CONTRIBUTION DES FEMMES DU BASSIN ARACHIDIER À
LA SÉCURISATION ALIMENTAIRE À BIRKELANE : DE LA
PRODUCTION AGRICOLE À L’EXERCICE D’ACTIVITÉS
ÉCONOMIQUES SUPPLÉMENTAIRES
Ibrahima DIA
Dr., Enseignant-chercheur, Université Cheikh Anta DIOP
Département de sociologie
Alassane SOW
Dr., Université Cheikh Anta DIOP, département de sociologie
Bintou Fofana
Université Cheikh Anta DIOP, département de sociologie
Résumé
Dans le contexte du Sénégal, la place des femmes du bassin arachidier dans la
promotion du développement rural, particulièrement dans la construction sociale de
la sécurisation alimentaire engendre de nombreux mythes et malentendus liés aux
changements significatifs intervenus dans le secteur agricole au cours des vingt
dernières années. Ces changements ont profondément affecté cette place et les
perceptions que la société se fait d’elle de façon négative. Mieux, l’absence de
politiques et de stratégies de programmations adéquates conduit à occulter la
contribution des femmes du bassin arachidier à la sécurisation alimentaire et au
développement local rural à travers l’agriculture et d’autres activités économiques
secondaires à Birkelane. Le refus permanent de reconnaître et de prendre en compte
le savoir et le travail agricole des femmes du bassin arachidier, l’incapacité à intégrer
la réalité de la condition féminine dans les théories, les politiques et les programmes
de développement local rural sont manifestes à tous les niveaux de la construction du
développement au Sénégal. Ainsi, ce présent article se propose d’analyser, à travers
une approche constructiviste inspirée de l’anthropologie du développement telle
qu’elle est conçue par Jean Olivier De Sardan, les manières dont les femmes du bassin
arachidier arrivent, de façon participative, interactive, inclusive et endogène, à
contribuer à la sécurisation alimentaire et à tenir une bonne partie de l’économie
rurale tout en faisant la promotion du développement local rural. Sur la base d’une
analyse basée des questionnaires et entretiens individuels effectués auprès des
femmes du bassin arachidier, cet article indique, contrairement aux thèses relatives
à la domination masculine, au non-respect des droits des femmes et aux attitudes
attentistes des femmes africaines, que les femmes du bassin arachidier jouent un rôle
significatif dans la construction d’une sécurité alimentaire à travers l’agriculture, la
transformation des produits agricoles, l’élevage, le commerce, etc. De la production
agricole à l’exercice d’activités économiques supplémentaires, elles participent donc
à la croissance économique, la lutte contre la pauvreté et la sécurisation alimentaire
tout en s’autonomisant, malgré les rapports de genre, les difficultés auxquelles les
femmes du bassin arachidier sont confrontées dans ces domaines d’activité, les
incertitudes et contraintes qui caractérisent Birkelane.
Mots-clés : femmes du bassin arachidier, production agricole, développement rural,
activité économique supplémentaire, sécurisation alimentaire, Birkelane.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 71
minières, ressources environnementales.
Summary
In the Senegalese context, the role of women in the groundnut basin in promoting
rural development, and particularly in the social construction of food security, gives
rise to many myths and misunderstandings linked to the significant changes that have
taken place in the agricultural sector over the last twenty years. These changes have
profoundly affected the sector and society's negative perceptions of it. What's more,
the absence of appropriate policies and programming strategies obscures the
contribution made by women in the groundnut basin to food security and local rural
development through agriculture and other secondary economic activities in
Birkelane. The ongoing refusal to recognize and take into account the knowledge and
agricultural work of the women of the groundnut basin, and the inability to integrate
the reality of the female condition into theories, policies and programs for local rural
development, are evident at all levels of development construction in Senegal. Using
a constructivist approach inspired by the anthropology of development as conceived
by Jean Olivier De Sardan, this article analyzes the ways in which women in the
groundnut basin are able to contribute to food security in a participatory, interactive,
inclusive and endogenous way and hold a large share of the rural economy, while
promoting local rural development. Based on an analysis of questionnaires and
individual interviews carried out with women from the groundnut basin, this article
shows that, contrary to theories about male domination, lack of respect for women's
rights and the wait-and-see attitudes of African women, women from the groundnut
basin play a significant role in building food security through agriculture, processing
of agricultural products, livestock breeding, trade, etc. From agricultural production
to the exercise of additional economic activities, they therefore participate in
economic growth, the fight against poverty and the promotion of local rural
development. From agricultural production to additional economic activities, they
contribute to economic growth, the fight against poverty and food security, while
empowering themselves, despite gender relations, the difficulties faced by women in
the groundnut basin in these areas of activity, and the uncertainties and constraints
that characterize Birkelane.
Key words: women in the groundnut basin, agricultural production, rural
development, additional economic activity, food security, Birkelane.
Introduction
Bien que les sources, les travaux et les approches qui traitent de la sécurité
alimentaire soient généralement innombrables, ils restent liés à des
contextes de production spécifique. Le Comité de la Sécurité Alimentaire
mondiale (CSAM) affirme que "tous les êtres humains ont, à tout moment, la
possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture
suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et
préférences alimentaires pour mener une vie saine et active". En
conséquence, la FAO3 définit la sécurité alimentaire comme "l'accès durable
3
Anne Thomson et Manfred Metz, (1999), Les implications de la politique économique sur la sécurité
alimentaire, FAO, Rome, 1999, p.2.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 72
minières, ressources environnementales.
et assuré pour tous les groupes et individus à une nourriture adaptée en
quantité et en qualité pour satisfaire leurs besoins alimentaires". Il existe
quatre dimensions à ce concept : l'accès, la disponibilité, la qualité et la
stabilité. Cependant, cette définition de la FAO est institutionnelle et
technique et suscite des confusions avec les concepts d'autosuffisance
alimentaire, de souveraineté alimentaire et de droit à l'alimentation qui
apportent des dimensions plus politiques ou juridiques. En anglais, le terme
« sécurité alimentaire » fait référence à d'autres termes tels que la qualité,
la sûreté alimentaire et la sécurité sanitaire. Ces idées rappellent l'hygiène,
l'innocuité des aliments et le maintien de la salubrité des aliments. De
nombreux travaux sur la sécurité alimentaire, en particulier ceux d'Amartya
Sen4, ont démontré qu'un pays ou une région ne peut pas vaincre la famine
uniquement en produisant suffisamment de nourriture.
Il y a des pays comme l'Inde, le Brésil et la Chine qui ont réussi à produire
une quantité suffisante de nourriture pour subvenir aux besoins de leur
population, ainsi qu'à exporter les restes, sans faire disparaître la famine.
Dès 1986, la Banque Mondiale a proposé une définition de la sécurité
alimentaire dans son rapport sur la Pauvreté et la Faim qui met l'accent sur
l'accès à des ressources alimentaires pour mener une vie saine et active.
Cette définition inclut l'accès à des ressources alimentaires à tout moment.
Lors du Sommet Mondial de l'Alimentation de 1996, cette définition sera
modifiée et complétée, et elle demeure presque inchangée jusqu'en 2012,
date à laquelle la notion de sécurité nutritionnelle sera ajoutée, pour tenir
compte des avancées des sciences de nutrition.
