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Cours sur la Distillation et ses Méthodes

Cours de distillation master 2

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Cours de distillation Dr N.

MESSIKH

Chapitre I : Généralités sur la distillation

I.1- Introduction
La distillation est une opération unitaire de séparation des constituants d’un
mélange liquide de constituants dont les températures d’ébullition sont
différentes, en mettant à profit la différence de volatilité des constituants.
Elle consiste à vaporiser partiellement le mélange dont le constituant le plus
volatil s’évapore le premier. Par condensation de la phase vapeur, on
récupère un liquide nommé distillat. La phase liquide non vaporisée
constitue le résidu.
Cette technique peut être simple (mono- étage) ou fractionnée (multi-étages).

La rectification est une série de distillation dans une colonne de manière à


provoquer des échanges thermique et de matières entre les deux phases
liquide et vapeur circulant à contre courant.

On fait appel à la distillation sous vide lorsqu’on veut distiller un mélange


liquide contenant des composants instables thermiquement ou très peu
volatils.

I.2- Equilibre Liquide- Vapeur


La séparation des constituants d’un mélange liquide par distillation
nécessite la connaissance des lois des équilibres liquide- vapeur.

I.2.1- Variance
La variance est le nombre de variables intensives indépendantes que l’on
peut fixer arbitrairement pour définir l’état d’équilibre du système. Elle est
exprimée par la relation de Gibbs.

= +2− (I.1)
: Variance
C : Nombre de constituants
 : Nombre de phases.

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I.2.2- Diagrammes de phase liquide-vapeur

Considérons un mélange liquide binaire dans un récipient fermé. Si on


chauffe le récipient à pression fixée, trois domaines caractéristiques sont
observables (figure I.1):

 En dessous d’une température où apparaît la première bulle de


vapeur, le mélange est entièrement liquide (sous refroidi). Cette
température est appelée température de bulle du mélange.
 En continuant le chauffage, la fraction vapeur croît jusqu’à une
température où la dernière goutte du liquide disparaît. Cette
température de rosée du mélange marque la fin du domaine
diphasique.
 Au-delà de cette température de rosée du mélange, seule la phase
vapeur subsiste (surchauffée).

Figure I.1- Digramme de phase liquide-vapeur


isobare d’un système binaire

Dans les diagrammes isothermes, les courbes de rosée et d’ébullition sont


inversées.

2
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I.2.2.1- Règle des moments


Elle permet de déterminer la quantité de chacune des phases existantes
dans un domaine diphasique en équilibre.
Soit un mélange représenté par le point (M) dont les compositions du liquide
et de vapeur sont représentées respectivement par les points (A) et (B)(figure
I.2).

x z y

Figure I.2- Règle des moments chimiques

Selon la conservation de la masse, le rapport du liquide par la vapeur est


donné par :

= = (I.2)

L’écart à l’idéalité des solutions peut conduire à l’obtention d’azéotropes : la


vapeur et le liquide possèdent la même composition et la distillation ne
permet plus la séparation du mélange (figure I.3).

3
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a a b c
b C

d e f

Figure I.3- T- Composition (a- zéotrope, b- azéotrope minimum, c-


azéotrope maximum, d,e,f courbes d’équilibres

I.2.3- Volatilité relative


A l’équilibre, la distribution du composé i d’un mélange liquide entre les
deux phases liquide et vapeur est exprimée par le coefficient de distribution
Ki , appelé aussi volatilité absolue, dépend uniquement de la température et
de la pression.

= (I.3)

: La fraction molaire du composé i dans la phase vapeur.


: La fraction molaire du composé i dans la phase liquide.
La détermination des valeurs de peut se faire soit expérimentalement soit
analytiquement en utilisant les modèles thermodynamiques appropriés :

4
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 Diagramme de Depriester (figure I.4)

Figure I.4 : Diagramme de Depriester (a)- hautes


températures, (b)-faibles températures.

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 Equations des équilibres de phases : l’expression de Ki est donnée par


l’expression suivante :

= = (I.4)

: Coefficient d’activité du composant i en solution.

: Coefficient de fugacité du composant i dans le mélange gazeux.

, : Pression de vapeur saturante et pression totale respectivement.

: Facteur de Poynting.

Dans le cas où la pression est basse et que la phase vapeur est idéale, le
coefficient de fugacité en phase vapeur et le facteur de Poynting sont égaux
à l’unité. L’expression de la volatilité est donnée par l’expression suivante :

= = (I.5)

Dans le cas d’une solution mélange, les lois de Raoult et de Dalton sont
applicables :

Loi de Raoult : = (I.6)

Loi de Dalton : =∑ (I.7)

La pression partielle du composé i est en fonction de la pression totale et la


fraction molaire de i dans la phase vapeur :

= (I.8)

La volatilité absolue peut s’écrire :

= = (I.9)

6
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La pression de vapeur saturante peut être calculée expérimentalement


(donnée) ou à partir de l’équation d’Antoine :

= − (I.10)

A, B, C : constantes de l’équation d’Antoine (Tableau I.1). Les unités de la


pression de vapeur saturée et la température sont (mmHg) et (°C).

Tableau I.1 : Valeurs des constantes de l’équation d’Antoine

substances A B C

Acide Acétique 7.18807 1416.7 211


Acétone 7.02447 1161.0 224
Aniline 7.24179 1675.3 200
Benzène 6.90565 1211.033 220,79
n-butane 6.83029 945.9 240
Ethanol 8.04494 1554.3 222.65
n-heptane 6.90240 1268.115 216.9
n- hexane 6.87776 1171.53 222.366
n-octane 6.9237 1355.126 209.517
n-pentane 6.85221 1064.63 232.000
Toluène 6.95464 1344.800 219.482
Eau 7.96681 1668.21 228.00

La volatilité relative, notée , permet de comparer la difficulté de séparation


entre deux constituants d’un mélange liquide. Elle est définie par :

= = = (I.11)

Plus la volatilité relative est élevée, plus la séparation est facile.

