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Texte Protagoras

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l( {,

êrr qu€stion la possibil itêde connaître une vérité abso-


lue sur le onde et refusent même l'existence d'une telle vérité.
[e relativisme auiourd'hui
Puisqu'il d st pas possible d'atteindre cette vifrité, les opinions
Le relativisme que professent en
général les sophistes leur a sur-
d'une perso e concernant le monde n'ont di valeur que pour
vécu. Nous en retrouvons des cette perso e : elle doit donc tenter de per*ader l'autre de la
traces dans les débab concernant valeur de cett opinior, sans prétention à la férité. Les sophistes
par exemple Ia possibilité pour concluent que a seule voie possible est cglle de l'opinion, que
une société d'imposer des valeurs l'opinion prése ée de la façon Ia plus co4/aincante tient lieu de
fondamentales, dans fa question < vérité > et que, conséquent, aucune sglence n'est possible.
du droit d'ingérence ou de non-
ingérence lorsqu'une société est en Les sophistes s'in sent d'abord et a t tout à l'être hurrrain et
guerre ou encore dans un certain à sa place dans la i,étê. Ils traitent d problèmes qui concernent
désabusement devant la possi- I'action et les relati entre les ho ês, des questions morales
bilité de connaître objectivement
ou encore politiques Ils s'intéresse t aussi aux techniques : non
le monde.
seulernent de l'art d discours, c me nous venons de le voi[
mais aussi à des suje aussi div ifiés que l'hygiène, la cuisine,
ou encore l'architec

Comme les sophistes al e ville en ville, ils étaient à même


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de constater que les lois rganisation des sociétés différaient
€ grandement d'une cité à I tre. Ils s'intelrogent dès lors au sujet
'S de ce qui est déterminé par nature,laphusb, êt de ce qui est créé

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rs
par la sociétê,Ie nomos. n viennent à affinner que puisque la
nature a ses propres loi/ q i ne sont pas celles des homrnês, les
'Lrt: : tn"J lois humaines sont p
de la nature. Si les loi
entiors, bien au-dessous de celles
conventions, si elles sont rela-
€3c-
È) r.\
tives au moment et l'époqu où elles ont été créées et si elles

f\f\
5 peuvent entrer en nflit avec I lois naturelles, alors les hommes
ts\ sont autorisés à
la cité.
ettre en qu ion les lois morales et celles de

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ËJU-<!\., lS
Protagoras, g serait à l'origine u mouvement sophistique, et
Gorgias, cony'u pour être un exce nt orateuç sont les représen-
cn, , "ri tants les plqC connus des sophistes. près elrx, une génération de
gâ€:
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sophistes /us ambitieux, plus proc s du pouvoiç prêtera flanc

ôJhrdS aux critignes des Athéniens.

La mesure des choses chez Protagoras


FnorncoRAs Né à Abdère, Protagoras (v.-492-v.-42D) est connu surtout pour
(v.-492-v.-42ûl ses talents d'éducateur. Quelques fragments de son traité Lavérité
Protagoras serait devenu riche en ou Discours démolisseurs se sont rendus jusqu'à nous et nous
enseignant aux Athéniens ambi-
connaissons le titre de quelques-unes de ses oeuvres, comme,Izs
tieux I'art de triompher de leuns
antibgies, Des ambitions, D6 rtertus ou encore Sur les [Link] est
adversaires à I'Assemblée ou au
à Athènes entre -460 et -445, où il se lie d'amitié avec Périclès; il
Tribunal, lors d'un débat politique
ou d'un procès, en utilisant
est aussi l'ami du poète Euripide (chapitre.l). Après une expé-
la
rhétorique, les sophismes et les
dition militaire, il revient à Athènes, mais doit encore quitter la
antilogies. ville vers -430, alors que le cercle de Périclès fait l'objet d'une
certaine méfiance. Dans la même période, un décret condamnant
l'athéisme est voté à l'Assemblée, et le philosophe Anaxagore
(chapitre 2) fait l'objet d'un procès. Il semble gue le traité Sur les
dieux, de Protagoras lui ait occasionné les mêmes déboires; aussi
a-t-il été accusé d'impiété et exilé d'Athènes; en fait, la fin de sa
vie est assez mal connue.

Certes, Protagoras a été un enseignant réputé même Platon le


traitera dans ses dialogues avec respect -
mais ses réflexions
-,
l'ont amené à développer un point de vue relativiste sur le monde,
tant su-f r. plan de la connaissance que sur celui de l'éthique.
Puisqu'à son avis il n'est pas possible d atteindre la vêrrté, c'est ce
qui est avantageux pour une personne ou pour une société qu'il
faudra obtenir. Le discours sert alors à persuader l'auditoire ou
son interlocuteur de ce qui est avantageux.