Pierre Janin (2021 : 61-78) examine l'autonomie alimentaire de l'Afrique dans
un contexte de remise en question de la globalisation alimentaire, qui a été
bouleversée par les effets du Covid-19. Selon lui, même si la voie politique
vers l'autosuffisance alimentaire a été testée avec des résultats mitigés, elle
reste encore mobilisatrice. Pour leur part, les données descriptives révèlent
des Afriques différentes, plus ou moins autonomes, marquées par deux
grands paradoxes alimentaires. Compte tenu de la diversité des paramètres
changeants à prendre en compte, les voies futures d'une autonomisation
alimentaire à l'échelle nationale paraissent étroites. Plus que jamais, ils
dépendent des réglementations politiques approuvées. Selon l'auteur, elle
semble relever d'un triple défi aujourd'hui, dans un contexte de changement
global accéléré et de risques systémiques : productif, avec des choix de
modèles contrastés ; économique, avec des alternatives différentes ; et
politique, avec des modes de régulation multiples. Pour créer de nouvelles
formes d'action publique adaptées au temps présent, il est nécessaire de
réfléchir en prenant en compte les particularités des contextes, tant sur le
plan territorial que sociétal. De plus, l'autonomisation fait référence au
caractère stratégique de l'approvisionnement en denrées alimentaires de
4
Amartya SEN, (1981), Poverty and famine: an essay on entitlement and deprivation, Oxford University Press,
https://doi.org/10.1093/0198284632.001.0001.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 73
minières, ressources environnementales.
base pour un État, une société, une région ou un groupe de population. Au
cœur de l'approvisionnement alimentaire, la multitude des acteurs
stratégiques présents pose d'emblée la question des régulations et de la
répartition des pouvoirs. C'est pourquoi l'autonomisation dépasse largement
l'objectif de croissance de la production et d'amélioration de la productivité
agricole, à laquelle elle est encore habituellement réduite. L'idée
d'autonomisation n'est pas une notion nouvelle : elle a longtemps été utilisée
en Afrique comme discours, agenda programmatique et projet
sociotechnique.
Selon Pierre Janin (2017), le passage de « sécurité alimentaire » à «
sécurisation alimentaire » peut sembler inévitable, car les termes semblent
être très similaires. Cependant, il y a une forte distinction : l'un se concentre
sur les états instantanés du manque, l'atteinte de normes normées telles que
la réduction des risques et leurs effets ; l'autre prend en compte les
dynamiques processuelles qui permettent de construire des capacités
endogènes sur une période plus longue. Selon l'auteur, les politiques
alimentaires, comme toute politique, se construisent autour de concepts plus
ou moins englobants, répétés et martelés ; elles sont souvent alimentées par
des présupposés idéologiques plus ou moins affirmés et explicites, déclinées
autour de cadres stratégiques plutôt redondants et progressivement
harmonisées avant de se traduire en actions techniques mettant en œuvre
des outils, des méthodologies et des moyens variés et fluctuants. En
conséquence, elles doivent être considérées à la fois comme un « produit »
du système politique et techno-expert, mais également comme un « terrain
» de confrontations et d'arrangements massifs d'actions publiques portées
par des acteurs multiples. Les normes d'analyse de l'insécurité alimentaire
ont considérablement changé depuis les années 1960. Cependant, ces
changements n'ont pas toujours abouti à des avancées notables. Et cette
situation tend à être consolidée par l'harmonisation progressive récente des
cadres d'analyse, qui renvoie à un processus de normalisation et de
rationalisation croissante. Il tend à persister lorsqu'il y a une disparité entre
les déclarations d'intention, les injonctions prescriptives et les interventions
réelles sur le terrain. Elles sont organisées autour d'options éprouvées en
termes de contenu et ont pour objectif de lutter contre certaines formes de
pauvreté alimentaire chronique et de précarité alimentaire et nutritionnelle.
Jean-Pierre Olivier de Sardan (2008), quant à lui, partage ses résultats des
enquêtes menés par le LASDEL. À travers ces résultats, il propose une vision
nouvelle de la crise alimentaire, très éloignée des clichés des médias. Il met
en particulier en évidence le rôle décisif des stratégies locales de
« débrouille » et de survie : migrations, salariat agricole, « petits boulots »,
emprunts et « dépannages », vente de biens, modifications du régime
alimentaire. Ces stratégies ont été plus décisives que les aides extérieures.
L’inventaire de ces aides montre de nombreux malentendus et diverses
frictions dans au moins trois domaines : les modalités des distributions et
leur usage ; les conditionnalités, qui ont suscité au sein des populations des
stratégies de « contournement » ; les rapports avec la malnutrition infantile.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 74
minières, ressources environnementales.
Enfin, cette crise alimentaire laisse transparaître en filigrane ses
« bénéficiaires ». D’après l’auteur, la « famine » de 2005 au Niger a fait
l’objet d’une large couverture médiatique en Europe, aujourd’hui reconnue
comme excessive. Cette « crise alimentaire » a eu plusieurs causes, la
principale étant la forte hausse imprévue des prix dans un contexte rural
fortement monétarisé où l’ingéniosité et la migration sont devenues des
stratégies essentielles pour acheter les céréales supplémentaires dont nous
avons besoin chaque année. La crise de l’agriculture pluviale nigériane est en
fait structurelle. L’attention des médias s’est également concentrée sur les
images de malnutrition infantile, qui est en fait chronique dans toute la région
et découle d’une combinaison de facteurs économiques, sociaux et culturels.
La distribution massive de denrées alimentaires (ne ciblant pas les pauvres)
résultant de l’attention médiatique a été interprétée par les populations
locales comme une nouvelle forme de « rente de développement » et a donné
lieu à diverses stratégies de captation. L’analyse de cette crise révèle une
réalité complexe éloignée des débats malavisés de la variété « organisations
humanitaires vs institutions de développement », « causes économiques vs
causes culturelles » ou « cultures commerciales vs autosuffisance
alimentaire».
Toutefois, divers travaux sont en cours pour intégrer, dans la définition de la
sécurité alimentaire, des préoccupations de durabilité environnementale et
sociale des systèmes alimentaires et relatives aux nouvelles pathologies
nutritionnelles dites « de pléthore » qui touchent désormais tous les pays du
monde. Ainsi est proposée la notion de « sécurité alimentaire et nutritionnelle
durable ». Dans le cadre de cet article, nous considérons comme sécurité
alimentaire la disponibilité en permanence dans les ménages, de denrées
alimentaires, la capacité de se procurer à tout moment des aliments pour
assurer un apport nutritif suffisant pour les membres d’une famille. Selon
Sécou O. Diédhiou (2023 : 39-56), l’étude porte sur le rôle des femmes pour
assurer l’essor de la production de produits vivriers dans l’aire alimentaire
constituée dans et autour de la ville de Ziguinchor au Sénégal. D’après
Diédhiou, si dans le pays les hommes prédominent en tant que chef de
ménage, cette situation est en partie inversée dans cette ville de Casamance
où les femmes sont actrices principales dans l’essor de l’agriculture urbaine,
particulièrement du maraîchage, de la riziculture, de l’exploitation et de la
transformation de la noix de cajou. Le riz et les légumes produits en propre
suffisent pour la satisfaction des besoins alimentaires de leur famille. Selon
l’auteur, les revenus monétaires générés par les ventes sont significatifs. Ils
ont été toutefois amputés de manière importante pendant la pandémie de
2020 à 2022.
