JOIN ENENTNAUTAT m=— FABRICE
PARMElefcloie
_ IL FAUT SAUVER CLÉOPATRE !
LS 1MÉNI
ANTINO US
IL FAUT SAUVER
CLÉOPÂTRE!
wwWw.editions.flammarion.com
© Flammarion pour Le texte et l'illustration, 2004.
87, quai Panhard et Levassor - 75647 paris Cedex 13
ISBN : 978-2-0816-2490-0 - N° d'édition : L.0O1EJENFP2490.C009
Dépôt légal : juin 2004 - Imprimé en France par IME
Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur Les publications destinées à la jeunesse.
Alain Surget Fabrice Parme
IL FAUTSAUVER
CLÉOPÂTRE!
73 ç72"
ÉEATES 2
7
C_\ D
ES 2 PT TE on
27 ER
CHAPITRE
1)
C4
L MONSTRE DU NIL
.ixA He
H gite
se
Mde
Ne
y
AN
à
ANAKB \ A
MEMPHIS, EN 48 AV. J.-C.
Deuxenfants
pêchent
surleNil.
Couché dans une barque en roseaux tressés,
Iméni le petit Égyptien a attaché un fil à son orteil,
et il attend que le poisson morde. À côté d’Iméni,
son ami grec Antinoûs surveille la surface de l’eau.
Il tient une épuisette à la main, mais les flots sont
encore rouges des boues que le Nil transporte pen-
dant son inondation, ce qui fait qu'il ne voit pas
grand-chose. Entre les deux garçons dort Fenk, un
fennec couleur sable : il est sorti un jour du désert et
s'est perdu dans les rues de Memphis, la grande ville
blanche qui repose à l'abri de ses murailles.
Antinoûs l’a découvert et l’a aussitôt adopté. Quand
Fenk ne dort pas, il a la fâcheuse manie de mordiller
toutes les chevilles qui passent à sa portée.
se
1. LE MONSTRE DU NIL
Des nénuphars flottent devant les papyrus, un
peu comme des parasols verts posés sur l’eau. Il ne
faut pas trop s’en approcher parce que des croco-
diles se cachent parfois dessous.
Justement, un œil s'allume sous l’un d’eux.
Le grand nénuphar se sépare des autres et il se
dirige lentement vers la barque. Une ombre bouge
sous lui. Pourtant pas un froissement ne trouble la
surface. Le nénuphar approche. La créature qui nage
sous lui plonge tout à coup et passe sous la barque.
— Hééé ! s'écrie Iméni comme le fil se tend brus-
quement. Ça mord !
Antinoüs place son épuisette de façon à attraper
le poisson dès que son camarade le sortira de l'eau.
— Ahi ! Ahi ! gémit Iméni. Il est plus fort que
moi. Il va m'arracher l’orteil.
—_C'est sûrement une grosse pièce ! suppose le
jeune Grec en attrapant le fil pour aider à remon-
ter la prise.
.Mais la chose se débat sous l’eau. Elle résiste,
s'enfonce à la verticale. La jambe d’Iméni est tirée
hors de l’embarcation.
D
IE
— Coupe le fil ! hurle-t-il. Cette bête va m'en-
traîner au fond.
ch
ñ
1. LE MONSTRE DU NIL
Soudain--le filrse détend. Iméni retombe en
atrière Jreplhie Ses jJämpbes“etse frotte. le pied.
Antinoùüs se penche au-dessus du fleuve pour
scruter l’eau. Plus rien. Le monstre a disparu.
— Ouf ! soufflent les deux enfants sans se rendre
compte que le nénuphar s’agite à nouveau derrière
eux, de l’autre côté de la barque.
Une ombre se glisse dessous. Et c’est l’attaque !
L'embarcation semble prise de folie tant elle est
secouée. Iméni et Antinoüs culbutent et roulent
l’un sur l’autre ; Fenk a saisi une cheville dans sa
gueule et ne la lâche plus.
— C'est un crocodile ! panique le jeune Égyptien.
Il va retourner la bachole et nous croquer !
Antinoüs attrape son épuisette et se met à frapper
l’eau dans de grands jaillissements d’écume. Il
espère effrayer l'animal, mais l'instrument lui
échappe des mains. Pourtant, au lieu de couler,
l’épuisette reste à la surface. Il y a quelque chose
dans le filet : comme une espèce de melon flottant.
— Ah, c'est malin ! lance une voix de fille.
ol
CHAPITRE2 )
LA PHARAONNE
[ER deux garçons se regardent, surpris d’en-
tendre parler. Deux bras sortent de l’eau, se débar-
rassent du filet. Une tête de gamine apparaît.
— Ne reste pas dans le Nil ! lui conseille Iméni
d'un ton affolé. Il y a des bestioles dangereuses qui
rôdent autour de nous.
— C'est elle, la bestiole dangereuse, indique son
ami. Elle s'est moquée de nous en soulevant la
bachole par en dessous.
Al
2. LA PHARAONNE
— Tu nous as flanqué une belle peur, avoue
Iméni. Tu mériterais qu’on t'abandonne aux croco-
diles.
— Je m'appelle Cléo, annonce la fillette en ren-
dant son épuisette à Antinoûüs.
— Comme Cléopâtre ? relève Iméni.
— Je suis la reine Cléopâtre ! affirme Cléo en ap-
puyant sur le verbe.
Elle se cramponne des deux mains au rebord et
se hisse sur l’embarcation.
— Je vais te rejeter à l’eau, grogne Antinoëüs. Je
n'aime pas qu’on se fiche de moi.
Il veut la repousser, elle lui tape sur les doigts
avec un petit air hautain qu’elle abandonne dès
que Fenk s’agrippe des dents à sa cheville.
— Si cet animal ne me lâche pas à l'instant, je
vais le faire couper en rondelles par mes gardes.
Antinoüs éclate de rire et montre l'étendue
liquide qui les environne.
— Où ils sont, tes gardes ? Ce sont les crocodiles ?
— Je n'ai qu’à appeler, répond Cléo, et tu les
verras surgir d’entre les papyrus.
12
Antinoüs remarque à ce moment qu'Iméni
dévisage la fillette avec des yeux admiratifs,
comme s'il avait devant lui une déesse. Le jeune
Grec décoche un coup de pied dans la jambe de
son ami pour le ramener à la réalité, et soupire avec
un haussement d’épaules :
— Cléopâtre, pfff !
— Tu l’as déjà vue, ta reine ? demande Cléo.
— Non, elle vit à Alexandrie. Mais c'est une
femme, elle, pas une petite fille |
— C'est ce que tout le monde croit, riposte la
gamine, mais c’est faux !
— Reine d'Égypte, marmonne Antinoüs en la
toisant de la tête aux pieds. T'es pas plus haute que
trois figues !
— Et alors ? On me rehausse sur le trône, on me
maquille comme une adulte et mon ministre parle
pour moi. Quand je me déplace, c'est toujours en
litière, comme ça les gens ne se doutent de rien.
Cléo se rengorge, cueille une fleur de lotus au ras
de l’eau et la pique dans ses cheveux.
— Vous, vous êtes qui ? demande-t-elle.
2. LA PHARAONNE
Iméni s'empresse de faire les présentations.
— Et cette chose suspendue à mon pied ?
— C'est Fenk, déclare Antinoüs toujours méfiant.
Ne me dis pas que personne n'est au courant que la
reine est une gamine ! Ah ! voilà que je parle comme
si je te croyais.
— Mes ministres et certains scribes sont dans la
confidence, explique Cléo en se donnant un petit
air mystérieux. Ma famille dirige l'Égypte depuis
Alexandre le Grand. Si les princes apprennent que la
reine est encore une enfant, ils se battront pour
monter sur le trône. Ce serait un grand malheur si le
pouvoir tombait en d’autres mains. Vous comprenez
maintenant pourquoi on clame partout que j'ai
vingt et un ans alors que je n’en ai que dix.
— Mais …
— Mais quoi ? répète Cléo en venant défier le
jeune Grec, front à front.
Troublé, Antinoûs ne sait plus que dire.
__ Ramenez-moi à la ville, ordonne-t-elle. Je suis
à Memphis pour quelques jours.
__ Quelqu'un sait qui tu es, ici ? s'interroge Iméni.
—_Vous deux ! déclare-t-elle d’un ton sec. Et cela
ne devra pas dépasser le cadre de cette bachole. À
présent, agenouillez-vous devant moi |
Antinoüs a un mouvement de recul.
