Démocratie, État
et milieux d’afff aires au Niger
UIVANT une évolution analogue à celle d’autres pays de la
S sous-région, le Niger passa, entre 1991 et 1993, d’un régime
à parti unique à un système politique démocratique.
Le processus démocratique s’est déroulé dans un contexte éco-
nomique hostile au point de le compromettre à plusieurs reprises.
En 1992, la chute de 8,5 ?Ao du PIB (l), reflet d’un net recul de
l’activité économique, compromit la trésorerie de 1’État : au 31
décembre, la différence entre les recettes courantes (63,3 milliards
de francs CFA) et les dépenses impératives (83,6 milliards) se chiffra
à 22,3 milliards, déficit comblé par l’apport d’aide budgétaire exté-
rieure (17,7 milliards) et de financements intérieurs (6,5 mil-
liards) (2). L‘ajustement structurel demandé par les bailleurs de fonds
et refusé par les partenaires sociaux s’effectuait de facto, la baisse
des ressources de 1’État l’empêchant d’honorer ses dépenses de sou-
veraineté qui se sont accrues avec les nouvelles institutions nées
de l’avènement de la démocratie et le paiement régulier du salaire
de ses fonctionnaires (trois mois d’arriérés au le janvier 1993). Dans
ces conditions, l’organisation des différents scrutins, tâche d‘autant
plus coûteuse que le pays est étendu et dépourvu d’infrastructures
routières, était inenvisageable sans l’aide matérielle e< financière de
pays étrangers tels que la France, le Canada, les Etats-Unis.
Les élections législatives et présidentielles se déroulèrent au début
de l’année 1993. La reconnaissance du multipartisme par le prési-
dent Ali Saibou avait entraîné la formation de partis politiques aux
côtés du MNSD-Nassara (Mouvement national pour la société de
développement), ancien parti unique. En décembre 1990, était fondé
le PNDS-Taraya (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme)
animé par des enseignants, étudiants, et des syndicalistes. En jan-
vier 1991 était crée la CDS-Rahama (Convention sociale et démo-
cratique) dont le noyau était constitué d’adhérents du mouvement
AMACA (Association mutualiste d‘action culturelle et artistique)
94
fondé par des zindérois pour redynamiser la culture haoussa et
l’influence de cette région. Au début de l’année 1992, Moumouni
Djermakoye qui avait quitté le MNSD à la suite de l’échec de sa
candidature à la présidence de ce pani, constitua 1’ANDP-Zaman
Lahiya (Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès) très
implantée dans la région de Dosso dont la famille Djermakoye
occupe la chefferie. En marge de ces quatre formations, plusieurs
partis émergèrent tel 1’UDPS-Amana (Union pour la démocratie et
le progrès social) qui rassemble des Touaregs ou s’étaient reconsti-
tués comme le Parti progressiste nigérien, section du Rassemble-
ment démocratique africain fondé en 1946 par Félix Houphouët-
Boigny, et 1’UDFP-Sawaba (Union des forces populaires pour la
démocratie et le progrès), héritier du MSA-Sawaba (Mouvement
socialiste africain), qui animèrent la vie politique à l’indépendance.
Les enseignants et les fonctionnaires fùrent les principaux ani-
mateurs de ces partis tandis que les hommes d’affaires en íürent
les bailleurs de fonds mais aussi des leaders actifs qui ont joué un
rôle influent pendant les campagnes électorales : le processus démo-
cratique les amena à s’impliquer dans la vie politique comme le
montre la composition des bureaux des grands partis politiques qui,
à l’exception du PNDS-Taraya, comptent tous des commerçants.
L’instauration de la démocratie
Arrivé au pouvoir par un coup d’État en avril 1974, le prési-
dent Seyni Kountché, décéda à Paris le 10 novembre 1987’à la suite
d’une longue maladie. Une page de l’histoire du Niger se tour-
nait. Le général Ali Saibou, proche compagnon du Président défunt
et chef d’état-major général des armées, íüt désigné par le CMS
(Conseil militaire suprême) pour lui succéder. Son arrivée au pou-
voir marqua le début d‘une ère nouvelle, la décrispation qui (( )),
se traduisit par un relâchement de la pression policière avec la dis-
solution de la police politique (le Bureau de coordination et de liai-
son) et par la reconnaissance des libertés d’expression et d’associa-
tion.
Cette décrispation favorisa le développement de la contesta-
(( ))
tion animée par les scolaires et les syndicats et l’émergence de nou-
veaux pouvoirs qui étaient auparavant canalisés au sein des diffé-
rentes associations issues du régime d’exception :
- I’USTN (Union des syndicats des travailleurs du Niger) s’est
clairement démarquée du pouvoir et appela à la grève à de multi-
(1) E. Grégoire, €’. Labazée,* Niger :
(( (2) Ministère du Plan, Direction générale
comptes et mécomptes d’un jeune,Etat ‘démo- de l’Economie, Note sur la situation écono-
cratique ny Politique africaine, 52,c’déccenibre mique et financière en 1992 et perspectives à
,
1993, pp. 129-132. court terme, avril 1993, 37 pages.
