LA DECOLONISATION
La décolonisation est un processus historique apparu dans la
seconde moitie du XVIIIe S. (Cas des USA en 1776). Elle est surtout
caractéristique du XXe S. et particulièrement entre 1945 et 1960. Elle
est donc un fait capital et nouveau, la décolonisation consiste à
mettre fin au régime colonial d’un pays. C’est la rupture des liens de
domination politique entre un pays colonisateur (France,
Angleterre) et un pays colonisé (Afrique-Asie). Son terme ultime est
l’indépendance et donc la naissance de « nouveaux Etats » à la
place des anciennes colonies.
La prise de conscience des peuples africains ne s’était pas produite
du jour au lendemain. Elle fut une évolution plus ou moins longue
selon les circonstances et les pays.
Née de la 1ère Guerre Mondiale, confirmée par l’action de la classe
ouvrière déshéritée et la lutte idéologique d’une Elite, accélérée par
la seconde guerre mondiale, cette prise de conscience aboutira
finalement à l’autonomie de la plupart des ETATS AFRICAINS.
A la contestation des peuples colonisés s’ajoute des facteurs
externes et internes qui serviront de levain au processus de
décolonisation.
I- LES CAUSES DE LA DECOLONISATION :
La décolonisation est un phénomène historique lié à des causes
externes et internes.
a) Les causes externes : Parmi les causes externes on peut
retenir :
- L’influence de 2 guerres mondiales : les 2 guerres
mondiales ont largement contribué à la marche des colonies vers
l’indépendance. Elles font perdre à l’Europe son rayonnement
politique et culturel.
L’Europe ruinée au lendemain de la guerre n’est plus capable de
continuer à dominer le monde. Ses valeurs de civilisation
prétendues supérieures aux autres sont profondément mises en
cause par les horreurs et les atrocités des camps de
concentration. La seconde guerre mondiale a révélé à quel point
l’Europe était aussi capable de barbarie autant sinon plus que les
nations auxquelles elle a voulu amener la civilisation.
En outre en 1940, la France, la Belgique, et les Pays-Bas
croupissaient sous le poids allemand alors que l’Angleterre est sous
menace. Ces défaites des principaux colonisateurs vont ébranler «
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le mythe de l’invincibilité » de l’homme blanc. Cette situation
est aggravée par le fait que se sont les colonisés eux-mêmes qui
volent au secours des colonisateurs, à qui ils fournissaient des
minerais, des vivres et des soldats. Il est donc légitime que les
colonisés en retour exigent beaucoup de considérations. Ils aspirent
à l’émancipation politique. Si le 1 er conflit mondial va contribuer à
ébranler la structure coloniale le second achèvera de la désagréger.
- L’anti-colonisation des SUPERS PUISSANCES : pour des raisons
différentes les 2 vainqueurs de la seconde guerre mondiale (USA,
URSS) vont encourager l’émancipation des colonies.
Du coté soviétique : fidèle à l’idéologie marxiste-léniniste qui déclare
qu’un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre et
farouche adversaire du capitalisme international, l’URSS pousse à la
décolonisation. C’est donc par idéologie anti-impérialiste et
anticapitaliste que les soviétiques vont soutenir le mouvement
d’émancipation.
Du coté américain : le souvenir d’un passé colonial récent (anc.
colonie britannique jusqu’en 1776) rend les américains sensibles
aux mythes de décolonisation.
Cependant les idées anticoloniales des USA dans une large mesure
sont sous-entendues par des préoccupations économiques. En
effet, les américains cherchent à diminuer l’emprise des européens
sur les énormes marchés que constituent les colonies. De plus dans
un contexte de guerre froide, les américains ne voulaient pas êtres
doublés par les soviétiques, raison pour laquelle, ils accordent leur
soutient aux mouvements de libération.
- L’action de l’ONU : fondée en juin1945 à San Francisco dans
son article 1er de sa charte, il était mention de « la nécessité de
développer entre les nations de relations amicales fondées
sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples
et leur droit à disposer d’eux-mêmes… ». l’ONU est devenue la
tribune de l’anticolonialisme.
- Les exemples de l’ASIE : En Asie, le point de départ de la
décolonisation fut la victoire du Japon contre la Russie en 1905 qui
bannie le mythe de l’invincibilité des puissances coloniales.
Le second élément fut la révolution chinoise de SUN YAT SEN en
1921 qui avait comme programme le recul de l’influence étrangère
en Chine et l’installation d’une démocratie libérale et de progrès
social. A ceux-ci s’ajoute l’action de Mahatma Ghandi en Inde qui
préconisait la non-violence et le boycott des produits britanniques.