— M'agenouiller ? s'exclame-t-il en manquant
s'étrangiler.
— Si c'est vraiment la reine... murmure Iméni
en posant un genou sur le fond de la barque.
2. LA PHARAONNE
Antinoüs hésite. S'agenouiller devant une fille,
pouah ! Pourtant, si Iméni avait raison... Il risque
gros à désobêir. Antinoüs jette un coup d'œil rapide
autour de lui. Les autres pêcheurs sont loin. Alors,
ravalant sa fierté de Grec, il ploie le genou. Cléo les
regarde tous les deux puis elle éclate d’un grand rire.
Le KT
PrKP
S
NAS
PAp
2essk k
sp SA
NA\/
TE
12ae
KDY
A\L\
— Je vous ai bien attrapés !
Antinoûüs se relève d’un bond, rouge de honte et
de colère. Iméni a l'air terriblement déçu. Cléo
précise:
— Je ne suis pas Cléopâtre, je suis seulement sa
sœur !
(Z'Z
|AN
AN
MEMPHIS
SAM
esseA
QC AA
UW
LLION]
si
TT]
Séries
AAAY
;
VAZASAAA ASS
LANNAANA
à
19
Le. deux garçons ne savent plus que dire. Est-
ce encore un mensonge ? Iméni quête la réaction
de son ami pour savoir quelle attitude adopter.
Devant leur mine perplexe, Cléo pouffe de rire
derrière sa main. Un rire qui signifie clairement
qu’elle s’est une nouvelle fois moquée d'eux.
— Qu'est-ce qu'il fait, ton père ? demande
Iméni pour apprendre enfin quelque chose sur
cette tille
Cléo se gonfle d'importance.
— Mon père, il est chasseur de lions !
— Tu rigoles encore, là, suppose Antinoüs.
— Qu'est-ce que tu crois ? Que je sors d’un trou
à rats ? Tous mes ancêtres ont chassé le lion avec
les Pharaons !
3. MEMPHIS
— Cléopâtre organise des chasses aux fauves ?
s'étonne Iméni.
— Je ne sais pas, répond la petite en baïssant la
tête. Mon père est mort quand j'avais deux ans.
Un silence. Cette fois la petite fille paraît sé-
rieuse. Elle s’est assise sur les talons et caresse le
fennec.
— Moi, mon père, il est tailleur de pierres, an-
nonce Iméni. Et celui d’Antinoüs, il est marchand
d'olives.
La gamine continue à grattouiller l’animal
comme si elle n'avait pas entendu ou comme si les
phrases passaient à travers elle.
— Pour avoir de quoi survivre, ma mère m'a
vendue au propriétaire d’une maison de bière, re-
prend-elle. La taverne de L'œil d'Horus. Je sers les
clients. C’est en les écoutant que j'apprends quan-
tité de choses.
_——
Ah, fait Iméni sans oser la regarder.
Antinoüs s’accroupit, se met à triturer son filet.
— C'est triste, rajoute le jeune Égyptien.
Cléo se raidit.
Qu'est-ce quivestetnstem jette Celle Ave
colère. Je n'ai pas besoin de votre pitié parce que.
parceique.
Pour couper court, elle plonge dans le Nil et se
met à nager vers la digue, un long chemin de pierre
qui protège l'entrée du port de Memphis, et qui est
aux trois quarts recouvert par la crue.
À peine est-elle montée sur la digue que Cléo se
met à courir. Sa baignade l’a mise en retard. Le
patron de L'œil d'Horus va encore la houspiller. I]
n’est jamais content celui-là. À croire qu'il est né
avec la grogne à la bouche. Deux gros bateaux sont
en cours de chargement le long du quai.
Cléo quitte la zone des entrepôts et se dirige vers
le grand temple de Ptah, le dieu protecteur de
Memphis. La fillette traverse des ruelles étroites à
forte odeur de friture et de crottin d’âne. Des ar-
tisans sont assis à même le sol et présentent leurs
marchandises. Hommes et femmes se bousculent
dans les rues tandis que les enfants préfèrent jouer
sur les toits-terrasses des maisons.
[V2
3. MEMPHIS
AICN
Cléo approche. Le temple est tout près mainte-
nant. La maison de bière est située en face de lui,
sur une petite place où se tient le marché. Soudain
un appel remonte la rue et fend la foule en deux.
Les gens se collent contre les façades, les marchands
reculent leurs produits... Un char déboule, conduit
par un officier. Le. fouet claque aux oreilles des
chevaux, les sabots martèlent le sol, la poussière fait
tousser.
Le char qui a dépassé Cléo est arrêté devant la
taverne. Les deux chevaux ont tellement couru
qu'ils ont la tête dans l’abreuvoir. La fillette pousse
enfin la porte de L'œil d'Horus.
— Ah ! tout de même ! s’écrie le patron. Je me
demandais si les grenouilles n'avaient pas fait de
toi leur princesse !
Des hommes rigolent. L'un d'eux ajoute :
— À voir tes cheveux et ta tunique tout
mouillés, et à sentir sur toi l’odeur du fleuve, on
peut être sûr que tu viens d’épouser le roi des
crapauds |
Cléo né rit pas. Elle adore se moquer des autres
N
3. MEMPHIS
mais ne supporte pas qu'on se paie sa tête. Elle tire
une moue, se faufile entre les tables basses et les
nattes en roseau sur lesquelles sont installés les
buveurs.
— Va prendre la commande de l'officier qui
vient d'arriver ! lui lance le patron. Il est dans la
pièce blanche avec trois de ses compagnons.
La pièce blanche est un petit réduit aux murs
enduits de chaux situé au fond du couloir, et dont
l'entrée est camouflée par une lourde tenture. C’est
là que se retirent ceux qui ont à discuter d’affaires
plus ou moins secrètes. Cléo obéit, remonte le
corridor, mais au moment d’écarter le rideau, elle
entend:
— Alors nous sommes d'accord : il faut tuer
Cléopâtre !
X
CHAPITRE4
ï
Si
pi
SU at \ 7)
LE COMPLOT
es TSSS =
Géo reste pétrifiée. Elle se demande si elle a
bien compris et tend l’oreille pour écouter la suite.
— Les routes sont coupées par la crue, rappelle
l'officier. Toi, le rouquin, tu monteras sur L'Horizon
de Râ pour rejoindre Alexandrie. Le bateau part de-
main. Tu avertiras le général Achillas que les
maires des plus grandes villes d'Égypte sont
d'accord pour qu’il devienne Pharaon à la place de
Cléopâtre.
— Quand et comment tuera-t-il Cléopâtre ?
— À la fête d’Isis, dans cinq jours. Achillas a
prévu dé.
— Cléo ! hurle soudain le patron, faisant tressail-
lir la gamine. Tu t'es endormie ? Il y a du monde à
servir dans la salle !
ele
4. LE COMPLOT
Interrompu par l’appel du tenancier, l'officier
s'est arrêté de parler. « Si l’un d'eux me découvre,
je suis morte », s'effraie Cléo qui ne voit aucun
endroit où se cacher. « Et si j’entre maintenant
dans la pièce, ils vont comprendre que j'ai tout
entendu. » Cléo espère que les quatre conspirateurs
ne se doutent pas qu'elle est juste derrière la
tenture. « Ça va, souffle-t-elle, rassurée. Ils recom-
mencent à discuter, mais d’une voix tellement
basse que je ne saisis plus ce qu'ils racontent. »
— L'officier n’a pas soif ? crie à nouveau le patron.
Le cœur de Cléo fait un bond dans sa poitrine.
Le rideau glisse d’un coup sur sa tringle. Et là,
debout devant Cléo : le rouquin !
— On nous espionne ! jette-t-il aux trois autres.
Sa grosse main plonge sur la fillette, mais CIéo
est plus rapide. Elle se baisse, pivote sur ses talons
et s'enfuit vers la salle.
— Rattrape-la ! commande l'officier. Si elle nous
dénonce, nous sommes perdus.
L'un derrière l’autre, les quatre hommes s’élan-
cent derrière la petite. La gamine arrive en trombe
dans la salle. Elle marche dans un plat de lentilles
posé sur une natte, renverse un tabouret, écrase les
doigts d’un vieillard assis par terre...
