Université d’Abomey-Calavi
Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication
Département des Lettres Modernes
SYLLABUS de : 1LMO 1161 Théorie des genres littéraires
N° IDENTIFIANT CONTENU
1 Intitulé Théorie des genres littéraires, UE : LMO 1161, ECUE : 1LMO1161
2 Domaine de Lettres, Langues et Arts
formation
3 Mention Lettres
4 Spécialité Lettres modernes
5 Grade Licence
6 Semestre 1
7 Masse horaire 25 h
8 Nombre de crédits
de l’UE 5
9 Objectif général Ce cours vise à permettre à l’apprenant de décrire le statut générique de toute
œuvre littéraire
10 Objectifs À la fin du cours, l’apprenant sera capable de :
spécifiques a) définir le genre de discours de toute production littéraire
b) déterminer les lieux génériques, à la fois paratextuels et textuels
c) identifier la généricité constitutive de tout texte littéraire
11 Modalités - Évaluation formative
d’évaluation - Évaluation sommative
12 Composantes Introduction
(ECUE) et contenu 1. La théorie des genres
(principaux thèmes) 1-1. La poétique d’Aristote au XXe siècle
1-2. Les lieux génériques
2. Classes de genre et généricité
2-1. Les classes génériques en littérature
2-2. Questions de généricité
Conclusion
13 Modalités Méthode interactive : cours magistral, travail individuel de l’étudiant, exposé en
d’enseignement- groupe d’étudiants et feed-back de l’enseignant
apprentissage
14 Matériels - Notes de cours (supports papier et numérique)
pédagogiques - Ouvrages recommandés
- Cahier de notes de l’étudiant
- Tableau, craie, marqueur, chiffon
- Matériel de vidéoprojection
15 Bibliographie de AKÉRÉKORO, Houessou S. et TOSSOU, Okri P., « Pratiques textuelles et
base et webographie différenciation générique dans L’illusion comique de Corneille et Le
roman comique de Scarron », in Mahougnon KAKPO et Fernand
NOUWLIGBÈTO (dir.), Écritures, sociétés et imaginaire, Cotonou, Les
Éditions des Diasporas, 2021a, p. 97-112.
ARISTOTE, Poétique, traduit du grec, éd. et Introduction par Michel Magnien,
Paris, Le Livre de Poche, 2019, 217 p.
ARON, Paul, SAINT-JACQUES, Denis et VIALA, Alain (sous la direction de),
Le dictionnaire du littéraire, Paris, Presses Universitaires de France,
2010, 814 p.
BARONI, Raphaël, « Genres littéraires et orientation de la lecture. Une lecture
modèle de ‘‘La mort et la boussole’’ de J. L. Borges », Poétique, No 134,
2003, p. 141-157.
COMBE, Dominique, Les genres littéraires, Paris, Hachette, 2014, 176 p.
FOREST, Philippe et CONIO, Gérard, Dictionnaire fondamental du français
littéraire, Paris, Pierre Bordas et Fils, 1993, 223 p.
GENETTE, Gérard, Fiction et diction précédé d’Introduction à l’architexte, Paris,
Éditions du Seuil, 2004, 240 p.
GENETTE, Gérard et alii, Théorie des genres, Paris, Éditions du Seuil, 1986, 208
p.
JARRETY, Michel (sous la direction de), Lexique des termes littéraires, Paris, Le
Livre de Poche, 2016, 475 p.
MAINGUENEAU, Dominique, Pragmatique pour le discours littéraire, Paris,
Bordas, 1992, 188 p.
SANTERRES-SARKANY, Stéphane, Théorie de la littérature, Paris, Presses
Universitaires de France, 1990, 128 p.
SCHAEFFER, Jean-Marie, Qu’est-ce qu’un genre littéraire ?, Paris, Éditions du
Seuil, 1989, 188 p.
SUHAMY, Henri, La poétique, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, 127
p.
TALON-HUGON, Carole, L’esthétique, Paris, Presses Universitaires de France,
2008, 128 p.
