Anthropologie et Architecture : Claude Parent
Anthropologie et Architecture : Claude Parent
Anthropologie de l’espace.
L’architecte “Démiurge”: L’architecture “médiateur”
« Je veux que l’architecte résiste au mental « L’architecture sur laquelle on travaille est
malade de l’homme au lieu de l’accompagner déjà construite et occupée. Comme nous
dans sa maladie. Je veux en sorte qu’elle pensions que pour faire du bon logement
demeure saine, virile, au milieu de toute cette social, il fallait travailler avec la participation
démobilisation du monde et se manifeste de des futurs habitants, cette contrainte
façon à s’opposer à l’homme tel que supplémentaire nous aidait à préciser notre
maintenant il croit être pour, mieux servir tel sujet. Nous étions au premier degré du
qu’il est au fond de lui-même ou tel qu’il le problème :faire de l’architecture avec les
deviendra. C’est ce futur de l’espèce que je habitants actuels des lieux ».
dois servir (...) Je dresse l’architecture d’abord P. Bouchain,
contre l’homme afin qu’elle ne réponde à [Link]
aucune de ses bassesses, à aucune de ses te-architecte-1
soumissions…. L’architecte est peut-être le
seul homme au monde qui assume une telle
situation ».
Claude Parent
[Démiurge: Dieu responsable de la création de
l’univers physique dans divers récits
mythologiques]
1
I. Histoire et Définition du projet anthropologique :
2
l’anthropologie où il se décline d’une part entre le structuralisme dont l’objectif
est de dégager les structures invariantes de toutes les sociétés humaines et,
d’autre part, le culturalisme axé sur l’étude des caractéristiques culturelles
propres à chaque groupe culturel donné, mais aussi certains débats publics
contemporains (tel le voile, la question de l’universalité de la notion de droits
de l’homme).
2. L’entreprise coloniale :
Voir à ce propos JC. Vatin, P. Lucas (1975), L’Algérie des anthropologues, Paris,
Maspero :
A propos du regard anthropologique posé sur l’Algérie colonisée, ils distinguent 4
périodes : (La méthode anthropologique “coloniale en 4 étapes)
1. Lors de l’entreprise de colonisation : ethnologie militaire visant à découvrir les
peuplades. L’objectif est stratégique : connaître pour mieux vaincre
2. Quand l’algérien est vaincu, il devient sujet d’enquêtes folkloristes. L’objectif
du regard anthropologique est alors de montrer le retard de la culture
algérienne, de s’indigner des valeurs barbares qu’elle véhicule face à la
civilisation française et de démontrer que seule l’œuvre assimilatrice de la
colonisation française pourra sauver les Algériens.
3. Progressivement et en même temps que l’anthropologie acquiert ses lettres
de noblesse, les recherches gagnent en profondeur et en rigueur. On assiste
alors à un renversement du regard : ce qui était jugé barbare, passéiste 20
ans plus tôt est érigé en vraies valeurs (ruralité, coutumes…). Les
ethnologues regrettent amèrement leur disparition progressive. Pourquoi ce
revirement ? La France est face à un mouvement de modernisation des
élites algérienne s’accompagnant d’une poussée indépendantiste.
[La France algérienne prend de l’importance, certains se sont hissés à de
haut postes et se font reconnaître, l'Algérie ne peut plus être inférieure ou du
moins plus aussi “barbare”.]
4. L’anthropologie s’affranchit des conceptions coloniales lors de la guerre
d’indépendance avec la prise de conscience de la domination et de ses effets
ravageurs : l’algérien devient sujet de connaissance, y compris par les siens
eux-mêmes. Voir la première œuvre de P. Bourdieu (ci-dessous)
3
B. Définitions :
4
une méthodologie méthodes quantitatives telles
particulière : l’enquête de que l’analyse ou la
terrain appelée encore production de statistiques
observation participante. (Durkheim, Le suicide) ou sur
C’est B. Malinowski qui en un travail de lectures ou
fait une norme d’archives (Weber, l’éthique
professionnelle : “Je n’ai protestante et l’esprit du
presque rien à faire avec les capitalisme)
sauvages sur le vif, je ne les
observe pas assez et ne
connais rien de leur langue”
(Journal d’ethnographe,
1967)
- N’est pas exempte d’une
vision ethnocentrée
5
l’enquête de terrain. études à large échelle y sont
toujours développées
Une discipline, nous rappelle Deliège, ne peut pas se définir uniquement par son
objet d’étude, elle se définit aussi par une méthode, une manière d’appréhender son
objet d’étude. La méthodologie de l’anthropologie est et reste l’observation
participante ou enquête de terrain. Il s’agit d’opter pour un regard sur le monde
étudié de l’intérieur en s’y immergeant durant une longue durée.
