) → Ωk (M ) qui envoie 1 sur 1 et préserve le produit.

Remarque 5.18. Toute carte (U, φ) de M induit par transport de formes un isomorphisme
linéaire :
Ωk (U ) → Ωk (φ(U )), α 7→ (φ−1 )∗ α.
J

Remarque 5.19. Les éléments de Ω0 (M ), c'est-à-dire les 0-formes, sont les sections du bré
trivialM × R → M . Autrement dit, ce sont les applications M → M ×R qui s'écrivent
x 7→ (x, f (x)), avec f fonction sur M . En pratique, on identiera une telle application avec f
elle-même. En conséquence, nous obtenons une identication Ω0 (M ) ' C ∞ (M ). J
La diérentielle extérieure des formes, que nous avions dénie sur les ouverts de Rn , peut
aussi être dénie sur une variété.

Théorème 5.20. Il existe une unique famille d'applications linéaires dk : Ωk (M ) → Ωk+1 (M ),


k ∈ N, telle que :

(i) Pour toute fonction f : Ω0 (M ) ' C ∞ (M ), d0 f = df la diérentielle usuelle,

(ii) Pour toute k -forme α et toute `-forme β ,

dk+` (α ∧ β) = dk α ∧ β + (−1)k α ∧ d` β,

(iii) Pour tout entier naturel k ∈ N, dk+1 ◦ dk = 0.

80
Ici encore, nous noterons d à la place de dk pour alléger les notations.

Dénition 5.21. L'application d s'appelle diérentielle extérieure sur les formes diérentielles
de M.

La démonstration qui suit présente quelques similarités avec la démonstration de l'équiva-


lence entre dérivations de l'algèbre des fonctions et champs de vecteurs.

Démonstration . Commençons par remarquer que l'existence et l'unicité d'un tel d sont des
propriétés invariantes par diéomorphisme. En eet, si φ : M → N est un diéomorphisme, d
vérie les propriétés (i), (ii) et (iii) du théorème sur Ω(M ) si et seulement si (φ−1 )∗ ◦ d ◦ φ∗
les vérient sur Ω(N ). Comme l'existence et l'unicité ont déjà été prouvées dans les ouverts de
Rn , elles sont aussi vraies sur les domaines des cartes.
(U, φ) une carte de M . On sait donc que la diérentielle extérieure existe de manière
Soit
unique sur Ω(U ). Notons-la δU . Etant donnée une application d vériant les conditions (i), (ii)
et (iii) du théorème sur Ω(M ), on dénit la restriction d|U de d à Ω(U ) par la formule

d|U ω(x) = dω̃(x),

pour tout ω ∈ Ω(U ), tout x ∈ U et tout ω̃ ∈ Ω(M ) qui coïncide avec ω au voisinage de x.
Une telle forme ω̃ existe bien : il sut de multiplier ω par une fonction plateau à support
susamment petit et étendre par 0 à toute la variété. De plus, cette formule ne dépend pas du
choix de ω̃ . En eet, c'est une conséquence du lemme suivant :

Lemme 5.22. Supposons que ω1 = ω2 sur un ouvert V , alors pour toute application d vériant
(i) et (ii), nous avons dω1 |V = dω2 |V .

Démonstration . Soit x∈V. Posons α = ω1 − ω2 . Alors, pour toute fonction plateau f valant
1 au voisinage de x et à support inclus dans V , on a fα = 0 donc :

0 = d(f α) = df ∧ α + f dα.

Comme dfx = 0 et f (x) = 1, nous obtenons 0 = dα(x) et donc dω1 (x) = dω2 (x), comme
annoncé. 

Les propriétés (i), (ii) et (iii) du théorème étant toutes locales on démontre facilement que
la restriction d|U les vérie. Par unicité locale, d|U est la diérentielle extérieure δU . On en
déduit que pour tout x∈U et toute forme ω sur M,

dω(x) = δU ω|U (x)

ce qui donne l'unicité de d.


Réciproquement, dénissons d par cette formule, autrement dit, pour toute forme ω posons
dω comme étant l'application qui à x associe δU ω|U (x) pour n'importe quel domaine de carte
U . L'unicité locale implique que cette dénition ne dépend pas du choix de la carte. On dénit
k
donc bien ainsi une application sur Ω (U ) qui vérie bien les conditions (i), (ii) et (iii) puisqu'il
s'agit de conditions locales. 

81
Produit intérieur et dérivée de Lie. Nous avons déjà déni le produit intérieur dans le
contexte linéaire. La dénition s'étend facilement au cadre général :

Dénition 5.23 (produit intérieur) . Soit ω une k -forme sur M , k > 0, et soit X un champ
de vecteurs. Le produit intérieur de ω par X est la k − 1-forme dénie par ιX ω = 0 si k = 0 et

ιX ωx (v1 , . . . , vk−1 ) = ωx (X(x), v1 , . . . , vk−1 ),

pour tout x ∈ M, et tous vecteurs v1 , . . . , vk−1 ∈ Tx M .

Proposition 5.24. Le produit intérieur est une anti-dérivation, c'est à dire vérie :

ιX (α ∧ β) = (ιX α) ∧ β + (−1)deg(α) α ∧ (ιX β),

pour tout champ X et toutes formes α et β.

Dénissons maintenant la dérivée de Lie d'une forme dans la direction d'un champ de vec-
teurs. Comme dans le cas de la dérivée de Lie d'un champ de vecteurs dans la direction d'un
autre champ de vecteurs, la dérivée de Lie est la version innitésimale du transport par le ot.

Dénition 5.25 (dérivée de Lie). Soient X un champ de vecteurs, ω une k-forme diérentielle.
Alors, la dérivée de Lie de ω par rapport à X est donnée par

d
LX ω(x) = ((φt )∗ ω(x))|t=0
dt

où φt désigne le ot du champ de vecteurs X.

La dérivée de Lie est une dérivation sur l'algèbre des formes diérentielles :

Proposition 5.26. Pour tout champ X et toutes formes α et β,

LX (α ∧ β) = (LX α) ∧ β + α ∧ (LX β).

Démonstration . On pose f (t) = (φt )∗ α(x) et g(t) = (φt )∗ β(x). Alors,

d
LX (α ∧ β)(x) = |t=0 (f (t) ∧ g(t))
dt
= f 0 (0) ∧ g(0) + f (0) ∧ g 0 (0)
= (LX α) ∧ β + α ∧ (LX β).

La méthode la plus pratique pour calculer une dérivée de Lie est d'utiliser la formule suivante.

Proposition 5.27 (formule de Cartan). Pour tout forme ω et tout champ de vecteurs X,

LX ω = ιX dω + dιX ω

82
Démonstration . Remarquons d'abord qu'il s'agit d'une formule locale. Il sut donc de la
démontrer localement.
Remarquons ensuite que le membre de droite vérie l'identité de Leibniz. En eet, en notant
k le degré de α,

ιX d(α ∧ β) = ιX (dα ∧ β + (−1)k α ∧ dβ)


= (ιX dα) ∧ β + (−1)k+1 dα ∧ ιX β + (−1)k ιX α ∧ dβ + α ∧ (ιX dβ),

et

dιX (α ∧ β) = d(ιX α ∧ β + (−1)k α ∧ ιX β)


= (dιX α) ∧ β + (−1)k−1 ιX α ∧ dβ + (−1)k dα ∧ ιX β + α ∧ dιX β.

D'où
(dιX + ιX d)(α ∧ β) = ((dιX + ιX d)α) ∧ β + α ∧ ((dιX + ιX d)β).
Maintenant, localement, toute forme est une somme de produits de fonctions et de diéren-
tielles de fonctions. Comme l'identité de Leibniz est vériée par les deux membres de la formule
de Cartan, il nous sut donc de l'établir pour les fonctions et leurs diérentielles. Soit donc f
une fonction. Alors,

d
LX f = f ◦ φt |t=0 = df · X = ιX df = dιX f + ιX df,
dt
car ιX f = 0 par dénition, ce qui établit la formule de Cartan pour les fonctions. De plus,

d t ∗ d d
LX df = (φ ) df |t=0 = d(f ◦ φt )|t=0 = d (f ◦ φt )|t=0 = d(ιX df ) = dιX (df ) + ιX d(df ),
dt dt dt
car d(df ) = 0, ce qui établit la formule de Cartan pour les diérentielles de fonctions. 

Remarquons que nous avons montré au passage que pour toute fonction f ∈ C ∞ (M ), on a

LX f = df · X = X · f

Il existe d'autres formules reliant ces diérents opérateurs. Par exemple :

Exercice 14. Montrer que pour tous champs de vecteurs X, Y et toute forme α, on a

1. Lx ιY α − ιY LX α = ι[X,Y ] α.
2. Si α est une 1-forme, dα(X, Y ) = LX ιY α − LY ιX α − ι[X,Y ] α.

IV Orientation des variétés


Commençons par quelques rappels sur l'orientation des expaces vectoriels. On xe un R-
espace vectoriel E de dimension n. Etant données deux bases B et B 0 de E , la matrice de
0 0
passage de B à B est la matrice dont les colonnes sont les vecteurs de B décomposés dans la
0
base B . On note detB (B ) son déterminant. Cette matrice de passage est également la matrice
0 0
dans la base B de l'isomorphisme u de E qui envoie B sur B . On a donc detB (B ) = det u.
00 0 00 0 −1
Enn, rappelons les formules detB (B ) = detB (B ) detB0 (B ) et detB (B ) = detB0 (B) .

83
On munit l'ensemble des bases de E de la relation d'équivalence

B ∼ B0 si et seulement si det(B 0 ) > 0.


B

Exercice : vérier qu'il s'agit bien d'une relation d'équivalence !


Les classes d'équivalence de bases pour cette relation sont appelées orientations de E. Tout
espace vectoriel E admet exactement deux orientations. L'espace E est dit orienté s'il est muni
d'une orientation O . Dans ce cas, les bases de O sont dites orientée ou positives.
n
L'espace R admet une orientation canonique, celle de la base canonique.
0 0
Notons qu'étant donné un isomorphisme linéaire f , si B ∼ B alors f (B) ∼ f (B ). En
0 −1 0 0
eet, si u envoie B sur B , alors f ◦ u ◦ f envoie f (B) sur f (B ), donc detf (B) (f (B )) =
det(f ◦ u ◦ f −1 ) = det u = detB (B 0 ). Ceci permet de dénir l'image f (O) d'une orientation
O par f comme la classe de la base f (B) pour n'importe quelle base B représentant O. On
dit qu'un isomorphisme entre espaces vectoriels préserve l'orientation, s'il envoie base positive
sur base positive, ou, de manière équivalente, si son déterminant dans des bases positives est
strictement positif.
Via les espaces tangents et les diérentielles d'applications, ces notions peuvent être étendues
au cadre de la géométrie diérentielle.

