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Solutions faibles de Navier-Stokes compressibles

Nonlinear elliptic partial differential equations
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Séminaire BOURBAKI Juin 2017

69ème année, 2016-2017, no 1135

SOLUTIONS FAIBLES DE L’ÉQUATION DE NAVIER-STOKES


DES FLUIDES COMPRESSIBLES
[d’après A. Vasseur et C. Yu]

par Frédéric ROUSSET

INTRODUCTION

Dans cet exposé, on considère un système classique d’équations aux dérivées partielles
décrivant le mouvement d’un fluide visqueux. On notera ρ(t, x) ≥ 0, la densité du
fluide, u(t, x) ∈ Rd le champ de vitesse du fluide, et p(t, x) ∈ R la pression, t désigne
la variable de temps et x la variable d’espace. Dans tout l’exposé on supposera que
x ∈ Ω = Td = Rd /Zd , d = 2, 3, ce qui peut s’interpréter comme des conditions aux
limites périodiques. La plupart des résultats sont aussi valables si on suppose que le
fluide emplit tout l’espace, c’est-à-dire x ∈ Rd . On obtient le système
(
∂t ρ + ∇ · (ρu) = 0,
(1)
∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + ∇p = ∇ · τ,

où la matrice τ est définie de telle sorte que σ = τ −p IdRd est le tenseur des contraintes :
1
σ = 2µDu + (λ∇ · u − p)IdRn , Du = (∇u + (∇u)> ).
2
On supposera que l’évolution du fluide se fait à température constante. La première
équation du système exprime la conservation de la masse, la deuxième, l’évolution de
la quantité de mouvement.
Si l’on suppose de plus que la densité ρ est constante, le système se réduit au système
de Navier-Stokes pour les fluides incompressibles (homogènes)

(2) ∂t u + u · ∇u + ∇p = µ∆u, ∇ · u = 0.

Notons que l’incompressibilité se traduit par le fait que le champ de vitesse est à di-
vergence nulle, il n’y a pas d’équation d’évolution sur la pression p, elle est déterminée
indirectement par la contrainte. On suppose le fluide visqueux, donc µ > 0. On va
s’intéresser au problème de Cauchy, c’est-à-dire à l’existence d’une solution au système
lorsqu’on ajoute une condition initiale qui se réduit à u/t=0 = u0 . Il y a classiquement
deux manières d’aborder le problème. L’une se base sur l’identité d’énergie associée
à ce système : en prenant le produit scalaire de (2) par u et en intégrant en espace,
on remarque formellement (c’est-à-dire en supposant que la solution est suffisamment
1135–02

régulière pour que toutes les manipulations soient licites) que


Z Z Z Z
1 2
(u · ∇u) · u dx = − |u| ∇ · u dx = 0, ∇p · u = − p ∇ · u dx = 0
Ω 2 Ω Ω Ω

et donc on obtient l’identité d’énergie


Z Z
d1
|u| dx + µ |∇u|2 dx = 0.
2
dt 2 Ω Ω

En intégrant en temps on obtient un contrôle de u dans L∞ (R+ , L2 (Ω))∩L2 (R+ , H 1 (Ω)).


On est alors naturellement amené à essayer de construire une solution faible, c’est-à-dire
vérifiant (2) au sens des distributions dans cet espace. Pour l’équation de Navier-Stokes
incompressible, c’est le fameux résultat de Leray [24] :

Théorème 0.1 (Leray). — Pour tout u0 ∈ L2 (Ω), tel que ∇ · u0 = 0, il existe une
solution faible u ∈ L∞ (R+ , L2 (Ω)) ∩ L2 (R+ , H 1 (Ω)) et vérifiant pour presque tout T > 0
l’inégalité d’énergie :
Z T
2
ku(T )kL2 + 2µ k∇u(s)k2L2 ds ≤ ku0 k2L2 .
0

Une fois ce type de résultat obtenu, les questions importantes restant à résoudre sont
l’unicité (le théorème ci-dessus est un résultat d’existence sans unicité), et la régula-
rité (si la donnée initiale est plus régulière, peut-on avoir une solution qui garde cette
régularité supplémentaire pour tout temps [11] ?).
L’autre approche classique du problème de Cauchy consiste à utiliser l’invariance
par changement d’échelle de l’équation : si u(t, x) est solution de (2) alors uλ (t, x) =
λu(λ2 t, λx) est solution de la même équation. Cette approche initiée par Kato consiste
à chercher des solutions « fortes », vérifiant la formule de Duhamel (en supposant µ = 1
pour simplifier l’écriture)
Z t
t∆
u(t) = e u0 − e(t−s)∆ P∇ · (u ⊗ u)(s) ds,
0

où P est la projection orthogonale sur les champs à divergence nulle, dans des espaces
critiques c’est-à-dire ceux qui sont invariants par le changement d’échelle de l’équation
(c’est-à-dire un espace X pour lequel k(u0 )λ kX = ku0 kX ). Cette approche permet de
montrer que le problème est globalement bien posé (c’est-à-dire existence, unicité, et
dependance continue par rapport aux données dans des espaces XT ⊂ C([0, T ], X))
pour des données initiales petites. Toutefois, cette approche ne fournit qu’une existence
locale pour des données quelconques. Notons qu’en dimension deux, L2 est un espace
critique de telle sorte que l’approche de Leray et celle de Kato coïncident. En dimension
trois il existe toute une échelle d’espaces pour lesquels ce programme a été réalisé,
1
Ḣ 2 ⊂ L3 · · · ⊂ BM O−1 [15, 20, 22] ; on renvoie par exemple à [23]. Notons que dans
cette échelle d’espaces critiques une fonction peut être grande dans l’un et petite dans
un autre.
1135–03

On va maintenant s’intéresser à (1) dans le cas des fluides compressibles, on ne sup-


pose donc plus que ρ est constante mais pour fermer le système on suppose que le fluide
est barotrope, la pression p est une fonction de la densité, on considérera uniquement
le cas des fluides polytropiques p(ρ) = aργ où a est une constante strictement positive
et γ > 1. Les coefficients de Lamé µ et λ peuvent dépendre de ρ. Il y a naturellement
une estimation d’énergie pour le système (1) qui s’écrit
|u|2 ργ
Z Z  
d 2 2