Cependant, il convient de souligner que les travaux traitant de
la sécurisation alimentaire dans le contexte du Sénégal, notamment en
milieu rural sont peu nombreux. La plupart s’intéressent à la manière dont
les acteurs cherchent à la mettre en œuvre et à la promouvoir de manière
concrète, sans nécessairement mettre l’accent sur la contribution des
femmes du bassin arachidier dans la construction de la sécurité alimentaire.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 75
minières, ressources environnementales.
Ceux ambitionnant de la définir d’un point de vue théorique, sont extérieurs
au champ de la sécurité alimentaire et l’abordent plutôt d’un point de vue
sécuritaire, alors que dans le cadre de notre article nous envisageons de
l’aborder sous l’angle sociologique. Mieux, le rapport entre femmes et
sécurité alimentaire a donné lieu à des travaux à la fois critiques et militants :
alors qu’un certain nombre ont influencé l’intervention de l’État en politiques
agricoles, d’autres ont participé au développement des politiques de sécurité
alimentaire, qui visent spécifiquement à rapprocher les populations de l’offre
politique. Il s'ajoute à ces travaux ceux d’auteurs ayant mobilisé la notion de
sécurité alimentaire pour tenter de comprendre, à travers divers contextes,
la contribution des femmes que l’on peut situer dans des champs d’activités
différentes. Les études qui se penchent sur la question de la sécurité
alimentaire se sont peu attardées à la contribution des femmes du bassin
arachidier dans la construction de la sécurité alimentaire et du
développement local en milieu rural. Nous savons néanmoins que les femmes
du bassin arachidier sont des actrices incontournables dans le processus de
sécurisation alimentaire et la promotion féminine du développement local
rural. À Birkelane, les femmes exercent des activités agricoles qui leur
assurent une certaine position sociale et une autonomie au sein de la famille.
Ainsi, avec le peu de terres dont elles disposent, elles s'adonnent durant la
saison sèche et l’hivernage au maraîchage et la culture du manioc, la
transformation de la patte d’arachide et de l’huile locale pour lutter contre la
pauvreté et la famine et améliorer leurs conditions de vie. Les femmes du
bassin arachidier cultivent leurs propres parcelles tout en participant au
travail des champs collectifs familiaux. C’est pourquoi dans le cadre de cet
article nous cherchons à comprendre comment la production agricole et
l’exercice d’activités socio-économiques supplémentaires des femmes du
bassin arachidier contribuent à la construction sociale de la sécurité
alimentaire à Birkelane, malgré les rapports de genre, les difficultés
auxquelles ces femmes sont confrontées dans ces domaines d’activité, les
incertitudes et contraintes climatiques et socioéconomiques du bassin
arachidier. Après avoir introduit ce présent article, nous abordons maintenant
le contexte, la problématique de recherche, avant de préciser l’approche, le
cadre et la méthodologie de recherche retenus.
1. Contexte et problématique de recherche
Au Sénégal, le concept de sécurité alimentaire a évolué sous diverses
formulations selon certaines périodes de l’histoire récente du pays. Le
principe de base veut que toute agriculture a pour but de nourrir les
populations (autosubsistance), avant de prendre des formes de rente,
mercantile. Juste après les indépendances et à la faveur d’une démographie
au Sénégal assez favorable, la couverture de besoin alimentaire était assez
satisfaisante. Mais le Sénégal avait hérité de la colonisation et pour les
besoins d’une meilleure orientation de la production vers la culture de rente
: l’arachide. Le colon avait introduit le riz brisé au détriment des céréales
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 76
minières, ressources environnementales.
locales avec la technologie de transformation à l’époque très embryonnaire.
L’utilisation de ce riz importé dans la cuisine locale s’est accentuée au
détriment des céréales locales dont le processus de transformation depuis la
récolte est très long et fastidieux pour les femmes.
Selon le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, le concept de sécurité
alimentaire est apparu dans les années 1970, dans un contexte de flambée
des prix des céréales sur les marchés internationaux liée à une succession de
mauvaises récoltes, de diminution des stocks et de hausse des prix du
pétrole. À l’époque, de nombreuses régions du monde souffraient
d’insuffisance de production alimentaire pour nourrir leur population et
étaient particulièrement vulnérables aux accidents climatiques ou aux
attaques de prédateurs es projections de production agricole et de population
laissaient craindre un écart croissant qu’il serait difficile à combler sans un
effort important. La définition adoptée par la Conférence mondiale de
l’alimentation en 1974 reflète ce contexte : « Disposer à chaque instant, d’un
niveau adéquat de produits de base pour satisfaire la progression de la
consommation et atténuer les fluctuations de la production et des prix ».
Les interrogations, réflexions et recherches sur la question alimentaire en
Afrique à travers le concept de « sécurisation alimentaire » sont relativement
récentes. Ce concept renvoie aux difficultés persistantes pour atteindre les
objectifs normés en matière de lutte contre l’insécurité alimentaire. Marquant
les limites des approches techniques du traitement curatif de l’insécurité
alimentaire dans un contexte de crises prolongées, la sécurisation alimentaire
découle du renforcement des incertitudes multiples et structurelles dans des
contextes caractérisés par des ressources limitées. Il est lié aux attentes
croissantes des sociétés locales en matière de lutte contre la précarité
alimentaire et à leur capacité renforcée à s’exprimer et à se mobiliser. Dans
le contexte du Sénégal, la fonction de la femme du bassin arachidier dans la
sécurisation alimentaire a engendré de nombreux mythes et malentendus à
cause des changements significatifs, qui sont intervenus dans le secteur
agricole au cours des vingt dernières années.
Toutefois, l’absence continuelle de politiques et de stratégies de
programmation adéquates conduit à occulter la contribution des femmes à
l’agriculture. Le refus permanent de reconnaître et de prendre en compte le
savoir et le travail agricole des femmes, de même que l’incapacité à intégrer
la réalité de la condition féminine dans les théories, les politiques et les
programmes de développement sont manifestes à tous les niveaux du
développement économique mondial. Alors que les femmes du bassin
arachidier jouent, elles aussi, un rôle significatif sur le plan de l’agriculture,
de la transformation des produits agricoles et de la vente. Autrement dit, les
femmes du bassin arachidier, contribuent tant à la croissance économique et
la lutte contre la pauvreté. Ainsi, l’amélioration de l’accès des femmes
productrices à la connaissance et à l’innovation demeure un solide défi à
relever. La nécessité d’améliorer les richesses naturelles exige des meilleures
technologies, plus durables et respectueuses de l’environnement. Toutefois,
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 77
minières, ressources environnementales.