95
ples reprises pour protester contre les mesures d‘austérité imposées
en mai 1990 aux salariés. En novembre 1990, une grève générale,
plus politique cette fois-ci, demandait l’accélération du processus
de démocratisation du pays.
- les mouvements étudiants se sont manifestés au grand jour
et leur agitation atteignirent leur paroxysme lors de la manifesta-
tion du 9 février 1989 où une fusillade fit trois morts selon les
autorités, quatorze selon les sources étudiantes.
- des groupes religieux se sont constitués en marge de l’Asso-
ciation islamique du Niger et s’opposèrent, lors du référendum rela-
tif à la nouvel!e constitution (décembre 1992), sur le principe de
la laïcité de 1’Etat et plus récemment à propos du projet de code
de la famille qu’ils jugent contraire aux prescriptions coraniques.
- diverses associations sont apparues pour défendre des inté-
rêts catégoriels (femmes, handicapés, etc.), professionnels (syndicats
corporatistes) mais aussi des droits fondamentaux comme l’ANDDH
(Association nigérienne des droits de l’homme) et l’association DLD
(Démocratie, Liberté, Développement).
- la presse longtemps muselée joua un rôle important dans le
débat politique et la dénonciation d’affaires jusqu’alors tenues secrè-
tes : Haske, premier journal d‘opposition (mai 1990), alimenta le
débat d‘idées face au quotidien gouvernemental Le Sahel.
- enfi?, les milieux d’affaires profitèrent de l’emprise moins
forte de 1’Etat sur l’économie après sa libéralisation. Cette période
de décrispation vit le développement de la fraude qui s’amplifia
ensuite en raison de l’affaiblissement de l’autorité de certains grands
corps de l’État (douanes) dont les pratiques avaient été sévèrement
critiquées pendant la Conférence nationale.
Tous ces groupes socioprofessionnelsformaient autant de groupes
de pression dont certains (syndicats et étudiants) possédaient une
véritable assise populaire (3). Ils amenèrent le général Ali Saibou
à accepter le principe du multipartisme, le 15 novembre 1990, puis
la tenue d’une Conférence qationale. En acceptant une évolution
de son régime, le chef de 1’Etat eut une attitude louable qui tran-
cha avec celle du général Eyadema au Togo qui entrava systémati-
quement le déroulement du processus démocratique dans son pays.
La Conférence nationale débuta ses travaux le 29 juillet 1991
et désigna Amadou Cheiffou comme Premier ministre du gouver-
nement de transition avec pour tâche d’organiser les élections légis-
latives et présidentielles et de gérer le pays jusqu’à l’installation
du nouveau pouvoir issu des urnes. ,
Après une série de reports, les premières fürent furées au 14
Evrier 1993. Les résultats donnèrent 29 sièges au MNSD-Nassara,
(3) C1. Raynaut, <( Trente ans d’indépen-
dance : repères et tendances Politique a h -
)),
cake 38, juin 1990, pp. 3-29.
96
E. GRÉGOIRE
22 à la CDS-Rahama, 13 au PNDS-Taraya, 11 à 1’ANDP-Zaman
Lahiya et huit pour les petits partis. Si les instituteurs (22 dépu-
tés), les enseignants (9) et les fonctionnaires de l’administration (30)
constituaient l’essentiel de ses effectifs, cette nouvelle assemblée
comptait une dizaine d’opérateurs économiques (sept commerçants
et trois entrepreneurs), le même nombre d’agriculteurs et éleveurs
et cinq représentants de la chefferie.
Les élections présidentielles se déroulèrent les 27 février et 27
mars. A l’issue du premier tour, seuls restèrent en lice Tandja
Mamadou, candidat du MNSD-Nassara (343 Yo des voix) et Maha-
mane Ousmane (26,7 Yo) qui conduisait la liste du CDS-Rahama.
Afin de battre le premier, les trois autres grandes formations se
coalisèrent pour former 1’AFC (Association des forces du change-
ment). Mahamane Ousmane l’emporta au second tour avec 54,4 Yo
des suffrages : pour la première fois, un homme originaire de l’Est
du Niger accédait à la présidence de la République (16 avril 1993).
Mahamane Ousmane nomma Premier ministre Mahamadou Issou-
fou leader du PNDS-Taraya tandis que Moumouni Djermakoye était
élu président de l’Assemblée nationale.
En un peu plus de deux ans, les héritiers du régime du géné-
ral Seyni Kountché firent dépossédés du pouvoir. Le paysage poli-
tique nigérien était recompos6, l’armée avec le départ d’Ali Saibou
regagnant ses casernes pour suivre une ligne apolitique.
