Impact de l'altitude sur la respiration
Impact de l'altitude sur la respiration
Poumon et altitude
JP Richalet Résumé. – La baisse de pression d’oxygène dans l’air inspiré lors d’une exposition à l’altitude entraîne des
P Larmignat réactions physiologiques de la part de tous les systèmes de l’organisme. Sur le plan respiratoire, l’hypoxémie
C Rathat stimule les chémorécepteurs carotidiens et induit une hyperventilation, freinée dans un premier temps par
l’alcalose hypocapnique. La sensibilité des chémorécepteurs est essentielle dans le processus d’acclimatation
à l’hypoxie d’altitude. Pour un niveau métabolique donné, la ventilation est toujours plus élevée en altitude
qu’au niveau de la mer. Au cours du sommeil, des phénomènes de respiration périodique, accompagnés de
bradyarythmies, sont fréquents. L’exposition à l’altitude peut entraîner des manifestations pathologiques
dont l’expression la plus bénigne est le « mal aigu des montagnes ». Dans 1 à 2 % des cas de sujets séjournant
plus de 24 heures au-delà de 4 000 m environ, des complications graves peuvent survenir : l’œdème
pulmonaire ou l’œdème cérébral de haute altitude. L’œdème pulmonaire est caractérisé par un épisode
d’insuffisance respiratoire aiguë rapidement résolutif si le sujet est réoxygéné (descente, oxygénothérapie ou
caisson hyperbare portable) rapidement. La physiopathologie de cet œdème pulmonaire associe des facteurs
hémodynamiques (hypertension artérielle pulmonaire) à une altération de l’endothélium vasculaire et de
l’épithélium alvéolaire. La prévention de cette pathologie repose sur la détection de sujets à risque (test à
l’hypoxie), une montée progressive en altitude et une information précise du public devant se rendre en haute
altitude.
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Mots-clés : altitude, hypoxie, chémorécepteurs, mal des montagnes, œdème pulmonaire de haute altitude.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Richalet JP, Larmignat P et Rathat C. Poumon et altitude. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Pneumologie, 6-063-A-10,
2001, 9 p.
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2 Respiration périodique au cours du sommeil en altitude.
ECG : électrocardiogramme ; EOG : électro-oculogramme ; EEG : électroencé-
phalogramme.
A. Enregistrement polygraphique réalisé en début de séjour à 4 800 m ; la trace
du haut montre un aspect typique de mouvements respiratoires avec des pauses
survenant en stade 2 de sommeil.
B. Arythmie cardiaque pendant une phase de respiration périodique nocturne
(d’après [14]).
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Pathologie liée à l’altitude – insomnie (70 % des cas) : elle peut contraster avec une certaine
somnolence diurne ;
CLASSIFICATION. DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES – anorexie, nausées (30 % des cas), vomissements ;
Les diverses manifestations d’une mauvaise adaptation à l’hypoxie – asthénie, lenteur de récupération après un effort ;
d’altitude sont classées de la façon suivante [56, 57, 61, 63, 82] : – sensation d’ébriété, vertiges ;
– MAM bénin et œdème localisé de haute altitude (OLHA) ; – dyspnée anormale à l’effort ;
– mal des montagnes compliqué :
– diminution de la diurèse.
– œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) ; Les signes augmentent jusqu’à la 24 e ou la 36 e heure puis
– œdème cérébral de haute altitude (OCHA) ; disparaissent en 3 à 4 jours. L’intensité est supérieure la nuit et le
– accidents ischémiques, hémorragiques et thromboemboliques de matin au réveil, et a été reliée avec les variations nycthémérales de
haute altitude. la cortisolémie et de la vision des couleurs [65].