il faut investir dans l’agriculture irriguée de grande taille et dans la bonne
gestion de l’eau ainsi que dans la gestion des terres afin de renforcer les
systèmes permettant aux femmes productrices en milieu rural d’avoir accès
à de meilleures semences et aux moyens de production. C’est pourquoi le
sujet sur lequel nous travaillons reste un sujet d’actualité parce qu’il n’est
pas suffisamment investigué dans le champ sociologique. L’analyse de
données issues de nos observations indique qu’en milieu rural, les femmes
du bassin arachidier sont des cultivatrices à part entière et participent à la
transformation des produits agricoles. Toutefois, elles font aussi l’objet
d’énormes difficultés, car il y a la pauvreté qui les affecte. En choisissant de
travailler sur ce sujet, nous sommes très sensibles quant à la situation
précaire des femmes agricultrices dans le milieu social. Cette précarité est
surtout due à un manque de terre, de semence et de technologie moderne
destinée à une production, un rendement satisfaisant, le manque de
formations par rapport à l’entretien et la gestion des produits agricoles, les
conflits, l’absence d’un appui financier des structures étatiques ou des
institutions de micro finances, etc. Nous sommes aussi frappés de leur
situation vulnérable comme pour dire abandonnées à elles-mêmes, en quête
de meilleures conditions dans les travaux champêtres ; ce sont des femmes
motivées, courageuses et déterminées, malgré les difficultés sus évoquées.
Dans le contexte, l’image de la femme rurale évolue sous l’influence des
changements socioéconomiques et de la lutte pour la promotion de la femme.
Ainsi, parler des femmes du bassin arachidier et surtout de celles vivant en
milieu rural et agricole, évoquer leurs vies, leurs expériences, leurs efforts et
leurs espoirs, n’est pas facile à accomplir. Pour y parvenir, il semble utile de
rappeler les conditions historiques et sociales et économiques où elles ont
vécu et vivent encore. Du point de vue historique, les femmes du bassin
arachidier sont celles qui sont originaires des régions centres du Sénégal plus
précisément dans les régions de Kaolack et de Kaffrine. Ces régions du centre
du Sénégal constituent une aire géographique stratégique et
socioéconomique dans le sens où elles forment le bassin arachidier du
Sénégal. Depuis toujours, ce bassin arachidier constitue un creuset pour
l’essor économique car les femmes travaillent, plus que les hommes, la terre
pour vivre. Si les femmes du bassin arachidier, notamment celles de
Birkelane organisent la vie familiale, cultivent la terre, élèvent, éduquent les
enfants, servent les hommes et soutiennent les traditions et les culturelles,
les hommes quant à eux quittent les villages pour aller chercher du travail
dans les capitales régionales et parfois même vers d’autres continents. Par
observation directe et participante, nous constatons aussi que les conditions
de vie des femmes du bassin arachidier sont difficiles, alors qu’au cours de
cette dernière décennie, beaucoup de progrès ont été fait pour l’égalité
homme-femme, notamment avec l’introduction de la loi sur la parité. Cette
dernière défend l’égalité entre l’homme et la femme en termes d’emploi et
salaire, l’égalité en matière d’opportunités de carrière professionnelle ainsi
dans l’éducation et la santé. De la sorte, les femmes sont devenues
graduellement une force de progrès et de développement, car étant engagées
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 78
minières, ressources environnementales.
dans tous les secteurs de la vie sociale et économique du pays. Cependant,
malgré les grands progrès réalisés pendant cette dernière décennie, les
conditions de vie générales des femmes, notamment en milieu rural et
agricole restent toujours difficiles. La recherche de solution à la crise
économique et sociale que traverse la société sénégalaise nécessite une
réelle implication des femmes dans l’agriculture en milieu rural.
Selon Chambers (1990 :512), il ne peut y avoir de développement dans un
pays si la femme continue à être dominée par l’homme. Pour lui, la femme
rurale a été marginalisée bien qu'elle joue un rôle dans la société à travers
les gros efforts qu’elle fournit. Ainsi, écrit-il,
Une distorsion assez généralisée joue en défaveur de la technologie et des
besoins fantômes de la campagne. On a négligé les cultures potagères qu'elles
pratiquent qui sont des sources de revenu modeste. De même, elles
fournissent de gros efforts et peinent trop dans la transformation des aliments
(manioc, mil...). Rares sont les ingénieurs et les scientifiques qui ont consacré
une attention à ces femmes.
Chambers continue en disant que « la distorsion pro-masculine et
antiféministe apparaît aussi au niveau du labourage effectué en général par
les hommes, qui a attiré plus l’attention que le désherbage ou le repiquage
exécutés par les femmes. De même, les cultures de traite dont l’homme
bénéficie attirent plus d'intérêt de la recherche que les cultures de
subsistances exécutées par les femmes. » En effet, la mondialisation
considérée comme un levier pour le développement des femmes, n’a pas
encore résolu la misère dont souffre ces dernières. Celles-ci sont pourtant un
atout majeur, indispensable pour l’avenir de ces pays. En prenant l’exemple
du Sénégal ou les hommes croient que les femmes sont incapables de faire
certains travaux, nous affirmons que ce sont elles qui effectuent les travaux
les plus pénibles et leur journée de travail est souvent plus longue que celle
des hommes, et malgré cela, elles bénéficient moins quand il s’agit des
ressources naturelles et les moyens de production. Toutefois, le Sénégal est
l’un des pays qui célèbre la journée nationale et la quinzaine de la femme et
il y a autant de conférences et de débats internationaux sur la femme. Des
plans nationaux d’action pour la femme, des textes et des institutions qui
tracent des cadres de normalité et d’égalité sont élaborés.
En somme, il convient de souligner que l’analyse des données exploratoires
montre que les femmes du bassin arachidier ont toujours joué un rôle
essentiel dans leur communauté. Elles ont été la plupart du temps
considérées comme étant le pilier de la famille et de la société. Leur pouvoir
dans tous les segments de la vie rurale sénégalaise est longtemps connu et
leurs droits ne sont pas bafoués en raison des traditions culturelles
patriarcales qui prévalent dans cette partie du Sénégal. Les femmes du bassin
arachidier ont un rôle essentiel dans la préservation de la culture rurale et la
promotion du développement rural. Elles sont les gardiennes de la tradition
et des valeurs ancestrales transmises de génération en génération et relative
au culte du travail féminin. Mieux, elles ont un rôle majeur dans l’éducation
des enfants, qui sont souvent responsables de la transmission des valeurs et
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 79
minières, ressources environnementales.
traditions de leur communauté. Les femmes du bassin arachidier ont pris de
plus en plus de place dans le milieu rural. Elles occupent des postes de
leadership dans la politique, l’entreprise, l’éducation, l’élevage, le commerce
et l’agriculture, ce qui leur permet de devenir des actrices importantes de
l’économie du centre du Sénégal. Dès lors, on comprend toute la pertinence
de notre question de recherche lors que nous la formulons ainsi : comment
la production agricole et l’exercice d’activités socio-économiques
supplémentaires des femmes du bassin arachidier contribuent-ils à la
construction sociale de la sécurité alimentaire à Birkelane, malgré les
rapports de genre, les difficultés auxquelles les femmes du bassin arachidier
sont confrontées dans ces domaines d’activité, les incertitudes et contraintes
qui caractérisent cette localité ? À la lumière de cette question de recherche,
il est important de noter que les femmes du bassin arachidier, notamment
celles de Birkelane n’attendent pas l’État dans le cadre de la promotion des
politiques de sécurité alimentaires et du développement du local en milieu
rural, elles participent cependant en prenant des initiatives locales. Ainsi,
dans le cadre de ce présent article, notre objectif est de montrer comment
les femmes du bassin arachidier arrivent, à travers la production agricole et
d’autres activités économiques supplémentaires, à contribuer activement à
la construction de la sécurité alimentaire ou au processus de sécurisation
alimentaire à Birkelane.