— Cette grenouille est complètement folle !
s'exclame un client.
— Elle court comme si elle avait le dieu Seth à
ses trousses.
— Holà ! tonne le patron. Tu es tombée sur la tête ?
Sa surprise est totale lorsqu'il voit les quatre
poursuivants bousculer les habitués et sauter dans
les mêmes plats que la petite. Cléo aimerait appeler
à l’aide et avertir les gens que des tueurs sont après
elle, mais elle a si peur que les mots restent bloqués
dans sa gorge.
— Arrêtez-la ! Elle nous a volé un objet
précieux ! ment l'officier.
Les bras se tendent. Certains clients se lèvent
pour bloquer le passage à la petite serveuse. « Ils ne
me laisseront pas le temps de m'expliquer, se dit
Cléo. Le rouquin me tordra le cou dès qu'il posera
la main sur moi. » Alors elle frôle une jambe, évite
une table, bondit par-dessus une amphore et...
"E
4. LE COMPLOT
atterrit sur le ventre d’un gros Egyptien qui vient
d'entrer. L'homme tombe sur les genoux, se
cramponne au rouquin pour qu'il l’aide à se relever.
Ffft, Cléo en profite pour se faufiler dans la rue.
Quand les quatre gaillards se précipitent à l’exté-
rieur, Cléo est déjà au bout de la rue.
— Elle n'ira pas loin, déclare l'officier en grim-
pant sur son char.
Dès qu’elle entend le martèlement des sabots, la
fillette se jette dans une petite ruelle si étroite que
les chevaux ne peuvent courir sans risquer de
cogner le char contre les murs. L'officier s'engage
malgré tout derrière elle, mais, au premier tour-
nant, il brise une roue contre une borne en pierre.
Ses trois complices le rejoignent, rouges et suant à
grosses gouttes.
— Rabattez-la vers le Nil ! ordonne l'officier. Et
faites-la disparaître !
Cléo essaie de perdre ses poursuivants dans les
ruelles, mais un des hommes surgit sur sa droite.
Prise de peur, la fillette veut s'enfuir par la gauche,
mais un deuxième apparaît qui lui bloque le
passage: Le troisième arrive derrière elle, l’em-
pêchant de retourner en arrière. Alors Cléo n’a plus
qu'une solution : courir vers le fleuve.
Lorsqu'elle atteint le Nil, ses poursuivants sont
VY
4. Lé COMPLOT
sur ses talons. « Je ne peux pas traverser à la nage,
se dit la gamine, le fleuve est bien trop large. » CIéo
aperçoit soudain une embarcation à l'écart, près
dunemnappedes nénuphars.- "Deux petites
silhouettes sont à l’intérieur : l’une est couchée sur
le dos, l’autre fait des moulinets avec son épuisette.
À coup sûr, ce sont Antinoüs et Iméni ! Le voilà, le
salut ! Cléo agite les bras pour attirer leur attention,
mais ils ne la remarquent pas.
Plouf ! Elle saute dans le Nil. Le rouquin plonge
à son tour. Cléo se met à nager sous l’eau pour
échapper à sa vue. L'homme se retourne et crie à
ses complices de longer les papyrus pour cueillir la
gamine dès qu'elle remettra le pied sur la terre
ferme.
Retenant sa respiration, Cléo nage jusque sous
les nénuphars. Alors, elle peut remonter pour
respirer en se cachant sous la feuille. La bachole est
toute proche, mais le rouquin n'est pas loin, qui
guette chaque mouvement de l’eau. Cléo s'enfonce
à nouveau et continue à nager vers la barque. La
voilà enfin, juste au-dessus de sa tête ! On dirait un
V
crocodile endormi. Ouf ! Cléo refait surface et
s'agrippe des deux mains à la bachole. Fenk vient
immédiatement planter sa truffe contre son nez.
— Oh non ! Pas encore elle ! s'exclame Antinoûs
en l’apercevant derrière lui.
— Aidez-moi ! souffle la fillette. On me pour-
chasse ! On veut me tuer !
— Ouais, ouais, fait Iméni sans bouger le petit
doigt.
— Laisse-nous rigoler, dit Antinoûüs. Qu'est-ce
que tu as inventé, cette fois ?
w CIN
4. LE COMPLOT
— Rien du tout ! panique CIléo en voyant appro-
cher le rouquin qui l’a aperçue.
— Hé ! Cette folle va nous faire chavirer ! s’effraié
Iméni comme elle s'accroche des bras et des jambes
au rebord pour grimper dans la barque.
— C'est vrai qu'on la suit, constate Antinoüs. Le
bonhomme a l’air furieux.
Sitôt dans l’embarcation, Cléo s'empare de la
pagaie et commence à ramer de toutes ses forces.
— Tu as dû gâcher sa journée avec tes bêtises
pour qu'il t'en veuille à ce point, suppose Iméni.
— J'ai mis le doigt sur un complot : ils veulent
tuer Cléopâtre ! Alors nous devons aller la prévenir
à Alexandrie.
— Nous ? Comment ça, nous ? s’écrient en chœur
les deux garçons.
CHAPITRE5 })
CAP SUR ALEXANDRI&
(CR quelques mots, Cléo raconte ce qu’elle a
entendu à L'œil d’Horus.
— Maintenant que vous êtes dans la confidence,
ils vont vouloir vous tuer aussi, affirme-t-elle.
Alors prenez vos pagaies et ramez |
Un coup d'œil sur le rouquin qui redouble d’ar-
deur pour les rattraper. Sa face exprime une telle
colère, une telle sauvagerie qu'il fait peur. Iméni
saisit sa rame, Antinoüs arrache la sienne des
mains de Cléo, et ils piochent l’eau à grands gestes.
— Je ne te crois pas, halète Antinoüs. Tu lui as
volé un objet de valeur, et il veut le récupérer.
— Bien sûr ! Je lui ai dérobé une énorme oie
rôtie ainsi que le chat dont il se sert pour aller
chasser les hérons et les poules d’eau. Sans
ÆlS
5. CAP SUR ALEXANDRIE
compter que j'ai aussi raflé les bijoux, le parasol et
les plus belles tuniques de sa femme.
est carconstarnetentidenramer Hs ul
dévisagent avec des yeux horrifiés. Vont-ils la jeter
à l’eau ? La remettre au rouquin pour obtenir une
récompense ?
— C'est pas vrai ! se défend la fillette. Vous ne
voyez pas que je n'ai rien sur moi | Reprenez la
navigation ! Vite !
— Tu as pu les cacher, relève Iméni.
— Avec cet homme à ses trousses ? Elle n’a pas
eu le temps, dit le jeune Grec.
— Alors qu'est-ce qu’on fait ?
— On rame ! ordonne Antinoüs. On réfléchira
après.
La bachole s'éloigne rapidement. Le rouquin
abandonne. De rage, il frappe l’eau et hurle :
— Je vous retrouverai tous les trois. Personne
n'échappe à Paneb le Rouge !
__ Nous voilà liés par le danger, glousse Cléo.
= Ne rêve pas. On te dépose sur la berge, et
après tu te débrouilles seule.
"1
Les complices de Paneb le Rouge ont suivi l’em-
barcation depuis la rive. Dès qu'ils se rendent
compte que la bachole vient vers eux, ils ricanent
et se frottent les mains. L’un des deux hommes
porte un carquois rempli de flèches sur son épaule,
et il tient un arc à la main. C'est un chasseur : il
manque rarement sa cible.
Assise entre les deux garçons, Cléo les reconnaît
alors que la barque glisse sur un tapis de nénuphars.
— Retournez au milieu du fleuve ! s’affole-t-elle.
Ces deux-là font partie de la bande !
5. CAP SUR ALEXANPRIE
— C'est évident, soupire Iméni. La moitié de
l'Égypte est à ta recherche.
— Il y a encore cet officier avec son char,
complète Cléo. Qu'est-ce que vous attendez pour
virer de bord ?
— Nous allons rester dans le courant un petit
moment, conseille Antinoüs. Nous verrons bien si
ces hommes en ont après nous.
Ziiip ! Une première flèche fend l'air et se fiche
dans la proue en roseau. Les enfants paniquent.
— Alors ? Je raconte des histoires ? s'emporte
Cléo. Et regardez qui arrive là-bas !
Monté sur un nouveau char, l'officier surgit
d'une des ruelles, longe la berge au galop et rejoint
ses hommes.
