DOCUMENTS DE RECHERCHE DE L'OBSERVATOIRE
DE LA FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE
DROFE
DROFE no.8
ANALYSE DIMENSIONNELLE DE LA
SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET
NUTRITIONNELLE : APPROCHE DES
CAPABILITÉS
Edmond LANKOUANDE
Economiste, PhD, Université Ouaga II
Ouagadougou, Burkina Faso
Gnanderman SIRPE
Maître de Conférences, Université Ouaga II
Ouagadougou, Burkina Faso
AVRIL 2020
Observatoire de la Francophonie économique de l’Université de
Montréal
L’Observatoire de la Francophonie économique (OFE) a été créé en juin 2017 par
l’Université de Montréal, en partenariat avec le gouvernement du Québec, l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence universitaire de la Francophonie
(AUF). Cette création s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie
économique pour la Francophonie entérinée lors du Sommet de Dakar, en novembre
2014.
L’OFE est constitué d’un réseau d’experts et d’expertes universitaires répartis dans
plusieurs pays francophones et ambitionne de devenir un centre de calibre international
d’études, de recherche et d’activités de liaison et de transfert sur la Francophonie
économique.
L’Organisation nourrit un intérêt marqué pour les pays émergents et en développement,
notamment ceux du continent africain.
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Merci aux partenaires de l’OFE :
Analyse dimensionnelle de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle : Approche des capabilités
DROFE no.8
Edmond LANKOUANDE
Economiste, PhD, Université Ouaga II, Unité de formation et de recherche en Sciences
Economiques et de Gestion, Ouagadougou, Burkina Faso
edmondlank@[Link]
Gnanderman SIRPE
Economiste, Maître de Conférences, Université Ouaga II, Unité de formation et de
Recherche en Sciences Economiques et de Gestion, Ouagadougou Burkina Faso
gsirpe@[Link]
Avril 2020
Résumé :
Après les travaux de Sen (1981a, 1981b) et de Drèze et Sen (1989) mettant en lien
l’approche des capabilités et la problématique de la faim, il a fallu attendre près d’un quart
de siècle les travaux de Burchi et De Muro (2012, 2016) pour relancer le débat. Ces deux
derniers auteurs ont analysé et montré l’apport de l’approche des capabilités à la
compréhension de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ils ont alors suscité l’intérêt de
relancer le débat dans le domaine de la recherche en soulignant l’importance de
l’approche des capabilités pour analyser les questions alimentaires.
Le présent travail s’inscrit dans cette dynamique en proposant une piste de vérification
empirique des liens entre les dimensions de la sécurité alimentaire et nutritionnelle à partir
des modèles d’équations structurelles. La littérature exploitée n’a pas permis de
rencontrer des travaux ayant étudié et vérifié empiriquement les relations entre les quatre
dimensions de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, encore moins en se fondant
théoriquement sur l’approche des capabilités.
Mots clés : Approche des capabilités, sécurité alimentaire et nutritionnelle, modèles
d’équations structurelles.
Les idées exprimées dans ce rapport sont celles des auteurs et ne reflètent pas
nécessairement celles de l’OFE ou de ses partenaires. Les erreurs et lacunes subsistantes
de même que les omissions relèvent de la seule responsabilité des auteurs.
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
Introduction
A partir du milieu des années 1970, les faits ont montré diverses situations où des
disponibilités alimentaires étaient largement suffisantes comparativement aux besoins
des populations. Mais, dans de nombreux pays en développement les populations ont
souffert de famine (Azoulay et Dillon, 1993). En effet, les approches économiques
classiques telles que l’approche malthusienne (axée sur les disponibilités alimentaires),
l’approche par les revenus et l’approche fondée sur les moyens d’existence durables ont
montré leurs limites à cerner de manière holistique les questions alimentaires, et surtout
les problématiques liées à la nutrition. Ces situations ont conduit au développement de
nouvelles approches. L’approche par les droits et l’approche des capabilités (AC) de Sen
(1981, 1985) sont actuellement les approches économiques les plus utilisées pour étudier
les diverses causes de la faim (Burchi et De Muro, 2012, 2016).
Dans les années 1980, à la suite des travaux pionniers d'Amartya Sen et de Jean Drèze
qui ont mis le lien entre l’AC et la sécurité alimentaire, il a fallu attendre près d’un quart
de siècle pour voir les débats relancés sur cette problématique avec les travaux de Burchi
et De Muro (2012, 2016). D’une part, ces auteurs ont examiné les différentes approches
de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) proposées dans le monde universitaire,
précisément en économie, par des organisations internationales ou par des praticiens de
développement. D’autre part, ces auteurs se sont inspirés des travaux de Sen (1981, 1985)
pour développer l’AC et l’utiliser pour analyser l’approche de la SAN.