Dénition 5.28. On dit qu'un diéomorphisme φ entre ouverts de Rn préserve l'orientation


si sa diérentielle la préserve en tout point, autrement dit, en tout point x de son domaine
det dφx > 0.
Un atlas orienté est un atlas dont tous les changements de cartes préservent l'orientation.
Une orientation d'une variété M est la donnée d'un sous-atlas orienté maximal parmi tous
les sous-atlas orientés de son atlas maximal. On dit qu'une variété M est orientable si elle
admet un atlas orienté, ou, de manière équivalente, si elle admet une orientation.

Exemple 5.29. L'atlas de la sphère Sn donné par les projections stéreographiques n'est pas
orienté. En eet, le changement de carte, donné par la formule

x
pS ◦ p−1
N (x) = ,
kxk2
ne préserve pas l'orientation. En revanche, en remplaçant l'une des cartes par une carte de
même domaine mais d'orientation opposée (par exemple en remplaçant pS par τ ◦ pS où τ est
n n
une réexion de R ), on obtient un atlas orienté. La sphère S est donc orientable. J
Nous allons beaucoup utiliser la remarque qui suit dans nos démonstrations.

Remarque 5.30 (Orientation d'une variété et orientation des espaces tangents).


Soit M Ox une orientation de l'espace tangent Tx M pour tout x ∈ M .
une variété et soient
On dit que la famille (Ox )x∈M est localement constante si pour tout point a ∈ M , il existe une
carte (U, φ) en a telle que pour tout x ∈ U , l'image de Ox par dφx est constante.
Il y a une bijection canonique entre orientations de M et familles d'orientations localement
constantes de ses espaces tangents.
En eet, à un atlas orienté, on peut associer la famille d'orientations données en tout point
x parOx = (dφx )−1 (Ocan ) pour n'importe quelle carte de l'atlas orienté. Une telle famille est
évidemment localement constante.
Réciproquement, s'il existe une famille d'orientations (Ox ) localement constante des espaces
tangents, alors on construit un atlas orienté en ne gardant que les cartes (U, φ) pour lesquelles
dφx (Ox ) = Ocan pour tout x ∈ U. J

84
Proposition 5.31. Soit M une variété orientable connexe. Alors M admet exactement 2 orien-
tations.

Démonstration . Soient (Ox ) et (Ox0 ) deux familles d'orientations localement constantes. Alors,
elles coïncident en un point si et seulement si elles coïncident en un voisinage. L'ensemble des
points où elles coïncident, ainsi que son complémentaire, sont des ouverts. On conclut par
connexité. Il y a donc autant d'orientations de M qu'il y a d'orientations de l'un de ses espaces
tangents, c'est-à-dire 2. 

Remarque 5.32. Supposons que l'on ait une décomposition en somme directe E = F ⊕ G.
0 0 0
Soient BF , BF deux bases de F , et BG , BG deux bases de G. Supposons que BG ∼ BG et
0 0 0
BF ∪ BG ∼ BF ∪ BG . Alors BF ∼ BF . Par conséquent, la donnée d'une orientation sur E et
d'une orientation d'un supplémentaire de F déterminent une orientation de F .
0 0
En particulier, si u : (E, O) → (E , O ) est une application linéaire surjective entre espaces
0
vectoriels orientés, alors u est un isomorphisme entre un supplémentaire de ker(u) et E , et
0
induit donc une orientation sur ce supplémentaire. D'après ce qui précède O et O déterminent
ainsi une orientation de ker(u). Pour cette orientation, une base (e1 , . . . , ek ) de ker u est positive
si et seulement s'il est possible de la compléter en une base positive (e1 , . . . , en ) de E de telle
0
sorte que (u(ek+1 ), . . . , u(en )) est une base positive de E . J
Proposition 5.33. Soient M une variété orientée, f : M → Rn−k une submersion avec k > 1,
−1
et N = f (0). Alors N (qui est une sous-variété de M ) admet une orientation induite par
celle de M et celle (canonique) de Rn−k par la remarque qui précède.

Démonstration . Soit(Ox ) une famille localement constante d'orientations de l'espace tangent.


La remarque qui précède appliquée à l'application dfx : (Tx M, Ox ) → (Rn−k , Ocan ) permet de
dénir une famille localement constante d'orientations sur les espaces Tx N = ker dfx . 

Exercice 15. Sous les hypothèses de la proposition précédente, montrer que l'orientation induite
sur N est aussi donnée par l'atlas orienté constitué des applications de la forme (U ∩ N, φ|U ∩N )
−1
avec (U, φ) une carte orientée de M telle que f ◦ φ (x1 , . . . xn ) = (xk+1 , . . . , xn ).

On dit qu'un diéomorphisme local entre variétés orientées préserve l'orientation si sa dif-
férentielle préserve l'orientation des espaces tangents en tout point.

Proposition 5.34 (Orientation d'un quotient de variété) . Soient M une variété et G un


groupe discret agissant librement et proprement par diéomorphismes sur M. Alors, il existe
une bijection canonique entre les orientations de M préservées par l'action de G (c'est-à-dire
par l'action de chacun des éléments de G) et les orientations du quotient M/G, induite par
l'action sur les orientations de la projection canonique p : M → M/G.

Démonstration . Pour tout élément g ∈ G, notons ψg : x 7→ g · x. Par dénition, p ◦ ψg = p


donc dpg·x ◦ d(ψg )x = dpx en tout point x.
A une famille d'orientations localement constante (Ox ) du quotient N = M/G, on associe
l'orientation de N tirée en arrière par p, c'est à dire donnée par la formule (dpx )−1 (Ox ). Celle-ci
est automatiquement invariante par G, car pour tout g ,
d(ψg )x ◦ (dpg·x )−1 (Ox ) = (dpx )−1 (Ox ).

85
Réciproquement, étant donnée une orientation (Ox ) invariante par G, on peut la pousser en
avant par p en posant Oy0 = dpx (Ox ) pour n'importe quel antécédent x de y par p. Comme
deux antécédents d'un même point sont dans la même orbite sous l'action de G, l'invariance
0
par G implique que (Oy ) est une famille bien dénie d'orientations sur les espaces tangents à
M/G. 

Cette proposition permet de traiter plusieurs de nos exemples favoris.

Corollaire 5.35. (i) Le tore Tn est orientable,

(ii) la bouteille de Klein et le Ruban de Moebius ne sont pas orientables,

(iii) l'espace projectif Pn (R) est orientable si et seulement si n est impair.

Démonstration . Les points (i) et (ii) sont des applications directes de la proposition précé-
n n n
dente. L'action de Z sur R par translation préserve l'orientation de R , d'où l'orientation du
n
tore. En revanche, l'action de Z sur R×] − 1, 1[ donnée par n · (x, y) = (x + n, (−1) y), pour
2 2 k
n ∈ Z, x ∈ R et y ∈]−1, 1[ et l'action de Z sur R donnée par (n, k)·(x, y) = ((−1) x+n, y+k),
pour n, k ∈ Z, x, y ∈ R ne préservent pas l'orientation, d'où la non-orientabilité du ruban de
Moebius et de la bouteille de Klein.
Passons au point (iii). D'après la proposition, Pn (R) est orientable si et seulement si l'appli-
n
cation antipodale a : x 7→ −x préserve l'orientation de S . L'orientation de chacun des espaces
n −1 2
tangents de S = f (0) avec f (x) = kxk est donnée par la proposition 5.33. On voit que
n
pour cette orientation, (v1 , . . . , vn ) est une base positive de Tx S si et seulement si la base
n+1 2
(v1 , . . . , vn , x) de R est positive (en eet, dfx (x) = 2kxk > 0 ). On en déduit que a préserve
l'orientation si et seulement si (v1 , . . . , vn , x) est de la même orientation que (−v1 , . . . , −vn , −x),
autement dit si et seulement si n est impair. 

Dénition 5.36 (formes volumes) . Une forme volume sur une variété M est une forme dif-
férentielle de degré maximal (c'est-à-dire de degré égal à la dimension de la variété) qui ne
s'annule en aucun point.

Par exemple, la forme dx1 ∧ · · · ∧ dxn (= detB0 ) est une forme volume sur Rn . Remar-
quons qu'une base (v1 , . . . , vn ) de Rn est positivement orientée si et seulement si dx1 ∧ · · · ∧
dxn (v1 , . . . , vn ) > 0.
Théorème 5.37. Pour toute variété M de dimension n, il y a équivalence entre

(a) il existe une forme volume sur M,


n ∗
(b) le bré Λ T M est trivialisable,

(c) M est orientable.

Démonstration . L'équivalence entre (a) et (b) a déjà été vue : un bré en droite est trivial si
et seulement s'il admet une section qui ne s'annule pas. Or, une forme volume n'est rien d'autre
n ∗
qu'une section de Λ T M qui ne s'annule pas.
Montrons que (c) implique (a). On se donne un atlas orienté (Ui , φi )i∈I et (ρi )i∈I une partition
de l'unité subordonnée au recouvrement (Ui )i∈I . Notons σ = dx1 ∧ · · · ∧ dxn la forme volume
n ∗ ∗
standard sur R . La forme φi σ n'est dénie que sur Ui mais la forme ρi φi σ , qui est à support
compact inclus dans Ui , peut être étendue en une forme ωi globalement dénie sur M.

86
P
Posons ω= i∈I ωi et vérions que ω est une forme volume sur M .
Soit x ∈ M. Alors, il existe un indice j pour lequel ρj (x) > 0 et on peut écrire :

X
ω(x) = ρi (x)φ∗i σ(x)
i∈I
X ρi (x)
= ρj (x) φ∗j (φi ◦ φ−1 ∗
j ) σ(x)
i∈I
ρj (x)
X ρi (x)
= ρj (x) φ∗j (det(d(φi ◦ φ−1j )) σ)(x)
i∈I
ρj (x)
!
X ρi (x)
= det(d(φi ◦ φ−1 ∗
j )φj (x) ) ρj (x) φj σ(x).
i∈I
ρ j (x)

Comme l'atlas est orienté, chacun des termes de la somme est positif et le terme d'indice j est

strictement positif. La somme est donc non-nulle et il en est de même de ρj (x) φj σ(x). Nous
avons prouvé que ω(x) 6= 0.
Démontrons maintenant que (a) implique (c). Soit donc ω une forme volume. Pour tout
x ∈ M, on dénit une orientation Ox sur M en décidant qu'une base (v1 , . . . , vn ) est positive-
ment orientée si et seulement si ωx (v1 , . . . , vn ) > 0. Vérions que la famille d'orientations ainsi
construite est localement constante. Soit a ∈ M et soit (v1 , . . . , vn ) une base de Ta M positive
−1
pour Oa . Soit φ une carte en a. Pour i = 1, . . . , n, on pose Vi (x) = (dφx ) (dφa (vi )). La famille
(V1 , . . . , Vn ) forme un repère de T M déni au voisinage de a, qui coïncide avec (v1 , . . . , vn )
en a. De plus, par continuité, comme ωa (v1 , . . . , vn ) > 0, on a ωx (V1 (x), . . . , Vn (x)) > 0 pour
x proche de a. Par conséquent, (V1 (x), . . . , Vn (x)) représente Ox pour x proche de a. Comme
dφx (Vi (x)) = dφa (vi ) ne dépend pas de x, on en déduit que dφx (Ox ) ne dépend pas de x (au
voisinage de a). On a bien prouvé que la famille d'orientations (Ox ) est localement constante.