Le point commun à toutes ces manifestations est une altération de Deux scores cliniques principaux sont utilisés pour évaluer
l’endothélium vasculaire qui se traduit par un œdème, une l’intensité du MAM et apprécier l’efficacité d’un traitement : le score
hémorragie ou une thrombose. Il existerait ainsi une maladie de Hackett [17, 18] et le score de Lake Louise [78].
endothéliale ou œdémateuse d’altitude, s’exprimant sur divers
organes : cerveau, poumons, reins, tissus sous-cutanés, rétine, etc. Score de Hackett
Les premières données épidémiologiques sur l’incidence du MAM – Sont cotés un point les signes suivants : céphalées, nausées ou
et de ses complications nous viennent des différentes troupes anorexie, insomnie, sensations vertigineuses ou « tête légère ».
militaires déplacées au cours du conflit entre la Chine et l’Inde des
– Sont cotés deux points : les céphalées résistantes aux antalgiques
années 1960. Des équipes indiennes ont noté une incidence de
habituels, les vomissements.
pathologie d’altitude entre 0,1 et 15,5 % selon l’altitude atteinte, le
mode de transport (aérien ou terrestre), le climat, la susceptibilité – Sont cotés trois points : la dyspnée de repos, une fatigue anormale,
individuelle et l’acclimatation préalable [75]. Le tourisme montagnard une diminution de la diurèse.
a connu un essor important à partir des années 1970, à la fois dans L’examen clinique est pauvre. Tout au plus trouve-t-on parfois des
les massifs occidentaux (Alpes, Rocheuses : ski, montagne) et dans œdèmes périphériques (cf infra). L’examen neurologique est normal
les massifs lointains (Andes, Himalaya : trekking et expéditions). à ce stade ; des signes d’ataxie, de désorientation peuvent faire
Annuellement, 45 000 personnes pratiquent le trekking dans craindre une évolution vers un œdème cérébral. Des râles à
l’Himalaya népalais [73]. Hackett et al [17] ont évalué à 53 % l’incidence l’auscultation pulmonaire peuvent faire redouter une évolution
du MAM parmi les trekkeurs sur la route du camp de base de rapide vers l’œdème pulmonaire.
l’Everest. Il semble exister une relation exponentielle entre l’altitude Une forme clinique particulière, l’OLHA, peut être observée : des
atteinte et l’incidence du MAM : environ 20 % à 3 000 m et 60 % à œdèmes sous-cutanés, localisés à la face (sous-palpébraux), aux
4 500 m [61]. Dans les Andes et les Rocheuses, l’OPHA de réentrée (cf poignets, aux chevilles sont particulièrement fréquents au cours de
infra) est assez fréquent (1 à 8,1 %), alors que ce syndrome n’a pas l’acclimatation à l’altitude, en particulier chez les femmes [18, 19]. Ils
été décrit en Himalaya. Dans les Alpes, l’OPHA est plus fréquent peuvent être associés à un MAM typique, ou isolés, sans céphalée
qu’on ne le pense : dans le refuge Margharita (4 559 m), une associée.
personne par 588 nuitées doit être évacuée pour un OPHA ; dans La principale difficulté réside dans le peu de spécificité des signes
les refuges du Finsteraarhorn (3 050 m) et du mont Rose (2 795 m), du MAM. Il faut interpréter a priori tous les signes cliniques
une sur 4 000. Au total, chaque année 10 à 15 personnes sont survenant en altitude comme l’expression d’une maladaptation à
évacuées par hélicoptère dans les Alpes suisses pour un œdème l’altitude. Dans tous les cas, les mesures qui en découlent, repos,
pulmonaire ou cérébral de haute altitude. Près de 69 % des touristes descente, ne sont pas préjudiciables au malade.
qui font l’ascension du Mont-Blanc par la voie normale souffrent du
MAM [57, 61]. ¶ Examens complémentaires
Au total, actuellement, l’incidence de l’OPHA du sujet non acclimaté
varie entre 0,5 et 5 %, et l’homme semble être plus susceptible que Aucun examen n’est nécessaire au diagnostic. La mesure
la femme. La mortalité parmi les sujets souffrant d’OPHA qui n’ont transcutanée de la SaO2, maintenant possible sur le terrain grâce à
pu être traités correctement atteint 44 % [43] On peut conclure que un capteur digital, permet de confirmer l’importance de
l’incidence du MAM et de ses complications est importante, l’hypoxémie ; il est cependant difficile de relier la valeur de la SaO2
particulièrement chez ceux qui montent vite en altitude. à la gravité du MAM. En effet, une hyperventilation liée au stress
Heureusement, le MAM est le plus souvent bénin et autolimitant. peut élever la SaO2.