Le relativisme empirique de Protagoras


Le traité Lav&té de Protagoras s'ourtre sur cette formule devenue
célèbre : .. Lhomme est la mesure de toutes choses, de celles qui
existent et de leur nature; de celles qui ne sont pas et de l'expli-
cation de leur non-existence. ) Pour bien comprendre cet énoncé,
il convient de revenir sur certaines des notions traitées en logique
âe l'argumentâtiôn. Nous avons vu dans la section " Outils rr du
chapitre 2 que l'être humain émet des jugements à propos du
monde qui l'entoure. Les jugements de fait sont basés, d'abord
et avant tout, sur la perception que nous avons des choses. C'est
en effet grâce aux sensations et aux perceptions que nous pouvons
entrer en contact avec l'univers physique qui nous environne et
juger que le ciel est bleu, que le gazorr est vert, qu'une
fourmi est toute petite, Ç[u'une montagne est très haute,
et ainsi de suite. Il convient d'ajouter que nos jugements
nous semblent wais lorsque nous avons l'impression
qu'ils correspondent à la réalité, c'est-à-dire qu'ils dé-
crivent la réalité telle qu'elle est, indépendamment de
nos perceptions.

Protagoras se rattache aux physiciens d'Ionie, comme


Héraclite (chapitre 1), en défendant la thèse selon la-
quelle tous nos jugements de faits et donc en théorie
-
toutes nos connaissances empiriques dérivent des
perceptions sensorielles. Or, pour Frotagoras, les juge-
ments sont variables, puisqu'ils découlent des percep-
tions et que celles-ci sont relatives à chaque individu,
voire aux circonstances dans lesquelles se trouve un
mêrne individu à divers moments. Deux hommes auront
une perception différente des choses, en fonction de leur
grandeur, de leur force, de leur àge, de leur position dans
l'espace et dans le temps, de leur vitesse de déplacement
et d'autres facteurs encore. Ainsi, c€ qui apparaît très
grand à un petit homme peut sembler de dimension Culliver chez ls Lilliputiens, où il paraît être un géant,
moyenne à un colosse. Ce dernier trouvera léger ce que dans l'oeuvre de Jonathan Swift, Les voyoges de Lemuel

l'autre trouve lourd. Ils en viendront donc à formuler Gulliver (1726).


-I
'zl
'\./
i
deux jugements contradictoires à propos de ce qu'est ou de ce
I
que n'est pas un objet (c'est grand et lourd, c'est petit et léger).

OETJVRES 04 d'après Protagoras, chacune des perceptions est waie pour


MAJEURES DE celui qui l'éprouve. Ce qui est vrai, ce qui est réel, c'est ce que
PROTAGORAS chaque individu perçoit. Comme il l'écrit dans La vérité: u Ce que
. Lo véritë
I'homme appelle vérité, c'est toujours sa vênté,, c'est-à-dire l'aspect
. Les ontilogies sous lequel les choses lui apparaissent. u Si nous ressentons qu'un
. Des ombitions objet est froid, il l'est réellement pour nous. Personne ne peut
contester cette vérité et nous convaincre que notre perception est
. Des vertus erronée. En conséquence, deux personnes peuvent dire des choses
. Sur les dieux contraires (Cest chaud, c'est froid) qui sont tout aussi waies l'une
que l'autre. Plus encore : une même personne peut soutenir deux
jugements contradictoires qui sont wais au même titre l'un que
Iautre. Par exemple, si un bâton apparaît brisé à la vue, il l'est Éel-
lement pour la personne qui le voit, tout en étant effectivement
intact au toucher. Ces deux perceptions sont également waies,
mais se contredisent. Pour Protagoras, la ,, vérité u est dès lors
entièrement relative à l'obsenrateuq, aux circonstances où il se
irouve, au sens grâce auquel il perçoii. En conséquence, toutes les
opinions se valent, car on peut dire une même chose et le contraire
à propos d'un objet, selon le point de vue. C'est en ce sens que
,.I'homme est la mesure de toutes choses u.

En fait, nous pourrions étendre l'argument de Protagoras à tous


les animaux dotés de perception et affirmer de la même façon que
u I'animal est la mesure de toutes choses u. La perception qu'a une
fourmi d'un écureuil (il lui semble énorme) n'est ni plus waie ni
plus fausse que celle qu'en a un être humain ou un éléphant. Ce
sont trois vérités relatives qui coexistent, à en croire Protagoras. Il
en va de même de la perception des températures, des saveurs, des
, des distances, des couleurs ou des sons.

