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Comprendre les fonctions CES en économie

Transféré par

Amani Hanine
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LA CES* DANS TOUS SES ÉTATS

(ou presque)
All (or almost all) the shades of the CES function

MÉMENTO ILLUSTRÉ

Françoise Larbre„ Alain Thomazo


15 janvier 2024
Première version 14 juillet 2023
10
8
Variable 2
6
4
2
0

0 2 4 6 8 10
Variable 1

*
CES (Constant Elasticity of Substitution) est la dénomination usuelle des fonctions à
élasticité de substitution constante.
„
Université Paris Nanterre – [email protected]
AVANT-PROPOS

À notre connaissance les fonctions CES dans leur forme générale, sont
rarement détaillées dans les manuels. L’étudiant, même en Master, n’est
que peu averti des caractéristiques, difficultés et possibilités de ce type de
fonction. Ce travail est issu de notre expérience d’enseignement auprès de
divers publics (Université ou Grande École).
Nous espérons offrir ici un bagage minimal sur les fonctions à élasticité
de substitution constante, fonctions qui font encore actuellement l’objet
de publications purement techniques notamment en raison du problème
d’homogénéité dimensionnelle qu’elles soulèvent.
Nous remercions chaleureusement Christian Bidard, Valérie Mignon et
Antoine Rebeyrol qui ont accepté de relire des versions préliminaires de ce
mémento. Nous avons apprécié leurs remarques et suggestions. Il va de soi
que toute erreur serait de notre seule responsabilité.

Mots-clés : élasticité de substitution, propriétés des fonctions CES, signi-


fication des paramètres, fonctions CES normées, point d’ancrage, fonctions
de coût engendrées par une CES

FOREWORD

To the best of our knowledge, CES functions in their general form are
rarely detailed in textbooks. Students, even at postgraduate level, are usually
little aware of the characteristics, difficulties and possibilities of this type of
function. This work is the result of our teaching experience with students
from a variety of institutions of higher education (universities and “Grandes
Ecoles”).
We hope to offer here a minimal working knowledge on functions with
constant elasticity of substitution, functions the properties of which are still
being explored, mostly because of the problem of dimensional homogeneity
that they raise.
We warmly thank Christian Bidard, Valérie Mignon and Antoine Rebey-
rol who agreed to proofread different preliminary versions of this memento.
We appreciated their comments and suggestions. It goes without saying that
any error would be our sole responsibility.

Keywords: elasticity of substitution, properties of CES functions, mea-


ning of parameters, normalised CES functions, anchor point, cost functions
generated by CES production functions
Table des matières

1 Introduction 7
1.1 Déroulement du mémento . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2 Définitions essentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

2 Les fonctions CES, caractéristiques 10


2.1 Les paramètres de la fonction et leur signification . . . . . . . 11
2.2 Les représentations graphiques . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Courbure et élasticité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.4 Limites de la fonction CES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.5 Forme normée et point d’ancrage des isoquantes . . . . . . . 16
2.6 Cas des fonctions homogènes de degré 1 . . . . . . . . . . . . 20

3 Normalisation des variables 22


3.1 Difficulté liée aux unités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3.2 Donner du sens au paramètre de ≪ répartition ≫ . . . . . . . 23

4 Fonction de coût associée à une fonction CES 25


4.1 La fonction de coût de long terme . . . . . . . . . . . . . . . 25
4.2 La fonction de coût de court terme . . . . . . . . . . . . . . . 26

5 Remarques finales 29

Référence 29

A Élaboration d’une fonction CES 32

B Convergence vers une fonction de Cobb-Douglas 34

C Convergence vers une fonction de Leontief 36

D Convergence vers une fonction à facteurs parfaitement subs-


tituables 38

E Courbure des isoquantes d’une fonction homogène 39

F Point d’ancrage des isoquantes d’une CES normée 40

G La procédure de La Grandville 41

H Fonction de coût engendrée par une technologie CES 44

I Paramètre de répartition ? 45
1. Introduction

Les fonctions à élasticité de substitution constante sont omniprésentes


dans les modèles économiques, la première d’entre elles, la plus simple aussi,
étant la fonction de Cobb-Douglas ([Cobb et Douglas (1928)]. La simplicité
de celle-ci, assortie de propriétés particulières, bride la théorie économique
et induit des résultats pas toujours pleinement satisfaisants comme, par
exemple, la constance de la part de la rémunération d’un facteur de produc-
tion dans le revenu total.
Ce mémento s’adresse aux économistes : les apprentis y trouveront des
notions et définitions de base, les étudiants plus avancés profiteront des
annexes (étiquetées de A à I) réservées aux points plus techniques et au
développement de quelques démonstrations souvent dispersées dans divers
articles ou manuels.
Nous nous limiterons à un domaine d’application, celui des fonctions de
production.

1.1. Déroulement du mémento

Après avoir rappelé l’importance dans la littérature économique des fonc-


tions à élasticité de substitution constante, dites CES (Constant Elasticity
of Substitution), nous en verrons les caractéristiques essentielles dont cer-
taines ne sont que peu mises en avant. C’est ainsi que nous comprendrons
que, tel M. Jourdain s’exprimant en prose sans le savoir, nous utilisons la
plupart du temps une forme dite normée de ces fonctions (section 2).
Nous donnerons un aperçu des problèmes soulevés par l’utilisation d’une
fonction CES en faisant état des discussions toujours actuelles sur la ques-
tion de l’homogénéité dimensionnelle et de la procédure proposée par O. de
La Grandville ; cette dernière souligne l’apport d’une normalisation des va-
riables (section 3). Nous présenterons ensuite les fonctions de coût (de long
terme et de court terme) engendrées par les fonctions de production CES
(section 4).
Enfin, en conclusion (section 5), nous nous interrogerons sur l’importance
à accorder à la forme initiale de la fonction CES choisie : poser d’emblée
que la somme des coefficients des variables vaut 1 n’est pas forcément ap-
proprié ; le choix doit être fait en fonction du cadre (macroéconomique ou
microéconomique) et selon l’objectif (intérêt pour la répartition du revenu,
compréhension de la substitution du travail au capital du seul point de vue
technique ou bien également d’un point de vue éthique).

Tout au long de ce mémento, chaque fois que cela pourra éclairer le


propos, nous fournirons une illustration graphique.
1.2 Définitions essentielles

1.2. Définitions essentielles

Avant toute chose, précisons que nous nous limiterons au cas des fonc-
tions à deux variables x1 et x2 positives ou nulles.
Notre sujet étant les fonctions à élasticité de substitution constante, il
faut définir ce que nous entendons par taux marginal de substitution d’une
variable à une autre et par élasticité de substitution pour une fonction
F(x1 , x2 ) dont nous supposerons les dérivées premières strictement posi-
tives, soit Fx1 > 0, et Fx2 > 0.

• Le taux marginal de substitution de la variable 1 à la variable 2


indique de quelle quantité doit croı̂tre x1 pour compenser une petite baisse
de x2 de sorte que le niveau de la fonction F(x1 , x2 ) ne soit pas modifié.
Soit la différentielle totale de la fonction F c’est-à-dire la variation de
F pour de petites variations de x1 et x2 :

∂F ∂F ∂F ∂F
dF = dx1 + dx2 ou bien en notant F x1 = et F x2 =
∂x1 ∂x2 ∂x1 ∂x2

dF = Fx1 dx1 + Fx2 dx2

En posant dF = 0 pour maintenir la valeur de la fonction à un niveau


donné, on obtient
F x2 dx1
=−
F x1 dx2
Poser ici dx2 = −1, baisse d’une unité du niveau de la variable 2, implique
Fx2
dx1 = , hausse du niveau de la variable 1 pour que la fonction conserve
Fx1
la même valeur.
Nous noterons τ1→2 le taux marginal de substitution de la variable 1 à
la variable 2 1 ,
F x2
τ1→2 =
F x1
Le taux marginal de substitution dépend des unités de mesure des variables.
Pour F(x1 , x2 ) = A xα1 xβ2 avec A > 0, α > 0 et β > 0 (fonction de
Cobb-Douglas)

Aβxα1 xβ−1
2 β x1
τ1→2 = soit τ1→2 =
Aαxα−1
1 xβ2 α x2

1. Le taux marginal de substitution de la variable 2 à la variable 1 est noté τ2→1 ,


Fx 1 1
τ2→1 = =
Fx 2 τ1→2

8
1.2 Définitions essentielles

• L’élasticité de substitution de la fonction, notée σ, est une me-


sure locale de la substituabilité, indépendante des unités de mesure. Elle est
x1
définie comme le rapport du taux de variation du rapport et du taux de
x2
variation du taux marginal de substitution. Soit
x 
d log x1
 
1
d ,
x2 d τ1→2 x2
σ=   = ≥ 0
x1 τ1→2 d log τ1→2
x2
rapport de deux dérivées dites logarithmiques. Quand x1 /x2 augmente,
τ1→2 augmente (voir le signe des dérivées de la fonction) ; les deux taux de
variation ont le même signe. 2
x1
Pour une fonction de Cobb-Douglas F(x1 , x2 ) = A xα1 xβ2 , en posant x =
x2
d log x d log x
σ= =  = 1 (α et β sont constants)
d log τ1→2 d log αβ x
L’élasticité de substitution d’une fonction de Cobb-Douglas vaut 1 quelle
que soit la valeur des paramètres α et β.