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Les trois opérations de l’enquête de terrain :
1. Se documenter
2. Observer : « Fourrez votre nez partout, joignez-vous à tout ce qui se
passe, effectuez des plongeons dans la vie indigène »
(Malinowski, cité par Cefaï, [Link].)
Deux types d’observations :
- Une observation dite objective assigne à l'observation la
seule fin de décrire une situation et ses composantes
objectives pour ensuite en extraire des descriptions parfois très
fines (alors la familiarité du chercheur avec le milieu de l'objet
de son étude a pour seul but d'être le moins dérangeant
possible).
- Une observation plus interprétative ou compréhensive,
appelée observation participante et inscrite dans la durée. Son
objectif est de repérer le sens que les acteurs locaux donnent à
la situation et à leur acte :la familiarité du chercheur par rapport
à la situation dépasse de loin la volonté de minimiser un biais:
elle doit permettre une compréhension de la situation. Elle
renvoie aussi à l’idée que le chercheur doit passer à une sorte
de socialisation dans le milieu qu’il étudie (Chapoulie).
Diapo 4: En architecture à quoi sert l’observation participante?
Demander PN
3. S’entretenir formellement et informellement. L’objectif de l’entretien est
de confronter les observations avec les représentations et le discours
qui l’accompagne, saisir le sens des comportements, des usages
(entretiens doivent suivre les observations)
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II. Définition et propositions de l’anthropologie de l’espace :
Elle étudie les relations existant entre l’espace, les groupes humains, qu’ils soient
sociaux (les classes sociales) ou culturels et les fondements culturels qui les
constituent et qu’ils constituent.
8
➢ La vie privée de la famille et l’espace de l’intimité : Les différentes
pièces ne se distribuent pas aléatoirement mais selon le degré
d'intimité, les pièces les plus intimes sont à l’abri du regard de celui ou
de celle qui passe (dans la rue et dans la maison). "Il est de mauvais
ton de faire traverser une salle à manger ou une salle à coucher à son
visiteur pour le conduire au salon” (Bauhain) "Dans un salon, on
supprime les petits cadres de photographie de famille, et tous les
petits souvenirs intimes qui appartiennent à la chambre à coucher ou
tout au plus au cabinet de travail »
➢ Le monde des domestiques et la vie des services. Claude Bauhain
souligne que l’écart spatial entre le monde des patrons et celui des
domestiques va s’agrandir au fil du siècle jusqu’à l’invisibilisation
spatiale de ces derniers (ainsi on dédouble les escaliers réservés à la
famille bourgeoise et ceux réservés à la domesticité).
○ La maison protège l’intimité familiale en cachant les lieux les plus intimes
(les chambres à coucher, progressivement la salle à manger va s’isoler
du salon ou de l’antichambre où l’on fait attendre les invités) des regards
des personnes extérieures à la famille. Les espaces les plus ouverts
seront les plus proches de l’entrée et donc de l’espace public.
○ Une déconnexion de plus en plus forte entre la rue et l’habitat bourgeois
(D. Garrioch), entre l’espace public et l’espace privé, qui devient de plus
en plus le territoire de la femme (qui pendant le même temps est de plus
en plus exclue de l’espace public).
○ Ce filtrage passe aussi par un dispositif humain : le concierge et sa loge,
remplacés actuellement par des digicodes.
Comme déjà dit plus tôt cette définition impose une certaine conception de l’espace :
il est conçu à la fois 1) comme production sociale et symbolique d’une société à un
certain moment de son histoire, l’espace matériel et produit est investi de sens. [Ce
sont les habitants et la façon avec laquelle ils se sont approprié l’espace qui va
donner du sens à ce même espace.] 2) Mais il est aussi analysé comme producteur
d’usages lors des processus d’appropriation dont il fait l’objet. Pour l’anthropologue
de l’espace, l’espace n’est pas un réceptacle, une simple étendue, ou un tas de
pierres, un simple construit réductible à des mesures, il est un actant (B. Latour).