Il faut souligner que Protagoras dest pas simplement un sceptique,


comme le seront plus tard Pyrrhon (v.-365-v.-275) ou Sextus
Empiricus (2e4e siècle). Les sceptiques se contenteront de dire
qu'il est impossible de connaltre la vérité et de trancher entre les
perceptions et les jugements de différents obserwateurs. Mais
ils ne nient pas qu'il existe des jugements wais, c'est-à-dire des
jugements qui correspondent à la réalité telle qu'elle est, indépen-
darnment de celui qui l'observe. Protagoras, lui, est relativiste, car
il soutient que la vérité elle-même est relative à chacun; d'après
cette école de pensée, la vérité absolue, les vérités objectives
rt'existent pas. Il n'est donc pas possible de justifier objectivement
un jugement ni de montrer qu'il est valide universellement, c'est-
à-dire que tous devraient I'adopter et l'appliquer.

En soutenant que tous nos jugements dérivent des perceptions


sensorielles, Protagoras a été conduit à adopter une position à
la fois prudente sur le fond et révolutionnaire pour son temps au
L7_'
sujet des dier:x : o Sur les dieux, je ne puis rien d!le, ni qu'ils soient,
ni qu'ils ne soient pas : bien des choses empêchent de le savoiç
d'abord l'obscurité de la question, ensuite la brièveté de la vie
humaine. > Cette position de Protagoras est agnostique, c'est-
à-dire qu'il ne prend pas position quant à la question des dieux : il
ne prétend pas qu'ils. existent ou qu'ils n'existent pas ; leur exis-
tence ou-leur inexistence est hors de portée de la conscience
humaine. Cette affirmation permet de reporter toute l'importance
de la pensée sur l'être humain. Si les dieux n'existent pas, ou
plutôt si nous ne connaissons rien de leur existence, alors c'est
vers l'être humain que notre attention doit se tourner.

Le relativisme éthique de Protagoras


Nous venons d'examiner le relativisme de Protagoras en ce qui a
trait aux jugements de fait. Protagoras semble réserver la même
analyse relativiste aux jugements de valeur à propos de ce qui
est bon et mauvais (" Outils
", chapitre 2).Il semble croire que
ces jugements découlent d'impressions ou de perceptions affec-
tives qui sont toujours waies pour la personne qui les éprouve. Si
une chose est plaisante, effrayante ou désirable pour elle, cette
chose l'est réellement pour elle. Cette impression constitue sa
vêrttê et fonde son jugement de valeur. En conséquence, il peut
bien arriver que deux individus aient deux impressions affectives
différentes d'un même objet et le jugent différemment, sans que
l'un de ces jugements soit plus vrai que l'autre. Au fond, cela
revient à dire que tous nos jugements de valeur seraient
des jugements de préfêrence, qui dépendent d'une sen-
sibilité personnelle et subjective (o Outils u, chapitre 2).
Nos opinions sur l'esclavage,Ia guerre ou la répartition
des richesses seraient en quelque sorte une afFaire de goût,
du rnême ordre que nos jugements sur la musigu€, les
mets ou les loisirs.

Un adepte des antilogres


et de la persuasion non rationnelle
Une première conséquence de ce relativisme est l'impor-
tance accordée par Protagoras à la notion d'antilogie : il
dit justement que [Link] chose il peut y avoir deux
discours contradictoires, puisque des perceptions op-
posées et tout aussi waies les unes que les autres peuvent
coexister.

En élaborant une telle conception de la véntê, Protagoras


se rattache encore une fois aux physiciens d'Ionie, mais
en déplaçant leurs thèses du domaine de la rnétaphysique
vers celui de l'épistémologie (introduction). En effet, il
reprend d'Héraclite f idée que les contraires s'opposent
en tout : la contradiction serait ainsi au centre de toute Une esdave tenant une bofre de biiotu pour sa mafusæ.
chose. Mais alors qu'Héraclite en fait une thèse sur la Les esclaves sont la propriété entière de leur maftre, qui
nature même de la réalité qui nous envirorfne, Protagoras ne peut cependant les tuer ni les maltraiter à Athènes.
[:
L7
i

en fait une thèse sur la nature des représentations que nous nous
i

It :
faisons de cette réalité; plus précisément, il en fait une thèse sur
la nature des discours que nous tenons au sujet de cette réalité : la
contradiction des pereeptions, des jugements et des discours est
daprès lui constitutive de la condition humaine.