¶ Physiopathologie
MAL AIGU DES MONTAGNES
Quatre éléments peuvent être évoqués dans la physiopathologie du
¶ Clinique MAM, constituant vraisemblablement a minima une forme d’œdème
L’altitude de survenue est très variable selon la sensibilité cérébral débutant :
individuelle. Le MAM est rare en dessous de 2 000 m et beaucoup – altération de l’autorégulation vasculaire permettant à des
plus fréquent à partir de 3 500 m. Les signes cliniques apparaissent augmentations de pression systémique de se répercuter sur la
chez des sujets non acclimatés, 4 à 8 heures après l’arrivée en pression capillaire et d’induire une rupture de la barrière
altitude. Ainsi, les visiteurs de l’aiguille du Midi, montés hématoencéphalique (hypothèse vasogénique) ;
brutalement à plus de 3 800 m pour 2 heures ressentent rarement
ces symptômes. En revanche, les alpinistes qui tentent l’escalade du – augmentation de la perméabilité endothéliale, par une action
Mont-Blanc et couchent au refuge du Goûter (3 800 m), ressentent directe de l’hypoxie sur la cellule endothéliale et libération de
les signes de MAM lors de la nuit ou le lendemain matin au réveil. médiateurs augmentant la perméabilité [55, 58] ;
Les signes cliniques sont peu spécifiques, mais leur association est – altération du fonctionnement de la pompe Na+/K+ due à l’effet
caractéristique du MAM : direct de l’hypoxie sur la cellule cérébrale, majorée par l’action de
– céphalées (96 % des cas) : surviennent souvent à l’arrêt de l’effort, médiateurs altérant les membranes (hypothèse cytotoxique [26]) ;
peuvent s’aggraver en position allongée, la nuit et s’estomper avec – rétention hydrique favorisant l’œdème dans tous les territoires
la reprise de l’activité dans la journée ; (sous-cutané, cérébral, pulmonaire) [18] ;
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– les maux de tête seraient liés soit à une hypertension dans les 3 jours suivant l’arrivée). L’accès rapide à la haute altitude
intracrânienne (jamais démontrée), soit à un étirement des vaisseaux sans acclimatation, associé à un exercice intense, constitue la
extracrâniens (artère temporale superficielle) [34]. Une analogie avec circonstance de survenue la plus fréquente de l’OPHA.
la migraine a été évoqué, mais l’usage de médicaments L’OPHA touche des personnes jeunes, indemnes de toute pathologie
antimigraineux (sumatriptan, dihydroergotamine) n’a pas fait la cardiopulmonaire préexistante qui, à la suite d’un exercice intense
preuve de son efficacité [3, 7]. en altitude, présentent une insuffisance respiratoire aiguë [28, 56, 69].
¶ Traitement Au début, il s’agit d’une dyspnée anormale à l’effort, puis cette
dyspnée persiste au repos et s’accompagne d’une toux sèche. Les
– MAM léger (score de Hackett < 4) : antalgiques simples, aspirine signes habituels du MAM sont fréquemment associés, ainsi qu’une
(1 g), paracétamol. Si l’état est satisfaisant le lendemain matin, le douleur thoracique, une asthénie intense.
sujet peut repartir mais en modérant son allure.
À la phase d’état, volontiers nocturne, la toux ramène une
– MAM modéré (score de Hackett de 4 à 6) : repos à la même expectoration typique, mousseuse, rose ou franchement
altitude jusqu’à amélioration des symptômes, associé aux hémoptoïque. Les râles pulmonaires sont constatés par l’entourage.
antalgiques. Souvent, les contraintes du groupe rendent difficiles La cyanose est un signe constant et précoce.
l’arrêt de la progression et poussent le sujet à l’automédication ; il
repart coûte que coûte pour ne pas ralentir le groupe et son état L’auscultation retrouve des râles crépitants ou sous-crépitants,
peut s’aggraver. L’expérience du guide ou du médecin est alors inégalement répartis dans les champs pulmonaires, la tachycardie
cruciale pour repérer le sujet potentiellement à risque de est constante, une fièvre atteignant parfois 39 °C est souvent
complication grave. observée.
L’évolution se fait vers une guérison rapide et sans séquelle, quand
– MAM sévère (score de Hackett > 6) : une descente immédiate
la descente et un traitement correct sont entrepris suffisamment tôt.