L’avènement de la démocratie au Niger instaura de nouveaux
rapports entre Etat et milieux d‘affaires : désormais, ces derniers
n’avaient plus un seul interlocuteur, le parti unique. Ils pouvaient,
au contraire, faire désormais entendre leurs voix sein des différents
mouvements issus du multipartisme et influer sur leurs choix éco-
nomiques. Le système bipolaire en vigueur pendant les années de
monopartisme se disloquait du moins formellement.
L’adhésion des hommes d’affaires aux partis politiques
Le monde des affaires au Niger se scinde en deux pôles : les
milieux marchands haoussas du Centre et de l’Est du pays issus
du négoce précolonial. D’autre part, les commerçants djermas dont
l’accumulation, plus récente, remonte 1 une migration fructueuse
au Ghana ou en Côte-d‘Ivoire (cas de quelques commerçants de
Niamey) ou par la capitalisation de liens sociaux au sein des régi-
mes précédents dirigés par des Djermas. Le président Seyni Kount-
ché encouragea ainsi la formation d’une classe marchande dans les
régions de Niamey et Dosso par l’octroi de prêts de la BDRN (Ban-
que de développement de la République du Niger) et l’attribution
de marchés étatiques afin de faire contrepoids à l’hégémonie du
commerce haoussa.
97
NIGER
Ces hommes gaffaires opposèrent, sous le régime d’exception,
un front uni à 1’Etat malgré quelques rivalités ethniques. Le pro-
cessus démocratique les amena à se ventiler au sein des nouveaux
partis politiques, ce qui ne s’était plus produit depuis la fin de
l’époque coloniale.
Les hommes d’affaires nigériens s’engagèrent donc activement
dans la vie politique - peu d’entre eux se sont tenus à l’écart des
’.débats si ce n’est quelques hommes âgés qui ne voulaient pas se
lancer dans un nouveau combat - et dépensèrent des sommes
importantes dans la campagne électoralle avec l’espoir qu’une fois
au pouvoir les formations soutenues leur en seraient gré. Leur adhé-
sion aux dXférentes formations et les motivations qui les ont sous-
tendues, répondent à plusieurs critères révélateurs de leur percep-
tion de la démocratie et des avantages qu’ils espéraient en tirer dans
leurs affaires.
Les considérations régionalistes
L’analyse des scrutins législatif‘s et présidentiels confirme le vote
ethnique qui a été le principal élément de choix des électeurs. Si
l’audience du MNSD fut nationale en raison de son implantation
ancienne dans toutes les contrées du Niger, l’ancrage des autres
~ partis fut plus régional : Moumouni Djermakoye n’a obtenu de bons
résultats électoraux que dans la région de Dosso (43 Yo des suffra-
ges), de même que Mahamadou Issoufou dans le département de
Tahoua d‘où il est originaire (40,s Yo). Enfin, Mahamane Ousmane
ne l’emporta au second tour que grâce aux 75 Yo de voix recueil-
lies dans le département de Zinder d’oÙ il est natif (Magaria).
Le choix des commerçants, comme celui de beaucoup d‘élec-
teurs, fut donc guidé par des ronsidératilons régionalistes même s’ils
ne partageaient pas les options idéologiques des partis pour lesquels
ils avaient opté.
D’une manière ghérale, les commerçants haoussas se tournè-
rent vers la CDS avec l’espoir de mettre fin à la domination djerma
et avec le désir de voi^ le Niger enfin dirigé par un des leurs, popu-
lation majoritaire dans le pays.
Les commerçants djermas de Dosso et de Niamey mais aussi
leurs compatriotes qui résident en Côte-d’Ivoire, rallièrent 1’ANDP
de Moumouni Djermakoye. S’ils ne recomposèrent pas leurs réseaux
de relations puisque Moumouni Djermakoye et ses proches colla-
borateurs occupaient*déjà les hauts échelons de la fonction publi-
que (tel est le cas de l’ancien directeur de la Banque de dévelop-
pement devenu directeur du Trésor), ces commerçants djermas ne
retirent pas tolus les bénéfices escomptés de leurs investissements,
car ils sont souvent écartés des marchés étatiqyes monopolisés par
les commerçants CDS proches du chef de 1’Etat ou du ministre
98
E. GRÉGOIRE
du Commerce. Moumouni Djermakoye en tant que président de
l’Assemblée nationale occupe en effet une position faiblement redis-
tributrice et dispose de peu de ministres à des postes-clés de ce
point de vue (4).
