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Dissertation Sur Gargantua

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DISSERTATION : RABELAIS, GARGANTUA

Dans La Renaissance et le rire (1995), Daniel Ménager écrit : « Le rire dans ce qu'il a
d'excessif est nécessaire à l'idéal philosophique ». Dans quelle mesure ce propos
s'applique-t-il à Gargantua ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur
le roman de Rabelais, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours
associé et sur votre culture personnelle.

INTRODUCTION

Rabelais, moine, traducteur, juriste, médecin, érudit et écrivain, incarne, par sa curiosité et
sa culture, l’humaniste du XVIe siècle. Ses œuvres, porteuses d’une philosophie
humaniste, riches de tous les débats de son temps, unanimement condamnées par la
Sorbonne, sont pourtant publiées grâce à la protection dont il jouit auprès de l’évêque du
Bellay et du roi François 1er. Gargantua, publié en 1535, raconte les aventures du père de
Pantagruel : au lieu de donner une suite à sa première chronique Pantagruel, Rabelais
s’amuse à remonter le temps. Dans cette œuvre réaliste et fantaisiste, sérieuse et
comique, il narre l’enfance, l’éducation, les expériences, exploits et valeurs humanistes du
truculent géant Gargantua. Dans La Renaissance et le rire (1995), Daniel Ménager écrit : «
Le rire dans ce qu'il a d'excessif est nécessaire à l'idéal philosophique », nous invitant à
voir le sage caché derrière le bon vivant. Ainsi, comment, dans Gargantua, le rire se met-il
au service des valeurs intellectuelles et éthiques de l'auteur ? Pour le déterminer, nous
étudierons d'abord en quoi le rire rabelaisien est effectivement excessif, avec des effets
libérateurs, puis comment il conduit le lecteur à penser par lui-même. Enfin, nous
montrerons qu'il est une initiation à la pensée humaniste.

I. UN RIRE DÉMESURÉ AUX EFFETS LIBÉRATEURS

a) Un comique gigantesque

Dans Gargantua (1542), Rabelais prend pour héros des géants, à qui il fait
assimiler des sommes considérables de connaissances, des langues au maniement des
armes en passant par l'arithmétique. Le gigantisme reflète l'immense soif de savoir qui
caractérise l'humanisme naissant. Il est aussi la source de puissants effets grotesques : au
chapitre 4, Gargamelle engloutit « seize muids, deux bussars et six tepins » de tripes, et le
narrateur souligne que « trois cent soixante mille quatorze » bœufs ont été abattus pour
l'occasion. La précision incluse dans ses dimensions hors norme prête à rire.
La figure de l'hyperbole met en évidence l'écriture parodique chez Rabelais : elle montre
du doigt l'imitation et permet au lecteur de mesurer l'écart avec le modèle. Ainsi, lorsque
Frère Jean des Entommeures prend la défense de l'abbaye de Seuilly (chapitre 27), la
scène de guerre reçoit un traitement démesuré : le moine triomphe seul de tous les
assaillants picrocholins, traités de « porcs ». La vigueur du combattant évoque celle du
héros épique et provoque un décalage burlesque.

b) des cibles plurielles

Le rire né de l'excès vise moins les individus que les institutions. L'emphase et la
rhétorique accumulative ont ainsi à charge de dénoncer la fausse science des doctes : le
discours de Janotus de Bragmardo, venu réclamer les cloches à Gargantua dans le
chapitre 19, se déploie dans une langue latine approximative. La satire vise la prétendue
éloquence judiciaire et savante.
La religion fait aussi les frais de la raillerie rabelaisienne. La sérieuse Sorbonne et ses
maîtres de théologie se trouvent ainsi pris à parti, au gré des aventures du géant : au
chapitre I par la voix d'Alcofribas Nasier, au chapitre 7 à propos de la mère de Gargantua
réputée hérétique, et dans les chapitres 17 à 20 avec l'épisode des cloches volées.
Largement répandues, les croyances superstitieuses populaires font aussi l'objet
d'attaques récurrentes : le culte immodéré des saints, la manie des pèlerinages, les
dévotions irraisonnées constituent pour le lecteur autant d'occasions de rire.
Sous la plume de Rabelais, le rire naît de l'excès et brocarde les tenants prétendus du
savoir. Comment peut-il alors simultanément permettre d'exprimer un idéal philosophique?