(500 m peuvent suffire) ou une séance de recompression dans un
Un retard du traitement, ou des décisions inadaptées, peuvent
caisson hyperbare portable avec surveillance médicale est indiquée.
entraîner une évolution rapide et brutale, voire la mort (11 % des
La remontée en altitude ne pourra se faire qu’après sédation
cas au total, 44 % si aucun traitement).
complète des symptômes, tout en sachant que la récidive, fréquente,
impose un abandon définitif de la progression.
On s’abstient de prescrire des somnifères ; de même, l’alcool et ¶ Examens complémentaires
autres sédatifs sont à proscrire, pour éviter une hypoventilation Il ne faut pas compter sur eux pour confirmer le diagnostic, les
nocturne aggravant l’hypoxémie. On proscrit l’usage de diurétique œdèmes d’altitude survenant en général dans des régions où les
de type furosémide ou tout bloqueur calcique. La Coramine équipements médicaux sont rares.
Glucoset, dont l’indication persiste malheureusement encore dans
quelques vieilles brochures de voyage, n’a jamais fait la preuve de – Gazométrie. PaO2 et SaO2 sont plus basses que chez les sujets sains
son efficacité. à la même altitude. À 4 400 m, chez six OPHA, la SaO2 moyenne est
Des corticoïdes per os (dexaméthasone, 8 mg puis 4 mg/6 h) sont 56,7 %, les sujets normaux ayant une SaO2 de 84,1 % [70].
proposés [42]. Ils sont recommandés en injectable dans le MAM sévère – Électrocardiogramme. Il ne montre que des signes de surcharge
en cas de vomissements. Certains utilisent l’association aspirine (1 à ventriculaire droite et une tachycardie.
2 g/j) + acétazolamide (500 mg/j), mais aucune étude contrôlée n’est
– Radiographie pulmonaire. L’œdème est visible sous la forme
encore disponible. Le sumatriptan (100 mg per os) ou Imigranet
d’images alvéolaires diffuses, inégalement réparties dans les champs
(6 mg en intraveineux) a donné des résultats contrastés, intéressants
(patchy distribution) (fig 3) ou plus confluentes et homogènes si
pour certains [3], moins bons que l’ibuprofène (Nurofent (600 mg per
l’épisode est plus ancien [79]. La silhouette cardiaque est de taille
os) pour d’autres [7].
normale, les artères hilaires sont fréquemment élargies.
– Hémodynamique. On note une élévation importante de la pression
ŒDÈME PULMONAIRE DE HAUTE ALTITUDE
artérielle pulmonaire (PAP), plus importante que celle constatée chez
¶ Contexte historique des sujets normaux soumis à la même hypoxie [66]. L’index cardiaque
est normal, les résistances vasculaires pulmonaires sont élevées.
L’OPHA a été clairement décrit comme une entité propre par des Cette hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) cède rapidement
médecins péruviens travaillant dans les mines vers 4 500 m lors de l’administration d’O2. Cependant, des cas de PAP normale
d’altitude à la fin des années 1950 [56]. Il est rapporté à un œdème malgré une hypoxémie sévère ont été notés [36]. Les pressions
pulmonaire lié à l’altitude par Houston en 1960 [25]. auriculaires gauches (reperméabilisation du foramen ou pression
Avec l’œdème cérébral, l’OPHA est certainement la cause principale capillaire bloquée) sont normales. Il n’existe pas d’insuffisance
de décès dans les expéditions et les trekkings ; son incidence est cardiaque gauche.
cependant difficile à déterminer (entre 0,5 et 4 % des sujets se – Études du liquide de lavage bronchoalvéolaire. Elles ont permis de
rendant pour plusieurs jours au-delà de 3 500 m) [61]. classer les OPHA dans la catégorie des œdèmes de perméabilité [71].
Grâce à une prévention efficace, en France et dans la plupart des Les sujets porteurs d’un OPHA présentent une concentration
pays concernés, la fréquence de l’OPHA a diminué depuis une importante de protéines de haut poids moléculaire, de globules
quinzaine d’années. Cependant, les observations médicales blancs, de leucotriènes B4, de fragments du complément (C5a) et de
mentionnent rarement ce diagnostic. La relation entre les signes thromboxane B2. Le liquide aspiré lors de bronchoscopies sans
cliniques et l’environnement hypoxique est peu évoquée. lavage rapporte un liquide avec une concentration de protéines
L’ignorance habituelle des médecins pour cette partie de la médecine identique au plasma [15, 36].
en constitue certainement l’une des causes.