Nous retenons pour la suite des développements


x 
1
d ,
Fx2 x2 d τ1→2
τ1→2 = et σ=  
F x1 x1 τ1→2
x2
Quand F est une fonction de production, nous verrons dans
la section 2, comment interpréter :
– le rapport x1 /x2 ,
– τ1→2 , le taux marginal de substitution de la variable 1
à la variable 2,
– σ, l’élasticité de substitution de la fonction F

2. Nous aurions tout aussi bien pu exprimer σ en fonction du taux de substitution


technique de la variable 2 à la variable 1,
x   
d log x2
2
d ,
x1 d τ2→1 x1
σ=   =
x2 τ2→1 d log τ2→1
x1

9
2. Les fonctions CES, caractéristiques

2. Les fonctions CES, caractéristiques

Depuis son introduction dans [Solow (1956)] et sa présentation détaillée


dans [Arrow et alii (1961)], la fonction à élasticité de substitution constante
a couramment été utilisée pour représenter une technologie (ou des
préférences dans le cadre de la théorie de la demande). Dans le cadre de la
théorie de la croissance, [Klump and Preissler (2000)] font une présentation
intéressante de la fonction CES et de son histoire. Nous nous inspirons de
ce travail.
Initialement apparue dans [Solow (1956)] sous la forme
1
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + xγ2 ] γ avec γ = 0.5

où x1 et x2 sont respectivement des quantités du facteur 1 et du facteur 2,


Solow la présente comme différente d’une Cobb-Douglas ≪ in that production
is possible with only one factor ≫. Aucune signification n’est attribuée au
paramètre a.
Un peu plus tard, [Pitchford (1960)] utilise la forme
1
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ γ < 1, γ ̸= 0

et émet l’hypothèse d’une dépendance entre a, b et γ, mais ne donne pas


non plus d’interprétation pour a et b (nous reviendrons dans l’annexe I sur
ce point).
[Arrow et alii (1961)] font le constat que les études empiriques ne va-
lident pas l’hypothèse couramment retenue d’une élasticité de substitution
entre les facteurs égale à 1 et remettent donc en cause l’usage d’une fonction
de Cobb-Douglas ; observant une forte corrélation entre le produit par unité
de travail et la rémunération de celle-ci, les auteurs donnent un fondement
à la forme suivante (cf. annexe A),
1
F(x1 , x2 ) = C[δ xγ1 + (1 − δ) xγ2 ] γ 0 < δ < 1, γ < 1, γ ̸= 0

et montrent que la répartition du produit entre les facteurs est fonction de


δ, d’où le terme de ≪ paramètre de répartition ≫ pour désigner δ (toute-
fois δ n’est pas la part de la rémunération du facteur 1 dans le produit,
nous verrons plus tard dans quel cas particulier δ représente la part de la
rémunération du facteur 1). Le paramètre C peut s’interpréter comme un
paramètre d’échelle (ou, si l’on introduit le temps, comme la manifestation
d’un progrès technique portant de la même manière sur les deux facteurs de
production ; toute variation de sa valeur modifie le niveau du produit dans
les mêmes proportions pour tout couple (x1 , x2 )).
Nous travaillerons généralement avec une forme englobant toutes les
précédentes (pour retrouver l’une ou l’autre, il suffira de poser h = 1 puis

10
2.1 Les paramètres de la fonction et leur signification

selon la fonction souhaitée C = 1, b = 1 ou a + b = 1 3 ),


h
F(x1 , x2 ) = C [a xγ1 + b xγ2 ] γ , C > 0, a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0

x1 et x2 sont les quantités de facteur 1 et facteur 2,


h est le degré d’homogénéité de la fonction F,
γ est le paramètre de substitution
a et b sont des constantes respectivement attachées au facteur 1 et 2,
C est le paramètre d’échelle.
Dans la section qui suit nous examinons le rôle des différents paramètres
de la fonction. Notons simplement pour le moment que γ peut prendre
toutes les valeurs dans les intervalles ] − ∞, 0[ et ]0, 1[ (nous évitons la
division par 0 ; la raison pour γ < 1 est donnée ultérieurement à l’occasion
de l’expression de l’élasticité de substitution de la fonction).

2.1. Les paramètres de la fonction et leur signification

Considérons la forme générale


h
F(x1 , x2 ) = C [a xγ1 + b xγ2 ] γ , C > 0, a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0,
Afin de comprendre le rôle des paramètres h, a, b et γ, nous allons tour à tour
déterminer le degré d’homogénéité de la fonction, exprimer le taux marginal
de substitution technique du facteur 1 au facteur 2 et définir l’élasticité de
la fonction par rapport à chacune des variables ainsi que son élasticité de
substitution.

• Degré d’homogénéité

Soit λ > 0. Nous avons de manière évidente


h h
F(λ x1 , λ x2 ) = C [a (λ x1 )γ + b (λ x2 )γ ] γ = λh C [a xγ1 + b xγ2 ] γ = λh F(x1 , x2 )

ce qui est la définition d’une fonction (positivement) homogène de degré h .


Selon que h est inférieur, égal ou supérieur à 1, les rendements d’échelle
sont décroissants, constants ou croissants.

• Taux marginal de substitution technique du facteur 1 au facteur 2

F étant une fonction de production nous exprimons τ1→2 le taux marginal


de substitution technique du facteur 1 au facteur 2 : il indique dans quel
rapport peuvent varier les quantités de facteur x1 et x2 en laissant constant
le niveau de produit donné par F .
3. Sur l’opportunité d’adopter d’emblée l’hypothèse a + b = 1, se reporter aux re-
marques de l’annexe I

11
2.1 Les paramètres de la fonction et leur signification

F x2
τ1→2 =
F x1
Exprimons les productivités marginales :
h h
−1
F x1 = C [a xγ1 + b xγ2 ] γ γ a xγ−1
1 (1)
γ
γ γ h−γ γ−1
= h a C [a x1 + b x2 ] γ x1 (2)
De façon symétrique on a :
h−γ
F x2 = h b C [a xγ1 + b xγ2 ] γ xγ−1
2 (2′ )

À partir des formes (2) et (2′ ) des dérivées partielles, il découle


immédiatement :
b x2 γ−1 b x1 1−γ
   
τ1→2 = ou τ1→2 = (3)
a x1 a x2
Le taux de substitution est indépendant du degré d’homogénéité ; il croı̂t en
x1
fonction de la combinaison productive et dépend des unités de mesure
x2
des facteurs.
Si l’on fait une hypothèse de rémunération des facteurs selon leur producti-
vité marginale et une hypothèse de rendements d’échelle constants (h = 1),
en appliquant le théorème d’Euler 4 , nous retrouvons la règle d’épuisement
du produit. Observons que la répartition fonctionnelle du produit dépend
des paramètres a, b, γ et de la combinaison productive x 5 . En effet, en
x1
posant x = , on a
x2
Fx2 · x2 1 b 1 b
= τ1→2 · = x1−γ · = x−γ
Fx1 · x1 x a x a
Ici l’interprétation des paramètres a et b est purement technique, ce sont les
poids respectifs du facteur 1 et du facteur 2 dans le processus de production.

• Élasticité de la fonction par rapport à l’une des variables

Pour alléger l’écriture, nous poserons Y = F(x1 , x2 ). Comment varie Y si


x1 varie alors que x2 est constant ?
Soit eY /x1 l’élasticité de Y par rapport à x1 .
dY
dY x1 h h x1
= Y =
−1
eY /x1 = C [axγ1 + bxγ2 ] γ a γ xγ−1
1
dx1 x1 Y γ h
C [axγ1 + bxγ2 ] γ
x1
4. Si F homogène de degré 1, F(x1 , x2 ) = Fx1 · x1 + Fx2 · x2 .
5. Pour une fonction de Cobb-Douglas, la répartition est indépendante de la combinai-
son productive. Nous verrons que cela correspond au cas γ → 0.

12
2.1 Les paramètres de la fonction et leur signification

h a xγ1
eY /x1 =
[axγ1 + bxγ2 ]
Remarque : lim eY /x1 = h, en effet
x1 →∞

h a xγ1 h a xγ1
lim γ γ = lim γ x2 fixé est petit devant x1
x1 →∞ [ax + bx ] x1 →∞ ax
1 2 1

De manière symétrique lim eY /x2 = h (x1 est fixé).


x2 →∞

• Élasticité de substitution de la fonction

C’est une caractéristique importante de la fonction, elle traduit la plus ou


moins grande aisance avec laquelle il est possible de remplacer un facteur
par un autre. Elle est définie comme le rapport du taux de variation de la
combinaison productive x1 /x2 et du taux de variation du taux marginal de
substitution technique :

dx x1
σ= x avec x=
d τ1→2 x2
τ1→2
L’élasticité de substitution σ est positive ou nulle : quand x1 /x2 croı̂t,
τ1→2 augmente (les deux taux de variation sont donc de même signe).
L’élasticité de substitution indique comment se modifie la combinaison pro-
ductive quand le rapport des productivités marginales varie. Si le rapport des
productivités marginales est interprété comme rapport des prix, la question
est de savoir quel sera l’impact de l’augmentation du prix relatif d’un facteur
de production sur la combinaison productive x. Cet impact est mesuré par
σ.
b d log x
Sachant τ1→2 = x1−γ (cf. équation (3)) et σ = avec x = xx21 ,
a d log(τ1→2 )
on peut écrire
d log x d log x
σ= b
=
d log a + (1 − γ) log x (1 − γ)d log x
1
⇒ σ= avec γ < 1 par hypothèse, donc σ > 0
1−γ
L’ensemble des valeurs possibles pour σ est obtenu en faisant varier γ dans
] − ∞, 1[. Pour 0 < γ < 1, l’élasticité de substitution est élevée (σ > 1), pour
γ < 0, elle est faible (σ < 1).
Ainsi, l’expression de σ en fonction du seul paramètre γ justifie l’in-
terprétation de γ comme paramètre de substitution.
Intéressons-nous maintenant à la représentation graphique de la fonction
et en particulier à l’allure de son graphe selon la valeur de l’élasticité de
substitution.

13
2.2 Les représentations graphiques

2.2. Les représentations graphiques

Nous pouvons choisir de représenter


– dans un espace à 3 dimensions, le graphe de la fonction, ou bien
– dans le plan des facteurs, des courbes de niveau (isoquantes), c’est-
à-dire des coupes du graphe précédent pour des niveaux donnés du
produit.
Voici deux exemples de représentation de la fonction et de ses courbes
de niveau, l’un pour σ < 1 (figure 2.1), l’autre pour σ > 1 (figure 2.2 où les
isoquantes butent sur les axes, xi ne peut être négatif).