V Intégration des formes diérentielles


Soit U un ouvert de Rn . On note Ωnc (U ) l'ensemble des formes diérentielles de degré n, à
support compact. Notons que les formes que l'on considère ici ont un degré égal à la dimension
n
de l'espace. Tout élément de Ωc (U ) s'écrit de manière unique ω = f dx1 ∧ · · · ∧ dxn , pour une
fonction f à support compact sur U .
n
On dénit alors tout simplement l'intégrale de ω ∈ Ωc (U ) par la formule :

Z Z
ω := f (x1 , . . . , xn ) dx1 . . . dxn (5.2)
U U

L'intéret de cette dénition vient de son invariance par diéomorphisme :

Proposition 5.38 (changement de variable). Soient U , V des ouverts de Rn et φ : U → V un


diéomorphisme préservant l'orientation. Alors, pour toute forme ω ∈ Ωc (V ),
n

Z Z

φω= ω.
U V

87
Démonstration . Ecrivons ω = f dx1 ∧ · · · ∧ dxn . Alors,

φ∗ ω = f ◦φ φ∗ (dx1 ∧ · · · ∧ dxn )
= f ◦φ det(dφ) dx1 ∧ . . . dxn ,
d'après la remarque 5.14 (b). Comme φ préserve l'orientation, det dφ = | det dφ| et la proposition
est donc conséquence de la formule de changement de variable pour l'intégrale de Lebesgue.


Remarque 5.39. Bien sûr, dans la proposition précédente, si φ inverse l'orientation, alors

R R
U
φω = − V
ω. C'est une conséquence de la démonstration ci-dessus, car alors det dφ =
−| det dφ|. J
Etant donnée une variété, on note Ωnc (M ) l'ensemble des n-formes à support compact sur
M. Bien sûr, si M est compact, alors Ωnc (M ) = Ωn (M ).
Théorème 5.40 (Intégration des formes diérentielles) Soit M une variété
R . de di- orientée
n
mension n. Il existe une unique forme linéaire M : Ωc (M ) → R telle que pour toute carte
orientée (U, φ) de M et toute n-forme ω à support compact dans U, on ait :
Z Z
ω= (φ−1 )∗ ω.
M φ(U )

Démonstration . (Ui , φi )i∈I un atlas


Supposons d'abord qu'une telle forme linéaire existe. Soit
orienté de M , et (ρi )i∈I une partition de l'unité subordonnée au recouvrement (Ui )i∈I . Pour
P
toute n-forme à support compact ω , nous pouvons écrire ω = i∈I ρi ω . Cette somme est en
fait nie car le support de ω est compact et le support des partitions de l'unité est localement
ni. Alors, nécessairement,
Z XZ XZ
ω= ρi ω = (φ−1 ∗
i ) (ρi ω). (5.3)
M i∈I M i∈I φi (Ui )

Cette formule implique l'unicité.


R
Pour l'existence, on dénit par la formule ci-dessus. La linéarité est claire. Supposons
M
que ω ∈ Ωc (U ), où U est le domaine d'une carte (U, ψ). Alors,
Z XZ
ω= (φ−1 ∗
i ) (ρi ω)
M i φi (Ui ∩U )
XZ
= (ψ −1 )∗ (ρi ω)
i ψ(Ui ∩U )
Z !
X
= (ψ −1 )∗ ρi ω
ψ(U ) i
Z
= (ψ −1 )∗ ω,
ψ(U )

où la deuxième égalité est conséquence de la formule de changement de variable (proposition


5.38). La forme linéaire ainsi dénie vérie donc bien les conditions demandées. 
Il y a de multiples remarques à faire.

Remarque 5.41.

88
R
(a) L'unicité implique que la dénition de donnée ci-dessus ne dépend pas des choix d'atlas
M
orienté, ni de partition de l'unité. Dans la pratique, on n'utilise pas la formule donnée dans
la démonstration, car les partitions de l'unité sont en général impossible à calculer.
R R
(b) Si l'on change l'orientation de M, la forme linaire
M
est remplacée par son opposé − M
.
En eet, cela revient à remplacer toutes les cartes de l'atlas (Ui , φi )i∈I ayant servi à la
n
démonstration par (Ui , τ ◦ φi )i∈I où τ est un diéomorphisme de R renversant l'orientation
xé.
R
(c) Si ω est une forme volume sur une variété compacte connexe, alors
M
ω 6= 0. En eet, dans
la formule (5.3), tous les termes ont le même signe.

(d) Si ψ:M →N est un diéomorphisme préservant l'orientation, alors

Z Z

φω= ω.
M N

On peut le voir comme une conséquence de l'unicité ou le déduire de la formule (5.3) et de


la proposition 5.38.
1
(e) Plus généralement, si B est un borélien de M (par exemple un ouvert ou un fermé de M ),
on peut montrer qu'il existe une unique forme linéaire
Z
: ΩnB (M ) → R
B

où ΩnB (M ) est l'ensemble des n-formes ω sur M telles que (Suppω) ∩ B est compact, telle
que pour toute carte orientée (U, φ) de M et toute ω ∈ ΩnB (M ) à support dans U , on ait
Z Z
ω= (φ−1 )∗ ω.
B φ(B∩U )

L'intégrale des formes diérentielles est σ -additive sur les domaines.

(f ) Si ω est une k -forme, k 6 n et N ⊂ M est une sous-variété orientée de dimension k de M ,


alors on dénit l'intégrale de ω sur N comme l'intégrale i∗ ω où i est l'injection canonique
N →M : Z Z
ω := i∗ ω.
N N

En combinant avec la remarque (d) ci-dessus, on obtient que pour tout plongement j:V →
M où V est un ouvert de Rk et pour toute k -forme ω ,
Z Z
ω= j ∗ ω.
j(V ) V

Bien sûr, ici, j(V ) est muni de l'orientation image par j de l'orientation de Rk . Cette
dernière formule est très utile pour calculer des intégrales de formes en pratique.

J
1. Rappelons qu'un borélien d'un espace topologique est un élément de la tribu engendrée par les ouverts de
M.

89
Exemple 5.42. Soit α une 1-forme et γ : I → M une courbe paramétrée lisse. Alors,
Z Z Z

α = γ α = αγ(t) (γ̇(t)) dt.
γ(I) I I

En eet, pour tout t ∈ I, et tout τ ∈ R, on peut écrire

γ ∗ αt (τ ) = αγ(t) (γ̇(t)τ ) = αγ(t) (γ̇(t))τ.

En notant, comme d'habitude, dt la 1-forme égale en tout point à la forme linéaire τ 7→ τ , nous
obtenons bien la formule
γ ∗ αt = αγ(t) (γ̇(t)) dt.
J

Exercice 16. Vérier que l'intégrale de la forme

y dx − x dy
dθ =
x2 + y 2
sur un cercle du plan centré en l'origine vaut 2π .

Exemple 5.43. Nous allons calculer l'intégrale de la forme ω = z dx ∧ dy sur la sphère unité
S2 de R3 .
On paramètre la sphère à l'aide des coordonnées sphèriques. Autrement dit, on la voit comme
image du plongement

j : (ϕ, θ) 7→ (cos θ cos ϕ, cos θ sin ϕ, sin θ), ] − π2 , π2 [×]0, 2π[→ R3 .


R ∗
j ω . Il nous faut donc calculer j ∗ ω . Calculons
R
On veut appliquer la formule
j(V )
ω = V
:

j ∗ dx = d(x ◦ j) = − sin θ cos ϕ dθ − sin ϕ cos θ dϕ,

et de même,
j ∗ dy = − sin θ sin ϕ dθ + cos ϕ cos θ dϕ.
D'où,

j ∗ ω = j ∗ (z dx ∧ dy)
= sin θ(− sin θ cos ϕ)(cos ϕ cos θ) dθ ∧ dϕ − sin θ(− sin θ sin ϕ)(− sin ϕ cos θ) dθ ∧ dϕ
= sin2 θ cos θ dϕ ∧ dθ.

Nous pouvons maintenant calculer l'intégrale :

π
Z Z Z 2π Z
 π2
2

sin2 θ cos θ dθ dϕ = 2π sin3 θ
1
ω= j ω= 3 −
π = 43 π.
π π π
S2 ]− , [×]0,2π[ 0 − 2
2 2 2

90
VI La formule de Stokes
VI.1 Domaines à bord lisse
Dans toute la suite, nous utiliserons la notation R− =] − ∞, 0]. On xe une variété M de
dimension n > 1.
Dénition 5.44 (Domaines à bord lisse). Une partie N d'une variété M est appelée domaine
à bord lisse de M si N est l'adhérence d'un ouvert et si pour tout x appartenant à la frontière
∂N = N \ N̊ de N , il existe une carte (U, φ) en x, telle que φ(x) = 0 et

φ(U ∩ N ) = (R− × Rn−1 ) ∩ φ(U ).

La frontière ∂N est appelée bord de N.

0
x

Exemple 5.45. Soit f : M → R une fonction lisse dont 0 est une valeur régulière. Alors,
{x ∈ M | f (x) 6 0} est un domaine à bord lisse de M.
En eet, par le théorème de forme normale des submersions, il existe une carte φ telle que

f ◦ φ−1 (x1 , . . . , xn ) = x1 ,

pour tout (x1 , . . . , xn ) au voisinage de 0. Alors, localement f (x) 6 0 si et seulement si f ◦


−1
φ (φ(x)) 6 0, si et seulement si la première coordonnée de φ(x) est négative. Donc localement,
φ envoie {x | f (x) 6 0} sur {x | x1 6 0}. J
Dans la proposition qui suit, on note p la projection canonique R × Rn−1 → Rn−1 .
Proposition 5.46. Soit N un domaine à bord lisse de M . Alors le bord ∂N est une sous-variété
de codimension 1 de M.
De plus, si M n > 2, ∂N admet une orientation induite telle que si (U, φ)
est orientée, et
n−1
est une carte orientée en un point de ∂N vériant φ(U ∩ N ) = (R− × R ) ∩ φ(U ), alors
(U ∩ ∂N, p ◦ φ|U ∩∂N ) est une carte orientée de ∂N .

Démonstration . Pour tout x ∈ ∂N , une carte (U, φ) en x telle que

φ(U ∩ N ) = (R− × Rn−1 ) ∩ φ(U )

vérie en particulier
φ(U ∩ ∂N ) = ({0} × Rn−1 ) ∩ φ(U ).