Pour exister il doit être perçu, conçu, représenté par les hommes qui l’habitent en
même temps qu’il contribue à la production des pratiques et représentations
sociales. Ce faisant, l'anthropologie de l’espace s’oppose à la fois au postulat
spatialiste selon lequel l’espace dans sa matérialité détermine le social et au postulat
sociologique selon lequel il est entièrement déterminé par le social (P. Bonin). L’un et
l’autre sont en autonomie partielle. En résumé si l’espace est une production sociale
et symbolique située dans le temps et dans l’espace, par sa matérialité, à la fois
dans sa force d’inertie et dans sa capacité à témoigner des histoires et usages
antérieurs, il produit à son tour du social et du symbolique, favorise des usages et de
représentations ou les rend malaisées.
9
B. Un exemple de la relation complexe entre l’espace matériel et le social : le cas des
tours de logements construits selon les principes modernistes :
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appartements spacieux, confortables que les sept nouvelles âmes de la cité
emménagèrent un beau jour de printemps, tandis que l’assistante sociale se
demandait avec un peu d’inquiétude ce qui allait advenir ; n’eût-il pas mieux valu
de choisir des gens plus sérieux, donner une chance à des plus méritants ?...
Quand elle revint quelques semaines plus tard, le parquet le mur avaient la
noirceur du coke, le fouillis était partout, le bout de terrain devant la maison
ressemblait à un coin de zone, et au milieu de la salle de séjour trônait le canard,
les enfants demeuraient en haillons, le père aussi noir, la mère échevelée dans
son peignoir crasseux. L’assistante se dit que le mal était sans remède, qu’elle
avait affaire à un style de vie que rien jamais ne pourrait changer. Or, surprise,
ravissement, lors de sa deuxième visite, que vit-elle ? Des murs repeints, des
enfants propres, le petit jardin net, les parents plus lucides sinon tout à fait
abstinents. Quant au canard, il avait disparu. Elle n’osa pas demander où il était
passé. Le dieu-logement avait triomphé et, selon toute apparence, cette fois,
après avoir exigé un sacrifice sanglant ».
- L’idéologie moderniste, qui sera reprise et souvent appauvrie par les politiques
de l'après guerre puis abandonnée au profit d’un discours purement
économiciste : construire au moindre coût, s’inscrit dans l’idée du progrès, dans
la croyance qu’une architecture nouvelle, détachée des traditions et des
conservatismes, contribuerait à la création d’un homme nouveau, solidaire,
échangeant, détaché de sa classe sociale d’origine. Il s’agit de bâtir une société
progressiste. Les architectes ont un rôle important à jouer dans sa construction.
Ils participent à l’avant-garde. C’est la figure de l’architecte-démiurge (JL
Genard), créateur omniscient qui sait et anticipe.
- Plus concrètement le rôle de l’architecte est d’éclairer les usagers et de leur
dévoiler la bonne manière de penser et de construire un cadre de vie «adéquat»
quitte à ce que la réception de son architecture se fasse «au forceps». Claude
Parent, grand architecte moderniste, écrit : « Je veux que l’architecte résiste au
mental malade de l’homme au lieu de l’accompagner dans sa maladie. Je veux
faire en sorte qu’elle demeure saine, virile, au milieu de toute cette
démobilisation du monde et se manifeste de façon à s’opposer à l’homme tel
que maintenant il croit être, pour mieux servir tel qu’il est au fond de lui-même ou
tel qu’il le deviendra. C’est ce futur de l’espèce que je dois servir(...) Je dresse
l’architecture d’abord contre l’homme afin qu’elle ne réponde à aucune de ses
bassesses à aucune de ses soumissions chaque fois que l’architecte dit non,
clame son refus, sa non complaisance rejeté une complicité l’architecture.
L’architecte est peut-être le seul homme au monde qui assume une telle
situation ».
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b) La cité-modèle de Laeken présentée au cours illustre parfaitement cette
architecture moderniste qui concrétise le postulat spatialiste.
● Elle illustre l’alliance entre partis progressistes et laïcs et architectes
modernes prônant l’habitat collectif, locatif et moderne. Ce modèle s’oppose
au modèle catholique basé sur l’accès à la propriété (loi de Taeye, 1948).
● Braem, proche des communistes, entend participer à l’avènement d’une
société nouvelle.
● Elle illustre la volonté de construire une contre-ville, contre la ville
traditionnelle, et un Humain nouveau débarrassé des conservatismes. • Un
prétexte : l'exposition universelle de 1958.