Pour un système binaire, on peut déterminer la courbe d’équilibre à partir de


la volatilité relative  :

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/ ( )
= =( )
/

= ( )
(I.12)

Pour un système non idéal, on fait introduire le coefficient d’activité  pour :

= (I.13)

= (I.14)

= (I.15)

De nombreuses équations ont été suggérées pour calculer les coefficients i


d’activités à savoir les équations de Van Laar, de Margules et de Wilson…

I.3- Colonne à distiller


La distillation peut s’effectuer en continu ou discontinu. Elle se déroule dans
un appareil de séparation de phases dit colonne de distillation (figure I.5).
Cet appareil est composé d’une enveloppe cylindrique verticale qui enferme
les dispositifs (plateaux ou garnissages) permettant d’augmenter la surface
de contact entre les deux phases liquide et vapeur circulant à contre
courant. En plus de la colonne et de ces plateaux ou garnissages, deux
échangeurs de chaleur permettant d’apporter /retirer l’énergie nécessaire
pour la séparation : un bouilleur en bas de colonne et un condenseur en
tête de colonne qui permet de liquéfier les vapeurs afin de récupérer le
produit purifié sous forme liquide. Une partie des condensâts est souvent
injectée dans la colonne pour augmenter la pureté du produit désiré, il s’agit
du reflux.

La charge à séparer, appelée alimentation, est introduite à un certain niveau


de la colonne. Les zones situées respectivement au dessus et au dessous de

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l’alimentation s’appellent les zones de rectification (enrichissement) et


d’épuisement (appauvrissement).

Figure. I.5 – Schéma d’une colonne de distillation

I.3.1- Types de colonnes à distiller


Les colonnes de distillation sont conçues pour assurer un contact intime
entre les deux phases liquide et vapeur circulant à contre courant. Elles
appartiennent à deux catégories :

I.3.1.1- Colonnes à plateaux


Les plateaux sont des éléments métalliques occupant la totalité de la section
de la colonne et disposés à intervalles réguliers (figure I.6). Ils ont pour but
de retenir en partie le liquide s’écoulant de haut vers le bas de la colonne et
de permettre un barbotage de la vapeur de bas vers le haut. On distingue :

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 Plateaux perforés ;
 Plateaux à cloches ;
 Plateaux à soupapes.

Figure I.6 : Plateaux (a)-perforés, (b) à cloches, (c) à soupapes

I.3.1.2- Colonnes à garnissage


Les garnissages sont des éléments offrant un maximum de surface de
contact et de porosité, disposés de manière à occuper la totalité du volume
de la colonne (figure. I.7). Ils peuvent être en métal, plastique ou matériau
céramique. Ils peuvent être :
 Garnissage en vrac ;
 Garnissage structuré.

(a) (b)

Figure I.7- Garnissage (a) structuré, (b) en vrac.

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I.3.2- Problèmes rencontrés dans les colonnes à plateaux


Pour qu’un plateau fonctionne normalement, il est nécessaire de maîtriser la
vitesse de la phase vapeur et le débit du liquide. De mauvais choix peut
engendrer des dysfonctionnements de type hydraulique à savoir :
 Engorgement : le liquide est bloqué par l’écoulement de la vapeur.
 Une mauvaise distribution des fluides dans la colonne
 Le moussage
 Le pleurage : une fraction du liquide passe par les orifices de la
vapeur.
 Primage : le liquide remonte avec la vapeur au plateau supérieur.

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Chapitre II : Distillation flash

II.1- Introduction
La distillation flash, souvent réalisée en continu, consiste à vaporiser une
fraction de la charge liquide (alimentation) à ce que la vapeur produite soit
en équilibre avec le liquide résiduel sous certaines conditions de température
et pression. On distingue trois modes de fonctionnement de la distillation
flash :
 Flash isotherme : la charge liquide passe à travers un échangeur de
chaleur où une vaporisation partielle se produit. Les deux phases
liquide et vapeur sont séparées dans le ballon (flash drum) (figure II.1).
V, y

Echangeur
Charge liquide
F, z,Tz,Pz

L, x

Figure II.1 : Flash isotherme

 Flash adiabatique : la charge chauffée passe par une vanne de


détente et la baisse de pression provoque la vaporisation partielle du
mélange liquide (figure II.2) V,
y

Charge liquide Vanne

F, z,Tz,Pz

12

L, x
Figure II.2 : Flash adiabatique
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 Condensation partielle : le courant de vapeur est introduit dans un


condenseur partiel et le mélange liquide/vapeur ensuite séparé dans
le réservoir (flash drum) (Figure II.3)

V, y

Condenseur
Charge Vapeur
F, z,Tz,Pz

L, x

Figure II.3 : condensation partielle

II.2- Distillation flash d’un système binaire


On considère une distillation flash d’un système binaire (figure II.4).A la
sortie, les courants du liquide (L) et de la vapeur(V) sont à l’équilibre.

V,y, HV

F, z, HF

L, x, HL
Figure II.4 : Distillation flash d’un binaire
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Bilan massique global :


= + (II.1)
Bilan massique partiel :
= + (II.2)
Bilan énergétique :
+ = + (II.3)
Avec z, x et y sont les compositions du composé le plus volatil dans
l’alimentation, la phase liquide et la phase vapeur respectivement. HF, HL et
HV sont les enthalpies de l’alimentation, du liquide et de la vapeur
respectivement. Q est la quantité d’énergie apporter ou enlever du flash.
Dans le cas d’un mélange idéal, on peut exprimer les enthalpies des deux
phases liquide et vapeur par les expressions suivantes:

=∑ . − é (II.4)

=∑ . − é +∆ , (II.5)

Avec : . : capacité calorifique de i en phase liquide

. : capacité calorifique de i en phase vapeur

∆ , : chaleur latente de vaporisation de i à température de


référence (Tréf).

Pour un mélange binaire, d’après les deux équations (II.1) et (II.2), on

trouve : =− + (II.6)

Si on introduit dans l’équation (II.6) la notion de la fraction vaporisée =

=− + (II.7)

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Cours de distillation Dr [Link]

L’équation (II.7) représente la droite opératoire de pente − et passe par

le point (z,z). Elle possède deux inconnues (x et y), une deuxième équation
est nécessaire pour la résoudre. La résolution du système d’équation peut se
faire soit graphiquement soit analytiquement.

 Résolution graphique
La solution de l’équation (II.7) est donnée par l’intersection des deux
courbes : droite opératoire et la courbe d’équilibre (y =f(x)) (figure II.5).
Pour une fraction vaporisée nulle, la pente de la droite opératoire est infinie
(V=0). La droite est une verticale et correspond au cas où l’alimentation F est
à son point de bulle (liquide saturé).
Pour une fraction vaporisé égale à l’unité (V=F), la droite opératoire est une
horizontale et correspond au cas d’alimentation est une vapeur saturée (à
son point de rosée).

=
y −
−  (a)

 (b)

=
.
(c)

z x
Figure II.5- Résolution graphique d’un flash binaire
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 Solution analytique
Dans le cas de la solution analytique, on considère que la volatilité  est
constante. Le système d’équation :

=− + (II.7)

= ( )
(II.8)

On élimine y entre les deux équations et après un réarrangement, il vient :

( − 1) 2
+ + − ( − 1) − = 0 (II.9)

L’équation (II.9) est équation de second ordre facile à résoudre, ce qui permet
de déterminer les fractions du composé le plus volatil dans les phases
liquide et vapeur.