TOSSOU, Okri Pascal, « Caprice d’écrivain, écrit vain d’auteur : le cas du roman
gidien ». Langage et devenir. No 14. CENALA, 2009, p. 60-69.
-------------« Généricité dans Lullaby de J.-M G. Le Clézio : une analyse de la
‘‘complexité des faits de discours’’ ». European Scientific Journal. Vol. 13, no 29.
European Scientific Institute, 2017, p. 158-171.
16 Responsable de
l’Enseignement Professeur Okri Pascal TOSSOU
Introduction
Pour le sens commun sur la littérature, les genres existent ; la littérature
est faite de genres ; les œuvres se rangent dans des genres. Pour la théorie
littéraire en revanche, c'est-à-dire pour les formalistes qui ont dominé le XX ème
siècle, les genres littéraires n'ont pas de pertinence ; seuls comptent le texte et la
littérarité. L'œuvre moderne échappe par définition aux genres. Les avant-
gardes littéraires ont dénoncé les genres comme des contraintes périmées.
L'utopie avant-gardiste du XXe siècle a postulé l'idéal de l'abolition des genres.
« Les genres littéraires sont des ennemis qui ne vous ratent pas », écrivait
cependant Michaux (L'Époque des illuminés). Pour la théorie, le genre est une
notion pré-théorique, historique, idéologique, essentialiste, classique.
Mais le genre est revenu sur la scène des études littéraires. D'une part,
avec la réhabilitation de la rhétorique. Or le genre relève de la rhétorique, ne
serait-ce que par son nom : genera dicendi, les genres du discours. D’autre part,
comme une catégorie incontestable de la lecture. Aujourd’hui, le genre a de
nouveau droit de cité dans les études littéraires.
I- La théorie des genres
1-1. Rappel historique des classifications de genre
Depuis Platon, on a vu se succéder des systèmes de classification des genres.
Tantôt la classification met l'accent sur un caractère prescriptif ou normatif.
C'est le cas de la classification platonicienne ou aristotélicienne. Tantôt la
classification a un caractère plus descriptif, elle considère les genres comme un
système de possibilités, et comme un jeu d'oppositions entre des traits de
structure. C'est le cas des classifications modernes.
1-1-1/ La classification platonicienne
Au livre III de La République, Platon justifie les raisons de chasser les poètes de
la Cité, en se fondant sur des considérations de divers types. Les unes portent
sur le contenu des œuvres ; les autres sur la forme d'énonciation (lexis). Tout
poème est une narration (diégèsis) qui porte sur des événements présents,
passés ou à venir.
Tantôt, le poète s'en tient à la narration simple (haplè diégèsis), il raconte tout ;
tantôt le poète s'en tient purement à l'imitation de paroles (mimèsis) ou, enfin, il
mélange la narration (diégèsis) et l'imitation de paroles (mimèsis) comme
dans L'Iliade ou L'Odyssée, c'est le mode mixte, qui fait alterner récit et
dialogue. En réalité, Platon circonscrit le domaine de la poésie à la
représentation d’événements, excluant donc de son propos les poèmes lyriques,
et distingue trois lexis ou modes de représentation : le mode narratif pur, illustré
par le dithyrambe, le mode mimétique pur, illustré par la tragédie et la comédie,
et le mode mixte, illustré par l’épopée.