8
Facteur 2
Prod

6
uit

4
2
eur

Fa
2

cteu
t
Fac

r1
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.1 – Fonction à faible élasticité de substitution (σ < 1)


(les isoquantes ne touchent pas les axes)
8
Facteur 2
Prod

6
uit

4
2
eur

Fa
2

cteu
t
Fac

r1
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.2 – Fonction à forte élasticité de substitution (σ > 1)


(les isoquantes touchent les axes)

Observons que dans les deux cas, plus on s’éloigne de l’origine, plus la
courbure de l’isoquante est faible 6 , ce qui se traduit par un rayon du cercle
6. Pour effectuer proprement des comparaisons entre deux fonctions ne différant que

14
2.2 Les représentations graphiques

osculateur 7 croissant ; voir la figure 2.3 où sont tracés les cercles osculateurs
tangents au point x1 = x2 .

10
8
Facteur 2
6
4
2
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.3 – Cercles osculateurs

Précisons que tandis que l’élasticité est constante, la courbure le long


d’une courbe de niveau est variable (de même qu’elle est variable pour un
même rapport x2 /x1 , voir l’annexe E). Cette dernière remarque nous amène
à la nécessaire distinction entre la notion de courbure et celle d’élasticité.
10

10
8

σ = 0.4 σ=1
Facteur 2

Facteur 2
6

6
4

4
2

2
0

0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10

Facteur 1 Facteur 1

Figure 2.4 – Allure des isoquantes et élasticité

par la valeur du paramètre de substitution γ, il est nécessaire de prendre une forme normée
que nous présenterons au point 2.5.
7. Le cercle osculateur ou cercle de courbure en un point P d’une courbe est le cercle
de plus grand rayon tangent à la courbe en P ne recoupant pas la courbe dans un voisinage
de P ; c’est le cercle qui ≪ épouse le mieux ≫ la courbe au point P .

15
2.3 Courbure et élasticité

2.3. Courbure et élasticité

S’agissant des isoquantes, trop souvent il y a confusion entre ≪ cour-


bure ≫ 8 et élasticité de substitution de la fonction qui les a engendrées.
[La Grandville (1997)] alerte sur ce sujet.
Sur la figure 2.4 quelques isoquantes de deux fonctions n’ayant pas la
même élasticité sont tracées. L’allure des isoquantes ne permet pas de se
prononcer sur la valeur de l’élasticité de substitution entre les variables. À
nouveau, nous observons que, pour une même valeur de l’élasticité, plus on
s’éloigne de l’origine, moins les isoquantes sont incurvées.
La forme des isoquantes est trompeuse quant à la valeur de l’élasticité
de substitution.

2.4. Limites de la fonction CES

La forme générale des fonctions à élasticité de substitution constante


permet de ne pas se cantonner au seul cas de l’élasticité de substitution uni-
taire d’une fonction de Cobb-Douglas. Elle permet d’engendrer cette dernière
comme un cas particulier (agréable) ainsi que deux autres cas bien connus,
la fonction à facteurs complémentaires (dite aussi de Leontief) et la fonction
à facteurs parfaitement substituables.
Soit
h
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ , a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0

On montre que :
• lim F(x1 , x2 ) = xah bh
1 x2 sous la condition a + b = 1, la limite est
γ→0
donc une Cobb-Douglas homogène de degré h
• lim F(x1 , x2 ) = min(xh1 , xh2 )
γ→−∞

et bien entendu quand γ = 1, F(x1 , x2 ) = [a x1 + b x2 ]h


Les démonstrations et illustrations sont fournies dans les annexes B, C et
D.

2.5. Forme normée et point d’ancrage des isoquantes

Partant de la fonction
h
F(x1 , x2 ) = C [a xγ1 + b xγ2 ] γ , C > 0, a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0

8. Pour une définition mathématique de la courbure, on pourra se reporter à l’annexe E.

16
2.5 Forme normée et point d’ancrage des isoquantes

divisons par a + b les coefficients a et b


 h
h a b γ
F(x1 , x2 ) = (a + b) C γ xγ1 + xγ
a+b a+b 2
a 9
En posant λ = , nous obtenons la forme dite normée FN de la
a+b
façon suivante
h F (x1 , x2 )
FN (x1 , x2 ) = C [λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ = h
(a + b) γ

Isoquantes des fonctions normées (en bleu) et non normées (en rouge)
10

σ = 0.4 σ = 0.4
10
8
Facteur 2
6

10
4
2

10

σ=2

σ=2
0

10

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.5 – Isoquantes des fonctions normée et non normée pour un


même niveau de produit

La fonction FN possède évidemment les mêmes caractéristiques que la


fonction initiale (degré d’homogénéité, taux marginal de substitution d’un
facteur à l’autre et élasticité de substitution) mais elle a pour avantage de
mettre en évidence un point commun aux isoquantes de différentes fonc-
tions : nous le nommerons point d’ancrage intrinsèque des isoquantes (voir
la figure 2.5). Nous utilisons à dessein le terme ≪ point d’ancrage ≫ car, selon
les cas, nous verrons qu’il s’agit d’un point de tangence ou d’un point d’in-
tersection des isoquantes de différentes fonctions correspondant au même
niveau de produit.

h h
9. La fonction initiale s’écrit F(x1 , x2 ) = A [λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ avec A = (a+b) γ C ;
notons au passage que poser a priori a + b = 1 revient à masquer cette relation et la
dépendance des paramètres par rapport à l’élasticité de substitution.

17
2.5 Forme normée et point d’ancrage des isoquantes

– Observation n°1 : dans le cas h = 1 (fonction homogène de degré 1 ),


FN a la forme d’une moyenne pondérée d’ordre γ (cette observation
sera utile dans l’annexe F).

– Observation n°2 : pour un niveau donné de produit Y , les iso-


quantes de fonctions ne différant que par leur élasticité de
substitution seront toutes tangentes en un point (voir les fi-
gures 2.5 et 2.6). Ce point, défini intrinsèquement, est tel que
 1
h
x1 = x2 = YC , quel que soit le niveau Y (cf. annexe F).

Sur la figure 2.6, pour l’un des niveaux de produit nous avons tracé
des courbes de niveau correspondant à σ = 2, σ = 0.4 et σ → 0 ;
pour l’autre niveau de produit nous avons pris σ → ∞, σ → 1 et
σ = 0.4.
Ayant procédé à la normalisation de la fonction, l’élasticité σ est
un indicateur de la plus ou moins grande courbure d’une isoquante
au point d’ancrage intrinsèque (il existe une relation inverse entre
l’élasticité de substitution et la courbure de l’isoquante).
Au point d’ancrage, le taux marginal de substitution technique du
b
facteur 1 au facteur 2 vaut (sauf évidemment pour σ → 0),
a
indépendant de σ ce qui amène à l’observation n°3 illustrée par la
figure 2.7.

Point d'ancrage sur la première bissectrice


10

σ→0
σ = 0.4
σ=2
8
Facteur 2
6
4

σ = 0.4
2

σ→∞ σ=2
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.6 – Isoquantes d’une fonction normée, point d’ancrage


intrinsèque, pour trois valeurs σ et deux niveaux de produit

– Observation n°3 : pour un niveau de produit donné, les isoquantes


passent toutes par le point d’ancrage intrinsèque quelles que soient

18
2.5 Forme normée et point d’ancrage des isoquantes

Même point d'ancrage pour 2 valeurs différentes du TMST

10
σ = 0.4
σ→1

8
σ = 0.4
Facteur 2
6

σ=2
4

a=1 et b=4

σ→1
2

a=2 et b=2 σ=2


0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 2.7 – Isoquantes d’une fonction normée, point d’ancrage


intrinsèque pour deux jeux de couples (a,b)

les valeurs des paramètres a et b. Sur la figure 2.7 les courbes


sont tracées pour 3 valeurs de σ et 2 couples (a, b) différents. Les
deux familles de courbes (l’une en bleu, l’autre en violet) présentent
évidemment un taux marginal de substitution technique différent au
point d’ancrage.
Pour un niveau donné de produit, quels que soient σ , a et b il suffit
d’imposer la somme des pondérations des variables x1 et x2 égale
à 1 pour que les isoquantes aient un point commun. Ce point d’an-
crage intrinsèque se situe sur la première bissectrice dans tous les
cas. Ceci vaut quel que soit le degré d’homogénéité de la fonction.
Les graphiques 2.6 et 2.7 ont été réalisés pour h = 0.5 (rendements
d’échelle décroissants).

Retenons que les isoquantes des fonctions normées passent, pour un ni-
veau donné de la fonction, toutes par le même point, dit point d’ancrage,
quelles que soient les valeurs des paramètres.

Nous parlerons de normalisation intrinsèque et de point d’ancrage in-


trinsèque au sens où ce dernier n’a pas été choisi mais découle de la contrainte
imposée aux coefficients des variables dans l’expression de la fonction F.

On objectera à cette normalisation que le point d’ancrage tel que


x1 = x2 n’est pas forcément pertinent. La procédure proposée par
[La Grandville(1989)] répond à cette objection. Elle sera évoquée au point
3.2 et détaillée en annexe G.