– Anatomopathologie. On retrouve le caractère hétérogène de la
¶ Clinique distribution de l’œdème, des dépôts de fibrine intra-alvéolaires,
ressemblant aux membranes hyalines retrouvées dans les syndromes
L’OPHA est une urgence médicale survenant chez des jeunes en de détresse respiratoire aiguë (SDRA), les œdèmes pulmonaires des
pleine santé, mais présentant vraisemblablement une susceptibilité prématurés. Les thrombi artériels pulmonaires sont nombreux, ainsi
particulière ; les signes régressent rapidement et sans séquelles sous qu’une extravasation de globules rouges et de polynucléaires. La
traitement (réoxygénation). présence d’une pneumonie associée est assez fréquente, elle peut
L’altitude de survenue varie de 2 000 à 7 000 m. Les signes être une complication de l’évolution de l’OPHA mais également
apparaissent dans les premiers jours d’exposition à l’altitude (63 % préexistante et constituer un facteur favorisant son apparition [1].
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le complexe majeur d’histocompatibilité de classe II, suggérant pour des troubles de la conscience importants ne rendent sa réalisation
la première fois qu’il existerait un caractère génétique particulier difficile et grèvent lourdement le pronostic. Les autres
chez les sujets sensibles à l’OPHA [21]. thérapeutiques ne doivent pas faire retarder la perte d’altitude [9, 26].
La réversibilité rapide de cet œdème de perméabilité est étonnante Le caisson de recompression portable est préféré à l’oxygène. Son
comparée à la lente guérison des SDRA. Une cause unique intérêt est évident quand l’état de conscience commence à décliner,
(l’hypoxie), une agression de faible durée, un arrêt total de la bien que l’on perde l’accès au malade pendant la durée de la
synthèse des médiateurs de cette agression et le retour de la PAP à compression.
la normale lors du retour en normoxie pourraient expliquer cette Les solutions hyperosmolaires (mannitol 0,25 à 0,5 g/kg en bolus)
réversibilité rapide. ont un intérêt certain. En dehors des problèmes d’hyperosmolarité,
l’hypovolémie qu’elles peuvent entraîner doit être recherchée et
¶ Traitement prévenue. Leur utilisation est sensible au froid. Cependant, la
solution de perfusion de base reste le sérum physiologique,
Réoxygénation d’ailleurs moins sensible au froid que les autres.
L’OPHA est une urgence médicale. Son traitement est simple. La Les corticoïdes doivent être administrés le plus tôt possible
descente la plus précoce possible à une altitude inférieure doit être la (dexaméthasone 8 mg, puis 4 mg/6 h). La voie injectable est
règle. Une nette amélioration peut être notée après une descente de préférable à cause des vomissements.
500 à 1 000 m. Si le malade est dans le coma, il faut assurer une hématose de bonne
L’administration d’oxygène doit être effectuée dès les premiers signes qualité en intubant et ventilant en pression positive. Cette technique
d’OPHA mais ne doit pas dispenser de la descente. Cependant, est difficile à mettre en place dans les conditions d’une expédition
l’oxygène est cher, difficile à transporter et d’utilisation limitée. Une ou d’un trekking. Cela serait pourtant la seule thérapeutique logique
solution permet de pallier ces inconvénients : le caisson de pour éviter l’aggravation de l’hypoxie. La ventilation est assurée en
recompression portable [22, 33]. Le modèle français (CERTECt) permet position semi-assise pour faciliter le retour veineux jugulaire et
une surpression de 220 mbar (165 mmHg), soit l’équivalent d’une diminuer les effets sur la pression veineuse de la ventilation en
descente de 2 300 à 3 300 m. Léger et portable (4,5 kg), il peut être pression positive.
facilement emporté en expédition ou en trekking [57, 63]. Son utilisation
La guérison devrait faire suspendre toute remontée en haute altitude
doit être limitée au traitement de sujets porteurs d’un MAM sévère,
pendant plusieurs semaines.
d’un OPHA ou d’un OCHA. Le temps utile de recompression est de
1 heure, renouvelable tant que le sujet n’a pas recouvré suffisamment
d’autonomie pour redescendre sur ses jambes. Il faut que les
opérateurs pompent en permanence (10/min) pour renouveler l’air.