(3) E(t) + 2µ|Du| + λ|∇ · u| dx = 0, E(t) = ρ +a dx.
dt Ω Ω 2 γ−1
Il y aussi une invariance d’échelle, si (ρ, u) est solution, (ρλ , uλ ) avec ρλ (t, x) =
ρ(λ2 t, λx), uλ (t, x) = λu(λ2 t, λx) est encore solution si on change p en λ2 p. On peut
donc naturellement se poser la question de l’existence globale de solution faible véri-
fiant l’inégalité d’énergie et de l’existence de solutions fortes. Dans le cas des fluides
compressibles une nouvelle difficulté apparaît, liée à la présence potentielle de vide,
c’est-à-dire de zones dans le fluide pour lesquelles la densité ρ s’annule. Il existe de très
nombreux travaux établissant l’existence de solutions fortes globales sans vide dans des
espaces critiques pour des données initiales qui sont des perturbations d’équilibres du
type (ρ = 1, u = 0), on peut par exemple citer [12]. En dimension deux d’espace, il y a
des résultats d’existence globale non perturbatifs de solutions fortes sans vide pour des
choix particuliers des coefficients λ et µ, λ(ρ) = ρβ , β > 3 et µ(ρ) = 1, [21]. Pour un
panorama des divers types de notions de solutions pour les équations de Navier-Stokes
des fluides compressibles, on renvoie par exemple à [1].
Dans cet exposé, on va se concentrer sur des résultats récents d’existence de solutions
faibles dans un cadre qui autorise la présence ou la formation de vide. Dans la suite de
l’exposé, une solution faible désignera toujours une solution globale faible.

1. CAS DES VISCOSITÉS CONSTANTES

Nous allons d’abord rapidement rappeler le résultat d’existence de solutions faibles dû


à P.-L. Lions [25] et amélioré par E. Feireisl et collaborateurs [13] ; ce résultat est valable
dans le cadre où les coefficients µ et λ sont des constantes (donc sont indépendants de
ρ) et vérifient µ > 0, λ + 2µ > 0.
Comme on autorise la densité à s’annuler, on écrit la condition initiale sous la forme
(4) ρ/t=0 = ρ0 , (ρu)/t=0 = m0
où m0 est telle que m0 = 0 sur {ρ0 = 0}. Dans ce cadre, on appelle solution faible
renormalisée (ρ, u), une solution de (1) au sens des distributions telle que la densitéé
est une solution renormalisée de l’équation de conservation de la masse. Cela signifie
que pour toute fonction β ∈ C 1 ([0, +∞[, R) (avec des conditions de croissance à l’infini),
β(ρ) vérifie aussi au sens des distributions
∂t β + ∇ · (uβ) + (ρβ 0 − β)∇ · u = 0.
1135–04

On a par exemple le résultat suivant :

Théorème 1.1 (P.-L. Lions). — Si ρ0 ∈ Lγ , m0 /ρ0 ∈ L1 et γ > 3d/(d + 2), il existe


une solution faible renormalisée de (1), (4), vérifiant l’inégalité d’énergie :
Z TZ
2µ|Du|2 + λ|∇ · u|2 dx, ≤ E0 , p.p. T,

(5) E(T ) +
0 Ω
R |u|2 aργ
avec E(t) = Ω
(ρ 2
+ γ−1
) dx.

Le résultat ci-dessus a été généralisé à γ > d/2 par E. Feireisl [13]. En dimension 2,
il a été établi pour γ = 1 dans [27].
Notons que pour µ et λ constants, le terme de dissipation d’énergie se met aussi sous
la forme
Z Z
2 2
µ|∇u|2 + (λ + µ)|∇ · u|2 dx.
 
2µ|Du| + λ|∇ · u| dx =
Ω Ω

Pour montrer l’existence d’une solution faible, on suit classiquement le plan suivant :
1. Établir des estimations a priori sur des solutions assez régulières du système (on
a déjà l’estimation d’énergie).
2. Approcher le système par une suite de systèmes meilleurs (c’est-à-dire pour les-
quels on sait déjà montrer l’existence d’une solution globale) et de telle sorte
que les estimations a priori sont valides uniformément. Cela génère une suite de
solutions approchées (ρn , un ).
3. À extraction de sous-suite près, montrer par des arguments de compacité à l’aide
des estimations a priori uniformes que (ρn , un ) converge vers une solution faible
(ρ, u) du système de départ.
Dans l’optique de réaliser le programme ci-dessus, en particulier le point 3, il est na-
turel de se poser la question de la stabilité des solutions faibles : si on considère (ρn , un )
une suite de solutions faibles vérifiant uniformément les estimations a priori, peut-on
montrer que (à sous-suite près) (ρn , un ) converge vers une solution faible (ρ, u) ? Cela
permet de se focaliser sur le problème de la compacité dans le système indépendamment
du problème de la régularisation du système.
Nous allons maintenant rapidement étudier la stabilité des solutions faibles dans le
cadre ci-dessus. De manière classique, la difficulté est de passer à la limite dans les termes
non linéaires, les convergences faibles qui se déduisent immédiatement des estimations
a priori n’étant en général pas suffisantes pour le faire.
1
L’estimation d’énergie assure que (ρn ) est bornée dans L∞ γ ∞ 2
T L et (ρn un ) dans LT L .
2

De plus un est bornée dans L2T H 1 . Dans toute la suite, on utilise la notation LpT X
pour Lp ([0, T ], X), avec X espace de Banach. Il est relativement facile de passer à la
limite dans le système dans les termes du type ρn un et ρn un ⊗ un , le point clé étant
la borne L2T H 1 sur un . Admettons la convergence du premier pour nous concentrer sur
1135–05

1
le deuxième. On peut d’abord montrer que ρn2 un converge fortement dans L2T L2 . Pour
cela, on remarque que
Z T Z
(6) ρn |un |2 dtdx = hρn un , un iL2T H −1 , L2T H 1 .
0 Ω