91
Ceci montre que ∂N est une sous-variété.
(U ∩ ∂N, p ◦ φ|U ∩∂N ), avec (U, φ) une carte orientée
Montrons que les applications de la forme
n−1
en un point de ∂N vériant φ(U ∩ N ) = (R− × R ) ∩ φ(U ), forment un atlas orienté de ∂N .
Par dénition d'un domaine à bord lisse, les domaines de ces applications recouvrent ∂N (on
peut ajuster l'orientation de φ en composant par une réexion laissant la première coordonnée
invariante).
0 0
Etant données deux telles cartes (U ∩∂N, p◦φ|U ∩∂N ) et (U ∩∂N, p◦φ |U 0 ∩∂N ), par hypothèse,
0 −1 n−1
le changement de carte φ ◦ φ préserve l'orientation et envoie R− × R dans lui-même. Il
n−1
en est donc de même de sa diérentielle, qui préserve donc l'orientation du facteur R . Cela
0
montre que le changement de carte entre p ◦ φ|∂N et p ◦ φ |∂N préserve l'orientation. 

Remarque 5.47. Appelons vecteur sortant à N tout vecteur v ∈ Tx M en x ∈ ∂N qui est de


0
la forme c (0) avec c un chemin en x tel que c(t) ∈ N̊ pour t < 0, c(t) ∈
/ N pour t > 0 et
0
c (0) ∈
/ Tx ∂N .
Avec l'orientation donnée dans la proposition précédente, si v est un vecteur sortant en x,
alors une base (v2 , . . . , vn ) de Tx ∂N est positive si et seulement si (v, v2 , . . . , vn ) est une base
positive de Tx M .
Justions cette armation. Les cartes orientées envoient l'orientation de l'espace tangent
sur l'orientation canonique, donc une base (v2 , . . . , vn ) est positive si et seulement si la fa-
mille (dφx (v2 ), . . . , dφx (vn )) est une base positive dans {0} × Rn−1 . Comme dφx (v) a une pre-
mière coordonnée positive, c'est équivalent à (dφx (v), dφx (v2 ), . . . , dφx (vn )) positive et donc à
(v, v2 , . . . , vn ) positive. J

VI.2 La formule de Stokes


Nous pouvons maintenant énoncer la formule de Stokes.

Théorème 5.48 (Formule de Stokes) . M une variété orientée, de dimension n > 2,


Soient
etN un domaine à bord lisse. On note j : ∂N → M l'injection canonique. Alors, pour toute
n − 1-forme ω sur M telle que Supp ω ∩ N est compact,
Z Z

j ω= dω
∂N N

Remarque 5.49. Dans le cas où M =R et N est un intervalle de la forme [a, b], nous n'avons
pas déni l'intégrale d'une 0-forme sur une variété de dimension 0. En revanche, on sait que
0
l'on a pour ω(x) = f (x), dω = f (x) dx, donc
Z
f 0 (x) dx = f (b) − f (a).
[a,b]

Démonstration . Nous allons commencer par établir la formule de Stokes dans le cas où
n
M =R et N = R− × Rn−1 . Dans ce cas, une n − 1-forme ω s'écrit

n
X
ω= ˆ i ∧ · · · ∧ dxn .
fi dx1 ∧ · · · ∧ dx
i=1

92
La diérentielle s'écrit alors explicitement :

n
X ∂fi
dω = (−1)i−1 dx1 ∧ · · · ∧ dxn .
i=1
∂x i

Nous pouvons ensuite exprimer l'intégrale de dω sur N.


Z Z Z 0 n Z Z
∂f1 X ∂fi
dω = dx1 dx2 . . . dxn + (−1)i−1 dx1 dx2 . . . dxn .
N Rn−1 −∞ ∂x1 i=2
∂xi

Or, l'hypothèse sur le support de ω implique que pour i > 2, la fonction fi est à support
R ∂fi
compact et donc
R ∂xi
dxi s'annule. On en déduit :
Z Z Z 0
∂f1
dω = dx1 dx2 . . . dxn
N n−1 −∞ ∂x1
ZR
= f1 (0, x2 , . . . , xn ) dx2 . . . dxn .
Rn−1

Par ailleurs, j ∗ ω = f1 |{0}×Rn−1 dx2 R∧ · · · ∧ dxRn |{0}×Rn−1 car dx1 |{0}×Rn−1 = 0. Nous avons donc
bien établi dans ce cas la formule
∂N
j ∗ ω = N dω .
Notons au passage que dans ce cas particulier, si jamais ω est à support inclus dans l'intérieur
dω = ∂N j ∗ ω = 0. Bien sûr, si ω est à support dans le complémentaire
R R
de N , alors on obtient
N
de N , on obtient la même formule.
Le cas général se déduit facilement du cas particulier à l'aide de partitions de l'unité. On
n−1
choisit un atlas orienté (Ui , φi ) de cartes de M telles que φi (Ui ∩ N ) = (R− × R ) ∩ φi (Ui ).
Un tel atlas existe par dénition des domaines à bord lisse. Bien sûr, une telle carte dénie
n−1
au voisinage d'un point de N̊ a son image incluse dans l'intérieur de R− × R , et une telle
carte dénie au voisinage d'un point de M \ N a son image incluse dans le complémentaire
de R− × Rn−1 . On choisit également une partition de l'unité fi subordonnée au recouvrement
(Ui ), et on note ω i = fi ω . Alors, en utilisant le cas particulier et la formule de changement de
variable,
Z XZ XZ XZ
(φ−1 ∗
d (φ−1 ∗

dω = dωi = i ) dωi = i ) ωi
N i N i Rn−1 i Rn−1
XZ XZ XZ
= jR∗ n−1 (φ−1 ∗
i ) ωi = −1 ∗
((φi |∂N ) ) ωi = ωi
Rn−1 Rn−1 ∂N
Zi i i

= ω.
∂N

Remarque 5.50. La formule de Stokes s'applique au cas particulier où N = M. Dans ce cas,


∂N = ∅ et l'on obtient Z
dω = 0,
M
pour toute n − 1-forme ω à support compact. J

93
Exemple 5.51. Calculons le volume de la boule unité de R3 . Une première méthode consiste
à écrire la forme dx ∧ dy ∧ dz en coordonnées sphériques, puis intégrer sur le pavé droit [0, 1] ×
[0, 2π] × [− π2 , π2 ].
Une autre méthode consiste à appliquer la formule de Stokes à la forme z dx ∧ dy , dont la
diérentielle est dx ∧ dy ∧ dz . Il se trouve que l'on a déjà calculé son intégrale sur la sphère :
4
3
π , qui est bien le volume de la boule unité. J

Exemple 5.52. SoitΩ un domaine à bord lisse de R2 , dont le bord est donné par une courbe
lisse simple γ : R/T Z → R2 . On note γ = (f, g) les applications coordonnées de γ. Alors, en
utilisant la formule de Stokes :
Z Z Z T
Aire(Ω) = dx ∧ dy = x dy = f (t) g 0 (t) dt.
Ω ∂Ω 0

Une telle aire est donc très simple à calculer. Notons que la formule de Stokes donne aussi :
Z Z
1
Aire(Ω) = − y dx = 2
(x dy − y dx).
∂Ω ∂Ω

Les deux corollaires suivants sont des cas particuliers de la formule de Stokes connus sous
d'autres noms.

Corollaire 5.53 (Formule de Green-Riemann). Soit D un domaine à bord lisse du plan. Alors
pour toutes fonctions P, Q lisses sur D,
Z Z  
∂Q ∂P
P dx + Q dy = − dx dy.
∂D D ∂x ∂y

Le corollaire suivant demande un peu de préparation. Etant donné un domaine à bord lisse
Ω de R3 . On se donne un champ de vecteurs N sur R3 qui coïncide en tout point x de ∂Ω avec
3
le vecteur normal unitaire sortant. On note j : ∂Ω → R l'injection canonique. La 2-forme

σ = j ∗ (ιN (dx ∧ dy ∧ dz))

est appelée forme d'aire sur ∂Ω. Etant donné un champ de vecteurs X, on appelle ux de X
à travers ∂Ω la quantité Z
Flux∂Ω (X) = hX, N iσ.
∂Ω
Intuitivement, si l'on pense au ot de X comme à un écoulement de uide, le ux de X à
travers ∂Ω est la quantité innitésimale de matière qui traverse ∂Ω par unité de temps.
On appelle divergence de X = (X1 , X2 , X3 ) la fonction div(X) = ∂X
∂x
1
+ ∂X
∂y
2
+ ∂X
∂z
3
. Nous
pouvons maintenant énoncer le deuxième corollaire :

Corollaire 5.54 (Formule de Gauss-Ostrogradski). Pour tout champ de vecteurs X,


Z
Flux∂Ω (X) = div(X) dx dy dz.

94
Démonstration . α = dx ∧ dy ∧ dz . Par dénition, hX, N iσ = hX, N ij ∗ (ιN α) en tout
Notons
point de ∂Ω. Comme α est une 3-forme et ∂Ω est de dimension 2, la restriction de α à ∂Ω est

nulle. En particulier, pour tout champ de vecteurs T tangent à ∂Ω, j (ιT α) = 0.
Ceci s'applique en particulier au champ de vecteurs T = X − hX, N iN . On en déduit :

hX, N iσ = j ∗ (ιX α).


Par la formule de Stokes, nous avons donc :
Z
Flux∂Ω (X) = diX α
ZΩ
= d(X1 dy ∧ dz + X2 dz ∧ dx + X3 dx ∧ dy)
ZΩ
= div(X) dx dy dz.

VI.3 Une application topologique : le théorème de Brouwer


Nous allons utiliser la formule de Stokes pour montrer le théorème suivant :

Théorème 5.55 (Brouwer) . Toute application continue de la boule unité fermée de Rn dans
elle-même admet un point xe.

Pour cela, nous allons d'abord établir le lemme suivant :

Lemme 5.56 (de non-rétraction). Soit N un domaine à bord lisse orientable et compact d'une
variété. Alors, il n'existe pas d'application lisse r : N → ∂N telle que r|∂N = Id∂N .

Démonstration . Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe une telle application
R r.
Soit ω une forme volume sur ∂N . Alors, on sait que ∂N ω 6= 0. Notons par ailleurs que dω est
nulle car c'est une n-forme sur∂N qui est de dimension n − 1. Notons j : ∂N → N l'injection
canonique. Par hypothèse, r ◦ j = Id∂N . Alors, par la formule de Stokes,
Z Z Z Z
∗ ∗ ∗ ∗
0= r dω = d(r ω) = j r ω= ω 6= 0.
N N ∂N ∂N

On obtient bien une contradiction. 

Démonstration du théorème de Brouwer. Supposons qu'il existe une application continue


sans point xe de la boule fermée dans elle-même, que l'on notera B.
Alors, en approchant
1
f par une application lisse fε telle que kfε k < 1 + ε et en considérant f , on obtient une
1+ε ε
application lisse de B dans elle-même, sans point xe pour ε>0 susamment petit. On peut
donc supposer dans la suite de cette démonstration que f est lisse.
On dénit alors r(x) x et f (x) (qui sont
comme l'intersection de la droite passant par
x. Autrement dit, r(x) = x + λ(x − f (x)) où λ
distincts) avec la sphère unité, située du côté de
2
est l'unique racine positive de l'équation kx + λ(x − f (x))k = 1. On sait que r est lisse grâce
aux formules donnant les racines d'un polynôme du second degré. De plus, r est bien l'identité
en restriction au bord de B . Nous obtenons une contradiction avec le lemme. 