L’aspiration au changement
Une génération de jeunes commerçants haoussas qui avaient peu
bénéficié des largesses des régimes militaires et qui éprouvait un
sentiment de frustration, s’est prononcée notamment en faveur du
CDS-Rahama : les jeunes alhazai de Maradi et de Zinder voyaient
dans l’arrivée de nouveaux dirigeants la possibilité de modifier les
réseaux de redistribution de la rente ttatique et de bénéficier à leur
tour des opportunités offertes par 1’Etat alors qu’elles avaient été
longtemps verrouillées par leurs aînés proches du MNSD. Ces jeu-
nes commerçants, plus modernistes (quelques uns ont fréquenté
l’école) et plus ouverts sur le monde extérieur (leurs affaires les
mènent sur plusieurs continents) sont dans la mouvance du mou-
vement religieux izulu dont l’idéologie prône à la fois le retour à
un islam authentique (rejet de ce qui ne figure pas dans les textes
et des pratiques païennes qui le caractérise encore en Afrique) (5).
L’accession au pouvoir de I’AFC a accéléré, dans des villes comme-
Maradi et Zinder, le renouvellement de la classe marchande en per-
mettant la percée de ces jeunes commerçants.
Les considérations idéologiques, non négligeables dans les pays
du Nord, ont peu joué au Niger si ce n’est parmi les milieux intel-
lectuels qui soutenaient le PNDS : aurait-il pu en être autrement
dans un pays où près de 90 Yo des électeurs sont illettrés ? De, plus,
les partis ne présentaient d’ailleurs pas d’alternatives tranchées du
point de vue idéologique et le modèle.de société proposé ne diffé-
rait guère fondamentalement d’un parti à. l’autre. Aussi, les. élec-
teurs se sont prononcés davantage par. rapport à des hommes q&à
des considérations idéologiques ou des projets de société.
Les liens avec lbncien régime
Les relations émoites que quelques hommes d’&aires ont entre-
tenus avec les régimes des présidents Seyni Kountché puis d‘Ali
Saibou, les amenèrent logiquement à soutenir le MNSD qui, était
leur émanation. Certains d’entre eux, comme l’avait dévoilé la Con-
(4)Seuls les ministères de la santé, de religieux et étatique, in E. Grégoire, I?! Laba-
l’hydraulique et de l’environnement et du zée (éds.), Grunds commerçants d’&+que de
développement social de la population et de Z’Ouest, Logiques et pratiques d’un groupe
la femme sont aux mains de I’ANDP. d’hommes d’affaires contemporains, Paris,
(5) E. Grégoire, La trilogie des réseaux Karthala-ORSTOM, 1993, pp. 71-99.
marchands haoussas, un clientélisme social,
99
férence nationale qui avait manifesté le souci d’une plus grande
transparence dans les relations Etat-milieux d’affaires, avaient été
les complices de hautes personnalités politiques ou de grands corps
de 1’État.
Ces hommes d‘affaires, djermas et haoussas, qui ont soutenu
le MNSD-Nassara, étaient de grands commerçants même si cer-
tains figurent parmi les principaux débiteurs de la Banque de déve-
loppement de la République du Niger comme ce grand commer-
çant de Maradi autrefois intime du président Seyni Kountché. Tré-
sorier de la section locale du MNSD, il mit à sa disposition une
permanence électorale, prêta des véhicules tout terrain pour faire
campagne en brousse, imprima toutes sortes d’objets (tee-shirt) et
d‘affiches de propagande et en fin de compte dépensa sans comp-
ter pour soutenir la candidature de Tandja Mamadou. La défaite
de celui-ci l’amena à transférer ses activités au Nigeria oh il avait
déjà beaucoup investi (immobilier, transport) et à s’installer à Kano.
Beaucoup de grands commeqants pensaient que Moumouni
Djermakoye finirait par appeler à voter pour le MNSD et furent
longtemps persuadés de la victoire de ce dernier. Cette conviction
était d’autant plus profonde qu’ils lui apportaient des moyens fman-
ciers importants qui l’ont doté d’un pouvoir organisationnel et maté-
riel nettement supérieur à celui des autres formations. Les som-
mes dépensées en faveur du MNSD furent élevées (un riche mar-
chand de Niamey lui aurait apporté 500 milliIons de francs CFA
que son fils tente en vain de récupérer) et certains commerçants
réalisèrent même des actifs (vente de villas) pour le financer. Ces
investissements furent effectués à perte, car ces commerçants sont
acpellement tenus à l’écart des opportunités d’affaires offertes par
1’Etat.
Aussi, depuis les élections, quelques hommes d‘affaires ont
déserté le MNSD pour rallier 1’AFC dès qu’une occasion s’est pré-
sentée : à la suite de l’appel à la désobéissance civile lancée par
le MNSD et de la manifestation du 16 avril 1994 qui avait donné
lieu à des troubles dans les rues de Niamey, un commerçant de
Zinder se désolidarisa du MNSD au nom du respect de l’ordre
public et se prononça publiquement en faveur de la CDS. Plus
récemment, le président du Syndicat des commerçants du Niger,
Alhaji Il10 Mai Katako, rejoignit également I’AFC. Si l’opération
de désobéissance civile fut, pour lui aussi, un prétexte pour rejoindre
la majorité, ce ralliement tardif lui permettra sans doute de con-
server son poste à la tête du syndicat et de relancer ses affaires
actuellement bloquées du fait de ses anciennes options politiques.