19
2.6 Cas des fonctions homogènes de degré 1

2.6. Cas des fonctions homogènes de degré 1

Dans le cas particulier des rendements d’échelle constants, il est possible


de passer à une fonction f par unité de l’un des facteurs de production. f
est appelée forme réduite de F.
Posons maintenant h = 1 . Considérons la fonction de production par
unité du facteur 2 par exemple :
1 1 x1
F(x1 , x2 ) = C (a xγ + b) γ = F(x, 1) = f (x) avec x =
x2 x2
f (x) représente le produit par unité de facteur 2.
– Observons que dans le cas d’une fonction homogène de degré 1 , les
productivités marginales Fx1 et Fx2 ne dépendent que du rapport x
(de même que le taux marginal de substitution d’un facteur à l’autre
et l’élasticité de substitution de la fonction).
F(x1 , x2 ) = x2 · f (x)
dx 1
Fx1 = x2 · f ′ (x) · = x2 · f ′ (x) · soit Fx1 = f ′ (x)
dx1 x2
dx
F x2 = f (x) + x2 · f ′ (x) · soit Fx2 = f (x) − x · f ′ (x)
dx2
f (x) − x · f ′ (x)
⇒ τ1→2 =
f ′ (x)
dx τ −f ′ (x) [f (x) − xf ′ (x)]
σ= =
x dτ xf (x)f ′′ (x)
– Il est aussi intéressant de remarquer, qu’en supposant une
rémunération des facteurs selon leur productivité marginale alors
l’élasticité de substitution σ de la fonction est égale à l’élasticité du
produit par unité de facteur par rapport à sa rémunération. C’est ce
que nous allons démontrer.
En notant w1 la rémunération d’une unité de facteur 1 et w2
la rémunération d’une unité de facteur 2, avec une hypothèse de
rémunération selon la productivité marginale, nous avons

w1 = f ′ (x) et w2 = f (x) − x f ′ (x)


Pour alléger l’écriture, notons y le produit par unité de facteur 2,

y − x y ′ = w2 et dérivons par rapport à w2


dx dy dx dy dx dy
y′ − xy ′′ − y′ =1
dy dw2 dy dw2 dy dw2
dy 1 y′
⇒ =− = − ′′
dw2 dx xy
xy ′′
dy

20
2.6 Cas des fonctions homogènes de degré 1

En notant ey/w2 l’élasticité de y par rapport à w2 :

dy
y dy w2 y ′ (y − xy ′ )
ey/w2 = = = − ′′ =σ
dw2 dw2 y xy y
w2

L’élasticité du produit par rapport à la rémunération unitaire du


facteur 2 est bien égale à l’élasticité de substitution de la fonction de
production. 10
1
– Considérons maintenant la forme normée de f (x) = C (a xγ + b) γ
a
Avec λ = , la fonction normée fN s’écrit
a+b

1 f (x)
fN (x) = C [λ xγ + (1 − λ)] γ = 1
(a + b) γ

CES normée − représentation par unité de facteur 2


4

σ→∞
Produit par unité de facteur 2
3

σ=2
2

σ = 0.4

σ→0
1
0

0 1 2 3 4 5
facteur 1 par unité de facteur 2

Figure 2.8 – Fonction réduite normée

Nous vérifions que les graphes des fonctions fN (celles-ci ne diffèrent


que par la valeur de l’élasticité) ont un point commun (point d’an-
crage intrinsèque) tel que x1 = x2 soit x = 1 (voir l’observa-
tion n°2 au point 2.5). Toutes les courbes, quelle que soit la valeur
de l’élasticité de substitution passent par le point de coordonnées
(1, fN (1)). Il faut également remarquer que ce point correspond au
point efficace dans le cas de facteurs complémentaires.

10. C’est une propriété utlisée dans [Arrow et alii (1961)].

21
3. Normalisation des variables

3. Normalisation des variables

En plus de l’utilisation d’une forme normée de la fonction CES, il peut


être judicieux de procéder à la normalisation des variables afin d’assurer
une signification aux paramètres. Nous avons déjà eu l’occasion de le signa-
ler, les unités peuvent compromettre l’interprétation des paramètres de la
fonction, les estimations variant en fonction de l’unité adoptée. Normer les
données à l’aide de valeurs de référence est une façon de traiter le problème
d’homogénéité dimensionnelle propre à la fonction CES.

3.1. Difficulté liée aux unités

Parmi les paramètres d’une fonction CES, seul celui de substitution


est sans dimension (voir à ce sujet l’analyse dimensionnelle présente dans
[Cantore et alii (2011)]). Nous avons aussi déjà remarqué le lien existant
entre les différents paramètres (cf. la note 9).
Nous illustrons maintenant la difficulté engendrée par le choix des unités
et la dépendance de la dimension du paramètre de ≪ répartition ≫ par rap-
port au paramètre de substitution qui en résulte ; pour cela nous nous ins-
pirons de la présentation faite dans [Embrey (2019)].
Plaçons-nous au niveau d’une unité de production et supposons que sa
technique de production soit correctement représentée par (1).
1
FN (x1 , x2 ) = A {α xγ1 + (1 − α) xγ2 } γ A>0 et 0<α<1 (1)

Notons pi le prix d’une unité de facteur i et R la somme dont l’entre-


prise dispose pour acheter les moyens de production. Elle doit résoudre le
problème suivant
1
max A {α xγ1 + (1 − α) xγ2 } γ
x1 ,x2

avec p1 x1 + p2 x2 ≤ R,

p1
À l’optimum, on a τ2→1 = et donc
p2

p1 x11−γ
 γ−1
α x1 p1
= soit α = (2)
1−α x2 p2 p1 x11−γ + p2 x21−γ

pi xi
Par ailleurs la part du facteur i dans le coût est i = 1, 2
p1 x1 + p2 x2

22
3.2 Donner du sens au paramètre de ≪ répartition ≫

– Observation n°1 : pour un système donné d’unités de mesure des


facteurs 1 et 2, α ne représente la part du facteur 1 que lorsque
γ = 0. En effet, on vérifie que
p 1 x1
• pour γ = 0 l’équation (2) devient α = ,
p1 x1 + p2 x2
• pour toute autre valeur de γ, α ne peut représenter la part du
facteur 1 11 .
Le paramètre de ≪ répartition ≫ d’une fonction CES ne représente
donc la part du facteur auquel il est appliqué que dans le cas où la
fonction tend vers une Cobb-Douglas .

– Observation n°2 : selon les unités choisies pour les variables x1 et x2 ,


le paramètre α peut prendre n’importe quelle valeur entre 0 et 1 et,
p1 x1
à nouveau, ne représente la part que pour γ = 0.
p1 x1 + p2 x2

3.2. Donner du sens au paramètre de ≪ répartition ≫

L’exemple précédent illustre le fait que le paramètre α ne représente la


part de la rémunération du facteur 1 dans le produit, et ce quel que soient
les unités utilisées, que dans le cas où la fonction CES tend vers une fonction
de Cobb-Douglas (γ → 0).
Pour donner du sens au paramètre affectant les facteurs de production
quelle que soit la valeur du paramètre de substitution γ, on peut normer les
données. Pour faire simple, disons que cette opération consiste à définir un
point d’ancrage des isoquantes qui ne coı̈ncidera pas forcément avec le point
d’ancrage intrinsèque mis en évidence dans la section 2.5.
Au point d’ancrage choisi, comme au point d’ancrage intrinsèque, la cour-
bure de l’isoquante traduit effectivement la plus ou moins grande élasticité
de substitution des facteurs.
Ainsi sur la figure 3.1 sont représentées, pour un même niveau de produit,
les isoquantes de trois fonctions ne différant que par leur élasticité. Au point
de tangence des isoquantes, nous observons x1 ̸= x2 ; le point d’ancrage
choisi ne coı̈ncide pas avec le point d’ancrage intrinsèque.

La méthode initiée dans [La Grandville(1989)] 12 est détaillée en annexe


G, nous n’en donnons ici que la ≪ recette ≫.
1) On choisit des valeurs de référence (par exemple les valeurs
d’équilibre du modèle qui utilise la fonction CES) ; nous les notons
x1,0 et x2,0 avec Y0 = F(x1,0 , x2,0 ).
11. Pour γ = 1, α ne représenterait la part du facteur 1 que dans le cas x1 = x2 .
12. Pour une mise en garde quant à l’usage de cette méthode, on peut se reporter à
[Temple (2012)]

23
3.2 Donner du sens au paramètre de ≪ répartition ≫

Point d'ancrage choisi en dehors de la première bissectrice

10
σ=2
σ = 0.4

8
Facteur 2
6
σ→0
4
2
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure 3.1 – Point d’ancrage : x1,0 = 5 x2,0 = 4

2) La dépendance des paramètres est explicitement mise en évidence et


permet d’écrire
h
FN (x1 , x2 ) = A(γ) {α(γ) xγ1 + [1 − α(γ)] xγ2 } γ

3) La fonction FN est exprimée en fonction des variables normées res-


∗ .
pectivement par x1,0 et x2,0 ; elle est notée FN
 h
x1 γ x2 γ γ
   

FN (x1 , x2 ) = Y0 β + (1 − β)
x1,0 x2,0
x1,0 τ0 x2,0
avec β= et 1−β = où τ0 est le taux
x1,0 + τ0 x2,0 x1,0 + τ0 x2,0

marginal de substitution du facteur 1 au facteur 2 au point de référence . Si


l’on ajoute une hypothèse de rémunération des facteurs selon leur producti-
vité marginale, et une hypothèse de rendements d’échelle constants (h = 1,
nécessaire pour que le dénominateur soit égal au produit), β représente la
part de la rémunération du facteur 1 dans le produit au point (x1,0 , x2,0 ). 13
En travaillant avec des variables normées (pouvant être vues comme
des indices), le problème de l’homogénéité dimensionnelle est évacué et l’on
donne du sens au paramètre de ≪ répartition ≫.

13. FN est considérée dans [Choi and Shin (2021)] comme un cas particulier de
1
F(x1 , x2 ) = A [a1 (b1 x1 )γ + a2 (b2 x2 )γ ] γ avec b1 et b2 des facteurs d’efficience ; dans
le cas particulier bi = 1/xi,0 nous retrouvons bien la forme due à de La Grandville.

24
4. Fonction de coût associée à une fonction CES

4. Fonction de coût associée à une fonction CES

Construisons maintenant la courbe de coût associée à une fonction de


production de type CES.
Pour cela, nous exprimons les conditions d’un comportement rationnel
du producteur : soit offrir la production maximale pour un coût donné, soit
minimiser le coût supporté pour une production donnée.
Déterminer la fonction de coût d’une unité de production, c’est être en
mesure d’associer à tout niveau de produit Y le coût C(Y ) minimal.

Nous noterons ci le coût d’utilisation d’une unité de facteur i, i = 1, 2.