Si ce n'est pas en démontrant rationnellement lavênté d'un juge-


ment que nous pouvons convaincre notre interlocuteu{, nous
pourrions selon lui le persuader en modifiant sa perception
affective des choses, grâce à un discours qui agit directement
sur ses émotions.

Uinfluence du diseours
Dans cet extrait, Platon met en scène Protagoras, qui fait valoir
à son interlocuteur qu'il n'est pas possible de modifier I'opinion
d'une personne, parce cette opinion est toujours vraie pour
cette persorlrle. Il n'y a donc pas d'opinion rraie objectivement,
mais plutôt des opinions qui sont plus ou moins bénéfiques ou
avantageuses.

[...] Rappelle-toi, par exemple, ce qui a étédit précédemment,


que les aliments paraissent et sont amers au rnalade et qu'ils
sont et paraissent le contraire à lhomme bien portant. Ni l'un
ni I'autre ne doit être représenté comme plus sage - cela
n'est même pas possible et il ne faut pas non plus soutenir
-
que le malade est ignorant, pârce qu'il est dans cette opinion,
ni que I'homme bien portant est sage, parce qu'il est dans
l'opinion contraire. Ce qu'il faut, c'est faire passer le malade
à un autre état, meilleur que le sien

De même, en ce qui concerne l'éducation, il faut faire passer


les hopmes d'un état à un état meilleur; mais, tandis que le
médecin le fait par des remèdes, le sophiste le fait par des
discour:s. Jamais en effet on n'est pan/enu à f,aire qu'un homme
qui avait des opinions fausses ait ensuite des opinions waies,
puisqu'il n'est pas possible d'avoir des opinions sur ce qui
n'est pffi, ni d'autres impressions que celles que l'on éprouve,
et celles-ci sont toujours waies. Mais je crois que, lorsqu'un
homme, par une mauvaise disposition d'âme, a des opinions
en conformité avec cette disposition, en changeant cette dispo-
sition contre une bonne, or lui fait avoir des opinions diffé-
rentes, confonnes à sa disposition nouvelle, opinions que
certainS, par ignorance, qualifient de waies. Moi, je conviens
que les unes sont meilleures que les autres, mais plus waies,
non pas. [...]
a

Pr-eroN . Théétète (166c- 167d).(Traduction dÉmile Chambry.)

itlGjll'pffiiËiË
. I I lJ.'-r: ffemleferjl
,
',.. . -,ii.i .ir
. I l.'r:'jj
i',,t,rtiiiitiil$lg
.1i.,....-: :r.:J i;:,.y;i.t;'i::;L:i.:,i:.ï[Link]:iji:'l"i.}i
. ;..,' j. ;','..,';1'.;,_r.i...-1!.:!...r,r-1..-..
' ..'i,i,,i, i'. ::i,'.'.;riiiri;iïltîtTiilillffi
.zï
Autrement dit, Protagoras soutient que le rôle du sophiste n'est
pas de démontrer à son interlocuteur que ce dernier soutient un
jugement faux, cai ce jugemeni reflète l'impression actuelle de
l'içterlocuteur, laquelle est waie par définition et ne peut pas être
modifiée par des arguments. Il faut plutôt agir sur l'impression de
l'interlocuteur à l'aide d'un discours persuasif faisant essentiel-
lement appel à la rhétorique, à l'éristique et aux sophismes, cornme
nous l'avons vu en début de chapitre

Protagoras se flattait d'ailleurs de pouvoir enseigner à ceux qui le J


e
désiraient l'art d'utiliser à leurs fins le discours persuasif pour =
z,
(,
vaincre leurs adversaires lors d'un débat. C'est ainsi que, selon une ô
o/0
IE
Ê
anecdote connue, il a proposê àla réflexion de Périclès l'exemple S
-*
F
de la mort accidentelle d'Épitime de Pharsale. Celui-ciayantété
Le pentathlon requénit la pntique de
tué par un javelot lors d'un pentathlon, Périclès aurait consacré
cinq disciplines : couræ, lutte, lancers du
toute une journée à se demander si la cause du drame était le dique et du javelot, saut en longueur.
javelot, celui qui l'avait lancé ou les organisateurs des jeux. Tout
l'enseignement de Protagoras consiste à montrer qu'un rhéteur
habile comme lui peut successivement faire triompher ces trois
points de vue, en se pliaçant tour à tour du point de vue du médecin,
du juge ou de l'autorité politique. Ces déplacements de perspective
lui permettent de confondre sciemment les notions de cause, de
responsabilité et de culpabilité de manière à convaincre ses audi-
teurs d'adopter le point de vue qui lui convient.