95
Chapitre 6
Cohomologie de De Rham
Dans ce chapitre, nous introduisons la cohomologie de De Rham, qui est un outil algébrique
permettant de distinguer des variétés non homéomorphes. Nous calculerons la cohomologie de
De Rham sur certains exemples et donnerons quelques applications. Ce chapitre constitue une
première approche de la topologie algébrique, dont le but est de classer les espaces topologiques
à l'aide d'invariants algébriques.

I Formes fermées et formes exactes


On se place sur une variété M de dimension n donnée.

Dénition 6.1. Une forme diérentielle ω est dite fermée si dω = 0. Elle est dite exacte s'il
existe une forme α telle que ω = dα.

Remarque 6.2.

(a) Une n-forme est toujours fermée.

(b) Une 0-forme est fermée si et seulement si c'est une fonction localement constante. Elle n'est
jamais exacte, sauf si elle est nulle.

(c) Comme d ◦ d = 0, une forme exacte est toujours fermée. La réciproque est fausse en général
et c'est ce phénomène précis que nous étudierons en détail dans ce chapitre !

Proposition 6.3. Soit V une sous-variété compacte orientable de dimension k, et ω une k-


forme.

j ∗ ω = 0.
R
(a) Si ω est exacte alors V
(b) Si ω est fermée et s'il existe une sous-variété orientable W telle que V soit le bord d'un
W , alors V j ∗ ω = 0.
R
domaine à bord lisse compact de

Démonstration . Chacun des deux points va être une application de la formule de Stokes.

(a) Si ω = dαalors, d'après la formule de Stokes appliquée au domaine


R ∗ V dans la variété V
(donc de bord vide)
V
j dα = 0 car le bord est vide.
R ∗ R
(b) Si dω = 0 et si V = ∂Ω, alors j ω = dω = 0.
V Ω

96


Exemple 6.4. Etudions des exemples de 1-formes dénies sur des ouverts du plan. Une 1-forme
sur un ouvert U de R2 s'écrit
ω = f dx + g dy.
∂f ∂g
Elle est fermée si et seulement si
∂y
= ∂x
.
2
Dans le cas où U = R et si ω est fermée, alors nous allons vérier que ω est exacte. Posons
Rx Ry
F (x, y) = 0 f (t, y)dt + 0 g(0, t)dt. Alors,
(
∂F
∂x
(x, y) = f (x, y),
Rx Rx
∂F
∂y
(x, y) = 0 ∂f∂y
(t, y)dt + g(0, y) = 0 ∂g
∂x
(t, y)dt + g(0, y) = g(x, y),
donc ω = dF .
x dy−y dx 2
Par exemple, considérons la forme ω= , dénie sur U = R \ {0}. Nous avons déjà
x2 +y 2
vu que dω = 0. Il s'agit donc d'une forme fermée. En revanche, nous pouvons montrer qu'elle
n'est pas exacte sur U.
En eet, si ω
était exacte, alors son intégrale sur le cercle unité serait nulle (proposition
R R 2π
précédente). Or nous avons vu que
S1 ω = 0
dθ = 2π .
2
Dans le cas où U = R \{p1 , . . . , pk }, les pi étant des points 2 à 2 distincts, on peut construire
de multiples exemples de formes fermées non-exactes. Par exemple, en notant τu laPtranslation
k ∗
de vecteur −u, on peut considérer l'espace V de toutes les combinaisons linéaires i=1 ai τpi ω,
où ω est la forme d'angle du paragraphe précédent et a1 , . . . , a k sont des coecients réels.
L'intégrale d'une telle forme sur un petit cercle Ci autour de pi (et qui n'entoure qu'un seul
pi ) est 2πai . Donc l'application linéaire
Z Z 
k
I : V → R , ω 7→ ω, . . . , ω
C1 Cn

est un isomorphisme et V est de dimension k. De plus, si deux élements de V dièrent par une
forme exacte alors, d'après la proposition précédente, ils ont la même image par I, donc les
mêmes coecients ai . Ceci prouve

dim {ω ∈ Ω1 (U ) | ω ∈ Ω1 (U ) | ω

fermée}/{ω exacte} > k,
et suggère que d'une manière générale, le quotient de l'espace des formes fermées par celui
des formes exactes mesure la complexité d'un espace, le nombre de ses trous. Nous allons
développer cette idée dans la suite du chapitre.
Nous démontrerons en particulier que le quotient ci-dessus est de dimension exactement k
(voir proposition 6.25 ci-dessous). J

II Cohomologie de De Rham
Guidé par l'exemple précédent, il est naturel de poser la dénition suivante.

Dénition 6.5. Z k (M ) = {ω ∈ Ωk (M ) | dω = 0} l'ensemble des formes fermées de


On note
k k
degré k sur M et B (M ) = {ω ∈ Ω (M ) | ω exacte} l'ensemble des formes exactes.
k k k
Le R-espace vectoriel quotient H (M ) = Z (M )/B (M ) est appelé k -ième groupe de co-
homologie de De Rham. La classe d'une k -forme fermée α, notée [α], est appelée classe de
cohomologie de α. L'entier k est le degré de la classe.

97
Remarque 6.6.

(a) Si k<0 ou k > n, alors H k (M ) = {0} puisque Ωk (M ) = {0}.


(b) Si k = 0, alors H 0 (M ) = Z 0 (M ) est l'ensemble des fonctions localement constantes sur M.
Par conséquent, on peut écrire

H 0 (M ) = R{composantes connexes de M }

Cela conrme l'idée que les groupes de cohomologie mesurent la complexité de l'espace. Les
k
autres H (M ) sont plus compliqués à calculer.

Certaines opérations sur les formes induisent des opérations en cohomologie.

Proposition 6.7. Le produit extérieur induit un produit

∪ : H k (M ) × H ` (M ) → H k+` (M )

donné par [α] ∪ [β] = [α ∧ β] pour toute k -forme α et `-forme β . On l'appelle le produit cup.

Démonstration . Supposons que pour des formes fermées α, α0 , β, β 0 , on ait α0 = α + da et


0
β = β + db. Alors,

α0 ∧ β 0 = α ∧ β + da ∧ β + α ∧ db + da ∧ db.

Comme β da ∧ β = d(a ∧ β) ± a ∧ dβ = d(a ∧ β) est exacte. De même α ∧ db et


est fermée,
da ∧ db sont exactes. Ceci montre que α0 ∧ β 0 et α ∧ β dièrent par une forme exacte et donc
que le produit extérieur passe au quotient. 

Proposition 6.8. f : M → N une application lisse. Alors, f ∗ : Ωk (N ) → Ωk (M ) induit


Soit
k k
un morphisme H (N ) → H (M ). De plus, si g : N → P est une autre application lisse, alors
∗ ∗ ∗
(g ◦ f ) = f ◦ g .


Démonstration . C'est une conséquence immédiate du fait que pour toute forme ω , f (dω) =

d(f ω), ce qui implique que f ∗ envoie forme fermée sur forme fermée et forme exacte sur forme
exacte. 

Nous allons maintenant développer deux outils permettant de calculer les groupes de coho-
mologie : l'invariance par homotopie et la suite exacte de Mayer-Vietoris.

III Invariance par homotopie


Commençons par dénir la notion d'homotopie.

98
Dénition 6.9. Soient deux espaces topologiques et f, g : X → Y deux applications
X, Y
continues. Une homotopie de f à g est une application continue H : X × [0, 1] → Y , telle que
pour tout x ∈ X , H(0, x) = f (x) et H(1, x) = g(x). S'il existe une homotopie de f à g , on dit
que f et g sont homotopes.
Soient M et N deux variétés et f, g : M → N deux applications lisses. Une homotopie lisse
de f à g est une application lisse H : M ×] − ε, 1 + ε[→ N avec ε > 0 telle que H(x, t) = f (x)
pour tout (x, t) ∈ M ×] − ε, 0] et H(x, t) = g(x) pour tout (x, t) ∈ M × [1, 1 + ε[. S'il existe une

homotopie lisse de f à g , on dit que f et g sont C -homotopes.

Proposition 6.10. Les relations d'homotopie et d'homotopie lisse sont des relations d'équiva-
lence.

Démonstration . Supposons qu'il existe une homotopie H de f à g . Alors, (x, t) 7→ H(x, 1 − t)


dénit une homotopie de g à f. De plus, elle est lisse si H l'est. Cela prouve que ces relations
sont réexives.
Supposons maintenant que l'on ait une homotopie H de f à g et une homotopie K de g à
h. Alors, l'application (
1
H(x, 2t), si t6 2
(x, t) 7→ 1
K(x, 2t − 1), si t> 2

est une homotopie de f à h. Si H et K sont lisses, on peut contruire une homotopie lisse de f
à h par la formule (
1
H(x, (2 + δ)t), si t6 2+δ
(x, t) 7→ 1
K(x, (2 + δ)t − 1 − δ), si t> 2+δ
,
pour δ>0 susamment petit. Ceci montre que ces relations sont transitives. 

Proposition 6.11. Soient f, g : M → N deux applications lisses C ∞ -homotopes. Alors, les


∗ ∗ k k
applications linéaires f et g entre H (N ) et H (M ) coïncident.

Nous allons commencer par établir le lemme fondamental suivant.

Lemme 6.12. On note j0 , j1 : M → M × R les applications données par j0 (x) = (x, 0) et


j1 (x) = (x, 1), pour tout x ∈ M . Alors j0∗ et j1∗ coïncident.

La proposition s'en déduit facilement.

Démonstration de la proposition. Soit H une homotopie lisse de f à g . On peut prolonger H


en une application M × R → N lisse telle que H(·, t) = f pour t 6 0 et H(·, t) = g pour t > 0.
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
Alors, on peut écrire f = H ◦ j0 et g = H ◦ j1 donc f = j0 ◦ H et g = j1 ◦ H . Le lemme
∗ ∗
implique donc bien f = g . 

Démonstration du lemme. Nous allons construire une application Kp : Ωp (M ×R) → Ωp−1 (M )


1
vériant
∀α ∈ Ωp (M × R), j1∗ α − j0∗ α = dKp α + Kp+1 dα.
1. En langage technique, K est une homotopie de complexes de cochaines.

99
··· / Ωp−1 (M × R) d / Ωp (M × R) d / Ωp+1 (M × R) / ···
Kp Kp+1
j1∗ −j0∗ j1∗ −j0∗ j1∗ −j0∗
y  v  v 
··· / Ωp−1 (M )
d / Ωp (M )
d / Ωp+1 (M ) / ···
Ceci impliquera que si α est une forme fermée, alors j1∗ α − j0∗ α est exacte donc [j1∗ α] = [j0∗ α]
comme souhaité.