2. Cadre, approche et méthodologie de recherche
Pour étudier la question de la contribution de la production agricole des
femmes saluum-saluum à la sécurité alimentaire dans le bassin arachidier,
nous avons choisi le Département de Birkelane. C’est un département dominé
par des activités agricoles menées généralement par les femmes très actives
et dynamiques dans le développement socio-économique de la localité,
notamment dans la sécurité alimentaire. C’est pourquoi nous avons porté
notre choix sur les deux grandes communes, à savoir Mabo et Ndiognik. Ces
dernières constituent des pôles économiques les plus dynamiques du
département de Birkelane. Elles forment le cœur du bassin arachidier et le
grenier de plusieurs grandes villes du Sénégal pour les céréales locales. Les
principales cultures dans le département sont : l’arachide, le mil « souna »,
le mil « sorgho », le maïs et le niébé. Le département produit également de
grandes quantités de légumes : tomates, gombo, aubergine douce et amer,
piment, patate douce. Pour toutes ces spéculations, les cultures se font avec
l’eau pluviale et aussi par l’irrigation. Birkelane est le cœur de la culture de
l’arachide et du mil au Sénégal.
Pour mieux étudier la question de la contribution des femmes du bassin
arachidier, notamment celles de Birkelane à la construction sociale de la
sécurité alimentaire à Birkelane, il nous semble pertinent de privilégier une
approche constructiviste inspirée de l’anthropologie du développement en
milieu rural. En effet, selon cette approche, rien n’est donné a priori ; ce ne
sont pas les déterminations, mais des constructions des individus ou des
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 80
minières, ressources environnementales.
groupes d’individus qui orientent les actions et les comportements dans la
vie sociale. Ainsi, les travaux de P. Berger et Th. Luckmann (2012) illustrent
bien ce modèle théorique. Ils se situent dans la perspective du
constructivisme phénoménologique. Se basant sur les socles de la
connaissance dans la vie de tous les jours, ils recherchent la manière dont la
réalité est construite. Ces deux auteurs choisissent une approche qui favorise
l’interaction des acteurs. De ce point de vue, nous ne pouvons qu’emprunter
cette approche pour mieux étudier la question de la construction sociale de
la sécurité alimentaire chez les femmes de Birkelane dans le cadre d’une
contribution active au développement local en milieu rural, car elle permet
de l’appréhender comme un construit social. Inspirée de l’anthropologie du
développement telle qu’elle est définie par Jean Olivier de Sardan, cette
approche permet de comprendre comment ces femmes actives arrivent, de
façon participative, interactive et endogène, à contribuer à la construction
sociale de la sécurité alimentaire et à tenir une bonne partie de l’économie
rurale en faisant en même temps la promotion du développement local en
milieu rural. À travers cette approche, nous partons du principe selon lequel
la contribution de ces femmes doit être appréhendée comme une construction
sociale, un produit social, individuel, historique, idéologique, culturel de ces
femmes et de leurs interactions au sein de leurs groupements féminins en
milieu rural.
Pour atteindre notre objectif de recherche, nous avons trouvé nécessaire de
mobiliser à la fois la méthode quantitative et celle qualitative. Le choix de
cette méthode mixte nous permet de mesurer ou de quantifier les données
pertinentes par exemple le taux de participation des femmes dans
l’agriculture, la situation matrimoniale, la quantité de production, etc. La
méthode qualitative prend en charge les aspects qualitatifs de la question de
recherche compléter celle quantitative. À propos du choix de la technique
d’échantillonnage, nous avons mobilisé la technique d’échantillonnage par
quota pour constituer, en fonction de la typologie des deux communes
concernées, notre échantillon avec 60 femmes du bassin arachidier. En ce
qui concerne la collecte des données quantitatives, soixante questionnaires
ont été réalisés. Pour la collecte des données qualitatives, des observations
participantes, des entretiens individuels et des focus group auprès des
femmes du bassin arachidier ont été faits.
3. Présentation et analyse discutée des résultats de recherche
Après avoir décrit le contexte, élaboré le problème et clarifié les méthodes,
le cadre et les outils de recherche, nous présentons le cadre analytique et
interprétatif de cet article qui comprend quatre points. Premièrement,
l’accent est mis sur les caractéristiques sociodémographiques des femmes du
bassin arachidier. Deuxièmement, nous décrivons les contributions des
femmes du bassin arachidier à la sécurité alimentaire. Ensuite, nous
abordons d’autres activités productives des femmes du bassin arachidier.
Enfin, nous analyserons le rôle des zones maraîchères dans la diversification
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 81
minières, ressources environnementales.
des revenus des ménages. Notre démarche est d'apporter des réflexions
personnelles d'ordre théorique et empirique à travers des échanges avec des
auteurs qui défendent l'approche interactionniste adoptée, même si les
résultats de leurs travaux sont situés. À notre avis, les quatre axes semblent
fournir un cadre dans lequel présenter et discuter nos résultats.
3.1. Les caractéristiques sociodémographiques des femmes du
bassin arachidier
Les femmes qui font de l’agriculture sont des femmes d’âge mûr, elles
représentent à la fois les épouses, les mères et des cheffes de ménages. Elles
travaillent pour pouvoir subvenir à des besoins spécifiques de leurs ménages.
À travers le « champ », ces femmes participent au développement de leur
localité, jouent le rôle d’assistance et de veille dans la sécurité alimentaire du
foyer. Les activités agricoles constituent leur principale source de revenus.
Figure 1. Répartition des femmes enquêtées selon l’âge
7,00% 0,90% 4,40%
7,50% Moins de 20ans
18,70% 20-25
16,50%
25-30
30-35
35-40
40-45
23,50% 45-50
21,50% 50 et plus
Source : Données de terrain.
L’analyse de ce graphique montre que la tranche d’âge des 40-45 ans
prédomine avec 23,50%. Elle est suivie de celle comprise entre 35 et 40 ans
qui représentent 21,50 % de l'effectif. Les moins de 20 ans constituent la
frange la plus faible, suivie des 20-25 ans et de la classe d'âge 30-35 ans.
Celles qui sont âgées de 45 à 50 ans représentent 18,70 %. L'analyse révèle
une population féminine jeune sans grande disparité dans la répartition entre
classes d’âge. La configuration de l'âge montre que plus les femmes sont
jeunes moins elles sont impliquées dans les activités agricoles.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 82
minières, ressources environnementales.
Figure 2. Situation matrimoniale des femmes enquêtées
0,70%
Mariée polygame
7,70% 17,10%
47,30% Mariée monogame
27,30% Divorcée
Veuve
Célibataire
Source : Données de terrain
Le graphique ci-dessus montre que 75% des cibles sont mariées, les deux-
tiers d'entre-elles soit 47, 30% se trouvant dans des ménages polygames.