Comme un converge faiblement dans L2T H 1 , il suffit de montrer que ρn un converge


fortement dans L2T H −1 pour passer à la limite. On observe par Hölder que ρn un est

bornée dans L∞ T L
γ+2 et par l’équation sur la quantité de mouvement dans (1), on

obtient que ∂t (ρn un ) est bornée dans L2T H −s pour s suffisamment grand. En utilisant
que γ > d/2 et le Lemme de compacité d’Aubin-Lions, on conclut à la convergence forte
de ρn un dans L2T H −1 et donc on obtient que
Z T Z Z T Z
2
ρn |un | dtdx → ρ|u|2 dtdx
0 Ω 0 Ω

puis que ρn un converge fortement dans L2T L2 . Ceci étant établi, on passe facilement à
la limite dans le terme ρn un ⊗ un en utilisant que ρn un converge fortement vers ρu dans
L2T L2 et que un converge faiblement vers u dans L2T L2 .
La difficulté la plus sérieuse est en fait pour passer à la limite dans la pression, c’est-
à-dire dans le terme aργn puisque les estimations a priori ne donnent aucune compacité
forte sur ρn . La preuve assez longue utilise plusieurs idées importantes :
— intégrabilité supplémentaire pour la densité : ργ+θn est bornée dans L1T L1 pour un
θ > 0. Cela s’obtient par une estimation d’énergie avec un multiplicateur bien
choisi,
— compacité pour le flux effectif : le flux effectif aργn − (2µ + λ)∇ · un possède une
propriété de compacité. Cela permet de déduire que

1
ρ∇ · u − ρ∇ · u = (aργ ρ − ργ ρ)
2µ + λ

où · désigne la limite faible.


— propagation de la compacité pour la densité : en utilisant la propriété de renor-
malisation pour la densité, on écrit

  1
∂t ρ log ρ − ρ log ρ + ∇ · (ρ log ρ − ρ log ρ)u = (aργ ρ − aργ ρ) ≤ 0
2µ + λ

grâce à la monotonie de la pression. Cela permet d’obtenir de la compacité forte


L1 pour la densité.
La construction d’une solution approchée peut se faire de manière classique en ajou-
tant une viscosité artificielle dans l’équation sur la densité.
1135–06

2. VISCOSITÉ DÉPENDANT DE LA DENSITÉ, NOUVELLES


PROPRIÉTÉS

Dans le paragraphe précédent, la démonstration utilise de manière cruciale que l’on a


supposé les coefficients de viscosité λ et µ indépendants de la densité. Cette hypothèse
n’est pas très satisfaisante pour plusieurs raisons. Lorsque la densité tend vers zéro,
on n’attend pas que le modèle des équations de Navier-Stokes compressible soit encore
valable, d’autres modèles de gaz raréfiés doivent être utilisés. Cependant, si on fait
tendre la densité vers zéro dans (1) lorsque les coefficients µ et λ ne dépendent pas de
la densité, on trouve formellement le système elliptique

2µ∇ · (Du) + λ∇∇ · u = 0

qui ne semble avoir aucune signification physique. Le fait de prendre des coefficients λ
et µ dépendant de ρ et s’annulant lorsque ρ tend vers zéro permet de supprimer cette
anomalie. Des problèmes de continuité des solutions par rapport aux données initiales
surviennent également dans le cas de viscosités supposées constantes [18].
Il semble donc particulièrement pertinent de prendre en compte des coefficients λ et µ
dépendant de ρ et s’annulant lorsque ρ = 0. L’inégalité d’énergie (3) est toujours valable
dans ce cadre, mais le terme de dissipation d’énergie dégénère lorsque ρ tend vers zéro.
En particulier, on ne dispose plus d’une borne L2T H 1 sur u que l’on a précédemment
utilisée de manière cruciale.
Dans la suite de l’exposé, on va se concentrer sur le cas particulier où :

ρ
(7) µ(ρ) = , λ(ρ) = 0 ;
2

on va donc considérer le système


(
∂t ρ + ∇ · (ρu) = 0,
(8)
∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ργ = ∇ · (ρDu).

Certaines des propriétés qui suivent sont valables dans un cadre plus général, on y
reviendra à la fin de l’exposé. Lorsque d = 2, le système (8) avec la relation (7) a
une signification physique pour décrire des écoulements tri-dimensionnels en eaux peu
profondes ([16], on renvoie aussi à [9] pour l’obtention rigoureuse d’un système proche).
Dans ce cadre, u est une vitesse horizontale moyennée sur la verticale et ρ est une
hauteur d’eau.
Une observation cruciale pour l’analyse de ces systèmes a été faite par Bresch et
Desjardins [2] :
1135–07

Lemme 2.1. — Pour une solution suffisamment régulière de (8), on a l’estimation


suivante
4a T
Z Z Z TZ
γ
2
(9) E(T ) + |∇ρ 2 | dxdt + ρ|Au|2 dxdt
γ 0 Ω 0 Ω
ργ0
Z  1

2 2 2
≤ ρ0 |u0 | + |∇ρ0 | + a dx,
Ω γ−1

ργ
Z  
1 1
E(t) = ρ|u + ∇ log ρ|2 + a dx, Au = (∇u − ∇u> ).
Ω 2 γ−1 2

Il est maintenant traditionnel d’appeler la quantité E BD-entropie, nous ferons cela


dans la suite.

Démonstration. — L’idée est d’utiliser une estimation d’énergie à peu près analogue à
celle menant à (3), mais en utilisant une vitesse effective v = u + ∇ log ρ. En utilisant
une convention de sommation sur les indices répétés, la conservation de la masse s’écrit
(10) ∂t ρ + ∂j (ρuj ) = 0,
on trouve donc
ρ(∂t + ui ∂i )∂j log ρ = −ρ∂j ∂i ui − ∂j ui ∂i ρ.
Remarquons aussi que l’équation sur la vitesse se met sous la forme
1
(11) ρ(∂t + ui ∂i )uj + a∂j ργ = ∂i (ρ(∂i uj + ∂j ui )) = ∂i (ρAij ) + ∂j ui ∂i ρ + ρ∂j ∂i ui
2
avec Aij = 12 (∂i uj − ∂j ui ). En additionnant (10) et (11), cela donne pour le vecteur
v j = uj + ∂j log ρ l’équation
ρ(∂t + ui ∂i )v j + a∂j ργ = ∂i (ρAij )
et donc
|v|2
+ a∂j ργ v j = ∂i (ρAij )v j
ρ(∂t + ui ∂i )
2
qui, en utilisant la conservation de la masse, se met sous la forme
|v|2 |v|2 i
∂t (ρ
) + ∂i (ρ u ) + a∂j ργ v j = ∂i (ρAij )v j .
2 2
Cela permet de combiner cette équation avec la conservation de la masse pour avoir

|v|2 ργ |v|2 ργ
    
∂t ρ +a ) + ∂i ρ +a ui + a∂j (ργ v j )
2 γ−1 2 γ−1
= ∂i (ρAij )v j + aργ ∆ log ρ.
En intégrant en espace et en temps, on trouve alors (9).
1135–08