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L’Inde accède à l’indépendance en 1947. Il convient aussi d’ajouter
la défaite française de Diên Biên Phu en Indochine qui aboutit à
l’indépendance de l’Indochine.
- La conférence de Bandoeng : 18 Avril 1955
En Avril 1955 s’est tenue en Indonésie une conférence afro-asiatique
autour de Med Soekarno. Elle a regroupé les nationalistes africains
Kwamé N’Krumah, Gamal Abdel Nasser, Libéria, FLN, puis les
nationalistes asiatiques dont Nehru Chouentaî qui vont dénoncer le
système colonial. Ces dirigeants proclament leurs volontés de venir
en aide à leurs frères colonisés. C’est l’esprit de solidarité qu’on a
appelé l’esprit de Bandoeng.
- Les exemples de l’Afrique du Nord : cette partie connaîtra
une décolonisation accélérée. En effet, en 1945 fut crée la « ligue
Arabe ». l’Egypte accède à l’indépendance en 1946, le Maroc et la
Tunisie en 1956.
- l’action des forces anticolonialistes dans les
métropoles : les parties communistes, certains milieux d’affaires
dénoncèrent les abus de la colonisation et soutenaient les
mouvements d’indépendance. Tous ces mouvements vont inspirer
les leaders africains.
- Le panafricanisme et la négritude :
Le panafricanisme est un profond mouvement qui tenait à réaliser
les Etats-Unis d’Afrique. William Du Bois et les africains comme
Kwamé N’Krumah, Jomo Kenyatta ont milité pour le
panafricanisme.
La négritude, c’est le refus de l’assimilation culturelle. Elle fut fondée
par les poètes Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire
b) Les causes internes :
- Le nationalisme et l’éveil des peuples colonisés : c’est au
contact du colonisateur que nait une prise de conscience. Les
sociétés d’Afrique et d’Asie manifestent une opposition à
l’implantation de l’administration coloniale qui par l’impôt obligatoire
et le travail forcé a bouleversé la société traditionnelle africaine et a
augmenté les charges des collectivités. Ces causes internes sont
liées à la nature même du système colonial qui est contraire aux
idées politiques libérales de l’Europe. Ainsi, le système colonial est
condamné par ses propres contradictions :
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Contradiction entre « droits des peuples à disposer d’eux-
mêmes » et les recrutements forcés, les réquisitions des céréales,
les travaux forcés (l’indigénat) qui sévissaient dans les colonies,
Contradiction enfin entre le fait que la colonisation ait secrété une
Elite qui va bientôt troubler l’atmosphère politique…
-l’action des syndicats : le mouvement syndical a connu un essor
tardif en raison du fait que le droit syndical ne sera accordé que très
tardivement par les puissances colonisatrices en 1950 par
l’Angleterre, 1946 par la Belgique, et 1956 par la France. Cependant
les syndicats bien qu’étant affiliés à ceux européens se sont
attaqués énergétiquement au colonialisme par des revendications,
des grèves, et la semaine de 4 heures, les congés payés, les
allocations familiales etc.
- le mouvement des intellectuels et des partis politiques : le
mouvement intellectuel est surtout l’œuvre des anciens
universitaires de William Pointy, Sebikotane Emed (Université de
Londres) et de Paris. Ces universitaires seront les leadeurs et les
principaux animateurs des partis politiques d’Afrique et d’Asie à
partir de 1945. Ces partis vont se servir de la presse pour capter le
dynamisme des organisateurs de jeunesses et de femmes.
- l’action de l’Eglise : Elles furent également touchées par le
mouvement nationaliste mais il faut dire qu’il y avait longtemps
concordance entre la pénétration coloniale et celles des
missionnaires (3 millions). Néanmoins l’Eglise se détachera de plus
en plus de l’administration coloniale. Ainsi, l’Afrique connaîtra les
idées du jamaïcain Marcus Garvey (fondateur de l’AFRICAN
ORTHODOXE CHRUCH). Il disait en particulier que « les anges sont
noirs et les démons sont blancs ». D’autres religieux comme le
libérien William Harris remettent en cause le système colonial.