La technique de production est représentée par Y = F(x1 , x2 ) avec
h
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ , a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0 (1)

Il faut distinguer les coûts fixes et les coûts variables. Comme source
de coûts fixes, nous ne prendrons en compte que le non-ajustement de l’un
des facteurs de production. Tenir compte du fait que tous les facteurs de
production ne sont pas immédiatement ajustables amène à distinguer le long
terme, où les quantités de tous les facteurs s’adaptent, et le court terme qui
révèle des facteurs dits fixes dont la quantité ne s’adapte pas immédiatement.

4.1. La fonction de coût de long terme

Pour élaborer la fonction de coût de long terme, nous supposons que


tous les facteurs dont dépend la production sont variables. Dans la période
longue, il est supposé que l’obtention de l’ajustement optimal de toutes les
quantités est possible.
Les demandes optimales de facteurs sont telles que le taux marginal de
substitution entre les facteurs, est égal au rapport des coûts d’utilisation :

F x1 c1
= (2)
F x2 c2

En utilisant l’équation (3) de la section 2.1, il vient


 1−γ
a x2 c1
= (3)
b x1 c2

et donc
  1
b c1 1−γ
x2 = x1 (4)
a c2

25
4.2 La fonction de coût de court terme

En réécrivant la contrainte technique Y = F(x1 , x2 ) en fonction de la


seule variable x1 , nous obtenons
" γ #h
  γ
b c1 1−γ
Y = a xγ1 +b xγ1 (5)
a c2

Nous en déduisons les valeurs optimales


" γ #− 1
  γ
1 b c1 1−γ
x∗1 (Y )=Y h a+b (6)
a c2

et   1
b c1 1−γ
x∗2 (Y )= x∗1 (Y ) (7)
a c2
La fonction de coût de long terme est

C(Y ) = c1 x∗1 (Y ) + c2 x∗2 (Y ) (8)

Nous montrons en annexe H que la fonction de coût peut s’écrire


 γ γ
 γ−1
1 1 1 γ
γ−1 γ−1
C(Y ) = Y h a 1−γ c1 +b 1−γ c2 (9)

c1 et c2 étant donnés, le coût est exprimé en fonction de la quantité


produite.

4.2. La fonction de coût de court terme

Nous admettons maintenant la présence d’un facteur fixe, dont la quan-


tité ne peut être immédiatement adaptée (elle ne sera ajustée qu’à plus long
terme).

Pour traduire l’hypothèse de non-ajustement du facteur 2, nous posons


x2 = x̄2 .
h
Y = F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b x̄γ2 ] γ , a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0 (10)

et  1 
1 γ γ
1
− b x̄γ2
γ
x1 = Y h (11)
a
La fonction de coût de court terme s’écrit alors
 1  1
1 γ γ
Y h − b x̄γ2
γ
C(Y ) = c1 + c2 x̄2 (12)
a

26
4.2 La fonction de coût de court terme

La présence d’un facteur de production fixe impacte le coût variable.


Dans le cas d’une technologie CES, l’étude mathématique de la fonction
 γ 1
de coût est complexe. En raison du terme Y h − b x̄γ2
γ
il est difficile de
séparer les coûts variables et les coûts fixes, mais il est toujours possible
d’obtenir graphiquement les courbes de coût.
Il s’agit ici de visualiser le lien entre les fonctions de coût de long terme
et de court terme pour des fonctions engendrées par des techniques de pro-
duction CES se différenciant par une plus ou moins grande facilité de sub-
stitution entre les facteurs. Les graphiques sont construits avec une fonction
de production CES à rendements d’échelle croissants, successivement pour
3 valeurs différentes de l’élasticité de substitution (σ < 1, σ = 1 et σ > 1).
On observera que selon la valeur de l’élasticité de substitution, les
courbes de coût de court terme ont des allures très différentes.
• Pour une faible élasticité de substitution
Sur la figure 4.1 la courbe de long terme traduit les rendements d’échelle
croissants de la technique de production ; elle est engendrée par des courbes
de court terme montrant d’abord une phase de rendements d’échelle crois-
sants avant que n’interviennent des rendements fortement décroissants. La
séquence de rendements d’échelle de différents types est engendrée par la
technique de production et non supposée a priori, comme cela est souvent le
cas. Le cas de faible élasticité de substitution de la fonction de production
permet de donner un fondement à la forme des fonctions de coût présentant
des rendements d’échelle variables (pour plus de détail voir [Larbre (2021)]).

Courbes de court terme et courbe de long terme


25
20
Coût total
15
10
5
0

0 20 40 60 80 100
quantité produite

Figure 4.1 – Coût et fonction de production CES avec σ < 1

• Pour une élasticité de substitution voisine de 1


Dans ce cas, voir la figure 4.2, la courbe de long terme est l’enveloppe
de courbes de court terme traduisant des rendements quasi-constants.

27
4.2 La fonction de coût de court terme

Courbes de court terme et courbe de long terme

0.020
0.015
Coût total
0.010
0.005
0.000

0 20 40 60 80 100
quantité produite

Figure 4.2 – Coût et fonction de production CES avec σ ≃ 1

• Pour une élasticité de substitution élevée

Dans le cas d’une élasticité de substitution supérieure à 1, il ne faut pas


oublier qu’il est possible de produire avec un seul des deux facteurs. Pour le
tracé des courbes, il faut donc commencer par éliminer la zone qui correspond
à une quantité négative du facteur variable, ce qui se produit pour les valeurs
les plus faibles du produit quand le niveau du facteur fixe est trop élevé (d’où
une origine des courbes de court terme d’abscisse croissante).
Au point le plus bas des courbes de court terme, la quantité de facteur
variable est nulle (pour plus de développements voir [Larbre (2021)]).

Courbes de court terme et courbe de long terme


3.0
2.5
2.0
Coût total
1.5
1.0
0.5
0.0

0 20 40 60 80 100
quantité produite

Figure 4.3 – Coût et fonction de production CES avec σ > 1

28
5. Remarques finales

5. Remarques finales

Au fil de ce mémento, nous avons présenté les caractéristiques des fonc-


tions CES couramment utilisées par les économistes. Nous en avons rappelé
la genèse et les possibilités qu’elles offrent en autorisant une élasticité de
substitution différente de 1 ; elles rendent en cela l’outil fonction de produc-
tion plus approprié, puisque non limité au cas d’élasticité unitaire.
Le rappel de quelques définitions élémentaires (degré d’homogénéité,
taux marginal de substitution. . .) a été l’occasion de situer et circonscrire le
rôle des paramètres de la fonction. À l’aide de représentations graphiques,
les concepts de courbure des isoquantes et d’élasticité ont été précisés.
Nous avons vu que l’extraordinaire succès de la fonction CES tient aussi
au fait que les fonctions de Cobb-Douglas, à facteurs complémentaires et à
facteurs parfaitement substituables apparaissent comme des cas particuliers
simples et de manipulation aisée de cette famille.
Nous nous sommes intéressés ensuite à la forme normée de la fonction
(au sens où la somme des coefficients des variables vaut 1) pour mettre en
évidence un point d’ancrage intrinsèque commun aux isoquantes de fonctions
ayant des paramètres de valeurs différentes. En imposant une normalisation
des variables par rapport à des valeurs de référence, le choix du point d’an-
crage devient possible. L’utilisation de variables normées a l’énorme avantage
de lever l’une des difficultés liées aux dimensions des variables.
Enfin, nous avons explicité les fonctions de coût engendrées par une fonc-
tion de production CES. Dans le cas d’une faible élasticité de substitution,
il est remarquable de pouvoir exhiber une fonction de coût de court terme
correspondant à une succession de rendements d’échelle croissants, constants
et décroissants.
Nous pensons avoir ainsi rassemblé les connaissances indispensables à la
manipulation des fonctions CES et offert une bibliographie de base pour un
approfondissement.

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41, 46
http://www.jstor.org/stable/117293
[Larbre (2021)] Larbre, F. (2021). Production Function and Robotization -
How can CES Technology Help ? Working Paper. 27, 28
https://doi.org/10.31235/osf.io/b46uz
[Miyagiwa et alii (2003)] Miyagiwa, K. and Papageorgiou, C.. (2003). Elas-
ticity of Substitution and Growth : Normalized CES in the Diamond
Model. Economic Theory. 21, No. 1, 155-165. 46
https://www.jstor.org/stable/25055611

30
RÉFÉRENCES

[Pitchford (1960)] Pitchford, J. D. (1960). Growth and the Elasticity of Sub-


stitution. The Economic Record. 36, No. 76, pp. 491-504. 10, 45
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1475-
4932.1960.tb00537.x
[Sheng et alii (2016)] Sheng, Y., Davidson, A., Fuglie, K. and Zhang D.
(2016). Input Substitution, Productivity Performance and Farm Size. The
Australian Journal of Agricultural and Resource Economics. 60, 327-347.
46
https://doi.org/10.1111/1467-8489.12136
[Solow (1956)] Solow, R. (1956). A contribution to the Theory of Economic
Growth. The Quarterly Journal of Economics. 70, 65-94. 10
https://doi.org/10.2307/1884513
[Swan (1956)] Swan, T. W. (1956). Economic Growth and Capital Accumu-
lation. Economic Record. 32, No. 2, pp. 334-361. 45
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1475-
4932.1956.tb00434.x
[Temple (2012)] Temple, J. (2012). The calibration of CES production func-
tions. Journal of Macroeconomics. 34, pp. 294-303. 23
https://doi.org/10.1016/j.jmacro.2011.12.006

31
ANNEXES

A. Élaboration d’une fonction CES

Nous reprenons ici la démarche initiée dans [Arrow et alii (1961)].