II. UN RIRE QUI INVITE À LA RÉFLEXION

a) le rire : expression de la sagesse

Loin des prétentions élitistes, l'idéal philosophique rabelaisien renoue avec


certaines formes du bon sens populaire. Rabelais emprunte aux contes l'épisode de la
jument monstrueuse (chapitre 16) ou la mésaventure des pèlerins (chapitre 38), déjà
rapportés dans les Grandes Chroniques, compilation contemporaine de Gargantua.
Pourtant, plus qu'à la sagesse collective du peuple dont il dénonce les préjugés, Rabelais
s'en remet à la figure de Socrate pour incarner son idéal philosophique. En effet, le
penseur grec dissimule, sous un « détachement incroyable », « son divin savoir ». S'il est
« toujours riant, trinquant avec chacun, toujours se moquant », il détient également savoir
et sagesse.

b) le rire : une méthode

Placé sous le signe de la sagesse socratique, le « Prologue » enjoint le lecteur du


roman à ne pas se fier à son « enseigne extérieure » mais à dépasser « moqueries et
folâtreries » pour découvrir « que les matières ici traitées ne sont pas si folâtres que le titre
le prétendait ». Il s'agit d'extraire de la forme comique la « substantifique moelle ».
Le rire dans ce qu'il a d'excessif n'est donc pas une fin en soi mais un moyen d'atteindre
un idéal philosophique. Il est un adjuvant dans la quête d'un plus haut sens, un aiguillon
dans la venatio sapientae ou chasse de la sagesse. Les effets de surenchère invitent à un
décryptage des paroles des personnages et des événements, pour en dégager le sens
allégorique.
Le rire outrancier de Gargantua permet à Rabelais d'inviter plaisamment ses lecteurs à
penser par eux-mêmes. Quel est cet idéal philosophique auquel le comique exacerbé
donne accès ?
III. UN RIRE À LA MESURE DE L'IDÉAL HUMANISTE

a) « le propre de l'homme »

Dès « l'Avis aux lecteurs », Rabelais justifie son parti pris en se fondant sur une
maxime d'Aristote : mécanisme caractéristique de l'humain, le rire lui apparaît comme une
panacée, c'est-à-dire un remède universel aux misères et aléas de l'existence. De ce point
de vue, les formes comiques les plus outrancières auraient la vertu de soulager les peines
du lecteur et de le mettre en état de penser.
Antidote à la misère de l'homme, le rire apparaît comme la condition de possibilité de
l'idéal philosophique. Au reste, la Renaissance offre de nombreux exemples de ce
mélange des genres : le lecteur du XVIe siècle ne voyait pas d'antinomie entre les bonnes
paroles de Grandgousier, défenseur de la sagesse humaniste, et les plaisanteries
grossières des pèlerins (chapitre 45).

b) le rire est un humanisme

L'excès qui se manifeste dans le comique signe un refus de toute pesanteur


didactique. Il ne s'agit pas d'assigner au lecteur un idéal philosophique mais de
l'acheminer vers lui. Fruit d'une alliance entre l'antiphrase et l'hyperbole, l'ironie manifeste
la confiance placée par Rabelais dans son lecteur : il le sait capable d'inverser la valeur
d'un énoncé, alerté par la surenchère. Ainsi en va-t-il de la conclusion du chapitre XIV :
l'éducation reçue chez les sophistes se trouve au final discréditée par une comparaison
burlesque avec la cuisson du pain. Cela a pour effet de faire réfléchir le lecteur aux
modèles d'instruction.
La fin du roman elle-même laisse ouverte l'interprétation : l'énigme de la prophétie n'est
point résolue entre Frère Jean et Gargantua. Le « haut sens » n'est pas donné d'emblée, il
est à construire avec humilité et prudence : le lecteur doit se méfier des formules de
sagesse émanant du narrateur Alcofribas Nasier.

CONCLUSION
Gargantua de Rabelais apparaît comme un roman de la démesure : les aventures d'un
géant y font naître des effets comiques aussi puissants qu'illimités ; le rire s'en prend de
manière privilégiée aux tenants prétendus de la sagesse. La quête de l'idéal
philosophique, humaniste en particulier, se trouve alors encouragée et rendue possible
par le rire, avec tous ses excès, en ce qu'il libère la pensée, la soustrait à la force du
préjugé et conforte l'humanité en l'homme. Chez Rabelais, s'affirme une nouvelle foi en
l'homme dont le rire constitue l'épiphanie.

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