II- LES FORMES DE DECOLONISATION :
L’indépendance qui est le terme ultime de la décolonisation peut
s’obtenir de deux façons :
- La voie pacifique ou politique ou négociée, octroyée (cas
de l’Afrique NOIRE) dans ce cas c’est un simple transfert de
compétence politique
- La lutte armée ou la forme violente ou arrachée (cas de
l’Algérie, des pays lusophones)
Dans tous les cas la décolonisation est un phénomène multiforme
(négociée ou violente) mais surtout progressif et parfois lent car les
pays dominants ne sont pas pressés. La décolonisation triomphera
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dans les années 1960 avec la dislocation des grands empires
français et britanniques.
a- La décolonisation par la lutte armée :
Un grand nombre des peuples colonisés n’ont pu accéder à
l’indépendance que par la lutte armée de libération nationale
clandestine et par une participation générale des masses populaires
et cela sous plusieurs formes : participation matérielle (argent pour
achat d’arme, de nourriture, d’habillement) garder les secrets et
dénoncer l’ennemie.
C’est en Asie (Indochine, Viêt-Nam) et en Afrique du Nord (Algérie) et
des colonies portugaises d’Afrique (Angola) que cette forme a
prévalue. Elle présente à la fois des conséquences négatives : les
pertes d’hommes très élevées, les dégâts matériels et la dévastation
des régions d’activités économiques.
Conséquences positives sont dominées par la consolidation de
l’unité nationale dont le résultat est la formation d’une nation unie et
solidaire nul peut prétendre que l’indépendance est le résultat de
son action personnelle
b- La décolonisation par la lutte politique :
La plupart des colonies anglaises et françaises subsahariennes ont
acquis leur indépendance par la lutte politique. Plusieurs forces
sociales ont été engagé dans cette lutte : ce sont les intellectuels
(étudiants, écrivains), partis politiques, les syndicats, les
associations populaires (association des femmes du Nigéria,
association des footballeurs du Ghana).
La décolonisation par la lutte politique peut-être considérée comme
pacifique bien qu’elle ait provoquée souvent des violences et même
de nombreux morts. Cette lutte politique pose des problèmes
juridiques, le transfert des compétences c’est-à dire le passage du
pouvoir des mains du colonisateur à celles des pays colonisés. Son
action est basée sur le droit des populations à la liberté et à l’auto-
détermination.
III- LES ETAPES DE LA DECOLONISATION EN
AFRIQUE :
a) En Afrique du Nord (Maroc, Algérie) :
Les 2 pays ne connaitront pas la même évolution politique : d’un
côté il a fallu une simple négociation et de l’autre il a fallu une
longue guerre de huit ans(Algérie)
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- Le Maroc : le Maroc était un protectorat français depuis 1912
et dépendait du Ministère des Affaires Etrangères Français. Il y avait
un Sultan et son gouvernement dont la souveraineté était
limitée. Mais le Maroc connaissait un début d’industrialisation
(grands ports, mise en valeur des mines de phosphate). Mais depuis
1920, le pays a connu des débuts de révoltes comme celle du RIFI
(dues aux travaux forcés) animé par un certain Abdel Karim qui a été
matée par l’armée française.
À partir de 1930, il y aura un certain « éveil du mouvement
nationaliste marocain » et 1934 c’est la naissance de « l’action
marocaine » (Parti d’intellectuels Modernistes) qui demande
seulement une grande participation aux affaires du pays.
Pendant la 2e guerre mondiale, le Maroc fut un théâtre d’opération
militaire ce qui aidera le mouvement indépendantiste à prendre
conscience. C’est ainsi que dès Janvier 1944, il y aura un
manifeste du parti indépendantiste qui réclame l’indépendance du
Maroc dans son intégralité c’est-à-dire à la fois le Maroc français et
espagnol (Polisario). Aussi le sultan Mohamed Ben Youssouf (père
de Hassan II) est favorable au mouvement indépendantiste attitude
qui lui coûta une déposition, son exil (au Madagascar) et son
remplacement. Il fut remplacé par son cousin Sidi Med Ben Arafat
mais devant la popularité du sultan Mohamed V et les troubles
provoqués par son départ les français étaient bien obligés de le
rappeler et d’entamer des négociations qui aboutissent à
l’indépendance du Maroc en 1956 avec lui comme roi.
L’Algérie dépendait du Ministère français de l’Intérieur. Au début la
plupart des intellectuels musulmans n’aspiraient qu’â être assimilés.
Mais dès le début du siècle, surtout après la seconde guerre
mondiale, on peut constater plusieurs tendances :
- La tendance des assimilés : dont le leader est Ferhat Abbas (il
n’est pas intellectuel mais très influent) dont les éléments
veulent être français ;
- La tendance des traditionnalistes ou conservateurs ou Ulémas :
dont le chef est Ben Badis. Les partisans de cette tendance
réclament un retour aux sources.