Prévention de la pathologie d’altitude
Le sac peut être légèrement mis en position proclive afin de lever la
tête du sujet et faciliter sa ventilation en cas de dyspnée sévère. DÉPISTAGE DES SUJETS À RISQUE
La ventilation en pression positive de fin d’expiration a été proposée [70] : ET CONSEILS AVANT LE DÉPART
ventilation spontanée avec une pression expiratoire positive (PEP) : On s’attache, dans un premier temps, à rechercher des facteurs
VS-PEP ou ventilation contrôlée avec PEP. Ces méthodes nécessitent favorisant ou prédisposant à la pathologie d’altitude.
un matériel spécifique, difficilement utilisable sur le terrain ;
cependant, une valve de PEP simple, avec ventilation manuelle et Les sujets migraineux au niveau de la mer, particulièrement ceux
oxygène, peut être d’une aide utile lorsque l’oxygénothérapie simple avec aura, sont plus sensibles aux céphalées d’altitude [57, 60]. Les
n’est pas suffisante pour améliorer la SaO2. Ces méthodes ont sujets obèses sont potentiellement plus sensibles au MAM, du fait
l’inconvénient de diminuer le retour veineux jugulaire et d’une hypoventilation relative et de troubles respiratoires nocturnes
potentiellement de majorer un œdème cérébral. La ventilation
[23, 57]
.
artificielle après intubation devrait être la règle s’il existe des La survenue d’un MAM sévère ou d’un OPHA est reliée à la réponse
troubles de la conscience. ventilatoire à l’hypoxie, c’est-à-dire à la sensibilité des
chémorécepteurs carotidiens au stimulus hypoxique [20, 45, 57, 60]. Il
Médicaments s’agit là du facteur prédisposant au MAM le plus important : la
probabilité de faire un OPHA est 5,6 fois plus grande quand on en a
– Les diurétiques (furosémide, 20 à 40 mg renouvelable) diminuent déjà fait un. Il est ainsi possible de dépister les sujets à risque
la PAP au prix d’une déshydratation extracellulaire importante et (« mauvais répondeurs » à l’hypoxie) en pratiquant un test
une augmentation de la viscosité sanguine. Ils ne sont indiqués que d’exercice à l’hypoxie (11,5 % O2, 30 % V̇O2max) [57, 60].
dans les situations de grande urgence : œdème foudroyant,
évacuation ou oxygénothérapie impossibles. La sensibilité au MAM ou à l’OPHA n’est pas liée à un entraînement
physique insuffisant. Une infection des voies aériennes supérieures
– Les corticoïdes (dexaméthasone, 8 mg, puis 4 mg/6 h) agissent en favoriserait la survenue de l’OPHA [46]. Il s’agit d’un point très
induisant une diminution de la synthèse des dérivés de l’acide important qu’il faudra rechercher systématiquement.
arachidonique. Ils doivent être prescrits très précocement.
Les sujets porteurs d’une absence ou d’une hypoplasie congénitale
– Les inhibiteurs calciques diminuent l’HTAP (nifédipine : 10 mg d’une artère pulmonaire [13, 16] ou d’un HTAP secondaire à la prise de
sublingual répété 15 minutes après si la pression systolique ne baisse certains anorexigènes [47] peuvent présenter en altitude un œdème
pas de plus de 10 mmHg + 20 mg forme retard/6 h). Ils augmentent inaugural, révélateur de leur pathologie. Les sujets ayant fait un
la SaO2 et améliorent l’état clinique [50]. Cependant, leurs effets OPHA présentent une réponse pressive vasculaire pulmonaire
hypotenseurs systémiques peuvent être importants et conduisent à supérieure à celle des sujets normaux lors de l’inhalation d’un
limiter leur usage aux situations où un contrôle médical strict peut mélange hypoxique [32].