Enfin, il a choisi d’adhérer au PNDS car il est originaire de la
même région que le Premier ministre, leader de cette formation,
mais aussi parce qu’il ne pouvait rejoindre le CDS sans se discré-
diter aux yeux de l’opinion, s’étant autrefois violemment opposé
100
E. GRÉGOIRE
aux commerçants de ce parti. Les nouveaux dirigeants accueillent
sans difficulté ces repentis à condition qu’ils fassent amende hono-
rable en apportant publiquement leur soutien à I’AFC et en se mon-
trant généreux à son égard.
Les négociants libanais ainsi qu’algériens, nombreux à Niamey
et très puissants’dans le commerce de transit des cigarettes anglai-
ses et américaines vers le Nigeria mais aussi la Libye et l’Algérie,
misèrent également sur le MNSD au sein duquel ils avaient de
nombreux appuis notamment dans sa composante militaire (6). La
communauté libanaise était, elle aussi, convaincue que le MNSD
ne pouvait être battu et souhaitait sa victoire, redoutant l’arrivée
au pouvoir de nouveaux dirigeants comme ceux du PNDS. Après
la victoire de Mahamane Ousmane, ils ont Téorganisé leurs réseaux
de relations dans les hautes sphères de 1’Etat.
Les critêres sociaux
La parenté, le clientélisme et divers types de relations sociales
sont des éléments qui ont été autant de facteurs qui ont infléchi
les choix politiques : on pourrait citer le cas de quelques hauts fonc-
tionnaires ou commerçants affiliés au MNSD qui ont rallié l’oppo-
sition à la suite de pressions familiales, amicales, villageoises voire
économiques.
La parenté a toutefois diversement influé : certains hommes
d’affaires ont joué la carte MNSD en dépit de pressions familiales
persuadés du bien fondé de ce choix pour l’avenir de leurs affai-
res d’autant plus qu’ils estimaient la victoire du MNSD inélucta-
ble. D’autres n’ont pu quitter le MNSD pour des raisons familia-
les comme ce commerçant d’Agadez qui doit sa fortune au soutien
de son frère, personnalité importante de ce parti et ancien haut-
fonctionnaire. D’autres enfin, ont adopté une stratégie habile de
diversification : les membres (frères,) de quelques grandes familles
marchandes ont délibérément opté pour des formations opposées
de façon à ce que les affaires familiales ne pâtissent pas du résul-
tat des élections. I1 y a donc eu des stratégies familiales élaborées
pour minimiser les risques politiques. A présent, la parenté est uti-
lisée par certains commerçants qui ont recours à des parents bien
placés au sein de 1’AFC pour la rejoindre discrètement.
Le clientélisme a également joué dans le choix des individus.
Le ralliement d’un patron de commerce à un parti politique
s’accompagnait donc de celui de ses nombreux dépendants qui
étaient autant d‘électeurs que de militants potentiels. Avec les récents
ralliements de quelques grands commerçants 5 l’AFC, ce sont des
(6) L’un d’entre eux tenta en vain de
réconcilier Tanja Mamadou et Moumouni
Djermakoye.
101
NIGER
réseaux entiers qui désertent le MNSD qui voit une partie de sa
base sociale lui échapper.
Une autre forme de clientélisme est également intervenue, celle
des clients accumulés par un fonctionnaire dans l’exercice de ses
fonctions. Ainsi, peut-on citer le cas du trésorier d‘un parti politi-
que qui était en même temps liquidateur de la Banque de déve-
loppement de la République du Niger après en avoir été responsa-
ble du service des crédits. Cet homme ne manqua sans doute pas
d‘exercer quelques pressions sur les débiteurs de la BDRN pour
qu’ils aident son parti moyennant quelques indulgences au niveau
du recouvrement de leurs dettes.
Enfin des questions de rivalités ont pu motiver le choix de com-
merçants qui se sont prononcés en faveur d’un parti uniquement
pour s’opposer à un concurrent : un prestigieux alhuji de Maradi,
ennemi juré de Balla Dan Sani qui présidait la cellule locale MNSD,
opta finalement pour 1’AFC dans l’espoir d’assister à la défaite de
son rival après avoir été évincé de la présidence de la cellule locale
du MNSD par ce dernier.
La pluri-adhésion
Seule ressource financière des formations politiques, les com-
merçants étaient l’objet de nombreuses sollicitations qu’ils ne pou-
vaient pas toujours écarter pour des raisons sociales : des cadeaux
de l’ordre de 100 O00 f. CFA, ou des facilités matérielles (prêts de
villas) étaient discrètement faits à l’occasion de la venue d’un lea-
der dans leur ville, leur contribution aux finances de leur parti attei-
gnant plusieurs millions de f. CFA.
