Je suis heureux de vous aider.
“Le Drame linguistique marocain” est un livre de Fouad Laroui qui a été
publié en 2011. Dans ce livre, l’auteur examine le statut des langues au Maroc, en se concentrant sur la
diglossie entre la langue savante et la langue populaire. Il utilise des données linguistiques, syntaxiques,
sociologiques et littéraires pour explorer cette question complexe.
« Le drame linguistique marocain » de Fouad LAROUI. Quittant le ton bienveillant et
légèrement acide de ses romans, Fouad Laroui nous livre là un ouvrage ardu, savant, engagé. Un
ouvrage sur la délicate question de la langue dans les pays arabes. Illustré sur le cas du Maroc.
La situation offre en effet un paysage paradoxal. Alors que le nombre des personnes dans le monde
arabe disposant d’une éducation formelle a littéralement explosé depuis 50 ans. Que des millions
de jeunes ont désormais accès à la lecture et l’écriture de l’arabe, la question de la langue
demeure non résolue. Coincée dans ses multiples voies comme autant d’obstacles aux échanges
intellectuels, elle reste même difficilement posée. Pourtant, cette question conditionne l’avenir de
nos sociétés à trois niveaux de la plus haute importance. 1/ l’acquisition des connaissances. 2/
l’expression culturelle. Et 3/ la construction de la personnalité de l’individu arabe dans
l’adossement nécessaire à son identité psychique, sociale et culturelle.
Des clés pour comprendre
Fouad Laroui nous offre ici des clés pour démêler l’écheveau des langues dans les pays arabes. Un
jeune maghrébin est ainsi mis en face de 1/ sa langue maternelle pour le parler (la darija ou
le berbère), 2/ l’arabe classique à l’école pour l’écriture et 3/ le français, pour certaines démarches
administratives. Mais aussi pour l’ouverture sur le monde.
Ce jeune est handicapé dans sa vie courante par cette confusion linguistique. Une confusion
surplombée par une hiérarchie hautement normative. Sa langue de l’affect, celle que sa maman lui
a glissé dans l’oreille aux premières heures de sa vie, celle de l’amour et de l’amitié, celle de la vie
de tous les jours, est considérée comme un parlé vil. Même pas comme une langue.
Tandis que la langue noble, celle de la Révélation, est pour lui une langue étrangère, qui ne peut se
percevoir que par la lecture. Une lecture rendue difficile notamment par l’absence de vocalisation.
Pour avoir un aperçu imparfait de cette difficulté, essayons de lire cette cette présente phrase sans
les voyelles = pr vr n prç mprf d ct dfclt, ssy d lr ct mm phrs ntr prts.
Difficile et non univoque
La langue arabe classique, d’une richesse et d’une précision immense dans son abord savant,
devient avec la darija dans la vie courante d’une pauvreté et d’une imprécision impressionnante.
Ce qui constitue un handicap majeur dans les échanges les plus élémentaires de la vie sociale. Mais
aussi dans les processus d’acquisition de connaissance et dans la vie professionnelle. Handicap et
marqueur social. Car les élites instruites dans une langue européenne ont tôt fait de trouver dans
ces langues le moyen d’une expression précise et opérationnelle.
Le dilemme de l’écrivain. En quelle langue écrire?
Fouad Laroui parle aussi, avec une certaine pudeur, de sa position d’écrivain. A la recherche du
meilleur outil pour offrir à son imagination les moyens de se déployer. Il montre que le recours à la
langue française, comme romancier, ne relève pas d’un choix. Mais de la nécessité conduite par les
difficultés de la diglossie caractérisée par une situation où deux langues coexistent avec des statuts
inégaux . La diglossie n’est pas à confondre avec le bilinguisme qui traite de deux langues à statut
[1]
égal. Une diglossie qui est le plus souvent niée, comme « l’éléphant dans la pièce ». Qu’on ne veut
pas voir.
Le bricolage des sociétés
Malgré cette cécité des élites, les sociétés continuent d’avancer en bricolant avec ces différents
langages. Dans la vie de tous les jours et avec la télévision, les réseaux sociaux, les chansons, le
théâtre et le cinéma. L’arrivée des migrants sub-sahariens rajoute un défi aux sociétés du Maghreb,
car une partie des migrants est de langue française ou anglaise (et une partie est chrétienne).
L’apport de ces éléments culturels est totalement inédit au Maroc. Car ces éléments ils ne sont pas
liés à une domination du Nord (comme en son temps la colonisation), mais viennent du Sud.
Apporté par des populations pauvres, en position vulnérable.
Ainsi, la vie bouillonne, mais les institutions restent figées
L’école ne remplit plus son rôle dans les pays du Maghreb. Mais aussi partout ailleurs dans le
monde. Au point que l’on peut se demander quel est exactement le rôle dévolu à l’éducation, au
Nord comme au Sud, par delà les déclarations officielles [2].
Besoin de savoir plus
A coté de cet ouvrage, il serait important d’avoir les résultats d’une enquête socio-linguistique dans
nos pays. Une enquête pour mieux comprendre les pratiques mises en œuvre avec ces langues
multiples. Comment les nouvelles générations profitent-elles de ce dont leurs parents, dans leur
immense majorité, ne disposaient pas ? Une voix et les moyens numériques de la porter au-delà du
cercle restreint du village ou du quartier ? Un livre, fut-il aussi documenté que celui que nous
propose Fouad Laroui, ne peut satisfaire cette dimension sociologique qui suppose d’importants
moyens d’enquête de terrain.
Des solutions esquissées
Nous vous laissons découvrir les solutions que l’auteur esquisse à la fin de l’ouvrage. Elles
devraient inciter les responsables politiques à prendre à bras le corps cette difficulté aux
conséquences immenses pour le devenir de nos pays. Et pour l’insertion des individus arabes dans
le concert mondial des sociétés que les espaces numériques ont désormais ouvert à des milliards
d’êtres humains.
&&&
[1] En sociolinguistique, la diglossie désigne l’état dans lequel se trouvent deux variétés
linguistiques coexistant sur un territoire donné. Et ayant, pour des motifs historiques et politiques,
des statuts et des fonctions sociales distinctes. L’une étant représentée comme supérieure et
l’autre inférieure au sein de la population. (Wikipedia)
[2] Voir Immanuel Wallerstein : L’universalisme européen : de la colonisation au droit
d’ingérence (2008).