Le présent travail s’inscrit dans la logique de ces deux auteurs en approfondissant et en
élargissant la réflexion sur l’apport de l’AC à la compréhension des diverses
manifestations de la faim. Il a un double objectif : le premier montre que l’AC est à
l’origine du passage du concept de sécurité alimentaire à celui de sécurité alimentaire et
nutritionnelle (SAN). Aussi, l’AC est à l’origine de l’appréhension de la SAN par quatre
dimensions (disponibilité, accessibilité, utilisation et stabilité). Le second objectif donne,
en se fondant théoriquement sur l’AC, des orientations sur l’évaluation des liens entre les
quatre dimensions de la SAN. La revue de littérature théorique et empirique exploitée n’a
pas permis de trouver des travaux rapprochant directement l’AC et la SAN et montrant
une piste à adopter afin d’estimer les relations entre les quatre dimensions de la SAN.
1. Contexte théorique
Selon Sen (1981), les capacités de production et les possibilités d’échange qu’ont les
populations jouent un rôle important dans la détermination de leur situation alimentaire.
La faim est alors la conséquence d’un échec de ne pas avoir droit à disposer suffisamment
de nourriture à tout temps. Janin et Dury (2012) parlent de l’existence d’un contraste à
l’image des constats de greniers vides avec des marchés bien approvisionnés. De ce fait,
au-delà de la disponibilité alimentaire, il faut considérer deux autres aspects :
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
l’accessibilité à la nourriture et la stabilité des approvisionnements (Azoulay et Dillon,
1993). Cet argument sous-tend la qualification dans la littérature d’approche par les
droits, développée par Sen (1981) et dominante au cours des années 1980. Bien que
l’approche par les droits ait été largement utilisée, certains travaux ont souligné que cette
approche n’appréhendait pas suffisamment les questions alimentaires, notamment celles
nutritionnelles (Burchi et De Muro, 2012 ; Sen, 1985). Cette approche utilise séparément
les concepts de sécurité alimentaire et de nutrition alors que les études et les faits montrent
que ces deux concepts sont étroitement liés (CSA (Comité de Sécurité alimentaire
mondial), 2011). D’autres travaux montrent qu’il existe des aspects des causes de la faim
que l’approche par les droits occulte (Janin et Dury 2012; Ouédraogo, Salou, et Guissou
2017).
En effet, des faits constatés au Népal, en Inde et au Pakistan amènent Sen (1985) à aller
au-delà de l’aspect quantitatif de l’alimentation pour tenir compte des facteurs qualitatifs
liés aux aspects nutritionnels1. Partant de cela, Sen améliore son cadre analytique. Le
nouveau cadre est qualifié d’approche des capabilités (AC). Elle fait la distinction entre
les moyens disponibles et l’utilisation de ces moyens (Sen, 1985). Elle est à la base du
rapprochement entre les deux concepts de sécurité alimentaire et de nutrition qui a donné
lieu au concept de sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN). Selon Burchi et De Muro
(2012), avec l’approche par les droits, seulement trois dimensions (disponibilité,
accessibilité et stabilité) étaient concernées dans les analyses des questions alimentaires
(et parfois nutritionnelles), l’ajout de la dimension « utilisation » est le fait de l’AC et
demeure l’une de ses innovations les plus importantes. En outre, cet ajout constitue le
fondement du concept de la SAN.
Des développements de Sen (1985) et de Drèze et Sen (1989), il ressort que l’AC est un
cadre d’analyse et conceptuel développé à une période où les théories économiques
fondées sur l’utilitarisme ont montré des limites pour solutionner la recrudescence de
certains phénomènes tels que la pauvreté, l’inégalité et la famine ; par ricochet,
l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Ce constat amène alors certains auteurs à
soutenir que l’AC constitue une alternative aux cadres économiques standards.
L’approche traite de manière holistique les phénomènes complexes et
multidimensionnels (Sarr et Ba, 2017).
Théoriquement, l’AC comprend deux aspects inter reliés. Le premier, appelé
fonctionnement, traduit ce qu’un individu peut aspirer à être ou faire (se nourrir, lire, être
1 L’aspect quantitatif est relatif aux indicateurs classiques (quantité de denrées alimentaires disponible, temps de
soudure, etc.) qui permettent de déterminer si un individu ou une population donnée arrive à satisfaire ses besoins
alimentaires. L’aspect qualitatif renvoie aux limites de l’aspect quantitatif. L’aspect qualitatif considère d’autres
éléments, tels que la qualité des aliments (apport en calorie), l’environnement de la population et les conditions
sanitaires, en complément aux indicateurs classiques.
2
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
en bonne santé). L’ensemble des fonctionnements, appelé capabilité2, constitue le second
aspect. Il exprime l'étendue des possibilités réelles que possède un individu d'être et de
faire (se nourrir décemment, vivre une vie digne d'être vécue) (Drèze et Sen, 1989).