être effectué. Les consultations de médecine de montagne permettent de donner
– Le NO inhalé réduit l’HTAP et améliore les échanges gazeux chez des conseils précis d’acclimatation, voire la prescription préventive
des sujets présentant un OPHA à 4 550 m [67], mais son usage n’est d’acétazolamide.
pas encore possible sur le terrain. En revanche, la supplémentation Les conseils peuvent être résumés en deux phrases : « Ne montez
en L-arginine serait plus pratique de mise en œuvre (Arginine pas trop vite trop haut », « Montez haut mais dormez bas ». La
Veyront, 3 à 5 g/j en intraveineux), mais moins efficace, bien qu’elle vitesse d’ascension ne doit pas excéder 300 à 500 m de différence
semble améliorer la SaO2 chez des sujets sains [68]. d’altitude entre deux nuits successives, en moyenne sur 2 jours, au-
Dans le cas d’un œdème cérébral associé à l’OPHA ou isolé, sans dessus de 3 000 m. L’entraînement physique, s’il est conseillé avant
signe pulmonaire (OCHA), la descente doit être décidée avant que de s’aventurer dans des marches prolongées, et a fortiori dans des
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ascensions difficiles, ne protège pas contre la pathologie d’altitude. faut veiller à une bonne hydratation pendant toute la phase
La partie la plus importante du traitement préventif réside dans les d’acclimatation. Les contre-indications principales sont l’allergie aux
informations apportées avant le départ en trekking ou en expédition : sulfamides, les antécédents d’infections urinaires ou de coliques
faire comprendre que la période d’acclimatation est importante et néphrétiques. Les sujets risquant un décollement de rétine
qu’un médicament ne remplace jamais une acclimatation naturelle. pourraient majorer ce risque du fait de l’effet dépresseur de
l’acétazolamide sur la tension intraoculaire.
PRÉVENTION MÉDICAMENTEUSE Le furosémide est à proscrire totalement du fait de son puissant effet
Quand les sujets sont reconnus mauvais répondeurs lors des tests à diurétique, aggravant une déshydratation et une hémoconcentration
l’hypoxie ou à cause de leurs antécédents, un traitement préventif souvent déjà présentes.
par l’acétazolamide (Diamoxt) est prescrit dans les cas où La nifédipine a été évaluée avec succès en préventif sur un groupe
l’acclimatation lente ne peut être assurée. Cet inhibiteur de de sujets ayant des antécédents d’OPHA [4]. Cependant, ses effets
l’anhydrase carbonique mime l’état d’acclimatement. Il facilite hypotenseurs et le risque de voir son utilisation diffusée sans
l’excrétion urinaire des bicarbonates, réduit l’alcalose respiratoire qui contrôle, à l’ensemble de la population des alpinistes, nous rendent
a un effet dépresseur sur la stimulation respiratoire centrale (en très prudents sur son indication dans la prévention de l’OPHA et
induisant une acidose intracellulaire des chémorécepteurs). Il nous poussent à la limiter au traitement curatif de l’OPHA déclaré.
augmente le débit sanguin cérébral et la ventilation [40], élève la Les bloqueurs calciques sont en revanche inefficaces dans la
SaO2 [76]. De nombreuses études ont montré son efficacité sur les prévention du MAM [24].
signes cliniques du MAM (insomnies, céphalées) et sur la
désaturation nocturne [8, 18, 29]. Les corticoïdes (4 mg/8 h de dexaméthasone) ne seraient indiqués
Cependant, l’acétazolamide n’a fait la preuve de son efficacité que que pour de mauvais répondeurs à l’hypoxie, quand l’acétazolamide
dans la prévention du MAM, pas dans celle de l’OPHA ou de est contre-indiqué [30].
l’OCHA. La prescription d’un traitement prophylactique du MAM doit
La posologie est de une à deux fois 250 mg/j (matin et midi, pas le toujours faire suite à un diagnostic : sujet mauvais répondeur,
soir pour éviter la diurèse nocturne), 1 ou 2 jours avant l’arrivée en impossibilité d’effectuer une adaptation progressive. La suppression
altitude (3 000 m), traitement qui sera arrêté après l’arrivée à de tous les signes cliniques de maladaptation n’est pas un but en
l’altitude la plus élevée. Des signes désagréables peuvent être soi. Le temps physiologique nécessaire à la mise en place des
attendus : paresthésies, goût désagréable des boissons gazeuses. Il phénomènes palliants les effets de l’hypoxie n’est pas compressible.
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