II.3- Distillation flash d’un système multi-composant


Un mélange liquide multicomposant subit une distillation flash isotherme.
On suppose que les volatilités Ki sont indépendantes des compositions.
Le bilan de matière du composé i :
= + (II.10)
La relation entre les compositions des deux phases liquide et vapeur est
donnée par l’expression suivante :
= (II.11)
Eliminons yi de l’équation (II.10), il vient :
= +

= ( )

On introduit la fraction vaporisée (V/F), on trouve :

= ( )
(II.12)

D’après l’équation (II.11), la composition de la phase vapeur (yi) est :

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= ( )
(II.13)

La difficulté dans le calcul du flash multicomposant réside dans la


détermination de la fraction vaporisée ( ).

∑ =∑ =1 (II.14)
( )

∑ =∑ ==1 (II.15)
( )

∑ −∑ =0
( )
∑ =0 (II.16)
( )

L’équation (II.16) est connue sous le nom d’équation de Rachford-Rice. La


résolution de cette équation donne la valeur de la fraction vaporisée ( ).

II.3.1- Point de bulle et point de rosée


Il est important de connaître les conditions de température et de pression
sous lesquelles les phases liquide et vapeur coexistent (limite diphasique).

II.3.1.1- Point de bulle


Au point de bulle, le mélange est un liquide saturé, la composition de la
phase liquide est identique à celle du mélange considéré :
= (II.17)
La relation d’équilibre :

= (I.3)

Et la condition : ∑ = 1 sont combinées pour aboutir à l’équation dite


du point du bulle qui doit être vérifiée.
∑ =1 (II.18)

 Température connue, on peut déterminer la pression à laquelle les


bulles de vapeur vont apparaître. Si les lois de Raoult et Dalton sont
applicables :

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∑ =∑ =1
La pression au point bulle est donnée par l’expression suivante
=∑ (II.19)

 Pression connue, on détermine la température de bulle par itération.


On pourra faire deux hypothèses de température correspondant
respectivement aux températures d’ébullition du constituant le plus
volatil minorée de 20°C et du constituant le moins volatil majorée de
20°C.
II.3.1.2- Point de rosée
Au point de rosée, le mélange est une vapeur saturée, la composition de la
phase vapeur est identique à celle du mélange considéré :
= (II.20)
La relation d’équilibre :

= (I.3)

Et la condition : ∑ = 1 sont combinées pour aboutir à l’équation dite


du point du bulle qui doit être vérifiée.

∑ =1 (II.21)

 Température connue, on détermine la pression sous laquelle les


premières gouttes du liquide vont apparaître. Si les lois de Raoult et
Dalton sont applicables, on obtient une relation simple pour la
pression au point de rosée.

∑ =∑ =1

La pression au point bulle est donnée par l’expression suivante

18
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=∑ (II.22)

 Pression est connue, on détermine la température de rosée par


itération. La résolution nécessite une procédure d’itération.

II.3.2- Nature des phases

Pour déterminer la nature des phases d’un courant, il existe un ensemble


de critères qui découle des équations précédentes pour les ponts de bulle et
de rosée.
Tableau II.1. Nature des phases d’un courant
Nature des phases

Liquide sous refroidi <1 >1


Liquide saturé =1 >1
Mélange liquide-Vapeur >1 >1
Vapeur saturé >1 =1
Vapeur surchauffée >1 <1

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Chapitre III : Distillation continue d’un mélange binaire

III.1- Introduction
En distillation continue, la colonne est alimentée de façon permanente,
tandis qu’on soutire à débit et composition fixes. La séparation des
constituants d’un mélange s’opère en continu et l’ensemble des paramètres
reste constant (concentration et débit du distillat et de résidu, la
température). Elle est la plus utilisée dans les domaines de la chimie et la
pétrochimie.

La distillation continue d’un mélange binaire est un cas idéal utile pour
présenter les principes de la distillation mais peu rencontrée dans les
procédés industriels.

III.2- Equations fondamentales de la distillation


Les différents calculs dans une colonne de distillation se basent sur
l’utilisation des relations suivantes :
 Equilibres liquide-vapeur (chapitre I)
 Bilans massiques
 Bilans énergétiques
La colonne de distillation à plateaux (figure III.1) est un équipement destiné
à l’échange thermique et massique entre les deux phases liquide et vapeur.
On note que chaque plateau (étage), les courants de liquide et de la vapeur
entrant ne sont pas en équilibres. Par contre, les courants sortant sont en
équilibre.

III.2.1- Bilans massique et énergétique

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Cours de distillation Dr [Link]

L’analyse du fonctionnement d’une colonne de distillation implique l’écriture


des bilans de matière et d’énergie sur les différentes zones de la colonne.

zF

Figure III.1 : Bilans de matière et d’énergie dans


une colonne à distiller

 Zone I (Colonne + rebouilleur + condenseur)


Bilan massique global :
= + (III.1)
Bilan massique partiel (composant le plus volatil):
= + (III.2)
Bilan énergétique :

21
Cours de distillation Dr [Link]

+ = + + (III.3)

: La quantité de chaleur soutirée du condenseur.


: La quantité de chaleur apportée au rebouilleur.

 Zone II : Rectification (figure III.2-a)


Bilan massique global :
= + (III.4)
Bilan massique partiel (composant le plus volatil):
= + (III.5)
Bilan énergétique :
= + + (III.6)

 Zone III : Epuisement (figure III.2-b)


Bilan massique global :
= + (III.7)
Bilan massique partiel (composant le plus volatil):
= + (III.8)
Bilan énergétique :
+ = + (III.9)

(a) (b) 22

Figure III.2 : Bilans massique et énergétique (a) zone de rectification,


(b) zone d’épuisement
Cours de distillation Dr [Link]

 Zone IV : plateau d’alimentation (figure III.3)


Bilan massique global :
+ + = + (III.10)

Bilan énergétique :
+ + = + (III.11)

Si on suppose que la variation des enthalpies des phases liquide et


vapeur sont faibles, on peut écrire :
= =⋯= (III.12-a)

= =⋯= (III.12-b)
La relation (III.11) devient :
( − ) =( − ) +
On remplace F par son expression (équation (III.10), on trouve après
un réarrangement :
( )
= = = (III.13)

 Le coefficient peut être également attribué une signification physique :


c’est le rapport entre la chaleur nécessaire pour convertir une mole
d’alimentation et la chaleur molaire de vaporisation du liquide saturé.
 Si l’alimentation est à son point de bulle (liquide saturé) q=1, et q=0
lorsque l’alimentation est à son point de rosée (vapeur saturée).
 Dans le cas où l’alimentation est diphasique, q représente la fraction
du liquide.