Cependant, l’AC a été critiquée sur le fait que les concepts de capabilité et de
fonctionnements restent ambigus (Bénicourt, 2007). Certains auteurs estiment que l’AC
ne fournit pas une liste basique de capabilités à partir de laquelle les autres travaux
peuvent s’inspirer (Andresen et Fegter, 2011 ; Nussbaum, 1988). Or, comme le
soutiennent les défenseurs de l’AC, l’identification des capabilités et des fonctionnements
adéquats résulte des objectifs visés et du contexte liés à chaque étude. En plus, des auteurs
ont proposé des démarches permettant de mieux les sélectionner dont celle de Robeyns
(2003) qui propose des étapes plus pratiques.
1.1. Sécurité alimentaire et nutritionnelle vue sous l’angle de l’approche des
capabilités
Cette section part des travaux pionniers de Sen (1985) et Drèze et Sen (1989), et ceux
récents de Burchi et De Muro (2012, 2016) sur l’AC et la SAN. Elle aborde le cadre
conceptuel et analyse la SAN à partir de l’AC.
1.1.1. Travaux précurseurs de Sen
Comme souligné par Burchi et De Muro (2016), bien que Sen (1985) et Drèze et Sen
(1989) ne font pas une mention de la SAN, ces auteurs ont développé un cadre général
d’analyse de la faim et tous les aspects liés. Le cadre initial est basé à la fois sur les
approches par les droits et des capabilités avec des cas sur la sous-alimentation, la
privation nutritionnelle et la famine. Malgré le caractère plus ambitieux de l’AC,
comparativement à l’approche par les droits, l’AC est moins utilisée par les académiciens
et les praticiens du développement. Les travaux sur la faim, réalisés après 1989, ont
continué à se référer nommément à l’approche par les droits. Or, Drèze et Sen (1989)
révèlent les faiblesses de cette dernière à appréhender ces questions. Ils ont soutenu la
nécessité de passer des droits alimentaires aux capacités nutritionnelles. Selon Burchi et
De Muro (2016), l’approche par les droits se fonde sur l’offre et l’accès des produits
alimentaires alors que l’AC met l’accent sur les capacités humaines.
Précédemment évoqué, le but global de l’AC est de fournir un cadre d’analyse permettant
de comprendre la façon dont les populations développent leur « capacité d’être libérées
2
Le terme capabilité est une traduction littérale du terme anglais « capability ». Dans certains documents en français,
« capability » est traduit par capacité. La capacité et la capabilité sont des termes souvent interchangeables en anglais,
mais contrairement à la capacité, la notion de capabilité fait plus référence à la qualité d’être capable et à l’aptitude
potentielle. C’est la seconde notion qui est plus appropriée.
3
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
de la faim3 ». L’AC fait la distinction capitale entre les moyens disponibles ou à mobiliser
et la finalité de ces moyens. De ce fait, cette approche va au-delà de la dimension
accessibilité en appréhendant la faim de manière holistique. L’AC est à la base de
l’intégration de la dimension utilisation dans la définition de la SAN4. Le rapprochement
entre le concept de sécurité alimentaire et celui de nutrition en SAN découle de l’AC. Elle
explicite davantage la SAN en montrant l’importance de se focaliser sur la finalité en
dépassant le cadre réducteur qu’est l’apport alimentaire. En effet, Sen (1999) soutient que
la variation de la relation entre l’apport alimentaire (moyens) et le rendement nutritionnel
(finalité) dépend considérablement des caractéristiques personnelles et sociales (âge,
sexe, revenu, préférence alimentaire), des conditions environnementales, du niveau
d’éducation et des caractéristiques sanitaires (eau potable, soins de santé, assainissement),
etc.
Des travaux ayant appliqué l’AC à la SAN après 1989 ne sont pas nombreux. Il faut
attendre plus d’un quart de siècle pour que l’article de Burchi et De Muro (2012) relance
le débat.
1.1.2. Contribution de Burchi et De Muro à la compréhension de la sécurité alimentaire
et nutritionnelle
Une des raisons pour lesquelles l'AC n'a pas été suffisamment exploitée dans les études
et les politiques sur la SAN par les académiciens et les praticiens peut être expliquée par
l'insuffisance d'efforts pour élaborer des lignes directrices pour son opérationnalisation.
Burchi et De Muro (2012, 2016) donnent une piste permettant d’analyser la SAN sous
l’angle de l’AC. Les deux auteurs, en partant du travail précurseur de Drèze et Sen (1989),
placent la SAN dans le domaine plus élargi du bien-être et du développement humain,
contrairement à la fixation faite pendant longtemps de la SAN aux domaines circonscrits
à l’agriculture, à l’économie et dans une moindre mesure à la nutrition. Ils estiment que
l’analyse de la SAN par l’AC passe par trois étapes que sont les droits alimentaires, les
capacités de base pour la SAN et la capacité à assurer la SAN.