Quelques commerçants, face à l’incertitude des scrutins, ont
entretenu longtemps un certain flou quant à leur choix, oscillant
d’un parti à l’autre, ou ont délibérément misé sur plusieurs tableaux
en adhérant à différents partis. Cette stratégie de diversification a
été plus répandue encore après les élections législatives, les chaq-
ces du MNSD s’amenuisant.
Cette stratégie d’adhésion multiple visait à capitaliser des rela-
tions personnelles au sein des différents partis afin de ne pas être
marginalisés après les élections. Les récents ralliements à YAFC
sont révélateurs de l’état d’esprit des hommes d‘affaires soucieh
de défendre avant tout leurs intérêts : dans un contexte de réces-
sion économique, il est vital d’être du côté du pouvoir si l’on veut
ayoir accès aux quelques opportunités de travail encore offertes par
1’Etat ou pour exercer son activité sans contraintes administratives.
L’alternance politique a donc amené beaucoup d‘opérateurs éco-
nomiqyes à recomposer leurs réseaux de relations au sein de l’appa-
reil d’Etat. L’instauration de la démocratie a conduit les hommes
d‘affaires nigériens à effectuer d’importants investissements politi-
102
ques qui n’ont pas été sans risques. Voyons à présent comment
ceux qui ont fait le bon choix en sont remerciés.
(( ))
Les sources de redistribution étatieue
L’État africain reste par excellence le lieu d’accumulation et
demeure une source de redistribution et de profits pour la classe
dirigeante. Seuls les pourvoyeurs et bénéficiaires de la rente étati-
que ont changé avec l’alternance politique.
Le commerce des hydrocarbures, l’attribution de licences spé-
ciales d’importation et les exonérations diverses de taxes, les mar-
chés publics et le laxisme aux frontières sont les principaux moyens
utilisés pour favoriser l’activité des hommes d‘affaires nigériens, cer-
taines de ces sources de redistribution se tarissant sous les effets
de la crise économique qui limite ses investissements (développe-
ment des infrastructures, appel d‘offres divers, etc.).
Le commerce des hydrocarbures
Pays enclavé, le Niger importe de grosses quantités d‘hydro-
carbures (200 O00 tonnes par an). Pour garantir son ravitaillement,
il a créé, en 1977, la Société nigérienne des produits pétroliers
(SONIDEP) qui a le monopole de l’importation et du stockage des
produits pétroliers, les compagnies privées en assurant en aval la
distribution. En amont, elle s’approvisionne au Nigeria ou sur le
marché mondial via le Bénin.
Jusqu’aux récentes- ruptures d’approvisionnement consécutives
à l’arrêt de plusieurs raffineries au Nigeria, le secteur formel cou-
vrait environ 45 A!o des besoins du pays en carburants, la contre-
bande assurant le reste et contrôlant toutes les régions frontalières.
En termes financiers, ces flux parallèles représentaient en 1993 près
de 6,7 milliards de f. CFA (7). C’est donc un secteur où la fraude
joue un rôle important.
De nombreuses autorisations d’importations fùrent accordées à
des opérateurs économiques par des personnalités politiques et des
cadres de commandement (préfets) de l’ancien régime qui interpré-
taient en leur faveur une circulaire relative aux mesures de décen-
tralisation de la délivrance des titres d‘importation et d’exportation
qui excluaient pourtant les produits pétroliers.
Un article de presse (8) rendit compte des investigations du HCR
(Haut Conseil de la République) qui mirent en accusation des per-
(7) E. Grégoire, P. Labazée, Le fonction- GRID-Mission française de Coopération,
nement du marché des chanpes parallèles et ses mars 1994.
incidences sur les échanges céréaliers entre le (8) L’affaire SONIDEP, Haské no 44,
Nigw et le Nigeria, Niamey, ORSTOM- octobre 1992.
103
NIGER
sonnalités du régime militaire dont deux futurs candidats à la pré-
sidence de la République pour avoir délivré des autorisations spé-
ciales d’importation d’hydrocarbures. Ces personnes ne furent pas
inquiétées, car le dossier fut enterré par le HCR lui-même qui ne
le transmit pas à la Haute cour de justice. Pourtant, il représen-
tait un manque à gagner de près de sept milliards de francs CFA
pour 1’Etat en droits de douane impayés et en redevances à la
SONIDEP et à la CSPPN (Caisse de stabilisation).