1-1-2/ La classification aristotélicienne des arts
Aristote, dans les premières pages de la Poétique, définit la poésie comme l’art
de l’imitation en vers et délaisse ainsi non seulement la poésie non
représentative, mais aussi la prose. Il discerne ensuite trois types de
différenciation entre les arts d’imitation : par l'objet imite, par la façon d'imiter
et par les “moyens” formels de l'imitation, ce dernier niveau ne recevant
toutefois aucun investissement véritable dans le traité. L’objet imité consiste
uniquement en êtres agissants, représentés soit comme supérieurs, soit comme
inférieurs au reste de l’humanité. Les façons d'imiter, comme les modes de
représentation platoniciens, correspondent à des situations d’énonciation ;
Aristote n’en retient que deux : le mode narratif, dans lequel le poète parle en
son nom propre, et le mode dramatique, dans lequel ce sont les personnages
eux-mêmes qui s’expriment. Ce couple se substitue à la triade proposée par
Platon par éviction du narratif pur, mode fictif, le mixte s’intronisant alors
comme seul narratif existant. Les deux catégories d’objet recoupées par les deux
catégories de mode déterminent une grille de quatre classes de genres : le poète
met en scène les actions de personnages supérieurs dans la tragédie et de
personnages inférieurs dans la comédie, il raconte les actions de personnages
supérieurs dans l’épopée et de personnages inférieurs dans ce que le philosophe
identifie provisoirement comme la parodie – réservant en fait sa place, selon
Genette, au roman réaliste.
1-1-3/ Des triades à la perception moderne
-Le système de Batteux
Dans son ouvrage, Les Beaux-Arts réduits à un même principe (1746), l'abbé
Batteux s’est montré plus aristotélicien qu'Aristote. Il maintient le principe
imitatif, comme principe général de l'art littéraire et l'étend à la poésie lyrique.
Pour lui, le poète lyrique imite des sentiments. La poésie lyrique est toute
consacrée aux sentiments; c'est sa matière, son objet essentiel. La réflexion de
Batteux pose de multiples problèmes concernant le statut du sujet lyrique.
Remarquons qu'à partir de Batteux, la poésie lyrique, en opposition à l'épopée et
au drame, va prendre la place du dithyrambe chez Platon.
- La triade romantique
Le romantisme allemand, pour sa part, va durablement installer la triade
lyrique-épique-dramatique en la dégageant du principe imitatif. Avec le
romantisme, on passe à des conceptions évolutionnistes et historiques des
genres. Cependant, elles posent toutes le genre dramatique comme la synthèse
des deux autres. Il faut noter que la triade romantique des genres est à la fois
modale (elle implique des formes énonciatives) et thématique (elle distingue
des contenus).
-La perception moderne
Il est intéressant de constater que cette triade (lyrique-épique-dramatique)
nous est plus ou moins parvenue sous une forme réaménagée. Effectivement,
sans que cela repose sur une théorisation quelconque, ni sur une valorisation
d'un genre par rapport à un autre, nous avons tendance à opposer empiriquement
trois macro-genres: roman, poésie et théâtre. Le roman a pris la place de
l'épopée. Il conserve d'elle l'alternance entre narration (diégésis) et dialogue
(mimèsis). La poésie lyrique n'est plus caractérisée par le mètre mais par la
disposition sur la page et par le contenu thématique. Quant au théâtre, il
demeure depuis Platon un genre assez stable. Il n'est pas défini par son contenu
mais par son mode énonciatif (le dialogue).
1-2. Des lieux génériques à la définition du genre
1-2-1/ Les lieux génériques
Les lieux génériques sont considérés comme des espaces ou des endroits où on
retrouve toute indication sur le genre d’une œuvre. Trois lieux génériques sont
souvent cités. Dans ce sens, Akérékoro et Tossou déclarent que « La théorie
des genres, avec la vague formaliste et sémiotique au XX e siècle, identifie trois
lieux de manifestation du statut générique : les index paratextuels, les
marqueurs génériques et les trait génériques textuels ». (2021 : 99)
1-2-1-1. Les index paratextuels
Il s’agit de toute information relative au genre d’une œuvre qu’on retrouve à
quelque niveau du paratexte. Le paratexte fournit des informations qui indiquent
ou qui suggèrent le genre d’une œuvre. Jean-Marie Schaeffer précise : « Les
index [génériques] se trouvent essentiellement dans l’appareil paratextuel (titre,
sous-titre, éventuellement étiquette, déclaration d’intention) et plus largement
dans le contexte auctorial et littéraire. » (1989 : 174.) On peut, en outre, les
retrouver dans l’avertissement, la préface, l’avant-propos, etc. Les index
génériques paratextuels visent à montrer de façon très visible le statut
générique d’une œuvre, avant même que de lire le texte même. Ils sont
« ostentatoires » selon Jean-Marie Schaeffer.