Cette situation est typique des exploitations familiales rurales de cette partie
du bassin arachidier. La proportion de divorcées est de l'ordre de 7,70% alors
que les veuves représentent un peu plus du double de cette catégorie soit
17, 10 %. Les wolof « saluum-saluum » sont des agriculteurs vivant en
villages relativement sédentaires. L’organisation sociale est basée sur les
patrilignages et la famille étendue, polygyne, à résidence virilocale. Chaque
chef de famille possède des terres qu’il repartit en champs collectifs dans les
exploitations familiales et des petits lopins de terre individuelles allouées de
façon temporaire à chacune des épouses ainsi qu’à ses fils mariés. Dans les
exploitations, tous les membres de la famille y participent et les femmes n’ont
droit à travailler dans leurs propres champs qu’aux après-midi. Les « saluum-
saluum » sont souvent stéréotypés d’hommes polygames et ceci est à
ramener au mode de vie et l'organisation des carrés ou les activité de
production appellent une main d’œuvre abondante.
Figure 3. Pourcentage de la superficie emblavée par les femmes
70% 60,90%
60%
50%
40% 31,90%
30%
20%
10% 2,60% 4,20%
0,40% 0,00%
0%
Non réponse moins d'un 1ha-2ha 2ha-3ha 3ha-4ha 4ha et plus
hectare
Superficie
Source : Données de terrain.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 83
minières, ressources environnementales.
L’analyse de ce graphique montre que 60,9% des femmes de Birkelane
occupent des exploitations agricoles de moins d’un hectare et 31,9%
occupent des champs d'une superficie variant entre 1 et 2 ha. Les femmes
ont moins de chance d'occuper du foncier dès que le champ avoisine les 3 ha
et ces chances deviennent nulles à partir de 4ha.
3.2. Contribution des femmes du bassin arachidier à la sécurité
alimentaire
Dans les représentations sociales et culturelles du monde du bassin
arachidier, les graines d’arachide et de mil ont un caractère lucratif et sacré.
Ainsi, comme le soulignait Paul Pélissier5, l’arachide constitue la principale
culture de rente depuis l’indépendance. Et, elle a pris de l’importance, au
point de devenir, vers la fin du XIXème siècle, le premier produit d’exportation,
mais aussi et surtout la principale source de revenus des paysans. Autrement
dit, l’arachide exerce sur toute l’économie du Sénégal une écrasante
souveraineté. On retrouve la même idée chez Marie-Denise Riss6 lorsqu’elle
estime que, « homme et femme s’occupent séparément de leur parcelle qui
retient toute leur attention ». La femme du bassin arachidier prend en charge
toutes les responsabilités financières de son exploitation. Les femmes
préfèrent exploiter un champ d’arachide qu’un champ de mil et de maïs.
Celles qui ont l’autonomie financière et la capacité louent des champs afin de
pouvoir cultiver la « graine ». C’est pour cette raison que les femmes
disposent moins de surfaces emblavées pour produire une quantité
importante d’arachide et mil.
5
Pélissier Paul, Les paysans du Sénégal, les civilisations agraires du Cayor à la Casamance, Version
électronique préparée par Charles Becker, Dakar, Paris, 2008.
6
Riss Marie Denise, 1989, Femmes africaines en milieu rural. Les sénégalaises du Sine Saloum. (Collections
alternatives rurales), Paris, L’Harmattan, p.146.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 84
minières, ressources environnementales.
Tableau 1. Rapport entre production des femmes et superficie à
Birkelane
Production
Moins 30
Superficie de 5 5 à 10 10 à 15 15 à 20 20 à 25 25 à 30 "mbame"
"mbame" "mbame" "mbame" "mbame" "mbame" "mbame" et plus TOTAL
moins
d'un
hectare 145 38 4 0 0 0 0 187
1ha-2ha 29 53 29 9 0 0 0 120
2ha-3ha 0 1 7 8 1 0 0 17
3ha-4ha 0 0 0 1 1 0 0 2
4ha et
plus 0 0 0 0 0 0 0 0
TOTAL 174 92 40 18 2 0 0 326
La plupart des femmes de Birkelane ont des productions comprises entre 500
kg et une tonne. La possibilité d'atteindre 2 tonnes étant quasi-nulle avec
0,2%. Les surfaces exploitées ne dépassent pas 2 ha. Ainsi, les femmes à qui
leurs maris attribuent des terres, jouissent d’un champ qu’on appelle
« djatti » pour y cultiver de l’arachide ; ce champ mesure souvent moins d’un
hectare. Elles ne pratiquent pas la jachère, cultivent souvent une seule
variété dans le même champ, procédé qui, au bout de 4 saisons, appauvrit
le sol et impacte les rendements. L’environnement de production de ces
femmes est parsemé de contraintes tantôt économiques tantôt
agroécologiques, tantôt sociales. Elles cultivent aussi bien de l’arachide que
du mil. Ce dernier leur sert de vivrière et de commerciale au besoin.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 85
minières, ressources environnementales.
Tableau 2. La quantité de production en mil
Production en mil Nb. cit. Fréq.
moins de 5 "mbame"(100 kg) 95 20,90%
5 à 10 "mbame"(100 kg) 104 22,90%
10 à 15 "mbame"(100 kg) 11 2,40%
15 à 20 "mbame"(100 kg) 1 0,20%
20 à 25 "mbame"(100 kg) 0 0,00%
25 à 30 "mbame"(100 kg) 0 0,00%
30 "mbame" (100kg) et plus 0 0,00%
Total 455 100%
Source : enquête de terrain
La contribution vitale à la sécurité alimentaire du foyer est importante. Les
femmes sont à la base de la petite agriculture, de la main d'œuvre agricole
et de la subsistance familiale quotidienne. Elles ont moins facilement accès
que les hommes aux ressources telles que la terre, le crédit, les intrants et
les services qui renforcent la productivité. Au-delà des transformations des
produits agricoles et de commercialisation, les femmes de Birkelane assurent
la sécurité alimentaire à travers des stratégies de stockage des denrées dans
des banques céréalières comme le souligne K-Touré quand elle dit que
Nous ne vendons pas tous les produits que nous avons pu récolter ou
ramasser. Ceci nous aide à couvrir nos besoins culinaires. Et même s’il arrive
que le grenier de la famille, qui relève du droit du chef de ménage soit fini,
nous les femmes, nous utilisons les nôtres pour pallier ce manquement.
Qu’elles soient agricultrice ou simple ménagères, les femmes saloum-saloum
ont toujours géré les produits agricoles pour assurer la sécurité alimentaire.
En effet, une femme peut investir dans le potentiel productif de la terre plutôt
que l’exploiter uniquement. Cela veut dire qu’elle est capable d’adopter des
pratiques culturales écologiquement durables, mais aussi elle peut planifier
les ressources en fonction du climat ou des conditions économiques tout en
comptant sur leur production. Cinquante pour cent des agriculteurs sans
ressources sont des femmes qui sont aussi les principales responsables de la
sécurité alimentaire. Le succès des efforts qu'elles accomplissent pour
répondre aux besoins journaliers du ménage dépend de la façon dont elles
gèrent et complètent un ensemble limité et précaire de ressources : terres
agricoles, pâturages et forêts. Sans terre et sans sécurité de tenure, une
femme ne peut ni accéder au crédit ni appartenir à des associations agricoles,
notamment celles qui s’occupent de transformation et de commercialisation
des produits. Malgré ces difficultés, les femmes de Birkelane arrivent, comme
le justifient et reflètent les valeurs du graphique ci-après, à contribuer dans
le processus de sécurisation alimentaire.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 86
minières, ressources environnementales.