Les auteurs partent de la constatation empirique d’une relation entre le
produit par unité de travail (y) et la rémunération de cette unité de travail
(w). Cette relation est de la forme

y = a wb a > 0, b > 0 (1)

L’estimation de cette équation donnait dans la plupart des cas étudiés


(en l’occurence différentes branches d’activité de presque une vingtaine
d’économies) des valeurs de b significativement différentes de 1, incompa-
tible avec une hypothèse de fonction de production de Cobb-Douglas. 14
D’où la nécessité de trouver une fonction plus appropriée, n’imposant pas
une élasticité de substitution unitaire. La recherche est bien sûr limitée aux
fonctions homogènes de degré 1.
L’obtention du produit en quantité Y dépend d’une quantité de travail
x1 et d’une quantité de capital x2 .
Prenons d’abord en compte la liaison entre le produit par unité de travail
y = Y /x1 et l’intensité capitalistique x (x = x2 /x1 ) :

y = f (x), forme unitaire de la fonction de production F(x1 , x2 )

Partant de l’équation 1, en faisant l’hypothèse de rémunération des facteurs


selon leur productivité marginale, nous pouvons écrire

y = a (y − x y ′ )b (2)
1 1
a− b y b = y − x y ′
soit
dy 1 1
x = y (1 − a− b y b −1 )
dx
1 1
et en posant a− b = α et − 1 = ρ, il vient
b
dy
x = y (1 − α y ρ ) (3)
dx
soit
dx dy dy α y ρ−1 dy
= = + (4)
x y (1 − α y ρ ) y 1 − α yρ
dy
y
14. À la section 2.6 nous avons montré que dw
= σ, et donc ici, selon l’équation (1),
w
σ = b ̸= 1
A. Élaboration d’une fonction CES

En intégrant il vient

α y ρ−1 dy
Z Z Z
dx dy
= +
x y 1 − α yρ
soit 1
log x = log y − log(1 − α y ρ ) ρ + C
où C est la constante d’intégration.

C
x=y 1
(1 − α y ρ ) ρ

xρ = y ρ
(1 − α y ρ )

⇒ yρ = où β = C ρ > 0
β + αxρ
soit finalement
− ρ1
y = (α + β x−ρ ) (5)

qui est la forme par unité du facteur 1 de la fonction homogène de degré 1


1 1
F(x1 , x2 ) = [α xγ1 + β xγ2 ] γ avec γ = −ρ
x1

33
B. Convergence vers une fonction de Cobb-Douglas

L’élasticité d’une fonction de Cobb-Douglas vaut 1 quelle que soit la


nature des rendements. Montrons donc que lorsque l’élasticité de substi-
tution de la fonction CES tend vers 1, alors elle tend vers une fonction de
Cobb-Douglas. La démonstration introduit le plus tard possible la contrainte
a + b = 1 et en montre la nécessité pour que la CES tende vers une Cobb-
Douglas. 15

Considérons la CES
h
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ , a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0
1
où h est le degré d’homogénéité, et σ = son élasticité de substitution.
1−γ
Nous pouvons écrire F de la façon suivante :
h h a
F(x1 , x2 ) = (a + b) γ [λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ avec λ =
a+b
ln F(x1 , x2 ) = h
γ ln [(a + b) (λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 )]
m(γ)
ln F(x1 , x2 ) = h
γ [ln(a + b) + ln(λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 )] = h
n(γ)

avec n(γ) = γ et m(γ) = ln(a + b) + ln(λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ) .

Si m(γ) et n(γ) ont la même limite en γ = 0, la règle de L’Hôpital pourra


s’appliquer. Or
lim m(γ) = ln(a + b) et lim n(γ) = 0
γ→0 γ→0

En imposant a + b = 1, soit λ = a, la règle de L’Hôpital permet d’écrire :


m(γ) m′ (γ)
lim = lim ′
γ→0 n(γ) γ→0 n (γ)

n′ (γ) = 1, la limite sera donc celle de m′ (γ) dont nous détaillons maintenant
l’obtention.

m(γ) = ln [a xγ1 + (1 − a) xγ2 ]


1 d
m′ (γ) = γ · [a xγ1 + (1 − a) xγ2 ]
[a xγ1 + (1 − a) x2 ] dγ
En utilisant la forme exponentielle
γ γ
[a xγ1 + (1 − a) xγ2 ] = eln(a x1 ) + eln((1−a) x2 )
15. Nous avons déjà vu que poser a + b = 1 masque la relation entre les paramètres de
la CES, cf. la note 9.
B. Convergence vers une fonction de Cobb-Douglas

d h ln(a xγ1 ) γ
i d ln a+γ ln x1 d ln(1−a)+γ ln x2
e + eln((1−a) x2 ) = e + e
dγ dγ dγ
= ln x1 · a xγ1 + ln x2 · (1 − a) xγ2
1
m′ (γ) = · [ln x1 · a xγ1 + ln x2 · (1 − a) xγ2 ]
[a xγ1 + (1 − a) xγ2 ]

m′ (γ)
lim ln F(x1 , x2 ) = h lim = h lim m′ (γ)
γ→0 γ→0 n′ (γ) γ→0

= ha ln x1 + h(1 − a) ln x2
(1−a)h h
= ln xah
1 + ln x2 = ln xa1 x21−a
(1−a)h
lim F(x1 , x2 ) = xah
1 x2
γ→0

En résumé : étant donné la fonction


h
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ , avec a + b = 1, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0
alors
(1−a)h
lim F(x1 , x2 ) = xah
1 x2
γ→0

On notera que ce résultat est vrai quel que soit h > 0.

35
C. Convergence vers une fonction de Leontief

Reprenons la même démarche que dans B, mais en supposant maintenant


que l’élasticité de substitution σ tend vers zéro par valeurs positives, soit
γ → −∞.
m(γ)
ln F(x1 , x2 ) = h
n(γ)
avec m(γ) = ln(a + b) + ln(λ xγ1 + (1 − λ)xγ2 ) et n(γ) = γ.

lim m(γ) = −∞ et lim n(γ) = −∞


γ→−∞ γ→−∞

Nous pouvons donc appliquer la règle de L’Hôpital en γ = −∞, ce qui donne

m′ (γ)
lim ln F(x1 , x2 ) = h lim = h lim m′ (γ)
γ→−∞ γ→−∞ n′ (γ) γ→−∞

1 γ γ
où m′ (γ) = γ · [ln x1 · λ x1 + ln x2 · (1 − λ) x2 ]
[λ xγ1 + (1 − λ) x2 ]
En posant, pour la commodité des notations, α1 = λ et α2 = 1 − λ, nous
avons 2
αi xγi ln xi
X

i=1
lim m′ (γ) = lim 2
γ→−∞ γ→−∞
αi xγi
X

i=1

En divisant numérateur et dénominateur par xm = min{x1 , x2 }, il vient :


2 2  γ
xi
αi xγi ln xi
X X
αi ln xi
xm αm ln xm
i=1 i=1
lim 2
= lim 2
= lim = ln xm
γ→−∞ γ→−∞ 
xi
γ γ→−∞ αm
αi xγi
X X
αi
xm
i=1 i=1
 γ
xi xi
puisque lim =0 si xi > xm et =1 si xi = xm
γ→−∞ xm xm

Il s’ensuit que
lim ln F(x1 , x2 ) = h ln xm = ln xhm ⇒ lim F(x1 , x2 ) = xhm
γ→−∞ γ→−∞

En résumé : étant donné la fonction


h
F(x1 , x2 ) = [a xγ1 + b xγ2 ] γ , a > 0, b > 0, h > 0, γ<1
lim F(x1 , x2 ) = min(xh1 , xh2 )
γ→−∞
C. Convergence vers une fonction de Leontief

Les figures C.1, C.2 et C.3 présentent les tracés de la fonction CES F et
de quelques courbes de niveau pour une valeur de γ suffisamment faible. Le
degré d’homogénéité de la fonction est successivement inférieur à 1, égal à
1 et supérieur à 1.
Dans les trois cas, la fonction tend bien vers une fonction à facteurs
complémentaires.

10
8
3.5

Facteur 2
3

6
Prod

2.5

4
uit

2
r
teu

Fa 1.5

ct
Fac

eu 1
r1 0.5
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure C.1 – Rendements décroissants


10

9
8

7
Facteur 2
6

6
Prod

5
4
uit

4
2

3
r
teu

Fa 2

ct
Fac

eu 1
r1
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure C.2 – Rendements constants


10

25
8

20
Facteur 2
Prod

15

10
uit

4
2

5
eur

Fa
t

ct
Fac

eu
r1
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure C.3 – Rendements croissants

37
D. Convergence vers une fonction à facteurs parfaite-
ment substituables

Nous supposons maintenant que l’élasticité de substitution σ de la fonc-


tion F tend vers l’infini, soit γ → 1.
Pour γ = 1, F devient F(x1 , x2 ) = [a x1 + b x2 ]h
Les figures D.1, D.2 et D.3 présentent les tracés de la fonction CES F
et de quelques courbes de niveau pour γ = 1 (le degré d’homogénéité de la
fonction est successivement inférieur à 1, égal à 1 et supérieur à 1). Dans
tous les cas, les isoquantes sont des droites (ax1 + bx2 = C te ).

10
11

8 10
Facteur 2
6
Prod

9
uit

4
2

8
eur

Fa
t

ct
Fac

7
eu
r1
1 2 3 4 6
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure D.1 – Rendements décroissants


10

60

55
8

50
Facteur 2

45
Prod

40
uit

35
2
eur

30
2

Fa
t

ct
Fac

25
eu
r1 10 15 20
5
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure D.2 – Rendements constants – F(x1 , x2 ) = ax1 + bx2 (plan)


10

45
0
35
0
40
30 0
0
8

25
0
Facteur 2

20
0
6
Prod

15
0
uit

4
2
ur

2
te

Fa
ct
Fac

eu
r1 50
100
0

0 2 4 6 8 10
Facteur 1

Figure D.3 – Rendements croissants


E. Courbure des isoquantes d’une fonction homogène

Nous nous proposons de montrer que la courbure des isoquantes d’une


fonction homogène varie, non seulement le long d’une isoquante donnée, mais
varie également de manière non monotone avec le niveau de la fonction.
Pour ce faire, nous considérons une fonction de deux variables, homogène
de degré quelconque, z = F(x, y)
Une isoquante de cette fonction traduit le lien y(x), pour un niveau
donné de z.
La courbure C en un point donné se définit classiquement comme étant
y ′′
C=
(1 + y ′2 )3/2
Soit la fonction
h
z = F(x, y) = A [a xγ + b y γ ] γ , A > 0, a > 0, b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0
Sur la figure E.1 nous avons porté la valeur de la courbure en des points
particuliers :
— points à l’intersection de la droite y = x et des différentes isoquantes,
— points à l’intersection de la droite y = 2 x et des différentes iso-
quantes.
Sur une même demi-droite, plus le niveau z de l’isoquante est élevée,
plus sa courbure est faible.