23

Figure III.3 : Bilan massique sur le plateau


d’alimentation
Cours de distillation Dr [Link]

III.3- Détermination du nombre d’étages théoriques (NET)


Plusieurs méthodes sont utilisées pour déterminer le nombre d’étages
théoriques d’une colonne à distiller à savoir :
 Méthode de Lewis Sorel.
 Méthode de Mac Cabe et Thiele.
 Méthode de Ponchon Savarit.

III.3.1- Méthode de Lewis Sorel


Soit la distillation continue d’une charge liquide binaire de composition (zF)
qui donne un débit de distillat D de composition (xD) et un débit de résidu b
de composition (xB) figure III.1. L’application de cette méthode est
conditionnée par les hypothèses suivantes :
 La colonne est adiabatique
 Les chaleurs de mélanges des deux composés du binaire sont
négligeables.
 Les chaleurs molaires de vaporisation des deux composés sont égales.

Ces trois hypothèses permettent de considérer que les débits molaires du


liquide et de vapeur sont constants dans chaque section de la colonne, mais
variable dans le plateau d’alimentation.
= =⋯= , = = ⋯.= (III.14-a)

= =⋯= , = = ⋯.= (III.14-b)

La relation entre les compositions dans la phase vapeur et la phase liquide


est tirée des bilans massiques dans les deux zones.

24
Cours de distillation Dr [Link]

Zone de rectification : à partir de l’équation (III.5), on tire

= + (III.15)

Zone d’épuisement : à partir de l’équation (III.8), on tire

= − (III.16)

Les deux équations (III.15) et (III.16) définissent respectivement les lignes


opératoires de rectification et d’épuisement.

Les différentes compositions (xi,yi) sont obtenues à partir des lignes


opératoires et la courbe d’équilibre.

 On part de la composition du distillat ( yD = xD =y1) ;


 La courbe d’équilibre permet d’accéder à x1 la composition du liquide
qui retourne au plateau 2 ;
 La droite opératoire de rectification permet alors de déterminer y2.
Connaissant y2 la courbe d’équilibre permet de déterminer x2….
 Après l’alimentation, on utilise l’équation de la droite opératoire
d’épuisement au lieu de la droite opératoire de rectification.
 On arrête lorsque la composition xi du liquide atteint ou dépasse la
composition souhaitée xB.

Le nombre d’étages théoriques (NET) égal au nombre d’équations moins un


(correspond au rebouilleur).

III.3.2- Méthode de Mac Cabe et Thiele


Les équations de bilans de matières et d’équilibre peuvent être représentées
graphiquement dans le plan (x,y).
 La courbe d’équilibre traduit le comportement thermodynamique du
mélange binaire à la pression de la colonne.

25
Cours de distillation Dr [Link]

 La droite opératoire de rectification (III.15) passe par le point (xD, xD) et

son ordonnée à l’origine est :

= + (III.15)

 La droite opératoire d’épuisement, équation (III.16), passe par le point


(xB, xB) et croise la droite opératoire de rectification en un point
d’abscisse ZF

= − (III.16)

Ligne opératoire
d’épuisement

Ligne opératoire
de rectification

Droite
d’alimentation

Figure III.4 : Construction graphique de MacCAbe et Thiele

On constate que la construction revient à tracer des marches entre la courbe


d’équilibre et les droites opératoires de rectification et d’épuisement. Chaque
arrêt correspond à un plateau d’équilibre.

III.3.2.1- Droite d’alimentation


La distribution de l’alimentation se fait selon les conditions
thermodynamique (figure III.5). L’alimentation peut être :

26
Cours de distillation Dr [Link]

 Un liquide sous refroidi, elle descend et entraîne la condensation d’une


partie de la vapeur présente dans le plateau d’alimentation.
 Un liquide à son point de bulle (saturé), le débit introduit descend
dans la zone d’épuisement.
 Un mélange liquide- vapeur, le débit se répartit dans chacune des
zones.
 Vapeur à son point de rosée (saturée), tout le débit introduit monte
dans la zone de rectification.
 Une vapeur surchauffée, elle monte et entraîne une vaporisation d’une
partie du liquide.
Liquide
saturé Liquide
Mélange sous- refroidi
liquide-vapeur

Diagonale
Vapeur saturée

Vapeur sur- chauffée

Figure III.5 : Droite opératoire d’alimentation « q-line »

Si on considère que (x, y) est le point d’intersection entre les deux droites
opératoires de rectification (équation III.15) et d’épuisement (équation III.16).

= +

= −
27
Cours de distillation Dr [Link]

Après soustraction des deux équations ci-dessus, on trouve :

( − )= ( − )+( + )

En utilisant l’équation (III.2) et après un réarrangement :

= +( )
(III.17)

Cette équation (III.17) représente la droite opératoire de l’alimentation.

On introduit le coefficient « q » dans l’équation (III.17)


= + (1 − ) (III.18-a)

= (1— ) (III.18-b)

En substituant les deux équations (III.18-a) et (III.18-b) dans l’équation


(III.17), on trouve:

= + (III.19)

L’équation (III.19) est, appelée « q-line », une droite de pente passe

par le point ( , ) et le point d’intersection des droites opératoire de


rectification et d’épuisement.

Remarque
Si l’alimentation n’est pas à son point de bulle, il est commode d’utiliser la
droite « q-line pour la construction de Mac-Cabe et Thiele.

III.3.2.2- Nombre d’étages théoriques en fonction du taux de reflux


Le taux de reflux en distillation est défini comme étant le rapport du liquide
retourné en tête de la colonne sur le débit de distillat, donc il s’écrit :

= (III.20)

28
Cours de distillation Dr [Link]

En combinat entre les équations (III.1), (III.15) et (III.20), on peut écrire


l’équation de la droite opératoire de rectification en utilisant le taux de
reflux :

= + (III.21)

On peut aisément déduire que cette droite passe par le point (0, ).

III.[Link] : Reflux total


A reflux total, la production du distillat est nulle (D=0), et le nombre d’étages
théoriques est minimal. La pente de la droite opératoire de rectification tend
vers l’unité et coïncide avec la première bissectrice (Figure III.6).