γ
Remarquons que l’identité assure un contrôle L2T H 1 de ρ 2 et donc fournit facilement
de la compacité forte pour la densité.
Une deuxième estimation a priori importante a été observée par Mellet et Vasseur
[26] :

Lemme 2.2. — Supposons que γ > 1 en dimension deux et 1 < γ < 3 en dimension
trois. Pour une solution suffisamment régulière de (8), que l’on suppose satisfaire l’es-
timation d’énergie et l’estimation
R de BD-entropie, on a de plus l’estimation suivante :
il existe C = C(T, E0 , E0 , Ω ρ0 ) telle que pour tout T > 0 :
(12) Z Z
E(T ) ≤ E0 + C(T, E0 , E0 , ρ0 ) ∀T ≥ 0, E(T ) = ρ|u|2 log(1 + |u|2 )(T, x) dx.
Ω Ω

Démonstration. — Notons φ(s) = (1 + s) log(1 + s). On trouve d’abord facilement en


combinant les deux équations :
φ(|u|2 ) φ(|u|2 )
∂t (ρ ) + ∇ · (ρ u) = (1 + log(1 + |u|2 )) (−a∇ργ · u + (∇ · (ρDu)) · u) .
2 2
En intégrant en temps et en espace, on trouve après intégration par parties que
T
φ(|u|2 )
Z Z Z
1
(13) ρ (T ) dx + ρ(1 + log(1 + |u|2 ))|Du|2
2 Ω 2 0 Ω
Z TZ Z T Z
2 γ
≤ E0 − (1 + log(1 + |u| ))(−a∇ρ · u) + ρ|∇u|2 .
0 Ω 0 Ω

Il reste donc à estimer le membre de droite. Le dernier terme peut être clairement estimé
par la dissipation d’énergie et la dissipation de BD-entropie. En effet, la dissipation
1
d’énergie (3) assure que ρ 2 Du ∈ L2T L2 , alors que la dissipation de BD-entropie assure
1 1
que ρ 2 Au ∈ L2T L2 ; en combinant les deux, on a bien une borne L2T L2 sur ρ 2 ∇u. Il reste
donc seulement à estimer :
Z TZ
I= (1 + log(1 + |u|2 ))(−a∇ργ · u) .
0 Ω

En intégrant par parties, on trouve


Z TZ
ργ |∇ · u|(1 + log(1 + |u|2 )) + ργ |∇u| dxdt ;

I≤
0 Ω

cela donne, en utilisant de manière classique l’inégalité de Young (ab ≤ εa2 /2+b2 /(2ε)),
l’estimation
1 T
Z Z Z TZ Z TZ
2 2 2
I≤ ρ(1 + log(1 + |u| ))|Du| + ρ|∇u| + C (1 + log(1 + |u|2 ))ρ2γ−1 .
2 0 Ω 0 Ω 0 Ω

Dans l’estimation ci-dessus, on voit qu’au membre de droite, le premier terme est ab-
sorbable par le terme de dissipation dans (13), le deuxième terme est déjà contrôlé par
1135–09

la dissipation d’énergie dans (3) ; il reste donc uniquement à estimer le dernier terme
III. En utilisant l’inégalité de Hölder, on écrit pour δ ∈]0, 2[
Z T Z  2−δ
2
Z  2δ
2
2γ− 2δ −1 2−δ 2 2δ
(14) III ≤ (ρ ) dx ρ(1 + log(1 + |u| )) .
0 Ω Ω

La dissipation d’énergie et la conservation de la masse qui assurent ρ ∈ L∞ 1 2


T L et ρ|u| ∈
L∞ 1
T L permettent d’écrire
Z Z T Z  2−δ
2
2
2γ− 2δ −1 2−δ
III ≤ C(T, ρ0 , E0 ) (ρ ) dx .
Ω 0 Ω
Pour contrôler le membre de droite avec un choix de δ petit, on utilise les estima-
tions supplémentaires provenant de la BD-entropie. Faisons le calcul en dimension trois.
γ
D’après (9) et l’injection de Sobolev, on a que ρ 2 ∈ L2T H 1 ⊂ L2T L6 , ce qui revient à dire
que ργ ∈ L1T L3 . On sait de plus par l’identité d’énergie que ργ ∈ L∞ 1
T L ; en interpolant,
on obtient donc
2 3
(15) kργ kL 35 ([0,T ]×Ω) ≤ kργ kL5 ∞ L1 kργ kL5 1 L3 ≤ C(T, E0 , E0 ).
T T

5
Si 2γ − 1 < 3
γ, on peut alors choisir δ suffisamment petit pour que
Z
III ≤ C(T, ρ0 , E0 , E0 ).

3. STABILITÉ DES SOLUTIONS FAIBLES

Passons maintenant à l’étude de la stabilité des solutions faibles. Au vu du paragraphe


précédent il est naturel d’étudier la stabilité des solutions faibles vérifiant l’inégalité
d’énergie mais aussi l’estimation de BD-entropie et l’estimation de Mellet Vasseur. En
utilisant les résultats du paragraphe précédent, Mellet et Vasseur [26] ont établi la
propriété suivante de stabilité des solutions faibles.
Théorème 3.1. — Considérons (ρn , un ) une suite de solutions faibles de (8) satisfai-
sant uniformément les estimations (3), (9) et (12). Alors on peut extraire une sous-suite
telle que la limite est une solution faible de (8) vérifiant les estimations (3), (9) et (12).
Un résultat analogue avait été établi par Bresch et Desjardins [3] pour des systèmes
modifiés par l’ajout de termes de traînée ou de pression singulière. Par exemple avec
l’ajout d’une traînée, le système s’écrit :
(
∂t ρ + ∇ · (ρu) = 0,
(16)
∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ργ + r|u|1+δ u = ∇ · (ρDu),
avec r > 0, δ > 0. Ce type de terme est particulièrement pertinent dans le contexte des
équations de Saint-Venant [3]. Ce terme est compatible avec les estimations d’énergie
1135–10