— C'est donc vrai. balbutie Iméni comme une
deuxième flèche s'envole du rivage.
— Couchez-vous!
Ffft ! Elle passe au-dessus d’une tête et va se
perdre dans les flots. Courbés en deux, les garçons
pagaient à se rompre les bras pour se mettre hors de
portée des flèches. Une troisième siffle dans le vent,
mais le tir est trop court : elle tombe à une coudée
de la bachole. Une quatrième disparaît dans l’eau,
derrière eux.
À MN
5. CAP SUR ALEXANPRIE
— Ils ne peuvent plus nous toucher, assure
Antinoüs en se redressant. Mais ils ne nous lâchent
pas. Ils nous suivent toujours de la rive.
Iméni a soudain une idée.
— Abordons de l’autre côté. Ils croiront que
nous habitons dans un des villages situés à l’ouest.
Nous profiterons de la nuit pour retraverser le Nil
ébrentrer chezmous:
Gléowrepousse du piedrle fennec ‘quir s’est
accroché à sa cheville.
— Paneb vous a vus, dit-elle. Il n'embarque que
demain sur L'Horizon de Râ. Lui et ses acolytes vont
passer la nuit à surveiller chaque barque qui
accoste à Memphis.
— Allons nous cacher dans une oasis jusqu’à
demain, propose Antinoûs.
— ]]s nous retrouveront tôt ou tard, assure Cléo.
Notre seule chance, c’est d’avertir la reine pour
qu’elle fasse emprisonner tous les conspirateurs.
— On ne va pas aller jusqu'à Alexandrie ! se
lamente Iméni en levant les bras. On en a pour
trois ou quatre jours de voyage ! Et puis nos parents
vont s'inquiéter ! Pourquoi ne pas leur expliquer
toute l’histoire, à eux ? Ils iraient en parler aux au-
torités, et ce serait à elles d’agir |
— Tu penses vraiment que ton père lâcherait son
maillet et son burin pour courir prévenir les offi-
ciers de sécurité ?
Iméni baisse la tête.
— Il ne me croirait pas, c'est certain.
— Et puis nous ne savons pas qui fait partie du
complot, poursuit Cléo. Imagine que ce soit juste-
ment celui à qui tu vas aller tout raconter …
— Aïe, aïe, aïe, souligne Antinoüs. On serait mal.
— Donc... conclut Cléo.
Elle libère sa cheville et fourre le fennec dans les
bras. d'Iméni, Elle "hélé une embarcanonmroure
proche, s'adresse au pêcheur.
— Tu connais Naket le tailleur de pierres et
Phidos le marchand grec d'olives ?
Le bonhomme fait oui de la tête.
— Préviens-les que la princesse Cléo a engagé
leurs fils pour une mission secrète, et qu’ils ne
seront pas de retour avant une bonne semaine !
5. CAP SUR ALEXANPRIE
— Comment va-t-on se nourrir ? proteste Iméni.
— De la pêche, pardi ! Et en volant sur les mar-
chés !Je vous apprendrai.
— Princesse, hein ? répète Antinoüs.
— Je te nomme général, décide Cléo en s’allon-
geant dans la bachole. Et toi, Iméni, capitaine de
notre vaisseau ! Maintenant ramez ! Alexandrie est
encore lol.
LOS, DT AC
]
Ps NUL
SN
HP
47 ||
AU FIL PU NIL
PACE
ee,
ps
prnel
ÉT
S
À la tombée de la nuit, les trois enfants se
faufilent dans une forêt de roseaux et attachent la
bachole aux tiges.
— Personne ne pourra nous découvrir ici, dit
Antinoëüs.
Iméni jette un coup d'œil entre les papyrus. Le
Nil ressemble à une mer, et les villages paraissent
flotter sur l'eau.
— Les “pécheurs «sont rentrésecrezsete
remarque-t-il. Il ne reste que les crocodiles et les
hippopotames pour nous tenir compagnie.
— Bah, ils se fichent pas mal de vos os, rétorque
la gamine. Avec la crue, ils peuvent nager jusqu'aux
porcheries et aux poulaillers. Je me souviens
qu’une année le fleuve avait tellement débordé que
rEl&
6. AU FIL DU NIL
l'eau était entrée dans les maisons, et les paysans
avaient découvert des crocodiles dans leur lit.
— Ouais, ouais, chante Iméni. Et une autre fois,
le niveau du Nil avait tellement baissé que les
poissons avaient été obligés de nager la tête en bas
pour trouver de l’eau.
Cléo hausse les épaules et marmonne entre ses
dents. Si, chaque fois qu'elle ouvre la bouche pour
dire quelque chose, l’un ou l’autre des garçons sort
une réplique pour lui clouer le bec, cela ne va pas
être amusant de naviguer avec eux jusqu’à
Alexandrie.
— Je meurs de faim, annonce Antinoûüs. Écaillez
et videz les poissons qu’on a pêchés ! Pendant ce
temps, je vais allumer un petit feu. Donne-moi les
silex, demande-t-il à Iméni en tendant la main.
— Il n’est pas question de faire du feu, déclare
Cléo. Vous voulez nous faire repérer ?
— Ceux qui le verront penseront au foyer d’un
pêcheur devant sa cabane.
— L'officier a dû lancer des hommes après nous,
suppose la fillette. Je ne veux pas prendre de risques.
où
Iméni et Antinoüs se regardent. Peut-être Cléo a-
t-elle raison, après tout. Du coup, ils baissent la voix
et évitent de remuer dans la barque, car, la nuit, les
bruits s'entendent de loin.
Accroupi sur les talons, Antinoüs commence à
racler les écailles avec le petit couteau qu'il porte
toujours à la ceinture. Iméni prend le sien, fend les
poissons en deux et donne les viscères à Fenk. En
quelques clappements de langue, le fennec avale
tout. Il se régale vraiment. Mais ce n’est pas la
même chose quand Iméni porte la chair crue à sa
bouche. Il tire une moue dégoûtée. Antinoüs hésite,
lui aussi. Il ne trouve pas cela très appétissant. Cléo,
elle, dévore les poissons à belles dents.
— Si vous aviez vraiment faim, vous ne feriez
pas cette tête jaune, leur dit-elle. Je ne parle pas du
petit creux entre deux repas, mais de la faim qui
vous mange par en dedans jusqu’à ce que vous ne
puissiez plus tenir sur vos jambes.
— Tu l'as connue, toi, cette faim-là ?
CUIR
— Hééé, corrige Iméni, pas d'accord avec toi,
6. AU FIL PU NIL
fillette ! Quand on travaille dans une taverne, on
trouve toujours quelque chose à grappiller.
Son ami lui donne un petit coup de pied pour
qu'il se taise. Iméni comprend alors, au silence
inhabituel de Cléo, qu’elle a dû vivre des années
difficiles. Il se décide à mordre dans un poisson.
— Pouah !
Il le recrache, jette le reste dans le fleuve.
— Je ne peux pas avaler ça. C'est...
L'eau s'ouvre tout à coup. Deux mâchoires
claquent. Des corps remontent à la surface, pareils
à des troncs d'arbres noirs. Il y en a tout autour de
l'embarcation. L'un d'eux fouette l'eau avec sa
queue, un autre entrebâille une gueule terrifiante.
Ses dents luisent sous l'éclat de la lune. Des yeux
clignotent au ras de la surface. Iméni attrape alors
le panier rempli de poissons et l'envoie par-dessus
bord, corbeille comprise. Les crocodiles plongent,
se battent sous l’eau pour emporter le panier.
_—_Ji] fallait le lancer le plus loin possible, siffle
Cléo du bout des lèvres. Pas juste à côté de nous.
AI
EZ
L'eau bouillonne, des vagues sautent, la bachole
est ballottée de droite et de gauche et d'avant en
arrière. Les enfants se sont couchés et se crampon-
nent de toutes leurs forces au rebord. Antinoüs
serre Fenk contre lui pour l'empêcher de bondir
hors de la barque. Cela dure un moment puis le Nil
se calme.
— Il faut partir d'ici, recommande Antinoüs. On
s'est amarrés juste au-dessus d’un nid de crocodiles.
Ils se redressent lentement, détachent la corde,
6. AU FIL PU NIL
reprennent les pagaies et les enfoncent dans l’eau
sans mouvement brusque. La bachole s'éloigne des
papyrus.