Figure III.6 : Nombre d’étages théoriques minimum

III.[Link]- Relation de Fenske

29
Cours de distillation Dr [Link]

L’équation de Fenske permet d’estimer rapidement le nombre d’étages


théoriques minimum qui sera nécessaire.
(
( )
+1= (III.22-a)

si la volatilité relative varie dans la colonne, on calcule la relativité


moyenne

= (III.22-b)

III.[Link] : Taux de reflux minimum


A taux de reflux minimal, la production du distillat est maximale mais avec
un NET infini (figure III.7). Le taux de reflux optimal, découle des
considérations économiques, est de 1,2 Rmin ou de 1.5Rmin.

Figure III.7 : Taux de reflux minimum

III.3.2.3- Multi-Alimentations

30
Cours de distillation Dr [Link]

Dans le cas de plusieurs alimentations, le courant le plus riche en élément


le plus volatil est introduit le plus haut. Par soucis de simplifier, on
considère la distillation en continue à deux alimentations : F1 un liquide
saturé et F2 une vapeur saturée. La colonne est divisée en trois zones : en
plus des zones de rectification et d’épuisement, on définit une autre zone
appelée zone intermédiaire dont les débits du liquide et de vapeur sont
respectivement L’ et V’ (figure III.8).

Vn
,
Ln

Vm
Lm
Vm
Lm

Figure III.8 : Colonne de distillation avec deux


alimentations

L’introduction d’une deuxième alimentation ne modifie pas beaucoup les


équations des bilans massiques. Les bilans massiques global et partiel
deviennent :
+ = + (III.23)

+ = + (III.24)

31
Cours de distillation Dr [Link]

Les bilans de matière en tête et en bas de la colonne restent les mêmes :


équations (III.15) et (III.16).

Les bilans global et partiel de la partie supérieure de la colonne (figure III.9-


a) s’écrivent :
+ = + (III.25)

+ = + (III.26)

1 1
Ou : = + (III.27)

L’équation (III.27) représente la droite opératoire de la section intermédiaire.


On peut aussi établir un bilan de matière pour la partie inférieure de la
colonne.
2 2
= + (III.28)

Le diagramme de Mac Cabe et Thiele permet d’analyser une colonne de


distillation à plusieurs alimentations (figure III.10).

,
Vm
Lm

Vn
, Ln
(a)
(b)

Figure III.9 : Bilans massiques (a) partie supérieure, (b) partie inférieure.

q =1

y Zone rectification 32

Zone intermédiaire
Zone intermédiaire

q =0 Zone
intermédiaire

Zone épuisement
Cours de distillation Dr [Link]

III.3.2.4- Soutirages latéraux


En plus du distillat, il peut être parfois intéressant de récupérer aussi sur
une colonne de distillation des fractions de compositions intermédiaires.
 Pour un soutirage liquide (S de composition zS):
= − (III.29-a)

= (III.29-b)
 Pour un soutirage vapeur

= (III.30-a)

= + (III.30-b)

Le soutirage peut être au dessus ou au dessous de l’alimentation. Les bilans


massiques total et partiel sont représentés par les expressions suivantes :

= + + (III.31)

= + + (III.32)

Les bilans massiques des zones de rectification et d’épuisement sont les


mêmes (équations (III.15) et (III.16)). Le bilan de matière de la zone

33
Cours de distillation Dr [Link]

intermédiaire dépend de la position du soutirage par rapport à l’alimentation


(figure III.11).
 Si le soutirage est au dessus de l’alimentation, le bilan partiel est :
= +

= + (III.33)

 Si le soutirage est au dessous de l’alimentation, le bilan partiel est :


+ = + +

= + (III.34)

Les équations (III.33) et (III.34) représentent les droites opératoires de la zone


intermédiaire.

Figure III.11 : Distillation avec soutirage

III.3.2.5- Efficacité d’une colonne à distiller

34
Cours de distillation Dr [Link]

La méthode de Mac Cabe et Thiele considère que les courants du liquide et


de vapeur sortant sont à l’équilibre thermodynamique. Mais dans les
conditions réelles, ils ne permettent jamais d’obtenir cet équilibre (les
temps de séjour étant limité).Pour tenir compte de cet effet, on affecte à
chaque plateau de la colonne une grandeur appelée efficacité de Murphree.

En phase vapeur : = ∗ (III.35)


: est la composition d’une vapeur qui serait en équilibre avec le liquide L n.

En phase liquide : = ∗ (III.36)


: est la composition d’une vapeur qui serait en équilibre avec la vapeur Vn.
L’efficacité de Murphree est une information précise mais difficile à calculer.
Souvent, on utilise la notion d’efficacité globale de la colonne qui se définit
comme le quotient du nombre d’étages théorique par le nombre d’étages
réels qui permettent d’obtenir la même séparation.

é é
= . 100 (III.37)
é é

Dans le cas de colonne à garnissage, les phases sont en permanence en


contact sans jamais être à l’équilibre. En définissant la hauteur équivalente
d’un plateau théorique (HEPT):

= (III.38)
é é

HEPT est utilisée pour représenter l’efficacité de transfert de matière dans


une colonne à garnissage.

III.3.3- Méthode de Ponchon Savarit


Lorsque les hypothèses de Lewis ne sont pas applicables, on utilise la
méthode de Ponchon Savarit qui exploite simultanément le diagramme
d’enthalpie –compositions (H- X) et le diagramme d’équilibre (y-x) (figure
III.12).

35
Cours de distillation Dr [Link]

HL

HL

III.3.3.1- Détermination du nombre d’étages théoriques


Figure III.12 : Diagramme Enthalpie-Composition
Les bilans de matière et d’énergie se font de la même manière que dans le
cas de la méthode de Mac Cabe et Thiele.
 Zone de rectification
Bilan massique partiel (composant le plus volatil):
= + (III.5)
Bilan énergétique :
= + + (III.6)

= + (III.39)

Avec = + (III.40)

: Energie thermique échangée par mole de distillat.


On élimine D des équations (III.6) et (III.39), on trouve l’expression du taux
de reflux interne :

= (III.41)

36
Cours de distillation Dr [Link]

= (III.42)

En utilisant les deux équations précédentes, on peut écrire :

= (III.43)

Dans un diagramme Enthalpie –composition, les trois points( , ),


( , ) et ( , ) sont alignées et la droite définie s’appelle droite
opératoire. Les deux premiers points correspondent aux courants du liquide
et de vapeur qui se croisent entre deux plateaux. Le dernier point représente
le pôle P.