Fonction CES − Élasticité < 1


10

0.1265
8

0.1843
0.1771
7
6

0.2580
y

5
0.2951
4

0.4300

3
2

0.8853 1.2900
1
0

0 2 4 6 8 10
x

Figure E.1 – Courbure en deux points pour une même isoquante

La figure E.2 présente l’évolution de la courbure pour différentes courbes


de niveau.
F. Point d’ancrage des isoquantes d’une CES normée

Évolution de la courbure pour 3 courbes de niveau d'une fonction CES

z=1

1.5
courbure
1.0

z=3
0.5

z=5
0.0

0 2 4 6 8 10
x

Figure E.2 – Évolution de la courbure le long d’une isoquante pour trois


niveaux différents

F. Point d’ancrage des isoquantes d’une CES normée

Nous entendons par CES normée une fonction dont la somme des coef-
ficients des variables vaut 1 :
h
FN (x1 , x2 ) = C [λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ C > 0, 0 < λ < 1, γ < 1, γ ̸= 0

Considérons des fonctions qui ne diffèrent que par la valeur de leur paramètre
de substitution γ.
Quel que soit γ on doit avoir
h
C [λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ = Y

soit
  h1
1 Y
[λ xγ1 + (1 − λ) xγ2 ] γ =
C
Les moyennes pondérées d’ordre γ quelconque de x1 et x2 n’étant égales
que si x1 = x2 , nous poserons x1 = x2 = x.
Alors  1
Y h
x= C

Quelle que soit la valeur de γ, donc quelle que soit l’élasticité de substi-
1
tution , les isoquantes de niveau Y passent toutes par le point (x, x)
1−γ

40
et sont tangentes en ce point, en effet
dx2 FNx1
=−
dx1 FNx2

dx2 λ
= si x1 = x2
dx1 1−λ

G. La procédure de La Grandville

Cette procédure est proposée dans [La Grandville(1989)] ; elle ne


concerne que les fonctions déjà normées (au sens où la somme des coef-
ficients attachés aux variables vaut 1). La procédure est reprise par
[La Grandville et alii (2000)] et [Klump and Preissler (2000)]. Les auteurs
se situent dans le cadre de la théorie néoclassique de la croissance. Ils at-
tachent à juste titre de l’importance à la signification des paramètres de la
fonction de production tout en se limitant aux fonctions homogènes de degré
1 (rendements d’échelle constants qui avec une hypothèse de rémunération
des facteurs selon leur productivité marginale assurent une stricte répartition
du produit entre les facteurs de production).
Le choix du point d’ancrage revêt bien sûr une impor-
tance particulière ; il est judicieux de le faire dépendre de va-
leurs spécifiques du modèle étudié : valeurs initiales des va-
riables, valeurs des variables au point d’équilibre du modèle. . .
L’objectif est de saisir l’impact de la valeur de l’élasticité de substi-
tution sur les valeurs du régime de croissance à taux constant. Cette
méthode a été depuis adoptée dans des travaux économétriques pour
effectuer des comparaisons internationales.
Nous déroulons ci-après la méthode, dans le cas d’une fonction homogène
de degré h quelconque.
Rappelons que les auteurs ne considèrent que les fonctions déjà normées
de la forme
h
FN (x1 , x2 ) = A [α xγ1 + (1 − α) xγ2 ] γ , A > 0, 0 < α < 1, γ < 1 et γ ̸= 0
1
dont la forme unitaire est, si h = 1, f (x) = A [α xγ + (1 − α)] γ avec
x = xx12 et f (x) = x12 F(x1 , x2 ).
Les isoquantes de cette fonction sont naturellement ancrées en un point
unique (pour différentes valeurs de γ et un niveau donné de F) puisque la
somme des coefficients de pondération des variables x1 et x2 vaut 1.
La définition d’un point d’ancrage différent impose le choix de valeurs
de référence pour les variables. On imposera également le taux marginal de
substitution technique au point défini par les valeurs de référence.
G. La procédure de La Grandville

Valeurs à fixer pour amorcer la normalisation avec point d’ancrage choisi


x1,0 , x2,0 (ce qui fixe Y0 ) et τ0 , le taux marginal de substitution du
facteur 1 au facteur 2 au point (x1,0 , x2,0 ).

Calculs préliminaires
Ayant fixé la valeur du taux marginal de substitution à τ0 , les auteurs
mettent en évidence le lien qui en résulte : la dépendance des paramètres A
et α au point (x1,0 , x2,0 ) par rapport à γ , et donc par rapport à l’élasticité
de substitution σ.
Partant de la définition du taux marginal de substitution, au point de
référence nous avons

1 − α x1,0 1−γ
 
τ0 (γ) =
α x2,0

d’où l’on tire l’expression de α en fonction de γ

x1,0 1−γ τ0 x2,0 1−γ


α(γ) = et 1 − α(γ) =
x1,0 1−γ + τ0 x2,0 1−γ x1,0 1−γ + τ0 x2,0 1−γ

h
De plus Y0 = FN (x1,0 , x2,0 ) = A (αx1,0 γ + (1 − α)x2,0 γ ) γ

En remplaçant α par son expression en fonction de γ il vient

 hγ
x1,0 1−γ + τ0 x2,0 1−γ

A(γ) = Y0
x1,0 + τ0 x2,0

Expression de la fonction FN en fonction de x1,0 et x2,0

Notons FN∗ la fonction F exprimée en fonction des valeurs de référence


N
x1,0 et x2,0
h

FN (x1 , x2 ) = A(γ) {α(γ) xγ1 + [1 − α(γ)] xγ2 } γ

d’où finalement [calculs sur demande, la marge est trop étroite. . . ;-) ]
 h
x1 γ x2 γ γ
   

FN (x1 , x2 ) = Y0 β + (1 − β)
x1,0 x2,0

x1,0 τ0 x2,0
avec β= et 1−β =
x1,0 + τ0 x2,0 x1,0 + τ0 x2,0

42
G. La procédure de La Grandville

Fx2,0
En se rappelant que τ0 = et en ajoutant une hypothèse de
Fx1,0
rémunération des facteurs selon leur productivité marginale,

Fx1,0 x1,0
β=
Fx1,0 x1 + Fx2,0 x2,0

où β représente la part de la rémunération du facteur 1 dans le produit au


point de référence (x1,0 , x2,0 ).

La méthode proposée revient à normer les variables x1 et x2 à l’aide des


valeurs de référence respectivement x1,0 et x2,0 . Nous travaillons donc avec
des indices. Les coefficients de pondération dépendent des caractéristiques
du point d’ancrage.

Point d'ancrage choisi Point d'ancrage choisi sur la première bissectrice


10

10

σ=2 σ=2

σ = 0.4
σ = 0.4
8

8
Facteur 2

Facteur 2
6

σ→0
4

σ→0
2

2
0

0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
Facteur 1 Facteur 1

Figure G.1 – De La Granville, h > 1, x1,0 = 4.5 et x2,0 = 3 puis


x1,0 = x2,0 = 4

Nous pouvons faire des représentations graphiques analogues à celles des


figures G.1 (dans le plan des facteurs) ou G.2 (dans le plan des variables par
unité de l’un des facteurs quand h = 1). Sur la signification du choix des
valeurs de base, on peut se reporter à [Klump et alii (2008)].
En imposant x1,0 = x2,0 nous vérifions que le point d’ancrage est bien
sur la première bissectrice (figure G.1 à droite).
Les travaux relatifs à la comparaison des différentes économies utilisent
souvent cette procédure. En faisant l’hypothèse que les économies, dont les
marchés sont supposés être en concurrence parfaite, ne diffèrent que par leur
capacité à substituer un facteur de production à l’autre, γ est alors le seul
paramètre à estimer.

43
H. Fonction de coût engendrée par une technologie CES

Forme unitaire − Point d'ancrage choisi

y0 x0 σ=2

5
Produit par unité de facteur 2
σ = 0.4

4
3
σ→1

2
1

0 2 4 6 8 10
facteur 1 par unité de facteur 2

x1,0
Figure G.2 – Rendements constants, h = 1, = 1.25
x2,0

H. Fonction de coût engendrée par une technologie CES

Partant de l’équation (10) de la section 4.1

C(Y ) = c1 x∗1 (Y ) + c2 x∗2 (Y )

où
" γ #− 1 1
  γ  
1 b c1 1−γ b c1 1−γ
x∗1 (Y )=Y h a+b et x∗2 (Y )= x∗1 (Y )
a c2 a c2

nous pouvons écrire


" γ #− 1 " 1 #
  γ  
1 b c1 1−γ b c1 1−γ
C(Y ) = Y h a+b c1 + c2
a c2 a c2

Pour obtenir C(y) sous sa forme usuelle, nous commencerons par développer
les termes entre crochets
 γ γ
− 1  1 1

1 γ γ
− 1−γ 1−γ
− 1−γ γ 1 1
− 1−γ 1−γ
− 1−γ
C(Y ) = Y h a + bb 1−γ a c1 c2 c1 + c2 b 1−γ a c1 c2

ou encore
γ
− 1
− γ − γ γ
  
γ
1 − γ1 1 1
− 1−γ 1−γ
1 1
− 1−γ
C(Y ) = Y h a 1+b 1−γ a c1 c2 1−γ c1 1+ c2 1−γ b 1−γ a 1−γ
c1

 γ γ
 γ−1
1 − γ1 1
− 1−γ 1
1−γ
− 1−γ γ
C(Y ) = Y h a c1 1 + a b 1−γ c1 c2

44
et finalement
 γ γ
 γ−1
1 1 1 γ
γ−1 γ−1
C(Y ) = Y h a 1−γ c1 + b 1−γ c2

La fonction de coût engendrée par une fonction de production CES des


quantités de facteurs x1 et x2 est une fonction CES des coûts d’utilisation
respectifs c1 et c2 et l’élasticité de substitution de cette dernière est 1 − γ.