Figure 5. Pourcentage de la production agricole (arachide, mil et
sorgho) des femmes du bassin arachidier
Production en mil
Production en sorgho
Production en arachide
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Moins de 5 « mbame » 5 à 10 « mbame » 10 à 15 « mbame »
15 à 20 « mbame » 20 à 25 « mbame » 25 à 30 « mbame »
30 « mbame » et plus
Dans les exploitations, la répartition des charges de travail est presque
équilibrée entre les épouses et les maris, la main d’œuvre étant assurée par
tous les membres de l'exploitation familiale. Les femmes participent aussi
bien à la culture du champ familial que dans activités du champ de case où
elles assurent la culture de quelques condiments (niébé, courge, oseille,
gombo) pour agrémenter les repas. Les femmes cheffes d’exploitation
s’occupent entièrement des champs qui leur reviennent de droit et dont elles
assument la responsabilité à tous les niveaux, de la production à la gestion
des récoltes en passant par les contrats des travailleurs saisonniers appelés
surga.
3.3. Les autres activités productives des femmes du bassin
arachidier
Pour le décorticage, le vannage, la torréfaction, la dépellicule et le broyage,
l’enquête montre que le décorticage est effectué par le décortiqueur
mécanique. Un tarare opère la séparation entre graines et coques par un jeu
de grilles et de soufflerie. Un second passage dans le tarare permet d'obtenir
des graines plus propres et de meilleure qualité. Le tarare opère la séparation
des graines et des coques par un jeu de grilles et de soufflerie. Un second
passage dans le tarare permet d'obtenir des graines plus propres et de
meilleure qualité. À la suite de ces opérations, on obtient en moyenne 67 kg
de graines décortiquées pour 100 kg d'arachides coques. La machine permet
de traiter 200 kg d’arachides par heure. Les coques sont valorisées sous
forme litière ou comme substrat dans le maraichage et le micro-jardinage.
Le torréfacteur est un four qui a une forme d’un demi-cylindre métallique une
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 87
minières, ressources environnementales.
barre de fer sur le côté. Les femmes se servent de cette barre de fer qu’elle
tourne au sens de l’aiguille d’une montre. Les graines y sont introduites par
quantité de 10 à 15 kg de graines. Cela dépend aussi de la forme cylindrique
du four. Il faut environ trente minutes (30 mn) de cuisson pour quinze
kilogrammes (15 kg) de graines. Le débit horaire de la machine est donc en
moyenne de 30 kg/h si on utilise la quantité nécessaire de bois de chauffe.
C’est une tâche très difficile qui demande de la concentration et une attention
particulière, car si les graines brûlent trop, cela influe sur la qualité de la
pâte.
Quant à la dépellicule, il s’agit d’un travail manuel qui nécessite de la force
et beaucoup de dextérité. Il s'agit d'un battage à partir de mouvements
réguliers et continus des pieds d'une quantité de graines mise dans un sac.
Ensuite, on procède au vannage qui nécessite une bonne ventilation. Le
broyage constitue la dernière étape du procédé. Le broyage des graines
s'effectue soit avec le moulin d’arachide ou avec un broyeur à meule
artisanal. Si le broyage est une opération lente, le décorticage est effectué,
quant à lui, par la machine décortiqueuse mécanique. La fabrication des
moules et le pressage de l’arachide interviennent après que la poudre est
précuite. Des sacs vides sont découpés en morceaux de forme carrés étalés
à même le sol pour y verser la poudre déjà passée à la vapeur et pour
construire des moules afin de les insérer dans la machine. Cette dernière
peut contenir de cinq treize moules selon la taille. Cet exercice manuel est
effectué exclusivement par les femmes. Le processus de transformation est
mené du début à la fin par ces dernières. Rien ne se perd dans cette chaîne
de transformation. et 600 francs Cfa. La transformation de l’arachide en huile
locale appelée seggal est avec la culture du manioc une des spécialités des
femmes wolof du « saluum dior », également appelées « dior-dior », en
référence à leur région historique d’origine, le Cayor. Ces activités de
transformation permettent aux femmes de faire le lien entre la production et
la commercialisation dans des chaines de valeur non formalisées. En effet les
marchés locaux hebdomadaires comme permanents jouent un rôle important
dans la diversification économiques à laquelle parviennent les femmes.
Les transactions des femmes saluum saluum dans les marchés en particulier
ceux hebdomadaires dénommés « luuma » se singularisent par les stratégies
de vente. Elles utilisent plusieurs circuits pour l’écoulement de leurs produits.
À chaque fois qu’elles se rendent aux marchés, elles ne ramènent qu’une
faible quantité de produits restants. Cela démontre leur maîtrise des circuits
commerciaux et l'efficacité de leurs stratégies ; elles préfèrent vendre à des
prix unitaires pour réaliser des profits d'échelle. Dans ce système, la
productrice constitue l’acteur clé de la filière et assume les risques de
production. Ainsi, les agricultrices sont aussi des marchandes. Il peut s’agir
d’une productrice individuelle comme d'une productrice membre d'un
groupement ; le collecteur jouant le rôle de relayeur. Le collecteur-production
communément appelé producteur-banabana, collecte et vend au niveau du
marché et souvent en gros. Il supporte les risques de production de son
propre champ et de commerce vis-à-vis des courtiers. Le collecteur-
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 88
minières, ressources environnementales.
commerçant sillonne les marchés hebdomadaires pour acheter la production
et qu’il revend ensuite en zone urbaine, aux consommateurs finaux et aux
autres commerçants des marchés urbains. Le « ndiogane »7 quant à lui
collecte les produits chez les productrices et revend sur place à d’autres
clients des zones urbaines. L’autre stratégie consiste à stocker leurs
productions non-périssables jusqu’aux mois de juin à août pour les revendre
à prix intéressants lorsque que les denrées se raréfient sur le marché. Elles
font ainsi de la « rente d’anticipation ».
Figure 6. Des « moules » Figure 7. Femmes autour d'un
d’arachides appelées « rakkal presse à huile
Source : Enquête de terrain. Source : Enquête de terrain
L’arachide occupe une place importante dans l’économie du pays mais aussi
dans la sécurité alimentaire des populations locales. Comme nous
l’observons, la graine joue une multi-activité pour les femmes. La
transformation des produits agricoles tels que l’arachide est typiquement
assurée par les femmes que cela soit les épouses, jeunes filles. Ces produits
destinés à l’autoconsommation des ménages, sont aussi acheminés vers le
marché. Dans notre zone d’étude, ce sont les femmes qui prennent en charge
la transformation et la commercialisation de cette production et le contrôle
des revenus. Ainsi, la production des femmes passe de la subsistance à la
sphère marchande pour répondre à leurs besoins financiers. La production de
la patte d’arachide est passée de simple activité d’appoint au statut d’activité
économique. Cette transformation de l’arachide en pâte est une activité
individuelle des femmes, parfois aidée par leurs enfants. Le décorticage
manuel de l’arachide est fait au sein des ménages par les femmes et les
enfants ou bien par la machine décortiqueuse. Cette activité est pratiquée
aussi bien par les productrices que celles qui ne disposent pas de champs
d’arachide mais qui travaillent comme main d’œuvre dans les exploitations
familiales.