et de BD-entropie. De plus on déduit, grâce au terme d’amortissement supplémentaire,


que l’estimation d’énergie assure aussi un contrôle de
Z T Z
ρ|u|2+δ .
0 Ω

Ce gain d’intégrabilité pour δ > 0 dans l’estimation d’énergie permet de montrer la


stabilité des solutions faibles vérifiant les inégalités d’énergie et de BD-entropie pour ce
système sans utiliser l’estimation de Mellet-Vasseur (12).

Démonstration. — La démonstration se découpe en étudiant successivement les conver-


1 1
gences de ρn2 , ργn , mn = ρn un , ρn2 un et les termes de diffusion, ce qui fait donc cinq
étapes. Toutes les convergences se font à extraction de sous-suite près, on ne le men-
tionnera plus. Le gain de compacité sur la densité provenant de l’estimation de BD-
entropie permet de traiter assez facilement les trois premières étapes. En effet à travers
5
l’estimation L 3 (15) appliquée à ρn , on obtient par exemple que ρn est bornée dans
5 1
L 3 ([0, T ] × Ω). De plus l’estimation de BD-entropie donne que ρn2 vn avec vn la vitesse
effective vn = un + ∇ log ρn est bornée dans L∞ 2
T L . Ceci combiné à la borne sur l’énergie
1
donne que ∇ρn2 est bornée dans L∞ 2
T L . En utilisant l’équation et le lemme d’Aubin-
1 1
Lions, on peut alors obtenir assez facilement que ρn2 converge fortement vers ρ 2 dans
L2T L2 et que ργn converge fortement vers ργ dans L1T L1 . En particulier cela donne que ρn
1 1
converge aussi vers ρ presque partout. De plus en écrivant que mn = ρn2 ρn2 un , puisque
1 1
ρn2 un est bornée dans L∞
T L2
et ρ 2
n est bornée dans L∞ 1 ∞ 6
T H ⊂ LT L (en dimension trois),
3
on trouve que mn est bornée dans L∞ T L . De l’identité
2

1 1 1 1
∂i mn = ρn2 ρn2 ∂i un + 2ρn2 un ∂i ρn2 ,

et en utilisant les bornes uniformes précédentes et les dissipations d’énergie (5) et de


1
BD-entropie (9) qui assurent que ρn2 |∇un | est bornée dans L2T L2 , on déduit que ∇mn est
bornée dans L1T L1 . L’équation sur la quantité de mouvement permet enfin de déduire de
nouveau du lemme d’Aubin-Lions que mn converge fortement dans L2T L1 , puis presque
partout vers m.
On peut alors définir une vitesse limite u par u = m/ρ hors de {ρ = 0} et on prend
par exemple u = 0 en dehors. Une propriété importante encore manquante à ce stade
sera d’établir que m = 0 sur {ρ = 0}.
On va maintenant se concentrer sur la démonstration de la convergence forte L2T L2
1
de ρn2 un . Cela permet donc d’assurer le passage à la limite dans ρn un ⊗un . Dans le cadre
viscosité dégénérée, il s’agit de l’étape la plus délicate. Notons que l’argument basé sur
l’identité (6) ne donne rien puisque dans ce cadre nous n’avons aucun contrôle sur un .
1135–11

Dans les étapes précédentes, on a déjà établi que ρn et mn convergent presque partout.
1
On observe ensuite que m1n = ρn2 un est bornée dans L∞ 2
T L donc, par le lemme de Fatou,
ρn2

m2n
Z
lim inf dx < +∞ ;
Ω ρn
cela assure que m = 0 presque partout sur {ρ = 0}. Avec la définition précédente de u,
1 1
on a bien m = ρu, ρ 2 u = m 2 /ρ ∈ L∞ 2
T L et un tend vers u presque partout sur {ρ 6= 0}.
La borne uniforme sur En (T ) et le lemme de Fatou assurent aussi que
Z Z
2 2
(17) ρ|u| log(1 + |u| ) dx = ρ|u|2 log(1 + |u|2 ) dx
Ω ρ6=0
Z
= lim inf ρn |un |2 log(1 + |un |2 ) dx ≤ lim inf En (T ) ≤ C < +∞.
ρ6=0
1
Nous pouvons maintenant conclure à la convergence forte L2T L2 de ρn2 un . Pour tout
M > 0 on peut écrire :
1 1 1 1
kρn2 un − ρ 2 ukL2T L2 ≤ kρn2 un 1|un |≤M − ρ 2 u1|u|≤M kL2T L2
1 1
+ kρn2 un 1|un |≥M kL2T L2 + kρ 2 u1|u|≥M kL2T L2 .
Pour les deux derniers termes ci-dessus, en utilisant la borne uniforme sur En et (17),
on obtient pour tout M > 0, l’estimation uniforme
1 1 1
kρn2 un 1|un |≥M k2L2 L2 + kρ 2 u1|u|≥M k2L2 L2 ≤ CT .
T T log(1 + M 2 )
1 1
Pour le premier terme, on utilise que ρn2 un 1|un |≤M − ρ 2 u1|u|≤M est clairement bornée
1 1
dans L3 ([0, T ] × Ω) et que ρn2 un 1|un |≤M converge vers ρ 2 u1|u|≤M presque partout. En
effet, la convergence sur {ρ 6= 0} est claire, alors que la convergence sur {ρ = 0} vient
de l’estimation
1 1
|ρn2 un 1|un |≤M | ≤ M ρn2 → 0.
1 1
Cela est suffisant pour assurer que ρn2 un 1|un |≤M −ρ 2 u1|u|≤M converge dans L2 ([0, T ]×Ω).