On considère le champ de vecteurs sur M × R, dont le ot est donné par la formule
∂t
φt (x, s) = (x, s + t). Pour des raisons typographiques, il sera pratique de noter φt au lieu de φt .
On a donc φt ◦ j0 = jt où jt désigne le plongement jt : x 7→ (x, t), M → M × R. Alors,

d ∗ d d
(jt α) = j0∗ (φ∗t α) = j0∗ φ∗t (φ∗s α)|s=0 = j0∗ φ∗t L ∂ α = jt∗ L ∂ α.
dt dt ds ∂t ∂t

Par la formule de Cartan, nous obtenons ensuite

d ∗
(jt α) = jt∗ (dι ∂ α + ι ∂ dα)
dt ∂t ∂t

= d(jt ι ∂ α) + jt∗ ι ∂ dα.
∂t ∂t

Pour toute p-forme α, posons


Z 1
Kp (α) = jt∗ ι ∂ α dt.
∂t
0
D'après ce qui précède,

Z 1
d ∗
j1∗ α − j0∗ α = (j α) dt = dKp α + Kp+1 dα,
0 dt t
comme annoncé. 

Le théorème suivant, que nous admettrons, va nous permettre de nous passer de la lissité
des applications, dans de nombreux cas.

Théorème 6.13 (Admis) . Toute application continue M →N entre variétés est homotope à
une application lisse M → N. De plus, deux applications lisses homotopes sont C ∞ -homotopes.

Ce théorème arme donc que les classes d'homotopies d'applications continues entre M et
N s'identient aux classes d'homotopie lisse d'applications lisses entre M et N. Ce théorème
permet de dénir le tiré en arrière d'une classe de cohomologie par une application continue.

Dénition 6.14. ∗ k
Pour toute application continue f : M → N , on dénit f : H (N ) →
en posant f := f¯ où f¯ est n'importe quelle application lisse M → N homotope à f .
k ∗ ∗
H (M )

D'après la proposition 6.11 et la deuxième partie du théorème 6.13, f¯ ne dépend pas du


choix de f¯, et f est ainsi bien dénie. On vérie facilement que si f : M → N et g : N → P



∗ ∗ ∗
sont continues, alors (g ◦ f ) = f ◦ g .
Nous allons maintenant donner quelques dénitions et remarques supplémentaires ainsi que
les implications sur la cohomologie.

100
Dénition 6.15. On dit qu'une application continue f :X→Y est une équivalence d'homo-
topie s'il existe g:Y →X continue telle que f ◦g est homotope à IdY et g◦f est homotope à
IdX .
S'il existe une équivalence d'homotopie entre N et M, on dit que N et M ont même type
d'homotopie.

En particulier, deux espaces homéomorphes ont même type d'homotopie.

Exemple 6.16. (a) Rn {0}. En eet, l'inclusion de {0} → Rn


a le même type d'homotopie que
n
est une équivalence d'homotopie. Soit g l'application triviale R → {0}. Alors g ◦ f : {0} →
{0} est l'identité de {0} et f ◦ g : Rn → Rn est l'application constante égale à 0. Celle-ci
n
est homotope à l'identité de R via l'homotopie H(x, t) = tx.

(b) Rn \{0} a le même type d'homotopie que Sn . En eet, si l'on considère l'inclusion canonique
x
f de Sn dans Rn \ {0} et g l'application Rn \ {0} → Sn , dénie par g(x) = kxk , alors
n n x
g ◦ f = IdSn et f ◦ g est l'application R \ {0} → R \ {0}, x 7→ kxk . Cette dernière est bien
x
homotope à IdRn \{0} via l'homotopie H(x, t) = t
kxk
+ (1 − t)x.
J

Exercice 17. X un espace et I un intervalle. Montrer que pour tout c ∈ I ,


Soit l'application
X → X × I , x 7→ (x, c) est une équivalence d'homotopie entre X et X × I .

Si f
est une équivalence d'homotopie, alors avec les notations de la dénition, f∗ est un
k k ∗
isomorphisme entre H (M ) → H (N ) de réciproque g . D'où le théorème suivant :

Théorème 6.17. Deux variétés qui ont même type d'homotopie ont des groupes de cohomologie
de De Rham isomorphes.
En particulier, deux variétés homéomorphes ont des groupes de cohomologie isomorphes.

On dit qu'un espace est contractile, s'il a le type d'homotopie d'un singleton.

Exercice 18. Montrer qu'un ouvert étoilé de Rn est contractile.

La cohomologie d'un singleton étant particulièrement simple, on déduit du théorème précé-


dent :

Corollaire 6.18. Soit M une variété contractile. Alors

H 0 (M ) = R, et H k (M ) = 0, ∀k > 0.

Nous allons maintenant développer un deuxième outil de calcul, de nature algébrique, la


suite exacte de Mayer-Vietoris.

IV La suite exacte de Mayer-Vietoris


IV.1 Vocabulaire d'algèbre homologique
Un complexe de cochaines (E, d) est une suite d'espaces vectoriels (ou de modules sur un
k
anneau commutatif unitaire) E = (E )k∈Z , munie d'une suite d'applications linéaires d =
(dk )k∈Z , appelée diérentielle du complexe, telle que pour tout k ∈ Z, dk : E k → E k+1 et

101
dk+1 ◦ dk = 0. An de bien visualiser l'ensemble des données, on note souvent un tel complexe
comme suit :
dk dk+1
··· / Ek / E k+1 / E k+2 / ···
Bien sûr, (Ω∗ (M ), d), où d est la diérentielle extérieure, est le complexe de cochaines qui
nous intéresse dans ce cours. Mais ce n'est pas le seul qui soit intéressant. Ces complexes sont
omniprésents en topologie et en algèbre.
La condition dk+1 ◦ dk = 0 est équivalente à Im dk ⊂ ker dk+1 .
On dit qu'un complexe est une suite exacte si pour tout entier k ∈ Z, on a Im dk = ker dk+1 .
Une suite exacte courte est une suite exacte dont tous les termes sont nuls sauf éventuellement
trois consécutifs d'entre eux. Une suite exacte courte se note :

0 / E
i /F π / G / 0.

Un tronçon de suite exacte de la forme 0 / E


i /F signie ker i = 0, c'est-à-dire i
π / / 0 signie Im π = G,
injective. De même, un tronçon de suite exacte de la forme E F
c'est-à-dire π surjective.
Si l'on a une suite exacte courte

0 /E i /F π / G / 0,

alors G ' F/E (en particulier, dim F = dim E + dim G). En eet, π est surjective donc
G = Im π ' F/ ker π = F/Im i ' F/E . Le dernier isomorphisme vient du fait que i est
injective et donc Im i ' E .
0 0
Un morphisme de complexes de cochaines f : (E, d) → (E , d ) est la donnée d'applications
k k 0k 0 k k+1
f : E → E telles que pour tout k ∈ Z, dk ◦ f = f ◦ dk . Autrement dit, le diagramme
suivant est commutatif.

dk dk+1
··· / Ek / E k+1 / E k+2 / ···
fk f k+1 f k+2
 d0k
 d0 
··· / E 0k / E 0k+1 k+1 / E 0k+2 / ···
Nous avons vu par exemple que si f : M → N est une application lisse, alors f∗ est un
morphisme de complexes entre (Ω(N ), d) et (Ω(M ), d).
La cohomologie d'un complexe de cochaines est la suite des espaces vectoriels (ou modules)
H ∗ (E, d) = (H k (E, d))k∈Z donnée par

H k (E, d) = ker dk /Im dk−1 .

Une suite exacte a une cohomologie nulle. Intuitivement, la cohomologie mesure donc le défaut
d'exactitude du complexe.
Par exemple, les groupes de cohomologie de De Rham forment la cohomologie du complexe
(Ω(M ), d).
0 0
Un morphisme de complexes f : (E, d) → (E , d ) induit une application en cohomologie
f¯ : H ∗ (E, d) → H ∗ (E, d). En eet, si a, a0 ∈ Ek représentent la même classe de cohomologie
0 0 0
de E , alors a − a = dk−1 b pour un certain b ∈ Ek−1 . Donc fk (a) = fk (a + dk−1 b) = fk (a ) +
fk (dk−1 b) = fk (a0 ) + dk−1 fk−1 (b) et on voit que fk (a) et fk (a0 ) dénissent la même classe de
0
cohomologie de E .

102
IV.2 Suite exacte longue en cohomologie associée à une suite exacte
courte de complexes
Une suite exacte courte de complexes est la donnée de trois complexes de cochaines E, F, G
et de morphismes f :E→F et g:F →G tels que pour tout k ∈ Z,
fk gk
0 / Ek / Fk / Gk / 0

est exacte. Autrement dit, on a un diagramme commutatif comme ci-dessous, où les colonnes
sont des complexes et les lignes des suites exactes courtes :

. . .
. . .
. . . (6.1)

 fk−1
 gk−1

0 / E k−1 / F k−1 / Gk−1 / 0

  
fk gk
0 / Ek / Fk / Gk / 0

 fk+1
 gk+1

0 / E k+1 / F k+1 / Gk+1 / 0

  
. . .
. . .
. . .

Le théorème suivant est très utile.

Théorème 6.19. Soit 0 / E


f
/ F
g
/ G / 0 une suite exacte courte de complexes.
Alors, pour tout entier k, il existe une application linéaire δk : H k (G) → H k+1 (E) telle que

δk−1 f¯k ḡk δk f¯k+1 ḡk+1 δk+1


··· / H k (E) / H k (F ) / H k (G) / H k+1 (E) / H k+1 (F ) / H k+1 (G) / ···

soit une suite exacte.

Démonstration . Pour alléger la démonstration, nous noterons de manière indiérentiée d la


diérentielle de chacun des complexes. Nous omettrons également les indices k de chacune des
applications. On notera aussi [a] la classe de cohomologie d'un élément a de l'un des complexes.
Pour faciliter le suivi de la démonstration, le lecteur est invité à garder le diagramme (6.1) sous
les yeux pendant sa lecture.

Etape 1 : exactitude en H k (F ). De g ◦ f = 0, on déduit en passant au quotient ḡ ◦ f¯ = 0


donc Im f¯ ⊂ ker ḡ . Montrons l'inclusion réciproque.
k
Soit a ∈ F tel que da = 0 et [a] ∈ ker ḡ . Alors [g(a)] = ḡ([a]) = 0, donc il existe un élément
b ∈ Gk−1 tel que g(a) = db. Comme g est surjective, il existe c ∈ F k−1 tel que g(c) = b. Si l'on
résume, nous avons donc dg(c) = g(a) et comme le diagramme commute, g(dc) = g(a). D'où
a − dc ∈ ker g = Im f .
k
Il existe donc un élément e ∈ E tel que f (e) = a − dc. Comme f (de) = df (e) = da − ddc = 0
et comme f est injective, de = 0. On peut donc considérer la classe de cohomologie [e] de e.