IJavantageux, la cohésion sociale et le relativisme culturel


Dans quel but ïorateur doit-il chercher à persuader ses auditeurs ?
D'après Protagoras, son discou:rs vise essentiellement à faire naître
chez l'interlocuteur des dispositions affectives plus avantageuses.
Le sophiste doit tenter d'orienter l'imagination, l'attention et la
pensée de son public pour qu'il perçoive intuitivement les choses
comme lui, pour qu'il ressente les mêmes désirs, sentiments et
émotions que lui à l'égard des mêmes objets. De ces nouvelles dis-
positions affectives résulteront des impressions et des jugements
nouveaux, qui ne seront pas plus wais que les précédents, mais
pour:ront se révéler plus avantagerrx. Il propose en effet de faire
appel au critère pragmatique del'avantageux pour guider la discus-
sion éthique, résoudre des conflits et conduire une société à adopter
des valeurs et des nonnes qui sont plus bénéfiques que d'autres.

Est-ce à dire que Protagoras a donné une définition objective de


ce qui est avantageux, ce qui reviendmit à éliminer le relativisme
et à réintroduire une forme d'objectivité de façon détournée ? Pas
tout à fait, car il semble avoir laissé une large place au relativisme
dans sa conception de l'avantageul C'est du moins une interpré-
tation courante de sa pensée, tirée des fragments de ses écrits qui
nous sont parvenus.

Selon Protagoras, les humains partagent certains besoins, désirs


et sentiments, ce qui leur permet d'établir des valeurs indiquant
z1
ce qui est bien et mal ainsi que des normes indiquant ce qui est
permis, obligatoire ou interdit. Ces valeurs et ces norrnes com-
munes résultent d'un processus pïogressif de mutuelle,
une sorte de négociation avec des compromis qui aboutit à des
conventions sociales.

Mais cette base naturelle commune autorise une grande variété


de moeurs et de coutumes. Ces moeurs et ces coutumes, quelles
qu'elles soient, sont avantageuses tant qu'elles permettent, dans
une société donnée, d'assurer la paix et la cohésion sociale. C'est
le seul critère objectif d'évaluation que Protagoras semble recon-
naître. C'est ainsi que, dans une société donnée, une valeur ou
une nonne est objectivement mauvaise le jour où elle se révèle
désavantageuse pour le groupe, parce qu'elle menace l'ordre
social (si une majorité de gens la rejettent, par exemple). Pour le
reste, il n'y a pas de bien ou de justice objective qui dépasse les
conventions propres à chaque société. Une fois que des valeurs et
des normes sont établies, elles définissent ce qui est bon et juste
pour une communauté tant que celle-ci les adopte en majorité. Il
n'y a pas un bien ou un mal objectif, une justice ou une injustice
objective qui existent indépendamment des conventions et qui
permettent de critiquer celles-ci. Ainsi, Protagoras jugerait que si
une communauté pense que l'esclavage ou le travail des enfants
est nécessaire, alors cette coutume est bonne Pour cette commu-
nauté; nous ne pouvons pas affirmer qu'elle est objectivement
mauvaise, tant que ce jugement de valeur ne se révèle pas désa-
vantageux pour l'ordre social. Si une société stable s'appuie sur
cette coutume, les citoyens libres qui en sont membres n'ont pas
de raison de changer cet ordre des choses tant qu'elle ne menace
pas sérieusement leurs intérêts. Si la communauté voisine con-
damne cette coutume, iI s'agit là de sa véité, sans plus. Protagoras
endosse ainsi le relativisme culturel

Cela dit, le citoyen d'une telle société n'est pas obligé d'en partager
les valeurs et les norrnes. S'il croit, par exemple, que les hommes
et les femmes sont égaux et doivent être maîtres de leur destin,
il va alors essayer de persuader les gens de partager cette valeur
de l'égalité. Mais ce sentiment est subjectif et ne prouve pas que
légahté est objectivement borure ou mauvaise. Tout ce que le citoyen
peut f,aire, iest amener les autres à partager son sentiment, en sou-
haitant qu ils aient la sensibilité requise pour le partager.

Dans la perspective proposée par Protagoras, les hommes les plus


forts, les meilleurs, sauront amener leurs concitoyens à adopter
leur point de vue. Ces hommes feront de la cité une ville puis-
sante et la mèneront vers leur conception de la justice, puisque ce
discours, librement partagé, deviendra le discours commun. Si
son idée ne l'emporte pas, un citoyen peut consen/er son opinioir,
mais tant qu'il échoue à modifier les perceptions et sentiments de
la majorité, il doit conformer sa conduite à la loi.

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