La construction de Ponchon Savarit sur le diagramme enthalpie –


composition se base sur (Figure III.13):

 Les courants sortent d’un étage sont à l’équilibre thermodynamique et


correspondent aux extrémités d’une conadale.
 Les courants qui se croisent appartiennent à une droite opératoire
passant par le pôle P.

Si on pose n=0 dans l’équation (III.42) :

Et on note que ( = ) et ( = + )

= =1+ =

= = = (III.44)

Si on connait le taux de reflux R donnée par l’équation (III.44), on peut


localiser le pole P. Le point D (zD, HD) est localisé, une ligne verticale passant
par zD coupe la courbe (H-y) au point V1.

37
Cours de distillation Dr [Link]

HL ( xD, QD)

HD

HL

Figure III.13 : Construction de Ponchon Savarit section


de rectification
 Zone d’épuisement

Bilan massique partiel (composant le plus volatil):


= + (III.8)
On élimine de l’équation (III.8), on trouve l’expression suivante :

= +( − )

= (III.45)

Bilan énergétique : d’après l’équation (III.9), on peut écrire

− = − = ( − )

On pose : =( − ) et de la même manière on élimine B de l’équation


précédente on trouve :

= (III.46)

D’après les deux équations (III.46) et(III.47), on trouve :

38
Cours de distillation Dr [Link]

+1 − −
= (III.47)
+1 − −

Dans un diagramme enthalpie- composition, les points ( , ),


( , ) et ( , ) sont alignés. Le point ( , ) est le pole de la zone
d’épuisement P’ (Figure III.14).

Toutes les droites opératoires de la zone d’épuisement passent par le pole P’.

 Droite d’alimentation
D’après les équations (III.1),(III.2) et (III.3) issues du bilan de matière et
énergie de la colonne, on trouve :

= = (III.48)

P’(xB, QB)
Figure III.14 : construction de Ponchon savarit zone
d’épuisement

D’après l’équation précédente, on peut écrire :

= (III.49)

39
Cours de distillation Dr [Link]

L’équation (III.50) indique que les points P ( , ), ( , ) et F ( , ) sont


alignés (figure III.15).
L’alimentation se fait sur le plateau dont la conodale coupe la ligne joignant
PP’.

III.3.3.2-Nombre minimum de plateaux


Figure III.15 : Construction de Ponchon Savarit :
alimentation
Pour le cas de reflux total, qui correspond au nombre minimum de plateaux,
qc et qB sont tous les deux très grands. Toutes les droites opératoires sont
alors des verticales (figure III.16).

Figure III.16 : Nombre minimum de plateaux

III.3.3.3-Reflux minimum

40
Cours de distillation Dr [Link]

Un reflux minimum correspond au fonctionnement avec un nombre infini


d’étages. Graphiquement, on obtient un nombre infini d’étages dés qu’une
droite opératoire peut se superposer à une conodale.
En général, on prend comme valeur du reflux minimum la valeur
correspondant à la superposition d’une droite opératoire avec la conodale
passant par l’alimentation F (figure III.17).

III.3.4- Deux alimentations


Connaissant les courants d’alimentations F1 et F2, on peut définir le point de
mélange F qui est aligné avec les pôles P et P’. Au dessus de l’alimentation F1
Figure III.17 : Reflux minimum
on utilise le pôle P, en dessous de F2 on utilise le pôle P’ et entre les deux
alimentations, on utilise le nouveau pôle P’’ qui se trouve à l’intersection des
droite PF1 et P’F2 (figure III.18).

Figure III.18 : Construction avec deux alimentations

41
Cours de distillation Dr [Link]

Chapitre IV : Distillation discontinue

IV.1- Introduction
La distillation discontinue (distillation batch) est une opération évoluant
dans le temps. Le mélange à séparer est chargé une fois dans l’installation
où il est chauffé ; sa composition varie ainsi que celle du distillat. Elle est
fréquemment employée dans la production des produits chimiques,
biochimiques et les industries pharmaceutiques et agroalimentaires.
L’opération discontinue présente l’avantage de séparer un mélange de
plusieurs constituants avec un appareillage relativement simple mais a
l’inconvénient d’être grosse consommatrice du temps et en énergie.

IV.2- Distillation différentielle (Rayleigh)


La distillation différentielle, nommée aussi distillation de Rayleigh, est
l’opération la plus simple de distillation discontinue. L’unité comporte un
rebouilleur, un condenseur et un ballon de séparation (figure IV.1). Au début
de l’opération la charge est introduite dans le rebouilleur et portée à

42

Condenseur

Vapeur
Cours de distillation Dr [Link]

l’ébullition. La vapeur formée, riche en composant le plus volatil, est


condensée et collectée dans un réservoir de réception.

Le processus se poursuit jusqu’à ce que le rebouilleur soit épuisé du


composé le plus volatil.
L’analyse théorique de la distillation différentielle se base sur le bilan de
matière puisque les concentrations des phases du liquide et de vapeur
changent continuellement.
Au cours du temps, on considère B le nombre de moles du liquide dans le
ballon de composition xB, D est le nombre de moles de distillat de
composition yD=xD soutirés du ballon.
Le bilan de matière global s’écrit :
− = (IV.1)
Le bilan partiel est :
− ( )= (IV.2)

- − = =−
Après un arrangement, on trouve :

=( )

43
Cours de distillation Dr [Link]

En intégrant la relation précédente entre le début et la fin de l’opération, on


obtient, avec les conditions initiales et finales sur B et

∫ =∫ ( )
(IV.3)

Soit finalement :

=∫ ( )
(IV.4)

L’équation est connue sous le nom d’équation de Rayleigh (IV.4), avec S le


contenu résiduel du rebouilleur récupéré à la fin de l’opération de
composition et F : la charge initiale de composition .

La résolution de l’équation de Rayleigh se fait soit graphiquement soit


analytiquement.

 Pour une distillation simple, ( = ) est en équilibre avec . Si on

suppose que la volatilité = est constante, l’équation de Rayleigh

s’intègre et on obtient :

=∫ ( )
= (IV.5)

 Si le mélange à séparer est un binaire pour lequel la volatilité relative


 est constante, l’intégrale peut être calculée analytiquement après
avoir exprimé l’expression de la courbe d’équilibre liquide-vapeur.

= = ( )

En substituant cette expression dans l’équation de Rayleigh, on trouve :

=∫ (IV.6)
( )

44
Cours de distillation Dr [Link]

Après un arrangement et intégration, on obtient la relation suivante :

= − (IV.7)

 Si on considère que le liquide et la vapeur formée sont en équilibre et


qu’on ne dispose pas d’une relation mathématique pour traduire les
données d’équilibre : dans ce cas, le problème de détermination de
l’intégrale est résolu graphiquement. On trace la courbe −
= ( )

et on mesure l’aire sous la courbe entre les limites (figure IV.2).