3
Cette expression permet de dépasser la compréhension habituelle de la faim qui est généralement associée à l’apport
alimentaire en considérant le rendement nutritionnel. Le rendement nutritionnel varie en fonction des caractéristiques
personnelles (sexe, âge, taux métabolique, etc.), des paramètres environnementaux (climat) et sociaux (normes,
coutumes). Donc, avec l’AC, au-delà de l’accessibilité, la faim doit être appréhendée en considérant le rendement
nutritionnel.
4
La définition la plus récente et consensuelle est celle proposée en 2012 par le Comité de sécurité alimentaire mondial
(CSA). La SAN est une situation dans laquelle « tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique, social
et économique à une nourriture saine dont la quantité consommée et la qualité sont suffisantes pour satisfaire les
besoins énergétiques et les préférences alimentaires des personnes, et dont les bienfaits sont renforcés par un
environnement dans lequel l’assainissement, les services de santé et les pratiques de soins sont adéquats, le tout
permettant une vie saine et active. ».
4
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
La première étape considère ce que les populations ont et ce qu’elles font. Cela évoque la
dimension disponibilité (dotation) et la dimension accessibilité (échange, production).
Aussi, cette étape intègre une analyse des variations des dotations et des conditions
d’échange. Cet aspect est relatif à la dimension stabilité (approvisionnement). La
dimension stabilité permet d’examiner si les populations ont suffisamment de nourriture
pour vivre adéquatement maintenant et probablement dans le futur proche. Si un individu
a un emploi saisonnier ou irrégulier, les coûts de la marchandise qu’il offre peuvent
connaitre une fluctuation. S’il vend des actifs importants, l’individu peut être dans une
situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans un contexte d’apport calorique
suffisant. Des informations sur l’emploi, les actifs, l’épargne, la liberté de
revendiquer/manifester, les transferts monétaires, l’aide alimentaire et le niveau des prix
sont utiles à collecter. Toutefois, les deux auteurs estiment que les données sur les
variations de dotations et les conditions d’échange sont irrégulières ou inexistantes, voire
souvent non officielles.
La seconde phase considère d’autres paramètres pouvant influencer la capacité d’être
libéré de la faim. Il s’agit des informations liées aux facteurs institutionnels (règles,
normes, coutumes) et environnementaux (aléas climatiques) dont les données sont
souvent inexistantes. En plus de ces deux facteurs, les auteurs citent d’autres éléments
qualifiés de capabilités de base que sont la santé, l’éducation et la justice sociale. Ces
éléments peuvent limiter ou accélérer les effets des facteurs institutionnels et
environnementaux sur la SAN. Burchi et De Muro (2016) précisent que les données en
lien avec des variables liées à la scolarisation, aux soins de santé, à l’assainissement et à
la participation aux prises de décision sont des proxys des capacités de base.
Quant à la capacité à assurer la SAN, cette étape va au-delà des capacités de base et de
leurs interactions, pour considérer des informations sur l’état nutritionnel, la qualité et la
variété de l’alimentation, les pratiques et les connaissances nutritionnelles. Une personne
dont le revenu a augmenté n’a pas systématiquement une amélioration de son état
nutritionnel du fait que la qualité de son alimentation n’a pas changé ou peut changer
négativement. Même si cette hausse de revenu permet d’acheter des aliments de qualité,
la capacité de l’individu à favoriser une conversion en éléments nutritionnels peut être
faible (Crocker, 2008). Cette manière d’analyser la SAN intègre la dimension utilisation.
Si les données de certaines variables sont accessibles et régulières (pourcentage des enfants
de moins de 5 ans présentant un retard de croissance) ; d’autres, par contre, ne sont pas souvent
disponibles de façon continue (prévalence de la carence en vitamine A). De ce fait, les
données manquantes sont à collecter ou le croisement de plusieurs bases de données peut
contribuer à obtenir des informations qui y sont relatives.
Une telle hiérarchisation des étapes permet de lier les causes de l’insécurité alimentaire
et nutritionnelle soit à une faiblesse des dotations, une insuffisance de revenu, soit la
faiblesse des fonctions de base (éducation, accès aux soins de santé, assainissement…),
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
ou encore une combinaison de ces différentes causes. La capacité à assurer la SAN telle
qu’analysée par Burchi et De Muro (2016) est assez similaire à la vision de Drèze et Sen
(1989) qu’est la capacité à être adéquatement nourri. Cette analyse des auteurs est
cohérente avec la récente définition de la SAN proposée par le CSA qui est la plus avancée
et qui montre les liens étroits entre la sécurité alimentaire et la nutrition. Elle prouve une
interconnexion entre les dimensions de la SAN.