4. CONSTRUCTION DES SOLUTIONS

Le théorème 3.1 de stabilité des solutions faibles utilise de manière cruciale en plus
de l’estimation d’énergie, l’estimation de BD-entropie et l’estimation de Mellet-Vasseur.
Cela contraint très fortement le type de régularisation que l’on peut utiliser. En effet l’es-
timation de BD-entropie est très sensible à toute perturbation de l’équation de conser-
vation de la masse, en particulier une régularisation de type viscosité artificielle sur la
1135–12

densité
∂t ρ + ∇ · (ρu) = ε∆ρ, ε>0
détruit l’estimation. En revanche, l’estimation de BD-entropie est naturellement com-
patible avec une régularisation par ajout de termes capillaires. Bresch et Desjardins
ont donc construit dans [4] une solution faible pour le système (16) en utilisant une
régularisation
∂ ρ + ∇ · (ρu) = 0,

 t

∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ργ + r|u|1+δ u = ∇ · (ρDu) + κρ∇∆ρ + ερ∇∆2s+1 ρ

− ε∇(p1 (ρ)) − η∆2 u.

Dans ce système κ ≥ 0, cela permet de construire à la fois une solution pour (8) et
pour le système avec un terme de « capillarité » κ∇∆ρ. Ce terme est pertinent dans le
cadre des équations de Saint-Venant étudié dans [4]. Les petits paramètres ε et η sont
strictement positifs et destinés à tendre vers zéro et s est choisi suffisamment grand.
Les données initiales sont aussi régularisées et approchées de telle sorte que ρε0 ≥ ε > 0.
Le terme de pression supplémentaire p1 (ρ) est choisi du type p1 (ρ) = −1/ρm avec m
assez grand. Ce terme permet de garantir que, pour le système approché, la densité
reste strictement positive. Pour ce système régularisé, l’énergie devient
ργ
Z  
1 2 κ 2 ε s 2 ε 1
ρ|u| + + |∇ρ| + |∇∆ ρ| + dx
Ω 2 γ−1 2 2 m + 2 ρm
et le système est compatible avec l’estimation de BD-entropie.
Lorsque ε et η sont strictement positifs l’existence d’une solution globale régulière
est assez classique car on a un système parabolique sur la vitesse. On peut alors faire
tendre η vers zéro pour obtenir une solution globale régulière, sans vide d’un système
purement capillaire vérifiant une estimation d’énergie et de BD-entropie. On fait ensuite
tendre ε vers zéro, et on utilise les arguments du paragraphe précédent pour passer à
la limite.
Cette approche utilise de manière cruciale les termes supplémentaires dans le système
(16). Le problème resté longtemps ouvert et résolu très récemment par Vasseur et Yu
[28] a été la construction de solutions faibles pour le système (8) sans terme supplé-
mentaire. Dans ce cadre, la stabilité des solutions faibles décrite dans le théorème 3.1
utilise de manière cruciale l’estimation de Mellet-Vasseur (12). On est donc conduit à
chercher à construire une approximation compatible avec l’estimation (12). Comme on
l’a vu précédemment, il est naturel de chercher à régulariser le système en ajoutant des
termes de capillarité. Malheureusement l’estimation (12) n’est pas compatible avec de
tels termes. Une autre approche serait d’essayer de faire tendre r vers zéro dans (16).
Avec cette stratégie il est délicat de travailler directement avec les solutions de (16)
déjà construites. En effet, comme ce sont seulement des solutions faibles vérifiant les
inégalités d’énergie et de BD-entropie, les manipulations donnant lieu à l’estimation de
Mellet-Vasseur (12) semblent très difficiles à justifier. Nous allons décrire au paragraphe
1135–13

suivant la stratégie employée par Vasseur et Yu [28] qui en un sens interpole entre ces
deux possibilités.

5. LES RÉSULTATS DE VASSEUR ET YU [28]

La construction de solutions faibles pour (8) part d’une idée proche de celle de Bresch
et Desjardins exposée précédemment mais avec une capillarité bien choisie. On considère
pour r0 , r1 > 0 et κ > 0 le système
∂ ρ + ∇ · (ρu) = 0,

 t

!
1
(18) γ 2 ∆ρ 2
 ∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ρ + r0 u + r1 ρ|u| u = ∇ · (ρDu) + κρ∇
 1 .
ρ2
1 1
Le terme de capillarité ajouté ρ∇(∆ρ 2 /ρ 2 ) est parfois appelé pression quantique. Rap-
pelons que lorsqu’on néglige la viscosité et les termes d’amortissement, le système appelé
parfois Euler quantique
∂ ρ + ∇ · (ρu) = 0,

 t

!
1
(19) γ 1 ∆ρ 2
 ∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ρ = ρ∇
 1
2 ρ2
est relié à l’équation de Schrödinger non linéaire par la transformée de Madelung. Consi-
dérons ψ : R+ × Rd → C solution de l’équation
1 γ γ−1
i∂t ψ + ∆ψ − f (|ψ|2 )ψ = 0, f (s) = s .
2 γ−1
1
Alors en écrivant ψ = ρ 2 eiφ et en posant u = ∇ϕ, on trouve en prenant la partie réelle
et la partie imaginaire que (ρ, u) est solution de (19).
Le point de départ de [28] est donc la construction faible pour (18) obtenue dans
[29] :

Théorème 5.1 ([29]). — Pour toute donnée initiale d’énergie et de BD-entropie finies,
vérifiant de plus
Z
(20) −r0 log− ρ0 dx < +∞, log− = log Min(·, 1),

il existe une solution faible de (18) vérifiant les estimations d’énergie et de BD-entropie
suivantes uniformes par rapport aux paramètres κ, r0 , r1 : pour presque tout T > 0,
Z TZ
ρ|Du|2 + r0 |u|2 + r1 ρ|u|4 dxdt ≤ Ẽ0 ,

(21) Ẽ(T ) +
0 Ω

Z T Z  
γ
2 2 2 2
(22) Ẽ(T ) + |∇ρ | + ρ|Au| + κρ|∇ log ρ| dxdt ≤ Ẽ0 + 2Ẽ0 ,
2

0 Ω
1135–14

avec
|u|2 ργ
Z  
κ 1
2
Ẽ(T ) = ρ +a + |∇ρ 2 | dx,
Ω 2 γ−1 2
ργ
Z  
1 2 κ 1
2
Ẽ(T ) = ρ|u + ∇ log ρ| + a + |∇ρ | − r0 log ρ dx.
2

Ω 2 γ−1 2
De plus les solutions faibles vérifient l’estimation
1 1 1 1
(23) κ 2 kρ 2 kL2T H 2 + κ 4 k∇ρ 4 kL4T L4 , ≤ C
où C ne dépend que des données initiales, et on a les propriétés suivantes :
3 1
ρu ∈ C([0, T ], Lf2aible ), ∂t ρ 2 ∈ L2T L2 .