● Concrètement : 17 ha au nord-ouest de Bruxelles, 3 tours de 18 étages, 3
tours de 15 étages, 8 barres de logements, plus de 1000 logements et un
ensemble d’équipements publics favorisant l’autarcie, ils ne seront pas tous
réalisés. La construction se fait sur pilo's.
«La ville capitaliste étouffe dans ses propres excréments […] de l’intérieur
des habitations [de la Cité Modèle, ndlr] on pourra voir toute la marée
résidentielle bruxelloise… Plus près l’expansion banale de ce que l’on
nomme des cités-jardins et des lotissements en friche, dessine un front de
laideur auquel le nouveau quartier devra tenir tête grâce à une composition
urbaniste agressive et défensive. Ceci est la base de toute la conception :
construire, face au chaos des rues tracées au hasard, remplies à Bruxelles
de bâtiments particulièrement incohérents, un îlot d’ordre et de clarté
consciemment articulé. Elle ne pourra s’exprimer autrement que dans une
composition orthogonale de lignes et de plans… [Ndlr : Plus loin à propos du
centre culturel, il dit encore] un monument à l’angle droit qui doit conférer au
lieu un caractère élevé. L’idée qui est à l’origine de cette plastique est le motif
de l’angle droit… pour exprimer que l’homme, au milieu des éléments de la
nature qui l’entourent, manifeste sa volonté de domination à travers le signe
de l’angle droit, signe de l’ordre humain qui exprime aussi cette idée qui
pénètre toute activité humaine progressiste : agir pour changer» …
L’architecture est un moyen de « guider les citoyens pour qu’ils deviennent de
meilleurs êtres humains » (Braem, Het schoonste land ter wereld . ; cité par
Strauven, op. cit : 72, 73, 102).
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○ Son projet politique se marque dans la spatialité du lieu.
Diapo 1 : Quel est il? Comment? : Demander PN
13
c) Les critiques qui lui sont faites : inscrites elles aussi dans la logique spatialiste :
● Le caractère inesthétique des villes nouvelles.
● Elles produisent des pathologies sociales et psychologiques (la Sarcellite
[Sorte de névrose dont peuvent souffrir les habitants d'immeubles
d’habitation]).
● La critique « culturaliste » : H. Raymond (L’habitat pavillonnaire, 1966). Le
logement collectif moderne s’oppose au modèle idéal de l’habiter : la maison
(« habiter du sol au ciel » -Léger) qui permet de répondre aux besoins de
limite, de contrôle, d’espaces de réserve, d’avants et d’arrières, de
fondations... A son contraire, le modernisme laisse « littéralement l’habitant
sur place » (H. Raymond).
Elles s’inspirent elles aussi du même postulat spatialiste : l’espace dans sa
matérialité continue à y jouer un rôle déterminant sauf qu’il ne sauve plus le
monde comme le pensaient les architectes modernistes et les hommes et femmes
politiques, progressistes, qui ont commandité ces villes nouvelles mais il les
condamne.
Elles vont justifier la destruction en France de plusieurs logements collectifs
modernes.
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Dans les faits ils ont constaté que :
Les pratiques de sociabilité (ou les rapports de coexistence, les rapports de
voisinage) ne sont pas affaire de dispositions personnelles. Ils ne sont pas
sociologiquement explicables par une question de caractère ou d’affinités
personnelles mais liés aux trajectoires sociales et résidentielles des habitants.
Ainsi :
○ Les membres de la fraction supérieure de la classe ouvrière aiment la
proximité des classes moyennes et des professions libérales, positions qu’ils
veulent et pensent pouvoir occuper parce qu’ils sont en mobilité sociale
ascendante, alors qu’ils réprouvent la proximité spatiale avec les membres de
la fraction inférieure de la classe ouvrière avec laquelle ils craignent
par-dessus tout être confondus. Les jeunes de cette fraction inférieure de la
classe ouvrière, plus nombreux et surreprésentés dans l’espace public (les
jeunes des autres classes sociales font plus souvent partie de mouvements
de jeunesse) et donc visibles sont l’objet d’indignation morale de la part des
autres classes sociales (ils sont mal élevés, traînent dans la rue…). Derrière
cette indignation morale se cache un mécanisme de mise à distance sociale.
○ Les membres de la fraction inférieure de la classe ouvrière perdent de leur
assurance sociale qu’ils développent davantage dans les quartiers ouvriers
traditionnels où l’homogénéité sociale prédomine, la solidarité s’affaiblit, leur
vie se recentre sur l’unité familiale. Ils se sentent jugés par les autres et
subissent un sentiment de relégation sociale et symbolique de la part des
fractions supérieures de la classe ouvrière et de la classe moyenne qui voient
d’un mauvais œil leur voisinage.