A l’image de Crocker (2008), l’AC donne l’opportunité de mettre l’accent sur les
capacités nutritionnelles qui sont importantes pour le bien-être humain. L’approche
permet de dépasser les cadres restreints d’identification des populations souffrant
d’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Ces derniers mettent habituellement l’accent sur
l’insuffisance de la nourriture et la surveillance mécanique des besoins nutritionnels. Or,
l’AC en orientant l’analyse dans le cadre plus large du bien-être identifie les causes
profondes, directes et indirectes de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
Une des limites de l’analyse sous l’angle de l’AC est l’hypothèse que les agents
économiques visent à être en SAN à tout temps et à tout moment. Or, il est possible que
des individus optent d’être en insécurité alimentaire et nutritionnelle sur une période
donnée. En effet, un individu peut décider de jeûner ou de faire des choix intertemporels
afin d’assurer sa SAN à long terme. Toutefois, il est possible d’identifier ceux qui sont
en insécurité alimentaire et nutritionnelle, mais qui n’ont pas des difficultés d’accès à la
nourriture et d’autres éléments liés à l’alimentation. Selon Burchi et De Muro (2016),
pour des raisons pratiques, il est conseillé de se concentrer sur les individus ayant une
faible capacité à être en SAN. Ils suggèrent de considérer les données disponibles pour
les besoins d’analyse ou dans la limite du possible une collecte d’informations
manquantes.
Les travaux précurseurs de Sen (1985) et de Drèze et Sen (1989) avec ceux récents de
Burchi et De Muro (2012, 2016) permettent de mieux appréhender les questions
alimentaires de façon générale et spécifiquement la SAN. Toutefois, ces travaux ne
traitent pas directement des interactions entre les quatre dimensions de la SAN. Dans la
littérature, bien qu’indirectement, quelques travaux montrent des liens possibles entre ces
dimensions.
1.2. Analyse de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sous l’angle des
dimensions disponibilité, accessibilité, stabilité et utilisation
Dans la littérature empirique, s’il est vrai que les travaux analysant les liaisons entre les
quatre dimensions de la SAN ne sont pas nombreux, il y a quelques études qui permettent
de constater que ces dimensions sont inter-reliées. Une perturbation dans l’une des
dimensions peut conduire à des changements dans au moins l’une des autres.
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
Selon Azoulay et Dillon (1993), la disponibilité des denrées alimentaires (dimension
disponibilité) est une condition nécessaire, mais elle n’est pas suffisante pour garantir la
satisfaction des besoins nutritionnels (dimension utilisation). Les deux auteurs estiment
que la couverture des besoins alimentaires peut être assurée au niveau national par une
offre suffisante, mais ne pas l’être à l’échelle locale du fait du cloisonnement de certains
marchés, des déficiences en matière d’infrastructures de transport, de stockage et de
commercialisation (dimension accessibilité). Ils soutiennent que cette situation peut
occasionner des risques de malnutrition des populations (dimension utilisation). Selon
Von Braun (1988), l’amélioration du pouvoir d’achat (accessibilité) des populations
conduit le plus souvent à l’amélioration de leur situation nutritionnelle (utilisation).
Cependant, il y a des situations lorsque l’allocation des revenus supplémentaires se fait
vers certains usages, l’amélioration de l’accès peut ne pas favoriser un meilleur état
nutritionnel.
Dans les pays de l’Afrique Subsaharienne, il est observé des situations contrastées
qualifiées de paradoxe de Sikasso en référence à cette région du Mali où la production
agricole est élevée. Cependant, la région connait une malnutrition infantile importante
(Dury et Bocoum, 2012). Ce paradoxe montre que les relations entre le pouvoir d’achat
(dimension accessibilité), la production agricole (dimension disponibilité) et la
malnutrition (utilisation) sont complexes et peu explicitées. En outre, les
approvisionnements dans le temps et dans l’espace sont généralement influencés par
l’instabilité de la production domestique, les déficiences des infrastructures, l’instabilité
des prix, la dépendance aux importations de denrées alimentaires, l’instabilité socio-
politique (stabilité).
Huchet, Dupraz et Sénadin (2012) parviennent aux résultats selon lesquels la crise
alimentaire de 2008 a montré le risque pour les pays en développement d’avoir une SAN
fondée sur les importations. En cas d’une augmentation des prix, la facture alimentaire
peut augmenter de manière importante avec une répercussion sur le pouvoir d’achat des
populations suivi souvent de risques d’instabilité politique.
Tous ces développements traduisent la complexité et l’ambigüité des relations entre les
quatre dimensions de la SAN. Les étudier dans un contexte précis à partir d’outils adaptés
est essentiel pour comprendre la nature de leur relation. C’est le cas de l’étude de
Ouédraogo, Salou et Guissou (2017).