Sur la première page de couverture de L’affaire Bissi. Il y a mieux que la
neige… de Daté Atavito Barnabé Akayi, on lit en dessous du titre
l’appartenance générique de l’œuvre : la nouvelle. Cette indication paratextuelle
relève de l’index paratextuel et propose le genre de l’œuvre. Dans
l’« Avertissement » de l’œuvre, l’auteur écrit : « Ce recueil de nouvelles dont
les premières sont déjà publiées dans le quotidien béninois L’événement précis
des mois de novembre et de décembre 2008 se veut une œuvre de pures
imaginations. » Comme on le constate, l’écrivain indique le genre de son
œuvre dans son Avertissement. Cette inscription relève également de l’index
paratextuel. Chez Florent Couao-Zotti dans Les fantômes du Brésil, c’est à la
page de titre et dans son Avant-propos qu’on retrouve les éléments de l’index
générique paratextuel indiquant que l’œuvre est un roman.
1-2-1-2. Les marqueurs génériques
Ils sont inscrits dans le texte même, dans l’œuvre proprement dite. « Les
marqueurs génériques sont toute désignation réflexive [toute allusion ou
évocation du statut générique] du genre de l’œuvre dans le texte lui-même. »
(Akérékoro et Tossou : Ibid.) Il s’agit donc de tout indice, affirmation ou
déclaration qui, dans l’œuvre, dans le corps du texte renvoie à son genre. Jean-
Marie Schaeffer affirme que les marqueurs génériques « sont la trace textuelle
de facteurs qui relèvent du niveau communicationnel. »
Dans son recueil Canonnades de crue colère, on lit dans le texte « Les mots ont
besoin d’un berger », au dernier vers de la 5e strophe : « Ma poésie respire les
violoncelles de l’événementiel. » et au 1er vers de la 6e strophe : « Ma poésie se
veut gerbes d’étincelles, d’espoir. » L’anaphore « Ma poésie », avec le possessif
« ma » qui renvoie à l’auteur, relève de marqueurs génériques puisqu’elle
indique le genre dans le texte, le genre littéraire auquel il appartient : la poésie.
1-2-1-3. Les traits génériques
Ce sont les différents indices qui permettent d’identifier le genre littéraire d’une
œuvre, à travers ses caractéristiques dans un texte. Ils peuvent infirmer ou
confirmer l’horizon d’attente générique du lecteur. « Les traits génériques sont
l’ensemble des éléments de composition pragmatique, sémantique et syntaxique
qui permettent de déterminer le genre [d’une ooeuvre]» (Akérékoro et Tossou,
Ibid.). A ce stade, on distingue trois niveaux : le niveau énonciatif (selon la
classe du genre), le niveau formel (les éléments architecturaux de composition
des genres : disposition en vers en poésie, didascalie et scènes et actes au
théâtre, la longueur dans le roman ou la nouvelle, le schéma narratif dans le
roman), et le niveau thématique (la poésie présente les sentiments, les émotions
alors que le roman raconte une histoire).
En lisant La secrétaire particulière de Jean Pliya, ce qui me permet de savoir
qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, ce sont : l’organisation en actes et en scènes,
la désignation des personnages par leur nom à chaque réplique (Jacques,
Nathalie, Virginie, Monsieur Chadas, etc.), la présence des didascalies.
1-2-2/ Définition du genre littéraire
Etymologiquement, genre vient du latin genus, généris sui signifie origine,
subdivision de la famille, espèce, race. Un genre littéraire est une catégorie
d’œuvres définie par la tradition suivant le sujet, le ton ou le style.