Le point de vue développé dans ce cours est que l’ordre spatial et l’ordre social
jouent ensemble dans la production des phénomènes sociaux qui se développent
dans les cités.
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○ Une architecture aux espaces d’entre-deux et au statut incertain poussant
elle aussi à des épreuves de coexistence avec des « inconnus familiers » (A.
Morel).
○ Il peut également jouer un rôle de facilitateur d’interactions sociales (les
coursives), d’appropriation (les fenêtres et leur décoration) et producteur
d’imaginaires (le toit de la tour la plus haute).
« Une des spécificités des tours et des barres modernistes est qu'elles
multiplient les occasions de rencontre avec les voisins alors que d’autres
formes spatiales les atténuent (la maison individuelle par exemple). Le
parking, les voies de circulation piétonne, les passerelles, les espaces verts
et de jeux, les espaces intermédiaires constitués de halls d’entrée et des
cages d’escaliers, les ascenseurs, les couloirs, les coursives parfois, sont
autant d’espaces et d’occasions de rencontrer ces autres qu'Alain Morel
appelle « les inconnus familiers ». Leur caractéristique commune est
qu’aucun d’entre eux ne peut prétexter l’anonymat, supposé rythmer les
espaces publics ni se laisser aller à une trop grande familiarité, voire au
laisser faire qui serait légitime dans l’espace privé. Ces espaces, que l’on
peut qualifier d’« entre-deux », provoquent des épreuves de nomination
continuelle : A qui appartiennent-ils ? Quels sont-ils ? Ce travail incertain de
leur qualification favorise l’émergence de difficultés de coexistence,certains
en revendiquant une appropriation monopolistique, les autres la contestant.
La surabondance de tels espaces d’entre-deux pose aussi la question de la
responsabilité de leurs usages et de leur entretien. Aucun d’entre eux n’en
est le propriétaire. Pour résumer, ils constituent de véritables scènes
sociales pour le meilleur, il s’y déploie et s’invente des sociabilités
collectives importantes et d’intéressantes formes de solidarité, et pour le
pire, ils peuvent être le lieu de rencontres imprévisibles et craintes et de
lourds conflits d’appropriation.
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Cette architecture dans des conditions sociales précises comme la
précarité, l’isolement social ou le non-travail qui « cloue » certains des
habitants à l’espace local, pousse donc à la rencontre parfois vécue comme
une épreuve quand elle n’est pas désirée. Il peut s’agir de rencontres avec
des jeunes garçons qui tiennent les murs dans les espaces intermédiaires.
Mais il peut aussi s’agir de rencontres avec des adultes parfois âgés, qui
sont des anciens habitants et qui toisent eux aussi, ou encore avec la
famille d’origine immigrée qui, aux yeux de certains voisins, fait trop de
bruit, est trop nombreuse, ou encore de celui qui souffre de problèmes de
santé mentale. Mais ces rencontres peuvent aussi être heureuses,
souhaitées, apaisées ou neutres, basées sur l’indifférence polie, qualité
essentielle, selon Goffman, des comportements dans l’espace public. Dans
tous les cas, elles peuvent susciter différentes émotions comme par
exemple la peur qui peut véritablement provoquer des retraits des espaces
publics au profit des espaces privés, la réprobation, « l’indignation morale »
(Chamboredon et Lemaire) face à la présence de l’autre et la dispute pour
le monopole exclusif des espaces intermédiaires, de la cour, des bancs.
Pourtant, parfois dans le même temps et avec les mêmes personnes, des
sentiments d’attachement au lieu et aux gens se développent et cohabitent
de manière ambivalente avec le rejet. Quand les tours sont démolies et que
le voisinage se délite, les habitants se plaignent parfois lourdement et ces
démolitions entraînent véritablement chez la plupart des habitants un
sentiment de désappropriation, un sentiment de nouvelle exclusion.
17
f) Une lecture relationnelle des rapports entre le spatial et le social : retour à la Cité
Modèle :
● Des équipements matériels emblématiques de l’architecture moderniste (la
coursive, la tour, la place centrale (dite haute), les espaces ouverts grâce à la
construction sur pilotis, les espaces intermédiaires tels que les halls d’entrée,
les parkings…) poussent à la construction de rapports de coexistence
spécifiques tels que la rencontre, parfois désirée, parfois non désirée avec
des « inconnus familiers » que peuvent être les voisins (A. Morel).