- Le groupe des révolutionnaires : il est constitué uniquement de
jeunes qui réclament l’indépendance. Mais il convient de
signaler qu’à la veille de la guerre, ce dernier groupe était
faible et disparate. Cependant suite aux promesses vaines, le
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mouvement fini par se cristalliser et trouver une voie. Ce qui se
traduira au 1er Juillet 1954 par une guerre de libération
nationale.
Les débuts de l’insurrection restent caractérisés par les attentats
multipliés par le Front de Libération Nationale (FLN) fondé par
Ahmed Ben Bella. C’est au prix d’un gigantesque effort militaire que
la France est parvenue à contrôler les villes stratégiques. Mais cet
effort fut coûteux aussi bien en matériels qu’en hommes.
Ainsi, le mécontentement grandi en métropole et la vie politique
devient instable en France d’où le retour du Gal De Gaulle au pouvoir
en Mai 1958 comme dernier recours. Très vite il s’est rendu compte
qu’il fallait négocier la crise. Ayant déjà l’appui de l’opinion publique
française, il tenta de briser le pouvoir des militaires en Algérie et
entama des négociations avec FLN. Négociations qui seront
sanctionnées par les accords d’Evian en Mars 1962 (entre la
France et le GPRA de Ferhat Abbas). Ces accords prévoyaient un
cessez-le feu, la libération des prisonniers, la reconnaissance de
l’indépendance de l’Algérie…
L’Algérie accède à l’indépendance le 1er Juillet 1962 à l’issu d’un
scrutin donnant 99,7% des voix pour l’indépendance.
2- l’Afrique au Sud du Sahara : Cas de l’AOF-AEF et
Madagascar
En Afrique Noire, au Sud du Sahara, on peut distinguer 2 phases
dans l’évolution politique :
- Avant la seconde guerre mondiale, le mouvement nationaliste
se limitait à une dénonciation du racisme et de l’injustice
sociale, il n’y avait pas d’agitation politique majeure sauf des
troubles dus aux travaux forcés (cas des Bobos, et des
Touaregs). Il y avait peu de réalisation économique mais
l’enseignement connait quelques progrès notamment William
Pointy, Sebikotane, Ecole de Médecine de Dakar. Ce sont les
sortants de ces écoles qui vont animer plus tard la vie
politique.
- Après, la seconde guerre mondiale, le mouvement général vers
l’indépendance sera enclenché.
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En AOF, cette évolution sera systématique et progressive puisque
des décisions spectaculaires du pouvoir français vont intervenir
périodiquement dans cette progression vers l’indépendance. Ainsi,
les années 1944, 1946, 1956, 1958, et 1960 constituent les 1ers
jalons.
¤ la conférence africaine française de Brazzaville de 1944 : c’est en
pleine guerre que la France Libre de De Gaule réunit ses
gouverneurs politiques coloniaux à Brazzaville pour réfléchir sur la
politique coloniale. C’est une réunion à caractère purement
administratif par exemple une plus grande participation des
indigènes à leurs « propres affaires » de même l’acheminement par
étape de la décentralisation à la personnalité politique font partis
des recommandations évoquées.
Cependant la conférence s’oppose formellement « à toute idée
d’autonomie, toute idée d’évolution hors du bloc français
d’Europe, la constitution même du self gouvernent est à
écarter ».
Il faut surtout noter que cette conférence de Brazzaville se
caractérise par ses contradictions initialement d’ordre administratif.
La conférence a fini par exprimer des vœux sur le plan économique
et sociale (création de l’office de bois, formation des syndicats). En
réalité la conférence de Brazza ne prévoyait aucune évolution à
l’Afrique française. Elle devait servir à la France Gaulliste de
s’installer en Afrique pour combattre en Europe.
¤ L’Union Française de 1946 : L’Union Française est née après la
guerre à la suite de la constitution française de 1946. Cette
constitution prévoit en effet un nouveau statut juridique, des
relations coloniales qui seront désormais fondées sur l’union entre
les colonies et les métropoles. Aussi, la citoyenneté sera accordée à
tous (la loi Lamine Gueye), les travaux forcés seront supprimées
(loi Houphouët Boigny). Cette période reste caractérisée par les
activités syndicales et les partis politiques. Les députés africains Fily
Dabo Sissoko, Houphouët Boigny … vont siéger à l’Assemblée
Française au palais Bourbon pour défendre les intérêts des
colonisés : suppression de l’indigénat, application du code pénal
français, création du FIDES (Fonds d’Investissement Economique et
Sociale). Ainsi, le statut des colonisés est relativement amélioré.
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L’empire français se repartit en grande Fédération : A.E.F, A.O.F et
Madagascar dotée chacune d’une assemblée appelée conseil
général qui devait assister le gouverneur général blanc.