Trois jours plus tard, les enfants ont quitté le
cours du Nil pour un canal qui mène jusqu’à
Alexandrie. Il fait chaud, terriblement chaud.
Epuisés d'avoir longtemps ramé, Cléo, Iméni et
Antinoüs se reposent, allongés dans la barque. Le
fennec commence soudain à s’agiter.
— Dors, marmonne Antinoûs, ce n’est pas le
moment de jouer.
Fenk insiste, pousse des couinements. Cléo
ouvre une paupière, jette un coup d'œil du côté des
palmiers qui frangent la rive, là où le canal fait un
coude. Son cœur bondit dans sa poitrine.
— Par Osiris ! s'exclame-t-elle. L'Horizon de Rà est
sur nous ! C’est sur ce navire que se trouve Paneb le
Rouge, le rouquin qui m’a pourchassée dans l’eau.
Le réveil est brutal. Les garçons se relèvent,
découvrent en effet la coque rouge du navire qui se
profile derrière les troncs.
MI
A
— Paneb va nous apercevoir ! Les roseaux sont
trop loin pour
— On retourne la bachole ! commande Cléo. Et
on se cache dessous !
— Mais.
Pas le temps d'écouter Iméni. On se cramponne
des deux mains au rebord et on se balance en
arrière. Une fois. Deux fois. À la troisième ten-
tative, la barque se renverse. Toutes les provisions
coulent au fond. Trois têtes réapparaissent sous la
bachole. Cléo et Iméni serrent chacun une pagaie
dans leur main, Antinoùüs maintient Fenk contre
lui. L'Horizon de Rà approche. Ses rames frappent
l’eau en cadence.
Il faut noustécartertdensamroute MmaveEeL
Antinoëûs, sinon ils vont nous assommer avec leurs
avirons.
Les enfants remuent des jambes, la bachole se
déplace lentement. Splash ! Splash ! Splash ! Les
rames plongent, s’envolent, plongent, s’envolent...
L'une d'elles frôle l’'embarcation en soulevant un jet
d'écume. Saisie par la houle provoquée par le
6. AU FIL DU NIL
2!4Ÿ 20 VA
passage du navire, la bachole se met à danser sur
l’eau, entrechoquant les têtes.
— Ne sortez pas de là-dessous, dit Cléo. Si
quelqu'un est debout à l'arrière du bateau, il peut
encore nous Voir.
— Nous avons tout perdu, se lamente Iméni.
Nous voilà condamnés à devoir manger du poisson
cru. Les dieux nous punissent durement pour avoir
volé dans les jardins et sur les marchés depuis que
nous avons quitté Memphis.
— Nous n’'aurons plus le temps de pêcher,
indique la fillette. Il va falloir ramer sans arrêt pour
rattraper notre retard sur L'Horizon de Ra. Il ne nous
reste plus qu’un jour pour sauver Cléopâtre.
V
(CHAPITRE
7)
ALERANDRIS LA GRANDE
il
le haute flamme du phare d'Alexandrie brille
au bout de l’île de Pharos. Elle se repère de loin, de
la mer comme de la terre, signalant à tous l’empla-
cement de la plus grande ville du monde.
— Nous avons réussi ! s’écrie Iméni comme ils
accostent au sud de la ville. Cela fait quatre jours
que nous naviguons sur le Nil. Je me sens l’âme
d’un vrai marin.
— Nous ne sommes pas encore au palais, fait
observer Antinoüs. Je doute que la reine nous
reçoive si tard.
— Il le faudra pourtant, car il y va de sa vie, dit
Cléo. Je suis sûre que Cléopâtre nous offrira l’hos-
pitalité pour cette nuit. Elle ne peut pas renvoyer
ses sauveurs. Mon rêve à moi, c’est de vivre une
7 ALEXANPRIE LA GRANDE
journée comme une princesse. Et je sens que ça va
m'arriver |
Is abandonnent l’embarcation au pied des
murailles, et se mêlent à une caravane qui revient
d'Orient. Les gardes, à l’entrée, arrêtent le convoi et
contrôlent les marchandises en fouillant sans dou-
ceur dans les coffres et dans les sacs.
— Ce sont des présents pour la reine, déclare
l’homme qui conduit la file de chameaux. Nous lui
remettrons entre autres ce superbe tapis, cadeau du
roi des Parthes. Alors évitez de faire des trous de-
dans avec vos lances !
Les soldats les laissent passer. C’est à peine s'ils
posent un œil sur les trois enfants, les prenant pour
les fils et la fille d’un quelconque caravanier. Sitôt à
l’intérieur de la ville, Cléo, Antinoëûs et Iméni sont
impressionnés par la très large et longue avenue qui
fend Alexandrie en deux, et par les autres artères
qui se coupent à angles droits. Rien à voir avec les
tortueuses ruelles de Memphis.
—_Vous vous rendez au palais royal ? demande
Cléo à un chamelier.
—_ Pas ce soir. Nous y sommes attendus demain
matin, juste avant la cérémonie au temple d’fsis.
Nous allons nous installer sous les portiques de
l’agora pour la nuit.
— L'agora, c'est quoi ?
— La grande place du marché, répond Antinoüs.
Alexandrie est une ville grecque.
— Il est où, le palais de Cléopâtre ? interroge
Iméni.
— Il suffit de remonter le quartier juif et vous y
arrivez, explique l’homme. Le palais est situé près
du cap Lochias, en face du port.
Les trois compagnons suivent la caravane jus-
qu'à ce que le chamelier leur indique la voie qu'il
faut emprunter. Il s'étonne alors de les voir partir
tout de suite.
— Vous n'avez pas l'intention d’aller offrir ce
fennec à la reine maintenant ? dit-il en roulant des
yeux ahuris.
— Nous avons une autre surprise pour elle,
annonce Iméni en gonflant sa poitrine pour se don-
ner un air important.
7 ALEXANDRIS LA GRANDE
— Ah bon ? fait l'homme, curieux de savoir.
— Ne l’écoutez pas, intervient Antinoüs. Mon
ami raconterait n'importe quoi pour se rendre in-
téressant.
Cléo saisit Iméni par le bras et le tire à l’écart.
— Les conspirateurs ont des oreilles partout, lui
chuchote-t-elle. Tu veux donc nous faire repérer ?
Heureusement, Antinoûüs réfléchit pour deux.
Ils se séparent du convoi, traversent le quartier
juif et ses innombrables boutiques et découvrent le
quartier royal avec sa suite de bâtiments et de
jardins. Enfin ils atteignent le port. Des navires de
guerre sont amarrés dans un bassin spécial. Le reste
du port est occupé par de gros vaisseaux de
commerce qui attendent l’aube pour s’aventurer
sur la mer. Les enfants approchent du palais, mais
à peine ont-ils posé le pied sur la première marche
d’un imposant escalier que deux soldats, postés en
sentinelle, croisent leurs lances pour leur en
interdire l'accès.
— Nous voulons voir Cléopâtre ! annonce Cléo
d’un ton ferme.
Les deux gardes haussent les épaules.
— Passez votre chemin ! Vous la verrez demain
au cours de la procession.
— Il faut leur parler du complot, murmure
Antinoûs à la gamine, sinon ils ne nous laisseront
jamais entrer.
— Nous venons avertir la reine qu’on va tenter
de l’assassiner pendant la fête d’Isis. Nous avons
T7 ALERANDPRIE LA GRANDE
surpris une discussion entre les comploteurs.
Les soldats se regardent, se demandant ce qu’il
faut en penser.
— Je vous assure que c'est vrai, appuie Antinoüs.
Nous venons de Memphis pour la prévenir.
— Hum, grogne le premier garde, peu convaincu.
Eeétdeuxième hésite
— Il vaut peut-être mieux le signaler tout de
même au général Achillas, on ne sait jamais.
— Le général Achillas ? s’étrangle Cléo.
— C'est l'officier de sécurité du palais. Je vais
aller le chercher. Vous lui raconterez …
— Ce nest pas 14 peine, reprend la. fillette, Je
voulais simplement rencontrer la reine pour danser
devant elle. Alors on a inventé une histoire de
conspirateurs pour que vous nous laissiez passer.
Mais si c’est le général qui nous reçoit, il ne va pas
m'engager comme danseuse d’Isis, n'est-ce pas ?
Le visage des soldats s’est durci.