18
Les fenêtres. Toutes les mêmes, toutes différentes :
19
C. Trois propositions de l’anthropologie de l’espace :
a) La limite est une opération de fondation qui concerne toutes les sociétés
(première proposition):
“Toutes les sociétés ont affaire avec l’étendue, c’est-à-dire que toutes sont
situées dans l’espace… D’autre part, de nombreuses sociétés isolent dans
l’ensemble des relations qu’elles entretiennent avec l’espace une catégorie
particulière d’opérations auxquelles elles reconnaissent la capacité de faire
fondation”. Levy et Ségaud, Anthropologie de l’espace, p. 28
20
● Une société matrilinéaire et matrilocale.
● Une société essentiellement nomade: “Un univers pensé en
mouvement” (Claudot-Hawad, p. 236).
« Pour lit de mes artères, toutes les épines et tous les chardons, plutôt
qu ’ un carré de sol clôturé à l’abri d’ un fanion » (Hawad,
Transhumance des souffles, cité par H. Claudot-Hawad) ».
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L’essuf: C’est le désert, la nature sauvage, dangereuse mais
indispensable. Peuplé par les Génies/Djinns (les Kel Esuf, «ceux du
vide ou de la solitude» (Gagnol, 2004)) qui sont craints. Il faut s’en
protéger.
22
● A l’heure actuelle, les populations touaregs résistent :
- Il y a des résistances politiques.
- Il y a des pratiques qui reconstruisent la relation nomade à
l’espace: contrebandes, développement du tourisme saharien qui
transgresse les frontières étatiques grâce entre autres aux
nouveaux moyens de communication tels les 4X4 et les portables
(Gagnol).
○ En conclusion:
23
III. Deux conférences:
A. Lucie Martin:
[A la recherche d’une prise de note complète]
B. Charlotte Gyselynck:
[A la recherche d’une prise de note complète]
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Un exercice pour l’examen :
- Visionnez le documentaire présent sur l’UV
[Link]
ancais-le-beton-et-la-courbe
- Décrivez 4 éléments architecturaux ou matériaux du siège du parti communiste français
qui expriment son idéologie et justifiez votre choix.
25
Correction de la question: "Définissez la fin du GP”:
A quoi faut-il être attentif quand on répond à une question d’examen ?
1. Donnez les éléments de réponse indispensables:
● Quoi ?
- La fin de la scission entre sociologie, qui jusque-là réserve ses analyses à
l’étude des sociétés complexes et aux phénomènes macro sociaux qui s’y
déroulent en utilisant surtout des méthodes quantitatives et l’anthropologie qui,
jusque-là analyse les sociétés dites premières en étudiant ses communautés
locales avec l’enquête de terrain.
● Qui ?
- Opérée par les sociologues de l’école de Chicago
● Comment ?
- Les sociologues de l’école de Chicago commencent à utiliser l’enquête de
terrain pour étudier les communautés locales des sociétés complexes.
Quelques réponses incorrectes:
- La sociologie n’utilise plus de méthodes quantitatives.
- La fin du grand partage désigne l’étude des communautés locales proches.
- La fin du grand partage désigne la scission, l’autonomisation, la fin de la
collaboration, le début de la distinction /Désigne la réunification,
l’homogénéisation des méthodes par les sociologues et les anthropologues.
- Le grand partage.
- Le moment où les sociétés premières ont disparu.
- Désigne l’évolution des méthodes d’analyse des sociétés.
- À cause de l’évolution des sociétés premières.
- Un changement méthodologique d’enquête (Trop flou).
- Anthropologie s’éloigne du positivisme.
- Désigne un instant, un moment, une période (Trop flou)
2. Répondez à une demande de définition par une définition
● Une définition commence par:
- Désigne…
- C’est…
- Représente…
● Une définition ne commence pas par: (= Pertes de points)
- La fin du GP a eu lieu quand…
- C’est lorsque…
- Tout d’abord il faut savoir que l’anthropo s’intéressait aux…
- Tout d’abord on parle de grand partage…
- Dans les années 20, l’école de Chicago à…
3. Articulez les idées entre elles:
● Utilisez les conjonctions de coordination.
● Utilisez des adverbes à bon escient.
4. Soyez clair.e.s, utilisez les bons mots.
5. Répondez à la question:
● La fin du grand partage est le contraire du partage…
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