1

IV.3- Rectification discontinue


Figure IV.2 : Intégration graphique de distillation
La séparation obtenue par la distillation discontinue simple (un seul étage)
différentielle.
n’est pas toujours apte à donner une concentration de distillat souhaitée.
Dans ce cas, une colonne de distillation discontinue est placée au- dessus
du rebouilleur (figure IV.3). Dans la rectification discontinue, la composition
du distillat ( ) et la composition du résidu ( ) ne sont plus en équilibre.
Ainsi, l’équation de Rayleigh ne peut pas être intégrée jusqu’à ce qu’une
relation entre les deux compositions soit déterminée.
L’équation de la droite opératoire en tête de la colonne est exprimée par :

= +

= +

Puisque ( ) ou devront être variés pendant l’opération de distillation

discontinue, la droite opératoire changera continuellement.

45
Cours de distillation Dr [Link]

Les bilans de matière effectués dans la zone A (figure IV.3) permet de


retrouver l’équation de Rayleigh.

=∫ ( )
(IV.4)

B, xB
Le problème pour déterminer la quantité du liquide à la fin de l’opération S
Figure IV.3 : Schéma d’une rectification discontinue
réside dans la détermination de couples ( , ) afin de pouvoir déterminer la
fonction ( − ) en fonction . Il existe deux méthodes graphiques
applicables (rectification à reflux constant et à composition constante).

IV.3.1- Rectification discontinue à reflux constant


Ce mode opératoire est le plus courant, consiste à utiliser un taux de reflux
constant. Il correspond à une simple distillation discontinue où varie
(figure IV.4).Cette méthode consiste à fixer dans un premier temps le taux de
reflux R ainsi que le nombre de plateaux théoriques disponibles N+1. La
démarche de la méthode graphique pour l’opération à reflux constant est :
 On fixe le point D ( , ) et on trace la droite opératoire qui passe par

le point D et d’ordonnée à l’origine = +1


.
 On construit N+1 plateaux par la méthode de Mac Cabe et Thiele
partant .

46
Cours de distillation Dr [Link]

 On lit du N+1-ième étage. On déduit ainsi un couple ( , ).


 On trace la fonction ( − ) en fonction .
 On mesure l’aire sous -tendue par cette fonction entre . et pour
déterminer S.
 A partir du bilan de matière, on détermine la quantité (globale) distillée au
temps (t) D et sa composition .

IV.3.2- Rectification discontinue à composition constante


Le but est de maintenir la composition constante en tête de la colonne alors
que la composition en composé le plus volatil au rebouilleur diminue. Avec
un nombre d’étages théoriques fixés, il faut donc augmenter le taux de reflux
( la valeur du taux de reflux doit être limitée) (figure IV.5)
Pour plusieurs valeurs successives du taux de reflux choisies arbitrairement,
la démarche de cette méthode est la suivante :

 On trace les droites opératoires de pente passant par les points

( , ) et 0, .
 On relève , pour chacune d’entre elles, obtenu avec N+1-ième étage.
On obtient ainsi un couple ( , ).
 Par bilan, on exprime D en fonction de . On obtient un couple
( , ).

47

Figure IV.4 : Rectification discontinue à reflux constant


Cours de distillation Dr [Link]

Chapitre V: :Rectification
Figure IV.5 Distillation Multi-composants
discontinue à composition constante

V.1- Introduction

La distillation de mélanges binaire est un cas idéal utile pour permettre de


comprendre les principes de la distillation mais peu souvent rencontrés dans
les procédés industriels. Ces mélanges complexes contiennent plusieurs
composants (multicomposants).

La résolution d’un problème de distillation multicomposants, suit les mêmes


principes que pour les mélanges binaires, consiste à résoudre l’ensemble
des équations de bilans de matières, bilans enthalpiques et d’équilibres
thermodynamiques dans chaque étage de la colonne à distiller. Pour
remédier cette difficulté, on dispose des logiciels comme UniSim ou Aspen.

La distillation de mélanges multicomposants dans une seule colonne à


distiller permet leur séparation en un distillat complexe, riche en

48
Cours de distillation Dr [Link]

constituants légers, et en un résidu complexe, riche en constituant lourds.


La séparation désirée est, en général, fixée par le choix de deux constituants
clés. Ce choix dépend des produits cibles que l’on veut séparer.

V.2- Choix de la pression d’opération


Le choix de la pression d’opération a une grande importance pour la
conception d’une colonne de rectification. En première étape, consiste à
définir la nature de condensation en haut de la colonne. En effet, il faut
s’assurer que la vapeur produite en tête de la colonne pourra être condensée.
En général, il est recommandé de choisir la pression de la colonne telle que
la température de bulle du distillat soit suffisamment supérieure à la
température du condenseur. Pour des distillats composés de produits légers
dont la température de bulle sous pression atmosphérique est très basse, on
aura donc intérêt à augmenter la pression d’opération. Après le choix de la
pression du condenseur, il faut définir la perte de charge de la colonne ce
qui nous permet de déterminer la pression du rebouilleur qui n’est que la
somme des deux valeurs.

V.2- Composés clés


Considérons un mélange de n constituants de volatilités relatives (définies
par rapport au constituant le moins volatil) croissantes. Lorsque ce mélange
est distillé, les constituants sont séparés selon des processus différents :
 Une partie des produits légers ne se retrouvent que dans le distillat :
ce sont les constituants non distribués légers.
 Une partie des constituants se retrouvent à la fois dans le distillat et
dans le résidu : ce sont les constituants distribués.
 Certains d’entre eux ne sont présents que dans le résidu :
constituants non distribués lourds.

49
Cours de distillation Dr [Link]

Pour caractériser le comportement de la distillation quantitativement, on


définit la clé légère et la clé lourde de la séparation par référence aux
volatilités relatives.
La clé légère (LK : ligh key) est le produit que l’on souhaite récupérer
préférentiellement dans le distillat alors que la clé lourde (HK :Heavy key)
est le composé récupérer préférentiellement dans le résidu.

V.3- Méthodes abrégées de résolution


Plusieurs méthodes abrégées (sort-cut) sont utilisées, dans la résolution des
problèmes de séparation multicomposants, pour estimer le nombre d’étages
théoriques et le taux de reflux. Bien que des méthodes rigoureuses soient
disponibles (méthodes de Lewis Matheson et de Thiele–Geddes et de
relaxation…), des méthodes approchées sont utilisées en pratique à savoir :
La méthode de Fenske-Underwood-Gilliland (FUG) et la méthode Smith –
Brinkly.