— Mais elle se fiche de nous ! gronde l’un d’eux
d’une voix pleine de colère.
— C'est pas grave ! On rigole ! complète Iméni.
o
Levsarde faitwmine-de”s'élancerwers eux les
enfants détalent. Ils s'arrêtent de courir lorsque le
palais est hors de vue. Alors, ils s’assoient contre le
mur d’une maison, désespérés.
Ci fichu, soupire Antinoüs. L’ennemi est
dans la place. Qui sait si Paneb le Rouge ne va pas
nous tomber dessus au détour d’une rue ?
— Avoir fait tout ce chemin pour rien, gémit
Iméni-C'estipasr Use
ER
7 ALEXANDRIE LA GRANDE
Cléo, elle, ne dit rien. Elle a relevé ses jambes
contre sa poitrine, posé son menton sur ses ge-
noux, et elle a l'air d’être complètement absente.
— Hé, tu es toujours avec nous ? grommelle
Antinoüs en lui décochant un petit coup de coude.
Cléo ne réagit pas tout de suite. Elle regarde
fixement devant elle, puis soudain elle se redresse
en claquant des doigts.
— J'ai trouvé le moyen de parvenir jusqu’à la
reine !
a
CHAPITRE
CI.
9
A
olfs
o © alto
0
&
&ffIN
EE,
El
x
|
Le soleil se lève sur Alexandrie, dévoilant une
forêt de bâtiments de marbre, de palais, de jardins et
de temples au toit d’or. Les rues s’animent très vite,
les marchands s'installent sur l’agora avec leurs pro-
duits. Bientôt la foule s'écarte devant les chameaux
qui transportent vers le palais les cadeaux des rois
d'Orient destinés à La Plus Belle des Belles, à La
Nouvelle Isis : Cléopâtre ! La caravane s'arrête
devant le grand escalier. Des soldats établis sur les
marches forment deux rangs de boucliers et de
lances. Les chameliers détachent les coffres et les
ballots d’étoffes précieuses que des serviteurs s’em-
pressent d'emmener dans la grande salle.
Là, assise sur son trône, Cléopâtre attend. Elle
porte la double couronne des Pharaons, un collier
HE
8. CLÉOPÂTRE
d’or représentant le dieu faucon Horus aux ailes
déployées, et elle est vêtue d’une magnifique
tunique blanche si fine qu’on la croirait tissée avec
du fil d'araignée. Ses deux plus fidèles servantes se
tiennent à sa gauche, le général Achillas est à sa
droite, le glaive à la ceinture. Il étudie d’un œil
sévère tous ceux qui entrent dans la salle et dé-
posent leurs cadeaux aux pieds de la reine. Des
gardes sont placés près de la porte, près des fenêtres
et devant chacun des piliers qui soutiennent le
plafond décoré d’un champ d'étoiles. Accroupi
devant le trône, un scribe inscrit sur une feuille de
papyrus le nom et l’origine de chaque objet.
— Le roi de Babylone donne un coffre rempli de
vaisselle d’or et d'argent, annonce un des cha-
meliers qui détaille ensuite chaque pièce.
— Les princes du désert offrent trois corbeilles
de pierres précieuses, poursuit un autre.
Il les renverse l’une après l’autre : la première
contient des rubis, la deuxième des émeraudes, la
troisième des opales. À chaque passage, Cléopâtre
remercie d’un signe de la main. Des richesses
ES
s'amoncellent devant le trône : des étoffes de la
lointaine Perse, des peaux de panthères blanches,
des objets en or, des parfums, des épices... Enfin,
deux porteurs se présentent avec un épais tapis
enroulé sur lui-même, et lié à chaque extrémité par
une cordelette.
— Et voici le présent du roi des Parthes : un
superbe tapis en poil de chamelle !
Les hommes le déposent aux pieds de la reine.
Ils s'apprêtent à couper les liens quand Cléopâtre
les retient d’un geste.
— Ce n'est pas la peine de le dérouler, dit-elle.
J'accepte"avecroiemtonstcesmcCideate quite
moignent des bonnes relations qui existent entre
nos différents pays. Une partie servira d’offrandes à
8. CLÉOPÂTRE
la déesse Isis. Maintenant, il est temps que j'aille
m'apprêter pour la cérémonie au temple.
Elle se lève. Tous s’inclinent et sortent de la salle
à reculons.
Cachés à l'angle d’une maison, Antinoüs et
Iméni guettent avec impatience le retour des
chameliers.
— Les voilà ! annonce Iméni.
Les deux garçons se hâtent de les rejoindre.
_—Alors ? demande Antinoûs avec un petit sou-
rire malicieux. La reine a-t-elle apprécié le don du
roides Parthes?
— Le tapis ? Cléopâtre ne l’a même pas déroulé.
Les enfants restent figés par la stupeur.
—_ Pas déroulé ? Mais alors. Cléo.… ?
TZ
=NVIE
NES
FATL CR SNL KE
<: NX
<< L ; Fr NS
SKK
Ni
Z
AI
f
AU y
SAN
AU N NAA
gi;
NUE
SO EN |
;CAE
QEy 2)A
0 er ee _. s
DANS LE JARPIN
DU PALAIS
LCL
SK
LS
-e
Le deux garçons se précipitent vers le palais,
mais il est impossible d'entrer par l'escalier tant il
y à de gardes sur les marches.
— Il faut absolument qu’on retrouve Cléo, dit
Antinoüs. On ne peut pas la laisser prisonnière là-
dedans.
— Passons par les jardins, propose Iméni.
L'instant d’après, les deux amis escaladent le
tronc d’un palmier appuyé contre le mur du jardin
royal. Antinoûs a mis Fenk sous sa tunique, contre
son ventre, mais le petit animal n’est pas rassuré et
il couine doucement. Un coup d'œil à droite, un
coup d'œil à gauche ! Personne ne regarde de leur
côté. Hop ! ils sautent dans le jardin et se cachent
derrière une haie de rosiers. Des jardiniers sont
9. DANS LE JARDIN PU PALAIS
occupés à arracher les mauvaises herbes, d’autres
tirent de l’eau à un puits pour aller arroser les fleurs
Ébiesleontmes:
— La voie est libre de ce côté-là, indique Antinoüs
en montrant un petit pavillon entouré de vignes.
Allons-y ! Une fois là-bas, nous trouverons bien le
moyen d'entrer dans le palais par une fenêtre.
Longeant la haie, puis se glissant derrière des
massifs de fleurs et des arbustes, les enfants
arrivent au pavillon, près d’un bassin d’eau rempli
de lotus. Mais alors qu'ils contournent le bâtiment,
ils surprennent des voix provenant de l’intérieur.
—_Tu as bien compris comment faire, Paneb ?
— J'ai tout retenu dans les moindres détails.
Votre plan est parfait, général Achillas. Le dieu Seth
tuera Cléopâtre devant la statue d’Isis.
— Va-t'en à présent | Je ne-veux"pas”que
quelqu'un te découvre ici avec moi. Je vais attendre
un moment avant de quitter ce pavillon à mon tour.
Antinoûüs et Iméni n’ont que le temps de courir
s'accroupir derrière la vigne chargée de lourdes
grappes. Paneb le Rouge sort du bâtiment et se
dépêche de disparaître au détour d’une allée.
Achillas reste sur le pas de la porte, puis il décide
d'aller s'asseoir devant le bassin. C’est l'instant que
choisit Fenk le fennec pour se manifester. Mécon-
tent de se sentir prisonnier sous le vêtement de son
maître, il se met à pousser des petits cris. Achillas
se relève d’un bond, dégaine son épée et se dirige
vers les vignes.
— I] nous a vus ! s'effraie Iméni.
— Hé là ! s’écrie le général comme les garçons se
sauvent.
Pour courir plus vite, Antinoüs pose le fennec au
sol. Ne sachant par où s'échapper, les enfants pa-
niquent et s’enfuient du côté du potager.
9. DANS LE JARDIN PU PALAIS
— Rattrapez ces petits voleurs ! crie Achillas pour
attirer l'attention des jardiniers. Ils sont venus dé-
rober les raisins de la reine !
Lui-même se lance à leur poursuite. Les hommes
lâchent leurs instruments et se ruent à la suite des
deux amis. Des soldats apparaissent, qui leur blo-
quent le passage.
— Nous sommes perdus ! souffle Antinoüs.