I. Paramètre de répartition ?

Nous voudrions maintenant porter l’attention sur l’imbrication trop peu


explicitée de contraintes mathématiques, d’hypothèses économiques et de
nécessités économétriques lors de l’usage de la fonction
h
F(x1 , x2 ) = C [a xγ1 + b xγ2 ] γ , C, a, et b > 0, h > 0, γ < 1, γ ̸= 0
Faut-il d’emblée poser a + b = 1 pour permettre la convergence de la
fonction vers une Cobb-Douglas quand γ → 0 et rendre ainsi la répartition
du produit indépendante de la combinaison productive ? Faut-il au contraire
préserver un rôle de coefficients techniques aux paramètres a et b ?
Quelques exemples éclaireront le propos.
Nous l’avons vu, [La Grandville(1989)] prend en compte une fonction
déjà implicitement normée (a + b = 1), choisit des valeurs de référence et
fixe le taux marginal de substitution au point de référence. Il est dit très
explicitement que la dépendance des paramètres par rapport à l’élasticité
σ est due à la fixation des valeurs de référence et du taux marginal de
substitution technique. Avec les hypothèses adéquates, β, le coefficient des
variables normées, est un paramètre de répartition.
[Klump and Preissler (2000)] qui reprend la méthode initiée par de La
Grandville fait référence à [Pitchford (1960)] comme ayant introduit la liai-
son entre les paramètres de la fonction et σ. Transposant l’analyse avec nos
notations, nous lisons dans l’article de Pitchford : a = l(γ) and b = m(γ)
so that when γ = 0, a + b = 1. It is necessary to impose this restriction on
the values of a et b when γ = 0 (i.e. σ = 1 ) in order to ensure that for all
values of γ the function exhibits constant returns to scale. This is ensured
1
for values of γ other than zero by raising [a xγ1 + b xγ2 ] to the power .
γ
Travailler avec une fonction CES en imposant h = 1 permet d’appliquer le
théorème d’Euler et, avec l’hypothèse adéquate, d’assurer la répartition du
produit entre les facteurs. Imposer de surcroı̂t a + b = 1 permet à Pitchford
de retrouver [Swan (1956)] comme un cas particulier (ce qui est l’un de ses
objectifs). Tous les développements sont faits sous l’hypothèse h = 1, ils ne
nécessitaient pas en plus la contrainte a + b = 1, sauf à vouloir retomber sur
le cas d’une fonction de Cobb-Douglas à rendements d’échelle constants.
I. Paramètre de répartition ?

En imposant a + b = 1 les avantages de la CES disparaissent ; nous nous


privons de l’aspect technique des paramètres de la fonction.
Dans les articles que nous venons de citer, de même que dans
[La Grandville et alii (2000)] et [Miyagiwa et alii (2003)] (dans ce dernier la
méthode de La Grandville est reprise dans le cadre du modèle de Diamond)
la liaison entre les paramètres de la fonction de production est imposée dans
un but différent de celui de Pitchford. En effet les auteurs, par le choix de la
fonction (telle que h = 1 et a + b = 1) adoptent déjà le cas où la CES tend
vers une Cobb-Douglas à rendements d’échelle constants quand σ → 1.
Il suffit de poser h = 1 pour appliquer Euler. Est-il intéressant de vouloir
que la CES tende vers une Cobb-Douglas et pour cela de poser a + b = 1 ?
Les paramètres de la fonction de production sont alors ≪ réduits ≫ à un
paramètre de partage du produit entre les facteurs et, soit l’on apprécie
l’évolution d’une économie selon différentes valeurs de σ, soit l’on compare
des économies (ou des unités de production) dont les techniques ne se dis-
tinguent que par la valeur de l’élasticité de substitution (voir par exemple
l’étude proposée par [Sheng et alii (2016)]).
Poser a priori que la somme des coefficients de pondération des variables
x1 et x2 vaut 1 fait passer au second plan l’aspect technique de la fonction ;
l’intérêt se porte davantage sur la manière dont les facteurs de production
sont rémunérés. Avec une CES, on peut avoir des rendements constants sans
obligation d’une somme des coefficients égale à 1.
Conserver la signification technique des coefficients a et b devrait être
privilégié au niveau microéconomique pour la comparaison de différentes
unités de production ou lorsque l’on souhaite donner une dimension éthique à
la fonction de production (par exemple quand on s’intéresse à l’implantation
de systèmes robotisés).
Selon la nature des travaux (théoriques ou empiriques) le choix arbitraire
ou l’estimation doivent-ils porter sur la répartition du produit ou sur les
caratéristiques techniques du processus de production ?
Terminons par une interrogation, quel intérêt a-t-on à travailler avec une
fonction CES si nous la contraignons à tendre vers une Cobb-Douglas (ce
qui impose a + b = 1) ?

46
Liste des figures

2.1 Fonction à faible élasticité de substitution (σ < 1)


(les isoquantes ne touchent pas les axes) . . . . . . . . . . . . 14
2.2 Fonction à forte élasticité de substitution (σ > 1)
(les isoquantes touchent les axes) . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Cercles osculateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.4 Allure des isoquantes et élasticité . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.5 Isoquantes des fonctions normée et non normée pour un même
niveau de produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.6 Isoquantes d’une fonction normée, point d’ancrage in-
trinsèque, pour trois valeurs σ et deux niveaux de produit . . 18
2.7 Isoquantes d’une fonction normée, point d’ancrage in-
trinsèque pour deux jeux de couples (a,b) . . . . . . . . . . . 19
2.8 Fonction réduite normée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.1 Isoquantes d’une fonction normée avec point d’ancrage choisi 24
4.1 Coût et fonction de production CES avec σ < 1 . . . . . . . . 27
4.2 Coût et fonction de production CES avec σ ≃ 1 . . . . . . . . 28
4.3 Coût et fonction de production CES avec σ > 1 . . . . . . . . 28
C.1 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs
complémentaires, h < 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
C.2 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs
complémentaires, h = 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
C.3 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs
complémentaires, h > 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
D.1 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs parfaite-
ment substituables, h < 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
D.2 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs parfaite-
ment substituables, h = 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
D.3 Convergence de la CES vers une fonction à facteurs parfaite-
ment substituables, h > 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
E.1 Courbure en deux points pour une même isoquante . . . . . . 39
E.2 Évolution de la courbure le long d’une isoquante pour trois
niveaux différents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
G.1 De La Granville, h > 1, x1,0 = 4.5 et x2,0 = 3 puis x1,0 =
x2,0 = 4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
x1,0
G.2 Rendements constants, h = 1, = 1.25 . . . . . . . . . . . 44
x2,0
Index des sujets

Ancrage des isoquantes, 17–19, 23

Cercle osculateur, 15
Combinaison productive, 12
Courbure, 14–16, 18, 23, 39

Degré d’homogénéité, 11

Élasticité, 12
Élasticité de substitution, 9, 13–16

Fonction à facteurs
complémentaires, 16, 21, 36, 37
parfaitement substituables, 16, 38
Fonction de Cobb-Douglas, 8–10, 16, 23, 32, 34, 45, 46
Fonction de coût, 25, 44
de court terme, 26, 27, 29
de long terme, 25, 26, 45
Fonction homogène de degré 1, 18, 20, 33
Forme normée d’une CES, 16, 17, 21

Isoquante, 14–16, 19, 23


Ancrage, 16–19, 23

Leontief, 16
Limites de la fonction CES, 16

Normalisation des variables, 22, 42

Point d’ancrage choisi, 23, 42


Point d’ancrage intrinsèque, 17, 19

Répartition, 10, 12, 22–24, 45


Rendements d’échelle, 11, 12, 19, 20, 24, 27, 34, 41, 45

Taux marginal de substitution, 8, 11


Théorème d’Euler, 12, 45, 46

Unités de mesure, 8, 9, 12, 22, 23

Variables normées, 24, 45

48
Contents

1 Introduction, 7
1.1 General presentation, 7
1.2 Essential definitions, 8
2 CES functions, features, 10
2.1 Parameters and meaning, 11
2.2 Graphical representations, 14
2.3 Curvature and Elasticity, 16
2.4 Function limits, 16
2.5 Normalised CES and anchor point of isoquants, 16
2.6 Case of homogeneous function of degree 1, 20
3 Variable normalisation, 22
3.1 Difficulties related to units, 22
3.2 Giving meaning to the distribution parameter, 23
4 Cost functions generated by CES, 25
4.1 Short run cost function, 25
4.2 Long run cost function, 26
5 Final comments, 29

Appendix, 32

A Building a CES function, 32

B Convergence to a Cobb-Douglas function, 34

C Convergence to a Leontief function, 36

D Convergence to a function with perfect substitutability, 38

E Isoquants curvature of homogeneous functions, 39

F Isoquants anchor point of normalised CES functions, 40

G De La Grandville procedure, 41

H Cost functions generated by a CES technology, 44

I Distribution parameter, 45

49
Index

Anchor point of isoquants, 17


choosed, 23, 42
intrinsic, 17

Cobb-Douglas function, 8–10, 16, 23, 32, 34, 45, 46


Cost function, 25, 44
long run, 25, 26, 45
short run, 26, 27, 29
Curvature, 14–16, 18, 23, 39

Degree of homogeneity, 11
Distribution, 10, 12, 22–24, 45

Elasticity, 12
Elasticity of substitution, 9, 13–16
Euler’s theorem, 12, 45, 46

Function
perfect complements, 16, 21, 37
perfect substitutes, 16, 38
Function CES limits, 16

Homogeneity of degree 1, 18, 20, 33

Intrinsic anchor point, 19


Isoquant, 14–16, 19, 23
anchor, 16–19, 23

Leontief, 16

Marginal rate of substitution, 8, 11


Measurement units, 8, 9, 12, 22, 23

Normalised CES, 17, 21


Normalised variables, 24, 42, 45

Osculating circle, 15

Returns to scale, 11, 12, 19, 20, 24, 27, 34, 41, 45

50

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