A partir des données collectées auprès des ménages agricoles au Burkina Faso,
Ouédraogo, Salou et Guissou (2017) soutiennent que les facteurs responsables de
l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont les mêmes que ceux provoquant la
vulnérabilité : risque ou chocs entrainant une dégradation des capitaux physiques
(foncier, moyen de production), financiers (épargne, crédit), sociaux (réseau de solidarité,
sécurité sociale), naturels (aléas climatiques) et économiques (emploi, revenu). En
7
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
réalisant une analyse sur les dimensions, les auteurs identifient les principales causes
d’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Par ordre décroissant, ce sont l'accessibilité
(37%), la stabilité (30%), l’utilisation/la qualité (22%) et la disponibilité (11%). La
dimension accessibilité influe le plus sur l’insécurité alimentaire et nutritionnelle tandis
que la dimension disponibilité est celle dont l’effet est le plus faible. Ce résultat se justifie
par le fait qu’en milieu rural, l’essentiel de la population étant producteur, la très grande
majorité fait de l’autoconsommation de leur production. Par contre, les ménages dont les
productions agricoles sont de quantités faibles par rapport à leurs besoins disposent très
souvent de peu de ressources économiques pour acheter des denrées alimentaires.
L’étude de Ouédraogo, Salou et Guissou (2017) a le mérite de considérer les quatre
dimensions de la SAN. Les auteurs révèlent ainsi l’importance de chaque dimension et
particulièrement celle de la dimension stabilité qui est souvent occultée dans les travaux.
Comme limites, les auteurs ne précisent pas le fondement théorique de leur démarche. Le
concept de sécurité alimentaire est mis en exergue au détriment de celui de SAN. Il est
alors possible d’émettre l’hypothèse que l’approche par les droits constitue le fondement
théorique de ces auteurs. Cet état peut expliquer le fait que les auteurs aient privilégié de
parler de la dimension « qualité » au lieu de celle d’« utilisation » qui est plus utilisée
dans le cadre de l’AC. Aussi, la méthode d’identification des indicateurs par dimension
n’est pas indiquée. Enfin, contrairement à ces auteurs qui évaluent le poids des
dimensions dans la survenance de l’ISAN, le présent travail cherche plutôt à élucider les
relations entre les dimensions.
La figure 1 ci-dessous, inspirée des travaux de Zidouemba (2014), met en exergue les
différentes possibilités d’influence de la SAN. Elle décrit un cadre conceptuel de la SAN
en indiquant la façon dont la situation alimentaire et nutritionnelle d’un
pays/ménage/individu est influencée par divers facteurs allant de l’échelle mondiale à
l’échelle ménage.
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
Figure 1 : Canaux de transmission à la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Source : Zidouemba (2014)
La figure 1 ci-dessus illustre le fait que la libéralisation des échanges par l’intermédiaire
des politiques commerciales et le biais de cinq canaux de transmission affectent le niveau
de SAN des populations. La synthèse est donnée au niveau de la figure 2 ci-dessous.
En premier lieu, il ressort que les politiques commerciales définies au niveau international
influencent les disponibilités alimentaires mondiale et nationale ainsi que le niveau des
importations alimentaires. Secundo, ces politiques affectent les bénéfices des producteurs
et les coûts des aliments du fait de leur effet sur les prix mondiaux des denrées
alimentaires et les prix du marché intérieur. Elles influencent également les capacités de
subvention des producteurs. Par ricochet, elles ont un impact sur les décisions d’investir
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
dans l’agriculture. Ces investissements peuvent générer des effets dynamiques plus
importants que les effets à court terme. Au niveau de la consommation, les politiques
commerciales ont une incidence sur le coût des aliments, les revenus des populations et
le capital humain. Le troisième canal concerne les politiques commerciales impactant le
niveau et la stabilité du taux de croissance économique ainsi que la création d’emplois.
Ces variables définissent le niveau, la variabilité et la répartition du revenu pour la
population et permettent d’orienter si la croissance est pro-pauvre ou défavorable aux
pauvres. Quatrièmement, le budget public constitue un aspect d’influence de la SAN. Les
recettes provenant directement de la perception des taxes commerciales et indirectement
de la perception générale des impôts constituent un canal important. Le niveau des
recettes publiques affecte les décisions de financement ou d’investissement dans les
services, les infrastructures, les technologies et les politiques de transfert. Ces décisions
peuvent agir sur les productions alimentaire et agricole. Enfin, le dernier canal concerne
les politiques commerciales pouvant provoquer une volatilité de la production agricole,
des stocks et des prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, ce cinquième canal s’intéresse
à la disponibilité et à la teneur des ressources naturelles (sols, sous-sol, climat, faune) qui
influent sur presque toutes les variables précédemment citées.