7
Vendeur à la sauvette.
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 89
minières, ressources environnementales.
3.4. Le rôle des périmètres maraîchers dans la diversification des
revenus des femmes
Les femmes de Birkelane sont soutenues par des ONG en particulier World
Vision du Sénégal sur qui les aide à mettre sur pieds des périmètres
maraichers. Les produits cultivés sont l’aubergine douce et amère, l’oignon,
le gombo, le manioc, et la pastèque. Les revenus tirés de ces activités sont
divisés en trois parties ; la première est destinée à l’achat des intrants. La
deuxième partie revient aux femmes, chacune des membres recevant sa part
et enfin la troisième est épargnée dans un compte bancaire collectif. Le
jardinage est entré depuis fort longtemps dans les habitudes des femmes
rurales entre le pays wolof et le sud saloum, mais c'était plutôt dans les
champs de case ou bien dans la production de légumes pendant la saison des
pluies. Pelissier (1966, 163) rappelait qu'aux abords immédiats des
habitations, sur le périmètre où les détritus villageois entretiennent une
relative richesse organique, s’étend le tol-keur (champ de case), cultivé de
manière à peu près permanente. Chaque carré dispose là de quelques ares
de terrain, généralement consacrés à une récolte aussi précoce que possible
de petit mil souna parsemé́, de loin en loin, de quelques plants de sorgho.
Dans la nouvelle dynamique de l'agriculture de contre-saison, nous
remarquons que ce sont les femmes qui alimentent les marchés locaux et
hebdomadaires. Elles se servent pour la plupart d’une petite parcelle derrière
leur concession où elles cultivent de la tomate, du piment, de l’aubergine et
du gombo. Les femmes s’occupent personnellement de toutes les étapes de
la culture : du semis à la récolte et à la vente, comme le laisse entendre D-
N (femme cultivatrice) lorsqu’elle déclare ceci :
Nous, nous n’avons pas de champ d’arachide personnel, nous travaillons pour
nos maris dans les exploitations familiales. Nous travaillons durant les récoltes
pour gagner un peu d’arachide que nous transformons. À part cela, nous ne
disposons pas de champs d’arachide ou de mil ; c’est pour cela que nous
cultivons des légumes même pendant l’hivernage, c’est notre spécialité »,
Une autre D-T (femme du bassin arachidier cultivatrice) soutient que :
J’arrive à gagner entre 1500000f à 2500000f ou plus par saison. Je cultive la
tomate et le gombo que je vends aux marchés de Birkelane, de Kaffrine et de
Touba. Je peux cueillir deux (2) à trois (3) bassines de tomate par trois (3)
jours et du gombo. Cela m’aide beaucoup surtout s’il s’agit des frais
d’inscription de mes deux filles et j’ai acheté aussi des petits ruminants grâce
à cette culture.
Dans la période post-hivernage, les femmes agricultrices orientent
leurs activités dans le domaine de la culture vivrière par irrigation. Elles
varient leurs activités en pratiquant ausi l’élevage de petits ruminants. Cette
pratique de l’élevage est un moyen qui vient toujours en appoint pour régler
une urgence familiale. De même, la vente du bétail permet d’avoir des
revenus à son compte pour assurer les fêtes ou les cérémonies familiales
telles que le mariage, le baptême ou autres fêtes religieuses. Cette forme
d’élevage est dite de « case ». Même si elles ne sont pas des éleveurs de
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 90
minières, ressources environnementales.
renommé, elles possèdent du bétail tels les moutons, les chèvres qu’elles
élèvent à l’intérieur de la maison ou elles les confient à des proches. Cette
forme d'élevage ne connaît pas un essor à cause notamment des vols de
bétail et des limites techniques de la production. À la lumière de l’approche
constructiviste et de la vision participative et inclusive du développement de
Jean-Pierre Olivier De Sardan retenu comme modèle, il est possible de dire
que les femmes du bassin arachidier occupent dans les marchés
hebdomadaires de Birkelane une place essentielle parce qu’elles y écoulent
leurs productions agricoles. Ces femmes du bassin arachidier jouent un rôle
considérable dans l’économie locale en contribuant substantiellement à la
création de richesse et aux dépenses familiales.
Conclusion
En définitive, il convient de retenir que ce présent article s’intéresse à la
contribution des femmes du bassin arachidier dans la construction sociale de
la sécurité alimentaire à l’échelle locale en milieu rural sénégalais (Birkelane),
caractérisé par des incertitudes et contraintes fortes, mais non dénuées
d’opportunités. Contrairement aux thèses relatives à la domination
masculine, au non-respect des droits des femmes et aux attitudes attentistes
des femmes africaines, l’analyse des résultats sous l’angle constructiviste
articulé avec la conception sardanienne du développement prouve de façon
participative, inclusive et endogène que les femmes du bassin arachidier
jouent, à travers l’agriculture, la transformation des produits agricoles
locaux, le commerce, l’élevage, etc., un rôle significatif dans la construction
de la sécurité alimentaire et du développement en milieu rural. Ces femmes
contribuent activement à la croissance économique, à la lutte contre la
pauvreté, à l’amélioration de l’accès des femmes productrices à la
connaissance et à l’innovation à Birkelane, etc. Structurées en organisation
paysanne rurale, ces femmes accroissent la production pour assurer la
disponibilité de denrées agricoles et mieux gérer les stocks malgré l’absence
de politiques de sécurisation alimentaire et de développement local rural et
les difficultés liées à l’accès à l’eau et aux semences certifiées auxquelles
Birkelane est confrontée. L’analyse des résultats montre une organisation
féminine, agricole, économique et commerciale soudée, solidaire et
largement tournée vers la sécurisation alimentaire et la promotion féminine
du développement local rural à Birkelane. Ces femmes du bassin arachidier
permettent, à travers leur engagement collectif et leurs dynamiques
associatives, aux populations de faire face aux périodes de soudure
alimentaire ou de crise économique et sociale. De façon générale, ce sont des
femmes à la fois distinctes et moins soumises aux normes, aux rôles et
identités de genre imposées par la junte masculine ; elles ont des capacités
individuelles et collectives interdépendantes et impliquant des arbitrages
permanents entre intérêt individuel et intérêt collectif. Ce sont des femmes
très actives et dynamiques qui sont collectivement entrées dans le « cycle
temporel de la sécurisation alimentaire » dont parlait P. Janin (2021 : 61-78)
Échanges et développement de l’Afrique : ressources humaines, ressources 91
minières, ressources environnementales.
lorsqu’il développait une approche des « capabilités » pour mettre en
exergue l’influence des déséquilibres et des différences en termes de
capacités dans le processus dynamique de prise de décision et aux rapports
de genre entre hommes et femmes observables à Birkelane.
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