La Conférence nationale tenta d‘assainir ce secteur : les autori-
sations spéciales furent remplacées par les licences d’importation
délivrées, chaque trimestre, aux opérateurs économiques par un
comité composé de neuf personnes et présidé par le ministre du
Commerce. Ces nouvelles dispositions qui paraissent également
incompatibles avec l’arrêté du 18 octobre 1982, n’ont pas mis fin
aux pratiques antérieures. En effet, le directeur de la SONIDEP,
un haute personnalité de la CDS (son secrétaire général) et le minis-
tre du Commerce (trésorier de la CDS), ont désormais la haute
main sur l’attribution de ces juteuses licences d’importation. Ils
modifièrent leur mode d’attribution en élargissant le nombre des
bénéficiaires mais en diminuant les quotas de chacun. En décem-
bre 1993, ces autorisations spéciales portèrent sur la livraison de
1340 citernes. L’essence était alors payée (avant la dévaluation)
autour de 25 f. CFA le litre et revendue à 45 f. CFA à la SONI-
DEP. Même s’il faut retirer de cette marge les frais de transport
et le coût de la fraude, le bénéfice est d‘environ 400 O00 f. CFA
par citerne.
A travers ces licences d‘importations, c’est l’image de la SONI-
DEP qui reste ternie et qualifiée d’unnexe de lu présidence de la
((
République en tant que cuisse noire ou de << boîte iì magouilles et
))
d’instrument de munipulutions politiques (9). Seuls les acteurs ont
))
changé et les bénéficiaires sont désormais des sympathisants de
1’AFC dont certains, ni commerçants ni transporteurs, revendent
leurs licences à des professionnels moyennant rémunération.
Licences spéciales d’importations et exonérations diverses
Les hydrocarbures et le pétrole lampant ne sont pas les seuls
produits objet de licences spéciales : des produits comme le riz,
le sucre, l’huile et les cigarettes font également partie des produits
soumis à licence, leur récent rétablissement traduisant une volonté
de contrôle étatique plus fort (elles avaient été supprimées en 1990
lors de la libéralisation) mais peut-être aussi le souci d’instaurer
de nouvelles sources de prébendes.
(9) SONIDEP, M Renouer avec le suc-
cès B, Comzruire Z’Ajnque, no 20, dkembre
1993-Evrier 1994.
104
E. GRBGOIRE
Le cas le plus flagrant concerne les licences d‘importations de
riz délivrées par le ministère du Commerce à des commerçants pro-
ches du pouvoir qui bénéficient,.en outre, d‘exonérations de taxes.
La presse a ainsi dénoncé la remise de droits de douane pour plus
de 66 millions de f. CFA faite à un gros importateur de riz par
le directeur des douanes (10).
De même, dans le domaine de la taxation des activités écono-
miques, le Niger est un des pays de la sousrrégion où la pression
fiscale est la plus faible. Les hommes d‘affaires continuent cepen-
dant de bénéficier de multiples allégements en faisant intervenir
des relations directement à la Direction générale des impôts ou des
douanes ou qui font pression sur elles.
Les marchés publics
L’octroi de marchés publics ou de ceux proposés par des pro-
jets a été de tous temps l’objet d‘enjeux et de multiples convoi-
tises qui font de certains ministères (commerce, transports, tra-
vaux publics, santé, éducation) des lieux stratégiques. Les anciens
régimes avaient exploité les opportunités offertes par l’attribution
de ces marchés, et ces pratiques tant décriées pendant la Confé-
rence nationale ,reviennent en force comme l’atteste l’attribution
récente d’un marché de plus d’un milliard de f. CFA, financé par
le Japon, pour la construction de classes. De nombreuses irrégu-
larités ont été relevées dans les procédures (11) et l’entreprise béné-
ficiaire a dû sous-traiter une partie du marché à d’autres entre-
preneurs soutenant l’AFC afin qu’ils bénEficient également de cette
manne.
Ces marchés publics sont vitaux pour de nombreux hommes
d’affaires surtout en cette période de crise économique où les occa-
sions de travail sont rares. Dans une récente lettre adressée au pré-
sident de la République, le MNSD dénonçait (< l’exclusion systéma-
tique en raison de leur appartenance politique de tous les cadres et
des membres de l‘opposition de tous les postes administratifs et techni-
ques tant au niveau.centra1 que régional et local ainsi que des opéra-
teurs’ économiques du bénéfice des marchés publics )) et exigeait donc
une répartition équitable des postes de hauts-fonctionnaires (46 YO
d’entre eux devaient revenir à ces partisans, ce chiffre correspon-
dant au score de Tanja Mamadou au seco9d tour de l’élection pré-
sidentielle) et des affaires offertes par 1’Etat.
(IO) Le SNAD (Syndicat national des (11) Scandale ou duperie pour l’octroi
agents des douanes) écrit au Premier minis- d’un marché public ? Anfuni no 44, juin
tre, Le Démocrate, no 99, 18 avril 1994. 1994.
105
NIGER
Le laxisme aux frontières
Le manque total de volonté politique et l’absence de mesures
pour appliquer la loi expliquent le fort développement de la fraude
aux frontières dont les effets peuvent être pervers : ainsi, la SONI-
TEXTIL qui bénéficie pourtant de protections légales, est asphyxiée
par les importations massives et frauduleuses de pagnes nigérians
et asiatiques au point de risquer de fermer ses portes et de licen-
cier son personnel (12). Ce laxisme à l’égard de contrebandiers pour-
tant connus traduit le désir de ne pas entraver l’activité de cer-
tains proches du régime même si ses conséquences sont néfastes
sur l’économie nationale, plusieurs sociétés étant dans le même cas
que la SONITEXTIL (SPCN, RINI, etc.).