103
Elle vérie f¯([e]) = [f (e)] = [a − dc] = [a]. Nous venons de montrer que toute classe [a] du
noyau de ḡ est dans l'image de f¯.
Etape 2 : construction de δ . Soit [c] la classe de cohomologie d'un élément c ∈ Gk , vériant
dc = 0. Comme g est surjective, il existe un élement b ∈ F k tel que g(b) = c.
Remarquons alors que db ∈ ker g . En eet, g(db) = dg(b) = dc = 0. Comme db ∈ ker g =
Im f , il existe un élement a ∈ E k+1 tel que f (a) = db.
Cet élément a vérie da = 0. En eet, f (da) = df (a) = ddb = 0 et donc da = 0 puisque f est
injective. Nous pouvons donc considérer la classe de [a]. Nous allons poser δ([c]) = [a]. Cette
dénition ne pourra bien sûr être faite que lorsque l'étape suivante aura été démontrée.

Etape 3 : la construction de δ est indépendante des choix de c, b et a. Soit donc


0 0 0
c , b , a un autre jeu de tels choix. Autrement dit, on a les relations : [c ] = [c], g(b0 ) = c0 et
0

f (a0 ) = db0 .
0 k−1 0
Alors, comme [c ] = [c], il existe γ ∈ G tel que c = c + dγ . Comme g est surjective, il
k−1 0 0
existe β ∈ F tel que g(β) = γ . Alors g(b − b − dβ) = g(b ) − g(b) − dg(β) = 0. Comme
b − b − dβ ∈ ker g = Im f , il existe un élément α ∈ E tel que b0 − b − dβ = f (α).
0 k
0 0
Mais alors, f (a − a − dα) = db − db − df (α) = ddβ . L'application f étant injective, on en
0 0
déduit que a = a + dα et donc que [a ] = [a] comme souhaité.

Etape 4 : exactitude en H k (E). Soit c ∈ Gk tel que dc = 0. Alors avec les notations de la
construction de δ , f (δ([c])) = f¯([a]) = [f (a)] = [db] = 0. Ceci montre que f¯ ◦ δ = 0.
¯
Montrons maintenant que ker f¯ ⊂ Im δ . Supposons donc que l'on ait f¯([a]) = 0 pour un
k+1 k
certain élément a ∈ E . Alors, [f (a)] = 0, donc il existe b ∈ F tel que f (a) = db. Posons
c = g(b). Alors, dc = dg(b) = g(db) = g ◦ f (a) = 0. Donc c admet une classe de cohomologie et
par dénition de δ , nous avons δ([c]) = [a]. Nous avons montré l'inclusion souhaitée.

Etape 5 : exactitude en H k (G). Soit b ∈ Fk tel que db = 0. Alors, δ(ḡ([b])) = δ([g(b)]) est
représenté par construction par tout antécédent de db par f , donc par 0 puisque db = 0. Ceci
montre que δ ◦ ḡ = 0.
Montrons maintenant que ker δ ⊂ Im g . Supposons donc que l'on ait δ([c]) = 0 pour un
certain élément c ∈ Gk . Alors, avec les notations de la construction de δ , [a] = 0 donc il existe
α ∈ E k tel que a = dα. Posons β = f (α). dβ = df (α) = f (dα) = f (a) = db donc b − β
Alors,
admet une classe de cohomologie qui vérie ḡ([b − β]) = [g(b − β)] = [g(b) − g(f (α))] = [g(b)] =
[c]. Nous avons montré l'inclusion souhaitée. 

Ces quelques préparatifs achevés, nous pouvons maintenant revenir au calcul de la cohomo-
logie de De Rham.

IV.3 La suite exacte de Mayer-Vietoris


Il s'agit d'une suite exacte longue qui relie la cohomologie de la réunion de deux ouverts à
la cohomologie de ces ouverts et à celle de leur intersection.

Théorème 6.20 (suite exacte de Mayer-Vietoris). Soient M une variété et U, V deux ouverts

104
2
de M. On considère les applications

f : Ω(U ∪ V ) → Ω(U ) ⊕ Ω(V ), α 7→ (α|U , α|V ),


g : Ω(U ) ⊕ Ω(V ) → Ω(U ∩ V ), (β, β 0 ) 7→ β|U ∩V − β 0 |U ∩V .

Alors,
f g
0 / Ω(U ∪ V ) / Ω(U ) ⊕ Ω(V ) / Ω(U ∩ V ) / 0
est une suite exacte courte de complexes. Elle induit une suite exacte longue

0 / H 0 (U ∪ V ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) / H 0 (U ∩V) / H 1 (U ∪ V ) / ···

··· / H 1 (U ∪ V ) / H n (U ) ⊕ H n (V ) / H n (U ∩ V ) / 0.

Démonstration . Comme les applications considérées descendent en cohomologie, la suite


exacte longue est une conséquence du théorème précédent, une fois la suite exacte courte de
complexes établie.
Remarquons d'abord que les applications considérées sont des morphismes de complexes. Le
fait que f est injectif est immédiat. Montrons que g est surjective.
ω ∈ Ω(U ∩V ). On choisit une partition de l'unité (ρU , ρV ) subordonnée au recouvrement
Soit
(U, V ) de U ∩ V . On pose ensuite β = ρV ω étendue par 0 à U et β 0 = −ρU ω étendue par 0 à
V . On a alors bien ω = β|U ∩V − βU0 ∩V = g(β, β 0 ).
Il est clair que g ◦ f = 0 et il nous reste donc à montrer que ker g ⊂ Imf . Supposons donc
0 0 0
que g(β, β ) = 0 pour des classes β ∈ Ω(U ) et β ∈ Ω(V ). Alors, β|U ∩V = β |U ∩V . On peut alors
0 0
poser α = β sur U et α = β sur V . On alors f (α) = (β, β ). 

Remarque 6.21. Un cas particulier trivial de la suite exacte de Mayer-Vietoris est le cas
ouU et V sont disjoints. On a alors H k (U ∩ V ) = {0} pour tout k par convention, donc
H (U ∪ V ) ' H k (U ) ⊕ H k (V ).
k
J

Nous avons maintenant les outils pour quelques calculs de cohomologie de De Rham.

V Quelques calculs
Proposition 6.22. Pour tout n > 1, H 0 (Sn ) ' R, H n (Sn ) ' R et H k (Sn ) = {0}, pour tout
k 6= n.

Démonstration . Nous allons appliquer la suite exacte de Mayer-Vietoris aux ouverts U =


n n
S \ {N } et V = S \ {S}. Il s'agit d'ouverts contractiles donc leur cohomologie est R en degré
n
0, et {0} dans tous les autres degrés. Bien sûr, leur réunion est S . Quant à leur intersection,
n n−1
elle vaut S \ {N, S} et a donc le type d'homotopie de S . On voit donc que l'on est dans une
situation propice pour calculer la cohomologie des sphères par induction sur la dimension.

2. Autrement dit, en notant les diérentes injections canoniques iU : U ∩ V → U , iV : U ∩ V → V ,


jU : U → U ∪ V et jV : V → U ∪ V , on a f : α 7→ i∗U α + i∗V α et g : β + β 0 7→ jU∗ β − jV∗ β 0 .

105
Dans le cas du cercle, la suite exacte s'écrit donc

f
0 / H 0 (S1 ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) g / H 0 (U ∩ V ) δ / H 1 (S1 ) / 0.

En remplaçant par les isomorphismes connus,

f g
0 / R / R⊕R / R⊕R
δ / H 1 (S1 ) / 0.

Comme f est injective, elle est de rang 1. Donc le noyau de g est de dimension 1. Par le
théorème du rang, g
est donc aussi de rang 1 et le noyau de δ est de dimension 1. En appliquant
1 1
le théorème du rang à δ on en déduit que H (S ) ' R. Nous avons bien initialisé la récurrence.
Supposons maintenant n > 1. Alors, les premiers termes de la suite exacte donnent

0 / H 0 (Sn ) / H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) / H 0 (U ∩ V ) / H 1 (Sn ) / 0,

comme précédemment, sauf qu'ici U ∩V est connexe. Donc en remplaçant par les isomorphismes
connus,

0 / R / R⊕R /R / H 1 (Sn ) / 0.
En raisonnant comme au-dessus, on obtient dim H 1 (Sn ) = 0.
Pour k > 1, utilisons le morceau de suite exacte :

H k (U ) ⊕ H k (V ) / H k (U ∩ V )
δ / H k+1 (U ∪ V ) / H k+1 (U ) ⊕ H k+1 (V ) .

En remplaçant par les isomorphismes connus :

{0} / H k (Sn−1 ) δ / H k+1 (Sn ) / {0} .

L'application δ est donc un isomorphisme et on en déduit les formules annoncées. 

Remarque 6.23. Nous avons vu que la forme y dx − x dy dénie sur S1 est fermée mais pas
1 1
exacte. Elle engendre donc H (S ). J

Plus généralement :

Théorème 6.24. Si M est compacte connexe orientable et si ω est une forme volume, alors
[ω] 6= 0. En particulier, H dim M (M ) 6= {0}.

R
Démonstration . En eet, si une forme volume ω était exacte, alors on aurait
M
ω = 0, ce
qui n'est pas le cas. 

Proposition 6.25. Soit D le disque unité de R2 et x1 , . . . , x p des points distincts de D. Alors,


R,
 si k = 0,
k
H (D \ {x1 , . . . , xp }) = Rp , si k = 1,

{0}, si k > 2.

106
Démonstration . Pour tout i = 1, . . . , p, on choisit Di un disque ouvert contenant xi inclus
dans D, de telle sorte que les Di soient deux à deux disjoints. Nous allons appliquer la suite
exacte de Mayer-Vietoris aux ouverts U = D \ {x1 , . . . , xp } et V = D1 ∪ · · · ∪ Dp . Comme la
variété considérée est de dimension 2, la suite s'annule au delà du degré 2.

0 →H 0 (U ∪ V ) → H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 0 (U ∩ V ) →
H 1 (U ∪ V ) → H 1 (U ) ⊕ H 1 (V ) → H 1 (U ∩ V ) →
H 2 (U ∪ V ) → H 2 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 2 (U ∩ V ) → 0.
Or, U ∪ V = D est contractile et V est une réunion disjointe d'ouverts contractiles. De plus,
U ∩V est la réunion disjointe des Di \{xi } et a donc le type d'homotopie d'une réunion disjointes
de p cercles. On peut donc remplacer dans la suite exacte :

0 →R → R ⊕ Rp → Rp →
{0} → H 1 (U ) ⊕ {0} → Rp →
{0} → H 2 (U ) ⊕ {0} → {0} → 0.
On en déduit le résultat escompté. 

Remarque 6.26. Remarquons au passage que dans la démonstration ci-dessus, l'application


H 1 (U ) → Rp , qui est induite par la restriction des formes de U = D \ {x1 , . . . , xp } à la réunion
des Di \ {xi }, est un isomorphisme. J
Nous allons pouvoir en déduire la cohomologie des surfaces compactes orientables.

Proposition 6.27. Soit Σg la surface de R3 de genre g (dénie dans la liste d'exemples 1.19).
Alors,

R,
 si k = 0,
k
H (Σg ) ' R2g , si k = 1,

si k = 2.