Pendant ce temps, Cléopâtre a quitté la salle du
trône et est retournée dans ses appartements avec
ses deux servantes.
— Préparez mes vêtements de grande prêtresse !
ordonne la reine dès que la porte est refermée
derrièrerelles:
Pendant que l’une se dirige vers un coffre, l’autre
commence à déshabiller la reine.
— Ah ! peste Cléopâtre quand ses pieds nus
entrent en contact avec le marbre, ces dalles sont
toujours aussi froides. Je ne m'y ferai jamais.
— Le roi des Parthes vous a offert un tapis splen-
dide, rappelle une de ses servantes. Pourquoi ne
pas aller le chercher pour l’étendre ici ?
I
— C'est une excellente idée, reconnaît la reine.
Va dire à un garde de me l’apporter !
Peu après, un soldat se présente, le tapis sur
l'épaule.
— Etale-le devant mon lit !
L'homme coupe les cordelettes et le déroule en
le tenant des deux mains.
— Ah ! s'écrient-ils en chœur en découvrant une
fillette couchée dans les plis.
Le garde dégaine son arme. Cléopâtre l'empêche
de saisir l'enfant, mais elle s’exclame :
— Qu'est-ce que c'est que cette sauterelle ?
— Ne me chassez pas ! supplie Cléo. J'ai des
9. DANS LE JARDIN PU PALAIS
<
choses extrêmement graves à vous apprendre. À
vous seule !
La reine se penche et la regarde au fond des yeux
comme si elle y cherchait la trace de quelque
tromperie. Elle paraît réfléchir, puis elle renvoie le
soldat et ses servantes.
— Je t'écoute, fait-elle.
La gamine lui raconte toute l’histoire. Pensive,
Cléopâtre reste un moment sans prononcer une
parole.
— C'est bien, dit-elle enfin. Si ce que tu affirmes
est vrai, je dois être entourée de traîtres. Mais
comment as-tu fait pour t'introduire dans ce tapis ?
— Je m'y suis glissée cette nuit avec l’aide de mes
deux amis, pendant que les chameliers dormaient.
Mais j'ai bien cru que j'allais étouffer à l’intérieur.
—_C'est une idée originale, reconnaît Cléopâtre.
Je ne suis pas près de l’oublier.
Brusquement des cris parviennent du jardin.
— Que se passe-t-il ? demande la reine. Qui se
permet de faire un tel vacarme sous ma chambre ?
Une servante court à la fenêtre et se penche...
ar
CHAPITRE10
Lé GÉNÉRAL ACHILLAS
= LS jardiniers ont attrapé deux enfants,
explique-t-elle. Ils les amènent au général Achillas.
Ah, comme c’est curieux, un petit fennec vient de
mordre un jardinier à la cheville.
— Un fennec ! s’exclame Cléo. Alors il s’agit
d’Antinoüs et d’Iméni !
Elle se précipite à la fenêtre, découvre ses amis
aux mains du général.
— Il faut les sauver ! dit-elle en tournant vers la
reine un regard implorant.
Cléopâtre s’encadre dans la fenêtre.
— Assez | lance-t-elle d’une voix autoritaire.
Général, amenez-moi ces deux enfants !
— Ce sont des voleurs, assure l’homme. Vous
n'allez pas perdre votre temps avec.
€
10. LE GÉNÉRAL ACHILLAS
— C'est un ordre !
Le général se présente aussitôt devant Cléopâtre
avec les deux garçons. Antinoûs tient Fenk dans ses
bras, mais l'animal gronde et montre les dents.
— Ils se sont introduits dans le jardin en fran-
chissant le mur, explique Achillas. Il faudra faire
couper le palmier. Son tronc sert trop souvent
d'échelle.
Iméni s’écarte d’Achillas et vient glisser
quelques mots à Cléo. Celle-ci s'empresse d'aller les
répéter à l'oreille de la reine. Le général suit la
scène en fronçant les sourcils. Que manigancent
donc ces gosses ? Auraient-ils surpris quelque pa-
role malheureuse ? Pourtant, de la vigne, on ne
peut pas entendre ce qui se dit dans le pavillon. Et
qui est cette fillette auprès de Cléopâtre ?
_—_Tu as raison à propos du palmier, général
Achillas, admet la reine. Est-ce en l’escaladant que
Paneb le Rouge t'a rejoint dans le pavillon ?
—_ Comment ? s'écrie le bonhomme en roulant
des yeux ahuris.
Son visage change d'un coup. Son expression
CA
4
devient plus sauvage et ses yeux se résument à
deteientes
— Je ne connais pas de Paneb le Rouge, répond-il
d’une voix grave.
— (Dansuce cas sc était le fdietpSethADieerse
Antinoûs.
— Je ne comprends rien, assure Achillas en
posant négligemment la main sur la poignée de
sonépée,
— Nous savons tout ! annonce Cléo. Le complot
réunit des maires et des officiers. Paneb est arrivé
de Memphis sur L’Horizon de Rä. L'attentat contre
la reine est prévu pendant la fête d’Isis. Et vous
espérez bien devenir le prochain Pharaon. Alors ?
La mémoire vous revient ?
Devant une telle exposition de détails, le général
comprend qu'il est inutile de nier. Il tire son épée
du fourreau.
— C'est tout de suite que tu vas mourir,
Cléopâtre !
Fenk lui bondit sur la main, y plante ses crocs.
Surpris par l’attaque, Achillas pousse un cri et lâche
€
10. LE GÉNÉRAL ACHILLAS
son arme. Antinoüs lui fait un croche-pied.
L'homme culbute, roule au sol. La porte s'ouvre
d'un coup. Des soldats s'engouffrent dans la pièce
et pointent leur lance sur le général avant qu'il ait
le temps de se remettre sur pied.
— J'étais avertie de ta trahison, dit Cléopâtre.
Mes servantes sont allées prévenir mes gardes.
— D'autres se dresseront contre toi, la menace
Achillas en se relevant. Le complot est à l’image
d’une pieuvre : il s'étend à toute l'Égypte, et tu ne
sauras jamais si la main qui se tend vers toi est celle
d’un ami ou d’un ennemi. Ne compte pas sur moi
pour te révéler le nom de mes partisans |
— Jl nous reste Paneb le Rouge. Celui-là ne
retiendra pas sa langue bien longtemps lorsqu'il
barbotera dans le bassin aux crocodiles.
Achillas lui décoche un méchant sourire.
—_Pour cela, il faudrait d’abord l’attraper !
8:
CHAPITRE11
Q2
V A\D
{|
A ANATA
AV Tata a ATAA YA"A"AT
RL
LA FÊTE D’ISIS
L. foule est massée le long des quais, contenue
par une ceinture de soldats. Le sol est jonché de
fleurs. Installée dans une litière reposant sur les
épaules de six porteurs, Cléopâtre répond aux accla-
mations de son peuple par de légers mouvements
de tête. Des danseuses sacrées ouvrent la marche,
évoluant au rythme des flûtes et des tambourins,
suivies par des prêtres au crâne rasé et vêtus d’une
peau de panthère. Derrière la reine viennent les
porteurs d’offrandes, ses officiers et une troupe de
soldats. 4 Combien de traîtres y a-t-il parmi eux ? »
se demande Cléopâtre qui caresse un fennec blotti
sur ses genoux.
Le cortège remonte le port en direction du
11. LA FÊTE D'ISIS
quartier grec. Lorsqu'il arrive près de l’agora, il
s'engage sur une digue qui relie la ville à l’île de
Pharos. Les porteurs déposent la litière au pied du
temple d'Isis. Cléopâtre en descend et, accom-
pagnée par les prêtres chargés des offrandes, elle
gravit les marches du temple. Ses gardes restent à
l'extérieur, car il est interdit à des soldats d’entrer
dans un lieu réservé aux dieux. La reine franchit la
première salle où des prêtresses en robe blanche
agitent des palmes sur son passage, et elle pénètre
dans la chambre sacrée. Les prêtres y entassent des
corbeilles contenant des objets en or, des étoftes,
trois coffres en osier, des gerbes de fleurs, des pots de
nourriture, puis ils ressortent, laissant Cléopâtre
seule face à une statue colossale de la déesse Isis. Une
ombre rampe alors sur le sol, issue de derrière la
statue. C’est Seth, le dieu roux du désert et du Mal.
Il avance vers la reine, une gerbe de papyrus dans les
bras. Cléopâtre, elle, a ses mains derrière le dos.