Cette fraude est très organisée, par exemple, à Zinder où existe
une étroite complicité entre douaniers et commerqants : des con-
vois de camions provenant du Nigeria effectuent un dédouanement
forfaitaire nettement inférieur au réel. Cette pratique maintes fois
dénoncée ne peut continuer sans la complaisance des autorités poli-
tiques locales, un des principaux chefs de convois étant un mem-
bre localement influent de la CDS.
Nombreux sont donc les commerçants qui bénéficient à pré-
sent de facilités diverses pour les services rendus pendant les pério-
des électorales. A ces sources de redistribution de la rente étati-
que, on pourrait ajouter l’aide internationale notamment alimen-
taire souvent revendue à vil prix aux commerçants par les autori-
tés locales comme l’atteste une récente affaire survenue à l’inté-
rieur du pays.
La démocratie en se substituant au monopartisme a introduit
de nouvelles règles au jeu politique et a permis aux hommes au
pouvoir de se prévaloir d’une légitimité qu’ils n’avaient pas aupa-
ravant : presque tous les hauts fonctionnaires furent, pour certains
dans un passé récent, MNSD, et c’est souvent les mêmes hommes
qui occupent les hautes fonctions.
Ceux qui sont donc démocrates aujourd’hui, sont donc bien sou-
vent !es mêmes qui ont tenu, durant le régime militaire, les rênes
de 1’Etat : la classe politique nigérienne - de même que hommes
ayant les compétences techniques nécessaires pour occuper des postes
de responsabilités - est en effet numériquement trop limitée pour
permettre une véritable alternance des dirigeants comme dans les
démocraties du Nord. L’instauration de la démocratie n’a fait que
mettre sur la touche les partisans du MNSD (13) et de permettre
(12) E. Grégoire, P. Labazée, Le marchi pour des questions d’honneur et en attendant
du pugne au Nker, Niamey, ORSTOM-CFD, de prendre leur revanche : des renversements
doc. mult., 1993. d’alliance ne sont pas en effet à é m e r dans
(13) Connairement aux commerçants, les l’hypothèse d’une crise gouvernementale.
hauts fonctionnaires restent fidèles à ce parti
106
E. GRÉGOIRE
à des hommes jusqu’alors inconnus d’accéder à des postes de res-
ponsabilité élevés aux dépens bien souvent de la compétence tech-
nique.
La démocratie n’a pas changé la nature de 1’État qui demeure
clientéliste et prébendier : les nouvelles autorités installèrent aux
postes stratégiques des hommes de confiance et se sont efforcées
de s’accaparer les rares sources de redistribution encore existantes.
Elles l’ont fait de manière plus radicale que les anciens dignitaires
du régime d’Ali Saibou qui les maniaient sur la fin avec précau-
tion. Certains comme le professeur André Salifou qui présida aux
travaux de la Conférence nationale et fÙt une figure de proue de
la démocratisation du Niger, déclara récemment que le pays est ((
davantage confié à des hommes d’affaires qu’ri des responsables politi-
ques B (14).
L’Etat reste en effet le lieu d‘accumulation privilégié même s’il
exerce une emprise moins forte sur l’économie (15). Toutefois, ceux
qui le contrôlent, ne peuvent plus, comme par l,e passé, jouer sur
toutes ses ressources à des fins redistributrices : l’Etat manque cruel-
lement de moyens au point que certains secteurs comme la santé
ne vivent que par les financements extérieurs (hormis les salaires).
De plus, après la récente dévaluation du f. CFA, le Niger fait figure
de pays sacrifié comme le montre son taux élevé d’inflation
(+ 35 ’-70)et les faibles bénéfices qu’ils en retirent au niveau de ses
exportations de bétail et de niébé.
Au regard des évolutions politiques récentes et des pratiques,
on peut être inquiet sur le devenir de la démocratie au Niger qui
prend une forme de plus en plus autocratique, l’essentiel parais-
sant pour les dirigeyts et leurs partis de mettre la main basse sur
les ressources de 1’Etat. La démocratie est un long apprentissage,
en ce sens ceux qui ont désormais en charge la destinée du Niger
ont une lourde responsabilité face à leurs compatriotes et à l’histoire.
Emmanuel Grégoire
ORSTOM-Niger
(14) A. S a o u , Interview, Le Démocrate de la crise iconomique, la part du secteur
no 106, juin 1994. informel passant de 6 4 2 9’0 (1985)à 75,3 9’0
(15) Celle-ci s’est u informalisée 1) avec le (1992).
processus démocratique et sous la pression
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