V.3.1- Méthode Fenske-Underwood-Gilliland (FUG)


La méthode de FUG est largement utilisée pour faire une conception
préliminaire d’une colonne à distiller. Elle permet de calculer le taux de
reflux:
1- Le nombre d’étages théoriques minimum en utilisant la relation de
fenske.
2- Le taux de reflux minimum à partir de la relation d’Underwood.
3- La relation de Gilliland permet de déterminer le nombre d’étage
théoriques nécessaire pour cette séparation.

V.3.1.1- Estimation du nombre d’étages minimum (Relation de Fenske)

50
Cours de distillation Dr [Link]

L’équation de Fenske permet de déterminer le nombre d’étages théoriques


d’une colonne à distiller fonctionnant à reflux total pour séparer un mélange
multicomposants (figure V.1).

, ,
−1 , , −1

Figure V.1 : Séparation d’un mélange complexe avec un


minimum de plateaux

Si on considère que les deux composants i et j représentent la clé légère et la


clé lourde dans le mélange complexe.
Le bilan massique global s’écrit :
= + (V.1)
Et comme la colonne fonctionne à flux total (D=0), on trouve :
= (V.2)
Le bilan massique partiel pour le composé i léger (LK) :

, , = , , (V.3)
D’après l’équation (V.2), on trouve :

, = , (V.4)
La relation thermodynamique sur chaque étage s’écrit :

, = , , (V.5)

51
Cours de distillation Dr [Link]

En appliquant les relations précédentes (V.4) et (V.5) sur chaque étage, on


trouve pour :
n=1 , = , = , ,

n=2 , = , = , , = , , ,

n=3 , = , = , , = , , , ,

………
………
n , = , , …….. , , (V.6)
On applique la même chose pour la clé lourde (j) :

, = , , …….. , , (V.7)

La volatilité relative entre les deux composants clés est définie par :

= (V.8)

Le rapport entre les deux relations (V.6) et (V.7) donne l’expression suivante :
, ,
= …. (V.9-a)
, ,

, ,
= …. (V.9-b)
, ,

Mais , = , et , = ,

Pour un nombre de plateaux minimum Nmin on a donc :


, ,
=∏ (V.10)
, ,

, , sont les fractions molaires du reflux et égales à celles du


distillat pour un reflux total , et , .

, et , sont les fractions molaires en pied de la colonne , et , .


Si la volatilité ij reste constante dans la colonne, l’équation (V.10) devient :
, ,
= (V.11)
, ,

52
Cours de distillation Dr [Link]

, ,
.
, ,
= (V.12)

On retrouve l’équation de Fenske déterminant le nombre d’étages minimum,


inclus le rebouilleur pour une séparation désirée.
Pour établir la valeur moyenne de la volatilité relative intervenant dans
l’équation de fenske, différentes approches ont été proposées (Tableau V.1)

Tableau V.1 : Estimation de la volatilité relative moyenne


Valeurs évaluées Valeur de la volatilité relative
Température de tête et de pied ê +
=
2
ê +
ê + =
2
+ /
ê = ê .

Température de bulle d’alimentation =


/
ê + ê + = ê . .

Remarque
On appelle = , et = , les débits molaires de chaque composé i
dans le distillat et = , et = , ceux dans le résidu.
Une autre forme plus pratique de l’équation de Fenske :

.
= (V.13)

V.3.1.2- Répartition des composés non clés


On considère que la clé lourde est le constituant de référence et k le
composant non clé. L’équation de Fenske s’écrit :

53
Cours de distillation Dr [Link]

Et comme : = + (V.14)

= −

= (V.15)
1+

Remarque
Si les compositions des composés non clés sont très différentes des
estimations initiales, il faut vérifier les calculs des températures en tête et en
pied de la colonne ainsi que le choix de la pression d’opération.

V.3.1.3- Reflux minimum (Relation d’ Underwood)


En admettant les hypothèses de Lewis, employées dans la méthode de mac
Cabe et Thièle, et la constance des volatilités relatives tout au long de la
colonne à distiller, Underwood a démontré que le taux de reflux minimal
obtenu dans le cas d’un nombre de plateaux infini est exprimé par :
,
∑ = +1 (V.16)

, : Fraction molaire du composé i en haut de la colonne à reflux minimum.


: Racine, par itération, de l’équation (V.17) :
,
∑ =1− (V.17)

Avec : < <


, : Fraction molaire du composé i dans l’alimentation.
: Paramètre qui caractérise l’état thermodynamique de l’alimentation.

V.3.1.4- Estimation du nombre d’étages théoriques (Relation de


Gilliland)
Pour une charge et une qualité des produits déterminées, il existe une
relation univoque entre le nombre de plateaux et le taux de reflux. Ces deux

54
Cours de distillation Dr [Link]

variables variant entre une valeur minimale déterminée par l’équation de


fenske ou l’équation d’Underwood et une valeur infinie. Cette relation
univoque spécifique à chaque problème a été établie sous forme de
corrélation statistique par Gilliland. Elle se présente sous la forme de la
figure (V.2).

− analytiques. Lorsque
Des auteurs ont proposé des formes > 0,01 ,
+1
Figure
Edulje propose V.2 : Nombre
l’équation d’étages
(V.18) alors théoriques en fonction
que Molokanov du l’équation
suggère
taux de reflux
(V.18):
,
= 0,75 1 − (V.18)

,
=1− (V.19)
,

V.3.1.5- Position du plateau d’alimentation


La corrélation proposée par Kirkbride permet de déterminer le plateau
d’alimentation :

55
Cours de distillation Dr [Link]

,
,
= . (V.20)
é ,

, é le nombre de plateaux dans la zone de rectification et


d’épuisement respectivement.
, les concentrations des composants léger et lourd dans
l’alimentation.
, , les concentrations du composant léger dans le résidu et du
composant lourd dans le distillat respectivement.

V.3.2- Méthode de Smith -Brinkley


Smith et Brinkley ont développé une méthode pour déterminer la
distribution des composants dans les processus de séparations
multicouches.
é ( )
= (V.21)
é ( ) é ( é )

L’équation (V.21) est valable pour un condenseur total.

Avec :

= , (V.22)

= , (V.23)

G dépend de l’état thermodynamique de l’alimentation


,
Alimentation liquide : = (V.24)
,

Alimentation vapeur : = (V.25)

L’indice n pour la zone de rectification et m pour la zone d’épuisement.

56
Cours de distillation Dr [Link]

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