— Ô Isis, commence la reine en s'adressant à la
statue, ce sont tes larmes qui provoquent la crue et
fertilisent l'Égypte. En liant ces gerbes devant toi,
ol
Seth et moi allons symboliser l'alliance de l’eau et
du sable, du Bien et du Mal.
Seth tend sa gerbe. Mais à la place d'une
cordelette, Cléopâtre lui exhibe le fennec sous le
nez. Fenk bondit sur Seth qui, de surprise, lâche ses
papyrus qui tombent sur les dalles avec un bruit
métallique. D'un geste vif, la reine lui arrache son
masque. Apparaît alors un homme avec des che-
veux couleur de flamme.
— Tu dois être Paneb le Rouge, dit-elle comme le
rouquin se démène pour se débarrasser du fennec
quivwvientide le "mordrerà la cheville /Lestenfants
avaient entendu que tu te cacherais sous les traits
de Seth.
— Tes gardes sont dehors, ricane Paneb le Rouge.
Ce fennec représente ta seule défense ? Tu es bien
naïve, Cléopâtre.
— Achillas est prisonnier. Tu ferais mieux de te
rendre.
— J'ai pour mission de te tuer, et je le ferai !
— Un crime sous le regard d’Isis ? Les dieux te
puniront, Paneb.
11. LA FÊTE D'ISIS
— Je les crains moins que tes hommes.
Les couvercles des coffres se relèvent brus-
quement. Cléo, Iméni et Antinoûs en jaillissent,
une épée à la main. Profitant de l'effet de surprise,
ils se placent devant la reine pour la protéger.
Paneb se baïsse, saisit le fennec par les poils de son
cou et le projette loin de lui. Vif comme l'éclair, il
plonge sa main dans les papyrus et en retire un
poignard. Lorsqu'il se redresse, les trois enfants
l'entourent, les épées dirigées sur lui.
— Je vous reconnais tous les trois. Vous
n'espérez quand même pas m'arrêter ! Vous n'êtes
que des gosses |
— C'est nous qui avons fait arrêter le général
Achillas, déclare Cléo. Ne nous sous-estime pas |
— Tu as fini de chanter ! rage l’homme en levant
son poignard sur elle.
Mais il feinte, pivote sur ses talons et frappe la
lame d’Iméni, écartant l'épée de sa poitrine. Tsing !
Tsing ! Tsing ! En deux trois coups, Paneb fait
reculer les enfants. Leurs épées sont plus longues
que son poignard, mais ils les manient mal. Il
E
repousse du pied le fennec revenu à l'attaque, et se
précipite sur les enfants en poussant un rugis-
sement de colère pour les effrayer. Ils se dispersent,
Iméni perd même son épée. L'homme évite un
coffret en bois lancé par la reine, puis il se rue sur
elle, décidé à la tuer. Il frappe un grand coup, mais
son bras ne rencontre que le vide. Cléopâtre s’est
reculée, évitant l’arme. Elle court vers les corbeilles
d'offrandes, les soulève, les renverse sur le sol. Les
pierres précieuses se répandent sur les dalles.
11. LA FêTE D'ISIS
— Hééé ! s’écrie le rouquin en glissant sur les
émeraudes et les opales.
Il bat des bras, cherche à se retenir, mais il n’y a
rien à sa portée. Il tombe sur le ventre. Le fennec
s'accroche à sa cheville, l’'empêchant de se relever.
Iméni lui saute sur le dos, Cléo lui écrase les doigts
en marchant dessus, Antinoüs pose la pointe de
son épée sur son Cou.
—J'appuie ét tu es mort, lui dit-il.
L'homme cesse de se débattre. Cléopâtre sort
une corde d’un panier, celle-là même qui devait
servir à lier les gerbes de papyrus devant Isis. Aidée
par Iméni et Cléo, elle ficelle solidement les mains
de Paneb derrière son dos.
— Sors d'ici en marchant sur les genoux !
commande-t-elle. Remettez-le à mes gardes,
dehors ! À présent, j'ai besoin d’être seule avec la
déesse.
Le même jour, en fin d'après-midi, Cléo, Iméni
et Antinoüs sont reçus au palais en présence de
toute la Cour.
— Approchez, ne soyez pas intimidés ! leur dit
Cléopâtre avec un sourire rayonnant. Paneb a livré
le nom de ses complices. Ils finiront tous en prison.
G'estle. Sorturéservé SMceux quitmentrahissent
ajoute-t-elle en élevant la voix et en promenant un
regard circulaire sur les visages qui l'entourent.
Elle prend un ton plus doux pour s'adresser aux
enfants.
— Vous méritez une belle récompense, tous les
trois. Cléo, je te garde auprès de moi. Tu vivras
heureuse au palais, un peu comme si tu étais ma
petite sœur. Iméni et Antinoüs, je vous ouvre les
portes de mes écoles et de ma bibliothèque. Vous
pourrez y étudier à l'aise. J'invite aussi vos parents
à venir s'installer à Alexandrie : ils y feront de bien
meilleures affaires qu’à Memphis. Et maintenant,
place à la danse !
Aussitôt la musique s'élève, et des jeunes filles
s'élancent dans la salle en virevoltant.
— Je ne sais pas si mon père va vouloir s'établir
à Alexandrie, fait Iméni. Nous sommes à Memphis
depuis si longtemps.
11. LA FÊTE D'ISIS
— [Le mien acceptera sans doute, suppose
Antinoüs. Il a toujours rêvé d'agrandir son
commerce.
— De toute façon, un ordre de la reine ça ne se
discute pas, souligne Cléo. Et puis j'ai envie qu'on
se revoie.
— Moi aussi !
__ Moi aussi ! termine Antinoüs. Alors même si
nos familles ne viennent pas tout de suite à
Alexandrie, faisons le serment de vivre d'autres
aventures ensemble.
—_ Nous sommes les meilleurs gardes de la reine,
assure Cléo. Elle a besoin d’être protégée. Alors
nous allons rester unis comme les trois...
__ On est quatre avec Fenk, rappelle Iméni.
__ Comme les trois... comme les quatre... je sais
pas quoi |
__ Comme les quatre pattes d’un âne ! lance
Iméni.
Antinoûs et la fillette éclatent de rire.
__ GCéttaduibléonLanente fennec, le Grec et
la princesse |
L'AUTEUR
Bonjour, c'est moi Cléo, et je voudrais vous parler de mon
papa. Alain Surget, il est fou d'Égypte ! Dès qu'il voit une
pyramide, un temple ou l'image d'un Pharaon, il craque. Et
il craque aussi pour les héroïnes ! Qu'elles soient simples
voleuses où princesses, elles sont pour lui comme des
déesses. Ça me plaît bien de courir sur ses pages, de
laisser mes empreintes sur ses mots et de l’entraîner
derrière moi dans mes aventures... Parce qu'au fond, il est
comme moi, il adore voyager... mais lui, c'est dans satête |!
L’ILLUSTRATEUR
Fabrice Parme est né près de Nancy. Après avoir suivi Les
cours de l’école Duperré et des Beaux-arts d'Angoulême, il
s installe à Paris. Il travaille pour des magazines, La bande
dessinée, la publicité et Ledessin animé. En 1999, il signe la
création graphique de La série télé La Famille pirate. Avec
LESENFANTS DU NIL, il s'attaque à un genre nouveau pour
Lui : l'illustration de romans pour la jeunesse.
DANS LA MÊME COLLECTION
DERNIERS TITRES PARUS
Découvreaussi
MYSTÈRES AUDONJON PAVILLON
NOIR
*>ñ2,
2eiEN,
w Cléopâtre empêche le garde de saisir
la petite fille, mais elle s’exclame :
—Qu'est-ce que c’est que cette sauterelle ?
—Ne me chassez pas ! supplie l’enfant.
J'ai des choses extrêmement graves
à vous apprendre. À vous seule ! sg
Cléopâtre, la reine d'Égypte, est visée par un odieux
complot ! Mais du haut deleurs dix ans, Iméni, Antinoüs ===
et Cléo vont tout mettre en œuvre pour sauver leur =
reine.
SGENFANTS
S,pu
NIL A Le |
8208
" I(LL
9
ut
RU us 624900
1"romans
marion.com
IRIX
FRANCE 6,50 €
*x2810
186078"
No1sa1943
878154
42