En utilisant les estimations ci-dessus, on peut déduire comme précédemment que


lorsqu’on fait tendre κ vers zéro avec r0 , r1 > 0 fixés, une suite de solutions faibles
(ρκ , uκ ) comme ci-dessus de (18) converge quand κ tend vers zéro vers une solution
faible du système
(
∂t ρ + ∇ · (ρu) = 0,
(24)
∂t (ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + a∇ργ + r0 u + r1 ρ|u|2 u = ∇ · (ρDu).
1 1
De plus ρκ2 uκ converge fortement vers ρ 2 u dans L2T L2 .
Le théorème 5.1 est relié à un travail précédent de Jungel [19] où un type particulier de
solutions faibles (les solutions faibles étant définies avec des fonctions tests de la forme
1
ρψ) pour des systèmes (18) était construit. En particulier l’estimation de ∇ρ 4 dans
L4T L4 était déjà obtenue. Un résultat du même type que ci-dessus a été obtenu dans [17],
pour des systèmes avec des termes de pression singulières plutôt que d’amortissement.
Pour construire les solutions du théorème 5.1, les auteurs utilisent classiquement la
méthode de Faedo-Galerkin pour un système régularisé avec une viscosité artificielle
ε∆ sur l’équation de la densité, et une régularisation de l’équation sur la quantité de
mouvement par un bilaplacien de la vitesse, une pression singulière et une dispersion
d’ordre plus élévé. Il s’agit ensuite de justifier le passage à la limite.
En partant des solutions ci-dessus, le résultat principal de [28] est de montrer que
les solutions faibles de (24) ainsi construites vérifient l’estimation de Mellet-Vasseur
uniformément en r0 , r1 .

Théorème 5.2 ([28]). — Supposons que γ > 1 en dimension deux et 1 < γ < 3 en
dimension trois. Il existe une solution faible (ρ, u) de (24) vérifiant toutes les propriétés
du théorème 5.1 avec κ = 0 et vérifant aussi pour presque tout T > 0 l’estimation
suivante uniforme en r0 , r1 ∈]0, 1] :
Z Z
(25) E(T ) ≤ E0 + C(T, E0 , E0 , ρ0 , −r0 log− ρ0 ) ∀T ≥ 0,
Ω Ω
avec Z
E(T ) = ρ|u|2 log(1 + |u|2 )(T, x) dx.

1135–15

Démonstration. — Rappelons que les solutions faibles de (24) ont une régularité trop
faible pour justifier les manipulations menant à l’estimation de Mellet-Vasseur et que,
pour κ > 0, on bénéficie de régularité supplémentaire pour les solutions de (18), mais
que malheureusement l’estimation de Mellet-Vasseur n’est pas valable pour κ > 0. La
stratégie utilisée est donc d’établir une estimation à κ > 0 avec s log s remplacée par
une version tronquée et régularisée et de faire tendre dans un régime bien choisi κ vers
zéro tout en relaxant les paramètres de troncature.
On introduit la quantité
Z
ρϕn (φm,K (ρ)u(t, x))) dx,

où ϕn (u) = ϕ̃n (|u| ) est une approximation bornée bien choisie de (1+|u|2 ) log(1+|u|2 ) ;
2

en particulier limn ϕn (y) = (1+y) log(1+y) pour presque tout y et φm,K est une fonction
de troncature sous la forme
φm,K (ρ) = φm (ρ)φK (ρ),
et
1 1
φm = 0, ρ < , φm = 1, ρ ≥ , φ0m ≤ 2m,
2m m
2
φK = 0, ρ > 2K, φK = 1, ρ ≤ K, |φ0K | ≤ .
K
La démonstration se fait ensuite en quatre étapes :
— Étape 1 : On pose v = φm,K (ρ)u, et on observe d’abord que pour κ > 0, les
estimations du théorème 24 assurent que ∇v ∈ L2T L2 (l’estimation n’étant pas
uniforme par rapport aux paramètres). On montre ensuite par des arguments
dans l’esprit des lemmes de renormalisation de Di Perna-Lions [10] que toute
solution faible donnée par le théorème 5.1 vérifie
Z TZ Z TZ
0
(26) − ψ (t)ρϕn (v)dxdt + ψ(t)ϕ0n (v)F dxdt
0 Ω 0 Ω
Z TZ Z
0
+ ψ(t)S : ∇(ϕn (v)) dxdt = ρ0 ϕn (v0 )ψ(0) dx
0 Ω Ω

pour toute fonction test ψ ∈ Cc∞ (] − 1, +∞[) avec


1
!
∆ρ 2
S = ρφm,K (ρ) Du + κ 1 Id ,
ρ2
γ γ
F = ρ2 φ0m,K (ρ)∇ · u + 2ρ 2 ∇ρ 2 φm,K (ρ) + ρ∇φm,K (ρ)Du + r0 uφm,K (ρ)
1 1 1 1
+ r1 ρ|u|2 uφM,K (ρ) + κρ 2 ∇φm,K (ρ)∆ρ 2 + 2κφm,K (ρ)∇ρ 2 ∆ρ 2 .
Pour montrer (26), on observe d’abord que la régularité des solutions faibles est
suffisante pour justifier que
∂t (ρv) + ∇ · (ρu ⊗ v) − ∇ · S + F = 0
1135–16

au sens des distributions. On utilise ensuite une fonction test de la forme


Φ(t, x) = Rε (ψ(t)ϕ0n (Rε v)) ,
où Rε est une régularisation par convolution et on fait ensuite tendre ε vers zéro.
— Étape 2 : On fait ensuite tendre m vers +∞ en gardant les autres paramètres
fixés. On aboutit au fait que (26) avec φm,K remplacée par φK est valable.
— Étape 3 : On fait tendre κ vers zéro et K vers +∞, cela se fait dans le régime
3
K = κ− 4 pour établir qu’à la limite :
Z T  Z 
0
(27) − ψ (t)ρϕn (u)dxdt ≤ C kψkL∞ , E0 , E0 , −r0 log− ρ0
0 Ω
Z T Z
+ C(kψ|L∞ ) (1 + ϕ̃0n (|u|2 )ρ2γ−1 dxdt.
0 Ω