C’est également un concept de type catégoriel qui permet de classer des
productions littéraires en prenant en compte des aspects de genre pictural, genre
narratif ou genre dramatique, de contenu (entre autres : roman d'aventure,
journal intime, théâtre de boulevard, etc.), ou encore de registre (fantastique,
tragique, comique notamment). Selon Philippe Forest et Gérard Conio, le genre
littéraire est en outre « une catégorie dans laquelle une œuvre littéraire peut être
classée, ce classement pouvant être effectué selon différents critères. »1
II. Classes de genre et généricité
2-1. Les classes génériques en littérature
On distingue quatre classes génériques en littérature : la classe des genres
narratifs, la classe des genres poétiques, la classe des genres dramatiques et la
classe des genres argumentatifs.
2-1-1. La classe des genres narratifs
Le genre narratif regroupe les textes racontant une histoire par l’intermédiaire
d’un narrateur. Celle-ci peut être réelle, on parlera alors de genre réaliste, ou
fictive, il sera alors question de fiction. En effet, chaque grand genre littéraire
compte de nombreux sous-genre. Ces sous-genres renferment eux-aussi de
nombreuses déclinaisons. Il existe des romans d’amours, des romans
historiques, des romans policiers, des romans d’analyses, des romans
d’aventure, des romans psychologiques, des nouvelles d’aventures, des
nouvelles de science-fiction, des nouvelles réalistes, etc. Concernant le genre
narratif, on trouve notamment : le roman, la nouvelle, le conte, etc.
2-1-2. La classe des genres poétiques
Le poète joue avec le langage et la sonorité des mots. Le genre poétique se
compose ainsi de livres où l’auteur travaille le rythme de ses phrases et écrit
généralement en vers. Le genre poétique se reconnaît par son objectif principal :
produire et transmettre des émotions aux lecteurs. Contrairement au genre
narratif, le poète ne développe pas toujours une histoire dans son texte qui peut
être relativement court. Depuis le XXème siècle, le genre poétique accueille
également le style des vers libres.
2-1-3. La classe des genres dramatiques
Pendant longtemps, le théâtre n’était pas considéré comme un genre littéraire.
Au début considéré comme un art scénique, le genre théâtral a fini par intégrer
le domaine des œuvres littéraires. Ces textes se repèrent aisément grâce à leur
forme.
1
Philippe Forest et Gérard Conio, Dictionnaire fondamental de français littéraire, Paris, Editions Pierre Bordas
& Fils, p. 96.
En effet, il se compose de didascalies (l’utilisation de l’italique nous permet de
les identifier aisément) donnant des informations pour la mise en scène et de
dialogues entre les différents personnages de la pièce. Les noms des
personnages sont en majuscules : une indication scénique pour le lecteur, non lu
à voix haute lors d’une représentation théâtrale.
Certaines pièces de théâtre ne disposent que d’un seul personnage, on assiste
alors à son monologue.
Les didascalies permettent également au lecteur d’en apprendre davantage sur le
contexte de l’histoire et la réaction des personnages. Lorsque la pièce de théâtre
est mise en scène, les didascalies ne sont donc pas lues. Quelques exemples : le
tragique, le comique, le burlesque, la farce, la tragi-comédie, le dramatique, etc.
2-1-4. La classe des genres argumentatifs
Parmi les genres littéraires, l’argumentaire s’identifie par l’opinion donnée et
justifiée sur un sujet. Dans ce genre de texte, l’auteur donne et partage son avis.
Ces textes visent à persuader le lecteur sur un sujet particulier. Ils abordent un
thème particulier et confrontent les opinions, proposent une réflexion, exposent
un point de vue. Contrairement au genre narratif ou au genre théâtral, aucune
histoire n’est racontée. Le texte est structuré par une succession d’arguments
plus ou moins directs. Lorsque les arguments sont cachés et partagés de manière
indirecte, l’auteur peut utiliser la fiction et y mêler son discours. On retrouve
plusieurs sous-genres littéraires au genre argumentatif : les discours, les essais,
les encyclopédies, etc.