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
Figure 2 : Cadre conceptuel des interactions entre les canaux de transmission des
politiques commerciales et les dimensions de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Source : Auteurs
La figure 2 ci-dessus met en évidence la complexité des interactions entre ces cinq canaux
et les alternatives pour atteindre un niveau de SAN satisfaisant. Les canaux ont des
implications sur les quatre dimensions de la SAN. Les dimensions disponibilité et
accessibilité aux aliments sont influencées par trois canaux. Ces trois canaux déterminent
le volume de la production nationale. L'accès économique aux aliments est lié à leur coût
d’acquisition (deuxième canal), aux revenus des ménages (troisième canal) et aux
subventions alimentaires (quatrième canal). En ce qui concerne la dimension utilisation,
le quatrième canal (investissements dans les services de base) et le troisième canal
(revenus des ménages) sont les voies de transmission. En dernier lieu, la dimension
stabilité est directement visée par le cinquième canal. Celui-ci est intrinsèquement lié aux
quatre précédents : la variabilité de la production alimentaire mondiale et nationale, la
11
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
volatilité et la variation des indices de prix à la consommation, l’instabilité des revenus
des ménages ainsi que les fluctuations des dépenses publiques.
Théoriquement, il est établi des relations entre les dimensions de la SAN. Sur le plan
empirique, cela est moins évident. Ce fait amène Diagne (2013) a souligné que les études
empiriques s’intéressant aux liens entre les dimensions de la SAN sont rares. En effet,
l’auteur précise que la majorité des travaux en économie sur les questions alimentaires se
sont focalisés sur l’évolution des concepts, l’impact de la libéralisation sur les prix et les
filières, l’approche microéconomique (vulnérabilité, résilience et insécurité alimentaire).
Ce type d’analyse porte généralement sur une dimension spécifique de la SAN et sur les
indicateurs.
2. Pistes de mesure des relations entre les dimensions de la
sécurité alimentaire et nutritionnelle à partir de l’approche des
capabilités
Sur le plan empirique, l’AC a relativement peu d'applications. Pour une approche
développée dans les années 1980, c’est à partir de 2005 que ses applications sont les plus
nombreuses. Cela s’explique notamment par les exigences informationnelles et
méthodologiques de l’approche.
Les méthodes économétriques ayant permis d’opérationnaliser l’AC ont été regroupées
en quatre par Chiappero-Martinetti et Roche (2009). Il s’agit des solutions d'échelle et de
classement, de la théorie des ensembles flous, des techniques de réduction de données
multivariées dites méthodes d’inertie et de l'approche de régression. Une analyse croisée
montre que ces méthodes visent à décomplexifier l’étude des phénomènes
socioéconomiques tels que le bien-être, la pauvreté, le développement humain et
l’inégalité.
La grande majorité des études utilisant ces techniques ont pour but de proposer des
mesures agrégeant un phénomène donné en une valeur numérique dite indice. Les
méthodes de mesure multidimensionnelle ont fait d’importants progrès au cours des deux
dernières décennies ouvrant de nouvelles perspectives pour mesurer et agréger des
phénomènes socioéconomiques complexes en un seul indice. Toutefois, en partant de
l’idée de Sen, Alkire et Santos (2010) souligne que la passion de l’agrégation est justifiée
dans de nombreux contextes, mais elle peut devenir futile ou inutile dans d’autres
situations. Ces auteurs notent que la variété ne doit pas systématiquement rimer avec une
agrégation des données et les indices sont parfois en contradiction avec le fondement
conceptuel de l’approche multidimensionnelle. Car, au final cette approche se réduit à
une étude unidimensionnelle (Bourguignon et Chakravarty, 2003). Il s’agit
principalement des trois premières méthodes qui ont été couramment utilisées dans ce
cadre.
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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 8
Quant au quatrième groupe relatif à l’approche de régression, il faut noter qu’elle a été la
plus utilisée dans l’opérationnalisation de l’AC (Chiappero-Martinetti et Roche, 2009).
Elle offre l’avantage de proposer des informations à la fois agrégées et désagrégées
(Mabsout, 2011 ; Sarr et Ba, 2017). L’approche de régression est constituée de plusieurs
modèles. Les modèles sous-jacents utilisés sont notamment le probit et le logit
(Burchardt, 2005 ; Ouédraogo, Salou et Guissou, 2017), les modèles d’équations
structurelles (MES) (Krishnakumar et Ballon 2008; Sarr et Ba 2017), etc.. L’approche de
régression a été utilisée dans 90% des études ayant utilisé toutes les deux formes de l’AC
(fonctionnement et capabilité) et les MES ont été les plus représentés (63%) (Chiappero-
Martinetti et Roche, 2009).