R,

Démonstration . Comme Σg H 0 (Σg ) = R. Ensuite, Σg peut être


est connexe, nous avons
obtenue comme réunion de deux ouverts U, V de telle sorte que U et V soient tous les deux
diéomorphes à un disque privé de g points et U ∩ V ait le type d'homotopie de g + 1 cercles
deux à deux disjoints.

U
V

Appliquons la suite exacte de Mayer-Vietoris dans cette situation.

0 →H 0 (U ∪ V ) → H 0 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 0 (U ∩ V ) →
H 1 (U ∪ V ) → H 1 (U ) ⊕ H 1 (V ) → H 1 (U ∩ V ) →
H 2 (U ∪ V ) → H 2 (U ) ⊕ H 0 (V ) → H 2 (U ∩ V ) → 0.

107
En remplaçant par les isomorphismes connus, nous en déduisons la suite exacte suivante (au
passage, donnons un nom aux applications, ce sera utile pour la suite du raisonnement) :

a b c d e f
0 → R → R ⊕ R → Rk+1 → H 1 (Σg ) → Rk ⊕ Rk → Rk+1 → H 2 (Σg ) → {0} ⊕ {0} → {0} → 0.

Alors a est injective donc de rang 1. Par le théorème du rang, b est donc de rang 2 − 1 = 1.
Le théorème du rang à nouveau nous donne c de rang k + 1 − 1 = k . De même, d est de rang
dim H 1 (Σg ) − k , et e est de rang 2k − dim H 1 (Σg ) + k = 3k − dim H 1 (Σg ).
On peut dire plus sur le rang de e. En eet, la remarque 6.26 implique que le rang de e est
1
au moins de dimension k . D'où dim H (Σg ) 6 2k .
Continuons à analyser la suite. On déduit du rang de e le rang de f qui est donc k + 1 +
dim H 1 (Σg ) − 3k = dim H 1 (Σg ) + 1 − 2k . Par ailleurs, f est surjective donc de rang dim H 2 (Σg ).
Nous en déduisons :
dim H 2 (Σg ) = dim H 1 (Σg ) + 1 − 2k.
Comme dim H 2 (Σg ) > 1 (en eet, Σg est compacte orientable, donc le théorème 6.24 s'applique),
1
nous en déduisons dim H (Σg ) > 2k .
1
Avec l'inégalité du paragraphe précédent, nous obtenons bien dim H (Σg ) = 2g , et dans un
2
deuxième temps dim H (Σg ) = 1. 

VI Cohomologie en degré maximal et applications


VI.1 Quelques énoncés sans démonstration
Dans les exemples qui précèdent de variétés compactes connexes le groupe de cohomologie
de degré maximal était toujours de dimension 1. C'est un fait général :

Théorème 6.28. Soit M une variété compacte connexe orientée de dimension n. Alors,
Z Z
n
: H (M ) → R, [ω] 7→ ω
M M

est un isomorphisme (bien déni).

Remarquons que la surjectivité de cette application est donnée par le théorème 6.24. Dans
n
le cas de S où des surfaces compactes orientables, le fait qu'il s'agit d'un isomorphisme résulte
des calculs de la partie précédente.
Ce résultat ce généralise encore comme suit :

Théorème 6.29 (dualité de Poincaré) . Soit M une variété compacte connexe orientée de
dimension n. Alors, pour tout k ∈ Z, l'application bilinéaire
Z
k n−k
H (M ) × H (M ) → R, ([α], [β]) 7→ α∧β
M

est non-dégénérée. Par conséquent, H n−k (M ) ' H k (M )∗ .

108
Remarque 6.30. Si M est connexe mais non orientable, on peut montrer que H n (M ) = {0}.
J

On appelle k -ième nombre de Betti l'entier

bk (M ) = dim H k (M ).

La dualité de Poincaré implique que si M est compacte orientable, bk (M ) = bn−k (M ).


La caractéristique d'Euler de M est l'entier

n
X
χ(M ) = (−1)k bk (M ).
k=0

Par exemple, la caractéristique d'Euler d'une surface orientable de genre g est 2 − 2g . Si M est
compacte orientable et de dimension impaire, la dualité de Poincaré implique que la caracté-
ristique d'Euler est nulle.

Exercice 19. Montrer que la caractéristique d'Euler de la somme connexe de deux variétés M
et N de dimension n est donnée par :
(
χ(M ) + χ(N ) − 2, si n est pair.
χ(M ]N ) =
χ(M ) + χ(N ), si n est impair.

VI.2 Degré d'une application de la sphère


Nous avons déjà mentionné le fait que la cohomologie est un invariant qui sert à distinguer
les espaces. En réalité, la cohomologie a de très nombreuses autres applications. Nous allons
donner deux exemples, qui passent tous les deux par la notion de degré.

Dénition 6.31 (degré d'une application) . Soit f : M → M une application lisse, avec M
compacte orientée. Pour toute valeur régulière a def et tout point x ∈ f −1 (a), on pose
(
+1 si dfx préserve l'orientation,
ε(x) =
−1 si dfx renverse l'orientation.

Le degré de f au dessus de a est l'entier


X
dega f = ε(x).
x∈f −1 (a)

109
Exemples 6.32. Voici trois exemples d'applications du cercle dans lui-même.

+
-
+ + +

deg = 1 deg = 1 deg = 2

a a a

On peut observer que sur chacun de ces trois exemples, le degré obtenu ne dépend pas du
choix de a (parmi les valeurs régulières). J
Théorème 6.33. Pour toute application lisse f :M →M avec M compacte connexe orientée
de dimension n, le degré de f ne dépend pas du choix de la valeur régulière. On le note deg f .
De plus, l'application f ∗ : H n (M ) → H n (M ) est la multiplication par deg f .
Donnons quelques conséquences intéressantes (toujours sous les hypothèses M compacte
connexe orientable) :
 Si deg f 6= 0
f est surjective.
alors
 Le nombre modulo 2 de préimages des valeurs régulières d'une application lisse ne dépend
pas de la valeur régulière.
 Si f admet une valeur régulière qui a un nombre impair de préimages alors deg f = ±1
et f est nécessairement surjective.

Démonstration du théorème. Nous allons montrer que pour toute valeur régulière a, l'applica-
∗ n n
tion f : H (M ) → H (M ) est la multiplication par dega f . Cela impliquera les deux assertions
du théorème.
Soit a x ∈ f −1 (a), f est
une valeur régulière. Par le théorème d'inversion locale, pour tout
un diéomorphisme au voisinage de x. Choisissons un ouvert V autour de a et Ux des ouverts
−1
autour de chacun des x ∈ f (a) tels que f (Ux ) = V . On peut supposer que les Ux sont 2 à 2
disjoints.
Soit φ une carte en a, et ρ une fonction à support compact inclus dans φ(V ) et d'intégrale 1.
Alors, ω = φ∗ (ρ dx1 ∧ · · · ∧ dxn ) est une forme à support compact inclus dans V et d'intégrale
1. On l'étend à M par 0.

Alors f ω est supportée dans la réunion des Ux , donc
Z X Z X Z Z
∗ ∗
f ω= f |Ux ω = ε(x) ω = dega (f ) ω.
M x∈f −1 (a) Ux x∈f −1 (a) V M

110
D'après le théorème 6.28, on en déduit que f∗ est la multiplication par dega (f ). 

Donnons deux applications du degré.

Théorème 6.34 (de la boule chevelue). Tout champ de vecteurs sur une sphère de dimension
paire s'annule en au moins un point.

2n
Démonstration . Supposons qu'il existe un champ de vecteurs X qui ne s'annule pas sur S .
X(x)
Alors f : x 7→ dénit une application de la sphère dans elle-même qui a la propriété que
kX(x)k
f (x) est orthogonal à x, pour tout x.
Nous pouvons utiliser f pour construire une homotopie entre IdS2n et −IdS2n . En eet, f est
homotope à Id S2n via l'homotopie donnée par

1
H(x, t) = (tf (x) + (1 − t)x),
ktf (x) + (1 − t)xk

et est homotope à −IdS2n via l'homotopie donnée par

1
K(x, t) = (tf (x) − (1 − t)x).
ktf (x) − (1 − t)xk

H(x, t)
x
f (x)
0

K(x, t)

−x

Comme IdS2n et −IdS2n sont homotopes, elles agissent de manière identique en cohomologie
donc ont même degré. Le degré de Id est 1. Comme −Id est bijective, son degré est ±1 selon
que −Id préserve ou renverse l'orientation.
Pour déterminer si −Id préserve ou renverse l'orientation, regardons −Id dans les cartes de
l'atlas par projection stéréographique. On peut remarquer que pour x 6= N, S , on a pN (−x) =
−pS (x). Donc

x
pN ◦ (−IdS2n ) ◦ p−1
N : x 7→ − , R2n \ {0} → R2n \ {0}.
kxk2

Cette application renverse l'orientation de R2n \ {0}, donc −IdS2n renverse l'orientation de S2n
et est donc de degré −1. Contradiction. 

Théorème 6.35 (d'Alembert-Gauss) . Tout polynôme non-constant de C[X] admet au moins


une racine.

111
Démonstration . Soit P
un polynôme complexe non-constant. Commençons par montrer que P
P̃ : P1 (C) → P1 (C) lisse. Rappelons que P1 (C) s'identie à C ∪ {∞}.
s'étend en une application
1 1
Pour cela, on peut plonger C dans P (C) via z 7→ [z : 1]. On a alors P (C) = {[z : 1] | z ∈
C} ∪ {[1 : 0]}.
Pour que P̃ étende P , on doit donc avoir P̃ ([z : 1]) = [P (z) : 1], et donc pour tout y 6= 0,
P̃ ([x : y]) = [P ( xy ) : 1] = [y n P ( xy ) : y n ], en notant n le degré de P (remarquons que y n P ( xy ) est
un polynôme homogène de degré n à deux variables). Cette dernière formule détermine P̃ en
1
tout point de P (C) et en montre la lissité.
1 2
Comme P (C) est diéomorphe à S , la théorie du degré s'applique. Comme P est holo-
0
morphe, P préserve l'orientation. En eet, sa diérentielle en z est la multiplication par P (z)
qui est une similitude directe. Donc le degré de P̃ est le nombre de préimages de n'importe
quelle valeur régulière de P̃ , donc en particulier, de n'importe quelle valeur régulière de P .
0
Comme P n'est pas constant, il existe au moins un point z où P (z) 6= 0. Par inversion
locale, l'image de P est donc d'intérieur non-vide. L'image de P contient donc au moins une
valeur régulière. Autrement dit, il existe au moins une valeur régulière qui admet au moins un
antécédent. Par conséquent, le degré topologique de P̃ est strictement positif.
Cela implique que P̃ est surjectif. En particulier, 0 est dans l'image de P. 

Remarque 6.36. Une conséquence de la démonstration qui précède est que le degré de P̃
coïncide avec le degré du polynôme P. J

112

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