2-2. Questions de généricité
2-2-1. Le mélange des genres
2-2-1-1. L’intergénéricité
L’intergénéricité est le fait que dans une œuvre à identité générique A, il y ait au
niveau de certains segments textuels des insertions relevant d’autres genres. Il
s’agit d’une multiplicité générique dans une œuvre. En réalité, on a un macro-
genre, à l’échelle de l’œuvre, mais on distingue à l’intérieur des micro-genres, à
l’échelle de séquences textuelles.
Ce qu’il faut comprendre par intergénéricité, c’est le fait que dans un roman
(macro-genre), par exemple, on peut avoir des séquences textuelles qui relèvent
de plusieurs autres genres (micro-genres) ; il peut s’agir soit de la chanson, soit
du conte, ou de la poésie.
2-2-1-2. La transgénéricité
La transgénéricité est le fait constitutif qu’une œuvre puisse arborer plus d’un
statut générique dans sa composition d’ensemble et non référable à un de ses
fragments. Il est clair qu’à un premier abord, le lecteur le situe d’une manière ou
d’une autre en fonction d’un genre A, à partir duquel se greffent les genres B ou
C.
2-2-2. La plurigénéricité
Contrairement au mélange des genres qui se situe à l’intérieur d’une même
œuvre, la plurigénéricité concerne plusieurs productions d’un auteur. C’est le
fait que l’ensemble des œuvres d’un auteur, d’un écrivain soit composé de
textes de différents genres, de plusieurs genres. L’écrivain peut avoir produit
deux romans, un recueil de poèmes, une pièce de théâtre. On dira alors que sa
production est plurigénérique. C’est le cas, par exemple, de Florent Couao-
Zotti. Sa production variée se situe dans la plurigénéricité.
Bibliographie de Florent Couao-Zotti
Ce soleil où j’ai toujours soif (Théâtre), 1996 ; Notre pain de chaque jour
(Roman), 1998 ; L'homme dit fou et la mauvaise foi des hommes (Nouvelles),
2000 ; Charly en guerre, (Roman de jeunesse), 2001 ; La Diseuse de mal-
espérance (Théâtre), 2001 ; Le Collectionneur de vierges, (Théâtre), 2004 ; Le
Cantique des cannibales (Roman), 2004 ; Retour de tombe (Nouvelles), 2004 ;
Les Fantômes du Brésil (Roman) , 2006 ; Poulet-bicyclette et Cie (Nouvelles),
2008 ; Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au cochon de le dire (Roman),
2010 ; La Traque de la Musaraigne (Roman), 2014 ; Western tchoukoutou
(Roman), 2018.
Conclusion
La littérature est le bel usage du langage verbal. C’est donc l’art des mots, pris
dans le sens le plus sérieux ; à savoir le mot, du point de vue de ce qu’il désigne
et de ce qu’il est, en termes de signe visuel et acoustique.
La multitude d’ouvrages qui constituent l’institution littéraire se distinguent les
uns des autres par des critères dont nous énumérons hiérarchiquement, ci-
dessous, quelques-uns :
1- La langue de création, la culture véhiculée (Littérature anglaise,
littérature ahoussa, littérature bambara, littérature bariba, littérature éwé,
littérature française, littérature fon ; littérature africaine d’expression
française, littérature béninoise d’expression française, etc.)
↓
2- Les modes de production (mode oral et mode écrit)
↓
3- Les catégories esthétiques (merveilleux, fantastique, lyrisme, etc.)
↓
4- Les mouvements littéraires (la pléiade, la négritude, la littérature-monde
en français, etc.)
↓
5- Les courants littéraires (humanisme, classicisme, romantisme,
symbolisme, réalisme, décadentisme, surréalisme, etc.)
↓
6- Les genres littéraires (genres narratifs, genres dramatiques, genres
poétiques, genres argumentatifs)
Les genres, autant que les cinq précédents niveaux de structuration de
l’institution littéraire, se ramifient en détails dignes d’intérêt. Les détails relatifs
aux genres que nous avons sommairement examinés, au cours de cet
enseignement nous ont donné une idée du fonctionnement du fait littéraire. Mais
ce n’est là qu’une initiation qu’il sied de consolider.