Selon Jakobowicz (2007), un des avantages des MES est de recourir à des variables
latentes. Elles ont des caractéristiques indirectement observables et ne peuvent pas être
mesurées directement. Etant inconnues, ces variables sont estimées à partir des variables
manifestes qui, à l’inverse, sont des variables pour lesquelles des mesures sont
directement observées. De ce fait, chaque variable latente est estimée à partir des
informations recueillies au niveau des variables manifestes.
Dans le domaine économétrique, les MES sont les plus appropriées pour étudier des
phénomènes socioéconomiques représentés par des domaines de capacité (capabilité,
dimension) et chacun d’eux donnant lieu à au moins un fonctionnement (indicateur). Une
capabilité étant une combinaison d’un ensemble de fonctionnements, elle n’est
percevable que lorsque les fonctionnements le sont (Sen, 1999). Il en est de même de la
SAN où, en réalité, les quatre dimensions ne sont pas manifestement observables. Les
dimensions sont appréhendées chacune par un ensemble d’indicateurs.
Le tableau 1 met en valeur les similarités entre le concept de la SAN, l’AC et les MES.
Leurs similarités sont observées à deux niveaux.
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Tableau 1 : Grille de correspondance entre l’approche par les capabilités, les
modèles d’équations structurelles et la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Niveau d’analyse
Niveau 1 Niveau 2
Fonctionnement accomplis
Approche par 𝐂𝐚𝐩𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é
Fonctionnement non ∑ 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑎𝑐𝑐𝑜𝑚𝑝𝑙𝑖𝑠
les capabilités
accomplis
Modèle Variables manifestes
𝐕𝐚𝐫𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐥𝐚𝐭𝐞𝐧𝐭𝐞
d’équation pertinentes
𝑉𝑎𝑟𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑛𝑖𝑓𝑒𝑠𝑡𝑒𝑠
structurelle Variables manifestes non 𝑝𝑒𝑟𝑡𝑖𝑛𝑒𝑛𝑡𝑒𝑠
(MES) pertinentes
Sécurité
alimentaire et Indicateurs pertinents 𝐃𝐢𝐦𝐞𝐧𝐬𝐢𝐨𝐧
nutritionnelle Indicateurs non pertinents 𝐼𝑛𝑑𝑖𝑐𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑡𝑖𝑛𝑒𝑛𝑡𝑠
(SAN)
Source : Auteurs
Sur le plan théorique, la dimension de la SAN correspond à la seconde forme (capabilité)
de l’AC et à la variable latente des MES. En ce qui concerne les indicateurs de la SAN,
ils sont assimilables à la première forme (fonctionnements) de l’AC et aux variables
manifestes des MES. La dimension ou la variable latente n’est directement observable
que lorsqu’elle est constituée d’au moins un indicateur ou une variable manifeste.
Utiliser les MES permet de mieux appréhender la SAN à travers ses quatre dimensions.
D’une part, les MES ont l’avantage de proposer une méthode permettant d’estimer le
poids de chaque dimension dans la détermination de la SAN. D’autre part, les MES
offrent un cadre qui permet d’identifier les déterminants différenciés de la SAN par
dimension. Ces deux situations ne peuvent pas être analysées dans le cadre des indices.
Sur le plan méthodologique (opérationnel), pour chaque dimension de la SAN, il faut
identifier ses principaux indicateurs. Pour une dimension donnée, il est recherché la
contribution des autres dimensions à sa formation. De ce fait, sauf les variables manifestes
(indicateurs) qui jouent uniquement le rôle de variables explicatives, une variable latente
(dimension) peut être à la fois expliquée (endogène) et explicative (exogène). Donc,
l’enjeu est de montrer les relations entre les dimensions de la SAN, qui théoriquement ne
sont pas observables. La littérature exploitée n’a pas permis de rencontrer un modèle
théorique préétabli et ayant été évalué empiriquement montrant les liens entre les
dimensions. De ce fait, le présent travail est de nature exploratoire en vue de tester
empiriquement ces relations.
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Conclusion
Le présent travail aboutit au fait que l’AC est un cadre théorique adapté pour analyser
empiriquement les relations entre les quatre dimensions de la SAN. Les MES, l’un des
outils les plus utilisés dans l’opérationnalisation de l’approche, ont été jugés appropriés.
D’une part, la nature des relations entre les dimensions, le poids de chacune et l’incidence
directe des indicateurs sur chacune facilite la prise de décisions politiques pertinentes
d’amélioration de la SAN. D’autre part, ces relations peuvent rendre compte de
l’hétérogénéité, de l’incidence et des déterminants des dimensions de la SAN. Les MES
doivent conduire à l’identification de la/des dimension (s) sur laquelle (lesquelles) il est
plus important d’actionner. Une suite logique du prochain travail sera de déterminer les
liaisons « mesurées » des quatre dimensions de la SAN.
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