C’est une étape très délicate dans laquelle on combine les idées déjà décrites
pour établir formellement l’estimation de Mellet-Vasseur, en particulier (15) avec
de nouveaux arguments pour obtenir des estimations quantitatives. L’estimation
(23) est particulièrement utile ici.
— Étape 4 : Il reste essentiellement à passer à la limite quand n tend vers +∞
dans (27). Pour cela il s’agit de contrôler le membre de droite par l’énergie et la
BD-entropie, on le fait en utilisant de nouveau les arguments de l’estimation (14).

Comme conséquence du théorème 5.2, on obtient

Théorème 5.3. — Supposons que γ > 1 en dimension deux et 1 < γ < 3 en dimension
1
trois. Pour toute donnée initiale (ρ0 , m0 ) vérifiant ρ0 ≥ 0, ρ0 ∈ Lγ , ∇ρ02 ∈ L2 , m0 ∈ L1 ,
|m0 |2 /ρ0 ∈ L1 (et m0 = 0 sur {ρ0 = 0}), il existe une solution globale faible de (8)
vérifiant les estimations d’énergie, de BD-entropie et de Mellet-Vasseur.

Démonstration. — Pour déduire le résultat à partir du théorème 5.2, il reste à faire


tendre r0 , r1 vers zéro On le fait d’abord pour une donnée initiale ρ0 vérifiant de plus
1
(28) ρ0 ≥ , m0 > 0.
m0

R cette hypothèse supplémentaire, pour m0 fixé lorsque r0 tend vers zéro,


Notons qu’avec
le terme r0 Ω log− ρ0 dx provenant de la condition (20) qui apparaît au membre de
droite de (12) tend vers zéro lorsque r0 tend vers zéro et donc disparaît des estimations
à la limite. Notons (ρk , uk ) une solution faible avec les propriétés du théorème 5.2
pour des suites r0k , r1k tendant vers zéro. Pour passer à la limite dans (24) en ayant à
notre disposition les estimations d’énergie, de BD-entropie et de Mellet-Vasseur, il reste
seulement à traiter les termes r0k uk et r1k ρk |uk |2 uk , tous les autres termes se traitent
comme dans le théorème 3.1 de stabilité des solutions faibles. En utilisant (21), on
1135–17

1
observe que (r0k ) 2 uk est bornée dans L2T L2 et donc on obtient facilement que r0k uk
1 1
converge dans L1 . De même, (rkk ) 2 ρk2 |uk |2 est bornée dans L2T L2 ; donc en écrivant
1
 1 1  1
r1k kρk |u|2k uk kL1T L1 ≤ (r1k ) 2 (r1k ) 2 kρk2 |uk |2 kL2T L2 kρk2 uk kL2T L2
1
et en utilisant que kρk2 uk kL2T L2 est bornée par l’estimation d’énergie, on obtient que
r1k ρk |uk |2 uk converge vers zéro.
On a donc établi que, pour tout m0 > 0 et pour toute donnée initiale vérifiant
de plus (28), il existe une solution faible de (8) vérifiant les estimations d’énergie, de
BD-entropie et de Mellet-Vasseur uniformément par rapport à m0 . Pour traiter le cas
général ρ0 ≥ 0, il suffit d’approcher ρ0 par une suite vérifiant (28) et de passer à la
limite quand m0 tend vers l’infini en utilisant le théorème 3.1 de stabilité des solutions
faibles.

6. REMARQUES FINALES

Les estimations de BD-entropie et de Mellet-Vasseur ([2], [26]) sont valables sous


l’hypothèse que les coefficients µ et λ dans (1) vérifient la relation
λ(ρ) = 2(ρµ0 (ρ) − µ(ρ)).
Il serait bien sûr très intéressant d’étendre le résultat de Vasseur et Yu à ce cadre.
Signalons aussi un travail très récent et très intéressant de Bresch et Jabin [8] étendant
la théorie de Lions et Feireisl à des lois de pression non monotones et des viscosités ani-
sotropes. Cela nécessite une approche différente basée sur des estimations quantitatives
pour montrer la compacité sur la densité.
Nous nous sommes concentré dans cet exposé sur le cas des fluides barotropes ; le
modèle complet des fluides conducteurs de chaleur couple le système (1) avec l’équation
  
1 2
∂t (ρE) + ∇ · ρ|u| + ρe + p u = ∇ · (τ u) + ∇ · (κθ).
2
L’energie totale spécifique est donnée par E = 21 |u|2 + e, où e est une fonction de (ρ, θ).
La pression p est aussi une fonction de ρ et θ. Le cas des gaz parfaits correspond à
p = ρRθ, e = Cv θ,
CV et R étant des constantes strictement positives. La théorie de type Lions et Feireisl
permet de prendre en compte des viscosités constantes ou dépendant de la température
pour ce système [14]. Le cas de viscosités dégénérées dépendant de la densité a été
étudié par Bresch et Desjardins [5] en ajoutant une pression singulière.
Pour une présentation plus détaillée de ces résultats, on renvoie le lecteur aux pré-
sentations [6], [7].
Remerciements. – L’auteur remercie chaleureusement Didier Bresch pour de nom-
breux conseils très utiles pour la rédaction de ce texte.
1135–18

RÉFÉRENCES

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Frédéric ROUSSET
Université Paris-Sud 11
Département de Mathématiques d’Orsay
UMR 8628 du CNRS
Bâtiment 425
F–91405 Orsay Cedex
E-mail : [Link]@[Link]

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